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A propos de livres...
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16 novembre 2010

Le voyage dans le passé - Stefan Zweig

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traduit de l'allemand par Baptiste Touverey, suivie du texte original en Allemand

Grasset & Fasquelle - octobre 2008 – 172 pages

Livre de Poche – mars 2010 – 177 pages

Quatrième de couverture :
Le voyage dans le passé est l'histoire des retrouvailles au goût amer entre un homme et une femme qui se sont aimés et qui croient s'aimer encore. Louis, jeune homme pauvre mû par une " volonté fanatique " tombe amoureux de la femme de son riche bienfaiteur, mais il est envoyé quelques mois au Mexique pour une mission de confiance. La Grande Guerre éclate. Ils ne se reverront que neuf ans plus tard. L'amour résiste t-il à tout ? A l'usure du temps, à la trahison, à une tragédie ? Dans ce texte bouleversant, jamais traduit en français jusqu'à ce jour, on retrouve le savoir-faire unique de Zweig, son génie de la psychologie, son art de suggérer par un geste, un regard, les tourments intérieurs, les arrières-pensées. les abîmes de l'inconscient.

Auteur : Né en Autriche en 1881, mort au Brésil en 1942, auteur de romans, de pièces de théâtre et de poèmes, Stefan Zweig excelle dans la nouvelle, l'essai et la biographie. Sont parus les biographies de Magellan, Marie-Stuart, Marie-Antoinette et Fouchet, ainsi que trois tomes de sa correspondance, couvrant d'abord les années 1897-1919, puis 1920-1931 et enfin 1932-1942. Le voyage dans le passé est dans la lignée des célèbres nouvelles : Brûlant secret et La peur.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
Voilà un auteur dont j'ai beaucoup entendu parler, entre autre dans la blogosphère, et je n'avais pas encore eu l'occasion de le lire. Voici donc le premier livre de Stefan Zweig que je lis.

Ce livre est en fait une nouvelle de 100 pages nous racontant un amour passé. Un jeune homme Louis tombe amoureux de la femme de son patron, ils vivent deux ans proche l'un de l'autre sans s'avouer cette amour interdit. Or un jour, Louis est envoyé en mission pour deux ans au Mexique, c'est alors qu'il ressent un déchirement de quitter cette femme mais il ne peut refuser cette superbe promotion. Mais lorsque ses deux ans de mission s'achèvent, la Première Guerre Mondiale éclate et il est impossible pour Louis de revenir en Europe. Et c'est seulement neuf années plus tard qu'ils pourront enfin se retrouver. Mais les sentiments peuvent-ils rester intacts durant tout ce temps ? Voilà la question qui est au centre de cette histoire.
J'ai beaucoup aimé cette lecture qui nous permet de ressentir l'atmosphère d'une autre époque, avec
des descriptions si précises des sentiments des personnages.
J'ai seulement feuilleté rapidement la version allemande... je n'ai même pas pris le temps d'essayer de lire quelques pages en VO... Aurai-je un jour le courage de le faire ?
Je compte bien après cette première expérience découvrir de nouveaux livres de Stefan Zweig.

Extrait : (page 44)
Les dix jours qui les séparaient du départ, ils les passèrent tous deux dans un état de continuelle et grisante frénésie. La soudaine explosion des sentiments qu'ils s'étaient avoués, par l'immense puissance de son souffle, avait fait voler en éclat toutes les digues et barrières, toutes les convenances et les précautions : comme des animaux, brûlants et avides, ils tombaient dans les bras l'un de l'autre quand ils se croisaient dans un couloir obscur, derrière une porte, dans un coin, profitant de deux minutes volées ; la main voulait sentir la main, la lèvre la lèvre, le sang inquiet sentir son frère, tout s'enfiévrait de tout, chaque nerf brûlait de sentir contre lui le pied, la main, la robe, une partie vivante, n'importe laquelle, d'un corps qui se languissait de lui. En même temps, ils étaient obligés de se maîtriser dans la maison, elle, de dissimuler sans cesse devant son mari, son fils, ses domestiques, la tendresse qui l'illuminait un instant auparavant, lui, de garder l'esprit en éveil pour les calculs, les conférences, les comptes dont il avait la responsabilité. Ils se contentaient à chaque fois d'attraper au vol des secondes, des secondes vibrantes, clandestines, guettées par le danger ; ce n'était que des mains, des lèvres, des regards, d'un baiser avidement dérobé, qu'ils parvenaient furtivement à se rapprocher, et la présence vaporeuse, voluptueuse de l'autre, grisé lui-même, les grisait. Mais ce n'était jamais assez, tous les deux le sentaient : jamais assez.

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (25/26)

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14 décembre 2010

Bilan : Mes Challenges 2010...

coeur_vs31er challenge : Les coups de coeur de la blogosphère

Challenge terminé !

livre n°1 : Seule Venise - Claudie Gallay  proposé par Gil
livre n°2 :
Elle s'appelait Sarah - Tatiana de Rosnay proposé par Suffy
livre n°3 :
L'attrape-cœurs - J. D. Salinger proposé par Anneso
livre n°4 :
Mon enfant de Berlin -Anne Wiazemsky  proposé par Clarabel
livre n°5 :
Ravel - Jean Echenoz proposé par Denis

livre n°6 :
Le cœur est un chasseur solitaire - Carson McCullers proposé par Brize
livre n°7 : Le club des Incorrigibles Optimistes - Jean-Michel Guenassia proposé par Catherine

livre n°8 :
Hunger Games - Suzanne Collins proposé par Gawou et Clarabel.
livre n°9 : Je vais bien, ne t'en fais pas – Olivier Adam proposé par Amy
livre n°10 : La mécanique du cœur - Mathias Malzieu proposé par Lael

challenge_100_ans_article_300x225 2ème challenge : 100 ans de littérature américaine

livre n°1 :  Jours de fête à l'hospice - John Updike
livre n°2 : 
L'attrape-cœurs - J. D. Salinger
livre n°3 : 
La couleur pourpre – Alice Walker

livre n°4 :  Le cœur est un chasseur solitaire - Carson McCullers
livre n°5 : 
Shutter Island - Dennis Lehane

Challenge terminé (5/5 livres lus), mais je continue !

livre n°6 : Le Prince des Marées - Pat Conroy
livre n°7 : Fille noire, fille blanche - Joyce Carol Oates
livre n°8 : Charleston Sud – Pat Conroy

livre n°9 : Long week-end – Joyce Maynard
livre n°10 : La Chorale des maîtres bouchers – Louise Erdrich
livre n°11 :
Un été prodigue – Barbara Kingsolver
livre n°12 : Le secret du bayou - John Biguenet
livre n°13 : Les feuilles mortes - Thomas H. Cook
livre n°14 : Sanctuaires ardents - Katherine Mosby
livre n°15 : La malédiction des colombes - Louise Erdrich

a_lire_et_a_manger_70 3ème challenge : A lire et à manger - Challenge terminé !
livre n°1 :
Une gourmandise – Muriel Barbery

logo_challenge_ABC 4ème challenge : Challenge ABC 2010 - (26/26 livres lus) 

Challenge terminé !

A – Aslam Nadeem - La veine attente
B –
Benameur Jeanne – Présent ?

C – Conroy Pat – Le prince des marées

D - Decoin Didier - Les trois vies de Babe Ozouf
E – Echenoz Jean – Ravel
F – Flynn Gillian – Les lieux sombres
G – Gavalda Anna - L'échappée belle
H –
Heuré Gilles - L'homme de cinq heures

I –
Indridason Arnaldur – Hypothermie
J – Johnson Maureen – 13 petites enveloppes bleues
K – Kingsolver Barbara - Un été prodigue
L – Läckberg Camilla – Le tailleur de pierre
M –
Mankell Henning - Les chaussures italiennes
N – Nesbø Jo - L'homme chauve-souris
O - Ovaldé Véronique - Ce que je sais de Véra Candida
P – Perez-Reverte Arturo – Le cimetière des bateaux sans noms
Q – Queffelec Yann - Les noces barbares
R – Radge Anne B. – La ferme des Neshov
S –
Saubade Valérie - Happy Birthday grand-mère

T –
Tropper Jonathan - Perte et fracas

U – Udall Brady - Le destin miraculeux d'Edgar Mint

V –
de Vigan Delphine - Les heures souterraines 
W – Winkler Martin - Les Trois Médecins
X - Xinran - Chinoises
Y - Yoshida - Park Life
Z – Zweig Stefan - Le voyage dans le passé

5ème challenge : Coup de coeur polar 2009 - Challenge terminé !
livre n°1 : Shutter Island de Dennis Lehane

lire_et_cin_ma 6ème challenge : Challenge Lunettes noires sur Pages blanches

livre n°1 : Je vais bien, ne t'en fais pas – Olivier Adam
film n°1 : Je vais bien, ne t'en fais pas – Philippe Lioret

Challenge terminé mais je continue !

livre n°2 : Le chien jaune - Georges Simenon
film n°2 : Le chien jaune - Claude Barma (téléfilm -1968)

livre n°3 : Le garçon en pyjama rayé - John Boyne
film n°3 : Le Garçon au pyjama rayé (The Boy in the Striped Pyjamas) - Mark Herman

7ème challenge : Challenge Caprice - Challenge terminé !
Pour ma part, j'ai donc été défiée par La grande Stef pour lire « Le K » de Dino Buzatti.
Et j'ai défié Virginie de découvrir «La femme en vert » d'Arnaldur Indridason.

Nouveaux Challenges...

1pourcent2010 8ème challenge : Challenge 1% littéraire 2010

Challenge organisé par Schlabaya, il s'agit de lire au moins 1% des 701 sorties littéraires prévues cet automne. Soit au moins 7 livres... 

livre n°1 : Desert Pearl Hotel - Pierre-Emmanuel Scherrer
livre n°2 : Une affaire conjugale - Eliette Abécassis
livre n°3 : Le Délégué - Didier Desbrugères
livre n°4 : Des gifles au vinaigre - Tony Cartano
livre n°5 : Ouragan - Laurent Gaudé
livre n°6 : Passé sous silence – Alice Ferney
livre n°7 : En attendant la montée des eaux – Maryse Condé       Challenge 1% atteint !
livre n°8 : Le coeur régulier - Olivier Adam
livre n°9 : La maison d'à côté - Lisa Gardner
livre n°10 : L’amour est une île - Claudie Gallay
livre n°11 : En cuisine – Monica Ali
livre n°12 : Rosa Candida – Audur Ava Ólafsdóttir
livre n°13 : Vivement l'avenir - Marie-Sabine Roger
livre n°14 : De deux choses l'une - Christine Détrez                         Challenge 2% atteint !

livre n°15 : Grandir - Sophie Fontanel                    
livre n°16 : Haïti Kenbe la ! - Rodney Saint-Eloi
livre n°17 : Sans un adieu - Harlan Coben
l
ivre n°18 : Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent... - Eric-Emmanuel Schmitt
livre n°19 : Jours toxiques - Roxana Robinson
livre n°20 : L'insomnie des étoiles - Marc Dugain
livre n°21 : Le septième fils – Arni Thorarinsson                              Challenge 3% atteint !
livre n°22 : Oscar Pill, Tome 3 : Le secret des Éternels – Eli Anderson
livre n°23 : Theodore Boone. Enfant et justicier - John Grisham
livre n°24 : L'Hypnotiseur - Lars Kepler
livre n°25 : Mon vieux et moi - Pierre Gagnon
livre n°26 : La Ballade de Lila K - Blandine Le Callet
livre n°27 : La couleur des sentiments - Kathryn Stockett
livre n°28 : Sanctuaires ardents – Katherine Mosby                   Challenge 4% atteint !
livre n°29 : La malédiction des colombes - Louise Erdrich
   
 
 

challenge_maigret 9ème challenge : Challenge Maigret   Challenge terminé !

Challenge hommage organisé par Ferocias, il s'agit de lire au moins un livre de Maigret jusqu'au 12/02/2011 (date de l'anniversaire de Georges Simenon)

livre n°1 : Le chien jaune - Georges Simenon
livre n°2 : Maigret et le clochard – George Simenon 

Viking_Lit 10ème challenge : Challenge Viking Lit'

livre n°1 : Été – Mons Kallentoft (Suède)

livre n°2 : L'héritage impossible - Anne B. Ragde (Norvège)
livre n°3
: Rosa Candida – Audur Ava Ólafsdóttir (Islande)
livre n°4 : L'Hypnotiseur - Lars Kepler (Suède)

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11ème challenge : Baby Challenge - Contemporain organisé par Livraddict

Livres déjà lus :  9 /20    Médaille en chocolat  

1 - Une Prière Pour Owen de John Irving
2 - La Saga Malaussène, tome 1 : Au bonheur des ogres de Daniel Pennac
3 - Le Clan des Otori, tome 1 : Le Silence du Rossignol de Lian Hearn
4 - Entre chiens et loups, tome 1 de Malorie Blackman
5 - Kafka sur le rivage de Haruki Murakami
6 - La porte des enfers de Laurent Gaudé
7 - Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Mary Ann Shaffer
8 - Les Thanatonautes de Bernard Werber
9 - Oscar et la dame rose de Eric-Emmanuel Schmitt
10 - L'évangile selon Pilate, suivi de Journal d'un roman volé de Eric-Emmanuel Schmitt
11 - Seul le silence de R.J. Ellory
12 - La vie devant soi de Emile Ajar
13 - Le monde de Sophie de Jostein Gaarder
14 - L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon
15 - La ferme des animaux de George Orwell
16 - L'enfant de Noé de Eric-Emmanuel Schmitt
17 - Ensemble, c'est tout de Anna Gavalda
18 - Les enfants de la liberté de Marc Levy
19 - Cosmétique de l'ennemi de Amélie Nothomb
20 - Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé

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12ème challenge : Baby Challenge - Polar organisé par Livraddict
Livres déjà lus :  8/20  Médaille en chocolat

1 - Blacksad, tome 1 : Quelque part entre les ombres de Juan Diaz Canales
2 - La Trilogie Berlinoise de Philip Kerr
3 - Un lieu incertain de Fred Vargas
4 - Dix petits nègres d'Agatha Christie
5 - Innocent de Harlan Coben
6 - Spellman et associés de Lisa Lutz
7 - Le crime de l'Orient-Express de Agatha Christie
8 - Millénium, tome 1 : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes de Stieg Larsson
9 - L'étrangleur de Cater Street de Anne Perry
10 - Le huit de Katherine Neville
11 - Les fables de sang de Arnaud Delalande
12 - L'homme à l'envers de Fred Vargas
13 - Le chien des Baskerville d'Arthur Conan Doyle
14 - Cadres noirs de Pierre Lemaitre
15 - Le Poète de Michael Connelly
16 - Un monde sans fin de Ken Follett
17 - Nous n'irons plus au bois de Mary Higgins Clark
18 - Le Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux
19 - L'affaire Jane Eyre de Jasper Fforde
20 - L'homme aux cercles bleus de Fred Vargas

challenge_christ10
13ème challenge :
Challenge Christmas - Défi Noël organisé par Evy, il s'agit de lire d'ici fin décembre au moins un livre en rapport avec Noël !
livre n°1 : Quatre jours avant Noël - Donald Harstad

voisin_voisine
14ème challenge : Voisins, voisines organisé par kathel, il s'agit de lire un ou plusieurs livres d'auteurs européens.

livre n°1 : Le cimetière des bateaux sans nom - Arturo Pérez-Reverte (Espagne)
livre n°2 : Le chuchoteur - Donato Carrisi (Italie)
livre n°3 : La mort à marée basse - Pieter Aspe (Belgique)

Lecture commune :

lecture_en_commun_l_amour_est___la_lettre_A L'amour est à la lettre A - Paola Calvetti organisée par Alfie
                   avec Cynthia, Enitram, George, Loulou et Mango

SWAP :

swap_saint_patrick
Mon 1er SWAP : le
Swap de la St Patrick organisé par Canel, a été une belle réussite !

swap_in_follies
Mon 2ème SWAP : Swap in' Follies organisé par Amanda et Manu autour de New-York.

swap_scandinavia Nouveau SWAP : Swap Scandinavia organisé par Isleene, une invitation à découvrir la Scandinavie.

Swap_Frissons_NB Swap du mois d'octobre, SWAP Frissons en Noir et Blanc organisé par Canel, autour des romans noirs et polars nordiques.

hommage_denis_guedj Hommage à Denis Guedj, organisé par moi-même sans beaucoup de succès...
livre n°1 : Les cheveux de Bérénice
livre n°2 : La Méridienne

Seule Sandrine(SD49) y a participé avec Le théorème du perroquet.

