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A propos de livres...
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19 mars 2010

Le bon larron – Hannah Tinti

le_bon_larron Gallimard – novembre 2009 – 375 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Mona de Pracontal

Présentation de l'éditeur :

A douze ans, Ren le manchot n'a connu que l'orphelinat et, tout en rêvant d'une famille, appréhende les dangers du monde extérieur. Voici que survient Benjamin Nab, qui se prétend son grand frère et le prend sous son aile. Mais dit-il la vérité ? Du jour au lendemain, Ren se retrouve plongé dans une cour des Miracles, un monde de voleurs, de marginaux, de grands escrocs et de nantis maléfiques. Parmi les villes minières et les ports baleiniers de Nouvelle-Angleterre, il ne cesse de vouloir percer le mystère de ses origines... Hannah Tinti ressuscite ici, avec vigueur et malice, l'Amérique du dix-neuvième siècle, celle de Melville et de Mark Twain, tout en donnant à son jeune protagoniste une épaisseur et une vitalité dignes de Dickens. Ce conte foisonnant, au rythme trépidant, ne recule jamais devant les péripéties feuilletonnesques les plus échevelées, nous offrant avec Ren un inoubliable héros. L'élan romanesque qui l'anime, le plaisir contagieux du récit procurent un bonheur de lecture que l'on croyait perdu depuis l'âge d'or de la fiction. On connaissait Hannah Tinti nouvelliste hors pair. Avec ce livre, une romancière est née.

Auteur : Hannah Tinti est née à Boston en 1972 et a grandi à Salem. Elle vit maintenant à New York. Bête à croquer, son premier livre, a reçu un accueil enthousiaste de la critique et a été traduit dans seize pays. Le bon larron, son premier roman, a reçu de nombreux prix.

Mon avis : (lu en mars 2010)

C'est grâce à Amanda que j'ai découvert ce livre tout d'abord "on the radio : Gang des LIT" puis avec son article.

A douze ans, la vie de Ren c’est l’orphelinat catholique Saint-Anthony, il attend depuis toujours le jour où l’on viendra le chercher pour vivre dans une famille. Mais son bras en moins décourage les fermiers du coin à l’adopter car ceux-ci recherchent un enfant capable de travailler au champ. Un jour pourtant, Benjamin Nab, qui se fait passer pour son grand frère, vient le chercher. En fait, Benjamin est un escroc qui va utiliser Ren pour apitoyer ses victimes. Il a comme complice Tom, ancien instituteur et alcoolique. Ren étant déjà un voleur né va apprécier cette nouvelle vie. Les deux compères commercialisent des élixirs miraculeux, ils pillent des cimetières, détroussent des cadavres… Nous assisterons au retour à la vie d’un mort, nous rencontrerons un nain vivant sur les toits et qui descend chaque soir se nourrir en passant par la cheminée… Des aventures rocambolesques qui se succèdent, des personnages hauts en couleurs… Et Ren qui est à la recherche de ses origines. Cette histoire c'est l'Amérique au XIXème siècle, on retrouve à la fois l’atmosphère d'Oliver Twist de Dickens et les péripéties de Tom Sawyer et Huckleberry Finn de Mark Twain.

J’ai pris vraiment beaucoup de plaisir à lire ce livre.

Extrait : (début du livre)

L'homme arriva après la prière du matin. La rumeur se répandit rapidement, et les garçons de l'orphelinat Saint-Anthony jouèrent des coudes pour l'entrevoir pendant qu'il dételait son cheval et le menait à l'abreuvoir. Son visage était difficile à distinguer, sous le chapeau rabattu si bas que le bord lui touchait presque le nez. Il attacha les rênes à un poteau, puis resta près de sa monture à lui flatter l'encolure tandis qu'elle buvait. L'homme attendait, les enfants regardaient, et quand la jument releva enfin la tête ils le virent se pencher, caresser les naseaux de la bête et l'embrasser. Puis il s'essuya la bouche d'un revers de main, retira son chapeau et se dirigea vers le monastère, de l'autre côté de la cour.

Il était fréquent que des hommes viennent chercher des enfants. Parfois en quête de main-d'œuvre à bon marché, parfois pour s'acheter une bonne conscience. Les frères de Saint-Anthony alignaient les orphelins, et les hommes, allant et venant le long de la rangée, les jaugeaient. On pouvait facilement deviner ce qu'ils recherchaient en suivant leur regard. En général, celui-ci se portait sur les garçons de presque quatorze ans, les plus grands, les plus remuants, les plus forts. Ensuite il s'abaissait sur les gamins qui rampaient à peine, les petits deux-ans titubants - encore purs et innocents. Ce qui laissait les entre-deux - les gamins qui avaient perdu leurs boucles et leur gras de bébé, mais qui n'étaient pas encore assez grands pour se montrer utiles. Ceux-là avaient en général mauvais caractère, et presque rien d'autre à offrir que leur ventre vide et des poux. Ren en faisait partie.

Il n'avait aucun souvenir d'un début – d'une mère ou d'un père, d'une sœur ou d'un frère. Sa vie était tout entière contenue ici, à Saint-Anthony, et ses souvenirs commençaient au milieu des choses : l'odeur des draps bouillis et de la lessive ; le goût du porridge trop clair ; ce qu'il avait ressenti lorsqu'il avait fait tomber une brique sur une dalle de pierre et regardé les fragments rouges se disperser, s'était servi de ces éclats pour écrire sur le mur du monastère, puis avait reçu une gifle en punition et été forcé d'essuyer les traces avec un chiffon froid et mouillé.

Le nom de Ren était cousu dans le col de sa chemise de nuit : trois lettres brodées au fil bleu foncé. Le tissu était un lin de bonne qualité et Ren avait porté la chemise jusqu'à l'âge de deux ans ou presque. Après, les frères la lui avaient retirée pour la donner à un plus petit. Ren avait appris à surveiller Edward, puis James, puis Nicholas – et à les coincer dans la cour. Il plaquait au sol le gamin qui se débattait, puis il examinait attentivement les lettres délavées, en se demandant à quoi ressemblait la main qui les avait brodées. Le R et le E étaient cousus hardiment, au point croisé, mais le N était plus grêle et penchait vers la droite, comme si la personne qui maniait l'aiguille s'était dépêchée de finir. Une fois usée, la chemise avait été découpée en bandage. Frère Joseph avait donné à Ren le bout de col qui portait les lettres et, la nuit, le garçon le mettait sous son oreiller.

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11 mars 2010

Point sur mes Challenges 2010...

coeur_vs31er challenge : Les coups de coeur de la blogosphère

livre n°1 :   Seule Venise - Claudie Gallay  proposé par Gil

livre n°2 :  Elle s'appelait Sarah - Tatiana de Rosnay proposé par Suffy

livre n°3 : L'attrape-cœurs - J. D. Salinger proposé par Anneso

livre n°4 : Mon enfant de Berlin -Anne Wiazemsky  proposé par Clarabel

livre n°5 :  Ravel - Jean Echenoz proposé par Denis

livre n°6 : Le cœur est un chasseur solitaire - Carson McCullers proposé par Brize

livre n°7 :  Le club des Incorrigibles Optimistes - Jean-Michel Guenassia proposé par Catherine

livre n°8 : Hunger Games - Suzanne Collins proposé par Gawou et Clarabel.

livre n°9 : l'auteur Olivier Adam proposé par Amy

livre n°10 : La mécanique du cœur - Mathias Malzieu proposé par Lael

challenge_100_ans_article_300x225 2ème challenge : 100 ans de littérature américaine

livre n°1 :  Jours de fête à l'hospice - John Updike

livre n°2 :  L'attrape-cœurs - J. D. Salinger

livre n°3 :  La couleur pourpre – Alice Walker 

livre n°4 :  Le cœur est un chasseur solitaire - Carson McCullers

livre n°5 : Shutter Island - Dennis Lehane

livre n°6 : Un été prodigue – Barbara Kingsolver

En cette fin d'année, je me suis inscrite à de nouveaux challenges :

a_lire_et_a_manger 3ème challenge : A lire et à manger

Ce challenge est organisé par Chiffonette et il s'agit de lire un roman culinaire et d'en adapter une recette...

J'ai choisi :  Une gourmandise de Muriel Barbery, le livre a été lu et l'article et la recette sont en préparation...

logo_challenge_ABC 4ème challenge : Challenge ABC 2010

Challenge organisé par Miss Giny et Ankya, il s'agit de lire 26 livres avec un auteur pour chaque lettre de l'alphabet... certaines lettres sont difficiles à trouver !

Voici ma liste qui peut encore un peu évoluer :

A – Aslam Nadeem - La veine attente

B – Benameur Jeanne – Présent ?

C – Conroy Pat – Le prince des marées

D - Decoin Didier - Les 3 vies de Babe Ozouf

E – Echenoz Jean – Ravel 

F – Follett Ken – Un monde sans fin

ou Francis Scott Fitzgerald - L'étrange histoire de Benjamin Button

G – Gavalda Anna - L'échappée belle

H – Heuré Gilles - L'homme de cinq heures

I – Indridason Arnaldur – Hypothermie 

J – Johnson Maureen – 13 petites enveloppes bleues

K – Kingsolver Barbara - Un été prodigue

L – Läckberg Camilla – Le tailleur de pierre

M – Mankell Henning - Les chaussures italiennes 

N – Nesbo Jo

O - Ovaldé Véronique - Ce que je sais de Véra Candida

P – Perez-Reverte Arturo – Le cimetière des bateaux sans noms ou Le peintre des batailles

Q – Queffelec Yann - Les noces barbares

R – Radge Anne B. – La ferme des Neshov

S – Saubade Valérie - Happy Birthday grand-mère

T – Tropper Jonathan - Perte et fracas

U – Udall Brady - Le destin miraculeux d'Edgar Mint

V – de Vigan Delphine - Les heures souterraines 

W – Winkler Martin - Les Trois Médecins

X - Xinran - Chinoises

Y - Yoshida - Park Life

Z – Zweig Stefan - Le voyage dans le passé

logo_coup_de_coeur_polar_oiseaux_coeur 5ème challenge : Coup de coeur polar 2009

Challenge organisé par Fersenette, chaque participant fait une liste de ses 3 coups de coeur polar en 2009, puis il lira un des coups de coeur proposé qu'il ne connaît pas.

Mes trois polars coups de coeur pour 2009 sont :

1 - Millénium 1, 2 et 3 de Stieg Larsson (Suède)

2 - Hiver arctique de Arnaldur Indridason (Islande)

3 - La princesse de glace de Camilla Läckberg (Suède)

Mon choix de lecture :

livre n°1 : Shutter Island de Dennis Lehane

lire_et_cin_ma 6ème challenge : Challenge Lunettes noires sur Pages blanches 

Challenge organisé par Happy Few,  il suffit de lire un roman qui a été adapté à l'écran, de voir l'adaptation en question et d'en faire un billet qui les compare.

livre n°1 prévu : Le garçon en pyjama rayé - John Boyne

film n°1 prévu : Le Garçon au pyjama rayé (The Boy in the Striped Pyjamas) - Mark Herman

SWAP :

swap_saint_patrick Je participe également à mon 1er SWAP : le Swap de la St Patrick organisé par Canel, je suis en plein préparatifs... Rendez-vous le 17 mars prochain...

Un nouveau challenge auquel je m'étais incrite en janvier et qui c'est concrétisé mi-février

challenge_caprice 7ème challenge : Challenge Caprice

Challenge organisé par Cocola, il s'agit, à partir d'une liste de participants, de lire avant fin 2010, un livre que nous choisi un autre challengeur et soi-même de choisir un livre pour un autre challengeur.

Pour ma part, j'ai donc été défiée par La grande Stef pour lire « Le K » de Dino Buzatti.

Et j'ai défié Virginie de découvrir «La femme en vert » d'Arnaldur Indridason.

24 janvier 2010

Les petites sœurs - Valérie Saubade

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Anne Carrière – janvier 2002 – 394 pages

Pocket – janvier 2009 – 349 pages

Présentation de l'éditeur

" Sarah Debussy avait, ce jour-là, une foule de choses à faire avant de mettre fin à ses jours. Elle tenait à se suicider comme elle avait vécu. Avec efficacité. " Qui a poussé Sarah Debussy à finir consciencieusement sa boîte de somnifères ? Pour sa famille, peu importe : il est avant tout extrêmement indécent de mettre fin à ses jours quand on appartient à la bourgeoisie. D'autant que la petite effrontée, pourtant morte et enterrée, semble envoyer post-mortem des lettres sibyllines signées de sa main. Alors qu'on accuse la défunte de ne pas vouloir faire comme tout le monde, Agathe, sa nièce, décide de suivre ce jeu de pistes et les méandres du passé de cette famille pas comme les autres...

Auteur : Née en 1966, Valérie Saubade est journaliste à Bordeaux. Après le succès de son premier livre "Happy birthday grand-mère"(1999), ont suivi "Les petites sœurs"(2002) et "Marche arrière"(2009).

Mon avis : (lu en janvier 2010)

Ce livre nous raconte une histoire de famille. Cela commence par le suicide de Sarah Debussy jeune femme brillante de 38 ans aux États-Unis. Pourquoi ce suicide ? Le lecteur va vite découvrir la famille de Sarah qui vit en France dans une vaste propriété en province. Il y a Albert le père qui régente tout. Les deux sœurs, Béatrice mariée à Jean-Alain et mère de Julien 18 ans et Bernadette mariée à Pierre-Louis mère d'Agathe 20 ans. Après sa mort, Sarah envoie à sa nièce Agathe des messages qui va lui permettre peu à peu de découvrir les secrets de la famille : Qu'est devenue Rosalynd la femme d’Albert ? Pourquoi Sarah est-elle partie aux Etats-Unis depuis vingt-ans ?

