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A propos de livres...
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28 janvier 2014

Le voleur de regards - Sebastian Fitzek

9782809810325-G Archipel - mars 2013 - 350 pages

traduit de l'allemand par Jean-Marie Argelés

Titre original : Der Augensammler, 2010

Présentation éditeur : 
Une vague de crimes d'une cruauté sans précédent s'abat sur Berlin. Un tueur en série s'infiltre dans les foyers en l'absence du père de famille, tue la mère, enlève l'enfant et accorde un ultimatum à la police pour le retrouver.
Passé cet ultimatum, l'enfant est assassiné. En référence à l'oeil gauche qu'il prélève sur ses victimes, les médias lui ont attribué un surnom : le Voleur de regards...
Alexander Zorbach, un ancien policier devenu journaliste, se rend sur une nouvelle scène de crime. Une mère de famille a été assassinée et son fils de 9 ans a disparu.
Alexander se retrouve pris dans l'engrenage du jeu machiavélique auquel se livre le Voleur de regards, qui veut lui faire porter le chapeau.
Zorbach a 45 heures pour retrouver l'enfant et prouver son innocence. Le compte à rebours est lancé...

Auteur : Sebastian Fitzek est né en 1971 à Berlin, où il réside. Thérapie, son premier roman, a été un succès de bouche à oreille en Allemagne et dans les 24 pays où il a été traduit. Il est également l'auteur de Ne les crois pas, Tu ne te souviendras pas et Le Briseur d'âmes.

Mon avis : (lu en décembre 2013)
C'est le premier livre que je lisais de Sebastian Fitzek. 
La narration est particulière puisque le livre commence avec l'épilogue puis c'est le Dernier chapitre nommé "La fin", ensuite les chapitres sont numérotés de 83 à 1 dans l'ordre décroissant pour se terminer par un prologue. C'est tout à fait cohérent avec l'intrigue puisque le tueur en série a un mode opératoire particulier, il tue une mère de famille, enlève son enfant et donne un ultimatum à la police avec un compte à rebours... Il ne tuera l'enfant seulement à la fin de cet ultimatum.
Le tueur en série surnommé le "Voleur de regards" vient de frapper, Alexander Zorbach, un ancien policier devenu journaliste, arrive rapidement après la police sur les lieux du méfait mais ce dernier devient également suspect auprès des policiers... Avec l'aide de Alina Gregoriev, une jeune femme aveugle qui a des dons de médium, Alexander Zorbach va suivre la piste du tueur tout en évitant de se faire arrêter par la police. 
Ce roman est captivant et haletant, l'auteur possède une imagination incroyable. Il s'est également beaucoup documenté sur le quotidien des aveugles pour que son personnage d'Alina soit vraiment crédible.
J'ai trouvé vraiment réussi ce livre et je lirai à l'occasion d'autres romans policiers de cet auteur. 

Merci à Canel qui m'a offert ce livre lors de nos retrouvailles à la remise du Grand Prix Elle 2013 en mai dernier.

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
Épilogue


Alexander Zorbach (moi)

Il y a des histoires qui, telles des spirales mortelles, s'enfoncent, comme munies de crochets, toujours plus loin dans la conscience de celui qui est obligé de les entendre. Je dis d'elles qu'elles sont des perpetuwn mobile, des histoires qui n'ont ni commencement ni fin, car elles parlent de la mort éternelle.
Parfois, c'est une personne dénuée de tout scrupule qui les raconte, se délectant de l'épouvante qu'il suscite chez son auditeur et de l'idée des cauchemars qu'elles ne manqueront pas de lui infliger, la nuit, quand, seul dans son lit, incapable de trouver le sommeil, il gardera les yeux rivés au plafond.
De temps à autre, on trouve un tel perpetuum mobile entre les deux couvertures d'un livre, ce qui permet de lui échapper en fermant l'ouvrage. Conseil que je voudrais vous donner sans attendre : arrêtez là votre lecture !
J'ignore comment ces lignes vous sont tombées sous les yeux. Tout ce que je sais, c'est qu'elles ne vous sont pas destinées. Le procès-verbal de l'horreur ne devrait jamais tomber entre les mains de quiconque. Même pas celles de votre pire ennemi.
Croyez-moi, je parle d'expérience. Je n'ai pas réussi à fermer les yeux, à mettre le livre de côté. Car l'histoire de l'homme dont les yeux pleurent des larmes de sang, de l'homme qui presse contre lui un paquet informe, un paquet de chair humaine qui, quelques minutes plus tôt, respirait, aimait et vivait, cette histoire n'est ni un film, ni une légende, ni un livre.
Cette histoire est ma destinée.
Ma vie.
Car l'homme qui, au paroxysme de son calvaire, comprend qu'il commence seulement à mourir, c'est moi.

 

Challenge Voisins Voisines 2014
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Allemagne

Challenge Trillers et Polars
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catégorie "Même pas peur" :  18/25




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16 novembre 2013

Les cailloux bleus - Christian Signol

Lu dans le cadre du Challenge
 "Ecoutons un livre"

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les_cailloux_bleus_cd 12_logo_les_cailloux_bleus1984 cailloux_bleus_FL cailloux_bleus_pocket1986 cailloux bleus_1990cailloux bleus_mai1990les_cailloux_bleus_robert_laffont1992 

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VDB - janvier 2008 - 16h - Lu par Véronique Groux De Mieri

Robert Laffont - août 1984 - 413 pages

France Loisirs - 1985 - 

Pocket - juin 1986 - 

Pocket - mai 1990 - 

Robert Laffont - janvier 1992 - 

Pocket - octobre 1999 - 

Pocket - mars 2005 - 

Libra Diffusio - mars 2008 -

Quatrième de couverture : 
Ils s'appellent Etienne, Abel, Philomène et Mélanie. Ils ont vingt-trois, quatorze, dix et six ans quand naît le XXème siècle. Enfants de pauvres métayers du Causse de Granger (Lot) - et Dieu sait ce qu'il en allait d'être pauvres et métayers dans ces années-là et sur leur terre de misère ! - , ils ne peuvent choisir qu'entre le départ ou la soumission. 
Mais déjà le monde change, des idées nouvelles circulent qui commencent à ébranler cet univers de pierre figé dans l'Histoire. Les paroles d'Armand le sabotier, l'arrivée d'un instituteur laïc jettent des ferments de révolte qui, pour certains, la grande Guerre venue et s'éternisant en massacres, conduiront aux mutineries de 1917.
Ainsi va le destin des hommes. Mais les femmes demeurent, patientes prêtresses de la vie et de la mort. Par delà les drames, dépassant les injustices et les crimes, elles poursuivent leur oeuvre de création. Elles sont l'amour. Un jour, Philomène enfant a donné à son ami Adrien deux petits cailloux bleus pour q'ils lui portent chance. Deux petits cailloux bleus...
Voici l'histoire d'une famille, d'une terre, d'un village et d'une époque où chaque français d'aujourd'hui peut reconnaître les siens. Ici, tout est vrai et juste : les actes, les paroles, les pensées, les sentiments. Ici, se respirent l'air du Causse, glacé ou brûlant, et le parfum des pierres et des genévriers.

Auteur : Christian Signol est né dans le Quercy. Son premier roman a été publié en 1984, et son succès n’a cessé de croître depuis. Il est l’auteur, entre autres, des Cailloux bleus, de La Rivière Espérance, des Vignes de Sainte-Colombe, des Noëls blancs ou encore d’Une si belle école. Récompensée par de nombreux prix littéraires, son œuvre a été adaptée à plusieurs reprises à l’écran.

Lecteur : Véronique Groux De Mieri

Mon avis : (écouté en octobre et novembre 2013)
J'ai entrepris cette lecture pour répondre au thème " " du rendez-vous "Ecoutons un livre". Ce livre se classe dans les romans du terroir, mais c'est également un rappel d'histoire de France. En effet, Philomène a dix ans lorsque naît le XXe siècle, elle nous raconte son histoire et celle de sa famille dans un village du Quercy proche de Rocamadour, avec en toile de fond, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, les prémices de la guerre puis la Première Guerre Mondiale. A travers la vie de Philomène, de ses frères et soeur, de ses parents métayers, nous retrouvons la vie des paysans du début du 20ème siècle. L'histoire est simple, très agréable, les personnages attachants, les paysages rudes mais superbes, tous nos sens sont en éveil.
J'ai mis du temps à écouter ce livre audio (16 heures) car le ton du lecteur était assez monotone surtout au début du livre, il y a également parfois un fond sonore, crépitement de feu, bruit de guerre, chants d'oiseaux... Et j'ai trouvé désagréable le passage d'un chapitre à l'autre, la musique s'interrompt brutalement puis reprend.

 Challenge Petit BAC 2013

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"Couleur"

 Défi 1er roman
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1 décembre 2013

Smilla et l'amour de la neige - Peter Høeg

 Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
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Le mot : AMOUR

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Seuil - 1995

France Loisirs - 1996 

Points - octobre 1996 - 520 pages

traduit du danois par Alain Gnaedig et Martine Selvadjian

Titre original : Frøken Smillas fornemmelse for sne, 1992

Quatrième de couverture :
Smilla connaît la neige. Groenlandaise, expatriée au Danemark, elle garde de son enfance une perception aiguë et un amour incommensurable pour les paysages immaculés. Quand le petit Esajas se tue en tombant du toit d'un immeuble, elle ne croit pas à un accident. Smilla sait lire les empreintes de la neige: ce ne sont pas celles d'un enfant qui jouait, mais celle d'une proie qui cherchait à s'enfuir...

"Quand on a l'habitude de la neige, on ne laisse pas de telles empreintes."

Auteur : Peter Høeg a grandi, fait ses études et vécu à Coppenhague jusqu'en 1984. Après une période incertaine durant laquelle il fut entre autres globe-trotter, marin, professeur de sport et danseur, il publie en 1988 son premier roman : L'histoire des rêves danois.
Il a connu la célébrité avec son roman Smilla et l'amour de la neige (1992), qui lui a valu le prix Clé de verre. 
On lui doit aussi "La Petite Fille silencieuse" (2007), "Les Enfants des cornacs" en (2011).

Mon avis : (lu en novembre 2013)
A Copenhague, peu avant Noël, le petit Esajas, un garçon groenlandais de six ans, se tue en tombant du toit d'un immeuble. La police conclut à un accident. Mais Smilla Jaspersen n'est pas de cet avis. Elle connaît l'enfant. Et, surtout, Smilla est métisse danoise et groenlandaise, depuis son enfance à Thulé, elle "connaît" la neige. Elle décide donc de mener sa propre enquête. Dans une ambiance glaciale, et des paysages blancs, l'intrigue va nous mener à travers le Groenland jusqu'à son extrême nord.
L'enquête est passionnante, Smilla est un personnage complexe mais très attachant. Elle cherche son identité à travers ses origines inuit et scandinave, ses deux cultures.
C'est à la fois un thriller, un roman d'anticipation, un roman d'amour et un roman d'aventure... Une très belle découverte.

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Le livre a été adapté au cinéma et réalisé par Bille August en 1997 avec dans les rôles principaux : Julia Ormond, Gabriel Byrne, Richard Harris et Vanessa Redgrave.

Merci à Natiora qui m'a offert ce livre l'année dernière pour le Swap Nordique - édition de Noël.

Extrait : (début du livre)
Il gèle, un extraordinaire -18° ; il neige et, dans la langue qui n'est plus la mienne, cette neige est qanik - de gros cristaux planent presque en apesanteur, s'amoncellent sur le sol et le recouvrent d'une couche de gelée blanche et poudreuse.
L'obscurité de décembre s'élève de la tombe, elle semble aussi illimitée que le ciel au-dessus de nous. Dans cette obscurité, nos visages ne sont plus que des disques faiblement éclairés mais, même ainsi, je note la réprobation du pasteur et du bedeau devant mes bas résille noirs et devant les gémissements de Juliane accentués depuis que les effets du disulfirame, pris tôt ce matin, se sont dissipés. Elle est presque dégrisée pour affronter le chagrin. Ils considèrent que nous ne respectons ni le temps ni les tragiques circonstances. La vérité, c'est que les bas comme les cachets sont, chacun dans leur genre, un hommage au froid et à Esajas.

Challenge Petit BAC 2013
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"Météo"

Challenge Trillers et Polars
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catégorie "Même pas peur" :  14/25

 Challenge Voisins, voisines

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Danemark

  Défi Scandinavie noire 2012

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Danemark

Challenge Cap au Nord
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Année 2013 

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Ma 1ère lecture
d'un auteur : 9/13

18 juillet 2013

Le gardien de phare - Camilla Läckberg

9782330018962 Actes Sud - juin 2013 - 460 pages

traduit du suédois par Lena Grumbach

Titre original : Fyrvaktaren, 2009

Quatrième de couverture : 
Par une nuit d’été, une femme se jette dans sa voiture. Les mains qu’elle pose sur le volant sont couvertes de sang. Avec son petit garçon sur le siège arrière, Annie s’enfuit vers le seul endroit où elle se sent en sécurité : la maison de vacances familiale, l’ancienne résidence du gardien de phare, sur l’île de Gråskär, dans l’archipel de Fjällbacka. Quelques jours plus tard, un homme est assassiné dans son appartement à Fjällbacka.
Mats Sverin venait de regagner sa ville natale, après avoir travaillé plusieurs années à Göteborg dans une association d’aide aux femmes maltraitées. Il était apprécié de tous, et pourtant, quand la police de Tanumshede commence à fouiller dans son passé, elle se heurte à un mur de secrets. Bientôt, il s’avère qu’avant de mourir Mats est allé rendre une visite nocturne à Annie, son amour de jeunesse, sur l’île de Gråskär – appelée par les gens du cru “l’île aux Esprits”, car les morts, dit-on, ne la quittent jamais et parlent aux vivants…
Erica, quant à elle, est plus que jamais sur tous les fronts. Tout en s’occupant de ses bébés jumeaux, elle enquête sur la mort de Mats, qu’elle connaissait depuis le lycée, comme Annie. Elle s’efforce aussi de soutenir sa soeur Anna, victime, à la fin de La Sirène, d’un terrible accident de voiture aux conséquences dramatiques… Avec Le Gardien de phare, Camilla Läckberg poursuit la série policière la plus attachante du moment.

Auteur : Née en 1974, Camilla Läckberg est l’auteur d’une série de romans policiers mettant en scène le personnage d’Erica Falck et de son compagnon le commissaire Patrik Hedström. L’intrigue se situe toujours à Fjällbacka, ancien port de pêche de la côte ouest en Suède, reconverti en station balnéaire, qui sous des apparences tranquilles cache de sordides relations humaines.
Après La Princesse des glaces (2008), Le Prédicateur (2009), Le Tailleur de pierre (2009), L’Oiseau de mauvais augure (2010), L’Enfant allemand (2011) et La Sirène (2012), Le Gardien de phare est le septième volet de la série policière la plus attachante du moment. 

Mon avis : (lu en juillet 2013)
C'est le 7ème épisode des aventures d'Erica Falck et Patrik Hedström. Dans l'épisode précédent, nous avions quitté Erica en mauvaise posture puisqu'elle venait d'avoir un terrible accident de voiture... Nous la retrouvons s'occupant de sa petite famille, avec Maja et ses petits frères jumeaux Noel et Anton. Patrik vient de reprendre le travail après trois mois d'arrêt de maladie. 
Tout commence avec la fuite d'une mère avec son fils de cinq ans. Annie se réfugie sur la petite île de Gråskär où se trouve sa maison d'enfance et un vieux phare. A Fjällbacka, après rénovation un établissement de remise en forme est sur le point d'être inauguré. Mais Mats Sverin, le directeur financier du projet, est retrouvé assassiné dans son appartement. Il y a également un retour vers le passé avec une histoire de gardien de phare sur l'île de Gråskär... Une intrigue haletante, des histoires multiples, des pistes nombreuses, impossible de lâcher le livre avant de le terminer !

