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A propos de livres...
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9 septembre 2011

Le libraire – Régis de Sá Moreira

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Au Diable Vauvert – septembre 2004 – 190 pages

Livre de Poche – septembre 2006 – 190 pages

Quatrième de couverture :
Vous l'avez lu ? Oui, dit le libraire. Moi aussi, répondit le jeune homme. Le libraire lui sourit. Le jeune homme prit confiance : Mais je l'ai offert à quelqu'un... à qui je n'aurais pas dû l'offrir. C'est difficile d'être sûr de ces choses-là, répondit le libraire. Oui, dit le jeune homme. Ne désespérez pas, dit encore le libraire. Certains livres sont à retardement...


Auteur : Régis de Sâ Moreira est né en 1973. Après Pas de temps à perdre et Zéro tués (Au diable vauvert), Le Libraire est son troisième roman.

Mon avis : (lu en août 2011)
Voici un livre que j'ai pris à la bibliothèque de mon lieu de vacances pour deux raisons... Il ne me restait plus que deux jours de vacances, il me fallait un livre facile et court à lire et le titre répondait parfaitement au Challenge le nez dans les livres proposé par George.
Voilà un livre où se mêle l'absurde, la poésie et où l'on découvre un libraire et une librairie pas comme les autres... Il y a le poudoupoudoupoudou de la porte d'entrée.
« La librairie était ouverte jour et nuit, tous les jours de l'année, sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre... car l'idée d'un client à la recherche désespérée d'un livre se retrouvant devant une porte fermée l'angoissait. » Le libraire ne met sur les étagères de la librairie seulement les livres qu'il a déjà lu...
Le libraire a 5 frères et 5 sœurs, et lorsqu'une page d'un livre lui fait penser à l'un d'eux, il arrache la page et la glisse dans une enveloppe pour lui envoyer sans explication supplémentaire. Le livre incomplet était déposé dans la salle sans étagère. (*)
Après la visite de chaque client, le libraire se prépare une tisane en choisissant le parfum en fonction du client verveine, thym, tilleul-romarin, réglisse, ortie...
Tous les jours, il a la visite du facteur et celle d'un témoin de Jéhovah. Ses clients sont variés et parfois aussi loufoque que le libraire...
Ce livre est à la fois déroutant et touchant... Je n'ai pas compris la présence du prologue et de l'épilogue, mais j'ai aimé découvrir ce libraire et cette librairie hors du temps et de l'espace...

(*) Mais je ne cautionne pas du tout le fait d'arracher des pages d'un livre ! 

Extrait : (page 17)
A des milliers de kilomètres de l'endroit où vous vous trouvez, dans un pays, une ville, une librairie parmi tant d'autres, un libraire ouvrit les yeux.
Il venait d'entendre le poudoupoudoupoudou de la porte d'entrée de sa librairie.
Il rangea un peu son bureau, puis attendit.

Le bureau du libraire était caché derrière deux étagères disposées en angle. Il estimait que les clients qui entraient dans une librairie souhaitaient avant tout voir des livres.
Ce n'était pas, pour la plupart, un libraire qu'ils cherchaient.
Le libraire aimait l'idée de clients se retrouvant seuls devant un océan, une marée plus exactement, de livres, sans personne pour les observer.
Il aimait l'idée que les livres existent sans lui.
Il se demandait s'il n'aimait pas aussi l'idée de ne pas exister.

Le libraire était assez mélancolique, c'est vrai, mais il s'en accommodait.
Il ne voyait pas très bien comment garder un moral d'acier au milieu de tous ces livres, de toutes ces vies. Il enviait, dans ses pires moments, les vendeurs de voitures.
Sans trop y croire.
Car le libraire enviait surtout, non pas les auteurs, mais les personnages des livres qu'il lisait. Et il n'avait jamais lu de livre où le héros était un vendeur de voitures.
Ou alors très temporairement.
Et pourtant, Dieu savait, se disait le libraire, que le libraire en avait lu des livres.
Évidemment, Dieu savait aussi que le libraire n'en avait pas lu tant que ça où les héros étaient libraires.

Challenge le nez dans les livres
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La Lectrice : 1/2

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Métier"

 

 

 

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3 septembre 2011

Comment (bien) rater ses vacances – Anne Percin

comment_bien_rater_ses_vacances Édition du Rouergue – novembre 2010 – 186 pages

Quatrième de couverture :
Chers parents,
Mon stage de survie en milieu hostile se passe bien, merci. J'espère que vous êtes pas trop morts, rapport aux frais de rapatriement qui doivent coûter bonbon, depuis la Corse. Sinon, moi ça va, j'ai mangé Hector mais pas tout d'un coup, j'en ai congelé un bout pour le mois prochain. Heureusement que j'ai l'eau-de-vie de Mamie, ça m'aide pour tenir. Si jamais vous ne reveniez pas, ce serait sympa de m'envoyer un mandat parce que la prostitution masculine, ça marche pas trop dans le quartier. Bon, ben je vous laisse, c'est l'heure de ma piqûre d'héroïne. Gros bisous, votre fils bien-aimé, Maxime.

Cet été, Maxime a 17 ans. Il ne veut plus partir en vacances avec ses parents. Il préfère rester chez sa Mamie pour glander devant l'ordinateur. Tant pis pour lui. Il va vivre des journées délirantes !

Auteur : Anne Percin est née à Épinal en 1970 d'un père mécanicien et d'une mère mécanographe. Elle passe son enfance et poursuit des études de lettres à Strasbourg où elle consacrera son mémoire de Maîtrise au mouvement Dada avant d'aller enseigner en région parisienne. Elle vit et travaille aujourd'hui en Bourgogne.

Mon avis : (lu en août 2011)
Livre emprunté à la bibliothèque un peu par hasard pour partir en vacances. Je me suis beaucoup amusée à le lire car Maxime l’ado de 17 ans est un concentré des trois ados que j’ai à la maison…

Maxime a 17 ans, il est plutôt d'accord pour ne pas partir en vacances avec ses parents qui ont décidé de faire le GR 20. Sa petite sœur, elle-aussi, préfère partir en colo en Bretagne avec une copine qu'aller crapahuter avec ses parents en Corse. Maxime aura donc des vacances tranquilles chez Mamie, au Kremlin-Bicêtre. Il a prévu comme programme grasses matinées, ordinateur et profiter des bons petits plats de Mamie, des vacances idéales quoi ! Mais bien sûr rien ne va se passer comme Maxime l'imaginait... En effet sa Mamie va avoir un malaise cardiaque et être hospitalisé, ses parents étant injoignables, Maxime va être contraint de prendre des responsabilités tout seul pour s'occuper de sa Mamie et de la maison. Maxime est très attachant, débrouillard, il a beaucoup d'humour et de répartie et ses vacances (bien) ratées l'auront fait beaucoup grandir !

Après ma lecture, j’ai proposé ce livre à mon plus jeune fils (13 ans) qui n’avait plus rien à lire… Comme d’habitude, il a accepté le livre du bout des lèvres mais très vite il l’a dévoré en éclatant souvent de rire… Ses deux frères aînés n’ont pas été en reste et l’ont également dévoré. Mon fils de 16 ans se reconnaissait parfaitement dans les réflexions de Maxime. Il a également beaucoup aimé à la fin du livre la playlist des musiques rencontrées durant sa lecture.

Extrait : (début du livre)
- Cette année, on part en randonnée en Corse, les enfants !
Ma mère a lancé cette phrase tout en jetant un coup d'œil sur la banquette arrière où nous étions vautrés, ma sœur et moi, en état semi-comateux. J'ai croisé le regard maternel une fraction de seconde dans le rétroviseur, le temps d'une tentative d'œillade meurtrière, avant qu'un saut sur un ralentisseur ne fasse retomber sur mes yeux une grosse mèche de cheveux. Tant pis pour le regard ténébreux.
- Tu viens avec nous ?
Ma mère a tourné la tête vers le rétro extérieur, avant de franchir un céder-le-passage. Pendant un bref instant, on n'a plus rien entendu que le cliquetis du clignotant. La tête tournée vers la vitre embuée, j'admirais la vue splendide sur Ivry-sur-Seine (ses barres de HLM, ses magasins de téléphonie mobile, sa cité Maurice Thorez). Je prenais tout mon temps pour répondre.

J'ai un âge où, apparemment, mon avis compte. On me sonde, on me consulte avant de me traîner de force dans des lieux hostiles.
Quand vos enfants cessent de vous demander d'où ils viennent et ne vous disent plus où ils vont, disait un proverbe affiché à l'entrée du Super-U l'été dernier, c'est qu'ils sont devenus des ados. Je me souviens que mon père l'avait lu à haute voix, avec un air d'un disciple de Confucius qui médite les paroles du Maître. Alors qu'en réalité, c'était juste une grosse connerie écrite au marqueur bleu effaçable sur un panneau d'hypermarché, entre la météo du jour et « Conseil de votre poissonnier »... C'était l'été dernier à Biscarosse, et je me suis juré que ce seraient mes dernières vacances en famille. Du moins, jusqu'à ce que j'en fonde une moi-même à la force du poignet, et que je l'entretienne et la chérisse et la nourrisse à la sueur de mon front – autant dire le plus tard possible.
Pour ma sœur Alice, neuf ans ¾, Biscarosse c'était l'éclate totale : un toboggan géant, une piscine où l'on a pied tout le temps et surtout des tas de copines qui se trémoussent le soir aux animations du camping et qui font trois mille tours de vélo rose dès huit heures du matin.

2 septembre 2011

Eleven - Mark Watson

eleven Albin Michel – mai 2011 - 346 pages

traduit de l'anglais par Esther Ménévis

Titre original : Eleven, 2010

Quatrième de couverture :
La nuit, Xavier Ireland anime avec passion une émission de radio pour les Londoniens, à l’écoute de leurs espoirs, leurs peurs, leur doutes. Le jour, c’est un solitaire, un homme volontairement coupé du monde. Jusqu’à sa rencontre avec une femme de ménage peu ordinaire qui va l’obliger à se confronter aux fantômes de son passé. Qu’il le veuille ou non, le destin de Xavier est lié à celui des autres, et le plus infimes de ses actes peut déclencher une série d’événements susceptibles d’affecter inéluctablement la vie de onze de ses concitoyens. Il y a au moins onze bonnes raisons de lire le roman élégant, subtil et désespérément drôle (pour n’en citer que trois) du comédien anglais Mark Watson. Libre à vous de découvrir les autres !

Auteur : Mark Watson, né en 1980 à Bristol, a suivi des études d'anglais à Cambridge avant de se lancer dans le théâtre. A la fois écrivain, metteur en scène et comédien, cet Anglais très facétieux est devenu célèbre pour ses one man shows couronnés de nombreux prix. Se produisant avec succès à la radio comme à la télévision, il cultive un sens de l'humour où l'autodérision le dispute à son engagement écologique, comme en témoigne son essai, Crap at the Environment, paru en 2008. Il est également l'auteur de deux romans non traduits, Bullet Points (2004), et A Light-hearted Look at Murder (2007).

Mon avis : (lu en août 2011)
Voilà un livre pris à la bibliothèque avant de partir en vacances, c’est la couverture « vendeuse » qui m’a encouragé à le choisir.
Xavier Ireland est un australien, grand, les yeux bleus. Il vit à Londres depuis plusieurs années et il co-anime une émission de radio la nuit avec Murray. Il est très apprécié par ces auditeurs pour son écoute et ses conseils rassurants. Dans sa vie personnelle, il est célibataire, solitaire passionné de Scrabble. Son collègue Murray l’entraîne un jour à un speed dating. Xavier n’était pas venu chercher l’amour, mais il y trouve une femme de ménage… Une femme de ménage haute en couleur ! Il s’agit de Pipa, ancienne lanceuse de disque, elle est pleine d’énergie et de joie de vivre.
Une rencontre qui va bouleverser la vie de Xavier.
Un livre plein d’humour, facile à lire et plutôt sympathique. Bonne lecture d’été.

Extrait : (début du livre)
Dans un parking à l'arrière d'un immeuble en béton, à l'ouest de la ville, un renard fluet va et vient furtivement en quête de chaleur, laissant de coquettes traînées d'empreintes dont s'émerveilleront les lève-tôt dans quelques heures. Cinq étages plus haut, à travers le voile neigeux de la fenêtre d'un studio de radio, Xavier Ireland regarde l'animal chercher un recoin dans l'ombre d'un conteneur de tri sélectif. 
"A votre place je resterais à l'abri, bien au chaud, conseille-t-il à son auditoire londonien invisible, et je continuerais à appeler. Dans quelques instants, nous entendrons l'histoire d'un homme marié trois fois... et trois fois divorcé ! 
- Aïe !" s'exclame Murray, coprésentateur et producteur de l'émission, avec la banalité qui le caractérise. Il tape sur un bouton pour lancer la chanson suivante. 
"C'est très joli dehors, déclare Xavier. 
- Ça va être le ca-ca-ca-chaos demain matin", bégaie Murray. 

En 2003, Xavier travaillait comme coursier dans cette station de radio, préparant le café, branchant les câbles, quand il a vu la neige pour la première fois. Immigré d'Australie quelques semaines plus tôt seulement, il avait changé de nom - il s'appelait jusqu'alors Chris Cotswold - et s'était voué corps et âme à refaire sa vie dans cette contrée lointaine, où il avait vécu tout petit mais jamais depuis. Il était impressionné, alors comme aujourd'hui, par la légèreté, la fragilité de chaque flocon, et par les quantités qu'il en fallait pour tapisser la rue. Mais l'étrangeté du spectacle et le froid glacial lui rappelaient aussi que la majeure partie de la surface terrestre s'étendait désormais entre lui et son pays, ses amis. 
Progressivement, il fut promu de coursier à assistant de Murray, puis les rôles finirent par s'inverser, et c'est maintenant lui qui joue le rôle de conseiller auprès de leurs nombreux fidèles insomniaques. 
"Je me demande ce qui cloche chez moi", s'interroge l'auditeur actuellement en ligne, un professeur de cinquante-deux ans qui vit seul en bordure d'un lotissement du Hertfordshire. 
La liaison vacillante avec son mobile coupe la moitié de ses phrases. Murray se passe le doigt sur la gorge pour suggérer de prendre un autre appel - celui-ci a déjà duré trois bonnes minutes -, mais Xavier secoue la tête. 
"C'est vrai quoi ! Je suis quelqu'un de convenable", continue le prof déprimé. Il s'appelle Clive Donald et, après ce coup de téléphone, il tâchera d'arracher quelques fragments de sommeil à ce qu'il reste de la nuit, avant de se réveiller, d'enfiler un costume gris et de monter dans sa voiture, un cartable fatigué contenant trente cahiers d'exercices de maths sur la banquette arrière. "Je... je donne à une association, par exemple. Je m'intéresse à pas mal de choses. Il n'y a rien qui cloche - manifestement - chez moi, disons. Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à faire fonctionner un couple ? Pourquoi est-ce que je commets toujours des erreurs ? 
- C'est trop facile de supposer que tout est de votre faute", lui dit Xavier, ainsi qu'à tous ceux qui l'écoutent chez eux dans toute la capitale. "Croyez-moi, j'ai passé des mois, des années en fait, à revivre mes erreurs. Et puis finalement, je me suis forcé à arrêter d'y penser." 
Suffisamment réconforté pour trouver au moins la volonté d'aller se coucher, Clive remercie enfin Xavier et prend congé. 
Murray tape sur un bouton. 
"Et maintenant les joies des infos et du bulletin trafic ! s'exclame-t-il. A tout de suite !" 
Il sort dans le couloir et entrouvre une porte coupe-feu pour fumer une cigarette dans le froid rigoureux. La neige tombe avec une violence qui n'a rien de british, on dirait de la grêle ou du grésil plutôt que le joli duvet qui passe habituellement pour de la neige. Xavier boit une gorgée de café dans un mug jaune où apparaissent les mots "BIG CHEESE" et le dessin d'un morceau de fromage. Un cadeau de Noël fait par Murray il y a quelques années et qui, avec sa fonctionnalité plutôt criarde et sa taille encombrante, ressemble assez à l'auteur du présent. 
Quelques kilomètres plus loin, une Big Ben grelottante - à peine visible du studio les nuits plus dégagées - sonne deux coups. 
"Voici les titres", dit une femme à des kilomètres de là, dont la voix, presque blanche, est diffusée simultanément sur des stations émettant dans tout le territoire du Royaume-Uni. "Dans quelques heures, le pays se réveillera sous la plus importante chute de neige depuis dix ans." 
Quelle drôle de formule, se dit Xavier : "Le pays se réveillera", comme si le Royaume-Uni était un immense internat silencieux qui se réveille au son de la cloche du matin. Dans la seule capitale, comme en témoigne le succès de la plage de quatre heures occupée par son émission, il existe une immense communauté fantôme de Londoniens passant une nuit blanche pour toutes sortes de raisons : horaires de travail, passe-temps inhabituel, culpabilité, peur, maladie - ou, bien sûr, leur enthousiasme pour l'émission. Xavier regarde à nouveau la vitre obstruée et imagine Londres, immobile et enneigée, qui s'étend sur des kilomètres à la ronde. Il essaie de se représenter Clive Donald, le prof de maths : il raccroche lentement le combiné et met la bouilloire à chauffer, sort instinctivement deux mugs d'un placard, en repose un. Xavier pense à tous ses interlocuteurs réguliers : les routiers qui tripotent le bouton quand le signal s'affaiblit sur la M1 à la sortie de Londres, les vieilles dames qui n'ont personne à qui parler. Puis son esprit s'attarde vaguement sur le demi-million de Londoniens en service de nuit, juste au-delà des limites du parking et de son renard furtif, de ses recoins silencieux et, ce soir, des tranchées formées par l'amoncellement de neige. 

