A propos de livres...

30 août 2014

Les indomptées - Nathalie Bauer

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

book_250 Philippe Rey - août 2014 - 496 pages

Quatrième de couverture :
Au bord de la ruine, deux soeurs, Noélie et Julienne, et leur cousine Gabrielle essaient désespérément de sauver le domaine familial. Leur âge avancé ne leur offrant pas beaucoup de chances d'y parvenir, Noélie décide d'écrire un roman sur sa famille, dans le fol et naïf espoir d'un succès. Entre présent et passé se déroule donc la saga des Randan, propriétaires terriens aveyronnais dont le destin épouse les circonvolutions du XXe siècle : le massacre de la Grande Guerre, la difficile reconstruction et la crise. Rêves de richesse, d'amour ou d'émancipation se réalisent chez les uns, échouent chez les autres. Alors que Noélie est à l'oeuvre, les trois femmes acceptent d'héberger leur nièce Zoé, sans imaginer que cette fille de vingt-quatre ans, dépressive, alcoolique et un brin nymphomane, va bouleverser leur existence.

Auteur : Traductrice de l'italien, docteur en histoire, Nathalie Bauer a publié quatre romans : Zena (2000), Le feu, la vie (2007), Des garçons d'avenir (2011) et Les Indomptées (2014).

Mon avis : (lu en août 2014)
En fin de livre, une note de l'auteur explique que ce roman a été en partie inspiré par l'histoire de sa famille maternelle pour preuve les photos personnelles de l'époque présentes au fil des pages. Ce livre nous raconte l'histoire d'une famille, les Randan, propriétaires terriens en Aveyron depuis la fin du XIXème jusqu'à nos jours. J'ai mis un peu de temps à entrer dans cette histoire. Il faut d'abord comprendre les relations généalogiques qui existent entre les différents personnages, il y a heureusement au début du livre un arbre généalogique de la famille auquel j'ai pu me référer très souvent durant ma lecture.
Les premiers chapitres font de nombreux aller-retour entre le présent et le passé, les dates des deux époques n'étant pas clairement indiquées en tête de chapitre, il faut quelques phrases avant de se repérer...
L'histoire de cette famille est vraiment passionnante, en particulier la partie passée que j'ai préféré. Les différents membres de cette famille ont des caractères différents et sont souvent attachants. 
Autant j'ai eu mis un peu de temps à attaquer ce livre, ensuite j'ai dévoré avec beaucoup de facilité la seconde partie. 

Merci et les éditions Philippe Rey pour cette découverte. 

Autre avis : Keisha 

Extrait : (début du livre)
De son écriture fine, penchée, d’un autre siècle, Noélie reporte dans le registre les dernières dépenses du foyer dont elle constitue l’un des quatre membres – et sans nul doute le plus actif, puisque non seulement elle s’emploie à en préserver l’équilibre par ses talents de gestionnaire, mais elle contribue aussi à sa subsistance à proprement parler, cultivant le potager en dépit de son âge avancé – quand un tremblement secoue l’air, accompagné d’un vacarme de planches brisées, de moteurs emballés et de cris indistincts.
Elle se lève et va ouvrir la fenêtre d’où l’on peut embrasser du regard le rosier grimpant, les arbres centenaires, un tronçon de charmille et les massifs qui ponctuent, tels une bouche et des yeux de couleur, la pelouse centrale en forme d’œuf, à temps pour voir surgir du portillon, à l’autre extrémité, la grande silhouette de son neveu, dont les lèvres s’étirent et se referment sur l’un des rares mots qu’il daigne, ait jamais daigné, prononcer : Taaa-tie ! Taaa-tie !, car, il a beau avoir plus de cinquante ans, il n’est rien d’autre qu’un enfant – un enfant timide, empoté de surcroît.
Mêlées aux aboiements des quatre chiens formant son éternel cortège – quatre bâtards perdus ou peut-être abandonnés, en tout cas soignés et apprivoisés par le quinquagénaire –, ces uniques syllabes produisent à présent assez de bruit pour parvenir aux oreilles de Gabrielle, la doyenne, qui souffre pourtant de surdité ; aussi, détournant la tête de son ouvrage en tricot (un burnous destiné à un arrière-petit-neveu dont on n’a jamais vu que la photo), elle demande à sa cousine de quoi il s’agit exactement. Trop tard : Noélie s’est engouffrée dans l’entrée et réapparaît déjà à l’extérieur, menue dans son pantalon et son pull-over, le crâne surmonté d’un chignon blanc pareil au poing d’un marionnettiste qui la maintiendrait bien droite.
Taaa-tie ! Taaa-tie ! continue de crier l’homme, un bras tendu vers le portillon dont les croisillons découpent en figures géométriques le chemin et les bâtiments de ferme, ainsi que la petite route au-delà, si bien que Noélie doit multiplier les injonctions au calme avant de le précéder vers l’origine du vacarme, l’une des deux étables, plus précisément la grange dont elle est coiffée. Au pied de la rampe qui mène à celle de droite, un tracteur ronfle devant son chargement de foin, et l’on entend à l’intérieur du bâtiment des voix reconnaissables à leur accent et à leur timbre : celles de Roger, le fermier, et de ses deux fils trentenaires qui lui apportent volontiers de l’aide aux périodes de gros travaux, labours, moisson, ensilage ou encore fenaison, comme en ce mois de mai 1987.

