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A propos de livres...
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16 octobre 2010

Green River – Tim Willocks

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Pocket – octobre 1997 – 416 pages

Sonatine – avril 2010 – 410 pages

traduit de l'anglais par Pierre Grandjouan

Quatrième de couverture :
Green River, un pénitencier de sécurité maximale au Texas. Un univers sans pitié où le silence n'existe pas, l'obscurité non plus. Un véritable enfer, entre tensions raciales et violences quotidiennes, dans lequel vivent cinq cents âmes perdues. C'est ici que Ray Klein, ancien médecin, purge sa peine. Alors que sa libération approche, une émeute éclate dans la prison. Au milieu du chaos et de l'anarchie, Ray, qui est tombé amoureux de Juliette Devlin, psychiatre judiciaire, va tout mettre en œuvre pour sauver la jeune femme séquestrée avec ses patients dans l'infirmerie. Avec ce huis clos impitoyable peuplé de figures effrayantes, depuis John Campbell Hobbes, directeur de prison psychorigide, jusqu'à Henry Abbott, meurtrier schizophrène, Tim Willocks nous offre un portrait terrifiant de la vie carcérale. Il nous donne surtout un thriller prodigieux, au rythme haletant et au suspens oppressant.

Auteur : Tim Willocks est né en 1957. Grand maître d'arts martiaux, il est aussi chirurgien, psychiatre, producteur et écrivain. Scénariste, il a travaillé avec Steven Spielberg et Michael Mann. Green River, déjà publié en France en 1995 chez Plon, sous le titre L'Odeur de la haine, est son premier roman. Il en a depuis publié cinq autres, parmi lesquels La Religion (Sonatine, 2009). Il vit en Irlande.

Mon avis : (lu en octobre 2010)
Ce livre nous plonge dans l'univers carcéral des États-Unis. Green River est un pénitencier au Texas. Une prison où les rivalités entre communautés Noirs, Latinos et Blancs sont présentes.
Dans cette prison, Ray Klein, ancien chirurgien, travaille à l'infirmerie et purge sa peine. Il vient d'apprendre qu'il sera libéré le lendemain lorsque qu'une émeute éclate dans la prison.
Ray Klein veut attendre tranquillement au fond de sa cellule que tout se calme mais les évènements en ont choisi autrement car certains émeutiers veulent attaquer l'infirmerie pour tuer les « Pédés » (c'est à dire les malades atteints du sida)...
C'est un roman très noir, violent, rien n'est épargné au lecteur. Avec l'émeute, Green River est devenu pire que l'enfer : le feu, les égouts, des viols, des explosions, de la fumée, des flingues, des hommes terrifiants. Mais heureusement dans ce chaos et cet enfer il y a un peu d’espoir. Il reste un peu d'humanité pour certains et malgré les rivalités raciales il y a des amitiés qui se créent.
Un thriller passionnant, une plongée dans l'enfer des prisons. Pour public averti...

Un grand Merci à Delphine du Blog Mes petites idées grâce à qui j'ai gagné ce livre cet été.

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13 octobre 2010

Il a jamais tué personne, mon papa - Jean-Louis Fournier

Lu durant le Read-A-Thon RAT_logo

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Stock – janvier 1999 – 152 pages

Livre de Poche – décembre 1999 – 150 pages

Quatrième de couverture :
Il était docteur, le papa de Jean-Louis Fournier.
Un drôle de docteur qui s'habillait comme un clochard, faisant ses visites en pantoufles et bien souvent ne demandait pas d'argent. Ses patients lui offraient un verre. Il n'était pas méchant, seulement un peu fou quand il avait trop bu ; il disait alors qu'il allait tuer sa femme. Un jour il est mort : il avait quarante-trois ans. Longtemps après, son fils se souvient. A petites touches, en instantané, il trace le portrait de ce personnage étonnant, tragique et drôle à la fois.
Il a appris, en devenant grand, l'indulgence. Et qu'il ne faut pas trop en vouloir à ceux qui, plus fragiles, choisissent de " mauvais " moyes pour supporter l'insupportable. Il en résulte un livre drôle et poignant qui a bouleversé des dizaines de milliers de lecteurs.

Auteur : Jean-Louis Fournier est un écrivain, humoriste et réalisateur de télévision né à Arras le 19 décembre 1938. Il est le créateur, entre autres, de La Noiraude et d'Antivol, l'oiseau qui avait le vertige. Par ailleurs, il fut le complice de Pierre Desproges en réalisant les épisodes de La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, ainsi que les captations de ses spectacles au Théâtre Grévin (1984) et au Théâtre Fontaine (1986). C'est également à lui que l'on doit l'intitulé de la dépêche AFP annonçant le décès de l'humoriste: "Pierre Desproges est mort d'un cancer. Etonnant non ?". Il adore Ionesco.
Jean-Louis Fournier est l'auteur de nombreux succès depuis 1992 (Grammaire française et impertinente), Il a jamais tué personne mon papa (1999), Les mots des riches, les mots des pauvres (2004), Mon dernier cheveu noir (2006). Autant de livres où il a pu s entraîner à exercer son humour noir et tendre. Où on va, papa est peut-être son livre le plus désespérément drôle.

Mon avis : (lu en octobre 2010)
C'est un beau livre, très court et poignant, qui parle de l'alcoolisme et de ses conséquences sur un ton léger, plein de poésie et de tendresse.
C'est à la manière d'un petit garçon, Jean-Louis Fournier nous parle de son père.
" Mon papa était docteur. Il soignait les gens, des gens pas riches, qui souvent ne le payaient pas, mais ils offraient un verre en échange, parce que mon papa, il aimait bien boire un coup, plusieurs coups même, et le soir, quand il rentrait, il était bien fatigué. Quelquefois, il disait qu'il allait tuer maman, et puis moi aussi, parce que j'étais l'aîné et pas son préféré. Il était pas méchant, seulement un peu fou quand il avait beaucoup bu. Il a jamais tué personne, mon papa, il se vantait. "
A travers de nombreuses anecdotes, Jean Louis Fournier rend un bel hommage à l'humanité de son père malgré tout.
"Un jour, il est rentré avec sa traction dans un troupeau. Il a abimé quelques moutons mais il a pas écrasé le berger, il s'est arrêté juste devant."
"Un jour, le patron d'un des cafés où papa avait ses habitudes, il a fait des gros travaux dans son bistrot. Il a acheté un nouveau comptoir. Tout le monde a dit que c'était le docteur Fournier qui avait subventionné les travaux. Je ne savait pas ce que ça voulait dire, "subventionner", j'ai regardé dans le dictionnaire, ça veut dire « aider financièrement ».  Pourquoi maman, elle a pas ouvert un bistrot?"

Déjà lu du même auteur :

ou_on_va_papa_p Où on va papa ? le_cv_de_Dieu Le CV de Dieu

l_arithm_tique_impertinente L'arithmétique appliquée et impertinente

la_grammaire_impertinente La grammaire française et impertinente

11 octobre 2010

La Mécanique du Cœur – Mathias Malzieu

Lu durant le Read-A-Thon RAT_logo

Lu dans le cadre du Challenge : coeur_vs3 proposition de Lael

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Flammarion – octobre 2007 – 177 pages

J'ai lu – mars 2009 – 155 pages

Quatrième de couverture :
Édimbourg, 1874 : le jour le plus froid du monde. Lorsque Jack naît, son cœur gelé se brise immédiatement. La sage-femme le remplace par une horloge et le sauve. Depuis lors, il doit prendre soin d'en remonter chaque matin le mécanisme. Mais gare aux passions ! Le regard de braise d'une petite chanteuse andalouse va mettre le cœur de Jack à rude épreuve...

Auteur : Auteur, compositeur et interprète, Mathias Malzieu est le chanteur survolté de l'un des meilleurs groupes de rock français : Dionysos. Il est également l'auteur d'un recueil de nouvelles et d'un bouleversant premier roman, Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi.

Mon avis : (lu en octobre 2010)
C'est un conte pour les grands qui nous emmène dans un monde fantastique, un monde de rêves et de poésie. Il raconte l'histoire de Jack qui a à la place du cœur, une horloge. Il doit en prendre soin et remonter ses mécanismes chaque jour et éviter les émotions fortes. Mais un jour il rencontrera Miss Acacia, petite chanteuse andalouse, qui va lui mettre son cœur à rude épreuve.

C'est pas le genre de lecture que j'ai l'habitude de faire mais j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce livre après avoir découvert le CD audio La Mécanique du cœur de Dionysos.

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Extrait : (début du livre)

Il neige sur Édimbourg en ce 16 avril 1874. Un froid de canard paranormal cadenasse la ville. Les vieux spéculent, il pourrait s'agir du jour le plus froid du monde. A croire que le soleil a disparu pour toujours. Le vent est coupant, les flocons plus légers que l'air. BLANC ! BLANC ! BLANC ! Explosion sourde. On ne voit plus que ça. Les maisons font penser à des locomotives à vapeur, la fumée grisâtre qu'exhalent leurs cheminées fait pétiller un ciel d'acier.

Édimbourg et ses rues escarpées se métamorphosent. Les fontaines se changent une à une en bouquets de glace. L'ancienne rivière, habituellement si sérieuse dans son rôle de rivière, s'est déguisée en lac de sucre glace qui s'étend jusqu'à la mer. Le fracas du ressac sonne comme des vitres brisées. Le givre fait des merveilles en pailletant le corps des chats. Les arbres ressemblent à de grosses fées en chemise de nuit blanche qui étirent leurs branches, bâillent à la lune et regardent les calèches déraper sur une patinoire de pavés. Le froid est tel que les oiseaux gèlent en plein vol avant de s'écraser au sol. Le bruit qu'ils font dans leur chute est incroyablement doux pour un bruit de mort.

C'est le jour le plus froid du monde. C'est aujourd'hui que je m'apprête à naître.

Lu dans le cadre du challenge coeur_vs3 proposition de Lael 

3 octobre 2010

Innocent - Harlan Coben

Lu dans le cadre du Baby Challenge Polar 2011
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Baby Challenge - Polar Livraddict : 6/20 déjà lus

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Pocket – mars 2007 – 517 pages

Belfond – mars 2006 – 389 pages

traduit de l'américain par Roxane Azimi

Quatrième de couverture :
Un ami en danger
Une bagarre qui dégénère
Un accident
À vingt ans, Matt Hunter est devenu un assassin.
Treize ans plus tard, il mène enfin une vie paisible avec la femme qu’il aime, Olivia, enceinte de leur premier enfant.
Et puis, un jour, sur son portable, une vidéo d’Olivia dans une chambre d’hôtel en compagnie d’un inconnu.
Le cauchemar recommence.
Meurtres, disparitions, faux-semblants… un suspense explosif par le maître de nos nuits blanches.

Auteur : Harlan Coben est né et a grandi dans le New Jersey, où il vit avec sa femme et leurs quatre enfants. Après Ne le dis à personne... (2002), Disparu à jamais (2003), Une chance de trop (2004) et Juste un regard (2005), Innocent est son cinquième roman publié chez Belfond.

Mon avis : (lu en octobre 2010)
Matt est un jeune homme dont la vie bascule à 20 ans, lors d'une bagarre il tue accidentellement un jeune homme. Il va être obligé de faire quatre ans de prison à sa sortie son grand frère va l'aider à s'en sortir. Il se marie avec Olivia et fonde une famille. Mais lorsque 11 ans après, il reçoit sur son portable une photo lui montrant sa femme en compagnie d'une homme dans une chambre d'hôtel. Matt ne veut pas croire que sa femme le trompe.
En parallèle, Loren Muse, enquêtrice de la brigade criminelle, est devant le cadavre d'une bonne sœur, qui a des implants mammaires. Sœur Mary Rose était professeur dans le lycée de jeunes filles Ste Margaret, là même où Loren a été élève. Bien sûr il y a un lien entre ses deux histoires... Comme d'habitude Halan Coben construit une intrigue pleine de surprises et de rebondissements. Ses personnages sont attachants et à travers cette histoire, Halan Coben dénonce des injustices et des souffrances : il est question de pauvreté, de prostitution, d'adoption et d'adolescence. C'est un bon thriller que j'ai beaucoup de plaisir à lire.

Extrait : (début du livre)
Prologue
VOUS N’AVEZ JAMAIS EU L’INTENTION DE LE TUER.
Votre nom est Matt Hunter. Vous avez vingt ans. Vous avez grandi dans une banlieue résidentielle du New Jersey, non loin de Manhattan. Votre quartier ne paie pas de mine, mais la ville elle-même est relativement riche. Vos parents travaillent dur et vous aiment inconditionnellement. Vous êtes leur deuxième enfant. Vous avez un grand frère que vous idolâtrez et une petite soeur que vous supportez.
Comme tous les gosses du voisinage, vous vous faites du souci pour votre avenir et vous interrogez sur l’université qui va vous accepter. Vous vous appliquez, vos notes sont bonnes, mais pas extraordinaires. Vous avez une moyenne de A –. Vous n’êtes pas dans les dix premiers, mais de peu. Vous avez d’honnêtes activités parascolaires ; entre autres, vous exercez la fonction de trésorier du lycée. Vous faites partie à la fois de l’équipe de foot et de celle de basket – vous êtes assez fort pour jouer en troisième division, mais pas suffisamment pour décrocher une bourse. Vous avez légèrement tendance à la ramener et vous ne manquez pas de charme. En termes de popularité, vous vous classez juste après le peloton de tête. Quand vous vous présentez aux tests de sélection qui vont décider de votre cursus universitaire, votre conseiller d’orientation est surpris par vos bons résultats.
Vous visez l’Ivy League, mais à vrai dire vous ne faites pas le poids. Harvard et Yale vous refusent tout net. Penn et Columbia vous placent sur liste d’attente. Pour finir, vous entrez à Bowdoin, un petit établissement select de Brunswick, dans le Maine. Vous vous y sentez bien.
Les classes sont petites. Vous vous faites des amis. Vous n’avez pas de copine attitrée, sans doute
parce que vous n’en voulez pas. En deuxième année, vous intégrez l’équipe de foot en tant qu’arrière. En troisième, vous commencez le basket, et maintenant que leur joueur vedette a terminé ses études, vous avez de grandes chances de gagner de précieuses minutes de temps de jeu.
C’est là, en revenant sur le campus entre le premier et le deuxième semestre de cette troisième année de fac, que vous tuez quelqu’un.

11 février 2012

Tout ce que j'aimais – Siri Hustvedt

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Actes Sud – décembre 2002 -

Babel – mai 2005 – 453 pages

J’ai lu – août 2006 -

traduit de l'américain par Christine Leboeuf

Titre original  : What I Loved, 2003

Quatrième de couverture : 
Au milieu des années 1970, à New York, deux couples d’artistes ont partagé les rêves de liberté de l’époque, ils ont fait de l’art et de la création le ciment d’une amitié qu’ils voulaient éternelle et, quand ils ont fondé leur famille, se sont installés dans des appartements voisins. Rien n’a pu les préparer aux coups du destin qui vont les frapper et infléchir radicalement le cours de leurs vies… 
Siri Hustvedt convie ici à un voyage à travers les régions inquiétantes de l’âme : bouleversant, ambigu, vertigineux, Tout ce que j’aimais est le roman d’une génération coupable d’innocence qui se retrouve, vingt ans plus tard, au bout de son beau rêve.