L'un des élèves de Clive, Julius Brown, dix-sept ans, obèse de cent trente kilos, pleure en silence dans sa chambre. Malgré des séances régulières au club de gym, il n'arrive pas à combattre l'obésité. A l'âge de quatorze ans, il a commencé un traitement contre l'épilepsie, qui a entre autres eu pour effet secondaire une prise de poids alarmante, et bien qu'aucun médecin ne puisse réellement l'expliquer, son corps continue de se dilater presque à vue d'oeil chaque fois qu'il mange. Ses journées au lycée sont ponctuées d'insultes : on fait des bruits de pet quand il s'assoit, des bandes de filles éclatent de leur rire impénétrable quand il passe dans la cour. Même s'il a choisi trois matières pour le bac, dont informatique, et veut être concepteur de logiciels, il s'imagine qu'il finira dans un service d'assistance téléphonique pour des clients sveltes dont l'ordinateur refuse de démarrer. Il n'a pas besoin de regarder dehors pour sentir que la neige tombe : il faisait un froid de canard quand il a pris le bus pour rentrer du restaurant où il travaille parfois le soir. Il donnerait tout pour que les cours soient annulés demain. 

D'autres pensent exactement le contraire, telle Jacqueline Carstairs, mère d'un garçon un peu plus jeune que Julius. Journaliste free-lance, elle tape sur le clavier avec la rapidité et l'agressivité d'un pianiste rock. Son mari a accepté d'emmener leur fils Frankie à l'école demain matin, pour qu'elle puisse veiller tard et terminer un article sur le vin chilien. A condition que le collège ne ferme pas, elle aura le temps de travailler tranquille demain aussi. D'une ouïe affinée par les années passées à veiller sur son fils, elle décèle les bruits ultradoux, quasi indétectables de la neige atterrissant sur le conteneur à plastique dehors. Elle tape dans un moteur de recherche le nom d'un acteur chilien basé en Grande-Bretagne qui participe à la campagne de promotion du vin auquel elle consacre son article. Une nuit de février à glacer le sang. La neige s'abat sur Londres. Les flocons dansent dans les faisceaux de néon des lampadaires et se déposent en écharpe aux cols des voitures en stationnement. 

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
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Grande-Bretagne

26 août 2011

Le Temps où nous chantions - Richard Powers

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Le Cherche Midi – mars 2006 – 765 pages

10/18 – avril 2008 – 1045 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Nicolas Richard

Titre original : The Time of our Singing, 2003

Quatrième de couverture :
En 1939, lors d'un concert de Marian Anderson, David Strom, un physicien juif allemand émigré aux États-Unis pour fuir les persécutions nazies, rencontre une jeune femme noire, Delia Daley.
Ils se marient et élèvent leurs trois enfants dans le culte exclusif de la musique, de l'art, de la science et de l'amour universel, préférant ignorer la violence du monde autour d'eux.
Cette éducation va avoir des conséquences diverses sur les trois enfants. Jonah devient un ténor de renommée mondiale, Ruth va rejeter les valeurs de sa famille pour adhérer au mouvement de Black Panthers, leur frère Joseph tentera de garder le cap entre l'aveuglement des uns et le débordement des autres, afin de préserver l'unité de sa famille en dépit des aléas de l'histoire.
Avec des personnages d'une humanité rare, Richard Powers couvre dans cet éblouissant roman polyphonique un demi-siècle d'histoire américaine, nous offrant, au passage, des pages inoubliables sur la musique. Le Temps où nous chantions a été élu meilleur livre de l'année par The NewYork Times et The Washington Post.

Auteur : Richard Powers est né en 1957 aux États-Unis. Trois fermiers s'en vont au bal, son premier roman, a valu à l'auteur d'être cité par le magazine Esquire comme l'un des trois plus grands auteurs de la décennie, aux côtés de Martin Amis et de Don DeLillo. Richard Powers a écrit depuis une dizaine d'autres ouvrages, dont Le temps où nous chantions, élu meilleur livre de l'année 2003 par le New York Times et le Washington Post. Il vit aujourd'hui dans l'Illinois. Son dernier roman, La Chambre aux échos, couronné par le National Book Award, a paru en 2008 aux éditions du Cherche Midi.

Mon avis : (lu en août 2011)
Je voulais absolument lire ce livre qui m'avait été plusieurs fois conseillé. Mais ce livre est énorme au moins pour son poids, plus de 1000 pages en poche... Je préférais donc me le réserver pour les vacances plutôt que pour mes voyages quotidiens en train.
Ce livre est vraiment formidable et passionnant. Il raconte l'histoire d'une famille américaine durant plus de soixante ans. Tout commence en 1939 avec la rencontre de Delia Daley et David Strom lors d'un concert de Marian Anderson. Delia Daley est une jeune femme noire. David Strom est un physicien juif allemand qui a fuit le nazisme. Ils ont une passion commune : la musique. Et n'écoutant que leur cœur, sans tenir compte des conventions de l'époque, ils vont s'aimer, se marier et élever leurs trois enfants Jonah, Joseph et Ruth avec l'amour de la musique, des arts et des sciences. Delia et David veulent protéger leurs enfants de la violence du monde extérieur. Jonah fera une carrière de ténor, Ruth adhérera au mouvement de Black Panthers par opposition à sa famille et Joseph cherchera a préserver l'unité de la famille en étant proche tour à tour avec son frère ou sa sœur.
Les relations entre parents et enfants ou entre frères et sœur sont souvent difficiles, il est question de mixité, de racisme blanc-noir, noir-blanc, de métissage... L'Histoire est également partie prenante de cette fresque familiale. Sans oublier la Musique et le Chant qui font vibrer le livre et enchante le lecteur. Une très très belle découverte, qui me donne envie de découvrir "Trois fermiers s'en vont au bal" le premier livre de Richard Powers.

Extrait : (début du livre)
Décembre 1961
Quelque part dans une salle vide, mon frère continue de chanter. Sa voix ne s'est pas encore estompée. Pas complètement. Les salles où il a chanté en conservent encore l'écho, les murs en retiennent le son, dans l'attente d'un futur phonographe capable de les restituer.
Mon frère Jonah se tient immobile, appuyé contre le piano. Il a juste vingt ans. Les années soixante ne font que commencer. Le pays finit de somnoler dans sa feinte innocence. Personne n'a entendu parler de Jonah Strom en dehors de notre famille – du moins ce qu'il en reste. Nous sommes venus à Durham, en Caroline du Nord, nous voilà dans le vieux bâtiment de musique de l'université de Duke. Il est arrivé en finale d'un concours vocal national auquel il niera par la suite s'être jamais inscrit. Jonah se tient seul à droite du centre de la scène. Il se dresse sur place, il tremble un peu, se replie dans le renfoncement du piano à queue, c'est le seul endroit où il soit à l'abri. Il se penche en avant, telle la volute réticente d'un violoncelle. De la main gauche, il assure son équilibre en s'appuyant sur le bord du piano, tout en ramenant la droite devant lui, comme pour tenir une lettre étrangement égarée. Il sourit : sa présence ici est hautement improbable, il prend une inspiration et chante.
Pendant un moment, le Roi des Aulnes est penché sur l'épaule de mon frère, il lui murmure une bénédiction mortelle. L'instant d'après, une trappe s'ouvre dans les airs et mon frère est ailleurs, il fait naître Dowland du néant, un zeste de culot enchanteur pour ce public amateur de lieder, abasourdi, sur lequel glissent des rets invisibles :

Le temps s'immobilise et contemple cette jeune femme au beau visage,
Ni les heures, ni les minutes ni les ans n'ont de prise sur son âge.
Tout le reste changera, mais elle demeure semblable,
Jusqu'à ce que le temps perde son nom, et les cieux reprennent leur cours inévitable.

Deux couplets, et son morceau est terminé. Le silence plane dans la salle, il flotte au-dessus des sièges comme un ballon à l'horizon. L'espace de deux mesures, même respirer est un crime. On ne saurait survivre à cette surprise, sauf en la chassant à coups d'applaudissements. La bruyante reconnaissance des mains relance le temps, la flèche file vers sa cible, et mon frère vers ce qui l'achèvera.

Challenge 100 ans de littérature américaine 2011
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Lu dans le cadre du Défi des Mille organisé par Fattorius

 

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3/50 : Pennsylvanie
Delia Daley est originaire de Pennsylvanie

 

16 août 2011

Un homme est mort – Kris et Étienne Davodeau

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Quatrième de couverture :
1950. Brest est un immense chantier. De la ville fortifiée, aux ruelles étroites, une nouvelle ville va surgir, orthogonale, rectiligne, ordonnée, moderne. Ce sera Brest-la-Blanche, qui deviendra très vite Brest-la-Grise.
Mais face aux revendications salariales des ouvriers travaillant à la reconstruction, les patrons refusent de céder. La grève générale est déclarée. Les chantiers sont immobilisés, les ouvriers de l'Arsenal rejoignent le mouvement.
Et le 17 avril, le drame se produit. La police, dépassée par l'ampleur du mouvement, tire sur la foule, blessant plus de vingt personnes et tuant un homme. Édouard Mazé.
Le lendemain, appelé par la CGT pour tourner un film sur le mouvement, René Vautier débarque clandestinement à Brest. Il est alors recherché par la police suite à un premier film documentaire, Afrique 50, témoignage sans concessions du système colonial français d'après guerre.
René arrive dans une ville en état de siège. Le lendemain ont lieu les obsèques d'Édouard Mazé.
Une foule immense, un peuple entier accompagnera son cercueil.
En s'attachant à la véracité des événements, en respectant la parole des témoins, Kris et Étienne Davodeau nous redonnent l'espoir en l'homme et en sa faculté à lutter pour sa liberté.

 

Auteurs : Étienne Davodeau, 42 ans, vit en Anjou.
En 1985, après des études d'arts plastiques à Rennes, et la création du studio BD Psurde, il publie chez Dargaud la trilogie « Les Amis de Saltiel », puis Le Constat. Puis, chez Delcourt, Quelques Jours avec un menteur, Le Réflexe de survie, et trois polars : La Gloire d'Albert, Anticyclone et Ceux qui t'aiment.
En 2001 il réalise Rural !, véritable reportage, où il confirme son choix peu fréquent en bande dessinée d'inscrire le monde réel au cœur de son travail.
Il s'intéresse aussi à la bande dessinée pour enfants (il scénarise « Les Aventures de Max & Zoé », dessin de Joub, 5 titres parus). Il réalise, avec David Prudhomme au dessin, l'adaptation en bande dessinée de l'unique et méconnu roman de Georges Brassens, La Tour des miracles.
Après avoir publié dans la collection Aire Libre de chez Dupuis Chute de vélo (Prix des libraires spécialisés 2005), il revient au reportage-documentaire avec Les Mauvaises Gens, qui reçoit le Grand prix 2005 de la critique, le Prix France Info, puis à Angoulême le Prix du Scénario et le Prix du Public. Enfin, avec Kris, il met en images dans Un homme est mort les manifestations ouvrières à Brest en 1950, l'assassinat d un militant par les forces de l'ordre, et le destin fabuleux du film que le cinéaste René Vautier avait tourné en ces circonstances.
Novembre 2008 : Parution du premier tome de Lulu, femme nue chez Futuropolis.

Kris est né en 1972, vit en Bretagne.
Il se lance dans la BD en 2002: Toussaint 66 (Delcourt), puis Le Déserteur.
2006: Un Homme est mort et Le Monde de Lucie paraissent chez Futuropolis.
2008: Coupures Irlandaises et Les Ensembles contraires, Futuropolis.
2009: Les Ensembles contraires, tome 2 et Notre Mère la Guerre sortent en septembre (Futuropolis).

 

Mon avis : (lu en juillet 2011)
Cette bande dessinée est un témoignage, un hommage. 1950, Brest est en pleine reconstruction, les conditions de vie et de travail sont difficiles, les salaires sont faibles. Un mouvement social éclate avec comme seule réponse,  la répression policière et la mort d’Édouard Mazé. Pour témoigner de ce qui se passe à Brest, les syndicalistes ont l’idée de faire appelle à un cinéaste, René Vautier, afin que celui-ci fasse un court-métrage pour témoigner des actions menées par les travailleurs. Le film étant muet, René Vautier a alors l'idée d'accompagner la projection par la lecture du poème de Paul Eluard "Un homme est mort", dédié à Gabriel Péri, fusillé par les Allemands à cause de ses opinions politiques. Il remplacera le nom de Péri par celui d’Édouard Mazé, victime de la manifestation du 17 avril 1950. Malheureusement, ce film a disparu et Kris a eu à cœur de faire revivre cette histoire et ce film sous forme de bande dessinée.

En plus de la BD, un dossier donne le contexte des événements évoqués dans la BD : le chantier de reconstruction de Brest en 1950, la manifestation et le témoignage de certains des participants en particulier le grand-père de Kris et une biographie du cinéaste militant René Vautier.

Voilà un témoignage poignant et réaliste, où l’on découvre des descriptions de Brest au lendemain de la guerre en cours de reconstruction, des conflits sociaux et la solidarité entre les travailleurs…

Le dossier accompagnant la BD est également très intéressant à découvrir.

 

Extrait :

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"Un homme est mort"

Un homme est mort qui n’avait pour défense
Que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que celle où l’on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte
Contre la mort contre l’oubli.

Car tout ce qu’il voulait
Nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
Que le bonheur soit la lumière
Au fond des yeux au fond du cœur
Et la justice sur la terre.

Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d’amis
Ajoutons-y Mazé
Mazé est mort pour ce qui nous fait vivre
Tutoyons-le sa poitrine est trouée
Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux
Tutoyons-nous son espoir est vivant.

Au rendez-vous allemand, Paul Eluard (1941)

Déjà lu du même auteur :

lulu_femme_nue_tome1  Lulu Femme Nue : 1er livre
lulu_femme_nue_tome2 Lulu Femme Nue : 2ème livre

rural Rural ! Chronique d'une collision politique
chute_de_velo Chute de vélo

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30 juillet 2011

Entre ciel et terre - Jón Kalman Stefánsson

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Gallimard – février 2010 – 237 pages

 

Folio – mars 2011 – 260 pages

 

traduit de l’islandais par Éric Boury

 

Titre original : Himnaríki og helvíti, 2007

 

Quatrième de couverture :
"Certains mots sont probablement aptes à changer le monde, ils ont le pouvoir de nous consoler et de sécher nos larmes. Certains mots sont des balles de fusil, d'autres des notes de violon. Certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le cœur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires et que nous ne sommes peut-être ni vivants ni morts ". Parfois les mots font que l'on meurt de froid. Cela arrive à Bàrôur, pêcheur à la morue parti en mer sans sa vareuse. Trop occupé à retenir les vers du Paradis perdu du grand poète anglais Milton, il n'a pensé ni aux préparatifs de son équipage ni à se protéger du mauvais temps. Quand, de retour sur la terre ferme, ses camarades sortent du bateau son cadavre gelé, son meilleur ami, qui n'est pas parvenu à le sauver, entame un périlleux voyage à travers l'île pour rendre à son propriétaire, un vieux capitaine devenu aveugle, ce livre dans lequel Bàrôur s'était fatalement plongé, et pour savoir s'il a encore la force et l'envie de continuer à vivre. Par la grâce d'une narration où chaque mot est à sa place, nous accompagnons dans son voyage initiatique un jeune pêcheur islandais qui pleure son meilleur ami : sa douleur devient la nôtre, puis son espoir aussi. Entre ciel et terre, d'une force hypnotique, nous offre une de ces lectures trop rares dont on ne sort pas indemne. Une révélation...

