A propos de livres...

28 septembre 2016

Coquelicots d'Irak - Brigitte Findakly et Lewis Trondheim

3418 L'Association - août 2016 - 115 pages

Présentation de l'éditeur :
Lewis Trondheim et Brigitte Findakly forment en bande dessinée comme à la ville un duo depuis de nombreuses années. Si la bibliographie pléthorique de Lewis Trondheim n'a plus de secret pour personne, celle de Brigitte Findakly, son épouse et coloriste, quoique toute aussi importante, reste pourtant moins connue. De Pif Gadget, à ses débuts, au Chat du Rabbin, des Formidables aventures de Lapinot au Retour à la terre, on lui doit la mise en couleurs d'une centaine d'albums. Avec ce livre à quatre mains, pré-publié en partie dans "Les strips de la matinale" du Monde, Lewis Trondheim délaisse pour la première fois les animaux anthropomorphisés pour raconter l'histoire de celle qui partage sa vie, née en Irak, d'un père irakien et d'une mère française à l'orée des années 1960. Coquelicots d'Irak retrace son enfance passée à Mossoul, ville du nord de l'Irak, à une époque où, bien avant l'arrivée au pouvoir de Saddam Hussein, se succèdent coups d'Etat et dictatures militaires. Déroulant le fil de ses souvenirs, on découvre alors une vie de famille affectée par les aberrations de la dictature et leurs répercussions sur la vie quotidienne, jusqu'à un inéluctable exil vers la France au début des années 1970. Une arrivée en France elle aussi difficile, une expérience migratoire faite de difficultés administratives, sociales et culturelles. Dans ce récit qui prend pour toile de fond une triste actualité, Lewis Trondheim et Brigitte Findakly brossent en saynètes percutantes et sans ambages, mais pas moins sensibles pour autant, la trajectoire singulière de la coloriste qui, pour la première fois, occupe le premier rôle dans un livre. Ponctué de photos et de parenthèses sur les coutumes, la culture irakienne et les souvenirs de l'Irak de Brigitte Findakly, on partage avec elle la nostalgie de ceux qui ont laissé derrière eux leur pays d'origine, et les liens fugaces qui subsistent, tout à l'image des coquelicots devenus si fragiles une fois déracinés.

Auteurs : Brigitte Findakly est née en 1959 à Mossoul, Irak, et elle y a grandi jusqu'en 1973. Coloriste de bande dessinée depuis 1982, elle a travaillé pour Pif Gadget, Le Journal de Mickey, Circud, Vécu, Le Journal de Spirou... Elle a colorié de nombreux albums dont Lapinot, Le Chat du Rabbin, Le Retour à la Terre et Rob Azbam.
Lewis Trondheim est né en 1964 à Fontainebleau. Auteur de bande dessinée, co-fondateur de l'Association, co-fondateur de l'OuBaPo, directeur de la collection Shampooing. Marié à Brigitte Findakly depuis 1993, ils ont deux enfants et vivent dans le sud de la France.

Mon avis : (lu en septembre 2016)
Cette bande dessinée raconte l'enfance de Brigitte Findakly à Mossoul, en Irak jusqu'en 1973, puis son exil à Paris.
Le départ de ce récit a été suscité par la destruction des têtes de lions ailés par Daesh à proximité de Mossoul. Brigitte se souvient d'une photo prise par son père d'elle enfant devant ces lions. Sur la photo, on ne voyait déjà pas leurs têtes car c'était Brigitte le sujet principal de la photo et non ces lions...  
Les souvenirs de Brigitte ne suivent pas un fil chronologique et peuvent dérouter un lecteur, mais j'imagine qu'ils ont été écrits et dessinés au moment où ils sont revenus à la mémoire de l'auteure... 
Elle raconte sa jeunesse à Mossoul, la difficulté de vivre en tant que chétien dans un pays majoritairement musulman, l'instabilité politique puis pourquoi ses parents sont obligés d'émigrer en France, le pays d'origine de sa maman. Elle évoque l'exil et son adaptation à un nouveau pays, les retours en Irak pour les vacances... 
Les dessins de son mari, Lewis Trondheim, illustre avec beaucoup de pudeur et de simplicité ce témoignage émouvant.
Voilà une bande dessinée touchante qui reflète la tolérance et le respect. Brigitte évoque avec nostalgie, amour et sensibilité ce pays d'enfance et sa famille. Une très belle découverte.

