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A propos de livres...
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29 octobre 2010

Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent... – Eric-Emmanuel Schmitt

suivi de Kiki van Beethoven

quand_je_pense_que_Beethoven Albin Michel – septembre 2010 – 198 pages

Quatrième de couverture :
Lors d'une exposition de masques, Beethoven revient dans la vie d'Eric-Emmanuel Schmitt : surpris, il se rappelle l'avoir aimé passionnément pendant son adolescence. Pourquoi ne l'écoute-t-il plus ? Pourquoi n'a-t-il plus eu besoin de sa passion, sa véhémence, sa noblesse ? Réfléchissant à partir de sa propre vie, Schmitt médite sur notre époque qui ne croit ni en Dieu ni en l'homme, où l'individu se sent broyé et inutile. Il ausculte notre temps désespéré que l'idéal de grandeur a quitté
Un essai brillant et intime, fait d'émotions, de surprises et d'émerveillements où Schmitt élucide ce génie, créateur d'une ''messe pour l'humanité'', un homme infirme, seul, malheureux, accablé par le sort, qui écrit pourtant une oeuvre énergique couronnée par un hymne à la joie. Comment peut-on avoir le sens du tragique et se montrer optimiste ? Tel sera le défi pour notre siècle ; tel est le message de Beethoven : il nous propose une philosophie et une morale humaniste dont nous avons un urgent besoin.

Auteur : Dramaturge, essayiste, romancier, scénariste à succès, Eric-Emmanuel Schmitt est l'un des auteurs les plus célèbres en France et dans le monde (traduit dans 42 pays). Son dernier livre, Concerto à la mémoire d'un ange, a été un des best-sellers du printemps 2010.

Mon avis : (lu en octobre 2010)
Ce livre fait partie de la série "Le bruit qui pense",(en hommage à la phrase de Victor Hugo : "La musique, c’est du bruit qui pense"). Cette série a été créée par Éric-Emmanuel Schmitt en 2005 avec le titre "Ma vie avec Mozart",et il prévoit de la poursuivre avec Bach et Schubert.
Ce livre se divise en deux parties. Tout d'abord « Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent...» et son CD avec six œuvres de Beethoven. Dans cet essai l'auteur nous évoque les différentes émotions
qu'il a eu grâce à la musique de Beethoven. Tout en lisant Éric-Emmanuel Schmitt, on écoute la musique, et on comprend encore mieux ce que l'auteur nous raconte.
Et le titre du livre qui ne laisse personne indifférent... "Quand je pense que Beethoven est mort alors que d’autres crétins vivent", c’est une phrase que prononçait Mme Vo Than Loc le professeur de piano d'Éric-Emmanuel Schmitt.
Dans la deuxième partie, Éric-Emmanuel nous raconte l'histoire Kiki, femme ayant la soixantaine, elle va, grâce à un masque de Beethoven découvert dans une brocante, changer sa vie ainsi que celle de ses trois amies. Il est question de jeunesse perdue, d'émotions et de secrets ensevelis.
Une histoire drôle et émouvante.
A noter que Kiki van Beethoven sera créée sous forme de comédie monologue à partir du 21 septembre 2010, au théâtre de la Bruyère, dans une mise en scène de Christophe Lindon, interprétée par Danielle Lebrun.

Extrait : (début du livre)
Entre Beethoven et moi, ce fut une histoire brève mais forte.
Il apparut dans ma vie lorsque j’avais quinze ans puis la quitta quand j’atteignais les vingt. Pendant cette période, il s’installa, poussa les meubles, cala ses disques à côté de mon électrophone, empila ses partitions sur le piano droit, enseigna à mes doigts ses pages les plus passionnées, m’arracha des larmes avec ses symphonies et devint le maître de mes doigts ses pages les plus passionnées, m’arracha des larmes avec ses symphonies et devint le maître de mes émotions, m’en insufflant de nouvelles, bouleversantes. Afin de marquer son territoire dans ma chambre d’adolescent, il introduisit, par l’entremise d’une tante qui revenait d’Allemagne, son buste en résine peinte, sculpture tourmentée qu’il me conseilla de placer sur ma table de nuit, sous le portrait de Mozart épinglé au mur. Ce fut la seule fois où je lui résistai ; par je ne sais quelle prudence – sans doute la crainte de ne pas m’endormir auprès de ce front où saillaient les tumultes du génie -, je laissai trôner son effigie dans l’ombre de la bibliothèque paternelle, à plusieurs murs de distance.
Intensément présent pendant cinq années, il s’éclipsa les décennies suivantes. Son départ coïncida avec la fin de ma longue adolescence. Il fuit quand je désertai la maison familiale. Au loin, le Beethoven ! Absent, anéanti ! Je n’y pensais plus, je ne l’interprétais plus, je ne l’écoutais plus.

Livre 18/21 pour le Challenge du 3% littéraire 1pourcent2010

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23 août 2010

Un palais dans les dunes – Annie Degroote

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Presses de la Cité – septembre 2008 – 363 pages

Pocket – mars 2010 – 405 pages

Quatrième de couverture :
Sur la Côte d'Opale, durant les Années folles, une modeste fille de pêcheurs est prête à tout pour changer de condition. C'est au Royal Picardy, considéré comme le plus bel hôtel du monde, au Touquet-Paris-Plage, que son destin va basculer... La jeune Laurette vit au port d'Etaples, où ses parents sont simples pêcheurs. A quinze ans, affublée d'un physique ingrat, elle est bien décidée à changer le cours de son existence et à côtoyer le beau monde. Non loin, la superbe station du Touquet, en pleine extension, attire le gotha mondial : souverains britanniques, maharajas et vedettes de l'époque. Grâce à une rencontre providentielle, Laurette entre comme femme de chambre au prestigieux Royal Picardy... Son rêve impossible est-il enfin à portée de main ?
Deux Nord s'entrecroisent ici : l'un, tranquille et travailleur, au cœur d'un port de pêche ; l'autre, théâtre splendide des plaisirs futiles. A chaque page de ce superbe roman vibre l'attachement profond d'Annie Degroote pour cette terre de caractère.

Auteur : Originaire des Flandres, Annie Degroote est devenue un auteur et une personnalité du Nord de premier plan. Elle a publié de nombreux romans aux Presses de la Cité: La Kermesse du diable, Le Cœur en Flandre, L'Oubliée de Salperzvick, Les Filles du Houtland, Le Moulin de la Dérobade, Les Silences du maître drapier, La Splendeur des Vaneyck, Les Amants de la petite reine sont autant d'hommages à l'histoire et aux traditions des Flandres, et L'Etrangère de Saint-Pétersbourg, une évasion dans une autre terre du Nord.

 

Mon avis : (lu en août 2010)
Le Touquet, dans les années 1920, c’est le rendez-vous obligé de la haute société.
Laurette est fille de pêcheurs du village voisin d’Etaples, elle rêve de vivre un conte fée et de rencontrer son prince charmant. C’est l’écrivain anglais George Walter Aston qu’elle voit comme son prince charmant. Il va la sauver de la noyade, puis l’aider à trouver un emploi dans le nouvel hôtel le Royal Picardy « le plus bel hôtel du monde »…
Ce livre nous raconte l’histoire du Touquet Paris-Plage entre les deux guerres. C’est la confrontation entre deux mondes : celui des pêcheurs, travailleurs, simples et dignes et le monde fortuné des plaisirs futiles et de la démesure.
Un livre qui se lit facilement qui rend très bien l’ambiance du Touquet Paris-Plage dans ses années folles. J’ai passé un très bon moment en lisant les aventures de Laurette.

Extrait : (page 15)
Elle était décidée. La fille des voisins au regard sournois s’était moquée d’elle :
« Tu n’as qu’à essayer ! Tu verras bien ! »
Eh bien, oui, elle allait essayer.
Souvent, elle s’imaginait transformée par une bonne et belle fée, telle la marraine de Cendrillon ou celle de Peau d’Ane, du livre offert par sa propre marraine qui, elle, n’avait rien d’une fée.
Elle était à présent bien installée, coincée contre l’épave ancrée dans le sable. Avec la marée montante, soit elle serait vite engloutie et on ne l’appellerait plus « Laurette la laideronnette », soit, comme dans les contes, un prince charmant surgirait, par miracle, et la sauverait. Et la voisine en serait verte de rage.
De nombreux badauds se risquaient jusqu’ici en promenade, pour contempler ce qu’il restait du vapeur, échoué depuis dix ans, en 1915, au retour de Sydney.
Allait-on la sauver ? Elle attendit.
Des nuages s’amoncelaient. Le ciel s’assombrit. Le temps tournait à l’orage. Elle n’avait pas prévu cela. L’eau devint menaçante, la panique s’empara d’elle. Que faisait-elle ici ? Sa mère lui avait bien interdit… Des promeneurs, il en passait, oui, mais à basse mer. Pas à la marée montante, et encore moins par ce temps. Et si certains flânaient dans les parages, ils n’allaient pas s’éterniser et devaient, en cet instant précis, faire demi-tour…

Non, elle ne voulait pas mourir. Mais l’eau froide avait serré la corde et plus elle essayait de la relâcher, moins elle y arrivait. Elle grelotta. Personne à l’horizon. D’ailleurs, on ne voyait plus l’horizon, avec la tempête qui s’annonçait. Personne ne se hasarderait par un temps pareil. Idiote ! Elle n’était qu’une pauvre idiote de quinze ans. Elle allait se noyer. Bêtement, sans l’avoir vraiment voulu. Elle, l’insatiable Laurette, qui avait de trop grands désirs pour sa condition, une soif de vivre comme ces riches. Laurette, la fille de pêcheurs, le vilain petit canard. Elle devait étouffer son orgueil, rabaisser ses prétentions, c’est ce que lui disait sa mère. Qui lui reprochait d’avoir aussi la tête dans les nuages. Dans les rêves. Comment peut-on aspirer à un destin quand on a ce physique ? Petite, fluette, le visage enlaidi par une dentition affreuse et proéminente, un nez busqué et long comme le pauvre Pinocchio. Et elle venait de désobéir, elle aussi.

4 mai 2010

A Mélie, sans mélo – Barbara Constantine

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Calmann-Lévy – mars 2008 – 246 pages

LGF – janvier 2010 – 250 pages

Présentation de l'éditeur :
Mélie, soixante-douze ans, vit seule à la campagne. Sa petite-fille, Clara, vient pour la première fois passer toutes les vacances d'été chez elle. La veille de son arrivée, Mélie apprend qu'elle a un problème de santé... Elle verra ça plus tard. La priorité, c'est sa Clarinette chérie ! Mélie, le mélo, c'est pas son truc. Elle va passer l'été (le dernier ?), à fabriquer des souvenirs à Clara. Des rigolos. Comme regarder pousser les bambous en écoutant la Traviata, chanter sous la pluie des chansons de Nougaro, goûter les mauvaises herbes qui poussent le long des chemins. Il y a aussi... le vieux Marcel qui va apprendre à Clara à faire de la mécanique, Fanette, sa mère, qui va lui trouver un beau-père ; Bello, son parrain, qui va agrandir sa bande de filleuls musiciens. Et puis, comme la vie est vraiment dingue des fois, il y a Mélie quoi va enfin rencontrer le grand amour... Cent cinquante ans à eux deux ? Mais quand on aime, on ne compte pas !

Auteur : Barbara Constantine est scripte, céramiste et romancière. Elle vit en région parisienne, mais descend le plus souvent possible dans le Berry pour y planter des arbres (des cerisiers, des pruniers...), retaper des granges en ruine, écouter les rossignols délirer les nuits d'été et, surtout, passer un maximum de temps à regarder vivre ses chats, Alcide Pétochard (gentil chamallow) et Pétunia Trouduc (comme son nom l'indique). A Mélie, sans mélo est son deuxième roman, après Allumer le chat, publié en 2007 chez Calmann-Lévy.

Mon avis : (lu en mai 2010)

Ce livre est une vraie bouffée de bonheur.
Mélie a soixante-douze ans, c'est une mamie pleine de vie et de fantaisie, elle accueille pour toutes les vacances sa petite-fille, Clara âgée de 10 ans. Elle veut lui offrir un été de souvenirs inoubliables comme par exemple regarder les bambous pousser en écoutant de la musique, observer des heures une araignée qui tisse sa toile, pêcher à la main des poissons les deux pieds dans la rivière... Autour de Mélie gravite des personnages attachants comme le vieux Marcel, Gérard son médecin hypocondriaque, Fanette (la maman de Clara), Bello le musicien vagabond, Antoine (l'amoureux de Clara), le jeune Pépé…

Un livre plein de tendresse, d'humour et d'amour qui se lit facilement et qui nous donne la pêche !

J'ai dans ma PAL Allumer le chat du même auteur et je me réjouie de le lire très prochainement.

Extrait : (pages 48 et 49)
Mélie a soixante-douze ans.
Ça va faire douze ans que Fernand, son mari, est mort. Dans les bras de sa maîtresse. C'est son cœur qui a lâché. Mais ça s'est bien passé. Il n'a pas souffert. Et Mélie non plus... Il y a des gens qui disent que l'amour dure trois ans ? Eh bien, eux, ça n'aura été que deux. Et ce qui a suivi... une sorte de rien. Une chape de silence. Quarante-deux ans sans rien se dire, c'est long. (...)