 

Auteur : Jón Kalman Stefánsson, né à Reykjavik en 1963, est poète, romancier et traducteur. Son oeuvre a reçu les plus hautes distinctions littéraires de son pays, où il figure parmi les auteurs islandais actuels les plus importants. Entre ciel et terre est son premier roman traduit en français.

 

Mon avis : (lu en juillet 2011)
Cela faisait quelques temps que je voulais lire ce livre... En particulier après un partenariat raté, livre promis mais finalement aucun envoi n'a été fait pour les heureux sélectionnés. La déception a été de courte durée, sachant qu'il était à la Bibliothèque.
Ce livre est un dépaysement total, l'auteur nous raconte la vie difficile des marins islandais. Le climat, la mer et le travail sont rudes. Ils partent pêcher la morue sur des barques à six rames.
Dès les premières lignes, le décor est planté : « Mois de mars, un monde blanc de neige, toutefois pas entièrement. Ici la blancheur n'est jamais absolue, peu importe combien les flocons se déversent, que le froid et le gel collent le ciel à la mer et que le frimas s'infiltre au plus profond du cœur où les rêves élisent domicile, jamais le blanc ne remporte la victoire. Les ceintures rocheuses des montagnes s'en délestent aussitôt et affleurent, noires comme le charbon, à la surface de cet univers immaculé. »
Puis nous rencontrons Bárður et le gamin qui sont en chemin vers les baraquements des pêcheurs. Ils attendront là le départ de l'équipage. Bárður se plonge dans la lecture du "Paradis perdu" de John Milton. Mais au moment de partir pour la pêche, tellement occupé à retenir certains des poèmes, Bárður en oublie sa vareuse. Il s'en rend compte en pêche, alors qu'une tempête s'est levée, il ne va pas pouvoir résister au froid et il va mourir. « Il est mort de froid parce qu'il a lu un poème.
Certains poèmes nous conduisent en des lieux que nuls mots n'atteignent, nulle pensée, ils vous guident jusqu'à l'essence même, la vie s'immobilise l'espace d'un instant et devient belle, limpide de regrets ou de bonheur. Il est des poèmes qui changent votre journée, votre nuit, votre vie. » Le gamin, son ami, ne veut plus aller sur la mer et il s'enfuit du village pour rendre le livre à son propriétaire, le capitaine aveugle Kolbeinn. Le gamin va se poser des questions sur la vie et la mort, faire des rencontres...

Voilà un livre poignant et dépaysant, les descriptions de cette Islande grise et sombre où la terre, la mer se confondent avec le ciel sont sublimes. Les personnages de cette histoire sont attachants et touchants. J'ai beaucoup aimé ce voyage dépaysant, hors du temps et empreint de beaucoup de poésie.

 

Extrait : (début du livre)
C'était en ces années où, probablement, nous étions encore vivants. Mois de mars, un monde blanc de neige, toutefois pas entièrement. Ici la blancheur n'est jamais absolue, peu importe combien les flocons se déversent, que le froid et le gel collent le ciel à la mer et que le frimas s'infiltre au plus profond du cœur où les rêves élisent domicile, jamais le blanc ne remporte la victoire. Les ceintures rocheuses des montagnes s'en délestent aussitôt et affleurent, noires comme le charbon, à la surface de cet univers immaculé. Elles s'avancent, saillantes et sombres, au-dessus de la tête de Bárður et du gamin au moment où ceux-ci s'éloignent du Village de pêcheurs, notre commencement et notre fin, le centre de ce monde. Et ce centre du monde est dérisoire et fier. Ils avancent à vive allure - juvéniles jambes, feu qui flambe -, livrant également contre les ténèbres une course tout à fait bienvenue puisque l'existence humaine se résume à une course contre la noirceur du monde, les traîtrises, la cruauté, la lâcheté, une course qui paraît si souvent tellement désespérée, mais que nous livrons tout de même tant que l'espoir subsiste. C'est pourtant d'une simple marche que Bárður et le gamin ont l'intention de se délester des ténèbres ou de l'obscurité du ciel pour arriver avant elles aux baraquements des pêcheurs. Parfois, ils marchent de front et c'est beaucoup mieux parce que des traces de pas posées les unes à côté des autres sont preuve de connivence et qu'alors la vie n'est pas aussi solitaire. Pourtant la route se résume bien souvent tout juste à un étroit sentier qui ondule comme un serpent gelé dans la neige, et alors le gamin doit fixer son regard sur l'arrière des chaussures de Bárður, le havresac en cuir qu'il porte sur son dos, sa touffe de cheveux noirs et sa tête solidement posée sur ses larges épaules. Par moments, ils traversent des rives rocheuses, s'avancent à petits pas sur des routes suspendues tout au bord des falaises, mais le pire est l'Ófæra, l'Infranchissable : une corde fixée à la roche, la pente glissante et friable de la montagne en surplomb, la paroi fuyante au-dessous d'eux et la mer verdâtre qui te happe et t'aspire : une chute de trente mètres. L'à-pic de la montagne s'élève à plus de six cents mètres et son sommet se perd dans les nuages. D'un côté, la mer, de l'autre, des montagnes vertigineuses comme le ciel : voilà toute notre histoire. Les autorités et les marchands règlent peut-être nos misérables jours, mais ce sont les montagnes et la mer qui règnent sur nos vies. Elles sont notre destin, tout du moins c'est ainsi que nous pensons parfois, et c'est évidemment aussi ce que tu ressentirais si tu t'étais réveillé et endormi des dizaines d'années durant au pied de ces mêmes montagnes, si ta poitrine s'était élevée et affaissée au rythme du souffle de la mer sur nos barques fragiles. Il est peu de choses aussi belles que la mer par une magnifique journée ou par une nuit limpide, quand elle rêve et que le clair de lune est la somme de ses rêves. Pourtant, la mer n'a nulle beauté et nous la haïssons plus que tout quand elle élève ses vagues à des dizaines de mètres au-dessus de la barque, au moment où la déferlante la submerge et nous noie comme de misérables chiots, peu importe à quel point nous agitons nos bras, implorons Dieu et Jésus-Christ, elle nous noie comme de misérables chiots. Et là, tous sont égaux. Les crapules et les justes, les colosses et les mauviettes, les bienheureux et les affligés. On entend quelques cris, quelques mains s'agitent désespérément, puis c'est comme si nous n'avions jamais existé, le corps sans vie coule, le sang se refroidit à l'intérieur, les souvenirs s'effacent, des poissons viennent se coller à ces lèvres qui, embrassées hier, prononçaient les paroles essentielles ; ils effleurent ces épaules qui portaient le benjamin et les yeux ne contemplent plus rien, posés au fond de l'eau. La mer est d'un bleu froid et jamais calme, un monstre gigantesque qui inspire, nous porte la plupart du temps, mais parfois se dérobe et alors, nous sombrons : l'histoire de l'homme n'est pas si complexe que cela.  
Nous sortirons sûrement cette nuit, observe Bárður.
Ils viennent juste de dépasser l'Infranchissable, la corde ne s'est pas rompue, la montagne ne les a pas tués de ses jets de pierres. Ils regardent tous les deux la mer, lèvent leurs yeux vers le ciel d'où vient l'obscurité, la couleur bleue ne l'est plus tout à fait. Dans l'air, un soupçon de soir, la rive d'en face est devenue plus floue, comme si elle avait reculé, qu'elle sombrait dans le lointain, cette rive presque entièrement blanche et qui doit son nom à la neige. 

 

Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
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Islande

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
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Islande

Lu dans le cadre du Challenge Viking Lit'
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24 juin 2012

Indignation - Philip Roth

 Lu dans le cadre d'un partenariat Livraddict et Folio

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Gallimard - septembre 2010 - 195 pages

Folio - février 2012 - 237 pages

traduit de l'américain par Marie-Claire Pasquier

Titre original : Indignation, 2008

Quatrième de couverture :
Nous sommes en 1951, seconde année de la guerre de Corée. Marcus Messner, jeune homme de dix-neuf ans, intense et sérieux, d'origine juive, poursuit ses études au Winesburg College, dans le fin fond de l'Ohio. Il a quitté l'école de Newark, dans le New Jersey, où habite sa famille. Il espère par ce changement échapper à la domination de son père, boucher de sa profession, un homme honnête et travailleur, mais qui est depuis quelque temps la proie d'une véritable paranoïa au sujet de son fils bien-aimé. Fierté et amour, telles sont les sources de cette peur panique. Marcus, en s'éloignant de ses parents, va tenter sa chance dans une Amérique encore inconnue de lui, pleine d'embûches, de difficultés et de surprises.
Indignation, le vingt-neuvième livre de Philip Roth, propose une forme de roman d'apprentissage : c'est une histoire d'audace et de folie, d'erreurs et de tâtonnements, de résistances et de révélations, tant sur le plan sexuel qu'intellectuel. Renonçant à sa description minutieuse de la vieillesse et de son cortège de maux, Philip Roth poursuit avec l'énergie habituelle son analyse de l'histoire de l'Amérique - celle des années cinquante, des tabous et des frustrations sexuelles - et de son impact sur la vie d'un homme jeune, isolé, vulnérable.

Auteur : Philip Roth est né à Newmark, aux États-Unis, en 1933. Il vit dans le Connecticut.
Son premier roman, Goodbye, Columbus, lui vaut le National Book Award en 1960, prix qui lui est de nouveau décerné en 1995 pour Le Théâtre de Sabbath. Il a reçu à deux reprises le National Book Critics Award, en 1987 pour La contrevie et en 1992 pour Patrimoine. Le prix Pulitzer et, en France, le prix du Meilleur Livre étranger ont couronné Pastorale américaine. Le PEN Faulkner Award a récompensé les romans Opération Shylock et La tache, également distingué par le prix Médicis étranger en 2002. Entre autres récompenses, Le complot contre l’Amérique a été consacré Meilleur livre de l’année par le New York Times Book Review.

Mon avis : (lu en juin 2012)
C'est le deuxième livre que je lis de Philip Roth, avant d'avoir ce blog, j'avais déjà lu La Tache.
Dans "Indignation", Philip Roth fait une critique sans concession de l'Amérique des années 50. Il raconte l'histoire d'un jeune américain d'origine juive, Marcus Messner. Pour échapper à l'emprise de son père trop protecteur, Marcus, étudiant de dix-neuf ans, choisit de quitter le domicile familiale à Newark, dans la banlieue de New York, pour aller étudier au Winesburg College dans l'Ohio. Nous sommes au début des années 1950, pendant la guerre de Corée.
Fils d'un modeste boucher kasher, son ambition est de sortir major de sa promotion pour être officier et éviter de se retrouver en premières lignes pour la guerre en Corée. Enfant unique, très bon élève, il préfère le calme, la solitude pour s'adonner pleinement à ses études. Il est parti de chez lui pour échapper aux folles angoisses de son père et le voilà plongé dans le monde d'une université américaine conservatrice qu'il ne comprend pas et dont il n'accepte pas toutes les règles. Il est également décontenancé par son aventure amoureuse avec Olivia Hutton, une jeune étudiante.

Voilà un roman facile et très agréable à lire. Les personnages sont attachants et fouillés. L'atmosphère de l'époque et la vie universitaire américaine y sont bien décrites.

Un des moments les plus fort du livre, c'est la confrontation entre Marcus et le doyen Caudwell. Marcus n'a pas peur d'exprimer son indignation en face, en particulier il proteste  contre l'obligation pour tous les étudiants d'assister à l'office religieux. Il part dans un discours et un réquisitoire digne d'un futur avocat avec une conclusion inattendue...

Je me suis laissée porter par cette histoire dont je ne savais pas où elle aller me mener... J'avais quelques pressentiments sur l'issue de l'histoire mais ce sont vraiment les toutes dernières pages qui donnent à ce livre toute sa force...

Le titre « Indignation » fait référence à l'hymne national chinois "La Marche des Volontaires" que Marcus Messner se chante sans fin dans la tête pour supporter l'office religieux obligatoire.

Je remercie beaucoup Livraddict et Folio pour m'avoir permis de découvrir ce livre de Philip Roth.

Extrait : (page 109)
« Je proteste contre le fait d'être obligé de suivre l'office religieux quarante fois d'ici la fin de mes études si je veux obtenir mon diplôme, monsieur le doyen. Je ne vois pas au nom de quoi l'université aurait le droit de me forcer à écouter, ne serait-ce qu'une fois, un pasteur, quelle que soit sa confession, ni à écouter, ne serait-ce qu'une fois, un hymne chrétien s'adressant à une divinité chrétienne, étant donné que je suis un athée qu'offensent profondément, à dire vrai, les pratiques et les croyances des religions établies. » Je ne pouvais plus m'arrêter, malgré l'immense faiblesse que je ressentais. « Je n'ai pas besoin des sermons des moralistes professionnels pour me dicter ma conduite. Je n'ai certainement pas besoin d'un Dieu pour cela. Je suis parfaitement capable de mener une existence morale sans en attribuer le mérite à des croyances impossibles à prouver, défiant la raison, des croyances qui, pour moi, ne sont rien de plus que des contes de fées pour enfants auxquels adhèrent les adultes et qui ne sont pas plus fondées, en réalité, que le fait de croire au Père Noël. Je suppose que vous connaissez, monsieur le doyen, les écrits de Bertrand Russell. Bertrand Russell  éminent mathématicien et philosophe anglais, a été l'année dernière lauréat du prix Nobel de littérature. L'un des ouvrages pour lesquels on lui a attribué le prix Nobel est un essai de grande diffusion écrit à partir d'une conférence faite en 1927, intitulée "Pourquoi je ne suis pas chrétien". Connaissez-vous cet essai, monsieur le doyen ?
- Rasseyez-vous, je vous prie », dit le doyen.
Je fis ce qu'il me disait mais sans m'arrêter de parler. « Je vous demande si vous connaissez cet essai très important de Bertrand Russell. Apparemment, la réponse est non. Il se trouvé que moi je le connais, parce que lorsque j'étais capitaine de l'équipe de débatteurs de mon école, je m'étais donné pour tâche d'en apprendre par cour des passages entiers. Je ne l'ai toujours pas oublié, et je me suis juré que je ne l'oublierais jamais. Cet essai, ainsi que d'autres du même genre, contient les arguments de Russell, non seulement contre la conception chrétienne de Dieu, mais contre celles que professent toutes les grandes religions du monde, que Russell trouve tout à la fois erronées et dangereuses. Si vous lisiez son essai - et au nom de l'ouverture d'esprit, je vous conjure de le faire , vous vous apercevriez que Bertrand Russell, l'un des logiciens les plus réputés du monde, en plus d'être philosophe et mathématicien, réfute avec une logique indiscutable l'argument de la cause première, l'argument de la loi naturelle, l'argument du dessein intelligent, les arguments moraux en faveur d'une divinité, et l'argument du remède à l'injustice. Pour vous donner deux exemples. Premièrement, pour montrer qu'il ne peut y avoir aucune validité dans l'argument de la cause première, il dit : "Si tout doit avoir une cause, alors Dieu doit avoir une cause. S'il existe quelque chose qui n'ait pas de cause,ce peut être aussi bien le monde que Dieu." Deuxièmement, quant à l'argument du dessein intelligent, il dit : "Pensez-vous que si l'on vous donnait l'omnipotence et l'omniscience et des millions d'années pendant lesquelles perfectionner votre univers, vous ne pourriez rien produire de mieux que le Ku Klux Klan ou les fascistes ? " Il discute aussi les défauts de l'enseignement du Christ, tel qu'il est présenté dans les Évangiles tout en remarquant qu'historiquement il est extrêmement douteux que le Christ ait jamais existé. Le défaut moral le plus sérieux qu'il trouve à reprocher au Christ, c'est le fait qu'il croie à l'existence de l'Enfer. Russell écrit :"Je n'ai personnellement pas le sentiment que quelqu'un de profondément humain puisse croire au châtiment éternel." Et il reproche au Christ sa fureur vindicative contre ceux qui refusent d'écouter ses sermons. Il discute avec une totale franchise la façon dont les Églises ont retardé le progrès humain et comment, à force d'insister sur ce qu'elles choisissent d'appeler moralité, elles infligent à toutes sortes de gens des souffrances inutiles et non méritées. La religion, déclare-t-il, est fondée principalement sur la peur - la peur de l'inconnu, la peur de la défaite, et la peur de la mort. La peur, dit Bertrand Russell, engendre la cruauté, il n'est donc pas étonnant que cruauté et religion aillent de pair depuis des siècles. Conquérir le monde par l'intelligence, dit Russell, plutôt que d'être soumis comme des esclaves par la terreur que suscite le fait d'y vivre. Toute la conception de Dieu, conclut-il, est une conception indigne d'hommes libres. Telles sont les pensées d'un lauréat du prix Nobel renommé pour ses contributions à la philosophie, sa maîtrise de la logique et de la théorie de la connaissance, et je suis en total accord avec ses idées. Les ayant étudiées, y ayant réfléchi, j'ai l'intention de vivre en les appliquant, ce qui, vous l'admettrez certainement, monsieur le doyen, est mon droit le plus strict. »

 

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21 juillet 2011

Le gang des mégères inapprivoisées – Tom Sharpe

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Belfond – février 2010 – 231 pages

 

10/18 – février 2011 – 224 pages

 

traduit de l'anglais par Daphné Bernard

 

Titre original : The Gropes, 2009

 

Quatrième de couverture :
Dans le Northumberland, depuis des générations, les dames Grope font régner la terreur autour d'elles. Signes distinctifs : un physique ingrat, une nature antipathique et des pulsions castratrices inversement proportionnelles à leur volonté de se reproduire. Qu'à cela ne tienne ! Chez les Grope, on kidnappe les hommes de mère en fille. Une coutume familiale dont le jeune Esmond Burnes va faire les frais... Forcé de se réfugier chez son oncle suite à une agression alcoolisée de son père, l'innocent garçon va tomber entre les griffes de sa tante Belinda, née Grope, épouse frustrée et ménagère forcenée... Disparitions suspectes, soûleries aggravées et torrides accès de folie... Même la police va perdre le fil. Par l'un des maîtres de l'humour british, une nouvelle farce échevelée, explosive et hilarante.