Avec Agathe, le lecteur va de découvertes en rebondissements dans cette famille pas comme les autres. Les personnages sont attachants, mystérieux ou mauvais. J'ai été prise par l'intrigue de cette histoire critique et plein d'humour d'une famille bourgeoise qui détient de lourds secrets. Une lecture distrayante qui se lit d'une traite !

Extrait : (début du livre)

San Francisco, Californie (États-Unis), octobre 1996

Sarah Debussy avait, ce jour-là, une foule de choses à faire avant de mettre fin à ses jours. Elle tenait à se suicider comme elle avait vécu. Avec efficacité.

A trente-huit ans, elle se laissait aller, lorsqu'elle était ivre, à vanter sa réussite professionnel. Elle dirigeait, avec fermeté mais élégance, le département de littérature étrangère d'une grande maison d'édition américaine. Son immense bureau vitré donnait sur la baie de San Francisco. Ses collaborateurs louaient sa gentillesse et sa disponibilité et son supérieur hiérarchique, vaguement amoureux de sa silhouette longiligne, multipliait les réunions informelles pour le seul plaisir de monologuer tout en lorgnant ses jambes.

Lovée dans un fauteuil en cuir beige, Sarah jeta un regard aigu en direction du canapé qui lui faisait face. La femme de ménage, qui entretenait son luxueux duplex, avait laissé sur un coussin un poil noir et soyeux appartenant à Sam, le compagnon de Sarah. Sam et Sarah formait depuis huit ans un couple inséparable. Il n'avait pas sa pareil pour la réveiller en douceur le matin, elle lui prodiguait en retour chaque soir de langoureusement caresses. Elle se demanda ce qu'il allait devenir. Un miaulement autoritaire la tira de ses réflexions. Sam exigeait de sortir sur la terrasse afin d'y guetter les pigeons.

Après s'être étirée, elle ajusta ses lunettes et consulta de nouveau sa liste. « Je n'aurai jamais terminé à temps », pensa-t-elle, agacée. En moins de cinq heures, il lui fallait expédier quelques lettres et colis, confier le chat à la femme de ménage, ranger une dernière fois son bureau et détruire certains fichiers de son ordinateur, aller chez le coiffeur puis se rendre à l'institut de beauté pour une ultime épilation. Sarah ne supportait pas le moindre poil sur son corps.

Elle se redressa, rajusta d'un geste maniaque un pli de sa jupe en lin beige et plia consciencieusement la feuille qu'elle tenait. « Des préparatifs pour une noce noire », songea-t-elle en glissant la liste dans son sac à main Hermès.

Déjà lu du même auteur : happy_birthday "Happy birthday grand-mère"

30 septembre 2009

Le liseur – Bernhard Schlink

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Gallimard – juin 1999 – 201 pages

Folio – février 1999 – 242 pages

Quatrième de couverture
A quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d'une femme de trente-cinq ans dont il devient l'amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l'un de leurs rites consiste à ce qu'il lui fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain. Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de des études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité. Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l'insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais. Il la revoit une fois, bien des années plus tard. Il se met alors, pour comprendre, à écrire leur histoire, et son histoire à lui, dont il dit : "Comment pourrait-ce être un réconfort, que mon amour pour Hanna soit en quelque sorte le destin de ma génération que j'aurais moins bien su camoufler que les autres ?"

Auteur : Bernhard Schlink est né le 6 juillet 1944 à Bielefeld (Allemagne). Il étudie le droit à Heidelberg et à Berlin, et exerce comme professeur à Bonn et à Francfort. Depuis 1992, il est professeur de droit public et de philosophie du droit à l'université de Humboldt à Berlin. En 1987, il est également devenu juge au tribunal constitutionnel du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Il a débuté sa carrière comme écrivain par plusieurs romans policiers, dont le premier, Brouillard sur Mannheim, en collaboration avec Walter Popp. L'un de ces romans (Die gordische Schleife) a obtenu le prix Glauser en 1989. En 1995 il publie Der Vorleser (Le liseur, publié en France en 1996), un roman partiellement autobiographique. Ce livre devient rapidement un best seller et est traduit dans 37 langues. Il a été le premier livre allemand à arriver en première position sur la liste de best-sellers publiée par le New-York Times. En 1997 il a obtenu le prix Hans Fallada, une récompense littéraire allemande et le prix Laure Bataillon, prix décerné à des œuvres traduites en Français. En 1999 il a reçu le prix de littérature du journal 'Die Welt'.

Mon avis : (lu en septembre 2009)

J'ai découvert cet auteur en lisant "Le week-end" en juin dernier. Ce nouveau livre "Le liseur" m'a bouleversée. Ce livre se lit facilement, les chapitres sont courts et le récit nous incite sans cesse à lire le suivant sans lâcher le livre...L'histoire se déroule en trois parties. La première partie a lieu à la fin des années 50, Michaël, lycéen de 15 ans rencontre par hasard Hanna, femme de 35 ans, ils deviennent amants. Pendant près de six mois, Michaël va vivre sa première passion amoureuse. A chacune de leur rencontre, Hanna demande également à Michaël de lui faire la lecture. Et une jour, brutalement, Hanna disparaît sans explication. La deuxième partie se situe sept ans plus tard, Michaël est alors étudiant en droit. Alors qu'il assiste à un procès pour crime de guerre, il découvre avec stupeur qu'Hanna fait partie des accusés. Elle est très maladroite pour se défendre et est condamnée à la prison à perpétuité. Michaël devine alors le secret d'Hanna. La dernière partie commence avec l'après procès. Quelques années plus tard Michaël renoue avec Hanna en lui envoyant des livres enregistrés sur cassettes en prison... Hanna est un personnage mystérieux et secret que l'on va découvrir peu à peu au fil des pages .

Avec ce livre l'auteur ne nous raconte pas seulement une histoire d'amour. En effet, il nous parle des sentiments de l'Allemagne qui affronte son passé et des difficultés pour une jeunesse qui doit juger et condamner la génération de leurs parents. Il nous fait réfléchir sur la responsabilité, la culpabilité, et parfois l’indifférence face aux crimes de guerre.

Ce livre est très fort et ne peut nous laisser indifférent. A lire absolument !

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Une adaptation cinématographique "the Reader" a été réalisé par Stephen Daldry avec Kate Winslet, Ralph Fiennes, David Kross. Le film est sortie en France en juillet 2009.

Extrait :

Des années plus tard, je m'avisai que ce n'avait pas été simplement à cause de sa silhouette que je n'avais pu détacher mes yeux d'elle, mais à cause de ses attitudes et de ses gestes. Je demandai à mes amies d'enfiler des bas, mais je n'avais pas envie d'expliquer pourquoi, de raconter le face-à-face entre cuisine et entrée. On croyait donc que je voulais des jarretelles et des dentelles et des fantaisies érotiques, et on me les servait en posant coquettement. Ce n'était pas cela dont je n'avais pu détacher les yeux. Il n'y avait eu chez elle aucune pose, aucune coquetterie. Et je ne me rappelle pas qu'il y en ait jamais eu. Je me rappelle que son corps, ses attitudes et ses mouvements donnaient parfois une impression de lourdeur. Non qu'elle fût lourde. On avait plutôt le sentiment qu'elle s'était comme retirée à l'intérieur de son corps, l'abandonnant à lui-même et à son propre rythme, que ne venait troubler nul ordre donné par la tête, et qu'elle avait oublié le monde extérieur. C'est cet oubli du monde qu'avaient exprimé ses attitudes et ses gestes pour enfiler ses bas. Mais là, cet oubli n'avait rien de lourd, il était fluide, gracieux, séduisant - d'une séduction qui n'est pas les seins, les fesses, les jambes, mais l'invitation à oublier le monde dans le corps.

À l'époque, je ne savais pas cela - si du moins je le sais aujourd'hui, et ne suis pas en train de me le figurer. Mais en réfléchissant alors à ce qui m'avait tant excité, l'excitation revint. Pour résoudre l'énigme, je me remémorai le face-à-face, et le recul que j'avais pris en me faisant une énigme disparut. Je revis tout comme si j'y étais, et de nouveau je ne pouvais plus en détacher les yeux.

15 août 2009

Quelqu'un avec qui courir - David Grossman

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traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech

Seuil – avril 2003 – 400 pages

Points – mars 2005 – 392 pages

Présentation de l'éditeur
Assaf, jeune adolescent de seize ans, obtient un job d'été à la mairie de Jérusalem : on lui confie la tâche de retrouver le propriétaire d’un chien égaré. C’est au bout d’une laisse tirée par cet animal qui renifle des pistes qu’Assaf sera entraîné dans une aventure initiatique dont Tamar, une autre adolescente, est la figure centrale. Autour de cette jeune fille mystérieusement disparue, gravitent une nonne grecque enfermée depuis cinquante ans dans un monastère, une patronne de restaurant chic, le directeur mafieux d’un centre pour jeunes drogués, et la ville de Jérusalem dont les dédales abritent des adolescents à la dérive, de redoutables dealers, un imprésario tyrannique. Sous les apparences d’un roman pour la jeunesse, David Grossman brouille les pistes et nous offre un roman d’apprentissage qui tient du récit chevaleresque et du conte de fées. Assaf et Tamar alias Tamino et Pamina, nous entraînent dans leur sillage jusqu’à la dernière ligne de cette aventure menée à un rythme endiablé pour le plus grand plaisir du conteur et de son auditoire.

Auteur : David Grossman, né à Jérusalem en 1954 est considéré comme l'écrivain israélien le plus doué de sa génération. Il est l'auteur de plusieurs romans, dont Le Sourire de l’agneau, Voir ci-dessous : Amour, Le Livre de la grammaire intérieure, L’Enfant zigzag, Tu seras mon couteau, Quelqu'un avec qui courir, d'essais politiques courageux, Le Vent jaune, Les Exilés de la Terre promise, d'un recueil d'articles, Chroniques d'une paix différée, et d’une dizaine de livres pour la jeunesse. Traduits dans plus de vingt langues, ces ouvrages ont été distingués par de nombreux prix. David Grossman vit à Jérusalem.

Mon avis : (lu en août 2009)

On suit deux histoires en parallèle : d’une par celle d’Assaf, adolescent de 16 ans, qui a comme mission de retrouver le propriétaire d’un chien égaré. Pour cela, il doit suivre le chien qui va lui faire traverser tous les quartiers de Jérusalem, il découvre une ville en crise : le monde de la drogue, de la violence et de la misère, il va faire des rencontres étonnantes. D’autre part, celle de Tamar, elle-même adolescente, qui est prête à tout quitter sa famille, ses amis, sa chienne Dinka pour vivre dans la rue et sortir son frère de l’enfer de la drogue. La musique fait également partie intégrante de ce livre. En premier lieu, chacun des chapitres est le titre d'une chanson de Jean-Jacques Goldman (Long is the Road, Quand la musique est bonne, Rapt, Peur de rien blues, Pour que tu m'aimes encore) ou Elvis Presley (You're an Angel in Disguise) pour le dernier chapitre. Et pour survivre dans la rue, Tamar va chanter avec beaucoup de talent. L’histoire est touchante et pleine de suspens, les personnages de Assaf et Tamar sont attachants. A découvrir !

Extrait : (page 75)

«En imagination, elle avait un courage sans bornes. Sa voix se déployait dans la rue, emplissait tout l'espace, imprégnait les gens comme une substance adoucissante, purifiante ; en imagination, elle choisissait de chanter un registre suraigu pour les surprendre d'emblée par la hauteur du son, puis s 'abandonner sans vergogne à cette ivresse narcissique qui la plongeait dans un léger brouillard, un vertige de plaisir qui la faisait décoller du plus profond d'elle-même jusqu'à des hauteurs vertigineuses. Mais elle avait fini par choisir Suzanne à cause de la voix chaude, désarmée et triste de Leonard Cohen, et parce qu'il lui serait plus facile, du moins au début, de chanter dans une langue étrangère.

Mais très vite la voix se casse : elle a attaqué trop faiblement, avec hésitation. Pourtant, dans son plan si élaboré, le chant était la seule chose dont elle était sûre. Mais c'était plus difficile qu'elle ne l'avait imaginé. Chanter dans la rue c'était se montrer jusqu'au fond d'elle-même. Elle fait un effort pour surmonter le trac, mais c'est encore si loin de ses rêves fous, quand la rue retient son souffle dès le premier son, que le laveur de vitres de Burger King interrompt ses tristes mouvements circulaires et le marchand de jus de fruits arrête sa machine en plein beuglement de carotte pressée... (...) Elle règle sa respiration et réprime le vertige qui soudain entraîne sa voix, elle oses lever les yeux, jeter un coup d'œil au petit rassemblement, un dizaine de personnes autour d'elle... (...) Tamar sourit intérieurement, son professeur lui manque, elle gravit pour elle les marches imaginaires depuis la gorge jusqu'à l'oiseau secret au centre du front. »

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9 août 2009

Week-end de chasse à la mère – Genevière Brisac

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Editions de l’Olivier – août 1996 – 204 pages

Point – janvier 2004 – 208 pages

Prix Femina 1996

Quatrième de couverture :

Il y a Nouk, la mère.
Et Eugenio, le fils qu'elle élève seule, dans un minuscule appartement aux rideaux rouges. Elle s'inquiète. Peut-on survivre aux fêtes de fin d'année ? En attendant, il neige sur Paris, sur les clochards et les gens des beaux quartiers. Il neige sur les statues du jardin du Luxembourg. La mère et l'enfant se tiennent par la main, ils marchent dans les rues, tout au long de cette histoire magique, déchirante, follement drôle.
En chemin, ils rencontrent Adam et Ève, Anton Tchekhov, un fleuriste, un chauffeur de taxi, des tortues vieilles comme le monde. S'ils triomphent des obstacles semés sur leur route, il leur reste à affronter le pire : l'implacable bonté de ceux qui ont décidé de faire leur bonheur.