Les mauvais souvenirs, à la poubelle ! Mais il y a une chose qu'elle a toujours voulu se rappeler. C'est qu'il lui a fait un très beau cadeau, le pauvre Fernand. Sans le vouloir, bien sûr, mais quand même... Celui de mourir pile au moment où elle a pris sa retraite. Un vrai cadeau bonus ! Comme dans les paquets de lessive ! Et depuis, Mélie savoure. Respire. Vit chaque seconde, comme si c'était la dernière. Simplement. Sans mélo. De toute façon, ce n'est pas son genre, à Mélie, le mélo...
Alors là...
Elle se dit qu'elle n'a pas grand-chose à léguer. Pas de fortune, pas de biens.
Mais elle connaît la force de la patience. Et puis surtout regarder, écouter, sentir... Alors, elle voudrait lui apprendre, tout ça, à Clara.
Lui fabriquer plein de souvenirs.
A la petite Clarinette, p'tit poussin, ma minoune, p'tit lapin, ma pépette...

28 juillet 2009

Les dix femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi - Arto Paasilinna

les_dix_femmes_de_l_ing_nieur Denoël – mai 2009 – 257 pages

traduit du finnois par Anne Colin du Terrail

Présentation de l'éditeur
Rauno Rämekorpi, un riche industriel finlandais, fête ses soixantes ans. Comme le veut la coutume, les invités ont afflué chez le héros du jour les bras chargés de cadeaux et de fleurs. Mais Mme Rämekorpi est allergique au pollen et Rauno se voit donc prié, à peine le dernier convive parti, de convoyer les fleurs à la décharge sans même prendre la peine d'ôter sa queue-de-pie. En chemin, l'heureux sexagénaire a soudain une bien meilleure idée : il offrira les bouquets à ses nombreuses maîtresses. Commence alors une tournée qui va mener ce noceur impénitent d'une alcôve à l'autre dans un déluge de libations et de bonne chère. Hilares, nous suivons les drôles de péripéties de ce vieux séducteur et de ses décapantes compagnes. Le succès est tel que Rauno décide de réitérer sa généreuse virée à l'occasion des fêtes de fin d'année. Mais le vent semble entre-temps avoir tourné pour notre don Juan déguisé en Père Noël... Une farce aux accents rabelaisiens, une réjouissante galerie de portraits de femmes victimes d'un héros qu'on adorera détester !

Biographie de l'auteur
Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. Bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l'auteur d'une vingtaine de livres, pour la plupart traduits en français et publiés chez Denoël. Citons entre autres Le Meunier hurlant, La cavale du géomètre, Le Lièvre de Vatanen, La Douce empoisonneuse, Prisonniers du paradis, Petits suicides entre amis, Un homme heureux, Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen, Le Cantique de l'apocalypse joyeuse. 

Mon avis : (lu en juillet 2009)

Chaque année, un nouveau "Paasilinna" est publié. J'ai trouvé les premiers originaux et vraiment formidables nous permettant de découvrir la Finlande et les finlandais à travers des histoires pittoresques. Mais les deux derniers, je les ai trouvé un peu long. Pour celui-ci, j'ai également été déçu. Je ne rajouterai rien à la présentation de l'éditeur concernant le résumé du livre. Cela commence comme une aventure souvent drôle et burlesque mais elle va vite s'essouffler et nous ennuyer. Dommage.

Extrait : (début du livre) ici

10 mai 2009

Saucisses et petits gâteaux - Dominika Dery

Saucisses_et_petits_gateaux traduit de l'anglais Michèle Garène

Jean-Claude Lattès – avril 2006 - 377 pages

 

Présentation de l'éditeur
Au lendemain de l'écrasement du Printemps de Prague, la naissance de Dominika va illuminer l'existence d'un couple de dissidents qui connaît une vie difficile. La mère, économiste, a été reniée par ses parents, membres de l'élite du parti. Le père, ingénieur, est réduit à jouer les chauffeurs de taxi pour survivre, ce qui ne l'empêche pas de rester d'un optimisme à toute épreuve. La sœur de Dominika, belle adolescente pulpeuse poursuivie par une nuée d'admirateurs, et un énorme saint-bernard viennent compléter cette famille pittoresque. Dominika grandit dans cet univers hétéroclite, où se côtoient voisins cancaniers, indicateurs à la solde clé l'Etat et gentilles " grands-mères "... Elle n'a qu'un seul rêve : devenir danseuse. Ces souvenirs de petite fille dans la Tchécoslovaquie des années 1980 ne sont pas sans rappeler les premiers films de Kusturica ou encore Good bye Lenin. Un Hymne à l'enfance et un bouleversant témoignage d'une époque révolue.


Biographie de l'auteur
Dominika Dery est née à Prague en 1975. D'abord danseuse puis comédienne cru Théâtre national, elle a vécu quelque temps en France avant de s'installer en Australie. Saucisses et petits gâteaux est son premier livre.

Mon avis : (lu en août 2007)

C’est le regard d’un enfant sur sa vie quotidienne en Tchécoslovaquie dans les années 80. Les personnages sont attachants, on ressent tout l’amour qu’il y a dans cette famille. Sa mère est économiste, son père ingénieur travaille comme chauffeur de taxi pour faire vivre sa famille, Klara sa sœur plus âgée de 9 ans est souvent courtisée, Dominika rêve de devenir danseuse. Les voisins espionnent et dénoncent…Les produits occidentaux ne se trouvent qu'au marché noir par contre saucisses et petits gâteaux se consomment sans compter ! Contrairement à l'époque, le récit n'est pas sombre du tout, au contraire. C'est un beau témoignage. 

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1 février 2010

Carson McCullers (suite)

le_coeur_des_un_chasseur_solitaire Stock – mars 2007 – 530 pages

« Esquisse pour le Muet » traduit de l'anglais (États-Unis) par Jacques Tournier

« Ecrivains, écritures et autres propos » traduit de l'anglais (États-Unis) par Françoise Adelstain

Quatrième de couverture : (...) Cette édition comprend également l'esquisse de ce grand roman ainsi que l'ensemble des essais et des articles que Carson McCullers a publiés de son vivant. Ces textes précisent les références de ce prodige de la littérature américaine tout en mettant en valeur sa sensibilité et son engagement.

Auteur : Née à Columbus, Georgie le 19 février 1917, dans le vieux Sud des États-Unis, l'adolescente Lula Carson Smith trompe son ennui entre le piano, qu'elle découvre à l'âge de 10 ans, et l'écriture. En 1934, elle délaisse ses ambitions de concertiste pour se rendre à New York. Là, elle se consacre à l'écriture en suivant des cours de création littéraire à la Columbia University. Un an plus tard, elle épouse le caporal James Reeves McCullers. Carson se consacre à l'ébauche du roman 'Le cœur est un chasseur solitaire' (1940) qui est un véritable succès. D'autres œuvres suivront parmi lesquelles 'Reflet dans un œil d'or' (1942) et 'La ballade café triste' (1943). Après avoir divorcé de McCullers, elle se remarie avec celui-ci bien qu'elle entretienne une relation amoureuse avec son amie Annemarie Schwarzenbach. Fascinée par Paris comme tous ceux de la 'Lost Generation', elle s'y rend régulièrement et se promène à Saint-Germain-des-Prés aux côtés de son mari. Malgré leur relation de plus en plus tendue, ils achètent une maison à Bachiviliers en 1952. Un an plus tard, Reeves se suicide et laisse une Carson de plus en plus fébrile. Les problèmes de rhumatismes aigus qu'elle connaît depuis ses 15 ans l'handicapent ; Carson se fragilisera d'année en année pour mourir à seulement 50 ans le 29 septembre 1967.

Mon avis : (lu en janvier 2010)

Dans l'édition du livre « Le cœur est un chasseur solitaire » que j'ai lu il y a quelques jours, il y a une suite : environ 130 pages supplémentaires...

Tout d'abord le chapitre « Esquisse pour le Muet » qui est une ébauche du roman « Le cœur est un chasseur solitaire », il y est décrit les personnages et les évènements du livre puis la structure générale y est décortiquée. Côté technique d'écriture, on apprend que le livre "obéit à une écriture en contrepoint", que "chacun des personnages représente un tout en lui-même - comme chacune des voix d'une fugue - mais sa personnalité s'enrichit chaque fois qu'il s'accorde ou s'oppose avec les autres personnages". En effet, chacun des quatre personnages principaux gravitent autour du muet, mais ce dernier est plus mystérieux, son mutisme l'empêchant d'être compris par les autres. C'est vraiment intéressant de découvrir un semblant de « making off» d'une œuvre.

Ensuite sous un chapitre « Ecrivains, écritures et autres propos », on trouve des articles de l'auteur autour des thèmes des écrivains et de l'écriture, puis d'autres articles écrits durant la guerre de 1940 à 1945 et enfin des articles autour de Noël.

En premier lieu, Carson McCullers nous parle de son approche de l'écriture, des livres qui l'ont marquée, des écrivains qui l'ont influencée. Elle évoque également «La solitude... une maladie américaine» qui est le thème central de son livre «Le cœur est un chasseur solitaire».

Ensuite durant la guerre, l'auteur évoque la guerre vue de l'Amérique, son quartier de Brooklyn mais aussi la nuit du Nouvel An 1941 «Cette nuit, il se peut que Londres soit grise sous le brouillard ou que, sous le clair de lune, la silhouette de la tour de l'Horloge se dessine contre le ciel. Mais, quand les cloches sonneront, on entendra battre le cœur de l'Angleterre en guerre – un battement lourd, sonore et assuré. Oui, Big Ben résonnera en ce nouvel an, et sur toute la surface de la terre il y aura des gens pour l'entendre.» ou la fête de Thanksgiving...

Enfin, autour de Noël, Carson McCullers nous conte un Noël en famille avec les préparatifs et la fête en elle-même, puis le Noël de ses cinq ans et pour finir une veille de Noël à l'hôpital.

Grâce à tous ces textes, on découvre un peu mieux qui est Carson McCullers, un auteur talentueux empreint de beaucoup de sensibilité. En conclusion, j'ai vraiment envie de découvrir prochainement un peu plus son œuvre.

Déjà lu du même auteur :

le_coeur_des_un_chasseur_solitaire Le cœur est un chasseur solitaire - Carson McCullers 

3 octobre 2009

La Reine des lectrices - Alan Bennett

la_reine_des_lectrice Edition Denoël – janvier 2009 – 173 pages

Présentation de l'éditeur
Que se passerait-il outre-Manche si, par le plus grand des hasards, Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture ? Si, tout d'un coup, plus rien n'arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu'elle en vienne à négliger ses engagements royaux ? C'est à cette drôle de fiction que nous invite Alan Bennett, le plus grinçant des comiques anglais. Henry James, les sœurs Brontë, le sulfureux Jean Genet et bien d'autres défilent sous l'œil implacable d'Elizabeth, cependant que le monde empesé et so british de Buckingham Palace s'inquiète : du valet de chambre au prince Philip, d'aucuns grincent des dents tandis que la royale passion littéraire met sens dessus dessous l'implacable protocole de la maison Windsor. C'est en maître de l'humour décalé qu'Alain Bennett a concocté cette joyeuse farce qui, par-delà la drôlerie, est aussi une belle réflexion sur le pouvoir subversif de la lecture.

Biographie de l'auteur
Né en 1934 à Leeds,
Alan Bennett est une star en Grande-Bretagne, où ses pièces de théâtre, ses séries télévisées et ses romans remportent un succès jamais démenti depuis plus de vingt ans. La Reine des lectrices est son quatrième roman.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

Avec un ton légèrement irrévérencieux, un esprit totalement British, ce livre est un vrai moment de bonne humeur, il nous parle de lectures et de lecteurs. C’est un peu par hasard que la Reine découvre un bibliobus à proximité de Buckingham Palace. Par politesse, elle emprunte un livre, puis deux et la reine devient rapidement une lectrice compulsive anonyme, elle n’a plus qu'une idée en tête : lire ! Mais cela n'enchante pas du tout son entourage en particulier le Premier Ministre et son secrétaire sir Kevin car la Reine délaisse ses obligations royales... Grâce à la lecture, la reine devient très attachante, sympathique, humaine proche des gens. Les personnages qui entourent la Reine sont dépeints avec beaucoup d'humour et l'on découvre aussi comment fonctionne la Cour d'Angleterre. Ce livre se lit très facilement et la chute est inattendue... Une seule petite réserve, c’est sur la forme, j’ai trouvé dommage que ce livre n'ait aucun chapitre, tout est à la suite, ce qui n'est pas très pratique pour interrompre sa lecture.

Extrait : (page 9)

C’étaient les chiens qui avaient tout déclenché. En général, après s’être promenés dans le jardin, ils remontaient les marches du perron, où un valet de pied venait leur ouvrir la porte. Ce jour-là cependant, pour dieu sait quelle raison, ils avaient traversé la terrasse en aboyant, la truffe en l’air, avant de redescendre les marches à toute allure et de disparaître à l’angle du bâtiment. La reine les entendit japper dans l’une des cours intérieures, comme s’ils en avaient après quelqu’un.

Il s’agissait en l’occurrence du bibliobus de la commune de Wesminster, un véhicule aussi imposant qu’un camion de déménagement et garé près des poubelles, à deux pas de la porte qui rejoignait les cuisines, de ce côté-là. La reine mettait rarement les pieds dans cette partie du palais et n’avait jamais aperçu le bibliobus auparavant. Les chiens non plus, du reste, ce qui expliquait leur tapage. Ne parvenant pas à les calmer, elle monta les quelques marches qui permettaient d’accéder à l’intérieur du véhicule, afin de s’excuser pour ce vacarme.

Le chauffeur était assis derrière son volant et lui tournait le dos, occupé à coller une étiquette sur un livre quelconque. Le seul client en vu était un jeune rouquin efflanqué en salopette blanche, qui lisait assis par terre dans la travée. Aucun d’eux n’avait vu apparaître la nouvelle arrivante, qui toussota avant de déclarer : - Je suis désolée de cet affreux tapage.

En l’entendant, le chauffeur  se redressa si brusquement qu’il se cogna le crâne contre l’étagère des ouvrages de référence. Quand au jeune homme, il renversa carrément le rayon consacré à la mode et à la photographie en se relevant dans la travée.