Auteur : Tom Sharpe, le bien nommé (sharp signifie « futé » en anglais), est né en 1928 en Angleterre. Après des études à Cambridge, il sert dans les marines avant de s'installer en 1951 en Afrique du Sud. Travailleur social puis professeur, il dirige également un studio de photographie. Dix ans plus tard, Tom Sharpe est expulsé pour avoir écrit et monté une pièce contre le régime de l'apartheid. De 1963 à 1972, il enseigne l'histoire au College of Art and Technology de Cambridge. Reconnu depuis Wilt 1 comme l'un des plus grands humoristes anglais contemporains, Tom Sharpe a reçu en 1986 le Grand Prix de l'humour noir pour l'ensemble de son œuvre. Tom Sharpe s'est aujourd'hui installé en Catalogne, pour fuir le système de santé britannique, comme il se plaît à le dire.

 

Mon avis : (lu en juillet 2011)

J’ai lu ce livre car il était signalé comme un coup de cœur de la Bibliothèque. Je n’irai pas jusque là, pour ma part, c’est un livre original et amusant.

C’est la première fois que je lis cet auteur qui serait, d’après la quatrième de couverture, « l’un des maîtres de l’humour bristish ».

Le livre commence par l’histoire de la famille Grope, c’est une lignée de femmes dont l’origine remonte à un Viking danois Awgard le Pâle qui avait le mal de mer. Ce dernier a abandonné ses compagnons, rencontré Ursula Grope et ensemble ils s’installèrent dans le comté de Northumberland en Angleterre. La dynastie des Gropes sont des femmes autoritaires, antipathiques et au physique disgracieux… Elles sont les chefs de famille et n’hésitent pas enlever leur futur mari qui ne servira qu’à leur donner une descendance féminine…

Belinda est une demoiselle Grope, mais son mari Albert n’a jamais pu lui donner d’héritière. Celui-ci a une sœur Vera et un beau-frère Horace qui ont un fils unique Esmond. Ce dernier est venu passer quelques jours chez son oncle et sa tante pour fuir son père qui le menaçait de mort. Cela va donner des idées à Belinda et pour suivre les traditions familiales des Grope, elle va kidnapper Esmond…

Voilà une histoire totalement farfelue et rocambolesque à la limite de la caricature dont la fin m’a semblée un peu bâclée… Je me suis bien amusée à lire ce livre !

 

Extrait : (début du livre)
C’est une des particularités les plus surprenantes de la vieille Angleterre : des familles entières vivent dans des maisons construites par leurs ancêtres des siècles auparavant, sur des domaines qui étaient déjà les leurs avant la conquête normande. Les Grope de Grope Hall sont l’une d’entre elles.
Ni riches, ni anoblis et n’ayant jamais été jalousés par des voisins plus puissants ou plus influents, les Grope ont gardé un profil bas, cultivant leur terres qui portent les mêmes noms qu’au XIIe siècle, s’occupant de leurs petites affaires sans s’intéresser le moins du monde à la politique, à la religion ou à quelque sujet susceptible de leur créer des ennuis. La plupart du temps, ce n’était pas de propos délibéré. Cette attitude relevait au contraire d’une bonne dose d’inertie et de la volonté de ne pas être pressurés par une progéniture ambitieuse et énergétique.
Les Grope de Grope Hall peuvent être localisés dans le comté du Northumberland. Ils font remonter leurs origines à un Viking danois, un certain Awgard le Pâle, qui, malade comme un chien pendant la traversée de la mer du Nord, abandonna ses compagnons de raid au beau milieu de la mise à sac du couvent d’Elnmouth. Au lieu de violer quelques nonnes, comme c’était la règle, il se jeta aux pieds de la sœur servante, qu’il avait croisée dans le fournil et qui se demandait si elle avait envie ou non de se faire violer. Pas belle pour un sou et ayant déjà été laissée pour compte lors de deux précédents raids vikings, Ursula Grope fut ravie d’être choisie par le bel Awgard ; elle l’emmena loin de l’orgie dégoûtante qui se déroulait dans le couvent et le conduisit dans la vallée solitaire de Mosedale, à la cabane en tourbe dans laquelle elle était née. Le retour de sa fille, dont il espérait être débarrassé à jamais – et en compagnie de l’immense Awgard le Pâle -, terrifia si fort son simple porcher de père qu’il n’attendit pas de vérifier les intensions réelles du Viking et prit ses jambes à son cou. La dernière fois qu’on l’aperçut, il vendait des marrons chauds près de York. Forte d’avoir épargné à Awgard les horreurs d’une traversée de retour, Ursula insista pour qu’il sauve son honneur de religieuse inviolée et fasse son devoir. C’est, dit-on, l’origine de la maison Grope.
Awgard changea son nom en Grope. Les quelques habitants de Mosedale furent tellement terrorisés par sa taille et ses accès de mélancolie qu’Ursula, désormais Mme Grope, eut l’occasion de mettre la main sur des milliers d’hectares de landes désertées. Avant de fonder la dynastie des Grope.

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
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Grande-Bretagne

2 juin 2011

Concours Stephie : Ma verrine « Fruits et Cie »

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Pour répondre au concours qu'organise Stephie (blog Mille et une pages)
en partenariat avec Marabout qui lance un nouveau site,
voici la recette d'une verrine dessert que je réalise assez souvent à la maison...

Ingrédients : (pour 4 verrines)
2 à 3 pommes
une poignée de groseilles
fromage blanc
4 spéculos
Un peu de miel ou de sucre

La recette :
1) Découper les pommes en morceaux pas trop gros, les mettre dans une casserole avec le miel et faire revenir quelques minutes, ajouter les groseilles et faire de même. On peut ajouter aussi un peu de jus de fruits (pomme ou orange) pour que cela n'attache pas. Garder au chaud.

2) Écraser grossièrement les spéculos.

3) Monter la verrine au dernier moment :
Mettre au fond les fruits encore chaud pour remplir presque la moitié de la verrine.
Mettre par dessus le fromage blanc que l'on vient de sortir du réfrigérateur.
Et pour terminer, mettre les spéculos sur le dessus.

A servir immédiatement.

Petits trucs en plus :
Je varie la recette avec les fruits, en fonction de la saison, pomme, poire, banane, ananas, fruits rouge, kiwi, clémentine... J'incorpore parfois des fruits secs (raisins, abricots) aussi...
J'essaye de créer une association qui mélange les goûts sucré/acide, les textures croquants/moelleux...

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Voilà le résultat !
Et croyez moi sur parole,  c'est un vrai régal !

Voilà une recette facile et rapide à faire, où je joue sur les mélanges de goût (fruits sucré/acide), de texture (le croquant du spéculos et des pommes en opposition au fromage blanc), de température (fruits chauds, fromage blanc froid)...

6 août 2011

Blast : 2 - L'Apocalypse selon saint Jacky - Manu Larcenet

blast2 Dargaud - avril 2011 - 204 pages

Présentation éditeur :
« Je mens... Je suis en feu, je suis gris, lourd, crasseux, mais je suis en feu. »
Un homme seul dort dans les bois. Masse inouïe de plus de 150 kilos, il est parti un beau matin, laissant sa vie d'avant, à la recherche du blast, ce court instant de perfection, flash improbable, qui survient parfois, lorsque, oubliant sa graisse, il parvient à voler.
Après un premier tome prix des libraires 2010, Manu Larcenet signe un immense roman graphique, noir et âpre, d'un humanisme bouleversant.

Auteur : Né le 6 mai 1969 à Issy-les-Moulineaux, après s'être lancé dans la BD à l'âge de dix ans, Manu Larcenet étudie le graphisme au lycée de Sèvres et obtient un BTS d'expression visuelle option 'images de communication' à l'Ecole des arts appliqués. Parallèlement, il multiplie les concerts avec un groupe punk fondé avec des amis de collège. Il fait son service militaire en 1991 et connaît alors le bataillon disciplinaire. A son retour, il emménage avec des amis musiciens et poursuit la scène et le graphisme : ses premiers dessins sont publiés dans des fanzines de rock et de bande dessinée. Il commence en 1994 une collaboration d'abord discrète avec le magazine Fluide glacial ; son premier récit, 'L' Expert-comptable de la jungle', est bientôt suivi de 'Soyons fous', 'La Loi des séries' et 'Bill Baroud espion'. Spirou, Dupuis, Glénat et Les Rêveurs de runes, une maison d'édition qu'il a fondée avec Nicolas Lebedel, publient depuis ses albums. Les improbables créatures ou les petits bonhommes ordinaires qui peuplent ses dessins font son succès. Il reçoit en 2003 le prix Jacques Lob, puis le prix du meilleur album à Angoulême en 2004 pour 'Le Combat ordinaire'. Mêlant autobiographie et réflexion, à l'instar de son 'Retour à la terre', cette série apparaît comme celle de la maturité. Changement de ton qui ne l'empêche pas, à l'occasion, de revenir, en 2006, à ses premières amours avec l'album 'Chez Francisque', scénarisé par Yan Lindingre. Artiste protéiforme, alternant séries potaches et récits plus profonds, Manu Larcenet compte désormais parmi les auteurs incontournables de la bande dessinée.

Mon avis : (lu en juillet 2011)
Dans ce deuxième tome, nous retrouvons Polza Mancini toujours en garde à vue. Il continue à raconter à son rythme son histoire personnelle aux policiers et aux lecteurs. Plusieurs mois de vagabondage, de solitude et de clochardisation, même s'il est souvent ivre et parfois tabassé, il goûte à sa liberté. Il va alors faire la rencontre de Jacky qui se fait appeler Saint-Jacky, un dealer violent qui l'entraîne vers des pentes dangereuses...
Le dessin toujours superbe, en noir et blanc avec comme seules touches de couleurs quelques dessins d'enfants.

Cette histoire déroutante et fascinante à la fois n'est pas finie, j'attendrai donc avec beaucoup curiosité le prochain épisode.

Extrait :

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Déjà lu du même auteur :

RetourALaTerreLe1a_21012005 le_retour___la_terre_2 RetourALaTerreLe3_11012005 RetourALaTerreLe4_31082006 le_retour___la_terre_5 
Le retour à la terre

blast Blast : 1 - Grasse carcasse

14 mars 2011

C'est lundi ! Que lisez-vous ? [20]

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C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou et proposé par Galleane 

Qu'est-ce que j'ai lu la semaine dernière ?

des__clairs 10_petits_n_gres_1982 G229

Des éclairs - Jean Echenoz
Dix petits nègres - Agatha Christie (relecture)
G229 - Jean-Philippe Blondel

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

Nuits blanches à Manhattan - Robyn Sisman

Que lirai-je cette semaine ?

Le grand Quoi - Dave Eggers (partenariat Livraddict)
Les insurrections singulières - Jeanne Benameur
Marina - Carlos Ruiz Zafon
Un livre de Yasmina Khadra pour le Rendez-vous de Pimprenelle du 26 mars !

Bonne semaine, bonnes lectures et à lundi prochain !

Encore quelques jours... jusqu'à mardi minuit pour participer ! 

MaigretSur mon blog (du 2/03 au 15/03)

25 janvier 2011

Spellman & Associés – Lisa Lutz

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Albin Michel - mai 2007 – 427 pages

Livre de poche – mars 2008 – 444 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) Françoise Du Sorbier

Quatrième de couverture :
Qui pourrait résister aux Spellman, la famille la plus sérieusement fêlée de la Côte Ouest ? Certainement pas leur fille, Izzy, associée et néanmoins suspecte. Car pour ces détectives-nés, rien n'est plus excitant que d'espionner, filer, faire chanter... les autres Spellman de préférence. Mélange détonant d'humour et de suspense, ce best-seller international (et son héroïne) a fait craquer Hollywood : vous n'êtes pas près d'oublier les Spellman !

Auteur : Née en 1970, Lisa Lutz rêve de devenir scénariste. Elle entame en 1991 l'écriture d'un script tout en travaillant pour gagner sa vie dans... une agence de détectives. Son scénario aboutira à un film (Plan B, sorti en 2001). mais Lisa Lutz est déçue par cette expérience : elle se jure de ne plus jamais travailler pour Hollywood. C'est en 2004 qu'elle entame la rédaction de Spellman et associés, premier volet d'une série sur les Spellman, une famille de détectives privés. Aventures à suivre dans Les Spellman se déchaînent...

Mon avis : (lu en janvier 2011)
Je me suis beaucoup amusée en lisant les aventures de la famille Spellman. Les Spellman sont détectives à San Francisco. Mais leur profession déteint sur leurs vies privées... en effet tous ne peuvent pas s'empêcher d'enquêter, de suivre, de mettre sous écoutes les autres membres de la famille... Il est alors question de « dossiers compromettants », de chantages...
Il y a Izzy (Isabelle) la narratrice, sa mère rêve de la marier à un avocat. Son frère David a préféré quitter l'entreprise familiale pour devenir avocat. Rae, la petite sœur de 14 ans, préfère les filatures ou le chantage que de travailler au collège. Il y a aussi oncle Ray, buveur et joueur, qui squatte chez les Spellman après son cancer et son divorce.
C'est plein d'humour, il y a du rythme, une famille complètement déjantée, des personnages hauts en couleur, des aventures loufoques… Ce livre est plus une comédie qu’un roman policier, malgré tout il vous fera passer un très bon moment !
Il existe d’autres aventures de la famille Spellman avec Les Spellman se déchaînent et La revanche des Spellman.

Extrait : (début du livre)
Je plonge dans le parking, espérant leur échapper. Mes pas résonnent sur le ciment lisse, révélant ma position à quiconque serait aux aguets. Or ils me guettent, je le sais. Je me jure de ne plus remettre ses chaussures lorsque je cours le risque d’être poursuivie.
Je m’engage au pas de charge sur la rampe en spirale du garage, sachant qu’ils ne pourront pas aller aussi vite. Le bruit de mon souffle précipité couvre à présent l’écho de mes pas. Derrière moi, je n’entends rien.
Je m’arrête pour mieux écouter. Une portière de voiture se ferme, puis une autre, et un moteur se met en marche. Je m’efforce de prévoir leur prochaine manœuvre, et je cherche de l’œil la voiture de Daniel dans le parking – une BMW bleu nuit entre deux énormes 4x4. Je fonce vers le véhicule fraîchement lavé et mets la clé dans la serrure.
Le hurlement de l’alarme me cueille comme un coup de poing dans le ventre. J’en reste clouée sur place. J’avais complètement oublié le système de sécurité. Ma voiture à moi, une Buick de douze ans, s’ouvre avec une clé. Normal, quoi.
Mon pouce cherche à tâtons le bouton de la télécommande et je parviens enfin à arrêter la sirène. J’entends l’autre voiture monter la rampe sans hâte, histoire de me mettre la pression. J’appuie enfin sur le bouton qui déverrouille la porte.

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Lu pour le
Baby Challenge - Polar organisé par Livraddict
Livre 10/20 Médaille en chocolat

7 décembre 2010

La malédiction des Colombes - Louise Erdrich

la_mal_diction_des_colombes Albin Michel – août 2010 - 496 pages

traduit de l’américain par Isabelle Reinharez

Quatrième de couverture :
"L’homme répara le fusil et la balle glissa en douceur dans la chambre. Il l’essaya plusieurs fois, puis se leva et se tint au-dessus du berceau... L’homme épaula le fusil. Autour de lui, dans la pièce close, l’odeur du sang frais montait de toute part."