Avec ce roman très moderne où la vie intime se voit constamment menacée par l'intrusion du monde extérieur, Geneviève Brisac semble nous inviter à un retournement. Comme l'artiste qui, parce qu'il porte en lui un "gène d'irréalité" transmue en beauté le matériau brut de la vie.

Biographie : Née à Paris le 18 octobre 1951, normalienne et agrégée de lettres, Geneviève Brisac a tout d'abord enseigné en Seine-Saint-Denis. Elle se lance ensuite dans la littérature jeunesse et l'édition : elle dirige la revue des Livres pour enfants, crée la collection 'Page Blanche', collabore au 'Monde des livres' et est éditrice à l'Ecole des loisirs. En tant qu'écrivain, elle obtient le prix de l'Académie française en 1987 pour 'Les Filles' et le Prix Femina en 1996 avec 'Week-end de chasse à la mère'. Elle écrivit également une biographie de l'auteur du sud des Etats-Unis, Flannery O'Connor.

Mon avis : (lu en août 2009)

J'ai pris vraiment par hasard ce livre à la bibliothèque (même si ma PAL est déjà bien grande, j'ai beaucoup de mal à quitter la bibliothèque sans prendre un livre...), j'ai été intriguée par le titre car machinalement j'ai d'abord lu "Week-end de chasse à la mer".

En fait il n'est pas question de mer, mais bien de mère car c'est l'histoire de Nouk une maman qui élève seul son petit garçon Eugenio. Ils vivent tous les deux dans un petit appartement et leur relation est trop étouffante, fusionnelle. Nouk est faible face à son fils et accepte tous ses caprices, mais aussi elle le couve et l'étouffe de trop d'amour. Eugenio exige beaucoup, il profite de la faiblesse de sa mère et se comporte en enfant-roi, il n'est jamais satisfait. Nouk est très touchante, ancienne artiste peinte, sa sensibilité est forte, elle vit à la fois dans le réel et l'imaginaire.

J'ai passé un bon moment avec ce livre malgré quelques longueurs par moment.

Extrait : (début du livre)

« Quel est ton animal préféré ? » a demandé Eugenio pendant qu'on marchait dans la nuit. C'était l'avant-veille de Noël.

J'ai dit : « Koala, écureuil, loutre. Koala pour le geste des pattes autour du tronc de l'eucalyptus, et pour le voisinage du kangourou. Écureuil pour les noisettes. Quelle douceur dans l'offrande d'une noisette, comme je dis toujours. Loutre, je ne sais pas. A cause de la sonorité assez moche et touchante de son nom. A cause de l'eau. » Je mentais. Je voyais plutôt un animal du genre tatou.

Eugenio avait glissé son bras dans la petite anse invisible que forment mon corps et mon bras. Il avait l'air anxieux : «  Crois-tu que la reine Élisabeth a eu une vie heureuse ? a-t-il murmuré.

J'ai eu au bord des lèvres une riposte mesquine : Qui t'a parlé de cette momie à chapeau ? C'est encore ton père qui t'a parlé d'elle ! J'ai dit : « Assez heureuse, je crois, mais elle a été déçue par ses enfants. »

C'était une méchanceté gratuite d'avoir mis sur le tapis ces mots ensemble : déçue et enfants, et Eugenio s'est ratatiné. J'ai eu honte. « Il faut qu'on se dégrouille, a dit Eugenio. On est en retard, maman, dégrouille-toi !

- Ce verbe est vraiment immonde et la reine Élisabeth ne le dirait certainement pas ! » lui répondis-je.

La reine Élisabeth est notre idole, notre tête de Turc, notre sphinx et notre bouc émissaire. « Elle n'a pas eu une vie heureuse, dis-je finalement, parce qu'elle ne le souhaitait pas tellement. »

23 avril 2009

La chaussure sur le toit – Vincent Delecroix

la_chaussure_sur_le_toit Gallimard – août 2007 – 217 pages

Présentation de l'éditeur
Au centre du roman, une chaussure abandonnée sur un toit parisien. Tous les personnages du livre fréquentent le même immeuble, à proximité des rails de la gare du Nord. On rencontrera un enfant rêveur, un cambrioleur amoureux, trois malfrats déjantés, un unijambiste, un présentateur vedette de la télévision soudain foudroyé par l'évidence de sa propre médiocrité, un chien mélancolique, un immigré sans papiers, une vieille excentrique, un artiste (très) contemporain, un narrateur au bord du suicide... et une chaussure pleine de ressources romanesques.
L'imbrication des histoires les unes dans les autres à l'intérieur du roman permet à Vincent Delecroix d'aborder des registres très différents, du délire philosophique à la complainte élégiaque en passant par la satire de mœurs et par la peinture drolatique de la solitude – thème de prédilection de l'auteur.

Biographie de l'auteur
Vincent Delecroix, né en 1969, vit et enseigne la philosophie à Paris. Son précédent roman, Ce qui est perdu, a paru en 2006. A la porte, publié en 2004, a été adapté pour le théâtre et interprété par Michel Aumont.

Mon avis : (lu en avril 2009)

Original ce roman ou ces 10 nouvelles qui tournent autour d'un seul fait : une chaussure sur le toit d'un immeuble parisien. Les personnages sont les habitants d'un immeuble, et chacun a son explication. Ces habitants sont très différents : une petite fille qui ne veut pas dormir, un apprenti cambrioleur, une fiancée éplorée, un ancien animateur de télévision qui entend des voix, Ulysse, Néoptolème et Philoctère trois braqueurs, un écrivain débutant qui croit aux contes de fées, un chien, une vieille dame seule, un artiste contemporain...

Toutes les nouvelles sont très différentes tantôt drôles, tantôt plus tristes mais elles évoquent chacune à leur façon la solitude comme cette chaussure sur le toit. Je me suis laissée prendre par chacune des histoires et j'ai passé un très bon moment de lecture.

Extrait : (page 34)

"Oh mon amour, je voudrais que, là où tu te trouves, tu ne souffres plus jamais. Par moments même, je voudrais que tu m'aies oubliée, pour que je ne sois pas un objet de souffrance pour toi. Et puis, le moment d'après, bien sûr, je voudrais que tu ne m'oublies jamais, au contraire, et n'être pas la seule à regarder par la fenêtre en pleurant, à rester là comme une idiote, les bras ballants, inutile, avec tout mon corps inutile et mon sourire pour personne, ces dents éclatantes pour ne rien croquer, et tous ces jours vides devant moi.
Au moment où je t'ai perdu, j'ai bien compris que la souffrance allait être terrible. Je l'ai compris immédiatement, avec les premières larmes et les premières injures. Mais ce que je n'avais pas prévu, c'était l'ennui. Je m'apprêtais à souffrir d'amour et d'
injustice
, mais pas à souffrir d'ennui. Cette souffrance-là aiguise les autres, et les creuse et les écorche à chaque instant. Je veux bien que les souvenirs me brûlent, mais je ne sais pas quoi faire avec ce présent vide, cette plaie."

17 avril 2009

Les gadoues – Philippe Delepierre

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Liana Levi – mars 2007 – 332 pages

Pocket – mai 2008 – 368 pages

Résumé : Gill est un jeune garçon doué pour le bonheur. De ce qui l'entoure, il ne voit que le versant
positif. La décharge située à trois kilomètres de la petite ville du Nord où il vit ? un réservoir
de nettoyants chimiques à revendre aux amateurs de produits récurants pour se faire de l'argent
de poche. Les crises de nerfs de Marie-Rose, sa mère ? des orages passagers. Les bizarreries de
Trisomic-Marcel, son grand-frère ? des lubies poétiques à surveiller avec affection. Quant à Françoise, sa bien-aimée, c'est à ses yeux une fée, un ange… Mais cet idyllique univers d'enfance se fissure lorsque certains commencent à évoquer des années révolues que Gill n'a évidemment pas connues, celles de l'Occupation. Et en ces années 1960, elles jettent encore une ombre sinistre, tandis que les uns et les autres se terrent dans des silences lourds de sous-entendus.
Des silences que Gill va tenter de décoder, sans se rendre compte qu'ils cachent de dangereux secrets…

Auteur : Philippe Delepierre a une cinquantaine d'années. Après avoir longtemps travaillé à l'étranger - notamment en Amérique du Sud - il est aujourd'hui professeur de lettres dans un lycée du Nord de la France. Il est l'auteur d'un épisode du Poulpe et de plusieurs polars publiés chez Baleine. Depuis son recueil de nouvelles - Même pas mal et autres paris stupides - il a écrit quatre romans, parus aux éditions Liana Levi, Fred Hamster et Madame Lilas (2004), Crissement sur le tableau noir (2005), Les gadoues (2007), et Sous les pavés l'orage (2008).

Mon avis : (lu en avril 2009)

Nous sommes dans les années 60, Gill a treize ans, il habite une petite ville ouvrière du Nord, il nous raconte sa vie de tous les jours : les crises de nerfs de sa mère, sa relation pleine de tendresse avec son grand-frère Trisomic-Marcel, ses bêtises au lycée, sa bien-aimée Framboise... Les gadoues c'est la décharge où il récupère toutes sortes de choses avec son copain Fred Hamster. C'est le lendemain de la guerre et de vieilles histoires vont ressortir dévoilant ainsi le passé secret de la mère de Gill.

L'écriture est à la fois poétique, pleine de jeux de mots et parfois d'argot. On rit beaucoup en lisant ce livre. Les personnages sont drôles et attendrissants. J'ai passé un très bon moment en lisant ce roman.

Extrait : (premières lignes)

Maman a ses nerfs. Un chamboulement échevelé, une danse de Saint-Guy ravageuse, une tornade tropicale aux sanglots longs et hurlements force dix. Ces grandes gesticulations de désespoir éclatent tout à trac, en Blitz Krieg brutales et sournoises pour se finir dans un chaos de vaisselle fracassée, de repassage éparpillé, de bocaux renversés vomissant leurs nuées de poivre, de farine et de café moulu.
Je cours aux abris, jamais plus loin que la cour car je dois surveiller l'évolution de la crise. Dans ces moments-là, d'après le docteur Verdier, il n'y a rien d'autre à faire que de laisser passer l'ouragan tout en surveillant la malade au cas où elle avalerait sa langue. La première fois que j'ai entendu cette expression étrange, j'étais encore gamin et ça m'a fait rire. J'ai demandé au médecin comment on pouvait avaler sa langue puisque c'est précisément l'organe qui sert à ingurgiter, mais il était de mauvais poil et m'a envoyé bouler.
À l'intérieur, ça barde. Pas besoin de boule de cristal pour deviner l'avenir proche.
Les vitres de la cuisine sont extralucides, maman qui ne supporte ni la crasse ni les chiures de mouches les récure tous les samedis avec de l'alcool à brûler et du papier journal. Le verre en ressort aussi propre que l'écran de notre télé toute neuve et j'assiste en direct au drame domestique, net et clair comme le grand spectacle du monde commenté par Léon Zitrone ou Claude Darget au journal télévisé. De mon poste d'observation situé entre les clapiers et le tonneau d'eau de pluie, je ne quitte pas Marie-Rose des yeux. Depuis que je suis passé en sixième j'ai pris la liberté d'appeler mes parents par leurs prénoms, Fernand et Marie-Rose. Pas quand je leur adresse la parole bien sûr, seulement quand je suis seul avec moi-même. J'estime qu'à treize ans, c'est un signe de maturité précoce qui ne gâche rien à l'amour sincère que je leur porte.

Marie-Rose. Je ne vous raconte pas le choc quand j’ai découvert que ma mère avait le même nom qu’une lotion contre les poux ! Marque déposée d’un insecticide redoutable pour les parasites, inoffensif pour les cheveux. Dans la vitrine de la pharmacie, un carton publicitaire montrait deux trois bestioles terrassées par le produit miracle et une petite fille sautillant tresses au vent, heureuse d’avoir échappé à la tondeuse. Ce jour-là, je devais acheter des sinapismes à la farine de moutarde censés guérir mes bronchites à répétition, des espèces de buvards qu’une fois bien imbibés de vapeur on te claque sur la poitrine à cent degrés Celsius et qui te brûlent pendant des heures à t’en décoller la peau. «Rigolo» qu’ils s’appellent ces cataplasmes, je n’invente rien. Si on me demande mon avis, je choisis sans hésiter les ventouses parce que c’est indolore et quand on les enlève, elles font un joyeux bruit de bouteille qu’on débouche, blop! En cas de migraine, j’ai droit à une vessie de glace qui ressemble à un béret de chasseur alpin ou à des compresses au menthol, maman préfère ce genre de thérapie externe aux cachets d’aspirine qui, selon elle, perforent l’estomac et rendent hémophile.