Auteur : Née en 1955, Siri Hustvedt a fait ses études à Columbia University. Collaboratrice régulière du magazine Modern Painters, elle vit à Brooklyn, New York. Siri Hutsvedt est la femme de Paul Auster
Auteur d'un roman qui fut un immense succès international, Tout ce que j'aimais (2003), Siri Hustvedt a également publié Les Yeux bandés (1993), L'Envoûtement de Lily Dahl (1996), Yonder (1999) et Les Mystères du rectangle (2006).

Mon avis : (lu en février 2012)
Cela fait longtemps que je voulais découvrir ce livre et cette auteur, et c'est grâce à la présentation de ce livre lors d'un des derniers « Café Lecture » de la Bibliothèque que je m'y suis enfin décidée. C'est pour moi une très belle découverte.
Un jour alors qu'il visite une exposition Léo Hertzberg, critique et professeur d'art est fasciné par l'Autoportrait d'un artiste inconnu, William Wechsler. Il décide de rencontrer l'artiste. Et c'est le début d'une belle amitié entre Léo et Bill puis entre leurs épouses. Les deux femmes tombent enceintes en même temps, deux petits garçons naissent Matt et Mark. Les deux couples vivent dans des appartements voisins. Voilà un début d'histoire où tout ce passe bien mais bientôt un drame va bouleverser ce beau tableau. Il est alors question de séparation, de deuil, de mensonge, de drogue, de folie... Cette belle histoire nous plonge dans le milieu de l'Art contemporain à New-York, les longues descriptions des réalisations de Bill m'ont vraiment intéressée.
La psychologie des différents personnages est très bien analysée que ce soit dans leurs comportements ou leurs sentiments. Léo, le narrateur, est très attachant, il est si sensible et vulnérable. Son amitié « amoureuse » avec Violet est très touchante. Le personnage de Mark est le plus mystérieux et le plus déroutant. 

J'ai mis un peu de temps à entrer dans l'histoire, car la première partie plante le décor et la psychologie des personnages, ensuite j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre. C'est un livre qu'il faut prendre le temps de découvrir et qui se lit lentement. C'est très bien écrit avec sensibilité et justesse.

C'est un très beau roman pleins d'émotions et qui ne laisse pas indifférent.  

 

Extrait : (début du livre)
Hier, j’ai trouvé les lettres de Violet à Bill. Elles étaient cachées entre les pages d’un livre, d’où elles ont glissé et sont tombées par terre. Il y avait des années que je connaissais l’existence de ces lettres mais ni Bill, ni Violet ne m’avaient jamais dit ce qu’elles contenaient. Ce qu’ils m’avaient dit, c’est que, quelques minutes après avoir lu la cinquième et dernière d’entre elles, Bill avait changé d’avis quant à son mariage avec Lucille, qu’il était sorti de l’immeuble de Greene Street et s’était dirigé droit vers l’appartement de Violet dans l’East Village. Quand je les ai tenues entre mes mains, il m’a semblé que ces lettres avaient le poids mystérieux des objets enchantés par des histoires dites et redites, et puis redites encore. Ma vue est mauvaise, à présent, et il m’a fallu longtemps pour les lire, mais à la fin j’ai réussi à en déchiffrer chaque mot. Quand je les ai posées, je savais que je commencerais dès aujourd’hui à écrire ce livre.

"Couchée par terre dans l’atelier, écrivait-elle dans la quatrième lettre, je te regardais me peindre. Je regardais tes bras et tes épaules et surtout tes mains pendant que tu travaillais sur la toile. J’aurais voulu que tu te retournes, que tu viennes près de moi et que tu me frottes la peau de la même façon que tu frottais ton tableau. J’aurais voulu que tu appuies fort ton pouce sur moi comme tu l’appuyais sur le tableau et je pensais que si tu ne le faisais pas j’allais devenir folle, mais je ne suis pas devenue folle, et tu ne m’as pas touchée alors, pas une seule fois. Tu ne m’as même pas serré la main."
Le tableau dont parlait Violet dans cette lettre, je l’ai vu pour la première fois il y a vingt-cinq ans dans une galerie de Prince Street, à SoHo. Je ne connaissais ni Bill, ni Violet à cette époque. La plupart des toiles composant cette exposition collective étaient de minces œuvres minimalistes qui ne m’intéressaient pas. Le tableau de Bill occupait seul un mur. C’était un grand tableau, à peu près un mètre quatre-vingts sur deux mètres quarante, qui représentait une jeune femme couchée par terre dans une pièce nue. Elle était appuyée sur un coude et paraissait regarder quelque chose hors du cadre du tableau. Un flot de vive lumière entrait dans la pièce de ce côté, illuminant son visage et son torse. Sa main droite reposait sur son mont de Vénus et, en m’approchant, je vis qu’elle tenait dans cette main un petit taxi — une version miniature de l’omniprésent taxi jaune qui circule dans les rues de New York.
Il me fallut une minute environ pour comprendre qu’il y avait en réalité trois personnes dans le tableau. Tout à fait à ma droite, du côté sombre de la toile, je remarquai qu’une femme sortait de l’image. Seuls son pied et sa cheville restaient visibles à l’intérieur du cadre, mais le mocassin qu’elle portait était peint avec un soin minutieux et, une fois que je l’eus aperçu, je ne cessai de revenir à lui. La femme invisible devenait aussi importante que celle qui dominait la toile. La troisième personne n’était qu’une ombre. Pendant un instant, je pris cette ombre pour la mienne, et puis je compris que l’artiste l’avait incluse dans l’œuvre. De l’extérieur du tableau, quelqu’un regardait cette belle jeune femme vêtue seulement d’un t-shirt d’homme, un spectateur qui semblait se tenir juste à l’endroit où je me tenais quand j’avais remarqué l’ombre qui s’étendait sur son ventre et ses cuisses.
A droite de la toile, je lus la petite carte dactylographiée : William Wechsler, Autoportrait. Je pensai d’abord que l’artiste plaisantait, et puis je changeai d’avis. Ce titre à côté d’un nom d’homme évoquait-il la part féminine de celui-ci ou un trio d’identités ? Peut-être la description suggérée, "deux femmes et un voyeur", faisait-elle directement allusion à l’artiste, ou peut-être le titre ne désignait-il pas du tout l’image, mais sa forme. La main qui l’avait peinte se cachait dans certaines parties du tableau et se faisait connaître dans d’autres. Elle disparaissait dans l’illusion photographique du visage de la femme, dans la lumière en provenance de la fenêtre invisible et dans l’hyperréalisme du mocassin. La longue chevelure de la femme, par contre, était un fouillis de peinture compacte en touches vigoureuses de rouge, de vert et de bleu. Autour de la chaussure et de la cheville au-dessus d’elle, je remarquai d’épaisses rayures noires, grises et blanches qui pouvaient avoir été appliquées au couteau, et sur ces denses bandes de pigments je vis les empreintes d’un pouce d’homme. Son geste semblait avoir été soudain, violent même.
Ce tableau est ici, avec moi, dans cette pièce. En tournant la tête, je peux le voir, bien que lui aussi soit modifié par ma vue défaillante. Je l’ai acheté au galeriste au prix de deux mille cinq cents dollars une semaine après l’avoir vu. La première fois qu’elle a regardé la toile, Erica se tenait à quelques pas de l’endroit où je suis assis en ce moment. Elle l’a examinée avec calme, et elle a dit : "C’est comme si on regardait le rêve de quelqu’un d’autre, tu ne trouves pas ?"

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Challenge New York en littérature
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15/50 : New York (2)

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21 juin 2010

C'est l'été !

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Van Gogh - Les blés jaunes

Nuits de juin

L’été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte
La plaine verse au loin un parfum enivrant ;
Les yeux fermés, l’oreille aux rumeurs entrouverte,
On ne dort qu’à demi d’un sommeil transparent.

Les astres sont plus purs, l’ombre paraît meilleure ;
Un vague demi-jour teint le dôme éternel ;
Et l’aube douce et pâle, en attendant son heure,
Semble toute la nuit errer au bas du ciel.

Victor Hugo, Les rayons et les ombres

30 juillet 2010

Le quai de Ouistreham - Florence Aubenas

le_quai_ouistreham Éditions de l’Olivier – février 2010 – 269 pages

Quatrième de couverture :
«La crise. On ne parlait que de ça, mais sans savoir réellement qu'en dire, ni comment en prendre la mesure. Tout donnait l'impression d'un monde en train de s'écrouler. Et pourtant, autour de nous, les choses semblaient toujours à leur place. J'ai décidé de partir dans une ville française où je n'ai aucune attache, pour chercher anonymement du travail. J'ai loué une chambre meublée. Je ne suis revenue chez moi que deux fois, en coup de vent : j'avais trop à faire là-bas. J'ai conservé mon identité, mon nom, mes papiers, et je me suis inscrite au chômage avec un baccalauréat pour seul bagage. Je suis devenue blonde. Je n'ai plus quitté mes lunettes. Je n'ai touché aucune allocation. Il était convenu que je m'arrêterais le jour où ma recherche aboutirait, c'est-à-dire celui où je décrocherais un CDI. Ce livre raconte ma quête, qui a duré presque six mois, de février à juillet 2009. J'ai gardé ma chambre meublée. J'y suis retournée cet hiver écrire ce livre.», Florence Aubenas.

Auteur : Née en 1961, Florence Aubenas a fait la plus grande partie de sa carrière de journaliste à Libération, avant de devenir grand reporter au Nouvel Observateur. Depuis juillet 2009, elle est présidente de l'Observatoire international des prisons.

Mon avis : (lu en juillet 2010)
Pour rendre compte de la crise, Florence Aubenas a voulu vivre de l'intérieur, l'expérience d'un travailleur précaire de février à juillet 2009. Elle s'est installée anonymement à Caen, elle a gardé son identité, elle s'est créée un CV avec un baccalauréat, obligée de trouver du travail après une séparation avec un homme qui subvenait à ses besoins depuis vingt-ans. Et l'aventure commence, Pôle Emploi qui lui propose de devenir femme de ménage, entretien avec les conseillers, formation, chasse aux heures de ménages chez différents employeurs (en général des sociétés de nettoyage).

Elle rencontre une foule de personnages qui accumulent aussi des petits boulots dans le secteur des sociétés de nettoyage, quelques heures à droite et à gauche de tâches peu qualifiées, épuisantes, sous payées. On découvre le monde du chômage et de Pôle Emploi avec ses entretiens obligatoires mais souvent inutiles. Il est admirable de constater l'acharnement que ces gens ont à travailler dans des conditions aussi difficiles pour maintenir l'estime de soi et un lien social. Florence Aubenas a arrêté son expérience le jour où on lui a offert un CDI de 2h30 par jour, ne voulant pas bloquer un travail réel. Cette expérience est très forte et intéressante, le livre se lit comme un roman.

Extrait : (page 71)
Tout le monde m'avait mise en garde. Si tu tombes sur une petite annonce pour un boulot sur le ferry-boat à Ouistreham, fais attention. N'y va pas. Ne réponds pas. N'y pense même pas. Oublie-la. Parmi ceux que j'ai rencontrés, personne n'a travaillé là-bas, mais tous en disent la même chose : cette place-là est pire que tout, pire que dans les boîtes de bâtiment turques qui te payent encore plus mal qu'en Turquie et parfois même jamais ; pire que les ostréiculteurs, qui te font attendre des heures entre les marées avant d'aller secouer les poches en mer par n'importe quel temps ; pire que dans le maraîchage, qui te casse le dos pour des endives ou des carottes ; pire que les grottes souterraines de Fleury, ces anciennes carrières de pierre, puis abris antiaériens pendant la guerre, devenues aujourd'hui des champignonnières, qui te laissent en morceaux au bout d'un après-midi de travail. Pour les pommes, on en bave aussi, mais la saison commence plus tard. Ces boulots-là, c'est le bagne et la galère réunis. Mais tous valent mieux que le ferry de Ouistreham.
[…] (page 85)
C'est le tout petit matin. La veille, pour être sûre de ne pas arriver en retard, j'ai fait deux fois le trajet avec le Tracteur, ma nouvelle voiture. Le rendez-vous est à 5h30, au port d'embarquement du ferry-boat, pour la matinée de formation. A la sortie de Caen, quelques camions naviguent doucement sur la voie rapide entre les ronds-points et les radars, comme en apesanteur ; d'autres sont encore garés en troupeaux à l'entrée des villes où ils ont passé la nuit.
[…]
Nous sommes cinq nouveaux embauchés ce jour-là, à l'embarcadère. Arriver jusqu'au ferry est un nouveau périple. Il faut pénétrer dans la zone sous douane en montrant un badge avec une photo, fourni par la société. Parfois, des vigiles sortent de la guérite et s'accroupissent pour ausculter les essieux ou les habitacles, en parlant de trafics et de clandestins.
Nous nous postons devant un bâtiment composé d'une petite salle nue flanquée de deux toilettes. Nous attendons l'autocar de la compagnie qui nous conduira jusqu'au ferry. La distance entre les deux ne doit pas excéder sept cents mètres, mais il interdit de les effectuer à pied. Entre l'attente, le trajet en car, l'attente à nouveau avant de grimper à bord, il faut compter une bonne demi-heure supplémentaire.

3 mai 2010

Sans laisser d'adresse – Harlan Coben

sans_laisser_d_adresse Belfond – mars 2010 – 347 pages

traduit de l'américain par Roxane Azimi

Quatrième de couverture :
De Paris à New York en passant par Londres et la Nouvelle-Angleterre, entre services secrets, réseaux terroristes et scientifiques corrompus, une machination infernale orchestrée par un Harlan Coben au sommet de son art.
Ancien sportif reconverti dans les relations publiques, Myron tombe des nues quand il reçoit l'appel de Terese, dont il est sans nouvelles depuis sept ans. " Rejoins-moi. Fais vite... ".
À peine arrivé à Paris, le cauchemar commence...
Qui en veut à la vie de Terese ? Quels secrets lui a-t-elle cachés ? Pourquoi le Mossad, Interpol et la CIA les traquent-ils sans relâche ?
Enlèvements, meurtres, menace islamiste, manipulations génétiques, complots internationaux... Un suspense au coeur d'une actualité brûlante, par le maître de vos nuits blanches.

 

Auteur : Né en 1962, Harlan Coben vit dans le New Jersey avec sa femme et leurs quatre enfants.
Diplômé en sciences politiques du Amherst College, il a travaillé dans l’industrie du voyage avant de se consacrer à l’écriture.
Depuis ses débuts en 1995, la critique n’a cessé de l’acclamer. Il est notamment le premier auteur à avoir reçu le Edgar Award, le Shamus Award et le Anthony Award, les trois prix majeurs de la littérature à suspense aux États-Unis.
Traduits dans une quarantaine de langues, ses romans occupent les têtes de listes de best-sellers dans le monde entier.
Le premier de ses romans traduit en France, Ne le dis à personne (Belfond, 2002) – prix du polar des lectrices de Elle en 2003 – a obtenu d’emblée un énorme succès auprès du public et de la critique. Succès confirmé avec : Disparu à jamais (2003), Une chance de trop (2004), Juste un regard (2005), Innocent (2006), Promets-moi (2007), Dans les bois (2008) et Sans un mot (2009).

Mon avis : (lu en mai 2010)
Un livre qui se lit facilement et rapidement comme un Harlan Coben qui se respecte ! Ce n’est pas le meilleur mais je l’ai lu avec plaisir et détente. Myron Bolitar reçoit un appel de Terese, une femme qu’il n’avait pas revue depuis huit ans. Celle-ci lui demande simplement au téléphone : "Viens vite à Paris", son ton est semble-t-il inquiet. Myron va se laisser convaincre et partir pour Paris, dès l’arrivée à l’aéroport les ennuis commencent… De l’action, du suspens, beaucoup de rebondissements et finalement on se laisse prendre par l’intrigue, on découvre un peu plus de la personnalité de Myron et le lecteur est plongé dans une histoire de famille, de terrorisme…

En situant une partie de l’histoire à Paris, Harlan Coben fait quelques petits clin d'œil à l'adaptation cinématographique de Ne le dis à personne par Guillaume Canet, comme par exemple le Commissaire de police français qui se nomme Berléand.

