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A propos de livres...
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1 novembre 2014

Pars avec lui - Agnès Ledig

Lu en partenariat avec les éditions Albin Michel

9782226259929-j Albin Michel - octobre 2014 - 368 pages

Quatrième de couverture : 
On retrouve dans Pars avec lui l’univers tendre et attachant d’Agnès Ledig, avec ses personnages un peu fragiles, qui souvent nous ressemblent. L’auteur de Juste avant le bonheur sait tendre la main aux accidentés de la vie, à ceux qui sont meurtris, à bout de souffle. Mais aussi nous enseigner qu’envers et contre tout, l’amour doit triompher, et qu’être heureux, c’est regarder où l’on va, non d’où l’on vient.

Auteur : Agnès Ledig exerce le métier de sage-femme libérale en Alsace. En 2011, son premier roman, Marie d'en haut, connaît un succès immédiat et devient le coup de cœur du grand prix des lectrices de Femme Actuelle. En 2013, Juste avant le bonheur obtient le prix Maisons de la Presse et devient un best-seller (160 000 exemplaires vendus en France).

Mon avis : (lu en octobre 2014)
Roméo est pompier professionnel et en voulant sauver la vie d'un enfant, il fait une chute de 8 étages. Gravement blessé, il est se retrouve au service de réanimation où Juliette est infirmière de nuit. Grâce à une main tendue, elle sera la première à le rassurer et à lui donner le courage de se battre pour vivre. Roméo est le tuteur de Vanessa, sa petite soeur adolescente, cloué sur son lit d'hôpital, pas facile de jouer ce rôle de grand frère. Juliette essaye depuis longtemps d'avoir un enfant, son compagnon ne l'aide pas beaucoup en étant sec et humiliant. Heureusement, il y a Guillaume, son collègue infirmier-pâtissier devenu soutien et confident et Malou, la grand-mère de Juliette, qui veille sur sa petite-fille... 
Une histoire bouleversante, très actuelle, j'ai lu ce livre d'une traite car je n'avais vraiment pas envie de quitter en route tous ses personnages touchants et émouvants.

Merci Delphine et Albin Michel pour ce livre coup de coeur !

Extrait : (début du livre)
Elle nous supplie à genoux de sauver son fils.
Je suis en première ligne, je n'ai pas le choix, je dois y aller. Ce n'est même pas une question de choix, mais d'honneur, de dignité. C'est pour ça que je fais ce métier.
Il s'agit d'une vie humaine, là, tout de suite, celle d'un enfant, l'enfant de cette femme à terre. L'action ne souffre aucune hésitation.
L'appartement en feu se situe au huitième étage. La cage d'escalier est inaccessible. La mère, terrorisée, hurle que son fils se trouve là-haut, seul dans l'appartement. Partie faire une course pendant qu'il dormait, l'attroupement était déjà constitué à son retour, en raison de l'épaisse fumée noire qui se dégageait des fenêtres. Elle nous implore en joignant ses mains et se balance d'avant en arrière. Je ne sais pas si c'est le signe d'une folie passagère ou un bercement à la recherche d'un impossible apaisement. Les deux peut-être. C'est une femme noire, en boubou sous un blouson informe, usé aux poignets et qui s'ouvre sur un ventre énorme annonçant la venue d'un bébé, des tongs aux pieds malgré le froid de ce mois de février. La voir ainsi à genoux, désespérée, me rend dingue.

Je m'appelle Roméo Fourcade, j'ai vingt-cinq ans et je suis pompier professionnel. Sergent-chef d'agrès EPA, la grande échelle dans le langage courant.
En intervention, j'avance comme le soldat au front, en essayant d'aller le plus loin possible au milieu des obus. La rage au ventre. La peur aussi. Il en faut un peu pour rester en vie.
- Sergent, sauvetage par l'extérieur au moyen de l'EPA, exécution !
J'obéis. Je monte dans la nacelle et fixe le mousqueton au harnais sous ma veste, juste avant qu'elle ne décolle du sol. J'ajuste la bouteille d'air comprimé sur mes épaules puis le masque sur mon visage. Le Roméo des temps modernes. Plus pratique pour grimper au balcon.
Si seulement c'était vers ma Juliette que je montais...
Tu parles !
L'espace d'un instant, je repense au SMS que j'ai reçu ce matin de Carine. Elle me quitte.
« Je m'en vais, je ne t'aime plus, désolée. »
Elle me quitte par SMS. La honte ! Elle est désolée, c'est déjà ça. La honte quand même ! Mais au-dessus du vide, du vrai vide, face à cet immeuble, je dois me concentrer. Un gosse m'attend là-haut, et sa maman me supplie au sol. Alors sans plus penser à rien je regarde vers la fenêtre transformée en cheminée. Arrivé à mi-hauteur, je distingue une voix derrière le bruit de ma propre respiration qui résonne sous le masque. Il est encore vivant. Les fumées noires qui se dégagent de la fenêtre laissent deviner la violence des flammes à l'intérieur. Je ferai tout pour le sauver. Tout.