Malheureusement pour elle, ces remèdes ne lui sont d’aucune utilité parce que ses crises ne sont dues ni aux microbes ni aux virus. Son mal provient de l’âme, d’un imbroglio de frayeurs secrètes si profondément enracinées que personne ne peut en sonder les causes. Elles se manifestent par des vertiges fulgurants comme si le chemin de sa vie lui semblait soudain une étroite passerelle suspendue au-dessus du précipice où elle n’ose pas s’aventurer. J’en ai parlé à un gars de ma classe dont le père est infirmier psychiatrique, d’après lui, il s’agirait

d’hallucinations aiguës, de troubles du comportement qu’il faut soigner avec des douches froides ou des électrochocs. Je lui ai fichu mon poing sur la gueule, non mais ! Marie-Rose n’est pas folle, qu’on se le dise, et quiconque prétendra le contraire aura affaire à moi.

En tout cas ce n’est pas encore aujourd’hui que maman sombrera dans la grande déglingue. Elle se défend comme une lionne et j’ai bien l’impression que le combat contre les démons est en train de tourner en sa faveur. «Nerfs fragiles mais solide constitution », assure le docteur. Peut-être bien, mais ce n’est pas une raison pour baisser la garde, il suffirait d’une attaque un peu plus sournoise que d’habitude, comme ça, un coup en traître, et elle serait bonne pour le grand plongeon cataleptique à perpète.

Parfois, au lycée, je tremble à l’idée que la crise fatale se déclare en mon absence. Dans ces moments-là, plus moyen de me concentrer. Les profs disent que je suis dans la lune mais ils parlent sans savoir, comme toujours. Je suis bien là au contraire, les deux pieds sur terre, sur le qui-vive et en pleine réalité. Dès que j’entends les pompiers ou une ambulance en urgence, je me dis que cette fois, ça y est, l’apocalypse vient de nous tomber dessus ! Le cerveau malade de maman a mis le feu aux poudres et sa conscience a décollé en chandelle comme la fusée qui a mis Telstar sur orbite. Fernand ne me le pardonnera jamais, il m’enrôlera chez les enfants de troupe où les officiers instructeurs m’accuseront d’abandon de poste et de désertion, délits passibles de cour martiale et de peloton d’exécution.

21 mars 2009

Falaises – Olivier Adam

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Editions de l'Olivier - août 2005 – 204 pages

Points - août 2006 - 181 pages

Présentation de l'éditeur
Etretat. Sur le balcon d'une chambre d'hôtel, un homme veille. Au bout de son regard : les falaises éclairées d'où s'est jetée sa mère, vingt ans plus tôt. Le temps d'une nuit, le narrateur déroule le film de sa vie, cherche dans sa mémoire rétive les traces de cette mère disparue. Il fouille son enfance, revient sur sa jeunesse perdue, sur son père brutal, son frère en fuite, ses années à Paris. Ce qu'il puise dans ses souvenirs : un flot d'images, de sensations, de lieux, d'apparitions. Et cette question : comment suis-je encore en vie, qui m'a sauvé ? Dans ce roman qui semble faire table rase du passé pour mieux le ranimer, Olivier Adam convoque tous les thèmes et les personnages qui lui sont chers. Ainsi rassemblés, ils donnent à Falaises un souffle et une ampleur romanesques rares.

Biographie de l'auteur
Olivier Adam est né en 1974. Il a grandi en banlieue parisienne et vit aujourd'hui à Paris. Il a publié, entre autres, A l'ouest, Poids léger (adapté au cinéma en 2004 par Jean-Pierre Améris) et Passer l'hiver (Goncourt de la Nouvelle 2004). Il écrit également pour la jeunesse et pour le cinéma.

Mon avis : (lu en mars 2009)

C’est le deuxième livre que je lis de cet auteur après "A l’ abri de rien" que j’avais beaucoup aimé. Ce roman est dur et tendre à la fois. C’est un cri de douleur du narrateur qui revient sur le drame de son enfance : le suicide de sa maman lorsqu’il avait 11 ans, puis sur ses souvenirs de jeunesse avec un père dur et indifférent, sa complicité avec son frère. On découvre aussi sa vie d'adulte avec sa femme et sa fille. Ce livre nous rappelle que la vie fluctue entre la mélancolie, la tristesse mais aussi la joie et le bonheur. Ce livre est très touchant et poétique, l’écriture est fluide, tout ceci est vraiment très beau !

Extrait : (page 48)
Dans la chambre tiède, l'air est rempli du parfum de ma fille, de l'odeur de sa mère. Je m'allonge près d'elles. Chloé grogne et je respire ses cheveux, son odeur de savon, d'eau de cassis et de lait. J'embrasse son cou, ses doigts minuscules, son épaule. Elle ouvre les yeux un instant, murmure 'papa' et se rendort aussitôt.
Il y a maintenant deux ans qu'elle est née, qu'elle est près de moi et me protège. Deux ans et j'ai souvent l'impression qu'avant ça rien n'a existé, rien n'a eu lieu, qu'à nouveau ma mémoire se ferme à double tour, et entraîne les trente années qui ont précédé dans un lieu caché de mon cerveau. Un lieu sans importance désormais.

Extrait : (page 64)
Mon frère s'est réveillé un soir et, à ma grande surprise, ce ne fut pas plus étrange et extraordinaire que des yeux qui s'ouvrent et se posent sur ce qui les entoure, les murs et la fenêtre, les arbres qui se balancent, le ciel au loin, craquelé de rouge et de bleu crème ce soir-là, les immeubles puis moi, assis dans le grand fauteuil, sous le téléviseur suspendu. Il m'a souri faiblement, a refermé les yeux un moment. Quand il les a rouverts, j'étais près de lui.
- Tu as fait semblant, hein ? T'étais pas dans le coma, en vrai ?
Il s'est tourné vers moi, pris dans les brumes. Il m'a regardé longuement, ses yeux s'appuyaient sur mon visage, sans reproche, sans ironie, sans tristesse. On y lisait juste la fatigue et la détresse. D'une voix pâteuse il m'a demandé où était maman. A l'expression de son visage, j'ai compris qu'après six semaines hors du monde il espérait de tout son cœur avoir fait un mauvais rêve.

Extrait : (page 171)
J'ai froid et le ciel s'éclaircit un peu. Au loin fraient des cargos. Sur les ponts rouillés passe infiniment mon frère et pour toujours peut-être. J'ignore s'il me manque, je crois qu'il fait partie d'une autre vie et que, depuis la mort de ma mère, j'ai appris à consentir à ce qu'il advient, à ne plus résister à rien. Je crois qu'en somme, le trou qu'elle a creusé en moi était déjà si large et profond qu'en y disparaissant il n'aura pu l'agrandir.
Je ne sais pas quand exactement mon frère surgit pour la première fois dans le flux troué de ma mémoire. Quand, au juste, il s'extrait de ces sables pour arborer un visage, une voix, une silhouette reconnaissables. Entre huit et onze ans, je crois qu'il se confond, selon les moments, soit avec moi soit avec ma mère. Pourtant, étrangement, il me semble le connaître depuis beaucoup plus longtemps que ça.

23 avril 2009

Les cinq personnes que j'ai rencontré là-haut – Mitch Albom

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Oh ! éditions – mai 2004 – 281 pages

Pocket – décembre 2005 – 223 pages

traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Edith Soonckindt

Présentation de l'éditeur
Pendant des années, le vieil Eddie, petit bonhomme trapu de 83 ans, a veillé au bon fonctionnement des attractions de la fête foraine de Kuby Pier. Comble de l'ironie, c'est ici qu'il vient tout juste de mourir, écrasé sous la nacelle d'un manège alors qu'il tentait de sauver la vie d'une fillette... Arrivé dans l'au-delà, le défunt se retrouve embarqué sur un vaste océan multicolore et multiforme où, comme dans un rêve éveillé, il va faire cinq rencontres bouleversantes et déterminantes : avec Marguerite, son amour perdu, mais aussi son ancien capitaine d'infanterie, une vieille femme aux cheveux blancs, un mystérieux homme bleu et une toute jeune Asiatique détenant, dans ses petits doigts atrocement brûlés, le secret d'Eddie et de sa destinée...

Biographie de l'auteur
Mitch Albom est né en 1960 à Philadelphie. Après avoir obtenu un diplôme de sociologie, il poursuit des études de journalisme à l'université de Columbia à New York et devient l'un des principaux journalistes sportifs des Etats-Unis, travaillant pour la presse, la radio et la télévision. Dans son ouvrage La dernière leçon (Pocket, 2004) il retranscrit les conversations qu'il a eues avec Morrie Schwartz, son ancien professeur d'université atteint d'une maladie mortelle. L'adaptation télévisée de ce récit a remporté quatre Emmy Awards en 2000, et il est resté quatre ans dans la liste des meilleures ventes du New York Times. Les cinq personnes que j'ai rencontrées là-haut (Oh ! éditions, 2004) est publié aux Etats-Unis en 2003 : le succès est immédiat. Le livre, traduit dans 37 pays, s'est vendu à plus de 5 millions d'exemplaires, et a été adapté pour la télévision. Mitch Albom vit avec son épouse à Franklin dans le Michigan.

Mon avis : (lu en décembre 2005)

Eddie, 83 ans va mourir en sauvant une fillette de la mort. Il monte au Paradis et là il va rencontrer 5 personnes qui lui expliquent et décodent les grandes étapes de sa vie sur terre. Certaines de ces cinq personnes sont de sa famille, d'autres lui sont inconnus.

Ce livre est très émouvant et se lit rapidement. L'histoire est simple et elle nous amène à réfléchir sur la vie et sur la mort. Ce livre est malgré tout plein d'espoir ! Les personnages sont attachants et j'ai passé un merveilleux moment de lecture.

Extrait : (page 61)
'Alors ma mort a été inutile, comme ma vie.
- Aucune vie n'est inutile, lui rétorqua l'Homme Bleu. Le seul moment que nous gâchons, c'est celui où nous croyons être seul.'
Il fit quelques pas vers sa tombe et sourit. Ce faisant, sa peau prit une très belle teinte caramélisée, lisse et parfaite. C'était même la peau la plus parfaite qu'Eddie ait jamais vue.
'Attendez ! 'hurla-t-il, mais il fut soudain emporté à toute vitesse dans les airs, loin du cimetière, et se mit à planer au-dessus de l'immense océan gris.
Au dessus de lui il aperçut les toits de la fête foraine d'autrefois, avec ses clochetons, ses tourelles et ses drapeaux claquant au vent.
Puis tout disparut.

Extrait : (page 141)
Il est rare que les parents lâchent leurs enfants, du coup ce sont leurs enfants qui les lâchent. Ils avancent. Ils s'éloignent. Les monuments qui leur servaient de repères - l'approbation d'une mère, d'un père - sont remplacés par leurs propres réussites. Ce n'est que beaucoup plus tard, quand la peau pendouille et que le cœur s'affaiblit, que les enfants comprennent ; que leurs réussites s'ajoutent à celles de leurs parents, pierre après pierre, dans les eaux de la vie.

22 mars 2009

Le Scaphandre et Le Papillon - Jean-Dominique Bauby

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Robert Laffont – mars 1997 – 139 pages

Pocket - septembre 1999 - 139 pages

Présentation de l'éditeur
À jamais statufié, muet exilé à l'intérieur de lui-même, il jette toute sa vie dans ce carnet de voyage immobile parce qu'elle va finir dans peu de temps. Après son accident cardiovasculaire, Jean-Dominique Bauby est ce mort vivant qu'un seul battement de cils rattache encore au monde et à la confidente qui déchiffre, un à un, ses derniers mots. Adieu à la vie, dont les images dansent encore devant lui. Le visage d'une femme aimée, un air populaire, une nuit blanche à Saint-Pétersbourg ou un jour incandescent dans le Nevada, un film de Fritz Lang, les petits riens et les grandes espérances. Et puisqu'il faut quitter tout cela, autant le faire sans peur, et même avec le sourire. Le journaliste qu'il était a remis sa dernière copie, inoubliable lettre adressée à un pays inconnu.

Auteur : Jean-Dominique Bauby (né en 1952 et décédé le 9 mars 1997) est un journaliste français, auteur d'un livre sur son expérience du locked-in syndrome, ou syndrome d'enfermement. Il a vécu avec Sylvie de la Rochefoucauld (présidente de Canal Jimmy)

Élevé à Paris, il grandit rue du Mont-Thabor derrière le Jardin des Tuileries dans l'ancien immeuble d'Alfred de Musset. Rédacteur en chef du magazine féminin Elle et père de deux enfants : Théophile et Céleste, Jean-Dominique Bauby est victime le vendredi 8 décembre 1995 d'un accident vasculaire cérébral qui le plonge dans le coma puis l'affecte du locked-in syndrome.

Hospitalisé à 44 ans, à l'hôpital maritime de Berck, il conserve ses capacités intellectuelles. Il continue de pouvoir mouvoir l'une de ses paupières, ce qui lui permet de communiquer. C'est lettre à lettre qu'il dicte son livre Le Scaphandre et le Papillon, publié le 6 mars 1997. Comme mentionné dans la dernière phrase de son livre, il décède peu de temps après sa sortie, le 9 mars 1997.

Mon avis : (lu en mars 1998)

C'est un récit bouleversant de courage. D’abord dans l’énergie qu’il a nécessitée pour sa rédaction, mais aussi dans le témoignage souvent ironique qu’il fournit sur cette effroyable immobilité. Ce livre est un hymne à la vie et à l'espoir. L'auteur décrit ce qu'était sa vie "avant", et ce qu'elle est maintenant, alors qu'il est atteint du "locked-in" syndrome. Ce livre est très touchant dans sa simplicité car pour lui, chaque chose, même les plus simples, sont devenues inaccessibles.
C'est un témoignage très émouvant, qui nous donne envie de profiter de la vie, "au cas où"...