Challenge 1% Rentrée Littéraire 2014 
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3/6

 

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28 août 2014

Je vais mieux - David Foenkinos

Lu en partenariat avec les éditions Folio

je vais mieux je_vais_mieux_foenkinos je_vais_mieux 

Folio - mai 2014 - 384 pages

Gallimard - janvier 2013 - 339 pages

Grand Livre du mois - décembre 2012 - 330 pages

Quatrième de couverture :
« 
Un jour, je me suis réveillé avec une inexplicable douleur dans le dos. Je pensais que cela passerait, mais non. J'ai tout essayé... J'ai été tour à tour inquiet, désespéré, tenté par le paranormal. Ma vie a commencé à partir dans tous les sens. J'ai eu des problèmes au travail, dans mon couple, avec mes parents, avec mes enfants. Je ne savais plus que faire pour aller mieux... Et puis, j'ai fini par comprendre.»

Auteur :  Romancier, scénariste et musicien, David Foenkinos est né en 1974. Il a publié Entre les oreilles (2002), Inversion de l’idiotie (2002), Le potentiel érotique de ma femme (2004) et Qui se souvient de David Foenkinos ? (2007), Nos séparations (2008), La délicatesse (2009), Les souvenirs (2011), Je vais mieux (2013), La tête de l'emploi (2014).

Mon avis : (lu en août 2014)
J'ai accepté de recevoir ce livre en partenariat avec Folio pensant ne pas l'avoir lu... Je le prends donc pour les vacances, format facile pour la plage. Je le lis assez facilement mais à deux reprises je m'interroge, je découvre deux passages que j'ai l'impression d'avoir déjà lu... Sans doute dans ma dernière lecture de l'auteur avec La tête de l'emploi... Erreur, étant déconnectée (d'internet) pendant 3 semaines je n'ai découvert qu'à mon retour que j'avais finalement déjà lu ce livre (en juin 2013) et que mon billet ne reflète pas du tout le ressenti que j'ai eu cet été...
(juin 2013) : « Une lecture plaisante et facile, une écriture fluide et pleine d'humour. Le personnage central est attachant et j'ai pris du plaisir à suivre son parcours. »
Cet été : Cette lecture a été facile mais elle m'a agacée... la plainte continue autour du mal de dos du narrateur ne m'a pas touchée... la plage n'était pas l'endroit idéal pour découvrir ce livre... Cela ne m'empêchera pas de lire le nouveau livre de l'auteur "Charlotte" qui vient de sortir.

Merci Anna et les éditions Folio pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
On sait toujours quand une histoire commence. J’ai immédiatement compris que quelque chose se passait. Bien sûr, je ne pouvais pas imaginer tous les bouleversements à venir. Au tout début, j’ai éprouvé une vague douleur ; une simple pointe nerveuse dans le bas du dos. Cela ne m’était jamais arrivé, il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. C’était sûrement une tension liée à l’accumulation de soucis récents.