Extrait : 

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26 septembre 2016

C'est lundi, que lisez-vous ? [274]

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C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane

Qu'est-ce que j'ai lu cette semaine ? 

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L'élégance des veuves - Alice Ferney 
Un recteur de l'île de Sein - Henri Queffelec 
Frères d'exil - Kochka

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

Asa Larsson - Tant que dure ta colère (partenariat Albin Michel)
Pour l'amour d'une île - Armelle Guilcher

Que lirai-je les semaines prochaines ?

L'égalité est un long fleuve tranquille - Antoine Chereau (Masse Critique Babelio)
Je m'appelle Léon - Kit de Waal (Matchs de la Rentrée Littéraire - Priceminister)
Coquelicots d'Irak - Brigitte Findakly et Lewis Trondheim
L'Icône des sables - Olive Le Masne
Au bout du chemin - Patricia Hespel
Les Derniers Jours de Rabbit Hayes - Anna Mc Partlin 

Bonnes lectures et bonne semaine.

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23 septembre 2016

Frères d'exil - Kochka

Lu en partenariat avec Flammarion jeunesse

1507-1 Flammarion jeunesse - septembre 2016 - 128 pages

Illustré par Tom Haugomat

Quatrième de couverture :
Il y a des moments dans la vie 
où ce qu'on croyait solide s'effondre...
Où que la vie t'emmène, Nani, n'oublie jamais d'où tu viens, mais va !

Nani part avec sa famille pour le continent après l'inondation de leur île par une tempête. Mais Enoha, son grand-père, a décidé de rester. Il confie à sa petite-fille des lettres, où il raconte son histoire. Durant son voyage, la fillette rencontre un petit garçon seul, Semeio, auquel son destin sera lié.

Auteur : Kochka est née au Liban d'un père français et d'une mère libanaise. Elle s'installe en France à partir de 1976 et suit des études pour être avocate. Elle quitte le barreau en 1997 et commence à écrire.

Mon avis : (lu en septembre 2016)
Une histoire universelle autour des réfugiés. Dans cette histoire, il s'agit de réfugiés climatiques et non de guerre mais la problématique de l'exil est assez semblable.
Nani, 8 ans, a grandit sur une île du Pacifique avec sa famille, ses parents Janek et Youmi, ses grand-parents Enoha et Moo. Depuis quelque temps, les intempéries menacent l'île, l'eau monte et Nani et ses parents ont décidé de quitter l'île. Enoha et Moo resteront sur l'île, ils sont trop vieux pour entreprendre ce long voyage. Mais Enoha a décidé d'écrire plusieurs lettres à Nani, il les lui confie dans une pochette étanche avant son départ et lui conseille de les lire lorsqu'elle en aura besoin, ce sera comme si son Ipa (grand-père) lui parlait dans son coeur. Dès le départ, le jeune Semeio va se joindre à la petite famille, il sera pour Nani un compagnon rassurant et complice car le voyage sera long et pleins d'épreuves...
Un roman plein d'humanité qui raconte l'histoire d'une famille qui a été contrainte à l'exil, jamais ils n'oublieront leur île, mais plein d'espoir, ils regardent vers un avenir qu'ils espèrent meilleur. C'est l'occasion de réfléchir sur le sujet de l'accueil des réfugiés...
Les illustrations de Tom Haugomat sont également très jolies et expressives. 
Un petit bémol sur la forme du livre : les lettres écrites par le grand-père puis celles écrites par les enfants apparaissent dans le livre sur des pages bleu et écrites en blanc, j'ai trouvé ces pages moins lisibles. Et le pire ce sont les poèmes ou les chansons qui apparaissent dans le livre avec une écriture bleue qui est vraiment bien trop claire pour être lisible.
Sinon, j'ai remarqué qu'il n'y avait pas de lettre n°5... enfin, je pense que c'est surtout un problème de numérotation dans la mise en page et que le lecteur a bien droit à l'histoire en entier...

Merci Brigitte et les éditions Flammarion jeunesse pour cette découverte touchante

Extrait : (début du livre)
Mon nom est Enoha et si j'écris aujourd'hui c'est pour accompagner Nani, ma petite-fille, car elle va bientôt partir. Pour elle je suis Ipa. C'est comme ça qu'on dit grand-père sur notre île. Elle a huit ans.