Mon avis manque certainement d'objectivité, car je suis une inconditionnelle de cette série de Camilla Läckberg, sa recette est peut-être toujours la même mais je prend toujours autant de plaisir à suivre Erica et Patrik à Fjällbacka. Et après avoir tourné la dernière page, j'attends avec impatience la parution en français du prochain épisode... (il en existe encore un pas encore traduit).

Extrait : (début du livre)
C’est seulement lorsqu’elle posa ses mains sur le volant qu’elle vit qu’elles étaient pleines de sang. Ses paumes collaient au cuir. Elle enclencha quand même la marche arrière et sortit un peu trop brutalement de l’allée du garage. Le gravier crissa sous les pneus.
Le trajet en voiture allait être long. Elle jeta un coup d’œil vers le siège arrière. Sam dormait, enveloppé dans une couverture. Elle aurait dû lui mettre la ceinture de sécurité, mais elle n’avait pas le cœur de le réveiller. Elle conduirait prudemment. Par réflexe, elle leva le pied de l’accélérateur.
La nuit d’été commençait déjà à s’éclaircir. Les heures sombres étaient passées avant même d’avoir eu le temps de s’installer. Pourtant cette nuit paraissait interminable. La donne avait complètement changé. Les yeux bruns de Fredrik fixaient le plafond, immobiles, et elle avait compris qu’elle ne pouvait rien faire. Elle était obligée de se mettre en sécurité avec Sam.
Ne pas penser au sang, ne pas penser à Fredrik.
Il n’y avait qu’un endroit où elle pouvait se réfugier.
Six heures plus tard, ils arrivèrent. Fjällbacka se réveillait tout juste. Elle gara la voiture devant le Sauvetage en mer et se demanda un instant comment elle ferait pour tout emporter.
Sam dormait toujours profondément. Elle trouva un paquet de mouchoirs en papier dans la boîte à gants et s’essuya les mains du mieux qu’elle put. Le sang était tenace, il était difficile à nettoyer. Puis elle sortit les valises du coffre arrière et les tira rapidement vers Badholmen où le bateau était amarré. De peur que Sam ne se réveille pendant son absence, elle avait fermé la voiture à clé pour qu’il ne puisse pas en sortir et tomber à l’eau. Elle descendit péniblement les valises jusqu’au bateau et ouvrit le cadenas de la chaîne censée protéger des vols. Puis elle retourna à la voiture en courant presque et constata avec soulagement que Sam dormait encore paisiblement. Elle le souleva et le porta, enveloppé dans sa couverture. Le regard fixé sur ses pieds, elle parvint à monter à bord sans glisser. Doucement, elle posa Sam directement sur le plancher et tourna la clé de contact. Le moteur toussa, puis démarra à la première tentative. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas piloté ce bateau, mais elle était confiante, elle y arriverait. Quittant l’emplacement en marche arrière, elle sortit du port.
Le soleil s’était levé mais ne chauffait pas encore. Elle sentait ses muscles se relâcher petit à petit, la tension cédait et l’horreur de la nuit perdait un peu de son emprise. Elle regarda Sam. Pourvu qu’il n’en garde pas de séquelles. À cinq ans, on est fragile. Comment savoir si rien ne s’était brisé en lui ? Elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour le guérir. Des bisous pour éloigner le mal, comme quand il tombait à vélo et s’écorchait les genoux. 
Elle connaissait bien le trajet. Chaque île, chaque rocher. Elle mit le cap sur Väderöbod et s’éloigna de plus en plus de la côte. Les vagues étaient plus grosses ici, et l’étrave cognait contre l’eau en retombant après chaque crête. Elle savoura la sensation des embruns lui éclaboussant le visage et s’autorisa à fermer les yeux quelques secondes. En les rouvrant, elle aperçut Gråskär au loin. Son cœur frétilla comme toujours quand l’île apparaissait et qu’elle voyait la petite maison et le phare, blanc et fier, dressé vers le ciel bleu. Elle était encore trop loin pour voir la couleur de la maison, mais elle se rappelait sa nuance gris clair et les menuiseries blanches. Et les roses trémières qui poussaient devant le mur le plus abrité. C’était son refuge, son paradis. Son île. Gråskär.

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Déjà lu du même auteur :

la_princesse_des_glaces La Princesse des glaces  le_pr_dicateur Le Prédicateur

le_tailleur_de_pierre Le Tailleur de pierre l_oiseau_de_mauvais_augure L'Oiseau de mauvais augure

l_enfant_allemand L'Enfant allemand cyanure Cyanure la_sir_ne La Sirène 

  Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Objet"

Challenge Trillers et Polars
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catégorie "Même pas peur" :  1/25

 Challenge Voisins, voisines

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Suède

  Défi Scandinavie noire 2012

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Suède

Challenge Cap au Nord
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9 juillet 2013

La Grande Odalisque - Vivès, Ruppert et Mulot

la_grande_odalisque Dupuis - septembre 2012 - 124 pages

Quatrième de couverture : 
Une réinterprétation moderne du mythe de la cambrioleuse féline popularisé par "Cat's Eyes" ou "La Main au collet d'Alfred Hitchcock".
Alex et Carole sont deux cambrioleuses de haut vol, séduisantes et sans complexes, capables d'aller chercher n'importe quel tableau dans n'importe quel musée. À la recherche d'un chauffeur, elles rencontrent Sam, une championne de moto aux multiples talents. Le trio qui vient de naitre est appelé à entrer dans la légende...
Quand l'étoile montante de la BD française s'associe à l'un des meilleurs duos de la BD indépendante pour réinventer les trois héroïnes les plus connues (et les plus sexy) de l'animation japonaise, le résultat ne peut que faire des étincelles.

Auteurs : Bastien Vivès est né le 11 février 1984. Diplômé de l’école des Gobelins (section animation), après trois années de graphisme à l'ESAG Penninghen, Bastien Vivès réalise ses premiers pas dans un atelier de bandes dessinées qu’il cofonde à Paris. Sous le pseudonyme Bastien Chanmax, il publie sur le net Poungi, « le manchot rappeur amateur de gros seins ». Il est alors découvert par le label jeunes de Casterman. KSTR publie ainsi Elle(s), en début 2007, puis Hollywood Jan avec Mickaël Sanlaville en début 2008, le Goût du Chlore salué par le public et la critique mi 2008 et Dans mes Yeux ainsi qu’Amitiétroite en 2009. Parallèlement, il sort la Boucherie chez Wraoum et Juju Mimi Féfé Chacha, un scénario d’Alexis de Raphelis chez Ankama. Dessinateur en pleine évolution graphique, Bastien Vivès fait assurément partie de la relève de la bande dessinée.
Florent Ruppert et Jérôme Mulot sont nés respectivement en 1979 et 1981 et se sont rencontrés dans la salle d'attente du centre pénitencier de Clairvaux en 1999, lors d'une visite à des membres de leurs familles. Leur collaboration artistique où les deux amis participent aussi bien au dessin qu'au scénario commence en 2002 entre Amsterdam et Dijon sur internet (www.succursale.org). Killoffer les présente à l'Association en 2005 et leur second livre Panier de singe reçoit le prix révélation au festival d'Angoulême en 2007.

Mon avis : (lu en juillet 2013)
Ayant entendu beaucoup de bien sur cette bande dessinée, j'attendais beaucoup de La Grande Odalisque. Mais je n'ai pas été convaincue... 
Alex et Carole sont deux cambrioleuses qui volent dans les musées. Elles sont contactées pour faire un gros coup au Musée du Louvre en volant La Grande Odalisque, tableau d'Ingres. Leur équipe s'étoffe donc d'un troisième membre en la personne de Sam une championne de moto. Entre poursuites, fussillades, police, GIGN, mafia mexicaine, violence...
Je n'ai pas été emportée par l'histoire promise. Le dessin et la mise en page sont réussis mais l'histoire m'a semblée simpliste et sans grande originalité. Cette bande dessinée se lit bien mais sans plus...  Et cet album laisse présager une suite...


Extrait : 

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28 mai 2013

Éloge de la faiblesse - Alexandre Jollien

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Audiolib - février 2012 - lu par par Bernard Campan et Michel Raimbault

Marabout - septembre 2011 - 96 pages

Quatrième de couverture :
Éloge de la faiblesse retrace un itinéraire intérieur, une sorte de conversion à la philosophie. L'auteur, handicapé de naissance, imagine recevoir la visite de Socrate en personne. Dès lors, s'en suit un échange où de proche en proche émergent des outils pour apprendre à progresser dans la joie, garder le cap au coeur des tourments et ne pas se laisser déterminer par le regard de l'autre.
La philosophie est ici un art de vivre, un moyen d'abandonner les préjugés pour partir à la découverte de soi et bâtir sa singularité. Peu à peu, une conversion s'opère, le faible, la vulnérabilité, l'épreuve peuvent devenir des lieux fertiles de liberté et de joie.
La connaissance qu’à Bernard Campan d’Alexandre Jollien lui permet d’exploiter toutes les nuances d’un texte aussi généreux et sensible qu’intelligent.
Avec la participation de Michel Raimbault dans le rôle de Socrate.

Auteur : Philosophe de formation, Alexandre Jollien est né en 1975 en Suisse. Il a vécu dix-sept ans dans une institution pour personnes handicapées moteur cérébral. Aujourd’hui, il donne des conférences. Il a publié trois autres ouvrages, Le Métier d’homme, La Construction de soi et Le Philosophe nu et enregistré le livre sonore La Philosophie de la joie.

Lecteurs : Bernard Campan a connu un triomphe avec le trio des Inconnus créé en 1989. Sa vie a pris un nouveau tournant depuis les années2000 et sa rencontre avec Alexandre Jollien dont il devient l’ami. Acteur, réalisateur et scénariste, on a pu le découvrir dans des rôlesplus dramatiques comme dans Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman, Combien tu m’aimes de Bertrand Blier,Le Coeur des hommes de Marc Esposito et Le Dernier pour la route de Philippe Godeau.
Dans le milieu de la comédie, Michel Raimbault est ce que l’on nomme « une voix ». Vous l’avez entendu sur la plupart des chaînes TV. Il est également directeur artistique de documentaires. Il a déjà enregistré pour Audiolib Duma Key, Juste avant le crépuscule, Le syndrome E et Gataca .

Mon avis : (écouté en mai 2013)
J'ai découvert Alexandre Jollien la première fois lors d'une Grande Librairie et dernièrement lors de l'émission "La parenthèse inattendue". Je ne suis pas spécialement attiré par la philosophie, mais sa personnalité et son parcours de vie sont étonnants. Après une enfance en institution pour enfants handicapés il fait des études de philosophie. A partir de son expérience personnel, Alexandre imagine un dialogue avec Socrate avec une réflexion sur la faiblesse qui peut être stimulant pour se dépasser soi-même. Il nous montre le handicap avec simplicité et intelligence pour que nous arrêtions d'avoir des  idées préconçues et des préjugés. Une personne handicapée est un être humain à part entière. Ce livre est une  belle leçon de vie pour tous… Une leçon d'ouverture et d'humilité. Quel courage a du avoir Alexandre pour arriver à s'affirmer et à suivre le chemin de la vie qu'il voulait avoir et pas celui qui lui était destiné. Un temoignage émouvant et poignant, Alexandre transpire la joie. A découvrir sans hésiter !

La lecture de ce livre-audio a été faite par Bernard Campan qui est devenu un grand ami d'Alexandre. Il sait être la voix d'Alexandre avec beaucoup de justesse.

Extrait : (début du livre)
ALEXANDRE

Socrate ?

SOCRATE
Lui-même.

ALEXANDRE
Salut à Socrate.

SOCRATE 
Salut à... Que me veux-tu ?

ALEXANDRE 
Te... t'exprimer mon extrême gratitude.

SOCRATE
Que t'ai-je donc fait ?

ALEXANDRE 
Le plus grand des biens !

SOCRATE
Nous sommes-nous déjà rencontrés ?

ALEXANDRE
Dans un certain sens.

SOC RATE
Tu m'intrigues.

ALEXANDRE 
Si tu n'es pas trop pressé,...

SOCRATE
J'ai tout le temps, raconte... Pourvu que tu ne te lasses pas de parler.

ALEXANDRE
Eh bien ! je me présente. Je m'appelle Alexandre. J'ai vingt-trois ans et j'étudie la philosophie à l'université.

SOCRATE 
Jusque-là, rien de bien particulier.

ALEXANDRE
Et pourtant...

SOCRATE
Revenons à ton propos, poursuis avec confiance !

ALEXANDRE
J'ai donc vingt-trois ans et j'ai commencé des études de philosophie...

SOCRATE
Procède par étapes ! Raconte-moi tout. Va aux faits, sans digressions. S'il est nécessaire, je te poserai moi-même les questions utiles. D'abord, parle-moi de ton enfance.

  livre_audio

Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Sentiment"

 

 

 

 

30 avril 2013

Purgatoire, livre 3 – Christophe Chabouté

purgatoire3 Vents d'Ouest – septembre 2005 – 64 pages

Résumé : 
Benjamin erre toujours parmi les vivants, à la recherche de l'âme qui va lui permettre de racheter ses pêchés.
Sa quête va s'orienter plus particulièrement vers son ancien assureur immobilier, Robert Trusquin, qui entame une carrière très prometteuse de politicien verreux.

Auteur : Né en 1967, d’origine alsacienne, Christophe Chabouté suit les cours des Beaux-Arts d’Angoulême, puis de Strasbourg. Vents d’Ouest publie ses premières planches en 1993 dans "les Récits", un album collectif sur Arthur Rimbaud. Mais il faut attendre 1998 pour que ce graphiste free-lance se fasse un nom dans la bande dessinée en publiant coup sur coup "Sorcières" aux Editions du Téméraire et "Quelques jours d’été" aux Editions Paquet. Deux albums remarqués et primés, le premier au Festival d’Illzach, le second à Angoulême où Christophe Chabouté décroche l’Alph’Art Coup de Coeur. Avec "Zoé" paru en 1999, Chabouté prouve que son talent a atteint sa pleine maturité, ce qu’il démontre avec encore plus d’évidence dans "Pleine Lune". "Tout seul"(2008), "Terres Neuvas"(2009).

Mon avis : (lu en avril 2013)
Dans ce dernier volet de la série, nous retrouvons l'horrible Trusquin, l'assureur véreux coupable de la descente aux enfers de Benjamin. Trusquin cache bien son jeu, il se présente sous l'image d'un respectable citoyen qui se présente à l’élection municipal. Il n’hésite pas à utiliser tous les moyens pour arriver à ses fins. La population est sous le charme de ses beaux discours et de ses belles promesses électorales... Mais Benjamin qui est toujours une âme du purgatoire en phase de réparation va profiter de son rôle de "petite voix" pour utiliser ses nouveaux talents à bon escient...
Chabouté caricature ici la société et en particulier ceux qui veulent accéder au pouvoir par tous les moyens en utilisant le mensonge et la manipulation... 
La conclusion de la série est assez surprenante et je l'ai aimé.

Extrait : 

purgatoire_3_extrait

purgatoire1 Purgatoire, livre 1 purgatoire2 Purgatoire, livre 2

 

Déjà lu du même auteur :

tout_seul Tout Seul  Terres_neuvas Terres Neuvas  

construireunfeu Construire un feu

quelques_jours_d_ete  Quelques jours d'été / Un îlot de bonheur 

landru Henri Désiré Landru un_peu_de_bois_et_d_acier Un peu de bois et d'acier

 

16 avril 2013

Père adopté - Didier Van Cauwelaert

Lu dans le cadre du Challenge
 "Ecoutons un livre"

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Lire dans le noir – avril 2007 – lu par l'auteur

Albin Michel – février 2007 – 282 pages

Livre de Poche – mars 2009 – 247 pages

Prix Marcel Pagnol 2007

Quatrième de couverture :
Quels drames et quels enjeux faut-il pour qu'un enfant décide de gagner sa vie comme écrivain, à l'âge où l'on perd ses dents de lait ? En révélant ses rapports avec son père, Didier van Cauwelaert nous donne les clés de son œuvre et nous offre son plus beau personnage de roman. Un père à l'énergie démesurée, à l'humour sans bornes et aux détresses insondables, qui a passé sa vie à mourir et renaître sans cesse. Un père redresseur de torts et fauteur de troubles, qui réenchanta le monde par l'incroyable force de son destin, de ses talents et de ses folies au service des autres. Drôle, bouleversant, généreux et tonique, Le père adopté est à la fois un merveilleux récit des origines et un irrésistible appel à inventer sa vie en travaillant ses rêves.  