En mai 2007, une adaptation au cinéma, également titrée Le Scaphandre et le Papillon, réalisée par Julian Schnabel, avec Mathieu Amalric, Emmanuelle Seigner, Marie-Josée Croze, Anne Consigny, Patrick Chesnais est sortie en salles.

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J'ai vu ce film qui est tout aussi bouleversant que le livre, humain, touchant, très émouvant, étonnamment drôle parfois. Le rôle de Jean-Dominique Bauby est magnifiquement interprété par Mathieu Amalric (il a d'ailleurs reçu un César pour sa prestation).

Extrait :
"Derrière le rideau de toile mitée une clarté laiteuse annonce l'approche du petit matin. J'ai mal aux talons, la tête comme une enclume, et une sorte de scaphandre qui m'enserre tout le corps. Ma chambre sort doucement de la pénombre. Je regarde en détails les photos des être chers, les dessins d'enfants, les affiches, le petit cycliste en fer-blanc envoyé par un copain la veille de Paris-Roubaix, et la potence qui surplombe le lit où je suis incrusté depuis six mois comme un bernard-l'ermite sur son rocher. Pas besoin de réfléchir longtemps pour savoir où je suis et me rappeler que ma vie a basculé le vendredi 8 décembre de l'an passé (...)".

Extrait : "Le 8 juin, cela fera six mois que ma nouvelle vie a commencé. Vos lettres s'accumulent dans le placard, vos dessins sur le mur et, comme je ne peux répondre à chacun, j'ai eu l'idée de ces samizdats pour raconter mes journées, mes progrès et mes espoirs. D'abord j'ai voulu croire qu'il ne s'était rien passé. Dans l'état de semi-conscience qui suit le coma, je me voyais revenir bientôt dans le tourbillon parisien, tout juste flanqué d'une paire de cannes."
Tels étaient les premiers mots du premier courrier de la lettre de Berck qu'à la fin du printemps je décidai d'envoyer à mes amis et relations. Adressée à une soixantaine de destinataires, cette missive fit un certain bruit et répara un peu les méfaits de la rumeur. La ville, ce monstre aux cent bouches et aux mille oreilles qui ne sait rien mais dit tout, avait en effet décidé de me régler mon compte. Au café de Flore, un de ces camps de base du snobisme parisien d'où se lancent les cancans comme des pigeons voyageurs, des proches avaient entendu des piapiateurs inconnus tenir ce dialogue avec la gourmandise de vautours qui ont découvert une gazelle éventrée.
"Sais-tu que B. est transformé en légume? disait l'un. - Évidemment, je suis au courant. Un légume, oui, un légume." Le vocable "légume" devait être doux au palais de ces augures car il était revenu plusieurs fois entre deux bouchées de welsh rarebit. Quant au ton, il sous-entendait que seul un béotien pouvait ignorer que désormais je relevais davantage du commerce des primeurs que de la compagnie des hommes. Nous étions en temps de paix. On ne fusillait pas les porteurs de fausses nouvelles. Si je voulais prouver que mon potentiel intellectuel était resté supérieur à celui d'un salsifis, je ne devais compter que sur moi-même.
Ainsi est née une correspondance collective que je poursuis de mois en mois et qui me permet d'être toujours en communion avec ceux que j'aime. Mon péché d'orgueil a porté ses fruits. A part quelques irréductibles qui gardent un silence obstiné, tout le monde a compris qu'on pouvait me joindre dans mon scaphandre même s'il m'entraîne parfois aux confins de terres inexplorées.
Je reçois des lettres remarquables. On les ouvre, les déplie et les expose sous mes yeux selon un rituel qui s'est fixé avec le temps et donne à cette arrivée du courrier le caractère d'une cérémonie silencieuse et sacrée. Je lis chaque lettre moi-même scrupuleusement. Certaines ne manquent pas de gravité. Elles me parlent du sens de la vie, de la suprématie de l'âme, du mystère de chaque existence et, par un curieux phénomène de renversement des apparences, ce sont ceux avec lesquels j'avais établi les rapports les plus futiles qui serrent au plus près ces questions essentielles. Leur légèreté masquait des profondeurs. Étais-je aveugle et sourd ou bien faut-il nécessairement la lumière d'un malheur pour éclairer un homme sous son vrai jour ?"

28 janvier 2009

Mon voisin – Milena Agus

Mon_voisin Liana Levi – janvier 2009 – 51 pages

Traduit de l'italien par Françoise Brun

Présentation de l'éditeur
Glisser dans la baignoire en changeant le rideau de douche, faire croire à un accident, confier le petit à une famille normale... Pour se délester de la pesanteur de la vie, elle s'amuse à imaginer le suicide parfait. Mais le jour où le voisin entre dans sa vie, son regard sur le monde change. Dans un Cagliari écrasé de soleil, Milena Agus met en scène des personnages hors normes, enfants en mal d'amour, adultes en quête d'un peu de douceur.

Biographie de l'auteur
Milena Agus, une inconnue sarde, enthousiasme en 2007 la presse, les libraires et le public avec Mal de pierres. Ce succès se propage en Italie et lui confère la notoriété dans la vingtaine de pays où elle est aujourd'hui traduite. Lauréate du prix Relay en France, Milena Agus poursuit sa route d'écrivain avec Battement d'ailes paru début 2008. Les droits de Mal de pierres ont été achetés pour le cinéma par Nicole Garcia.

Mon avis : (lu en janvier 2009)

Ce livre d'une cinquantaine de pages est l'histoire simple d'une femme seule, à l'abandon . Elle s'occupe de son enfant de 2 ans qui ne marche pas, qui ne parle pas. Alors elle imagine une multitude de suicides parfaits qui lui permettraient de quitter cette vie vide de sens... Mais elle va rencontrer son voisin et son regard sur la vie, sur le monde va changer.

Ce livre est très facile à lire, il est plein de poésie, de douceur, on s'évade en Sardaigne et les sentiments sont beaux, sont simples. J'ai beaucoup aimé, dommage que ce ne soit qu'une nouvelle de cinquante pages... C'est le premier livre que je lis de cette auteur, et j'ai bien envie de lire Mal de pierres. Merci à Bellesahi pour cette découverte.

Début du livre :

« Le voisin, elle l'avait rencontré un jour alors qu'avec son petit elle rentrait de promenade. Il était très beau. Et ensuite, toujours à la même heure. Elle arrêtait la poussette et le fixait sans retenue. Mais lui ne les voyait pas, même quand la rue était vide.

Il habitait la maison de l'autre côté du mur, et maintenant, quand elle emmenait son fils faire un tour, elle passait toujours par là. Ensuite ils montaient par les ruelles en pente, encaissées entre les murs, et débouchaient dans la lumière aveuglante de l'Esplanade, une avenue d'où on aperçoit tout Cagliari. Ils s'installaient sous un palmier, en surplomb de leur petit immeuble décrépit, qui était le plus moche, mais le plus beau aussi, parce qu'il y avait le jardin de la maison d'en face, caché à la rue par le mur, avec sa végétation enchevêtrée qui formait un tapis sous son balcon à elle, au premier étage, la tenant comme suspendue en l'air quand elle s'y penchait.

La maison du voisin restait cachée même de là-haut, de l'Esplanade, les frondaisons des arbres recouvraient tout, et là où elles s'éclaircissaient par instants émergeaient le blanc, le rose, le jaune des arbres fruitiers. Du mur descendaient, s'ouvrant un chemin entre les tessons de bouteille, les branches de lierre et les grappes violettes des glycines. Elle ne se lassait pas de rester là, émerveillée, espérant toujours entendre la voix de ce voisin si beau. Mais seuls les oiseaux chantaient.

      Son petit restait bien sage dans la poussette et lui souriait, de ce sourire où brillaient encore les petites pâtes étoilées de la bouillie. Il avait presque deux ans, n'émettait aucun son et ne tenait pas debout tout seul, mais les médecins disaient qu'il était en bonne santé et qu'il n'y avait donc rien à soigner.

Alors il lui venait l'envie de mourir. L'enfant, une de ses sœurs le prendrait, au moins il grandirait dans une famille normale.

Elle avait raison de boire l'eau jamais vidangée de la citerne en espérant le typhus, et de manger les conserves périmées en se souhaitant le botulisme, et de toujours marcher du côté de la route où les autos passaient et pouvaient l'écraser.

Mais c'était le printemps maintenant, et au printemps on regarde dehors, une fois les vitres nettoyées »

2 janvier 2009

Dialogue avec mon jardinier – Henri Cueco

Dialogue_avec_mon_jardinier Seuil – juin 2004 – 221 pages

Présentation de l'éditeur
L’un, dans le jardin, ramasse des noix, cultive des patates, fauche l’herbe. L’autre, dans l’atelier, dessine des noix, des patates, de l’herbe. Après le travail, ils parlent (ils disent « batailler »).
L’un est le patron, l’autre l’employé. Mais ils sont pays et tous deux s’interrogent sur le beau (« Ah ! une belle salade ! – Ah ! un beau tableau ! – Dis, c’est quoi, pour toi, une belle salade ? »).
Au début, ils s’apprennent : le contact est un peu laborieux, et puis ça vient tout seul. Un sujet en amène un autre : les carottes, la vie, les citrouille, la mort, les poireaux, la jalousie, les haricots, l’art, les petits pois, la maladie, les groseilliers, les voyages. Ils cultivent leur jardin, au propre et au figuré. Le lecteur grappille un légume ou un fruit défendu à chaque page.
C'est un dialogue allègre, inattendu, taquin, simple et vrai. Il évolue - comme l'amitié - d'une certaine raideur à une tendresse confiante, à un abandon mutuel assez déchirant. Sous prétexte de parler des salades (" ah ! une belle salade "), des poireaux (" si je les arrose pas, je vais les trouver avec un pompon au bout de la tige "), des citrouilles (" les citrouilles, pour moi, c'est le plaisir de les voir venir "), ils parlent de la vie, de la mort, de la jalousie, de l'art, de la maladie, du bonheur, des voyages, de l'argent des rêves et des peurs. Ça coule de source. C'est bienfaisant, réjouissant et plein de malice.

Mon avis : (lu en novembre 2004)

J'avais pris ce livre à la bibliothèque vraiment par hasard un peu à cause de la couverture...

Et j'ai pris beaucoup plaisir avec ce livre. C'est une histoire d’amitié attachante et simple.

Les sujets de discussion sont sans prétention, anodins : le thé, le pinard, la salade, la citrouille, un couteau et un bout de ficelle, un poisson...

Les personnages du peintre et du jardinier discutent de leurs observations sur la nature et la vie tout simplement. Beaucoup d'émotions se dégagent de ce livre : une belle leçon de vie.

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En juin 2007, un film a été réalisé par Jean Becker avec Daniel Auteuil et Jean-pierre Darroussin. J'ai beaucoup aimé le film car j'y ai retrouvé toute la poésie du livre.

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Extrait :

« Par contre, tiens, regarde, moi aussi j'en fais, du beau. Regarde un peu celle-là.
-C'est quoi, ça ?
-Une salade.
-Ça, une salade ?
Il rit
-Tu vois, y a pas que toi qui fais des belles choses. Ça, c'est mon travail.
-Ah, elle est belle !
-Elle est pour toi, je te la donne. J'en ai un plein carreau, je peux pas toute la manger, et la semaine prochaine elle va monter.
-Merci.
-Je te la pose là.
-Elle est vraiment belle.
-Ce qui est beau, c'est ce qui fait plaisir à voir, voilà, c'est simple... Mais bien sûr, toi, c'est plus compliqué qu'une salade, peut-être.
-C'est peut-être pas aussi beau.
-Moi, je trouve que c'est plus beau que la salade, même si on sait pas pourquoi. La salade, c'est parce qu'elle est blanche, parce qu'il y a du rendement. Tandis que ton truc, là...
Un long temps.
-Je vais à la soupe. A demain. Porte-toi bien.
-Merci encore pour la salade.
»

17 août 2012

Bilan Challenges n°5

Rendez-vous et Challenges sans limite de temps...

