A propos de livres...

Mes découvertes, mes voyages et mes émotions au pays des livres...

08 novembre 2009

Mygale – Thierry Jonquet

mygale_p Folio – juillet 1999 – 156 pages

Quatrième de couverture :

Eve ? Qui est-elle ? Qui est Richard  Lafargue, l'homme qui la promène à son bras dans les soirées mondaines puis l'enferme à double tour dans une chambre ? Pourquoi ce sourire subtil sur les lèvres de la jeune femme et autant de rage si mal contenue sur les traits creusés de son compagnon ? Pourquoi vivre ensemble si c'est pour se haïr avec tant de passion ? Drôle de couple... Quel incompréhensible passé lie ces deux êtes hors du commun qui se cachent la plupart du temps derrière les murs de leur villa si tranquille ? Pourquoi les paroles si douces de The Man I love deviennent-elles entre eux l'expression radicale de la haine la plus absolue ?

Auteur : Né à Paris en 1954, auteur de polars, Thierry Jonquet fait figure de référence dans ce genre littéraire et bien au-delà. Engagé politiquement dès son adolescence, il entre à Lutte ouvrière en 1970 sous le pseudonyme de Daumier (caricaturiste du XIXe siècle), puis à la Ligue communiste révolutionnaire l'année de son bac. Après des études de philosophie rapidement avortées et plusieurs petits boulots insolites, un accident de voiture bouleverse sa vie : il devient ergothérapeute et travaille successivement dans un service de gériatrie puis un service de rééducation pour bébés atteints de maladies congénitales, et enfin dans un hôpital psychiatrique où il exerce les fonctions d'instituteur. Inspiré par l'univers de Jean-Patrick Manchette, son premier roman, 'Le Bal des débris', est publié en 1984 bien qu'il ait été écrit quelques années plus tôt. 'Mémoire en cage' paraît en 1982, suivent 'Mygale' (1984), 'La Bête et la belle', 'Les Orpailleurs' (1993), 'Moloch' (1998) qui confirment le talent de Thierry Jonquet pour le roman au réalisme dur, hanté par la violence et les questions de société. Les événements dramatiques de l’été 2003 ont inspiré Thierry Jonquet qui nous offre, avec Mon vieux, un texte captivant sur l’étonnante réaction humaine devant l’adversité. 'Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte', paru en 2006 évoque sans tabous la violence et l'antisémitisme qui sévissent dans certaines banlieues. Thierry Jonquet a également scénarisé plusieurs bandes dessinées parmi lesquelles 'Du papier faisons table rase', dessiné par Jean-Christophe Chauzy. Plébiscité par la critique, l'une des plus élogieuses est signée Tonino Benacquista qui écrit de lui : 'Jonquet sculpte la fiction, c'est le matériau qu'il façonne pour lui donner une âme, le même que celui d'Highsmith ou de Simenon, il est difficile d'en citer beaucoup d'autres.' Alors qu'il venait de publier 'Ad Vitam aeternam', Thierry Jonquet, décède en août 2009, après avoir lutté deux semaines contre la maladie.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Voici un nouveau livre de Thierry Jonquet que je n'avais pas encore lu...

C'est un roman vraiment noir qui nous raconte 3 histoires :

Richard Lafargue, chirurgien esthétique, qui vit au Vésinet avec Eve une jeune femme très belle qui vit enfermée dans sa chambre. Elle sort parfois au bras de Richard mais il existe entre eux de la haine...

Alex est un voyou qui se cache après un hold-up qui a mal tourné, il a abattu un policier. Dans sa solitude, il pense à son copain Vincent qui a disparu depuis quatre ans.

Quelqu'un a été enlevé et enfermé dans une cave, il surnomme son ravisseur la Mygale.

Le livre se déroule en trois parties : l'araignée, le venin, la proie. Il s'agit là de vengeance, de violence. Une histoire incroyable et un dénouement inimaginable. Je n'en dirai pas plus pour ne rien dévoiler...

J'ai trouvé la construction de ce livre particulièrement réussie et je l'ai lu en une après-midi. Mais j'ai trouvé certains passages dérangeants et un peu trop noir à mon goût.

Extrait : (début du livre)

Richard Lafargue arpentait d'un pas lent l'allée tapissée de gravier qui menait au mini-étang enchâssé dans le bosquet bordant le mur d'enceinte de la villa. La nuit était claire, une soirée de juillet, le ciel parsemé d'une pluie de scintillement laiteux. Embusqué derrière un bosquet de nénuphars, le couple de cygnes dormait d'un sommeil serein, le cou replié sous l'aile, la femelle, gracile, douillettement blottie contre le corps plus imposant du mâle.

Lafargue cueillit une rose, huma un instant cette odeur douceâtre, presque écœurante, avant de revenir sur ses pas. Au-delà de l'allée bordée de tilleuls, la maison se dressait, masse compacte et sans grâce, trapue. Au rez-de-chaussée, l'office, où Line – la femme de chambre – devait prendre son repas. Un jet plus clair vers la droite, et un ronronnement feutré : le garage où Roger – le chauffeur – était occupé à faire tourner le moteur de la Mercedes. Le grand salon enfin, dont les rideaux sombres ne laissaient filtrer que de minces rais de lumière.

Lafargue leva les yeux vers le premier étage et son regard s'attarda sur les fenêtres de l'appartement d'Ève. Une lueur délicate, une persienne entrouverte d'où s'échappaient les notes d'une musique timide, un piano, les premières mesures de cet air, The Man I Love...

Lafargue réprima un geste d'agacement et, d'une démarche brusque, pénétra dans la villa, claquant la porte, courant presque jusqu'à l'escalier, grimpa les marches en bloquant sa respiration. Parvenu à l'étage, il dressa le poing puis se contint et se résigna à frapper doucement de l'index recourbé.

Il tourna les trois verrous qui, de l'extérieur, bloquaient la porte d'entrée de l'appartement où vivait celle qui s'obstinait à rester sourde à son appel. Sans faire de bruit, il referma la porte et s'avança dans le boudoir. La pièce baignait dans l'obscurité, seule la lampe à abat-jour posée sur le piano dispensait un éclairage tamisé. Tout au fond de la chambre jouxtant le boudoir, le néon cru de la salle de bains ponctuait d'une tache blanc vif l'extrémité de l'appartement.Dans la pénombre, il se dirigea vers la chaîne et coupa le son, interrompant les premières notes de la mélodie qui, sur le disque, suivait The Man I love. Il domina sa colère avant de murmurer d'un ton neutre, exempt de reproches, une remarque pourtant acerbe sur la durée raisonnable d'une séance de maquillage, du choix d'une robe, de la sélection des bijoux convenant au type de soirée à laquelle lui et Ève étaient conviés...