13 avril 2010

Le temps suspendu – Valeria Parrela

le_temps_suspendu Seuil – avril 2010 – 153 pages

traduit de l'italien par Dominique Vittoz

Présentation de l'éditeur :

" Attendre n'est pas mon fort. Attendre sans savoir a été la plus grande incapacité de ma vie ", déclare l'héroïne de ce roman. Et pourtant. Enseignante en formation continue, Maria se dépense sans compter pour ses classes de camionneurs et de femmes de ménage en quête d'une seconde chance. Enceinte à quarante-deux ans, elle accouche d'une grande prématurée. Commence alors la traversée d'un temps suspendu: pendant deux mois, derrière le hublot de la couveuse, Maria observe Irene sans comprendre si son bébé est en train de mourir ou de naître. Autour d'elles, un monde insolite, les banquettes de la salle d'attente et le langage crypté des machines de réanimation, les infirmières, les autres mères; et un médecin plus humain ou juste plus jeune. Un peu plus loin, le centre d'enseignement pour adultes, où immigrés et autres laissés-pour-compte du système scolaire essaient tant bien que mal de jouer les bons élèves. Enfin, en toile de fond, Naples, impitoyable mais captivante, est pour Maria tantôt la meilleure des compagnies, tantôt le pire obstacle. Dans un style rapide et allusif, Valeria Parrella invente une voix pour l'espoir et la hargne d'une femme devenue mère en sursis.

Auteur : Valeria Parrella, née à Naples en 1974, est une des plumes les plus novatrices de la littérature italienne. Ses nouvelles et son roman sont traduits dans de nombreux pays. Francesca Comencini a tiré du Temps suspendu un film très bien accueilli à la Mostra de Venise 2009.

Mon avis : (lu en avril 2010)

Maria a 42 ans, elle vit à Naples. Elle travaille comme professeur dans un centre de formation continue, elle donne des cours du soir à des adultes qui préparent le brevet des collèges. Enceinte tardivement, elle accouche avec trois mois d’avance d’une petite Irène qui placée dans une couveuse au service de néonatalogie. Le père est partie dès la première échographie. Tous les jours elle va à l’hôpital et passe le temps auprès de sa fille. « Voilà, Irene, ma fille, mourait ou naissait, je n’ai pas très bien compris : pendant quarante jours, ces mots ont désigné un seul et même état. Inutile d’interroger le corps médical, on me répondait : "Personne ne peut savoir, madame." »

Dans ce « temps suspendu », elle refuse de vivre comme avant, elle ne peut pas retourner travailler ou s’amuser. Maria revient sur son passé, elle nous raconte des souvenirs de son enfance, elle nous parle aussi de son travail qu'elle aime beaucoup ainsi que ses élèves. Avec ce livre, nous découvrons également en toile de fond la ville de Naples.

J'ai lu facilement ce livre et j'ai été touchée par Maria, qui malgré son angoisse, est forte. Elle espère et croit en la naissance d'Irene. Un livre bien écrit et touchant.

Merci à Suzanne de logo_chez_les_filleset aux éditions du seuil pour m'avoir donné l'occasion de découvrir ce roman.

Extrait : (page 51)

Le moniteur était une boîte grise ou bleue, montée sur un support comme un baffle de chaîne stéréo, d’où partaient des fils qui, avec cent autres, entraient dans les couveuses. J’avais vu plus souvent leurs couleurs que les yeux d’Irene.

Quand, certains jours, je la trouvais allongée sur le ventre et pas sur le dos, j'étais d'abord perdue, puis émue, à la pensée qu'elle avait un dos. Irène sentait le plastique humide et surchauffé, certains soirs, je rentrais à la maison le milieu de l'avant-bras marqué d'un profond sillon bleuâtre, dû au poids de mon bras sur le bord des hublots. Je ne portais plus de montre, parce que le lavage antiseptique prévoyait qu'on l'enlève et que nous vivions pour le lavage antiseptique. Je mesurais les jours qui passaient à la taille de la main d'Irène serrant une des mes phalanges.

Les infirmières ne voulaient pas que nos approchions les autres couveuses. Elles appliquaient la règlementation sur le respect de la confidentialité en nous enjoignant, comme à des commères sur le marché : « Occupez-vous de vos affaires. » Alors, entre nous, on s’appelait en douce, on surveillait du coin de l’œil le moment où elles papotaient du dernier fiancé de Simona Ventura, et on se confiait une inquiétude, on se montrait une preuve.

Ayant vite appris à déchiffrer le langage des machines, je transmis en quelques phrases ce savoir séditieux à Rosa, à Mina et à la première maman. Je leur expliquai qu’une modification de la courbe ne signifiait pas que nos bébés allaient plus mal, mais seulement que le signal n'était pas bon. Que la saturation était la quantité d'oxygène arrivant dans les tissus donnée par le chiffre qui clignotait en haut. Que la fréquence de la respiration était un renseignement secondaire par rapport aux autres indicateurs. Une diode clignotait, noire sur fond clair, on aurait dit le point d'insertion de Word sur un écran d'ordinateur. Au début de la page, quand va s'écrire le premier verbe : c'était le cœur qui battait.

16 décembre 2009

Si même les arbres meurent – Jeanne Benameur

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Édition Thierry Magnier – septembre 2000 – 111 pages

Présentation de l'éditeur :

Seuls dans un couloir d’hôpital, un frère et une soeur attendent que leur mère quitte la chambre de son mari. Cet homme, leur père, est dans le coma entre la vie et la mort. Cette femme est toute entière à sa douleur.
Spectateurs impuissants de cette souffrance d’adulte, les deux enfants s’inventent un univers à leur démesure. Peuplé d’histoires de héros qui ne meurent jamais, de pères plus forts que la mort...

L’issue de ces insupportables jours d’attente leur apprendra que seul l’amour ne meurt jamais...

Auteur : Née en 1952, en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, Jeanne Benameur vit en France depuis l'âge de 5 ans. Elle débute sa carrière d'écrivain avec des livres de jeunesse comme 'Samira de quatre routes' ou 'Adil coeur rebelle', avant d'ouvrir son registre à la littérature pour adulte. Longtemps enseignante, elle se consacre désormais à l'écriture. Ses livres : Les Demeurées (2000), Si même les arbres meurent (2000), Un jour mes princes sont venus (2001), Les Mains libres (2004), Présent ? (2006), Laver les ombres (2008)

Mon avis : (lu en décembre 2009)

Mathieu et Céline sont dans la salle d’attente de l’hôpital. Leur papa vient d'avoir un accident d'alpinisme et il est dans le coma. Leur maman, Dominique est effondrée. Chaque jour, Dominique vient au chevet de son mari et les enfants arpentent les couloirs de l'hôpital, ils s'inventent un monde imaginaire où leur papa est "Grand aigle" qui se bat pour vaincre les danger de la montagne, Mathieu est Aigle Brun, Céline Petite Montagne. Ils se réfugient et s'isolent dans leurs histoires imaginaires et refusent le monde extérieur comme l’école, les copains, l’institutrice.

Ce livre est à la fois bouleversant et poétique. Il aborde le thème de la mort d'un proche avec beaucoup de simplicité et de pudeur. Il se lit très facilement, les phrases sont courtes et simples. C'est un livre qui peut être lu aussi bien par des collégiens que des adultes. A découvrir sans modération.

Extrait : (page 11)

L'infirmière de garde vient de passer à nouveau. A nouveau elle s'est sentie saisie à la vue des deux enfants. Pris en bloc. Dans quelque chose qu'elle a du mal à nommer. Non, ce n'est pas du chagrin. Elle préférerait. Le chagrin, elle connaît. Elle en voit des gens de toutes sortes, de tous milieux, faire connaissance brutalement avec le chagrin.

Ça effondre. Ça pulvérise à l'intérieur. Comme une falaise rongée par des années de vagues et qui, tout à coup, laisse partir un gros bloc de rocher ; et puis un autre, et un autre encore. La falaise se ruine. Un nuage de poussière, de calcaire, dans un grand fracas. Elle s'écroule. Il a suffit d'une tempête : coups de vent plus forts, vagues plus mordantes.

C'est ça les chagrins qu'elle reconnaît ici, Paula. Elle voit venir la fissure chez ces gens qui attendent, qui attendent de savoir ce que la vie décide dans le corps de ceux qu'ils chérissent.

Parfois, le soir ou le matin, quand elle rentre chez elle, elle se sent ravinée elle aussi par toutes ces vagues de souffrance qu'elle a vues à l'œuvre. Et elle pense alors qu'elle fait un drôle de métier.

Mais chez ces deux enfants, il n'y a rien de tel. Ils sont dressés dans une autre attente. Comme tenus de l'intérieur. Et tout entiers pris là-dedans. Elle se demande s'ils l'entendent vraiment, s'ils la voient. Plusieurs fois, elle leur a proposé un chocolat chaud de la machine, tout près. La petite fille secoue la tête. Le garçon articule « Non merci, madame », d'une voix très nette et lointaine à la fois. L'infirmière se sent de trop auprès d'eux. D'habitude, on aime sa présence. Elle rassure.

Elle retourne à sa petite salle de garde, se refait un café, jette un coup d'œil sur ses fiches. Leur père ne s'en sortira pas. Ou tellement diminué. Elle revoit leur mère avançant à pas pressés, maladroits, à côté du chariot, les yeux rivés aux paupières closes de son époux, la main effleurant l'autre main, n'osant presque plus toucher. Elle prend un magazine qu'elle feuillette, n'arrive pas à lire.

Les deux enfants sont là, dans la salle d'attente. Elle ne sait pas quoi faire. C'est elle qui a le cœur gros tout à coup. Fichu métier !

18 avril 2010

Pico Bogue tome 2 : Situations critiques – Dominique Roques et Alexis Dormal

pico_bogue_T2 Dargaud – mars 2009 – 48 pages

Présentation de l'éditeur :

Pico Bogue est un petit garçon à la langue bien pendue, qui s’intéresse déjà à tout, et pose à ses parents toutes les questions qui lui viennent à l’esprit, surtout celles sur le sens de la vie. Son impertinence n’a d’égale que sa tendresse, et son sens de la contradiction n’est surpassé que par son inépuisable curiosité. Des traits de caractère qui provoquent parfois des crises de nerfs ou d’épuisement chez ses parents, et une immense joie chez ses lecteurs !

Auteurs : Dominique Roques, mère d'Alexis Dormal, est née en 1948 à Casablanca. Elle a eu deux fils, dont l'un s'est mis à dessiner. Ainsi en 2005, après s'être intéressée aux dessins de son fils, elle écrit des scénarios.

Alexis Dormal, fils de Dominique Roques, né en 1977 à Bruxelles. Plus tard, diplômé d'une école belge de réalisation cinéma/télévision, il part étudier le dessin à l'école Émile Cohl, à Lyon. Maintenant, il dessine et sa maman écrit les bulles...

Mon avis : (lu en avril 2010)

Après avoir eu un coup cœur pour le premier tome de Pico Bogue, j'attendais avec impatience de pouvoir lire les 2 tomes suivants. C'est chose faite, et j'ai passé un moment de lecture aussi plaisant qu'il y a deux mois ! J'ai retrouvé avec plaisir ce petit garçon avec une chevelure rousse inoubliable et sa langue bien pendue ! Dans ce deuxième tome, sa petite sœur Ana Ana a une place plus importante, elle a aussi des réflexions qui clouent le bec non seulement des adultes mais aussi de son frère !

Un bon moment de fraicheur, de rires, de sourires et de tendresses qui évoque l'enfance. J'adore !

Extrait :

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24 février 2010

Le destin miraculeux d'Edgar Mint - Brady Udall

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (11/26)

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traduit de l'américain par Michel Lederer

Albin Michel – août 2001 – 545 pages

10x18 – mai 2003 – 544 pages

Présentation de l'éditeur :

A sept ans Edgar Presley Mint se fait écraser la tête par la voiture du facteur. Contre toute attente il survit. Commence alors pour Edgar une vie pleine de tribulations. Il passe deux ans à Saint-Divine, un hôpital peuplé de personnages délirants, il est ensuite envoyé dans un orphelinat puis placé dans une famille d'accueil des plus excentriques. C'est alors qu'il décide de partir à la quête du facteur.

Auteur : Né à Arizon en 1971, Brady Udall enseigne la littérature dans une université du Middle West. Révélé par son premier recueil de nouvelles, 'Lâchons les chiens', salué par une presse internationale, il est considéré comme l'un des écrivains américains les plus originaux de la jeune génération.

Mon avis : (lu en février 2010)

Edgar Mint est un garçon de sept ans, il est métis apache, sa mère est alcoolique et son père est parti. Edgar nous raconte le miracle dont il est le héros. Un jour, pour une raison qu'il ignore il se retrouve sous la jeep du facteur qui va lui écraser la tête. Miraculeusement sauvé par un jeune médecin, Edgar va faire un long séjour à l'hôpital, puis apprendra à se défendre dans un pensionnat enfin il est adopté par une famille de mormons. Edgar est un enfant attachant, il a beaucoup d'imagination, il est très observateur, il lutte pour s'en sortir. Son récit est plein de fraîcheur et de drôlerie, j'ai vraiment été touché par son histoire. Ce livre se lit vraiment facilement, les aventures rocambolesques sont racontées par cet enfant avec à la fois de l'humour mais parfois aussi de la cruauté et les dernières pages sont inattendues et magnifiques. A lire !

Extrait : (début du livre)
Si je devais ramener ma vie à un seul fait, voici ce que je dirais : j'avais sept ans quand le facteur m'a roulé sur la tête. Aucun événement n'aura été plus formateur. Mon existence chaotique, tortueuse, mon cerveau malade et ma foi en Dieu, mes empoignades avec les joies et les peines, tout cela, d'une manière ou d'une autre, découle de cet instant, où, un matin d'été, la roue arrière gauche de la jeep de la poste a écrasé ma tête d'enfant contre le gravier brûlant de la réserve apache de San Carlos.

C'était par une journée typique de juillet. A peine dix heures, déjà plus de 37°, et le monde baignait dans une lumière blanche aveuglante. Notre maison était particulièrement vulnérable à la chaleur, car, à l'inverse des autres logements sociaux qui bordaient la route, elle était recouverte de toile goudronnée – le revêtement extérieur n'avait jamais été posé – et il n'y avait ni arbres ni buissons pour faire de l'ombre. Dans le jardin de devant se dressait, squelette calciné, un vieux peuplier frappé par la foudre qui n'offrait pratiquement pas l'ombre jusqu'à ce que ma mère ait pris l'habitude d'accrocher des boîtes de bière aux branches noircies à l'aide de fil de pêche. Les centaines de canettes, auxquelles une bonne douzaine venait chaque jour s'ajouter, tintaient doucement quand la brise se levait, mais elles ne contribuaient guère à donner de la fraîcheur à la maison.

Lorsque le facteur s'arrêta ce jour-là devant chez nous, ma mère installée dans la cuisine aussi sombre qu'une grotte, expédiait son petit déjeuner (quatre boîtes de Pabst Blue Ribbon accompagnées d'un demi-bac de glaçons) cependant que grand-mère Paule, vêtue de jupe traditionnelle et de son sweat-shirt Mickey, broyait des glands sous la pergola tout en réussissant à ne pas transpirer. Moi, j'étais dehors à trainer au milieu des hautes herbes sur le bas-côté de la route ou peut-être à semer la panique dans une fourmilière – à la vérité, peu importe où j'étais et ce que je faisais.

Ce qui compte, c'est que le facteur, un petit gringalet dont les cheveux roux luisants de transpiration évoquaient la chair d'une citrouille, descendit de voiture pour aller dire un mot à ma mère. Ce qui compte aussi, c'est que pendant ce temps-là, quelque chose – Dieu seul sait quoi – me poussa à me glisser en dessous. Peut-être mon attention avait-elle été attirée par une page de catalogue ou un enjoliveur abandonné là, à moins que le rectangle d'ombre pourpre sous la jeep m'ait semblé constituer un bon endroit où m'abriter de la chaleur. Je dois pourtant m'interroger : peut-on imaginer que le petit Edgar de sept ans affligé d'une mère constamment soûle et déprimée et d'un père disparu dans la nature, sans oublier une folle de sorcière pour grand-mère, ait songé au suicide ? Peut-on imaginer qu'Edgar, sept ans et fatigué de tout, après avoir posé sa tête devant la roue, se soit contenté d'attendre ?

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (11/26)

4 décembre 2009

Aya de Yopougon 5 - Marguerite Abouet et Clément Oubrerie

aya_5 Gallimard - novembre 2009 – 106 pages

Présentation :

A Abidjan les problèmes s'accumulent pour Aya : Mamadou fait le 'génito' pour la femme de son professeur de biologie, tandis que Félicité est séquestrée au village par son père. De son côté, Grégoire, le Parisien moisi, s'est fait recruter par un pasteur, fondateur de la très prospère 'Eglise Réformée de Dieu Zéro Malade'. Pendant ce temps à Paris, Innocent, l'aventureux coiffeur, découvre que l'homosexualité n'est peut-être pas aussi bien acceptée en France qu'il l'espérait...