Challenge 3% Rentrée Littéraire 2014 
challengerl2014_150
17/18

Déjà lu du même auteur : 

JUSTE_AVANT_LE_BONHEUR Juste avant le bonheur

 

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3 septembre 2014

Le monde de Charlie - Stephen Chbosky

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Editions Sarbacane - avril 2008 - 294 pages

Editions Sarbacane - novembre 2012 - 252 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Blandine Longre

Titre original : The perks of being a wallflower, 1999

Quatrième de couverture :
Au lycée où il vient d'entrer, on trouve Charlie bizarre. Trop sensible, pas « raccord ». Pour son prof de Lettres, c'est un prodige ; pour les autres, juste un freak. En attendant, il reste en marge - jusqu'au jour où deux étudiants, Patrick et la jolie Sam, le prennent sous leur aile. 

La musique, les filles, la fête : c'est tout un monde que Charlie découvre...

Auteur : Né en 1970 à Pittsburgh, Stephen Chbosky est écrivain, scénariste et réalisateur. En 1995, son film The Four Corners of Nowhere a été primé au festival Sundance. En septembre 2012 sort aux US l’adaptation qu’il a lui-même réalisée de The perks of being a wallflower, son premier roman devenu culte aux États-Unis.

Mon avis : (lu en juillet 2014)
Le Monde de Charlie (The Perks of Being a Wallflower) est une comédie dramatique américaine sortie en salles en janvier 2013 en France. Adaptée au cinéma et réalisée par Stephen Chbosky d'après son propre roman Pas raccord réédité en novembre 2012 sous le titre Le Monde de Charlie

Charlie est un adolescent de 15 ans, différent des garçons de son âge. Il est très sensible, surdoué, un peu naïf, doux et rêveur... Il a du mal à trouver sa place dans le monde cruel du lycée. Un jour, il rencontre un peu par hasard Patrick et la très jolie Sam, deux étudiants qui l'adoptent.
Ce livre est l'ensemble de lettres que Charlie écrit à un interlocuteur mystérieux, il raconte son quotidien au lycée, ses rencontres, ses expériences, des situations parfois drôles, parfois révoltantes et souvent émouvantes. Charlie est un personnage très touchant, Sam et Patrick sont également très sympathiques. J'ai beaucoup aimé ce livre qui m'a fait verser quelques larmes et je compte regarder prochainement le film.

En bonus, il y a la liste des musiques rencontrées dans l'histoire au début du livre et en fin celle des livres donnés à lire par Bill le professeur de Charlie.