Extrait : (début du livre)

- Tu ne connais pas son secret, m’a dit Win.
- Pourquoi, je devrais ?
Win a haussé les épaules.
- C’est grave ? ai-je demandé.
- Très.
- Alors j’aime mieux ne pas savoir.

Deux jours avant que je ne découvre le secret qu’elle gardait enfoui en elle depuis dix ans – un secret a priori personnel qui allait non seulement nous démolir tous les deux, mais changer à jamais la face du monde -, Terese Collins m’avait téléphoné à cinq heures du matin, me propulsant d’un rêve quasi érotique dans un autre. Pour me déclarer de but en blanc :
- Viens à Paris.

Ça faisait sept ans que je n’avais pas entendu le son de sa voix, il y avait de la friture sur la ligne, et elle n’avait pas perdu de temps en préliminaires.
- Terese ? avais-je répondu en émergeant. Où es-tu ?
- Dans un charmant hôtel de la rive gauche. Tu vas adorer. Il y a un vol Air France ce soir, à dix-neuf heures.
Je m’étais assis. Terese Collins. Les images affluaient : son bikini assassin, l’île privée, la plage baignée de soleil, son regard envoûtant, son bikini assassin.
Le bikini mérite d’être cité deux fois.
- Je ne peux pas, avais-je dit.
- Paris.
- Je sais.

Il y a presque dix ans, nous nous étions réfugiés sur une île comme deux âmes perdues. Je pensais ne plus jamais la revoir, mais je me trompais. Quelques années plus tard, elle m’avait aidé à sauver la vie de mon fils. Après quoi, pfuitt, elle s’était volatilisée… jusqu’à ce jour.

17 avril 2010

Le K – Dino Buzatti

Lu dans le cadre du challenge Caprice challenge_caprice

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Robert Laffont – mars 2002 – 355 pages

Pocket – 1994 – 441 pages

Livre de Poche – janvier 2003 – 258 pages

Pocket – janvier 2004 – 441 pages

traduit de l'italien par Jacqueline Remillet

Présentation de l'éditeur :

Lorsque le vieux Stefano rencontre enfin le K, le squale qui doit le dévorer, il découvre que le monstre l'a poursuivi sur toutes les mers du monde, non pour l'avaler mais pour lui remettre la perle merveilleuse « qui donne à celui qui la possède fortune, puissance, amour et paix de l'âme ». Devenu, avec Le désert des Tartares, un classique du XXe siècle, ce récit ouvre un recueil de 50 contes fantastiques où l'on retrouve tous les thèmes poignants et familiers de Dino Buzzati : la fuite des jours, la fatalité de notre condition de mortels, l'angoisse du néant, l'échec de toute vie, le mystère de la souffrance et du mal. Autant d'histoires merveilleuses, tristes ou inquiétantes pour traduire la réalité vécue de ce qui est par nature incommunicable.

Auteur : Né à San Pellegrino en 1906, écrivain de renommée mondiale, Dino Buzzati s'est d'abord fait connaître du public italien en tant que journaliste au Corriere della Sera, le plus grand quotidien du pays. Son goût pour le bizarre et le merveilleux transparaît déjà dans ses reportages. Il s'inspire de son lieu de travail pour imaginer certains décors de son premier roman, 'Le Désert des Tartares' (1940). L'originalité de ses œuvres tient sans doute à l'univers si particulier qu'il parvient à créer. Sous la plume de Dino Buzzati, la moindre banalité prend un caractère étrange. Alors que le quotidien est rattrapé par le fantastique, l'homme réalise la fragilité du monde qui l'entoure (' Le Rêve de l'escalier', 1973). S'il est plus célèbre pour ses romans, le talent de Dino Buzzati ne se limite pourtant pas à ce genre littéraire. Il a également écrit des poésies, des scénarios, des textes pour le théâtre ainsi que des livrets d'opéra. Il est décédé à Milan le 28 janvier 1972.

 

Mon avis : (lu en avril 2010)

Lorsque j'ai été défiée par La grande Stef pour lire « Le K » de Dino Buzatti. J'avoue ne pas avoir été très enthousiaste... Je classais ce livre dans la catégorie « Fantastique » et c'est un genre de livres auquel je n'accroche pas vraiment. Après, j'ai appris par un de mes fils qu'il s'agissait de Nouvelles et je me suis dit que cela se lirait sans doute plus facilement ! Je me suis donc décidé début avril d'emprunter ce livre à la Bibliothèque et après l'avoir laissé attendre un peu dans ma PAL, je me suis lancée ! Le première nouvelle m'a beaucoup plu, la seconde aussi et ainsi de suite je me suis plongée dans le livre et je l'ai lu sans peine, malgré mon appréhension. Le livre regroupe 51 nouvelles courtes, mêlant fantastique et réalisme, elles sont variées, parfois graves, parfois ironiques ou humoristiques et souvent percutantes.

J'en ai aimé certaines, d'autres moins et certaines m'ont laissé sceptique. Mais globalement, j'ai été contente de cette lecture que je n'aurai certainement jamais faite sans ce Challenge, je remercie donc La grande Stef pour cette belle découverte.

Quelques unes de mes préférées : Le K, La création, L'œuf, L'humilité...

Lu dans le cadre du challenge Caprice challenge_caprice

4 mars 2010

Zola Jackson – Gilles Leroy

zola_jackson Mercure de France – janvier 2010 – 139 pages

Présentation de l'éditeur :

Août 2005, delta du Mississippi : l'ouragan Katrina s'abat sur La Nouvelle-Orléans. Les digues cèdent sur le lac Pontchartrain et les quartiers modestes sont engloutis. La catastrophe touche de plein fouet la communauté noire. Tandis que ses voisins attendent des secours qui mettront des jours à arriver, l'institutrice Zola Jackson s'organise chez elle pour sa survie. L'eau continue de monter, inexorablement. Du ciel, les hélicoptères des télévisions filment la mort en direct. Réfugiée dans le grenier avec sa chienne Lady, Zola n'a peut-être pas dit son dernier mot. Sous la plume de Gilles Leroy, Zola Jackson, femme de trempe et mère émouvante, rejoint le cercle des grandes héroïnes romanesques.

Auteur : Né en 1958, après un parcours classique de littérature qui l'amène sur les bancs d'hypokhâgne et khâgne au lycée Lakanal, Gilles Leroy passe une DEUG de lettres et arts en 1977, suivi d'une licence puis d'une maîtrise de lettres modernes en 1979. Il achève son cursus universitaire par un mémoire sur le poète Henri Michaux. Il exerce ensuite divers métiers, avant de devenir journaliste de presse écrite et audiovisuelle durant quelques années. En 1996, il quitte Paris pour vivre à la campagne, dans le Perche, où il se consacre à l'écriture. Il profite de son temps libre pour voyager, étudier seul les littératures américaine et japonaise et s'adonner à tout ce qui le passionne. Gilles Leroy publie son premier roman, 'Habibi', en 1987. Ce dernier sera suivi par une dizaine d'autres, dont 'L' Amant russe' en 2002, 'Grandir' en 2004, 'Champsecret' en 2005 ou encore 'Alabama Song' en 2007. Gilles Leroy a su imposer à travers quelques ouvrages sa plume légère et sensible.

Mon avis : (lu en mars 2010)

La veille de la tempête Xynthia, je terminais le livre Une catastrophe naturelle – Margriet de Moor, qui raconte une histoire construite autour d'une terrible tempête fin janvier 1953 qui avait fait céder de nombreuses digues et rayé de la carte le Sud-Ouest des Pays-Bas...

Ce livre Zola Jackson est dans ma PAL depuis quelque temps et il est lui aussi malheureusement d'une grande actualité puisqu'il évoque l'ouragan Katrina qui s'est abattue sur la Nouvelle-Orléans en août 2005 et faisant céder des digues, le Mississippi inondera les quartiers les plus pauvres.

Zola Jackson est une femme noire, institutrice à la retraite, elle vit seule avec sa chienne Lady. Elle habite le quartier de Gentilly, un des plus populaires de la Nouvelle-Orléans. A l'annonce de la tempête Katrina, elle organise sa survie chez elle, ce n'est pas la première tempête qu'elle affronte, Betsy en 1965, Ivan en 2004. Elle est toute seule dans sa vie, son fils, Caryl est mort depuis dix ans alors où fuir ? Par flash-backs, elle évoque également sa vie passée.

A travers ce récit entre présent et passé, le lecteur assiste heure par heure à l'horreur de la tragédie et découvre une femme, un mère courageuse et émouvante. Zola Jackson va subir les vents de l'ouragan, puis les pluies diluviennes, ensuite la montée des eaux avec les digues cédant les une après les autres et Zola obligée de se réfugier jusque sous le toit de sa maison, elle va devoir supporter la canicule de l'après tempête. Elle refusera de quitter sa maison sans Lady...

Gilles Leroy dénonce également l'incompétence des autorités : peu de sauveteurs sont envoyés sur place, ils mettront trop de temps à arriver. «Mais non, l'armée ne viendra pas. L'armée est retenue loin, très loin de nous, dans les déserts d'Orient. Quelle ironie.»

Beaucoup de moyens ont été mis en œuvre par les médias pour faire du sensationnel avec la catastrophe plutôt que pour aider au secours des victimes. « Dans le ciel, ils sont arrivés par dizaines et ils ont tourné, de midi à minuit, des hélicoptères venus non pas nous sauver mais plutôt assister à notre fin : il faut croire que n'importe quelle chaîne de télévision, fût-elle à l'autre bout du pays, était assez organisée et riche pour voler jusqu'à nous et réussir là où le gouvernement de la première puissance au monde échouait. »

On assiste à une mise en scène de sauvetage par un acteur célèbre... «L'acteur a franchi le perron de la maison Grant, pour en ressortir quelques instants plus tard une fillette dans les bras. (…) Sur leurs scooters, les cadreurs se rapprochaient, les photographes aussi, au ralenti et en sourdine jusqu'à former un demi-cercle : j'attendais les alligators et, ma foi, ils étaient là. Tout le monde doit manger. Ceux-là ne mangent que la chair riche et célèbre.»

Un livre très fort, une écriture juste et pour moi beaucoup d'émotions.

Extrait : (page 27)
Quand j'ai rouvert les yeux, c'était déjà le soir. Du ciel livide, tout soleil effacé. La lumière avait cette matité lugubre que l'on connaît bien chez nous et j'ai compris que ça n'allait pas trop.
J' avais la langue pâteuse de trop de bière, de bourbon et de somnifères, les joues humides, les yeux chassieux. Comme si j'avais pleuré dans mon sommeil.
Sur l'oreiller voisin, la chienne roulée en boule gémit et frissonne, les yeux révulsés sous la paupière gauche ourlée de noir. Elle aussi doit faire un rêve. Un rêve mauvais, un rêve cruel, comme celui qui pendant quelques minutes ou quelques heures a fait revivre Caryl sous mes paupières noyées - et il faut en passer par ce temps suspendu, cette hésitation sur l'heure et le jour, la mémoire et l'espoir, cet insidieux et lent retour du réel, qui en moins d'une seconde fera chavirer le jour nouveau en nouvel enfer, fera succéder aux larmes de joie un torrent de douleur.
Car il est mort. Caryl est mort. Il sourit sur la table de chevet, mais en fait il est mort.

Extrait : (page 73)
Les hélicoptères des garde-côtes ont fait un tour d'observation. Ils jetaient çà et là des bouées, des gilets à ceux qui leur tendaient les bras depuis la rue, l'eau jusqu'aux épaules. Ils ont même repêché Samuel, le vieux chanteur obèse. Samuel aussi a un chien, un corniaud blanc et noir, malin comme tout, qui l'accompagnait par les rues, portait dans sa gueule le vieux chapeau où les touristes charmés tant par la bête frétillante que par la belle voix de Sam glissaient des pièces, des billets d'un dollar pour les plus généreux. Comme il était trop volumineux pour tenir dans une nacelle, ils lui ont jeté un harnais orange et hop ! Le gros Sam soulevé des deux bras s'est envolé dans le ciel bleu sans un chant pour le Seigneur. Qu'est devenu le chien de Sam ?
A la santé de Sam, j'ai pris le bourbon dans le chevet et je lui ai fait un sort. (...)
Qu' est devenu le corniaud blanc et noir ? Qu'est devenu le chien de Samuel ? Il deviendra fou, le gros Sam, sans son partenaire pour faire la manche. Car c'est un duo qu'ils forment, un numéro d'amour, et il n'est pas certain que la belle voix veloutée du chanteur (étonnante voix flûtée, gracile, presque chevrotante, hébergée par ce corps outré tel un rossignol dans le ventre d'un éléphant), pas sûr qu'elle fût vraiment ce que préféraient les touristes dans le spectacle.

En complément, le site de l'auteur.

8 mars 2010

La Ferme des Neshov – Anne Birkefeld Ragde

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (14/26)

la_ferme_des_Neshov Balland – janvier 2010 – 379 pages

traduit du norvégien par Jean Renaud

Présentation de l'éditeur :

« À la ferme, de toute façon, tout ce qui était beau était mis de côté pour des jours qui ne viendraient jamais. »

Trois frères que tout sépare se retrouvent dans la ferme familiale à la mort de leur mère. Tous sont confrontés à un moment de leur vie où ils doivent faire un choix important. Tor, l’aîné, doit se décider : poursuivre son élevage de porcs ou laisser sa fille reprendre la ferme et quitter alors sa vie d’assistante vétérinaire à Oslo. Que va devenir la ferme des Neshov ? Arriveront-ils à surmonter leur différence pour recréer des liens familiaux mis à rude épreuve depuis si longtemps ? Anne B. Ragde met en scène les destins entrecroisés des membres de la famile Neshov et signe une saga d’une grande finesse psychologique où le chagrin et la douleur se mêlent à l’humour, la chaleur et l’amour.

Saluée par la critique et les lecteurs, la saga d’Anne B. Ragde est le phénomène incontournable de la scène littéraire norvégienne. Traduit dans plus de 15 langues, La Ferme des Neshov a obtenu le Prix des Libraires et des Lecteurs. Après le succès de La Terre des mensonges, Anne B. Ragde poursuit avec La Ferme des Neshov une formidable saga norvégienne.

Auteur : Anne B. Ragde, née en 1957, a fait ses débuts en littérature en 1986 avec le livre pour la jeunesse Hallo! Her er jo! Depuis, elle a écrit plusieurs livres pour la jeunesse, dont une biographie de Sigrid Undset pour laquelle elle a reçu le Prix Brage. Son premier roman pour adulte En tiger for en engel a été publié en 1990. D’autres romans ont suivis, tout comme des polars et des recueils de nouvelles. La Terre des mensonges (dont le titre original est Berlinerpoplene), paru en 2004 a été traduit dans plus de vingt langues et a obtenu le obtenu les prix littéraires Riksmål et Booksellers' prize. La Ferme des Neshov a reçu le Prix des libraires et prix des lecteurs en Norvège.