Déjà lu de Thierry Jonquet :

Ils_sont_votre__pouvante Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte

les_orpailleurs_p Les orpailleurs  mon_vieux Mon vieux

du_pass__faisons_table_rase_p Du passé faisons table rase ad_vitam_aeternam_p Ad vitam aeternam

m_moire_en_cage Mémoire en cage  moloch_p Moloch

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L’éclat du diamant – John Marcus

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book - L'Autre Editions

l__clat_du_diamant L’Autre Editions – juin 2009 – 477 pages

Présentation de l'éditeur : « Comment expliquer cette succession étrange de meurtres, un jour ordinaire de 2007 ? Qu'est-ce qui peut bien relier entre eux un couple d'amoureux en week-end dans le Sud de la France, un industriel de la pêche naviguant dans les eaux troubles de Guinée et un passionné parisien de reptiles, araignées et autres créatures vénéneuses ? Et surtout, pourquoi Frédéric Carloni, grand reporter au Matin de France a-t-il été abattu place Pigalle alors qu'il rentrait tranquillement chez lui en moto ? » C'est sur ces questions que s'ouvre la singulière enquête de ce polar à l'écriture cinématographique. Véritablement immergé au cœur du célèbre « 36, quai des Orfèvres », au sein de l'équipe du commissaire Delajoie, vous serez entraîné, meurtre après meurtre, dans une marche trépidante à travers les hauts plateaux de la publicité, de l'image et de la grande distribution. Une quête de vérité, semée de morts et de fantômes, où la violence des crimes se heurtera à la brutalité ordinaire du quotidien, où les évidences se transformeront rapidement en leurres. Vous voilà donc prévenu : on ne pénètre pas impunément dans la Maison de la mort.

Au-delà d'un thriller palpitant qui respecte les codes les plus classiques du genre, L'Éclat du diamant est un polar sociétal très actuel, qui reflète nos fragilités collectives et nos blessures individuelles. Ainsi, au fur et à mesure que progresse l'enquête et à travers l'histoire de chacun des personnages, se dévoilent nos propres angoisses, nos doutes, mais aussi nos espoirs et nos rires. Autant de nuances de gris qui, au fil des pages, donnent à L'Éclat du diamant une couleur résolument nouvelle. Finalement, un roman pas totalement noir.

Auteur : John Marcus c'est évidemment le pseudonyme d'un homme qui souhaite rester anonyme... On peut trouver une interview avec l'auteur ici.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Ce livre commence par une préface de l'éditeur qui nous informe que ce livre est à la fois « le lancement d'un nouvel auteur, d'un nouveau roman et d'un nouvel éditeur. »

Cela commence comme un vrai polar : en quelques pages nous assistons à de nombreux meurtres dans les Corbières, en Guinée-Conakry et puis à Paris. Puis nous faisons connaissance avec l'équipe du 36 : le commissaire Jean Delajoie surnommé « le Patron » , le Chef de Groupe Franck Meunier surnommé « le Che », Amanda Coron surnommée « Manda ou Ze Queen », Kowiac surnommé « l'ours des Balkans », Bastien Marchand surnommé « Colombo » et Jérôme Bouchon surnommé « la Boule ». Ils commencent une enquête suite à un nouveau meurtre : l'exécution à Pigalle du journaliste Frédéric Cartoni. Nous suivons une enquête très documentée qui nous apprend beaucoup sur le fonctionnement de la police. Mais ce n'est pas un simple polar, en effet, à travers une intrigue parfaitement huilée mais cependant complexe, nous pénétrons dans le monde de la communication et des médias ainsi que celui de la grande distribution.

L'enquête est palpitante et très intéressante et les personnages sont vraiment attachants, j'ai hâte de les retrouver dans une nouvelle enquête comme le sous-entend la fin du livre... De plus en consultant le site officiel du livre et l'interview de l'auteur, j'ai découvert que ce livre se veut être le premier d'une série de quatre livres dont le dernier « L'Âme noire » nous est déjà annoncé p.31, p.70, p.181 et p.300 ainsi que « L'Agneau mystique » p.369.

Dans son bureau du 36, le commissaire Delajoie possède une reproduction de l'huile sur bois appelé indifféremment "La cure de folie", "la lithotomie" ou "l'extraction de la pierre de folie" de Jérôme Bosch et qui impressionne ses visiteurs...

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Merci à L'Autre Édition de m'avoir offert ce livre.

Extrait : début du livre voir sur le site officiel.

Si vous souhaitez en apprendre plus sur le livre, allez voir le site officiel du livre.

Livre lu dans le cadre du partenariat logotwitter_bigger - l_autre__ditions

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05 novembre 2009

La Peine du Menuisier - Marie Le Gall

la_peine_du_menuisier Editions Phébus – mars 2009 – 283 pages

Présentation de l'éditeur
«J'étais la fille du Menuisier, je le savais. Jeanne, malgré sa folie, était plus normale que moi, côté filiation. Elle le nommait. Pas moi. Nous n'avions pas de mots l'un pour l'autre. Notre lien était un long fil continu que personne ne pouvait voir. Aucun mot ne s'y accrochait comme le font les notes sur une portée. Nous-même en étions ignorants, seulement soupçonneux de sa présence tenace.»

Son père est une ombre solitaire. sa maison bruisse de silences et les murs de pierre suintent le mystère... La narratrice grandit clans une atmosphère lourde de non-dits. Pourquoi celui qu'elle appelle le Menuisier est-il si lointain ? Pourquoi sa famille semble-t-elle perpétuellement en deuil ? Elle aimerait poser des questions. ruais on est taiseux dans le Finistère. Livrée à ses doutes et à ses intuitions., elle écoute les murmures, rassemble les bribes. Tisse patiemment une histoire. Des années lui seront nécessaires pour percer le secret de son ascendance. mesurer l'invisible fardeau dont elle a hérité. D'une plume à la fois vibrante et pudique. Marie Le Gall décrypte l'échec d'une relation père-fille et touche au cœur.