Auteurs :
Marguerite Abouet
naît en 1971 à Abidjan. Elle grandit en famille dans le quartier populaire de Yopougon jusqu'à l'âge de douze ans. Puis, ses parents l'envoient avec son grand frère à Paris, où les héberge leur grand oncle. Elle y découvre avec émerveillement les bibliothèques et se passionne pour les livres. Elle écrit bientôt des romans qu'elle ne fait lire à personne, tout en devenant tour à tour punk, supernounou pour triplés, pour mamies et papis, serveuse, opératrice de saisie... Après une carrière d'assistante juridique, elle décide de se consacrer uniquement à l'écriture et crée, avec la complicité de Clément Oubrerie, le personnage d'Aya. Elle y raconte avec une voix et un humour inédits une Afrique loin des clichés, de la guerre et de la famine. En 2006, Aya de Yopougon est célébré par le prix du Premier album au Festival international de ta bande dessinée d'Angoulême. Marguerite Abouet vit aujourd'hui à Noisy le Sec, près de Paris. Elle écrit de nombreuses histoires pour le livre, la télévision et le cinéma. Elle travaille aussi beaucoup pour l'association qu'elle a fondée Des livres pour tous, dans le but de rendre le livre plus accessible aux enfants d'Afrique en y créant des maisons de quartier bibliothèques.

Clément Oubrerie naît à Paris en 1966. Après le bac, il entame des études d'art à l'école Penninghen, qu'il interrompt pour partir aux États-Unis. Il y passe deux années, exerce toutes sortes de métiers, mais finit dans un pénitencier au Nouveau-Mexique parce que sans papiers. De retour en France, il illustre des ouvrages pour la jeunesse - une quarantaine à ce jour - et co-fonde La Station, un studio d'animation avec lequel il prépare actuellement un long-métrage signé Anna Gavalda. Il trouve aussi le temps de jouer de la batterie avec un groupe de funk et de voyager, notamment en Côte d'Ivoire. Son talent singulier donne vie avec esprit et authenticité au récit de Marguerite Abouet.

Mon avis : (lu en décembre 2009)

Je me suis plongée dans ce nouvel album de Aya de Yopougon avec toujours le même plaisir. L’intrigue va tout azimut car on passe tout au long du livre d’un personnage à l’autre, cela donne du rythme à ce cinquième album. Innocent est toujours à Paris, il emménage avec jeune homme, Moussa est recherché par ses parents, Félicité a été ramenée de force par son géniteur au village, Grégoire a été recruté par la fausse l’Église Réformée de Dieu Aucun Malade… Toujours avec humour mais appelant à la réflexion et avec des expressions imagées Marguerite Abouet aborde de nombreux sujets comme le patriarcat, les fausses églises, l’homosexualité… Je n’oublie pas le dessin de Clément Oubrerie drôle et coloré qui évoque si bien l’Afrique vivante. Comme toujours à la fin, il y a le « bonus ivoirien » avec un lexique, un article sur les églises en Afrique et la recette traditionnelle du « biékosseu ». Que du plaisir ! Et maintenant, j’attends avec impatience la parution de l’épisode suivant !

Extrait :

aya_5_1

Aya de Yopougon

Aya de Yopougon 2

Aya de Yopougon 3

Aya de Yopougon 4

17 novembre 2009

Les copains d'Aristide – Claude Michelet

les_copains_d_aristide Éditions France loisirs – janvier 2005 – 170 pages

Quatrième de couverture :

Il y a ceux qui naissent sous une bonne étoile, bénis des dieux, heureux au jeu et en amour et il y a... Aristide. Roi de la guigne, prince de la poisse, il a fait de la malchance son sport favori, son hobby à plein temps. Tout ça à cause d'un nom à coucher dehors, car notre Aristide s'appelle... Klobe.
Après une scolarité passée sur le banc des colles, un service militaire à l'ombre du trou et mille petits boulots ingrats, notre homme au nom impossible mais à la plume talentueuse se fait engager comme nègre chez un éditeur aussi âpre au gain qu'aux jupons. Mais ce jour-là, Aristide aurait sans doute mieux fait de se casser une jambe ou de briser un miroir !

Auteur : Claude Michelet est né en Corrèze en 1938, dernier d'une famille de sept enfants. Son premier roman, La Grande Muraille, paraît en 1969. Suivi d'Une fois sept (1970), Mon père Edmond Michelet (1971), Roche-flame (1973). Le succès vient en 1975 avec J'ai choisi la terre, et avec Cette terre est la vôtre (1977) sur le même thème. Et la consécration en 1980, quand le prix des Libraires couronne Des grives aux loups (paru en septembre 1979). Les palombes ne passeront plus, suite du précédent roman, paraît à l'automne de 1980. La série télévisée réalisée par Philippe Monnier a accru encore la diffusion de cette suite romanesque.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

C'est un peu par hasard que j'ai pris ce petit livre à la bibliothèque. Ayant déjà lu des livres de Claude Michelet avec La Grande Muraille puis Des grives aux loups (tome 1 à 4) il y a quelques années, j'ai été attirée par celui-ci peut-être grâce aux canetons de la couverture ?

Ce livre ne ressemble en rien à ceux que j'avais déjà lu du même auteur. Ce livre commence par la citation d'Eugène Labiche « Les chanceux sont ceux qui arrivent à tout... Les malchanceux sont ceux à qui tout arrive. » En effet c'est l'histoire d'Aristide Klobe qui a toujours été malchanceux à cause de son patronyme difficile à prononcer et à retenir qui l'entraîne dans des situations difficiles à l'école, au service militaire puis dans la vie professionnel. Ce roman se lit très facilement et est plutôt amusant, mais sans plus. Cependant, je n'ai pas compris la raison de la présence des canetons sur la couverture du livre...

Extrait : (début du livre)

« Si leur ramassage n'était pas interdit – mais qu'est-ce qui n'est pas interdit de nos jours ? - il ferait un temps à chercher les escargots, pensa l'homme en regardant la pluie qui frappait avec violence la fenêtre située derrière sa persécutrice.

« Mais évidemment, avec la malchance qui me poursuit depuis sa naissance, il a fallu que cette virago me convoque aujourd'hui ! De toute façon, si cette imbécile qui se gargarise de mots – car elle adore s'écouter parler, c'est évident ! - oui, si elle me lâche avant midi j'aurai quand même le temps de faire un saut jusqu'à la forêt de Rambouillet ; je suis sûr qu'elle regorge de champignons. Depuis qu'il tombe cette pluie, encore tiède pour la saison, je suis persuadé que les lactaires et les russules pullulent, et les girolles aussi !

« Mais au lieu de m'oxygéner et de me ramener de quoi me confectionner quelques solides omelettes, je suis là à feindre d'écouter les remontrances de cette vilaine garce ! Car avec la gueule qu'elle a, c'est sûrement une garce, une chamelle ! Je ne jurerais pas qu'elle ait jamais réussi à mettre un homme dans son lit ; mais si c'est le cas, le pauvre bougre n'a pas dû y faire la grasse matinée, pressé d'aller se réchauffer ailleurs ! Elle doit être aussi impossible à dégeler qu'un congélateur en marche et elle me fout vraiment la trouille ! Elle a des yeux à vous expédier à la guillotine...

- Vous m'écoutez au moins ? Lança sèchement la femme.

- Mais oui madame le juge, assura l'homme d'un ton qui démentait son acquiescement.

- Je vous ai déjà dit qu'on disait madame LA juge !

-Bien sûr, bien sûr, quoique du point de vue grammatical ce soit on ne peut plus douteux..., dit-il en contemplant à nouveau le ruissellement de la pluie sur les carreaux.

- Alors puisque vous m'écoutez vous comprendrez donc qu'avec les charges qui pèsent sur vous...

- Non, les soupçons, de simples soupçons infondés, coupa-t-il.

- Je dis bien les charges et je sais ce que je dis ! Vu les charges donc, je ne peux faire à moins que de préparer votre mise en examen ; elle devrait être effective sous peu. Je vous incite donc à trouver un avocat. Vous avez jusque-là négligé d'en prendre un, je ne saurai trop vous conseiller de pallier au plus vite cette carence.

- J'essaierai d'y penser.

11 septembre 2009

Leçons Particulières - Alain Claude Sulzer

Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire ! Vous trouverez donc aussi cette chronique sur le site Chronique de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération en partenariat avec ulike_logo_petit, pour en savoir plus...

le_ons_particulieres traduit de l'allemand par Johannes Honigmann

Editions Jacqueline Chambon – septembre 2009 – 256 pages

Quatrième de couverture : Avant la chute du communisme, Léo, un étudiant qui a fui un pays de l'Est, est accueilli en Suisse par un couple et s'installe dans leur maison de banlieue. Martha, une mère de famille de trente-quatre ans, accepte de lui donner gracieusement des cours d'allemand. Dans cette langue qu'il maîtrise à peine, il s'entend avouer pour la première fois qu'il a abandonné sa fiancée au pays. Mais cette trahison n'est qu'un début. Alors qu'il est devenu l'amant de son professeur, il prend en secret des cours d'anglais pour pouvoir rejoindre son frère au Canada. Cet amour qui est pour Martha une révélation et qui va bouleverser sa vie n'est pour lui qu'un bonheur fugitif, qui n'a pas de place dans ses rêves d'avenir.
Pour Alain Claude Sulzer, l'amour est inséparable de la trahison, car il y en a toujours un qui aime plus que l'autre. Mais le roman dénonce aussi l'égoïsme inséparable de celui qui émigré. Obnubilé par le but qu'il s'est fixé, il utilise froidement tous ceux qui l'aident sans se préoccuper de leurs sentiments.

Auteur : Alain Claude Sulzer est né en 1953 à Riehen, près de Bâle, où il vit. Leçons particulières est son huitième roman. Un garçon parfait publié en 2008, a obtenu le prix Médicis étranger, et le prix de la Radio Suisse romande en 2009. Le livre est déjà traduit en une douzaine de langues.

Mon avis : (lu en septembre 2009)

Comme l'indique le bandeau du livre, Alain Claude Sulzer est aussi l'auteur de « Un garçon parfait » Prix Médicis étranger 2008. Je n'ai pas lu ce premier livre.

Dans ce livre nous découvrons l'histoire de Léo, jeune émigré de 22 ans qui a fui un pays de l’Est (le nom du pays n'est pas précisé) pour une ville suisse. Il habite chez un couple de médecins, mais un problème de langue va vite se poser : «L'allemand de Léo était mauvais, il se résumait à quelques mots qu'il avait entendus dans la bouche de sa grand-mère.», c’est Martha, une suissesse de 37 ans, mère de deux enfants, qui va lui donner des leçons particulières d’allemand. «Chaque phrase, chaque mot qu'ils allaient se dire et se diraient désormais feraient partie de ses leçons. Parler de tout, de choses quotidiennes ou extraordinaires, de sujets banals ou importants, dans l'ordre ou pêle-mêle, c'était indispensable pour apprendre l'allemand et finir par le parler couramment.» Peu à peu le professeur et l’élève vont se rapprocher.

Il y a également d’autres personnages : le fils de Martha, Andreas adolescent de seize ans qui découvre le monde des adultes et se découvre lui-même. On a un aperçu de l'ancienne vie de Léo à travers les chapitres où il est question de sa grand-mère Olga restée dans son pays d'origine avec comme seule compagnie son chien Mazko.

J'ai passé un bon moment à lire ce livre très bien écrit avec des descriptions faites avec beaucoup de précision et des personnages plutôt attachants. Mais l'histoire ne m'a pas emballé plus que cela.

Extrait : (page 62)

Leo ouvrit l'étroite porte de guingois du jardin et s'engagea sur le chemin caillouteux qui menait à la maison de deux étages portant le numéro 28 ; il la trouva propre mais pas très gaie, ce qui était peut-être dû à l'absence de rideaux aux fenêtres. La maison était peinte en gris à l'extérieur, le tour des fenêtres en blanc.

Leo tenait dans sa main droite un porte-document ainsi que la boite de pralines enveloppée de papier cadeau et il appuya sur la sonnette de la main gauche. Comme s'il était attendu, une silhouette apparut derrière la vitre fumée et lui ouvrit la porte. Par quelle maladresse Leo laissa-t-il échapper le porte-documents et la boîte de pralines juste au moment où Martha Dubach lui ouvrit, il ne put jamais se l'expliquer, cela arriva, tout simplement. Il se produisit ce que Leo détestait le plus chez lui, il rougit fortement (à l'école, on l'avait surnommé le buisson ardent chaque fois qu'il arrivait de piquer un fard) et se mit à transpirer, ce qui augmenta encore son embarras. Mais Mme Dubach eut la décence de remédier à la situation par un haussement d'épaules. Leo ne remarqua pas qu'elle souriait, car il était encore occupé à ramasser le porte-documents et la boîte, laquelle n'avait subi qu'un léger choc à un coin. Tandis qu'il se redressait, l'enseignante tendit la main à son nouvel élève en disant : «  Je m'appelle Martha Dubach. » De l'autre main, elle saisit les pralines.

Leo était son premier élève particulier. Elle n'avait aucune expérience si ce n'est comme institutrice et encore celle-ci avait été limitée, car elle n'avait fait la classe que pendant un an ; à vingt et un ans, elle s'était mariée et était devenue mère. Depuis, elle n'avait mis les pieds dans une école que lorsqu'il s'agissait de ses propres enfants, et comme ni Andreas, ni Barbara n'avaient de problèmes scolaires, cela avait été rarement le cas. Forte de l'accord de Walter, accord donné avec plus d'indifférence que de réticence, elle s'était présentée à l'organisme d'assistance aux réfugiés, qui s'occupait notamment de trouver des enseignants pour des étudiants en provenance d'Europe de l'Est. Les cours d'allemand gratuits et bénévoles devaient faciliter leur intégration dans leur nouveau pays. L'organisme s'était félicité de son initiative, puis n'avait plus donné signe de vie pendant des semaines. Il n'avait fait appel à elle que quelques jours auparavant. Une femme avait téléphoné pour demander si sa proposition tenait toujours. Martha avait dit oui sans hésiter.

Merci aux Editions Jacqueline Chambon

Livre lu dans le cadre 07_chronique_de_la_rentree_litteraire en partenariat avec ulike_logo_petit

13 novembre 2009

Le goût du chlore – Bastien Vivès

le_gout_du_chlore Casterman (KSTR) – mai 2008 – 135 pages

Présentation Éditeur : C’est une histoire toute simple, d’une rare sobriété. Parce qu’il souffre du dos, un très jeune homme, dont au final on ne saura pratiquement rien de plus, se met à fréquenter une piscine sur les recommandations insistantes de son kinésithérapeute. Là, dans le bassin à la fois anonyme et rassurant où les individus ne sont plus que des corps qui nagent, au rythme monotone des longueurs ajoutées les unes aux autres, il fait la connaissance d’une jeune fille au corps et au sourire séduisants. C’est l’épanouissement de leur relation ténue, toute en silences, en esquives, en pudeur et en gestes esquissés, que va raconter Le Goût du chlore, avec une grande légèreté et un sens remarquable de la narration en images… Avec ce récit intimiste et pudique, façonné par les nuances et les non-dits, Bastien Vivès confirme qu’il est déjà devenu, en à peine plus d’un an d’intense activité, l’un des talents les plus originaux et les plus prometteurs de la nouvelle génération des auteurs français.

Auteur : Né en 1984, Bastien Vivès, fraîchement dipômé de l’école des Gobelins, débute son parcours professionnel en mettant sur pied, avec quelques camarades de sa génération, un atelier de bandes dessinées en plein Paris.
On le connaît aussi sur le web sous le nom de Bastien Chanmax. il y dessine POUNGI, le Manchot rappeur amateur de gros seins…
Bastien Vivès est l’auteur de Elle(s), paru au printemps 2007, et plus récemment de Hollywood Jan, l’un et l’autre sous le label KSTR.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

J'avais lu la critique de cette BD il y a quelques jours sur un blog (je n'ai pas retrouvé lequel...) et tout à l'heure par hasard je le découvre à la bibliothèque. Je le feuillète... et je l'emprunte. La bibliothécaire me conseille alors d'emprunter du même auteur Dans mes yeux (prochaine lecture) .

C'est une très belle découverte. L'histoire a un lieu unique, la piscine. Les personnages : il y a le garçon atteint de scoliose qui doit aller régulièrement à la piscine sur le conseil de son kiné. Il y rencontre une jeune fille ancienne championne de natation qui va lui donner des conseils techniques. Il y a très peu de dialogues, tout est dans la suggestion : les gestes, les regards... L'univers et l'atmosphère de la piscine sont parfaitement rendus : on assiste à des scènes sous l'eau et à l'air libre, on passe par le vestiaire, la douche avant d'arriver dans le grand bain. L'esthétique du dessin est superbe : la couleur utilisée est presque essentiellement le bleu-vert. Petit bémol pour la fin où l'auteur laisse le récit ouvert, libre à l'interprétation du lecteur... Un magnifique album de BD dans lequel je vous invite à vous plonger sans tarder !