 

Mon avis : (lu en mars 2010)

J'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir la suite de La Terre des mensonges. J'ai retrouvé les membres de la famille Neshov : les trois frères Tor l’éleveur de porcs, Margido le croque-mort et Erlend, décorateur à Copenhague et Krumme son compagnon, Torunn, la fille de Tor, aide-vétérinaire à Oslo. Ils s'étaient retrouvés lors de la mort de leur mère, ils avaient faits connaissance, un secret de famille avait été dévoilée. Après ses quelques jours ensemble, chacun va retourner à sa vie quotidienne. Les liens familiaux ont été secoués et quelle sera l'avenir de la ferme des Neshov ? Le livre se lit aussi facilement que le premier, les personnages évoluent, le lecteur les suit de Trondheim à Copenhague en passant par Oslo. Le livre se conclu avec un épisode dramatique alors j'attends avec impatience la sortie du prochain et dernier livre de cette trilogie.

Extrait : (page 21)

Un heure plus tard, la petite voiture de location était pleine à craquer. C'était une Golf, Krumme l'avait louée à l'aéroport de Vaernes et ils allaient la rendre au même endroit. Torunn rentra en trombe dans le petit salon voir le grand-père, après avoir enfilé manteau et bottines. Elle voulait donner l'impression qu'ils étaient pressés maintenant. Elle avait longtemps retardé le moment de dire au revoir, fait comme si c'était une simple tasse de café qu'ils avaient bue, en dépit des allées et venues fébriles d'Erlend entre le premier étage et la voiture dans la cour, pour descendre toutes sortes de choses qu'il voulait emporter à la dernière minute.

Le grand-père était assis devant une tasse sans soucoupe, des miettes sur la table et sur les genoux – elle lui avait donné une part de gâteau fourré aux amandes. Il portait son dentier, en haut comme en bas, la télé était éteinte, elle jeta un rapide coup d'œil aux plantes vertes sur le rebord de la fenêtre, celles qu'Erlend avait achetées, et fut intimement persuadée qu'elles seraient crevées d'ici quinze jours. Ou bien complètement desséchées, ou bien trop arrosées. Elle était également persuadée qu'il ne se raserait pas avant longtemps. Ni ne changerait de caleçon. Comment vont-ils se débrouiller ? se demanda-t-elle. Et moi qui m'en vais. Mais elle pensa aussitôt qu'Erlend aussi s'en allait, et il était quand même plus proche d'eux, pour autant qu'on puisse établir une telle hiérarchie. Erlend était le frère cadet, elle était la fille : qui des deux devait avoir davantage mauvaise conscience ? Mais Margido habitait de l'autre côté de la colline, à lui maintenant de venir en aide à sa famille à Neshov ! Il y serait obligé, en tant que frère. La question était de savoir comment il pourrait s'y prendre et si Tor le laisserait faire, alors qu'il s'était tenu à l'écart de la ferme pendant sept ans.

- C'est le départ ? Demanda le grand-père.

- Oui.

Elle se pencha et appuya sa joue contre la sienne. Ça piquait. Il sentait le vieillard, les vieux habit, le renfermé, le gâteau aux amandes et le café. Elle l'embrassait pour la première fois, il parvint à lever le bras assez haut pour lui toucher la joue.

- Au revoir, murmura-t-elle.

Qu'aurait-elle pu lui dire d'autres ? Rien qu'elle puisse promettre.

- Porte-toi bien !

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (14/26)

21 avril 2010

Le Prince des Marées – Pat Conroy

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (17/26)

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Belfond – juin 2002 – 588 pages

Pocket – juin 2004 – 1069 pages

traduit de l'américain par Françoise Cartano

conroy_prince Presse de la Renaissance - 1988

conroy_prince_1988_france_loisir France Loisir - 1988

le_prince_des_mar_es_j_ai_lu1_x le_prince_des_mar_es_j_ai_lu2_x J’ai lu – 1989 – 470 pages + 472 pages

le_prince_des_mar_es_1 Presse de la Renaissance - Mars 1998

le_prince_des_mar_es_j_ai_lu1 le_prince_des_mar_es_j_ai_lu2 J’ai lu – janvier 1999 – 469 pages

Quatrième de couverture

Il y avait le père, Henry Wingo, pêcheur de crevettes, violent buté. La mère, Lila, belle, ambitieuse, monstrueuse. Et les disputes, les cris, les coups... Luke, le fils aîné, Tom et Savannah, les jumeaux, auraient peut-être pu, malgré tout, sortir indemnes de leur enfance saccagée. Car ils avaient l'île Melrose, les marais, le parfum d'eau salée de la Caroline du Sud, l'or de ses lunes et de ses soleils... Peut-être auraient-ils échappé aux stigmates du passé, s'il n'y avait eu ce moment d'horreur absolue, un soir, dans la petite maison blanche. Et si leur mère ne leur avait pas imposé le silence, les condamnant ainsi à revivre le drame, jour après jour, nuit après nuit. Dans une Amérique actuelle et méconnue, au cœur du Sud profond, un roman bouleversant qui mêle humour et tragédie.

Auteur : Né à Atlanta en 1945, Pat Conroy publie son premier roman en 1972, mais c'est Le grand Santini (1989) qui le fait vraiment connaître du public. Il rencontre un succès international avec Le Prince des Marées, qui sera adapté au cinéma en 1991 par Barbara Streisand. Il publiera ensuite Beach music et Saison noire.

Mon avis : (lu en avril 2010)

J'avais entendu beaucoup de bien sur ce livre et j'avais très envie de le lire, j'ai profité du début des vacances pour m'y plonger... Et j'ai eu du mal à ne pas le lâcher...

Pour sauver sa sœur jumelle qui est dans un hôpital psychiatrique à la suite d'un suicide, et aider sa psychiatre à mieux comprendre Savannah Tom va lui raconter l'histoire de son enfance et de sa famille en dévoilant peu à peu les secrets qu'il avait enfoui au fond de sa mémoire. La famille Wingo vit en Caroline du Sud, sur l'île de Melrose. Le père est violent, la mère belle et ambitieuse ne supporte pas d'être l'épouse d'un simple pêcheur de crevettes. Les trois enfants Luke, Tom et Savannah sont solidaires et s'adorent pour supporter la vie que leurs imposent leurs parents. Tom nous raconte cette enfance dramatique avec un humour grinçant pour marquer un certain détachement avec ce qu'il a vécu.

Ce fut une lecture captivante, émouvante et magnifique ! Il y a de superbes descriptions du Sud profond des États-Unis, une histoire sombre, bouleversante qui tient le lecteur en haleine et des personnages hauts en couleur.

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Ce livre a également été adapté au cinéma dans un film américain réalisé en 1991 par Barbra Streisand , avec Barbra Streisand, Nick Nolte, Blythe Danner.

Extrait : (page 106 - Edition Presses de la Renaissance 1988)

Le samedi avant son départ pour la Corée, mon père nous emmena en voiture et nous quittâmes Atlanta avant l'aube; après avoir garé la voiture, il nous entraîna sur le chemin pédestre qui montait au sommet de Stone Mountain d'où nous regardâmes le soleil se lever dans le ciel de l'est. C'était la première montagne que nous eussions jamais vue, à plus forte raison gravie. Debout sur la crête de granité, avec la lumière qui nous arrivait de Géorgie, nous avions l'impression d'avoir le monde entier couché à nos pieds. Loin, très loin, nous voyions le modeste horizon d'Atlanta se dessiner dans le soleil. Sur le flanc de la montagne, les effigies à demi achevées de Robert E. Lee, Jefferson Davis et Stonewall Jackson étaient sculptées dans le roc, et ces cavaliers sans corps caracolaient dans le granité en une chevauchée intemporelle.

Ma mère avait préparé un pique-nique et elle étala une nappe blanche au sommet du plus grand morceau de granité visible au monde. C'était un jour clair et sans vent, et la nappe adhéra comme un timbre-poste au rocher. Nous, les enfants, nous chahutions gentiment avec notre père sur cette montagne que nous avions pour nous seuls. Ce fut au sommet de Stone Mountain que j'eus un premier aperçu de la véritable nature du caractère de mon père et de la façon dont mon enfance en serait affectée. Ce jour-là, j'eus la révélation soudaine et aiguë des dangers courus par notre famille.

– Pourquoi est-ce que tu dois retourner faire des guerres, papa ? demanda Savannah à mon père qui était couché à plat dos, la tête contre la pierre et le regard perdu dans le ciel bleu.

Les veines de ses avant-bras semblaient courir sur ses muscles comme les rouleaux de corde sur le pont d'un bateau.

– Ça, j'aimerais bien le savoir, mon ange, dit-il en la soulevant dans les airs.

Avec un regard panoramique sur les environs, Luke dit :

– Je veux retourner à Colleton. Y a pas de crevettes ici.

– Je ne serai parti qu'un an. Ensuite, on retournera à Colleton.

Ma mère sortit un festin de sandwiches au jambon, d'œufs à la diable, et de salade de pommes de terre, mais elle eut la surprise de voir une colonie de fourmis avancer en rangs serrés vers la nourriture.

– Mes bébés vont me manquer, dit mon père en la regardant. Je t'écrirai toutes les semaines et je mettrai des millions de baisers dans chacune de mes lettres. Mais pas pour vous, les garçons, vous n'en avez rien à faire des baisers, vous, n'est-ce pas ?

– Non, papa, répondîmes-nous simultanément, Luke et moi.

– Vous les garçons, je vous élève pour que vous soyez des durs. Exactement! Je ne veux pas que mes fils deviennent des jolis cœurs, dit-il en nous flanquant une taloche sans douceur derrière le crâne. Dites-moi que vous ne vous laisserez pas transformer en jolis cœurs par votre mère, pendant mon absence. Elle est trop tendre avec vous. Ne la laissez pas vous mettre des fanfreluches pour aller prendre le thé avec elle. Je veux que vous me promettiez une chose. Que pas un jour ne passera sans que vous ayez flanqué une raclée à un gars d'Atlanta, un chacun. Je n'ai pas envie de trouver des gars de la ville qui se donnent des grands airs quand je reviendrai de Corée. D'accord ? N'oubliez pas, vous êtes des gars de la campagne, et les gars de la campagne, c'est toujours des durs.

– Non, dit ma mère avec une fermeté tranquille. Mes fils ne seront pas des brutes. Ils seront les garçons les plus adorables qu'on ait jamais vus. Si tu veux un dur, Henry, tu en as un là. Ma mère désigna Savannah.

– Ouais, papa, applaudit Savannah. Moi, je suis un vrai dur. Je bats Tom quand je veux. Et j'arrive presque à battre Luke quand il se sert d'une seule main.

– Non, tu es une fille, toi. Les filles, ça doit être mignon. Je ne veux pas que tu te battes. Je veux que tu sois tout sucre tout miel, l'amour chéri de ton papa.

– Je n'ai pas envie d'être tout sucre tout miel, dit Savannah.

– Toi, dis-je. Tu en es loin.

Savannah, plus rapide et plus forte que moi, m'expédia un grand coup de poing dans l'estomac. Je me mis à pleurer et courus me réfugier dans les bras de ma mère qui m'ouvrit son aile protectrice.

– Savannah, tu cesses d'embêter Tom. Tu es toujours après lui, gronda ma mère.

– Tu as vu ? dit Savannah en se tournant pour défier mon père. Je suis une dure, je sais me battre.

– Tom, tu me fais honte, fils, dit mon père dont le regard passa au-dessus de Savannah, sans la voir, pour ne s'intéresser qu'à moi. Pleurer parce qu'une petite fille te tape. Quel scandale! Un garçon ne pleure pas. Jamais. Sous aucun prétexte.

– Il est sensible, Henry, dit ma mère en me caressant les cheveux doucement.

– Comme ça, il est sensible, ironisa mon père. Dans ce cas, je ne voudrais pas dire quoi que ce soit qui risque de choquer cette âme sensible. Mais tu ne verrais jamais Luke pleurer comme un bébé pour une raison pareille. J'ai corrigé Luke au ceinturon sans le voir verser une larme. Lui, c'est un homme depuis le jour de sa naissance. Tom, arrive ici et bats-toi avec ta sœur. Donne-lui une bonne leçon.

– Il n'a pas intérêt ou je recommence, dit Savannah, mais j'entendais au son de sa voix qu'elle regrettait bien ce qu'elle avait déclenché.

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3 avril 2010

Le Monde de Barney – Mordecai Richler

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book - Livre de Poche

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Albin Michel – janvier 2000 – 558 pages

LGF – janvier 2001 – 603 pages

traduit de l'anglais (Canada) par Bernard Cohen

Quatrième de couverture :

Drôle de vie que celle de Barney !
Barney Panofsky, juif canadien, expatrié dans les années cinquante à Paris, où il a côtoyé la bohème artistique. De retour au pays, il devient importateur de fromages français, puis producteur de télévision.
De ses trois épouses, la première, nymphomane, se suicidera. Il abandonnera la deuxième le jour même de leur mariage. Quant à la troisième, elle le quittera au bout de trente-six ans.
Accusé du meurtre d'un de ses copains, Barney finira solitaire et poivrot, laissant cette autobiographie.
Drôle d'histoire ? Oui. Ecrite d'une plume virtuose, avec un humour et un souffle ahurissants. Et l'un des plus grands romans du Canada anglophone d'aujourd'hui.

Auteur : Mordecai Richler (27 janvier 1931 – 3 juillet 2001) était un auteur et un scénariste canadien. Né et élevé dans le Mile End (rue Saint-Urbain) à Montréal, au Québec, il fréquenta l’Université Sir George Williams (qui fait maintenant partie de l’Université Concordia). Dans les premières années de sa vie, il vécut et écrivit en Angleterre mais revint au Canada en 1972.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Cette lecture fut laborieuse. N’étais-je peut-être pas dans de bonnes dispositions pour découvrir ce livre ?

J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre. J'ai mis deux jours à lire les 140 premières pages et devant ces difficultés, j'ai préféré faire une pause avant de le reprendre.

Barney Panofsky a été mis en cause injustement dans une autobiographie écrite par son ennemi Terry McIver, écrivain reconnu. Il décide donc de lui répondre en écrivant ses propres mémoires pour donner sa version en trois chapitres. Chacun d'entre eux évoque ses trois femmes : Clara : une artiste qu'il a rencontré à Paris, Mrs Panofsky II et Miriam, la femme de sa vie et la mère de ses trois enfants. Il a vécu à Paris de façon un peu bohème, il est retourné au Canada où il a été importateur de fromages puis producteur de télévision. Aujourd'hui, il a 70 ans, il boit et fume trop, il commence également à avoir des problèmes de mémoires.

Il y a beaucoup de personnages, les histoires et anecdotes se succèdent sans que le lecteur ne les mettent en relations les unes aux autres. L'auteur passe brutalement du présent au passé et du passé au présent. Et l’auteur le dit lui-même page 373, « Les digressions, ou plutôt ce que je préfère considérer comme les "propos de table de Barney Panofsky", abondent. », ce qui embrouille encore plus l'esprit de son lecteur. En avançant dans le livre, on comprend un peu mieux la chronologie des faits, mais j’avoue avoir vraiment eu du mal à être intéressée par cette histoire.

Merci à Blog-O-Book et Livre de Poche de m’avoir donné l’occasion de lire ce livre.

Livre lu dans le cadre du partenariat logo_bob_partenariat - logo


2 avril 2010

Sukkwan Island – David Vann

sukkwan_island Éditions Gallmeister – janvier 2010 – 220 pages

traduit de l'américain par Laura Derajinski

Quatrième de couverture :

Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.

Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable. Avec ce roman qui nous entraîne au cœur des ténèbres de l’âme humaine, David Vann s’installe d’emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan.

