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23 février 2013

Le monde à l'endroit - Ron Rash

le_monde___l_endroit Seuil - août 2012 - 280 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez

Titre original : The World Made Straight, 2006

Quatrième de couverture :
Travis Shelton, 17 ans, découvre un champ de cannabis en allant pêcher la truite au pied de Divide Mountain, dans les Appalaches. C'est un jeu d'enfant d'embarquer quelques plants sur son pick-up. Trois récoltes scélérates plus tard, Travis est surpris par le propriétaire, Toomey, qui lui sectionne le tendon d'Achille, histoire de lui donner une leçon.

Mais ce ne sera pas la seule de cet été-là: en couflit ouvert avec son père, cultivateur de tabac intransigeant, Travis trouve refuge dans le mobile home de Leonard, un prof déchu devenu dealer. L'occasion pour lui de découvrir les lourds secrets qui pèsent sur la communauté de Shelton Laurel depuis un massacre perpétré pendant la guerre de Sécession. Confronté aux ombres troubles du passé, Travis devra également affronter les épreuves du présent.

Le père, Toomey, Leonard, trois figures qui incarnent chacune une forme d'autorité masculine, vont tragiquement façonner son passage à l'âge d'homme.

Ce roman, le troisième de Ron Rash - après Un pied au paradis et Serena - à être traduit en français, confirme par son lyrisme âpre que cet écrivain est avant tout un poète, ardent défenseur de sa terre et de la mémoire de celle-ci.

Auteur : Né en Caroline du Sud en 1953, Ron Rash est l'auteur de quatre recueils de nouvelles et de cinq romans, tous lauréats de prestigieux prix littéraires - Sherwood Anderson Prize, O. Henry Prize, James Still Award, Novello Literary Award, Frank O'Connor Award.

Mon avis : (lu en février 2013)
Ron Rash est un auteur que je ne connaissais pas et ce livre est une très belle découverte.
Travis Shelton est né en Caroline du Nord, aux pieds des Appalaches et est le fils d'un producteur de tabac, il a 17 ans, il s'ennuie dans ses études qu'il a laissé tombé. Il a une seule passion, la pêche à la truite. Un jour, qu'il était parti pêcher dans un lieu éloigné et sauvage, il découvre une plantation de cannabis. Il n'hésite pas à emporter quelques plants qu'il ira revendre à Leonard, un dealer local. De l'argent facilement gagné et Travis recommence jusqu'au jour où les propriétaires de la plantation illicite l’attrapent et lui sectionne le tendon d’Achille. Le père de Travis le renvoi de chez lui et Travis va se réfugier chez Leonard.
Leonard, est un ancien prof, il a été injustement accusé de détenir de la drogue et il a perdu son travail puis sa femme et sa fille sont parties pour l'Australie. Il est devenu un marginal, vit dans un mobile home et vend maintenant de l'alcool aux mineurs, des cachets et de la marijuana. Une belle relation va se nouer entre les deux hommes avec en toile de fond un événement historique ayant eu lieu pendant la guerre de Sécession, le massacre de Shelton Laurel. 
C'est un beau roman initiatique ou la nature est très importante, il est question de truites brunes, arc-en-ciel ou mouchetées, de bruants jaunes... Les paysages ne sont pas un simple décor ils ont une place centrale dans ce livre. Les personnages sont hauts en couleur. Un vrai dépaysement.  

Extrait : (début du livre)
Travis tomba sur les pieds de marijuana en pêchant dans Caney Creek. C’était un samedi, la première semaine d’août, et après avoir aidé son père à pincer le tabac toute la matinée il avait eu le restant de la journée pour lui. Il avait enfilé sa tenue de pêche et suivi cinq kilomètres de chemin de terre pour aller au bord de la French Broad. Il roulait vite, la canne et le moulinet bringuebalant bruyamment sur le plateau du pick-up qui soulevait dans son sillage un nuage de poussière rouge. La Marlin .22 long rifle glissait sur son râtelier bricolé, à chaque virage un peu sec. Les vitres étaient baissées, et si la radio avait fonctionné il l’aurait mise à fond. Le pick-up était un vieux Ford de 1966, esquinté par une douzaine d’années de travaux agricoles. Travis l’avait payé trois mois plus tôt cinq cents dollars à un voisin.
Il se gara à côté du pont et remonta la rivière vers le point où Caney Creek venait s’y jeter. La lumière de l’après-midi tombait à l’oblique sur Divide Mountain et donnait à l’eau la teinte d’or foncé du tabac qui sèche. Un poisson jaillit des bas-fonds, mais la canne à pêche à la cuiller de Travis était démontée, et même si elle ne l’avait pas été il ne se serait pas donné la peine de lancer. Rien ne nageait dans la French Broad qu’il puisse vendre, rien que des truites brunes et des arc-en-ciel élevées en couvoir, quelques achigans à petite bouche et des poissons-chats. Les vieux qui pêchaient dans la rivière restaient au même endroit pendant des heures, aussi immobiles que les souches et les pierres sur lesquelles ils étaient assis. Travis aimait se déplacer sans arrêt, et il pêchait là où même les jeunes pêcheurs ne voulaient pas aller.
En quarante minutes il avait remonté Caney Creek sur presque un kilomètre, la canne encore en deux parties. Il y avait des truites dans ce tronçon inférieur, des brunes et des arc-en-ciel qui venaient d’en bas, de la rivière, mais le Vieux Jenkins refusait de les acheter. La gorge se resserrait et se transformait en un mur d’eau et de rocher d’une dizaine de mètres de haut, avec en dessous le bassin le plus profond du ruisseau. C’était là que tout le monde faisait demi-tour, mais Travis avança dans l’eau jusqu’à la taille pour atteindre le côté droit de la chute. Puis il commença à grimper, la canne serrée dans sa main gauche, ses doigts utilisant saillies et fissures comme prises et comme appuis.
Arrivé en haut, il emboîta les deux éléments de la canne et fit passer du monofilament dans les anneaux. Il s’apprêtait à attacher la cuiller Panther Martin argent quand un tapotement se fit entendre au-dessus de sa tête. Travis repéra le bruant jaune à une dizaine de mètres dans le noyer blanc, et regretta aussitôt de n’avoir pas pris sa carabine. Il scruta les bois à la recherche d’un arbre mort ou d’un vieux piquet de clôture où pourrait se trouver le nid de l’oiseau. Un type de Marshall qui montait des mouches donnait deux dollars pour un bruant jaune ou un canard carolin, cinq cents pour une seule belle plume, et Travis avait besoin du moindre dollar et de la plus petite pièce de cinq cents s’il voulait payer l’assurance de son pick-up, ce mois-ci.
Les seuls poissons qu’on trouvait aussi loin étaient ce que les manuels de pêche et les magazines spécialisés nommaient les saumons de fontaine, même si Travis n’avait jamais entendu le Vieux Jenkins ni personne les appeler autrement que truites mouchetées. Jenkins jurait ses grands dieux qu’elles étaient meilleures que n’importe quelle brune ou arc-en-ciel, et les payait cinquante cents pièce à Travis, aussi petites soient-elles. Le Vieux Jenkins les avalait avec la tête et le reste, comme des sardines.

 Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection roman 
Jury Mars

Challenge 6% Littéraire 2012
 logochallenge2 
37/42

50__tats
40/50 :  Caroline du Sud
Ron Rash est né en Caroline du Sud

 Challenge Pour Bookineurs En Couleurs
Logo_challenge_bookineurs_en_couleurs

PAL Bleu

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15 janvier 2013

Le jeu des ombres - Louise Erdrich

Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
un_mot_des_titres 

Le mot : OMBRE

le_jeu_des_ombres Albin Michel - septembre 2012 - 253 pages

traduit de l'américain par Isabelle Reinharez

Titre original : Shadow tag, 2010

Quatrième de couverture : 
Rythmé à la manière d’un thriller sombre et tragique, le Jeu des ombres est un huis-clos hypnotique, sans doute le livre le plus personnel de Louise Erdrich. Portrait d’un mariage et d’une famille sur le point de voler en éclat, d’un homme et d’une femme en proie à la violence d’un face-à-face, c’est aussi une réflexion sur les cicatrices qu’une histoire collective douloureuse peut laisser sur les individus. 
Gil est un peintre reconnu qui doit son succès à Irene, sa femme, un écrivain qui a longtemps été son modèle. Quand elle découvre que son mari lit son journal intime, Irene décide d’en rédiger un autre, qu’elle met cette fois-ci en lieu sûr. Elle y livrera sa vérité, se servant du premier comme d’une arme pour manipuler son unique lecteur. Une guerre psychologique commence, qui va révéler le côté obscur de chacun des personnages. En faisant alterner les journaux d’Irene et un récit à la troisième personne, Louise Erdrich témoigne, une fois de plus, d’une prodigieuse maîtrise narrative.

Auteur :  Karen Louise Erdrich est née le 7 juillet 1954 à Little Falls, dans le Minnesota, d'une mère ojibura (famille des Chippewa), donc amérindienne, et d'un père germano-américain. Elle grandit dans le Dakota du Nord, aux États-Unis, où ses parents travaillaient au Bureau des Affaires Indiennes.
Louise Erdrich est, avec Sherman Alexie, l'une des grandes voix de la nouvelle littérature indienne d'outre-Atlantique. Si elle écrit, c'est pour réinventer la mémoire déchirée de ces communautés qui, aux confins des Etats-Unis, vivent sur les décombres d'un passé mythique. Louise Erdrich vit aujourd’hui dans le Minnesota. 

Mon avis : (lu en janvier 2013)
Le couple de Gil et Irène bat de l'aile. Gil est un artiste peintre possessif qui a depuis toujours comme seule modèle et sujet de ses toiles Irène sa femme. Irène est écrivain, elle a laissé sa carrière de côté pour élever leurs trois enfants, Florian, Riel et Stoney. Maintenant, elle étouffe, et lorsqu'elle découvre que son mari lit en secret son journal intime, elle décide de réagir à sa façon. Tout en continuant à écrire dans son carnet rouge, Irène commence en parallèle un carnet bleu qu'elle enferme dans un coffre à la banque. Le carnet bleu devient son vrai journal intime et elle utilise le rouge pour manipuler petit à petit son mari, elle utilise sa jalousie, elle glisse des détails insignifiants pour le faire douter, le rendre fou et l'obliger à la quitter...
Les extraits des deux carnets d'Irène alternent avec la narration à la troisième personne dont on connaîtra l'identité à la fin du livre. Le lecteur découvre petit à petit l'histoire du couple, de la famille, l'atmosphère est pesante, tendue. Les enfants sont des spectateurs impuissants et inquiets quand à l'issu du couple de leurs parents. Et le lecteur est impatient et curieux de connaître le dénouement de cette histoire...
J'ai aimé la construction du roman, les trois enfants du couple sont très attachants. Le personnage d'Irène est ambivalent, on comprend sa situation, mais sa manipulation est finalement assez cruelle...  

Extrait : (début du livre)
2 novembre 2007 
CARNET BLEU

Maintenant, j'ai deux agendas. Le numéro un, c'est le Mémento Journalier à couverture rouge et cartonnée, semblable à ceux dans lesquels j'écris depuis 1994, quand nous avons eu Florian. Tu m'as offert le premier pour que j'y consigne ma première année dans mon rôle de mère. C'était vraiment adorable de ta part. J'écris dans ce genre de carnets depuis ce temps-là. Ils sont tous cachés au fond d'un tiroir, dans mon bureau, sous un tas de bolducs et de papier cadeau. Le dernier en date, celui qui t'intéresse à présent, je le garde tout au fond d'un classeur métallique plein de vieux relevés bancaires, de chéquiers d'anciens comptes oubliés, le genre de choses que nous nous jurons chaque année de passer à la déchiqueteuse, mais que nous finissons par fourrer dans des dossiers. Après avoir pas mal cherché, je suppose, tu as trouvé mon agenda rouge. Tu t'es mis à le lire pour découvrir si je te trompais.
Le second, que l'on pourrait appeler mon véritable agenda, c'est celui dans lequel je suis en train d'écrire. Aujourd'hui, j'ai pris la voiture pour me rendre à l'agence bancaire de la Wells Fargo, installée dans les beaux quartiers de Minneapolis, sous le Sons of Norway Hall, le centre culturel norvégien. Je me suis garée sur le parking clients, je suis entrée, j'ai franchi deux doubles portes vitrées et descendu un escalier en colimaçon. J'ai tapé sur une clochette de comptoir et une certaine Janice est apparue. Elle m'a aidée à acquérir un coffre de taille moyenne. J'ai payé en liquide pour une année de location et apposé ma signature, trois fois pour vérification, sur la fiche. J'ai pris la clé que Janice m'a tendue. Elle s'est munie de celle qui fait la paire avec la mienne et m'a menée dans la salle des coffres. Une fois le mien extrait de son emplacement dans le mur, elle m'a ouvert un des trois petits cabinets privés, chacun ne contenant rien de plus qu'une étagère fixée à hauteur de bureau et une chaise. J'ai fermé la porte de ma salle privée et sorti ce carnet bleu du grand sac en cuir noir que tu m'as offert pour Noël. Dix ou quinze minutes se sont écoulées avant que je parvienne à commencer. J'avais le coeur qui battait tellement fort. J'étais incapable de dire si ce que je ressentais était de la panique, du chagrin, ou, allez savoir, de la joie.

Dès que le vrombissement de la voiture d'Irène fut englouti par le vacarme continu et assourdi de la ville, Gil se redressa. La serviette dont il se servait pour se protéger les yeux glissa. Il s'allongeait souvent sur le divan de son atelier quand il avait besoin de se reposer les yeux, et il lui arrivait de s'assoupir. Il pouvait dormir là une heure durant, mais le plus souvent il se réveillait en sursaut au bout d'une quinzaine de minutes, revigoré et très étonné, comme si on l'avait plongé dans la fraîcheur d'un ruisseau souterrain. Il s'assit en tâtonnant à la recherche de ses lunettes, qu'il posait parfois en équilibre sur sa poitrine. Les ovales métalliques avaient en effet fini par terre. Il les récupéra, les accrocha derrière ses oreilles. Ses cheveux drus étaient implantés bas sur son front et il les rabattit en arrière, lissa et rattacha sa courte queue de cheval grise. Il s'avança vers le tableau de sa femme et l'observa. Il avait des yeux rapprochés, froids, curieux et sombres. Il pressa la jointure d'un de ses doigts contre son menton. Ses joues maigres étaient mouchetées de peinture jaune.

Déjà lu du même auteur :

la_chorale_des_maitres_bouchers_p La Chorale des maîtres bouchers la_mal_diction_des_colombes La malédiction des colombes

omakayas Omakayas love_medecine_p Love Medecine la_d_capotable_rouge La décapotable rouge

Challenge 5% Littéraire 2012

  logochallenge2  
29/35

50__tats

38/50 : Dakota du Sud
Gil a passé son enfance à Rapid City

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Couleur"

 

9 décembre 2012

En silence - Audrey Spiry

en_silence Casterman - juin 2012 - 168 pages

Quatrième de couverture :
Quelque part dans le sud, en été, un petit groupe d’amis – deux couples, deux enfants et un moniteur – part en expédition en pleine nature, pour une grande journée de canyoning. L’isolement, le dépaysement et le frisson du danger vont servir de révélateur. Chacun, au fil de cette longue journée pleine d’imprévus, va se retrouver seul, confronté en silence à ses interrogations les plus intimes. Ainsi Juliette, la narratrice, qui perçoit bientôt cette journée particulière comme une sorte d’épreuve du feu pour le couple qu’elle forme avec Luis. Comment dépasser le sentiment d’immobilisme et d’attente qui imprègne leur relation, et qui lui est devenu presque insupportable ? Cette belle journée d’été n’est-elle pas, finalement, l’épilogue de leur histoire d’amour ?
Unité de temps, de lieu, d’action, ce récit tout simple en apparence surprend et séduit à la fois par son ton, intime et sensible, et par sa forme, très picturale et spectaculairement colorée. Le premier album plein d’originalité d’une jeune dessinatrice au talent très affirmé.

Auteur : Audrey Spiry vient du monde de l'animation. En Silence est sa première bande-dessinée.

