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A propos de livres...
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28 avril 2011

J'irai pas en enfer – Jean-Louis Fournier

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Stock – mars 2001 – 148 pages

Stock – avril 2009 – 148 pages

Livre de Poche – mars 2003 – 156 pages

Quatrième de couverture :
Il a mis la Sainte Vierge dans les W.-C. de l'institution Saint-Joseph.
Il regarde les dames toutes nues dans les livres.
Et, surtout, il a fait à Dieu une promesse qu'il ne va pas tenir.
Le petit Jean-Louis a toutes les bonnes raisons pour aller cuire dans les marmites de l'enfer. Pourtant, quelquefois, il va au ciel. Quand Alfred Cortot lui joue Chopin, quand Luis Mariano lui chante La Belle de Cadix...
Après ses démêlés avec un père alcoolique (Il a jamais tué personne, mon papa), ses démêlés avec le Père éternel.

Auteur : Jean-Louis Fournier est un écrivain, humoriste et réalisateur de télévision né à Arras le 19 décembre 1938. Il est le créateur, entre autres, de La Noiraude et d'Antivol, l'oiseau qui avait le vertige. Par ailleurs, il fut le complice de Pierre Desproges en réalisant les épisodes de La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, ainsi que les captations de ses spectacles au Théâtre Grévin (1984) et au Théâtre Fontaine (1986). C'est également à lui que l'on doit l'intitulé de la dépêche AFP annonçant le décès de l'humoriste: "Pierre Desproges est mort d'un cancer. Etonnant non ?". Il adore Ionesco.
Jean-Louis Fournier est l'auteur de nombreux succès depuis 1992 (Grammaire française et impertinente), Il a jamais tué personne mon papa (1999), Les mots des riches, les mots des pauvres (2004), Mon dernier cheveu noir (2006). Autant de livres où il a pu s'entraîner à exercer son humour noir et tendre. Où on va, papa est peut-être son livre le plus désespérément drôle. 

Mon avis : (lu en avril 2011)
Voilà un petit livre d'à peine 150 pages qui se lit très rapidement et qui m'a fait passer un très bon moment.
Le petit Jean-Louis est un enfant turbulent, qui n'excelle pas en classe contrairement à son jeune frère. « J'arrive pas à me faire remarquer par des choses bien, comme mon frère Yves-Marie, alors je me fais remarquer par des choses mal. Je fais des bêtises pour faire rire les autres. Pour faire rire, je suis prêt à tout. Même à faire pleurer. »
Malgré la menace de l'Enfer, Jean-Louis ne peut pas s'empêcher de faire des pitreries, des bêtises et des péchés mortels. Il se sent pourtant coupable des souffrances qu'il afflige à Jésus sur la croix à chacune de ses frasques... C'est plus fort que lui.
Il lui arrive également des moments de grâce, « J'ai toujours voulu aller au ciel. Pas seulement mon âme, mon corps aussi. » Jean-Louis imagine alors avec son frère de fabriquer un hélicoptère à pédales... et autre un jour « Je suis monté au ciel à violon, plus rapidement qu'avec un hélicoptère à pédales, avec Felix Mendelssohn et son Concerto pour violon en mi mineur. »
De même, un jour où il se retrouve dans « un jardin de campagne, pas très grand, avec de tout, des fleurs, des légumes, des fruits qui poussaient tous ensemble. » En goûtant les abricots et les prunes de ce verger, Jean-Louis s'est senti au paradis...

A travers des anecdotes de son enfance, Jean-Louis Fournier évoque avec humour, légèreté et poésie ce qu'on lui apprenait au catéchisme ou chez lui autour de la religion.
L'épisode où Jean-Louis transporte la Sainte Vierge dans les w-c est l'une de ses plus grosses bêtises, et j'ai beaucoup aimé sa justification « On m'avait appris que la Sainte Vierge était belle et pleine de grâce. Pourquoi l'avoir représentée aussi mal ? » « Si j'ai mis la Sainte Vierge dans les chiottes, c'était pas seulement pour faire rigoler. J'avais une bonne raison. Je trouvais la statue moche. » « C'était pas moi qu'il fallait punir. C'était celui qui avait fait la statue. »
Le bon sens et la naïveté du petit Jean-Louis est implacable !
Encore une fois, j'ai été touché par ce livre de Jean-Louis Fournier qui au-delà de la légèreté de ses textes sait aussi faire passer un message plus profond. Merci à Pimprenelle d'avoir organisé ce Rendez-vous avec Jean-Louis Fournier. 

Extrait : (page 11)
Il a pas l'air en forme. Il a les yeux blancs levés au ciel. Il est barbouillé de sang, il est pâle comme un mort. On l'a accroché au mur sur sa croix, bien haut pour qu'il voie tout. A cette place-là, maintenant, on met les radars pour les cambrioleurs.
Dans la maison, il y a plein de Jésus. Un dans chaque pièce, on peut pas y échapper, où qu'on aille il est là. Il n'y a que dans les w-c où il n'y en a pas. Peut-être qu'à la longue, on ne les voit plus, mais ils sont là. Ils ont l'air de dire : « Regarde dans quel état tu nous as mis, nous sommes cloués sur une croix, nous avons une couronne d'épines sur la tête, nous avons un trou de lance au côté droit, nous saignons. Sais-tu pourquoi nous saignons ? A cause de toi. Nous sommes venus racheter les péchés du monde. Chaque fois que tu fais un péché, on nous enfonce un nouveau clou dans la chair. »
Que répondre à ça ?
Je baisse la tête, confus, honteux. Je suis très mal à l'aise. Je pense à mes péchés : j'ai regardé longtemps dans le décolleté de la maîtresse quand elle se penchait vers moi ; j'ai piqué un paquet de Players à mon père ; j'ai mangé une plaque de chocolat... Quand je pense que c'est à cause de ces péchés-là qu'ils sont en train de sanguinoler sur la croix. Ça me paraît un peu cher payé. Et puis surtout, je leur ai rien demandé.
Le pire, c'est qu'ils ne disent jamais rien. Ils ne se plaignent pas. J'aimerais mieux qu'ils m'engueulent. Au lieu de ça, ils me regardent de leurs bons yeux tristes avec du sang autour, l'air de dire : « On t'en veut pas, on t'aime toujours, on souffre comme une bête à cause de toi mais c'est rien, mon petit Jean-Louis, continue tes conneries, c'est nous qui payons l'addition. »
Le petit Jean-Louis frémit, il tremble. Il se sent tout petit devant le grand crucifix. Il baisse les yeux, honteux, sur ses galoches. Il ose plus regarder en l'air, le ciel.
A l'époque, chaque fois que je faisais un péché, j'entendais derrière moi un cri de douleur, je comprenais qu'on venait de lui planter un nouveau clou. Au début, ça gâche un peu le plaisir, mais après on s'habitue.
Maintenant, le cri, je l'entends même plus.

Déjà lu du même auteur :

ou_on_va_papa_p Où on va papa ? le_cv_de_Dieu Le CV de Dieu

 

l_arithm_tique_impertinente L'arithmétique appliquée et impertinente

 

la_grammaire_impertinente La grammaire française et impertinente

 

il_a_jamais_tu__personne_mon_papa Il a jamais tué personne, mon papa

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29 avril 2011

Prochainement à la télé...

Pour les inconditionnels de Marie-Aude Murail

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France 2 programme le Mardi 3 mai à 20h35 le téléfilm Simple réalisé par Ivan Calbérac
et inspiré de l'oeuvre de Marie-Aude Murail , ce film raconte la vie d'un adolescent handicapé
et de son frère qui doivent se débrouiller seuls suite au décès de leur mère.

Les acteurs : Bastien Bouillon pour interpréter Simple, Julien Drion dans le rôle de Kléber mais aussi Michel Aumont , Valentine Catzeflis , Esteban Carvajal-Algeria , Jeremie Elkaim , Francois Civil , Morgane Cabot , Shemss Audat , Martine Costes-Souyris et Patricia Karim .

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A suivre à 22h05 un débat animé par Christophe Hondelatte . Différents invités et témoins viendront expliquer leur vécu, leur quotidien dans l'entourage d'une personne handicapée. Le choc du diagnostique, la scolarisation, le regard des autres, les structures adaptées, l'avenir, les joies, les espoirs, les craintes, autant de sujets qui seront abordés par Odile, Rémi, Cédric, Véronique et Michel. Tous connaissent et côtoient le handicap mental. 

Le livre :  SimpleSimple

J'ai hâte de découvrir mardi prochain ce téléfilm...

17 avril 2011

Haute fidélité – Nick Hornby

 

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haute_fidelit__2006 haute_fidelit__10_18

Plon – mai 1998 – 252 pages

10/18 – mars 1999 – 252 pages

10/18 – mai 2004 – 252 pages

10/18 – mai 2006 – 315 pages

10/18 – mai 2010 – 315 pages

traduit de l'anglais par Gilles Lergen

Quatrième de couverture :
"Un roman hilarant, voilà l'événement ! [...] II y a de quoi faire dans cette histoire destinée aux individus coincés et mal coincés entre la trentaine et tout ce qui suit. Rob, bientôt trente-six ans, est mal en point : "Qu'ai-je fait de ma vie ?" se demande ce sempiternel adolescent qui craint de vieillir (même bien), au lendemain d'une rupture, en contemplant les bacs de son magasin de disques pop paumé dans une ruelle de Londres. [...] Pour notre plus grand plaisir, Rob, qui se demande in fine s'il ne serait pas un nul, décide d'entamer la falaise. II récapitule ses amours, depuis le premier, à douze ans, qui dura trois fois deux heures, jusqu'au dernier, une nuit correcte avec une chanteuse américaine, et dresse un inventaire hilarant de ses états d'âme. [...] Tous ceux qui considèrent comme vertige nécessaire le fait de savoir à un moment donné faire durer une relation monogame, se délecteront à la lecture de ce roman post-mélancolique qui célèbre les vertus du rire." Catherine Argand, Lire

Auteur : Nick Hornby est né en 1957. Il est devenu un auteur culte outre-Manche avec ses romans : Haute fidélité, A propos d'un gamin, La Bonté : mode d'emploi, Vous descendez ? (finaliste pour le Whitbread Award), Slam et Juliet, Naked. Il a également écrit des ouvrages de non-fiction, Carton jaune, qui obtient le William Hill Sports Book of the Year Award, et 31 songs, finaliste pour le National book Critics Circle Award. En 1999, Nick Hornby s'est vu remettre l'E.M. Forster Award de l'Académie américaine des Arts et Lettres et remporte en 2002 le W.H. Smith Award For Fiction. Il a signé récemment le scénario du film Une Education, réalisé par Lone Sherfig et nominé aux Oscars. Nick Hornby vit et travaille à Highbury, au nord de Londres.

Mon avis : (lu en avril 2011)
Rob Gordon tient une boutique de disques vinyls pour des amateurs d'albums rares des années soixante et soixante-dix. Toute sa vie est dédiée à la musique, elle l'aide a affronter le quotidien et elle donne du sens à son existence. Laura, sa dernière compagne, vient de le quitter. Rob se met donc à faire le bilan de sa vie, il veut comprendre pourquoi il n'arrive pas à construire quelque chose de durable avec une femme...
Rob aime faire des Top 5 musicaux ou autres... Aussi le livre commence par la liste des cinq ruptures inoubliables de Rob. Après sa rupture avec Laura, il va chercher à contacter ses ex pour comprendre ses échecs sentimentaux...
Au début, j'ai eu un peu de mal à rentrer dans cette histoire car dans ce livre la musique à une grande importance, et malheureusement pour moi ma culture musicale des années soixante et soixante-dix est totalement nulle... Ainsi les discussions entre Rob et ses deux employés à la boutique Championship Vinyl avec beaucoup de références musicales étaient pour moi plutôt obscures. J'ai donc commencé à voir le film tiré du livre et même si je n'étais pas sensible à la musique, cela m'a aidé à comprendre l'ambiance de l'histoire et j'ai mieux apprécié la fin de l'histoire de Rob et Laura. (Et j'ai terminé de regarder le film après avoir fini de lire le livre).

 

high_fidelity_film2 High_Fidelity_film

Le Film : Une adaptation de ce livre a été réalisée au cinéma en 2000 par Stephen Frears avec John Cusack, Iben Hjejle, Todd Louiso, Jack Black, Lisa Bonet.
Le film est fidèle au roman sauf que l'action du livre se situe à Londres, alors que dans le film, elle a pour cadre Chicago.
Pour en savoir plus sur le film voir l'article de wikipedia, qui est très complet et qui, par exemple, recense les très nombreux morceaux de musique présents dans le film.

Extrait : (page 35)
Laura part à la première heure lundi matin, avec un panier et un sac de voyage. Ça remet les idées en place de voir le peu de choses qu'elle emporte, cette femme qui aime tant ses affaires, ses théières, ses livres, ses gravures et la petite sculpture qu'elle a achetée en Inde. Je regarde le sac et je me dis : Bon Dieu, elle veut me quitter à ce point !

On s'embrasse devant la porte, elle pleure un peu.
« Je sais pas très bien ce que je fais, dit-elle.
- Je m'en rends bien compte, dis-je à moitié en plaisantant. Tu es pas obligée de partir tout de suite. Tu peux rester autant que tu veux.
- Merci. Mais on a fait le plus dur. Je ferais mieux de...
- Alors reste au moins jusqu'à demain. »
Mais elle fait juste la grimace et tend la main vers la poignée.
Ce n'est pas ce qu'on appelle une sortie élégante. Elle n'a pas une main libre, essaie d'ouvrir la porte quand même, n'y arrive pas, alors je l'aide, mais je la gêne, il faut que je sorte sur le palier pour la laisser passer, elle doit laisser la porte ouverte parce que je n'ai pas la clé, je dois me précipiter derrière elle pour attraper la porte avant qu'elle se referme. Et c'est tout.