Biographie de l'auteur
Marie Le Gall est née en 1955 à Brest. Elle est professeur de lettres à Fontainebleau. La Peine du Menuisier est sont premier roman.

 

Mon avis : (lu en novembre 2009)

J'ai tout de suite été attirée par l'image de couverture de ce livre qui évoque si bien la Bretagne. Ce roman, qui est en parti autobiographique, raconte la relation entre un père et sa fille. Marie-Yvonne n'est pas une enfant désirée, à sa naissance sa mère à 42 ans et son père 52 ans. Jeanne leur première enfant a 19 ans mais elle est handicapée. Nous sommes dans les années 50, dans le Finistère nord à Brest ou dans le penn-ti à la campagne. Avec ce livre, Marie-Yvonne nous raconte son enfance et sa famille : son père qu'elle n'appelle que le Menuisier, sa mère Louise, sa sœur Jeanne, sa grand-mère Mélie. Mais il n'y a pas seulement les vivants, la mort est présente à chaque instant à travers les photos encadrées sur les murs des disparus, la proximité du cimetière...

Le Menuisier est un taiseux. « Son silence tenace et enveloppant, faisait partie intégrante de son être. Il lui appartenait plus que sa propre peau. » Marie-Yvonne souffre de ce silence et de cette non-relation qu'elle a avec son père. « Les mots n'étaient pas pour nous. Et quand parfois ils existaient, nous savions que ce n'était que de pauvres écrans. Les vibrations du silence étaient toujours les plus fortes. C'était quand je ne l'entendais pas que je l'entendais le plus, et lui de même. C'est à dire tout le temps. Nous avancions dans un silence assourdissant. » Que cache ce silence ? Un secret de famille ?

J'ai beaucoup aimé ce livre qui est bouleversant et très fort. Les phrases sont sobres, les mots sont justes tout en retenue, l'atmosphère est sombre et envoûtante. La Bretagne est décrite avec beaucoup de détails et tout au long du livre on rencontre des mots ou des expressions en breton ou en brestois avec un glossaire en fin de livre. A lire absolument !

penn-ti : petite maison (en breton)

Extrait : (début du livre)

Chacun de nous naît au moins deux fois. Le jour de l'accouchement de sa mère et celui de son premier souvenir.

Je suis née à quatre ans dans un face-à-face foudroyant avec la mort. Rescapée, je ne sais comment.

§

Le voisin Michel avait laissé tomber son frère. Denis était blanc, vêtu de blanc, sur un lit blanc.

Le lendemain de cette terrible journée, je descendis la route qui conduisait à la grève, une route étroite et grise, bordée de talus hauts comme des murailles d'où jaillissaient les fougères et les digitales. Après l'école Saint-Yves sur la gauche, il y avait une ferme, puis plus rien. Seulement les champs, à perte de vue. Je tenais la manche de grand-mère Mélie tandis qu'elle avançais, s'appuyant sur sa canne en ébène à pommeau d'argent ciselé. Elle marchait lentement, toute à ses prières. Près de la ferme, je jetai un regard au bouvreuil dans la petite cage au-dessus de la porte. Il était silencieux. C'était l'été, le soleil caressait la campagne, l'air était chaud, léger, tout vibrant d'insectes minuscules. Nous nous sommes arrêtées devant la grande maison neuve, la dernière à droite, le long du chemin creux qui menait au moulin de Parlevan. C'était là.

Grand-mère Mélie serrait ma main à présent, un peu fort, juste avant d'entrer sans frapper – la porte était ouverte. Nous traversâmes le couloir recouvert de mosaïques, la chambre était à gauche.

Devant moi, il y avait un enfant allongé sur un lit, immobile comme ne le sont jamais les enfants, une immobilité statutaire, souveraine. Près de lui, une femme assise ne bougeait pas, ne parlait pas. Je venais d'avoir quatre ans et j'apprenais que, même tout petit, on pouvait mourir. C'était une fin d'après-midi. A travers les persiennes mi-closes, la lumière du soleil encore haut dans le ciel dévoilait un sourire sur le visage tranquille de Denis. Le lendemain, sur le cercueil, il y avait un drap blanc.

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03 novembre 2009

Sept mers et treize rivières - Monica Ali

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Belfond – août 2004 – 460 pages

10/18 - avril 2006 - 573 pages

Traduit de l'anglais par Isabelle Maillet

Présentation de l’éditeur
L’histoire drôle et poignante d’une Bangladaise émigrée à Londres. Un roman généreux, foisonnant et épicé sur le choc des cultures, les désenchantements de l’exil et les mirages de l’intégration. Une formidable galerie de personnages. Une écriture étincelante. Un pur joyau. En 1967, dans un village de l’est du Pakistan, une femme croit donner le jour à une enfant mort-née. Mais Nazneen survit et devient «  celle qui a été livrée à son Destin « . Un destin qui l’attend à Londres, auprès de l’époux choisi par son père : Chanu, la quarantaine bedonnante, ennuyeuse et pontifiante, des rêves en pagaille, sans les moyens de ses ambitions. Isolée dans ce pays dont elle ne parle pas la langue, Nazneen n’a d’autre choix que se soumettre. Dans la cité de Brick Lane où règnent racisme ordinaire, fondamentalisme rampant et trafics en tous genres, elle découvrira pourtant la solidarité, la débrouillardise et l’amitié. Tiraillée entre traditions ancestrales et espoirs insensés, Nazneen va peu à peu prendre le contrôle de sa vie, jusqu’à franchir le pire des interdits… Et comprendre que s’octroyer le droit au bonheur a un prix.