- Voulez-vous bien vous taire, stupides créatures, lança-t-elle à ses chiens en passant à nouveau la tête par la porte du bibliobus.

Cela laissa le temps au chauffeur/bibliothécaire de reprendre ses esprits et au jeune homme de ramasser ses livres – ce qui était d’ailleurs le but de la manœuvre.

- Nous n’avons jamais eu l’occasion de vous rencontrer jusqu’ici, monsieur…

- Hutchings, Votre majesté. Je passe tous les mercredis.

- Vraiment ? Je l’ignorais. Venez-vous de loin ?

- Seulement de Westminster, Madame.

- et vous, jeune homme, vous êtes…

- Norman, Madame, Norman Seakins.

- Et vous travailler…

- Aux cuisines, Madame.

- Oh… Et cela vous laisse le temps de lire ?

- Pas exactement, Madame.

- je suis dans le même cas que vous. Mais puisque je suis venue jusqu’ici, il ne serait sans doute pas déplacé que je vous emprunte un livre.

16 novembre 2009

Le jeu de l'ange - Carlos Ruiz Zafon

le_jeu_de_l_Ange Robert Laffont – août 2009 – 536 pages

traduit de l'espagnol par François Maspero

Le Mot de l'éditeur :

« Je t’emmènerai dans un endroit secret où les livres ne meurent jamais et où personne ne peut les détruire… »

Barcelone, années 1920. David Martin, dix-sept ans, travaille au journal La Voz de la Industria. Son existence bascule un soir de crise au journal : il faut trouver de toute urgence un remplaçant au feuilletoniste dominical. Sur les conseils de Pedro Vidal, chroniqueur à ses heures, David est choisi. Son feuilleton rencontre un immense succès et, pour la première fois, David est payé pour ce qu'il aime le plus au monde : écrire.
En plein succès, David accepte l’offre de deux éditeurs peu scrupuleux : produire à un rythme effréné des feuilletons sous pseudonyme. Mais après quelques années, à bout de force, David va renoncer. Ses éditeurs lui accordent alors neuf mois pour écrire son propre roman. Celui-ci, boudé par la critique et sabordé par les éditeurs, est un échec. David est d'autant plus désespéré que la jeune fille dont il est amoureux depuis toujours - et à laquelle le livre est secrètement dédié - va épouser Pedro Vidal.
Son ami libraire, Sempere, choisit ce moment pour l’emmener au Cimetière des livres oubliés, où David dépose le sien. Puis arrive une offre extraordinaire : un éditeur parisien, Corelli, lui propose, moyennant cent mille francs, une fortune, de créer une texte fondateur, sorte de nouvelle Bible, « une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d’être tués, d’offrir leur âme ».
Du jour où il accepte ce contrat, une étrange mécanique du meurtre se met en place autour de David. En vendant sa liberté d’écrivain, aurait-il vendu son âme au diable ? Épouvanté et fasciné, David se lance dans une enquête sur ce curieux éditeur, dont les pouvoirs semblent transcender le temps et l’espace.

L’auteur : écrivain catalan, Carlos Ruiz Zafón vit à Los Angeles, où il est également scénariste. L'Ombre du vent, prix Planeta (2004), prix du meilleur livre étranger – roman (2004), a aussi sélectionné pour le prix Femina étranger.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Pour ceux qui ont déjà lu du même auteur, L'Ombre du vent, il ne faut surtout pas imaginer qu'il s'agit d'une suite ou alors comparer ces deux livres. Pourtant, l'auteur nous fait quelques clins d'œil par rapport à L'Ombre du vent : nous retrouvons le Cimetière des livres oubliés et la librairie Sempere & Fils. Et cette histoire se passe également dans Barcelone merveilleusement décrite.

Le début du roman raconte l'ascension d'un jeune écrivain, David Martin. Tout d'abord il écrit un feuilleton hebdomadaire pour un journal de Barcelone, "La vox de la Industria". Puis il signe un contrat avec un duo d'éditeurs qui lui impose un rythme infernal pour écrire une série de livre sous un pseudonyme. Il est également fasciné par la jolie Cristina et aimerait la séduire... Il rencontre un étrange éditeur français Andreas Correli qui lui propose une très forte somme d'argent pour écrire un livre unique, qui ne ressemble à aucun autre.

L'évocation de Barcelone et de la vie des Espagnols avant la guerre civile est faite avec beaucoup de précision et de justesse, Barcelone apparaît comme une ville à la fois mystérieuse et envoûtante où les rues sont tortueuses et les habitations inquiétantes.

Ce livre est un vrai thriller fantastique qui se lit assez facilement malgré ses 537 pages car les chapitres sont cours et le rythme de l'histoire nous invite à lire sans hésiter le chapitre suivant. J'avais adoré L'Ombre du vent et j'ai beaucoup aimé Le jeu de l'Ange.

Extrait : (page 438)

"Je revins à l’hôtel en longeant le lac. Le concierge m’indiqua comment trouver l’unique librairie du village, où je pus acheter du papier et un stylo qui attendait là depuis des temps immémoriaux. Ainsi armé, je m’enfermai dans ma chambre. Je déplaçai la table de manière à la mettre devant la fenêtre et commandai un thermos de café. Je passai presque une heure à contempler le lac et les montagnes lointaines avant d’écrire un mot. Je me souvins de la vieille photo confiée par Cristina, cette image d’une enfant marchant sur une jetée en bois qui s’avançait dans la mer, dont le mystère avait toujours fui sa mémoire. J’imaginai que je suivais cette jetée, que mes pas me conduisaient derrière elle et, lentement, les mots commencèrent à couler et l’armature d’un petit récit s’esquissa au fil de la plume. J’allais écrire l’histoire dont Cristina n’avait jamais pu se souvenir, celle qui l’avait menée, enfant, à marcher au-dessus de ces eaux luisantes en tenant la main d’un inconnu. J’écrirais l’histoire de ce souvenir qui n’aurait jamais existé, la mémoire d’une vie volée. Les images et la lumière qui se dessinaient entre les phrases me ramenèrent à cette vieille Barcelone de ténèbres qui nous avait engendrés tous les deux. Je travaillai jusqu’à ce que le soleil se couche, qu’il ne reste plus une goutte de café dans le thermos et que mes yeux et mes mains me fassent mal. Je laissai tomber mon stylo et enlevai les feuilles de la table. Quand le concierge frappa à la porte pour me demander si j’allais descendre dîner, je ne l’entendis pas. Je dormais profondément et, pour une fois, je rêvais en croyant que les mots, y compris les miens, avaient le pouvoir de guérir."

30 juillet 2009

Gomorra : Dans l'empire de la camorra – Roberto Saviano

gomorra Gallimard – octobre 2007 – 356 pages

traduit de l'italien par Vincent Raynaud

Présentation de l'éditeur
"Ce ne sont pas les camorristes qui choisissent les affaires, mais les affaires qui choisissent les camorristes. La logique de l'entreprenariat criminel et la vision des parrains sont empreintes d'un ultralibéralisme radical. Les règles sont dictées et imposées par les affaires, par l'obligation de faire du profit et de vaincre la concurrence. Le reste ne compte pas. Le reste n'existe pas. Le pouvoir absolu de vie ou de mort, lancer un produit, conquérir des parts de marché, investir dans des secteurs de pointe : tout a un prix, finir en prison ou mourir. Détenir le pouvoir, dix ans, un an, une heure, peu importe la durée : mais vivre, commander pour de bon, voilà ce qui compte. Vaincre dans l'arène du marché et pouvoir fixer le soleil." Gomorra explore Naples et la Campanie dominées par la criminalité organisée, sur fond de guerres entre clans rivaux et de trafics en tout genre : contrefaçon, armes, drogue et déchets toxiques. C'est ainsi que le Système, comme le désignent ses affiliés, accroît ses profits, conforte sa toute-puissance et se pose en avant-garde criminelle de l'économie mondialisée. Mais c'est aussi l'histoire intime de Roberto Saviano, qui est né sur ces terres et a choisi l'écriture pour mener son combat contre la camorra.

Biographie de l'auteur
Écrivain et journaliste, Roberto Saviano est né à Naples en 1979. Gomorra est son premier livre, couronné par un succès public et critique sans précédent en Italie, et en cours de publication dans le monde entier.

Mon avis : (lu en juillet 2009)

J'ai pris ce livre à la bibliothèque car j'avais eu l'occasion de voir l'auteur à l'émission de France 5, La Grande Librairie. Avec ce livre Roberto Saviano a réalisé une enquête approfondie sur la Camorra napolitaine. Depuis il est menacé de mort et il est sous protection policière 24h/24h.

Je n'ai pas trouvé ce livre facile à lire, car il est très dense en informations et parfois un peu brouillon car des histoires se succèdent sans vraiment d'unité. On ne sait pas trop si c'est un roman ou un documentaire. J'avoue que je l'avais commencé avant de partir en vacances et que je ne l'ai repris qu'à mon retour avec la même impression et j'ai eu un peu de mal à le terminer... Néanmoins, j'ai appris beaucoup de choses sur les milieux fermés et secrets que sont les mafias napolitaines.


gomorra_le_film

Un film adapté de ce livre a été réalisé en 2008 par Matteo Garrone avec Salvatore Abruzzese, Gianfelice Imparato, Maria Nazionale.

Extrait : (début du livre)

Le conteneur oscillait tandis que la grue le transportait jusqu'au bateau. Comme s'il flottait dans l'air. Le sprider, le mécanisme qui les reliait, ne parvenait pas à dompter le mouvement. Soudain, les portes mal fermées s'ouvrirent et des dizaines de corps tombèrent. On aurait dit des mannequins. Mais lorsqu'ils heurtaient le sol, les têtes se brisaient bien comme des crânes. Car c'étaient des crânes. Des hommes et des femmes tombaient du conteneur. Quelques adolescents aussi. Morts. Congelés, recroquevillés sur eux-mêmes, les uns sur les autres. Alignés comme des harengs dans une boîte. Les Chinois qui ne meurent jamais, les éternels Chinois qui se transmettent leurs papiers d'identité : voilà où ils finissaient. Ces corps dont les imaginations les plus débridées prétendaient qu'ils étaient cuisinés dans les restaurants, enterrés dans les champs près des usines ou jetés dans le cratère du Vésuve. Ils étaient là et s'échappaient par dizaines du conteneur, leur nom inscrit sur un carton attaché autour du cou par une ficelle. Ils avaient tous mis de côté la somme nécessaire pour se faire enterrer chez eux, en Chine. On retenait une partie de leur salaire, en échange de laquelle, après leur mort, leur voyage de retour était payé. Une place dans un conteneur et un trou dans quelque lopin de terre chinois. Quand le grutier du port m'a raconté cette histoire, il a placé ses mains sur son visage en continuant à me regarder à travers ses doigts écartés, comme si ce masque lui donnait le courage de poursuivre. Il avait vu s'abattre des corps et n'avait même pas eu besoin de donner l'alarme ou d'avertir qui que ce soit. Il avait simplement déposé le conteneur au sol et des dizaines de personnes, sorties de nulle part, avaient remis tous les corps à l'intérieur avant de nettoyer le quai avec un jet d'eau. C'est ainsi que ça se passait. Il n'arrivait toujours pas à y croire, il espérait que c'était une hallucination provoquée par un surcroît d'heures supplémentaires. Il a serré les doigts pour se couvrir complètement le visage et continué à parler en pleurnichant, mais je ne comprenais plus ce qu'il me disait.

  Tout ce qui a été fabriqué passe par le port de Naples. Il n'est nul produit manufacturé, tissu, morceau de plastique, jouet, marteau, chaussure, tournevis, boulon, jeu vidéo, veste, pantalon, perceuse ou montre qui ne transite par ce port. Le port de Naples, cette blessure. Grande ouverte. Le point final des interminables trajets que parcourent les marchandises. Les bateaux arrivent, s'engagent dans le golfe et s'approchent de la darse comme des petits attirés par les mamelles de leur mère, à ceci près qu'ils ne doivent pas téter mais se faire traire. Le port de Naples est un trou dans la mappemonde d'où sort tout ce qui est fabriqué en Chine ou en Extrême­ Orient, comme se plaisent encore à l'écrire les journalistes. Extrême. Lointain. Presque inimaginable. Si l'on ferme les yeux, on voit des kimonos, la barbe de Marco Polo ou le coup de pied latéral de Bruce Lee. En réalité, cet Orient est relié au port de Naples comme aucun autre endroit au monde. Ici, l'Orient n'a rien d'extrême, le très proche Orient, devrait-on dire, le moindre Orient. Tout ce qui est produit en Chine est déversé ici comme un seau d'eau qu'on vide dans le sable et dont le contenu détériore, creuse et pénètre en profondeur. 70 % du volume des exportations de textile chinois transitent par le seul port de Naples, ce qui ne représente pourtant que vingt pour cent de leur valeur. C'est une bizarrerie difficile à comprendre, mais les marchandises ont leur magie, elles peuvent être à un endroit sans y être, arriver sans jamais vraiment arriver, coûter cher au client tout en étant de qualité médiocre, et valoir peu aux yeux de la douane tout en étant précieuses. Car le textile regroupe de nombreuses catégories de biens et il suffit d'un trait de stylo sur le bordereau d'accompagnement pour réduire les frais et la T.V.A. de façon drastique. Dans le silence de ce trou noir qu'est le port, la structure moléculaire des choses semble se décomposer puis se recomposer une fois loin de la côte. Les marchandises doivent quitter très vite le port. Tout se déroule rapidement, au point que les choses disparaissent presque aussitôt. Comme si rien ne s'était passé, comme si tout n'avait été qu'un geste. Un voyage inexistant, un faux accostage, un bateau fantôme, une cargaison évanescente. Comme s'il n'y avait rien eu. Une évaporation. La marchandise doit parvenir entre les mains de l'acheteur sans laisser de trace de son parcours. Elle doit rejoindre son entrepôt, vite, immédiatement, avant que le temps reprenne son cours, le temps nécessaire à un éventuel contrôle. Des quintaux de marchandises qui circulent aussi facilement qu'un pli livré à domicile par le facteur. Dans le port de Naples, avec ses un million trois cent trente-six mille mètres carrés et ses onze kilomètres et demi de longueur, le temps se dilate d'une façon inédite. Ce qui pourrait prendre une heure à l'extérieur semble y durer à peine plus d'une minute. La proverbiale lenteur qui caractérise dans l'imaginaire collectif chaque geste d'un Napolitain est ici démentie, niée, brisée. Les premiers contrôles douaniers surviennent dans un laps de temps que les marchandises chinoises prennent de vitesse. Impitoyablement rapides. Ici, chaque minute semble annihilée, c'est un massacre de minutes, de secondes volées aux formalités, poursuivies par les accélérations des camions, tirées par les grues, emportées par les chariots élévateurs qui vident les entrailles des conteneurs.