Mon avis : (lu en décembre 2012)
C'est le billet de Canel qui m'a donné envie de découvrir cette BD et lorsque j'ai vu « en Silence » sur le présentoir de la Bibliothèque , je n'ai pas hésité !
La couverture est superbe et mystérieuse à la fois.
C'est l'histoire d'une journée de canyoning où les participants sont un beau moniteur, un jeune couple et une famille avec deux fillettes. Le parcours est sauvage, semé de difficultés et de surprises en général mauvaises pour la jeune femme... J'ai eu du mal à comprendre à la première lecture certains passages en particulier lorsque l'esprit de la jeune femme du couple se met à divaguer sur sa vie. Elle est en plein doutes quand à l'avenir de son couple...
Le graphisme du dessin n'ai pas vraiment à mon goût sauf les dessins de l'eau ou dans l'eau que l'auteur a su animer et aux multiples couleurs qu'elle lui a donnée...
C'est vrai que par moment l'histoire est flippante et que je me suis surprise à rester en apnée, mais moi qui ne suis pas du tout à l'aise sous l'eau cela ne m'a pas vraiment gênée (contrairement à un film sur un thème similaire...).
Une découverte originale et plaisante.

 

Extrait : 

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21 septembre 2012

La patiente – Jean-Philippe Mégnin

la_patiente Le Dilettante – août 2012 – 157 pages

Quatrième de couverture :
C’est l’histoire d’une femme qui ne dit rien. Et d’un homme qui tente de la comprendre. D’elle il sait très peu, elle sait tout de lui.
Quand enfin elle va se livrer, il le regrettera, mais il sera trop tard. C’est elle qui mène le jeu.
Après l’histoire d’un transfert amoureux en montagne pour son premier roman, voici celle d’un trio amoureux entre Paris et la Bretagne.

« On avait le sentiment d’être victimes d’une erreur. Ça ne nous paraissait pas possible, une histoire pareille. Inenvisageable ; et pourtant, c’était notre histoire. Et il fallait vivre avec. »

Auteur : Jean-Philippe Mégnin vil pas très loin de Besançon et tout près de sa femme et de leurs deux enfants. Quand il n'enseigne pas l'histoire des sciences, il se demande toujours ce qu'il préfère : écrire ou jouer du piano, Lascaux ou Soulages, le glacier du Géant ou le Quartier latin. Sans compter qu'il y a aussi la pointe du Raz... 

Mon avis : (lu en septembre 2012)
Tout d’abord, je trouve très belle la couverture de ce livre.
Le narrateur est gynécologue à Paris. La patiente est bien mystérieuse, la première fois qu’elle vient le consulter, il a un drôle de sentiment, comme un malaise. Il sent que cette femme n'est pas une patiente comme les autres…
Je n’en dévoile pas plus car ce livre est très court et je l’ai lu d’une traite.
L’intrigue est captivante, le livre dégage une forte tension, le style est très efficace et j’ai beaucoup aimé !

Autre avis : Sandrine

Extrait : (début du livre)
C'est dès le premier échange de regards que j'ai compris que ce ne serait pas une patiente ordinaire.
La chaîne stéréo dissimulée dans le placard mural diffusait doucement les Suites pour violoncelle, et elle m'a regardé sans sembler me voir, comme si Bach à ce moment-là était plus présent dans la pièce que moi.

Sa tenue, son attitude, cadraient pourtant à la perfection avec mon salon d'attente plutôt distingué de la place Saint-Sulpice ; elle avait cette classe naturelle des femmes qui sont élégantes sans sembler se soucier de l'être, et qui s'inscrivait idéalement dans ce décor que j'avais voulu à la fois rassurant et original.

Malgré cela, sa seule présence a tout de suite éveillé chez moi une sensation obscure, un sentiment d'insécurité diffus mais palpable, comme une brume matinale.
Je ne saurais dire pourquoi j'ai eu cette impression. Je me suis demandé si elle était partagée par les autres personnes présentes dans la pièce. Je ne crois pas. C'est moi qui étais troublé, et qui m'en voulais d'être troublé. Moi seul.

Je savais que je ne l'avais jamais vue; de retour à mon bureau, j'ai jeté un coup d'œil rapide à la page du jour dans mon agenda, pour y voir son nom : Camille D. Pas plus que son visage ce nom ne m'a dit quoi que ce soit. Une inconnue, adressée par une amie ou par un autre médecin; rien là que de l'ultracourant, et pourtant...
Et pourtant ce sentiment d'insécurité, qui ne m'a plus quitté pendant les deux rendez-vous qui ont précédé le sien.
Je suis resté très professionnel, bien sûr. Très disponible. En apparence.
Mais je ne pouvais pas m'empêcher de penser à cette femme qui m'attendait. À ce regard à la fois lumineux et indifférent.

Quand son tour est arrivé, je n'ai pas eu besoin de prononcer son nom; abandonnant Bach, elle m'a souri en se levant dès que j'ai eu ouvert la porte.
Je me suis effacé pour la laisser traverser le hall et pénétrer dans mon bureau, en face.

Je l'ai priée de s'asseoir et j'ai fait mine de chercher dans mon classeur un dossier à son nom.
- Ne cherchez pas, docteur ; nous ne nous connaissons pas encore. C'est la première fois que je viens vous voir.
Je le savais, mais sans m'expliquer pourquoi, j'éprouvais le besoin de ce genre de geste. Je me rassurais. 

Challenge 1% Littéraire 2012
 logochallenge2 
4/7

8 juillet 2012

Journal d’un corps – Daniel Pennac

Journal_d_un_corps Gallimard – février 2012 – 396 pages

Quatrième de couverture :
13 ans, 1 mois, 8 jours                                    Mercredi 18 novembre 1936 
Je veux écrire le journal de mon corps parce que tout le monde parle d'autre chose. 

50 ans et 3 mois                                              Jeudi 10 janvier 1974 
Si je devais rendre ce journal public, je le destinerais d'abord aux femmes. En retour, j'aimerais lire le journal qu'une femme aurait tenu de son corps. Histoire de lever un coin du mystère. En quoi consiste le mystère ? En ceci par exemple qu'un homme ignore tout de ce que ressent une femme quant au volume et au poids de ses seins, et que les femmes ne savent rien de ce que ressentent les hommes quant à l'encombrement de leur sexe. 

86 ans, 9 mois, 16 jours                                  Lundi 26 juillet 2010 
Nous sommes jusqu'au bout l'enfant de notre corps. Un enfant déconcerté. 

De 13 à 87 ans, âge de sa mort, le narrateur a tenu le journal de son corps. Nous qui nous sentons parfois si seuls dans le nôtre nous découvrons peu à peu que ce jardin secret est un territoire commun. Tout ce que nous taisions est là, noir sur blanc, et ce qui nous faisait si peur devient souvent matière à rire.

Auteur : Daniel Pennac, de son vrai nom Daniel Pennacchioni, est né le 1er décembre 1944 à Casablanca, au Maroc. Il est le quatrième et dernier d'une tribu de garçons. Son père est militaire. La famille le suit dans ses déplacements à l'étranger -Afrique, Asie, Europe- et en France, notamment dans le village de La Colle-sur-Loup, dans les Alpes-Maritimes. Daniel passe une partie de sa scolarité en internat, ne rentrant chez lui qu'en fin de trimestre. De ses années d'école il raconte : "Moi, j'étais un mauvais élève, persuadé que je n'aurais jamais le bac." Toutefois, grâce à ses années d'internat, il a pris goût à la lecture. Ses études de lettres le mènent à l'enseignement, de 1969 à 1995, en collège puis en lycée, à Soissons et à Paris. Son premier livre, écrit en 1973 après son service militaire, est un pamphlet qui s'attaque aux grands mythes constituant l'essentiel du service national : l'égalité, la virilité, la maturité. Il devient alors Daniel Pennac, changeant son nom pour ne pas porter préjudice à son père. En 1979, Daniel Pennac fait un séjour de deux ans au Brésil, qui sera la source d'un roman publié vingt-trois ans plus tard: "Le Dictateur et le hamac". Dans la Série Noire, il publie en 1985, "Au bonheur des ogres", premier volet de la saga de la tribu des Malaussène. Daniel Pennac continue sa tétralogie avec "La Fée Carabine" puis "La petite marchande de prose" et "Monsieur Malaussène" (il y a ajouté depuis "Aux fruits de la passion"). Il diversifie son public avec une autre tétralogie pour les enfants, mettant en scène des héros proches de l'univers enfantin, préoccupé par l'école et l'amitié : "Kamo, l'agence Babel", "Kamo et moi", "L'évasion de Kamo" et "Kamo, l'idée du siècle". Ces romans sont-ils le fruit de souvenirs personnels ? "Kamo, c'est l'école métamorphosée en rêve d'école, ou en école de rêve, au choix." À ces fictions s'ajoutent d'autres types d'ouvrages : un essai sur la lecture, "Comme un roman", deux ouvrages en collaboration avec le photographe Robert Doisneau et "La débauche", une bande dessinée, avec Jacques Tardi. Il a mis fin en 1995 à son métier d'enseignant pour se consacrer entièrement à la littérature. Toutefois, il continue d'avoir un contact avec les élèves en se rendant régulièrement dans les classes.

Mon avis : (lu en juillet 2012)
La première fois que j'ai entendu parler de ce livre, je n'avais pas spécialement envie de le découvrir... C'est le Café Lecture de la Bibliothèque et la blogosphère qui m'ont vraiment incité à le découvrir et je ne le regrette pas !

Voilà une idée très originale à l'âge de 13 ans de commencer un journal de son corps plutôt qu'un journal intime... Un journal où seront décrites toutes les manifestations de son corps de l'âge de 13 ans à celui de 87 ans.
Si le sujet est original, il est également risqué... car l'histoire d'un homme à travers la description de son corps peut vite devenir répétitif et ennuyeux. Daniel Pennac a su avec beaucoup de talent raconter cette histoire avec de l'émotion, mais aussi de la tendresse et de l'humour.

Cette lecture est passionnante à plusieurs titres, tout d'abord en tant que femme, en tant que maman de plusieurs garçons... Cela permet de comprendre certaines choses typiquement masculines mais chacun peut se retrouver dans les manifestations universelles que sont la souffrance, la peur ou la maladie. A lire sans hésiter !

Autres avis : Valérie, Canel

Extrait : (début du livre)

64 ans, 2 mois, 18 jours                                                Lundi 28 décembre 1987

Une blague stupide faite par Grégoire et son copain Philippe à la petite Fanny m'a rappelé la scène originelle de ce journal, le trauma qui l'a fait naître.
Mona, qui aime faire le vide, a ordonné un grand feu de vieilleries dont la plupart dataient du temps de Manès : Chaises bancales, sommiers moisis, une charrette vermoulue, des pneus hors d'usage, autant dire un autodafé gigantesque et pestilentiel. (Ce qui, à tout prendre, est moins sinistre qu'un vide-greniers.) Elle en a chargé les garçons qui ont décidé de rejouer le procès de Jeanne d'Arc. J'ai été tiré de mon travail par les hurlements de la petite Fanny, recrutée pour tenir le rôle de la sainte. Pendant toute la journée, Grégoire et Philippe lui ont vanté les mérites de Jeanne dont Fanny, du haut de ses six ans, n'avait jamais entendu parler. Ils lui ont tant fait miroiter les avantages du paradis qu'elle battait des mains en sautant de joie à l'approche du sacrifice. Mais quand elle a vu le brasier dans lequel on se proposait de la jeter toute vivante, elle s'est précipitée chez moi en hurlant. (Mona, Lison et Marguerite étaient en ville.) Ses petites mains m'ont agrippé avec une terreur de serres. Grand-père ! Grand-père ! J'ai tenté de la consoler avec des « là, là », des « c'est fini », des « ce n'est rien » (ce n'était pas rien, c'était même assez grave, mais je n'étais pas au courant de ce projet de canonisation). Je l'ai prise sur mes genoux et j'ai senti qu'elle était humide. Plus que cela, même, elle avait fait dans sa culotte, elle s'était souillée de terreur. Son cœur battait à un rythme effrayant, elle respirait à coups minuscules. Ses mâchoires étaient à ce point soudées que j'ai craint une crise de tétanie. Je l'ai plongée dans un bain chaud. C'est là qu'elle m'a raconté, par bribes, entre deux restes de sanglot, le destin que ces deux abrutis lui avaient réservé.
Et me voilà renvoyé à la création de ce journal. Septembre 1936. J'ai douze ans, bientôt treize. Je suis scout. Avant, j'étais louveteau, affublé d'un de ces noms d'animaux mis en vogue par Le Livre de la jungle. Je suis scout, donc, c'est important, je ne suis plus louveteau, je ne suis plus petit, je suis grand, je suis un grand. C'est la fin des grandes vacances. Je participe à un camp scout quelque part dans les Alpes. Nous sommes en guerre contre une autre troupe qui nous a volé notre fanion. Il faut aller le récupérer. La règle du jeu est simple. Chacun de nous porte son foulard dans le dos, coincé dans la ceinture de son short. Nos adversaires aussi. On appelle ce foulard une vie. Non seulement il nous faut revenir de ce raid avec notre fanion, mais en rapportant le plus de vies possible. Nous les appelons aussi des scalps et nous les suspendons à nos ceintures. Celui qui en rapporte le plus grand nombre est un guerrier redoutable, il est un « as de la chasse », comme ces aviateurs de la Grande Guerre dont les carlingues s'ornaient de croix allemandes à proportion du nombre d'avions abattus. Bref, nous jouons à la guerre. Comme je ne suis pas bien costaud, je perds ma vie dès le début des hostilités. Je suis tombé dans une embuscade. Plaqué à terre par deux ennemis, ma vie arrachée par un troisième. Ils me ligotent à un arbre pour que je ne sois pas tenté, même mort, de reprendre le combat. Et ils m'abandonnent là. En pleine forêt. Attaché à un pin dont la résine colle à mes jambes et à mes bras nus. Mes ennemis s'éclipsent. Le front s'éloigne, j'entends sporadiquement des éclats de voix de plus en plus ténus, puis, plus rien. Le grand silence des bois s'abat sur mon imagination. Ce silence de la forêt qui bruit de tous les possibles : les craquements, les frôlements, les soupirs, les gloussements, le vent dans la futaie... Je me dis que les bêtes, dérangées par nos jeux, vont maintenant réapparaître. Pas les loups, bien sûr, je suis un grand, je ne crois plus aux loups mangeurs d'hommes, non, pas les loups, mais les sangliers par exemple. Que fait un sanglier à un garçon attaché à un arbre ? Sans doute rien, il lui fiche la paix. Mais si c'est une laie, accompagnée de ses petits ? Pourtant, je n'ai pas peur. Je me pose juste le genre de questions qui viennent dans une situation où tout est à explorer. Plus je fais des efforts pour me libérer, plus les liens se resserrent et plus la résine colle à ma peau. Va-t-elle durcir ? Une chose est sûre, je ne me débarrasserai pas de mes liens, les scouts s'y connaissent en nœuds indénouables. Je me sens bien seul mais je ne me dis pas qu'on ne me retrouvera jamais. Je sais que c'est une forêt fréquentée, nous y rencontrons assez souvent des cueilleurs de myrtilles et de framboises. Je sais qu'une fois finies les hostilités quelqu'un viendra me détacher. Même si mes adversaires m'oublient, ma patrouille notera mon absence, un adulte sera prévenu et je serai libéré. Donc je n'ai pas peur. Je prends mon mal en patience. Mon raisonnement maîtrise sans difficulté tout ce que la situation propose à mon imagination. Une fourmi grimpe sur ma chaussure, puis sur ma jambe nue qu'elle chatouille un peu. Cette fourmi solitaire n'aura pas raison de ma raison. En elle-même, je la juge inoffensive. Même si elle me pique, même si elle entre dans mon short, puis dans mon slip, ce n'est pas un drame, je saurai supporter cette douleur. Il n'est pas rare de se faire mordre par les fourmis en forêt, c'est une douleur connue, maîtrisable, elle est acide et passagère. Tel est mon état d'esprit, tranquillement entomologiste, jusqu'à ce que mes yeux tombent sur la fourmilière proprement dite, à deux ou trois mètres de mon arbre, au pied d'un autre pin : un gigantesque tumulus d'épines de pin grouillant d'une vie noire et fauve, un monstrueux grouillement immobile. C'est quand je vois la deuxième fourmi grimper sur ma sandale que je perds le contrôle de mon imagination. Il n'est plus question de piqûres à présent, je vais être recouvert par ces fourmis, dévoré vif. Mon imagination ne me représente pas la chose dans son détail, je ne me dis pas que les fourmis vont grimper le long de mes jambes, qu'elles vont me dévorer le sexe et l'anus ou s'introduire en moi par mes orbites, mes oreilles, mes narines, qu'elles vont me manger de l'intérieur en cheminant par mes intestins et mes sinus, je ne me vois pas en fourmilière humaine ligotée à ce pin et vomissant par une bouche morte des colonnes de travailleuses occupées à me transporter miette par miette dans l'effroyable estomac qui grouille sur lui-même à trois mètres de moi, je ne me représente pas ces supplices, mais ils sont tous dans le hurlement de terreur que je pousse maintenant, les yeux fermés, la bouche immense. C'est un appel au secours qui doit couvrir la forêt, et le monde au-delà d'elle, une stridence où ma voix se brise en mille aiguilles, et c'est tout mon corps qui hurle par cette voix de petit garçon redevenu, mes sphincters hurlent aussi démesurément que ma bouche, je me vide le long de mes jambes, je le sens, mon short se remplit et je coule, la diarrhée se mêle à la résine, et cela redouble ma terreur car l'odeur, me dis-je, l'odeur va enivrer les fourmis, attirer d'autres bêtes, et mes poumons s'éparpillent dans mes appels à l'aide, je suis couvert de larmes, de bave, de morve, de résine et de merde. Pourtant, je vois bien que la fourmilière ne se soucie pas de moi, qu'elle demeure à travailler pesamment sur elle-même, à s'occuper de ses innombrables petites affaires, qu'à part ces deux fourmis vagabondes les autres, qui sont sans doute des millions, m'ignorent complètement, je le vois, je le perçois, je le comprends même, mais c'est trop tard, l'effroi est le plus fort, ce qui s'est emparé de moi ne tient plus aucun compte de la réalité, c'est mon corps tout entier qui exprime la terreur d'être dévoré vif, terreur conçue par mon esprit seul, sans la complicité des fourmis, je sais confusément tout cela bien sûr, et plus tard quand l'abbé Chapelier – il s'appelait Chapelier – me demandera si je croyais sérieusement que les fourmis allaient me dévorer, je répondrai non, et quand il me demandera d'avouer que je me suis joué la comédie, je répondrai oui, et quand il me demandera si ça m'a amusé de terroriser par mes hurlements les promeneurs qui m'ont finalement détaché je répondrai je ne sais pas, et n'as-tu pas honte d'avoir été ramené tout merdeux comme un bébé devant tes camarades, je répondrai si, toutes questions qu'il me pose en me nettoyant au jet, en enlevant le plus gros au jet, sans même ôter mes vêtements, qui sont un uniforme je te le rappelle, l'uniforme des scouts je te le rappelle, et t'es-tu demandé une seconde ce qu'allait penser des scouts ce couple de promeneurs ? Non, pardon, non, je n'y ai pas pensé. Mais, dis-moi la vérité, cette comédie t'a fait plaisir tout de même, non ? Ne mens pas, ne me dis pas que tu n'y as pas pris du plaisir ! Tu y as pris plaisir, n'est-ce pas ? Et je ne pense pas avoir su répondre à cette question car je n'étais pas encore entré dans ce journal qui pendant toute la vie qui allait suivre s'est proposé de distinguer le corps de l'esprit, de protéger dorénavant mon corps contre les assauts de mon imagination, et mon imagination contre les manifestations intempestives de mon corps. Et que va dire ta mère ? As-tu pensé à ce que va dire ta mère ? Non, non, je n'ai pas pensé à maman et comme il me posait cette question je me suis même dit que la seule personne que je n'avais pas appelée pendant que je criais, c'était maman, maman était la seule que je n'avais pas appelée.
Je fus renvoyé. Maman vint me chercher. Le lendemain, je commençais ce journal en écrivant : Je n'aurai plus peur, je n'aurai plus peur, je n'aurai plus peur, je n'aurai plus peur, je n'aurai plus jamais peur.