 

 destination_israel_1 destination_NZ Destination_Egypte
 Challenge Destination proposé par evertkhorus
1ère Destination : Cambodge : 2 juillet 2011 : Le portail - François Bizot
2ème Destination : Cuba : 15 octobre 2011 : Le nid du serpent - Pedro Juan Gutiérrez
                                Destination Cuba - carnet de voyage
3ème Destination : Israël : 28 janvier 2012 : Soudain dans la forêt profonde – Amos Oz 
                                Le Poète de Gaza - Yishaï Sarid 
4ème Destination : Nouvelle-Zélande : 5 mai 2012 : Haka – Caryl Férey 
5ème Destination : Egypte : 1er septembre 2012 : (destination en cours)

 

un_mot_des_titres Challenge Un mot, des titres... organisé par Calypso

1ère session : mot BLEU - 15/07/11 - Le bleu est une couleur chaude - Julie Maroh (BD)
2ème session : 
mot SOLEIL - 1/09/11 - Allons réveiller le soleil - José Mauro de Vasconcelos 
3ème session : 
mot NUIT - 15/10/11 - Rien ne s'oppose à la nuit - Delphine de Vigan
4ème session : mot SECRET - 1/12/11 - Le secret de la pyramide – Alan Arnold
5ème session : mot MONDE - 15/01/12 - Le Monde du bout du monde – Luis Sepúlveda (Chili)
6ème session : mot BONHEUR- 1/03/12 - Le jour avant le bonheur – Erri De Luca (Italie)
7ème session : mot JOUR - 15/04/12 - Jours sans faim – Delphine de Vigan 
                                                       Deux jours à tuer – François d’Epenoux
8ème session : mot AME - 1/06/12 - L'âme du chasseur – Deon Meyer
9ème session : mot FILLE - 15/07/12 - Les Filles de l’ouragan – Joyce Maynard
                                                       La fille de l'hiver - Eowyn Ivey 
10ème session : mot ENFANT - 1/09/12 - (en cours)


 challenge_agatha_christie Challenge Agatha Christie organisé par George à l’occasion du 120ème anniversaire de la naissance d’Agatha Christie, il s'agit de lire autant de romans que vous le souhaitez, de 1 à l’œuvre intégrale !!! et de voir une ou plusieurs adaptations TV ou ciné de ses oeuvres (que vous pourrez éventuellement mettre en rapport avec les romans que vous aurez lus!)

livre n°1 : Dix petits nègres – Agatha Christie
livre n°2 : Le crime de l'Orient-Express – Agatha Christie
livre n°3 : Un cadavre dans la bibliothèque – Agatha Christie
livre n°4 : Le Noël d'Hercule Poirot - Agatha Christie
livre n°5 : A l'hôtel Bertram – Agatha Christie

 

john_irving  A Challenge for John Irving organisé par Val

livre n°1 : Une prière pour Owen – John Irving 

 


logo_challenge_obj_pal_swap
Challenge Objectif PAL Swap organisé par Aproposdelivres, il s'agit de lire et chroniquer d'ici fin 2012, le maximum de livres que l'on vous a offert lors d'un Swap

livre n°1 : Profondeurs - Henning Mankell (Suède) offert par Thiphanie
livre n°2 : Brooklyn Follies – Paul Auster (États-Unis) offert par Papillon
livre n°3 : Le Monde du bout du monde – Luis Sepúlveda (Chili) offert par Thiphanie
livre n°4 : La délicatesse - David Foenkinos offert par Sandrine
livre n°5 : Un safari arctique – Jørn Riel offert par Pickwick
livre n°6 : Si je reste – Gayle Forman offert par Azilis 
livre n°7 : Les revenants – Laura Kasischke (États-Unis) offert par Sophie 
livre n°8 : Quand vous lirez ce livre... - Sally Nicholls (Grande-Bretagne) offert par Hérisson08 
livre n°9 : Chroniques de l'asphalte 1/5 - Samuel Benchetrit offert par Pimousse4783
livre n°10 : La mort indienne – Karin Fossum (Norvège) offert par mrs pepys
livre n°11 : La chambre mortuaire - Jean-Luc Bizien offert par Valérie 

 

26 décembre 2008

Extrêmement fort et incroyablement près - SAFRAN FOER Jonathan

Extr_mement_fort_et_incroyablement Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jacqueline Huet, Jean-Pierre Carasso

Edition de l'Olivier - septembre 2006 – 448 pages

Présentation de l'éditeur

Oskar Schell a neuf ans. Il est : inventeur, entomologiste amateur, épistolier, francophile, pacifiste, consultant en informatique, végétalien, origamiste, percussionniste, astronome amateur, collectionneur de pierres semi-précieuses, de papillons morts de mort naturelle, de cactées miniatures et de souvenirs des Beatles. Un an après la mort de son père dans les attentats du 11 septembre, Oskar trouve une clé. Persuadé qu'elle résoudra le mystère de la disparition de son père, il part à la recherche de la serrure qui lui correspond. Sa quête le mènera aux quatre coins de New York où il pénétrera les vies d'inconnus et découvrira l'histoire de sa famille. Dans le sillon de ce gamin surdoué, ultra sensible et d'une inventivité presque maladive, se dévoile une ville qui, un an après les attentats des Twin Towers, panse ses plaies et recèle bien des trésors. Tandis qu'en filigrane se dessine le récit de la famille d'Oskar, érigeant l'Histoire en écho à nos tragédies contemporaines.

Auteur :
Né en 1977 à Washington, D.C., Jonathan Safran Foer fait des études de lettres à Princeton. En 1999, il part en Ukraine pour y retracer la vie de son grand-père. De ce voyage résulte son premier roman, Tout est illuminé (Editions de l'Olivier, 2003), qui devient un événement littéraire international. Couronné de nombreux prix et encensé par la critique, Tout est illuminé est adapté au cinéma par Liev Schreiber avec Elijah Wood dans le rôle principal. Foer est aussi l'auteur de textes parus dans The Paris Review, The New Yorker ou The New York Times. Il vit à Brooklyn avec sa femme et leur fils.

Mon avis : 5/5 (lu en 2007)

Incroyablement émouvant. J'ai été bouleversée par l'histoire d'Oskar. C'est difficile de ne pas verser de larmes devant ce jeune garçon ultra-sensible qui refuse d'imaginer la mort de son père et qui part à sa recherche.

Le livre en lui-même est très inventif et original : des photos, des pages blanches, noires, des pages avec un mot, une phrase... Il y a un vrai jeu de piste qui nous promène dans New-York.

Un bon conseil : Pour profiter totalement des surprises du livre, il ne faut pas le feuilleter avant de le lire… il faut découvrir chaque page lors de la lecture !

Un vrai coup de cœur pour moi !

Extrait :

« La première lettre, je l'ai écrite à Stephen Hawking. J'y ai collé un timbre d'Alexander Graham Bell.

Cher Stephen Hawking,
Puis-je s'il vous plaît être votre protégé?
Merci,
Oskar Schell

Je pensais qu'il allait pas répondre, parce que c'est quelqu'un de si extraordinaire et que je suis quelqu'un de si normal. Et puis un jour que je rentrais de l'école, Stan m'a tendu une enveloppe en disant, «Vous avez du courrier!» de la voix AOL que je lui ai apprise. J'ai grimpé à toute vitesse les 105 marches jusqu'à notre appartement, j'ai couru à mon laboratoire, je suis allé dans mon placard, j'ai allumé ma lampe de poche et je l'ai ouverte. La lettre était dactylographiée, évidemment, parce que Stephen Hawking n'a pas l'usage de ses mains, parce qu'il est atteint de sclérose latérale amyotrophique, dont je connais l'existence, malheureusement.

Merci pour votre lettre. Il ne m'est pas possible de répondre personnellement au très abondant courrier que je reçois. Sachez cependant que je lis toutes les lettres et les conserve dans l'espoir d'être un jour en mesure de répondre à chacune comme elle le mérite. Dans cette attente,
Bien à vous,
Stephen Hawking

J'ai appelé le portable de maman.
«Oskar?
- T'as décroché avant que ça sonne.
- Tout va bien?
- Il va me falloir une machine à plastifier.
- A plastifier?
- Pour une chose incroyablement formidable que je veux conserver.»

C'était toujours papa qui venait me border, il racontait des histoires magnifiques, on lisait le New York Times ensemble, et des fois il sifflait I Am the Walrus parce ce que c'était sa chanson préférée alors qu'il ne pouvait pas expliquer ce qu'elle voulait dire, à ma grande frustration. Un des plus beaux trucs, c'était qu'il dénichait une faute dans tous les articles qu'on regardait. Des fois, c'étaient des fautes de grammaire, des fois des erreurs sur la géographie ou les faits, et des fois l'article ne disait pas tout ce qu'il y avait à dire. J'adorais avoir un papa plus intelligent que le New York Times et j'adorais, avec ma joue, sentir les poils de sa poitrine à travers son T-shirt, et qu'il ait toujours l'odeur de quand il se rasait, même à la fin de la journée. Avec lui, mon cerveau se tenait tranquille. Je n'avais pas besoin d'inventer quoi que ce soit.

Quand papa était venu me border ce soir-là, la veille du pire jour, je lui avais demandé si le monde était plat, si c'était une plaque sur le dos d'une tortue géante.

«Pardon?
- Non, d'accord, mais pourquoi la Terre reste en place au lieu de tomber à travers l'Univers?
- C'est bien Oskar que je suis venu border? Un extraterrestre aurait-il volé son cerveau pour faire des expériences?
- Nous ne croyons pas aux extraterrestres.
- La Terre tombe bel et bien à travers l'Univers. Tu le sais, bonhomme. Elle tombe sans cesse en direction du Soleil. C'est ce qu'on appelle une orbite.»

Alors j'ai dit:
«Evidemment, mais pourquoi la gravité existe-t-elle?
- Comment ça, pourquoi existe-t-elle?
- Pour quelle raison?
- Qui a dit qu'il devait y avoir une raison?
- Personne, en fait.
- C'était une question de pure forme.
- Qu'est-ce que ça veut dire?
- Ça veut dire que je ne la posais pas pour obtenir une réponse mais pour faire une démonstration.
- Quelle démonstration?
- Qu'il n'y a pas besoin de raison.
- Mais s'il n'y a pas de raison, pourquoi l'Univers existe-t-il, tout simplement?
- Parce que les conditions étaient réunies.
- Alors pourquoi je suis ton fils?
- Parce que maman et moi avons fait l'amour et qu'un de mes spermatozoïdes a fécondé un de ses ovules.
- Excuse-moi, je vais vomir.
- Ne fais pas semblant d'avoir ton âge.
- Bon, ce que j'arrive pas à comprendre, c'est pourquoi nous existons. Pas comment, mais pourquoi?»

Et j'avais regardé les lucioles de sa pensée en orbite autour de sa tête. Il avait dit:
«Nous existons parce que nous existons.
- Hein quoi qu'est-ce?
- Nous pouvons imaginer toutes sortes d'univers différents du nôtre, mais c'est le nôtre qui s'est produit.»

J'avais compris ce qu'il voulait dire et je n'étais pas en désaccord avec lui mais je n'étais pas d'accord non plus. Ce n'est pas parce qu'on est athée qu'on n'adorerait pas qu'il y ait des raisons pour que les choses existent, voilà tout.

J'avais allumé ma radio à ondes courtes et, avec l'aide de papa, j'avais pu capter quelqu'un qui parlait grec, ce qui était sympa. On comprenait pas ce qu'il disait mais on était restés comme ça, sur mon lit, à regarder les constellations qui brillent dans le noir au plafond de ma chambre en écoutant un moment . «Ton grand-père parlait grec, il a dit.
- Tu veux dire qu'il parle grec.
- C'est juste. Seulement il ne le parle pas ici.
- C'est peut-être lui qu'on est en train d'écouter.»

La première page du New York Times était étalée sur nous comme une couverture. Il y avait la photo d'un joueur de tennis couché sur le dos, ça devait être le vainqueur, mais je voyais pas vraiment s'il était content ou triste.

«Papa?
- Oui?
- Tu me racontes une histoire?
- Bien sûr.
- Une belle?
- Pas comme toutes les histoires barbantes que je raconte.
- C'est ça.»

Je m'étais niché incroyablement près de lui, tout contre, si près que j'avais le nez sous son bras, au creux.
«Et tu ne m'interrompras pas?
- J'essaierai.
- Parce que c'est difficile de raconter une histoire quand on est tout le temps interrompu.
- Et c'est très ennuyeux.
- Et c'est très ennuyeux.»

Juste avant qu'il commence, c'était le moment que je préférais.
«Il était une fois où New York possédait un sixième district.
- C'est quoi, un district?
- C'est ce que j'appelle une interruption.
- Je sais, mais l'histoire ne rimera à rien pour moi si je ne sais pas ce que c'est qu'un district.
- C'est comme un quartier. Ou plutôt un ensemble de quartiers.
- Alors, s'il y en avait un sixième autrefois, c'est quoi, les cinq districts?
- Manhattan, évidemment, Brooklyn, Queens, Staten Island et le Bronx.
- Je suis déjà allé dans un des autres districts?
- Et c'est reparti!
- C'est pour savoir.
- On est allés au zoo du Bronx, une fois, il y a quelques années. Tu te rappelles?
- Non.
- Et nous sommes allés à Brooklyn, voir les roses au Jardin botanique.
- J'ai été à Queens?
- Je ne crois pas.
- Et à Staten Island?
- Non.
- Il y avait vraiment un sixième district?
- C'est ce que j'essaie de te raconter.
- Je t'interromps plus. Promis.»

Après l'histoire, on avait rallumé la radio et capté quelqu'un qui parlait français. Ça, c'était particulièrement sympa, parce que ça m'avait rappelé les vacances, dont on venait juste de rentrer et dont je voudrais tellement qu'elles n'aient jamais fini. Au bout d'un moment, papa m'avait demandé si j'étais réveillé. J'avais répondu que non, parce que je savais qu'il n'aimait pas partir avant que je me sois endormi et que je ne voulais pas qu'il soit fatigué pour aller travailler le lendemain matin. Il m'avait embrassé sur le front en disant bonne nuit. Et puis il était déjà près de la porte.

«Papa?
- Oui, mon bonhomme?
- Rien.»

La fois suivante où j'ai entendu sa voix, c'était en rentrant de l'école, le lendemain. On nous avait renvoyés chez nous à cause de ce qui s'était passé. J'avais aucune raison de paniquer parce que papa et maman travaillaient tous les deux au centre de Manhattan et que grand-mère travaillait pas, évidemment, et donc tous ceux que j'aimais risquaient rien.