J'ai le regret de dire qu'une sensation exaltante, de liberté et d'excitation nerveuse à la fois, pénètre en moi par les orteils et me submerge comme une grande vague. J'ai déjà ressenti ça, et je sais que ça ne signifie pas grand-chose – bizarrement, ça ne signifie pas que je vais être au sommet du bonheur pendant plusieurs semaines, par exemple. Mais je sais que j'ai intérêt à en profiter, à en jouir tant que ça dure.
Voilà comment je célèbre mon retour au royaume du Célibataire : je m'assieds dans mon fauteuil, celui qui ne va jamais me quitter, et j'arrache des brins de laine de son bras ; j'allume une cigarette, bien qu'il soit encore très tôt et que je n'en aie aucune envie, simplement parce que j'ai maintenant le droit de fumer dans cet appart quand je veux, sans attendre mon tour ; je me demande si j'ai déjà rencontré la prochaine femme avec qui je vais coucher, ou s'il s'agira d'une inconnue ; je me demande à quoi elle ressemble, si on va le faire ici ou chez elle, et à quoi ça ressemblera chez elle ; je décide de faire peindre le logo des disques Chess sur le mur du salon. (Il y avait un magasin à Camden qui les avait tous – Chess, Stax, Motown, Trojan – décalqués sur le mur de brique derrière l'entrée, et c'était très chouette. Peut-être que je pourrais dénicher le type qui a fait le boulot et lui demander de la refaire en petit ici.) Je me sens mal. Ça va bien. Je vais travailler.

Lu dans le cadre du Nick Hornby's Challenge
Nick_Hornby_s_challenge

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
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Grande-Bretagne

Déjà lu du même auteur :

Slam Slam juliet__naked Juliet, Naked

13 avril 2011

Taxi – Khaled Al Khamissi

Lu durant le Read-A-Thon Avril 2011RAT_9_10_04_2011

taxi Actes Sud – août 2009 – 189 pages

traduit de l'arabe (Egypte) par Hussein Emara et Moïna Fauchier Delavigne

Quatrième de couverture :
Portant chacune sur un aspect particulier de la vie sociale, économique ou politique en Égypte, ces cinquante-huit conversations avec des chauffeurs de taxi du Caire composent un tableau fascinant de ce pays à un moment clé (avril 2005-mars 2006) du règne du président Hosni Moubarak – qui sollicitait alors un cinquième mandat. Tout y est, en effet : les difficultés quotidiennes de la grande majorité de la population, la corruption qui sévit à tous les échelons de l'administration, l'omniprésence et la brutalité des services de sécurité, le blocage du système poli-tique, les humiliations sans fin que la population subit en silence, les ravages du capitalisme sauvage... Consignés en dialecte égyptien avec un humour décapant et un admirable sens de la mise en scène, ces échanges librement reconstitués par l'auteur, sinon entièrement inventés par lui, relèvent à la fois de la création littéraire et de l'enquête de terrain. S'ils font connaître les griefs des « gens d'en bas », ils laissent aussi entrevoir les raisons pour lesquelles le pouvoir en place tient bon mal-gré sa décrépitude et son impopularité. C'est sans doute cette combinaison inédite de lucidité politique, de tendresse pour les plus faibles et d'humour qui explique la diffusion de Taxi, dans sa version originale, à plus de cent mille exemplaires.

Auteur : Né au Caire, Khaled Al Khamissi est producteur. réalisateur et journaliste. Diplômé de sciences politiques de l'université du Caire et de relations internationales de l'université de Paris-Sorbonne, il a publié en 2007 ce premier livre, devenu rapidement un best-seller et aussitôt traduit en plusieurs langues européennes. Son deuxième opus, Safinat Nûh (L'Arche de Noé), paraîtra au Caire à la fin de 2009.

Mon avis : (lu en avril 2011)
Voilà un livre qui se lit très facilement, il regroupe cinquante-huit courtes histoires qui racontent des conversations entre un chauffeur de taxi et son client dans la ville du Caire. C'est une façon très originale de découvrir l'Egypte d'aujourd'hui et sa capitale. Au cours de ses conversations, beaucoup de sujets sont abordés : la politique, la vie quotidienne, la corruption, le football, la culture... Ces conversations réelles ou imaginaires sont tour à tour drôles, émouvantes ou touchantes. Un voyage agréable et très instructif.

Extrait : (page 23)
- On se demande pourquoi l'économie est foutue ! s'est exclamé le taxi. Ce sont les gens qui la foutent en l'air. Vous y croyez, vous ? En Egypte, les gens paient plus de vingt milliards de livres chaque année en factures de téléphone. Vingt milliards de livres, ça veut dire que si on ne parlait pas pendant deux ou trois ans, l'Egypte serait transformée. Les Egyptiens sont tarés, je vous jure. Ils n'ont pas de quoi manger mais chacun se balade avec son téléphone portable et une cigarette à la bouche.
Les hommes sont censés être raisonnables mais ils dilapident tout leur argent dans le téléphone et les cigarettes. Quels fléaux ! Et après, ils vont se plaindre que le pays ne va pas bien.
L'argent de tous les Egyptiens atterrit dans les poches de quatre sociétés : Egypt Telecom, Mobinil, vodafone et Eastern Tobacco Company.
Et les pubs, malheur à elles, elles abrutissent les gens : « Abonnez-vous à Mobinil... Non... Abonnez-vous à Vodafone. » Le monde est fou. Il faut absolument interdire ces pubs. Nous vivons dans un univers de mensonges, ouvert jour et nuit. Tu marches dans la rue, tu vois des pubs, tu allumes la radio... des pubs... tu rentres à la maison, la télé est allumée... des pubs. Et elles sont toutes vulgaires et mensongères.
Les gens sont comme des animaux, à gober les pubs et à jeter leur argent par les fenêtres. Ensuite ils nous disent qu'il n'y a pas d'argent dans ce pays. Comment ça, pas d'argent ? Et les milliards dépensés en paroles, ils viennent d'où ?
Vous pensez pas qu'il faudrait mieux que cet argent serve d'abord à la nourriture, au logement, à l'éducation et à la santé ? Mais à qui on peut dire ça ? ! Si notre Premier ministre est le patron des téléphones, c'est lui qui est à la tête des bavardages.
Moi, si on me donnait les rênes de ce pays un seul jour, non, une seule minute, la seule décision que je prendrais serait d'interdire les pubs.
Avant, de mon temps, les pubs étaient au service de la société. Et il n'y en avait quasiment pas. Alors qu'aujourd'hui, les pubs sont faites pour détruire la société. Et elles vont effectivement la détruire et s'asseoir sur ses ruines. Vous pourrez dire qu'Abou Ismaïl vous avait prévenu.

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Métier"

10 avril 2011

Marina – Carlos Ruiz Zafon

 

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Robert Laffont – janvier 2011 – 303 pages

Pocket Jeunesse – janvier 2011 – 331 pages

traduction de l'espagnol par François Maspero

Quatrième de couverture :
Dans la Barcelone des années 1980, Oscar, quinze ans, a l'habitude de fuir le pensionnat où il est interne. Au cours de l'une de ses escapades, il fait la connaissance de Marina. Fascinée par l'énigme d'une tombe anonyme, Marina entraîne son jeune compagnon dans un cimetière oublié de tous. Qui est la femme venant s'y recueillir ? Et que signifie le papillon noir qui surplombe la pierre tombale ? S'égarant dans les entrailles d'une terrifiante cité souterraine, s'enfonçant dans les coulisses d'un inquiétant théâtre désaffecté, Oscar et Marina réveillent les protagonistes d'une tragédie vieille de plusieurs décennies.

L’auteur : écrivain catalan, Carlos Ruiz Zafón vit à Los Angeles, où il est également scénariste. L'Ombre du vent, prix Planeta (2004), prix du meilleur livre étranger – roman (2004), a aussi sélectionné pour le prix Femina étranger.

Mon avis : (lu en avril 2011)
Ce livre est l'un des premiers romans de Carlos Ruiz Zafon publié en Espagne en 1999. Il est publié en France en 2011 dans deux éditions une adulte et une jeunesse. Comme dans ces livres suivants, Nous retrouvons la ville de Barcelone personnage à part entière de son livre et une atmosphère de mystère.

Au début du livre, nous sommes dans les années 80, Oscar Drai, âgé de quinze ans, est retrouvé sur le quai de la gare de France à Barcelone après avoir disparu des son internat pendant une semaine. Le livre va nous raconter pourquoi il a disparu. Quelques semaines auparavant, Oscar a rencontré Marina, elle habite avec son père une mystérieuse maison qui semble abandonnée. Ils ont le même âge et Marina entraîne avec elle Oscar à résoudre un mystère : pourquoi dans un vieux cimetière de la ville de Barcelone, une vieille dame voilée visite-t-elle chaque fin de mois une tombe anonyme ornée du dessin d'un papillon noir ? Leur enquête va les faire découvrir un certain Mihail Kolvenik, savant fou, ayant vécu à Barcelone dans les années quarante et cinquante, elle va les mener également dans des lieux effrayants.

Il y a dans ce livre un mélange de réalité et de science-fiction et l'intrigue se déroule comme un roman policier. Tout est empreint de mystère, d'ombre comme nous l'annoce la toute première phrase du livre. «  Nous ne nous souvenons que de ce qui n’est jamais arrivé »
J'ai plutôt bien aimé ce livre les personnages sont attachants et la conclusion du livre plutôt inattendu même si j'avais très rapidement deviné certaines choses.

Mon livre préféré de Carlos Ruiz Zafon reste cependant le premier que j'ai lu, c'est à dire « L'ombre du vent ».

Extrait : (début du livre)
Nous ne nous  souvenons que de ce qui n’est jamais arrivé, m’a dit un jour Marina. Il aura fallu que s’écoule une éternité pour que je finisse par comprendre le sens de ces mots. Mais mieux vaut commencer par le début, qui, dans cette histoire, se trouve être la fin.
En mai 1980, j’ai disparu du monde pendant une semaine. Sept jours et sept nuit durant, nul n’a su où j’étais. Amis, camarades, professeurs et même la police se sont lancés à la recherche de ce fugitif que déjà certains croyaient mort ou devenu soudain amnésique et perdu dans des rues mal famées.

Une semaine plus tard, un policier en civil a cru me reconnaître : la description du garçon disparu concordait. Le suspect errait dans la gare de France, comme une âme en peine dans une cathédrale de fer et de brume. L’agent s’est approché de moi avec des précautions digne d’un roman de la Série noire. Il m’a demandé si je m’appelais bien Óscar Drai et si j’étais le garçon disparu de son internat sans laisser de traces. J’ai acquiescé sans desserrer les dents. Je me souviens du reflet de la voûte de la gare dans ses verres de lunettes.
Nous nous sommes assis sur un banc du quai. Le policier a allumé posément une cigarette. Il l’a laissée se consumer sans la porter à ses lèvres. Il m’a dit qu’il y avait un tas de gens qui m’attendaient pour me poser des questions auxquelles je devais me préparer,  afin de leur donner de  bonnes réponses. J’ai acquiescé de nouveau. Il m’a regardé dans les yeux, en m’étudiant. « Parfois, a-t-il dit, raconter la vérité n’est pas une bonne idée, Óscar. » Il m’a tendu quelques pièces et m’a demandé de téléphoner au directeur de l’internat. Il a attendu que j’aie terminé, puis m’a donné de l’argent pour un taxi et souhaité bonne chance. Je lui ai demandé comment il savait que je n’allais pas disparaître à nouveau. Il m’a observé longuement. « Seuls disparaissent ceux qui ont un endroit où aller », s’est-il borné à répondre. Il m’a accompagné dans la rue, où il m’a dit adieu sans me questionner davantage. Je l’ai vu s’éloigner dans le Paseo Colón. La fumée de sa cigarette intacte le suivait comme un chien fidèle.
Ce jour là, le fantôme de Gaudi sculptait dans le ciel de Barcelone des nuages impossibles sur un azur qui blessait les yeux. J’ai pris un taxi pour l’internat où je supposais que m’attendait le peloton d’exécution.    

Déjà lu du même auteur : l_ombre_du_vent L'ombre du vent le_jeu_de_l_Ange Le jeu de l'Ange

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
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Espagne

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Prénom"

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24 mars 2011

Sur Europe1, cette nuit...

Un livre pour la nuit : La rivière noire - Arnaldur Indridason

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Après le Salon du Livre de Paris où les lettres nordiques ont été mises à l’honneur,  Europe 1 propose, dans la nuit du jeudi 24 au vendredi 25 mars, de 1h à 4h30, la lecture du roman policier La rivière Noire, d’Arnaldur Indridason.

Pour ceux qui dorment à ces heures là... il est souvent possible de réécouter la lecture sur le site d'Europe 1 pendant quelques semaines.

Pour en savoir plus sur ce livre : mon avis

24 mars 2011

Les insurrections singulières - Jeanne Benameur

les_insurrections_singuli_res Actes Sud – janvier 2011 – 197 pages

Quatrième de couverture :
Au seuil de la quarantaine, ouvrier au trajet atypique, décalé à l'usine comme parmi les siens, Antoine flotte dans sa peau et son identité, à la recherche d'une place dans le monde. Entre vertiges d'une rupture amoureuse et limites du militantisme syndical face à la mondialisation, il lui faudra se risquer au plus profond de lui-même pour découvrir une force nouvelle, reprendre les commandes de sa vie.
Parcours de lutte et de rébellion, plongée au cœur de l'héritage familial, aventure politique intime et chronique d'une rédemption amoureuse, Les Insurrections singulières est un roman des corps en mouvement, un voyage initiatique qui nous entraîne jusqu'au Brésil.
Dans une prose sobre et attentive, au plus près de ses personnages, Jeanne Benameur signe une ode à l'élan de vivre, une invitation à chercher sa liberté dans la communauté des hommes, à prendre son destin à bras-le-corps. Parce que les révolutions sont d'abord intérieures. Et parce que « on n'a pas l'éternité devant nous. Juste la vie ».

Auteur : Née 1952, en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, Jeanne Benameur vit en France depuis l'âge de 5 ans. Elle débute sa carrière d'écrivain avec des livres de jeunesse comme 'Samira des quatre routes' ou 'Adil coeur rebelle', avant d'ouvrir son registre à la littérature pour adulte. Lauréate du prix Unicef en 2001, Jeanne Benameur se distingue sur la scène littéraire avec 'Les Demeurées', l'histoire d'une femme illettrée et de sa fille. Directrice de collection chez Actes Sud junior ainsi qu'aux éditions Thierry Magnier, l'auteur publie son autobiographie, 'Ça t'apprendra à vivre' en 1998. Influencée par ses origines culturelles, Jeanne Benameur s'inspire aussi de son expérience d'enseignante pour évoquer les thèmes de l'enfance (' Présent ?') mais aussi de la sensation et du corps (' Laver les ombres') dans un style pudique et délicat. Elle publie aussi 'Les Mains libres'.