9 février 2009

Un homme heureux - Arto Paasilinna

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Edition Denoël – septembre 2005 – 242 pages

traduit du finnois par Anne Colin du Terrail

Présentation de l'éditeur
L'ingénieur Akseli Jaatinen a été chargé de construire un nouveau pont dans le village de Kuusmäki, à l'endroit même où, pendant la guerre civile de 1918, une sanglante bataille a opposé blancs et rouges - épisode dont la mémoire continue de diviser les habitants de la commune, par ailleurs peu enclins à se laisser bousculer dans leur train-train. Dans ce milieu fermé, Jaatinen aura vite fait de s'attirer des inimitiés par ses méthodes peu conformistes. De bisbilles en provocations, les relations se tendent entre les notables locaux et le nouveau venu, qui se fait non seulement rosser et humilier, mais aussi finalement renvoyer de son poste d'ingénieur. Mais Jaatinen n'est pas homme à se laisser faire. Méthodiquement, il met en œuvre une diabolique vengeance dont ses persécuteurs se mordront amèrement les doigts... Les ponts que construit l'ingénieur Jaatinen sont une métaphore puissante de la solidarité entre les hommes, et sa quête du bonheur laisse entrevoir ce que pourrait être une humanité ouverte et soucieuse d'autrui.

Biographie de l'auteur
Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. Successivement bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l'auteur d'une trentaine de romans dont Le Lièvre de Vatanen, Le Meunier hurlant, et Petits suicides entre amis, romans cultes traduits dans le monde entier.

Mon avis : (lu en octobre 2005)

C'est l'histoire toute simple d'une vengeance, l'ingénieur Jaatinen a été chargé de construire un nouveau pont dans le village de Kuusmäki. Mais les notables du village n'apprécient pas les méthodes peu conformistes de l'ingénieur et ils vont le renvoyer de son poste. Mais Jaatinen n'est pas homme à se laisser faire. Méthodiquement, il va mettre en œuvre une vengeance...

On retrouve l'humour décalé, des situations rocambolesques et une fine critique de la société finlandaise en dressant des portraits caricaturaux L'auteur décrit avec intelligence la difficulté de s'intégrer dans un petit village refermé sur lui-même et hostile à la nouveauté. On s'attache rapidement au héros qui veut être un homme heureux.

Extrait :
Une fois la paix revenue, le trafic s'était peu à peu accru sur le pont, tandis que la rivière, sous lui, continuait de charrier vers la mer d'infinies masses d'eau noire. Cette dernière, petit à petit, avait si bien rongé et fragilisé les structures en bois de l'ouvrage que seuls les camions mi-lourds pouvaient encore franchir sans danger son tablier pourrissant. C'est ainsi que l'on en vint à l'époque actuelle, en un jour de printemps où un individu de haute taille s'avança sur les vieilles planches.
C' était l'ingénieur des ponts Akseli Jaatinen.

Extrait :
L'ingénieur mangea par terre à croupetons et, après avoir passé encore une heure dans cette position inconfortable, il se releva enfin, s'étira, alla laver son visage fatigué. Puis il ramassa ses papiers, les fourra dans sa mallette, sauta dans un taxi et se fit conduire à la direction générale des Chemins de fer. Jaatinen déballa ses documents sur la table de la salle de réunion et se lança dans des explications :
'Je suppose qu'il faudrait installer ici un aiguillage, et là un quai de chargement... la voie devrait suivre ce tracé, les terres de ce côté m'appartiennent et je pourrais louer ou acheter les autres.
- C'est bien ça', concéda-t-on.
Puis Jaatinen fit une proposition :
'S' il vous faut vraiment trois ans pour faire ce bout de voie, que diriez-vous si je le réalisais moi-même ?
- Vous ?
- Oui. Il n'y a qu'à ouvrir une tranchée dans la forêt au bulldozer et amener du ballast, je n'aurai besoin que de quelques semaines pour construire une voie sur cet esker.

8 septembre 2009

Pour vous – Dominique Mainard

pour_vous Editions Joëlle Losfeld – août 2008 – 252 pages

Prix des libraires 2009

Présentation de l'éditeur
Encore adolescente, Delphine a compris de quoi les êtres humains ont besoin : de réconfort, d'illusion, de mensonge même, de tout ce qui peut rendre la vie supportable. Elle a trente-cinq ans et vit grâce à l'agence qu'elle a créée, Pour Vous, un lieu destiné à satisfaire les désirs et à panser les plaies des hommes et des femmes suffisamment riches pour y avoir recours. Mais comment peut-on jouer tous les rôles, adopter toutes les identités, sans se perdre ? De nombreux personnages ponctuent le roman : une vieille femme, grande lectrice de livres à l'eau de rose ; un adolescent autiste vivant dans le monde des jeux virtuels ; un homosexuel malade dont Delphine accompagnera les derniers mois et, enfin, l'amant de celui-ci, qui éveillera en elle des sentiments inconnus. Comme dans les précédents textes de Dominique Mainard, les histoires et les fables constituent l'un des fils conducteurs de Pour Vous, mais son thème principal est le cheminement par lequel Delphine s'ouvre à la compassion et à la vie.

Biographie de l'auteur
Dominique Mainard est l'auteur de plusieurs recueils de nouvelles et de romans. Leur histoire a paru pour la première fois en 2002 et a été couronné parle prix du Roman FNAC et le prix Alain-Fournier. Il a également fait l'objet d'une adaptation cinématographique, sous le titre Les mots bleus, réalisée par Alain Corneau en 2005. Son dernier livre, Je voudrais tant que tu te souviennes, a paru en 2007.

Mon avis : (lu en septembre 2009)

Delphine est responsable d'une agence un peu spéciale « Pour vous », elle offre ses services à tous pour leur rendre la vie plus supportable : promener un vieux monsieur chaque dimanche, distraire un enfant autiste petit génie en informatique... L'agence fonctionne bien, il y a un tarif pour tout. Pas question ici d'empathie ou d 'altruisme. Tout est question de tarifs. Delphine accepte même de devenir mère porteuse pour un couple stérile. Suite à une enfance difficile, Delphine est devenue une "pierre sans parfum" comme le dit l'un des personnages, elle commercialise les sentiments. A travers le récit des différentes prestations, la propre vie de Delphine nous est peu à peu racontée. L'auteur nous livre une galerie de personnages plus vrais que nature. Cette histoire est très originale et souvent dérangeante, elle nous fait réfléchir sur les rapports humains. J'ai bien aimé les descriptions des sentiments ou des non-sentiments des personnages faites par l'auteur. Cette lecture me donne vraiment envie de découvrir d'autres livres de cette auteur.

 

Extrait : (page 52)
Voilà, tout a commencé ainsi, j'ai été la petite-fille d'une inconnue, puis la sœur, la maîtresse, l'amie, la confidente de centaines d'autres, et aujourd'hui je porte un enfant dont je ne suis pas vraiment la mère. Cette agence est un vaste sac où l'on trouve de tout, une boîte de Pandore, selon les termes d'un client, et il n'est rien en effet dont nous ne fassions commerce, la vie, l'amour, la mort.
Il me faut avouer ceci : je pensais que tout était verrouillé, inviolable, je me croyais faite d'un autre bois, d'une autre chair. Je n'avais jamais aimé, j'entends par-là aimer comme aiment les clients qui viennent me voir. J'avais connu des hommes, mais aucun n'avait compté. Peut-être était-ce le spectacle des larmes et des colères de mes clients qui m'avait prévenu contre toute passion, peut-être avais-je simplement, ainsi que me l'avait dit Marja dans un moment de colère, le cœur trop sec.

19 mai 2009

Les mains libres – Jeanne Benameur

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Denoël – janvier 2004 - 148 pages

Folio – janvier 2006 – 160 pages

Présentation de l'éditeur
'Y a-t-il un signe de vie dans le ciel qui indique que quelque part, dans une ville, au milieu de tant et tant de gens, deux êtres sont en train de vivre quelque chose qui ne tient à rien, quelque chose de frêle comme un feu de fortune ?'

Mme Lure est une vieille femme comme on en croise sans les remarquer. Dans l'appartement de son mari disparu, elle maintient chaque chose à sa place, tranquille et pour toujours. Elle évite tout souvenir, mais rêve grâce aux brochures de voyages qu'elle étale sur la table de la cuisine. Yvonne Lure entre dans les photographies, y sourit, y vit. Un jour, surprenant les doigts voleurs d'un jeune homme dans le grand magasin, elle se met à le suivre de façon irréfléchie jusqu'à son campement, sous l'arche d'un pont. Qu'ont-ils en commun, Yvonne, celle qui garde, et Vargas, l'errant ? D'une écriture forte et lumineuse, Jeanne Benameur capte comme jamais les destins obscurs de deux parias innocents, tissant entre eux des liens intenses. Ressuscitant des pans de mémoire palpitante, elle aiguise le vide en chacun de nous.

Biographie de l'auteur
Jeanne Benameur est l'auteur chez Denoël de Les Demeurées, 2000, Un jour mes princes sont venus, 2001, Ça t'apprendra à vivre, 2003, et de nombreux livres pour la jeunesse, dont récemment La Boutique jaune. Longtemps enseignante, elle se consacre désormais à l'écriture
 

Mon avis : (lu en mai 2009)

C’est le deuxième livre que je lis de cette auteure après « les demeurées ».

C’est l’histoire d’Yvonne Lure une vieille dame qui vit seule depuis la mort de son mari. Elle est « transparente » pour les autres, elle occupe ses journées avec le ménage et ses courses. Elle rêve grâce aux catalogues de voyages et aux photos dans lesquels elle se projette et s’évade. Un jour, elle va surprendre les mains voleuses d’un jeune homme, Vargas, dans un supermarché, sans réfléchir elle va le suivre jusqu’à sa caravane sur un terrain vague en face de chez elle. Elle va d’abord le surveiller de sa fenêtre, puis déposer à proximité du campement le livre de son défunt mari. Ils vont s’apprivoiser l’un et l’autre grâce à ce livre et à la lecture…

Je ne peux donc pas être insensible à ce livre plein de poésie, de tendresse avec ces deux personnages si perdus dans leur solitude.

Le style est fait de phrases courtes, de mots simples mais justes qui nous entraînent dans une histoire pleine de d’émotions.

Extrait : (début du livre)

Madame Lure va, vient, vit. Proprement seule.

Madame Lure a ce qu’il faut.

L’entretien de son appartement et les commissions quotidiennes comblent son besoin de déplacement physique. Comment combler l’espace des rêves ?

Cela a lieu dans la cuisine.

Madame Lure étale une carte de géographie sur la toile cirée. D’abord, elle défait les pliures de la tranche de sa main bien tendue. Elle appuie.

A chaque passage, le dos de sa main semble faire reculer un mur invisible.

Plus loin. Encore.

Le coude se déplie. Le bras se tend. Elle lisse les mers, les pays, de sa paume courte, ferme.

Viennent alors les noms des lieux qu’elle prononce tout bas, tête penchée. C’est une prière secrète. Elle s’efforce à une diction claire. Il faut que chaque syllabe soit distincte. Parfois même, elle détache, nette, une lettre d’une autre lettre.

L’évocation gagne encore en étrange. Elle entend sa voix résonner comme une autre.

Elle crée l’ailleurs dans sa bouche. Roc et sel.

Auprès de la carte dépliée, une brochure de voyages.

Personne ne connaît ses départs.

Personne n’agite de mouchoir.

Cela dure. Qu’importe le temps des horloges.

Personne ne l’attend. A aucune escale. C’est une voyageuse  de la terre qu’elle ne quitte pas. Ses valises n’ont jamais eu à être bouclées.

De tout temps, il n’y a jamais eu de bagage.

Madame Lure, dans ses périples, est légère.

Son poids sur la terre ne pèse plus rien. 

2 mai 2009

Un tout petit mensonge - Francesca Clementis

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Belfond – mars 2005 - 388 pages

Edition France loisirs – 2006 – 458 pages

traduit de l'anglais par Isabelle Vassart

Présentation de l'éditeur
Omissions, déformations et autres révélations, une irrésistible comédie de mœurs à l'anglaise. Ou les aventures cocasses d'une adorable menteuse... En règle générale, Lauren n'est pas vraiment encline au mensonge. Le problème, c'est qu'elle n'est pas très à l'aise en société. Elle a beau être une redoutable femme d'affaires, quand elle sort, elle se transforme en reine des gaffes. Pas facile, dans ces conditions, de lier connaissance. Aussi, quand on lui présente Chris, un garçon tout à fait charmant, voire franchement séduisant, elle se dit qu'il serait temps de montrer à quel point elle peut être brillante et spirituelle. Quitte à déformer légèrement la vérité. Pas grand-chose, trois fois rien... juste de quoi déclencher une cascade de quiproquos et bouleverser la vie de tout son
entourage...