Auteur : Né en 1960 à Nice, Didier van Cauwelaert cumule, depuis ses débuts, prix littéraires et succès public : Prix Del Duca pour son premier roman en 1982 (Vingt ans et des poussières), prix Roger Nimier, prix Goncourt (Un aller simple, 1994), Molière 1997 du meilleur spectacle musical (Passe-Muraille), Grand Prix du théâtre à l’Académie Française pour l’ensemble de son œuvre, Grand Prix des lecteurs du Livre de Poche (La Vie interdite, 1999), Prix Femina Hebdo du Livre de Poche (La Demi-pensionnaire, 2001), etc.

Mon avis : (écouté en mars 2013)
Un beau récit hommage de Didier van Cauwelaert pour son père. A travers tout un ensemble d'anecdotes haute en couleurs il raconte sa forte complicité avec son père qui l'encourage dans sa vocation d'écrivain. Ce livre est tour à tour plein d'humour et d'émotions avec une très belle écriture.
J'ai eu cependant du mal à entrer dans le livre sans doute à cause de l’absence de chronologie du livre. L'auteur passe d'une anecdote à l'autre, elles concernent aussi bien son enfance que la vie de son père avant sa naissance, il évoque même avec beaucoup d'humour les derniers jours de son père avec ces mots en conclusion « Je ne pleure pas mon père, je le ris ». Il est plein de tendresse et d'affection pour son père. 

J'ai également beaucoup apprécié que le lecteur soit l'auteur. La voix de Didier van Cauwelaert est très agréable à écouter.  

Extrait : (début du livre)
La première fois que tu es mort, j'avais sept ans et demi. J'étais rentré plus tôt que prévu d'un anniversaire et j'avais entendu ta voix, dans votre chambre :
- De toute façon, le jour où je ne peux plus marcher, je me tire une balle dans la tête. Vous n'allez pas me pousser dans un fauteuil roulant, non ? Je ne veux pas infliger ça à Didier.
Tu ne tenais déjà quasiment plus debout, entre tes cannes anglaises. Et pourtant j'ai souri, dans la montée des larmes. C'était bien toi, ça. Le sacrifice égoïste. Tant qu'à faire, j'aurais préféré pousser un fauteuil roulant plutôt que marcher derrière un cercueil. Mais c'était ta vie, tu avais choisi. Et je connaissais ton caractère : ce n'était pas la peine de plaider ma cause. C'était toi, l'avocat.
J'ai pris le deuil, ce jour-là, en décidant de devenir écrivain. Tu m'avais déjà passé le virus de l'imaginaire, avec les feuilletons à dormir debout que tu me racontais chaque soir au coucher. Quel plus beau métier que de construire des histoires, bien tranquille dans sa chambre, sans patron ni collègues ni clients sur le dos ? La vie était mon premier terrain d'écriture : j'y testais mes fictions, les peaufinais, les adaptais en fonction des réactions suscitées. Pour préparer mes contemporains à devenir mes lecteurs, je les transformais tout d'abord en cobayes. Je mentais avec une rigueur extrême, je m'inventais selon mes interlocuteurs des vies différentes que je notais sur des fiches pour ne pas me tromper ; je confondais sciemment la création littéraire et la mythomanie. 
Mais là, d’un coup, il fallait que je me prépare à devenir chef de famille. Si tu te donnais la mort, il fallait que je gagne ma vie à ta place, que je rapporte à la maison des droits d’auteur avec ce que tu m’avais d’ores et déjà légué : l’envie de secouer les gens en les faisant rêver, de marier l’humour à l’émotion, l’absurde à l’évasion, de « faire rire en donnant de l’air », pour reprendre l’une de tes expressions favorites. Influencé par tes goûts, je me lançai alors dans un genre littéraire que je pensais, en toute simplicité, avoir inventé : le thriller psychologique et social à base de satire sexuelle. J’appelais ça « études de mœurs ». Un tiers Simenon, un tiers San-Antonio, un tiers toi. Pour me donner du courage, j’écrivais sur la première page de mon cahier, avec des guillemets, ce qu’en dirait la presse : « Très nouveau, excellent, commercial. »
Je savais bien que tu étais né pour être artiste, mais que les circonstances – orphelin de guerre, soutien de famille, victime de trahisons multiples – ne t’avaient pas permis de faire carrière avec ton imagination. Alors je reprenais le flambeau. J’essayais de réaliser ton rêve d’enfance, avant que tu te suicides, pour que tu partes content. Disons, avec un regret en moins. La certitude que tu allais me quitter très vite, la sensation raisonnée de t’avoir déjà perdu, à titre préventif, m’ont fait entrer en vie active à sept ans et demi. Arrêt des devoirs scolaires, dix pages par jour dans mon cahier à spirale ; un roman par semestre. Les perturbations de Mai 68 me permirent de respecter mon planning. Dans mes cauchemars apprivoisés, j’assistais une ou deux fois par semaine à tes funérailles avec, au lieu du traditionnel brassard noir, une bande rouge marquée « Prix Goncourt ».

 

Déjà lu du même auteur :

la_maison_des_lumi_re La maison des lumières

6 décembre 2012

Cher Gabriel - Halfdan W. Freihow

Cher_Gabriel Gaïa – février 2012 – 165 pages

traduit du norvégien par Ellen Huse Foucher

Titre original : Kjœre Gabriel, 2006

Quatrième de couverture :
"Est-ce que tu apprendras un jour à jouer avec les mots, Gabriel ? Le paysage plaisante sans cesse avec nous. Les nuages sont des visages ou des animaux effrayants, mais ils n'arrêtent pas pour autant d'être des nuages ? Ça ne fait rien si de temps en temps tu as envie de boire un cheval ou un pantalon d'eau, le verre ne reste pas moins un verre." Cher Gabriel est une lettre intime et émouvante d'un père à son fils. Gabriel est autiste. Il vit avec sa famille dans une maison située sur la côte norvégienne, en pleine nature sauvage et balayée par les vents. H. W. Freihow met en lumière une relation complexe, un amour inconditionnel. Tel un château de sable qui tantôt prend des allures de palais étincelant, tantôt se laisse engloutir à la première houle, et qui sans cesse demande à être reconstruit. Ce livre compte parmi les plus beaux livres jamais écrits en norvégien." Dagbladet.

Auteur : Halfdan W. Freihow est norvégien. Il est né en 1959 à Mexico et a partagé ses années de jeunesse entre la Norvège, l'Espagne et la Belgique. Il a d'abord travaillé comme reporter, traducteur et critique littéraire avant de co-fonder la maison d'édition norvégienne Font Forlag. De l'exploration de sa vie intime et familiale est né son premier récit, Cher Gabriel, nominé pour le prestigieux prix Brage (2004).

Mon avis : (lu en décembre 2012)
Cela faisait quelques mois que j'avais envie de découvrir ce livre et j'ai été ravie de le recevoir dans le cadre du Grand Prix des lectrices Elle. Dès réception, j'avais hâte de le lire, d'autant plus que mardi soir dernier, il y avait sur France 2 un docu-fiction « Le cerveau d'Hugo » avec également des témoignages
 très intéressants d'autistes adultes ou de parents ou d'enfants autistes.
Ce livre est un beau témoignage d'amour d'un père pour son fils.
Gabriel vit sur la côte norvégienne, au bord de la mer, dans un coin balayé par les vents. Gabriel est un enfant différent, il est autiste. Dans ce livre, son père s'adresse à lui et nous raconte son quotidien avec un enfant qui a un fonctionnement propre à lui-même, un enfant qui pose mille questions et dont la logique est différente de la notre : un autiste comprend les mots dans leur sens premier, il ne comprend pas les jeux de mots...
« Tes exigences en ce qui concerne la non-ambiguïté et le sens littéral des mots peuvent paraître déraisonnables pour les autres, mais elles trouvent leur contrepartie dans des qualités exceptionnelles : tu es profondément honnête, sincère, aimant et intrépide. » 
L'échange entre le père écrivain et le fils qui prend tout au pied de la lettre est très intéressant.
« En fait, Gabriel, tu es toi-même tout un paradoxe, complexe, inattendu et défiant, mais jamais ennuyeux, jamais monotone et jamais facile à comprendre. Tu es tout simplement une langue à toi, Gabriel. »
Le narrateur évoque également les difficultés que rencontrent la famille, le côté usant de s'occuper d'un enfant qui demande à longueur de journée de l'attention, c'est difficile de ne pas se sentir à la hauteur des demandes de son enfant. Et son avenir, quel sera-t-il ?
« Il faut que je te dise que maman et moi trouvons que c'est difficile. Parfois, c'est si difficile que nous y arrivons à peine, car nous sommes exténués et avons surtout envie d'abandonner. Tu remplis chaque heure de notre vie éveillée - et souvent les nuits aussi - avec des exigences et des attentes qui même pour toi sont impénétrables et compliqués, et que nous n'avons pas toujours la force de comprendre, et encore moins d'honorer. »
Il y a également la joie de voir son enfant grandir, avoir de petites victoires sur l'autonomie, réussir enfin à lire, à écrire... 
« Tu es un enrichissement pour ceux qui te connaissent, tu nous sers de rectificatif. C'est un privilège d'apprendre par toi et une joie de t'enseigner tout ce qui peut t'aider à vivre avec ta propre vulnérabilité et l'ignorance des autres, tout ce qui peut te protéger et renforcer ta conception du bonheur. »  
Lorsque l'on n'a pas soi-même un enfant handicapé, on ne pourra jamais se mettre à la place d'un parent, malgré tout, ce genre de témoignage nous permet de mieux comprendre les réactions que peuvent avoir une personne autiste pour mieux accepter sa différence.

J'ai été très touché par le mail épilogue, le père est en voyage à New-York pour présenter son livre, dans ce mail il s'adresse à Gabriel devenu adolescent. 

Autres avis : Caro, Canel, Clara, Theoma, Jostein, Mimipinson 

Extrait : (début du livre)
Sur le faîte du hangar à bateaux, une mouette médite.
Son plumage gris et blanc se détache sur la mousse vert-de-gris ponctuée de taches de vieillesse marron. Ça fait bien cinquante ans que cette touffe de mousse s'agrippe là, à l'abri du vent du nord, juste pour donner couleur et texture au toit de fibrociment. C'est beau, et quelque part dans l'univers, cela doit avoir un sens.
L'oiseau a terminé sa réflexion et plonge vers la surface de l'eau, vers son garde-manger rempli de nourriture froide et dégoulinante. A part ça, je ne lui vois pas d'autres projets.
Aujourd'hui la mer est calme. Léthargique. Presque morte. L'horizon s'étire entre ciel et mer comme un pont à portée imprécise qui parfois me désarçonne : je sais mieux qui je suis quand mer et terre se distinguent clairement, quand il y a des obstacles et des limites, quand je vois ce qui est mien, quand je sais d'où je viens.
Cette nuit il a plu de nouveau, et je vois qu'il va falloir écoper le bateau. Je vois aussi que la peinture s'écaille sur le mur sud du hangar, là où la pluie ruisselle, coule et pénètre le bois, au contraire du mur nord où, chargée des embruns, elle le fouette et le mitraille de sel, le brosse à le rendre dur et lisse.
Je vais écoper le bateau. Je vais écoper le bateau aujourd'hui. Au printemps, il faudra s'occuper du hangar.

Toutes ces choses je les vois de mon bureau, Gabriel. Toutes ces choses qui arrivent seulement parce qu'elles ont lieu, parce que toutes les choses ont besoin d'un lieu pour arriver. Il y a d'autres paysages, des paysages sans racines où il ne se passe rien, ou bien tout se passe si vite, si simultanément, que les choses s'en trouvent comme apatrides. Mais ici, de mon bureau, je regarde l'appartenance. Non la tienne ou la mienne, mais une appartenance plus grande, qui habite ici et agit dans ce paysage lent et patient, et qui fait qu'on peut s'y adosser comme contre un mur, même s'il n'est question que d'air, d'eau et du cri des mouettes, qu'on peut s'y adosser quand notre propre appartenance - si fragile - lâche prise.
Nous avons besoin d'un mur pour nous adosser, toi et moi. Parfois, la caresse d'une main suffit, d'autres fois, il nous faut tout un échafaudage de perspicacité et de compréhension pour ne pas tomber, pour ne pas sombrer dans l'ignorance, le désarroi et l'angoisse. Nous sommes chacun le mur de l'autre : parfois tu es le mien, mais souvent c'est à moi qu'il revient d'être le tien, car tu trébuches, et tu tombes si facilement. Et alors, Gabriel, il m'arrive d'avoir peur, quand je n'ai rien à quoi m'agripper, rien à quoi me cramponner, à part le vent, la lumière et l'océan, quand toi, tu bascules hors de ma portée.

 

  Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection document 
Jury Novembre

 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Prénom"

 Challenge Voisins, voisines

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Suède

 Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
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Suède 

 Challenge Viking Lit' 

Viking_Lit

Challenge Littératures Nordiques

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21 novembre 2012

Un peu de bois et d'acier - Chabouté

un_peu_de_bois_et_d_acier Vents d'Ouest - septembre 2012 - 327 pages

Présentation de l'Editeur :
L'histoire d'un banc, un simple banc public qui voit défiler les gens à travers les heures, les jours, les saisons, les années... Ceux qui passent, qui s'arrêtent, d'autres qui reviennent, certains qui attendent... Le banc devient un havre, un îlot, un refuge, une scène... Un ballet d'anonymes et d'habitués évoluant dans une chorégraphie savamment orchestrée ou les petites futilités, les situations rocambolesques et les rencontres surprenantes donnent naissance à un récit drôle et singulier. Chabouté tisse avec brio une histoire où plane la magie d'un Tati, agrémentée d'un soupçon de Chaplin, quelques miettes du mime Marceau et d'une pincée de Keaton ... 330 pages d'une aventure dont le héros est un banc, un simple banc public... Juste un peu de bois et d'acier...

Auteur : Né en 1967, d’origine alsacienne, Christophe Chabouté suit les cours des Beaux-Arts d’Angoulême, puis de Strasbourg. Vents d’Ouest publie ses premières planches en 1993 dans "les Récits", un album collectif sur Arthur Rimbaud. Mais il faut attendre 1998 pour que ce graphiste free-lance se fasse un nom dans la bande dessinée en publiant coup sur coup "Sorcières" aux Editions du Téméraire et "Quelques jours d’été" aux Editions Paquet. Deux albums remarqués et primés, le premier au Festival d’Illzach, le second à Angoulême où Christophe Chabouté décroche l’Alph’Art Coup de Coeur. Avec "Zoé" paru en 1999, Chabouté prouve que son talent a atteint sa pleine maturité, ce qu’il démontre avec encore plus d’évidence dans "Pleine Lune". "Tout seul"(2008), "Terres Neuvas"(2009).

Mon avis : (lu en novembre 2012)
Cette bande dessinée est un coup de coeur pour moi !
Unité de lieu, histoire sans parole... un banc fait de bois et d'acier est le témoin de la vie qui passe... Les saisons se succèdent, les gens défilent, s'arrêtent, pour un instant, pour plus longtemps, seul, à plusieurs... Dans cet album muet, noir et blanc, Chabouté nous fait témoin de ses petits moments de vie, c'est beau, touchant, poétique... Il y a de la joie, de la peine, de la violence, de la douceur...
A découvrir et à partager !