Extrait :

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29 juillet 2009

Allez, France ! - Janine Boissard

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Robert Laffont – avril 2007 – 214 pages

Pocket – mai 2008 – 217 pages

Présentation de l'éditeur
"Je m'appelle France, j'ai neuf ans et je viens d'entrer en CM 1.
Dans ma classe, il y a les trois sortes de familles : les vraies. les monoparentales et les recomposées. Depuis le divorce, j'habite juste avec maman. alors moi, c'est la monoparentale. J'aime pas.
J'ai deux grands-mères qui s'entendent moyen et un seul grand-père. Personne ne sait où est passé celui qui manque et ça me fait comme un trou au cœur.
Heureusement, il y a l'école, où Mme la Directrice a dit qu'on était tous frères. Mes meilleures copines, c'est Fatima et Maria, mais on rigole bien aussi avec Ali, Tibère, Romain, Baudouin, qui a une cravate. Ahmed et Israël. Sans compter notre maître. Hugo, hypercool.
Maintenant, je vais vous raconter pourquoi tout le monde dit qu'on est la pire classe de l'école..."
Gaies et tendres, drôles et émouvantes, les aventures d'une petite fille d'aujourd'hui qui n'a pas la langue dans sa poche. Après " la Poison", la jeune héroïne de L'Esprit de famille, découvrez France. sa petite sœur des années 2000.

Auteur : Janine Boissard est née et a fait ses études à Paris. Très jeune, elle a choisi de se consacrer à l'écriture et publie son premier roman, "Driss", à vingt-deux ans chez René Julliard. Ce livre est signé, comme les trois suivants chez le même éditeur, de son nom de femme mariée : Janine Oriano. Toujours sous le nom d'Oriano, elle se lance dans le roman noir: "Un peu par jeu, parce que toutes les formes d'écriture m'intéressent, et aussi parce qu'on m'avait dit que c'était une façon de vivre de sa plume..." Elle est ainsi la première femme à entrer dans la fameuse "Série Noire" avec "B comme Baptiste".

En 1977, Janine Oriano reprend son nom de jeune fille pour publier aux éditions Fayard sa célèbre saga "L'Esprit de famille" (six volumes en tout, de 1977 à 1984). L'évolution de la société, les chambardements dans la famille, les problèmes de couple, ceux de l'adolescence, ceux de la femme moderne face au monde du travail sont ses thèmes favoris. En 1996, elle publie "Une Femme en blanc" (Robert Laffont), un formidable succès en librairie, traduit en Allemagne et en Italie; sans oublier la série télévisée en six épisodes, diffusée en 1997 sur France 2, avec Sandrine Bonnaire.

Également scénariste, adaptatrice, dialoguiste pour la télévision, Janine Boissard a publié à ce jour une trentaine de livres dont Malek (2008) . Décorée des Palmes Académiques pour son action auprès de la jeunesse, elle vit de sa plume depuis vingt ans. L'écriture est, dit-elle, "à la fois ma passion, un métier exigeant et ma façon de respirer".

Mon avis : (lu en juillet 2009)

J'ai trouvé ce livre dans la maison où je passais mes vacances, moi qui ai découvert Janine Boissard avec sa série "L'Esprit de famille" lorsque j'étais adolescente et depuis j'ai lu beaucoup de livres de cette auteur. Cette lecture a été rapide et distrayante, on suit le quotidien de France, petite fille de 9 ans, chez ses parents séparés, ses grand-parents et surtout à l'école dans sa classe de CM1. On retrouve un peu le ton du Petit Nicolas mais de nos jours avec les copains, les bêtises... C'est un récit d'enfant émouvant, plein de tendresse et de fraîcheur.

Extrait :
À l'école, notre maîtresse est toujours en arrêt maladie. On n'a pas envie qu'elle guérisse parce qu'on préfère garder Hugo.
Il y a eu du ramdam dans les places en classe. Dong et Tibère sont passés du côté des filles. Dong parce qu'il est pacifiste et qu'il a peur pour ses lunettes. Tibère parce que, s'il se bat, sa maman descendra la télé à la cave.
Anne-Laure, qui est un garçon manqué et a trois frères, est passée du côté des bagarreurs qui ne lui font pas peur. Ludivine aussi parce qu'elle est son amie de cœur.
Toutes les deux sont les meilleures élèves de la classe. Ludivine a même été nommée chef de rang, ce qui donne des responsabilités. Par exemple, c'est elle qui efface le tableau et tape la brosse sur les murs de la cour en faisant des petits nuages de poussière. J'aimerais bien être chef de rang mais pour ça j'ai encore du chemin à faire.
On a compris pourquoi Ali dormait tout le temps. Il a des coups de barre parce que justement il habite dans une barre avec tellement de frères et de soeurs qu'il n'arrive pas à les compter.
Patatras ! Dès la première lecture à voix haute, Hugo a découvert qu'un quart de la classe était dyslexique. La dyslexie est la maladie de la lecture. Tu lis en charabia. Les fautes d'orthographe sont son effet secondaire. Là, tu écris en verlan sans faire exprès. Total, l'enfant tombe en échec scolaire, il se décourage de s'instruire et, si on n'y prend pas garde, il se retrouve en zone d'éducation prioritaire.
Pour bien fourrer dans nos têtes de bourricots que la dyslexie n'était pas une maladie honteuse, Hugo a affiché au mur la photo d'un vieux monsieur ébouriffé qui tire drôlement la langue. Il s'appelle Albert Einstein. Quand il avait notre âge, il était dyslexique et gaucher par-dessus le marché. Eh bien devinez, mauvaise troupe : il est devenu un grand savant connu du monde entier. C'est pour ça qu'il lui tire la langue.

24 septembre 2009

Le verdict du plomb – Michael Connelly

le_verdict_de_plomb Seuil – mai 2009 – 457 pages

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Robert Pépin

Présentation de l'éditeur
La situation commence à s'arranger pour l'avocat Mickey Haller blessé à la fin de La Défense Lincoln. Après deux ans de soins, il hésite encore à reprendre du service lorsqu'il se retrouve à la tête du cabinet de son ami l'avocat Jerry Vincent, assassiné. Haller hérite d'une énorme affaire, la défense de Walter Elliot, un magnat du cinéma accusé d'avoir tué son épouse et l'amant de cette dernière. Mais alors qu'il se prépare pour ce procès qui pourrait faire de lui une célébrité, il découvre que lui aussi est en danger. Entre alors en scène un Harry Bosch qui, comme à son habitude, est prêt à tout, y compris à se servir d'Haller pour arrêter le meurtrier de Jerry Vincent. Mais, les enchères montant, tous deux comprennent que malgré ce qui les sépare ils n'ont pas d'autre choix que de travailler ensemble.

Biographie de l'auteur
Né à Philadelphie, Pennsylvanie le 21 juillet 1956, c'est en lisant les romans de Raymond Chandler que Michael Connelly décide de se consacrer à l'écriture. Il étudie alors la technique de l'écriture et le journalisme à l'université de Floride où enseigne le romancier Harry Crews. Le diplôme obtenu, il se lance dans le journalisme et écrit pour les journaux Fort Lauderdale et Daytona Beach. Il s'intéresse tout particulièrement au crime et couvre 'la guerre de la drogue', période pendant laquelle la Floride connut une vague de violence inattendue. En 1986, une enquête sur les rescapés d'un crash d'avion lui vaut d'être cité pour le prix Pulitzer et de travailler pour le prestigieux Los Angeles Times. Il publie son premier roman 'Les Egouts de Los Angeles' en 1992 dont le héros tourmenté, l'inspecteur Harry Bosch, deviendra un héros récurrent dans son oeuvre. On le retrouvera entre autres dans 'L' Envol des anges' et 'Lumière morte'. Récompensé dans de nombreux pays, Connelly puise son inspiration de son expérience de journaliste, de faits divers et de sa fascination pour le rapport ambivalent de l'homme face au crime et à la justice. Après 'Los Angeles River' en 2004 et 'Deuil interdit' en 2005, il offre au public une nouvelle enquête de Bosch dans 'Echo Park' en 2007. Véritables best-sellers, les romans de Michael Connelly font de lui l'un des maîtres incontestés du roman noir. Il vit en Floride avec sa femme et sa fille.

Mon avis : (septembre 2009)

C’est premier livre que je lis de cet auteur et j’ai passé un très bon moment.

Après deux ans d’arrêt, Mickey Haller avocat, il hérite de la clientèle de son confrère Jerry Vincent qui vient d’être assassiné dans le parking de son bureau. Il recrée alors son équipe avec Lorna Taylor, son assistante et Cisco, son enquêteur, car il va devoir défendre une dizaine de jours plus tard un très gros client : Walter Elliot, magnat du cinéma. Il est accusé d’avoir tué sa femme et son amant. Il ne semble pas très impliqué dans son procès mais il n’a qu’une exigence : le procès doit avoir lieu à la date prévue. En parallèle, l'inspecteur Harry Bosch enquête sur le meurtre de Jerry Vincent.

A partir d’une intrigue qui nous tient en haleine, Michael Connelly nous parle du travail de l’avocat. Il nous donne également des détails intéressants sur le fonctionnement de la justice américaine et dénonce certains de ses travers.

Extrait : (début du livre)

« Tout le monde ment. Les flics. Les avocats. Les témoins. Les victimes. Le procès n’est que concours de mensonges. Et dans la salle d’audience, tout le monde le sait. Le juge. Les membres du jury, même eux. Tous, ils viennent au prétoire en sachant qu’on va leur mentir. Tous, ils prennent place dans le box et sont d’accord pour qu’on leur mente. L’astuce, quand on s’installe à la table de la défense, est de se montrer patient. D’attendre. Pas n’importe quel mensonge, non. Seulement celui dont on va pouvoir s’emparer et, tel le fer porté au rouge, transformer en une lame acérée. Celle dont on va pouvoir se servir pour d’un grand coup éventrer l’affaire et lui répandre les boyaux par terre. Mon boulot, c’est de forger cette lame. De l’aiguiser. Et de m’en servir sans pitié ni conscience. D’être enfin la vérité en un lieu où tout n’est que mensonges. »

14 septembre 2009

Le poids des secrets, Tome 2 : Hamaguri - Aki Shimazaki

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Actes de Sud – janvier 2007 - 118 pages

Présentation de l'éditeur
Deux petits enfants de Tokyo, Yukio et Yukiko, scellent un pacte de fidélité en inscrivant leurs noms à l'intérieur d'une palourde, comme un serment d'amour éternel. Devenus adolescents, ils se retrouvent à Nagasaki sans se reconnaître ; les sentiments qui les habitent désormais, qui les troublent profondément, leur seraient-ils interdits ? Aux dernières heures de sa vie, la mère de Yukio cherchera à ouvrir les yeux de son fils en lui remettant ce coquillage sorti du tiroir de l'oubli.

Biographie de l'auteur
Née au lapon, Aki Shimazaki vit à Montréal. Hamaguri est le second volet de sa pentalogie Le Poids des secrets, qui comprend Tsubaki, Tsubame, Wasurenagusa et Hotaru. Hamaguri a remporté le prix Ringuet de l'Académie des lettres du Québec, Wasurenagusa le prix Canada-Japon, et Hotaru le prix du Gouverneur général du Canada.

Mon avis : (lu en septembre 2009)

Hamaguri (qui signifie palourdes en japonais) est le second tome de la série Le poids des secrets d'Aki Shimazaki. J'ai lu ce court roman en moins d'une heure. J'y ai retrouvé la poésie et la simplicité de l'écriture et de l'histoire du premier tome. On revit l'histoire de Tsubaki à travers les yeux de Yukio le demi-frère de Yukiko, le personnage principal du tome 1. Yukio nous raconte son histoire, sa relation avec sa mère, son père adoptif et surtout son amour impossible avec Yukiko. La partie historique, la seconde guerre mondiale et l’explosion de la bombe nucléaire sur Nagasaki est à peine évoquée, au profit de l’histoire d’amitié amoureuse entre Yukio et Yukiko qui ignorent qu’ils sont frère et sœur.

Une merveille encore une fois et je me lance sans tarder dans la lecture du tome 3 : Tsubame !

Extrait : (page 21)

Aujourd’hui, ELLE apporte des coquillages qui s’appellent hamaguri. ELLE les met par terre en deux rangs. Ils sont vraiment grands, mais toutes les dents de la charnière sont séparées. Je prends l’une des coquilles dans ma main. Elle est plus grande que le creux de ma main. Nous les comptons en ordre. Un, deux, trois, quatre… Je sait compter seulement jusqu’à dix. Après dix, je me tais. ELLE continue. Et en touchant à la dernière , ELLE crie :

- Vingt ! Il y en a vingt en tout. On va jouer au kaïawase.

Je répète le mot que j’ai entendu pour la première fois : - Kaïawase ?

- Oui. Les règles du jeu sont très simples : trouver les deux coquilles qui formaient la paire originale.

Je dis : - Mais les grandeurs et les motifs sont tous pareils.

- Non. Regarde bien, dit-ELLE.

ELLE prend deux coquilles et les colle l’une à l’autre. ELLE me montre le coquillage ainsi fermé et dit : - Ces deux coquilles ne sont pas de la même grandeur, n’est-ce pas ?

Je les regarde de très près et dis : - Tu as raison.

- Alors, il faut trouver la bonne paire. Ce n’est pas facile.

Je prends deux coquilles et j’essaie de les joindre, mais elles n’appartiennent pas à la même paire. Je les dépose par terre. ELLE continue. Puis ce sera mon tour. Ainsi, nous répétons le jeu jusqu’à ce que nous ayons reformé les dix coquillages.

Aujourd’hui, ELLE a trouvé sept paires et moi, j’en ai trouvé trois. ELLE m’a dit : « chez les hamaguri, il n’y a que deux parties qui vont bien ensemble. »

29 mars 2009

Passagère du silence : Dix ans d'initiation en Chine – Fabienne Verdier

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Albin Michel – septembre 2003 – 350 pages

Quatrième de couverture
Tout quitter du jour au lendemain pour aller chercher, seule, au fin fond de la Chine communiste, les secrets oubliés de l'art antique chinois, était-ce bien raisonnable ? Fabienne Verdier ne s'est pas posé la question en ce début des années 80, la jeune et brillante étudiante des Beaux-Arts est comme aimantée par le désir d'apprendre cet art pictural et calligraphique dévasté par la Révolution culturelle. Et lorsque, étrangère et perdue dans la province du Sichuan, elle se retrouve dans une école artistique régie par le Parti, elle est déterminée à affronter tous les obstacles : la langue et la méfiance des Chinois, mais aussi l'insupportable promiscuité, la misère et la saleté ambiantes, la maladie et le système inquisitorial de l'administration... Dans un oubli total de l'Occident, elle devient l'élève de très grands artistes méprisés et marginalisés qui l'initient aux secrets et aux codes d'un enseignement millénaire. De cette expérience unique sont nés un vrai récit d'aventures et une oeuvre personnelle fascinante, qui marie l'inspiration orientale à l'art contemporain, et dont témoigne son extraordinaire livre d'art L'unique trait de pinceau (Albin Michel).

Auteur : Elève aux Beaux-Arts de Toulouse dans les années 1980, Fabienne Verdier se découvre une attirance pour l'art asiatique, et plus particulièrement pour la peinture chinoise. Elle décide dès lors de tout quitter pour partir étudier en Chine. Après six mois d'insistance, elle est enfin acceptée comme élève par un maître chinois qui l'initie à l'art pictural et calligraphique. Après dix ans passés en Chine, elle est l'une des rares gardiennes européennes de ce précieux savoir.

Mon avis : (lu en février 2007)

Ce livre est vraiment exceptionnel, cette histoire est un mélange de récit d'aventure et d'une quête initiatique auprès de grands artistes de la calligraphie chinoise. C'est un témoignage sur la Chine des années 80, on découvre la vie difficile d'une étudiante étrangère seule dans une école artistique chinoise dirigée par le Parti. Elle doit lutter contre la méfiance des chinois, l'administration inquisitrice, la misère, la maladie... Mais c'est aussi une quête initiatique qui nous révèle beaucoup sur la culture chinoise, sur sa philosophie, sur sa civilisation... Son maître lui enseigne non seulement la technique de la calligraphie, mais tout un art de vivre oublié de nos jours en Chine. Superbe témoignage !

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Extrait : « C’est l’éclat spirituel qui doit générer l’œuvre; la pensée ne doit pas l’emporter sur le naturel de l’ensemble. C’est l’unité qui importe. Pars toujours d’une intuition poétique et essaie d’exprimer la substance des choses; tel est le principe constant.