Considérée comme l’une des grandes voix de la littérature américaine contemporaine, Louise Erdrich bâtit, livre après livre, une œuvre polyphonique à nulle autre pareille. Dans ce roman riche et dense, elle remonte le fil de l’histoire collective et individuelle, explore le poids de la culpabilité et le prix de l’innocence.

Depuis toujours, la petite ville de Pluto, Dakota du Nord, vit sous "la malédiction des colombes" : les oiseaux dévorent ses maigres récoltes comme le passé dévore le présent. Nous sommes en 1966 et le souvenir de quatre innocents lynchés cinquante ans auparavant hante toujours les esprits. En écoutant les récits de son grand-père indien qui fut témoin du drame, Evelina, une adolescente pleine d’insouciance, prend conscience de la réalité et de l’injustice…

Auteur :  Karen Louis Erdrich est née le 7 juillet 1954 à Little Falls, dans le Minnesota, d'une mère ojibura (famille des Chippewa), donc amérindienne, et d'un père germano-américain. Elle grandit dans le Dakota du Nord, aux États-Unis, où ses parents travaillaient au Bureau des Affaires Indiennes.
Elle rencontra Michael Dorris, un autre auteur de la Renaissance amérindienne, au Dartmouth College, où ils enseignaient tous les deux, et ils se marièrent en 1981. Elle adopta les trois enfants de Michael, Reynold Abel, Jeffrey Sava et Madeline Hannal, et le couple en eut trois autres, Persi Andromeda, Pallas Antigone et Aza Marion. Ce couple était aussi uni dans le travail et chacun contribua au travail de l'autre. Ils écrivirent même ensemble sous le pseudonyme de Milou North.
Elle vit désormais dans le Minnesorta avec ses filles et est la propriétaire d'une petite librairie indépendante appelée Birchbark Books, "birchbark" signifiant "écorce de bouleau" en anglais.
Le premier livre qu'elle publie est un recueil de poèmes intitulé Jacklight. Elle obtient le prix du Meilleur roman décerné en 1985 par le Los Angeles Times. Son oeuvre se distingue par sa prose lyrique, le thème récurrent de la magie et les personnages Indiens.

Mon avis : (lu en décembre 2010)

J'ai découvert avec bonheur Louise Erdrich avec son livre « La Chorale des Maîtres Bouchers ». J'avais donc hâte de découvrir ce livre d'autant que j'ai eu l'occasion de voir l'interview de Louise Erdrich à La Grande Librairie et qu’elle m'a beaucoup plu. C'est grâce à ce livre, que j'ai découvert l'origine amérindienne de Louise Erdrich.

L'histoire se déroule autour d'une réserve indienne du Dakota du Nord et de la petite ville voisine de Pluto  qui vit sous « la malédiction des colombes » : les oiseaux dévorent ses  récoltes.

L'auteur nous raconte la vie de plusieurs personnages, Evelina, le juge Coutts, le prédicateur Billy et sa femme Marn et enfin le Docteur Cordelia. A travers toutes ces voix et les péripéties qu'elles nous racontent, le lecteur découvre  la grande Histoire de Pluto, ce village peuplé d'indiens et de métisses issus de quatre anciennes familles (Milk, Harp, Peace, Coutts). Un drame a eu lieu dans le village des années auparavant et il a marqué très fortement ses habitants : une famille du village a été assassinée et des indiens présumés coupables ont été injustement lynchés.
Dans ce livre, nous croisons de nombreux  personnages, sur plusieurs générations, on pourrait un peu s'y perdre, mais l'auteur nous offre à la fin du livre une généalogie des personnages.

Louise Erdrich sait parfaitement raconter des histoires et le lecteur est plongé avec un total dépaysement dans la vie de cette réserve indienne où la nature fait partie intégrante de la vie de tous. De nombreux sujets sont abordés comme le racisme vis-à-vis des indiens, les sectes religieuses, l’homosexualité, la délinquance, la drogue… J’ai lu ce livre avec beaucoup de plaisir, d’émotions et également de rire.

Extrait : (début du livre)
Le fusil s'enraya après le dernier coup de feu et le bébé resta debout, cramponné aux bords du berceau, les yeux fous, hurlant à pleins poumons. L'homme s'assit dans un fauteuil capitonné et se mit à démonter son arme pour voir pourquoi elle ne tirait pas. Les cris du bébé lui mettaient les nerfs en boule. Il posa le fusil et des yeux chercha un marteau, mais aperçut le gramophone. Il s'en approcha. Il y avait déjà un disque sur le plateau, alors il tourna la manivelle et abaissa l'aiguille. Il se rassit dans le fauteuil et reprit son travail tandis que la musique inondait la pièce. Le bébé se calma. Un mystérieux solo de violon, au milieu du disque, força l'homme à s'arrêter, les pièces du fusil en main. Il se leva quand la musique s'arrêta, remonta le gramophone et remit l'enregistrement. Et cela, par trois fois. Le bébé s'endormit. L'homme répara le fusil et la balle glissa en douceur dans la chambre. Il l'essaya plusieurs fois, puis se leva et se tint au-dessus du berceau. Le violon atteignit un crescendo d'une étrange douceur. L'homme épaula le fusil. Autour de lui, dans la pièce close, l'odeur de sang frais montait de toutes parts.   

En 1896, mon grand-oncle, l'un des premiers prêtres catholiques de sang indien, lança un appel à ses paroissiens pour qu'ils se retrouvent à l'église St. Joseph le cou ceint d'un scapulaire et munis de leur missel. De là, ils iraient parcourir les champs en un long rang ondoyant, et à chaque pas chasseraient les colombes à coups de bruyantes prières. Ses ouailles s'étaient mises à la charrue et cultivaient la terre aux côtés des pionniers allemands et norvégiens. Ces gens-là, contrairement aux Français qui se mêlaient à mes ancêtres, montraient très peu d'intérêt pour les femmes indiennes et ne se mariaient pas avec elles. À vrai dire, les Norvégiens ignoraient tout le monde sauf les leurs, et entretenaient un véritable esprit de clan. Mais les colombes dévoraient leurs récoltes tout autant.   

Quand les oiseaux arrivèrent en masse, Indiens et Blancs allumèrent de grands feux et s'efforcèrent de les rabattre dans des filets. Les colombes picorèrent les semis de blé, le seigle, et commencèrent à s'attaquer au maïs. Elles dévorèrent les pousses des fleurs nouvelles, les bourgeons des pommiers, les feuilles rudes des chênes et même la balle de l'année passée. Les colombes étaient dodues, et délicieuses fumées, mais on pouvait tordre le cou à des centaines ou des milliers d'entre elles sans obtenir de diminution visible de leur nombre. Les maisons de perches et de torchis des Metis et les cabanes en écorce des Indiens s'affaissaient sous le poids des oiseaux. Qui étaient rôtis, brûlés vifs, apprêtés en tourtes, en ragoûts, mis au sel dans des tonneaux, ou assommés à coups de bâtons et laissés là à pourrir. Mais ceux qui étaient morts ne faisaient rien d'autre que nourrir les vivants, et chaque matin quand les gens s'éveillaient c'était au bruit des grattements et des battements d'ailes, des susurrations murmurantes, de l'affreux babil roucoulant, et à la vue, pour ceux dont les carreaux étaient encore intacts, des douces et curieuses têtes de ces animaux.   

Mon grand-oncle avait hâtivement fabriqué des treillis de branchages pour protéger les vitres de ce qu'on appelait, pompeusement, le presbytère. Dans un coin de cette cabane d'une seule pièce, son frère cadet, qu'il avait sauvé d'une vie de liberté excessive, dormait sur un grabat de branches de sapin et un matelas bourré d'herbe. C'était le lit le plus moelleux dans lequel il ait jamais couché, et le jeune garçon ne voulait pas le quitter, mais mon grand-oncle lui jeta des habits d'enfant de choeur et lui dit de briquer le chandelier qu'il porterait dans la procession. 

Livre 29/35 pour le Challenge du 5% littéraire 1pourcent2010

Lu dans le cadre du challenge_100_ans_article_300x225

15 octobre 2010

La vie de ma mère ! - Thierry Jonquet

Lu durant le Read-A-Thon RAT_logo

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Gallimard – novembre 1994 – 142 pages

Folio – novembre 2001 – 147 pages

Quatrième de couverture :
Ce n'est pas l'histoire de sa mère car de mère, il en a si peu. Elle n'est jamais là, elle travaille comme standardiste de nuit à Lariboisière. Elle fait de son mieux. Alors il vit sa vie tant bien que mal et la raconte dans son langage à lui, le môme des cités. Il n'est pas fort en rédaction, mais lui aussi fait de son mieux...

Auteur : Né à Paris en 1954, auteur de polars, Thierry Jonquet fait figure de référence dans ce genre littéraire et bien au-delà. Engagé politiquement dès son adolescence, il entre à Lutte ouvrière en 1970 sous le pseudonyme de Daumier (caricaturiste du XIXe siècle), puis à la Ligue communiste révolutionnaire l'année de son bac. Après des études de philosophie rapidement avortées et plusieurs petits boulots insolites, un accident de voiture bouleverse sa vie : il devient ergothérapeute et travaille successivement dans un service de gériatrie puis un service de rééducation pour bébés atteints de maladies congénitales, et enfin dans un hôpital psychiatrique où il exerce les fonctions d'instituteur. Inspiré par l'univers de Jean-Patrick Manchette, son premier roman, 'Le Bal des débris', est publié en 1984 bien qu'il ait été écrit quelques années plus tôt. 'Mémoire en cage' paraît en 1982, suivent 'Mygale' (1984), 'La Bête et la belle', 'Les Orpailleurs' (1993), qui confirment le talent de Thierry Jonquet pour le roman au réalisme dur, hanté par la violence et les questions de société. Ainsi, 'Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte', paru en 2006 évoque sans tabous la violence et l'antisémitisme qui sévissent dans certaines banlieues. Thierry Jonquet a également scénarisé plusieurs bandes dessinées parmi lesquelles 'Du papier faisons table rase', dessiné par Jean-Christophe Chauzy. Plébiscité par la critique, l'une des plus élogieuses est signée Tonino Benacquista qui écrit de lui : 'Jonquet sculpte la fiction, c'est le matériau qu'il façonne pour lui donner une âme, le même que celui d'Highsmith ou de Simenon, il est difficile d'en citer beaucoup d'autres.' Alors qu'il venait de publier 'Ad Vitam aeternam', Thierry Jonquet, décède en août 2009, après avoir lutté deux semaines contre la maladie.

Mon avis : (lu en octobre 2010)

Ce livre raconte l'histoire assez banale de Kevin, jeune adolescent. Son père a quitté la famille lorsqu'il était tout petit, il vit seul avec sa mère qui travaille de nuit au standard de l'hôpital Lariboisière. Sa grande sœur travaille dans la coiffure et vit avec un portugais. Son grand frère travaille dans un garage en province. Il est au collège en 6ème SES (section d'éducation spécialisé) et il tombe amoureux de Clarisse une élève du collège, il va être encouragé à travailler un peu plus à l'école. Mais il va également rencontrer une bande de petits délinquants...

L'originalité de ce livre, c'est la façon dont l'histoire est racontée, car c'est Kévin lui-même qui raconte sa vie, avec son regard, mais aussi son langage de jeune des cités. Pour ce livre, Thierry Jonquet a fait un gros travail sur la langue des banlieues. Au début, j'ai eu un peu de mal à comprendre ce langage mais en lisant à haute voix certaines phrases, je m'y suis habituée. Et j'ai pris du plaisir à lire ce livre.

Extrait : (début du livre)
Il me l'avait bien dit, monsieur Bouvier, que si je continuais à faire l'andouille, je pourrais jamais aller au collège normal, comme les autres copains de la classe. Monsieur Bouvier, c'était le maître qu'on avait en CM2. Il était vachement sévère, monsieur Bouvier. Il me punissait sans arrêt, mais faut dire qu'on faisait le souk dans la classe, moi, Farid, Mohand et Kaou !
Monsieur Bouvier, il nous avait mis au fond, tous les quatre, à côté de l'aquarium, pour pas qu'on gêne les autres. On faisait les cons quand même, mais à force on avait plus envie, c'était toujours la même chose, alors on se tenait peinards. Pendant qu'ils faisaient les dictées ou les problèmes, on jouait avec nos Mega-drive ou on écoutait IAM sur nos walkmans.
Quand même, le jour où avec Farid, on a versé de la Javel Lacroix dans l'aquarium, là, monsieur Bouvier il a pas aimé. Les poissons, ils étaient tous crevés ! Le dirlo, il nous a fait style la morale, comme quoi on devrait avoir honte de tuer des pauvres bêtes, qu'on avait même pas le respect des animaux, et tout ! Il nous a bien pris la tête, làçui, avec ses poissons, mais à la cantine, on en mange bien, des trucs en carré panés, cap'tain Igloo comme à la télé, alors qu'est-ce qu'il y a, où qu'il est le respect avec ces poissons-là ?
Du coup, quand on lui a dit ça, à monsieur Bouvier, il s'est vachement véner, et il nous a collé une baffe, à moi, Kaou, Mohand et Farid. Il avait pas le droit de nous taper, c'est marqué dans le règlement de l'école. Même qu'après, Béchir, le grand frère à Farid, il a voulu pécho monsieur Bouvier, mais il l'a pas fait, il a juste niqué les pneus de sa Clio avec un cutter, dans le parking.

Déjà lu de Thierry Jonquet :

Ils_sont_votre__pouvante Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte

les_orpailleurs_p Les orpailleurs  mon_vieux Mon vieux

du_pass__faisons_table_rase_p Du passé faisons table rase ad_vitam_aeternam_p Ad vitam aeternam

m_moire_en_cage Mémoire en cage  moloch_p Moloch  mygale_p Mygale

le_secret_du_rabin_p Le secret du rabbin  la_belle_et_la_bete_p La Belle et la Bête

le_bal_des_d_bris_2010 Le bal des débris

24 juin 2011

Swap Une Vague Bleue - le colis dévoilé !

Dans le cadre du Swap Mettez de la couleur dans votre PAL organisé par Valérie,
le deuxième swap concernait la couleur bleu avec Une Vague Bleue

Une_vague_bleue

Les règles : C'est un Swap en binôme.
Chaque colis doit contenir :

- un roman
dont la couverture est de la couleur demandée ou dont le titre la contient 
-
 un roman
se passant près au bord de la mer ou dont un évènement marquant est lié à un point d'eau. 
- un marque-page de la couleur ou sur le thème demandé 
-
une surprise (si possible surprise ou MP préparé par vos petits doigts) de la couleur ou sur le thème demandé 
-
une gourmandise bleue ou liée à une ville d'eau.
   

Avec mon binôme Thiphanie (blog : notes de lecture), nous avons été synchrones en effet, sans le savoir, nous avons posté nos colis le même jour... et la Poste ayant bien fait les choses (le chemin n'était pas très long...), nous les avons reçu également le même jour !

Hier soir, après une longue journée de travail, un train en retard...,
j'ai retrouvé le sourire en voyant mon colis !

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Comme c'est l'été et qu'il fait jour tard le soir,
j'ai passé la soirée à ouvrir mon colis et à faire les photos...
Toujours avec une certaine excitation, j'ai découvert ce que contenait mon colis Swap...
Je savoure ces instants ! ! ! 

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Thiphanie m'a bien gâtée !

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Voilà l'ensemble !
(les galets et coquillages, sont là pour la mise en scène...)

Et le détail...

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(en cliquant la photo, vous pourrez l'agrandir...)

Voilà une superbe carte aux bleus nombreux et variés...
avec une phrase de Gabriel Garcia Marquez
"Et ma barque m'emportera jusqu'à ton rêve"
et un très gentil mot de ma swappée,
une marque page parfait pour Une Vague Bleue !

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(en cliquant la photo, vous pourrez l'agrandir...)

J'ai éclaté de rire en découvrant la surprise
"cuisine" (gant et tablier) Monsieur Malchance !

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(en cliquant la photo, vous pourrez l'agrandir...)

Encore des surprises avec un mug rigolo qui va s'ajouter à ma petite collection,
 une soucoupe sachet ou boule à thé
Côté gourmandise, du thé bleu, des bonbons bleus !

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(en cliquant la photo, vous pourrez l'agrandir...)