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Déjà lu du même auteur :

au_bonheur_des_ogres_p88_x  Au bonheur des ogres 

  Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

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"Partie du corps"

 Challenge le nez dans les livres
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La reine des lectrices : 9/6

 

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23 décembre 2012

Challenge Objectif PAL Swap !

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J'avais lancé en fin 2011 ce Challenge pour m'encourager à faire baisser ma PAL Swap, c'est à dire la PAL des livres qui m'ont été offerts lors de SWAP. Il est vrai, que je prévilégie la lecture des livres des Bibliothèques ou pour des partenariats avant mes livres perso...

Je prolonge donc ce Challenge et j'invite ceux et celles qui veulent nous rejoindre à s'inscrire en laissant un commentaire ci-dessous.
Le but est de lire le plus de livres possible de sa PAL Swap d'ici fin 2013. 
Attention, la PAL Swap peut s'étoffer... 

 

Valérie : PAL swap = 20 livres

1 - Le mystère Sherlock de J.M Erre 
offert par Bouma pour le Swap Anniversaire d'Herisson

2 - L'enfant aux cailloux de Sophie Loubière 
offert par Tiphanie pour le Swap Anniversaire d'Herisson

3Wisconsin de Mary Relindes Ellis 
offert par Tiphanie pour le Swap Anniversaire d'Herisson

4 - To kill a mocking-bird/ Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee 
offert par Aproposdelivres lors du Swap Mettez de la couleur dans votre PAL organisé par Valérie

 5 - Les rêves de mon père de Barack Obama 
offert par Tiphanie pour le Swap Nouvel An

6- Les brumes de Riverton de Kate Morton 
offert par Sofinet pour le Swap Eros et Thanatos

 7 -Ma soeur vit sur la cheminée d’Annabel Pitcher
offert par Tiphanie pour le Swap anniversaire de Herisson

8 - Du bout des doigts de Sarah Waters 
offert par Tiphanie pour le Swap anniversaire de Herisson

9 - Le temps n'est rien d'Audrey Niffenegger 
offert par Enna pour le Swap Eros et Thanatos

10 - Le passager de Jean-Christophe Grangé
offert par Emeralda lors du Swap anniversaire de Herisson

11 - Une simple affaire de famille de Rohinston Mistry
offert par Tiphanie lors du Swap Anniversaire de Herisson

12 - Le chagrin et la grâce de Wally Lamb 
offert par Liyah lors du Swap Anniversaire de Herisson 

 13 - Les affligés de Chris Womersley 
offert par Jeneen lors du Swap Anniversaire de Herisson 

14 - American Darling de Russell Banks 
offert par Tiphanie pour le Swap Nouvel An 

15 - Totally killer de Greg Olear
offert par Emeralda lors du Swap anniversaire de Herisson

16 - Love Medicine de Louise Erdrich 
offert par Manu lors du Swap Orange

17 - Love de Toni Morrison 
offert par Cacahuète lors du Swap Anniversaire de Herisson

 18 - Le ciel tout autour d'Amanda Eyre Ward 
offert par Liyah lors du Swap Anniversaire de Herisson 

 



Bouma :

 

Jeneen :

 

Cacahuète : PAL swap = 10 livres

 

Sofinet :

1 - Nanja Monja
offert par Loula lors du swap Nos vertes années 
2 -Afterschool charisma

offert par Khanel lors du swap de l'été 2012
3 - Contes et légendes inachevés, 1e âge , de J.R.R. Tolkien
 
offert par ch'tite môme lors du swap Terre du milieu
4 - La quête d'Ewilan, de Bottero
offert par Leo

 

Aproposdelivres : PAL swap = 29 livres

1 - Chucho – Grégoire Polet 
offert par Canel lors du Swap Nouvel An 2013 organisé par Hérisson

2- Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison - Arto Paasilinna 
offert par Natiora lors du Swap Nordique - édition de Noël organisé par Myiuki22

3 - Dés-accords - Bernard Friot 
offert par Hérisson lors du Swap Encre noire sur page blanche organisé par Valérie

4 - De pierre et cendre - Linda Newbery 
offert par Canel lors du Swap Nouvel An 2013 organisé par Hérisson

5 - Le premier qui pleure a perdu - Sherman Alexie 
offert par Canel lors du Swap Nouvel An 2013 organisé par Hérisson

6 - En un monde parfait - Laura Kasischke 
offert par Valérie lors du Swap Mettez de la couleur dans votre PAL organisé par Valérie

7 - Smilla et l'amour de la neige - Peter Høeg 
offert par Natiora lors du Swap Nordique - édition de Noël organisé par Myiuki22

 

 

24 juillet 2012

Sunset Park – Paul Auster

sunset_park Actes Sud – septembre 2011 – 316 pages

Edition Theleme - mars 2012 – CD mp3

traduit de l'américain par Pierre Furlan

Titre original : Sunset Park, 2010

Quatrième de couverture :
Parce qu’il s’est toujours senti coupable de la mort accidentelle de son demi-frère, Miles s’est banni de sa propre histoire. Il a quitté sa famille, abandonné ses études, et travaille, en Floride, à débarrasser les maisons désertées par les victimes des subprimes. Amoureux d’une fille trop jeune, passible de détournement de mineure, Miles fait bientôt l’objet d’un chantage et est obligé – encore une fois – de partir. Il trouve alors refuge à Brooklyn où son fidèle ami Bing Nathan squatte une maison délabrée, en compagnie de deux jeunes femmes, elles aussi condamnées à la marge par l’impossibilité d’exprimer ou de faire valoir leurs talents respectifs. Désormais Miles se trouve géographiquement plus proche de son père, éditeur indépendant qui tente de traverser la crise financière, de sauver sa maison d’édition et de préserver son couple. Confronté à l’écroulement des certitudes de toute une génération, il n’attend qu’une occasion pour renouer avec son fils afin de panser des blessures dont il ignore qu’elles sont inguérissables…
Avec ce roman sur l’extinction des possibles dans une société aussi pathétiquement désorientée qu’elle est démissionnaire, Paul Auster rend hommage à une humanité blessée en quête de sa place dans un monde interdit de mémoire et qui a substitué la violence à l’espoir.

Auteur : Né à Newark, New Jersey le 03 février 1947, figure centrale de la scène culturelle new-yorkaise, Paul Auster commence à écrire des l'âge de 13 ans pour s'imposer vingt plus tard comme une référence de la littérature post-moderne. Diplômé en arts, il se rend à Paris dans les années 1970 où il se plonge dans la littérature européenne et gagne sa vie en traduisant Sartre, Simenon ou Mallarmé. Cette expérience aura une influence considérable sur l'œuvre du jeune écrivain parfois qualifié de 'plus français des écrivains américains'. Son premier ouvrage majeure est une autobiographie, 'L' invention de la solitude', écrite aussitôt après la mort de son père. Devenu célèbre grâce à la fameuse 'Trilogie américaine' et au roman 'Moon Palace', l'écrivain y déploie ses thèmes de prédilections : le rapport en fiction et réalité, la solitude, ou en encore la quête d'identité. Auster écrit également pour le cinéma : on lui doit par exemple l'écriture du scénario de 'Smoke' en 1995 et la réalisation d'un film en 2006, adaptation de son roman 'La Vie intérieure de Martin Frost'. Écrivain aux influences multiples, juives, européennes et bien sûr américaines, Paul Auster a su conquérir le monde entier par on œuvre dense et profonde.

Mon avis : (lu en juillet 2012)
Ce livre est dans ma PAL depuis quelques temps et je me décide enfin à l'y sortir pour honorer le Challenge Paul Auster organisé par Mrs Pepys auquel je me suis inscrite il y a bientôt 1 an et qui se termine dans quelques jours.
Miles est le personnage principal de ce roman. Après la mort de son demi-frère dont il se sent coupable, il a quitté New-York et sa famille, abandonné ses brillantes études. Il a parti sur les routes des États-Unis et sept ans plus tard, il vit en Floride. Il travaille à vider les maisons abandonnées par les victimes des subprimes.
Il y a quelques mois, il a rencontré Pilar une jeune lycéenne mineur d'origine cubaine victime d'un chantage, il est obligé de fuir la Floride et il revient à New-York, à Brooklyn dans le quartier de Sunset Park dans une petite maison transformée en squat. Il y retrouve un ancien camarade, Bing Nathan, qui vit en communauté avec deux jeunes filles Ellen Brice et Alice Bergstrom.
A travers le destin de ces différents personnages Paul Auster nous fait le portrait d'une Amérique en pleine crise sociale ,politique et économique.
Tous ses personnages sont vraiment attachants. Il est question d'amour, de relations parents / enfants, de solidarité face aux difficultés.
Un très beau roman, fort mais sombre.  

Autres avis : Jostein, Keisha

Extrait : (début du livre)
Depuis presque un an, maintenant, il prend des photos d’objets abandonnés. Il y a au moins deux chantiers par jour, parfois jusqu’à six ou sept, et chaque fois que ses acolytes et lui pénètrent dans une nouvelle maison, ils se retrouvent face aux objets, aux innombrables objets jetés au rebut que les familles ont laissés en partant. Les absents ont tous fui précipitamment dans la honte et la confusion, et il est certain que, quel que soit le lieu où ils vivent à présent (s’ils ont trouvé un endroit où vivre et ne sont pas en train de camper dans les rues), leur nouveau logement est plus petit que la maison qu’ils ont perdue. Chacune de ces maisons est une histoire d’échec – de faillite, de cessation de paiement, de dette et de saisie – et il s’est chargé personnellement de relever les dernières traces encore perceptibles de ces vies éparpillées afin de prouver que les familles disparues ont jadis vécu là, que les fantômes de gens qu’il ne verra ni ne connaîtra jamais restent présents dans les débris qui jonchent leur maison vide.
On appelle son travail de l’enlèvement de rebuts ; il fait partie d’une équipe de quatre hommes employés par la Dunbar Realty Corporation, laquelle sous-traite ses services de “préservation de domicile” pour les banques locales qui, désormais, possèdent les propriétés en question. Les vastes terres plates du Sud de la Floride regorgent de ces constructions orphelines, et comme les banques ont intérêt à les revendre au plus vite, les logements vidés doivent être nettoyés, réparés et mis en état d’être montrés à des acheteurs éventuels. Dans un monde en train de s’écrouler, un monde de ruine économique et de misère implacable toujours plus étendue, l’enlèvement des rebuts est l’une des rares activités en plein essor dans cette région. Il a de la chance d’avoir trouvé ce travail, ça ne fait pas de doute. Il ignore combien de temps encore il va pouvoir le supporter, mais la rémunération est correcte et, dans un pays où les emplois se font de plus en plus rares, c’est sans conteste une bonne place.
Au début, il était stupéfait par le désordre et la crasse, l’état d’abandon. Rares sont les fois où il pénètre dans une maison que ses anciens propriétaires ont laissée impeccable. Le plus souvent, une éruption de violence ou de rage, un déchaînement de vandalisme irraisonné se sera produit au moment du départ : depuis les robinets ouverts au-dessus de lavabos et les baignoires qui débordent jusqu’aux murs défoncés à coups de masse, couverts de graffitis obscènes ou criblés d’impacts de balles, sans parler des tuyaux en cuivre arrachés, des moquettes tachées d’eau de Javel et des tas de merde déposés sur le plancher du séjour. Il est possible qu’il s’agisse là de cas extrêmes, d’actes impulsifs déclenchés par la rage d’être dépossédé, de messages de désespoir répugnants mais compréhensibles ; et s’il n’est pas toujours saisi par le dégoût quand il entre dans une maison, jamais cependant il n’ouvre une porte sans un sentiment de crainte. Inévitablement, la première chose contre laquelle il doit lutter, c’est l’odeur, la violence de l’air fétide qui assaille ses narines, les relents omniprésents où se mêlent moisi, lait aigre, litière de chat, cuvettes de w.-c. maculées d’ordure et nourriture en train de pourrir sur le plan de travail de la cuisine. Même laisser l’air frais s’engouffrer par les fenêtres ouvertes ne parvient pas à chasser ces odeurs ; même tout enlever avec la plus grande minutie et la plus grande attention n’arrive pas à effacer la puanteur de la défaite.

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Challenge Paul Auster
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Challenge New York en littérature
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30/50 : New York

Challenge 7% 
Rentrée Littéraire 2011
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47/49 
 

15 juillet 2012

La fille de l'hiver - Eowyn Ivey

Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
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Le mot : FILLE

La_fille_de_l_hiver Fleuve Noir – janvier 2012 - 432 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Chapman

Titre original : The Snow Child, 2012

Quatrième de couverture :
L’Alaska, ses forêts impénétrables, ses étendues enneigées. Son silence. Sa solitude. 
Depuis la mort de leur bébé, le mariage de Mabel et Jack n'a plus jamais été le même. Partir vivre sur ces terres inhospitalières paraissait alors une bonne idée. Seulement, le chagrin et le désir d'enfant les ont suivis là-bas et la rudesse du climat, le travail éreintant aux champs les enferment chacun dans leur douleur. 
Jusqu'à ce soir de début d'hiver où, dans un moment d'insouciance, le couple sculpte un bonhomme de neige à qui ils donnent les traits d'une petite fille. Le lendemain matin, celui-ci a fondu et de minuscules empreintes de pas partent en direction de la forêt… 
Peu de temps après, une petite fille apparaît près de leur cabane, parfois suivie d'un renard roux tout aussi farouche qu'elle. Qui est-elle ? D'où vient-elle ? Est-elle une hallucination ou un miracle ? Et si cette petite fille était la clé de ce bonheur qu'ils n'attendaient plus ? 
Inspiré d'un conte traditionnel russe, La fille de l'hiver est un roman à la fois moderne et intemporel où le réalisme des descriptions n'enlève rien à la poésie d'une histoire merveilleuse… dans tous les sens du terme.