 

Extrait :

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Déjà lu du même auteur :

tout_seul Tout Seul  Terres_neuvas Terres Neuvas  

construireunfeu Construire un feu

quelques_jours_d_ete  Quelques jours d'été / Un îlot de bonheur 

landru Henri Désiré Landru

 

 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

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"Végétal"

2 octobre 2012

Certaines n’avaient jamais vu la mer - Julie Otsuka

certaines_n_avaient_jamais_vu_la_mer Phébus - août 2012 - 144 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Carine Chichereau

Titre original : The Buddha in the Attic, 2011

Prix Femina roman étranger 2012

Quatrième de couverture : 
L’écriture de Julie Otsuka est puissante, poétique, incantatoire. Les voix sont nombreuses et passionnées. La musique sublime, entêtante et douloureuse. Les visages, les voix, les images, les vies que l’auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux États-Unis un homme qu’elles n’ont pas choisi. 
C’est après une éprouvante traversée de l’océan Pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leur futur mari. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir. 
À la façon d’un chœur antique, leurs voix s’élèvent et racontent leurs misérables vies d’exilées… leur nuit de noces, souvent brutale, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l’humiliation des Blancs, le rejet par leur progéniture de leur patrimoine et de leur histoire… Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre. Et l’oubli.

Auteur : Julie Otsuka est née en 1962 en Californie. Diplômée en art, elle abandonne une carrière de peintre (elle a étudié cette discipline à l'université de Yale) pour l'écriture. Elle publie son premier roman en 2002, Quand l'empereur était un dieu  largement inspiré de la vie de ses grands-parents. Son deuxième roman, Certaines n'avaient jamais vu la mer (2012) a été considéré aux États-Unis, dès sa sortie, comme un chef-d'oeuvre.

Mon avis : (lu en septembre 2012)
C'est un livre que j'avais très envie de découvrir avant de recevoir la sélection Elle du Jury de Janvier, j'ai donc très rapidement commencé à lire ce livre court mais d'une grande force.
La citation de L'Écclésiaste qui ouvre le livre résume parfaitement l'histoire vraie que raconte ce livre :

Certains d'entre eux laissèrent un nom
qu'on cite encore avec éloge.
D'autres n'ont laissé aucun souvenir
et ont disparu comme s'ils n'avaient pas existé.
Ils sont comme n'ayant jamais été,
Et de même leurs enfants après eux.

Un fait historique que je ne connaissais pas : en 1919, des femmes venant de toutes les régions du Japon, des campagnes comme des villes ont été mariées à distance à des américains qu'elles ne connaissaient que par des lettres et des photos. Ces femmes vont faire la traversée en bateau du Japon vers les États-Unis, elles partent pour trouver le bonheur et une vie meilleure, mais la réalité sera autre...

Chaque chapitre aborde les différents moments de cette histoire, le voyage sur l'océan Pacifique dans des conditions difficiles, puis la rencontre avec les maris très différents de la photo reçue, la difficulté de s'adapter à un pays différent par sa culture, par sa langue, le racisme dont elles sont victimes, ensuite il y a la naissance des enfants, l'éducation à l'américaine et leurs enfants qui rejettent leurs racines japonaises et pour finir, dès le début de la Seconde Guerre Mondiale le Japonais devient suspect...

La grande force du livre, c'est son style : l'auteur utilise le « nous » et c'est un chœur de femmes et dans une longue litanie qu'est décrit l'histoire de ces femmes japonaises venues émigrer aux États-Unis. Elles sont nombreuses, anonymes, elles auront des destins différents, une vie de souffrance, de labeur, de joie parfois et cette narration collective renforce les émotions, le lecteur est multiplement touché.

L'écriture n'est jamais larmoyante, avec poésie et délicatesse Julie Otsuka nous donne un roman terrible et poignant. Une très belle découverte.

Autre avis : Canel

Extrait : (début du livre)
Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n'étions pas très grandes. Certaines d'entre nous n'avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n'avaient que quatorze ans et c'étaient encore des petites filles. Certaines venaient de la ville et portaient d'élégants vêtements, mais la plupart d'entre nous venaient de la campagne, et nous portions pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté - hérité de nos soeurs, passé, rapiécé, et bien des fois reteint. Certaines descendaient des montagnes et n'avaient jamais vu la mer, sauf en image, certaines étaient filles de pêcheur et elles avaient toujours vécu sur le rivage. Parfois l'océan nous avait pris un frère, un père, ou un fiancé, parfois une personne que nous aimions s'était jetée à l'eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent, de partir à notre tour. 

Sur le bateau, la première chose que nous avons faite - avant de décider qui nous aimerions et qui nous n'aimerions pas, avant de nous dire les unes aux autres de quelle île nous venions et pourquoi nous la quittions, avant même de prendre la peine de faire les présentations -, c'est comparer les portraits de nos fiancés. C'étaient de beaux jeunes gens aux yeux sombres, à la chevelure touffue, à la peau lisse et sans défaut. Au menton affirmé. Au nez haut et droit. A la posture impeccable. Ils ressemblaient à nos frères, à nos pères restés là-bas, mais en mieux habillés, avec leurs redingotes grises et leurs élégants costumes trois-pièces à l'occidentale. Certains d'entre eux étaient photographiés sur le trottoir, devant une maison en bois au toit pointu, à la pelouse impeccable, enclose derrière une barrière de piquets blancs, d'autres dans l'allée du garage, appuyés contre une Ford T. Certains avaient posé dans un studio sur une chaise au dossier haut, les mains croisées avec soin, regard braqué sur l'objectif, comme s'ils étaient prêts à conquérir le monde. Tous avaient promis de nous attendre à San Francisco, à notre arrivée au port. 

Sur le bateau, nous nous interrogions souvent : nous plairaient-ils ? Les aimerions-nous ? Les reconnaîtrions- nous d'après leur portrait quand nous les verrions sur le quai ? 

Sur le bateau nous dormions en bas, à l'entrepont, espace noir et crasseux. Nos lits consistaient en d'étroites couchettes de métal empilées les unes sur les autres, aux rudes matelas trop fins, jaunis par les taches d'autres voyages, d'autres vies. Nos oreillers étaient garnis de paille séchée. Entre les couchettes, des miettes de nourriture jonchaient le sol, humide et glissant. Il y avait un hublot et, le soir, lorsqu'il était fermé, l'obscurité s'emplissait de murmures. Est-ce que ça va faire mal ? Les corps se tournaient et se retournaient sous les couvertures. La mer s'élevait, s'abaissait. L'atmosphère humide était suffocante. La nuit nous rêvions de nos maris. De nouvelles sandales de bois, d'infinis rouleaux de soie indigo, de vivre dans une maison avec une cheminée. Nous rêvions que nous étions grandes et belles. Que nous étions de retour dans les rizières que nous voulions si désespérément fuir. Ces rêves de rizières étaient toujours des cauchemars. Nous rêvions aussi de nos sœurs, plus âgées, plus jolies, que nos pères avaient vendues comme geishas pour nourrir le reste de la famille, et nous nous réveillions en suffoquant. Pendant un instant, j'ai cru que j'étais à sa place. 

Les premiers jours sur le bateau nous étions malades, notre estomac ne gardait rien, et nous étions sans cesse obligées de courir jusqu'au bastingage. Certaines d'entre nous étaient prises de vertiges, au point de ne plus pouvoir se lever, et demeuraient sur leur couchette dans une morne torpeur, incapables de se souvenir de leur nom sans parler de celui de leur futur mari. Rappelle-moi encore une fois, je suis Mrs Qui, déjà ? Certaines se tenaient le ventre et priaient à haute voix Kannon, la déesse de la miséricorde - Où es-tu ? - tandis que d'autres préféraient verdir en silence. Souvent au beau milieu de la nuit nous étions réveillées par le mouvement violent de la houle, et l'espace d'un instant nous ne savions plus où nous étions, pourquoi nos lits ne cessaient de bouger, ni pourquoi nos cœurs cognaient si fort d'effroi. 

Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Jury JANVIER
Roman

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34/50 : Californie

Challenge 1% Littéraire 2012

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6/7

 

26 juillet 2012

Room - Emma Donoghue

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                     jaquette                                                                                   couverture originale

Stock - août 2011 - 408 pages

traduit de l'anglais (Canada) par Virginie Buhl

Titre original : Room, 2011

Quatrième de couverture :
« Room appartient à cette espère si rare, celle des vraies œuvres d’art. Vous dire qu’il ne ressemble à aucun autre livre est pour moi le plus beau des compliments. Il suffit de décrire sa puissance, sa beauté sombre et pleine de révélations. » Michael Cunningham

Sur le point de fêter ses cinq ans, Jack a les préoccupations des petits garçons de son âge. Ou presque. 
Il ne pense qu’à jouer et à essayer de comprendre le monde qui l’entoure, comptant sur sa mère pour répondre à toutes ses questions. Cette mère occupe dans sa vie une place immense, d’autant plus qu’il habite seul avec elle dans une pièce unique, depuis sa naissance.
 Il y a bien les visites du Grand Méchant Nick, mais Ma fait tout pour éviter à Jack le moindre contact avec ce personnage. Jusqu’au jour où elle réalise que l’enfant grandit, et qu’elle ne va pouvoir continuer longtemps à entretenir l’illusion d’une vie ordinaire. Elle va alors tout risquer pour permettre à Jack de s’enfuir. 
Mais l’enfant va-t-il réussir à trouver des repères loin de leur univers ? Quel accueil lui réservera le monde extérieur, lui l’enfant né de la captivité d’une femme ?
Room interroge la capacité de survie qui existe en chacun de nous, tout en célébrant les pouvoir du récit et du langage. Mais l’auteur résume magnifiquement son principal objet de réflexion : « Le drame essentiel de la parentalité : comment l’on passe d’un instant à l’autre du rôle de celui qui console à celui qui persécute, tout comme les enfants passent leur temps à illuminer notre vie et à nous rendre fous. J’ai essayé de saisir cette étrangeté et ce paradoxe. Devenir parent suscite les émotions les plus folles qu’on puisse ressentir. »

Auteur : Emma Donoghue est l’auteur de plusieurs romans, parmi lesquels Room, qui a été dans la shortlist du Booker Prize. Née en 1969 à Dublin, elle vit aujourd’hui au Canada. Elle est la mère de deux enfants.  

 

Mon avis : (lu en juillet 2012)
Cela fait quelques temps que j’ai ce livre dans ma Liste à Lire, en particulier depuis le Salon du Livre de Paris où j’ai eu l’occasion d’assister à une conférence sur le thème Ce qui n'est pas un fait divers est un roman où Emma Donoghue était présente. Elle m’avait donnée envie de découvrir son livre.
Jack est le narrateur de cette histoire, c’est un petit garçon de 5 ans plein d’énergie, intelligent et imaginatif. Depuis sa naissance, il vit seul avec sa Maman dans une petite pièce. Il ne connait rien de Dehors à part ce qu’il voit à la télévision. Ainsi Dora l'exploratrice est devenue sa grande copine. Il donne des noms à tous les objets qui l'entourent, ainsi il s'adresse à Monsieur Lit, Madame Table, Monsieur Tapis. Jack a pris ses habitudes, ses rituels, sa Maman a fait le maximum pour le protéger, l’élever, l’éduquer et bien sûr l’aimer. Puis le jour de la libération arrive et la vie après n’est pas si simple… Pour la maman c’est la joie et le soulagement mais pour Jack c’est à la fois excitant et angoissant.
J’ai mis quelques pages à m’habituer à la façon de parler de Jack et très vite je me suis plongée dans cette histoire sans plus pouvoir lâcher le livre. Emma Donoghue a choisi un sujet difficile mais elle a su parfaitement écrire un livre passionnant et très touchant. Le point de vue de Jack est tour  à tour amusant, bouleversant et émouvant. Un livre fort que je n’oublierai pas et qui ne laisse pas indifférent. 

Site du livre : http://www.roomthebook.com

Autres avis : Leiloona, Clara, Valérie, Enna

Extrait : (page 25)
- Tu sais quoi ? » Elle se relève. « Il faut qu'on inscrive le repère de ta taille maintenant que tu as cinq ans. »
Je saute en l'air, superhaut.
D'habitude, j'ai pas le droit de dessiner nulle part dans la Chambre ni sur ses mobiliers. Quand j'avais 2 ans, j'ai gribouillé sur le pied de Monsieur Lit, celui qui est contre Petit Dressing, alors quand on fait le ménage, Maman tapote le gribouillis et dit : « Regarde, on doit vivre avec ça pour toujours. » Mais la taille, c'est pas pareil. Il y a des tout-tout petits chiffres à côté de Madame Porte, un 4 noir, un 3 noir et en dessous un 2 rouge qui était la couleur de Petit Stylo, avant, sauf qu'après il marchait plus. Et tout en bas, on voit un 1 rouge.
« Tiens-toi bien droit », dit maman. Le stylo me chatouille en haut de la tête.
Quand je m'écarte, il y a un 5 noir juste un peu au-dessus du 4. Le 5 c'est mon chiffre plus préféré parce que j'ai cinq doigts à chaque main et aussi aux pieds, comme Maman : on est pareils tout crachés. 

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Challenge 7% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
48/49 
 

Challenge Voisins, voisines
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Irlande

Challenge God Save The Livre
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10 juillet 2012

Brise glace – Jean-Philippe Blondel

brise_glace Actes Sud Junior – septembre 2011 – 106 pages

Présentation éditeur :
Aurélien est nouveau dans son lycée. Il a déménagé. Ce n'est pas la première fois qu'il déménage. Pas facile de se faire des amis dans ces conditions. Mais justement, des amis, Aurélien semble ne pas en vouloir. Il est du genre solitaire ; parfois il voudrait juste pouvoir se fondre dans le décor pour qu'on lui fiche la paix. Pourtant, un garçon de sa classe, Thibaud, semble s'intéresser particulièrement à lui ; il parvient même à convaincre Aurélien de participer à une soirée slam. Dans la pulsation des mots, dans la chaleur de cette amitié naissante, Aurélien arrive enfin à faire craquer la glace qui l'enserre et commence à se libérer du poids du secret, celui du deuil.

Auteur : Jean-Philippe Blondel enseigne l’anglais dans un lycée près de Troyes depuis une vingtaine d’années. Il mène en parallèle une carrière d’écrivain, en littérature générale dont G229 et Et rester vivant (2011) comme en jeunesse chez Actes Sud Junior : Au rebond, Un endroit pour vivre, Blog (prix NRP littérature jeunesse), (Re)Play et Brise glace.  

Mon avis : (lu en juillet 2012)
Aurélien est un adolescent qui fait tout pour passer inaperçu et se fondre dans la masse. Il porte un lourd secret. Arrivé dans un nouveau lycée, il rencontre Thibaud un élève très populaire et ce dernier est bien décidé à gagner la confiance d'Aurélien et à le sortir de sa solitude. Il va lui faire découvrir sa passion pour le slam et briser la glace qui, depuis quatre ans, empêche Aurélien de se tourner vers l'avenir. Dans ce texte d'une grande sensibilité, Jean-Philippe Blondel nous offre une jolie histoire d'amitié poignante et touchante.

Extrait : (début du livre)
Je regarde par la fenêtre la pluie qui s'abat sur la cour du lycée. Je soupire.
Je suis dans la salle G124, bâtiment G, 1er étage. C'est la salle dans laquelle ont lieu tous les contrôles de plus d'une heure - que des tables individuelles, pour décourager les tentatives de pompe.
Aujourd'hui, c'est devoir de français. Quatre heures. Je jette un coup d'oeil à mes camarades, les premières L. On est mardi après-midi. En novembre. Tout est gris. Presque aussi gris que sur la photocopie du tableau que j'ai devant moi - tableau qui est censé servir de tremplin à une expression écrite. Le travail d'invention, ça s'appelle : on te colle une image et tu dois te baser dessus pour raconter une histoire. L'intitulé est très clair : "En vous inspirant de l'atmosphère du tableau de Friedrich, imaginez le voyage dont rêve le personnage. Vous utiliserez la première personne et un registre au choix parmi les quatre proposés : lyrique, épique, tragique et fantastique."
À côté, la reproduction dudit tableau. Le nom de l'artiste et ses dates de naissance et de mort : Caspar David Friedrich (1774-1840). Le titre : Voyageur contemplant une mer de nuages. 1818, peinture, 74,8 x 94,8 (Kunsthalle, Hambourg).