Biographie de l'auteur
Diplômée de philosophie, Francesca Clementis a travaillé dans la publicité pendant une dizaine d'années, avant de se consacrer à l'écriture. Elle vit actuellement à Londres avec son mari et leur fille. Après Lorna et ses filles (Belfond, 2004), Un tout petit mensonge est son second roman à paraître en France.

Mon avis : (juin 2008)

J’ai pris ce livre un peu par hasard à la bibliothèque : format idéal pour le train. Au début, l’histoire est prenante mais ensuite j’ai été déçu par certaines longueurs. C’est un peu comme une comédie sans prétention : cela distrait, mais sans plus. Je ne le conseille donc pas.

2 août 2009

Lune captive dans un œil mort – Pascal Garnier

lune_captive_dans_un_oeil_mort Zulma – janvier 2009 - 156 pages

Présentation de l'éditeur
Martial et Odette viennent d'emménager dans une résidence paradisiaque du sud de la France, loin de leur grise vie de banlieue. Les Conviviales offrent un atout majeur : protection absolue et sécurité garantie - pour seniors uniquement. Assez vite, les défaillances du gardiennage s'ajoutent à l'ennui de l'isolement. Les premiers voisins s'installent enfin. Le huis clos devient alors un shaker explosif : troubles obsessionnels, blessures secrètes, menaces fantasmées du monde extérieur. Jusqu'à ce que la lune, une nuit plus terrible que les autres, se reflète dans l'œil du gardien... Avec beaucoup d'humour et de finesse, malgré la noirceur du sujet, Pascal Garnier brosse le portrait d'une génération à qui l'on vend le bonheur comme une marchandise supplémentaire. Une fin de vie à l'épreuve d'un redoutable piège à rêves.

Biographie de l'auteur
La vie de Pascal Garnier est à elle seule toute une histoire. On retiendra qu'il est une figure originale du roman contemporain. Il a élu domicile dans un petit village en Ardèche où il peint, et écrit aussi pour la jeunesse. On ne s'étonnera pas qu'il ait reçu le Grand Prix de l'Humour noir (2006). Après l'A26, Comment va la douleur ? ou la Théorie du panda, Pascal Garnier confirme ici son talent dans l'investigation des travers contemporains. Son art du suspense et du scénario, comme la virtuosité diabolique dans le flegme qu'il tient du roman noir, font de lui un des maîtres actuels de la fable réaliste.

Mon avis : (lu en aout 2009)

C'est le premier livre que je lis cet auteur et je remercie ma bibliothèque préférée et son « Café lecture » pour m'avoir encouragé à lire ce livre. Je n'aime pas du tout la couverture de ce livre (le graphisme m'est très désagréable à regarder) par contre la police typographique est très sympathique. Le titre est également très énigmatique...

Nous voici dans un huis-clos au sein d'une résidence réservée aux 3ème âge. Un village idéal avec de jolis petites maisons toutes pareilles, des jardins parfais, un club-house, une piscine, un gardien pour la surveillance et une clôture sécurisant la résidence, bref le coin idéal pour passer sa retraite au soleil. Martial et Odette sont le premier couple à s'installer, ils attendent l'arrivée leurs premiers voisins (50 maisons composent le village), en effet ils sont seuls et regardent la pluie tomber sous la surveillance du gardien M.Flesh. Au printemps, un nouveau couple, Marlène et Maxime, très différents des premiers vont s'installer. Puis c'est l'arrivée de Léa, une femme seule. Au début l'entente est cordiale, mais bientôt les différents caractères et les petits secrets de chacun va rendre la cohabitation explosive. L'auteur nous livre une galerie des personnages d'un réalisme étonnant et à travers ce petit livre de 150 pages (trop court à mon goût !) une critique de notre société et des « paradis pour seniors». Cette lecture me donne très envie de découvrir d'autres livres de cet auteur !

Extrait : (début du livre)

LES CONVIVIALES,

L'EXPERT DES RÉSIDENCES SENIORS

Les Conviviales, c'est le nouveau concept de vie pour les retraités qui ont choisi de vivre une retraite active au soleil... En quelques mots, les Conviviales, c'est :

UNE RÉSIDENCE CLOTURÉE ET SÉCURISÉE

Aujourd'hui, le premier des conforts, c'est de se sentir bien protégé et en sécurité permanente. Le gardien-régisseur logé sur place à l'année veille à la tranquillité des résidents.

Martial compara la photo sur la couverture de la plaquette avec ce qu'il voyait par la fenêtre. Il pleuvait. Il pleuvait presque tous les jours depuis un mois. La pluie vernissait les tuiles romaines des pavillons rigoureusement identiques au crépi ocre qui tendaient devant eux leur petit tablier de pelouse vert cru, pareil à de la moquette synthétique. Des arbustes plantés comme des balais à intervalles réguliers ne produisaient en cette saison ni feuilles, ni fleurs, ni ombre. Tous les volets étaient clos. La cinquantaine de maisonnettes s'alignaient sagement de part et d'autre d'une large voie centrale d'où rayonnaient des allées de gravillons la reliant aux habitations. Vu d'avion, ça devait ressembler à une sorte d'arête de poisson.

DES MAISONS DÉDIÉES AU CONFORT

Les maisons de plain-pied permettent une accessibilité parfaite : terrasse, patio, cuisine fonctionnelle, salle de bains ergonomique, deux belles chambres...

A part quelques meubles de famille qui n'arrivaient toujours pas à trouver leur place, Odette avait profité de l'occasion pour renouveler le mobilier et, consciemment ou pas, son choix s'était porté sur des meubles qui ressemblaient étrangement à ceux de la maison témoin qu'ils avaient visitée quelques mois auparavant. Martial n'arrivait pas à s'y faire. Tout sentait le neuf, le plastique. D'accord, c'était pratique, tout fonctionnait, mais il avait l'impression de vivre à l'hôtel. (…)

UN CLUB-HOUSE

Le club-house de la résidence, véritable Pavillon des Loisirs, est un lieu de rencontres. Chacun aimera s'y retrouver pour discuter, jouer aux échecs, surfer sur Internet, disputer une partie de billard, prendre le thé, faire des crêpes... La secrétaire-animatrice organise dans la concertation et la bonne humeur des concours, des excursions, des sorties, des découvertes de sites, des soirées.

Pour l'heure, il était fermé et jamais ils n'avaient rencontré ni même entrevu la secrétaire-animatrice. Pour dire vrai, Martial n'y tenait pas plus que ça. Il redoutait même l'ouverture du club-house. Il n'avait aucune envie de faire des concours de crêpes avec des inconnus.

UNE PISCINE CHAUFFÉE AU SOLAIRE

Pour combiner santé et plaisir en s'offrant d'agréables moments de fraîcheur.

Elle était vide, la piscine. Quelques centimètres d'eau de pluie stagnaient au fond.

DU SOLEIL TOUTE L'ANNÉE

Toutes les résidences sont implantées dans le sud de la France afin de...

- Tu parles !

27 juin 2009

Le week-end - Bernhard Schlink

le_week_end Gallimard – octobre 2008 – 217 pages

Traduit de l’allemand par Bernard Lorthomary

Présentation de l'éditeur
Après plus de vingt ans passés derrière les barreaux, Jörg est gracié par le président de la République allemande. Pour ses premières heures en liberté, sa sœur Christiane a organisé des retrouvailles avec de vieux amis dans une grande demeure à la campagne, près de Berlin. Mais ce week-end, qu'elle avait souhaité paisible, est difficile à vivre pour tout le monde, tant les questions de responsabilité, de culpabilité et de pardon sont dans toutes les têtes. Car Jörg est un ancien terroriste de la Fraction Armée Rouge. Pendant trois jours, les coups de théâtre et de bluff des uns et des autres vont se succéder. Chacun cherche sa place, et le choc des biographies, des rêves et parfois des mensonges produit plus de questions que de réponses. L'amitié passe-t-elle avant tout jugement moral ? Le regret et le pardon sont-ils souhaitables, possibles, suffisants ?. Le week-end renoue avec la force et la concision du premier grand succès de Bernhard Schlink, Le Liseur, et prolonge avec beaucoup de talent les interrogations qui hantent son œuvre.

Biographie de l'auteur
Bernhard Schlink, né en 1944, est juriste. Il est l'auteur de romans policiers et du best-seller mondial Le liseur, traduit en plus de trente langues et paru aux Editions Gallimard comme toute son œuvre.

 

Mon avis : (lu en juin 2009)

C’est le premier livre que je lis de cet auteur. Ici, il nous raconte l’histoire de Jörg qui vient d’être libéré après 20 ans en prison. Il appartenait à la Faction Armée Rouge. Jörg va passer son premier week-end de liberté, dans une maison à la campagne. Sa sœur y a invité des anciens amis de lutte. Nous assistons à un huis clos à la campagne avec des personnages qui ont changé depuis vingt ans, chacun a trouvé sa place dans la société, ils ont fait leurs vies et ils ont un peu oublié leurs idéaux passés. Jörg est en décalage avec eux, il semble que sa vie se soit arrêtée pendant vingt ans entre les murs de la prison. Ce livre pose beaucoup de questions sur l'après : faut-il renier son passé ou lui rester fidèle ? A-t-il des remords, des doutes ? Quel est son avenir ? Peut-on encore justifier ses actes ?

J'ai trouvé ce livre très bien écrit et les discussions, les réflexions et les confrontations entre la dizaine de personnages très profondes. A découvrir !

Extrait : (page 91)

D'abord, le soleil inonde d'une vive lumière la couronne du chêne qui se trouve devant la maison. Les oiseaux qui l'habitent et bavardent déjà depuis l'aurore haussent alors le ton. Le merle chante si fort et si obstinément que, si l'on dort dans la chambre d'angle, on se réveille sans pouvoir se rendormir. La lumière du soleil descend progressivement sur la façade tournée vers la route, elle atteint derrière la maison l'autre chêne, le pavillon de jardin, les arbres fruitiers et le ruisseau. Elle vient éclairer aussi la cabane qui flanque au nord le pavillon de jardin et dont Margarete voudrait faire un poulailler avec son enclos. Elle aimerait bien être réveillée par le cri du coq.

A part les oiseaux, les matins sont silencieux. Les cloches de l'église du village ne sonnent qu'à sept heures, la grand-route est loin, la ligne de chemin de fer plus loin encore. La coopérative agricole, dont les machines démarraient au petit jour et dont on entendait les vaches beugler dans leurs étables quand le vent soufflait de là, n'existe plus depuis déjà longtemps ; ses étables et ses hangars sont vides, ses champs sont loués et cultivés par une ferme du village suivant. Si les habitants du village ont du travail, ce n'est pas ici ; ils partent le dimanche soir et rentrent le vendredi soir. Le samedi matin et le dimanche matin, ils dorment tard.

20 mars 2009

Gamines – Sylvie Testud

Gamines Fayard – aout 2006 – 301 pages

Présentation de l’éditeur

- Qu'est-ce que tu faisais dans la chambre de maman ?
- J'ai volé une photo. Une toute petite photo.
- Tu lui ressembles tellement, a dit ma sœur.
J'ai mis la photo dans la poche de mon jean. Je me suis assise dessus pendant trente ans.
- La photo est ressortie de ma poche ! J’ai dit à mes sœurs. J'ai vu l'homme de la photo !
- Qui ?
- Celui qui porte le même nom que nous, le même nom que moi. Ce n'est pas une photo, c'est un homme.
J'ai donc un père. Que dois-je faire ? Trente ans que je réponds : " Je n'ai pas de père. Je n'ai qu'une photo. " Devant les mines compatissantes, je réponds depuis trente ans : " Je n'ai pas de père, mais je m'en fiche, c'est comme ça. "

Biographie de l'auteur
Sylvie Testud est comédienne. En 2001, elle a obtenu le César du meilleur espoir féminin pour "Les Blessures assassines" et, en 2004, le César de la meilleure actrice pour "Stupeur et tremblements". Son précédent roman, Le ciel t'aidera, est paru chez Fayard en 2005.

Mon avis : (lu en mars 2007)

Ce roman de Sylvie Testud est un peu autobiographique quoi qu’elle en dise. Il raconte l’histoire de 3 sœurs Corinne 12 ans, Sybille 10 ans et Georgette 8 ans qui sont élevées par leur maman, leur papa étant parti. C’est Sybille qui raconte la vie quotidienne, les bêtises, les disputes mais aussi la solidarité entre elle et ses sœurs. Et l'ombre du "Il" qui plane au-dessus de tout cela. Le père jamais vu dont on ne parle pas. Dans le dernier tiers du livre, on retrouve Sibylle adulte, devenue actrice reconnue et une rencontre pleine d’émotion va avoir lieu avec ce père. Ce récit est plein de tendresse et d’humour. C’est très bien écrit, plein de fraîcheur, les personnages de Sibylle et ses sœurs sont très attachants. J’ai passé un très bon moment avec ce livre.

Extrait : (page 116)
Si ma mère est la seule adulte de cette église à ne pas communier, ce n'est pas parce qu'elle porte de vilaines godasses ; c'est qu'elle n'a plus le droit de manger le corps du Christ. Ma mère n'a pas droit à une hostie. Elle a divorcé. Elle est excommuniée. Voilà que je prends conscience de l'injustice dont un membre de ma famille est victime en plein dans la maison du bon Dieu ! Voilà que je me révolte tout à coup. J'ai dix ans, et je n'aime pas qu'on foute ma mère sur le banc des accusés. Il n'y en a pas d'autres dans cette assistance qui mériterait moins que ma mère ?