Mon avis : (lu en mars 2011)
"Parce que les révolutions sont d'abord intérieures. Et parce qu'on n'a pas l'éternité devant nous. Juste la vie", cette phrase résume bien le fond de ce livre.
Antoine est un ouvrier de quarante ans, même avec un bac en poche, faute de motivation il a préféré travailler à l'usine comme son père. Lorsque le livre commence, Antoine fait le point sur sa vie, l'usine dans laquelle il travaille est menacée de délocalisation, sa compagne vient de le quitter et il est revenu s'installer chez ses parents. Rien a changé dans la maison familiale, l'image que lui renvoie ses parents l'effraye, il veut faire autre chose de sa vie.
Après sa rencontre avec Marcel un vieux bouquiniste et la lecture d'un livre, Antoine décide de partir au Brésil dans la ville où son usine doit être délocalisée. Un voyage inoubliable...

Une belle histoire, une écriture simple, précise, pleine de poésie. Des phrases courtes qui chantent comme une musique. J'ai beaucoup aimé ce livre, surtout la partie du voyage au Brésil.

Extrait : (début du livre)
Il y a longtemps, j'ai voulu partir. Ce soir, je suis assis sur les marches du perron. Dans mon dos, la maison de mon enfance, un pavillon de banlieue surmonté d'une girouette en forme de voilier, la seule originalité de la rue. Je regarde la nuit venir.

C'était un soir, dans la cuisine, celle qui est toujours là si je me retourne, que j'ouvre la porte et je fais six pas pour arriver au fond du couloir. C'était comme ce soir, trop chaud.
Mon père fignolait une de ses maquettes de bateaux anciens. Sur la toile cirée, ses doigts, quand ils avaient appuyé longtemps, laissaient une trace, comme la buée sur les vitres. Et puis la trace disparaissait.
Ce soir-là, j'ai eu peur. Peur, si je restais dans cette cuisine, dans cette maison, de devenir comme la trace des doigts de mon père. Juste une empreinte. Qui disparaîtrait aussi.
Je fixais la maquette.
Ma mère faisait la vaisselle. Le clapotis de l'eau dans l'évier pour accompagner tous les rêves de caravelle.
Et ma poitrine qui se serrait. J'avais huit ans. Les maquettes, c'était le monde en miniature, un monde qui tenait dans le creux d'une main. Réduit. Moi, le monde, je le voulais grand. Pas réduit.
Et ma respiration se cognait contre les bords.

Déjà lu du même auteur :
les_demeur_es Les Demeurées les_mains_libres_p_ Les Mains libres
c_a_t_apprendra___vivre Ça t'apprendra à vivre
 laver_les_ombres  Laver les ombres
si_m_me_les_arbres_meurent_2 Si même les arbres meurent
 pr_sent Présent ?

 

15 mars 2011

Nuits Blanches à Manhattan - Robyn Sisman

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Belfond – mai 2005 – 348 pages

France Loisirs - 2000 – 457 pages

Pocket – mai 2005 – 466 pages

traduit de l'américain par Christiane Ellis et David Ellis

Présentation de l'éditeur :
L'impétueuse Suzy Wilding, trente-deux ans, graphiste dans une importante agence de pub londonienne, et le fringant Lloyd Rockwell, trente-cinq ans, publicitaire à NewYork, ignorent tout l'un de l'autre... jusqu'au jour où leurs sociétés jumelles leur offrent d'échanger bureau et appartement pendant un mois.
Très enthousiastes, ils acceptent tous deux l'excitante proposition, mais rapidement, de part et d'autre de l'océan, il faut déchanter... À New York, l'accueil fait à Suzy est des plus froids et l'explosive assistante qu'elle découvre sur place dévoile une dentition de requin ; à Londres, Lloyd tombe des nues : accusé de haute trahison par sa direction, ses jours dans l'entreprise seraient comptés. Qui a bien pu ourdir une telle machination ? Suzy la débrouillarde prend l'enquête en main. Les liaisons téléphoniques transatlantiques grésillent bientôt de croustillantes révélations... "

Auteur : Née aux États-Unis, Robyn Sisman vit aujourd'hui en Angleterre, près de Bath, avec son mari et leurs deux filles. Elle a travaillé dans l'édition avant de se consacrer à l'écriture. Ses succès sont Nuits blanches à Manhattan (1999) et Cul et chemise (2001).

Mon avis : (lu en mars 2011)
J'ai pris ce livre à la bibliothèque car j'étais persuadée avoir vu le film qui était tiré du livre. Or après recherches je n'ai pas retrouvé le nom du film issu de ce livre. Je l'ai peut-être rêvé...

Ce livre est classé dans le genre Chick-Lit (désigne un roman écrit par les femmes, pour le marché féminin), genre que je lis assez rarement.
L'agence de pub Schneider Fox a des agences des deux côtés de l'Atlantique : une à New York et une à Londres. Tous les ans, il y a un programme d'échange de bureau et d'appartement entre collègues pendant un mois. Cette année, Lloyd Rockwell, rédacteur en publicité prometteur de l'agence New Yorkaise, doit faire l'échange avec Julian Joyaux. Mais celui-ci quitte l'agence pour un concurrent et l'échange risque de ne pas se faire. Mais Suzy Wilding, graphiste londonienne accepte de prendre sa place au dernier moment.
Les deux personnages principaux sont très différents et très attachants, Suzy a 32 ans, elle est une célibataire endurcie, plutôt excentrique et venant d'Angleterre. Lloyd Rockwel a 35 ans, il vit avec sa petite amie dans un appartement ordonné, il a une vie rangée et programmée, il vient des États-Unis.
Chacun va découvrir un peu de l'autre en vivant dans l'appartement de l'autre. Pour tous les deux, c'est comme un rêve d'aller vivre un mois à New-York ou à Londres. Mais alors qu'il est déjà à Londres, Rockwell est accusé de trahison et il est renvoyé sur le champ. A distance, Suzy va faire son enquêter et aider Lloyd à se défendre.
L'intrigue est sans surprise surtout si on a lu la quatrième de couverture jusqu'au bout... Mais j'ai trouvé cette lecture plutôt amusante et détendante. Je me suis même plusieurs fois surprise à éclater de rire. (heureusement, je lisais chez moi et pas dans le train...)

Extrait : (page 61)
C'était une petite maison de brique jaune sale, enserrée dans un alignement de constructions identiques, de la fin de l'époque victorienne d'après Lloyd. Devant la maison, derrière une clôture en fer forgé, un jardin étriqué avait été abandonné aux mauvaises herbes. Sur le toit d'ardoise, un fouillis de cheminées et d'antennes de télévision se profilait dans la lueur d'un crépuscule aux couleurs menaçantes.
- Très pittoresque, commenta Lloyd en adressant un sourire d'encouragement à Betsy.
Devant la porte d'entrée, un amoncellement de sacs-poubelle noirs attendait le jour de ramassage des ordures ménagères.
- Du pur Dickens !
- Je ne t'aurais pas donné les clés, par hasard ?
Betsy secoua la tête. Une pluie fine se mit à tomber.
- Je voulais juste m'en assurer, fit Lloyd avant de fouiller, une à une, toutes les poches de son sac de voyage.
La voiture qui les avait accueillis à l'aéroport leur avait aussi apporté les clés dans une enveloppe cachetée. Lloyd savait qu'il les avait mises en lieu sûr, mais quel lieu sûr ? Il commença à vider le contenu de son sac sur le pilier qui soutenait un portail déglingué, déballant portefeuille et cartes de crédit sous le regard d'acier de Betsy.
- Et dans ton imperméable ?
- Tu sais bien que je ne mets jamais rien dans mes poches.
En fait, c'était Betsy qui lui avait apprit que cela cassait la ligne des vêtements, et Lloyd essayait de se corriger de cette habitude.
Mais elle avait vu juste, comme toujours. Lloyd empoigna les valises et gravit les quelques marches du perron. La porte d'entrée donnait sur un petit hall avec deux autres portes. Celle de gauche était la leur et permettait d'accéder à un escalier assez raide conduisant au premier étage.
- Oh ! Seigneur ! s'écria Betsy avec un mouvement de recul devant la couleur criarde de l'escalier.
Au sommet, après un palier étroit, se trouvait la cuisine, une pièce exiguë et encombrée, peinte en jaune jonquille ; un sycomore pressait son feuillage contre la haute fenêtre. Quelques marches supplémentaires menaient à un couloir avec trois autres portes. Betsy ouvrit la première avec précaution. La pièce était sombre, les volets empêchant la lumière du jour d'y pénétrer. Lloyd ne put distinguer qu'un grand lit de cuivre qui semblait occuper tout l'espace. Son enthousiasme tomba. Il entendait déjà Betsy pestant contre l'absence de rangements.   

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Géographie"

Challenge 100 ans de littérature américaine 2011
challenge_100_ans

8 mars 2011

Le jardin du diable – Ace Atkins

Lu en partenariat avec Blog-O-Book et les Éditions du Masque

atkins_le_jardin_du_diable_2 Éditions du Masque – janvier 2011 – 360 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Christophe Mercier

Quatrième de couverture :
1921, San Francisco. Samuel (plus tard Dashiell, quand il commencera à écrire) Hammett, enquêteur pour Pinkerton, est chargé d’interroger les témoins de ce qui va être le grand procès du monde du cinéma : Roscoe Arbuckle, dit Fatty, célèbre star du comique muet, est accusé d’avoir, lors d’une orgie dans son hôtel, « écrasé » une jeune actrice, Virginia Rappe, provoquant sa mort. L’affaire est un coup monté, dont le livre nous développe les étapes en alternance avec le cheminement de Hammett, marié à une infirmière, tuberculeux, adorant son métier, fumant et buvant beaucoup, et posant toujours les bonnes questions. Il rencontre en route une séduisante blonde, agent du FBI, qui cherche à découvrir qui a approvisionné en alcool la fameuse orgie qui a mal tourné. Outre les deux personnages principaux, les rôles secondaires sont des « people » aussi célèbres que Marion Davies et Howard Hugues, grand instigateur du complot. Le Jardin du diable est aussi une réflexion sur les mœurs dépravées de l’époque, l’obsession de la célébrité et de l’argent, la corruption des magistrats et l’impunité de Hearst : le côté Amérique pourrie qui a poussé Hammett à écrire par la suite Moisson rouge et La Clé de verre.

Auteur :Natif de l’Alabama, Ace Atkins, 40 ans, vit dans le comté d’Oxford, Mississipi, au pays de Faulkner. Ace a pratiqué le football en championnat, été un temps libraire, puis journaliste. Ses enquêtes criminelles dans le Tampa Tribune lui ont valu d’être nommé pour le Livingston Award et pour le prix Pulitzer en 2001. Il est l’auteur de Blues Bar, Dirty South Rap et Tampa Confidential.

Mon avis : (lu en mars 2011)
Ce roman a été écrit à partir de faits réels : En 1921, à San Francisco, Roscoe Arbuckle, dit « Fatty », est l’une des plus grandes stars du cinéma muet. Lors d'une fête particulièrement arrosée, qu'il a organisé et où beaucoup de personnes se sont invités, une jeune starlette, Virginia Rappe est retrouvée mortellement blessée, une amie qui l'accompagne accuse Fatty d'avoir « écrasé » Virginia. Le lecteur comprend vite que Arbuckle est victime d'un coup monté : les témoins sont manipulés et les preuves trafiqués. Sam Hammett, détective à la Pinkerton National Detective Agency, fait son enquête pour le compte de l'avocat de Roscoe Arbuckle.
Ace Akins nous décrit dans cette histoire où se mêle la fiction et la réalité, une époque dissolue où l'alcool coule à flots malgré la prohibition, et où le monde d'Hollywood fascine l'Amérique.

J'avoue avoir eu du mal à lire ce livre, je me suis ennuyée car je m'attendais à lire un roman policier et c'est presque plutôt un documentaire. L'auteur s'est très bien documenté, mais à mon goût cela manque d'action, de suspens ou de rebondissement...

Merci à Blog-O-Book et aux Éditions du Masque pour m'avoir permis de découvrir ce livre.

Pour en savoir plus sur cette histoire vraie : wikipedia

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Loisirs"

 

7 mars 2011

C'est lundi ! Que lisez-vous ? [19]

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C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou et proposé par Galleane 

Qu'est-ce que j'ai lu la semaine dernière ?

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Le confident - Hélène Grémillon
L’homme de Kaboul - Cédric Bannel (Partenariat Canalblog)
Le jardin du diable - Ace Atkins (Partenariat Bob)

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

Dix petits nègres - Agatha Christie (relecture)

Que lirai-je cette semaine ?

Des éclairs - Jean Echenoz
G229 - Jean-Philippe Blondel

Bonne semaine, bonnes lectures et à lundi prochain !

MaigretSur mon blog (du 2/03 au 15/03)

5 mars 2011

Le confident – Hélène Grémillon

leconfident Plon – août 2010 – 301 pages

Quatrième de couverture : 
Au milieu des mots de condoléances qu'elle reçoit à la mort de sa mère, Camille découvre une étrange lettre envoyée par un expéditeur inconnu. Elle croit à une erreur mais, les semaines suivantes, une nouvelle lettre arrive, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés. Peu à peu, Camille comprend que cette correspondance recèle un terrible secret qui la concerne. Machination diabolique sur fond de Seconde Guerre mondiale, ce roman mêle récit historique et suspens psychologique dans un scénario implacable.

Auteur : Après une maîtrise de lettres et un DEA d'histoire, Hélène Grémillon s'est lancée dans le journalisme et la réalisation. Auteur de plusieurs courts-métrages et du clip de la chanson « la Jupe en laine » pour Julien Clerc. Elle a 32 ans. Le Confident est son premier roman.

Mon avis : (lu en mars 2011)
Ce sont les nombreux articles positifs de la blogosphèrequim'ont encouragée à découvrir ce premier roman.

Dès les première pages, j'ai beaucoup aimé ce livre, j'ai été pris par l'histoire.
Tout commence lorsque Camille découvre parmi toutes les lettres de condoléances reçues à la suite du décès de sa mère une enveloppe plus épaisse et plus lourde que les autres. Il s'agit d'une lettre longue et étrange envoyée par un expéditeur inconnu, un certain Louis. D'autres lettres vont suivre chaque mardi racontant petit à petit une histoire d'amour, puis de haine entre deux femmes et autour d'un enfant et d'un homme, à l'époque de la Seconde Guerre Mondiale.
C'est un roman à plusieurs voix autour d'un secret de famille, tout se dévoile très progressivement, le récit est captivant et très bien construit.
Les personnages de cette histoire sont vraiment très touchants, il est essentiellement question de maternité et de mensonges ou non dits qui vont gâcher et briser plusieurs vies.
Un très beau livre, très touchant et bouleversant.