Je sais où se trouve Hambourg. 
Mon père y est allé une fois, pour son travail. Il y avait un Salon de jenesaisquoi. Mon père se rend souvent dans des lieux improbables pour assister à des salons encore plus improbables, genre le "Salon du verrou" ou le "Salon de la protection individuelle". Il est représentant pour une entreprise qui joue sur les peurs des habitants des quartiers résidentiels. Il fournit à ses clients toute une panoplie censée empêcher les intrus de pénétrer chez eux. C'est un marché en pleine expansion dans une société où tout le monde a peur de tout.
Si je devais décrire la vie de mon père, j'hésiterais entre l'épique et le tragique. Je n'opterais en aucun cas pour le lyrique. Et surtout pas pour le fantastique.
De Hambourg, il m'a rapporté un nouveau type decadenas pour mon scooter - le top du top avec fermeture à distance et code secret évolutif.
Il n'a jamais marché.

Un raclement de gorge.
Je reviens à la salle. Je n'ai toujours pas écrit une ligne. J'aperçois F. X. qui mâchouille son crayon de papier, Florent qui dessine sur une feuille blanche depuis le début de l'épreuve, et Gladys qui bâille sans grâce.
Évidemment, je ne suis pas le seul à être bloqué. Mais je suis sans doute le seul à être bloqué à cause du trop-plein.

Je me souviens, quand j'étais plus petit, mon livre préféré, c'était Les Mots doux, l'histoire de Lola, une petite marmotte qui se réveille un matin avec des mots doux à distribuer parce que c'est un de ces jours où elle aime tout le monde, mais personne n'a le temps de l'entendre, ses parents la houspillent, la maîtresse s'occupe de quelqu'un d'autre, son amoureux joue l'indifférence et ses copines l'excluent. Alors, ses mots doux se calent dans sa gorge et ne veulent plus sortir, jusqu'au repas du soir, où tout le monde s'inquiète tout à coup, parce que Lola ne va pas très fort.
Je ne vais pas très fort.
Mais ce ne sont pas des mots doux qui se terrent dans ma gorge.
C'est de la glace.

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Challenge 7% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
46/49 

Déjà lu du même auteur :

juke_box Juke Box  au_rebond Au rebond

le_baby_sitter  Le Baby-sitter G229 G229  blog Blog

5317 Et rester vivant replay (Re)play

 

 

17 janvier 2016

Terres amères - Joyce Carol Oates

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

livre_moyen_283 Philippe Rey - octobre 2015 - 480 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Auché et Claude Seban

Titre original : Sourland, 2010

Quatrième de couverture : 
Seize nouvelles brutales et décapantes, parfois insoutenables. Certes, la prose de Joyce Carol Oates n'a jamais été conseillée en qualité de berceuse mais, en ce qui concerne ce recueil, les enfants auront intérêt à aller se coucher encore plus tôt car, très vite, Oates se montre sans pitié pour eux. Bien entendu, les véritables aficionados en redemanderont. La première tout comme la dernière nouvelle sont peut-être à éviter pour les âmes sensibles... s'il en existe encore. Oates a superbement disséqué le chagrin et le choc provoqués par la mort de son premier mari Ray Smith en 2008, et il n'est donc pas surprenant que la perte et le deuil soient les thèmes dominants de ce recueil rageur, dur et viscéralement dérangeant, écrit au lendemain du malheur. On y cherchera en vain la résignation de la veuve : Oates semble déterminée à nous convaincre que la femme en deuil est une sorte de coupable, une victime qui dans un sens mérite tout ce qui lui arrive (et ce n'est pas toujours tendre). Mais même si la démonstration pèche par un rien d'excès, quel bonheur de lecture que ces pages qui font tomber les idoles et les clichés avec une santé, une énergie - et une plume - d'une jeunesse éblouissante.

Auteur : Joyce Carol Oates est née en 1938 à l'ouest du lac Erié. Son père travaillait pour la General Motors. Elle passe une enfance solitaire face à sa soeur autiste et découvre, lorsqu'elle s'installe à Detroit au début des années 60, la violence des conflits sociaux et raciaux. Membre de l'Académie américaine des arts et des lettres depuis 2008, professeur de littérature anglaise à Princeton. Titulaire de multiples et prestigieuses récompenses littéraires (elle figure depuis des années sur la courte liste des Nobélisables), Joyce Carol Oates figure depuis longtemps au premier rang des écrivains contemporains. Elle a reçu le prix Femina étranger en 2005 pour Les Chutes.

Mon avis : (lu en décembre 2015 et janvier 2016)
J'ai mis beaucoup de temps à lire ces 16 nouvelles toujours sombres et souvent angoissantes, mettant en scènes le plus souvent des femmes et où la mort est souvent présente.
Je n'ai pas pu lire ce livre d'une traite, j'ai été obligée de lâcher périodiquement ma lecture pour y revenir quelques jours plus tard...
Dans « Tête de citrouille » Hadley, une veuve depuis peu, voit un homme, quel connaît à peine, s'inviter chez elle avec une citrouille et impossible de le faire repartir...
Dans « Chasseur de primes », il est question de la cruauté d'enfants. 
« Amputée » est une histoire d'amour particulière. Il a fallu que je m'y reprenne à deux fois pour lire cette nouvelle car dans le texte, les mots "et" ont tous été remplacés par le signe "&" et cela m'a vraiment perturbé.
« Bonobo Momma » met en scène une mère et une fille. Cette dernière se fait une joie de retrouver sa mère mais la rencontre ne va pas se dérouler comme elle l'espérait.
Dans «Correction » Madelyn, une jeune fille de quatorze ans, est à l'hôpital au chevet de son père, elle croise par hasard un ancien de ses professeurs...
C'est très bien écrit mais à éviter si votre état d'esprit est à la déprime ou le soir avant d'aller se coucher, les récits sont souvent cruels, quelques unes sont même glauques...

J'ai trouvé cette lecture exigente et parfois difficile. Les conclusions de certaines histoires sont parfois peu claires... 
Pour apprécier ce livre à sa juste valeur, je pense qu'il faut connaître et aimer l'auteur et également aimer les nouvelles.

Merci Arnaud et les éditions Philippe Rey pour cette découverte.

Extrait : (début du livre)
À la fin du mois de mars, une tempête de neige mouillée avait traversé la partie nord du centre du New Jersey. Son mari était mort quelques jours plus tôt. Il n’y avait aucun rapport entre les deux événements, elle le savait. Sauf que, depuis lors, elle s’était mise à remarquer un curieux scintillement dans l’air au crépuscule. Souvent, elle se retrouvait sur le seuil de sa maison, ou bien dehors – incapable de se rappeler comment elle était arrivée là. Pendant de longues minutes, elle observait, tandis que les couleurs s’estompaient peu à peu, la lumière blanchâtre qui surgissait du ciel et des pins sylvestres autour de la maison.
Pour elle, ce n’était pas une lumière naturelle, et dans ses moments de faiblesse, elle pensait C’est l’heure du passage. Elle regardait le phénomène sans être certaine de ce qu’elle pouvait bien voir. Elle se sentait excitée, vigilante. Elle se sentait pleine d’appréhension. Elle se demandait si cet étrange scintillement dans l’air avait toujours été là sans qu’elle l’ait remarqué dans sa vie protégée d’auparavant.

Ce soir d’octobre, alors que le soleil n’avait pas complètement disparu, elle aperçut la lumière des phares d’une voiture tournant dans l’allée, à quelque distance, près de la route. Elle sursauta, instantanément sur le qui-vive – ne sachant d’abord plus vraiment où elle était. Et puis elle se souvint qu’Anton Kruppe devait passer la voir à peu près à cette heure-là.
Je passerai, avait-il dit. Ou bien était-ce elle qui avait dit Pourquoi ne passeriez-vous pas ?
Elle n’arrivait pas à discerner ses traits. Apparemment, il conduisait un pick-up à la carrosserie marquée d’inscriptions blanches indistinctes. Après être descendu du siège conducteur surélevé, il avança vers elle d’une démarche chaloupée – haute silhouette masculine d’épouvantail avec, en guise de tête, une citrouille de Halloween difforme.

Quel choc ! Hadley recula, incapable de comprendre ce qu’elle voyait.
Cette tête de citrouille souriante posée sur des épaules d’homme, ces yeux découpés et malveillants qui n’étaient pas éclairés de l’intérieur comme ceux des citrouilles de Halloween, mais sombres, vitreux. Et cette voix qui parlait à travers la fente de la bouche souriante dans un anglais marqué d’un fort accent.

 

Déjà lu du même auteur : 

nous__tions_les_Mulvaney Nous étions les Mulvaney  fille_noire__fille_blanche Fille noire, fille blanche 

petite soeur, mon amour Petite sœur, mon amour mudwoman  Mudwoman 

le_myst_rieux_Mr_Kidder Le mystérieux Mr Kidder 107462735 Carthage

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13 avril 2012

Concours STAR - 4ème édition : bilan semaine 1

Voilà un petit bilan de ma première semaine de participation
au Concours Stop Talking And Read (4ème édition), organisé par Liyah

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Compteur (au 13/04/2012 00:00) : 1113 pages 

 

Bilan semaine 1 :

l_homme_qui_souriait_p L'homme qui souriait - Henning Mankell (de la page 115 à la page 422 = 308 pages)

5507 Ouvrière - Franck Magloire (184 pages)

aral Aral – Cécile Ladjali (252 pages)

juste_avant Juste avant – Fanny Saintenoy (119 pages)

Un livre pour le Challenge Un mot, des titres... organisé par Calypso (billet le 15/04) (250 pages)

§ § §


29 février 2012

Un safari arctique – Jørn Riel

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Gaïa – mars 1994 – 216 pages

10/18 – juin 1999 – 157 pages

traduit du danois par Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet

Titre original : En arktisk safari og andre skrøner, 1976

Quatrième de couverture : 
" On n'écrit pas sur les confins de notre monde sans y avoir vécu. De même que Francisco Coloane a sillonné la Terre de Feu en se frottant à tous les métiers, le Danois Jorn Riel s'embarque dans les années 50 pour le nord-est du Groënland. De ce long séjour dans ces déserts arctiques naîtront une vingtaine de livres. Les personnages principaux sont toujours les mêmes trappeurs : Valfred, Mad Madsen, William le Noir... Tout à la fois hâbleurs ou mutiques, farceurs ou philosophes, ils meublent la solitude de la nuit polaire en sirotant un épouvantable tord-boyaux et en idéalisant un être cruellement absent de ces rudes contrées : la femme. Drôles, insolites et pleines de tendresse, ces histoires ont aussi une valeur ethnologique incontestable. Un hymne au Grand Nord, chaleureux à faire fondre la banquise. " Alexie Lorca, Lire

Auteur : Jørn Riel est né en 1931 au Danemark. En 1950, il s'engage dans les expéditions du Dr Lauge Koch pour le nord-est du Groenland et y reste seize ans. Il en rapporte une bonne vingtaine d'ouvrages parmi lesquels la série des « Racontars arctiques », et des trilogies :La Maison de mes pères et Le Chant pour celui qui désire vivre. Après un détour chez les Papous dans La Faille, Jørn Riel est revenu au Groenland avec Le Canon de Lasselille, La Circulaire et une nouvelle trilogie, Le Garçon qui voulait devenir un être humain (éditions Gaïa, 2002). Son dernier recueil de nouvelles, Le naufrage de la Vesle Mari : et autres racontars, a paru aux Editions Gaïa en 2009. Jørn Riel a reçu le Grand Prix de l'Académie danoise en 2010. Il vit aujourd'hui en Malaisie. 

Mon avis : (lu en février 2012)
Ce livre est le deuxième opus des racontars, il regroupe six nouvelles : le bruant des neiges, la balle perdue, un petit détour, ce qu'il advint d'Emma par la suite, un safari arctique, le rat.
J'avais déjà lu la première nouvelle en Bande-Dessinée dans Le Roi Oscar et autres racontars. Anton, 19 ans, découvre la vraie vie de trappeur polaire. Il avait imaginé un monde arctique peuplé de héros polaires. Il découvre très vite que la réalité est très différente de ce qu'il avait imaginé...
La seconde nouvelle nous raconte la rencontre entre Siverts et un ours polaire sorti d'hibernation.
Dans la nouvelle suivante, Valfred et Hansen partent chasser le phoque en plein mer. Ensuite nous découvrons Emma compagne des trappeurs polaires qui passe de chasseurs en chasseurs en échange de cadeaux symboliques...
Toutes ces histoires sont hilarantes et surprenantes mettant en scène des personnages hauts en couleurs dans un environnement hostile et glaçant. A ne pas rater !

Un grand Merci à Pickwick qui m'a offert ce livre par  lors du Swap Scandinavia organisé par Isleene

Extrait : (début du livre)
Être seul. Tout seul sur une côte, pratiquement dépourvue d'homme, isolé du reste du monde.

Ne dépendre que de sa propre, habileté, de sa propre volonté, être à la fois son seul maître et valet; tout cela n'était probablement pas tout à fait clair pour Anton Pederseen quand il avait postulé un emploi de chasseur au bureau de la Compagnie. Parce qu'Anton n'avait encore que dix-neuf ans et bien autre chose dans la tête. Son monde arctique à lui était peuplé de héros polaires, d'hommes indomptables dans des fourrures énormes, d'hommes qui s'acharnaient au péril de leur vie à remplir les nombreuses taches blanches sur les cartes. Son Groenland à lui, c'était de longs voyages derrière des chiens glapissants tirant le traîneau, de fabuleuses chasses à l'ours et au morse, des rencontres merveilleuses avec des Eskimos intacts et une camaraderie sans faille qui liait les hommes de l'expédition jusqu'aux frontières du pays de la mort. Anton souhaitait ardemment devenir un pionnier de cet envergure.
Le Groenland était grand. Il y restait encore des zones inexplorées. « Mais le temps presse, pensait Anton, et les taches blanches fondent à toute vitesse. » C'est pourquoi il lui tardait de partir. Toutefois, il n'avait rien d'autre à montrer qu'un baccalauréat fraîchement passé et quelques médailles d'argent d'une académie de chasse ; et c'est pourquoi il dut rapidement réaliser que, dans son cas à lui, seules deux routes pouvaient le mener en Arctique : soit il appareillait vers la côte ouest du Groenland avec la Royale de Commerce Groenlandais, soit il partait pour l'est du Groenland en tant que chasseur. A vrai dire, l'ouest ne le tentait pas tellement. Là, il pourrait, certes, trouver un emploi d'assistant commercial, mais l'aventure deviendrait une perspective lointaine. Le travail serait certainement aussi ennuyeux que le titre et, selon lui, presque humiliant pour un philosophe en herbe. Raison pour laquelle il choisit la Compagnie. En tant que chasseur, il pourrait sûrement mener une vraie vie de héros polaire. Il ferait de longues tournées de chasse en traîneau dans le grand désert blanc, et d'après ce que le directeur de la Compagnie lui avait fait comprendre, son existence prendrait à peu près l'allure de celle des anciens explorateurs. Anton Petersen devint donc chasseur. Il avait du courage, une bonne tête, et il était frais comme le dedans d'une noisette.  


Du même auteur : 

La_vierge_froide_et_autres La Vierge froide et autres racontars 

le_roi_oscar_x  Le Roi Oscar et autres racontars 

Challenge Voisins, voisines
voisin_voisines2012
Danemark

Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
dc3a9fi_scandinavie_blanche

Danemark

 Challenge Viking Lit' 
Viking_Lit

Challenge Objectif PAL Swap
logo_challenge_obj_pal_swap
5/23

20 novembre 2011

Joséphine, intégrale – Pénélope Bagieu

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Jean-Claude Gawsewitch – novembre 2010 – 270 pages

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Joséphine - Jean-Claude Gawsewitch – septembre 2008 – 64 pages
Joséphine, même pas mal - Jean-Claude Gawsewitch – septembre 2009 – 64 pages
Joséphine change de camp - Jean-Claude Gawsewitch – septembre 2010 – 96 pages

Quatrième de couverture :
Les aventures de Joséphine, l'héroïne déjantée de Pénélope Bagieu, enfin réunies en un volume !