Cette scène initiale s’est déroulée un dimanche après-midi ; un de ces premiers dimanches de l’année où il fait beau. On est heureux de voir le soleil, fût-il fragile et peu fiable. Ma femme et moi avions invité un couple d’amis à déjeuner, toujours
le même couple finalement : ils étaient à l’amitié ce que nous étions à l’amour, une forme de routine. Enfin, un détail avait changé. Nous avions déménagé en banlieue dans une petite maison avec un jardin. On était tellement fiers de notre jardin. Ma femme y plantait des rosiers avec une dévotion quasi érotique, et je comprenais qu’elle plaçait dans ces quelques mètres carrés de verdure tous les espoirs de sa sensualité. Parfois je l’accompagnais près des fleurs, et nous éprouvions comme des soubresauts de notre passé. Nous montions alors dans la chambre, afin de retrouver nos vingt ans pendant vingt minutes. C’était rare et précieux. Avec Élise, il y avait toujours des instants volés à la lassitude. Elle était tendre, elle était drôle, et j’admettais chaque jour à quel point j’avais été formidable de faire des enfants avec elle.

Quand je revins de la cuisine, portant le plateau sur lequel j’avais disposé quatre tasses et du café, elle demanda :
« Ça va ? Tu n’as pas l’air bien.
— J’ai un peu mal au dos, c’est rien.
— C’est l’âge… » souffl a Édouard, avec ce ton ironique qui était inlassablement le sien.
J’ai rassuré tout le monde. Au fond, je n’aimais pas qu’on s’intéresse à moi. En tout cas, je n’aimais pas être le sujet d’une discussion. Pourtant, il était impossible de faire autrement ; je continuais à ressentir comme de légères morsures dans le dos. Ma femme et nos amis poursuivaient leur conversation, sans que je puisse en suivre le cours. Totalement centré sur la douleur, j’essayais de me rappeler si j’avais commis quelque effort particulier ces derniers jours. Non, je ne voyais pas. Je n’avais rien soulevé, je n’avais pas fait de faux mouvement, mon corps n’avait pas été soumis à un quelconque hors-piste qui aurait pu provoquer la douleur actuelle. Dès les premières minutes de mon mal, j’ai pensé que cela pouvait être grave. Instinctivement, je n’ai pas pris à la légère ce qui m’arrivait. Était-on conditionné de nos jours à prévoir toujours le pire ? J’avais tant de fois entendu des histoires de vies saccagées par la maladie.

Déjà lu de cet auteur : 

les_souvenirs Les souvenirs la_d_licatesse_folio  La délicatesse 

je_vais_mieux_foenkinos Je vais mieux (1)  93352318 La tête de l'emploi 

Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Verbe" (10)

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27 août 2014

Dans le jardin de l'ogre - Leïla Slimani

Lu dans le cadre du Prix du Roman Fnac 2014

PRF-jury-08-2014-186

product_9782070146239_195x320 Gallimard - août 2014 - 224 pages

Quatrième de couverture : 
« Une semaine qu'elle tient. Une semaine qu'elle n'a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Élysées, du musée d'Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n'a pas bu d'alcool et elle s'est couchée tôt. 
Mais cette nuit, elle en a rêvé et n'a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s'est introduit en elle comme un souffle d'air chaud. Adèle ne peut plus penser qu'à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d'un pied sur l'autre. Elle fume une cigarette. Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur. Elle veut qu'on la saisisse, qu'on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu'elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n'être qu'un objet au milieu d'une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu'on lui pince les seins, qu'on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin de l'ogre. »

Auteur : Leïla Slimani est née en 1981 à Rabat (Maroc). Elle vit à Paris. Dans le jardin de l'ogre est son premier roman. 