Extrait : (début du livre)
Lettre du 25 août 1991

Si c'est à toi que j'écris, c'est à cause de cette fille, qui a dit que tu savais écouter et comprendre, et aussi que t'avais pas essayé de coucher avec quelqu'un pendant la fête (alors que t'aurais très bien pu). Cherche pas à savoir qui c'est, la fille, sinon tu pourrais deviner qui je suis et j'en ai franchement pas envie. Je ne veux pas que tu me retrouves, c'est pour ça que j'ai décidé de pas donner leur vrai nom aux gens. C'est aussi pour ça que j'écrirai pas mon adresse au dos de l'enveloppe. Surtout, n'y vois rien de mal.
J'ai juste besoin de savoir que quelqu'un m'écoute et me comprend, une personne qu'essaye pas de coucher (alors que t'aurais très bien pu). J'ai besoin de savoir que ça existe, les gens comme toi.
Je me dis que toi, au moins, tu comprendras ; que toi, tu sais ce que vivre veut dire. En tout cas, j'espère que c'est vrai, vu que les autres comptent sur toi, question courage et amitié (c'est ce que j'ai entendu dire). C'est pas plus compliqué que ça.
Bref, voilà ma vie. Il faut d'abord que tu saches que je suis à la fois triste et heureux, et que j'ai toujours pas compris comment ça se fait.
Si je suis comme ça, je me dis que ma famille y est peut-être pour quelque chose, surtout depuis le printemps dernier, quand mon copain Michael est plus venu au collège du jour au lendemain et qu'on a entendu la voix de monsieur Vaughn dans le haut-parleur :
«Je suis au regret de vous annoncer qu'un de vos camarades, Michael Dobson, vient de nous quitter. Une célébration en sa mémoire aura lieu ce vendredi, lors de la réunion du matin.»
Je sais pas comment elles font, les nouvelles, pour arriver à circuler dans l'école, et pourquoi si souvent elles sont vraies. C'était peut-être à la cantine, j'ai du mal à me souvenir. Mais Dave, celui qui porte des lunettes bizarres, a dit que Michael s'était suicidé. Sa mère jouait au bridge avec une voisine quand elles ont entendu le coup de feu.
Je me rappelle plus trop ce qui s'est passé ensuite, sauf que mon grand frère est arrivé dans le bureau de monsieur Vaughn et m'a dit d'arrêter de pleurer. Et puis, il a passé son bras autour de mes épaules et m'a dit que je devais me sortir tout ça de la tête avant le retour de papa. Après, il m'a emmené manger des frites au McDo et il m'a appris à jouer au flipper. Il a même blagué en disant qu'à cause de moi, il avait manqué un après-midi de cours au lycée, et puis il m'a demandé si j'avais envie de l'aider à bricoler sa Camaro. Je devais vraiment être dans un sale état, vu que c'était la première fois qu'il me proposait de bricoler sa voiture avec lui.
Quand il y a eu les séances avec les psychologues, ils ont demandé à ceux qui avaient vraiment été amis avec Michael de dire quelques mots. Ils avaient l'air très tendus, les psychologues (y en avait même un qui arrêtait pas de se caresser la barbe), je crois qu'ils avaient peur que certains d'entre nous fassent une bêtise, comme se tuer.
Bridget, celle qui est dingue, a dit que des fois, elle pensait au suicide, quand y a une pub qui coupe une série télé. Elle était sincère, et c'a eu l'air d'intriguer les psychologues. Cari, celui qui est toujours gentil avec tout le monde, a dit qu'il était triste mais que jamais il se tuerait, parce que c'est un péché.

   Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Prénom" (9)

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Le mois américain

26 août 2014

La part des nuages - Thomas Vinau

Lu dans le cadre du Prix du Roman Fnac 2014

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la part des nuages_ Alma éditeur - août 2014 - 120 pages

Quatrième de couverture : 
Tout va vient, la mer est calme, Joseph, 37 ans, mène sa barque comme il peut. Comme tout le monde. Atteindre le soir, le lendemain. La fin du mois. Les prochains congés. Finalement rien n’a changé depuis l’enfance. Si ce n’est qu’il n’est plus un enfant, qu’il en a un, Noé, et que le bateau prend l’eau. La mère de l’enfant s’en va puis l’enfant à son tour – le temps des vacances.
Joseph déboussolé prend le maquis. ( Attention : spoiler) Le baron perché se serait réfugié dans son arbre, Alexandre le Bienheureux dans son lit, Robinson dans la boue de ses sangliers. Joseph,  lui, commence par grimper dans la cabane qu’il a construite dans un arbre du jardin. Object : ranimer ses rêves. Puis il découvre un second refuge : les autres, leurs histoires, leur présence ; celles d’une jeune fille et d’un clochard notamment. Avec l’obstination placide d’une tortue qui cherche sa première fleur de pissenlit,  Joseph traverse la nuit, essuie l’orage. Victorieux, décrotté, prêt à tout.

Auteur : Thomas Vinau est né en 1978 à Toulouse. Il vit au pied du Luberon à Pertuis. Ses deux premiers romans sont Nos cheveux blanchiront avec nos yeux et Ici ça va.

Mon avis : (lu en juillet 2014)
J'ai déjà lu deux livres de cet auteur et lorsque ce livre m'a été envoyé dans le cadre du Prix du Roman Fnac 2014, j'étais ravi de le découvrir et c'est par lui que j'ai commencé la lecture des 5 livres envoyés.
C'est l'histoire de Joseph, 
un père qui gère le quotidien tout en s'occupant seul de Noé son jeune fils depuis que la maman a quitté le foyer. Ses journées sont rythmées grâce à la présence de Noé, il est son pilier, son équilibre. Mais un jour, la maman vient chercher Noé pour une semaine de vacances et Joseph se retrouve seul chez lui, déboussolé... 