Auteur : Eowyn Ivey a grandi en Alaska où elle vit toujours avec son mari et leurs deux filles. Cette ancienne journaliste, devenue libraire, aime à se définir comme une entremetteuse, qui présente des livres aux lecteurs. La fille de l'hiver est son premier roman, inspiré d'un conte russe, mais aussi de ses expériences personnelles et de son cadre de vie.

 

Mon avis : (lu en juillet 2012)
L’auteur s’est inspiré d’un conte traditionnel russe pour écrire cette belle histoire. Après la perte d'un enfant à la naissance et l'impossibilité de donner la vie, Mabel et Jack sont partis s'installer en Alaska. Leur douleur les incite à se réfugier dans le travail et la solitude.
Pourtant aux premiers jours de l’hiver, un jour de première neige, le couple s'amuse à faire un bonhomme de neige au forme d'une petite fille. Le lendemain, tout a fondu, les moufles et l'écharpe ont disparu... Peu temps après, ils leur semble apercevoir une petite fille à la lisière de la forêt... Où est le rêve ? Où est la réalité ? Cette histoire est vraiment troublante... Je n'en dévoilerai pas plus...
Mabel et Jack ont également des voisins qui veillent sur eux, dans cet endroit hostile, la solidarité est importante. George et Ester sont parents de trois grands garçons, ils sont exubérants et originaux .
J'ai beaucoup aimé les superbes descriptions en toutes saisons des grands espaces et des paysages de l'Alaska. Elles sont si précises et évocatrices que je n'avais aucun mal à les imaginer.
Une très belle découverte !

 

Autres avis : Valérie, Kathel, ClaraEmmyne

Extrait : (début du livre)
Mabel avait su d'avance ce qui l'attendrait. C'était le but recherché après tout. Aucune voix d'enfant, ni cris de joie ni pleurs. Aucun bruit de jeux en provenance de la rue, aucun frottement de petits pieds sur le bois de marches polies par les ans, aucun cliquetis de jouets traînant sur le carrelage de la cuisine. Tous ces échos retentissants de son échec et de ses regrets, elle les avait volontairement laissés loin derrière elle, pour mieux embrasser le silence.
Un silence qu'elle avait imaginé aussi paisible en Alaska que la neige soufflant dans l'immensité d'une nuit pleine de promesses. Hélas, ce n'était pas ce qu'elle avait trouvé. Quand elle faisait le ménage, les crins de son balai crissaient sur le plancher telles les dents pointues d'une furie qui lui grignoterait le cœur. Quand elle faisait la vaisselle, les assiettes et les bols s'entrechoquaient comme s'ils allaient se briser. Le seul son qui n'émana pas d'elle fut un brusque «croa croa» provenant du dehors. Mabel essora sa lavette et regarda par la fenêtre juste à temps pour voir un corbeau voleter de branche en branche dans les bouleaux dépouillés de leurs feuilles. Il n'y avait pas d'enfants jouant à se poursuivre sur le tapis d'automne en s'appelant à tue-tête ; il n'y avait même pas d'enfant solitaire sur une balançoire.

*

Il y en avait eu un. Une toute petite chose, née immobile et silencieuse. Dix années s'étaient écoulées depuis, mais aujourd'hui encore il lui arrivait de revivre ce moment et de regretter de ne pas avoir posé sa main sur le bras de Jack, de ne pas l'avoir arrêté. Si seulement... Elle aurait pris la tête du bébé dans le creux de sa main et coupé quelques mèches de ses minuscules cheveux afin de les conserver dans un médaillon autour de son cou. Elle aurait contemplé son petit visage et su si c'était un garçon ou une fille, puis elle se serait tenue au côté de Jack pendant qu'il l'inhumait dans la terre hivernale de Pennsylvanie. Elle aurait marqué sa tombe... Si seulement elle s'était autorisé ce deuil.
C'était un enfant, après tout, même s'il ressemblait davantage à un petit être échangé par une fée. Visage chiffonné, menton miniature, oreilles pointues ; elle en avait vu assez pour le pleurer ; elle aurait pu l'aimer tel qu'il était.

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29/50 : Alaska (2)

 

15 juillet 2012

Les Filles de l’ouragan – Joyce Maynard

Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
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Le mot : FILLE

les_filles_de_l_ouragan Philippe Rey – janvier 2012 – 330 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Simone Arous

Titre original : The good daughters, 2010

Quatrième de couverture :
Elles sont nées le même jour, dans le même hôpital, dans des familles on ne peut plus différentes. Ruth est une artiste, une romantique, avec une vie imaginative riche et passionnée. Dana est une scientifique, une réaliste, qui ne croit que ce qu’elle voit, entend ou touche. Et pourtant ces deux femmes si dissemblables se battent de la même manière pour exister dans un monde auquel elles ne se sentent pas vraiment appartenir. Situé dans le New Hampshire rural et raconté alternativement par Ruth et Dana, Les Filles de l’ouragan suit les itinéraires personnels de deux « sœurs de naissance », des années 1950 à aujourd’hui. Avec la virtuosité qu’on lui connaît, Joyce Maynard raconte les voies étranges où s’entrecroisent les vies de ces deux femmes, de l’enfance et l’adolescence à l’âge adulte - les premières amours, la découverte du sexe, le mariage et la maternité, la mort des parents, le divorce, la perte d’un foyer et celle d’un être aimé - et jusqu’au moment inéluctable où un secret longtemps enfoui se révèle et bouleverse leur existence. C’est un roman sur la culture des fraises et la conscription pour le Vietnam ; sur l’élevage des chèvres et les rêves vains de fortune vite gagnée ; sur l’amour de la terre et l’amour d’un père ; sur des individus qui, sans cesser de se chérir, peuvent soudain se blesser profondément. Les Filles de l’ouragan est surtout une histoire sur les liens qui constituent une famille, un foyer, sur la force dévastatrice de l’amour qui s’achève, et l’apaisement qu’apporte le pardon.

Auteur de plusieurs romans et essais (dont Long week-end), collaboratrice de multiples journaux, radios et magazines, Joyce Maynard, 57 ans, vit désormais entre la Californie et le Guatemala. Surnommée lors de ses débuts fracassants en 1972 la Françoise Sagan américaine, elle est également connue pour sa relation avec J.D. Salinger alors qu’elle avait 18 ans, relation douloureuse sur laquelle elle est revenue dans son autobiographie vingt ans plus tard (Et devant moi, le monde).

Mon avis : (lu en juillet 2012)
Au cœur d’une Amérique rurale, des années 50 à nos jours, c’est l’histoire de Ruth et Dana des « sœurs d’anniversaire ». Elles sont nées toutes les deux un 4 Juillet 1950 dans un petit village du New Hampshire. Et elles appartiennent à deux familles très différentes.
Ruth est la dernière d’une famille de cinq filles, ses parents sont agriculteurs  depuis plusieurs générations. Très tôt, elle se découvre un sens artistique et un attachement sans faille  pour la terre familiale. Sa mère est plutôt distante avec elle, contrairement à son père dont elle est très proche.Dana vit dans une famille bohème. Sa mère est artiste peintre, son père fourmille d’idée et enchaîne projets sur projets dans l’espoir de faire fortune. Leurs vies très différentes ne vont cesser de se croiser durant toutes ses années.
Le lecteur comprend assez vite le secret qui entoure Ruth et Dana et c’est parfois énervant de voir que ni l’une ou ni l’autre ne l’ont pas compris plus tôt !
Une lecture très agréable avec des personnages aussi attachants qu’originaux. Une belle découverte de l'Amérique rurale.

Extrait : (page 17)
Ruth
La Grande Perche

Mon père me disait que j'étais un bébé de l'ouragan. Cela ne signifiait pas que j'étais née au cours d'un ouragan. Le jour de ma naissance, le 4 juillet 1950, se situe bien avant la saison des ouragans.
Il voulait dire que j'avais été conçue pendant un ouragan. Ou dans son sillage.
« Arrête ça, Edwin », intervenait ma mère chaque fois qu'elle le surprenait à me raconter cette histoire. Pour ma mère, Connie, tout ce qui avait à voir avec le sexe ou ses conséquences (à savoir ma naissance, ou du moins le fait de relier ma naissance à l'acte sexuel) ne pouvait être un sujet de discussion.
Mais quand elle n'était pas là, il me racontait cette nuit où il avait été appelé pour dégager la route d'un arbre abattu par la tempête, il me décrivait la pluie battante, le vent impétueux. «Je n'ai pas été comme mes frères faire la guerre en France, disait-il, mais j'ai eu l'impression de livrer une bataille, en luttant contre ces bourrasques qui soufflaient à cent cinquante kilomètres à l'heure. Et là il se passe une chose bizarre. Craint-on vraiment pour sa vie dans des moments pareils ? Mais c'est à de tels moments que l'on se sait vivant.»
Il me racontait cette pluie qui s'abattait si violemment sur la cabine du camion qu'il n'y voyait plus rien, comme son cœur battait fort alors qu'il progressait dans l'obscurité, et ensuite - exposé au déluge, il coupait l'arbre et dégageait les grosses branches sur le bord de la route, ses bottes lourdes de pluie s'enfonçaient dans la boue, ses bras tremblaient.
« Le bruit du vent avait quelque chose d'humain, se souvenait-il, comme le gémissement d'une femme. »
Plus tard, me remémorant la façon dont mon père me racontait cette histoire, je me rendis compte que les mots qu'il utilisait pour décrire la tempête auraient aussi bien pu évoquer un couple faisant l'amour. Il imitait le bruit du vent, et je me jetais contre sa poitrine pour qu'il me protège de ses bras puissants. Je frémissais rien qu'à l'idée de ce qu'avait dû être cette nuit.
Pour une raison que j'ignorais, mon père se plaisait à me la raconter - pas à mes sœurs ni à notre mère, mais à moi, son unique public. Bon, il y avait peut-être une raison. J'étais sa fille de l'ouragan. Sans la tempête, aimait-il à dire, je ne serais pas là.
J'étais née neuf mois plus tard, au jour près, à la maternité du Bellersville Hospital, en pleine Fête nationale, juste après la fin des premières moissons et alors que les fraises étaient à leur apogée.

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Déjà lu du même auteur :

 long_week_end Long week-end 

50__tats
29/50 : New Hampshire (2)

8 mai 2012

L'écrivain de la famille – Grégoire Delacourt

l__crivain_de_la_famille JC Lattès – janvier 2011 – 265 pages

Quatrième de couverture :
Je venais d'avoir le bac de justesse. Ma soeur avait quatorze ans, elle écoutait Sheila chanter Hôtel de la plage avec les B. Devotion, allongée sur son lit. Il y avait des posters de Richard Gere et de Thierry Lhermitte sur les murs. Elle croyait au prince charmant. Elle avait peur de coucher avec un garçon, à moins qu'il ne fût le prince. Elle m'avait demandé si ça avait été bien ma première fois et j'avais répondu, d'une voix douce, oui, oui, je crois que c'était bien, et elle avait eu envie qu'on dise ça d'elle un jour, juste ça, oui, oui, c'était bien.
Et puis notre frère était entré dans la chambre, il nous avait couverts de ses ailes et nos enfances avaient disparu.

À sept ans, Edouard écrit son premier poème. Trois rimes pauvres qui vont le porter aux nues et faire de lui l'écrivain de la famille. Mais le destin que les autres vous choisissent n'est jamais tout à fait le bon...
Avec grâce et délicatesse, Grégoire Delacourt nous conte une histoire simple, familiale, drôle et bouleversante. 

Auteur : Né en 1960 à Valencienne, Grégoire Delacourt est publicitaire et signe avec L’Écrivain de la famille son premier roman.

 

Mon avis : (lu en mai 2012)
Parce qu'à l'âge de sept ans, Édouard a écrit un petit poème, il devient pour les siens « L'écrivain de la famille ». Quelle responsabilité pour un si jeune garçon… D’autant plus que jamais plus il ne n’arrivera à rééditer cet « exploit », les mots le fuient et avec le temps, il assiste sans pouvoir rien faire à l’éclatement de sa famille. Est-ce parce qu’il n’a jamais pu écrire le livre que l’on attendait de lui ?
Édouard est très touchant, il vit très mal les échecs qui l’entourent, la fin de l’unité de sa famille, l’échec de sa vie amoureuse, l’échec de sa vocation d’écrivain… Et pourtant, il ne baissera pas les bras et plein d’amour pour les siens il finira par écrire leur histoire avec beaucoup de drôlerie mais aussi de poésie et de sensibilité.
Grégoire Delacourt a une très belle écriture, il nous décrit des personnages incroyables et touchants comme le père devenu sourd, le frère-oiseau, la sœur dont le cœur est devenu dur comme de la pierre… 
C’est également un joli voyage dans le temps car l’auteur évoque beaucoup de références des années 70, 80 et 90 : évènements, musique, écrivains, film, sans oublier la publicité…

Extrait : (début du livre)
A sept ans, j’écrivis des rimes.

Maman
T’es pas du Zan.
Papa
Tu fais des grands pas.
Mamie
T’es douce comme de la mie.
Papy
Tout le monde fait pipi.

A sept ans, je connus mon premier succès littéraire. La maman en question me serra dans ses bras. Le papa, la mamie et le papy applaudirent.
Les compliments fusèrent. Les verres trinquèrent. Des mots importants furent prononcés. Un don. Il le tient de son grand-père Pierre, celui qui a écrit cette si jolie lettre de Mauthausen, en 1941. Un poète. Un Rimbaud de sept ans.
Il y a eu une larme aussi, sur la joue de mon père ; lente et lourde. Du mercure.

Les regards changèrent. Les sourires s’allongèrent. En quatre rimes pauvres, j’étais devenu l’écrivain de la famille.
A huit ans, je n’eus plus rien à écrire.
La grâce des homonymes appris au CM1 me permit un temps de faire illusion. Je me revois dans la cuisine jaune pâle de notre maison de Valenciennes sortir de ma poche une feuille pliée dans laquelle mes parents émerveillés (qui rime avec pliée) attendaient la confirmation de la poésie du génie.

Je suis allé vers la chaire
J’ai trouvé quelqu’un de cher
Qui voulait manger ma chair

Ma sœur se mit à crier. Mon frère s’envola jusqu’au faîte du bahut. Ma mère bondit vers les escalopes qui brûlaient.
Mon père, lui ne bougea pas. Une lueur étrange irradiait ses yeux verts. Il hocha imperceptiblement la tête. Je sais aujourd’hui que mes mots s’y bousculaient.
Plus tard, alors que j’étais au lit, il me demanda si je connaissais celui-ci, extraordinaire, que seuls quelques hommes savent prononcer sans trébucher. Ce mot qui sépare le vulgum pecus du poète :
- Transsubstantiation.
Je restai coi.
- C’est le terme qui désigne la transformation d’une substance en une autre. La chair de ton poème, c’est l’amour de Dieu. Je le sais, à cause de chaire qui dit église et de cher qui dit amour. Comment as-tu trouvé ça ?
- Je ne sais pas papa, c’est venu tout seul.
Il posa un baiser sur mon front.
- Alors continue. Laisse les choses s’écrire.

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Déjà lu du même auteur : 

5505 La liste de mes envies


Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Métier"

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4 juillet 2012

Swap 50 états : le colis dévoilé

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En parallèle avec le Challenge 50 états 50 billets,
Sofinet a décidé d'organiser le Swap 50 états !
La tentation était grande d'y participer... J'ai été binômée avec Sharon !

Règle pour composer son colis :

- 2 romans dans le thème (auteur américain ou histoire se situant dans un ou plusieurs états américains)
- 1 livre sur les États Unis (voyage, photos, culture, histoire.... au choix de chacun et au gout des swapés !) 
- 1 ou 2 surprises : CD, DVD, mug, papeterie, ... ou  tout ce qui peut vous passer par la tête !
- 1 ou 2 marques pages 
- 1 carte, expliquant éventuellement votre lien, votre gout, voir votre amour pour les USA... 
- Des gourmandises typiques

 

Samedi matin, coup de sonnette à la maison... C'est la factrice qui m'apporte le colis attendu

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APN chargé, je cherche le bon endroit pour ouvrir ce gros paquet !

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Le soleil me permet de m'installer dans le jardin,
mais la rosée m'oblige finalement à quitter l'herbe...

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En regardant de plus près les différents paquets, je vois que Sharon les a numéroté.
J'ai donc suivie les consignes de la carte pour les ouvrir
en voyageant virtuellement à travers les États-Unis :

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1) pour découvrir l'Ohio
2) A la découverte du Middle West
3) un auteur vivant à Philadelphie
4) les 50 états en un seul livre !
5) et 6) des gourmandises...
7) une surprise...
8) une ville mise à l'honneur 


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(cliquer sur la photo pour agrandir)

Voici l'ensemble après le déballage !