Et pour terminer, des livres qui me feront voyager et
que Tiphanie a choisi parmi ma Liste A Lire :

- Le monde du bout du monde - Luis Sepulveda
(Chili)
- Profondeurs - Henning Mankell (Suède)
- Avec vue sur la mer - Didier Decoin (Normandie, La Hague)

Un très Grand MERCI à Tiphanie pour ce très beau colis et
Merci à Valérie pour l'organisation de ce Swap Une Vague Bleue

Allons voir maintenant, le colis bleu que j'ai concocté avec beaucoup de plaisir pour Tiphanie.

A suivre, le 3ème volet du Swap Mettez de la couleur dans votre PAL,
il est intitulé Encre noire sur page blanche, sur le thème des livres et de l'écriture.
Il reste encore des places pour s'y inscrire...

 

22 juin 2011

Les trois lumières – Claire Keegan

les_trois_lumi_res Sabine Wespieser – avril 2011 – 108 pages

traduit de l'anglais (Irlande) par Jacqueline Odin

Quatrième de couverture :
Par une radieuse journée d’été, un père emmène sa fillette dans une ferme du Wexford, au fond de l’Irlande rurale. Le séjour chez les Kinsella semble devoir durer. La mère est à nouveau enceinte, et elle a fort à faire. Son mari semble plutôt désinvolte : il oublie le bagage de la gamine dans le coffre de la voiture en partant.
Au fil des jours, la jeune narratrice apprivoise cet endroit singulier. Livrée à elle-même au milieu d’adultes qui ne la traitent pas comme une enfant, elle apprend à connaître, au gré des veillées, des parties de cartes et des travaux quotidiens, ce couple de fermiers taciturnes qui l’entourent de leur bienveillance. Pour elle qui était habituée à une nombreuse fratrie, la vie prend une autre dimension. Elle savoure la beauté de la nature environnante, et s’épanouit dans l’affection de cette nouvelle famille si paisible. En apparence du moins. Certains détails l’intriguent : la manière dont Mrs Kinsella lui propose d’aller puiser de l’eau, les habits de garçon dont elle se voit affublée, la réaction de Mr Kinsella quand il les découvre sur elle…
Claire Keegan excelle à éveiller l’attention de son lecteur sur ces petites dissonances où transparaissent l’ambiguïté et le désarroi de ses personnages, si maîtres d’eux-mêmes. Et, dans cet envoûtant récit, le regard d’une enfant basculant à son insu dans le monde mystérieux des adultes donne toute sa force dramatique à la part cachée de leurs existences.

Auteur : Claire Keegan est née en 1968 en Irlande, où elle vit. Saluée comme une des voix importantes de la jeune génération des écrivains irlandais, elle est publiée dans de nombreux pays et a remporté plusieurs prix importants. L'Antarctique, son premier recueil de nouvelles, paru en mai 2010 chez Sabine Wespieser éditeur, a été très bien accueilli.

 

Mon avis : (lu en juin 2011)
J'ai découvert ce livre grâce au bouche à oreille de la blogosphère et les nombreux billets élogieux comme ceux de Bellesahi, LeiloonaClara.
Dans la chaleur de l’été, un père conduit sa fillette dans une ferme du Wexford en Irlande. Sa mère est à nouveau enceinte et les enfants sont nombreux à la maison. Les Kinsella vont accueillir la fillette pendant quelques temps pour décharger la famille. La narratrice est la fillette, elle raconte cet été particulier... Je n'en dirai pas plus pour vous laissez apprécier ce court livre de 100 pages.
J'ai été émue jusqu'aux larmes en lisant ce livre, il m'a fait penser à un film que j'aime beaucoup, « Le Grand Chemin » de Jean-Loup Hubert avec Anémone et Richard Bohringer.
Il y a beaucoup de poésie et de pudeur dans l'écriture de Claire Keegan, elle nous décrit à merveille l'Irlande rurale, la nature et ses habitants. Une histoire simple et authentique. A découvrir sans hésiter !

Extrait : (début du livre)
Tôt un dimanche, après la première messe à Clonegal, mon père, au lieu de me ramener à la maison, s’enfonce dans le Wexford en direction de la côte d’où vient la famille de ma mère. C’est une journée chaude, radieuse, avec des zones d’ombre et de brusque lumière verdâtre sur la route. On traverse le village de Shillelagh où mon père a perdu aux cartes notre génisse Shorthorn rouge et, plus loin, on longe le marché de Carnew où l’homme qui l’avait gagnée n’a pas tardé à la revendre. Mon père lance son chapeau sur le siège du passager, baisse la vitre et fume. Je secoue mes cheveux pour défaire mes tresses et m’étends sur la banquette, regardant par la lunette arrière. Ici le ciel est bleu, dégagé. Là le ciel bleu est garni de nuages crayeux, mais le plus souvent c’est un mélange enivrant de ciel et d’arbres strié de câbles électriques en travers desquels, de temps en temps, de petites volées brunâtres d’oiseaux fugaces se précipitent.
Je me demande comment elle sera, cette maison qui appartient aux Kinsella. Je vois une grande femme me surveiller, me faire boire du lait encore chaud du pis de la vache. Je vois une version plus improbable d’elle, en tablier, verser de la pâte à crêpes dans une poêle, demander si j’en voudrais une autre, comme ma mère le fait parfois quand elle est de bonne humeur. L’homme aura la même taille qu’elle. Il m’emmènera en ville sur le tracteur et m’achètera de la limonade rouge et des chips. Ou bien il me fera nettoyer les hangars et ramasser les pierres et arracher les séneçons et les patiences dans les champs. Je le vois tirer de sa poche ce qui, j’espère, sera une pièce de cinquante pence, mais en réalité c’est un mouchoir. Je me demande s’ils habitent dans une vieille ferme ou un pavillon neuf, s’ils auront des cabinets extérieurs ou une salle de bains avec des w.-c. et l’eau courante. Je m’imagine couchée dans une chambre sombre avec d’autres filles, en train de dire des choses que nous ne répéterons pas le matin venu.
Une éternité, ai-je l’impression, passe avant que la voiture ralentisse et tourne dans un étroit chemin goudronné, puis un frisson lorsque les roues claquent sur les barres métalliques d’une grille pour le bétail. De chaque côté, des haies épaisses sont taillées à angle droit. Au bout du chemin se trouve une longue maison blanche avec des arbres dont les branches traînent sur le sol.
« Papa, dis-je. Les arbres.
- Eh ben quoi ?
- Ils sont malades, je dis.
- C’est des saules pleureurs », dit-il, et il se racle la gorge.

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
voisin_voisine
Irlande

30 juin 2011

Les chevaliers en herbe – Dangereux complots – Arthur Ténor

Arthur_Tenor 

dangereux_complots Gallimard-Jeunesse – octobre 2004 – 120 pages

Illustré par Denise Millet et Claude Millet

Quatrième de couverture :
Aliénor est folle de joie : elle accompagne son père à Paris pour assister à un mariage. Quel dommage, ses chevaliers ne seront pas du voyage. Mais Jean et Yvain décident de se cacher dans le convoi. A peine arrivés, ils se perdent dans la capitale où rôdent les brigands... Vite, leur princesse est en danger ! Arriveront-ils à temps pour déjouer le dangereux complot ?
Humour, suspense et émotions au Moyen Age. Partagez la nouvelle aventure d'un trio inséparable, les Chevaliers en herbe.

Auteur : Né en Auvergne, Arthur Ténor est un adulte qui a su garder un cœur d'enfant. Les contes de fées, les épopées fantastiques, les voyages hors de la réalité ordinaire lui procurent toujours autant d'émotion.
Sa passion de l'écriture est semblable à celle d'un aventurier sans cesse en quête de contrées inconnues, de rencontres inoubliables, de péripéties palpitantes. On pourrait donc définir Arthur Ténor comme un explorateur de l'imaginaire.

Denise et Claude Millet ont fait leurs études aux Arts-Décoratifs de Paris. C'est là qu'ils se sont rencontrés et qu'a commencé leur collaboration.
Depuis, ils ont réalisé ensemble de nombreuses images dans les livres pour enfants, la presse, la publicité, les affiches de cinéma, car ils aiment travailler dans des styles très variés.

Mon avis : (lu en juin 2011)
Avant ce Rendez-vous de Pimprenelle, je n'avais jamais entendu parler de cet auteur. En regardant sa bibliographie, je me souvenais avoir déjà vu certains de ses livres sur la blogosphère et j'étais assez tenté de découvrir « Il s'appelait le soldat inconnu », malheureusement impossible de l'emprunter avant le 30 juin... Alors, n'ayant pas le choix, j'ai pris le seul livre présent d'Arthur Tenor... Le 4ème tome de la série Les Chevaliers en herbe : Dangereux complots.
Les personnages : Aliénor de Montcorbier, fille du seigneur Hubert de Montcorbier. Elle adore l'aventure, mais pas les bêtises. Elle est courageuse, mais pas téméraire.
Yvain de Lavandor appelé le Chevalier Flamboyant. Toujours volontaire pour secourir une princesse en détresse, il n'est jamais le dernier à partir pour de turbulentes équipées.
Jean de Jansac appelé le Chevalier Noir. Il préfère réfléchir avant de foncer. Il ne recule pas devant le danger, mais... prend le temps de le mesurer.
J'ai été agréablement conquise par cette lecture, c'est bien écrit et même un adulte se laisse porter par une histoire sympathique, avec de l'action, du suspense et de l'humour. Les trois héros sont très attachants. Voilà une façon distrayante de découvrir la vie au Moyen-Age.

Extrait : (page 38)
Deux jours plus tard, enfin, Paris est en vue ! Le convoi s'arrête un moment pour admirer de loin la formidable cité, ceinte d'un rempart impressionnant. Par ses nombreuses portes entrent et sortent des flots de marchands, de cavaliers, de pèlerins.
- Ho, la, la ! s'extasie Aliénor. On dirait une fourmilière !
Pour mieux profiter du panorama, elle s »est juchée sur le banc du chariot. Dame Gertrude s'est également levée.
- Et voyez, là-bas, les tours de Notre-Dame ! s'exclame la gouvernante en désignant la cathédrale que des génies de la pierre ont mis un siècle à édifier. Et les tours de la forteresse du Louvre ! Et celles du Temple ! Mon Dieu, mon Dieu, hou-ou !
La pauvre femme est si émue qu'elle est obligée de se rasseoir et de se faire éventer par une servante. Le seigneur s'approche à cheval du chariot. Une tension teintée d'inquiétude assombrit son regard. Il esquisse un sourire avant de s'adresser à Aliénor :
- Alors, ma fille, comment trouvez-vous ce paysage ?
- Pfou ! trouve seulement à répondre la fillette.
- C'est bien mon avis. Comme vous le savez, nous logerons chez notre cousin Philibert qui habite dans le quartier Saint-Jacques. Sa demeure est vaste et fort bien protégée des voleurs par ses gens d'armes, mais sorti de chez lui, c'est la rue. Et dans la rue, à Paris, on croise de tout, surtout le pire. Dame Gertrude, je compte sur vous pour veiller sur ma fille comme sur la prunelle de vos yeux.
- Assurément, Votre Seigneurerie, répond la gouvernante, votre prunelle sera bien gardée, dussé-je l'attacher à moi avec une corde.
Quelque peu rassuré, Hubert de Montcorbier regagne la tête du convoi.

La dernière étape du voyage ne sera pas la plus facile, car bien avant de franchir la muraille de la cité royale, les voyageurs sont bloqués par un encombrement. Aliénor s'amuse du spectacle des charretiers qui s'invectivent, tandis que dame Gertrude s'épouvante d'entendre leurs échanges de gros mots. Les huissiers, hallebarde en main, ont fort à faire pour bousculer les traînards, éviter les échauffourées et ordonner qu'on pousse les charrois de foin ou de tonneaux un peu trop encombrants. La progression dans la ville n'est pas moins délicate. Les rues sont affreusement étroites, le pavé est glissant de détritus et de boue, et dans les carrefours, c'est souvent en s'imposant qu'on peut passer.

20 décembre 2011

Baby Challenge Contemporain - Livr@ddict 2012

Je n’ai pas encore terminé le Baby Challenge Contemporain - Livr@ddict 2011
et je me ré-inscris pour celui de 2012 !

Le but du "baby-challenge" est de lire le plus possible de livres de chacune des listes :

littraturecontemporaines

Baby Challenge - Contemporain Livraddict : 16/20 déjà lus

1 - La couleur des sentiments de Kathryn Stockett
2 - De l'eau pour les éléphants de Sara Gruen
3 - L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon
4 - Rien ne s'oppose à la nuit - Delphine de Vigan
5 - Le Cercle des poètes disparus de Nancy H. Kleinbaum
6 - Oscar et la dame rose de Eric-Emmanuel Schmitt
7 - La porte des enfers de Laurent Gaudé
8 - Kafka sur le rivage de Haruki Murakami
9 - Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Mary Ann Shaffer
10 - La Saga Malaussène, tome 1 : Au bonheur des ogres de Daniel Pennac
11 - Ensemble, c'est tout de Anna Gavalda
12 - Une prière pour Owen de John Irving
13 - Le Monde Selon Garp de John Irving
14 - L'Insoutenable légèreté de l'être - Milan Kundera
15 - A Mélie, sans mélo de Barbara Constantine
16 - Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé
17 - Les Coeurs fêlés de Gayle Forman
18 - L'Enfant de Noé de Eric-Emmanuel Schmitt
19 - La Part de l'autre d’Éric-Emmanuel Schmitt 
20 - Cosmétique de l'ennemi de Amélie Nothomb

Médaille en chocolat à 8/20
Médaille de bronze à 12/20

Médaille d'argent à 16/20
Médaille d'Or à 20/20

12 juin 2011

La septième vague – Daniel Glattauer

la_septi_me_vague Grasset – avril 2011 – 352 pages

traduit de l'allemand (Autriche) par Anne-Sophie Anglaret

Quatrième de couverture :
Leo Leike était à Boston en exil, le voici qui revient. Il y fuyait la romance épistolaire qui l'unissait en esprit avec Emmi. Elle reposait sur trois principes : pas de rencontres, pas de chair, pas d'avenir. Faut-il mettre un terme à une histoire d'amour où l'on ne connaît pas le visage de l'autre ? Où l'on rêve de tous les possibles ? Où l'on brûle pour un(e) inconnu(e) ? Où les caresses sont interdites ? "Pourquoi veux-tu me rencontrer ?" demande Léo, inquiet. "Parce que je veux que tu en finisses avec l'idée que je veux en finir" répond Emmi, séductrice. Alors, dans ce roman virtuose qui joue avec les codes de l'amour courtois et les pièges de la communication moderne, la farandole continue, le charme agit. Léo et Emmi finiront de s'esquiver pour mieux... s'aimer

Auteur : Daniel Glattauer, né à Vienne en 1960, écrit depuis 1989 des chroniques politiques et judiciaires pour journal Der Standaard. Il est l’auteur entre autres de Quand souffle le vent du nor (Grasset, 2010), vendu à plus de 800.000 exemplaires en Allemagne, traduit dans le monde entier.

Mon avis : (lu en juin 2011)
J'étais à la fois contente et inquiète de retrouver les échanges épistolaires entre Emmi et Léo. Contente, car j'avais beaucoup aimé le livre précédent Quand souffle le vent du nord et inquiète car une suite est parfois décevante... Finalement, mon inquiétude était infondée.
Lorsque le livre précédent s'était terminé, Leo était parti à Boston laissant entendre à Emmi que leurs échanges de mails étaient terminés. En tant que lecteur, j'avais trouvé cette fin un peu brutale mais heureusement que j'avais vu qu'une suite (pas encore traduite en français) existait sinon cela aurait gâché ma lecture.
C'est Emmi qui relance Léo, au départ sans grand résultat puisqu'elle n'obtient comme seule réponse le message automatique suivant « ATTENTION. ADRESSE MAIL MODIFIÉE. LE DESTINATAIRE NE PEUT PLUS REGARDER CETTE BOÎTE. LES NOUVEAUX MESSAGES SERONT AUTOMATIQUEMENT EFFACÉS. LE MANAGER DU SYSTÈME EST A VOTRE DISPOSITION POUR PLUS D'INFORMATIONS. »
Mais elle persévère en envoyant régulièrement des messages et neuf mois plus tard Leo, de retour de Boston, lui répond enfin... Le dialogue va reprendre, l'histoire sera moins virtuelle puisqu'il y aura plusieurs rencontres entre Emmi et Leo.
J'ai pris beaucoup de plaisir à les retrouver plus d'un an après même si ces échanges sont moins surprenants (il y a quand même quelques rebondissements) et la conclusion est celle que j'attendais... Une histoire facile à lire, j'ai passé un très bon moment en compagnie d'Emmi et Leo !