Extrait : (page 143)
- C'est qui, ‘il’ ?
C’est vrai, ça... C'est qui ?
'Il', normalement, c'est celui dont on ne parle pas.
Ma mère vient de gober un piment cru, on dirait. Elle est toute rouge, la bouche incendiée, elle a du mal à répondre. Le chef de notre bataillon émerge de la savane grimpante dans notre chambre. Un visage sévère. Un coup d'œil rapide aux deux petites : état d'alerte.
La question ne sera pas reformulée. Réponse ? Le troufion a pris son regard méfiant. La plus petite se place au côté de la commandante.
Silence.

Extrait : (page 169)
- Tu serais contente, toi, si maman se remariait avec lui ?
Oui, avec n'importe qui je serais ravie ! Que le premier qui passe soit béni ! Je lui ouvre mes bras ! Lui ou un autre, je m'en fiche ! Qu'elle se remarie et qu'elle soit des parents comme les autres. Aux anniversaires, je n'aurais plus à danser de slow avec elle. On n'aurait plus besoin de surveiller si elle est triste ou non. Ce ne serait plus notre faute. Ce serait sa faute à lui ! On pourrait l'accuser. Nous, on serait seulement des enfants. On s'en foutrait complètement ! Il saurait sûrement conduire. On se ferait plus klaxonner par les autres voitures. Pour lui, on aurait pas la honte. Le voisin ne nous regarderait plus de la même manière. Kader ne me ferait plus tomber. J'aurais le droit de 'faire le con' ! Les hommes, ils aiment que les enfants fassent les cons ! Je sais aussi bien que mes soeurs que c'est impossible. Notre mère n'aura jamais de mari. Notre mère n'est pas une mère à mari.

Extrait : (page 240)
Mes sous-vêtements sont éparpillés aux quatre coins de la chambre. On pourrait penser que j'ai passé une nuit torride.
J’ai passé une nuit exécrable ! Une nuit à me retourner dans mon lit. Une nuit à allumer et éteindre la loupiote ! Une nuit à chercher le sommeil sans le trouver. Une nuit à me brosser les dents après chaque cigarette, jurant que c'était la dernière.
Cette nuit, je me suis posé toutes les questions que j'ai oublié de me poser. Cette nuit, j'ai admis qu''Il' n'était pas une photo. Cette nuit, je me suis rendu compte que, si je porte son nom, c'est pour une raison : 'Il' est mon père.
J’ai donc un père. Cette découverte que je fais à l'âge de trente-quatre ans est tardive, mais de taille. Que dois-je faire ? Trente-quatre ans que je réponds : 'Je n'ai pas de père.' Devant les mines compatissantes, je réponds depuis trente-quatre ans : 'Je n'ai pas de père, mais je m'en fiche, c'est comme ça.' Affaire réglée, fin de discussion.


3 juin 2009

L’office des vivants – Claudie Gallay

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Éditions du Rouergue – janvier 2001 – 327 pages

Actes Sud – mars 2009 – 224 pages

Présentation de l'éditeur
Dans la maison perdue en haut de la montagne habitent le Père, la Mère, Marc et Simone. Et puis Manue, l'inattendue tombée du ciel une nuit, belle et forte comme une étoile. Derrière le village des Cimes il y a une forêt, pleine d'arbres majestueux et effrayants, et il y a des loups. Le Père travaille un peu, boit beaucoup, et cogne facilement; les enfants poussent telle l'herbe folle. Marc dit que, quand il sera grand, il partira loin, et il emmènera Manue avec lui. Dans un décor intemporel de nature sauvage et fascinante, de misère affective et de violence, l'amour fou d'un grand frère pour sa demi-sœur transcende un quotidien sordide par l'irruption du tragique le plus déchirant. Dès ce premier roman, Claudie Gallay étonne grâce à son style âpre et compassionnel et à un univers très personnel, sombre mais traversé par la recherche de l'espoir, du salut, de la beauté.

Biographie de l'auteur
Née en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. Elle a publié aux éditions du Rouergue L'Office des vivants (2001), Mon amour ma vie (2002), Les années cerises (2004), Seule Venise (2004, prix Folies d'encre et pris du Salon d'Ambronay), Dans l'or du temps (2006) et Les Déferlantes (2008), grand succès public et critique.

Mon avis : (lu en mai 2009)

C’est le premier roman de Claudie Gallay, elle nous décrit avec beaucoup de justesse la misère sociale et intellectuelle d'une famille qui vit dans une ferme isolée en haut de la montagne. Cette histoire est sans âge. Il y a le Père qui travaille peu, boit et est violent. La Mère qui se remet difficilement de la naissance de son troisième enfant mort-né. Marc et Simone sont deux enfants qui s’élèvent seuls : ils sont souvent sales, ils ont des poux et vont à l’école seulement si le temps le permet. Marc aime la forêt et parle aux loups. Simone a un œil en moins. Un jour, Mado, la fille de ferme, dépose devant la porte le bébé que lui a fait le Père : c’est Manue. Dans cette misère, Manue devient le rayon de soleil de Marc, il va aimer cette sœur sans aucune retenue, il va tout faire pour la protéger.

Les personnages sont profondément humains mais aussi dur et parfois presque sauvage. L'histoire est sombre mais si bien écrit avec des phrases courtes, simples.et percutantes que ce livre m’a bouleversé.

Extrait : (page 32)

Il fait nuit. Chez M’mé Coche, les volets sont fermés. Avec la lune, il y a des ombres épaisses sous les arbres.

Marc est à la fenêtre à regarder les éclairs claquer derrière la montagne quand il voit revenir Mado. Elle longe le mur et elle fait le tour parle jardin pour entrer dans la cour.

Le chien est dehors. Quand Mado arrive au puits, il vient la renifler et lui donne sa grosse tête à caresser.

Mado tient un paquet dans les bras. Elle s’approche de la maison, elle hésite un peu et elle pose son paquet sur la marche, juste devant la porte.

Elle reste un moment comme ça à regarder la porte, le paquet et la nuit tout autour. Après, le tonnerre se met à craquer plus fort dans les arbres, d’un coup Marc ne voit plus rien.

Quand la lumière revient, Mado est au chemin, elle court droit devant elle en relevant sa robe. Le paquet est resté devant la porte. La pluie se met à tomber, des grosses gouttes lourdes qui cognent contre les tuiles. Marc accroche les volets et il redescend.

En bas, ça sent bon. La mère est devant le poêle. Elle fait une sauce avec de la farine, des oignons et du vin.

Le Père aiguise son couteau et Simone joue sous la table avec des chiffons.

C’est comme ça dans la maison quand Marc ouvre la porte. Il fait rentrer le froid. La pluie tombe dru, des gouttes serrées qui inondent la cour et font déborder les chenaux. D’un coup, on ne voit plus rien de la lune.

La mère dit : - Dieu du ciel, ferme cette porte!

Il fait nuit dehors mais avec les éclairs, on y voit comme en plein jour. La couverture du paquet est mouillée. Marc se baisse pour voir ce qu’il y a dessous.

Quand il voit, il appelle la Mère.

- Dieu du ciel ! elle dit.

Tout de suite après, le Père est là, et puis Simone.

Après, le bébé se met à pleurer et la Mère le ramasse pour le mettre au chaud. Elle le pose sur la table et ils restent tous autour à regarder.

C’est comme ça qu’elle voit le papier.

Elle le déplie et elle devient très pâle. Le Père lit à son tour et ça fait un grand silence dans la cuisine.

La Mère envoie Marc et Simone jouer dehors. Il pleut tellement que la pluie reste dans la cour. Ils traversent comme ils peuvent et ils vont de mettre à l’abri sous la remise.

Quand ils reviennent, le Père n’est plus là et l Mère fait chauffer du lait.

Marc récupère le papier, il le lit.

Après, il vient vers Simone. Il la touche du coude.

- C’est une fille, elle s’appelle Manue.

On dirait le bébé qui était sur le lit de la Mère et qu’ils ont mis sous le gravier.

Ce n’est pas possible.
Marc dit que si, qu’on appelle cela une résurrection et que si on écoute bien Dieu, ça peut arriver à n’importe qui.
De mourir et de revenir.

Simone n’aime pas l’idée. Elle préfère vivre.

Marc pense que Mado s’occupe des enfants qui ressuscitent. C’est un métier merveilleux. C’est pour ça qu’elle est partie, elle a beaucoup de travail et elle ne peut pas laisser les enfants seuls trop longtemps. C’est pour ça qu’elle a pris l’argent.

Il va le dire à M’mé Coche parce qu’il sait que M’mé Coche aime Dieu. Il lui dit aussi que quand il sera grand, il veut ressusciter les enfants.

15 mai 2009

Déjà 6 mois !

Il y a 6 mois, le 15 novembre 2008, je créais le blog " A propos de Livres... " pour partager avec tous, les découvertes et les émotions que je pouvais ressentir à travers mes lectures.

J'ai été prise par la frénésie de la publication de messages et à ce jour, j'en suis à 188 livres commentés...

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Près de 2000 visiteurs réguliers, occasionnels ou accidentels... Elles ou ils viennent en grande majorité de France (métropolitaine et outre-mer) mais aussi d'Europe, d'Afrique, d'Amérique, d'Asie et d'Océanie. 

Un grand merci à celles et ceux qui participent à la vie de ce blog en laissant des commentaires que je découvre avec beaucoup de plaisirs.

J'ai plus que jamais envie de continuer à LIRE et de continuer à alimenter ce blog...

6 mai 2009

Le nom de la rose – Umberto Eco

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Grasset – 1982 - 549 pages

LGF – mai 2002 – 640 pages

Traduit par Jean-Noël Schifano

Prix Médicis étranger en 1982.

Présentation de l'éditeur
1327, Guillaume de Baskerville, moine franciscain, ex-inquisiteur et représentant du Saint-Empire, se rend dans une abbaye située aux confins de la Provence et de la Ligurie, afin de découvrir comment est mort l’un des moines, retrouvé défenestré.
Commence alors une incroyable enquête, où l’on va de découvertes en découvertes, dans le monde médiéval et monacal où les superstitions, les croyances et l’ignorance ne rendent pas facile la tâche de l’enquêteur.
Un roman admirable, mythique, où se côtoient une trame policière très bien montée et des enseignements précieux sur le monde médiéval.

Auteur : Umberto Eco, né le 5 janvier 1932 à Alexandrie (Alessandria), Piémont (Italie), est l'auteur mondialement connu de nombreux essais universitaires sur la sémiotique, l'esthétique médiévale, la communication de masse, la linguistique et la philosophie. Il est surtout connu du grand public pour ses œuvres romanesques. Titulaire de la chaire de sémiotique et directeur de l'École supérieure des sciences humaines à l'Université de Bologne, il en est professeur émérite depuis 2008. Son premier roman, Le Nom de la rose (1980) connaît un succès mondial avec 16 millions d'exemplaires vendus à ce jour et des traductions en vingt-six langues, son deuxième roman, Le Pendule de Foucault (1988) connaît également un énorme succès.

Mon avis : (lu en 1992)

Ce livre est un roman policier médiéval. Le Nom de la rose est une histoire en sept chapitres, chiffre symbolique qui représente le nombre de jours, de morts et d'étapes de l'enquête.

Nous sommes en 1327, dans une abbaye d'Italie du Nord. Un moine franciscain Guillaume de Baskerville et son jeune second Adso de Melk enquêtent sur une série de meurtres mystérieux qui impliquent l'Église. Les bénédictins y vivant sont mystérieux, l'ambiance du monastère est inquiétante. Umberto Eco n'est pas seulement un romancier, c'est surtout un érudit. Il entraîne le lecteur dans une histoire originale en huit-clos dans un monastère qui nous entraîne dans un aventure à la fois philosophique et policière avec un rythme effréné, le tout enveloppé de mystères. Certains passages sont en latin (non traduits !), cela semble surprenant, mais on comprendra mieux l'utilité au moment du dénouement. Le livre est très richement documenté. Et cela m'a passionnée.

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Une adaptation de ce livre a été réalisé en 1986 par Jean-Jacques Annaud avec Sean Connery, Michael Lonsdale, Christian Slater, Valentina Vargas. Le réalisateur n'a retenu que l'ambiance, les personnages et le fil conducteur du roman, et malgré cela le film est très bon.

Si vous avez aimé le film, je vous invite vraiment à lire le livre.

Extrait : "Telle était la situation quand – déjà novice bénédictin au monastère de Melk -je fus arraché à la tranquillité du cloître par mon père, qui se battait dans la suite de Louis, non le moindre d'entre ses barons, et qui trouva sage de m'emmener avec lui pour que je connusse les merveilles d'Italie et fusse présent quand l'empereur serait couronné à Rome. Mais le siège de Pise l'absorba tout entier dans des préoccupations militaires. J'en tirai avantage en circulant, mi par oisiveté, mi par désir d'apprendre, dans les villes de la Toscane, mais cette vie libre et sans règle ne seyait point, pensèrent mes parents, à un adolescent voué à la vie contemplative. Et suivant le conseil de Marsile, qui s'était pris d'affection pour moi, ils décidèrent de me placer auprès d'un docte franciscain, frère Guillaume de Baskerville ; ce dernier allait entreprendre une mission qui devait le conduire jusqu'à des villes célèbres et des abbayes très anciennes. C'est ainsi que je devins son secrétaire en même temps que son disciple ; je n'eus pas à m'en repentir car je fus avec lui le témoin d'événements dignes d'être consignés, tel qu'à présent je le fais, et confiés à la mémoire de ceux qui viendront après moi.