Auteur : David Vann est né sur l'île Adak, en Alaska. Après avoir parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il travaille actuellement à la construction d’un catamaran avec lequel il s'apprête à effectuer un tour du monde à la voile en solitaire. Auteur de plusieurs livres, il vit en Californie où il enseigne également à l'Université de San Francisco. Sukkwan Island est son premier roman traduit en français. Site de l'auteur

Mon avis : (lu en avril 2010)

Après avoir lu beaucoup de bons billets sur ce livre, j'étais très curieuse de pouvoir le découvrir.

Ce livre est un huis clos en pleine nature, dans une petite île inhabitée en Alaska. Pour renouer avec son père, Roy un adolescent de 13 ans qui accepte d'aller vivre un an dans une cabane avec son père sur cette île. Cela commence comme un retour à la nature, un aventure de Robinson mais assez vite les conditions de vie s'avèrent plus difficiles que prévu et surtout le père ne semble pas à la hauteur de son projet. Roy se rend vite compte que son père est bizarre : il l'entend pleurer et gémir chaque nuit et il voit bien qu'il est incapable de gérer les difficultés. Au bout d'un mois et divers péripéties, Roy demande à arrêter l'aventure. Mais après une discussion avec son père et pour ne pas le décevoir, la mort dans l'âme, il accepte de continuer. Et là, alors qu'on s'y attend pas, tout bascule...

Le livre se lit très facilement, l'histoire est prenante, bouleversante et ne laisse pas le lecteur indifférent. A découvrir !

Extrait : (début du livre)

ON AVAIT UNE MORRIS MINI, avec ta maman. C’était une voiture minuscule comme un wagonnet de montagnes russes et un des essuie-glaces était bousillé, alors je passais tout le temps mon bras par la fenêtre pour l’actionner. Ta maman était folle des champs de moutarde à l’époque, elle voulait toujours qu’on y passe quand il faisait beau, autour de Davis. Il y avait plus de champs alors, moins de gens. C’était le cas partout dans le monde. Ainsi commence ton éducation à domicile. Le monde était à l’origine un vaste champ et la Terre était plate. Les animaux de toutes espèces arpentaient cette prairie et n’avaient pas de noms, les grandes créatures mangeaient les petites et personne n’y voyait rien à redire. Puis l’homme est arrivé, il avançait courbé aux confins du monde, poilu, imbécile et faible, et il s’est multiplié, il est devenu si envahissant, si tordu et meurtrier à force d’attendre que la Terre s’est mise à se déformer. Ses extrémités se sont recourbées lentement, hommes, femmes et enfants luttaient pour rester sur la planète, s’agrippant à la fourrure du voisin et escaladant le dos des autres jusqu’à ce que l’humain se retrouve nu, frigorifié et assassin, suspendu aux limites du monde.

Son père fit une pause et Roy demanda : Et après ?

Au fil du temps, les extrémités ont fini par se toucher. Elles se sont recroquevillées pour se rejoindre et former le globe, et sous le poids de ce phénomène la rotation s’est déclenchée, hommes et bêtes ont cessé de tomber. Puis l’homme a observé l’homme, et comme il était devenu si laid avec sa peau nue et ses bébés pareils à des cloportes, il s’est répandu sur la surface de la Terre, massacrant et revêtant les peaux des bêtes les plus correctes.

Ha, lança Roy. Mais ensuite ?

La suite devient trop compliquée à raconter. Quelque part, il y a eu un mélange de culpabilité, de divorce, d’argent, d’impôts, et tout est parti en vrille.

Tu crois que tout est parti en vrille quand tu t’es marié avec Maman ?

Son père le dévisagea d’un œil qui prouva à Roy qu’il était allé trop loin. Non, c’est parti en vrille un peu avant, je crois. Mais difficile de dire quand.

Ils ne connaissaient pas cet endroit ni son mode de vie, ils se connaissaient mal l’un l’autre. Roy avait treize ans cet été là, l’été suivant son année de cinquième à Santa Rosa, en Californie, où il avait vécu chez sa mère, avait pris des cours de trombone et de foot, était allé au cinéma et à l’école en centre-ville. Son père avait été dentiste à Fairbanks. Ils s’installaient à présent dans une petite cabane en cèdre au toit pentu en forme de A. Elle était blottie dans un fjord, une minuscule baie du Sud-Est de l’Alaska au large du détroit de Tlevak, au nord-ouest du parc national de South Prince of Wales et à environ quatre-vingts kilomètres de Ketchikan. Le seul accès se faisait par la mer, en hydravion ou en bateau. Il n’y avait aucun voisin. Une montagne de six cents mètres se dressait juste derrière eux en un immense tertre relié par des cols de basse altitude à d’autres sommets jusqu’à l’embouchure de la baie et au-delà. L’île où ils s’installaient, Sukkwan Island, s’étirait sur plusieurs kilomètres derrière eux, mais c’étaient des kilomètres d’épaisse forêt vierge, sans route ni sentier, où fougères, sapins, épicéas, cèdres, champignons, fleurs des champs, mousse et bois pourrissant abritaient quantité d’ours, d’élans, de cerfs, de mouflons de Dall, de chèvres de montagne et de gloutons. Un endroit semblable à Ketchikan, où Roy avait vécu jusqu’à l’âge de cinq ans, mais en plus sauvage et en plus effrayant maintenant qu’il n’y était plus habitué.

Tandis qu’ils survolaient les lieux, Roy observait le reflet de l’avion jaune qui se détachait sur celui, plus grand, des montagnes vert sombre et du ciel bleu. Il vit la cime des arbres se rapprocher de chaque côté de l’appareil, et quand ils amer - rirent des gerbes d’eau giclèrent de toute part. Le père de Roy sortit la tête par la fenêtre latérale, sourire aux lèvres, impatient. L’espace d’un instant, Roy eut la sensation de débarquer sur une terre féerique, un endroit irréel.

Ils se mirent à l’ouvrage. Ils avaient emporté autant de matériel que l’avion pouvait en contenir. Debout sur un des flotteurs, son père gonfla le Zodiac avec la pompe à pied pendant que Roy aidait le pilote à décharger le moteur Johnson six chevaux au-dessus de la poupe où il patienta, suspendu dans le vide, jusqu’à ce que l’embarcation fût prête. Ils l’y fixèrent, chargèrent le bateau de bidons d’essence et de jerrycans qui composèrent le premier voyage. Son père le fit en solitaire tandis que Roy, anxieux, attendait dans la carlingue avec le pilote qui ne cessait pas de parler.

Pas très loin de Haines, c’est là que j’ai essayé.

J’y suis jamais allé, fit Roy.

Eh ben, comme je te disais, tu y trouves des saumons et des ours, et tout un tas de trucs qu’une grande majorité d’humains n’aura jamais, mais c’est tout ce que tu y trouves, et ça inclut une vraie solitude sans personne autour.

Roy ne répondit rien.

C’est bizarre, c’est tout. Les gens emmènent rarement leurs gosses avec eux. Et la plupart emportent de la nourriture.

De la nourriture, ils en avaient apporté, du moins pour les deux premières semaines, ainsi que les denrées indispensables : farine et haricots, sel et sucre, sucre brun pour fumer le gibier. Des fruits en conserve. Mais ils comptaient vivre de chasse et de pêche. C’était leur plan. Ils mangeraient du saumon frais, des truites Dolly Varden, des palourdes, des crabes et tout ce qu’ils parviendraient à abattre – cerfs, ours, mouflons, chèvres, élans. Ils avaient embarqué deux carabines, un fusil et un pistolet.

Tout ira bien, dit le pilote.

Ouais, fit Roy.

22 mars 2010

Park Life – Shuichi Yoshida

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (15/26)

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Editions Philippe Picquier – septembre 2007 - 95 pages

Picquier poche - janvier 2010 – 128 pages

traduit du japonais par Gérard Siary et Mieko Nakajima-Siary

Présentation de l'éditeur :

Ce petit roman est une bouffée d'air pur dans la vie affairée et raisonnable des citoyens du XXIe siècle que nous sommes. Un air venu du parc de Hibiya à Tôkyô, où l'on pénètre sur les pas d'un jeune employé légèrement excentrique, et soudain " l'exhalaison de terre et d'herbe vous chatouille les narines ". Là, il croise une triathlonienne consommatrice de bains moussants, rencontre un vieil homme qui fait voler un capricieux aérostat rouge, rêve, médite, s'exerce à chambouler la perspective pour voir le monde autrement. Il arrive que s'y nouent des idylles, à peine plus tangibles que le bruissement des pigeons qui s'envolent. Ce récit a le charme des parenthèses qui s'ouvrent parfois dans la vie pour laisser entrer l'enchantement, comme un léger vertige teinté de déraison. La ville n'est pas loin, les buildings cernent l'horizon, mais dans cet espace clos et protégé, se jouent les menues aventures qui donnent son goût unique à l'existence, la petite musique d'un grand parc au cœur d'une immense capitale. Park Lift a été couronné en 2002 du prix Akutagawa, le Goncourt japonais.

Auteur : Né en 1968 à Nagasaki. Après des études de gestion à l'Université Hosei de Tôkyô, Yoshida Shuichi écrit plusieurs romans. En 2002, il a obtenu le Prix Akutagawa pour Park Life, après l'avoir laissé échapper quatre fois.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Un livre qui se lit très facilement. L'histoire commence dans le métro lorsqu'un jeune homme (le narrateur) s'adresse par erreur à une inconnue. Il la rencontre un peu plus tard dans le parc Hibiya de Tokyo. Ils vont se revoir au même endroit plusieurs fois pendant leur pause-repas et ils observent les habitués de ce parc qui est une bouffée d'air dans cette ville trépidante. Entre temps, le narrateur nous raconte son quotidien insolite, ainsi que ses souvenirs. C'est frais, exotique mais en lisant la quatrième de couverture, j'attendais plus de ce livre.

Extrait : (page 8)

En empruntant cet escalier un peu sombre, on débouche derrière l'îlot de police du parc. Si, pour y pénétrer, on enjambe la barrière basse à côté des toilettes publiques, on respire un autre air que dans l'enceinte du métro, l'exhalaison de terre et d'herbe vous chatouille les narines. Une fois entré, j'ai marché le plus possible tête baissée. Tout en m'efforçant de ne pas regarder au loin, j'ai avancé dans le sentier qui entoure la mare de Shinji, passé les allées de ginkgos et le petit kiosque à musique, et pénétré dans le square au grand jet d'eau. Les pigeons s'y acharnent à donner des coups de bec dans la nourriture. Veillant à ne pas leur marcher dessus, j'ai traversé le square pour aller m'asseoir confortablement à l'un des bancs autour du jet d'eau. Il ne faut surtout pas relever trop vite la tête. J'ai d'abord desserré ma cravate, siroté une gorgée du café en canette que j'avais acheté dans une boutique du métro. Juste avant de relever la tête, il vaut mieux fermer les yeux, même quelques secondes. Après avoir respiré lentement et profondément, j'ai levé la tête d'un seul trait et écarquillé les yeux. Quand j'écarquille soudain les yeux, le grand jet d'eau, les arbres d'un vert foncé et l'Hôtel Impérial, qui présentent respectivement un paysage proche, à mi-distance et éloigné, font brusquement irruption dans mon champ visuel en chamboulant la perspective. C'est dur pour mes yeux habitués aux étroites voies souterraines. La tête me tourne. Je savoure un léger état de transe.

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (15/26)

2 décembre 2009

L'attrape-cœurs - Jerome David Salinger

 

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traduction de l'américain par Annie Saumont

Pocket – janvier 1994 – 252 pages

Pocket – mai 2002 – 252 pages

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traduction de l'américain par Sébastien Japrisot

Robert Laffont – septembre 1999 - 258 pages

Présentation :

Nous sommes en 1949 dans une pension de la côte est américaine. Holden Caulfield pourrait être un adolescent américain tout ce qu'il y a de plus ordinaire : une famille qui lui tape sur le système, une scolarité chaotique... des problèmes d'adolescence ordinaires. Expulsé, Holden s'enfuit trois jours avant le début des vacances de Noël. Il prend le train pour New York et, ayant trop peur de la réaction de ses parents, s'installe dans un hôtel. 'L'attrape-cœurs' relate les trois jours durant lesquels ce jeune garçon est livré à lui-même. A chaque pas, à chaque rencontre, ne trouvant toujours pas les réponses à ses questions, ne comprenant pas le monde qui l'entoure, complètement paumé, il se rapproche un peu plus d'une crise qui nous guette finalement tous.

Auteur : Jerome David Salinger est un écrivain américain, né le 1er janvier 1919 à New York. Il commence à se faire connaître en 1948 avec des nouvelles parues dans le New Yorker, mais il est surtout célèbre pour son roman L'Attrape-cœurs (titre original : The Catcher in the Rye). Traitant de l'adolescence et du passage à l'âge adulte, ce roman, devenu un classique du genre, connaît une popularité importante depuis sa publication en 1951. L'un des thèmes majeurs de Salinger est l'étude des esprits agiles et puissants de jeunes hommes perturbés et du pouvoir rédempteur des enfants dans la vie de tels hommes.
Salinger est également connu pour sa vie de reclus. Il n'a pas fait une seule apparition publique, donné une seule entrevue ou publié un seul écrit depuis quarante ans.

Mon avis : (lu en décembre 2009)

Livre lu dans le cadre des challenges « 100 ans de littérature américaine – Yes we can » et  « Les coups de cœurs de la blogosphère », proposition d’Anneso.

Ce livre est un classique de la littérature américaine, il est écrit à la première personne dans un style parlé et parfois familier. Il raconte l’errance de Holden Caulfield, jeune garçon new yorkais de 17 ans, il vient d’être renvoyé de son collège quelques jours avant Noël et décide de ne pas rentrer directement chez lui. Plutôt que d’avouer son renvoi, il préfère errer dans New-York fréquentant des bars glauques et des hôtels miteux. Avec ce livre, l’auteur décrit avec ironie et justesse la société américaine des années 1950 et il nous parle de l'adolescence avec ses révoltes et ses inquiétudes. Holden Caulfield est très touchant dans son malaise d’adolescent qui n’appartient plus au monde de l’enfance et pas encore à celui des adultes. Une très belle lecture.

Extrait : (début du livre)

Si vous avez réellement envie d'entendre cette histoire, la première chose que vous voudrez sans doute savoir c'est où je suis né, ce que fut mon enfance pourrie, et ce que faisaient mes parents et tout avant de m'avoir, enfin toute cette salade à la David Copperfield, mais à vous parler franchement, je ne me sens guère disposé à entrer dans tout ça. En premier lieu, ce genre de truc m'ennuie, et puis mes parents piqueraient une crise de nerfs si je racontais quelque chose de gentiment personnel à leur sujet. Ils sont très susceptibles là-dessus, surtout mon père. Ils sont gentils et tout - je ne dis pas - mais ils sont quand même bougrement susceptibles. D'ailleurs, je ne vais pas vous faire entièrement ma saleté d'autobiographie ni rien. Je vais seulement vous parler de ce truc idiot qui m'est arrivé au dernier Noël, juste avant que je tombe malade et qu'on m'envoie ici pour me retaper.

