le_bestial_serviteur Denoël – juin 2007 – 309 pages

Anne Colin du Terrail (Traduction)

Résumé : À l'approche de la cinquantaine, le pasteur Oskari Huuskonen traverse une mauvaise passe. Son mariage bat de l'aile, sa foi vacille, ses prêches peu conformes aux canons de l'Église lui attirent les foudres de ses supérieurs, et ses paroissiens, tous plus déjantés les uns que les autres, lui causent bien du souci. Comme si cela ne suffisait pas, le conseil paroissial décide de lui offrir pour son anniversaire un cadeau empoisonné : un ourson qui vient de perdre sa mère, spectaculairement morte par électrocution au sommet d'un pylône à haute tension. Mais Huuskonen s'attache peu à peu à l'ourson et pousse la sollicitude jusqu'à lui construire pour l'hiver une tanière dans laquelle il finit par le rejoindre, en compagnie d'une charmante biologiste venue étudier les mœurs de l'animal. Ayant retrouvé la foi au contact du pasteur, la biologiste, Sonia, s'éloigne de lui, ce qui n'empêche pas l'épouse de Huuskonen de demander le divorce. L'évêque, de son côté, lassé des bizarreries du pasteur, le met d'office en congé. Huuskonen, ruiné par son divorce, privé de domicile et d'emploi, part à l'aventure avec son ours. Un long périple qui les mènera d'Odessa à Syracuse, de Malte à Southampton, en quête d'un sens à leur existence.

Biographie de l'auteur
Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. successivement bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l'auteur d'une trentaine de livres, pour la plupart traduits en français et publiés chez Denoël où ils ont toujours rencontré un grand succès. Citons entre autres Le Meunier hurlant, Le Lièvre de Vatanen, Petits suicides entre amis ou encore Un homme heureux.

Mon avis : (lu en juillet 2007)

Le Bestial Serviteur du prêtre Huuskonen réuni tous les ingrédients d'un grand cru Paasilinna : un prêtre dépressif, un village finnois au bord de la crise de nerfs et un ours débarqué de nulle part qui va changer la vie du héros et l'entraîner vers une aventure inoubliable. Le rythme du début est vraiment bien mais au bout d’un moment cela tourne en rond. Un peu long. Malgré tout, il y a toujours beaucoup d’humour et des situations cocasses et décalées.

Extrait : (page 22) À cet instant du discours du pasteur, un pilier de bistrot à demi soûl entra en courant dans l’église. Alors qu’il se promenait sur la route, au sortir de l’estaminet local, il venait d’être témoin d’une scène atroce, la mort de l’organisatrice de banquets Astrid Sahari et d’une ourse, au sommet d’un pylône électrique. L’ivrogne beugla : « Arrêtez tout ! L’Astrid a grimpé avec une ourse sur un poteau de la ligne à haute tension ! Elles sont mortes toutes les deux ! Grillées ! »

La cérémonie nuptiale s’interrompit dans un désordre indescriptible, aggravé par l’agent de maintenance des services publics communaux, Rainer Hyhkönen, qui avait lui aussi couru de toute la vitesse de ses jambes à l’église. Sur le seuil, il cria d’une voix forte qu’on avait besoin d’urgence dans la cave de l’hôpital de l’aide d’un costaud, il fallait mettre en marche le diesel qui, en cas de coupure de courant, faisait tourner le groupe électrogène. Il n’y avait pas un instant à perdre, un patient sous oxygène luttait contre la mort. « Il faut le démarrer à la manivelle, la batterie est à plat, je ne peux pas faire ça tout seul. »

Le pasteur Oskar Huuskonen dut se résoudre à annoncer aux paroissiens que la cérémonie était suspendue, mais reprendrait à une heure qui serait indiquée plus tard, de préférence dès que la catastrophe serait jugulée. Le futur marié en tête, la foule se rua hors de l’église sans écouter la fin de ses propos. La malheureuse fiancée s’effondra sur un banc, serrant dans ses mains tremblantes son bouquet composé des plus belles fleurs des champs de ce début d’été. Des larmes brillaient dans les yeux timides de la pauvre femme abandonnée.

Au triple galop, Oskar Huuskonen partit avec Hyhkönen en direction de la cave du service hospitalier du centre médical. En passant devant la station électrique, il vit sur le pylône à haute tension deux silhouettes fumantes dont il était difficile de savoir qui était l’organisatrice de banquets, et qui l’ourse.

Ce n’était pas le moment de rester à méditer sur la question, il fallait courir mettre le diesel en marche afin de fournir du courant au respirateur et sauver la vie du malade.

Dans la cave, Huuskonen tourna la manivelle du diesel à la force du poignet tandis que l’agent de maintenance réglait les compteurs ; le moteur toussa et s’alluma, un courant salvateur circula dans le réseau électrique de l’hôpital, le respirateur se réactiva et l’on put remettre son masque à oxygène à l’inséminateur retraité moribond Yrjänä Tisuri. L’infirmière en nage alla s’écrouler dans la salle de repos, les mains crispées sur la poitrine. « Le métier de soignant est parfois rude », haleta-t-elle.

Le pasteur Oskar Huuskonen repartit vers l’église. Les abords de la station électrique grouillaient de monde. Les corps de l’organisatrice de banquets et de l’ourse avaient été descendus du pylône à haute tension par la grande échelle des pompiers. Astrid Sahari avait été recouverte d’une couverture, mais le cadavre de l’animal gisait tel quel sur la pelouse. Il flottait dans les airs une odeur de viande brûlée.

On avait trouvé dans un sapin voisin deux oursons apeurés que l’on avait attrapés et enfermés dans la resserre. Il y régnait un désordre épouvantable, signe certain que des courtes queues s’en étaient donné à cœur joie.

Tout le village était sens dessus dessous. On racontait aussi que le fiancé, Hannes Loimukivi, avait profité du chaos pour s’éclipser en douce. Pendant que sa promise en pleurs l’attendait à l’église, il avait pris la fuite.

Le pasteur Oskar Huuskonen ne se déclara pas vaincu. Il réunit une patrouille d’une demi-douzaine d’hommes afin de rattraper le fiancé évadé. On ne le trouva bien sûr pas chez lui, ni au bistrot. On fouilla les maisons les plus proches, ainsi que celles de ses amis, jusque dans les placards et sous les lits, mais sans résultat. Quelqu’un finit par suggérer que Loimukivi avait pu filer au chalet de la société de chasse, au bord du lac de Nummenpää, vu qu’il en était vice-président et ne courait pas seulement les femmes, mais aussi le gibier. C’est là qu’on le trouva : il était monté dans le grenier du sauna, où il pensait être bien caché. On le fit descendre de là sans ménagement, et le pasteur Huuskonen l’entraîna à l’écart pour une petite conversation en tête-à-tête.