On enrichit sa peinture en vivant pleinement l’humeur du jour. Le peintre ne copie pas la nature, mais elle est sa révélation première; il en restitue les traits, les états, l’ossature. Un brin d’herbe est source de connaissance. Il apprend la ligne drue, coupante, dense. La danse de l’oiseau en vol indique comment se déployer, prendre son élan, piquer vers le sol.

Le peintre, au cours de son existence, se construit une banque de données psychiques à partir de sa connivence avec le monde. C’est ce qu’il restitue dans son trait. Un jour, de cette banque de données naîtra naturellement, en un geste spontané, un acte créatif. Le beau en peinture chinoise, c’est le trait animé par la vie, quand il atteint le sublime du naturel ».

Extrait : « Si tu veux travailler les perceptions infinies à travers les lavis d’encre, il faut une attitude d’humilité, de transparence; c’est seulement ainsi que tu feras naître dans tes peintures une présence subtile. Quiétude, calme, silence. C’est le vide qui nourrira ton futur tableau; sur ce terrain vierge la pensée doit jaillir dans l’instant, comme une étincelle limpide».

Extrait : « Ma peinture exprime un désir de volupté, de béatitude, un refuge contre la tristesse, le plaisir procuré par les beaux paysages qui, depuis mon enfance, m’ont apporté les moments les plus intenses de joie et de paix. J’ai compris que l’extase, qu’elle se crie ou se taise, n’est pas un don du Ciel qu’on attend les bras croisés, mais qu’elle se conquiert, se façonne, et que l’intelligence y a aussi sa part ».

8 août 2009

Une mort esthétique – P.D. James

une_mort_esth_tique Fayard – avril 2009 – 440 pages

traduit de l'anglais par Odile Demange

Résumé du livre :

Quand la célèbre journaliste d'investigation Rhoda Gradwyn s'inscrit dans la clinique privée du docteur Chandler-Powell pour faire disparaître une cicatrice qui la défigure depuis l'enfance, elle a en perspective une opération réussie par un chirurgien reconnu, une paisible semaine de convalescence dans l'un des plus beaux manoirs du Dorset et le début d'une nouvelle vie. Mais, malgré le succès de l'opération, elle ne quittera pas Cheverell Manor vivante. Le commandant Dalgliesh et son équipe, appelés pour enquêter sur ce qui se révèle être un meurtre, puis sur une deuxième mort suspecte, se trouvent confrontés à des problèmes qui les mèneront bien au-delà de la simple recherche des coupables.

Phyllis Dorothy James mène ici sa dix-septième intrigue policière avec toute l'acuité et l'inventivité dont elle a le secret : un cadre pittoresque ; des personnages bien campés et dont la psychologie occupe une place importante, avec de nombreux retours sur leur passé ; l'équipe d'enquêteurs habituelle (Adam Dalgliesh, Kate Miskin, Francis Benton-Smith) ; le tout assorti de réflexions sur la structure sociale britannique, la nature humaine, la limite floue entre culpabilité et innocence, le poids du passé sur les destinées individuelles, le rôle fatal que peuvent jouer certains médias.

Auteur : Née en 192O, Phyllis Dorothy James sera tour à tour secrétaire, assistante de régie et directrice administrative d'un hôpital, avant de diriger un laboratoire médico-légal. En 1962, elle publie son premier roman, A Visage couvert. Il est signé P.D. James, afin de cacher que son auteur est une femme. Adam Dalgliesh, déjà présent dans ce premier titre, devient le héros emblématique des romans policiers de cet écrivain atypique, qui s'attache à mêler le suspense aux descriptions psychologiques. Devenue magistrat à la retraite aujourd'hui, anoblie par la reine en 1990, elle poursuit l'écriture et la promotion de ses romans avec le même succès.

Mon avis : (lu en août 2009)

C'est le deuxième livre de P.D. James que je lis après Le Phare. J'aime ce genre de policier anglais assez traditionnel. L'intrigue est très bonne, on ne s'ennuie pas un instant, petit à petit les pièces du puzzle s'assemble. Les personnages sont fort bien décrits, aussi bien les policiers à la suite du commandant Adam Dalgliesh que les occupants du manoir. J'aime cette ambiance lourde et mystérieuse de la campagne anglaise, ici nous sommes en plein hiver dans le Dorset, dans un vieux manoir imposant et isolé. J’aime également beaucoup la couverture qui reflète parfaitement l'atmosphère de ce roman policier avec lequel j'ai passé de très bons moments.

Extrait : (page 45)

Le mardi 27 novembre à quatorze heures, Rhoda était prête à partir pour son premier séjour à Cheverell Manor. Ses derniers articles avaient été rédigés et remis à temps, comme toujours. Elle n'avait jamais pu quitter sa maison, fût-ce pour une nuit, sans que tout soit en ordre, le ménage impeccablement fait, les poubelles vidées, les papiers rangés dans son bureau, la fermeture des portes intérieures et des fenêtres vérifiée. Le lieu qu'elle considérait comme son foyer devait être impeccable avant son départ, comme si ce souci du détail garantissait qu'elle y reviendrait saine et sauve.

En même temps que la brochure du manoir, on lui avait remis un plan pour se rendre dans le Dorset, mais comme elle le faisait toujours quand l'itinéraire ne lui était pas familier, elle avait noté les étapes sur un bristol qu'elle placerait sur le tableau de bord. Il y avait eu des éclaircies au cours de la matinée, mais malgré son départ tardif, elle mit du temps à sortir de Londres et au moment où, près de deux heures plus tard, elle quitta la M3 pour s'engager sur la route de Ringwood, le jour déclinait déjà. Le crépuscule s'accompagna de violents bourrasques de pluie qui, en l'espace de quelques secondes, se transformèrent en averse diluvienne. Tressautant comme des créatures vivantes, les essuie-glaces n'arrivaient pas à écarter cette masse d'eau. Elle ne voyait devant elle que la lueur de ses phares sur un ruissellement de plus en plus dense. Elle ne distinguait que très peu d'autres véhicules. Elle jugea plus prudent de s'arrêter et scruta le bord de la route à travers un mur de pluie, cherchant un accotement stable, recouvert d'herbe. Quelques minutes plus tard, elle put se diriger précautionneusement vers quelques mètres de terrain plat, devant le lourd portail d'une ferme. Ici, au moins, ses roues ne risquaient pas de s'enfoncer dans un fossé caché ou dans de la boue spongieuse. Elle coupa le moteur et écouta la pluie qui martelait le toit comme une grêle de balles. Sous ce déluge, la BMW était un havre de paix métallique, qui accentuait encore le tumulte extérieur. Elle savait qu'au-delà d'invisibles haies taillées s'étendait une des plus belles campagnes d'Angleterre, mais pour le moment, elle se sentait murée dans une immensité à la fois étrangère et potentiellement hostile. Elle avait éteint son portable, avec soulagement, comme toujours. Personne au monde ne savait où elle était, personne ne pouvait la joindre. Aucun véhicule ne passait et, à travers le pare-brise, elle ne voyait que la muraille d'eau et, au-delà, des traînées lumineuses tremblotantes qui indiquaient la présence de maisons lointaines. Généralement, elle appréciait le silence et n'avait aucun mal à tenir son imagination en bride. Elle envisageait sereinement l'opération à venir, tout en étant consciente des risques d'une anesthésie générale. Mais elle se sentait en proie à un malaise plus profond que la simple appréhension due à cette visite préliminaire ou à l'imminence de l'intervention. C'était un sentiment, jugea-t-elle, trop proche de la superstition pour être agréable, comme si une réalité qu'elle avait ignorée ou refoulée jusque-là s'imposait progressivement, exigeant d'être reconnue.

La rivalité sonore de l'orage rendait vaine toute tentative pour écouter de la musique ; elle se laissa donc aller contre le dossier de son siège et ferma les yeux.

7 janvier 2009

Léon – Leon Walter Tillage

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traduit de l'américain par Alice Ormière et Nadia Butaud - Illustrations de Susan L. Roth

Mot de l’éditeur :
Leon Walter Tillage est né en 1936, en Caroline du Nord. Son arrière-grand-mère était esclave, son père, métayer. Métayer, alors, cela voulait dire travailler toute l'année pour payer les dettes de l'année précédente, et ne jamais rien posséder soi-même. Être noir, dans les années quarante et cinquante, cela signifiait qu'on pouvait entrer dans certains magasins, mais par la porte de derrière, et qu'on entendait l'employé demander aux clients blancs : " Est-ce qu'il vous dérange ? Cela vous ennuie-t-il qu'il reste là ? Voulez-vous que je le mette dehors ? " Cela signifiait surtout qu'on pouvait perdre la vie, sans raison et sans espoir de justice. Le père de Leon est mort sous les yeux de sa femme et de ses enfants, écrasé par une voiture conduite par de jeunes Blancs. Ils lui ont foncé dessus à deux reprises, pour s'amuser. Leon avait tout juste quinze ans. Il se souvient d'avoir longtemps fait sept kilomètres à pied pour aller à l'école. Il se souvient que le conducteur du bus scolaire des Blancs arrêtait son véhicule pour que ses petits passagers puissent aller jeter des pierres aux écoliers noirs. De l'angoisse des siens les soirs où ils savaient que les membres du Ku Klux Klan allaient sortir. Il se souvient aussi que ses parents disaient : " Ça été voulu comme ça. C'est comme ça que ça doit être. Vous n'obtiendrez jamais d'être les égaux des Blancs ", et qu'il a refusé de les croire. Il a préféré écouter les paroles de Martin Luther King et risquer sa vie en participant à des marches pacifiques. Et un jour, enfin, les premières victoires sont venues. 

Mon avis : 5/5 (lu en juillet 2004)
Ce livre est autobiographique. Il est très touchant et bouleversant car l'auteur nous raconte son histoire simplement, sans haine et sans rancune. On a un peu oublié ce qu’était la ségrégation aux Etats-Unis dans les années 50, à une époque où il existe des lois racistes et restrictives pour les droits des Noirs. C’est un vrai témoignage de vie. On est très touché par l'histoire de Leon, la ségrégation devient plus parlante et l'injustice aussi. A lire absolument !

31 juillet 2009

le bateau du soir – Vonne van der Meer

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Edition Héloïse d'Ormesson – mars 2006 – 205 pages

10x18 – juillet 2008 – 222 pages

traduit du néerlandais par Daniel Cunin

Présentation de l'éditeur
Une petite villa de location sur l'île de Vlieland, quelque part sur la côte frisonne. Le temps d'un été, des vacanciers se succèdent à Duinroos, la maison des dunes. Familles à la dérive, couples en crise, chacun y trouve refuge pour se découvrir ou accepter l'inéluctable. Les histoires changent, le lieu demeure. Quelques chaises, des assiettes, un lit pour faire le point sur sa vie. Semaine après semaine, c'est la maison elle-même qui prend âme. Comme un trait d'union entre les parenthèses. Et dans le Livre d'or posé sur la commode, si les battements de cœur sont différents, le tempo est unique. Tout a commencé en arrivant ici, par le bateau du soir... Après Les Invités de l'île, une nouvelle échappée dans l'univers subtil de Vonne van der Meer.

Biographie de l'auteur
Vonne van der Meer est née en 1952 aux Pays-Bas. Avec sa trilogie de Duinroos dont "La Maison dans les dunes (ou les invités de l'île)", "Le Bateau du soir", elle rencontre un succès phénoménal dans toute l'Europe.
 

Mon avis : (juillet 2009)

Une ballade au bord de la mer, aux saveurs simples. C'est la suite du premier roman de Vonne van der Meer intitulé "La Maison dans les dunes ou les invités de l'île". On y retrouve quelques personnages croisés dans le premier livre : l'homme dont la femme était très malade, et qui était venue seule dans la maison de Vlieland quelques mois plus tôt. Il y a aussi Martine qui était venue l'année passée avec un jeune fille enceinte. Cette année, elle est accompagnée de sa mère et attend l'arrivée de son nouveau fiancé. Les vacanciers se succèdent avec leurs soucis, leurs angoisses... La femme de ménage est toujours présente de façon discrète. La mer, les dunes et la maison font partie prenante du roman. J'ai pris un égal plaisir à retourner sur l'île de Vlieland et j'ai passé un très agréable moment de lecture !

J'ai appris également que le troisième volet " Le Voyage vers l’enfant " sera publié fin août.

Extrait : (début du livre)

Je m’en suis sortie, une fois de plus. Tout est propre, tout marche. Tapis battus, rideaux repassés et accrochés ; ampoule neuve à la lampe au-dessus de la table ronde. La maison sent encore un peu l’alcool à brûler. Juste ce qu’il faut, non pas comme une dame qui se serait trop parfumée.

Reste mon petit tour d’inspection. Une dernière fois, je passe dans les pièces de Duinroos en regardant tout avec des yeux de vacancier. D’abord l’étage : la petite chambre bleue sous les toits. La chambre de Betty, c’est ainsi que je l’appelle. Betty et Herman Slaghek vont sans doute revenir cette année, trois semaines en mai, pour la cinquième fois. Puis je redescends l’escalier : mon voisin l’a repeint cet hiver. Je n’ai pas demandé l’autorisation à M. Duinroos ; de toute façon, il s’en remet à moi. Je lui ai envoyé la facture de la peinture ; quant à Bart, il n’a bien entendu pas demandé un centime pour la main-d'œuvre. Les marches avaient l’air moisies ; au fil des ans, la peinture blanche s’était écaillée, à croire que les gens n’ont rien de mieux à faire que passer leurs vacances à monter et descendre cet escalier.

Au rez-de-chaussée, depuis le temps que je viens ici, j’ai mon petit circuit. Pour commencer, la chambre d’enfant, près de la porte d’entrée, ensuite la cuisine, puis, en passant par le salon, la chambre des parents sur le côté de la maison. Je soulève de nouveau les rideaux pour voir s’il n’y a pas d’araignée morte par terre. Les W.-C., inutile de les inspecter une dernière fois car, nerveuse comme je suis, je les visite toutes les deux minutes comme si je m’apprêtais à partir en voyage.

Une fois que je suis passée partout, la partie d’échecs peut commencer. J’aurais pu être un Grand Maître. Où placer les fleurs ? Sur la table ronde ? Ou, malgré tout, sur la table basse, près des portes-fenêtres, afin qu’elles aient plus de lumière ? Les gaufres au miel que j’ai achetées pour les locataires, faut-il les mettre dans la boîte à gâteaux ou les laisser dans leur paquet sur le plan de travail ? Et le Livre d’or ? En guise de signet, je place à la page vierge qui marque le début de la nouvelle saison une feuille de hêtre plus que morte. Elle n’est plus que contours et nervures et, entre celles-ci, membrane transparente aussi résistante que du papier épais. Je l’ai repérée par hasard alors que je promenais le carlin de ma fille dans le bois, derrière le port. Un bois où pas un hêtre ne pousse. Pour que je la trouve là, il faut que le vent l’ait amenée de l’autre côté de l’île. Un dernier coup d'œil dans la cuisine en regardant par le passe-plat : allumettes à leur place près de la cuisinière, porte du frigo fermée, sucre, thé…

Terminé. Il est temps de partir… non, pas encore, encore un petit tour au premier. Mais pourquoi ? Je n’ai rien à y faire, je viens d’y aller. Tout est en ordre, et pourtant je ne peux m’empêcher de remonter. Gravir encore une fois l’escalier, prendre plaisir à voir briller les marches quand j’allume la lumière, regardez-moi ça… Qu’est-ce que c’est, là, au-dessus du portemanteau, sur l’étagère ? Une paire de gants ? Bizarre que je ne les aie pas remarqués plus tôt : des gants de femme, un modèle qu’on ne voit quasiment plus. Cuir marron côté paume et coton beige pour le dos fait au crochet : des gants de conduite, oui, c’est comme ça que ça s’appelle.

Il n’est pas rare que les gens oublient des choses, mais en général, je le remarque dès que je mets les pieds ici. Quand il n’y a pas de nom dessus, je les garde. Si aucun vacancier ne s’est manifesté dans les mois qui suivent, je leur cherche un nouveau propriétaire. Pour les parapluies, les cravates, les lunettes de soleil, il n’est guère difficile d’en trouver, et bien souvent, le nouveau propriétaire, c’est moi. Mais qu’est-ce que j’ai ? je crois bien que je me ratatine. Avant, je n’avais pas besoin de me mettre sur la pointe des pieds pour prendre un objet sur cette étagère.