Mon avis : (lu en juillet 2014)
Après avoir lu le premier, seul auteur que je connaissais, j'ai décidé de classer les livres restants dans l'ordre du nombre de pages croissants (et pourquoi pas...) C'est donc le deuxième livre de la sélection que j'ai lu. 
Adèle, journaliste, est une femme mariée à Richard, un médecin, mère de Lucien, un petit garçon de trois ans. Une famille qui vit apparement heureuse. Mais la jeune femme cache un lourd secret : elle ne peut pas s'empêcher de draguer d'autres hommes et d'assouvir ses fantasmes. Lorsque Richard découvre l'addiction d'Adèle, il quitte Paris pour la Normandie, il décide de ne pas quitter sa femme mais espère réussir à la guérir. N'ayant plus de travail, Adèle reste au foyer pour s'occuper de la maison et de leur fils.
Je n'ai vraiment pas aimé ce livre que j'ai pourtant lu facilement. Je n'ai pas eu de sympathie pour ni pour Adèle, ni pour Richard. Lauren, l'amie d'Adèle, est le seul personnage que j'ai trouvé intéressant mais l'auteur l'a seulement survolé... J'ai trouvé cette histoire caricaturale, et la conclusion qui se termine en queue de poisson et laisse le lecteur en plan m'a horripilée... 
En finalisant ce billet, j'ai découvert que ce livre était un premier roman et que l'auteur était marocaine. Le sujet du livre est sans doute assez audacieux... mais pour ma part, la rencontre ne s'est pas faite...

Extrait : (début du livre)
Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Élysées, du musée d’Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n’a pas bu d’alcool et elle s’est couchée tôt.

Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s’est introduit en elle comme un souffl e d’air chaud. Adèle ne peut plus penser qu’à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d’un pied sur l’autre. Elle fume une cigarette.
Sous la douche, elle a envie de se griff er, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur.
Elle veut qu’on la saisisse, qu’on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu’elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n’être qu’un objet au milieu d’une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu’on lui pince les seins, qu’on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin d’un ogre.
Elle ne réveille personne. Elle s’habille dans le noir et ne dit pas au revoir. Elle est trop nerveuse pour sourire à qui que ce soit, pour entamer une conversation matinale. Adèle sort de chez elle et marche dans les rues vides. Elle descend les escaliers du métro Jules-Joffrin, la tête basse, nauséeuse. Sur le quai, une souris court sur le bout de sa botte et la fait sursauter. Dans la rame, Adèle regarde autour d’elle. Un homme dans un costume bon marché l’observe. Il a des chaussures pointues mal cirées et des mains poilues. Il est laid. Il pourrait faire l’affaire. Comme l’étudiant qui tient sa copine enlacée et lui dépose des baisers dans le cou. Comme le cinquantenaire debout contre la vitre qui lit sans lever les yeux vers elle.
Elle ramasse sur le siège en face d’elle un journal daté d’hier. Elle tourne les pages. Les titres se mélangent, elle n’arrive pas à fixer son attention. Elle le repose, excédée. Elle ne peut pas rester là. Son coeur cogne dans sa poitrine, elle étouffe. Elle desserre son écharpe, la fait glisser le long de son cou trempé de sueur et la pose sur un siège vide. Elle se lève, ouvre son manteau. Debout, la main sur la poignée de la porte, la jambe secouée de tremblements, elle est prête à sauter.
Elle a oublié le téléphone. Elle se rassoit, vide son sac, fait tomber un poudrier, tire sur un soutien-gorge dans lequel ses écouteurs se sont emmêlés. Pas prudent ce soutien-gorge, songe-t-elle. Elle n’a pas pu oublier le téléphone. Si elle l’a oublié, elle devra retourner à la maison, trouver une excuse, inventer quelque chose. Et puis, non, il est là. Il a toujours été là mais elle ne l’a pas vu. Elle range son sac. Elle a l’impression que tout le monde la regarde. Que toute la rame se moque de sa panique, de ses joues brûlantes. Elle ouvre le petit téléphone à clapet et rit en voyant le premier nom.
Adam.
De toute façon, c’est fichu. Avoir envie, c’est déjà céder. La digue est rompue. À quoi servirait de se retenir ? La vie n’en serait pas plus belle. À présent, elle réfl échit en opiomane, en joueuse de cartes. Elle est si satisfaite d’avoir repoussé la tentation pendant quelques jours, qu’elle en a oublié le danger. Elle se lève, soulève le loquet poisseux, la porte s’ouvre.
Station Madeleine.