Biographie de l’auteur
Née en 1967 à Dacca (ex-Pakistan oriental), Monica Ali vit en Angleterre depuis l’âge de trois ans. Sept mers et treize rivières est son premier roman. Sélectionnée par la revue Granta parmi les vingt meilleurs romanciers britanniques de la décennie avant même que son livre soit publié, finaliste du Man Booker Prize 2003, Monica Ali est devenue en moins de un an un véritable phénomène dans le paysage littéraire international.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Le titre anglais de ce livre est Brick Lane, qui est le nom de la cité Londonienne où se situe l'histoire de Nazneen. A dix-sept ans, Nazneen quitte son village du Bangladesh pour rejoindre à Londres son époux Chanu choisi par son père. Chanu a deux fois son âge, il est gentil, mais malgré ses nombreux diplômes universitaires, il obtient des emplois subalterne. Elle se retrouve dans un autre monde, elle va découvrir la ville, la langue anglaise et ses voisins eux aussi d'origine étrangère. Elle reste attachée à la culture et au mode de vie du Bengladesh : elle est toujours vêtue de son sari et ne sort pas de sa cité « bengali » au cœur de Londres, elle cuisine comme au village. Elle nous décrit sa vie et la vie de la cité de Brick Lane.

Ses filles, nées en Angleterre, sont partagées entre les traditions de leurs parents et la vie à l'occidentale qu'elles ont toujours connue. Lorsqu'il s'agira de retourner au pays, l'aînée Shahana se révoltera car c'est ici son pays !

Tout au long du livre, on découvre Nazdeen qui laisse le destin guider sa vie et qui ne se révolte pas, elle accepte tout puis elle va peu à peu décider pour elle-même et prendre sa vie en main.

J'ai trouvé se livre très intéressant car on découvre la vie d'une immigrée confronté à un pays, à une nouvelle vie très différente de la précédent. En parallèle, grâce au courrier qu'elle échange avec sa jeune sœur restée au Bangladesh, Hasina qui s'est enfuie de son village natal et qui doit travailler pour survivre, le lecteur découvre la dure réalité de la vie au Bangladesh.

Le livre se lit assez facilement, il est très riche en détails et en descriptions.

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Un film Rendez-vous à Brick Lane réalisé en 2007 par Sarah Gavron avec Tannishtha Chatterjee, Satish Kaushik, Christopher Simpson a été tiré de ce livre.

Extrait : (page 15)

Dans sa jeunesse, Nazneen entendit souvent raconter « Comment tu as été confiée à ton Destin ». C'était grâce à la sage résolution de sa mère qu'elle avait pu survivre pour devenir la jeune fille sérieuse au visage large qu'elle était aujourd'hui. Lutter contre son Destin risque d'affaiblir le sang. Parfois, peut-être même la plupart du temps, l'issue est fatale. Jamais Nazneen ne remit en cause la logique à l'œuvre dans « Comment tu as été confiée à ton Destin ». De fait, elle louait le courage tranquille de sa mère, son stoïcisme larmoyant dont chaque jour apportait la preuve. Hamid disait toujours, en détournant invariablement les yeux : « Ta mère est née sainte. Elle vient d'une famille de saints. » Alors, quand Rupban lui conseillait d'apaiser les tourments de son cœur et de son esprit, d'accepter la grâce de Dieu, de manifester envers la vie la même indifférence que celle-ci manifesterait envers elle, Nazneen l'écoutait avec attention, la tête renversée, l'air béat.

C'était une enfant d'une gravité presque comique.

« Comment vas-tu, mon trésor ? Toujours contente d'être revenue à la vie ? Lançais Mumtaz quand elle ne l'avait pas vue depuis deux ou trois jours.

- Je n'ai ni plaintes ni regrets à te confier, répondait Nazdeen. Tout ce que j'ai à dire, je le dis au Seigneur. »

Ce qu'on ne peut pas changer doit être enduré. Et comme rien ne pouvait être changé, il fallait tout endurer. Ce principe gouvernerait son existence. C'était à la fois un mantra, un état d'esprit et un défi. Ainsi, à trente-quatre ans, après que trois enfants lui furent offerts et que l'un d'entre eux lui fut repris, alors qu'elle avait un mari puéril et un jeune amant exigeant imposé par le destin, quand pour la première fois de sa vie elle se découvrit incapable d'attendre que l'avenir se dévoile et obligée de le forger elle-même, Nazdeen fut aussi surprise par sa propre capacité d'agir qu'un nouveau-né agitant son poing serré et se donnant par mégarde un coup dans l'œil.

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31 octobre 2009

Et que le vaste monde poursuivre sa course folle - Colum McCann

et_que_le_vaste_monde Belfond – août 2009 – 435 pages

traduit de l'anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre

Présentation de l'éditeur
Dans le New York des années 1970, un roman polyphonique aux subtiles résonances contemporaines, une oeuvre vertigineuse. 7 août 1974. Sur un câble tendu entre les Twin Towers s'élance un funambule. Un événement extraordinaire dans la vie de personnes ordinaires. Corrigan, un prêtre irlandais, cherche Dieu au milieu des prostituées, des vieux, des miséreux du Bronx ; dans un luxueux appartement de Park Avenue, des mères de soldats disparus au Vietnam se réunissent pour partager leur douleur et découvrent qu'il y a entre elles des barrières que la mort même ne peut surmonter ; dans une prison new-yorkaise, Tillie, une prostituée épuisée, crie son désespoir de n'avoir su protéger sa fille et ses petits-enfants... Une ronde de personnages dont les voix s'entremêlent pour restituer toute l'effervescence d'une époque. Porté par la grâce de l'écriture de Colum McCann, un roman vibrant, poignant, l'histoire d'un monde qui n'en finit pas de se relever.

Biographie de l'auteur
Né à Dublin en 1965, Colum McCann est l'auteur de cinq romans, Le Chant du coyote, Les saisons de la nuit, Danseur, Zoli, Et que le vaste monde poursuive sa course folle, et de deux recueils de nouvelles, La Rivière de l'exil et Ailleurs, en ce pays, tous parus chez Belfond et repris chez 10/18. Colum McCann vit à New York avec son épouse et leurs trois enfants.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

Ayant déjà lu et beaucoup aimé du même auteur "Les saisons de la nuit", j'avais très envie de lire ce livre dont j'aime beaucoup le titre et la couverture.

Ce livre est un ensemble de récits courts où se croisent et où se dévoilent des destins différents à l'image de la ville de New York : on découvre Corrigan un prêtre irlandais qui vit au milieu des prostituées et des plus pauvres du Bronx, il y a Tillie et Jazzlyn deux prostituées mère et fille, Claire et Solomon les parents de Joshua qui est mort au Vietnam...

En fil rouge de ce livre, il y a l'histoire de la traversée sur un câble d'acier à New York, entre les deux tours du World Trade Center, par le funambule français Philippe Petit, le 7 août 1974.