Et le détail :

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(cliquer sur la photo pour agrandir)

Trois romans choisis dans ma LAL avec :
Un pays à l'aube - Dennis Lehane
Dalva - Jim Harrison
Mange prie aime - 
Elizabeth Gilbert

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(cliquer sur la photo pour agrandir)

Entre nature & patchwork
Un tour des USA 

Le livre sur les États-Unis me plaît beaucoup,
c'est à la fois un récit de voyage avec de belles photos, un livre de modèles de patchwork
et un livre de recettes de cuisine typiquement américaine ! 

En préparant ce Swap, j'ai failli craquer et m'offrir ce même livre... 
Sharon, sans le savoir, a fait mon bonheur !  

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(cliquer sur la photo pour agrandir)

Surprise et gourmandises avec :
Un vrai mug isotherme 
du thé aux fruits rouges
et du chocolat noir au caramel  à la pointe de sel

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(cliquer sur la photo pour agrandir)

3 superbes marque-pages newyorkais à rajouter à ma collection !

Un grand merci à Sharon pour ce superbe colis, 
sans oublier Sofinet pour l'organisation de ce très beau Swap

Et maintenant, allons voir le blog de Sharon et le colis que je lui ai préparé... 
(nous avons eu une idée commune...)

 

xx 

21 juin 2012

Fugue – Anne Delaflotte Mehdevi

A l'occasion de la Fête de la Musique

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fugue Gaïa – septembre 2010 – 326 pages

Quatrième de couverture :
Madeleine s'enfuit de l'école le jour de la rentrée. Sa mère, folle d'angoisse, crie son nom le long de la rivière. L'enfant est saine et sauve, mais Clothilde y perd la voix. Sa voix du quotidien, sa voix de mère, de fille, d'amie et d'amante lui fait désormais défaut. Clothilde consulte, se refuse aux traitements, se heurte à l'incompréhension de tous. Et, contre toute attente, prend des cours de chant. La voix chantée de Clothilde est belle, sublime même. Passionnée de musique depuis l'enfance, comment pourrait-elle se détourner de ce talent qui affleure ? Un portrait de femme d'une tonalité bouleversante.

Auteur : Anne Delaflotte Mehdevi est née en 1967 à Auxerre. Elle grandit près de Saint-Sauveur-en-Puisaye où est née Colette. Elle suit des études en droit international et diplomatique et pratique le piano et le chant lyrique. Depuis 1993, elle vit à Prague où elle exerce le métier de relieur, parallèlement à son travail d'écrivain. Après La relieuse du gué (2008), Fugue est son second roman.

Mon avis : (lu en juin 2012)
J’avais ce livre dans ma LAL depuis trop longtemps… et la proposition d’Anne de faire une lecture « musicale » pour le 21 juin jour de Fête de la Musique en marge de son Challenge Des mots et des notes était l’occasion rêvée pour le découvrir !
Clothilde vit à Levayze un petit village de Bourgogne, elle a quatre enfants Antoine, Madeleine et les jumeaux Adèle et David. Vincent son mari est pilote de ligne, il est absent tous les trois jours et demi. Sa vie est équilibrée entre la famille, les amis, la maison et la musique qui a toujours été importante pour elle.
Lorsque l'histoire commence, c'est le jour de la Rentrée des classes et c'est la première Rentrée des jumeaux. Clothilde commence à songer à son avenir, son travail de maman à plein temps est terminé, mais elle ne sait pas encore quel travail elle pourrait faire.
En fin de matinée, elle reçoit un appel de l'école, sa fille Madeleine a fugué de l'école. Clothilde, accompagnée de son chien Beau, se met à sa recherche en l'appelant sans relâche. Madeleine est finalement retrouvé saine et sauve, mais Clothilde a perdu sa voix. 
Ce n'est pas une simple extinction de voix. Elle est alors confrontée à l'incompréhension de son mari, de sa meilleure amie et de son père, car elle refuse une injection dans ses muscles du larynx qui serait une solution transitoire. Après quelques semaine, elle découvre avec son phoniatre que malgré son impossibilité de parler, elle arrive à chanter sans aucune difficulté et elle décide alors de prendre des cours de chant.
J'ai beaucoup aimé ce livre plein de sensibilité, je me suis facilement identifiée à Clothilde, je suis mère de famille, j'ai été pendant quelques années en congé parental et je chante... J'ai aimé sa force et sa détermination à vouloir imposer ses choix de vie.
Tout au long du livre, l'auteur utilise le vocabulaire musical, cela donne une vraie poésie et une musicalité à ses propos. Il y a également beaucoup de références à des œuvres que je n'ai pas pris le temps de découvrir. Un livre apaisant à découvrir !

Autres avis : Clara - Sandrine - Saxaoul - Mirontaine

Extrait : (début du livre)
Clothilde était au jardin, elle y taillait un buis auquel elle donnait une forme ronde. La musique, qui lui parvenait du salon par la baie laissée ouverte, accompagnait son geste, précis et délicat, du bout des lames. L'Art de la fugue en était au XIVe contrepoint. Quand la musique de Bach cessa au milieu de cette partition dont il n'avait pas écrit la fin, Clothilde continua à sculpter dans le silence.

Concentrée sur l'arbuste, elle ne perçut d'abord que les mouvements de va-et-vient impatients de son chien blanc sur le fond vert des charmilles. Elle se redressa pour en chercher la cause et c'est alors qu'un filet de brise lui fit parvenir l'appel. Elle s'extirpa du dédale de parterres de fleurs rampantes qu'elle laissait empiéter sur les allées et décrocha enfin. C'était juste avant midi, jour de rentrée scolaire.
La directrice de l'école demandait à la jeune mère de venir la rejoindre de toute urgence. Clothilde pensa que quelque chose n'allait pas avec ses jumeaux. Adèle avait-elle déclaré la guerre à l'institution ? Dès sa première rentrée ? Elle siffla Beau et le grand chien blanc des Pyrénées se colla comme une ombre à sa maîtresse. Ils s'engouffrèrent dans la voiture pour rejoindre l'école. Quittant les hauteurs du village pour gagner le pied de la colline à l'opposé du bourg, Clothilde nota en bas dans la plaine un banc de brouillard toujours accroché au lit de la rivière, une traîne blanche, comme un cumulus tombé des nues.

Devant l'école, attendait la directrice, le dos voûté, les mains nouées l'une à l'autre. Noués les doigts de cette femme, nouvelle ici, qui voulait que l'on mît Beau en laisse. Mettre Beau en laisse !

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18 juin 2012

La chambre mortuaire - Jean-Luc Bizien

Lecture Commune 
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avec Valérie et Karine

la_chambre_mortuaire 10/18 – février 2009 – 428 pages

Quatrième de couverture :
Étrange personnage que le docteur Simon Bloomberg ! Dans son hôtel particulier de la rue Mazarine à la façade presque aveugle, conçu comme une pyramide égyptienne, cet aliéniste au regard pénétrant et à la réputation sulfureuse traite ses patients selon des méthodes avant-gardistes qui font scandale. Lorsque la jeune Anglaise Sarah Englewood entre à son service, elle tombe immédiatement sous le charme de ce scientifique hors du commun, fascinée par le mystère qui l'entoure. Pourquoi ne voit-on jamais sa femme, une archéologue de renom dont les trouvailles encombrent chaque recoin de la maison ? Et pourquoi une des pièces est-elle interdite d'accès ? Tandis qu'une série de meurtres inexpliqués défraient la chronique parisienne, une relation trouble se noue entre l'intrépide Anglaise et l'ombrageux médecin...

Auteur : Né en 1963 à Phnom Penh (Cambodge), Jean-Luc Bizien a vécu une grande partie de son enfance à l'étranger. Il a exercé pendant une quinzaine d'années la double profession d'auteur et d'enseignant avant de se consacrer totalement à l'écriture. Jean-Luc Bizien s'épanouit dans les jeux de rôles et la littérature SF : il a obtenu en 1994 le prix Cassus Belli du meilleur jeu de rôles pour Chimères et a publié de nombreux livres pour la jeunesse, dont une trilogie médiévale parue chez Bayard Jeunesse. En 2002, il a obtenu le prix du roman d'aventures pour La Mort en prime time et le prix Fantastic'Arts pour WonderlandZ. Il est aussi l'auteur du Masque de la bête et de La Muraille (Éditions du Masque) et de Marie Joly, parue aux Éditions Sabine Wespieser.

Mon avis : (lu en mai 2012)
Voilà un livre qui nous emporte à Paris à la fin du XIXème siècle, au départ ce livre m'a fait penser à la série des enquêtes de Victor Legris de Claude Izner puisque l'époque et le lieu sont les mêmes.
Sarah Englewood est une jeune anglaise qui vient  d'arriver à Paris, elle a été engagée comme gouvernante par Simon Bloomberg, un aliéniste. C'est un médecin controversé par ses collègues, ils jugent ses méthodes innovantes dangereuses. Au début du livre, Simon Bloomberg est perturbé par la disparition de sa femme Elzbiéta, égyptologue, elle a quitté la maison sans donner de nouvelles.
Sarah est une très jolie jeune femme curieuse et qui s'intéresse aussi bien au travail de son employeur, qu'aux mystères de cette drôle de maison, elle s'interroge également sur la série de meurtres inexpliqués  vu dans le journal. Et le lecteur va suivre en parallèle ce qui se passe dans la maison de la rue Mazarine et l'enquête difficile du commissaire Desnoyers.
Les deux héros principaux sont complétés par une belle galerie de personnages secondaires comme les employés de maison de l’aliéniste : Ulysse, un géant au grand cœur ; Marceline, la gentille cuisinière, et Jéromine une bonne inquiétante mais aussi les enquêteurs, Léonce Desnoyers et Raoul Mesnard.
La maison de Simon Bloomberg située rue Mazarine est au centre du livre, elle est assez étrange, inspirée des pyramides égyptiennes, elle a été conçue comme  un labyrinthe avec de nombreux couloirs. C'est un lieu austère, décoré de bibelots en tout genre et de trésors archéologiques. Il y a également une cage avec des chimpanzés. Et il s'y passe des choses plutôt troublantes. Malgré les nombreuses descriptions des différentes parties de cette maison, je n'ai pas réussi à m'imaginer son vrai plan...
Un roman policier réussi, l'intrigue est originale et bien construite qui tient le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page. J'ai soupçonné de nombreux coupables avant d'avoir la solution de l'auteur...
Il existe une suite à ce livre avec « La Main de Gloire ».

Un Grand Merci à Valérie qui m'a offert ce livre lors du Swap Mettez de la couleur dans votre PAL : le dernier  organisé par elle-même et qui m'a proposée cette lecture commune.

Extrait : (page 21)
Paris est un océan de goudron ce soir.
Au cœur des ténèbres, la Seine s'étire paresseusement, reptile ventru à la formidable musculature. En cette morne soirée, Paris ne vit plus, Paris s'est éteint. Quelques épaves, l'esprit engourdi par l'absinthe ou la drogue, hantent encore ses ruelles. Les plus chanceux atteindront leur domicile sans heurts. Les autres tomberont sous les coups des crocheteurs, ou seront happés par les roues d'un fiacre jaillissant de nulle part. Des chiens trop maigres les regardent passer. Leurs yeux chassieux s'interrogent un instant : faudra-t-il disputer le territoire, défendre les déchets trouvés sur les pavés luisants ? Mais déjà les danseurs de l'aube s'éloignent. Leurs pieds lourds battent le pavé. L'écho va s'amenuisant. Le calme et le silence retombent.
L'ombre est de nouveau maîtresse.

Quelque part au milieu des toits, une étincelle persiste. Son halo pâle révèle le vasistas clos d'une pièce mansardée, étroite et longue. Un réduit fleurant la négligence et la solitude. Sur les lattes fatiguées, qui n'ont pas connu la caresse de la cire depuis des lustres, un matelas est posé. Un large coffre de bois, semblable à ceux qui envahissaient les cabines des capitaines corsaires déverse des vêtements froissés. C'est un capharnaüm chamarré, où de tristes fripes côtoient des habits de spectacle aux couleurs violentes. Les draps défaits de la couche, maculés de larges traces de sueur, auxquelles viennent s'ajouter les témoignages en fleurs rêches sur la toile de plaisirs vécus sous ces combles malodorants, accentuent l'arrière-goût de lassitude planant sur les lieux.

 

  Challenge Objectif PAL Swap
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11/25

Challenge Paris
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12 mai 2012

Le tapis du salon – Annie Saumont

le_tapis_du_salon Julliard – février 2012 – 190 pages

Quatrième de couverture :
Une promesse de jeunesse non tenue, un coucher de soleil, la mort d'un poisson rouge, l'envoi d'une lettre anonyme ou une simple tache sur un tapis, tout est prétexte à Annie Saumont pour creuser les failles d'une humanité à la dérive. En orfèvre de l'écriture, elle scrute notre quotidien, s'attache aux situations qui dérapent, aux manifestations de trouble, jusque dans le langage, miroir de tous les dérèglements affectifs et sociaux. Chacune de ses nouvelles ajoute  un détail au tableau qu’elle compose depuis ses premiers écrits, peinture de société sombre, implacable et poignante. Du très grand art ! 

Auteur : Annie Saumont a d'abord été traductrice de littérature anglo-saxonne, notamment de J. D. Salinger. Puis elle s'est consacrée à l'écriture de nouvelles, art dans lequel elle a acquis un exceptionnel savoir-faire en même temps qu'une grande notoriété. Désignée comme la sœur française de Raymond Carver, elle est unanimement saluée par la critique. Son œuvre, étudiée dans les universités américaines, est traduite dans le monde entier.

Mon avis : (lu en mai 2012)
J'avais vu cette auteur et son livre à La Grande Librairie, et même je ne suis pas une grande fan de nouvelles comme le livre était sur le présentoir des nouveautés, je me suis laissée tenter.
Le livre est composé de 18 nouvelles d'une dizaine de pages chacune qui se lisent assez facilement.
L'auteur part d'un fait divers ou d'une anecdote, elle y rajoute un ou plusieurs personnages souvent anonyme ou silencieux et il se passe alors un événement inattendu.
J'ai aimé quelques unes des nouvelles, d'autres moins, pour une ou deux je n'ai pas compris la chute... Vu l'enthousiasme de François Busnel à la télévision, j'ai été globalement un peu déçu par ces nouvelles. Sinon, c'est très bien écrit, toujours sombre et parfois un peu surréaliste...  

Extrait : (début du livre)
Le scarabée est dans le verre. Un gobelet à whisky. Vide. Le scarabée tente de grimper le long du verre. Puis retombe.
L'homme qui l'observe - on devrait dire l'homme qui le voit, ne semble pas le regarder mais simplement comme malgré lui enregistrer une image imposée à sa rétine - l'homme demeure un moment immobile. Le scarabée est sur le dos agitant les pattes.
L'homme d'un geste bref, peut-être machinal, introduit un doigt dans le verre, retourne l'insecte qui après un instant d'hésitation recommence ses efforts d'escalade.

Le téléphone sonne. L'homme laisse sonner. La sonnerie s'arrête puis reprend. Cette fois il décroche l'appareil, le haut-parleur est branché. Allô, c'est moi, dit la voix. Je t'ai déjà signalé, remarque l'homme, que t'annoncer par un C'est moi n'a pas de sens. Dans cette foutue ville cinq cent mille mecs pourraient dire, C'est moi. On n'en saurait pas plus.

Un soupir. Et puis, Tu n'as pas reconnu ton vieux Charley ?
Évite de prononcer ton nom, utilise le mot de passe. Un rire dans le haut-parleur.
Accompagné d'un sifflement aigu. Et la voix, Si ça te plaît de jouer les agents secrets -
L'homme tapote, agacé, le bois de la console, Écoute, dans la situation où je me trouve -
Mais voyons, dit Charley (le haut-parleur grésille), où est le drame ? La petite est tranquille.
Elle va jouer cinq minutes, dit l'homme, et puis se mettre à bavasser. Pourquoi ci et pourquoi ça. On n'a pas de temps à perdre. T'as l'accord de ta meuf ?
Le haut-parleur ronfle, Elle a gueulé sévère. Elle n'est pas restée sans enfant pour s'embarrasser d'une chieuse.
C'est seulement deux ou trois jours. Au plus une semaine. Secoue-toi bon Dieu, braille l'homme, la gosse m'encombre. Il pose violemment le téléphone sur son socle.
Et la fillette, Comment tu t'appelles ?
Disons Jevo.