Avec un peu de recul, je ne comprends pas ce qui m’a poussée à les essayer. Un seul coup d’oeil suffisait pour voir que, même s’ils sont très beaux, ils sont bien trop petits pour moi ; on ne peut pas dire que j’ai des mains fines. Pourtant, à l’instar de la demi-soeur de Cendrillon qui s’échine à introduire son pied disgracieux dans la petite pantoufle de vair, je me suis empressée d’essayer le gant droit. Avant même d’avoir enfoncé mes doigts, j’ai senti un truc : un bout de papier.

Une habitude qui ne m’est pas étrangère : il m’arrive à moi aussi de cacher une enveloppe prête à être postée ou un certificat de garantie plié en quatre dans un de mes gants, la différence étant que ce papier-là était bien plus épais. Je l’ai retiré, déplié et tout de suite reconnu : même papier blanc cassé que les pages du Livre d’or. Sept feuilles au total, pliées comme une lettre, et c’est en les dépliant que j’ai commencé à comprendre. Nul besoin de consulter le Livre d’or pour me souvenir qu’un grand nombre de pages avait disparu l’an passé. Déchirées, par la dernière locataire. Ça m’avait plutôt chiffonnée. Et ça me chiffonnait toujours. Qu’on puisse faire ça m’échappe. Une tache, des ratures, passe encore, mais déchirer autant de pages ! Savoir ce qu’on avait bien pu écrire dessus, ça n’avait cessé de me turlupiner, j’étais même retournée à Duinroos pour regarder dans la boîte du Scrabble si elles n’avaient pas servi à compter les points. C’est en remettant le couvercle sur la boîte que je me suis dit : mais avec qui aurait-elle pu jouer ? Pour autant que je sache, elle était toute seule. C’était fin septembre, la saison était quasiment terminée.

Ça ne m’a pas lâché de tout l’hiver. Qu’avait-on écrit qui, à la réflexion, ne pouvait être lu par des tiers, par quiconque ? Et c’est aussi ce que j’aurais dû me dire à l’instant, quand j’ai chaussé mes lunettes et ai déplissé les feuilles. Mais avant que je m’en sois rendu compte, je les avais déjà lues : Je suis venue sur l’île pour être seule quelques jours et, à présent que j’y suis, j’éprouve le besoin irrépressible de parler, et je marmotte toute seule bien plus souvent que je ne le fais à la maison. Est-ce à cause du silence, le silence d’une maison que je ne connais pas et d’où proviennent d’autres bruits que ceux auxquels je suis habituée ?

En relisant ces phrases sur le silence et ce que cela lui inspire, je hoche une nouvelle fois la tête. Je ressens la même chose qu’elle. Quand je suis ici, je me mets à parler toute seule. Comme s’il restait une trace de chacune des personnes ayant séjourné entre ces murs et que toutes participaient à une réception. Comme si je l’entendais parler, la femme en rouge. Je la vois devant moi – belle silhouette, cheveux très noirs, et sur le devant, une mèche blanche comme neige –, assise sur la terrasse, bondissant de sa chaise toutes les deux minutes et voletant. Ce qu’elle était maigre ! la peau sur les os. À présent, je sais pourquoi… peut-être n’est-il pas trop tard, peut-être n’y a-t-il pas encore de métastases et que je reviendrai l’an prochain…

Si je voulais, je pourrais demander à M. Duinroos une liste des locataires de l’an dernier ainsi que le nom de ceux qui ont réservé cette année. D’année en année, il conserve tous les noms. Mais même sans cette liste, je sais déjà qu’elle ne reviendra pas. Elle ne désirait rien tant que revoir l’île, nulle part elle n’était aussi heureuse qu’ici, mais elle ne l’ignorait pas elle-même : c’était son dernier séjour. Elle ne se plaint pas ; toutefois, je lis entre les lignes à quel point elle souffrait. Comment ne m’en suis-je pas rendu compte ? L’ai-je bien observée ? À chaque fois que je la saluais d’un geste de la main, elle me répondait par le même geste… attendait-elle plus de moi ?

Autant de questions qui me hantent, mais j’ai beau ouvrir les fenêtres pour faire un courant d’air, elles ne s’en vont pas. Si j’avais remarqué combien elle allait mal, j’aurais pu lui être, qui sait, d’un quelconque secours. Est-ce que j’en fais assez pour les locataires ? Dois-je prendre l’habitude de venir sonner deux ou trois jours après leur arrivée ? Leur demander comment ça va, s’ils ont compris comment marche le chauffe eau, s’ils ont assez de couvertures, si personne ne souffre d’une maladie grave ?

Je me suis toujours félicitée d’être à même de faire ce travail ; en laissant aux locataires une maison nickel au début de la saison, je contribue à leur bien-être. De nos jours, c’est à peine si les gens sont encore capables d’expliquer quel métier ils font, alors que de mon côté, les choses sont claires : quand c’est propre, c’est propre. Pour le reste, je veille au grain, je passe à l’occasion devant Duinroos à vélo, fais un signe de la tête, car on ne se sent chez soi qu’à partir du moment où quelqu’un vous salue. Au moins, je m’occupe un peu puisque mes enfants ont quitté la maison depuis des années.

Mais en ce moment, c’est la table que je regarde et je m’imagine cette femme, juste avant de quitter l’île, de bon matin, en train d’écrire comme une forcenée sous la lumière de la lampe, la noctuelle sur le revers de son gilet rouge. Elle affirme certes qu’il lui faut écrire, que c’est maintenant ou jamais, mais peut-être aurait-elle préféré avoir une oreille attentive. Quelqu’un pouvant lui répondre. Maintenant, c’est trop tard. Que faire de tous les souvenirs qu’elle avait de sa mère, de ses enfants, de son Edu ? Que faire de pensées que personne n’était censé connaître ? Ou tenait-elle malgré tout, sans se l’avouer, à ce que quelqu’un lise un jour ce qu’elle écrivait ? Comment, sinon, expliquer qu’elle ait oublié ses gants ? Où est-ce déjà… Personne ne lira jamais ces lignes et pourtant je tiens à les écrire.

Elle ne pouvait savoir que c’est moi qui les trouverais. Moi qui ai du mal à jeter les choses. Avec ce qu’il lui restait d’énergie, elle s’est épanchée sur le papier, et il faudrait que je brûle ça dans la cheminée ? C’est au-dessus de mes forces. J’aurais l’impression de jeter aux flammes quelque chose qui respire encore. Quand je me suis mariée, on nous a offert un carreau de Delft sur lequel figure un adage : « On entre dans le concert de la vie sans en avoir le programme », et ce que cette femme a écrit est tout aussi vrai : Au fond, l’homme n’a rien si ce n’est un nom, voilà ce qu’il m’a toujours été donné de comprendre, d’une façon ou d’une autre, et mieux que partout ailleurs, sur cette île. Parce qu’ici, rien n’est à moi non plus. Rien de ce qui me procure tant de plaisir ici, je ne peux le dire mien.

10 juillet 2009

La Femme de Chambre du Titanic – Didier Decoin

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Seuil - janvier 1991 - 330 pages

Points – juin 1992 – 331 pages

Points – novembre 2006 – 330 pages

Quatrième de couverture :

« Voilà l’histoire d’un amour si étrange, dit l’auteur, que je n’étais pas sûr d’oser jamais l’écrire. Mais l’envie de raconter aura été plus forte que mes pudeurs.
Raconter la passion qui, durant l’année 1912 – l’année du Titanic -, a entraîné un docker de cinquante-deux ans, Horty, et Marie Diotret, une très jeune femme de chambre du transatlantique, dans un monde qui n’était pas fait pour eux. »
Dans le sillage d’Horty et de Marie, de la taverne de la Tête d’Écaille aux quais mouillés de Southampton, des terrains vagues de New York aux lacs rêvés de l’Etat du Maine, des lumières du Grand Théâtre à la nuit des docks où rôdent amants et assassins, cette « extrême histoire d’amour » met en images Zoé, la petite épouse rouquine et patiente qui attend qu’Horty rentre enfin à la maison ; Zeppe, le garçon de cirque qui croit pouvoir tirer fortune de l’amour d’Horty pour Marie ; la trop fragile Aïcha à qui le destin ne laissera même pas le temps d’apprendre à compter jusqu’à onze ; Sciarfoni, le lamaneur qui gîte comme une bête sauvage sous une grande barque renversée ; Maureen, la voleuse de bijoux qui opère dans les théâtre de Drury Lane ; et tout le peuple du port – dockers, soutiers, filles de joie, riches voyageurs, émigrants misérables…
Le roman à la fois le plus imaginaire et le plus vrai de l’auteur d’Abraham de Brooklyn et de John l’Enfer.

Biographie de l'auteur
Né en 1945, Didier Decoin est scénariste et écrivain à succès. Auteur d'une vingtaine de romans, il a notamment publié John l'enfer (prix Goncourt 1977), Louise (1998). Didier Decoin est le fils du cinéaste Henri Decoin. Il débute sa carrière comme journaliste de presse écrite à France Soir, au Figaro et à VSD, et de radio sur Europe 1. En parallèle il se lance dans l'écriture, et sera couronné par le Prix Goncourt en 1977 avec John l'Enfer. Tout en continuant son métier d'écrivain, il devient scénariste au cinéma puis à la télévision (adaptations et scripts pour la télévision comme les grands téléfilms Les Misérables, Le Comte de Monte-Cristo, Balzac ou Napoléon). En 1995, il est devenu le Secrétaire de l'Académie Goncourt.

Mon avis : (lu en 2001 et relu en juillet 2009)

J'avais un très bon souvenir de la lecture de ce livre et la relecture a été un vrai plaisir. C'est une belle histoire d'amour.

Nous sommes en 1912 dans un port de la mer du Nord, Horty remporte la course des dockers pour la cinquième année consécutive, mais cette année là le prix n'est pas un veau mais un voyage à Shouthampton pour assister au Départ du Titanic. C'est dans l'hôtel bondé, qu'il va être contraint de partager sa chambre avec Marie, femme de chambre du transatlantique. Horty invite Marie à dîner et ensuite, ils passent la nuit chastement étendus sur le lit. Au matin, Marie s’embarque sur le bateau et Horty regagne son village et retrouve sa femme Zoé. Cette rencontre va bouleversé sa vie, il garde comme seul souvenir une photo de Marie. Et quand quelques jours plus tard, le docker apprendra le naufrage du Titanic, Marie deviendra une véritable obsession pour lui.

Les personnages sont touchants, l'auteur nous raconte une belle histoire avec un certain suspense. Les descriptions des lieux, des personnages sont également minutieuses. En résumé un très bon livre.

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Une adaptation cinématographique a été réalisé en 1997 par Juan José Bigas Luna avec Olivier Martinez, Romane Bohringer, Didier Bezace. Je n'ai pas eu l'occasion de la voir.

Extrait : (page 120)

Horty se doutait bien que marie et lui disposeraient de peu de temps pour se quitter et, tandis qu’ils marchaient tous les deux vers le bassin de l’Océan, il se répétait qu’il ferait mieux de la prendre maintenant dans ses bras pour lui dire combien il avait aimé l’avoir près de lui toute la nuit.

Elle fermerait peut-être les yeux tout en gardant son visage offert, comme font les femmes qui s’attendent à être embrassées. Mais le docker n’était pas sûr d’aller jusqu’à l’embrasser : un baiser serait tellement plus agréable pour lui que pour elle, or tout ce qu’il voulait c’était la remercier d’avoir embelli son séjour à Southampton. Sans elle, il aurait passé une soirée en somme peu exaltante, il aurait sans doute essayé la salle de bains de l’hôtel parce qu’il ne s’était encore jamais plongé dans une vrai baignoire avec des robinets, puis il aurait fait quelques pas sous la pluie le long des murs de Harston & Harston – et quoi ensuite ? il serait rentré finir sa lettre à Zoé et se coucher.

Mais il se retenait. Si je la serre trop tôt contre moi, elle va croire que je ne pensais qu’à ça depuis le début. Je ne veux pas lui donner des hommes une idée dégoûtante, sinon elle hésitera à servir le petit-déjeuner aux passagers célibataires, un steward le fera à sa place, et alors elle ne se mariera pas avec un Américain comme elle en a tellement envie.

(…)

Il faut attendre encore un peu, je la prendrai par les épaules quand on sera tout près du bateau, quand il sera devant nous comme un mur et qu’on me dira que je ne peux pas aller plus loin.

Mais il y avait eu l’intervention précipitée du policier. Marie était devenue tout à coup très pâle et elle s’était mise à courir avec sa valise comme une petite fille effrayée avant qu’Horty ait pu seulement lui frôler la main, et des matelots avaient écarté pour elle les barrières blanches délimitant la zone réservée au personnel du Titanic, Horty l’avait appelée mais il n’était même pas sûr qu’elle l’ait entendu, l’orchestre jouait très fort.

16 juin 2009

L'enfant d'Emma – Abbie Taylor

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France Loisirs – février 2009 – 440 pages

traduit de l'anglais par Marieke Merand-Surtel

4ème de couverture : En une seconde, la vie d'Emma vire au cauchemar. Les portes du métro se referment sur Ritchie, son fils de 13 mois, alors qu'elle reste sur le quai. Emma s'effondre. Heureusement, une femme dans la rame vient à sa rescousse et Emma retrouve son enfant à la station suivante. Mais le soulagement fait vite place à l'horreur car l'inconnue disparaît ensuite, emmenant Ritchie avec elle. Emma a beau appeler à l'aide, la police refuse de la croire. A-t-elle vraiment un enfant ? L'a-t-on réellement enlevé? Emma ne peut alors compter que sur elle-même pour tenter de retrouver son fils, quoi qu'il lui en coûte...

Auteur : Abbie Taylor est un médecin dans la trentaine. Elle est née en Irlande et vit entre Dublin et Londres. Ceci est son premier roman.

Mon avis : (lu en juin 2009)

Ce livre est à la fois émouvant et "flippant". Emma, jeune mère célibataire prend le métro avec Ritchie son fils âgé de 13 mois. Embarrassée par la poussette et des sacs, Emma laisse Ritchie monter seul dans la rame de métro et la porte se referme sous son nez la laissant sur le quai. Elle est paniquée et elle veut récupérer son fils. Elle court à côté du métro et en bout de quai, elle sauvée par un homme de l'accident. Elle se dépêche alors de rejoindre la station suivante où elle retrouve Ritchie assit sur les genoux d'une femme, Antonia. Emma est soulagée, elle a retrouvé son fils. Mais c'est de nouveau le cauchemar, car Antonia va disparaître avec Ritchie ! Ensuite, Emma va devoir se battre seule contre tous pour retrouver Ritchie. En effet, la police ne veut pas croire ce que raconte Emma : a-t-elle vraiment un enfant ? A-t-il vraiment été enlevé ou Emma l'aurait-elle fait disparaître ? Emma va cependant trouver de l'aide auprès de Rafe.

Cette histoire est vraiment captivante et si proche de la réalité qu'on est souvent ému. En tant que maman, je me suis sentie très proche d'Emma et j'ai imaginé facilement les sentiments qui l'anime tout au long de l'histoire... A lire !