Lu dans le cadre du challenge coeur_vs3 proposition de AnneSo

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Livre lu dans le cadre du Challenge 100 ans de littérature américaine

25 novembre 2009

L'histoire de Chicago May – Nuala O'Faolain

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Sabine Wespieser éditeur – août 2006 - 443 pages

10x18 - mai 2008 - 392 pages

traduit de l'anglais (Irlande) par Vitalie Lemerre

Présentation de l'éditeur :

Nuala O'Faolain s'empare du destin d'une jeune Irlandaise pauvre qui, en 1890, s'est enfuie de chez elle pour devenir une criminelle célèbre en Amérique sous le nom de "Chicago May". L'amour, le crime et un destin exceptionnel de femme au tournant du XXe siècle : tous les ingrédients du romanesque sont réunis. Tour à tour braqueuse, prostituée, arnaqueuse, voleuse et danseuse de revue musicale, May avait une beauté magnétique qui tournait la tête des hommes. Ses aventures la conduisirent du Nebraska, où elle côtoya les frères Dalton, à Philadelphie, où elle mourut en 1929, en passant par Chicago, New York, Le Caire, Londres et Paris, où elle fut jugée pour le braquage de l'agence American Express. Elle vécut sur un grand pied, fit de la prison, et écrivit même, dans le genre convenu des mémoires de criminels, l'aventure de sa vie. Partant de ce matériau, Nuala O'Faolain mène une enquête trépidante, tentant de saisir les motivations de cette énigmatique cœur d'Irlande, elle aussi exilée aux Etats-Unis. Car cette héroïne romanesque et sentimentale a payé au prix fort l'indépendance qu'elle a conquise contre les normes sociales. Ici l'écrivain nourrit de sa propre expérience une émouvante réflexion sur la quête d'une femme qui a décidé de sortir des sentiers battus, choisissant l'aventure et assumant la solitude.

L'Auteur :
Nuala 0’Faolain est née en Irlande en 1940. Journaliste à Londres, pour la BBC, puis à Dublin, elle a publié tardivement son premier livre, On s'est déjà vu quelque part ? (Sabine Wespieser éditeur, 2002). Le succès de ce récit autobiographique, qui a suscité un véritable phénomène d'identification auprès de toute une génération de femmes, a changé sa vie. Elle la consacre désormais à l'écriture, et partage son temps entre son cottage de l’ouest de l’Irlande et New York. Après Chimères (2003), J'y suis presque (2005), L'Histoire de Chicago May (Prix Femina étranger, 2006), tous parus chez Sabine Wespieser éditeur. Nuala 0’Faolain est décédée le 9 mai 2008 et Best love Rosie a été publié après sa mort.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

J'avais découvert Nuala O'Faolain avec son livre Best love Rosie que j'avais bien aimé. J'ai donc été un peu surprise par ce livre qui est essentiellement une biographie, celle de Chicago May une femme vivant au début du XXème siècle. Elle est contrainte de quitter son pays natal l'Irlande et elle émigre aux États-Unis. Seule et sans argent, sa vie n'est pas facile et elle tombe dans la prostitution et le vol. Elle fera de la prison en France puis en Angleterre avant de retourner aux États-Unis. Tout au long du livre, l'auteur n'hésite pas à partager avec le lecteur ses interrogations, ses recherches. Elle accompagne son récit de nombreuses photos, lettres et documents pour confirmer la véracité de l'histoire. On découvre la terrible condition de la femme à cette époque aux États-Unis. L'auteur étant elle-même irlandaise vivant aux États-Unis, on sent l'importance que ces recherches sur Chicago May a eu sur sa propre histoire. J'ai trouvé très intéressant ce livre mais comme j'attendais plutôt un vrai roman qu'une biographie je l'ai trouvé un peu long à lire et j'ai été un peu déçue.

Extrait : (page 115)
Elle s'éveillait dans l'après-midi dans un grand lit où, j'imagine, un vieux manteau de fourrure miteux servait de couverture d'appoint et où les rideaux étaient cloués à la fenêtre et non suspendus. Je suppose qu'elle pouvait entendre de la rue un homme vendant du combustible à la criée, et qu'il lui montait un sac de charbon. Peut-être y avait-il une domestique quelque part qui allumait le feu et posait une casserole de café en équilibre dessus - May devait se blottir dans la chaleur dès l'instant où le feu rougeoyait. Elle lève sa tasse de café d'une main nerveuse, extrait quelque chose à se mettre hors du chaos de ses vêtements, rafraîchit son visage brûlant dans l'eau froide d'une cuvette en fer. Puis elle file vers son banc ou sa chaise attirés dans le saloon quelconque qui était à ce moment-là le quartier général de sa bande.

29 janvier 2010

Seul contre tous - Jeffrey Archer

Livre lu dans le cadre  07_chronique_de_la_rentree_litteraireen partenariat avec ulike_logo_petit

seul_contre_tous Editions Générales First - février 2009 – 572 pages

Prix du Polar International

Présentation de l'éditeur :

Il suffit parfois de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment pour voir basculer le cours de sa vie... Si Danny Cartwright avait demandé Beth Wilson en mariage un jour plus tôt, ou un jour plus tard, il n'aurait ainsi jamais pu être accusé du
meurtre de son meilleur ami. Mais quand les quatre témoins de l'accusation sont un avocat, un acteur à succès, un aristocrate et le plus jeune associé d'une prestigieuse agence immobilière, qui pourrait bien croire à la version des faits d'un garagiste de l'East End ? AU MAUVAIS ENDROIT, AU MAUVAIS MOMENT. Danny est donc condamné à vingt-deux années d'emprisonnement dans le quartier de Haute sécurité de la prison de Belmarsh, duquel personne ne s'est jamais échappé. Seulement, ses adversaires ont tous sous-estimé le désir de revanche du jeune homme et la farouche détermination de sa fiancée à faire entendre justice

Auteur : Né en Angleterre en 1940, sir Jeffrey Archer fait ses études à l'université d'Oxford avant d'embrasser la carrière politique. En 1969, il est élu à la Chambre des Communes, dont il devient l'un des plus jeunes membres de toute l'Histoire. Il en démissionne en 1974, ruiné et endetté, et décide de faire fortune grâce à sa plume. Pari gagné ! Inspiré de son expérience d'actionnaire floué, son premier livre La Main dans le sac, rencontre un succès immédiat aux États-Unis, et se vend à plusieurs millions d'exemplaires dans le monde. Il sera suivi de bien d'autres best-sellers.

Mon avis : (lu en janvier 2010)

Ce livre n’est pas un thriller mais un roman policier où se mêle suspens et une intrigue qui nous tient en haleine.

Danny Cartwright, fils d’ouvrier, vit dans le East End, un faubourg populaire de Londres, il travaille dans un garage. Il est amoureux de Beth, la fille de son patron, et il vient de la demander en mariage. Ils doivent fêter cela avec son meilleur ami Bernie, le frère de Beth, dans le quartier chic de West End.

Spencer Craig vit dans le West End, après des études à Cambridge, il est devenu avocat et est promis à une belle carrière. Ce même soir, il passe une soirée conviviale avec des amis pour fêter les 30 ans de Gerald Payne avec Larry Davenport et Toby Mortimer

Danny et Spencer n'auraient jamais du se rencontrer. Mais cette soirée va changer leur destin à tous jamais… Spencer va provoquer une bagarre au cours de laquelle il poignardera Bernie mais avec la complicité de ses amis, il fera accuser Danny. Personne ne voudra croire à sa version des faits face aux quatre témoins de l’accusation qui sont un brillant avocat, un acteur à succès, un aristocrate et un talentueux agent immobilier. Danny sera donc condamné à vingt-deux ans de prison. Il se retrouve donc dans le quartier de Haute-Sécurité de la prison de Belmarsh. Mais Danny va se battre pour prouver son innocence.

Ce roman policier est très bien documenté. L’auteur nous décrit parfaitement des scènes de procès, on découvre la vie à l’intérieur d’une prison… Les descriptions de la psychologie des nombreux personnages sont très bonnes, et certains sont vraiment attachants. Un livre vraiment agréable à lire, et que l’on ne veut pas lâcher avant la fin !

Merci aux Éditions Générales First et à Ulike pour ce livre à découvrir sans tarder !

Extrait : (début du livre)
- Oui !
Beth avait essayé de feindre la surprise et le ravissement. Mais elle n'avait pas été très convaincante. Ce mariage, elle l'avait décidé depuis leurs années de collège. Elle fut néanmoins stupéfaite lorsqu'elle vit Danny se mettre à genoux au milieu du restaurant bondé.
- Oui, répéta-t-elle rapidement et un peu gênée. Elle voulait que Danny se lève avant que toute la salle ne s'arrête de dîner pour les observer.
Mais Danny restait à genoux, et, tel un prestidigitateur, il sortit une boîte minuscule qui semblait venue de nulle part. Il l'ouvrit. Elle contenait une bague en or simple, ornée d'un solitaire bien plus gros que ce que Beth avait imaginé - même si son frère lui avait déjà confié que Danny avait dépensé deux mois de salaire pour lui offrir cet anneau.
Quand son fiancé se décida enfin à se relever, elle le vit sortir son portable et composer fébrilement un numéro. Beth savait parfaitement qui serait au bout du fil.
- Elle a dit oui ! annonça-t-il triomphalement. (Beth sourit en regardant le diamant de plus près, à la lumière.) Et si tu venais nous rejoindre ? ajouta-t-il avant que Beth ne puisse l'en empêcher. Super ! Retrouvons-nous dans ce bar à vins sur Fulham Road - celui où on est allé après le match de Chelsea l'an dernier. On se retrouve là-bas, mon vieux.

Beth ne protesta pas ; après tout, Bernie n’était pas seulement son frère, c’était le plus vieil ami de Danny et il lui avait déjà probablement proposé d’être son garçon d’honneur.

Quand Danny demanda l’addition au serveur, le maître d’hôtel s’approcha.

- C’est pour la maison, annonça-t-il en les gratifiant d’un sourire chaleureux.

La nuit allait être pleine de surprises

Livre lu dans le cadre  07_chronique_de_la_rentree_litteraireen partenariat avec ulike_logo_petit

27 janvier 2010

Le cœur est un chasseur solitaire – Carson McCullers

Lu dans le cadre des Challenges : challenge_100_ans_article_300x225 et coeur_vs3

le_coeur_des_un_chasseur_solitaire Stock – mars 2007 – 530 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Frédérique Nathan

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LGF – 1972 – 445 pages

LGF – 1983 – 445 pages

LGF – 1997 – 445 pages

Stock – avril 2000 – 476 pages

LGF – avril 2001 - 445 pages

Quatrième de couverture :

Habitants d'une petite ville du fin fond des États-Unis, les personnages du Cœur est un chasseur solitaire se sentent profondément seuls, abandonnés avec leurs révoltes. Subsistent cependant certains rêves. Pour Mick l'adolescente complexée, celui d'apprendre à jouer du violon qu'elle s'est confectionné, et qu'elle cache sous son lit. Biff, lui, observe ses clients pour échapper à sa vie de couple bien terne. Jake rêve d'un monde plus juste. Le docteur Copeland essaie pour sa part d'œuvrer concrètement à la réalisation de ce monde car sa couleur de peau l'expose à des brimades quotidiennes. Leur rencontre avec John Singer, sourd-muet dont le calme et la courtoisie inspirent confiance, leur permet d'entrevoir la possibilité d'être compris.
Cette édition comprend également l'esquisse de ce grand roman ainsi que l'ensemble des essais et des articles que Carson McCullers a publiés de son vivant. Ces textes précisent les références de ce prodige de la littérature américaine tout en mettant en valeur sa sensibilité et son engagement.

Auteur : Née à Columbus, Georgie le 19 février 1917, dans le vieux Sud des États-Unis, l'adolescente Lula Carson Smith trompe son ennui entre le piano, qu'elle découvre à l'âge de 10 ans, et l'écriture. En 1934, elle délaisse ses ambitions de concertiste pour se rendre à New York. Là, elle se consacre à l'écriture en suivant des cours de création littéraire à la Columbia University. Un an plus tard, elle épouse le caporal James Reeves McCullers. Carson se consacre à l'ébauche du roman 'Le cœur est un chasseur solitaire' (1940) qui est un véritable succès. D'autres œuvres suivront parmi lesquelles 'Reflet dans un œil d'or' (1942) et 'La ballade café triste' (1943). Après avoir divorcé de McCullers, elle se remarie avec celui-ci bien qu'elle entretienne une relation amoureuse avec son amie Annemarie Schwarzenbach. Fascinée par Paris comme tous ceux de la 'Lost Generation', elle s'y rend régulièrement et se promène à Saint-Germain-des-Prés aux côtés de son mari. Malgré leur relation de plus en plus tendue, ils achètent une maison à Bachiviliers en 1952. Un an plus tard, Reeves se suicide et laisse une Carson de plus en plus fébrile. Les problèmes de rhumatismes aigus qu'elle connaît depuis ses 15 ans l'handicapent ; Carson se fragilisera d'année en année pour mourir à seulement 50 ans le 29 septembre 1967.

Mon avis : (lu en janvier 2010)

Livre lu dans le cadre du Challenge Les coups de coeur de la blogosphère proposé par Brize et du Challenge 100 ans de littérature américaine

Ce roman a été écrit en 1940 par une jeune femme de 22 ans, Carson McCullers, c’est son premier roman. L’histoire se situe à la fin des années trente, dans une petite ville du Sud profond des Etats-Unis. L’auteur nous dresse le portrait de personnages attachants qui sont tous les clients du "Café de New York". Biff Brannon est le propriétaire du café, il aime observer ses clients pour oublier sa vie de couple qui ne lui plaît pas. Il aime aider les marginaux, les anormaux de toutes espèces. Jack Blount est un révolté que personne ne veut entendre surtout lorsqu’il est imbibé d’alcool ! Il rêve d’un monde plus juste. Benedict Copeland est le seul médecin noir de la ville, il souffre du mépris des Blancs qu’il subit au quotidien. Et il se bat chaque jour pour sortir son peuple de l’ignorance et de la servitude. Mick Kelly est une jeune fille garçon manqué qui ne rêve que de musique, la nuit Mick rôde dans les rues pour écouter la musique qui s’échappe des fenêtres ouvertes. Mick rêve de devenir un jour une grande musicienne. John Singer est silencieux et énigmatique, il est sourd-muet et lit sur les lèvres. Il a une grande écoute et chacun va lui confier sa révolte, ses espoirs, ses rêves. Mais aucun ne sait pas que toutes les pensées de Singer sont pour son ami Antonapoulos, sourd-muet également, qui est enfermé dans un hôpital psychiatrique.

Un livre sur la solitude des hommes plutôt pessimiste mais surtout plein d’humanité. Une superbe découverte d’un beau roman américain !

Extrait : (page 51)

Mick joignit les mains en forme de coupe les serra fort, et souffla à travers l’interstice entre ses pouces. Ses joues se gonflèrent et on n’entendit d’abord que le bruit de l’air s’engouffrant dans ses poings. Puis un sifflement aigu, perçant, retentit, et au bout de quelques secondes Bubber surgit du coin de la maison.

Elle secoua la sciure des cheveux de Bubber et redressa le bonnet de Ralph. Ralph ne possédait rien de plus beau que ce bonnet. Il était en dentelle et entièrement brodé. Le ruban du menton était bleu d’un côté et blanc de l’autre, et de larges rosettes surmontaient les oreilles. Sa tête était devenue trop grosse pour le bonnet et la broderie s’effilochait ; pourtant, Mick le lui mettait toujours quand elle l’emmenait en promenade. Ralph n’avait pas de véritable landau comme la plupart des bébés, ni de chaussons d’été. Il fallait le trimbaler dans un vieux chariot ringard qu’elle avait reçu pour Noël trois ans auparavant. Mais le beau bonnet lui donnait fière allure.