 

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2/6

 

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26 août 2014

La part des nuages - Thomas Vinau

Lu dans le cadre du Prix du Roman Fnac 2014

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la part des nuages_ Alma éditeur - août 2014 - 120 pages

Quatrième de couverture : 
Tout va vient, la mer est calme, Joseph, 37 ans, mène sa barque comme il peut. Comme tout le monde. Atteindre le soir, le lendemain. La fin du mois. Les prochains congés. Finalement rien n’a changé depuis l’enfance. Si ce n’est qu’il n’est plus un enfant, qu’il en a un, Noé, et que le bateau prend l’eau. La mère de l’enfant s’en va puis l’enfant à son tour – le temps des vacances.
Joseph déboussolé prend le maquis. ( Attention : spoiler) Le baron perché se serait réfugié dans son arbre, Alexandre le Bienheureux dans son lit, Robinson dans la boue de ses sangliers. Joseph,  lui, commence par grimper dans la cabane qu’il a construite dans un arbre du jardin. Object : ranimer ses rêves. Puis il découvre un second refuge : les autres, leurs histoires, leur présence ; celles d’une jeune fille et d’un clochard notamment. Avec l’obstination placide d’une tortue qui cherche sa première fleur de pissenlit,  Joseph traverse la nuit, essuie l’orage. Victorieux, décrotté, prêt à tout.

Auteur : Thomas Vinau est né en 1978 à Toulouse. Il vit au pied du Luberon à Pertuis. Ses deux premiers romans sont Nos cheveux blanchiront avec nos yeux et Ici ça va.

Mon avis : (lu en juillet 2014)
J'ai déjà lu deux livres de cet auteur et lorsque ce livre m'a été envoyé dans le cadre du Prix du Roman Fnac 2014, j'étais ravi de le découvrir et c'est par lui que j'ai commencé la lecture des 5 livres envoyés.
C'est l'histoire de Joseph, 
un père qui gère le quotidien tout en s'occupant seul de Noé son jeune fils depuis que la maman a quitté le foyer. Ses journées sont rythmées grâce à la présence de Noé, il est son pilier, son équilibre. Mais un jour, la maman vient chercher Noé pour une semaine de vacances et Joseph se retrouve seul chez lui, déboussolé... 

J'ai consciemment masqué une partie de la quatrième de couverture qui en dit beaucoup trop...
Le style de l'auteur est très particulière, il utilise des
 phrases courtes de quelques mots, parfois sans verbe. Il donne ainsi une série d'impression avec beaucoup de poésie sur la nature qui l'entoure, sur ses sentiments...
J'ai été touché par ce personnage plein d'amour pour son enfant et qui vit difficilement son absence.
J'ai donné un 7/10 à ce livre, peut-être un peu trop mélancolique à mon goût.

 

Extrait : (début du livre)
Ce jour là ne fut le jour de rien. Justement. Pourtant il n'était pas pire que les autres. Pas de changement notable. Pas d'évènement. Aucune surprise naissante. Aucun début. Aucune fin. Aucun rebondissement. Rien de flagrant, si ce n'était sa concordance tiède avec hier et demain. Lui, ne s'est pas levé transformé en cafard. Personne ne venait de mourir. Il n'a pas décidé de changer quelque chose. Ni de faire comme avant. Ni de regarder autrement. Ni de regarder autre chose. Il s'est levé avec le jour. Il a suivi l'ascension graduée de la lumière. Il a couru derrière. Il a fait ce qu'il avait à faire. Conservé ce qui pouvait être conservé. Protégé les siens. Fait les courses. Ravalé ses insultes. Mis un pied devant l'autre. Il a été un homme. Un peu pénible. Un peu bon. Il ne fut ni honteux ni fier. Fatigué. Comme chaque soir. A l'abri comme chaque soir. Plutôt content que les choses se passent normalement.

[...]

Le jour est une pente que tout le monde dévale. Les nuages cavalent dru dans le ciel. Le vent fouette leurs flancs. Leurs ombres galopent sur les collines, enjambent les plaines, avalent la lumière. Ça bouge au-dessus de nos têtes. C’est la grande lessive bleue et le créateur de l’univers est une femme de ménage. Il faudrait s’ouvrir le crâne comme une boîte de conserve. S’enfoncer l’horizon dans les yeux. Avaler les glaces du ciel. Il faudrait passer une serpillière de neige dans son ventre. Que la brise arrache les peaux mortes. Qu’on monte comme une particule d’eau stratosphérique dans la chaleur de l’aube. Comme une araignée dans une bulle. Qu’on passe son coeur au Karcher de la lumière, il faudrait retourner là-haut, dans les nuages. 