Quelques billets qui m'ont donnée envie de découvrir ce livre : Canel, Stephie, Sandrine et Blog-O-Book

Extrait : (début du livre)
Un jour, j’ai reçu une lettre, une longue lettre pas signée. C’était un évènement, car dans ma vie je n’ai jamais reçu beaucoup de courrier. Ma boîte aux lettres se bornant à m’annoncer que la-mer-est-chaude ou que la-neige-est-bonne, je ne l’ouvrais pas souvent. Une fois par semaine, deux fois les semaines sombres, où j’attendais d’elles, comme du téléphone, comme de mes trajets dans le métro, comme de fermer les yeux jusqu’à dix puis de les rouvrir, qu’elles bouleversent ma vie.
Et puis ma mère est morte. Alors là, j’ai été comblée, pour bouleverser une vie, la mort d’une mère, on peut difficilement mieux faire.

Je n’avais jamais lu de lettres de condoléances. A la mort de mon père, ma mère m’avait épargné cette funèbre lecture. Elle m’avait seulement montré la convocation à la remise de médaille. Je me souviens encore de cette foutue cérémonie, j’avais treize ans depuis trois jours : un grand type me serre la main, il me sourit mais c’est un rictus que je reçois à la place, il a la gueule de travers et quand il parle, c’est pire.

- Il est infiniment déplorable que la mort ait été l’issue d’un tel acte de bravoure. Votre père, mademoiselle, était un homme courageux.
- Vous dites cette phrase à tous les orphelins de votre guerre ? Vous pensez qu’un sentiment de fierté fera diversion à leur chagrin. C’est très charitable de votre part, mais laissez tomber, je n’ai pas de chagrin. Et puis mon père n’était pas un homme courageux. Même la grande quantité d’alcool qu’il ingurgitait tous les jours ne l’y aidait pas. Alors disons que vous vous trompez d’homme et n’en parlons plus.
- Au risque de vous étonner, je maintiens, mademoiselle Werner, que c’est bien du sergent Werner – votre père – dont je vous parle. Il s’est porté volontaire pour ouvrir la voie, le champ était miné et il se savait. Que vous le vouliez ou non, votre père s’est illustré et vous devez prendre cette médaille.
- Mon père ne s’est pas « illustré », stupide grande gueule de travers, il s’est suicidé et il faut que vous le disiez à ma mère. Je ne veux pas être la seule à le savoir, je veux pouvoir en parler avec elle et avec Pierre aussi. Le suicide d’un père, ça ne peut pas être un secret.

Je m’invente souvent des conversations pour dire les choses que je pense, c’est trop tard, mais ça me soulage. En vrai, je ne suis pas allée à cette cérémonie pour la mémoire des soldats de la guerre d’Indochine et, en vrai, je l’ai dit une seule fois ailleurs que dans ma tête que mon père s’est suicidé, c’était à ma mère, dans la cuisine, un samedi.


Livre 36/42 pour le Challenge du 6% littéraire1pourcent2010

2 janvier 2011

Mes Challenges en cours...

Je commence l'année 2011 avec 6 challenges... dont beaucoup sont déjà en cours :

1pourcent2010 1er challenge : Challenge 1% littéraire 2010

Challenge organisé par Schlabaya, il s'agit de lire au moins 1% des 701 sorties littéraires prévues cet automne. Soit au moins 7 livres...  (fin du challenge juin 2011)

livre n°1 : Desert Pearl Hotel - Pierre-Emmanuel Scherrer
livre n°2 : Une affaire conjugale - Eliette Abécassis
livre n°3 : Le Délégué - Didier Desbrugères
livre n°4 : Des gifles au vinaigre - Tony Cartano
livre n°5 : Ouragan - Laurent Gaudé
livre n°6 : Passé sous silence – Alice Ferney
livre n°7 : En attendant la montée des eaux – Maryse Condé       Challenge 1%
livre n°8 : Le coeur régulier - Olivier Adam
livre n°9 : La maison d'à côté - Lisa Gardner
livre n°10 : L’amour est une île - Claudie Gallay
livre n°11 : En cuisine – Monica Ali
livre n°12 : Rosa Candida – Audur Ava Ólafsdóttir
livre n°13 : Vivement l'avenir - Marie-Sabine Roger
livre n°14 : De deux choses l'une - Christine Détrez                         Challenge 2%

livre n°15 : Grandir - Sophie Fontanel                    
livre n°16 : Haïti Kenbe la ! - Rodney Saint-Eloi
livre n°17 : Sans un adieu - Harlan Coben
l
ivre n°18 : Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent... - Eric-Emmanuel Schmitt
livre n°19 : Jours toxiques - Roxana Robinson
livre n°20 : L'insomnie des étoiles - Marc Dugain
livre n°21 : Le septième fils – Arni Thorarinsson                              Challenge 3%
livre n°22 : Oscar Pill, Tome 3 : Le secret des Éternels – Eli Anderson
livre n°23 : Theodore Boone. Enfant et justicier - John Grisham
livre n°24 : L'Hypnotiseur - Lars Kepler
livre n°25 : Mon vieux et moi - Pierre Gagnon
livre n°26 : La Ballade de Lila K - Blandine Le Callet
livre n°27 : La couleur des sentiments - Kathryn Stockett
livre n°28 : Sanctuaires ardents – Katherine Mosby                   Challenge 4%
livre n°29 : La malédiction des colombes - Louise Erdrich
livre n°30 : Purge - Sofi Oksanen
livre n°31 : Double faute – Lionel Shriver
livre n°32 : Les Anonymes - R.J. Ellory

livre n°33 : Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants – Mathias Enard

Viking_Lit 2ème challenge : Challenge Viking Lit'

livre n°1 : Été – Mons Kallentoft (Suède)

livre n°2 : L'héritage impossible - Anne B. Ragde (Norvège)
livre n°3
: Rosa Candida – Audur Ava Ólafsdóttir (Islande)
livre n°4 : L'Hypnotiseur - Lars Kepler (Suède)
livre n°5 : Purge - Sofi Oksanen (Finlande)

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3ème challenge : Baby Challenge - Contemporain organisé par Livraddict

Livres déjà lus :  10 /20    Médaille en chocolat  

1 - Une Prière Pour Owen de John Irving
2 - La Saga Malaussène, tome 1 : Au bonheur des ogres de Daniel Pennac
3 - Le Clan des Otori, tome 1 : Le Silence du Rossignol de Lian Hearn
4 - Entre chiens et loups, tome 1 de Malorie Blackman
5 - Kafka sur le rivage de Haruki Murakami
6 - La porte des enfers de Laurent Gaudé
7 - Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Mary Ann Shaffer
8 - Les Thanatonautes de Bernard Werber
9 - Oscar et la dame rose de Eric-Emmanuel Schmitt
10 - L'évangile selon Pilate, suivi de Journal d'un roman volé de Eric-Emmanuel Schmitt
11 - Seul le silence de R.J. Ellory
12 - La vie devant soi de Emile Ajar
13 - Le monde de Sophie de Jostein Gaarder
14 - L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon
15 - La ferme des animaux de George Orwell
16 - L'enfant de Noé de Eric-Emmanuel Schmitt
17 - Ensemble, c'est tout de Anna Gavalda
18 - Les enfants de la liberté de Marc Levy
19 - Cosmétique de l'ennemi de Amélie Nothomb
20 - Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé

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4ème challenge : Baby Challenge - Polar organisé par Livraddict
Livres déjà lus :  9/20   Médaille en chocolat    

1 - Blacksad, tome 1 : Quelque part entre les ombres de Juan Diaz Canales
2 - La Trilogie Berlinoise de Philip Kerr
3 - Un lieu incertain de Fred Vargas
4 - Dix petits nègres d'Agatha Christie
5 - Innocent de Harlan Coben
6 - Spellman et associés de Lisa Lutz
7 - Le crime de l'Orient-Express de Agatha Christie
8 - Millénium, tome 1 : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes de Stieg Larsson
9 - L'étrangleur de Cater Street de Anne Perry
10 - Le huit de Katherine Neville
11 - Les fables de sang de Arnaud Delalande
12 - L'homme à l'envers de Fred Vargas
13 - Le chien des Baskerville d'Arthur Conan Doyle
14 - Cadres noirs de Pierre Lemaitre
15 - Le Poète de Michael Connelly
16 - Un monde sans fin de Ken Follett
17 - Nous n'irons plus au bois de Mary Higgins Clark
18 - Le Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux
19 - L'affaire Jane Eyre de Jasper Fforde
20 - L'homme aux cercles bleus de Fred Vargas

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5ème challenge : Voisins, voisines organisé par kathel, il s'agit de lire un ou plusieurs livres d'auteurs européens.
livre n°1 : Le cimetière des bateaux sans nom - Arturo Pérez-Reverte (Espagne)

livre n°2 : Le chuchoteur - Donato Carrisi (Italie)
livre n°3 : La mort à marée basse - Pieter Aspe (Belgique)
livre n°4 : Purge - Sofi Oksanen (Finlande/Estonie)
livre n°5 : Les Anonymes - R.J. Ellory (Grande-Bretagne)
livre n°6 : Un monde sans fin – Ken Follett (Grande-Bretagne)
livre n°7 : Les pingouins n'ont jamais froid - Andreï Kourkov (Ukraine)

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6ème challenge : Challenge Petit BAC  organisé par Enna, il s'agit de lire des romans ayant dans leurs titres un mot correspondant aux différentes rubriques du "Petit BAC". Au moins 1 livre pour chacune des rubriques.
Prénom (fille ou garçon) : 1) La double vie d'Irina – Lionel Shriver
Lieu géographique (ville, pays, continent...) : D'où je suis, je vois la lune – Maud Lethielleux
Métier : 1) Maman – Isabelle Alonso
Animal : 1) Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants – Mathias Enard
             2) Les pingouins n'ont jamais froid - Andreï Kourkov

Végétal (plante, fleur, fruit, légume...) :
  Les années cerises - Claudie Gallay
Objet : Chute de vélo – Étienne Davodeau
Sport / Loisirs : Le poète – Michaël Connelly

13 février 2011

Tout près le bout du monde – Maud Lethielleux

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Flammarion – novembre 2010 – 509 pages

Quatrième de couverture :
« Moi j'aime bien l'idée du journal. Il paraît que personne ne lira ce que j'écris alors je peux tout dire, c'est pratique, j'aime bien tout dire quand personne ne peut l'entendre. Je sais pas ce que je peux raconter, si je dois dire mon âge et me présenter, par exemple écrire sur la première page « Bonjour, je m'appelle Malo, je viens d'arriver chez Marlène... » ou si je dois parler de ce qu'on fait tous les jours, ou plutôt de mes pensées, de mes rêves ou de mes cauchemars. Je sais pas si je peux parler de Jul et de Solam. Je sais pas si je dois expliquer pourquoi je suis là, toute façon, je suis pas sûr et certain de savoir. »

Auteur : Maud Lethielleux est musicienne et metteur en scène. Elle a parcouru le monde, de l’Asie à la Nouvelle-Zélande. Elle a publié Dis oui Ninon en 2009 et D’où je suis, je vois la lune en 2010.

Mon avis : (lu en février 2010)
« Le bout du monde » est une ferme isolée où Marlène accueille trois jeunes en difficultés.
Il y a Malo, un jeune garçon sensible qui regrette de ne pouvoir vivre à Cynthia, sa mère. Il y a Jul, jeune fille anorexique qui n'arrive pas à oublier son petit ami qui lui a fait du mal. Et enfin, Solam qui déverse toute sa haine sur Marlène.
Jour après jour, ils vont devoir apprendre à vivre ensemble, ils vont se reconstruire et chaque soir, ils se confient en écrivant leur journal. C'est à travers les pages des trois journaux que le lecteur découvre peu à peu les douleurs, puis les transformations de chacun et chacune.
C'est un roman très émouvant qui m'a fait verser quelques larmes. Malo, Jul, Solam et Marlène sont très différents et très attachants.
Ce livre est pour moi un grand coup de cœur !

Extraits : (début des écrits de Malo, Jul et Solam)

Le plus difficile c'est de commencer. Il faut attendre que ça vienne sans se forcer et à un moment, sans qu'on s'en rende compte, ça vient tout seul.
C'est la première fois que j'écris un journal. J'ai essayé une fois à l'époque mais j'ai pas tenu plus de deux jours. Pourtant la patience ça me connaît, mais pas toujours aussi simple qu'on le croit. Il y a des choses qui paraissent simples aux autres, mais quand c'est à nous que ça arrive c'est pas simple du tout. Des fois c'est même compliqué.
Moi j'aime bien l'idée du journal. Il paraît que personne ne lira ce que j'écris alors je peux tout dire, c'est pratique, j'aime bien tout dire quand personne ne peut l'entendre. Je sais pas ce que je peux raconter, si je dois dire mon âge et me présenter, par exemple écrire sur la première page « Bonjour, je m'appelle Malo, je viens d'arriver chez Marlène... » ou si je dois parler de ce qu'on fait tous les jours, ou plutôt de mes pensées, de mes rêves ou de mes cauchemars. Je sais pas si je peux parler de Jul et de Solam. Je sais pas si je dois expliquer pourquoi je suis là, toute façon, je suis pas sûr et certain de savoir.


Ley.
Je vais partir cette nuit, je ne sais pas où exactement. La seule chose dont je suis sûre c'est que tu n'auras pas mon adresse. Ils m'ont fait promettre de ne pas te chercher, ni de t'écrire, j'ai dit oui pour avoir la paix mais tu t'en doutes, je n'en pense pas un mot.
Cette nuit, dans mon rêve je te cherchais. Tu avais disparu. Je courais dans les rues, je demandais où tu étais mais quand je disais ton prénom personne ne réagissait, comme si tu n'existais plus. Même Bidouille était différent. Papillon aussi. Je me suis réveillée en sueur, j'avais mal. J'ai toujours plus mal au réveil, tu sais.
On m'a laissé le choix entre une ferme et une maison au bord de la mer pour les filles comme moi. Quand ils ont dit « comme toi », j'ai fait semblant de ne pas comprendre. J'ai choisi la ferme parce que j'ai aimé son nom : Le bout du monde.
Ils ont besoin de bras, paraît-il, pour les aider à rénover une ruine. J'ai regardé mes bras...