Extrait : (début du livre)

1

Dimanche 17 septembre
Premier jour En haut de l'escalier, des adolescents étaient affalés contre les murs, les jambes étendues, occupant quasiment tout le passage. Ils portaient des doudounes noires, et une même expression sur le visage : vide, dure, désœuvrée. Emma entendit leurs voix résonner sur le carrelage depuis l'angle du couloir. Dès qu'ils la virent, leur discussion cessa.
— Excusez-moi, dit Emma d'un ton poli.
Très lentement, ils retirèrent leurs pieds. Elle avait juste assez de place pour passer. Elle dut traverser tout le groupe, sentant leurs yeux posés sur elle. Ils l'observèrent en silence descendre péniblement les marches avec la poussette, Ritchie et tous ses sacs.
Elle fut contente lorsqu'elle atteignit le pied de l'escalier et tourna au coin. Une lumière crue baignait le quai désert du métro. Emma regarda derrière elle. Les garçons ne l'avaient pas suivie.
— Ça va, Ritchie ?
Soulagée, elle s'accroupit à côté de la poussette. D'habitude, elle n'était pas nerveuse, mais là, avec le bébé, elle se surprit à espérer que le train arrive vite.
Ritchie, un enfant solide et potelé de treize mois, avait commencé à pleurnicher, gonflant son petit bedon et frottant ses yeux de ses poings.
Emma secoua doucement la poussette.
— T'es fatigué, hein ? On sera bientôt à la maison.
Elle aussi était fatiguée. Ç'avait été une longue journée ; toute une expédition à travers Londres jusqu'aux quartiers de l'East End. Elle avait eu un besoin urgent de s'évader de l'appartement, et une nouvelle promenade vers Hammersmith Broadway ou North End Road était au-dessus de ses forces. Ils avaient bien profité de la journée ; ils avaient déambulé autour des étals de Spitafield Market, acheté quelques pantalons et maillots pour Ritchie, puis s'étaient rendus dans un petit bistrot bondé pour s'offrir un café, des scones et un bol de Banana Surprise. Ensuite, ils avaient pris un bus pour Mile End, et fait une balade au bord de Regent's Canal, observant les cygnes et les bateaux, avec leurs pots de fleurs peints. Mais l'air s'était rafraîchi, c'était le signe qu'il fallait rentrer. Le crépuscule recouvrait le canal d'une couche d'écume verte, un Caddie rouillé émergeait à la surface de l'eau. Il avait fallu marcher un bon moment avant de trouver une station de métro, et les sacs de courses pesaient de plus en plus lourd, cognant contre les jambes d'Emma à chaque pas. Le soulagement l'avait envahie lorsqu'elle avait enfin repéré, un peu plus loin sur le trottoir, le cercle familier rouge et bleu du métro londonien.
— Mah.
Ritchie se pencha hors de la poussette pour lui coller sa sucette à l'orange sous le nez. Du liquide poisseux coulait sur sa manche.
— Oh, pour l'amour du ciel ! Pourquoi tu l'as réclamée, alors ?
Emma sentait poindre une migraine. Elle lui prit la sucette puis essuya sans ménagement son visage et ses mains. Elle chercha une poubelle. Aucune nulle part, évidemment. Il était huit heures moins le quart, dimanche soir. Visiblement, tout le monde était rentré chez soi après avoir passé la journée dehors. Il n'y avait pas âme qui vive. Elle n'avait qu'à balancer la sucette sur les rails. Pourtant, elle finit par l'envelopper dans un mouchoir en papier et la fourrer dans son sac. Sur le mur du quai opposé, une pub pour de l'eau minérale montrait un paysage campagnard. Des arbres, de l'eau, la paix.
Ritchie se remit à geindre en tirant sur les sangles de la poussette.
— Bon, viens.
Quel mal y avait-il à le laisser sortir ?
Comme elle s'agenouillait pour détacher les sangles, un léger grincement résonna dans les profondeurs du tunnel. Le métro.
Emma avait toujours trouvé quelque chose de sinistre au bruit d'un train qui s'approchait dans un tunnel. L'entendre sans le voir ; juste le crissement des rails précédant la chose monstrueuse qui allait surgir de l'obscurité. D'un geste rapide, elle souleva Ritchie et le déposa sur le quai. Lui aussi avait entendu, et se retournait pour regarder, le duvet blond sur sa tête soulevé par une brise. Sans lâcher son harnais, Emma se pencha pour plier la poussette de sa main libre.
Le bruit s'intensifia. Ritchie se serra contre sa jambe en agrippant son jean. Malgré sa distraction sur le moment, elle se souviendrait par la suite de l'air qu'il avait. Sa petite bouille ronde aux yeux écarquillés qui fixaient, bouche bée, le tunnel, et attendaient l'arrivée du monstre.
— Là, articula-t-il, aux anges, tandis que la lumière des phares emplissait le tunnel.
Il lâcha le jean d'Emma pour pointer du doigt. Les wagons crasseux, rouge, blanc et bleu, grondèrent dans la station. Des grincements stridents résonnèrent sur le carrelage ; le train ralentit, puis s'arrêta. Le vrombissement de la machine mourut brusquement, comme si on avait coupé un ventilateur.
Silence.
Une seconde plus tard, la porte s'ouvrait en faisant un grand pschitt.
— Allez, grimpe, ordonna Emma.
Ritchie ne se le fit pas dire deux fois. Emma le guida vers un wagon vide, son harnais toujours bien en main, qu'elle leva un peu pour l'aider à monter. Il se hissa à quatre pattes, le haut de sa couche dépassant du pantalon. Puis il se redressa dans l'encadrement de la porte, content de lui, avant de se retourner vers elle.
— Mah, dit-il en l'invitant à bord d'un geste de sa main grassouillette.
Ce fut l'image qu'elle revit de lui le plus souvent, au cours des semaines suivantes. Debout dans l'encadrement, avec son petit sourire plein de quenottes, sa frange coupée de travers, sa veste polaire bleue avec l'éléphant jovial sur le devant. Il n'avait rien de particulier, rien qu'elle n'ait déjà vu mille fois auparavant. Aucun murmure dans sa tête ne l'avertit de l'arracher du wagon et de ne plus le lâcher. Il lui faisait encore
signe alors qu'elle chargeait la poussette près de lui et se tournait pour ramasser les sacs. En baissant la main, Emma crut sentir quelque chose : une légère secousse latérale sur le harnais qu'elle agrippait. Un mouvement infime, mais en y repensant par la suite, ç'avait dû lui sembler bizarre parce qu'elle se souvenait d'avoir intérieurement froncé les sourcils. Avant même qu'elle puisse se redresser et regarder, elle sut que quelque chose clochait.
Pschitt.
Elle fit volte-face. L'espace d'un instant, elle ne comprit pas ce qu'elle voyait. Les pensées zigzaguaient dans sa tête. Qu'est-ce qui manque à cette image ? Elle tenait toujours le harnais de Ritchie, mais la porte du wagon était refermée.
Refermée sous, son nez, et Ritchie se trouvait de l'autre côté.
— Bordel de merde !
Lâchant les sacs, Emma bondit sur la porte et essaya d'introduire les doigts entre les bords. À travers la vitre, elle vit le sommet du crâne de Ritchie.
— Attends, lui cria-t-elle. J'arrive.
Bon Dieu, comment s'ouvrait cette porte ? Durant une seconde, tout resta flou. Puis elle trouva le bouton d'ouverture et le pressa. Rien ne se passa. Elle l'enfonça de nouveau, plus violemment, cette fois. Toujours rien. Elle se mit à cogner des poings sur la porte, tout en jetant des regards éperdus sur le quai.
— Au secours ! Mon bébé est coincé !
Sa voix s'éleva faiblement puis mourut. Le quai était désert. Juste de sombres blocs de béton, des bancs métalliques le long des murs, les tunnels silencieux à chaque extrémité.
— Merde.
Le cœur d'Emma battait à tout rompre. Elle sentait son esprit très vif, en alerte. De nouveau, elle regarda autour d'elle, et cette fois repéra un boîtier rouge sur le mur, avec une face vitrée. L'alarme incendie. Elle s'élança instinctivement dans sa direction. Puis elle retint son geste. Pour atteindre l'alarme, il faudrait lâcher le harnais de Ritchie. Elle hésita, incapable de s'obliger à rompre, même une seule seconde, le contact avec son fils.
— Au secours, hurla-t-elle encore, plus fort, cette fois-ci. S'il vous plaît, quelqu'un ?
Quelqu'un allait forcément entendre. Il s'agissait d'un endroit public, nom d'un chien. Elle était en plein cœur de Londres.
Puis quelque chose la frappa. Le train n'avait pas bougé. Les portes semblaient s'être refermées depuis une éternité mais le train restait toujours là.
Ils ont vu ce qui se passe, pensa-t-elle.
Elle chancela de soulagement. Bien sûr. Le métro ne pouvait pas repartir tant que le harnais était coincé dans la porte. Le conducteur la voyait s'agiter dans un miroir, ou une caméra, ou peu importe quoi. Dans une minute, on viendrait l'aider. Elle resta là à attendre, ne sachant quoi faire d'autre.
Ça va aller, se dit-elle. Ça va aller.
Elle jeta un nouveau coup d'œil à Ritchie. Puis sursauta. Qu'est-ce que c'était que ça ? Ce mouvement, au bout du wagon ?
Il y avait quelqu'un là-dedans. Il y avait quelqu'un avec Ritchie.

23 mai 2009

Ça t'apprendra à vivre – Jeanne Benameur

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Denoël – février 1993 – 127 pages

Seuil jeunesse – mai 1998 – 119 pages

Actes Sud – janvier 2007 – 111 pages

Présentation de l'éditeur
Un père, une mère et quatre enfants noués par le silence. La violence muette de ces liens et celle, assourdissant d'un pays qui entre en guerre. Algérie 1958.
Mi-Arabes, mi-Français, ils s'exilent dans une ville de la façade atlantique. Jamais ils n'y retrouveront leur ciel, ni leur place.
C'est la cadette qui raconte, rompant l'omerta familiale. C'est dans sa bouche que naît enfin la parole, entre silence et cri. La parole pour vivre.
Récit pudique, émotion âpre, Jeanne Benameur manie superbement les raccourcis de l'enfance. Ses mots simples et justes sont autant de cailloux noirs sur la route des souvenirs.

Quatrième de couverture : (édition Seuil jeunesse)

Elle a cinq ans. Elle vit en prison. Son père en est le directeur. 1958. Elle vient d’être arrachée à son pays, l’Algérie. Il fait froid à La Rochelle et elle vit dans une nouvelle prison. Comment s’habituer au déracinement, à l’emprisonnement ? Comment s’intégrer ? Une petite fille a peur. Par petites scènes, par mille détails, elle va tenter de faire surgir la vérité dans la rage, la colère. La petite fille modèle, sage comme une image, ne veut plus être une image.

Ça t’apprendra à vivre rompt la loi du silence qui a tout envahi. Jeanne Benameur a su trouver les mots pour le dire et, peut-être, pour chasser la peur.

Auteur : Jeanne Benameur est l'auteur de nombreux livres pour la jeunesse, dont récemment La Boutique jaune. Longtemps enseignante, elle se consacre désormais à l'écriture. Ses livres : Les Demeurées (2000), Un jour mes princes sont venus (2001), Les Mains libres (2004), Laver les ombres (2008)

Mon avis : (lu en mai 2009)

C’est un roman autobiographique de Jeanne Benameur qui nous parle de l’exil à travers le regard d’une petite fille de cinq ans. Elle est arrachée au pays où elle est née, l'Algérie, exilée avec sa famille en métropole à La Rochelle. L’adaptation est difficile. Elle nous raconte son quotidien, sa famille, ses souffrances : car c’est une petite fille très sensible, elle attend un peu plus de gestes d'amour de la part de ses parents. Elle essaie d'être parfaite mais en réponse elle ne ressent aucune attention particulière. Les chapitres sont courts, les phrases sont simples qui décrivent la difficulté du retour en France. L’histoire est très touchante.

Extrait : Creuser – enfouir – perdre

Depuis qu'on est arrivé dans cette ville atlantique, on va à la plage.

Pour moi, la plage, c'est creuser.

Un jour, c'est un briquet, un petit briquet carré que j'ai trouvé, qui tient bien dans ma main.

Je l'enfouis profond, là où le sable a fini d'être sec. Creuser dans le mouillé, les grains qui s'encastrent sous les ongles, je ne sais pas si j'aime ça mais je le fais.

Je creuse, j'enfouis.

Et puis peu à peu le sable remis rebouche le trou. C'est bien. Et du sable sec par-dessus. Jusqu'à ce qu'on ne voie plus le lieu où j'ai enfoui.

Moi seule, je repère.

Et puis je joue à oublier le lieu.

Et d'un coup me le redonner : là, c'est sûr, je le sais, si je creuse, je retrouve le briquet.

Mais je ne le fais pas. Je tente l'oubli encore plus fort. C'est un drôle de jeu.

Je vais à la mer.

Les bras le long du corps, les mains qui sentent le dur de l'eau contre elles. J'avance et puis je m'arrête.

Immobile, je laisse les vagues faire. Lapent les cuisses, repartent. Le froid qui pique avant qu'elles reviennent me claquer la peau. Je compte. Dix fois. Et puis je retourne au sable. Je passe, rapide, les galets, en équilibre, les flaques. La mer descend. Le soir. Bientôt nous allons rentrer.

Ma mère est assise au milieu de nos affaires, sur sa serviette. La plage, elle n'aime pas. Elle lit Intimité ou Nous Deux tout en tricotant encore pour cet hiver des pulls qui me feront des boules sous les bras. Elle n'est pas douée.

Parfois elle lève les yeux sur ces femmes aux corps sveltes et sûrs qui s'ébrouent, bronzent, nagent, ont l'air heureux. Intimidée.

Elle les envie.

J'envie leurs enfants.

Nous, où qu'on aille, on a toujours l'air de rétablir le campement. On se protège. On n'étale pas les matelas pneumatiques, les transats, les nattes. On s'assoit sur des serviettes éponge de toilette, maladroitement. On ne sait pas prendre nos aises.

Dans nos corps resserrés par des générations de l'exil répété, nous savons le peu d'espace qu'on nous laisse. Encore en prenons-nous moins. Habitués à nous faire oublier. Nous ne savons pas vivre comme les autres. Toujours trop ou trop peu.

Nous ne sommes libres que de partir. C'est dans l'âme. 

2 mai 2009

Ne le dis à personne - Harlan Coben

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Belfond – janvier 2002 – 353 pages

Pocket – avril 2004 - 430 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Roxane Azimi

Quatrième de couverture
Imaginez... Votre femme a été tuée par un sérial killer. Huit ans plus tard, vous recevez un e-mail anonyme. Vous cliquez : une image... C'est son visage, au milieu d'une foule, filmé en temps réel. Impossible, pensez-vous ? Et si vous lisiez
Ne le dis à personne...?

Résumé : Pédiatre, David Beck exerce dans une clinique pour le compte de Medicaid, structure sociale qui prend en charge les pauvres sans couverture sociale. Il aime son métier et l'exerce avec passion. Mais sa vie a été brisée lorsque son épouse, Elizabeth, qu'il connaissait depuis l'enfance, fut assassinée par un tueur sadique qui marquait ses victimes au fer rouge. Huit ans après ce drame, il reçoit un étrange e-mail codé dont la clé n'était connue que de lui-même et d'Elizabeth. Abasourdi, David essaie de se souvenir des détails qui entourèrent l'assassinat de sa femme, dont le propre père, officier de police, identifia formellement le corps. Impatient, il guette le prochain message qui lui donne rendez-vous le lendemain. En cliquant sur un lien hypertexte, il découvre alors le site d'une caméra de surveillance de rue et dans la foule, il voit, stupéfait, passer Elizabeth qui le regarde en articulant "Pardon, je t'aime"…

Auteur : Né en 1964, Harlan Coben est le premier auteur à avoir reçu le Edgar Award, le Shamus Award et le Anthony Award, les trois prix majeurs de la littérature à suspense aux Etats-Unis. Il est né et a grandi dans le New-Jersey, où il vit actuellement avec sa femme et leurs quatre enfants.

Mon avis : (lu en avril 2004)

C'est le premier livre que je lisais de cet auteur. Ce livre est un formidable thriller avec un suspense incroyable qui nous tient en haleine de la première à la dernière page. Il y a de multiples rebondissements de fausses pistes. Toute l’action se passe à toute allure courses-poursuites, chasses à l'homme, FBI et policiers… Le personnage principal David est très attachant.

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Une adaptation de ce livre a été réalisée par Guillaume Canet avec François Cluzet, André Dussolier, Marie-Josée Croze, Kristin Scott Thomas, Nathalie Baye, François Berléand, Jean Rochefort. Le film est sorti en novembre 2006. L’atmosphère du livre y est assez bien rendu.

Extrait :
Il y a cinquante ans et des poussières, le lac Charmaine avait abrité une colo pour gosses de riches. Le propriétaire avait fait faillite, et grand-père avait racheté le plan d'eau et le terrain environnant pour une bouchée de pain. Il avait retapé la maison du directeur et abattu la plupart des constructions qui bordaient le lac. Mais au-delà, dans les bois, où plus personne ne s'aventurait de toute façon, il avait laissé pourrir les dortoirs des mômes. Ma soeur Linda et moi, on partait les explorer, fouillant les ruines à la recherche d'un trésor, jouant à cache-cache, bravant le croque-mitaine, qui, nous en étions sûrs, nous épiait et guettait le moment propice. Elizabeth se joignait rarement à nous. Elle aimait que chaque chose soit à sa place. Se cacher lui faisait peur.
En descendant de voiture, j'ai entendu les fantômes. Plein de fantômes - trop -, qui tournoyaient et se disputaient mon atten­tion. C'est celui de mon père qui a gagné. Le lac était immobile, lisse comme un miroir, mais je jure que j'ai perçu le hurlement triomphal de papa tandis qu'il se catapultait du ponton, les genoux contre la poitrine, le sourire jusqu'aux oreilles, faisant naître une gerbe d'eau pareille à un véritable raz-de-marée aux yeux de son fils unique. Papa aimait bien atterrir à côté du radeau où ma mère prenait ses bains de soleil. Elle le réprimandait, sans pouvoir s'empêcher de rire.
J'ai cligné des paupières, les images se sont évanouies. Je me suis rappelé cependant comment le cri, les rires, le bruit du plongeon se réverbéraient dans le silence de notre lac, et je me suis demandé si l'écho de ces bruits et de ces rires-là avait vraiment disparu, si quelque part dans les bois les joyeux ululements de mon père ne continuaient pas à ricocher d'arbre en arbre. C'était bête comme idée, mais que voulez-vous.
Les souvenirs, ça fait mal. Surtout les bons.
- Ça va, Beck ? a demandé Elizabeth. Je me suis tourné vers elle.
- Je pourrai m'envoyer en l'air, hein ?
- Vieux pervers va.