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  Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Objet"

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11 mai 2012

L'année où tout a changé - Jill Hucklesby

l_ann_e_o__tout_a_chang_ Bayard Jeunesse – septembre 2011 – 386 pages

traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Maïca Sanconie

Titre original : Deeper than blue, 2007

Quatrième de couverture :
A 13 ans, Amy est championne de natation. Quand elle ne s'entraîne pas, elle adore danser sur son lit en chantant, une brosse à cheveux en guise de micro. Selon elle, un smoothie à la fraise est ce qui se rapproche le plus du paradis. Surtout quand elle le partage avec sa meilleure amie, Sophie. Mais un samedi matin, alors qu'Amy fait du shopping, sa vie bascule en une seconde. Dès lors, elle devra se battre pour tout réapprendre nager, rire, et même aimer...
Un roman coup de poing, entre rire et larmes, légèreté et gravité.  

Auteur : Jill Hucklesby est auteure pour la jeunesse. Son premier roman L'année où tout a changé (Deeper than blue) a remporté le 1066 Schools Book Award en 2008 et figurait sur la liste d'honneur du Cumbrian Spellbinding Award et le Bolton Children's Book Award.

Mon avis : (lu en mai 2012)
Amy est une adolescente avec une vie idéale. Elle a comme grande passion la natation. Sa vie tourne autour des entraînements, des médailles... Sa famille la soutient. Voilà qu'un samedi la piscine est fermée, et Amy pouvoir faire du shopping avec sa meilleure amie, Sophie. Et c’est le drame. Les deux amies sont victimes d'un chauffard qui les renverse sur un passage piétons. Sophie meurt, Amy a la jambe droite amputée. Elle, dont l'avenir de championne de natation était tout tracé voit sa vie détruite ! Elle se retrouve à l'hôpital et fait la connaissance d'Harry un jeune garçon malade mais qui refuse de se plaindre, son caractère, son humour va aider Amy a faire face, à reprendre goût à la vie, à prendre en main sa nouvelle vie.

Cette histoire touchante et poignante traite de l'handicap avec beaucoup de justesse, de sobriété et de sensibilité. Le lecteur assiste aux différentes étapes de la convalescence d'Amy, elle nous livre ses états d'âme, sa colère, sa peur, son découragement. On voit également évoluer d'autres personnages comme ses parents, sa grande sœur, la famille de Sophie, le personnel hospitalier...
Un roman bouleversant mais plein d'espoir.

Extrait :(début du livre)
Je suis debout devant le plot de départ, dans la piscine de mon quartier, à Nottingham. La tête entre mes bras pointés en avant, en position de torpille et tous les muscles tendus, j'attends le coup de sifflet.
Pour cette compétition – le deux cents mètres nage libre des filles de moins de quatorze ans -, je me suis entraînée chaque jour depuis trois mois. C'est Mel James, la concurrente à ma droite, qui détient le dernier record. Elle est stupéfiante. J'ai regardé une vidéo qui la montrait en train de nager, et j'ai analysé ses mouvements de bras à l'affût de ses points faibles.
Mon entraîneur, Danny Dodgy (un surnom qui lui vient de sa Dodge, une vieille voiture de sport déglinguée), dit que c'est dans les virages que je peux gagner la fraction de seconde cruciale, celle qui fera la différence entre la première place et la deuxième.
Mon cœur cogne dans ma poitrine. La foule est silencieuse, comme si elle retenait sa respiration. Les deux prochaines minutes vont déterminer si je représenterai le comté au championnat national du Crystal Palace de Londres, cette année. Papa est assis dans la tribune, probablement occupé à se gratter l'oreille (il fait toujours ça quand il est inquiet).
Maman est immobile – une vraie statue – et se mord la lèvre inférieure. Même Caz, ma grande sœur, est là quelque part, avec Dennis-le-Chien, ma peluche porte-bonheur (sauf que, telle que je la connais, elle téléphone sûrement à un garçon sur son portable).
Je respire trop vite. Il est temps que je me fasse un petit récapitulatif... Inspire par le nez, Amy ; remplis lentement tes poumons. Reste concentrée. Ne relâche pas ton attention. Je vois mon reflet dans l'eau. J'ai l'air d'un insecte, avec mon corps maigre dans son maillot bigarré, et ma tête noire et luisante. 

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Challenge Voisins, voisines
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Grande-Bretagne

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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 Challenge 7% 
Rentrée Littéraire 2011
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44/49 

Challenge God Save The Livre
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31 mars 2012

Les contes de la lune - Elisabeth Delaigle

les_contes_de_lune Persée - novembre 2011 - 93 pages

Présentation éditeur :
Vue de la terre, la lune, par sa rondeur et sa bonhomie incite à toutes les rêveries... Inaccessible et pourtant si proche, elle peuple l'imaginaire des hommes pressés de la conquérir, et enflamme le monde depuis la nuit des temps avec son lot de légendes et de mystères. Dans Les contes de la lune, les enfants sont transportés dans des univers très différents, au gré de récits qui ont tous la lune comme déclencheur de situations insolites : que ses rayons éclairent l'aigle blessé, la princesse désespérée, les souris affamées, le boxeur conquérant, le vieux chat jaloux, l'ourson espiègle ou les deux enfants perdus en forêt, elle les pousse à faire de petites bêtises ou de grandes choses !

Auteur : Elisabeth Delaigle  site de l'auteur

Mon avis : (lu en mars 2012)
Elisabeth Delaigle m'a gentiment proposée de découvrir son livre de contes pour enfant sous forme numérique. Je préfère de beaucoup lire des livres papier, car utilisant pratiquement 100% de mon temps un ordinateur pour le travail et je trouve cela plus reposant... J'ai cependant accepté ce partenariat car c'est un livre court divisé en sept contes de 5 à 10 pages et je les ai lu un par un pendant plusieurs jours.

Le titre du livre est suffisamment explicite pour comprendre que le point commun de ces contes c'est la « lune ». Ainsi chaque conte a lui-même le mot « lune » dans son titre.

Au fil des histoires, le lecteur découvre un jeune indien qui recueille un petit aiglon, une princesse à laquelle une sorcière jette un sort, des souris qui veulent attraper la lune, l'apprentissage d'un jeune boxeur, la rencontre de deux chats, deux jumeaux partis chasser la lune et un ourson apprenant à pêcher...

Je n'ai pas pu tester les contes sur des enfants, les miens ayant passés depuis longtemps l'âge de l'histoire du soir avant de dormir. Quelques années plus tôt, j'aurai vraiment pu leur lire ces contes variés et originaux avec fin heureuse.
Quelques très belles illustrations accompagnent chaque conte.

Voilà de jolies histoires à raconter aux enfants, très bien écrit avec un vocabulaire riche mais adapté et qui se lit avec plaisir même en tant qu'adulte.

Merci Elisabeth pour cette jolie découverte.

 


3 janvier 2012

Un cercle de lecteurs autour d'une poêlée de châtaignes - Jean-Pierre Otte

un_cercle_de_lecteurs Julliard – avril 2011 – 254 pages

Présentation éditeur :
Rares sont les auteurs libres à ce point face à leur temps. Au risque d’être taxé d’anachronisme, Jean-Pierre Otte a entamé avec son « Cycle de la vie personnelle », une série de chroniques décrivant son quotidien dans une communauté rurale retranchée du monde. Cette fois-ci, il s’est joint à un groupe de personnes issues d’horizons divers, qui se réunissent tous les mois pour partager une passion commune : les livres. Le rituel est simple, une poêlée de châtaignes, le doux bruit des bouteilles qu’on débouche, et la discussion à bâtons rompus peut reprendre là où on l’avait laissée. Confrérie éclectique, ils sont une quinzaine, de l’avocat au jardinier en passant par la bibliothécaire ou la prof d’espagnol, formant un petit monde à part de bibliophages exigeants et passionnés. On y aborde des sujets tout aussi hétéroclites que la téléportation ou l’utopie, on s’y remémore des récits d’aventures dans des contrées exotiques comme on y invente un voyage en 323 jours au cœur du Quartier latin ; on y cite des auteurs aussi divers que Julien Gracq, Carlos Castaneda, Gilles Deleuze ou John Cage. Discussions, anecdotes et autres récits sont prétexte à des réflexions inattendues sur l’art, le sens de la vie, la sexualité, la nature et la mort. Derrière le choix des auteurs et des textes se profile toujours la personnalité étonnante de ces lecteurs chevronnés. Mais la vie de l'esprit ne serait rien si elle négligeait le bonheur des sens. Chaque réunion se clôt par un véritable festin, au gré de recettes traditionnelles toutes plus alléchantes, du tablier de sapeur sauce gribiche au gigot de chevreau et navets glacés !

Auteur : Jean-Pierre Otte est né dans les Ardennes en 1949. Avide de savoir, il étudie des disciplines aussi diverses que la biologie, la physique, la philosophie et les mythologies du monde. Spécialiste des mythes de la Création, il s'adonne aussi à la botanique et à l'observation des insectes. Installé depuis 1984 dans le Lot, il vit entouré d'animaux familiers. Écrivain, conteur, conférencier et peintre, il est un des auteurs les plus originaux de notre époque...

Mon avis : (lu en décembre 2011)
Dans ce livre, Jean-Pierre Otte nous raconte son expérience de lecteur. Il est invité un jour à participer à un réunion de lecteurs autour de poignées de châtaignes. La première fois, il est invité en temps qu'auteur mais il prend goût à ces réunions mensuelles où des gens très différents viennent partager leurs lectures. Ces échanges sont aussi prétexte à partager des nourritures terrestres.
Depuis environ huit ans, je participe moi-même tous les mois aux rencontres du « Café Lecture » de la Bibliothèque. Nos rencontres sont différentes de celles de Jean-Pierre Otte mais tout aussi sympathique.
Cette lecture a été vraiment agréable, Jean-Pierre Otte prend le temps de la rencontre avec les autres, de découvrir la nature, les pensées des uns et des autres, d'apprécier de petits plaisirs... 
Entre lecteurs, en partageant leurs idées, ils s'ouvrent à la nouveauté, ils communiquent et les rencontres font naître des amitiés.

En bonus, à la fin du livre, on trouve la liste des œuvres évoquées et la liste des plats dégustés pendant les rencontres.

Extrait : (page 14)
Sous un air amusé, qui est l'air qu'il adopte le plus souvent, Mehdi me parla du cercle de lecteurs qu'ils avaient créé à Lespinas, un hameau dans le haut Quercy, en bordure du Cantal, lequel figurait pour lui comme pour moi l'un des derniers camps de la consanguinité quand partout ailleurs en France on cédait enfin au métissage et à la variété culturelle.
Lespinas, c'était un domaine de famille, qui appartenait, pour moitié à son épouse Maylis, et qui avait été acheté au XIXe siècle à un notaire de campagne – il restait une fenêtre grillagée et à barreaux pour témoigner de la pièce où ledit notaire gardait ses pièces d'or, ses titres et ses actes –, et dont ils avaient fait un lieu de rencontres, dans la grande pièce de séjour où il n'y avait plus guère de meubles, seulement des armoires murales, une longue table et des bancs à rapprocher de l'âtre, en ayant alors la figure éclairée par la sarabande des flammes.
Dans ce cercle, qui réunissait une quinzaine de membres, on échangeait des livres, des avis sur ces livres, on partageait ses expériences livresques et récitait à l'occasion certains extraits marquants à voix haute. Il s'y disait, semble-t-il, des choses considérables. Le présent s'esquivait à l'instant même où ils le vivaient et, au gré des lectures diverses et variées, ils étaient emportés dans des paysages inconnus, lancés dans des explorations tant au-dehors qu'au-dedans, occupés à démêler des intrigues ou à partager des passions.
— Par instants, poursuivait Mehdi, des personnages romanesques traversent les murs et viennent pour un temps s'ajouter au cercle, certaines héroïnes mêmes qui se sont données au plus offrant ou qui, au contraire, se sont refusées avec la sévérité d'une princesse de Clèves, quand soudain, des idées, lancées comme des fusées éclairantes dans la nuit noire, interpellent tout le monde. On discute, on débat, on ferraille, pour parfois se contredire – mais se contredire, c'est en réalité être au coeur des choses. Ensuite on repart à l'aventure, sur la portée d'une poème, à la faveur d'une intrigue nouvelle ou d'une philosophie. Certains passages laissent tour à tour interdits, stupéfaits, exaltés – ou frustrés, quand un auteur n'a cru bon de développer davantage une action, d'approfondir un contours psychologique ou d'expliciter sa pensée.
Mehdi ajouta qu'ils avaient une préférence pour les ouvrages qui ouvrent sur le monde en même temps que sur le monde particulier que chacun porte comme un cabinet d'amateur sous la peau – une exigence étonnante et rare à l'heure de la mêlée mimétique et du clonage intérieur des foules.
Dans le prolongement de son épaule, je remarquai incidemment, au milieu du cocktail, une femme de la cinquantaine qui semblait sortir fâcheusement d'une série américaine, de Dallas ou de Dynastie. Les cheveux auburn assez roux tombant en broussaille, gonflés, aérés par une mise en plis travaillée mèche par mèche et développée en boucles et en volutes, lui conféraient un air de liberté, d'aise, de désinvolture insolente, tout en restant figés tel un casque laqué.
Parmi les livres qu'ils échangeaient dans le cercle, Mehdi citait : Les Journaux de voyage d'un philosophe autour du monde de Hermann de Keyserling, La Danse sur l'Eau et le Feu d'Élie Faure, L'Éthique de Spinoza, La Haute Route de Chappaz, le Traité de la marche en plaine de Gustave Roud, La Sagesse et la destinée de Maeterlinck, Les Pourparlers de Deleuze, les Inconférences de E. E.Cummings...
Derrière lui, Dallas, sur un ton sonnant haut et clair, s'adressait au serveur : « Vous avez du champagne rose, au moins ? Moi, je ne bois que du champagne rose... », pour ensuite se retourner vers les femmes qui l'entouraient et leur avouer combien elle adorait les Persol, le dernier livre de Le Clézio, le deux-pièces bandeau façon Kate Moss et les escarpins Astier bien décolletés sur les orteils, pendant que Mehdi poursuivait son énumération livresque, comme s'il portait toute sa bibliothèque entre les tempes et en parcourait virtuellement les rayons :
...Les Fainéants dans la vallée fertile, Le Jeu des perles de verre, Le Sanatorium du croque-mort, La Balade du grand macabre, Le Sentiment tragique de la vie, Le Gai Savoir, Les Possédés, Le Chant des lacs et des rivières, Le Neveu de Wittgentein, Loin de la foule déchaînée, Les Enchantements de Glastonbury, La Verge d'Aaron...
On voit que le cercle était assez orienté, et quand Mehdi me cita quelques-uns de leurs écrivains favoris je fus assez surpris d'y compter beaucoup des miens.
Où voulait-il en venir ? Quelle idée ou quelle perspective avait-il derrière la tête, à présent qu'il me précisait (pour me convaincre de quoi ?) que leurs séances se passaient en toute convivialité, sans airs empruntés, et que tous les membres du cercle en étaient tour à tour le centre ? Je comprenais ou croyais comprendre à son ton enjôleur qu'il cherchait à m'appâter, et même à me ferrer assez subtilement comme un pécheur émérite le ferait d'un poisson.
Comme ils avaient un écrivain à proximité, pour ainsi dire sous la main, et que certains membres du cercle avaient lu un ou plusieurs livres de moi, il voulait m'inviter à leur prochaine séance. C'était la première fois qu'ils recevraient un écrivain, et « ce serait peut-être aussi la dernière », compléta Mehdi en riant, « si l'expérience s'avère fâcheuse. »
J'acceptai. À vrai dire, je m'entendis dire que j'acceptais l'invitation, devancé par je ne sais quelle curiosité ou quel emballement spontané, tant Mehdi avait réussi à m'ensorceler par ses propos. Rendez-vous pris pour le dernier dimanche du mois. Il me traça rapidement un itinéraire sur une page d'agenda, et il allait me saluer et s'éclipser aussi soudainement qu'il était apparu, lorsqu'il se produisit un incident incroyable.
Dallas, tenant d'une main sa flûte de champagne rose, et de l'autre voulant s'emparer d'un petit four, laissa choir son sac Dior, se baissa pour le récupérer, à l'instant même où Mehdi se retournait. Elle se prit la crinière dans la fermeture Éclair de sa braguette, une mèche coincée dans les dents de la glissière. Comment une telle chose avait-elle pu se produire ? C'était abstrus, incompréhensible, sans doute même inexplicable, comme les jeux mêmes, parfois pervers, de la vie. Dallas voulut se relever et poussa un cri de héron (je connais fort bien le cri du héron à l'instant des pariades). Tentant de se libérer, elle remuait les épaulettes qui lui conféraient une carrure d'athlète ; sa robe blousante s'échappait de la grosse ceinture fort voyante qui la serrait à la taille, tandis que ses bracelets et colliers tintinnabulaient à la ronde. Elle perdit aussitôt toute contenance, tandis que Mehdi s'efforçait de se dégager, portait les doigts à sa braguette, elle l'en empêchant, hurlant : « Ah non, c'est moi qui le fait !...Vous aller m'amputer méchamment d'une mèche... » Elle tritura la fermeture en tous sens, sans succès. Une femme de l'assemblée sortit alors de sa sacoche une petite paire de ciseaux. Dallas, l'apercevant, cria encore dans la tonalité du héron : « Je vous interdis de !.. » Trop tard. Le coup de ciseaux avait été porté. Mehdi s'esquiva aussitôt vers les toilettes pour se libérer, à l'abri des regards, de la boule de poils restée accrochée comme un petit trophée de chasse dérisoire. Quand il réapparut et revint vers moi, je lui demandai en riant comment il avait vécu cette expérience, et il me cita ce proverbe arabe :
« Si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, alors tais-toi. »

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Lu dans le cadre du Challenge le nez dans les livres
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Le Liseur : 4/4

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Végétal"

3 mai 2012

Le Petit Bonzi – Sorj Chalandon

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Grasset – septembre 2005 – 345 pages

Livre de Poche – août 2007 – 252 pages

Quatrième de couverture : 
Jacques Rougeron a douze ans. Un soir d'automne, au pied de son immeuble, il croit avoir enfin trouvé le moyen de guérir. Jacques Rougeron est bègue. Il voudrait parler aussi vite, aussi bien que Bonzi et tous les autres. Bonzi, c'est son ami, son frère, c'est lui, presque. Bonzi le soutient. Ils n'ont que quelques jours. C'est leur secret.