La putrie de ta mort, quand j'y pense ça me débecte de savoir que c'est là qu'on m'a jeté ! T'as voulu que j'écrive ? Tu vas en avoir pour tes yeux, la vioque. Une page minimum que je vais t'arracher et coller à la porte de ta piaule pourrie, vieille meuf tu fais pitié à voir. T'es misérable dans ton pull de vioque, t'es moche à crever. Tu t'en fous des fautes d'orthographe ? Tu vas être gâtée, grognasse, fallait pas me la faire antiscolaire. Comment tu vas regretter ta décision ! J'vais tout niquer ta baraque qui pue la merde. Sur ma vie que tu vas le regretter. Tu veux me connaître, eh ben tu vas me connaître ! Tes champs de bouseux, je vais te labourer avec les dents tellement j'ai la haine. La haine, tu sais ce que ça veut dire ? Ça veut dire que tu vas en baver grave et que dans trois jours tu pleureras ta grand-mère. Qu'est-ce que je dis ? T'es trop vieille pour avoir une grand-mère, t'es carrément trop vieille, c'est pour ça que tu m'as fait venir, t'es pressée de clamser.
Tu veux qu'on écrive et tu fais croire que tu liras pas, tu nous prends pour des débiles, ma parole, on sait comment vous êtes alors tu vois, je te déchire la page et je te la colle sur ta face tordue.

19 janvier 2011

Une année chez les Français – Fouad Laroui

une_ann_e_chez_les_Fran_ais Julliard - août 2010 - 304 pages

Quatrième de couverture : 1969 : les Américains débarquent sur la Lune et Mehdi atterrit au lycée Lyautey de Casablanca. L'instituteur, impressionné par l'intelligence et la boulimie de lecture de son jeune élève, lui a obtenu une bourse dans le prestigieux établissement français. Avec cet humour corrosif qu'on lui connaît, Fouad Laroui raconte le choc culturel que représente pour le petit Marocain la découverte du mode de vie des Français: ces gens qui vivent dans le luxe, mangent des choses incomestibles, parlent sans pudeur et lui manifestent un intérêt qu'il ne comprend absolument pas. Entre Le Petit Chose et Le Petit Nicolas, l'histoire émouvante et cocasse d'un enfant propulsé dans un univers aux antipodes de celui de sa famille.

Auteur : Fouad Laroui né en 1958 à Oujda, est un économiste et écrivain marocain. Enseignant de littérature à l'université d'Amsterdam, romancier, poète et critique littéraire, Fouad Laroui a publié, entre autres Les Dents du topographe, De quel amour blessé, Méfiez-vous des parachutistes, La Femme la plus riche du Yorkshire, Le jour où Malika ne s'est pas mariée.

Mon avis : (lu en janvier 2011)
C’est sur le conseil du « Café Lecture » auquel je participe très régulièrement à la bibliothèque que j’ai lu ce livre.
C’est l’histoire de petit Medhi âgé de 10 ans, qui grâce à une bourse, est envoyé au Lycée Lyautey de Casablanca pour étudier. En 1969, il entre en sixième, jusqu’alors il n’a jamais quitté son village de Béni Mellal. Il comprend très peu l’arabe, il parle un français puisé dans les livres en particulier ceux de la Comtesse de Ségur auxquels il fait souvent référence.
C’est un petit garçon très doué, mais très timide. En arrivant au lycée, il arrive dans un nouveau monde. Il découvre l’argot, ne comprend pas les plaisanteries ou jeux de mots. A la cantine, il découvre le hachis Parmentier, au dortoir c'est l'usage du pyjama...
Peu à peu, il va trouver sa place, il se fera un ami français dont la famille l’accueillera les week-ends. Là aussi il découvrira les coutumes des français.

Un livre qui se lit vraiment facilement, Medhi est très attachant et plein de bon sens. A découvrir.

Extrait : (page 102)
Mehdi posa son bol de chocolat et fixa d'un regard incrédule Morel qui admirait son reflet dans une vitre du réfectoire, quelques mètres plus loin. Morel se retourna et vit qu'on le regardait avec insistance. Trois bonds souples et il était au-dessus de Mehdi, comme une tour humaine se penchant, menaçante, sur le petit Sarrasin.
  -Y a un problème, Fatima ? T'as perdu tes dindons ?
Mehdi, transi, ne bougeait plus. Morel insista :
 
- Eh ben quoi, parle, fils, quoi, quoi, qu'est-ce qu'il y a ?
Les sept commensaux de Mehdi s'étaient arrêtés de manger et le regardaient, ravis de le voir sur le point d'être dévoré tout cru par le surveillant. Mehdi espéra une grande explosion, qui ne vint pas, un raz de marée, qui ne vint pas non plus, puis s'entendit dire d'une voix mal assurée et trop aiguë :
 
- C'est que... vous dites « la fille à Chamayrac », m'sieur, mais il faut dire « la fille de Chamayrac ».
Les sept internes ouvrirent grand leurs yeux. On n'avait jamais vu ça. C'était trop beau ! Ce bizuth osait corriger Morel ! Il y avait de la gifle dans l'air, du coup de poing dans les gencives, peut-être un meurtre. Ledit Morel resta là, sidéré, la bouche ouverte, pendant quelques secondes ; puis, ayant enfin compris ce qu'on lui disait, il se redressa, passa la paume de sa main sur ses cheveux, hagard, et se mit à vagir...

Livre 34/35 pour le Challenge du 5% littéraire 1pourcent2010

4 janvier 2011

Un monde sans fin – Ken Follett

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Robert Laffont – octobre 2008 – 1296 pages

Livre de Poche – janvier 2010 – 1337 pages

traduit de l'anglais par Viviane Mikhalkov, Leslie Boitelle et Hannah Pascal

Quatrième de couverture :
1327. Quatre enfants sont les témoins d'une poursuite meurtrière dans les bois : un chevalier tue deux soldats au service de la reine, avant d'enfouir dans le sol une lettre mystérieuse, dont le secret pourrait bien mettre en danger la couronne d'Angleterre. Ce jour scellera à jamais leurs destinées...
Gwenda, voleuse espiègle, poursuivra un amour impossible ; Caris, libre et passionnée, qui rêve d'être médecin, devra défier l'autorité de l'Église, et renoncer à celui qu'elle aime ; Merthin deviendra un constructeur de génie mais, ne pouvant épouser celle qu'il a toujours désirée, rejoindra l'Italie pour accomplir son destin d'architecte ; Ralph son jeune frère dévoré par l'ambition deviendra un noble corrompu, prêt à tout pour satisfaire sa soif de pouvoir et de vengeance.
Prospérités éphémères, famines, guerres cruelles, ravages féroces de la peste noire...

Auteur : Ken Follett est né au pays de Galles, en 1949. Dès son premier roman, en 1978 (L'Arme à l'œil), qui reçoit le grand prix Edgar du roman policier, il s'est imposé comme l'un des plus grands auteurs de romans d'espionnage. Peur blanche, Le Vol du frelon, Le Réseau corneille ont été traduits dans plus d'une vingtaine de pays. Trois de ses plus grands best-sellers ont été également adaptés au cinéma (Les Lions du Panshir, Le Code Rebecca et Le Troisième Jumeau).

Mon avis : (lu en décembre 2010)
J'avais lu il y a très longtemps Les piliers de la Terre que j'avais beaucoup aimé. Dans Un monde sans fin, on retrouve le même esprit. L'action se déroule deux siècles plus tard, au XIVème siècle dans la ville anglaise de Kingsbridge. Nous suivons pendant plus de trente ans, plusieurs intrigues autour de nombreux personnages : le plus attachants sont Caris et son esprit de femme moderne, Merthin le bâtisseur visionnaire, Gwenda.
Ken Follett décrit avec beaucoup de précisions les détails de la vie quotidienne à cette époque, comme la façon de travailler, de se nourrir, les maladies, le poids du servage. On découvre les luttes de pouvoir entre le Roi, l'Église et les marchands, on voit déjà pointer le commerce mondiale. Le lecteur est happé par une histoire captivante avec de nombreux rebondissements, mêlant le romanesque, le romantisme et un peu d'érotisme, mais aussi les injustices et la violence.
Il est question de la rénovation de la cathédrale, de l'effondrement et de la reconstruction du pont, d'une épidémie de peste... J'ai dévoré sans aucune difficulté les 1300 pages de ce livre avec beaucoup de plaisir et d'intérêts. L'histoire est passionnante !

Ce livre a été classé à tort dans la catégorie Polar pour le Baby-Challenge, il s'agit plutôt d'une fresque historique.

Extrait : (début du livre)
Gwenda n’avait pas peur du noir, et pour tant elle n’avait que huit ans.
  Quand elle ouvrit les yeux et ne vit que l’obscurité autour d’elle, elle n’en fut aucunement effrayée. Elle savait où elle se trouvait : étendue à même le sol sur de la paille, auprès de sa mère, dans le long bâtiment en pierre du prieuré de Kingsbridge qu’on appelait l’hospice. À en juger d’après la chaude odeur de lait qui chatouillait ses narines, Ma devait nourrir le bébé qui venait de naître et n’avait pas encore de nom. À côté d’elle, il y avait Pa et, juste après, Philémon, son frère de douze ans. Plus loin, d’autres familles se serraient les unes contre les autres, comme des moutons dans un enclos. Mais, bien que la salle soit bondée, dans le noir, on ne les distinguait pas. On sentait seulement l’odeur puis sante de leurs corps chauds.
  La naissance de l’aube annoncerait la Tous saint – fête d’autant plus remarquable cette année qu’elle tombait un dimanche. La nuit sur le point de s’achever clôturait une journée de grands dangers car, en cette veille du jour où l’on célébrait tous les saints, les esprits malins se déchaînaient et rôdaient en liberté de par le monde. Tout un chacun le savait, et Gwenda ne faisait pas exception. C’était pour se tenir à l’écart de ce péril que les centaines de fidèles à l’instar de sa famille étaient venus des villages voisins se réfugier dans ce lieu sacré qu’était le prieuré pour y attendre l’heure de se rendre à mâtines.
  Comme toute personne dotée d’un tant soit peu de raison, Gwenda se méfiait des esprits mauvais. Toutefois, il était une chose qu’elle appréhendait plus encore, une chose qu’elle devrait accomplir pendant l'office. Pour l’heure, elle s’efforçait de la chasser de ses pensées, tout en scrutant la morne obscurité alentour. Le mur en face d’elle était percé d’une fenêtre en ogive – plus exactement d’une ouverture sans vitre, car seuls les édifices les plus importants possédaient de véritables fenêtres avec des vitres, comme on le lui avait expliqué. Ici, une tenture en lin empêchait l'air froid de l'automne de pénétrer – une tenture épaisse assurément, car le mur était d'une même noirceur opaque d'un bout à l'autre. Pour une petite fille qui redoutait tant l'arrivée du matin, ces ténèbres avaient quelque chose de rassurant.

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
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Grande-Bretagne

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Lu pour le
Baby Challenge - Polar organisé par Livraddict
Livre 9/20 Médaille en chocolat

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Lu dans le cadre du Défi des Mille organisé par Fattorius

26 décembre 2010

Au bonheur des ogres - Daniel Pennac

Lu dans le cadre du Challenge Christmas - Défi Noël
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Lu dans le cadre du Baby Challenge Contemporain 2011
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Baby Challenge - Contemporain Livraddict : 10/20 déjà lus
Médaille en chocolat

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Série noire - 1985 - 288 pages

Folio - mars 1988 - 286 pages

Folio - octobre 1997 - 286 pages

Gallimard - mai 2003 - 308 pages

Quatrième de couverture :
Côté famille, maman s'est tirée une fois de plus en m'abandonnant les mômes, et le Petit s'est mis à rêver d'ogres Noël.
Côté coeur, tante Julia a été séduite par ma nature de bouc (de bouc émissaire).
Côté boulot, la première bombe a explosé au rayon des jouets, cinq minutes après mon passage. La deuxième, quinze jours plus tard, au rayon des pulls, sous mes yeux. Comme j'étais là aussi pour l'explosion de la troisième, ils m'ont tous soupçonné.
Pourquoi moi ?
Je dois avoir un don...

Auteur : Né en 1944, à Casanblanca au Maroc d'un père officier de la Coloniale, Daniel Pennacchioni grandit en Afrique et en Asie du Sud. Il obtient sa maîtrise de lettres à Nice et commence par être professeur dans un collège de Soissons. Il s'installe à Belleville, qu'il se plaira à décrire dans ses romans. En 1973, il publie son premier essai, 'Le Service militaire au service de qui ? ', un pamphlet sur le service national. Puis il écrit pour les enfants. En 1985, il donne le jour à la famille Malaussène avec 'Au bonheur des ogres' puis ' La Fée carabine', 'La Petite Marchande de proses' - prix Inter 1990 -, 'Monsieur Malaussène' et 'Aux fruits de la passion'. En 1992, il écrit un essai sur la lecture, 'Comme un roman', dans lequel il définit les droits du lecteur. En 1997, autre roman, 'Messieurs les enfants', ou un conte adressé aux grands enfants que nous sommes tous, avec une adaptation cinéma à la clé, par Pierre Boutron. 'Merci' paraît en octobre 2004 aux éditions Gallimard. En 2006, Daniel Pennac sort encore 'Nemo par Pennac', un ouvrage dans lequel il présente le parcours du dessinateur Nemo, qui illustre depuis plusieurs années les murs de son quartier de Belleville. En 2007, il reçoit le prix Renaudot pour son essai Chagrin d'école. En 2009, l'écrivain cède la place à l'orateur en montant sur scène pour défendre un texte d'Herman Melville, 'Bartleby le scribe'. Une histoire de Wall Street en pleine crise financière : Daniel Pennac démontre, une fois de plus, son intérêt pour le monde qui l'entoure et son enracinement dans l'actualité.

Mon avis : (relu en décembre 2010)
Au Bonheur des ogres est le premier roman de la Saga Malaussène publié en 1985 par Daniel Pennac. Le titre est librement inspiré du roman d'Émile Zola « Au bonheur des dames ». Nous découvrons la drôle de famille des Malaussène : Le mère est souvent absente, elle va d’amourette en amourette. Benjamin Malaussène, le fils aîné est devenu le chef de famille, c'est lui qui s'occupe de tous ses demi-frères et demi-sœurs. Il y a Clara passionnée de photographie, Louna infirmière, Thérèse qui voit l'avenir dans les astres et les lignes de la main, Jérémy qui adore faire de nouvelles expérience et le Petit qui est encore à la maternelle et rêve d'Ogres de Noël et il ne faut pas oublier Julius le chien épileptique.
Benjamin travaille comme Bouc Émissaire dans un grand magasin, lorsqu'un client vient se plaindre pour un produit c'est à lui de prendre toute la responsabilité. Une bombe, puis deux, explosent dans le magasin. Toujours présent sur les lieux aux moments des explosions, Benjamin est le suspect numéro un de cette vague d'attentats aveugles...