La rue était déserte : c’était dimanche, en fin de matinée, il faisait très chaud. Le chariot grinçait et bringuebalait. Bubber ne portait pas de chaussures, et le trottoir lui brûlait les pieds. Les ombres courtes des chênes verts donnaient une fausse impression de fraîcheur.

« Monte dans le chariot, dit-elle à Bubber. Et prends Ralph sur tes genoux. – Je peux très bien marcher. »

Le long été donnait toujours la colique à Bubber. Il était sans chemise, et on voyait ses côtes blêmes et saillantes. Le soleil, au lieu de le bronzer, le rendait pâle, et ses petits tétons se détachaient sur son torse comme des raisins secs bleutés.

« Ça ne me dérange pas de te tirer, insista Mick. Monte. – D’accord. »

Mick, nullement pressée d rentrer, traînait lentement le chariot. Elle se mit à parler aux gosses. En fait, c’était à elle-même plutôt qu’aux enfants qu’elle s’adressait.

« C’est curieux, les rêves que j’ai faits ces temps-ci. On dirait que je nage. Mais c’est pas dans l’eau que je nage, je pousse les bras, à travers des grandes foules de gens. La foule est cent fois plus nombreuse que chez Kresses la samedi après-midi. C’est la plus énorme du monde. Et quelquefois je hurle et je nage au travers, en bousculant les gens sur mon passage – et d’autres fois je suis par terre et on me piétine et mes intestins se répandent sur le trottoir. Ça ressemble davantage à un cauchemar qu’à un rêve ordinaire… »

Le dimanche, la maison était pleine de monde parce que les pensionnaires avaient des visites. On froissait des journaux, et il y avait de la fumée de cigare, et des bruits de pas dans l’escalier.

« Certains trucs, on veut simplement les garder pour soi. Pas parce qu’ils sont pas bien, seulement parce qu’on veut que ça reste secret. Il y a deux ou trois choses que je ne voudrais pas que vous sachiez, même vous. »

Bubber sortit quand ils arrivèrent au coin pour l’aider à descendre le chariot sur la chaussée et à le hisser sur le trottoir suivant.

« Il y a une chose pour laquelle je donnerais n’importe quoi. Un piano. Si on avait un piano, je m’exercerais chaque soir et j’apprendrais tous les morceaux du monde. Y a rien que je désire plus. »

Lu dans le cadre du challenge coeur_vs3 proposition de Brize

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Livre lu dans le cadre du Challenge 100 ans de littérature américaine

Voir le_coeur_des_un_chasseur_solitaire_25 (suite) Carson McCullers

A propos de l'édition qui comprend également l'esquisse de ce grand roman ainsi que l'ensemble des essais et des articles que Carson McCullers a publiés de son vivant. Ces textes précisent les références de ce prodige de la littérature américaine tout en mettant en valeur sa sensibilité et son engagement.

2 février 2010

Ru - Kim Thúy

ru Liana Levi – janvier 2010 – 143 pages

Présentation de l'éditeur :

Une femme voyage à travers le désordre des souvenirs : l'enfance dans sa cage d'or à Saigon, l'arrivée du communisme dans le Sud-Vietnam apeuré, la fuite dans le ventre d'un bateau au large du golfe de Siam, l'internement dans un camp de réfugiés en Malaisie, les premiers frissons dans le froid du Québec. Récit entre la guerre et la paix, ru dit le vide et le trop-plein, l'égarement et la beauté. De ce tumulte, des incidents tragi-comiques, des objets ordinaires émergent comme autant de repères d'un parcours. En évoquant un bracelet en acrylique rempli de diamants, des bols bleus cerclés d'argent ou la puissance d'une odeur d'assouplissant, Kim Thúy restitue le Vietnam d'hier et d'aujourd'hui avec la maîtrise d'un grand écrivain.

Auteur : Kim Thúy a quitté le Vietnam avec d'autres boat people à l'âge de dix ans. Elle vit à Montréal depuis une trentaine d'années. Son parcours est hors du commun. Elle confie avoir fait toutes sortes de métiers - couturière, interprète, avocate, restauratrice - avant de se lancer dans l'écriture (en français) de ce premier roman.

Mon avis : (lu en février 2010)

J'ai découvert ce livre et son auteur en regardant l'émission de télévision La Grande Librairie sur France 5 et j'ai eu très envie de lire ce livre.

Pour Kim Thúy, Ru est le premier de trois romans, les deux autres sont à écrire. « Ru est le roman de mes origines, un livre qui s'articule autour du mot survivre. Mon deuxième livre sera autour du mot vivre, et mon troisième, autour du mot aimer. Tu ne peux pas aimer pendant que tu essayes de survivre, ni même pendant l'apprentissage du mot vivre. »

Dès la première page du livre, on apprend que « En français, ru signifie «petit ruisseau» et au figuré, « écoulement (de larmes, de sang, d'argent) » (Le Robert historique). En vietnamien, ru signifie «berceuse» ou «bercer». » Dans ce livre Kim Thúy évoque avec beaucoup de délicatesse, de sensibilité et de poésie ses origines. En 1968, Kim Thúy est née à Saigon pendant l'offensive du Têt. Elle a 10 ans lorsqu'elle fuit avec sa famille le Vietnam comme boat people. Elle vivra quatre mois dans un camp de réfugiés en Malaisie avant d'arriver à Grandy au Canada.

A travers ce récit, l'auteur rend hommage aux personnes qu'elle a rencontrées durant toutes ces années en tout premier lieu ses parents, mais aussi son oncle Deux, sa grand-mère, les habitants de Grandy, Johanne, Monsieur Ming… Les souvenirs sont multiples parfois drôles, tendres ou dramatiques, Kim s'attache à des petits détails qui donnent une grande force à son témoignage plein d’espoir et d’avenir. En citant un proverbe que Kim a appris de sa mère « la vie est un combat où la tristesse entraîne la défaite », cela résume bien son envie d’aller de l’avant sans s’encombrer du passé « pour marcher jusqu’à nos rêves, jusqu’à l’infini. »

Un livre magnifique à découvrir sans tarder !

Extrait : (début du livre)

Je suis venue au monde pendant l’offensive du Têt, aux premiers jours de la nouvelle année du Singe, lorsque les longues chaînes de pétards accrochées devant les maisons explosaient en polyphonie avec le son des mitraillettes.

J’ai vu le jour à Saigon, là où les débris des pétards éclatés en mille miettes coloraient le sol de rouge comme des pétales de cerisier, ou comme le sang des deux millions de soldats déployés, éparpillés dans les villes et les villages d’un Vietnam déchiré en deux.

Je suis née à l’ombre de ces cieux ornés de feux d’artifice, décorés de guirlandes lumineuses, traversés de roquettes et de fusées. Ma naissance a eu pour mission de remplacer les vies perdues. Ma vie avait le devoir de continuer celle de ma mère.

Je m’appelle Nguyễn An Tịnh et ma mère, Nguyễn An Tĩnh. Mon nom est une simple variation du sien puisque seul un point sous le i me différencie d’elle, me distingue d’elle, me dissocie d’elle. J’étais une extension d’elle, jusque dans le sens de mon nom. En vietnamien, le sien veut dire «environnement paisible» et le mien, «intérieur paisible». Par ces noms presque inter changeables, ma mère confirmait que j’étais une suite d’elle, que je continuerais son histoire.

L’Histoire du Vietnam, celle avec un grand H, a déjoué les plans de ma mère. Elle a jeté les accents de nos noms à l’eau quand elle nous a fait traverser le golfe du Siam, il y a trente ans. Elle a aussi dépouillé nos noms de leur sens, les réduisant à des sons à la fois étrangers et étranges dans la langue française. Elle est surtout venue rompre mon rôle de prolongement naturel de ma mère quand j’ai eu dix ans.


Grâce à l’exil, mes enfants n’ont jamais été des prolongements de moi, de mon histoire. Ils s’appellent Pascal et Henri et ne me ressemblent pas. Ils ont les cheveux clairs, la peau blanche et les cils touffus. Je n’ai pas éprouvé le sentiment naturel de la maternité auquel je m’attendais quand ils étaient accrochés à mes seins à trois heures du matin, au milieu de la nuit. L’instinct maternel m’est venu beaucoup plus tard, au fil des nuits blanches, des couches souillées, des sourires gratuits, des joies soudaines.

C’est seulement à ce moment-là que j’ai saisi l’amour de cette mère assise en face de moi dans la cale de notre bateau, tenant dans ses bras un bébé dont la tête était couverte de croûtes de gale puantes. J’ai eu cette image sous les yeux pendant des jours et peut-être aussi des nuits. La petite ampoule suspendue au bout d’un fil retenu par un clou rouillé diffusait dans la cale une faible lumière, toujours la même. Au fond de ce bateau, le jour ne se distinguait plus de la nuit. La constance de cet éclairage nous protégeait de l’immensité de la mer et du ciel qui nous entouraient. Les gens assis sur le pont nous rapportaient qu’il n’y avait plus de ligne de démarcation entre le bleu du ciel et le bleu de la mer. On ne savait donc pas si on se dirigeait vers le ciel ou si on s’enfonçait dans les profondeurs de l’eau. Le paradis et l’enfer s’étaient enlacés dans le ventre de notre bateau. Le paradis promettait un tournant dans notre vie, un nouvel avenir, une nouvelle histoire. L’enfer, lui, étalait nos peurs : peur des pirates, peur de mourir de faim, peur de s’intoxiquer avec les biscottes imbibées d’huile à moteur, peur de manquer d’eau, peur de ne plus pouvoir se remettre debout, peur de devoir uriner dans ce pot rouge qui passait d’une main à l’autre, peur que cette tête d’enfant galeuse ne soit contagieuse, peur de ne plus jamais fouler la terre ferme, peur de ne plus revoir le visage de ses parents assis quelque part dans la pénombre au milieu de ces deux cents personnes.

5 novembre 2009

La Peine du Menuisier - Marie Le Gall

la_peine_du_menuisier Editions Phébus – mars 2009 – 283 pages

Présentation de l'éditeur
«J'étais la fille du Menuisier, je le savais. Jeanne, malgré sa folie, était plus normale que moi, côté filiation. Elle le nommait. Pas moi. Nous n'avions pas de mots l'un pour l'autre. Notre lien était un long fil continu que personne ne pouvait voir. Aucun mot ne s'y accrochait comme le font les notes sur une portée. Nous-même en étions ignorants, seulement soupçonneux de sa présence tenace.»

Son père est une ombre solitaire. sa maison bruisse de silences et les murs de pierre suintent le mystère... La narratrice grandit clans une atmosphère lourde de non-dits. Pourquoi celui qu'elle appelle le Menuisier est-il si lointain ? Pourquoi sa famille semble-t-elle perpétuellement en deuil ? Elle aimerait poser des questions. ruais on est taiseux dans le Finistère. Livrée à ses doutes et à ses intuitions., elle écoute les murmures, rassemble les bribes. Tisse patiemment une histoire. Des années lui seront nécessaires pour percer le secret de son ascendance. mesurer l'invisible fardeau dont elle a hérité. D'une plume à la fois vibrante et pudique. Marie Le Gall décrypte l'échec d'une relation père-fille et touche au cœur.

Biographie de l'auteur
Marie Le Gall est née en 1955 à Brest. Elle est professeur de lettres à Fontainebleau. La Peine du Menuisier est sont premier roman.

 

Mon avis : (lu en novembre 2009)

J'ai tout de suite été attirée par l'image de couverture de ce livre qui évoque si bien la Bretagne. Ce roman, qui est en parti autobiographique, raconte la relation entre un père et sa fille. Marie-Yvonne n'est pas une enfant désirée, à sa naissance sa mère à 42 ans et son père 52 ans. Jeanne leur première enfant a 19 ans mais elle est handicapée. Nous sommes dans les années 50, dans le Finistère nord à Brest ou dans le penn-ti à la campagne. Avec ce livre, Marie-Yvonne nous raconte son enfance et sa famille : son père qu'elle n'appelle que le Menuisier, sa mère Louise, sa sœur Jeanne, sa grand-mère Mélie. Mais il n'y a pas seulement les vivants, la mort est présente à chaque instant à travers les photos encadrées sur les murs des disparus, la proximité du cimetière...

Le Menuisier est un taiseux. « Son silence tenace et enveloppant, faisait partie intégrante de son être. Il lui appartenait plus que sa propre peau. » Marie-Yvonne souffre de ce silence et de cette non-relation qu'elle a avec son père. « Les mots n'étaient pas pour nous. Et quand parfois ils existaient, nous savions que ce n'était que de pauvres écrans. Les vibrations du silence étaient toujours les plus fortes. C'était quand je ne l'entendais pas que je l'entendais le plus, et lui de même. C'est à dire tout le temps. Nous avancions dans un silence assourdissant. » Que cache ce silence ? Un secret de famille ?

J'ai beaucoup aimé ce livre qui est bouleversant et très fort. Les phrases sont sobres, les mots sont justes tout en retenue, l'atmosphère est sombre et envoûtante. La Bretagne est décrite avec beaucoup de détails et tout au long du livre on rencontre des mots ou des expressions en breton ou en brestois avec un glossaire en fin de livre. A lire absolument !

penn-ti : petite maison (en breton)

Extrait : (début du livre)

Chacun de nous naît au moins deux fois. Le jour de l'accouchement de sa mère et celui de son premier souvenir.

Je suis née à quatre ans dans un face-à-face foudroyant avec la mort. Rescapée, je ne sais comment.

§

Le voisin Michel avait laissé tomber son frère. Denis était blanc, vêtu de blanc, sur un lit blanc.

Le lendemain de cette terrible journée, je descendis la route qui conduisait à la grève, une route étroite et grise, bordée de talus hauts comme des murailles d'où jaillissaient les fougères et les digitales. Après l'école Saint-Yves sur la gauche, il y avait une ferme, puis plus rien. Seulement les champs, à perte de vue. Je tenais la manche de grand-mère Mélie tandis qu'elle avançais, s'appuyant sur sa canne en ébène à pommeau d'argent ciselé. Elle marchait lentement, toute à ses prières. Près de la ferme, je jetai un regard au bouvreuil dans la petite cage au-dessus de la porte. Il était silencieux. C'était l'été, le soleil caressait la campagne, l'air était chaud, léger, tout vibrant d'insectes minuscules. Nous nous sommes arrêtées devant la grande maison neuve, la dernière à droite, le long du chemin creux qui menait au moulin de Parlevan. C'était là.

Grand-mère Mélie serrait ma main à présent, un peu fort, juste avant d'entrer sans frapper – la porte était ouverte. Nous traversâmes le couloir recouvert de mosaïques, la chambre était à gauche.

Devant moi, il y avait un enfant allongé sur un lit, immobile comme ne le sont jamais les enfants, une immobilité statutaire, souveraine. Près de lui, une femme assise ne bougeait pas, ne parlait pas. Je venais d'avoir quatre ans et j'apprenais que, même tout petit, on pouvait mourir. C'était une fin d'après-midi. A travers les persiennes mi-closes, la lumière du soleil encore haut dans le ciel dévoilait un sourire sur le visage tranquille de Denis. Le lendemain, sur le cercueil, il y avait un drap blanc.