Alors je ne savais pas ce que frère Guillaume cherchait, et à vrai dire je ne le sais toujours pas aujourd'hui, et je présume que lui-même ne le savait pas, mû qu'il était par l'unique désir de la vérité, et par le soupçon – que je lui vis toujours nourrir- que la vérité n'était pas ce qu'elle lui paraissait dans le moment présent. Et, en ces années-là, il était sans doute distrait de ses chères études par les devoirs impérieux du siècle. La mission dont Guillaume était chargé me restera inconnue tout au long du voyage, autrement dit il ne m'en parla pas. Ce fut plutôt en écoutant des bribes de conversations, qu'il eut avec les abbés des monastères où au fur et à mesure nous nous arrêtâmes, que je me fis quelque idée sur la nature de sa tâche. Cependant je ne la compris pas pleinement tant que nous ne parvînmes pas à notre but, comme je le dirai ensuite. Nous avions pris la direction du septentrion, mais notre voyage ne suivit pas une ligne droite et nous nous arrêtâmes dans plusieurs abbayes. Il arriva ainsi que nous virâmes vers l'occident tandis que notre destination dernière se trouvait à l'orient, comme pour longer la ligne montueuse qui depuis Pise mène dans la direction des chemins de saint Jacques, en faisant halte sur une terre que les terribles événements qui s'y passèrent me dissuadent de mieux identifier, mais dont les seigneurs étaient fidèles à l'empire et où les abbés de notre ordre d'un commun accord s'opposaient au pape hérétique et corrompu. Notre voyage dura deux semaines entrecoupées de moult vicissitudes, et dans ce laps de temps j'eus la possibilité de connaître (pas suffisamment, loin de là, comme j'en suis toujours convaincu) mon nouveau maître."

30 décembre 2008

Une épouse presque parfaite - Laurie Colwin

Une_epouse_presque_parfaite Editions Autrement – janv 2004 - 310 pages

Mot de l'éditeur

On ne peut pas faire plaisir à tout le monde. Quant on aime sa famille, son mari, ses enfants et son amant, il y a parfois des conflits intérieurs qui empêchent de dormir. Si, en plus, comme Polly Solo-Miller, on descend d’une famille ultra-conservatrice de la côte Est des Etats-Unis dont les conceptions du sportswear s’arrêtent aux robes à smocks et celles de la vie de couple à un silence tendre et compréhensif, une famille où prénoms et professions se transmettent comme des virus de génération en génération, l’apparition d’un amant dans ce décor de carte postale devient un événement tout aussi dramatique que la conquête de l’Ouest ou la Révolution française.

Dora est femme torturée entre son amant et son mari. Le poids de la morale et de la famille pèse sur elle et sur sa vie entière. On lit ce livre pour découvrir les états d'âme de l'héroïne et pour savoir comment elle va réussir à faire bouger sa vie.

Une belle histoire d'une femme mariée qui remet sa vie, son quotidien en cause pour enfin se sentir exister pour elle même. A lire

Auteur : Laurie Colwin - Romancière américaine née en 1944 - décédée à Manhattan Octobre 1992. Laurie Colwin est new-yorkaise, elle publie sa première nouvelle dans le New-Yorker alors qu'elle n'a que vingt-quatre ans. En une trentaine d'années, elle publiera aussi bien des recettes de cuisine que des romans ou des recueils de nouvelles. Femme aux dons et aux intérêts multiples, elle a traduit Isaac Bashevis Singer, a été chroniqueuse gastronomique et a travaillé dans l'édition. Laurie Colwin est très célèbre aux Etats-Unis, où les américains l'ont adulée tant pour son style littéraire que pour son humour haut en couleurs. Les Français ont dû attendre 1999 pour que 'Franck et Billy' soit traduit, mais l'engouement de la presse et le bouche à oreille favorable ne vont pas tarder à faire d'elle une auteur culte outre-Atlantique.

Mon avis : C'est l'analyse des sentiments et d'un milieu social à travers une histoire simple,celle d'un adultère, qui décrit finement les sentiments d'une femme enfermée dans une éducation bourgeoise américaine, et dont elle va se libérer au fil de sa liaison . J'ai lu avec plaisir cette histoire. On lit ce livre pour découvrir les états d'âme de l'héroïne et pour savoir comment elle va réussir à faire bouger sa vie.

Extraits : « Polly se demanda si les autres femmes connaissaient aussi bien le dos de leurs maris. Quand elle pensait à Henry, elle se le représentait assis derrière son bureau, tard le soir, penché sur un gros tas de papiers. Elle voyait qu’il prenait des notes, et il ne se retourna pas pour l’embrasser. Au lieu de cela, elle mit son bras autour de son épaule et lui embrassa le cou.
Il la carressa distraitement.
- Je me sens si seule, dit-elle.
- Moi aussi, dit Henry. Viens, on va faire la vinaigrette. »

« Au supermarché, Polly se sermonna. Les gens qui faisaient leurs courses le dimanche étaient des gens qui avaient laissé la situation leur échapper, qui ne faisaient pas attention aux détails, qui se laissaient dériver. Il y avaient réellement des gens qui achetaient leurs légumes au supermarché - Polly ne croyait pas que l'on put trouver quelque chose de vraiment frais dans un supermarché. Il y avait des gens qui ne prévoyaient pas le nombre de repas à préparer ou le nombre de personnes à table, qui n'étaient pas assez généreux, économes ou sûrs d'eux pour acheter le superflu. Faire les courses au supermachés indiquait que la maison était mal tenue. Comment ces gens pouvaient-ils reconnaître ainsi publiquement leurs fautes? Seule une chose vraiment terrible, comme un décès ou une liaison, devrait empêcher quelqu'un de bien faire. Polly regarda autour d'elle. Tous ces gens avec un caddie plein avaient-ils une liaison ? »

11 mars 2009

Seul dans le noir - Paul Auster

Seul_dans_le_noir Actes Sud – janvier 2009 – 324 pages

traduit de l'américain Christine Le Boeuf

Présentation de l'éditeur
"Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m'efforçant de venir à bout d'une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain." Ainsi commence le récit d'August Brill, critique littéraire à la retraite, qui, contraint à l'immobilité par un accident de voiture, s'est installé dans le Vermont, chez sa fille Miriam, laquelle ne parvient pas à guérir de la blessure que lui a infligée un divorce pourtant déjà vieux de cinq ans, et qui vient de recueillir sa propre fille, Katya, anéantie par la mort en Irak, dans des conditions atroces, d'un jeune homme avec lequel elle avait rompu, précipitant ainsi, croit-elle, le départ de ce dernier pour Bagdad... Pour échapper aux inquiétudes du présent et au poids des souvenirs, peu glorieux, qui l'assaillent dans cette maison des âmes en peine, Brill se réfugie dans des fictions diverses dont il agrémente ses innombrables insomnies. Cette nuit-là, il met en scène un monde parallèle où le 11 Septembre n'aurait pas eu lieu et où l'Amérique ne serait pas en guerre contre l'Irak mais en proie à une impitoyable guerre civile. Or, tandis que la nuit avance, imagination et réalité en viennent peu à peu à s'interpénétrer comme pour se lire et se dire l'une l'autre, pour interroger la responsabilité de l'individu vis-à-vis de sa propre existence comme vis-à-vis de l'Histoire. En plaçant ici la guerre à l'origine d'une perturbation capable d'inventer la "catastrophe" d'une fiction qui abolit les lois de la causalité, Paul Auster établit, dans cette puissante allégorie, un lien entre les désarrois de la conscience américaine contemporaine et l'infatigable et fécond questionnement qu'il poursuit quant à l'étrangeté des chemins qu'emprunte, pour advenir, l'invention romanesque.

Auteur : Né à Newark, New Jersey le 03 février 1947, figure centrale de la scène culturelle new-yorkaise, Paul Auster commence à écrire des l'âge de 13 ans pour s'imposer vingt plus tard comme une référence de la littérature post-moderne. Diplômé en arts, il se rend à Paris dans les années 1970 où il se plonge dans la littérature européenne et gagne sa vie en traduisant Sartre, Simenon ou Mallarmé. Cette expérience aura une influence considérable sur l'œuvre du jeune écrivain parfois qualifié de 'plus français des écrivains américains'. Son premier ouvrage majeure est une autobiographie, 'L' invention de la solitude', écrite aussitôt après la mort de son père. Devenu célèbre grâce à la fameuse 'Trilogie américaine' et au roman 'Moon Palace', l'écrivain y déploie ses thèmes de prédilections : le rapport en fiction et réalité, la solitude, ou en encore la quête d'identité. Auster écrit également pour le cinéma : on lui doit par exemple l'écriture du scénario de 'Smoke' en 1995 et la réalisation d'un film en 2006, adaptation de son roman 'La Vie intérieure de Martin Frost'. Écrivain aux influences multiples, juives, européennes et bien sûr américaines, Paul Auster a su conquérir le monde entier par on œuvre dense et profonde.

Mon avis : (lu en mars 2009)

C’est le premier livre que je lis de cet auteur et je me suis laissé embarquer par l’histoire et l’imagination de l’auteur. J’ai eu l’occasion de voir la présentation de son livre dans l’émission de La Grande Librairie de France 5 et l’auteur m’avait fait une très bonne impression (déjà, il parlait vraiment bien le français…)

L'auteur nous raconte les pensées d'un homme immobilisé dans son lit, durant une nuit d'insomnie. Il y a plusieurs histoires dans ce livre et l'auteur passe facilement d’une histoire à une autre et c’est parfois un peu déroutant pour le lecteur… Mais  Paul Auster est un conteur formidable avec une imagination débordante. Il aime la magie et la trouve dans le quotidien, il nous force aussi à réfléchir sur nous-mêmes et notre monde.

Il nous parle cinéma (*), il nous décrit avec beaucoup de sensibilité les rapports père, fille, petite-fille, il nous parle de la souffrance et des remords. 

Il faudra que je prenne le temps de lire d’autres de ses livres.

(*) films cités dans le livre :

La Grande Illusion (film français réalisé par Jean Renoir - 1937)

Le Voleur de bicyclette (film italien Réalisé par Vittorio De Sica - 1949)

Le monde d’Apu (film indien réalisé par Satyajit Ray – 1959)

Voyage à Tokyo (film japonais réalisé par Yasujiro Ozu - 1953)

Extrait : (page 56)
J'éteins, et me revoilà dans le noir, enfoui dans cette obscurité sans limite, si apaisante. Quelque part, au loin, j'entends passer un camion qui roule sur une route de campagne déserte. J'écoute l'air qui entre et sort de mes narines. D'après la pendulette sur ma table de nuit, que j'ai consultée avant d'éteindre, il est minuit vingt. Des heures et des heures jusqu'à l'aube, j'ai encore devant moi le plus gros de la nuit... Ca lui était bien égal, à Hawthorne. Si le Sud voulait faire sécession, disait-il, qu'on le laisse faire et bon débarras. Mystérieux, meurtri, ce monde étrange continue de tourner tandis que la guerre flambe tout autour de nous : bras tranchés en Afrique, têtes tranchées en Irak et, dans ma tête à moi, cette autre guerre, une guerre imaginaire, chez nous, l'Amérique brisée, la noble expérience finissant par mourir.

Extrait : (page 75)
Il n'y a pas qu'une seule réalité, caporal. Il existe plusieurs réalités. Il n'y pas qu'un seul monde. Il y en a plusieurs, et ils existent tous parallèlement les uns aux autres, mondes et antimondes, mondes et mondes fantômes, et chacun d'entre eux est rêvé ou imaginé ou écrit par un habitant d'un autre monde. Chaque monde est la création d'un esprit.
Voilà que vous parlez comme Tobak. Il prétendait que la guerre se déroulait dans la tête d'un homme et que si cet homme était éliminé la guerre s'arrêterait. C'est bien la chose la plus insensée que j'aie jamais entendue.
Tobak n'est sans doute pas le soldat le plus intelligent de l'armée, mais il disait vrai.
Si vous voulez que je croie une chose aussi absurde, il faudrait commencer par m'en donner une preuve.

Extrait : (page 122)
Faut-il que cela finisse ainsi ? Oui, sans doute, oui, même s'il ne serait pas difficile d'imaginer un dénouement moins brutal. Mais à quoi bon ? Mon sujet, cette nuit, c'est la guerre et, maintenant que la guerre a pénétré dans cette maison, il me semble que j'insulterais Titus et Katya si j'amortissais le coup. Paix sur la terre, bonne volonté envers les hommes. Fiel sur la terre, bonne volonté envers personne. Nous voici au cœur des choses, au cœur obscur de la nuit noire, encore quatre bonnes heures à tirer et tout espoir de dormir totalement anéanti. La seule solution, c'est d'abandonner Brick, de m'assurer qu'il aura un enterrement convenable, et d'inventer une autre histoire. Quelque chose de terre-à-terre, cette fois, qui fasse contrepoids à la machine fantastique que je viens de fabriquer. Giordano Bruno et la théorie des mondes multiples. Matière à provocation, certes, mais d'autres pierres, aussi, méritent qu'on les déterre.

26 décembre 2008

INTO THE WILD voyage au bout de la solitude - KRAKAUER Jon

into_the_wild Presses de la Cité - novembre 2007 – 248 pages

Présentation de l'éditeur
Il avait renoncé au rêve américain. Pour vivre une aventure extrême. En 1992, le cadavre d'un jeune homme est découvert dans un bus abandonné en Alaska, au pied du mont Mckinley, loin de tout lieu habité. Fils de bonne famille, Chris McCandless aurait dû en toute logique devenir un américain bien tranquille à l'avenir sans surprise. Mais, dès l'obtention de son diplôme universitaire, il décide de partir à l'aventure. Après avoir fait don de ses économies à une œuvre humanitaire, il entame son périple sous un nom d'emprunt avec sa vieille voiture, qu'il abandonnera un peu plus tard. Il sillonne le sud des Etats-Unis, subsistant grâce à de menus travaux, avant de réaliser son grand projet: s'installer au cœur de l'Alaska, seul, en communion avec la nature. Mais on ne s'improvise pas trappeur, ni homme des bois... Ce parcours dramatique d'un jeune homme qui a voulu vivre jusqu'au bout son impossible idéal est retracé par Jon Krakauer, l'auteur du best-seller tragédie à l'Everest. Livre-culte dans le monde entier, Into the Wild a d'emblée fasciné Sean Penn, qui en a réalisé une adaptation cinématographique applaudie par la critique américaine.