Autour une intrigue pleines de surprise, Daniel Pennac nous livre une galerie de personnages terriblement attachants, le bonheur règne dans cette famille hétéroclite et ce livre est bourré d'humour. Le style est rythmé, plein d'espièglerie. Ce livre m'a autant amusée qu'à ma première lecture. Il va falloir que je prenne le temps de relire les épisodes suivant de la famille Malaussène : "La Fée carabine", "La Petite Marchande de proses" , "Monsieur Malaussène" et "Aux fruits de la passion".

Extrait : (page 44)
- Entrez !
Ouh! là, angoisse dans la voix de Lehmann. Le mastodonte ouvre lui-même la porte, sans se retourner. Je me faufile entre son bras et le chambranle avec la souplesse craintive du chien battu.
- Trois jours d'hosto et quinze d'arrêt de travail, il va y laisser son calbute, votre Contrôleur Technique.
C'est la voix du client. Neutre, comme je m'y attendais, et remplie d'une dangereuse certitude. Il n'est pas venu se plaindre, ni discuter, ni même exiger - il est venu imposer son droit par sa force, c'est tout. Suffit de lui jeter un coup d'oeil pour comprendre qu'il n'a jamais eu d'autre mode d'emploi. Suffit de lui en jeter un second pour constater que ça ne l'a pas mené bien haut dans la hiérarchie sociale. Il doit avoir un coeur qui le gêne quelque part. Mais Lehmann ne sent pas ces choses-là. Habitué à filer des coups, il n'a peur que d'une chose: en prendre. Et sur ce terrain-là, l'autre est crédible.
Je mets suffisamment de terreur dans mon regard pour que Lehmann trouve enfin le courage de m'affranchir. En deux mots comme en mille, M. Machin, ici présent, plongeur sous-marin de son état (pourquoi ce détail? Pour authentifier le muscle?) a commandé, la semaine dernière, un lit de 140 au rayon meubles plein bois.
- Le plein bois, c'est bien votre secteur, Malaussène?
Oui timide de mon bonnet.
- A donc demandé un lit de 140, noyer chantourné, ref. T.P. 885, à vos services, M. Malaussène, lit dont les deux pieds de tête se sont brisés au premier usage.
Pause. Coup d'œil au plongeur dont la mâchoire inférieure torture un atome de chewing-gum. Coup d'œil à Lehmann qui n'est pas mécontent de me refiler le paquet.
- La garantie, dis-je...
- La garantie jouera, mais votre responsabilité est engagée ailleurs, sinon je ne vous aurais pas fait venir.
Gros plan sur mes godasses.
- Il y avait quelqu'un d'autre, sur ce lit.
Ce genre de plaisirs, même au plus profond de sa trouille, Lehmann ne pourra jamais s'en passer.
- Une jeune personne, si vous voyez ce que je...
Mais le reste s'évapore sous le regard chalumeau du mastard. Et c'est lui-même qui achève, laconique:
- Une clavicule et deux côtes. Ma fiancée. A l'hopital.
- OOOH!
C'est un vrai cri que j'ai poussé. Un cri de douleur. Qui les a fait sursauter tous les deux.
- OOOH!
Comme si on m'avait frappé à l'estomac. Puis, compression de ma cage thoracique par la pointe de mon coude, juste au-dessous du sein, et je deviens aussi blanc que les draps du plumard fatal. Cette fois, Hercule fait un pas en avant, esquissant même le geste de me rattraper au cas où je tomberais dans les vapes.
- J'ai fait ça?
Voix blanche, début d'asphyxie. Chancelant, je m'appuye au bureau de Lehmann.
- J'ai fait ça?
D'imaginer seulement cette montagne de barbaque tombant du haut de son plongeoir sur les corps de Louna et de Clara, et faisant sauter tous leurs osselets, suffit à me voir des larmes certifiées conformes. Et, c'est le visage ruisselant que je demande:
- Comment s'appelait-elle?
Le reste marche comme sur des roulettes. Sincèrement ému par mon émotion, M. Muscle se dégonfle d'un seul coup. Impressionnant. On croirait presque voir la forme de son cœur. Lehmann en profite aussitôt pour me charger méchamment. Je lui présente ma démission en sanglotant. Il ricane que se serait trop facile. Je supplie, arguant que le Magasin ne peut vraiment rien attendre d'une nullité de mon espèce.
- La nullité, ça se paye, Malaussène! Comme le reste! Plus que le reste!
Et il se propose de me la faire payer si cher, ma nullité, que le client traverse soudain la pièce pour venir poser ses deux poings sur son bureau.
- ça vous fait bicher, de torturer ce type?
«Ce type», c'est moi. Ça y est, me voilà sous la protection de Sa Majesté le Muscle. Lehmann souhaiterait son fauteuil plus profond. L'autre s'explique: déjà, à l'école, ça lui foutait les boules de voir des caves s'attaquer à plus faibles qu'eux.
- Alors, écoute-moi bien, bonhomme.
«Bonhomme», c'est Lehmann. Couleur de cierge. De ces cierges qu'on brûle pour que ça passe. Ce qu'il a à écouter est simple. Primo, l'autre retire sa plainte. Deuxio, il viendra bientôt vérifier si je suis toujours en poste. Tertio, si je n'y suis pas, si Lehmann m'a fait jeter...
- Je te casse comme ça!
«Ça», c'est la jolie règle d'ébène de Lehmann, souvenir colonial, qui vient de péter net entre les doigts de mon sauveur.

5 janvier 2011

Maman – Isabelle Alonso

Lu dans le cadre du Partenariat  Blog-O-Book et Éditions Héloïse d'Ormesson

maman Éditions Héloïse d'Ormesson - Novembre 2010 – 247 pages

Quatrième de couverture :
"Ce matin, j'ai tapé "maman est morte" sur Google. En un dixième de seconde, le moteur de recherche affiche un million trois cent mille réponses ". La mort, on se l'imagine comme dans les films : tirs de mitraillettes, cow-boy fauché par une flèche, et un mot d'esprit qui s'échappe au moment du dernier soupir. Mais en fait la mort d'une mère, c'est insidieux et ça vous prend par surprise. Malgré les signes avant-coureurs, en dépit des diagnostics médicaux, on refuse l'inéluctable. Entre fêtes et larmes, malheur et douceur, Isabelle Alonso ose parler de la perte la plus intime qui soit : celle de sa mère. Après Fille de rouge et L'Exil est mon pays, elle poursuit sa chronique familiale en affrontant sa douleur sans pathos. Elle ne s'épargne rien et, par le rire, tord le cou au larmoyant, pour n'en être que plus poignante.

Auteur : Née en Bourgogne de parents espagnols réfugiés politiques, Isabelle Alonso est devenue française à l'âge de huit ans par naturalisation. Elle est chroniqueuse à la radio et à la télévision. Maman est son cinquième roman.

Mon avis : (lu en janvier 2011)
Je connais Isabelle Alonso comme chroniqueuse dans les émissions de Laurent Ruquier, comme appartenant aux "Chiennes de Garde", et combattant en contre le sexisme.
Dans ce livre, elle nous parle de son amour indescriptible pour sa Maman et que jamais elle n’imaginait qu’elle pourrait mourir. Isabelle Alonso nous raconte avec beaucoup d’humanité, de sensibilité, avec de l’humour mais également sans aucune concession, les dernières années de sa Maman.
Cela commence par un infarctus, puis des chutes et des membres cassés, la vieille dame devient de plus en plus dépendante, il y aura des séjours à l’hôpital, dans des maisons de convalescence puis la maison de retraite. Elle a la chance d’être bien entourée par son mari et ses quatre enfants.
Après la disparition de sa Maman, dans les derniers chapitres du livre, Isabelle nous parle avec beaucoup de pudeur de sa douleur, de l'absence de l'être aimée. Elle voit partout des signes de sa Maman.
Je m'exprime très mal pour dire que ce livre est bouleversant et pleins d'émotions.

Un Grand Merci à Blog-O-Book et Éditions Héloïse d'Ormesson pour m'avoir permis de découvrir ce livre bouleversant.
Merci également aux Éditions Héloïse d'Ormesson pour le jolie marque-page (reprenant la très belle couverture du livre) qui accompagnait celui-ci !

Extrait : (début du livre)
Ce matin j’ai tapé « maman est morte » sur Google. En un dixième de seconde, le moteur de recherche affiche un million trois cent mille réponses. Sort commun, banalité presque rassurante. Eh alors ? Alors rien. On se sent moins seule ? Même pas. Ce n’est pas seule que je me sens. C’est malade. Comme dans la chanson de Lama, « Comme quand ma mère sortait le soir et qu’elle me laissait seul avec mon désespoir… ». Pour sortir, elle est sortie. Définitivement. Mais ça reste une abstraction. Je sais qu’elle n’était pas là à Noël, ni au jour de l’an. Ni à l’anniversaire de papa. Je sais que je ne l’ai pas eue au téléphone depuis des mois maintenant, alors que je l’appelais tous les jours. Elle n’a pas donné signe de vie, comme on dit. Mais je reste sur une sorte de qui-vive. Le téléphone va sonner, il y aura sa voix qui dira quelque chose comme : « Allô, la cotorrita, la petite cafteuse ? Demande à Gus de décrocher, il faut que je lui parle. » Elle sait que je filtre les appels, elle a pris l’habitude de s’annoncer. Je l’imagine parfaitement sur son fauteuil, je connais sa position, tête légèrement penchée, jambes croisées, attendant, souriante, un peu anxieuse. Et si sa fille n’était pas là ? Je suis là, maman, je suis là. Elle me raconte une insignifiance de sa vie : « Tu sais ce qu’il m’a encore fait, ton frère ? » Je ne sais pas mais je me doute. « Il a acheté cinq kilos de côtes de porc chez Leclerc ! Cinq kilos ! Il est tout content, il les a eues à moitié prix parce qu’elles seront périmées demain !

Déjà lu du même auteur : l_Exil_est_mon_pays L'exil est mon pays

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Métier"

15 janvier 2011

Chute de vélo – Étienne Davodeau

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Dupuis – mars 2004 – 100 pages

Dupuis – mars 2009 – 100 pages

Résumé :
Avec son mari, ses enfants, son frère et un ami, Jeanne vient remettre en état la maison de sa mère pour en préparer la vente. La vieille dame, qui perd la mémoire, est hospitalisée. Mais les médecins ont accepté qu'elle revienne passer quelques jours en famille dans la maison. De l'autre côté de la rue, un maçon forme un apprenti sur un chantier. L'ambiance est rude. Fascinés par les rapports entre les deux hommes, les enfants vont, par accident, exacerber cette tension. C'est le moment que choisit la vieille dame pour disparaître. Elle demeure introuvable. C'est la panique. Mais heureusement, Toussaint est là. Toussaint est un ami, un pauvre type malchanceux que toute la famille aide depuis des années à ne pas sombrer dans la misère. Toussaint est quelqu'un d'étrange : rendre service le bouleverse, comme s'il cachait un secret dont ses amis ne sauront jamais rien.

Auteur : Étienne Davodeau est un dessinateur et scénariste de bandes dessinées, né le 19 octobre 1965 à Botz-en-Mauges en Maine-et-Loire. Étudiant au département d'arts plastiques de l'université de Rennes 2, il fonde le studio Psurde avec d'autres passionnés de BD (dont ses futurs collaborateurs Joub et Jean-Luc Simon).
Il publie son premier album en 1992, L’Homme qui n’aimait pas les arbres, dans la nouvelle collection pour jeunes auteurs, Génération Dargaud.
Depuis, il alterne fictions et récits du réel. Ses histoires, ancrées dans la province au quotidien, tracent des portraits bien vivants de gens ordinaires aux démêlés particuliers.

Mon avis : (lu en janvier 2011)
Une famille se retrouve à la campagne, dans un village tranquille, pour remettre en état la maison de leur enfance avant de la mettre en vente. C'est l'été, le cadre est tranquille, les enfants sont contents de se retrouver entre cousins, les adultes profitent de ce dernier été qui leurs rappelle pleins de souvenirs. Toussaint, l'ami de la famille sur qui ils ont toujours pu compter est également présent. Or Toussaint cache un lourd secret.
Le dessin est très beau et les couleurs décrivent parfaitement les différentes atmosphères de cet été un peu particulier. J’ai vraiment beaucoup aimé cette histoire pleine de sensibilité.

Extrait :

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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Objet"

Déjà lu du même auteur :

lulu_femme_nue_tome1  Lulu Femme Nue : 1er livre – Étienne Davodeau

lulu_femme_nue_tome2 Lulu Femme Nue : 2ème livre – Étienne Davodeau

rural Rural ! Chronique d'une collision politique - Étienne Davodeau

25 novembre 2010

Quinze ans après, Fanfan 2 – Alexandre Jardin

Lu dans le cadre du Partenariat  Blog-O-Book et Livre de Poche

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Grasset – octobre 2009 – 353 pages

Livre de Poche – octobre 2010 – 286 pages

Quatrième de couverture :
A vingt-cinq ans, Fanfan et Alexandre s'étaient passionnément désirés. Fou de romantisme, il avait fait à sa belle une cour sans fin, lui refusant même l'acompte d'un baiser. Leur songe rose et plein d'effroi avait tourné court... Et voilà que quinze ans après, une machination orchestrée par un éditeur et un producteur avides remet en présence le couple qui inspira le roman Fanfan, incarné au cinéma par Sophie Marceau et Vincent Perez. Mais leur météo intime est à nouveau aux antipodes. Lui rêve désormais d'un amour quotidiennement réenchanté : faire de la vie domestique, érotisée avec zèle, un tremplin vers l'éternité ; elle a des bleus au coeur et se refuse à tout engagement. Triompheront-ils du cynisme de l'époque et de la conjuration des intérêts ? Guérit-on jamais d'un premier amour ?

Auteur : Né en 1965, diplômé de Sciences-politiques, Alexandre Jardin obtient en 1986 le prix du Premier roman pour Bille en tête. Deux ans plus tard, Le Zèbre est couronné par le prix Femina.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
J’ai découvert Alexandre Jardin avec Le Zèbre puis avec Fanfan, j’étais donc très curieuse de lire Fanfan 2 pour retrouver des personnages que j’avais adorés.

Malheureusement, je n’ai pas trouvé Fanfan 2 à la hauteur de l’original… J’ai eu du mal à rentrer dans le livre, j’ai été agacée par les constantes allusions au livre Fanfan, à son auteur et au film Fanfan ainsi qu’à ses acteurs (Sophie Marceau et Vincent Perez), j’ai trouvé que l’histoire n’avançait pas et je me suis plutôt ennuyée. Il y avait bien plusieurs personnages caricaturaux comme Faustine, la critique culturelle et littéraire et fausse bonne amie de Fanfan, Dizzy l’éditeur et Darius le producteur.
L’intérêt de Fanfan, c’était les nombreuses surprises tout au long du livre, pour Fanfan2, je n’ai jamais été surprise… Dommage.