Extrait : (page 225)
Pourquoi est-ce que je t'écris ? Parce que j'en ai envie. Et parce que je ne veux pas atteindre en silence la septième vague.
Oui, ici on raconte l'histoire de l'implacable septième vague. Les six premières sont prévisibles et équilibrées. Elles se suivent, se forment l'une sur l'autre, n'amènent aucune surprise. Elles assurent une continuité. Six départs, si différents qu'ils puissent paraître vus de loin, six départs - et toujours la même arrivée.
Mais attention à la septième vague ! Elle est imprévisible. Elle est longtemps discrète, elle participe au déroulement monotone, elle s'adapte à celles qui l'ont précédées. Mais parfois elle s'échappe. Toujours elle, toujours la septième vague.
Elle est insouciante, innocente, rebelle, elle balaie tout sur son passage, remet tout à neuf.
Pour elle, il n'y a pas d'avant, mais un maintenant. Et après, tout a changé.
En bien ou en mal? Seuls peuvent en juger ceux qui ont été emportés, qui ont eu le courage de se mettre face à elle, de se laisser entraîner.
Je suis assise ici depuis une bonne heure, je compte les vagues et j'observe ce que font les septièmes. Pour l'instant, aucune ne s'est emballée. Mais je suis en vacances, je suis patiente, je peux attendre. Je ne perds pas d'espoir ! Ici, sur la côte ouest, souffle un fort et chaud vent du sud. Emmi.

Déjà lu du même auteur : quand_souffle_le_vent_du_nord  Quand souffle le vent du nord

 

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
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Autriche

 

11 juin 2011

Un Juif pour l'exemple – Jacques Chessex

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Grasset & Fasquelle – janvier 2009 – 102 pages

Livre de Poche – septembre 2010 – 88 pages

Quatrième de couverture :
1942 : l’Europe est à feu et à sang, la Suisse est travaillée de sombres influences. À Payerne, ville de charcutiers « confite dans la vanité et le saindoux », le chômage aiguise les rancœurs et la haine ancestrale du Juif. Autour d’un « gauleiter » local, le garagiste Fernand Ischi, et du pasteur Lugrin, proche de la légation nazie à Berne, s’organise un complot de revanchards au front bas, d’oisifs que fascine la virilité germanique. Ils veulent du sang. Une victime expiatoire. Ce sera Arthur Bloch, marchand de bestiaux. À la suite du Vampire de Ropraz, c’est un autre roman, splendide d’exactitude, à l’atmosphère lourde, que nous donne Jacques Chessex. Les assassins sont dans la ville.

Jacques Chessex, notre nouveau Flaubert, n’a pas son pareil pour décrire sans trembler des abominations, pour hurler à voix basse, pour fouiller la culpabilité dans une prose de confessionnal. Jérôme Garcin, Nouvel Observateur.

Un petit chef-d’œuvre. Il écrit en peintre, mais sobre, incisif, mordant, effarant et bref. Beauté du monde, fatalité du mal, silence de Dieu, tout est là, qu’on reçoit comme une claque. Marie-Françoise Leclère, Le Point.

Auteur : Romancier, essayiste et poète, Jacques Chessex est né en 1934 dans le canton de Vaud, en Suisse. En 1973, il a obtenu le prix Goncourt pour L’Ogre et, en 2007, le Grand Prix Jean Giono pour l’ensemble de son œuvre. Jacques Chessex est décédé le 9 octobre 2009.

Mon avis : (lu en juin 2011)
Voilà un livre qui se lit d’une traite puisqu’il ne fait qu’une centaine de pages. L’auteur nous raconte un drame qui a eu lieu dans son village suisse en avril 1942, alors qu’il était âgé de huit ans. Cet évènement sordide semble l’avoir hanté toute sa vie.
En 1942 à Payerne « les lieux sont beaux, d'une intensité presque surnaturelle », « Campagnes perdues, forêts vaporeuses à l'odeur de bête froide à l'aube, vallons giboyeux déjà pleins de brume, harpes des grands chênes à la brise tiède. » La guerre est loin de ce village prospère. Et pourtant, quelques antisémites, quelques sympathisants fascistes comme le pasteur Philippe Lugrin ou Fernand Ishi cherchent à faire grandir leur cause, admiratifs de ce qui se passe en Allemagne... Ils « ont galvanisé son public de chômeurs, d'aigris, de paysans déçus, d'appauvris, de gueulards impuissants et convulsifs ». En avril 1942, Ishi et ses compagnons décident de passer à l'action, ils choisissent une victime, Arthur Bloch un marchand de bestiaux. Ils organisent et exécutent un assassinat bestial. Les coupables seront rapidement arrêtés et jugés. Jamais ils ne manifesteront de regrets par rapport à leur acte. Et Payerne ne réagira pas, le village s'empressera d'oublier cet épisode odieux, seul reste l'inscription sur la pierre tombale : « Gott weiss warum » (Dieu sait pourquoi).
Au crépuscule de sa vie, Jacques Chessex nous dévoile avec beaucoup de sobriété un visage caché de la Suisse, soi-disant neutre et sage. Le lecteur est saisi par cette histoire vraie qui nous est raconté de façon factuelle. Le fanatisme, la violence et la bêtise ont entraîné la mort d'Arthur Bloch, « Un Juif pour l'exemple ». En lisant ce livre, je me suis pris une vraie claque.

Extrait : (début du livre)
Quand cette histoire commence, en avril 1942, dans une Europe jetée à feu et à sang par la guerre d'Adolf Hitler, Payerne est un gros bourg vaudois travaillé de sombres influences à l'extrémité de la plaine de Broye, près de la frontière de Fribourg. La ville a été la capitale de la reine Berthe, veuve de Rodolphe II, roi de Bourgogne, qui l'a dotée d'une abbatiale dès le dixième siècle. Rurale, cossue, la cité bourgeoise veut ignorer la chute récente de ses industries et les gens qu'elle a réduits à la misère, cinq cents chômeurs qui la hantent sur les cinq mille habitants de souche.

Le commerce du bétail et du tabac fait la richesse apparente de la ville. Et surtout la charcuterie. Le cochon sous toutes ses formes, lard, jambon, pied, jarret, saucisson, saucisse au chou et au foie, tête marbrée, côtelettes fumées, terrine, oreille, atriaux, l'emblème du porc couronne le bourg et lui donne son aspect débonnaire et satisfait. Dans l'ironie des campagnes, on appelle les Payernois les « cochons rouges ». Cependant les courants opaques circulent et se cachent sous la certitude et le commerce. Teint rose et cramoisi, terres grasses, mais menaces dans la cloison.
C'est loin, la guerre, pense-t-on communément à Payerne. C'est pour les autres. Et se toute façon l'armée suisse nous garantit de son dispositif invincible. Infanterie helvétique d'élite, artillerie puissante, aviation aussi performante que celle des Allemands et surtout, un dispositif anti-aérien décisif avec le 20 millimètres Oerlikon et le canon de 7.5. Sur tout le territoire accidenté les barrages, les fortins surarmés, les toblerones, et si ça se gâte, ultime défense, l'imprenable « réduit national » dans les montagnes du Vieux-Pays. Bien malin celui qui nous prendra en défaut.
Et dès le soir, l'obscurcissement. Rideaux clos, volets fermés, toutes sources de lumières éteintes. Mais qui obscurcit quoi ? Qui cache quoi ? Payerne respire et transpire dans le lard, le tabac, le lait, la viande des troupeaux, l'argent de la Banque Cantonale et le vin de la commune qu'on va chercher à Lutry sur les bords du lointain Léman, comme au temps des moines de l'abbatiale. Le vin qui soûle solairement, depuis bientôt un millénaire, une capitale confite dans la vanité et le saindoux.
Au printemps où commence cette histoire les lieux sont beaux, d'une intensité presque surnaturelle qui tranche sur les lâchetés du bourg. Campagnes perdues, forêts vaporeuses à l'odeur de bête froide à l'aube, vallons giboyeux déjà pleins de brume, harpes des grands chênes à la brise tiède. A l'est les collines enserrent les dernières maisons, les vallonnements s'allongent dans la lumière verte et dans les plantations à perte de vue le tabac commence à monter au vent de la plaine.
Et les bois de hêtres, bocages aérés, bosquets de pins, haies profondes, taillis clairs qui couronnent les collines de Grandcour. Mais le mal rôde. Un lourd poison s'insinue. O Allemagne, Reich de l'infâme Hitler. O Niebelungen, Wotan, Walkyries, Siegfried étincelant et buté, je me demande quelle fureur instille ces fantômes vindicatifs de la Forêt-Noire dans la douce sylve de Payerne. Rêve dévoyé d'absurdes chevaliers teutoniques qui assomme l'air de la Broye, un matin du printemps 1942, où Dieu et une bande d'autochtones fous se sont fait berner, une fois de plus, par Satan en chemise brune.

 

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
voisin_voisine
Suisse

31 mai 2011

Petite sœur, mon amour – Joyce Carol Oates

petite soeur, mon amour

Philippe Rey – octobre 2010 – 666 pages

traduit de l'anglais (États-Unis)

Quatrième de couverture :
S'emparant d'un fait-divers, un mystère jamais résolu, qui bouleversa l'Amérique - l'assassinat le soir de Noël 1996 de la petite JonBenet Ramsey, six ans et demi, célèbre mini-Miss vedette de concours de beauté -, Joyce Carol Oates reconstruit l'affaire qu'elle n'hésite pas, elle, à dénouer. Une histoire effarante racontée dix ans après par le frère de la victime. La petite fille s'appelle maintenant Bliss, c'est une championne de patinage sur glace, l'enfant adoré de ses parents, la coqueluche d'un pays, la sœur aimée et jalousée par son frère, son aîné de trois ans, Skyler. Skyler qui, depuis le meurtre, a vécu dans un univers de drogues, de psys et d'établissements médicalisés. Âgé aujourd'hui de dix-neuf ans, il fait de son récit une sorte de thérapie. Ses souvenirs sont à la fois vivaces et disloqués. Peu à peu émerge le nom du coupable : est-ce le père - homme d'affaires ambitieux, la mère - arriviste forcenée, un étranger cinglé ou bien... le narrateur lui-même ? Tous les ingrédients préférés de Joyce Carol Oates sont là : la vanité féminine, la stupidité masculine, la famille dysfonctionnelle, l'angoisse du parvenu, le christianisme de charlatan, les dérives de la psychanalyse, le vampirisme des médias, l'incompétence de la police. Pour produire en fin de compte un chef-d'œuvre hallucinant, un dépeçage au scalpel de l'âme humaine et de l'horreur ordinaire...

Auteur : Née en 1938, Joyce Carol Oates a publié son premier roman en 1963. Membre de l'Académie américaine des Arts et des Lettres, professeur de littérature à Princeton, titulaire de multiples récompenses littéraires (dont le prix Femina étranger en 2005), Joyce Carol Oates occupe depuis longtemps une place au premier rang des écrivains contemporains avec Blonde, Eux, Bellefleurs, Confessions d’un gang de filles, Nous étions les Mulvaney.

Mon avis : (lu en mai 2011)
Dans ce livre Joyce Carol Oates s'est inspirée d'un fait-divers réel qui traumatisa l'Amérique en 1996, le meurtre de la petite JonBenet Ramsey âgé de six ans, Mini-Miss. Ce meurtre n'a jamais été élucidé.
Dans son histoire, l'auteur donne sa plume à Skyler le grand-frère, il était âgé de neuf ans au moment des faits. Dix ans plus tard, névrosé et drogué, il raconte la véritable histoire de sa sœur Bliss petite patineuse prodige. Il commence avec sa vie avant la naissance de sa petite sœur, puis l'arrivée de sa sœur, ses exploits de patineuse, le drame et les dix ans de l'après-drame.
Skyler revit très souvent les évènements de la nuit de la disparition de Bliss, il se sent coupable de ne pas avoir répondu à l'appel qu'il entend dans sa tête et qui le hante depuis dix ans « Skyler aide-moi Skyler je suis si seule ici Skyler j'ai si peur j'ai si mal Skyler tu ne me vas pas me laisser dans cet endroit horrible, dis Skyler ? »
A travers ses souvenirs, Skyler nous décrit ses parents : son père Bix est un homme d'affaires qui réussit, pas toujours fidèle à sa femme. Sa mère Bantsey est une égoïste qui recherche la reconnaissance et qui pour se faire valoir n'hésite pas à utiliser le talent de sa fille de quatre ans. Skyler raconte également le sentiment de jalousie qu'il avait vis à vis de sa sœur, il aimait beaucoup Bliss mais il reprochait surtout à ses parents de se désintéresser de lui.
Ce roman dénonce avec force les parents indignes qui utilisent leurs enfants pour être glorifiés et qui volent leur enfance. Dans cette histoire, Bliss est condamnée à réussir de nombreux concours de patinages puis après le drame, c'est Skyler qui sera placé dans de nombreux instituts et écoles pour traiter ses nombreuses maladies...
La forme du livre est assez spéciale, en effet c'est comme si le lecteur avait en main un manuscrit, Skyler multiplie les notes de bas de pages à l'infini... Certaines sont pertinentes, d'autres moins ce qui hache le récit. Mais c'est vrai que c'est aussi l'état d'esprit de Skyler qui se décrit lui-même comme une « note de bas de page dans la vie de ses parents » et qui ne sait pas lui-même où il en est et si oui ou non il est coupable de la mort de sa petite sœur... Skyler prend aussi très souvent le lecteur à témoin.
Skyler et Bliss sont des enfants très attachants, contrairement à leurs parents dont le comportement est souvent inimaginable et révoltant...
Voilà un très bon roman qui se lit comme un policier et qui nous fait réfléchir !

Extrait : (début du livre)
PETITE  SOEUR MON AMOUR

« Skyler aide-moi Skyler je suis si seule ici Skyler j'ai si peur j'ai si mal Skyler tu ne me vas pas me laisser dans cet endroit horrible, dis Skyler ? »
Neuf ans, dix mois, cinq jours.
Cette voix d'enfant dans ma tête.

« SURVIVANT »

Les familles dysfonctionnelles se ressemblent toutes.
Idem pour les « survivants ».
Moi, je suis l'enfant « survivant » d'une famille américaine tristement célèbre mais, près de dix ans ayant passé, vous ne vous souvenez probablement pas de moi : Skyler.
Un prénom qui en jette, non ? Skyler : sky – ciel.
Un prénom choisi tout spécialement par mon père, qui plaçait de grands espoirs en moi, son fils premier né.
Un prénom qui, de l'avis de mon père, Bix Rampike, mettrait son porteur à l'abri du platement ordinaire.
Mon nom de famille - « Rampike » - vous a fait battre un cil, n'est-ce pas ? Ram-pike. A moins de vous prétendre « au-dessus de tout ça » (à savoir la terre ravagée de l'Amérique tabloïd), d'être délibérément obtus, déficient mental ou vraiment très jeune, ce nom vous dit certainement quelque chose.
Rampike ? Cette fameuse famille ? La petite patineuse, celle qui...
Et on n'a jamais su qui...
Les parents, ou un maniaque sexuel, ou...
Quelque part dans le New Jersey, il y a longtemps, une bonne dizaine d'années au moins...
Raison pour laquelle – finalement ! - je me suis obligé à commencer ceci, sans trop savoir ce que ce sera, un genre de document personnel - « un document personnel unique » - pas simplement un témoignage mais (peut-être) une confession. (Vu que pour certains Skyler Rampike est un suspect, je devrais avoir beaucoup à confesser, vous ne croyez pas ?) Comme de juste, ce document ne sera pas chronologique/linéaire, mais suivra un chemin d'associations libres organisées par une logique intérieure invariable (quoique indécelable) : sans prétention littéraire, d'un amateurisme crasse désarmant, imprégné de culpabilité, conforme au « survivant » qui abandonna sa sœur de six ans à son « sort » aux « petites heures » du 29 janvier 1997, dans notre maison de Fair Hills, New Jersey. Oui, je suis ce Rampike-là.

Déjà lu du même auteur :

nous__tions_les_Mulvaney Nous étions les Mulvaney  fille_noire__fille_blanche Fille noire, fille blanche

Livre 42/42 pour le Challenge du 6% littéraire
1pourcent2010

Challenge 100 ans de littérature américaine 2011
challenge_100_ans

20 mai 2011

Brida – Paulo Coelho

Brida Flammarion – octobre 2010 – 298 pages

traduit du portugais (Brésil) par Françoise Marchand Sauvagnargues

Quatrième de couverture :
Brida, une jeune Irlandaise à la recherche de la Connaissance, s'intéresse depuis toujours aux différents aspects de la magie, mais elle aspire à quelque chose de plus. Sa quête l'amène à rencontrer des personnes d'une grande sagesse, qui lui font découvrir le monde spirituel: un mage habitant la forêt lui apprend à vaincre ses peurs et à croire en la bonté de l'univers; une magicienne lui explique comment danser au rythme du monde et invoquer la lune. Brida part alors à la rencontre de son destin. Parviendra-t-elle à réconcilier sa vie amoureuse et son désir de tout quitter pour devenir sorcière? Ce roman enchanté renoue avec des thèmes chers aux lecteurs de Paulo Coelho : le conteur y tisse un récit qui mêle amour, passion, mystère et spiritualité.