Mon avis : (lu en septembre 2008)

Ce livre est un voyage pendant lequel on navigue entre l'admiration, le rêve, mais aussi l'incompréhension voire la colère. Ce livre a été conçu par l'auteur comme une sorte de reportage, le style d'écriture très journalistique. Krakauer a tenté de retracer le parcours de Chris, à travers les cartes postales qu'il a écrites, les boulots qu'il a fait et les traces qu'il a laissé en cours de route. Le récit est rempli d'extraits de livres retrouvés dans les affaires de Chris dont des passages ont été soulignés par ses soins, d'extraits de ses écrits et de journaux.
Une partie du livre m'a semblé un peu longue et moins intéressante : c'est celle où il est question d'autres voyageurs, dont l'auteur. Les dernières pages qui concernent sa mort sont troublantes et émouvantes.

23 novembre 2008

Baguettes chinoises – Xinran

Baguettes_chinoise traduction du chinois par Prune Cornet

Editions Philippe Picquier - janvier 2008 – 341 pages

Mot de l'éditeur

Après Chinoises et Funérailles célestes , Xinran revient avec l’histoire de trois sœurs qui, comme beaucoup d’autres femmes et hommes aujourd’hui en Chine, quittent leur village pour chercher fortune dans la grande ville. Sœurs Trois, Cinq et Six n’ont guère fait d’études, mais il y a une chose qu’on leur a apprise  : leur mère est une ratée car elle n’a pas enfanté de fils, et elles-mêmes ne méritent qu’un numéro pour prénom. Les femmes, leur dit leur père, sont comme des baguettes  : utilitaires et jetables. Les hommes, eux, sont les poutres solides qui soutiennent le toit d’une maison. Mais quand les trois sœurs quittent leur foyer pour chercher du travail dans la lointaine Nanjing, leurs yeux s’ouvrent à un monde totalement nouveau  : les buildings qui poussent aussi vite que les forêts de bambous, le trafic automobile, la liberté de mœurs et la sophistication des habitants, les anciens palais et les plaisirs culinaires – et les conditions de travail. Trois, Cinq et Six vont faire la preuve de leur détermination et de leurs talents, et quand l’argent va arriver au village, leur père sera enfin obligé de réviser sa vision du monde.«   J’ai été frappée par la volonté et la confiance en elles de ces femmes qui se font une place loin de leur village et leur famille, dit Xinran. Parmi toutes celles que j’ai rencontrées, ces trois femmes sont particulièrement chères à mon cœur, et leur destin résume celui de beaucoup d’autres semblables. » Baguettes chinoises ne raconte pas seulement une histoire humaine, lumineuse et émouvante, mais livre aussi le portrait d’une ville et d’une Chine en plein changement.

L'auteur : Xinran est née en 1958 à Pékin. Elle a été journaliste et a animé une émission de radio qui l'a rendue célèbre en Chine, où elle recueillait sans tabou les confidences des femmes. Son premier livre, Chinoises, et le suivant, Funérailles célestes, sont issus de cette expérience et l'ont fait connaître dans le monde entier. Depuis 1997, Xinran vit à Londres. Elle publie une colonne bimensuelle dans The Guardian sur les questions relatives à la Chine et tient le rôle de conseiller aux relations avec la Chine pour de grandes corporations comme la BBC.

Mon avis : 5/5 (lu en mars 2008)

« Les baguettes », c'est surnom qu'on donne aux petites filles, dans la province de l’Anhui, en Chine rurale et profonde. On l’oppose aux « poutres », les enfants mâles que tout homme marié doit engendrer pour ne pas voir sa lignée s’éteindre. Le père de nos héroïnes n’a pas eu cette « chance » : il n’a eu que des filles, qu’il s’est contenté de nommer par ordre d’apparition avec un chiffre. Il décide de les marier de façon à arranger ses affaires. Fiancée au fils infirme d’un puissant local, Trois est la première à s’enfuir pour Nankin, la grande ville. Avec l'aide de sympathiques autochtones, dont une « dame Tofu » des plus folkloriques, Trois va très vite s’épanouir et trouver du travail au restaurant « l’imbécile heureux », où ses compositions légumières fascinent les citadins. Et lorsqu’elle revient dans son village, chargée de billets, son père la considère d’un autre œil… au point de laisser deux de ses sœurs la suivre. Elles aussi vont trouver leurs voies.

J'ai beaucoup aimé ce livre qui nous explique bien les conditions de la femme en Chine. On voit l'opposition de la campagne et de la ville moderne (Nankin). On est admirative devant la volonté de s'en sortir de ses femmes venant de la Chine rurale et profonde. Elles sont travailleuses.

Extrait : « J’ai été frappée par la volonté et la confiance en elles de ces femmes qui se font une place loin de leur village et leur famille. Parmi toutes celles que j’ai rencontrées, ces trois femmes sont particulièrement chères à mon cœur, et leur destin résume celui de beaucoup d’autres semblables. »

22 novembre 2008

Le mec de la tombe d'à côté - Katarina MAZETTI

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Traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus

Gaïa Edition – Juin 2006 - 254 pages

Actes Sud - mars 2009 - 253 pages

Résumé : Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire de métier, et citadine pragmatique, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance. Au cimetière, elle rencontre le mec de la tombe d'à côté, dont l'apparence l'agace autant que la tombe avec sa stèle tape-à-l'œil. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s'en sort comme il peut, de façon assez rustique, et grâce à une bonne dose d'humour et d'autodérision. Chaque fois qu'il la rencontre, il s'énerve contre la "Crevette" qui occupe le banc au cimetière avec lui, avec son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie. Rien, a priori, ne rapproche ces deux-là, et pourtant, il suffira d'un sourire qui éclate simultanément sur leurs lèvres, pour qu'ils soient tous deux éblouis. C'est le début d'une histoire d'amour assez cocasse. Ils sont tout le contraire l'un de l'autre. Elle ne sait pas cuisiner, il lit tout au plus un livre par an. Elle veut aller à l'opéra, lui doit traire les vaches. Il traîne avec lui une odeur d'étable, elle vit dans un appartement aseptisé. Mais leur passion amoureuse est sans bornes. Roman d'amour drôle, tendre, à l'humour décapant, Le mec de la tombe d'à côté touche pourtant là où ça fait mal : ce fossé qui sépare les catégories sociales. On ne peut plus contemporain…

Auteur : Née en 1944, Katarina Mazetti est journaliste à la Radio Suédoise. Auteur de livres pour la jeunesse et de romans pour adultes, elle rencontre un succès phénoménal avec Le mec de la tombe d'à côté, vendu à plus de 450 000 exemplaires, dans un pays de 9 millions d'habitants !

Mon avis : (lu en septembre 2006)

C'est la rencontre improbable de 2 héros si différents et si bien décrits : Désirée la bibliothécaire, veuve, habitant la ville, aimant l’opéra et Benny l’agriculteur, orphelin, aimant son tracteur et ses vaches…Tout les oppose et pourtant ils vont s’aimer.

L’écriture est géniale : un chapitre sur deux c’est la vision de Désirée (la bibliothécaire), puis c’est le récit de Benny l’agriculteur.

Il y a beaucoup d’humour mais également une analyse pointue de la société moderne. C'est la confrontation des oppositions féminin et masculin, ville et campagne, intellectuelle et manuel...

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre.

Extrait du livre :
Putain, je ne peux pas la blairer, je ne peux vraiment pas la blairer !

Pourquoi elle est tout le temps assise là ?

J'avais l'habitude de me poser un moment sur le banc après l'entretien de la tombe pour reprendre le fil de mes pensées. J'essayais de trouver un petit bout de ficelle auquel m'accrocher et qui me permettrait d'avancer encore un jour, ou deux. À la ferme, quand je cavale entre tout ce qu'il y a à faire, je n'arrive pas à penser. Si je ne me concentre pas sur ce que j'ai en mains, inévitablement arrive une mini-catastrophe qui me donne un jour de travail supplémentaire. Je plante le tracteur sur un rocher et l'essieu arrière pète. Une vache s'abîme un trayon parce que j'ai oublié d'attacher son protège-pis.

Me rendre sur la tombe est mon seul bol d'air, mais même là, j'ai du mal à me dire que j'ai le droit de faire une pause et de simplement penser. Il me faut d'abord biner et planter et m'activer, avant de m'autoriser à m'asseoir.

Et alors je la trouve assise là.

Décolorée comme une vieille photo couleur qui a trôné dans une vitrine pendant des années.

29 décembre 2008

La réserve – Russell Banks

la_r_serve Actes Sud - février 2008 – 379 pages

Présentation de l'éditeur
Quand en juillet 1936 le peintre Jordan Groves rencontre pour la première fois Vanessa Cole, lors d'une soirée donnée par le célèbre neurochirurgien new-yorkais dont elle est la fille adoptive, dans son luxueux chalet construit dans "la Réserve", en bordure d'un lac des Adirondacks, il ignore qu'il vient de franchir, sans espoir de retour, la ligne qui sépare les séductions de la comédie sociale et les ténèbres d'une histoire familiale pleine de bruit et de fureur. Très loin de là, en Europe, l'Histoire est en train de prendre un tour qui va bientôt mettre en péril l'équilibre du monde. Déjà, certains intellectuels et des écrivains, tels Ernest Hemingway ou John Dos Passos, un ami de Jordan Groves, ont rejoint l'Espagne de la guerre civile afin de combattre aux côtés des républicains. Si attaché qu'il soit à sa femme et à ses deux jeunes garçons, ou aux impératifs d'une carrière artistique déjà brillamment entamée, Jordan ne peut longtemps se soustraire à l'irrésistible attraction qu'exerce sur lui la sulfureuse Vanessa Cole, personnalité troublante et troublée, prétendument victime, dans son enfance, d'agissements pervers de la part de ses insoupçonnables parents. Au sein du cadre majestueux et sauvage d'une nature préservée pour le seul bénéfice de quelques notables de la société new-yorkaise, les feux d'artifice célébrant la fête de l'Indépendance ont éclaté dans le même ciel que traverse, de l'Allemagne à l'Amérique, le zeppelin Hindenburg bardé de croix gammées et d'où s'abattront aussi les bombes qui vont détruire Guernica... Sur les rives du lac, Jordan Groves et Vanessa Cole s'approchent l'un de l'autre, l'avenir du premier déjà confisqué par le passé de la seconde, pour explorer leurs nuits personnelles dont l'ombre s'étend sur chacun de ceux qui les côtoient.

Biographie de l'auteur
Russell Banks est un écrivain américain né le 28 mars 1940 dans le Massachusetts. Il a passé son enfance dans le New Hampshire dans un milieu extrêmement modeste. Après des études à l’université il voyage, passe même quelque temps en Jamaïque. Il a écrit des romans, des nouvelles et de la poésie. Son œuvre a été traduite en vingt langues. Il enseigne actuellement la littérature contemporaine à Princeton. Depuis 1998 il est membre de l’Académie américaine des Arts et Lettres.

Ses écrits sont parcourus par deux grand thèmes : la recherche de la figure paternelle et la description du monde des petites gens croulant sous le poids d’une vie quotidienne dure et pauvre ou de la tragédie. Son dernier roman. American Darling (2005) a connu un immense succès.

Mon avis : (lu en mai 2008)

C'est le premier livre que je lis de cet auteur. J'ai bien aimé les descriptions grandioses des paysages. J'ai trouvé le livre un peu long à lire cependant.

Extrait :

« Le lendemain, après une matinée de travail bien remplie dans son atelier, Jordan Groves décida, autour de midi, de se rendre en voiture au village pour aller chercher le courrier et les journaux ; peut-être déjeunerait-il au Moose Head, à Sam Dent. Il n'était pas d'humeur particulièrement sociable, il avait juste envie d'un peu de solitude en public, d'un pain de viande et d'une bouteille de bière froide. Il n'aurait pas le loisir de traîner : Alicia était occupée au jardinage et, si le ciel se dégageait, elle projetait d'emmener les garçons nager aux chutes. Elle aurait donc besoin de la voiture. Il envisagea un instant de prendre le camion, ce qui lui donnerait la liberté de choisir l'heure de son retour, puis il y renonça. » (p.101)

« Pendant la nuit, le vent noircit, et comme il venait du nord il chassa la fumée vers le sud, dans la Réserve. Il l'éloigna du village de Turnbridge et du club Tamarack, la poussa dans les profondeurs des vallées boisées, lui fit remonter les flancs abrupts du massif méridional du Great Range dont elle franchit les sommets avant d'atteindre les terres agricoles vallonnées et les villages où elle finit par se dissiper en brume qui s'éleva dans le ciel obscur sans avoir été repérée par aucun être humain à l'intérieur ou à l'extérieur de la Réserve, devenant ainsi une réalité connue des seuls animaux, mammifères ou oiseaux de la Réserve - les cerfs, les ours, les coyotes, les lynx et les pékans, les renards, les visons, les hirondelles, les faucons, les aigles ou les corbeaux sur les cimes rocheuses, et, sur les lacs et dans les torrents froids qui s'y déversaient, les castors et les plongeons, les oies du Canada encore là. »(p. 355)

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