J'ai été touchée par les destins de tous ces personnages et j'ai beaucoup aimé cet histoire extraordinaire de funambule (même si ayant le vertige, je n'aurais pas aimé être spectatrice d'un tel événement).

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Il existe seulement des photos de cet événement extraordinaire. En 2008, un film documentaire britannique a été réalisé par James Marsh "Le Funambule (Man on Wire)". Basé sur le livre de Philippe Petit "To Reach the Clouds", le film est monté comme un thriller, présentant des scènes de la préparation de la traversée, des scènes rejouées et des interviews de participants de l'événement, à l'époque. Il relate l'incroyable exploit de Philippe Petit qui avait "dansé" entre les Twin Towers pendant 45 minutes, à plus de 400 mètres d'altitude et sans la moindre sécurité. Le film a reçu, en 2009, le grand prix du documentaire au Festival de Sundance ainsi que l'Oscar du meilleur film documentaire.

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Extrait : (début du livre)

CEUX QUI LE VIRENT SE TURENT. Depuis Church, Liberty, Cortlandt, West, Fulton ou Vesey Street. Un silence terrible, superbe, à l’écoute de lui-même. Certains pensèrent à une illusion d’optique, une ombre mal placée, un effet d’atmosphère. D’autres prirent ça pour la blague éculée du type qui se plante sur l’asphalte, le doigt pointé, et on s’attroupe autour, les têtes se renversent, hochent, confirment, mais les yeux sont levés pour rien, et on attend comme on attend la chute d’un gag de Lenny Bruce. Seulement, plus ils regardaient, plus c’était clair. À l’extrême limite du toit, la silhouette se détachait sur la grisaille du matin. Sans doute un laveur de vitres. Un ouvrier du bâtiment. Ou un suicidaire.

Cent dix étages plus haut, parfaitement immobile, une miniature noire dans le ciel nuageux.

On ne le remarquait pas de n’importe où. Ou alors les passants s’arrêtaient au coin de la rue, repéraient une brèche entre les immeubles, zigzaguaient dans la pénombre, se frayaient une perspective sans corniche, sans gargouille, sans balustrade, sans garde-corps. Et si une ligne partait de son pied vers la tour jumelle, ils ne comprenaient pas bien pourquoi. Mais la figurine les clouait. Le cou tendu, ils oscillaient entre la fatalité de l’évidence et la promesse du quotidien.

Le dilemme de l’observateur : ne pas rester là sans raison – ça n’est qu’un imbécile penché sur le vide –, mais ne pas rater le moment où la police viendra l’arrêter, où il tombera, plongera peut-être, les bras en croix.

La ville rassemblait ses bruits autour des passants. Klaxons. Camions d’éboueurs. Cornes de brume. Le ramdam des métros. Un bus de la ligne M22 qui freine, se range le long du caniveau et gémit dans l’ornière. Le vent plaque un emballage de chocolat sur une bouche d’incendie. Le claquement des portières de taxi. Des poubelles se bagarrent au fond de l’impasse. Les baskets qui repartent au petit trot. Le cartable en cuir qui frotte sur un pantalon. Le cliquetis des parapluies sur le bitume. Une porte à tambour qui propulse au-dehors un début de conversation.

Mais le tohu-bohu n’aurait été qu’un son compact, on n’y aurait quand même pas prêté attention – et ceux qui maugréaient le faisaient à voix basse, respectueusement. Ils formaient soudain de petits groupes au carrefour de Church et Dey Street. Sous l’auvent de Sam’s Barber Shop. À la porte de Charlie’s Audio. Ici un minuscule théâtre d’hommes et de femmes, serrés contre la rambarde de St. Paul’s Chapel. Là on se disputait une place devant les vitrines de Woolworth. Avocats. Liftiers. Médecins. Teinturiers. Cuisiniers. Diamantaires. Poissonniers. Putes avec leurs jeans tristes. Tous rassurés par la présence d’autres autour d’eux. Dactylos. Courtiers. Livreurs. Hommes-sandwichs. Tricheurs rangeant leurs cartes. De building en building ; de Con Ed à Ma Bell, jusqu’à Wall Street. Un serrurier dans sa camionnette au coin de Dey et de Broadway. Un coursier à moto adossé à un réverbère de West Street. Un poivrot rougeaud en quête de son premier verre.

On l’apercevait depuis le ferry de Staten Island. Depuis les abattoirs du West Side. Des gratte-ciel neufs de Battery Park. Des stands à bretzels en bas de Broadway. Du parvis en dessous. Des tours elles-mêmes.

D’accord, certains ne voulaient rien savoir, préféraient l’ignorer. À 07:47, ceux-là étaient bien trop amorphes pour penser à autre chose qu’un bureau, un stylo, un téléphone. Sortis des bouches de métro, des limousines, des autobus, ils traversaient ensemble au feu, et pas question de lever bêtement la tête. À chaque jour suffit sa peine. Mais en voyant les attroupements, l’agitation, ils commencèrent à ralentir. S’arrêtaient net ou, haussant les épaules, se retournaient lentement, revenaient au carrefour, butaient contre les nez en l’air, se hissaient sur la pointe des pieds, dominaient un instant la foule et c’était waouh, putain, nom de Dieu.

Cette fine silhouette et le mystère s’épaississait. Elle se dressait sur la tour sud, à la limite de la terrasse panoramique, comme prête à s’élancer.

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30 octobre 2009

Lune noire – John Steinbeck

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traduit de l'anglais par Jean Pavans

Jean-Claude Lattès - août 1994 – 175 pages

LGP – septembre 1996 – 157 pages

Présentation : Les échos de la guerre ne parvenaient qu'à peine dans ce village perdu au fin fond de la Scandinavie. Jusqu'au jour où les premiers soldats nazis apparurent au sommet de la côte...
Quel comportement adopter ? C'est finalement une forme de résistance qui va prévaloir, malgré ceux qui, à l'instar du commerçant Corell, préfèrent jouer le jeu de l'occupant. Une résistance sourde, silencieuse, obstinée, animée par le maire, Orden, et son vieil ami le médecin Winter, qui va d'abord contraindre l'ennemi à la terreur, puis l'acheminer peu à peu vers l'angoisse, le désespoir...
C'est en 1942 que l'auteur de
A l'est d'Eden - plus tard prix Nobel de littérature - publia ce roman, édité clandestinement en France. Un huis clos où le village, cerné par la neige, apparaît peu à peu comme un microcosme de l'Europe confrontée à la barbarie totalitaire.