Merci cependant à Blog-O-Book et au Livre de Poche pour ce partenariat.

20 novembre 2010

Je me suis laissée tenter...

Ces derniers jours, je me suis laissée tenter par un Challenge et un Swap !

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Challenge Christmas - Défi Noël

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Ce Challenge est organisée par Evy, il s'agit de lire un livre (ou plus si vous en avez envie, le nombre n'est bien évidemment pas limité !) sur le thème de Noël et en écrire un petit billet sur votre lecture ! Tous les livres sont acceptés : polars, romans historiques, chick-lit, contes, classiques, etc. du moment qu'ils soient en rapport avec le thème de Noël ! Ce défi se terminera le 31 décembre 2010 !

  Swap Marque Page

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Ce Swap est organisé par Galleane sur le Forum de Livraddict

Le but est donc d'envoyer des marque pages à votre futur à une personne. Il s'agira d'en offrir 7 (un pour chaque jours de la semaine). Pour cela vous pouvez les acheter, les récupérer en librairie, les réaliser sur ordinateur bref vous faites comme vous le souhaitez.
En plus vous devrez réaliser un huitième et dernier MP entièrement fait main soit en le dessinant, en faisant un collage... Il n'a pas besoin d'être compliqué.

Les inscriptions se font à partir du 11/11/2010  et se terminerons le 20 novembre (c'est à dire aujourd'hui).
Vous aurez jusqu'au 15 décembre pour faire/acheter les MP et les envois se feront du 16 au 25 décembre
.

27 novembre 2010

Sanctuaires ardents – Katherine Mosby

sanctuaires_ardents La Table Ronde – août 2010 – 381 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Cécile Arnaud

Quatrième de couverture :
Depuis l'arrivée du couple Daniels, la petite bourgade de Winsville, en Virginie, est en émoi. L'intense beauté de Vienna, sa déroutante culture, sa passion immodérée pour les arbres suscite l'admiration des uns, l'effroi des autres, les commentaires de tous. Un jour, Willard s'en va, laisse Vienna élever seule leurs deux enfants, Willa et Elliott, deux sauvageons pétris de curiosité et de connaissances. Dès lors, les rumeurs enflent. Jalousies et désirs se multiplient, se cristallisent. Puis le destin commence à s'acharner sur les Willard. Forte de sa foi païenne, de son appétit de vivre, de l'amour qu'elle porte à Willa et Elliot, Vienna entre alors éperdument en résistance.

Auteur : Katherine Mosby est née à Cuba en 1957, elle vit aujourd'hui à New-York. Professeur à l'université de Columbia, Katherine Mosby collabore également au New Yorker et à Vogue. Sanctuaires ardents, le premier de ses 4 romans, avait été salué par toute la presse à sa sortie en 1995, ainsi que par de nombreux écrivains allant de Larry McMurty à Paul Bowles.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
« Souviens-toi, être différent ne fait pas de vous quelqu'un de spécial, mais être spécial fait de vous quelqu'un de différent. » Cette phrase de présentation résume parfaitement l'état d'esprit de ce livre.
Cette histoire commence dans les années 30 et se poursuivra après la Seconde Guerre Mondiale. Suite à son mariage avec Willard, Vienna, originaire du Nord de l'Amérique vient s'installer dans le Sud, à Winsville, petite ville de Virginie. Elle sera assez vite abandonnée par son mari, et elle élèvera ses deux enfants avec beaucoup de liberté. C'est une superbe femme, originale, intelligente mais plutôt associable, elle déplaît aux habitants de Winsville car elle est trop différente. Elle rejette la religion, mais se prend de passion pour la nature, elle élève ses enfants presque comme des sauvageons : Willa, la petite fille, se promène toujours pieds nus, Eliott, le petit garçon, se passionne pour les animaux, en particulier les oiseaux.
Lecture agréable, qui éveille tous nos sens : il est question d'odeurs, de couleurs, de chants d'oiseaux, d'amour des arbres, il se dégage de ce livre beaucoup de poésie. Les personnages sont originaux et très attachants.

Extrait : (page 11)
Ils ne semblaient pas habiter le monde de la même façon que lui, rivé à la terre par sa large ossature à chacun de ses pas pesants. Willa en particulier paraissait planer avec l'énergie du vol suspendu, pareille à un colibri humain, comme si le mouvement était son état naturel alors que l'immobilité exigeait d'elle un gros effort. Elle avait les traits délicats et, comme la splendeur ostentatoire de certaines églises que sa mère jugeait prétentieuses, d'autant plus impressionnants aux yeux d'Addison qu'ils possédaient une finesse peu réaliste, bien différente des surfaces de son propre visage, auxquelles une découpe grossière avait conféré une humanité reconnaissable, comme une tête sculptée dans le pommeau d'une canne. Willa avait une beauté déroutante et subtile : aussi évidente quand son visage était animé qu'absente au repos, quand ses traits fins et réguliers ne se distinguaient plus de ceux de tout un tas de jolies filles au teint pâle.

La famille Daniels suscitait en Addison le besoin d’une langue plus extravagante que ne le permettait son maigre vocabulaire. Plus tard, il ne pourrait expliquer ce qui avait rendu cette première rencontre avec les Daniels aussi fondamentale, mais il se rappellerait la façon dont la lumière miroitait à travers les branches des platanes, les feuilles en mouvement pointillant le sentier de cette même luminescence qu’il sentait à l’intérieur de lui, excitante et insaisissable.

Livre 28/28 pour le Challenge du 4% littéraire 1pourcent2010

Lu dans le cadre du challenge_100_ans_article_300x225

10 décembre 2011

En route pour L’Aude et les Pyrénées-Orientales

 Lu dans le cadre de Masse Critique Littérature jeunesse
 mcjeunesse 

kids_voyage Itak éditions – mai 2011 – 118 pages

Quatrième de couverture :
Des remparts de Carcassonne aux reliefs du Canigou, la montagne sacrée des Catalans, des châteaux cathares à l'ours brun, le seigneur des sommets pyrénéens..., l'Aude et les Pyrénées-Orientales, terres d'histoire aux paysages inoubliables, forment une région idéale de découvertes et d'aventures pour toute la famille. Bon voyage !
Préface: Maud Fontenoy
Plus de 120 activités à vivre en famille
Une sensibilisation aux problèmes environnementaux
Des astuces et des conseils pour profiter pleinement du voyage
Des définitions de mots

Mon avis : (lu en décembre 2011)
J’ai accepté de recevoir ce livre lors de l’opération Masse Critique de Babelio spéciale Littérature Jeunesse. Je trouvais intéressant de découvrir un guide touristique destiné aux enfants de 8 à 14 ans.
Pour la forme, le guide est divisé en trois parties intitulées :
« Avant de partir » avec la présentation de la région, ses spécificités, son histoire, sa faune et sa flore.
« La vie au quotidien » avec ses traditions, ses produits régionaux.
« Embarquement immédiat » avec les activités à faire en famille suivant trois thématiques repérables grâce à un logo de couleur : Nature (parcs, réserves naturelles, jardins botaniques...), Animaux (zoos, aquariums...) et Savoir (monuments, musées, ateliers pédagogiques...)
Au début du guide une double page qui explique comment l'utiliser.
Dans le guide, il y beaucoup de photos, des textes assez simples, plus pour éveiller la curiosité des enfants que pour donner des informations. A la fin il y a un plan schématisé de la région (faussement appelé carte) pour se situer et un carnet d'adresse (avec téléphone et site internet) qui regroupe dans une liste alphabétique par département et par ville de toutes les références du guide.
Pour le fond, j’ai plus de mal à donner un avis car les deux destinations proposées chez Babelio (celle-ci et Côte d’Azur, le Var et les Alpes Maritimes) ne sont pas des lieux de destinations que je connais vraiment…

La collection regroupe 14 guides sur les régions françaises et 5 city-guides sur des capitales européennes.
Un site internet complète le guide : http://kidsvoyage.fr

Merci à Babelio et aux éditions Itak pour m'avoir permis de découvrir ce guide.

 

 

15 février 2012

La délicatesse - David Foenkinos

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Gallimard – août 2009 -

Éditions France Loisirs – 2010

Folio – janvier 2011 – 209 pages

Folio – décembre 2011 - 210 pages

Quatrième de couverture : 
« François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m'en vais. C'est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n'est guère mieux. On sent qu'on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu'un jus ça serait bien. Oui, un jus, c'est sympathique. C'est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l'orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d'abricot, c'est parfait. Si elle choisit ça, je l'épouse...
- Je vis prendre un jus... Un jus d'abricot, répondit Nathalie. 
Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité. »

Auteur : Romancier, scénariste et musicien, David Foenkinos est né en 1974. Il a publié Entre les oreilles (2002), Inversion de l’idiotie (2002), Le potentiel érotique de ma femme (2004) et Qui se souvient de David Foenkinos ? (2007), Nos séparations (2008), La délicatesse (2009), Les souvenirs (2011).

Mon avis : (lu en février 2012)
Ce livre est très agréable à lire, l'histoire est plutôt banale mais les personnages savent toucher le lecteur.
Nathalie est une jeune femme heureuse dans la vie jusqu'au décès accidentel de son mari. Pendant plusieurs années, elle se réfugie dans le travail et se refuse à refaire sa vie. Son patron essaye pourtant de la séduire, mais elle reste insensible à ses avances. Mais un jour, au bureau, elle embrasse impulsivement le très discret Markus. Et c'est alors le début de leur histoire...
Il y a un petit côté « Amélie Poulain » dans le style très original du livre, avec des chapitres courts, des notes de bas de pages ou de très courts chapitres qui soulignent quelques détails du chapitre précédent (un menu, une définition, un dialogue d'un film...)
Ce mélange de légèreté, de fantaisie et d'humour décalé m'a bien amusé.

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Ce livre a été adapté au cinéma en 2011 par David FoenkinosStéphane Foenkinos, avec Audrey TautouFrançois DamiensBruno Todeschini. Je n’ai pas vu le film, mais je serais curieuse de le découvrir. 

Un grand Merci à Sandrine qui m'a offert ce livre à l’occasion 
du  Swap Eros et Thanatos organisé par Canel.

Extrait : (début du livre)

1

Nathalie était plutôt discrète (une sorte de féminité suisse). Elle avait traversé l’adolescence sans heurt, respectant les passages piétons. À vingt ans, elle envisageait l’avenir comme une promesse. Elle aimait rire, elle aimait lire. Deux occupations rarement simultanées puisqu’elle préférait les histoires tristes.

L’orientation littéraire n’étant pas assez concrète à son goût, elle avait décidé de poursuivre des études d’économie. Sous ses airs de rêveuse, elle laissait peu de place à l’à-peu-près. Elle restait des heures à observer des courbes sur l’évolution du PIB en Estonie, un étrange sourire sur le visage. Au moment où la vie d’adulte s’annonçait, il lui arrivait parfois de repenser à son enfance. Des instants de bonheur ramassés en quelques épisodes, toujours les mêmes. Elle courait sur une plage, elle montait dans un avion, elle dormait dans les bras de son père. Mais elle ne ressentait aucune nostalgie, jamais. Ce qui était assez rare pour une Nathalie (1).

2

La plupart des couples adorent se raconter des histoires, penser que leur rencontre revêt un caractère exceptionnel, et ces innombrables unions qui se forment dans la banalité la plus totale sont souvent enrichies de détails offrant, tout de même, une petite extase. Finalement, on cherche l’exégèse en toute chose.

Nathalie et François se sont rencontrés dans la rue. C’est toujours délicat un homme qui aborde une femme. Elle se demande forcément : « Est-ce qu’il ne passe pas son temps à faire ça ? » Les hommes disent souvent que c’est la première fois. À les écouter, ils sont soudain frappés par une grâce inédite leur permettant de braver une timidité de toujours. Les femmes répondent, d’une manière automatique, qu’elles n’ont pas le temps. Nathalie ne dérogea pas à cette règle. C’était idiot : elle n’avait pas grand-chose à faire, et aimait l’idée d’être ainsi accostée. Personne n’osait jamais. Elle s’était plusieurs fois posé la question : ai-je l’air trop boudeuse ou trop paresseuse ? Une de ses amies lui avait dit : personne ne t’arrête jamais, car tu as l’allure d’une femme poursuivie par le temps qui passe.

Quand un homme vient voir une inconnue, c’est pour lui dire de jolies choses. Existe-t-il, ce kamikaze masculin qui arrêterait une femme pour asséner : « Comment faites-vous pour porter ces chaussures ? Vos orteils sont comme dans un goulag. C’est une honte, vous êtes la Staline de vos pieds ! »

Qui pourrait dire ça ? Certainement pas François, sagement rangé du côté des compliments. Il tenta de définir la chose la moins définissable qui soit : le trouble. Pourquoi l’avait-il arrêtée elle ? Il s’agissait surtout de sa démarche. Il avait senti quelque chose de nouveau, de presque enfantin, comme une rhapsodie des rotules. Il émanait d’elle une sorte de naturel émouvant, une grâce dans le mouvement, et il pensa : elle est exactement le genre de femme avec qui je voudrais partir en week-end à Genève. Alors, il prit son courage à deux mains — et il aurait même aimé en avoir quatre à cet instant. Surtout que pour lui, c’était vraiment la première fois. Ici et maintenant, sur ce trottoir, ils se rencontraient. Une entrée en matière absolument classique, qui détermine souvent le début des choses qui le sont moins, par la suite.

(1) Il y a souvent une nette tendance à la nostalgie chez les Nathalie.

 

Déjà lu de cet auteur : 

les_souvenirs  Les souvenirs

Challenge Objectif PAL Swap
logo_challenge_obj_pal_swap
4/16

swap_eros_tanathos
Swap Eros et Thanatos

21 novembre 2010

La couleur des sentiments – Kathryn Stockett

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Jacqueline Chambon Editions - septembre 2010 – 525 pages

traduction de l'anglais (États-Unis) par Pierre Girard

Quatrième de couverture :
Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s'occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L'insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s'enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s'exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu'on n'a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l'ont congédiée. Mais Skeeter, la fille des Phelan, n'est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s'acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l'a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même lui laisser un mot. Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié ; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante. Passionnant, drôle, émouvant, La Couleur des sentiments a conquis l'Amérique avec ses personnages inoubliables. Vendu à plus de deux millions d'exemplaires, ce premier roman, véritable phénomène culturel outre-Atlantique, est un pur bonheur de lecture.