Auteur : Sorj Chalandon, 53 ans, est journaliste à Libération depuis 1974. Il a reçu le prix Albert Londres en 1988 pour ses articles sur le procès Barbie et l'Irlande du Nord. Le Petit Bonzi est son premier roman.

Mon avis : (lu en avril 2012)
J'ai découvert Sorj Chalandon en lisant Retour à Killybegs puis Mon traître. C'est un écrivain qui me touche beaucoup et je suis ravie de pouvoir lire son premier roman.
Jacques Rougeron a douze ans et est en CM2. Il est bègue et n’arrive pas à maitriser la parole avec les autres. C’est seulement à son ami Bonzi qu’il arrive à parler normalement. Ce dernier l’accompagne à tout moment et lui souffle ses mots et lui donne des idées pour guérir… Des idées comme manger des herbes pour guérir, imaginer une épidémie de peste… Ces idées ne sont pas toujours de bonnes idées et malgré lui, Jacques va déclencher quelques « catastrophes » dont il ne sait plus comment échapper.
Heureusement, il va trouver un allié de choix qui le comprend et le protège en la personne de Manu, un instituteur à l’écoute et généreux qui va aider Jacques à prendre confiance en lui, à grandir.
Un livre très touchant avec beaucoup de fraîcheur, de sensibilité. Une écriture belle et pleine de délicatesse...
Je suis devenue une vraie fan de Sorj Chalandon et je me réjouie d'avance de pouvoir encore découvrir d’autres de ses livres.

Extrait : (début du livre)
C'est en mars 1964 que Jacques a mangé de l'herbe pour la première fois. Il en avait mangé avant, bien avant, beaucoup et des jours durant, mais la première fois qu'il a mangé de l'herbe et qu'il a guéri c'est en mars 1964, c'était le soir et il avait plu.
- C'était quand déjà, la première fois que tu as mangé de l'herbe et que tu as guéri ? lui a demandé Bonzi.
- C'est en mars, c'était le soir et il avait plu, lui a répondu Jacques.

C'était le soir. Il avait plu. L'herbe avait son goût d'orage, une saveur écœurante faite de terre, de lourd et d'étang. Jacques était à genoux. Il fouillait le sol humide à deux mains. A cause d'un éclair, il a levé la tête pour la première fois. Les façades sont devenues violentes, blêmes comme des oiseaux bouillis. Il a sursauté. Il s'est figé au fracas blanc.
- Regarde les fenêtres pour voir si on te voit, a murmuré Bonzi.
Alors Jacques a cessé de creuser et il a regardé les fenêtres.
Il a regardé mademoiselle Lannoy. Elle était dans l'embrasure, au premier étage de Canari, silhouette légère masquée par un pli de rideau. Il a regardé les frères Fayon. Le grand Lucien, qui est méchant, et Roger qui est dans sa classe. Ils étaient là, épaules contre torse, avec la petite Sophie qui courait bras en l'air. Il a regardé monsieur Le Goff au deuxième étage de Perruche, bien droit, ses mains de marin sur ses hanches et sa fenêtre grande ouverte au temps. Il a regardé Luc Vandemer, dans la lumière éteinte, balayé en spectre par un débris d'éclair. Il a regardé madame Fayolle, toute seule et toute voûtée. Elle avait posé une main contre la vitre, en auvent sur son front, et de l'autre, elle retenait le pan de son habit. Il a aussi regardé la fenêtre obscure de Martine Giboulet, le rideau clair désert sans elle dans le recoin. Il se souvient que tout était tendu, tout était inquiet. Et plus l'orage grondait et plus les ombres étaient nombreuses. En les voyant, Jacques a pensé aux animaux tremblants de la forêt qui brûle. Il a pensé à la peur des cavernes racontée par Richard Vandi, quand les hommes ne savaient pas que le jour se relève. Il a pensé à la peste de son cours d'histoire, à Manu, qui raconte les grelots attachés aux cous des mourants pour que les vivants aient le temps de s'enfuir.  

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Déjà lu du même auteur :

Retour___Killybegs  Retour à Killybegs  mon_traitre_p Mon traître

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Prénom"

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26 avril 2012

La fille tombée du ciel - Heidi W. Durrow

la_fille_tomb_e_du_ciel Éditions Anne Carrière – août 2011 – 274 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie de Prémonville

Titre original : The girl who fail from the sky : A novel, 2010

Quatrième de couverture :
A onze ans, Rachel Morse, fille d'une mère danoise et d'un père GI noir américain, voit sa vie basculer : un drame dont elle est la seule survivante lui arrache sa famille. Recueillie par sa grand-mère paternelle, une femme aussi aimante qu'intransigeante, Rachel découvre bientôt la difficulté d'être métisse dans une société qui donne trop d'importance à la couleur de peau. Des voix se mêlent à son récit pour dévoiler la véritable nature de la tragédie qui s'est déroulée, un triste jour d'été, sur un toit de Chicago. La plus vibrante d'entre elles est celle de Brick, un jeune voisin qui a assisté à sa chute et qui se retrouve, bien malgré lui, dépositaire du seul fragment de vérité susceptible de libérer Rachel des ombres de son passé. Heidi W. Durrow signe ici l'histoire d'un être trop doué et trop démuni à la fois. Dans ce roman d'apprentissage moderne et poétique, elle décrit l'envol d'un personnage inoubliable.

Auteur : Heidi W. Durrow est la fille d’une mère danoise et d’un père afro-américain travaillant pour l’US Air Force. Elle a grandi en Turquie, en Allemagne et au Danemark, puis a fait ses études supérieures à l’école de journalisme de l’université de Columbia, ainsi qu’un cursus de droit à Yale. Elle est aujourd’hui directrice de festivals culturels. Elle a 42 ans et vit à New York. Son premier roman, La Fille tombée du ciel, a reçu le prix Barbara Kingslover Bellwether en 2008.

 

Mon avis : (lu en avril 2012)
Après le drame qui a tué sa mère et ses frère et sœur à Chicago, Rachel âgée de 11 ans a été recueillie par sa grand-mère à Portland. Rachel est une fillette, blanche par sa mère Danoise et noire par son père GI américain. Elle a hérité de magnifiques yeux bleus de sa mère et des cheveux crépus de son père. Dans sa nouvelle vie, Rachel découvre les difficultés d'avoir une couleur différente. Rachel grandit avec des souvenirs vagues du jour de 1982 où tout à basculé...
Ce jour là, Jamie a été le témoin de l'accident survenu à la famille de Rachel. Plus tard, il a rencontré Roger le père de la fillette et celui-ci l'a donné un message pour sa fille. Jamie décide de remplir cette mission et il va mettre plusieurs années pour traverser les États-Unis et enfin rejoindre Rachel.
Dans ce livre le lecteur découvre en parallèle plusieurs récits, celui de Rachel, celui de Jamie mais aussi des passages du journal intime de Nella, la mère de Rachel et également le témoignage de Laronne, la patronne de Nella.
J'ai beaucoup aimé cette histoire émouvante et touchante. Rachel est une petite fille puis une adolescente forte et courageuse qui se pose de nombreuses questions, Jamie est également un personnage touchant plein de naïveté et de poésie. C'est un très beau livre plein d'humanité.

 

Extrait :(début du livre)
« Mon petit porte-bonheur », dit grand-mère.
Elle est venue me chercher à l'hôpital, et on a marché jusqu'à l'arrêt de bus, sa main autour de la mienne, comme une laisse.
On est à l'automne 1982, et il pleut sur Portland. J'ai éclaboussé mes nouvelles chaussures dans les flaques. Je me sens déjà moins la petite-fille-dans-sa-robe-neuve. Je ne suis déjà plus cette fille-là.
Grand-mère ne lâche ma main que pour chercher des pièces dans un porte-monnaie noir en cuir verni.
« Eh bien, voilà les plus jolis yeux bleus et la plus jolie petite fille que j'aie jamais vus », lance la conductrice, quand on monte à bord de son bus. Je redeviens la fille-toute-neuve, et je lui souris.
« C'est ma petite-fille, mon bébé. Elle vient vivre avec moi. » Grand-mère n'arrive pas à se défaire de son accent du Texas.
« Merci, madame. » Je surveille mes manières, en présence d'inconnus, et grand-mère est encore une inconnue, pour moi.
Je ne sais pas grand-chose d'elle. Elle jardine. Elle a les mains douces et elle sent la lavande.
Avant, chaque Noël, elle nous envoyait toujours une carte, à Robbie et moi, avec un billet de 10 dollars tout neuf emballé dans du papier d'aluminium. Au dos de l'enveloppe, là où elle avait appuyé très fort, l'encre qu'elle avait sur les doigts avait un peu bavé. La carte sentait la lotion à la lavande qu'elle utilise pour avoir les mains douces.
Grand-mère n'a pas une seule ride, nulle part. Elle a la peau sombre, couleur aubergine, aussi lisse qu'une assiette en porcelaine, tout ça grâce à cette lotion qu'elle se fait envoyer spécialement du Sud. « Ils ont des racines plus fortes, là-bas – meilleure terre, meilleures racines. » Elle a un corps en balle de fusil. Elle est large et de petite taille. Elle tire ses cheveux en arrière et elle les recouvre d'un bonnet en plastique.
« Eh bien, quelle chance tu as d'avoir une mamie aussi extraordinaire, me dit la conductrice. Jolie et chanceuse. »      

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Challenge 6% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
41/42
 

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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20/50 : Illinois

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25 avril 2012

Bon rétablissement - Marie-Sabine Roger

Bon_r_tablissement Éditions du Rouergue – mars 2012 – 205 pages

Quatrième de couverture :
« Depuis que je suis là, le monde entier me souhaite bon rétablissement, par téléphone, mail, courrier, personnes interposées. Par pigeons voyageurs, ça ne saurait tarder. Bon rétablissement. Quelle formule à la con ! »

« Veuf, sans enfants ni chien », Jean-Pierre est un vieil ours bourru et solitaire, à la retraite depuis sept ans. Suite à un accident bien étrange, le voilà immobilisé pendant des semaines à l'hôpital. Il ne pouvait pas imaginer pire.
Et pourtant, depuis son lit, il va faire des rencontres inattendues qui bousculeront son égoïsme...
Avec sa verve habituelle et son humanisme, Marie-Sabine Roger nous offre une nouvelle fois une galerie de portraits hauts en couleur. C'est un tableau doux-amer qu'elle peint de l'hôpital, avec l'humour et le sens de la formule qui la caractérisent, et qui ont fait le succès de ses deux précédents romans, La tête en friche et Vivement l'avenir.

Auteur : Née en 1957 près de Bordeaux, Marie-Sabine Roger vit actuellement au Québec. Depuis quinze ans, elle se consacre entièrement à l'écriture. Auteur jeunesse important, avec plus d'une centaine de livres à son actif, elle accède à la notoriété en littérature générale avec « La Tête en friche », publié en 2008, adapté au cinéma par Jean Becker, avec Gérard Depardieu dans le rôle principal (près de 70 000 exemplaires vendus). Son deuxième titre, « Vivement l'avenir » (2010), a obtenu le prix des Hebdos en région et le prix Handi-livres.

Mon avis : (lu en avril 2012)
Ayant beaucoup aimé son dernier livre Vivement l’avenir et l'ayant trouvé très sympathique lors du dernier Salon du Livre de Paris, j'avais très envie de découvrir ce livre que j'ai lu très facilement en quelques heures.
A la suite de circonstances dont il n'a gardé aucun souvenir, Jean-Pierre a été miraculeusement repêché après une chute dans la Seine. A l’hôpital, il est devenu "le bassin de la chambre 28" et cloué dans son lit, il nous décrit son quotidien avec humour et lucidité. Il revient sur sa vie passée, mais nous raconte aussi ceux qui gravitent  autour de lui : le personnel médical ou non de l'hôpital, ses quelques visiteurs comme Maxime, le jeune flic chargé de l'enquête sur sa chute, Camille, le prostitué et étudiant qui lui a sauvé la vie, une jeune fille ronde qui vient squatter son ordinateur...
Âgé de 67 ans, veuf, sans enfant, Jean-Pierre a toujours été quelqu'un de solitaire et bourru, son long séjour à l'hôpital et ses rencontres vont le faire évoluer, il va apprendre à s'ouvrir aux autres.
Marie-Sabine Roger nous propose avec beaucoup d'humour une description de la vie à l'hôpital très réaliste et décapante. C'est l'occasion de réfléchir sur plusieurs sujets de société comme la place réservée aux troisième âge, à la solitude des anciens...
Une jolie histoire tendre et émouvante.

Autre avis : un coup de coeur pour Clara

Extrait : (début du livre)
Sans me vanter, vers les six ou sept ans, j’avais déjà tâté pas mal de choses, pour ce qui est des délits interdits par la loi. Vol à l’arraché, viol, extorsion de fonds…
Question viol, j’avais roulé une pelle à Marie-José Blanc. Elle serrait les dents, je n’étais pas allé loin. C’est l’intention qui compte.
Le vol à l’arraché, c’était le samedi après le match de rugby : je taxais le goûter des plus petits que moi. Je les baffais, peinard, au chaud dans les vestiaires. J’en épargnais un, quelquefois. J’ai un côté Robin des Bois.
Pour l’extorsion, demandez à mon frère. Il me citait toujours comme exemple pourri à ses gamins, quand ils étaient petits, Devenez pas comme votre oncle, ou vous aurez affaire à moi. Pour ma défense, je dirais que s’il n’avait rien eu à se reprocher, il n’aurait pas raqué toute sa tirelire. Pour faire chanter les gens, il faut une partition.

On m’appelait « la Terreur ». Je trouvais ça génial.
Je me sentais promis à un grand avenir.

À l’époque, dans la maison, on était cinq et des poussières : mes parents, mon frangin et moi, pépé Jean, feu mémé Ginou.
Mes grands-parents paternels étaient morts bêtement, lorsque mon père avait huit ans, pour un refus de priorité causé par ma grand-mère, qui ne voyait pas trop l’utilité des stops.
Mon père avait été élevé par ses grands-parents du côté de sa mère : pépé Jean, encore très présent à l’époque dont je vous parle, et feu mémé Ginou, dans son urne, au garage.
J’avais du mal à me représenter ce qu’il avait pu ressentir, en rentrant de l’école, le jour de l’accident, lorsqu’il avait compris que ses parents n’allaient pas revenir. Sur le moment, il s’était peut-être dit qu’il pourrait enfin vivre en toute liberté : plus de claquage de beignet à la moindre bêtise. Tranquille.
Tranquille, oui.
Mais à l’entendre parler de ses années d’enfance, je sentais bien que certaines tranquillités foutent une vie en l’air plus sûrement que pas mal de contraintes. Du coup, ça ne me tentait pas, devenir orphelin. Je tenais à mes parents, même si c’était des parents, avec tous les défauts que ça peut sous-entendre, question autorité et interdictions. Je tenais à mon père, surtout. Je le trouvais balèze, pas seulement pour ses biceps plus épais que des cuisses. Il était fort, vraiment. Droit planté dans ses bottes. Riche de convictions, à défaut d’autre chose. Un gueulard, un sanguin, mais qui trempait ses mouchoirs aux mariages, aux baptêmes, appelait ma mère Mon p’tit bouchon d’amour, en se foutant pas mal du ridicule, et n’avait jamais peur de lui dire Je t’aime.
L’homme que j’aurais sûrement bien aimé devenir.