Ma Nani,
Tu sais toi qu'il est un peu bizarre ton Ipa, mais tu sais aussi qu'il ne raconte jamais n'importe quoi, et tu sais comme il t'aime !
Je t'ai déjà expliqué que ce qu'on voit ne dit pas toujours la vérité. Par exemple, quand les gens ne sont plus là, on croit qu'ils sont sont morts alors qu'ils sont seulement cachés. Les défunts sont dans nos coeurs et, si on se concentre, on les entend murmurer. Et c'est vrai aussi pour les arbres, les rivières, les montagnes et les fleurs...

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21 septembre 2016

Un recteur de l'île de Sein - Henri Queffelec

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Stock - 1944 - 230 pages

Marabout - 1955 - 220 pages

Livre de Poche - 1961 - 241 pages

Presse de la Cité - novembre 1982

Librio - novembre 1998 - 153 pages

Bartillat - juin 2007 - 205 pages

Bartillat - juin 2016 - 205 pages

Quatrième de couverture : 
A l'extrémité de la Pointe du Raz, l'île de Sein est un rocher plat, sans arbres, désespérément sauvage. Là, sous l'Ancien Régime, vivent quelques familles de pêcheurs, âpres, durs, pilleurs d'épaves, superstitieux et violents.
Dans ce lieu maudit, où l'évêque de Quimper ne se donne plus la peine d'envoyer un aumônier du culte tant les candidats sont rares, Thomas Gourvennec, simple pêcheur et sacristain de son état, décide de prendre en charge les âmes à la dérive. Il se heurtera à ces hommes et à ces femmes pris en étau par les rochers... Qu'à cela ne tienne, ils rendront la monnaie de sa pièce à l'existence : certaines nuits, des hommes se retrouvent en bas des falaises, des fermes brûlent, les épaves sont pillées. Au village, on suivra les processions des enterrements sous le soleil glacé, et on verra défiler au gré de la plume d'Henri Queffélec les histoires de femmes, d'enfants en sabots, d'amour, de jalousies, de religion et les récits de grandes tempêtes au goût d'apocalypse.
Le sacristain, Thomas Gourvennec, arbitrera cette lutte entre Dieu et les hommes, entre le religieux et le crime, et tentera, afin que l'île ne sombre pas dans la folie, d'enchaîner les êtres les uns aux autres à travers des habitudes chrétiennes communes.

Auteur : Henri Queffélec (1910-1992) est l'auteur d'une œuvre considérable dans laquelle il a entre autres célébré la Bretagne et la mer. Un recteur de l'île de Sein, paru en 1944, est son plus célèbre roman. Henri Queffélec est le père de l'écrivain Yann Queffélec.

Mon avis : (lu en août 2016)
Voilà un vieux classique dont j'avais souvent entendu parler et que j'ai déniché pendant les vacances. Henri Queffélec offre au lecteur un tableau vivant de l’île de Sein sous l’Ancien Régime. A l'époque, la vie sur l'île de Sein n'est pas facile, il y a les tempêtes, ce rocher est aride et il manque de tout. Un beau jour, leur recteur, venu du continent, n'en peut plus de cette vie rude et isolé et il quitte l'île. Mais aucun prêtre n'est prêt à le remplacer. Les Îliens se sentent alors délaissés par l'Église de Quimper, et par le continent tout entier... Dans ces conditions, Thomas Gourvennec, le sacristain, homme pieux et respecté, est poussé par les Îliens à prendre en main les destinées de la paroisse.
J'ai trouvé ce livre magnifique et très fort, il nous fait découvrir la vie rude des pêcheurs, leur rapport à la religion... L'Ile est l'un des personnages principaux de ce roman, ses descriptions sont très belles et évocatrices en particulier en pleine tempête. L'auteur s'est inspiré d'une histoire vraie pour écrire son roman. Le vocabulaire est très riche, j'y ai découvert des mots qui ne sont plus en usage aujourd'hui et certaines tournures de phrases sont parfois désuètes.

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Ce livre a été adapté au cinéma en 1950 par Jean Delannoy sous le titre Dieu a besoin des hommes avec Pierre Fresnay dans le rôle de Thomas Gourvennec.