9 octobre 2009

Les prodigieuses aventures des soeurs Hunt – Elisabeth Robinson

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book - Livre de Poche

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Éditions des Deux Terres – février 2006 – 345 pages

LGF – mai 2007 – 413 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) Anouk Neuhoff

Présentation de l'éditeur
La vie dorée d'Olivia Hunt bascule d'un seul coup. Productrice à Hollywood, habituée à tous les avantages des V.I.P., elle vient de se faire renvoyer sans ménagement après l'échec de son dernier film ; quant à son petit ami, Michael, il l'a quittée.
Alors qu'elle s'apprête à rédiger une lettre de suicide bien sentie, Olivia apprend que Maddie, sa sœur bien-aimée, est gravement malade, et elle va se trouver confrontée aux choix les plus difficiles qu'elle ait jamais eu à faire. Imprégné de tout l'amour que deux sœurs peuvent ressentir l'une pour l'autre, Les Prodigieuses Aventures des sœurs Hunt est à la fois déchirant et comique, tragique et réjouissant.

Biographie de l'auteur
Ancienne productrice et scénariste indépendante, Elisabeth Robinson compte à son actif des films comme Braveheart et Last Orders. Elle a participé à une trentaine de projets dont L'Amant et Six degrés de séparation. Les Prodigieuses Aventures des sœurs Hunt, son premier roman, figurait dans la liste des best-sellers du New York Times. Il a été publié dans dix pays. Elisabeth Robinson vit à New York.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

Olivia Hunt vient d’être renvoyée de chez Universal où elle était productrice. Son petit ami Michael l’a quittée. Elle apprend brutalement que sa jeune sœur Madeline est atteinte par la leucémie. Olivia est devenu productrice indépendante de cinéma pour Hollywood et elle essaie de monter le film Don Quichotte. C'est à travers les lettres et mails qu’Olivia adresse tour à tour à son amie Tina, à sa sœur Madeline, à Michaël son ex-petit ami, à ses parents mais aussi aux acteurs et aux producteurs de cinéma avec qui elle travaille que l'on va suivre à la fois l’évolution de la maladie de Maddie et les difficultés de monter un film. C’est une correspondance à sens unique, car seule les lettres d’Olivia sont présentes, nous n’avons jamais de réponses… Il y a à la fois beaucoup d'humour et d’émotions dans cette correspondance, mais aussi des coups de gueule... Au début, le personnage d'Olivia est un peu superficiel comme le monde du show-biz qu'elle côtoie dans son travail. Puis au fil de ses lettres on voit Olivia devenir plus forte, prête à soutenir sa sœur, ses parents dans les difficultés. La relation entre les deux sœurs est vraiment forte et vrai. Ce livre m’a vraiment beaucoup plu et j’ai été très touchée par ses échanges entre sœurs.

Un grand merci à Blog-O-Book et Livre de Poche de m’avoir donné l’occasion de découvrir ce livre.

Extrait : (début du livre)

25 août 1971

26 août 1971

27 août 1971

Chère soeur,

Je m'appelle Olivia Hunt. Je suis ta sœur. Tu es dans le ventre de Maman. Jim est notre frère. Il est pas mal pour un garçon.

J'ai rêvé de toi. J'étais dans le canoë. J'avais une tresse mais c'était comme un serpent. Tu as surgi du lac. Tu t'es accrochée à ma tresse-serpent. Tu es montée dans le canoë. Tu me ressembles. Le canoë a chaviré mais on arrivait à parler sous l'eau.

Jim et moi, on est chez Tante Louise. C'est plutôt sympa. On se baigne. On cueille des myrtilles. On joue dans les bois. C'est moi qui choisirai ton prénom si tu es une fille. Papa a dit : Appelons-la Martini. Maman a dit : C'est affreux. Je n'aime pas ce prénom-là. J'aime le prénom de Madeline. C'est mon livre préféré. Je te le lirai un jour.

D'autres trucs rigolos qu'on pourra faire :

  1. Jouer dans la cabane dans l'arbre.

  2. Jouer à se déguiser dans le grenier.

  3. Jouer aux princesses. J'ai une couronne. Papa t'en achètera une. Tu n'as pas le droit de toucher à la mienne. Papa achète toujours tout ce qu'on veut.

  4. Jouer aux futures mariées.

  5. Plein d'autres trucs rigolos.

J'aime bien écrire cette lettre. C'est comme si tu étais là. Sauf que tu es invisible.

Je t'aime déjà, Olivia

Livre lu dans le cadre du partenariat logotwitter_bigger - logo 

26 septembre 2009

La Théorie du panda – Pascal Garnier

la_th_orie_du_panda Zulma – janvier 2008 – 174 pages

Présentation de l'éditeur
Grâce à ses talents de cuisinier et son charisme indolent, Gabriel - à peine débarqué dont ne sait où - tisse des liens très forts avec les habitants d'une petite ville de Bretagne : une bien belle réceptionniste d'hôtel, deux junkies au bout du rouleau et surtout José, le patron du Faro, dont la femme est à l'hôpital. pareil au panda en peluche échoué sur le comptoir du Faro, Gabriel offre sa personne et son temps à celles et ceux qui viennent à lui, plus surpris ou séduits que méfiants. Et pourtant, s'ils savaient... Une fois de plus, Pascal Garnier déploie ici tout son charme.

Biographie de l'auteur
La vie de Pascal Garnier est à elle seule toute une histoire. On retiendra surtout qu'il est une figure originale du roman contemporain. Il a élu domicile dans un petit village d'Ardèche où il peint, et écrit aussi pour la jeunesse. On ne s'étonnera pas qu'il ait reçu le Grand prix de l'Humour noir (2006). Après les Hauts du bas, l'A26 ou Comment va la douleur ? (Livre de Poche, 2008), la Théorie du panda confirme, si besoin était, son immense talent.

 

Mon avis : (lu en septembre 2009)

Gabriel arrive d'on ne sait où dans un hôtel d'une petite ville de Bretagne. Très vite il sympathise avec José le patron d'un bar-restaurant, dont l'épouse est hospitalisée, puis avec Madeleine la réceptionniste de l'hôtel. Grâce à ses talents de cuisinier, il tente de faire du bien autour de lui en aidant les autres. Qui est réellement Gabriel ? Pourquoi a-t-il atterri dans cette petite ville ? au fil des chapitres on va découvrir l'histoire passé de Gabriel. Et la fin du livre a été pour moi totalement inattendue. Ce livre est à la fois plein d'humanité, d'humour (souvent noire) et de surréalisme. Je n'ai pas totalement adhéré à l'histoire, j'ai fini le livre en ressentant un certain malaise. En conclusion je suis déçue, j'espérais mieux.

Livre déjà lu du même auteur : Lune captive dans un œil mort

Extrait : (début du livre)

Il est assis, seul au bout d'un banc. C'est un quai de gare désert où s'enchevêtrent des poutrelles métalliques sur fond d'incertitude. La gare d'une petite ville de Bretagne, enfin, celle de l'intérieur, la mer est loin, insoupçonnable, rien de pittoresque. Il flotte dans l'air une vague odeur de lisier. Une pendule propose 17h18. Tête baissée, les coudes sur les genoux, il regarde les paumes de ses mains sales. Pas vraiment sales mais poisseuses de cette sueur grise, sous les ongles surtout, celle des autres qui ont touché avant avant vous les poignées, les accoudoirs, les tablettes. Il les referme, redresse la tête. Parce que l'immobilité totale qui l'entoure semble le provoquer, il se lève, empoigne son sac de voyage, remonte le quai sur une dizaine de mètres et emprunte le passage souterrain en direction de la sortie. Il ne croise personne.

29 juillet 2009

La fenêtre panoramique - Richard Yates

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Robert Laffont – mars 2005 – 528 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Robert Latour

Présentation de l'éditeur
April et Frank Wheeler forment un jeune ménage américain comme il y en a tant : ils s'efforcent de voir la vie à travers la fenêtre panoramique du pavillon qu'ils ont fait construire dans la banlieue new-yorkaise. Frank prend chaque jour le train pour aller travailler à New York dans le service de publicité d'une grande entreprise de machines électroniques mais, comme April, il se persuade qu'il est différent de tous ces petits-bourgeois au milieu desquels ils sont obligés de vivre, certains qu'un jour, leur vie changera... Pourtant les années passent sans leur apporter les satisfactions d'orgueil qu'ils espéraient. S'aiment-ils vraiment ? Jouent-ils à s'aimer ? Se haïssent-ils sans se l'avouer ?... Quand leur échec social devient évident, le drame éclate.

Biographie de l'auteur
Richard Yates naît en 1926 dans l'État de New York. Après une enfance instable dominée par le divorce de ses parents, il rejoint l'armée et est envoyé en France, puis en Allemagne juste après la Seconde Guerre mondiale. De retour à New York au début des années 1950, il devient journaliste puis nègre - il écrit pendant un temps les discours du sénateur Robert Kennedy - et travaille ensuite dans la publicité. En 1961, paraît avec succès aux États-Unis La Fenêtre panoramique (aujourd hui adapté au cinéma sous le titre Les noces rebelles et réédité dans la collection « Pavillons poche »). Après la publication de ce premier roman, finaliste du National Book Award, Richard Yates enseigne entre autres à l'université de New York et de Boston et continue d écrire jusqu à sa mort en 1992.

 

Mon avis : (lu en juillet 2009)

C'est tout d'abord la couverture de ce livre qui m'a attirée lorsque je l'ai découvert dans les blogs, ensuite le film est sortie et la couverture a été changée (dommage... heureusement il s'agit d'une sur-couverture).

Ce livre nous raconte le destin tragique d'un couple américain dans les années 50. Ils font partie de la classe moyenne, ils ont deux jeunes enfants. Leur vie est d'une banalité qui les désole : ils habitent dans une banlieue anonyme, leur vie de couple est houleuse, Frank a un travail plus alimentaire qu'intéressant... Ils souhaiteraient tellement ne pas ressembler à tout le monde et surtout pas à leurs voisins. April propose donc à Frank de quitter son travail et de partir en Europe avec leur deux enfants. Mais leurs projets vont être différés car April tombe enceinte.

Avec un ton souvent désabusé et parfois ironique mais toujours très juste, l'auteur nous décrit avec beaucoup de précisions les sentiments de Frank et d'April ainsi que les nombreux personnages gravitant autour d'eux.

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Une adaptation de ce livre a été faite avec le film «  Les Noces Rebelles » réalisé par Sam Mendes en 2008 et sortie en France le 21 janvier 2009, avec Kate Winslet dans le rôle d'April et Leonardo DiCaprio dans le rôle de Frank

Extrait : (page 200)

Pour les enfants aussi, ce fut une période étrange. Que signifiait exactement : « partir pour l'Europe en automne »? Et pourquoi donc leur mère leur répétait-elle sans cesse que ce serait très drôle, comme si elle supposait qu'ils n'en étaient pas sûrs ? Et d'ailleurs, pourquoi se montrait-elle si fréquemment bizarre ? L'après-midi, elle les serrait contre elle et elle leur posait des questions dans un élan d'effervescence digne d'une veillée de Noël ; et puis, pendant qu'ils lui répondaient, ils la voyaient devenir distraite ; une minute plus tard, elle leur disait : « Oui, mes chéris ; mais ne parlez pas tout à fait autant, voulez-vous ? Une pause pour maman ! »

Et quand leur père rentrait à la maison, ils ne comprenaient pas davantage : il les projetait en l'air et les transportait à bout de bras à travers toute la maison (à croire qu'ils étaient en avion) jusqu'à ce qu'ils eussent le vertige, mais jamais plus avant d'avoir passé un long moment à saluer leur mère près de la porte de la cuisine. Et cette manie de parler pendant tout le dîner ! Impossible pour l'un ou l'autre des enfants de glisser un mot dans la conversation... Michael découvrit qu'il pouvait se trémousser sur sa chaise, répéter à satiété des petites phrases idiotes de bébé dans un monologue perçant et se bourrer la bouche de purée de pomme de terre en faisant pendre sa mâchoire sans encourir le moindre reproche des adultes ; quant à Jennifer, elle restait assise toute droite devant la table, sans daigner regarder son père ; elle feignait de prendre un grand intérêt aux propos de ses parents, et cependant un peu plus tard, impatiente d'aller au lit, elle se décidait à quitter la table d'elle-même, tout tranquillement, en suçant son pouce.

Il y avait au moins quelque chose de consolant : ils pouvaient se coucher sans craindre d'être réveillés une heure plus tard par les bruits soudains d'une dispute (portes claquées, respirations oppressées, coups de poing sur les meubles). Cela, apparemment, était révolu. A présent ils pouvaient somnoler avec, pour fond sonore, deux voix aimables dans un living-room, dont les modulations alternées façonnaient lentement le contour de leurs rêves. Si plus tard ils se réveillaient pour se retourner et chercher du bout de l'orteil une place plus fraîche sous les draps, ils retrouvaient encore ce bruit de fond : une voix de basse, une voix douce et musicale, aussi substantielles et aussi rassurantes qu'une frange bleue de montagnes dans le lointain.

14 août 2009

L'affaire Jane Eyre - Jasper Fforde

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traduction de l'anglais Roxane Azimi

Fleuve Noir – avril 2004 – 387 pages

10/18 – mai 2005 - 410 pages

Présentation de l'éditeur
Dans le monde de Thursday Next, la littérature fait quasiment office de religion. A tel point qu'une brigade spéciale a dû être créée pour s'occuper d'affaires aussi essentielles que traquer les plagiats, découvrir la paternité des pièces de Shakespeare ou arrêter les revendeurs de faux manuscrits. Mais quand on a un père capable de traverser le temps et un oncle à l'origine des plus folles inventions, on a parfois envie d'un peu plus d'aventure. Alors, lorsque Jane Eyre, l'héroïne du livre fétiche de Thursday, est kidnappée par Achéron Hadès, incarnation du mal en personne, la jeune détective décide de prendre les choses en main et de tout tenter pour sauver le roman de Charlotte Brontë d'une fin certaine... " Au croisement du roman policier et de l'uchronie déjantée, Jasper Fforde signe un ouvrage jubilatoire. " Le Monde des livres.

Biographie de l'auteur
Jasper Fforde vit au pays de Galles. Après avoir travaillé vingt ans dans l'industrie cinématographique, il a choisi de concrétiser son rêve d'enfant : devenir écrivain. Son premier roman, L'Affaire Jane Eyre, situé à la frontière entre le thriller littéraire et le conte fantastique, est devenu un livre culte aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Le second volume des aventures de Thursday Next, Délivrez-moi !, a paru en 2005 au Fleuve Noir.

Mon avis : (lu juin 2008)

Ce livre est inclassable… on est à la fois dans de la science-fiction, des voyages dans le temps, on se retrouve dans des univers parallèles, on expérimente le clonage, on rencontre des loups-garous et on est confrontés à quantité des références littéraires. Nous sommes en 1985, la Guerre de Crimée dure toujours entre l’Angleterre et la Russie, les gens se déplacent en dirigeables, les dodos disparus ont été clonés et ils sont appréciés comme animaux de compagnie. L’héroïne de ce roman s’appelle Thursday Next (Jeudi prochain !), elle appartient aux brigades littéraires et elle traque les contrefacteurs d'ouvrages et les vols de manuscrits originaux… Jane Eyre est en danger et Thursday va lui venir en aide... Un univers pleins d’idées vraiment originales qui nous surprennent tout au long du livre.

Ce n’est pas le genre de livre que j’apprécie vraiment (je n’aime pas vraiment le fantastique et la science-fiction…) mais j’ai passé un bon moment car le rythme du livre est tel qu’on ne s’ennuie pas un seul instant. Livre extrêmement original !

Dans la série il existe 4 autres livres :

  delivrez_moi_p          Le_puits_des_Histoires_Perdues_p              sauvez_Hamlet_p           le_d_but_de_la_fin_p

"Délivrez-moi !" "Le puits des Histoires Perdues" "Sauvez Hamlet !" "Le début de la fin"

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