Auteur : Né en Californie en 1902, John Steinbeck y passe quarante ans de sa vie, y fait des études sans décrocher d'ailleurs aucun diplôme. Après des débuts difficiles, sa carrière de romancier prend un nouveau tour avec le succès des 'Souris et des hommes' puis des 'Raisins de la colère', récompensé par le prix Pulitzer en 1939. Il s'installe à New York en 1950 et se révèle être un chroniqueur et polémiste infatigable. Il prend position contre le maccarthysme aux Etats-Unis mais contre le communisme à l'étranger, et soutient le président Johnson pendant la guerre du Vietnam. Car si Steinbeck est surtout connu pour ses romans toujours beaucoup lus, il fut aussi reporter de guerre. D'abord pour le New York Herald Tribune pendant la Seconde Guerre mondiale, puis en 1966 au Vietnam. Son oeuvre, couronnée par le prix Nobel en 1962, a suivi une évolution significative. En effet, Steinbeck s'intéresse d'abord à la nature qui l'entoure, il adopte ensuite une approche teintée de déterminisme dans son traitement des rapports humains. Mais après 1945, il finit par prôner une morale de la responsabilité individuelle. Il est décédé à New York en 1968.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

J'ai découvert ce livre grâce au blog de Gambadou. Et j'ai trouvé ce livre vraiment intéressant d'autant plus qu'il a été écrit en 1942. L'action se situe dans un village au bout du monde en Scandinavie qui jusqu'à ce jour vivait paisiblement à l'écart de la guerre qui faisait rage en Europe. Ce village est facilement envahi par une unité allemande grâce à la complicité d'un homme du village. Le village va se diviser en trois : les collaborateurs qui pensent que l'ordre nazi est une bonne chose, les soldats allemands qui occupent la ville et les villageois qui résistent plus ou moins activement. A travers les dialogues entre le maire, le chef des soldats et le collaborateur nous allons suivre la vie du village qui évolue avec le temps. Le maire veut protéger sa ville mais se refuse de collaborer. Le collaborateur est rejeté du village. Et les soldats nazi sont surpris du mauvais accueil qu'on leur fait, ils pensaient être accueilli comme des sauveurs. Les habitants se mobilisent pour résister car ils se refusent à perdre leur liberté.

Ce livre est une parabole qui décrit parfaitement la façon dont les gens peuvent réagir en temps de guerre face à l'envahisseur. Il faut noter que lors de la parution du livre en 1942, il a été diffusé «sous le manteau».

A découvrir sans tarder.

Extrait : (début du livre)

A dix heures quarante-cinq tout était terminé. La ville était occupée, les défenseurs étaient décimés, et la guerre était finie. L'envahisseur avait soigneusement préparé cette campagne, comme les plus importantes. Ce dimanche matin-là, le facteur et le policier étaient allés pêcher dans le bateau de Mr. Corell, le commerçant si populaire. Il leur avait prêté son voilier pour la journée. Le facteur et le policier se trouvaient à plusieurs milles en mer lorsqu'ils virent le sombre petit bâtiment de transport les croiser tranquillement, chargé de soldats. Comme employés de la ville, c'était nettement leur affaire, et tous deux décidèrent de changer de cap, mais bien sûr le bataillon avait débarqué avant qu'ils ne parvinssent à port. Le policier et le facteur ne purent même pas entrer dans leurs bureaux à la mairie, et quand ils insistèrent sur leurs droits, ils furent faits prisonniers de guerre et incarcérés dans la prison municipale.

Les troupes locales – les douze hommes qui les composaient – étaient également sorties ce dimanche matin, car Mr. Corell, le commerçant si populaire, avait offert un déjeuner, avec cibles, cartouches et prix pour un concours de tir ayant lieu à dix kilomètres de distance, dans les collines, dans une charmante clairière lui appartenant. Les troupes locales – de grands garçons débraillés – entendirent les avions et virent au loin les parachutes, et revinrent en ville à toutes jambes. Lorsqu'ils arrivèrent, l'envahisseur avait déjà bordé la route de mitrailleuses. Les soldats débraillés, n'ayant que très peu d'expérience de la guerre et aucune de la défaite, ouvrirent le feu avec leurs fusils. Les mitrailleuses crépitèrent un moment, six soldats furent transformés en cadavres criblés, trois autres en moribonds criblés, et les trois derniers s'enfuirent dans les collines avec leurs fusils.

A dix heures trente la fanfare de l'envahisseur jouait une belle musique sentimentale sur la place, tandis que les citadins l'écoutaient bouches bées et regards étonnés, en fixant les hommes aux casques gris qui portaient des mitraillettes sous le bras.

A dix heures trente-huit, les six cadavres criblés étaient enterrés, les parachutes étaient repliés, et le bataillon était cantonné dans l'entrepôt de Mr. Corell, sur la jetée, qui avait sur ses rayons des couvertures et des lits de camp pour un bataillon.

A dix heures quarante-cinq, le vieux maire Orden avait reçu des envahisseurs la demande formelle d'accorder une audience au colonel Lanser, audience qui était fixée à onze heures précises dans le palais de cinq pièces du maire.

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24 octobre 2009

En pause...

Je prends quelques jours en vacances, je reviens bientôt !

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Prochaines lectures prévues :

sept_mers_et_treize_rivi_res Sept mers et treize rivières - Monica Ali

et_que_le_vaste_monde Et que le vaste monde poursuive sa course folle - Colum McCann

le_jeu_de_l_Ange Le jeu de l'ange - Carlos Ruiz Zafon

la_peine_du_menuisier La Peine du Menuisier - Marie Le Gall

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23 octobre 2009

Le cœur en dehors - Samuel Benchetrit

le_coeur_en_dehors Grasset & Fasquelle – août 2009 – 296 pages

Présentation de l'éditeur
"Tu sais Charly, il faut aimer dans la vie, beaucoup... Ne jamais avoir peur de trop aimer. C'est ça, le courage. Ne sois jamais égoïste avec ton cœur. S'il est rempli d'amour, alors montre-le. Sors-le de toi et montre-le au monde. II n'y a pas assez de cœurs courageux. II n'y a pas assez de cœurs en dehors... "

Biographie de l'auteur
Samuel Benchetrit est né en 1973. Il est écrivain (Chroniques de l'asphalte), cinéaste (J'ai toujours rêvé d'être un gangster) et dramaturge (Moins 2).