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Déjà lu du même auteur :

la_tete_en_friche La tête en friche  vivement_l_avenir Vivement l’avenir

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12 avril 2012

Juste avant – Fanny Saintenoy

juste_avant Flammarion – août 2011 – 119 pages

Quatrième de couverture : 
Voici un texte qui alterne poésie douce et drôlerie franche. Par la voix d'une très vieille dame sur son lit de mort, et par celle de son arrière-petite-fille, une jeune femme que la vie moderne bouscule, cinq générations parlent. Face aux duretés de la vie, face à la mort qui sème la zizanie, leurs histoires transmettent une gaieté indéfectible. Un premier roman, un récit court qui traverse le siècle, réussite rare de vigueur et de simplicité.

Auteur : Professeur de français langue étrangère, puis responsable du centre d'apprentissage des langues de la Cité internationale universitaire de Paris, Fanny Saintenoy travaille aujourd'hui au cabinet du Maire de Paris.

Mon avis : (lu en avril 2012)
Ce livre nous présente tour à tour une narration à deux voix. Il y a celle de Juliette, âgée de presque cent ans, elle est « Juste avant » de mourir et elle revient sur les souvenirs de toute sa vie et celle de Fanny son arrière petite-fille, trente ans qui revient sur ses souvenirs avec son arrière grand-mère.
Malgré une sujet empreint de tristesse, le ton n'est jamais larmoyant car Juliette revient sur les petits détails de sa vie, des instants de joie ou de tristesse qui se succèdent dans sa vie elle ne garde que les souvenirs heureux ou des anecdotes. En toile de fond de ce récit sur un siècle d'histoire le lecteur suit la vie de cinq générations de femmes avec Juliette, Jacqueline, Martine, Fanny et la petite Milena , fille de Fanny. Cela commence avec la Première Guerre Mondiale, puis le Front Populaire, la Seconde Guerre Mondiale, puis Mitterrand... J'ai beaucoup aimé les chapitres de Juliette dans lequel je retrouvais un peu de mes propres grands-mères. Cette arrière-grand mère est émouvante et touchante. Les chapitres de Fanny sont moins réussis, il n'apporte rien de plus aux souvenirs de Juliette. Une lecture sympathique, mais mitigée.

Extrait : (page 47)
Bizarrement, c'est le retour qui a été très difficile, après la folie de la Libération. Le jour où de Gaulle a descendu les Champs-Élysées, on aurait dit que la France entière était là, de chaque côté du trottoir. On s'était mises sur notre trente et un avec ma fille. J'avais fait une folie pour l'occasion, je m'étais payé un beau chapeau, avec une plume sur le côté, très chic. Y avait des sacrées bousculades, d'une main je tenais fort ma fille, de l'autre mon chapeau, mais ma plume est tombée et ça m'a fait du souci toute la journée. L'histoire des grands jours envolée par la légèreté de ma plume, une si petite chose.
C'était beau cette euphorie générale mais il fallait reprendre sa vie. Paris avait des airs de ville en fête, et pourtant les gens n'étaient plus comme avant ; ça se voyait sur les visages. On apprenait, jour après jour, tout ce qui s'était passé, tout ce qu'on n'aurait jamais voulu savoir. J'ai essayé de retrouver mon mari. Un type m'a dit qu'il était à Buchenwald avec Louis, que mon mari faisait toujours le pitre, qu'il racontait toujours autant de bêtises. Ça m'a rassurée, je me suis dit qu'ils avaient pas réussi à le pourrir. Un autre m'a raconté qu'il était vivant le jour de la libération du camp, par les Russes, paraît-il. Un jour j'ai cru le reconnaître, un monsieur qui lui ressemblait. Je me suis rendu compte que j'avais presque oublié son visage.

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Challenge 6% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
40/42

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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star_4

10 avril 2012

Ouvrière - Franck Magloire

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Éditions de l'Aube - avril 2003 – 176 pages

Éditions de l'Aube – mars 2004 – 176 pages

Points – janvier 2012 – 184 pages

Quatrième de couverture :
La vie de Nicole s’est décidée en une heure : le temps d’aller demander une place à l’usine. Elle y travaillera pendant trente ans, pour offrir à ses enfants une vie décente. Chaque matin, alors que tous dorment encore, Nicole se rend dans la zone industrielle de l’Espérance. À six heures précises, elle est une ouvrière. Elle est surtout une femme digne, dont le destin est lié à celui de Moulinex.

Auteur : Né en 1971, Franck Magloire livre ici le récit de la vie de sa mère, ouvrière chez Moulinex jusqu’à la fermeture de l’usine. Il est aussi l’auteur de En contrebas et de Présents.

Mon avis : (lu en avril 2012)
C'est l'article de Clara sur ce livre qui m'a donné envie de le découvrir.
Dans ce livre, Franck Magloire donne la parole à sa mère Nicole qui a été pendant trente ans ouvrière chez Moulinex de Caen. Elle nous raconte sa vie a l'usine, la routine de son travail ouvrier, la camaraderie avec ses collègues de travail, l'usine est comme une deuxième famille, elle raconte également l'évolution du travail et des conditions de travail durant ces trente ans. Elle nous décrit les bruits des machines dans les ateliers, les odeurs du vestiaire, l'organisation du travail, les pauses... Nicole donne son point de vue de simple ouvrière, il n'y a pas de message syndicale ou politique. Cela commence le premier jour, où elle sera embauchée en quelques minutes, le dernier jour sera celui de la fermeture de l'usine en 2001 malgré la résistance des salariés. 
Un témoignage touchant, digne et vrai. Très belle découverte.

Extrait : (page 39)
Ces dernières trente minutes avant d’entrer dans l’usine que certaines d’entre nous appellent la taule sont à moi, et j’y tiens... oh ! bien sûr, pas une de plus ni une de moins, je ne veux surtout pas être en retard, je ne l’ai jamais été en trente ans... sauf peut-être une fois, à cause d’un accident sur le viaduc de Cadix qui enjambe le canal et relie les quartiers HLM au périphérique vers Paris... une femme s’était encastrée dans la rambarde métallique... ce jour-là, la chaussée n’était pourtant pas glissante, et la circulation pas plus chargée qu’à l’habitude... sans doute s’était-elle rendormie au volant... au début, cette tragédie ne m’avait pas réellement affectée, elle m’avait presque paru normale... j’ai un peu honte, je le confesse maintenant, mais cet incident devait advenir fatalement... j avais mis mes feux de détresse, j’attendais derrière, masquée par le camion des secours, en tête du cortège des voitures qui me suivaient tout en clignotant... quand nous avons été autorisés à le dépasser, le corps de cette femme avait déjà été recouvert d’une bâche jusqu’aux chevilles... de voir furtivement cette masse inerte qui me semblait s’être simplement assoupie et emmitouflée sous une ouverture, égoïstement j’ai pensé à moi, moi qui aurais pu être à sa place, en retard et encore groggy de sommeil j’aurais accéléré et hop ! plus rien, noir... dans l’urgence les secouristes n’avaient pas pris soin de ramasser une de ses chaussures qui gisait sur le sol et qui avait dû être violemment arrachée sous le choc... j’ai figé mon regard plusieurs secondes sur elle, et si je ne parvenais pas à reconnaître avec exactitude en quelle matière elle était faite, je devinais facilement à son bout rond typique et à son épaisseur matelassée ce à quoi elle pouvait servir... je trouvais indécent qu’elle ait dû mourir avec de telles chaussures à ses pieds, non pas tant parce que je revendiquais une quelconque lubie d’élégance féminine, mais surtout parce qu’elle se rendait sur son lieu de travail avec ses chaussures d’atelier aux pieds...

Beaucoup de mes collègues, dont certaines de mes amies, viennent au boulot, elles aussi, chaussées de leurs sabots de sécurité et cintrées dans leur blouse déjà boutonnée... coût l’attirail porté parfois une bonne heure avant, en comptant la route à faire... pour gagner du temps au vestiaire, pour ne pas être en retard aussi, et chaque fois, je revois la chaussure de cette femme sur la chaussée... ce n’est pas le spectre de la mort qui me glace, l’âge aidant, je l’ai apprivoisée, et nous serons toutes emportées à plus ou moins brève échéance... abrégées chacune de sept à dix ans dans tous les cas, à considérer les chiffres... cette différence d’espérance de vie court irrémédiablement entre nous et ces femmes qui sont cadres... je tiens ça d’une militante cégétiste que j’ai bien connue, elle aimait à citer les statistiques de classes qu’elle trouvait en fouinant dans les bouquins, avant d’en faire partager tout l’atelier sur ses tracts collés copieusement sur le tableau d’affichage à l’entrée... sans effets apparemment... alors cette façon qu’ont certaines de mes collègues de devancer le temps, d’endosser l’heure finale nui les tue un peu plus chaque jour... elles naissent, vivent, meurent Moulinex... les chaussures aux pieds, la corne aux mains, le nylon à leurs débuts le coton doublé désormais, à même le torse, sans maquillage ni apprêts pour beaucoup... déjà en tenue de travail, elles se fondent dans le moule de l’usine, la prolongent de chez elles à la boîte, de la boîte à chez elles, sur l’ensemble du trajet... pour le moment, pour moi, ces trente minutes de répit où je n’ai pas enfilé la moindre fonction, je ne suis pas encore ouvrière...

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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Métier"

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4 avril 2012

Le métro est un sport collectif – Bertrand Guillot

le_m_tro_est_un_sport_collectif Rue Fromentin – janvier 2012 - 176 pages

Présentation de l'éditeur :
Le métro, sa grisaille, ses retards, sa déprime… Les clichés ont la peau dure. Mais il est parfois possible de leur tanner le cuir et de voir au travers. Pour Bertrand Guillot, le métro est avant tout une scène sur laquelle nous défilons tous à tour de rôle (et le prix de la place défie toute concurrence). La comédie n’est pas exclue, la romance non plus, le drame pointe parfois… Bref, aujourd'hui, le romanesque est dans le métro, bien plus que dans les séries ou la télé-réalité.

C’est aussi l’un des derniers lieux du « lien social », où les frontières et les séparations si solides en surface s’évanouissent subitement sur les quais. Tout est permis. Dans le métro, il n’y a plus de première classe depuis longtemps. Dans la vie « à l’air libre », c’est un peu différent… Paradoxalement, on étouffe là-haut.

Mon avis : (lu en avril 2012)
Un livre sympathique et amusant pour ceux qui connaissent les transports en communs et en particulier le métro. A travers des petites chroniques, l'auteur nous raconte des anecdotes dont il a été témoin ou les pensées que lui évoquent ses trajets quotidiens en métro. 
Cette lecture facile m'a remémorée mes propres voyages en métro ou en train. En effet, si je ne profitais pas de mes voyages pour me plonger dans un livre, je pourrai remplir beaucoup de pages d'anecdotes ou d'observations faites durant mes voyages quotidiens... 
A découvrir pour les habitués des transports en communs (parisiens ou non...) ou pour ceux qui ne connaissent pas ce monde là...

Et merci à ma collègue de travail qui m'a fait découvrir ce livre en me le prêtant. 

Autres avis : Clara, Leiloona, Emily


 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Sport / Loisirs"

8 mars 2012

1000 ème billet ! (ou presque...)

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A l'occasion du 1000ème billet (ou presque...) de ce blog (dont 765 livres commentés), 
j'organise un concours en partenariat avec Amazon pour faire gagner  
un bon d'achat de 50 euros à utiliser sur le site d'Amazon.

 

Pour participer il suffit de répondre aux questions suivantes :

  • Europe : J'ai été interviewée dernièrement par une radio... 
    A propos de quel livre ? 
    Dans quel pays se situe ce livre ?
  • Afrique : Citez un livre de votre choix (titre + auteur + pays) présent dans ce blog dont l'auteur vient d'un pays d'Afrique
  • Amérique : Pour quel pays du continent américain ai-je participé au Challenge Destination
  • Asie : Quel est le dernier livre (titre et auteur) lu dont l'auteur est japonais.
  • Océanie : Quel est le seul livre (titre et auteur) dont l'auteur vient de Nouvelle-Zélande que j'ai lu et présenté sur mon blog ?

 

 

Vos réponses seront envoyées par mail à mon adresse aproposdelivres[at]gmail.com.
N'oublier pas d'indiquer votre pseudo et l’adresse de votre blog.

Le gagnant sera tiré au sort parmi les bonnes réponses.

Le concours s’achèvera le 20 mars minuit (jour du printemps !)

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Attention : Pendant la durée du concours je mets les commentaires en mode modération

 

 

1 avril 2012

Tout est sous contrôle – Hugh Laurie

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Sonatine - janvier 2009 – 380 pages

Points – mai 2010 – 425 pages

Pointdeux – avril 2011  - 630 pages

traduit de l'anglais par Jean-Luc Piningre

Titre original : The Gun Seller, 1996

Quatrième de couverture : 
Depuis qu'il a refusé 100 000 dollars pour liquider un homme d'affaires, la vie de Thomas Lang est un enfer. La morale est sauve, mais les conséquences seront lourdes ! Tout est sous contrôle est le premier roman de Hugh Laurie, acteur mondialement célèbre pour sa prestation dans la série Dr House.

Auteur : Scénariste et comédien, Hugh Laurie est né en 1959 à Oxford. Les droits d'adaptation de Tout est sous contrôle ont été achetés par la MGM.

Mon avis : (lu en mars 2012)
Hugh Laurie a écrit ce thriller avant le succès du Dr House.
Thomas Lang est un ancien militaire d'élite, on lui propose un contrat de 100 000 dollars pour tuer Mr. Woolf, un riche homme d'affaire londonien. Thomas refuse le « travail » et s'empresse de contacter la future victime pour la prévenir que sa tête est mise à prix. Et l'aventure commence...
C'est un roman d'espionnage parsemé de répliques où se mêlent l'ironie, le cynisme et un humour très british.
Tout comme dans la série Dr House je trouve plus amusant les frasques du cher Docteur plus que la résolution des énigmes médicales, dans ce livre ce sont les frasques et les réflexions décalées de Thomas Lang qui m'ont  plu, le côté roman d'espionnage m'a, je l'avoue, un peu ennuyé...
En effet, les bons mots de Thomas Lang deviennent vite des digressions qui parasitent l'intrigue et j'ai souvent perdu le fil de l'histoire...

Extrait : (début du livre)
Imaginez que vous deviez casser le bras de quelqu'un.
Le gauche ou le droit, aucune importance, la question étant de passer à l'acte, faute de quoi... enfin, qu'importe également. Disons seulement que, sinon, ça risque d'aller mal.
Le problème est en réalité le suivant : allez-vous au plus vite — crac ! oh, désolé, laissez-moilaissez-moi vous mettre une attelle, monsieur — ou faites-vous traîner l'affaire pendant huit bonnes minutes, en procédant par minuscules poussées, certes de plus en plus fortes, jusqu'à ce que la douleur devienne verte et rose, glacée, brûlante, et finalement insupportable au point de le faire gueuler comme un veau ?
Eh oui, bien sûr. C'est évident. La chose à faire, la seule chose à faire, c'est d'en finir le plus rapidement possible. Cassez-moi ce bras, payez la tournée, soyez un bon citoyen.
À moins que.
Que, que, que...

Et si vous détestiez la personne au bout dudit bras ? Ou, plus précisément : si vous la haïssiez grave ?
Je devais maintenant y réfléchir.
Je dis maintenant, mais en réalité je veux parler d'un moment passé ; le moment situé une fraction de seconde — quelle fraction, cependant ! — avant que mon poignet arrive aux environs de ma nuque, et que mon humérus gauche se brise en deux éléments plus ou moins faciles à recoller. Deux, voire beaucoup plus.

Parce que le bras dont on discute, voyez, c'est le mien. Pas le bras abstrait de quelque philosophe. L'os, la peau, les poils, la petite cicatrice blanche à la pointe du coude, cadeau d'un radiateur à accumulation de l'école primaire de Gateshill — tout ça, c'est à moi. C'est aussi le moment où je me demande si cet homme dans mon dos, qui me serre le poignet et le pousse avec un zèle quasi érotique en haut de ma colonne vertébrale... eh bien, si cet homme ne me haïrait pas. S'il ne me hait pas carrément.
Car il n'en finit pas.

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 Challenge Voisins, voisines
voisin_voisines2012
Grande-Bretagne

Challenge God Save The Livre
 Challenge_anglais

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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