Je sais qu'il était 10 h 18 quand je suis rentré parce que je regarde beaucoup ma montre. L'appartement était vide et il y avait pas un bruit. En allant à la cuisine, j'avais inventé un levier qui pourrait être sur la porte d'entrée et déclencherait une énorme roue dentée dans le salon pour actionner un engrenage métallique suspendu au plafond de façon à jouer de la belle musique, Fixing a Hole ou I Want to Tell You, et comme ça l'appartement serait une énorme boîte à musique.

Après avoir câliné Buckminster quelques secondes pour lui montrer que je l'aimais, j'étais allé voir s'il y avait des messages. J'avais pas encore de portable et, en partant de l'école, Dentifrice m'avait dit qu'il appellerait pour me dire si j'irais le voir essayer de faire des acrobaties sur sa planche à roulettes dans le parc ou si nous irions regarder des numéros de Playboy au drugstore qui a des rayons dans lesquels personne ne peut voir ce qu'on regarde. J'en avais pas très envie, mais n'empêche.

Message un. Mardi, 8 h 52. Il y a quelqu'un? Allô? C'est papa. Si vous êtes là, décrochez. Je viens d'essayer au bureau mais personne n'a répondu. Ecoutez, il est arrivé quelque chose. Je vais bien. On nous dit de rester où on est et d'attendre les pompiers. Je suis sûr que ce n'est rien. Je vous rappelle dès que j'en saurai un peu plus sur ce qui se passe. Je voulais simplement vous dire que je vais bien et de ne pas vous inquiéter. Je rappelle bientôt. »

26 décembre 2008

Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire - SWARUP Vikas

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Présentation de l'éditeur
Quand le jeune Ram Mohammad Thomas devient le grand vainqueur de " Qui veut gagner un milliard de roupies ? ", la production soupçonne immédiatement une tricherie. Comment un serveur de dix-huit ans, pauvre et inculte, serait-il assez malin pour répondre à treize questions pernicieuses ? Accusé d'escroquerie, sommé de s'expliquer, Thomas replonge alors dans l'histoire de sa vie... Car ces réponses, il ne les a pas apprises dans les livres, mais au hasard de ses aventures mouvementées ! Du prêtre louche qui laisse trop volontiers venir à lui les petits enfants à la capricieuse diva de Bollywood, des jeunes mendiants des bidonvilles de Bombay aux touristes fortunés du Taj Mahal, au fil de ses rencontres, le jeune homme va apprendre que la fortune sourit aux audacieux...

Biographie de l'auteur
Né à Allahabad, en Inde, Wikas Swarup est diplomate. Après avoir travaillé en Turquie, aux États-Unis, en Éthiopie et en Grande-Bretagne, il occupe aujourd'hui un poste au ministère des Affaires étrangères à New Delhi. Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire, son premier roman, a été traduit en quinze langues et a reçu le prix grand public du Salon du Livre de Paris en 2007.

Mon avis : (lu en décembre 2007)

C'est une façon agréable et surprenante de visiter l'Inde et de découvrir ces multiples visages.
Sous le masque de l'humour, une vision de la société indienne remarquablement bien dépeinte.
On sourit souvent, mais il y a aussi des histoires tristes et touchantes.
Le héros du livre est également très attachant, c'est un garçon avec un grand cœur et qui veut s'en sortir et faire le bien autour de lui.

Bonus : (août 2009)

Une adaptation du roman "Les Fabuleuses Aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire" de Vikas Swarup a été réalisé en 2008 par Danny Boyle (et coréalisé par Loveleen Tandan) avec Dev Patel, Freida Pinto, Ayush Mahesh Khedekar, Rubina Ali. Musique originale : Allah Rakha Rahman (composition), Gulzar et Maya Arulpragasam (paroliers des chansons du film) Le film a été récompensé par 8 Oscars, 4 Golden Globe Award 2009, 7 British Academy of Film and Television Arts. Le film est sorti en France le 14 janvier 2009.

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26 décembre 2008

No et moi - Delphine de Vigan

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Jean-Claude Lattès - 22 août 2007 - 285 pages

Livre de Poche - mars 2009 - 248 pages

Prix des Libraires 2008

Présentation de l'éditeur
Lou Bertignac a 13 ans, un QI de 160 et des questions plein la tête. Les yeux grand ouverts, elle observe les gens, collectionne les mots, se livre à des expériences domestiques et dévore les encyclopédies.
Enfant unique d’une famille en déséquilibre, entre une mère brisée et un père champion de la bonne humeur feinte, dans l’obscurité d’un appartement dont les rideaux restent tirés, Lou invente des théories pour apprivoiser le monde. A la gare d’Austerlitz, elle rencontre No, une jeune fille SDF à peine plus âgée qu’elle.
No, son visage fatigué, ses vêtements sales, son silence. No, privée d’amour, rebelle, sauvage.
No dont l’errance et la solitude questionnent le monde.
Des hommes et des femmes dorment dans la rue, font la queue pour un repas chaud, marchent pour ne pas mourir de froid. « Les choses sont ce qu’elles sont ». Voilà ce dont il faudrait se contenter pour expliquer la violence qui nous entoure. Ce qu’il faudrait admettre. Mais Lou voudrait que les choses soient autrement. Que la terre change de sens, que la réalité ressemble aux affiches du métro, que chacun trouve sa place. Alors elle décide de sauver No, de lui donner un toit, une famille, se lance dans une expérience de grande envergure menée contre le destin. Envers et contre tous.

Roman d’apprentissage, No et moi est un rêve d’adolescence soumis à l’épreuve du réel. Un regard d’enfant précoce, naïf et lucide, posé sur la misère du monde. Un regard de petite fille grandie trop vite, sombre et fantaisiste. Un regard sur ce qui nous porte et ce qui nous manque, à jamais.

Biographie de l'auteur
Delphine de Vigan vit à Paris. Elle est l’auteur des Jolis garçons (2005) et d’Un soir de décembre (2005), unanimement salués par la critique.
No et moi est son quatrième livre.

Mon avis : (lu en 2008)

C'est la rencontre improbable de deux mondes si différents. Celui de Lou qui a un toit et une famille et celui de No qui est sans famille et SDF.

Lou est très attachante, elle est idéaliste et elle pense qu'elle peut changer les choses. No est rejetée par la société, c'est une rebelle mais elle va accepter cette amitié. Lou va sortir grandi de cette rencontre et elle va apprendre à rencontrer les autres même s'ils sont différents.

Le sujet est délicat, mais le livre facile à lire : c'est Lou qui est la narratrice.

Ce livre peut également être lu par des ados.

1 décembre 2008

Entre les murs – François Bégaudeau

entre_les_murs Editions Verticales - janvier 2006 – 271 pages

Présentation de l'éditeur :
" Ne rien dire, ne pas s'envoler dans le commentaire, rester à la confluence du savoir et de l'ignorance, au pied du mur. Montrer comment c'est, comment ça se passe, comment ça marche, comment ça ne marche pas. Diviser les discours par des faits, les idées par des gestes. Juste documenter la quotidienneté laborieuse. "
Entre les murs s'inspire de l'ordinaire tragi-comique d'un professeur de français. Dans ce roman écrit au plus près du réel, François Bégaudeau révèle et investit l'état brut d'une langue vivante, la nôtre, dont le collège est la plus fidèle chambre d'échos.

Biographie de l'auteur :
François Bégaudeau est l'auteur chez Verticales de deux romans remarqués, Jouer juste (2003) et Dans la diagonale (2005), et d'une fiction biographique consacrée aux Rolling Stones, Un démocrate, Mick Jagger 1960-1969 (Naïve, 2005).

Mon avis : 3/5 (lu en novembre 2008)

Ce livre m'a intéressé même si le sujet n'est pas nouveau... J'ai déjà vu de nombreux reportages sur les collèges en zone sensible. On suit la vie ordinaire d'un professeur dans sa classe mais aussi en salle des profs. On observe les différents personnages que sont les collégiens et les professeurs.

L'écriture est surprenante et parfois un peu lassante, car l'auteur retranscrit les dialogues qui se passent en cours. C'est parfois répétitif. Il raconte les faits et c'est au lecteur de se poser les questions ou d'analyser les réactions des élèves ou du professeur. Parfois les dialogues sont surréalistes...

Je serai curieuse de voir le film qui a été tiré du livre et qui a eu la Palme d'Or au festival de Cannes en 2008, mais j'attendrai le DVD ou le passage en télévision.

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Extrait (page 150) : «  Jihad a fait un crochet par le bureau avant de gagner sa place. Préoccupé. Inquiet presque.

- M'sieur, le Bénin ça existe comme pays ?

- Ben oui, c'est un pays d'Afrique. D'Afrique noire.

Il a lancé une oeillade à Bamoussa qui écoutait en retrait, un désaccord entre eux allait être arbitré.

- Mais, qu'est-ce que j'veux dire, c'est un grand pays le Bénin, m'sieur ?

Suspendu à mes lèvres, qui ont fait une moue évaluative.

- Disons que non, c'est pas un grand pays, mais pas un petit non plus.

J'étais assez sûr pour pas grand, mais pour pas petit j'avais un doute, que Jihad n'a pas perçu, heureux qu'il était d'entendre que le Bénin n'avait rien de monumental.

- C'est pas trop grand, quoi ?

- Non, pas trop.

Il s'est retourné vers Bamoussa avec l'air de tu vois j'te l'avais dit. Je l'ai réorienté vers moi.

- C'est pour un contrôle d'histoire, c'est çà ?

- Non, non, c'est demain le Maroc il joue contre le Bénin, c'est pour ça j'veux savoir si ils sont bons ou pas le Bénin.

- Je dirais moyen.

Il a volé vers sa place. »

25 novembre 2008

L'élégance du hérisson – Muriel Barbery

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Gallimard – août 2006 – 368 pages

Folio - juin 2009 - 413 pages

Prix des Libraires 2007.

Résumé : L’immeuble où se déroule l’action de ce roman, rue de Grenelle à Paris, semble bien ordinaire : une vie d’immeuble tranquille, animée par de petits différends de copropriété ou de voisinage. Les occupants offrent une palette humaine représentative de l’espèce dans le moins bon comme dans le pire.
Deux d’entre eux, pourtant, n’ont rien de banal. Ce sont les deux narratrices, qui prennent alternativement la parole pour donner de l’immeuble 7 rue de Grenelle et du vaste monde qui l’entoure une vision inattendue. La première est la concierge, Renée, douée d’une intelligence redoutablement acérée et d’une érudition encyclopédique (qu’elle s’efforce de dissimuler afin de ne pas froisser ses administrés, persuadés qu’en ce monde chacun doit se tenir à sa place). L’autre narratrice, Paloma, douze ans, est une gamine surdouée affligée d’une famille qui ne la mérite pas. D’une maturité effrayante, Paloma nous livre ses pensées les plus intimes et les plus stupéfiantes. Elle se donne encore quelques mois pour faire le tour de la question existentielle, après quoi elle envisage des changements radicaux.
Mais l’arrivée dans l’immeuble d’un nouveau copropriétaire, un riche Japonais d’un certain âge, Monsieur Ozu, qui porte sur tout et sur tout le monde un regard d’une intelligence aiguë, va bouleverser la donne…
Muriel Barbery use des armes de la satire, mais chacun des habitants de l’immeuble pèse son poids de chair et de contradictions grâce à mille détails concrets qui nourrissent ce roman pétillant et espiègle.

Auteur : Muriel Barbery est née en 1969. L'élégance du hérisson est son deuxième roman. Le précédent, Une gourmandise, est traduit en douze langues.

Mon avis : 5/5 (lu en janvier 2007)

On est touché et on s'attache aux personnages : Renée (54 ans), une vrai concierge vieille, laide, grassouillette et bougonne. Elle exerce ses fonction depuis plus de vingt ans dans un immeuble bourgeois de la rue de Grenelle. Elle entretient son image disgracieuse, mais en réalité elle dissimule une insoupçonnable connaissance en philosophie et littérature. Il y a aussi Paloma (12 ans) surdouée qui est en rébellion contre son milieu, elle a des idées suicidaires.Toutes deux sont des solitaires et l'arrivée d'un nouveau locataire dans l'immeuble va les réunir toute les deux.

J'ai beaucoup aimé ce livre et après cette lecture on se sent moins bête. Ce livre nous fait réfléchir sur les à priori que nous avons. Un roman qui nous montre que les apparences sont trompeuses et que le beau peut se cacher partout. Il y a de nombreux moments où j'ai bien rit, mais aussi d'autres où j'ai pleuré.

J'ai vraiment passé un formidable moment de lecture avec ce livre.

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Une adaptation du livre a été réalisée par Mona Achache avec Josiane Balasko, Garance Le Guillermic, Togo Igawa. Le film est sortie le 3 juillet 2009

19 novembre 2008

A l’abri de rien – Olivier Adam

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Edition de l’Olivier – août 2007 - 219 pages

Points - août 2008 - 218 pages

Prix France-Télévisions 2007

Résumé : Marie se sent perdue. Son mari, ses enfants sont le dernier fil qui la relie à la vie. Ce fragile équilibre est bouleversé le jour où elle rencontre les « kosovars », ces réfugiés dont nul ne se soucie et qui errent, abandonnés, aux confins de la ville. Négligeant sa famille, Marie décide de leur porter secours. Et de tout leur donner : nourriture, vêtements, temps, argent, elle ne garde rien pour elle. Entraînée par une force irrésistible, elle s’expose à tous les dangers, y compris celui d’y laisser sa peau.

Avec ce roman, Olivier Adam nous rappelle que la violence qui frappe les plus faibles est l’affaire de chacun. Et trace le portrait inoubliable d’une femme dépassée par la force de ses sentiments.