Auteur : Paulo Coelho est né en 1947 à Rio de Janeiro. Adolescent rebelle dans une famille conservatrice et étudiant contestataire plusieurs fois emprisonné sous un régime dictatorial, il devint parolier d'une des plus grandes stars du rock des années 70 au Brésil, Raul Seixas. L'Alchimiste, paru en 1988 au Brésil, est devenu un best-seller mondial aujourd'hui traduit dans 59 langues et publié dans 150 pays. Parmi ses douze ouvrages traduits en français, Flammarion a déjà publié Le Zahir, Comme le fleuve qui coule, Veronika décide de mourir et La Sorcière de Portobello.

Mon avis : (lu en mai 2011)

Ce livre se lit facilement, les chapitres sont courts. Le lecteur suit la quête initiatique de Brida, une jeune irlandaise, qui voudrait apprendre la magie pour répondre aux questions qu’elle se pose sur la vie. Elle va rencontrer un Magicien et Wicca, découvrir la Tradition du Soleil et la Tradition de la Lune, elle espère aussi trouver son Autre Partie…

Est-ce parce que je ne suis pas friande des histoires de magie, sorcières et paranormal… mais j’ai trouvé l’histoire un peu simpliste. Dans ce livre, Paulo Coelho nous invite à réfléchir sur soi-même, sur la vie, sur l’amour…

Autant j’avais aimé et été touchée par « Le Pèlerin de Compostelle » autant j’ai été déçue par « Brida » qui ne restera pas dans ma mémoire…

 

Extrait : (début du livre)
« Je veux apprendre la magie », déclara la jeune fille.
Le Magicien la regarda. Jean délavé, T-shirt, et cet air de défi que prennent toujours les timides quand ils ne le devraient pas. « Je dois être deux fois plus âgé qu’elle », pensa-t-il. Et, malgré cela, il savait qu’il se trouvait devant son Autre Partie.
« Je m’appelle Brida, poursuivit-elle. Excuse-moi de ne pas m’être présentée. J’ai beaucoup attendu ce moment, et je suis plus anxieuse que je ne le pensais.
- Pourquoi veux-tu apprendre la magie ? demanda-t-il.

- Pour répondre à certaines questions que je me pose sur ma vie. Pour connaître les pouvoirs occultes. Et peut-être pour voyager dans le passé et dans l’avenir. »

Ce n’était pas la première fois que quelqu’un venait jusqu’au bois lui demander cela. Il fut une époque où il était un Maître très connu et respecté par la Tradition. Il avait accepté plusieurs disciples, et cru que le monde changerait dans la mesure où lui pourrait changer ceux qui l’entouraient. Mais il avait commis une erreur. Et les Maîtres de la Tradition ne peuvent pas commettre d’erreurs.
« Ne crois-tu pas que tu es un peu trop jeune ?
- J’ai vingt et un ans, dit Brida. Si je voulais apprendre la danse classique maintenant, on me trouverait déjà trop vieille. »

Déjà lu du même auteur :

alchimiste  L'alchimiste Comme_le_fleuve_qui_coule  Comme le fleuve qui coule  

Livre 41/42 pour le Challenge du 6% littéraire
1pourcent2010

 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
logo_challenge_Petit_BAC
"Prénom"

13 mai 2011

La Bonté : mode d'emploi – Nick Hornby

la_bont__mode_d_emploi la_bont__mode_d_emploi_p2003 la_bont__mode_d_emploi_p2006 la_bont__mode_d_emploi_p2010

Plon – octobre 2001 – 300 pages

10/18 – février 2003 – 281 pages

10/18 – mai 2006 – 281 pages

10/18 – mai 2010 – 281 pages

traduit de l'anglais par Isabelle Chapman

Quatrième de couverture :
"Hornby change de genre : ce quatrième roman est écrit à la première personne au féminin. Et ça marche formidablement bien: en quadra anglaise, cet homme-là a tout bon. Non seulement il arrive à se glisser dans notre cerveau, mais, plus fin et plus fort, il épingle les tics masculins qui donnent à n'importe quelles femmes sensées des envies de meurtres. La Bonté: mode d'emploi narre l'histoire de Kate, juste quelqu'un de bien, comme dit la chanson, médecin pour tenter de soulager les maux de ses prochains. Problème, ces derniers temps, ses patients la gonflent sérieusement. Son mari, ses enfants, son amant aussi. Bref, un jour de blues, elles annonce à son époux son intention de divorcer. Que n'avait-elle dit là ? Les premiers ronchonnements d'usage passés, David décide de tenir bon. Sur le papier ça a l'air bien. Dans la vraie vie, c'est le drame."

Olivia de Lamberterie, Elle

Auteur : Nick Hornby est né en 1957. Il est devenu un auteur culte outre-Manche avec ses romans : Haute fidélité, A propos d'un gamin, La Bonté : mode d'emploi, Vous descendez ? (finaliste pour le Whitbread Award), Slam et Juliet, Naked. Il a également écrit des ouvrages de non-fiction, Carton jaune, qui obtient le William Hill Sports Book of the Year Award, et 31 songs, finaliste pour le National book Critics Circle Award. En 1999, Nick Hornby s'est vu remettre l'E.M. Forster Award de l'Académie américaine des Arts et Lettres et remporte en 2002 le W.H. Smith Award For Fiction. Il a signé récemment le scénario du film Une Education, réalisé par Lone Sherfig et nominé aux Oscars. Nick Hornby vit et travaille à Highbury, au nord de Londres.

Mon avis : (lu en mai 2011)
Katie a la quarantaine, elle est devenue médecin généraliste car elle avait « envie de faire quelque chose de bon – bon comme Bonté – plutôt qu'un métier passionnant ou rentable, ou glamour. » Elle est mariée et fidèle depuis quinze ans à David et ils ont deux enfants. Mais un jour, fatiguée par son métier, par sa vie de couple et de famille non satisfaisante, elle annonce depuis un parking et par téléphone à son mari qu'elle veut divorcer. David ne prend pas au sérieux cette demande et refuse le divorce.
David va bientôt faire la rencontre de D.J. GoodNews, il le guéri d'un lumbago lui en imposant les mains. A son contact, David qui était quelqu'un de grincheux et râleur cherche à devenir quelqu'un de Bon, il se met à penser à son prochain, à organiser des projets caritatifs... Katie ne comprend pas vraiment cette soudaine bonté qui bouleverse la vie de la famille. En effet, D.J. GoodNews occupe maintenant la chambre d'ami, les enfants sont convaincus de se séparer de certains de leurs jouets ou d'inviter des camarades d'école peu aimés...
En poussant les convictions de David à l'extrême, Nick Hornby se livre est une critique de notre société de consommation et des gens bien pensants en créant des situations plutôt cocasses. Un livre qui nous interroge aussi sur nos projets de vie...

Extrait : (début du livre)

Je me trouve au milieu d’un parking à Leeds au moment où j’annonce à mon mari que je ne veux plus être sa femme. David n’est même pas dans la voiture avec moi. Il est à la maison avec les enfants et je lui téléphone sur mon portable pour lui rappeler de faire un mot pour Molly. Le reste, eh bien… le reste m’échappe. Une erreur, c’est sûr. Même si je suis apparemment, et à ma grande stupéfaction, le style de personne capable de dire à son mari qu’elle le quitte, je ne pensais pas être capable de dire une chose pareille au téléphone, au milieu d’un parking. Comme quoi on se fait des idées fausses sur soi-même. Je peux affirmer que j’ai une bonne mémoire des noms, par exemple, puisque j’en ai retenu des milliers et n’en ai oublié qu’un ou deux. Mais mettre fin à son mariage, les gens font ça une bonne fois pour toutes, ou pas du tout. Et si je choisis de la faire sur un portable dans un parking de Leeds, je ne peux pas ensuite prétendre que ce n’est pas mon genre, pas plus que Lee Harvey Oswald n’aurait pu prétendre que ce n’était pas son genre d’assassiner un président. Il faut parfois accepter d’être jugé sur une seule de nos actions.

Plus tard, dans la chambre d’hôtel, alors que je cherche en vain le sommeil – ce qui est en quelque sorte une consolation, car si j’incarne désormais la femme qui brise son ménage au milieu d’un parking, j’ai quand même la décence d’avoir du mal à m’endormir -, je me repasse la bande-son de notre conversation en essayant de comprendre comment nous avons pu à partir d’ici (le rendez-vous de dentiste de Molly) en arriver là (le divorce) en trois minutes. Dix tout au plus. Et interminablement jusqu’à trois heures du matin je me demande comment nous avons pu passer de cela (notre rencontre dans une soirée à la fac en 1976) à ceci (le divorce) en vingt-quatre ans.
Pour tout vous dire, si la seconde partie de cette séance d’introspection se prolonge, c’est parce que vingt-quatre ans, c’est très long, et que les souvenirs affluent, par fragments, dérisoires détails narratifs qui n’ont rien à voir avec l’intrigue principale. Si l’on adaptait au cinéma mes pensées sur mon mariage, les critiques parleraient de délayages, d’absence de tension dramatique, d’histoire sans intérêt : un homme et une femme se rencontrent, tombent amoureux, font des enfants, commencent à se disputer, deviennent gros et grincheux (lui surtout), et s’embêtent, deviennent tristes et grincheux (elle surtout), et se séparent. Je ne discuterai pas ce synopsis. Notre cas est banal.

 

Déjà lu du même auteur :

Slam Slam juliet__naked Juliet, Naked  haute_fidelit__2004 Haute fidélité

Lu dans le cadre du Nick Hornby's Challenge
Nick_Hornby_s_challenge

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
voisin_voisine
Grande-Bretagne

10 mai 2011

Confessions d'une taupe à Pôle Emploi - Gaël Guiselin, Aude Rossigneux

confessions_d_une_taupe___pole_emploi Calmann-Lévy – mars 2010 – 150 pages

Quatrième de couverture :
Un témoignage décapant et explosif, un état des lieux accablant sur Pôle emploi.
Et si Pôle emploi empêchait de retrouver du travail ? Alors que la crise économique a fait exploser le compteur du chômage, rien ne va plus. Agents débordés, déprimés, manque d’information et de formation, culte de la rentabilité et privatisation des missions : la fusion ANPE-Assédic est très difficile.
Le leitmotiv ? Faire du chiffre. Temps réduit pour chaque demandeur d’emploi, radiation pour des broutilles… Globalement, Pôle emploi semble considérer tout demandeur comme un fraudeur en puissance, un suspect permanent. Plus grave, les réformes se succèdent à un rythme tel que les agents n’ont pas le temps de les assimiler. Que dire alors des demandeurs !
Conseiller de Pôle emploi, et ancien chômeur de longue durée, Gaël Guiselin a une chance : il connaît les deux côtés du guichet. Dans ce livre coup de gueule, il fait un état des lieux accablant mais donne également des ficelles pour ne pas se faire broyer par la machine administrative. Un petit livre salutaire.

Auteurs : Gaël Guiselin est le pseudonyme d’un conseiller du Pôle emploi. Diplômé de l’enseignement supérieur, Gaël Guiselin a réussi le concours de l’ANPE quelques jours avant avant la fin de ses droits.
Aude Rossigneux est journaliste. Elle a notamment été la rédactrice en chef de Ripostes, feu l’émission politique de Serge Moati sur France 5.

Mon avis : (lu en mai 2011)
J'ai pris par curiosité ce livre à la bibliothèque, comme j'ai la chance de ne pas connaître Pôle-emploi j'étais intéressée de découvrir ce témoignage. L'auteur nous raconte la fusion de l'ANPE et des ASSEDIC et la nouvelle organisation interne du Pôle emploi. Une organisation pleine de promesses en théorie et qui pratiquement n'a pas les moyens nécessaires pour fonctionner. On découvre le parcours du combattant du chômeur et face à eux les agents de pôle emploi qui malgré les aberrations du système essaye du mieux possible d'aider leurs trop nombreux « clients ».

Certaines situations nous font rire, d'autres nous révoltent ou nous attristent... Ce livre m'a fait découvrir un monde que je ne connaissais pas et m'a fait vraiment prendre conscience des difficultés que peuvent rencontrer les chômeurs...

 

Extrait : (page 13)
A l'origine de ce livre, il y avait l'idée d'écrire une sorte de guide de survie du demandeur d'emploi en temps de crise. Car ma mission de conseiller ne s'arrête pas à la sortie de l'agence. Nous sommes sans cesse interpellés, parfois dans des lieux insolites, au supermarché, entre deux cageots de bananes et le stand fruits secs, à un dîner chez des amis où l'on nous apostrophe : «J'ai raté mon rendez-vous, comment je fais ?». Au baptême d'un neveu : «Si je démissionne j'ai droit à quoi ?». A la sortie de l'école où un père me hèle : «Un de mes employés vient me lâcher, vous auriez pas quelqu'un ?»
Au départ, donc, l'envie d'expliquer, de donner des conseils. Mais, à l'arrivée, le besoin de témoigner. Témoigner pour que les gens comprennent qu'un conseiller est lui-même bien souvent un ancien demandeur d'emploi. De ma période de chômage, je garde le souvenir de la peur qui me tenaillait le ventre lorsque je me rendais à un entretien, lorsque je me disais : «Et si je n'avais pas fait ce qu'il fallait ? Et si pour une raison quelconque on me coupe mes indemnités ? Et si on me propose un travail que je ne souhaite pas ? Et si, et si, et si...» Ecrire pour que l'on sache que quand nous parlons de demandeurs d'emploi, nous savons de quoi il retourne. Nous parlons de nous mêmes, d'un voisin, d'un cousin, de notre compagne, ou d'un de nos parents.
Ecrire pour rappeler que la précarité, nous aussi la connaissons. Et que, lorsqu'un demandeur en entretien s'exclame «Ah non, cette annonce, ça ne va pas aller ! Vous avez vu le salaire ? Vous travailleriez, vous, pour une somme pareille ?», la réponse est oui. Avec un bac +6, et sept ans d'ancienneté, je touche 1370€ net par mois.
Après plusieurs grèves et un malaise qui a fait la une des journaux, la direction nous a soumis en novembre 2009 un questionnaire dont les résultats ont pour objectif d'aider à améliorer nos conditions de travail. Rendus publics début janvier 2010, ils sont édifiants : 71,2% des agents qui ont accepté de répondre affirment se trouver dans une «situation de travail tendue» ; 86% du personnel parle d'une «dégradation» des conditions de travail ; près de 89% estiment n'avoir pas été préparés à la fusion et seuls 33% pensent pouvoir trouver un soutien auprès de leur supérieur en cas de problème.
Raconter, parce que, comme beaucoup d'agents, je n'en peux plus de cette tentation de jeter Pôle emploi avec l'eau du bain de la fusion. Parce que j'en ai marre que des employeurs s'imaginent qu'«en France les gens ne veulent pas bosser» et que «les smicards préfèrent resyer au chômage». Parce que ce n'est plus possible d'entendre dire que si Pôle emploi va mal c'est seulement «la faute à la crise».

 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
logo_challenge_Petit_BAC
"Animal"

26 février 2011

T'as vu ta PAL ?

 T_as_vu_ta_PAL

J'ai été taguée ce matin par Sandrine(SD49) pour dévoiler un peu de moi à travers des photos de ma PAL, de l'endroit où je blogue et des endroits où je lis...

J'ai deux PAL

 P1100528_x_20

la PAL avec les livres empruntés à la Bibliothèque
(il y a deux bibliothèques : Bibli Municipale et celle de mon travail)
et ceux des partenariats que je lis en priorité...

  P1100531_20 P1100524_20
la PAL de mes livres personnels, ceux que l'on m'a offert où que je me suis achetée,
cette PAL a du mal à diminuer, certains livres y sont présents depuis des années ! ! !

P1100510_x_20 P1100534_x_20

Je bloggue le plus souvent assis sur mon lit (j'ai un portable...) ou parfois devant la télévision.

transilien2 Metro_Paris
Je lis beaucoup dans le Transilien pour aller ou revenir du travail
et un peu dans le métro

 P1100533_20

Mais mon endroit préféré c'est mon lit, dessus ou dessous la couette !

 

Et à mon tour, je dois taguer d'autres personnes...
Je propose donc à Canel, Stephie, Pimprenelle, mrs Pepys
de reprendre ce TAG (si elles le veulent bien)... ainsi que ceux qui veulent !

 

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