24 avril 2009

Manipulation – Deux ados face à une secte - Catherine Armessen

ManipulationCheminements – mars 2007 - 565 pages

Présentation de l'éditeur
D'un côté, il y a Morgane et Lisa, qui sont étudiantes en première année de médecine. De l'autre, il y a LA secte. Apparemment, tout les sépare. Quoique... Morgane a toujours été vulnérable. Lisa, elle, vit mal la séparation de ses parents.
Leur fragilité n'échappera pas aux prédateurs qui les guettent. Résisteront-elles à la pression de ce groupe qui conjugue séduction et manipulation à tous les modes ?
A travers cette fiction, Catherine Armessen dénonce le danger que les sectes représentent pour les jeunes en s'appuyant sur de nombreux dossiers traitant du sujet. Afin que les parents soient vigilants. Et que les jeunes soient avertis. Parce que la prévention repose sur l'information.

Biographie de l'auteur
Catherine Armessen est médecin. Manipulation est son troisième roman, après l'Ariégeoise et Dérapages, dans lequel elle traite de l'alcoolisme des femmes, parus aux éditions Cheminements.

Mon avis : (lu en avril 2008)

Ce livre est une fiction qui dénonce l'emprise des sectes sur les jeunes adultes. Il nous permet de découvrir ce qu'est une secte et comment cela fonctionne. Il y a d'abord des recruteurs qui cherchent des victimes à mettre sous influence, ensuite on les conditionne avec « lavage de cerveaux » et on les isole de leurs proches... Ensuite il est difficile d'en sortir.

En 2008, j'ai eu l'occasion d'assister à la présentation de ce livre par son auteur à la Bibliothèque, mon fils de 15 ans était présent et il a pu poser beaucoup de questions. Catherine Armessen nous a expliqué que ce livre n'est pas un témoignage, mais une fiction qui est le fruit de rencontres avec des patients qui avaient été approché par des sectes. Elle s'est informée et a écrit ce livre dans un but de prévention. La secte évoquée dans le livre est totalement imaginaire, mais elle a été créée pour la fiction avec les même « recettes » que les vraies sectes...

Ce livre est à lire par nous parents mais aussi par nos adolescents pour être informés des dangers qui peuvent exister derrière des pseudos-médecines ou... Il faut rester vigilant !

9 mai 2009

L’implacable brutalité du réveil – Pascale Kramer

l_implacable_brutalit__du_r_veil_1 Mercure de France – janvier 2009 – 140 pages

Présentation de l'éditeur
Una tétait en donnant des petits coups avec sa tête. Alissa la sentait à peine. Sur l'ordinateur resté allumé s'égrenaient toujours ces mêmes images d'elle et de lui, ce monde hypnotisant d'avant le réveil. Una la fixait de ses yeux bleus comme troublés de gelée. Une feuille morte prise dans le ventilateur de la climatisation grattait le silence. Il semblait que le temps pourrait ne plus bouger pendant des heures, et Alissa ne savait pas qui aller trouver. Comment les choses pouvaient-elles se montrer à ce point sans pitié, n'offrir ni recours ni alternative, désormais ? Alissa n'en revenait pas de ce qu'elle avait laissé se faire. Ce ne pouvait pas être ça la vie qui avait été promise.

Alissa et Richard étaient connus pour être le couple le plus sexy du campus. De leurs amours vient de naître Una. C'est l'été : le ciel californien est éclatant, on entend bourdonner les climatiseurs dans la résidence où ils viennent d'emménager. Laissée seule avec le bébé dont la totale dépendance l'émeut et l'accable, Alissa sombre inexorablement dans le doute. Mais le moment du choix est passé. Il n'y a pas de retour en arrière possible désormais.

Biographie de l'auteur
Pascale Kramer a publié plusieurs romans, dont Les Vivants, L'adieu au Nord et Fracas.

Mon avis : (lu en mai 2009)

J'ai pris ce livre un peu par hasard, il est très bien écrit mais l'ambiance est lourde, difficile...

On suit heure par heure la dépression d'Alissa après la naissance de sa fille Una. Elle vient d'emménager dans un appartement avec son mari Richard, leur bébé a 3 semaines. Cette naissance a bouleversé sa vie : elle ne ressent pas d'attachement pour son bébé, elle ne le comprend pas, elle se sent seule, abandonnée... Elle ne comprend pas ce qui lui arrive. Au même moment, ses parents se séparent et la maison de son enfance va être vendue. Alissa n'a plus de repère, elle doute de son aptitude à être une mère, mais il est trop tard, Una est là, il faut faire face à ses responsabilités.

J'ai été prise par ce roman, je me suis attachée aux personnages et j'ai été curieuse de savoir comment cela allait se terminer... En résumé un roman troublant.

 

Extrait : (début du livre)

Tout était absolument calme. La surface presque immobile de la piscine berçait le reflet du ciel et des galeries. Alissa y poussa du bout du pied un sachet de bonbons que quelqu'un avait laissé traîner dans les galets le long du mur des remises. Presque nue dans ses bras, Una tétait, poings crispés. L'effort tuméfiait son visage de sang sous la curieuse constellation de minuscules points blancs qui affleurait autour du nez. Alissa se concentra sur le mâchonnement des gencives dont la sensation mouillée la troublait. Au creux de sa main se soulevait doucement la cage des côtes menues sur lesquelles plissait la chair. Leurs peaux collaient un peu. La petite devait avoir chaud elle aussi, mais Alissa ne se décidait pas à l'emmener à nouveau dans l'eau, son regard laiteux et son affolement de souris l'avaient frappée d'une conscience tellement angoissante du rien qu'était encore cette vie dont elle avait désormais la charge.

Le portable était resté à l'entrée du bassin, près de la palissade en bois qui cachait les poubelles sous une poussée de jasmin. Alissa l'avait posé là tout à l'heure pour que Richard puisse les entendre se baigner et les encourager de son rire râpeux comme une toux dans le mauvais écho du haut-parleur. C'était une heure plus tôt. Alissa n'avait parlé à personne depuis, il n'y avait pas eu le moindre mouvement derrière l'écran grisâtre des moustiquaires, comme si le temps se dévidait lentement au seul bruit de vibration des climatiseurs. Ils avaient emménagé la semaine précédente. Ses parents étaient venus les aider le week-end, le frère de Richard avait passé la soirée à monter les étagères et la nuit sur le canapé d'où il avait plaisanté tard à travers la paroi. Rien ne laissait présager alors qu'il n'y aurait personne dans la chaleur blanche et bleue de la résidence pendant les longues heures silencieuses qu'il faudrait passer auprès d'Una. Alissa était seule pour la première fois, à vingt-sept ans, seule comme on l'est quand personne ne vous regarde. Elle n'arrivait pas encore à mettre de mots sur le silence de cette absence de regards.

22 novembre 2008

Les accommodements raisonnables – Jean-Paul Dubois

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Editions de l'Olivier - août 2008 - 260 pages Pas de 4ème de couverture…

Points – septembre 2009 – 275 pages

Présentation de l’éditeur :
Jean-Paul Dubois retrouve le souffle romanesque d’ Une Vie française dans ce livre qui devrait enthousiasmer ses fans. Aucun des « fondamentaux » ne manque à l’appel : Toulouse, un anti-héros (Paul Stern) et son épouse (Anna), un père encombrant, l’actuel président de la République, l’Amérique, les bateaux, les petits-enfants, etc. Cette fois, Jean-Paul Dubois nous conduit à Hollywood. Paul doit y réécrire le scénario d’un film dont il est l’auteur, pour le compte d’un producteur qui prétend en tirer un remake. En réalité, Paul est parti pour oublier la maladie de sa femme, en dépression profonde, le remariage scandaleux de son père et, de manière plus générale, son échec personnel. Embauché par la Paramount, il découvre un autre univers où le sexe, l’argent, la drogue, la célébrité, mais aussi le désespoir occupent une place centrale. Et puis, il rencontre Selma Chantz, employée comme lui par la Paramount. Et sa vie bascule. Car Selma est le double parfait d’Anna, avec trente ans de moins…Une femme fascinante et dangereuse. Après un détour par le comique ( Monsieur Tanner) et l’inquiétante étrangeté ( Hommes entre eux ), Jean-Paul Dubois a écrit le grand roman que nous attendions. Tragique et drôle, jetant sur son époque un regard lucide, ce livre de la maturité garde néanmoins le charme des héros de Jean-Paul Dubois, éternels adolescents écartelés entre leur amour de la vie et leur sens aigu de la culpabilité.

L'Auteur :
Jean-Paul Dubois est né en 1950 à Toulouse où il vit actuellement. Journaliste, puis grand reporter en 1984 pour Le Nouvel Observateur, il examine au scalpel les États-Unis et livre des chroniques qui seront publiées en deux volumes aux Éditions de l'Olivier : L'Amérique m'inquiète (1996) et Jusque-là tout allait bien en Amérique (2002). Écrivain, Jean-Paul Dubois a publié de nombreux romans, Je pense à autre chose, Si ce livre pouvait me rapprocher de toi, etc. Il a obtenu le prix France Télévisions pour Kennedy et moi (Le Seuil, 1996) et le prix Femina et le prix du roman Fnac pour Une Vie française. 

Mon avis : (lu en octobre 2008)

Le titre est un peu mystérieux : Les accommodements raisonnables

L'accommodement raisonnable est une notion juridique canadienne issue de la jurisprudence associée au monde du travail. Elle désigne l'assouplissement d'une norme afin de contrer la discrimination que peut créer cette norme et que subit une personne, dans le but de respecter le droit à l'égalité du citoyen (source Wikipédia)

Le livre se lit facilement. Les personnages sont bien décrits mais le sujet est assez déprimant : les échecs, les renoncements, la dépression, la fuite…

Il y a cependant de l’humour : Cela commence par la cérémonie de crémation de l’oncle, le tapis roulant qui emmène le cercueil tombe en panne…

A chaque fois qu’il prend des nouvelles auprès de son père sur ce qu’il se passe chez lui, ce dernier lui donne des nouvelles de la campagne des élections présidentielles de 2007…

La partie aux Etats-Unis m’a paru un peu longue.

Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce livre… mais n’ayant pas lu une vie française, je me suis empressée de le lire et cela m’a beaucoup plu.

Extrait : "Mon père avait basculé le premier, Anna ensuite, et moi enfin. Nous étions partis chacun dans des directions lointaines ou opposées, aveuglés par diverses formes de nos vies. L'origine de cette étrange épidémie rôdait quelque part en nous-mêmes. Les accommodements raisonnables que nous avions tacitement conclus nous mettaient pour un temps à l'abri d'un nouveau séisme, mais le mal était toujours là, tapi en chacun de nous, derrière chaque porte, prêt à resurgir."

25 janvier 2009

Les saisons de la nuit - Colum McCann

les_saisons_de_la_nuit Belfond - 7 janvier 1999 - 321 pages

Traduit de l’anglais (Irlande) par Marie-Claude Peugeot

Résumé : New York, début du xxe siècle : les bâtisseurs de gratte-ciel et les ouvriers du métro œuvrent inlassablement pour donner forme à Big Apple. Parmi ces travailleurs qui risquent leur peau au quotidien, Nathan Walker, un terrassier de 19 ans qui construit le tunnel de la ligne Brooklyn-Manhattan. New York, fin du xxe siècle : des milliers de sans-abri vivent dans les entrailles du métro. Parmi eux, le mystérieux Treefrog, dont la vie n'est pas sans lien avec celle de Nathan Walker... À la fois chant d'amour adressé à New York et mise en perspective historique de l'ingratitude d'une ville à l'égard de ceux qui la façonnèrent, Les saisons de la nuit est un roman bouleversant sur ces déchets du capitalisme que sont les sans-abri. Un grand roman urbain, un grand roman humain.

Auteur : Colum McCann est né à Dublin en 1965. Après des études de journalisme, il travaille d'abord comme journaliste dans la presse irlandaise, dans les années quatre-vingt, avant de s'embarquer pour un tour des États-Unis à bicyclette qui va durer deux ans. C'est de cette expérience, sur les pas de Kerouac, qu'il va tirer Sisters (Sours, dans la Rivière de l'exil, 10/18), son premier récit (et premier livre) avec lequel il remporte plusieurs prix littéraires prestigieux. Il est ensuite salué unanimement par la critique et le public comme une des nouvelles voix les plus prometteuses de sa génération pour ses deux romans, Le Chant du coyote et Les saisons de la nuit. Ironie du sort, Colum McCann a quitté l'Irlande, en partie à cause de sa violence, pour New York, où il habite à quelques blocks des ex-Twin Towers de Manhattan.

Mon avis : 5/5 (lu en janvier 2008)

Ce livre est fabuleux, très bien construit, énigmatique et émouvant. Les personnages sont attachants. On nous raconte au début du XXème siècle la vie de Nathan Walker, il est noir et travaille à la construction du tunnel de la ligne de métro qui relie Manhattan et Brooklyn à New York. C'est l'histoire de Nathan et sa famille, la vie à Harlem, les lois raciales... En parallèle, à la fin du XXème siècle, c'est l'histoire de Treefrog, un clochard qui vit dans les tunnels de New York. Ces deux histoires vont finir par se rejoindre...

L'histoire est "juste", dramatique et inoubliable. Les émotions sont très fortes, on a souvent les larmes aux yeux mais ce livre est à lire absolument !

Extrait :

1991
 
   Le soir qui précéda la première chute de neige, il vit un grand oiseau gelé dans les eaux de l'Hudson. Il savait bien que ce devait être une oie sauvage ou un héron, mais il décida que c'était une grue. Le cou était replié sous l'aile et la tête plongeait dans le fleuve. Il scruta la surface de l'eau, et se représenta la forme antique et décorative du bec. L'oiseau avait les pattes écartées et une aile déployée comme s'il avait essayé de prendre son vol à travers la glace.
   Treefrog trouva des briques au bord du chemin qui longeait le fleuve ; il les brandit bien haut et les lança autour de l'oiseau. La première rebondit, puis glissa sur la glace, mais la deuxième en rompit la surface et la grue s'anima un instant. Les ailes tressaillirent à peine. Le cou décrivit avec raideur un arc de cercle majestueux, et la tête, grise et boursouflée, émergea de l'eau. Treefrog fit pleuvoir les briques sur la glace avec une détermination féroce jusqu'à ce que l'oiseau soit entraîné plus loin, à un endroit où le fleuve coulait.
   Relevant ses lunettes de soleil sur son front, il le regarda s'éloigner au fil de l'eau. Il savait bien que l'oiseau allait sombrer dans les profondeurs de l'Hudson ou rester de nouveau bloqué dans les glaces, mais il tourna le dos et s'en fut à travers le parc désert. Il donna des coups de pied dans des détritus, toucha l'écorce glacée d’un pommier sauvage, arriva à l'entrée du tunnel et ôta ses deux pardessus. Puis il se glissa par une brèche dans la grille de fer et se faufila à l'intérieur.
   Le tunnel était haut et large, sombre et familier. Il n'y avait pas un bruit. Treefrog longea la voie de chemin de fer jusqu'à un gros pilier de béton. Il le tâta des deux mains et attendit un instant que ses yeux s’habituent à l'obscurité ; puis il s'accrocha à une prise et se hissa avec une force spectaculaire. Il avança sur la poutrelle dans un équilibre parfait, atteignit une autre passerelle et se propulsa plus haut encore une fois.
   Dans l'obscurité de son nid, tout en haut du tunnel, il alluma une petite flambée avec des brindilles et du papier journal. La soirée était avancée. Un train gronda au loin.
   Quelques crottes de rat s'étaient amassées sur la table de chevet, et il les fit tomber avant d'ouvrir le tiroir. Des profondeurs du tiroir, il sortit un petit sac à bijoux violet et en dénoua le cordon jaune. Il réchauffa un instant l'harmonica au-dessus de la flamme dans son poing ganté. Il le porta à sa bouche, vérifia qu'il avait tiédi, et aspira une bouffée d'air du tunnel. Le Hohner glissa le long de ses lèvres. Sa langue pointa furtivement contre les tuyaux, et les tendons de son cou resplendirent. Il sentait la musique l’habiter, s'imposer à travers lui. Une vision de sa fille surgit soudain - elle était là, elle écoutait, elle faisait partie de sa musique, assise les genoux repliés sur la poitrine, se balançant d'avant en arrière en une extase enfantine - et il repensa à la grue gelée dans le fleuve.
Assis là, dans son nid, dans l'obscurité pleine de miasmes, Treefrog se mit à jouer, recomposant l'atmosphère, rendant aux tunnels leur musique originelle.

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