Auteur : Pénélope Bagieu a 25 ans et travaille comme illustratrice pour la publicité, la presse et l'édition.
Tous les prétextes sont bons pour raconter tous les jours, en dessin, sa vie tout à fait fascinante sur le blog de son double virtuel, Pénélope Jolicoeur, qui réunit quotidiennement 30 000 visiteurs environ : www.penelope-jolicoeur.com.

Mon avis : (lu en novembre 2011)
Ce livre regroupe les trois tomes des aventures de Joséphine. Tome 1 : Joséphine, tome 2 : Joséphine même pas mal, tome 3 : Joséphine change de camp.
Joséphine est une Bridget Jones version française. Elle a la trentaine, pas encore mariée, sans enfant mais avec son chat Bradpitt ! Elle aimerait bien trouver le prince charmant...
Pénélope Bagieu dessine avec beaucoup d'humour la vie compliquée de Joséphine au boulot, avec les copines, en famille et avec ses amoureux. 
Le dessin est simple, expressif, les couleurs pleines de vitalité, le ton est plutôt "girly". Je me suis bien amusée à découvrir les aventures de Joséphine si irrésistible et attachante. C'est rafraîchissant !

Extrait :

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30 octobre 2011

Famille modèle – Eric Puchner

famille_mod_le Albin Michel – août 2011 – 544 pages

traduit de l'américain par France Camus-Pichon

Titre original : Model Home, 2010

Quatrième de couverture :
« Deux jours après que sa voiture – une Chrysler LeBaron avec sièges en cuir et options haut de gamme – eut disparu de l’allée du garage, Warren Ziller longeait discrètement les demeures cossues de ses voisins, s’appliquant à boiter au même rythme que son chien. »
Après La Musique des autres, recueil de nouvelles inventives et déroutantes, Eric Puchner réussit un premier roman saisissant de drôlerie et d’intelligence. Sur le ton de la tragicomédie, il raconte la chute de la famille Ziller, et plus particulièrement du père, Warren, qui a délaissé le bonheur paisible du Wisconsin pour la Californie du rêve américain. Mais rien ne se passe comme prévu et Warren ne peut avouer à sa femme et à ses trois enfants qu’il a investi toutes leurs économies dans un projet immobilier qui vient de tourner au désastre… Un mensonge qui ne sera pas sans conséquences.
Au cœur de ce fiasco, entre hilarité et désespoir, Puchner fait preuve d’une parfaite maîtrise du récit. Caustique et brillant, Famille modèle nous offre un portrait original et émouvant de la condition humaine.

Auteur : Professeur de littérature à l’université, Eric Puchner est l’auteur de La Musique des autres (2008), un recueil de nouvelles très remarqué.
Famille modèle, son premier roman, a été unanimement salué par la critique américaine en 2010.

Mon avis : (lu en octobre 2011)
C'est encore l'histoire d'une famille américaine, une famille attachante, mais plutôt originale...
La « Famille modèle », c'est la famille Ziller. Le père c'est Walter lorsque l'histoire commence il vient de se faire saisir sa voiture car il a investi toutes les économies de la famille dans un projet immobilier « foireux »... Et il n'a pas encore eu le courage de l'avouer à sa famille...
La mère Camille travaille comme réalisatrice de spots publicitaires sur la contraception.
Le fils aîné, Dustin est un garçon intelligent, beau et charmeur, il se prépare à partir à l'université. Avec des amis, ils ont créé un groupe de musique. Dustin s'imagine devenir un jour une star du punk. La fille de la famille, c'est Lyle, elle est toujours dans ses livres. Elle n'aime pas la Californie et la plage car sa peau de rousse ne lui permet pas de s'exposer au soleil. Elle est en conflit avec ses parents.
Le petit frère, Jonas est le mal-aimé, il a des idées étranges et morbides et qui s'habille en orange de la tête aux pieds. Et pour terminer, il y a le vieux chien de la famille Mister Leonard.
Le lecteur va suivre durant presque deux ans les tribulations de la famille Ziller, les déboires du père vont rejaillir sur toute la famille et entraîner sa chute...
C'est un livre qui se lit facilement, le style est fluide, le ton enjoué, la famille est attachante et j'ai été à la fois inquiète et pressée de connaître le dénouement de l'histoire pour savoir comment chacun des membres la famille Ziller allait pouvoir se sortir des problèmes et des tuiles que la famille avait accumulées... Je vous engage donc à découvrir ce premier roman.

Extrait : (début du livre)
Deux jours après que sa voiture – une Chrysler LeBaron avec sièges en cuir et options haut de gamme – eut disparu de l'allée du garage, Warren Ziller longeait discrètement les demeures cossues de ses voisins, s'appliquant à boiter au même rythme que son chien. Le brouillard qui enveloppait
Buggy Whip Lane embuait ses lunettes. On était en juin, mois des matins brumeux ; les lianes des bougainvillées grimpaient à l'assaut des poteaux télégraphiques, accrochées aux fils telles des guirlandes de Noël. Warren tirait sur la laisse de Mister Leonard, s'efforçant de suivre l'allée cavalière en bordure de la route. Une rassurante odeur de crottin montait des copeaux de bois à ses pieds. Il passa devant chez les Hathaway, les Wong, les Dunkirk, les Temple et les Starchild aux maisons blanches comme des dents, que seuls un cactus solitaire, un cerf en bronze dans le jardin ou une planche de surf appuyée au mur distinguaient de leurs voisines. Ces planches de surf étaient fascinantes. On les croyait prêtes à tomber, et elles restaient debout. Après trois ans dans le quartier, leur vue lui donnait encore le frisson. Lorsqu'il tentait de définir ce que la Californie représentait pour lui, la distance incommensurable qu'il avait parcourue depuis leWisconsin, Warren pensait toujours à ces magnifiques jouets en équilibre instable.
Mister Leonard s'immobilisa sur l'allée cavalière pour inspecter un rocher et se mit à chantonner. Une mélopée déchirante, comme pour inciter le rocher à chanter en duo avec lui. L'animal était vieux et perclus d'arthrite, mais l'idée qu'il puisse perdre la raison n'avait pas effleuré Warren. Pour un chien, il paraissait intelligent et plein de ressources, capable de retrouver les chaussures perdues ou d'ouvrir les portes d'un coup de patte.
« Vous n'avez rien remarqué d'anormal chez Mister Leonard ? » demanda Warren en rentrant chez lui. Les enfants étaient assis ensemble autour de la table de la cuisine, sûrement un effet du hasard. Une odeur de pieds et de McDo flottait dans la maison. Mister Leonard boitilla jusqu'à son écuelle et contempla sa maigre ration de croquettes.
« Mis à part le fait de chanter devant les rochers ? » répondit Lyle qui se coupait les ongles dans une chaussure de sport posée sur le sol. La sienne, apparemment.
« Donc tu as remarqué ?
– Devant chaque rocher. C'est plus fort que lui.
– Quelqu'un lui a peut-être donné du LSD, suggéra Jonas.
– Ça m'étonnerait, dit Warren.
– Est-ce qu'il saute par les fenêtres en croyant qu'il va s'envoler ? »
Dustin s'esclaffa. « C'est un mythe.
– Ah bon, les chiens ne volent pas ? » ironisa Lyle en posant son coupe-ongles sur la table.
Camille, la femme de Warren, leva les yeux de son évier.
« Je ne trouve pas ça drôle.
– Moi je trouve ça fabuleux, répliqua Dustin. Qu'il puisse rencontrer l'amour si tard dans l'existence.
– Au Vietnam, intervint Jonas, on tue les chiens quand ils ne servent plus à rien et on les mange. Il y a une recette de “chien aux sept sauces”.
– Ça suffit, les garçons ! s'écria Camille.
– Oui, approuva Lyle. Mister Leonard vous entend. »
Conscient qu'on parlait de lui, l'animal s'approcha de la table en traînant la patte et en agitant la queue. Dustin se pencha vers lui.
« Il y a si longtemps que je t'aime. Voyons à quelle sauce je vais te manger. »
Venant s'accroupir près de Mister Leonard pour lui caresser la tête, Camille foudroya ses enfants du regard. « J'espère que vous regretterez toutes ces moqueries, quand ce sera votre tour de chanter devant les rochers. »
Un silence coupable s'installa autour de la table. Warren eut pour une fois l'occasion d'observer ses trois enfants.
Dustin, sur le point d'entrer à l'université et torse nu comme à son habitude, engloutissait un Egg McMuffin qu'il avait dû acheter en revenant de sa séance matinale de surf, et se préparait pour une nouvelle journée de répétitions assourdissantes dans le garage avec son groupe. Lyle, seize ans, rouquine et misanthrope, portait un T-shirt avec l'inscription MORT AUX SANDWICHS en travers de la poitrine, dernière protestation en date contre les campagnes publicitaires de l'industrie agroalimentaire. Jonas, onze ans et obsédé par la mort…Que dire de Jonas ? Chaque matin il emplissait son bol de muesli, puis passait cinq minutes à enlever tous les raisins secs et les morceaux de dattes avant d'en recouvrir les céréales. Il préférait savoir où ils étaient, pour «ne pas tomber dessus parsurprise ». Ce jour-là il avait revêtu un coupe-vent orange sur un T-shirt de la même couleur. Le cœur de Warren se serra ; le désespoir le gagna. Il jeta un coup d'œil sous la table : jean de velours orange et, bien visibles, dépassant des mocassins de bateau, deux chaussettes couleur corail.
« Jonas, tu es orange des pieds à la tête. »
L'intéressé opina du chef.
« Il affirme sa personnalité », déclara Lyle.
Dustin donna à Jonas une tape sur l'épaule. « Bravo, grâce à toi les autres membres de la famille se sentent normaux. »
Warren regarda son fils orange retirer les raisins secs de son muesli. Il avait assez de soucis comme ça sans s'inquiéter pour la santé psychique de Jonas. « Tu ressembles à une carotte.
– Merci », répondit poliment Jonas.
Warren fronça les sourcils. Il prit la première page du journal et se trouva face à Mandy Rogers, la fillette handicapée mentale qui avait disparu de l'école. Les recherches duraient depuis deux semaines. Sa photo était placardée dans toute la ville : un visage lisse, genre marsouin, qui vous souriait sous un chapeau de cow-boy. Inquiétant et omniprésent. Chaque jour, pour aller au bureau, Warren passait en voiture devant la maison des Rogers et son escadron de camions hérissés d'antennes paraboliques.
« Si seulement on retrouvait le cadavre de cette malheureuse…
– Qui te dit qu'elle est morte ? lança Camille. Tu ne pourrais pas être un peu moins morbide…
– Parce que tu crois qu'elle a fait une fugue ?
– C'est vrai, maman, renchérit Lyle. Tu crois qu'elle attend au bureau des objets trouvés ?
– Et si c'était le type qui a volé la Chrysler ? suggéra Dustin.
– Ça m'étonnerait. Les voleurs de voitures ne kidnappent pas les enfants. »
Warren prononça ces mots sans ciller. Alors que les voisins laissaient leurs planches de surf sans surveillance dans le jardin, sa famille l'avait cru sur parole quand il avait annoncé qu'on venait de leur voler la Chrysler. Tout avait paru si facile que c'en était affligeant. Un coup de téléphone bidon à la police, un tour en ville pour porter plainte. (En réalité, il avait passé l'après-midi au bureau.) Il avait endormi leurs soupçons en évoquant les bandes de malfaiteurs qui sévissaient dans les résidences sécurisées, où tout le monde savait que les gens laissaient les clés sur leur voiture. Il avait traité les familles d'Herradura Estates de « doux rêveurs ».
À vrai dire, il avait nié l'évidence pour la Chrysler. Il espérait – bien qu'il n'ait pas fait un seul versement en six mois, ignorant les rappels de plus en plus secs et menaçants – que la société de recouvrement l'oublierait. Au lieu de quoi elle avait envoyé quelqu'un la nuit, pendant qu'il dormait.
Quand il était sorti dans l'allée avec Mister Leonard, il ne restait qu'une tache d'huile à l'emplacement de la voiture. Cette tache était le signe avant-coureur des ennuis à venir. Les meubles allaient suivre, le nouveau lave-linge Maytag, et même la maison. Dustin termina son petit-déjeuner, lécha la sauce qui avait coulé sur son poignet. Réflexe si enfantin, si innocent et spontané que Warren ravala son angoisse. Il protégerait cette innocence quoi qu'il lui en coûte. S'il fallait mentir à sa famille jusqu'à ce qu'il trouve le moyen de sortir de ce pétrin, il mentirait.

 

Challenge 3%
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
15/21

Challenge 100 ans de littérature américaine 2011
challenge_100_ans

50__tats
7/50 : Wisconsin
Le père a quitté le Wisconsin pour la Californie

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
d_fi_du_1er_roman

 

16 septembre 2011

Skoda – Olivier Sillig

skoda Buchet-Chastel – août 2011 – 110 pages

Quatrième de couverture :
Un homme reprend conscience. Autour de lui, ses camarades d’infortune gisent. Tous sont morts. L’histoire se passe aujourd’hui dans un pays qui n’est pas nommé. L’homme s’éloigne. A quelques mètres, une voiture, une Skoda, est à l’arrêt. Elle aussi était dans la cible du raid aérien. Un homme et une femme sont affalés à l’intérieur. Morts. Seul un tout petit bébé respire encore. Après quelques hésitations, l’homme prend l’enfant avec lui et part sur la route. Une fable sur la guerre dans notre monde. En Europe ou ailleurs. L’absurdité et l’horreur du quotidien. Contrebalancées par la beauté du lien qui se crée entre l’homme et l’enfant. La vie contre la mort.

Auteur : Né en 1951, Olivier Sillig est romancier et cinéaste. A publié plusieurs romans, dont Bzjeurd. Il vit à Lausanne.

Mon avis : (lu en août)
A la suite de l’article de Stephie, j’ai eu envie de découvrir ce livre. Et j'ai beaucoup aimé !
Après le passage d’un raid aérien, un jeune soldat se retrouve tout seul vivant, ses compagnons étendus autour de lui sont tous morts. Non loin de là une voiture dont tous les occupants sont morts sauf un bébé âgé de quelques semaines, endormi au sein de sa mère. Stjepan ne sait pas si c’est un garçon ou une fille et décide de le prénommer Skoda, comme la voiture. Il l’emporte avec lui et suit la route, à la recherche d'un toit et de nourriture. Le pays est en guerre, il n’est jamais nommé. Stjepan et Skoda vont faire plusieurs rencontres à la fois violente et douce…

Le style est simple, épuré, des phrases courtes, beaucoup de poésie dans l’atmosphère des lieux, des sons. Jai été particulièrement sensible aux descriptions dépeintes comme sur un tableau, l’auteur insiste sur les couleurs « Le ciel est de plus en plus bleu, un bleu plus froid, plus limpide. »
« Puis cela devient bleu, un bleu comme celui du soir, en un peu plus jaune, mais pas vert, pense Stjepan qui connaît bien les couleurs. »
« Le ciel vire gentiment au bleu, un bleu un peu plus jaune que le soir, les étoilent s’éteignent, le paysage passe d’abord par un vert nuit - Stjepan connaît le nom des couleurs -, puis par un vert plus clair, plus délavé, avec un peu de rose, un peu de brume, puis du jaune, puis le jour. »

Une histoire très forte qui mélange violence et douceur. A lire absolument ! 

Extrait : (début du livre)
Après le coucher du soleil, le bruit des cigales couvre tout. La chaleur, au lieu de descendre, écrasante, s'inverse rapidement et monte du sol, étouffante. Partout, à perte de vue, c'est la garrigue ; de la bruyère, rase mais dense, parsemée d'herbes aromatiques sauvages et vivaces ; quelques arbres, petits et trapus, essentiellement des arbousiers ou des chênes de différentes espèces. Il y a une route. C'est une piste de terre battue. Stjepan est juste au-dessus, étendu de tout son long sur le ventre. Dans un geste apparemment machinal, sa main se promène sur le sommet de son crâne. Ses cheveux et sa barbe sont courts, le barbier de la troupe les a récemment rasés. Ses doigts suivent un sillon assez long, large de presque un centimètre, mou, humide et chaud, mais parfaitement indolore. Ensuite ils descendent vers le visage et s’arrêtent sur le nez. Mais Stjepan ne sent rien, son odorat est encore tout envahi par le parfum du serpolet. Ce parfum domine les odeurs, comme un chant des cigales domine les sons. Stjepan ouvre les yeux. Il voit rouge écarlate, sur ses doigts. C’est du sang. Il se met mollement sur le dos. Il fixe le ciel, maintenant plus bleu. Après un instant de flottement, il s’assied et regarde autour de lui.