Mon avis : (lu en octobre 2009)

J'ai trouvé ce livre très émouvant. Le narrateur Charly est un petit garçon d'origine malienne qui vit dans une cité de la banlieue parisienne avec sa mère et Henri, son frère aîné. Son père les a abandonnés lorsque Charly avait un mois. Un matin, lorsqu’il part au collège, Charly va être témoin de l’arrestation de sa mère par la police. Il ne comprend pas pourquoi et il décide de chercher son frère. Le lecteur va suivre cette journée particulière de Charly, il part dans une errance à travers sa cité et il nous raconte ses copains, Yéyé et Karim, le collège, son amoureuse Mélanie Renoir, son frère Henry qui se drogue, sa mère Joséphine, est une femme digne et respectable qui fait tout pour élever ses enfants mais qui est sans-papiers. Le regard que pose Charly sur sa « cité » est à la fois drôle, naïf mais juste. Au début du livre, il croit que Rimbaud n’est qu’une tour, dans les dernières pages il sait que c’est un poète et il a aimé lire certains de ses poèmes. Charly est un petit garçon drôlement attachant et ce livre est à la fois plein de tendresse et d’humour. On peut être surpris par le style très actuel avec un langage parlé de jeune adolescent mais on s'y habitue très vite. A découvrir sans tarder.

Extrait : (début du livre)

Au début, je croyais que Rimbaud c’était une tour. Parce qu’on dit la tour Rimbaud. Et puis mon copain Yéyé m’a raconté que Rimbaud était un poète. Je voyais pas pourquoi on avait donné le nom d’un poète à ma tour. Yéyé a dit que c’était parce qu’il était connu et mort depuis longtemps. Je lui ai demandé s’il était mort après avoir vu la tour. Yéyé a dit que non, il était mort vraiment avant. J’ai dit que valait mieux pour lui, parce que la tour est sacrément moche et qu’il aurait eu drôlement les boules d’avoir son nom sur un truc pareil. Yéyé a dit que lui aimerait bien qu’on donne son nom à des machins. Je lui ai dit que je trouvais débile d’habiter tour Yéyé. Il m’a dit d’aller me faire foutre et que mon nom c’était pas mieux.

Je m’appelle Charly.

- Tour Charly ça fait encore plus con que tour Yéyé.

J’étais d’accord mais je lui ai quand même dit d’aller se faire foutre.

On a continué à parler comme ça, parce qu’il y a un paquet de poètes qui ont des choses à leur nom dans le quartier. Tour Verlaine. Cité Hugo. Centre d’activité Guillaume Apollinaire. Et tous ces machins sont plus moches les uns que les autres. Mais les poètes sont morts avant de le savoir, alors ça va. Monsieur Hidalgo, qui donne des cours de je sais pas quoi au collège où allait mon frère Henry, dit que c’est une honte de se servir de l’art pour habiller des horreurs. Mais la plupart des gens s’en moquent, parce que les cités et les tours sont baptisées autrement. Par exemple, ceux qui habitent tour René Char ne disent jamais qu’ils habitent tour René Char. Ils disent la tour bleue. Je sais pas pourquoi ils l’appellent comme ça parce que la tour est pas franchement bleue. Et entre nous, je peux vous dire qu’elle est grise. Mais allez savoir pourquoi, ils disent bleue. Pareil avec la cité picasso qui se trouve de l’autre côté du centre commercial. Personne ne dit jamais cité Picasso. Même s’il y a un arrêt de bus Picasso. Les gens disent cité des Rapaces. Et je vous jure qu’il n’y a pas plus de Picasso que de rapaces dans cette cité.

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22 octobre 2009

Question de l'être et beauté féminine – Jérémy Nabati

question_de_l__tre_et_beaut__f_minine Aux forges de Vulcain – septembre 2009 – 128 pages

Quatrième de couverture :

« Aldo, en proie à une soudaine inspiration, osa alors lui demander si elle voudrait bien prendre un verre avec lui : - L’air que vous parfumez dans votre sillage et qui vous suit me subtilise et m’extasie – mon être tout entier est absorbé dans le reflet mouvant de vos cheveux. Tout, autour de moi, s’évanouit – le temps même a cessé de battre. Vibration du possible, caractère brûlant de la passion, mise en suspens comme telle, aiguillon de l’action – je suis tenu en haleine, à la merci de vos moindres mouvements. Votre beauté n’a pas d’égal, ainsi soit-il – vous êtes la plus jolie, telle est mon unique certitude. Vous voir, c'est déjà – consentir à tomber sous le charme ; le reste, à côté, n’est que poésie. Dormir un long sommeil – et n’être réveillé que par cette séduisante façon que vous avez, je n’en doute pas, de porter un verre à vos lèvres carminées… »

Auteur : Jérémy Nabati est Normalien et enseigne la philosophie au lycée. Question de l'être et beauté féminine est son premier roman. Site de l’auteur.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

Ce livre m'a été offert par les éditions Aux forges de Vulcain à la suite de ma critique sur Contretemps, livre que j'avais lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book et Aux forges de Vulcain.

"Question de l’être et beauté féminine" se compose de deux parties. La première (68 pages) est une nouvelle qui donne le titre au livre et la deuxième "Comment errez-vous ?" est une suite de six textes ou poème parfois très courts qui n’ont aucun lien.

"Question de l’être et beauté féminine" nous raconte Aldo qui est un homme sensible à son environnement et en particulier à la beauté féminine, il ose aborder la femme qui lui plaît, Flora et l’on va suivre le début de leur histoire. Cette nouvelle est touchante, avec un brin de poésie.

"Comment errez-vous ?" est plus difficile à résumer, et cette lecture a été pour moi un peu déroutante. Par exemple, le premier texte, "L'un l'autre" est un échange de SMS et de mail entre un prophète et Dieu. Le dernier texte, "Le temps de la pensée" est un poème. J’ai bien aimé la nouvelle "Dernier été".