 

Extrait : (début du livre)
Il doute du témoignage de ses yeux qui virent le printemps sur l’île et il voudrait croire qu’il a vu des mirages. Il n’est pas possible que des aubes glorieuses, se déployant dans le fond du ciel, aient éclairé ce morceau de récif…
Sur le continent, des maisons humaines, des fermes qui se disent pauvres, mais où la lande étincelle dans les cheminées plus belle qu’à la floraison de Pâques ; les animaux, derrière la cloison, qui réchauffent les maîtres ; le fumier gras, dehors, qui suinte comme du beurre ; les petites fenêtres qui emprisonnent dans l’air le froid, la pluie et le vent, et les obligent, pour réclamer pitance, à ne passer qu’un bras maigre qui tâtonne ; villages terrés contre le sol, paysans et pommiers, monotonie heureuse et rabougrie du temps.
Dix années. Mais rien ne doit plus, aujourd’hui, le retenir dans l’île… Certitude illusoire. La mer, le dépaysement, la solitude morale ont détruit son courage et, si l’on résistait à son entreprise, en poursuivrait-il le dessein ? Qui sait si son refuge, loin d’être la prière, ne serait pas la folie. Auprès des lavoirs, tandis que les femmes battent et rincent, les innocents jouent dès le matin. Ils s’assoient sur des mottes de terre un peu hautes et, levant la tête, la tournent de droite à gauche et de gauche à droite comme s’ils voulaient la dévisser. Ils rient des vaches qui courent. Quel repos ! Quel éloignement des bouffées et des clameurs atlantiques ! Comme il est loin le pillage des heures, du bien-être et de la chaleur par les bandes armées du vent !…
Dix années.
À la fin de la troisième année, c’est Anne Le Berre qui sort lever des lignes à cent mètres du port, derrière un rocher tranquille. La mémoire prétend que des alouettes, dans cet après-midi de juin, chantaient parmi les haubans du ciel. Une brume tombe, mouillée comme une grève après la marée, une brume qui sent le sable et le sel. Hypocrite, elle enveloppe tout. Les formes des maisons s’affaiblissent, s’exténuent. La brume se dissipe… Homme et barque ont disparu.
N’est-ce pas plus terrible encore, à la fin de l’antan, la mort de Louis Yvinec ! La disparition d’Anne se conforme à une sagesse de l’horreur : personne n’a rien vu ni rien entendu et personne ne sait rien. Mais personne n’a vu Yvinec sauter en pleine nuit dans sa barque ni s’éloigner à la voile… et tout le monde raconte qu’il a trouvé une épave, un baril, de malaga ou de rhum, et croisé pour attendre la nuit : il grimperait chez lui en cachette et enterrerait le baril. La tempête croisait aussi. On entendait gronder la bise comme un chien qu’un autre chien irrite. La tempête éclata… Personne, ce jour-là, n’a rencontré Yvinec et, si l’on demande aux pêcheurs d’où ils connaissent l’histoire de l’épave, ils crachent et se dérobent derrière des mots. Le prêtre ne les soupçonne pas de mensonge. Ils détiennent une science effrayante et lui, pauvre terrien, il ne lutte pas contre eux.

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20 septembre 2016

L'élégance des veuves - Alice Ferney

Lu en partenariat avec Audiolib

l'élégance des veuves Audiolib - août 2016 - 2h54 - Lu par Dominique Reymond

Quatrième de couverture :
Au rythme des faire-part de naissance et de mort, voici la chronique de destins féminins dans la société bourgeoise du début du xxè siècle. Fiançailles, mariages, enfantements, décès... le cycle ne s'arrête jamais, car le ventre fécond des femmes sait combler la perte des êtres chers. C'est avec l'élégance du renoncement que l'on transmet ici, de mère en fille, les secrets de chair et de sang, comme si la mort pouvait se dissoudre dans le recommencement. En toute éternité…
Un court roman intemporel sur le cycle de la vie et la place de la femme, adapté au cinéma sous le titre « Éternité ».

Auteur : Docteure en sciences économiques, Alice Ferney publie son premier livre en 1993, Le Ventre de la fée. Très vite appréciée des critiques et des libraires, elle publie ensuite une dizaine de romans, dont L’Élégance des veuves en 1995, Grâce et dénuement en 1997, ou, plus récemment, Cherchez la femme (2013) et Le Règne du vivant (2014). L’ensemble de son œuvre est imprégné de thèmes portant sur la féminité, la maternité, le sentiment amoureux.