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
voisin_voisine
Suisse

Challenge 1%
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
6/7

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Objet"

6 mai 2011

Le signal – Ron Carlson

le_signal Éditions Gallmeister – janvier 2011 – 222 pages

traduit de l'américain par Sophie Aslanides

Quatrième de couverture :
Pour la dernière fois, Mack et sa femme, Vonnie, partent camper dans les montagnes du Wyoming afin de se dire adieu. Enlisé dans les dettes et l'alcool, Mack a peu à peu contraint Vonnie à renoncer à l'amour profond qui l'avait attirée vers l'Ouest, et la jeune femme a refait sa vie. Cette randonnée est un moment de complicité retrouvée, une ultime chance de se dévoiler l'un à l'autre. Pour Mack, cette expédition est aussi l'occasion d'exécuter une dernière mission pour le compte d'un intermédiaire douteux afin de sauver son ranch de la faillite. Au coeur des vastes étendues sauvages, guidé par un faible signal GPS, il doit retrouver une mystérieuse balise égarée lors d'un survol de la région. Mais cette mission se révélera bien plus périlleuse que prévu. Le Signal est un roman magistral combinant le destin d'un amour qui s'achève avec un suspense qui nous mène au paroxysme de l'angoisse. Un livre palpitant qui se lit d'une traite.

Auteur : Ron Carlson est né en 1947, en Utah. Il est l'auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles qui ont reçu de nombreuses distinctions aux États-Unis. Il enseigne la littérature et vit à Huntington Beach, en Californie. Le Signal est son dernier roman.

Mon avis : (lu en mai 2011)
Voilà un très beau livre de la collection Nature Writing (la littérature de la nature et des grands espaces) des éditions Gallmeister.
Mack et Vonnie viennent de divorcer et ils ont décidé de faire ensemble une dernière randonnée dans les montagnes du Wyoming. Au début de leur rencontre, ils faisaient chaque année ce chemin et c'est l'occasion de ce rappeler les bons souvenirs du passé, le camping sauvage, la pêche à la mouche... Après la mort de son père, Mack a fait des mauvais choix pour essayer de sauver le Ranch dont il a hérité, il a eu des mauvaises fréquentations, il s'est réfugié dans l'alcool, transporté de la drogue, il s'est éloigné de Vonnie. Cette randonnée est l'occasion d'un flash-back sur les vies de Mack et Vonnie et lentement le lecteur découvre qui ils sont vraiment. Mack n'a pas tout à fait changé, ayant toujours des problèmes d'argent, il accepte de profiter de cette randonnée pour rechercher un appareil perdu dans les montagnes par un trafiquant local. C'est dans la dernière partie du récit, que les méchants apparaissent dans l'histoire... et je laisse aux lecteurs découvrir la conclusion par eux-même.

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, les descriptions de la nature sont magnifiques et détaillées, j'avais même l'impression de faire moi aussi cette randonnée dans les montagnes du Wyoming en compagnie de Mack et Vonnie !

Extrait : (début du livre)
Il enchaîna les grandes boucles que dessinait la piste à travers la haute forêt de trembles, puis traversa la vaste prairie jusqu’à la lisière des pins, au point de départ du sentier de Cold Creek, et gara le vieux pick-up Chevrolet bleu de son père à côté de la pancarte déglinguée, dans la douce lumière crépusculaire de septembre. Il avait vu juste : il n’y avait aucun autre véhicule. Pas une seule trace de pneus fraîche sur les quinze kilomètres de montée qu’il avait parcourus depuis la grand-route, si ce n’est une paire de pneus doubles qui avaient fait demi-tour à mi-chemin. Ce devait être la remorque à chevaux de Bluebride, venu s’occuper de son bétail la semaine précédente. Mack avait aperçu en montant deux douzaines de bêtes dispersées dans les armoises. Il sortit de son pick-up et attrapa le café qu’il avait acheté en passant à l’épicerie de Crowheart, une heure auparavant ; il était froid. Il contourna le camion, ouvrit le hayon et s’assit, levant enfin les yeux vers l’est, vers les collines du Wyoming qui s’étageaient en larges bandes marron et grises. Il faisait sombre ici, à la lisière de la forêt, mais la lumière se rassemblait de l’autre côté de la planète et il pouvait voir l’horizon doré à deux cent cinquante kilomètres de là. Il voulait voir des phares, mais il n’y en avait pas. Il voulait voir des phares tressauter sur la vieille route et avancer jusqu’à lui à l’heure convenue.
Il voyait bien qu’il avait déjà neigé une fois, la semaine précédente, mais il n’en restait à présent plus la moindre trace, pas de plaques dans l’obscurité profonde, pas de boue dans les ornières. Le paysage était cependant plus blond, la végétation encore debout mais elle avait perdu ses couleurs, elle était plus pâle, comme si elle avait été giflée par la première intempérie de la saison. Mack but une gorgée de son café froid épaissi de crème et scruta la route à la recherche de sa voiture. Elle viendrait ou elle ne viendrait pas, mais il accomplirait quand même sa mission. Il le dit à haute voix :
— Qu’elle vienne ou non, toi, tu y vas quand même. Il se remit debout et prit la veste polaire marron qu’elle lui avait offerte cinq ans auparavant, et il alla jusqu’au coffre de rangement, sortit son réchaud et l’installa sur le plateau du pick-up, remplit sa vieille casserole d’eau et la posa sur l’anneau de flammes bleues. Il prit son sac à dos sur la banquette avant et s’agenouilla dans l’herbe au pied des arbres pour monter sa vieille tente biplace bleue et grise qui le ramenait vingt ans en arrière. Il avait dû remplacer de nombreux montants plus d’une fois, mais les fermetures à glissière fonctionnaient toujours. Il jeta son tapis de sol et son sac de couchage à l’intérieur puis disposa le petit morceau de moquette miteux sur le sol, près de l’entrée. Il s’était tenu cent fois pieds nus sur ce paillasson improvisé, dans la montagne. C’est parce qu’ils signifiaient quelque chose qu’on transportait certains objets. Il faisait sombre à couvert, mais une fois qu’il fut revenu derrière le pick-up, la lumière du monde retomba sur ses épaules. Il pouvait voir une portion de l’autoroute très loin en contrebas, vers le nord, et les voitures avaient maintenant allumé leurs phares. Il fouilla son sac à la recherche du gadget électronique que Yarnell lui avait donné, le Black Berry version militaire. Il l’avait enveloppé dans du papier aluminium et rangé dans une petite boîte en plastique. Il inspecta une nouvelle fois le contenu de toutes ses poches, puis il étala son gilet de pêche et vérifia que les neuf poches contenaient bien son matériel au complet. Il refit son sac et y attacha les brins de sa canne à pêche avant de tout reposer sur le siège avant. Il était prêt. Il sortit sa glacière de rechange – la vieille Coleman métallique verte qui datait de leurs premiers rendez-vous –, s’agenouilla et la poussa sous le camion, derrière la cabine.
Ils faisaient toujours ça – laisser une glacière pleine de friandises pour leur retour de randonnée. Il entendait maintenant l’eau bouillir sur son réchaud, et il retourna à l’arrière et jeta un nid de vermicelles dans la casserole, puis un autre. Si elle ne vient pas, je mangerai double ration et je dormirai comme un ours. Il s’éloigna pour uriner dans la prairie et alluma un de ses cigarillos bon marché à bout en bois avec le briquet de son père, un Zippo qui avait fait deux fois le tour du monde dans la poche de son paternel, à bord de navires de transports de troupes. Mack n’avait pas peur. Il avait déjà été mal à l’aise et soucieux et effrayé et épuisé et presque anéanti, et il connaissait ces sensations, mais il avait main - tenant sa propre manière de faire d’abord une chose, puis une autre, et cela le préservait de la débâcle. Si elle avait quitté Jackson avant 16 heures, elle n’allait pas tarder à arriver. Si elle n’avait pas quitté Jackson… eh bien, tant pis.

Challenge 100 ans de littérature américaine 2011
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26 juillet 2011

Opération Fantômette - Georges Chaulet

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Hachette – 1966 – 183 pages

Hachette – 1980 -

Hachette – 1983 –

Hachette – 1988 –

Hachette - novembre 1998 – 189 pages

Hachette - novembre 2007 – 121 pages

Quatrième de couverture :
Pourquoi le bateau a-t-il des jambes ?
Pourquoi le prince d'Alpaga accroche-t-il un énorme tube en fer à sa ligne de pêche ?
Pourquoi ne peut-on jouer au cerf-volant sur la Côte Basque ? Et que fait cette girafe sur la place, entre un lion et un serpent de mer ?
Fantômette devra mener une enquête pour trouver une réponse à ces bizarres questions. Mais si elle se doutait de ce qui l'attend, elle ne se lancerait sûrement pas dans une aventure aussi dangereuse !

Auteur : Né, à Paris en 1931, d'une mère commerçante et d'un père ingénieur des Ponts et Chaussées, Georges Chaulet écrit très tôt ses premiers romans policiers. Une fois son bac en poche, il s'inscrit à l'école des Beaux-Arts de Paris, mais en 1952, il part faire son service militaire en Allemagne. Son rejet absolu de l'autorité transforme son séjour en cauchemar. Il se réforme grâce à l'écriture. Il décide à cette époque de faire de l'écriture son métier. C'est en 1960, avec le personnage de Fantômette que Georges Chaulet devient vraiment célèbre. Il a écrit plus de cent cinquante romans pour la jeunesse dont la célèbre série Fantômette et est aussi scénariste de la série de bande dessinée Les 4 as, dessinée par François Craenhals.

Mon avis : (relu en juillet 2011)
Cet épisode de Fantômette a toujours été mon préféré. Peut-être parce que c'est le premier titre où Fantômette quitte la région de Framboisy pour une région réelle de France, le Pays Basque. En effet, Françoise, Ficelle et Boulotte sont en vacances au Pays Basque. Fantômette constate que le Furet et ses deux complices Bulldozer et le prince d'Alpaga sont également en séjour sur la Côte Basque. Fantômette se doute bien qu'ils ne sont pas là pour prendre des vacances et elle va ouvrir l'œil...
Ficelle va nous faire bien rire en inventant un scaphandre, en partant à l'aventure sur son canot pneumatique Splendeur des Océans, en procédant au lancement spatial de son cerf-volant dragon et enfin en participant au concours de sable...
Et nous allons assister à l'une des évasions des plus spectaculaires de Fantômette lorsqu'elle saute depuis le haut de la falaise en se servant de sa cape comme d'un parachute...

La magie continue à opérer... Je dévore chaque semaine mon livre de la bibliothèque rose !

Challenge Le Club des 5
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5/10

Déjà lu du même auteur :

F_iledelasorci_re_1975  Fantômette et l'île de la sorcière
pas_de_vacances_pour_F_1980  Pas de vacances pour Fantômette

30 janvier 2011

Le pingouin – Andreï Kourkov

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Liana Levi – mars 2000 – 276 pages

Points – avril 2004 – 288 pages

Liana Levi - avril 2005 – 273 pages

traduit du russe par Nathalie Amargier

Quatrième de couverture :
A Kiev, Victor Zolotarev, journaliste au chômage, et son pingouin dépressif Micha, rescapé du zoo, tentent péniblement de survivre. Lorsque le patron d'un grand quotidien offre à Victor d'écrire les nécrologies de personnalités pourtant bien en vie, celui-ci saute sur l'occasion. Mais un beau jour, ces « petites croix » se mettent à disparaître à une vitesse alarmante... Crimes commandités par la mafia ou règlements de comptes politiques ?

Auteur : Écrivain ukrainien de langue russe né en 1961, Andreï Kourkov vit actuellement à Kiev. Très doué pour les langues étrangères – il en parle neuf – , il commence sa carrière littéraire pendant son service militaire où il est gardien de prison à Odessa, l’emploi idéal pour écrire… Son premier roman paraît en 1991, mais c’est avec Le Pingouin, paru en 2000, qu’il remporte un succès international.

Mon avis : (lu en janvier 2011)
Il y a quelques semaines, je découvrais « Les pingouins n'ont jamais froid » et lorsque j'ai vu à la bibliothèque que « Le Pingouin » était disponible, je me suis empressée de l'emprunter pour découvrir le début de l'histoire de Victor et de son pingouin Micha...
Victor est un personnage touchant et naïf, il se retrouve au centre d'histoires mafieuses depuis qu'il a accepté de rédiger des nécrologies, « des petites croix » pour le journal la Stolitchnaïa (les Nouvelles de la Capitale). Son animal de compagnie est un pingouin dépressif et maladif qui supporte mal le climat de Kiev qu'il a adopté, le zoo de la ville ne pouvant plus nourrir ses animaux. Ce livre se lit très facilement car il y a 76 chapitres pour 270 pages... C'est plein d'humour, de situations parfois cocasses ou dangereuses...
A travers ce roman décalé et un peu loufoque, le lecteur découvre la réalité sombre et anarchique de l'Ukraine ancien état de Union Soviétique.
Je me suis vraiment bien amusée à suivre les aventures de Victor et Micha !

Extrait : (page 181)
Le dégel était de retour. Début mars, il était plus que temps.

Victor attendait la belle saison, comme si la chaleur allait résoudre tous ses problèmes. Pourtant, lorsqu’il y pensait, il comprenait bien qu’il n’avait pas de réels ennuis. Il lui restait de l’argent, d’autant plus que son chef l’avait inopinément remboursé à l’aide du mystérieux « service postal nocturne » ; dans l’armoire, le sac qui contenait le pistolet recelait aussi une jolie liasse de billets verts, et même s’ils étaient à Sonia, il estimait, en tant que tuteur non officiel, avoir un droit moral sur une partie de ces dollars. Nina continuait à s’occuper de la petite du matin au soir, à la maison ou dehors, laissant Victor seul avec lui-même. Les nuits les réunissaient, et tout en sachant que ce n’était ni de l’amour, ni de la passion, il attendait que vienne le soir, son corps et ses mains l’attendaient. Pendant qu’il l’enlaçait, la caressait et faisait l’amour avec elle, il oubliait tout. La chaleur de sa peau lui semblait être ce printemps qu’il espérait avec impatience. Au milieu de la nuit, lorsqu’elle était plongée dans le sommeil, respirant avec un bruit discret, il gardait les yeux ouverts, empreint du sentiment étrange et douillet d’une vie bien ordonnée. Il pensait alors qu’il avait tout ce qu’il faut pour mener une existence normale : une femme, un enfant, un animal de compagnie. La fusion de ces quatre éléments restait artificielle, il en était conscient, mais rejetait cette idée au profit de son bien-être et de cette illusion provisoire de bonheur. Et de fait, peut-être que ce bonheur n’était pas aussi illusoire que le bon sens matinal de Victor l’affirmait. En tout cas, la nuit, il se fichait de ses réflexions du matin. La simple succession de la béatitude nocturne et du retour sur terre au réveil, la simple pérennité de cette succession semblaient démontrer qu’il était à la fois heureux et lucide. Donc tout allait bien, et la vie valait la peine d’être vécue.

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
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Ukraine

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Animal"

11 novembre 2009

Jours de fête à l'hospice - John Updike

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Julliard – novembre 1994 – 235 pages

Robert Laffont - juin 2009 – 273 pages

traduit de l’américain d’Alain Delahaye

Présentation de l'éditeur
Jours de fête à l'hospice est la toute première œuvre de John Updike. Ecrit en 1957, en l'espace de trois mois, ce roman a d'emblée enthousiasmé la critique américaine : un jeune auteur de vingt-cinq ans y faisait preuve d'un humour raffiné, d'une extraordinaire perfection formelle et d'une stupéfiante maturité d'esprit. 