 

Challenge 1% Rentrée Littéraire 2014 
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1/6

Déjà lu du même auteur : 

2013-11-12_152629 Ici ça va nos cheveux Nos cheveux blanchiront avec nos yeux 

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24 août 2014

La boîte à musique - Jean-Michel Defromont

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Science et Service - 1984 - 285 pages

Editions Quart Monde - 1989 - 284 pages

Editions Quart Monde - 1998 - 284 pages

Quatrième de couverture :
La vie est dure, rue des Orchidées, mais un jour, une mystérieuse boite à musique vient y glisser ses notes d'espoir... Dès les premières lignes, David nous plonge dans son monde. Avec ses mots à lui, c'est toute une enfance qui se raconte. Ce n'est pas tout à fait un roman : pas une page, pas une phrase qui ne s'enracine dans le vécu des gamins les plus pauvres... Ce n'est pas non plus un documentaire : pas une anecdote, pas un récit qui ne soit traduit en termes de poésie, qui ne soit recréé par le regard de l'amitié.
Ce livre doit son existence au mouvement Tapori. Celui-ci, depuis ses origines rassemble les enfants de tous les milieux, ceux des " rues des Orchidées " comme ceux des beaux quartiers, recueillant jour après jour leurs pensées, leurs joies, leurs peurs, leurs rêves, comme autant de pièces d'un même puzzle.
C'est ce puzzle traversé par un rayon de soleil que l'auteur a reconstitué pour nous car il sait, d'expérience, que la misère n'est pas une histoire ancienne, d'un autre monde : cette histoire, aujourd'hui, des milliers de gosses la vivent, chez nous.
Ce livre est aussi un cri d'espoir qui monte du creux de la misère. Les enfants savent bien que vous l'entendrez.

Auteur : Écrivain. Membre du Mouvement international ATD Quart Monde.

Mon avis : (lu en 1984 et relu en juillet 2014)
David est le narrateur de cette histoire, il a une dizaine d'années et la vie n'est pas facile. Il habite rue des Orchidées, sa famille est pauvre, ce n'est pas facile de manger à sa faim tous les jours. A l'école, ceux de la rue des Orchidées sont montrés du doigts... David est lucide et également en colère, ce n'est pas juste de ne pouvoir faire comme les autres enfants... Il va faire la rencontre de Valérie une jeune fille bénévole qui vient régulièrement lire des histoires à ceux qui veulent dans la rue. Il va recevoir en cadeau une belle boîte à musique qui sera son secret et l'espoir de jours meilleurs. 
Cette histoire écrite il y a plus de 30 ans à partir de l'expérience de l'auteur avec des enfants les plus pauvres dans le mouvement Tapori d'ATD Quart Monde est malheureusement toujours d'actualité. 
David, ses frères et soeurs, ses camarades nous touchent le coeur et nous ouvrent les yeux sur la facilité avec laquelle nous pouvons avoir des préjugés sur les plus pauvres, sur les plus humbles.
Un livre destiné aux adolescents qui doit être lu également par les adultes !


Extrait : (début du livre)
« C’est pas moi !… » 

– Qu’est-ce que t’as fait de la clé ? 
Deux dames interrogeaient mon petit frère sur le trottoir d’en face. La grosse distribuait les gamelles de la mairie pour les vieux qui sont pauvres. L’autre, la vieille, avait l’air toute perdue sans sa clé. 
– Eh ben réponds ! 
Elle était en colère, la grosse. Pierrot ne faisait pas le fier. Des gens s’attroupaient autour de lui, des femmes et des enfants qui allaient au marché. Je me rappelle. C’était un mercredi, vers la fin des vacances. 
- Encore lui !
- Il est pire que son frère, celui-là !
Pierrot baissait les yeux. Moi, je restais caché sous le porche, les poings serrés dans les poches. La vieille dame expliquait :
- Même pas cinq minutes !... Le temps d'acheter mon pain chez Monsieur Jacquet, je reviens : plus de clé !... Même pas cinq minutes !... 
C'est la première fois que je l'oublie sur ma porte, et voilà, j'peux plus rentrer chez moi.

 Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Bâtiment" (6)

Souvenirs_souvenirs

 

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