Lu dans le cadre du challenge_100_ans_article_300x225

fille_noire__fille_blanche Philippe Rey – octobre 2009 – 380 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Claude Seban

Présentation de l'éditeur :

Elles se rencontrent au cœur des années soixante-dix, camarades de chambre dans un collège prestigieux où elles entament leur cursus universitaire. Genna Meade, descendante du fondateur du collège, est la fille d'un couple très " radical chic ", riche, vaguement hippie, opposant à la guerre du Vietnam et résolument à la marge. Minette Swift, fille de pasteur, est une boursière afro-américaine venue d'une école communale de Washington. Nourrie de platitudes libérales, refusant l'idée même du privilège et rongée de culpabilité, Genna essaye sans relâche de se faire pardonner son éducation élitiste et se donne pour devoir de protéger Minette du harassement sournois des autres étudiantes. En sa compagne elle voit moins la personne que la figure symbolique d'une fille noire issue d'un milieu modeste et affrontant l'oppression. Et ce, malgré l'attitude singulièrement déplaisante d'une Minette impérieuse, sarcastique et animée d'un certain fanatisme religieux. La seule religion de Genna, c'est la piété bien intentionnée et, au bout du compte inefficace, des radicaux de l'époque. Ce qui la rend aveugle à la réalité jusqu'à la tragédie finale. Une tragédie que quinze ans - et des vies détruites - plus tard, elle tente de s'expliquer, offrant ainsi une peinture intime et douloureuse des tensions raciales de l'Amérique.

Auteur : Née en 1938, Joyce Carol Oates a publié son premier roman en 1963. Membre de l'Académie américaine des Arts et des Lettres, professeur de littérature à Princeton, titulaire de multiples récompenses littéraires (dont le prix Femina étranger en 2005), Joyce Carol Oates occupe depuis longtemps une place au premier rang des écrivains contemporains avec Blonde, Eux, Bellefleurs, Confessions d’un gang de filles, Nous étions les Mulvaney.

Mon avis : (lu en avril 2010)

Ce livre se passe aux États-Unis, à l'automne 1974, c'est la rentrée du Schuyler College. Deux étudiantes Minette, fille noire et Genna, fille blanche vont partager la même chambre de Haven Hall, une cité universitaire. La première, Minette Swift, est l’une des rares afro-américaines du campus, elle est d'origine modeste, fille d'un pasteur d'une église évangéliste de Washington. Elle a pu entrer à Schuyler School, grâce à une bourse d’étude, elle est la première de sa famille à faire des études supérieures. La seconde, Genna Meade, est l'arrière petite-fille du fondateur de la Schuyler School, elle est issue d’une famille aisée. Son père Max Meade est un célèbre avocat, défenseur des droits civiques. Elles sont toutes deux très différentes de caractère, Minette est disgracieuse, distante et froide, elle évite les contacts avec les autres élèves. Genna est élancée et elle est attentive à son prochain. Genna est déterminée à devenir l'amie de Minette, malgré le comportement de cette dernière qui l'ignore ou la repousse.

C'est Genna qui est la narratrice de ce «texte sans titre», revient, quinze après, sur sa première année d'université et son amitié ratée avec Minette. En effet, dès les premières lignes du livre, on sait que cette année se terminera par un drame. Et Genna se sent coupable de pas l'avoir empêchée. «Chaque jour de ma vie, depuis sa mort, j'ai pensé à Minette et au supplice de ses dernières minutes, car j'étais celle qui aurait pu la sauver, et je ne l'ai pas fait. Et personne ne l'a jamais su.» A travers ce livre on découvre les relations raciales qu'il existait à cette époque et l'on suit également les combats qui occupe Max Meade et le rend absent auprès de sa famille. Ces passages concernant Max Meade m'ont semblé brouiller un peu la cohérence du récit. Mais à part cette réserve, j'ai lu facilement et avec beaucoup d'intérêt ce livre. A découvrir !

Extrait : (page 203)

Nous étions camarades de chambre et amies. Peu à peu nous étions devenues amies. Mais Minette demeurait distante, réservée. On aurait pu dire que notre amitié était à sens unique, mais il me semblait que Minette m’aimait bien et m’acceptait. Son unique amie ! Son unique amie au Schuyler College.
Je fis sécher son gant en cachette. Lorsque je lui apportai, elle le regarda d’un air sceptique et me le prît avec lenteur. « Il est tout rétréci. »
Je lui expliquai que je l’avais trouvé dans le caniveau et que j’avais dû le laver. Minette l’enfila en forçant, plia les doigts. Parodiant l’accent des nègres du Sud, comme elle le faisait parfois pour produire un effet comique, elle dit : « Par-don, mais ce n’est pas mon gant.
- Quoi ? C’est ton gant. »
Mais je n’en étais plus si sûre. Minette était assise à son bureau, j’étais debout à côté d’elle. Nous examinâmes le gant sous toutes ses coutures, tandis qu’elle tournait lentement la main. « Non, ce n’est as le même. Un vieux machin jeté dans la rue, voilà ce que c’est.
- Où est l’autre gant, Minette ? On pourrait comparer.
- Pas besoin. Je t’ai dit que ce n’était pas le mien. »
Son visage s’était fermé. Elle était d’humeur irritable, je n’aurais pas dû l’interrompre : courbée sur sa table, elle travaillait à des problèmes de calcul en s’agitant et en soupirant. De temps en temps, elle ouvrait un tiroir pour y prendre des morceaux du crumble à la pêche que sa mère lui avait envoyé, arrosant de miettes ses papiers, ses vêtements et le sol.
« Si ce vieux machin te va, tu n’as qu’à le prendre », dit-elle en riant.
Elle retira le gant et me le jeta, à la façon d’une sœur aînée taquinant sa cadette. Je me dis que c’était un geste familier supposant une certaine affection ; je n’avais pas envie de penser qu’il supposait du mépris.

Lu dans le cadre du challenge_100_ans_article_300x225

Déjà lu du même auteur : nous__tions_les_Mulvaney Nous étions les Mulvaney