Un grand merci aux éditions Aux forges de Vulcain pour m’avoir fait découvrir ce livre.

Extrait : (début du livre)

Lors vint le moment où sa pensée ne le quitta plus. Le jour, il espérait la croiser à chaque coin de rue, et la moindre passante, revêtant d’abord ses traits, l’arrachait à chaque fois brusquement à lui-même. La nuit, évidemment, il lui arrivait de rêver d’elle. Le temps s’écoulait ainsi ; un mois passa.

Puis, un soir, il avait eu cette intuition : il la reverrait le lendemain, c’était certain. Seulement, il ne savait pas exactement ce qui se passerait, ce qu’il devrait faire en fonction de la situation qui se présenterait, ce qu’il devrait faire en fonction de la situation qui se présenterait effectivement. Il la revit, donc : elle sortait, lui aussi – elle lui tient la porte ; il dit « merci », tout simplement, mais d’une voix suffisamment forte pour qu’elle se retourne, et qu’elle le voie… elle l’a vu, ça y est.

Elle est toujours aussi belle, toujours aussi resplendissante, inondant de joie tout ce qui vient à l’entourer. Ses cheveux sont fascinants, à la manière d’un fleuve glissant silencieusement dans la nuit étoilée – et ses yeux, deux aigues-marines. A la fois fine et musculeuse, ses traits racés sont les seuls auxquels une chair si incroyablement nerveuse ait pu se soumettre. Certes, sa façon de s’habiller ne varie pas beaucoup, ce qui d’ailleurs la rend aisément reconnaissable : jean clair, haut noir – col roulé en cachemire, ou tee-shirt décolleté et fin gilet de coton -, imperméable noir.

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21 octobre 2009

Le voyage vers l'enfant – Vonne van der Meer

le_voyage_vers_l_enfant Editions Héloïse d'Ormesson - août 2009 – 171 pages

Présentation de l'éditeur

Quand Julia aperçoit un siège enfant sur une bicyclette, son désir de maternité s'affirme et elle rêve d'un bébé avec Max, son mari. Or le couple ne peut pas avoir d'enfant. Dans l'espoir d'adopter, ils décident alors de partir au Pérou, oit ils iront de surprises en défaites. Et rencontreront Pablo qui, loin d'être le nourrisson tant espéré, changera leur vie à jamais. Vonne van der Meer nous éblouit par son écriture limpide qui cerne les craquelures du quotidien. Son histoire forte et juste déborde d'émotions.

Biographie de l'auteur

Vonne van der Meer vit près d'Amsterdam. Ses précédents romans, La Maison dans les dunes (2005) et Le Bateau du soir (2006), situés sur une île frisonne, ont rencontré un énorme succès aux Pays-Bas. Le Voyage vers l'enfant, en cours d'adaptation au cinéma, débute sur cette même île de Vlieland et se poursuit jusqu'à Lima.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

J'ai adoré les deux livres précédents que j'ai lu de cette auteur : Les invités de l'île et Le bateau du soir. Celui-ci m'a surpris. En effet, si on s'attend à une suite des deux précédents comme nous le laisse imaginer le début du livre qui se situe sur l'île, je comprend que l'on peut être déçu. Pour ma part, j'ai essayé d'oublier les deux premiers livres pour mieux entrer dans « Le voyage vers l'enfant ».

C'est l'histoire de Julia et Max qui après sept ans de mariage décident d'avoir un enfant, après trois ans d'attente et des visites chez le médecin qui ne décèle aucun problème, ils décident d'aller chercher un enfant, loin, dans un autre pays. Et ils commencent à entreprendre les démarches nécessaires pour une adoption. L'attente est longue, longue et impatiente Julia est prête à partir au Pérou pour aller y chercher un bébé en faisant confiance à un homme rencontré dans un café à la sortie d'une réunion d'information sur l'adoption. Max est réticent mais malgré tout il accompagne sa femme au Pérou. Mais là-bas, les démarches ne sont pas simples et les espoirs et les déceptions seront au rendez-vous. Le voyage se prolonge, et l'histoire bascule avec la rencontre avec Pablo, car la fin du livre est vraiment inattendue et surprenante.

J'ai trouvé Julia très touchante dans son désir de devenir mère et j'ai bien aimé ce voyage au Pérou. Mais cependant cela n'a pas été le coup de cœur des deux premiers livres.

Extrait : (page 13)

Descendre un chemin entre les dunes, sentir la mer avant même de la voir – rien n'est comparable à cette sensation. Voilà pourquoi elle venait ici ou sur l'une des autres îles de Wadden au moins deux fois par an. Mais en ce jour, la seule odeur qu'elle sentait, c'était celle du cadeau d'anniversaire de mariage. Elle l'avait dans les narines, emballée, avec une faveur.

Arrivée au sommet de la dune depuis laquelle on découvrait la mer, elle s'immobilisa comme à son habitude. Réalisation d'un désir semble-t-il inné. Mais cette fois, savoir que la mer s'étendait en principe au-delà de cet endroit ne lui fit rien. Ça ressemblait à la mer, ça bougeait comme la mer, ça bruissait comme la mer. Mais ça exhalait une odeur de salon de coiffure. Julia remonta un peu plus la fermeture éclair de son anorak et enfouit les mains dans les poches. Descendant le chemin menant à la plage, elle eut l'impression d'entrer dans un cinéma.

- Bonsoir madame.

- Bonsoir madame.

- Bonsoir madame.

Les enfants de la maison voisine de la leur passaient à sa hauteur, portant les seaux, des pelles ainsi qu'un ballon rouge. Ils lui demandèrent s'ils pouvaient venir regarder la télé, leur poste était de nouveau en panne.

- Bien sûr, dit-elle, mais à condition d'arrêter de m'appeler avec vos madame par-ci, madame par-là. Je m'appelle Julia.

Les enfants hochèrent la tête et s'éloignèrent. Il ne lui avait pas échappé que sa remarque les avait embarrassés. A chaque fois qu'elle tentait de se rapprocher de quelqu'un, elle ne faisait que s'en éloigner un peu plus. Une personne habituée à côtoyer des enfants, par exemple une maman, n'aurait pas tiqué sur l'emploi du mot « madame ».

Posté par aproposdelivres à 17:01 - Roman étranger - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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