Dans un hospice situé en rase campagne aux confins du New Jersey et de la Pennsylvanie, la monotonie de l’existence est rompue chaque été par une fête, qui est aussi l’occasion d une traditionnelle vente de charité. Dès le matin les vieillards s’affairent à leurs préparatifs, malgré la menace d’un gros orage, qui finalement éclate. Heureusement les nuages disparaissent au bout de quelques heures, et la fête commence en fin d’après-midi.
Les incidents qui parsèment la journée sont centrés sur la personne du nouveau directeur, Stephen Conner, un jeune administrateur peu doué pour le contact humain. Face à lui, le doyen de l’endroit, Hook (quatre-vingt-quatorze ans), apparaît comme un sage vénérable ; tandis que Gregg, plus jeune (seulement soixante-dix ans !), se comporte un peu comme un gamin mal élevé. L’imposante présence de Mendelssohn, l’ancien directeur aujourd’hui décédé, domine encore les pensées de tous les pensionnaires. Plusieurs figures féminines donnent également à ce livre une densité humaine exceptionnelle.
Une langue riche, précise et expressive ; une pensée dont la profondeur n’exclut pas l’humour ; et l’irrésistible tendresse humaine qui parcourt tout le livre : telles sont les qualités majeures de cette allégorie de la générosité, qui se lit constamment avec le sourire.

Biographie de l'auteur
John Updike naît en 1932 à Reading, en Pennsylvanie. Sa mère, l'écrivain Linda Grace Hoyer Updike, est à l'origine de l'envie de John Updike de devenir lui-même écrivain. Diplômé de Harvard en 1954, il passe un an à Oxford en Angleterre et s'installe à New York où il rejoint l'équipe du New Yorker. En 1957, il part vivre à Ipswich dans le Massachusetts. Après avoir accédé à la notoriété internationale avec Jour de fête à l'hospice (1959) et Le Centaure (1963), il rencontre un immense succès public et critique avec le cycle Rabbit Angstrom (1960-1990). En 1968, le scandale causé par la publication de Couples, dont le thème est l'adultère, lui vaut la couverture de Time. Il est l'auteur de vingt-six romans dont les célèbres Sorcières d'Eastwick (1984), adapté au cinéma avec Jack Nicholson, et de Ce que pensait Roger (1986), de centaines de nouvelles, de chroniques et de poèmes, publiés essentiellement dans le New Yorker et la New York Review of Books. En 2008 paraissait ce qui devait être son dernier roman, Les Veuves d'Eastwick. Il meurt le 27 janvier 2009 à l'âge de soixante-seize ans. La légende voudrait qu'il ait passé les derniers mois de sa vie dans un hospice.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Je ne connaissais pas cet auteur. Ce livre a été écrit en 1958. Dans ce livre on assiste a une journée particulière dans la vie d’un hospice situé aux confins du New Jersey et de la Pennsylvanie. C’est le jour de la kermesse annuelle où la monotonie de la vie à l’hospice est rompue. On y rencontre différents pensionnaires comme Hook, le plus âgé (94 ans) ancien instituteur, Gregg (70 ans), effronté et grossier, George Lucas qui est arrivé depuis peu à l'hospice avec sa femme Martha, le timide Tommy Franklin... Les préparatifs de la fête sont interrompus par un gros orage, mais la tension est aussi dans les esprits. Les pensionnaires vont se révolter contre Conner, le nouveau directeur de l'établissement très maladroit pour communiquer avec eux et ayant le matin décidé d’étiqueter les fauteuils de chaque pensionnaire.

Il décrit assez bien ce qu'était un hospice en 1958, mais le rythme lent de ce livre comme les pas de ses personnages fait que j’avoue avoir eu du mal à le terminer. J’en attendais mieux.

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livre lu dans le cadre du Challenge 100 ans de littérature américaine

13 mai 2009

Le meilleur reste à venir - Sefi Atta

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Actes Sud – janvier 2009 - 429 pages

Présentation de l'éditeur
Enitan et Sheri sont cieux jeunes filles en rupture contre l'ordre et le désordre d'un Nigeria à peine sorti de la guerre du Biafra, un pays où se succèdent coups d'état militaires et régimes dictatoriaux. Deux jeunes filles puis deux femmes qui, du début des années 1970 au milieu des années 1990, veulent échapper à l'enfermement d'une société oppressive et machiste. Sheri, belle et effrontée mais blessée à jamais. choisira l'exubérance et la provocation. Enitan tentera de trouver son chemin entre la dérive mystique de sa mère, l'emprisonnement de son père, sa carrière de juriste et le mariage lui imposant, en tant que femme, contraintes et contradictions. Et c'est à travers la voix de ce personnage inoubliable que Sefi Atta compose ici un roman initiatique d'une remarquable puissance, un livre dans lequel le destin personnel dépasse le contexte historique et politique du Nigeria pour se déployer dans le sensible jusqu'au cœur même de l'identité et de l'ambiguïté féminines.

Biographie de l'auteur
Née à Lagos en 1964, Sefi Atta est romancière. nouvelliste et dramaturge. Publié simultanément au Nigeria, en Angleterre et aux États-Unis en 2005, Le meilleur reste à venir, son premier roman, a obtenu le prix Wole-Soyinka en 2006.

Mon avis : (lu en mai 2009)

C'est un roman social et urbain qui se déroule à Lagos, la capitale du Nigeria. A travers le vie de deux petites filles devenues adultes, nous découvrons les modes de vie du Nigeria, les coutumes, la famille, la condition de la femme... En toile de fond, il y a aussi l'histoire du Nigeria des années 70 aux années 90 avec les nombreux coups d'états, la misère, les inégalités sociales.

La narratrice Enitan grandit dans une famille chrétienne privilégiée, son père avocat veut qu'elle fasse des études, sa mère, suite à la perte d'un enfant, est surtout tournée vers son église. A l'âge de 10 ans, Enitan fait la rencontre de sa voisine mulsumane, Sheri, une fillette délurée de mère européenne et de père africain. Elles vont devenir amies et traverser ensemble les épreuves de la vie. Leur parcours à chacune sera différent pour échapper à leurs sorts de femmes soumises dans cette société commandée par les hommes. J'ai trouvé ce livre très intéressant et j'ai vraiment voyagé en lisant ce roman écrit avec à la fois beaucoup de simplicité et plein d'amour pour ses personnages et son pays. Bravo !

Extrait : (début du livre)

Dès le début j’ai cru tout ce qu’on me disait, même les plus purs mensonges, sur la façon dont je devais me tenir, en dépit de mes propres penchants. A l’âge où les petites filles nigérianes étaient des pros du ten-ten, le jeu où l’on doit taper des pieds en rythme et essayer de surprendre les autres avec de brusques mouvements de genoux, ce que je préférais, c’était m’asseoir sur la jetée et faire semblant de pêcher. Le pire, c’était d’entendre la voix de ma mère qui criait par la fenêtre de la cuisine : « Enitan, viens m’aider. »

Je rentrais en courant. Nous vivions au bord de la lagune de Lagos. Notre cour faisait environ un demi-hectare, et était entourée par une grande palissade qui glissait ses échardes dans les doigts insouciants. Je jouais tranquillement sur la rive ouest, car la rive est bordait les mangroves du parc Iyoki et une fois j’avais vu un serpent d’eau passer devant moi en ondulant. La chaleur, cette chaleur, c’est ce dont je me souviens en repensant à ces jours là, un soleil dégoulinant et de rares brises. En début d’après-midi, on mangeait et on faisait la sieste : déjeune copieusement et dors comme un ivrogne. En fin d’après-midi, après avoir fait mes devoirs, j’allais sur la jetée, un tout petit embarcadère en bois que je pouvais arpenter en trois pas si je faisais des enjambées assez longues pour sentir les muscles de mes cuisses s’étirer.

Je m’asseyais au bout, là où c’était couvert de coques, j’attendais que l’eau clapote à mes pieds, et je lançais ma ligne, tendue entre une branche d’arbre et le bouchon d’une bouteille de vin abandonnée par mon père. Parfois des pêcheurs approchaient, ramant en rythme, et j’adorais ça, plus encore que les tripes frites ; leur peau brûlée, couverte de sel et desséchée par le soleil, presque grises. Ils parlaient avec ce roucoulement des insulaires, leurs vocalises fusaient d’un canoë à l’autre. Jamais je n’ai eu envie de sauter dans la lagune comme eux. Elle sentait le poisson cru, elle était d’un marron sale qui, j’en étais sûre, avait un goût de vinaigre. En plus tout le monde savait que les courants pouvaient emporter les nageurs. Généralement les corps remontaient à la surface quelques jours après, gonflés, raides et pourris. C’est vrai.

Pas que je rêvais d’attraper des poissons. Ils frétillaient trop, et je ne me voyais pas regarder un autre être vivant suffoquer. Mais mes parents avaient envahi tous les autres endroits avec leurs disputes, leurs impardonnables débordements. Les murs ne m’épargnaient pas leurs cris. Un oreiller écrasé sur ma tête ne suffisait pas. La jetée était donc mon territoire, jusqu’au jour où ma mère décida qu’elle devait être démolie.

4 avril 2009

Soie – Alessandro Baricco

soie Albin Michel – janvier 1997 – 120 pages

Traduit de l'italien par Françoise Brun

Quatrième de couverture
"Ceci n'est pas un roman. Ni même un récit. C'est une histoire. Elle commence avec un homme qui traverse le monde et finit avec un lac qui est là, comme ça, dans les journées du vent. L'homme s'appelle Hervé Joncour. Le lac, on ne sait pas.

On pour-ait dire que c'est une histoire d'amour. Mais si c'était seulement ça, ça ne vaudrait pas la peine de la raconter. Il y a aussi dans cette histoire des désirs et des souffrances, de celles qu'on connaît parfaitement, mais le vrai nom pour les dire, on ne le trouve jamais. Et de toutes façons, ce n'est pas amour. (C'est très ancien, ça. Quand on n'a pas de nom pour dire les choses, on se sert d'une histoire. Ça fonctionne comme ça. Depuis des siècles).

Toutes les histoires ont leur musique. Celle-ci a une musique blanche. C'est important de le dire, parce que la musique blanche est une drôle de musique, déconcertante quelquefois : elle se joue doucement, et elle se danse lentement. Quand elle est bien jouée, c'est comme si on entendait jouer le silence, et ceux qui la dansent comme des dieux, on les regarde et on a l'impression qu'ils ne bougent pas. C'est terriblement difficile, la musique blanche.

Il n'y a pas grand-chose à ajouter. Peut-être faudrait-il préciser que l'histoire se passe au XIXème siècle : juste pour que personne ne s'attende à y trouver des avions, des machines à laver et des psychanalystes. Il n'y en a pas ici."

Auteur : Né à Turin en 1958, Alessandro Baricco a étudié la philosophie et la musique. Il a commencé à travailler comme rédacteur dans une agence de publicité, tout en écrivant des critiques et des éditoriaux pour les quotidiens La Republica et La Stampa. Ses romans sont guidés par son amour de la littérature et de la musique. En 1995, avec 'Les Châteaux de la colère', il obtient le prix Médicis étranger. La sensibilité musicale de Baricco transparaît dans 'Novecento pianiste', roman rythmé par les notes s'échappant du piano du personnage éponyme. Il a travaillé avec Gabriele Vacis et le Teatro Settimo de Turin pour la mise en scène de 'Novecento'. En 1994, Baricco a fondé avec un groupe d'amis une école d'écriture appelée Holden. Il continue son activité débordante, en publiant régulièrement des romans, dont 'Sans sang', en 2002, et des scénarios, comme 'La Partition espagnole', rédigée en 1987. Avec 'Soie', véritable succès en Italie où plus de 250.000 exemplaires sont vendus, il s'impose comme un des grands écrivains de la nouvelle génération.

Mon avis : (lu en avril 2009)

C’est un roman court et très poétique. Nous sommes en 1861, Hervé Joncour est un voyageur qui achète et vend des œufs de vers à soie. Pour éviter les maladies, il va chercher ses œufs de l'autre côté de la Méditerranée en Égypte et en Syrie. Il est marié, il n'a pas d'enfant. Un jour, il doit partir «jusqu'au bout du monde» c'est à dire au Japon. Et c'est là-bas qu'Hervé Joncour va croiser une femme mystérieuse qui va bouleverser sa vie. Il fera plusieurs fois le voyage vers le Japon mais toujours il reviendra vers sa propre femme Hélène.

Le style est tout en légèreté, c'est une narration en 65 chapitres très courts avec des chapitres qui se répètent.

Ce livre me rappelle certains livres de Maxence Fermine comme Neige, Opium ou l’Apiculteur ou alors l’Alchimiste de Paulo Cuehlo. On a vraiment une sensation de plénitude, de bien-être en lisant ce livre.

Extrait :

"Hervé Joncour partit avec quatre-vingt mille francs-or, et les noms de trois hommes que Baldabiou lui avait procurés : un Chinois, un Hollandais et un Japonais. Il passa la frontière près de Metz, traversa le Wurtemberg et la Bavière, pénétra en Autriche, atteignit par le train Vienne puis Budapest et poursuivit jusqu'à Kiev. Il parcourut à cheval deux mille kilomètres de steppe russe, franchit les monts Oural, entra en Sibérie, voyagea pendant quarante jours avant d'atteindre le lac Baïkal, que les gens de l'endroit appelaient : mer. Il redescendit le cours du fleuve Amour, longeant la frontière chinoise jusqu'à l'Océan, resta onze jours dans le port de Sabirk en attendant qu'un navire de contrebandiers hollandais l'amène à Capo Teraya, sur la côte ouest du Japon. A pied, en empruntant des routes secondaires, il traversa les provinces d'Ishikawa, Toyama, Niigata, pénétra dans celle de Fukushima et arriva près de la ville de Shirakawa, qu'il contourna par l'est, puis attendit pendant deux jours un homme vêtu de noir qui lui banda les yeux et qui le conduisit jusqu'à un village dans les collines où il passa la nuit, et le lendemain matin négocia l'achat des oeufs avec un homme qui ne parlait pas et dont le visage était recouvert d'un voile de soie. Noire. Au coucher du soleil, il cacha les oeufs dans ses bagages, tourna le dos au Japon, et s 'apprêta à prendre le chemin du retour.

Il avait à peine laissé les dernières maisons du village derrière lui qu'un homme le rejoignit, en courant, et l'arrêta. Il lui dit quelque chose sur un ton excité et péremptoire, puis le fit revenir sur ses pas, avec courtoisie et fermeté.

Hervé Joncour ne parlait pas japonais et ne l'entendait pas non plus. Mais il comprit qu'Hara Kei voulait le voir."

Extrait :

"Un panneau de papier de riz glissa et Hervé Joncour entra dans la pièce. Hara Kei était assis sur le sol, les jambes croisées, dans le coin le plus éloigné de la pièce. Il était vêtu d'une tunique sombre, et il ne portait aucun bijou. Seul signe visible de son pouvoir, une femme étendue près de lui, la tête posée sur ses genoux, les yeux fermés, les bras cachés sous un ample vêtement rouge qui se déployait autour d'elle, comme une flamme, sur la natte couleur de cendre. Hara Kei lui passait lentement la main sur les cheveux: on aurait dit qu'il caressait le pelage d'un animal précieux, et endormi.
Hervé Joncour traversa la pièce, attendit un signe de son hôte, et s'assit en face de lui. Ils restèrent silencieux, se regardant dans les yeux. Survint, imperceptible, un serviteur, qui posa devant eux deux tasses de thé. Puis disparut. Alors Hara Kei commença à parler, dans sa langue, d'une voix monotone, diluée en une sorte de fausset désagréablement artificiel. Hervé Joncour écoutait. Il gardait les yeux fixés dans ceux d'Hara Kei, et pendant un cours instant, sans même s'en rendre compte, les baissa sur le visage de la femme.
C'était le visage d'une jeune fille.
Il releva les yeux."

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