Auteur : Né à Draveil le 12 juillet 1974, romancier de renom, Olivier Adam connaît un succès populaire et critique indéniable qui le place parmi les écrivains les plus connus de sa génération. Ancien étudiant en gestion des entreprises culturelles, il participe à la création du festival littéraire 'Les Correspondances de Manosque' et travaille comme directeur de collection aux éditions du Rouergue. C'est son premier roman paru en 2000, 'Je vais bien, ne t'en fais pas' qui lui permet d'accéder à la notoriété. Lauréat du prix Goncourt de la nouvelle en 2004 pour 'Passer l'hiver', l'auteur poursuit néanmoins dans la veine romanesque avec 'Falaises' ou 'A l'abri de rien'. Influencé par les écrivains américains contemporains, Adam aborde aussi bien des thèmes sociaux et politiques, comme la question des sans-papiers, que des aspects plus psychologiques et sentimentaux. Le travail de scénariste qu'il effectue pour l'adaptation de son premier livre lui permet d'ajouter une nouvelle corde à son arc, cette fois encore avec le succès à la clé.

Mon avis : (lu en décembre 2007)

Avant de lire ce livre, j’avais vu un téléfilm « Maman est folle » de Jean-Pierre Améris tiré de ce livre avec Isabelle Carré dans le rôle de Marie. Ce téléfilm m’avait beaucoup touchée et j’ai lu avec plaisir le livre d’Olivier Adam.

Il se dégage une grande sensibilité de ce livre, on partage avec Marie ses humeurs, ses sentiments, sa tristesse, sa fragilité, son humanité. Elle fuit la routine de sa vie quotidienne avec son mari, ses enfants, sa maison, elle est dans un état dépressif et le hasard lui fait rencontrer un réfugié de Sangatte.

Elle va essayer de donner du sens à sa vie en apprenant à les connaître et en essayant de les aider.

Ce livre est bouleversant ! On s’attache aux différents personnages et le scénario nous fait réfléchir aux problèmes des réfugiés qui vivent dans des conditions inhumaines.

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Téléfilm "Maman est folle" Diffusé le 22/11/07 sur France 3

16 août 2012

L'esprit de famille – Janine Boissard

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Livre de Poche – août 1979 – 219 pages

Livre de Poche – 1977 – 220 pages

Fayard – décembre 1982 – 698 pages

Quatrième de couverture :
Avoir « l'esprit de famille », c'est aimer se retrouver parmi les siens, non pour s'y enfermer, mais pour y prendre des forces afin de mieux s'ouvrir aux autres. Elles sont quatre soeurs : Claire, Bernadette, Pauline et Cécile. Elles ont entre vingt et un et treize ans. Résolument modernes, de goûts et d'aptitudes radicalement différents, leur point commun est l'amour de la « maison » et de leurs parents qu'elles contestent et révèrent avec une égale passion.
Durant les quelques mois que nous allons passer au sein de cette famille, nous assisterons à beaucoup d'évènements : des évènements graves comme l'amour, la maladie, la séparation ; mais aussi des évènements heureux, tendres, quotidiens : la vie !

Auteur : Janine Boissard est née et a fait ses études à Paris.
En 1977, elle publie sa célèbre saga "L'Esprit de famille" (six volumes en tout, de 1977 à 1984). L'évolution de la société, les chambardements dans la famille, les problèmes de couple, ceux de l'adolescence, ceux de la femme moderne face au monde du travail sont ses thèmes favoris. En 1996, elle publie "Une Femme en blanc", un formidable succès en librairie, traduit en Allemagne et en Italie; sans oublier la série télévisée en six épisodes, diffusée en 1997. Janine Boissard a publié à ce jour une trentaine de livres, dont Loup y es-tu ? (2009), Malek (2008), Allez, France ! (2007). Décorée des Palmes Académiques pour son action auprès de la jeunesse, elle vit de sa plume depuis vingt ans. L'écriture est, dit-elle, "à la fois ma passion, un métier exigeant et ma façon de respirer".

Mon avis :
L'Esprit de famille raconte sur plusieurs années l'histoire de la famille Moreau. Avec Charles le père, la mère et leur quatre filles : Claire l'aînée, Bernadette, Pauline et Cécile. Ils habitent « La Marette » un maison située dans un village à 25 km de Paris, il est questions des histoires de cœur, des colères, des problèmes, des projets de chacune des filles.
Pauline est le narratrice des quatre premiers tomes, le premier tome présente un peu la famille en général ensuite chaque tome se concentre plus particulièrement sur une des filles. La narratrice des deux derniers tomes est Cécile.
Dans le premier tome, Claire a vingt et un ans, étant la plus belle des quatre, elle est surnommée « la princesse ». C'est une rêveuse. Bernadette a dix-neuf ans, elle est surnommée « la Cavalière » car le cheval est sa passion. Son cheval préféré s’appelle Germain. Garçon manqué, elle emprunte les pipes de son père et ne veut pas porter de jupe. Pauline a dix-sept ans, elle n'aime pas son prénom, elle se cherche et rêve d'écrire, elle n'a pas de surnom. Cécile a douze ans elle mène la vie dure aux autres, son surnom est « la poison ».

Je ne me souviens pas si j'ai découvert le livre avant le feuilleton télévisé ou le contraire mais j'ai lu et relu la série L'Esprit de famille de nombreuses fois !
Étant moi-même l'aînée de trois filles, je me sentais proche de la famille Moreau et je me retrouvais dans plusieurs des filles...

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Le livre a été adapté en 1982, dans un feuilleton de 7 épisodes de 54 minutes.

La suite de la série :  

l_avenir_de_Bernadette_ldp L'Avenir de Bernadette  claire_et_le_bonheur Claire et le bonheur  moi_pauline Moi Pauline

c_cile_la_poison Cécile la poison c_cile_et_son_amour Cécile et son amour

Extrait : (début du livre)
Je n'ai jamais aimé mon nom. Enfant déjà, quand on me le demandait, je marquais, paraît-il, un instant d'hésitation avant de répondre ; ou bien, au contraire, je le lançais avec défi : « Pauline... et après ? »
C'est un nom de poupée avec des ongles peints, des paupières articulées et un disque dans le ventre pour pleurer quand on la couche.
Mes parents espéraient un garçon ; il s'appellerait Paul comme grand-père ; ils ont manqué d'imagination ou de courage pour changer. Je m'appelle Pauline faute de mieux.
Ma petite sœur, elle, a bénéficié de Cécile, un nom en forme d'anneau, un nom qui s'enfile comme un pull angora. Quant à Claire et Bernadette, mes aînées, leur nom n'a rien d'extraordinaire mais quand on le prononce, il tient.
Je me dis parfois que si j'ai décidé d'écrire, et, si possible, de devenir célèbre, c'est à cause de cette Pauline que je ne sens pas tout à fait moi ; pour y coller de l'épaisseur, pour montrer qu'on ne s'y trompe pas et qu'on va voir ce qu'on va voir ! Mais à ce besoin d'échapper il y a tant d'autres raisons, et d'abord ces chevaliers, ces pianistes de renom, ces chanteurs fameux qui tant de nuits sont venus me chercher dans mon lit et, éblouis par ma beauté et le génie qu'ils pressentaient en moi, m'ont emportée entre leurs bras. Tous ces voyages !     

 Souvenirs_souvenirs

Déjà lu du même auteur :

Malek Malek allez_france_p Allez, France ! loup_y_es_tu Loup y es-tu ? 

n_ayez_pas_peur_je_suis_l_ N'ayez pas peur, nous sommes là

 

 

10 novembre 2018

Concours : Film – Un homme pressé

Concours du 10/11 au 16/11 midi

Date de sortie : 7 novembre 2018

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Synopsis : 

Alain est un homme d’affaires respecté et un orateur brillant. Il court après le temps. Dans sa vie, il n’y a aucune place pour les loisirs ou la famille. Un jour, il est victime d’un accident cérébral qui le stoppe dans sa course et entraîne chez lui de profonds troubles de la parole et de la mémoire. Sa rééducation est prise en charge par Jeanne, une jeune orthophoniste. À force de travail et de patience, Jeanne et Alain vont apprendre à se connaître et chacun, à sa manière, va enfin tenter de se reconstruire et prendre le temps de vivre.

Les règles du concours :

Date du concours du 10/11 au 16/11/2018 midi
Limité à la France Métropolitaine
Pour répondre au Concours

A gagner

5 x 2 places de cinéma 

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5 livres
(éditions du Cherche Midi)

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Répondre au concours en utilisant le formulaire Contactez l’auteur

Ne pas oublier de me donner vos coordonnées nom et adresse pour l’envoi
Vous pouvez également me dire votre préférence pour l’un ou l’autre lot.

Un petit commentaire sur le blog est également apprécié…

Un tirage au sort sera effectué le 16/11/2018 après-midi sur les bonnes réponses
pour déterminer les 10 gagnants qui recevront leur gain par la poste.

 

Un homme pressé - Bande-annonce VF

Les questions :

1) Quel est l’auteur du livre dont le film est une adaptation ?

2) Quelle actrice joue le rôle de Jeanne  ?

3) Quel est le nom du réalisateur de ce film ?

 

Pour répondre au Concours

 

20 avril 2013

Bilan Jury Grand Prix des lectrices Elle

C'est le bilan d'hier de Canel qui m'a donné l'idée de faire également le mien...

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J'ai été contente de cette première expérience de Jury, j'ai découvert des livres que je n'aurais sans doute jamais lu, j'ai beaucoup aimé les échanges autour de toutes ces lectures communes avec d'autres blogueuses.

Je regrette de noter les livres au fur et à mesure des lectures et ne pas pouvoir corriger certaines notes a posteriori. En effet, je ne note pas de la même façons les livres de la première sélection et ceux de la dernière...

Mes trois préférés :

avenue_des_geants le_cercle lelimination

Je regrette vraiment la note trop basse que j'ai mis à "L'élimination"

 Mes belles découvertes :

Romans :

 arrive_un_vagabond certaines_n_avaient_jamais_vu_la_mer le_monde___l_endroit l_embellie une_seconde_vie 

     la_d_esse_des_petites
(sélection Janvier non retenu pour la sélection finale)

 Policier  :

 au_lieu_dit_Noir_Etang tabloid_city 

Document :

Cher_Gabriel fukushima

 

Mes déceptions :

  belle_famille des_ombres_dans_la_rue r_animation la_r_paration 

 

Les autres lectures :

la_ville_des_serpents_d_eau l_interpretation_des_reves les_apparences blanche_neige_doit_mourir

la_t_te___Toto  notre_force_est_infinie  dans_le_jardin_de_la_bete Joseph_Anton 

 

livres de la sélection Janvier, non retenus :

une_partie_de_chasse freezing la_vie_sans_fards 

Et maintenant Rendez-vous le 30 mai avec la proclamation des résultats !

 

Si l'aventure vous tente pour 2014,
les candidatures sont possible jusqu'au 17 mai 2013 sur le site Elle !

 

14 juillet 2018

Concours : Film – Fleuve Noir

A l'occasion de ce week-end festif, 14 juillet et Finale de la Coupe du Monde
je propose un Concours du 14/07 au 20/07 midi

Date de sortie : 18 juillet 2018

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Synopsis : 

Au sein de la famille Arnault, Dany, le fils aîné, disparaît. François Visconti, commandant de police usé par son métier, est mis sur l’affaire. L’homme part à la recherche de l’adolescent alors qu’il rechigne à s’occuper de son propre fils, Denis, seize ans, qui semble mêlé à un trafic de drogue. Yan Bellaile, professeur particulier de Dany, apprend la disparition de son ancien élève et propose ses services au commandant. Il s’intéresse de très près à l’enquête. De trop près peut-être…

 

Les règles du concours :

 Date du concours du 14/07 au 20/07/2018 midi
Limité à la France Métropolitaine

Pour répondre au Concours

A gagner

5 x 2 places de cinéma 

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 2 romans

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Répondre au concours en utilisant le formulaire Contactez l'auteur

Ne pas oublier de me donner vos coordonnées nom et adresse pour l'envoi
Vous pouvez également me dire votre préférence pour l'un ou l'autre lot.

Un petit commentaire sur le blog est également apprécié...

Un tirage au sort sera effectué le 20/07/2018 après-midi sur les bonnes réponses
pour déterminer les 7 gagnants qui recevront leur gain par la poste.

Les questions :

1) Quel est la nationalité de l'auteur du livre dont le film est une adaptation ?

2) Quel est le nom de l'actrice qui joue le rôle de la mère de Dany ?

3) Quel est le nom du réalisateur de ce film ?

 

Pour répondre au Concours

11 septembre 2017

C'est lundi, que lisez-vous ? [307]

C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane

Billets publiés ces deux semaines dernière ?

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La chambre des époux - Eric Reinhardt
Le prétendant - Hanne-Vibeke Holst
Paul à la pêche - Michel Rabagliati
Les bottes suédoises - Hennig Mankell
Pain amer - Marie-Odile Ascher

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

Par amour - Valérie Tong Cuong (partenariat  Audiolib)
Agatha Raisin enquête, Tome 3 : Pas de pot pour la jardinière - M.C. Beaton

Que lirai-je les semaines prochaines ?

Promesse - Jussi Adler Olsen (partenariat  Audiolib)
Lucie ou la vocation - Maëlle Guillaud
Entre mes doigts coule le sable - Sophie Tal Men
Le jour d'avant - Sorj Chalandon

Bonnes lectures et bonne semaine

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