Auteur : Kathryn Stockett a grandi à Jackson. Elle vit actuellement à Atlanta avec son mari et leur fille, et travaille à l'écriture de son deuxième roman.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
Ce livre a été, pour moi, dès les premières pages de lecture, un grand coup de cœur !
Je suis rentrée dans ce livre très rapidement et j’ai été transportée à Jackson, petite ville du Mississipi dans les années 60. C’est un récit à 3 voix sur la condition des Noirs à cette époque, aux États-Unis. Elles sont trois femmes : Aibileen et Minny deux bonnes noires et Miss Steeker une jeune femme blanche. On découvre une ségrégation qui perdure malgré tout, car des lois continuent à séparer les deux populations. De la rencontre improbable entre Miss Steeker, jeune bourgeoise blanche et Aibileen et Minny va naître une amitié et surtout un livre racontant les histoires des bonnes noires au service des maîtres blancs. Elles évoquent les vexations, les colères contenues et leurs tendresses immenses pour les enfants qu'elles élèvent.

Une histoire simple avec des personnages très attachants qui fait passer le lecteur par toutes les émotions de la tristesse à la colère sans oublier le rire car certaines situations sont vraiment pleines d’humour…

J’ai pris vraiment beaucoup de plaisir à lire ce livre, je l’ai savouré ne voulant pas le quitter trop vite. Un vrai grand coup de cœur !

Extrait : (début du livre)
AIBILEEN

Août 1962

Mae Mobley, elle est née de bonne heure un dimanche matin d'août 1960. Un bébé d'église, comme on dit. Moi je m'occupe des bébés des Blancs, voilà ce que je fais, et en plus, de tout le boulot de la cuisine et du ménage. J'en ai élevé dix-sept de ces petits, dans ma vie. Je sais comment les endormir, les calmer quand ils pleurent et les mettre sur le pot le matin, avant que les mamans aient seulement le temps de sortir du lit.
Mais un bébé qui hurle comme Mae Mobley Leefolt, ça j'en avais jamais vu. Le premier jour que je pousse la porte je la trouve toute chaude et toute rouge à éclater et qui braille et qui se bagarre avec son biberon comme si c'était un navet pourri. Miss Leefolt, elle a l'air terrifiée par son propre enfant. "Qu'est-ce que j'ai fait de mal ? Pourquoi je ne peux pas arrêter ça ?"
Ça ? Tout de suite, je me suis dit : il y a quelque chose qui cloche ici.
Alors j'ai pris ce bébé tout rouge et hurlant dans mes bras. Je l'ai un peu chahuté sur ma hanche pour faire sortir les gaz et il a pas fallu deux minutes pour que Baby Girl arrête de pleurer et me regarde avec son sourire comme elle sait faire. Mais Miss Leefolt, elle a plus pris son bébé de toute la journée. Des femmes qui attrapent le baby blues après l'accouchement, j'en avais déjà vu des tas. Je me suis dit que ça devait être ça.
Mais il y a une chose avec Miss Leefolt : c'est pas juste qu'elle fronce tout le temps les sourcils, en plus elle est toute maigre. Elle a des jambes tellement fines qu'on les dirait poussées de la semaine dernière. A l'âge de vingt-trois ans, la voilà efflanquée comme un gamin de quatorze. Même ses cheveux bruns sont tellement fins qu'on voit à travers. Elle essaie de les faire bouffer, mais ça les fait seulement paraître plus fins. Et sa figure, elle ressemble à celle du diable rouge sur la bonbonnière, avec le menton pointu et tout. Pour tout dire, elle a le corps tellement plein de pointes et de bosses qu'il faut pas s'étonner si elle arrive jamais à calmer ce bébé. Les bébés, ils aiment les grosses. Ils aiment fourrer la tête sous votre bras pour s'endormir. Ils aiment les grosses jambes, aussi. Ça, je peux vous le dire.
Mae Mobley, à un an, elle me suivait déjà partout où j'allais. Quand arrivait cinq heures elle se cramponnait à mes Scholl, elle se traînait par terre et elle bramait comme si j'allais jamais revenir. Après, Miss Leefolt me regardait de travers, à croire qu'il aurait pas fallu décrocher ce bébé qui criait à mes pieds. Je pense que c'est le risque qu'on prend, quand on laisse quelqu'un d'autre élever ses enfants.   

Livre 27/28 pour le Challenge du 4% littéraire 1pourcent2010

18 novembre 2010

La Ballade de Lila K - Blandine Le Callet

la_ballade_de_lila_K Stock – septembre 2010 – 400 pages

Quatrième de couverture : La ballade de Lila K, c’est d’abord une voix : celle d’une jeune femme sensible et caustique, fragile et volontaire, qui raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l’ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l’a prise en charge.
Surdouée, asociale, polytraumatisée, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Elle n’a qu’une obsession : retrouver sa mère, et sa mémoire perdue.
Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d’un univers étrangement décalé, où la sécurité semble désormais totalement assurée, mais où les livres n’ont plus droit de cité.
Au cours d’une enquête qui la mènera en marge de la légalité, Lila découvrira peu à peu son passé, et apprendra enfin ce qu’est devenue sa mère. Sa trajectoire croisera celle de nombreux personnages, parmi lesquels un maître érudit et provocateur, un éducateur aussi conventionnel que dévoué, une violoncelliste neurasthénique en mal d’enfant, une concierge vipérine, un jeune homme défiguré, un mystérieux bibliophile, un chat multicolore... Roman d’initiation où le suspense se mêle à une troublante histoire d’amour, La ballade de Lila K est aussi un livre qui s’interroge sur les évolutions et possibles dérives de notre société.

Auteur : Blandine Le Callet est née en 1969. Elle est maître de conférences à l’université Paris-XII et poursuit des recherches en philosophie ancienne et littérature latine sur les monstres dans la Rome antique (elle a publié un essai, Rome et ses monstres, paru en 2005 aux éditions J. Millon). Elle habite en région parisienne.
Son premier roman, Une pièce montée, a remporté un grand succès auprès de la critique et du public en 2006. Il a reçu le Prix des lecteurs du Livre de poche en 2007.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
J'ai depuis plus d'un an, le livre Une pièce montée de Blandine Le Callet dans ma PAL perso et lorsque j'ai vu son nouveau livre à la bibliothèque, j'ai eu envie de l'emprunter. A la dernière émission de La Grande Librairie de France 5, Blandine Le Callet était invitée et lorsqu'elle nous a parlé de La Ballade de Lila K, j'étais surprise et un peu inquiète lorsque le terme roman anticipation a été employé... Mais ce livre ne doit pas être classé en science-fiction, il évoque un monde futur par rapport au nôtre, mais finalement assez proche du monde d'aujourd'hui.
Lila a été enlevée à sa mère assez violemment lorsqu'elle avait trois ans, elle est ensuite élevée dans le Centre, un monde normalisé, aseptisé et sécurisé, jusqu'à ses 18 ans.
Lila n'a qu'une idée en tête, connaître son passé, retrouver sa mère dont elle a très peu de souvenirs.
Lila est très attachante et l'on suit sa quête initiatique avec beaucoup de d'émotions. Elle fera de nombreuses rencontres importantes pour son avenir.
L'écriture et le style fluide rende la lecture de ce livre très facile. Un très beau roman fascinant et poignant.

Extrait : (début du livre)
Le Centre
Quand je suis arrivée dans le Centre, je n'étais ni bien grande, ni bien grosse, ni en très bon état. Ils ont tout de suite cherché à me faire manger. Me faire manger, c'était leur obsession, mais c'était trop infect. Chaque fois qu'ils essayaient, je détournais la tête en serrant les mâchoires. Lorsqu'ils parvenaient malgré tout à me glisser une cuillerée dans la bouche, je la recrachais aussitôt. Plusieurs fois j'ai vomi, de la bile et du sang. C'est écrit dans le rapport.
Finalement, ils m'ont attachée sur mon lit, puis ils m'ont enfoncé une sonde dans le nez, et m'ont nourrie par là. On ne peut pas dire que c'était confortable, mais enfin, c'était mieux qu'avaler leurs immondices.
Je ne supportais pas le moindre contact. C'est écrit en page treize : Hurle dès qu'on la touche. Juste après : Sédation. Sédation, ça veut dire injections d'anxiolytiques, sangles, et musique douce pour enrober le tout d'un peu d'humanité.
Voilà comment ils sont parvenus à me faire tenir tranquille et à me trimbaler de service en service afin d'effectuer leurs batteries d'examens : ils m'ont palpée, auscultée, mesurée, pliée dans tous les sens. Ils m'ont planté des aiguilles dans le corps, ont branché sur moi des machines. Ils m'ont photographiée, aussi. Je pleurais sous les flashes. Alors ils m'ont donné des lunettes noires qui tenaient avec des élastiques, et je n'ai plus rien dit.
Ils m'ont opérée des mains peu après. Mes doigts ont été séparés sans problème. Je n'ai pas de séquelles, seulement des cicatrices, très fines et nacrées, que je prends soin de cacher en serrant bien les poings, pour éviter les questions indiscrètes.
Ils me gardaient la plupart du temps dans une pièce close maintenue dans la pénombre. Je flottais dans une sorte de torpeur, sans conscience du temps qui passe, et c'était aussi bien.
Dès que j'émergeais du brouillard, j'appelais ma mère. Je ne savais rien dire d'autre, ama, ama, ama, des heures durant, dans l'espoir que cette mélopée, poursuivie sans relâche, finirait par me la ramener.
Un monsieur est venu : Il faut que tu arrêtes d'appeler ta maman. Ta maman est partie. Est-ce que tu comprends ? J'ai fait oui de la tête. Tu es en sécurité ici. Tout ira bien, tu verras. Seulement, il faut que tu arrêtes d'appeler ta maman. Il parlait doucement, mais il y avait ses yeux, très froids, une sourde menace sous la douceur des mots.
J'ai senti qu'il valait mieux ne pas les contrarier. Ils risquaient de faire du mal à ma mère si je n'obéissais pas. Alors, j'ai obéi : j'ai cessé de l'appeler, pas de penser à elle. Il me fallait bien ça pour supporter les bruits.
Il en venait de partout, à l'assaut de ma chambre. Des chuchotements derrière la porte, et les gémissements des enfants enfermés dans les chambres voisines, comme des cafards sur mon visage, des mouches grignotant mes tympans. Même en remuant la tête, très fort de gauche à droite, je n'arrivais pas à m'en débarrasser. Ils s'accrochaient à moi, ils me mangeaient le crâne, sans jamais s'arrêter.
J'aurais voulu me plaquer les mains sur les oreilles et me réfugier sous le lit, roulée en boule bien compacte. Cela m'aurait peut-être aidée à retrouver ce silence dense, tissé de bruits feutrés, qui me protégeait autrefois, quand j'étais allongée dans mon cocon obscur. Mais j'étais attachée, et bien trop épuisée pour faire autre chose que miauler faiblement comme un chaton perdu.
Tous les après-midi, on me détachait du lit, et l'on me déposait dans un fauteuil roulant, que l'on poussait ensuite jusqu'à une grande cour, pour me faire prendre l'air. C'était terrible, à cause de la lumière qui me brûlait les yeux malgré mes lunettes noires, mais surtout à cause des hélicoptères. Ils patrouillaient en permanence au-dessus de la ville, à l'époque, vous vous souvenez sûrement. C'était quelques années après les événements ; le plan de sécurité était encore maintenu à son niveau extrême.
La première fois, j'ai paniqué. Ama, ama, ama. Ils m'ont rapatriée fissa à l'intérieur : Tu te souviens de ce qu'on t'a dit ? Tu ne dois plus appeler ta maman. Tu ne dois plus l'appeler ! Je sentais à leur voix qu'ils n'étaient pas contents. J'ai pensé au monsieur qui était venu me parler, aux menaces qu'il y avait dans ses yeux. Je me suis ratatinée dans mon fauteuil. Ama. J'avais peur pour elle, et c'était encore pire que les hélicoptères.
A partir de là, je me suis tenue à carreau. Dès que j'entendais au loin le bourdonnement sourd des gros frelons trapus, et leurs lourdes pales hachant l'air, je me bouchais les oreilles, et je me mordais la lèvre tout en fermant les yeux. Calme-toi, ce n'est rien. Ils nous protègent, tu sais. Ils vont bientôt partir. Je ne les écoutais pas. En secret, je priais ma mère, la seule à pouvoir étouffer le vacarme des monstres qui s'abattaient sur moi.
Ma mémoire s'est brouillée, peu à peu - sans doute à cause de tous les calmants qu'on me faisait avaler. Ils me chiffonnaient l'esprit, insidieusement, effaçaient mon passé. Je me souvenais bien du moment où les hommes en noir nous avaient séparées - ça oui, je m'en souvenais -, mais au-delà, tout devenait confus. Un fatras d'impressions sans aucune cohérence. Au milieu, émergeait une vision précise, une seule - allez savoir pourquoi -, celle d'un square, avec un tourniquet chargé d'enfants.
Je suis au milieu d'eux, bousculée par les grands. Je ris pourtant ; je m'amuse, emportée par le manège dont chaque tour me ramène l'image de ma mère, assise sur un banc avec d'autres femmes. Les autres femmes sont laides, la peau dévorée d'allergies, le sourire tout mangé de chicots. A côté d'elles, ma mère ressemble à une reine, un ange miraculeusement préservé de cette corruption.
Pour ne pas l'oublier, je convoquais sans arrêt cette scène, le square, le tourniquet et le visage intact de ma mère. Mais cela n'a pas suffi : les calmants n'ont cessé de ronger ma mémoire ; mon ange s'est envolé chaque jour un peu plus haut.
Tous les matins, quelqu'un venait me caresser, tantôt un homme, tantôt une femme. Durant plusieurs minutes, leurs doigts effleuraient le dessus de ma main, avant de glisser lentement vers ma paume sur laquelle ils se refermaient, sans serrer. Je me crispais dans mes sangles - c'était si dégoûtant. Mais je n'essayais pas de me débattre. Inutile de protester : j'étais à leur merci.
Après la main, ils sont passés aux bras, aux épaules et au cou. Puis aux pieds, aux chevilles, aux mollets, aux cuisses. Des caresses, des massages, tantôt doux, tantôt vigoureux, qui me mettaient au bord de l'évanouissement.

Livre 26/28 pour le Challenge du 4% littéraire 1pourcent2010

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