Lecteur : Étudiante aux conservatoires de Genève puis de Paris, Dominique Reymond a été l’élève d’Antoine Vitez. Elle a joué sous sa direction comme sous celle d’autres grands dramaturges : Klaus Michael Grüber, Jacques Lassale, Bernard Sobel, Luc Bondy… Également présente à la télévision et au cinéma, on la voit chez Olivier Assayas, Claude Chabrol, Philippe Garrel et Benoît Jacquot mais aussi chez de jeunes réalisateurs… Elle a reçu un prix d’interprétation pour son rôle dans Y aura-t-il de la neige à Noël ? de Sandrine Veysset. Dominique Reymond a déjà enregistré pour Audiolib Suite française d’Irène Némirovsky.

Mon avis : (écouté en septembre 2016)
J'ai beaucoup aimé redécouvrir ce court roman dans sa version audio. L'écriture est limpide, douce, précise, pleine de poésie.

Voici un portrait sensible de femmes, de mères ou d'épouses sur trois générations.
Valentine mariée à Jules aura huit enfants. Après vingt ans de mariage, Jules laissera Valentine veuve.
Henri, l'un de leur fils, épousera Mathilde et ils auront beaucoup d'enfants. Gabrielle, la meilleure amie de Mathilde, épousera Charles, par obéissance à ses parents, après l'avoir rencontré une seule fois. Ils auront de nombreux enfants...
 
Le lecteur découvre la vie de ces femmes, du début du XXème siècle, destinées à se marier, à aimer un mari et à enfanter. Elles arrivent à trouver le bonheur et la force de vivre grâce aux bonheurs familiaux et malgré les drames qui endeuillent. 

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Ce livre vient d'être adapté au cinéma par Tran Anh Hung sous le titre d'Eternité avec Audrey Tautou, Mélanie Laurent, Bérénice Bejo, Jérémie Rénier et Pierre Deladonchamps

 

Extrait : (début du livre)
ARTHUR ET JULIE BOURGEOIS EURENT cinq filles. Deux d’entre elles moururent jeunes. Les trois autres, Hélène, Henriette et Valentine, convolèrent en justes noces. D’elles sont issus dix-huit petits-enfants, quarante-trois descendants à la deuxième génération, cent cinquante-quatre à la troisième, et à ce jour quatre-vingts déjà à la quatrième.
C’était un bourgeonnement incessant et satisfait. Un élan vital (qu’ils avaient canalisé), un instinct pur (dont ils ne voulaient pas entendre parler), une évidence (que jamais ils ne bousculaient), les poussaient les uns après les autres, à rougir, s’épouser, enfanter, mourir. Puis recommencer. Les uns après les autres ils savaient que telle était la meilleure tournure des choses : que le Seigneur bénisse des alliances, que les jeunes ventres enflent dans l’allégresse, et que les anciens bercent des nouveau-nés propres et emmaillotés. Le grand arbre familial étendait ses branches de plus en plus loin, année après année éparpillant des feuilles, au gré des mariages les enfants quittant les parents, dans l’espace entier. “Dieu ne nous a pas créées pour être inutiles”, telle était la devise des femmes de cette famille. Elles se la transmettaient de mère en fille, de même qu’elles se murmuraient l’instant venu – à demi-mot pour ne pas troubler la décence – des secrets de chair, de sang, et d’enfants. Car les épouses étaient toutes accaparées par cette tâche : procréer. Et Dieu qui les guidait, à qui chaque soir elles offraient leur journée, ce Dieu-là se chargeait de bénir leur couche, et de pardonner aux époux la douceur des caresses en soufflant autour d’eux des petits enfants. Ainsi les couples étaient féconds, comme si la terre avait été si belle qu’il fallait enfanter des êtres capables de s’en émerveiller. Ou si cruelle qu’il fallait apprendre à compter, parmi ceux qui naissaient, lesquels survivraient.

Déjà lu du même auteur :

34600726_p Grâce et Dénuement  34598603_p L'élégance des veuves

36351383_p Les autres 36347183_p Paradis conjugal

56990671_p Passé sous silence

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