J'ai consciemment masqué une partie de la quatrième de couverture qui en dit beaucoup trop...
Le style de l'auteur est très particulière, il utilise des
 phrases courtes de quelques mots, parfois sans verbe. Il donne ainsi une série d'impression avec beaucoup de poésie sur la nature qui l'entoure, sur ses sentiments...
J'ai été touché par ce personnage plein d'amour pour son enfant et qui vit difficilement son absence.
J'ai donné un 7/10 à ce livre, peut-être un peu trop mélancolique à mon goût.

 

Extrait : (début du livre)
Ce jour là ne fut le jour de rien. Justement. Pourtant il n'était pas pire que les autres. Pas de changement notable. Pas d'évènement. Aucune surprise naissante. Aucun début. Aucune fin. Aucun rebondissement. Rien de flagrant, si ce n'était sa concordance tiède avec hier et demain. Lui, ne s'est pas levé transformé en cafard. Personne ne venait de mourir. Il n'a pas décidé de changer quelque chose. Ni de faire comme avant. Ni de regarder autrement. Ni de regarder autre chose. Il s'est levé avec le jour. Il a suivi l'ascension graduée de la lumière. Il a couru derrière. Il a fait ce qu'il avait à faire. Conservé ce qui pouvait être conservé. Protégé les siens. Fait les courses. Ravalé ses insultes. Mis un pied devant l'autre. Il a été un homme. Un peu pénible. Un peu bon. Il ne fut ni honteux ni fier. Fatigué. Comme chaque soir. A l'abri comme chaque soir. Plutôt content que les choses se passent normalement.

[...]

Le jour est une pente que tout le monde dévale. Les nuages cavalent dru dans le ciel. Le vent fouette leurs flancs. Leurs ombres galopent sur les collines, enjambent les plaines, avalent la lumière. Ça bouge au-dessus de nos têtes. C’est la grande lessive bleue et le créateur de l’univers est une femme de ménage. Il faudrait s’ouvrir le crâne comme une boîte de conserve. S’enfoncer l’horizon dans les yeux. Avaler les glaces du ciel. Il faudrait passer une serpillière de neige dans son ventre. Que la brise arrache les peaux mortes. Qu’on monte comme une particule d’eau stratosphérique dans la chaleur de l’aube. Comme une araignée dans une bulle. Qu’on passe son coeur au Karcher de la lumière, il faudrait retourner là-haut, dans les nuages. 

 

Challenge 1% Rentrée Littéraire 2014 
challengerl2014_150
1/6

Challenge Petit Bac 2014
91121022
 
"Couleur" (10)

Déjà lu du même auteur : 

2013-11-12_152629 Ici ça va nos cheveux Nos cheveux blanchiront avec nos yeux 

28 août 2014

Je vais mieux - David Foenkinos

Lu en partenariat avec les éditions Folio

je vais mieux je_vais_mieux_foenkinos je_vais_mieux 

Folio - mai 2014 - 384 pages

Gallimard - janvier 2013 - 339 pages

Grand Livre du mois - décembre 2012 - 330 pages

Quatrième de couverture :
« 
Un jour, je me suis réveillé avec une inexplicable douleur dans le dos. Je pensais que cela passerait, mais non. J'ai tout essayé... J'ai été tour à tour inquiet, désespéré, tenté par le paranormal. Ma vie a commencé à partir dans tous les sens. J'ai eu des problèmes au travail, dans mon couple, avec mes parents, avec mes enfants. Je ne savais plus que faire pour aller mieux... Et puis, j'ai fini par comprendre.»

Auteur :  Romancier, scénariste et musicien, David Foenkinos est né en 1974. Il a publié Entre les oreilles (2002), Inversion de l’idiotie (2002), Le potentiel érotique de ma femme (2004) et Qui se souvient de David Foenkinos ? (2007), Nos séparations (2008), La délicatesse (2009), Les souvenirs (2011), Je vais mieux (2013), La tête de l'emploi (2014).

Mon avis : (lu en août 2014)
J'ai accepté de recevoir ce livre en partenariat avec Folio pensant ne pas l'avoir lu... Je le prends donc pour les vacances, format facile pour la plage. Je le lis assez facilement mais à deux reprises je m'interroge, je découvre deux passages que j'ai l'impression d'avoir déjà lu... Sans doute dans ma dernière lecture de l'auteur avec La tête de l'emploi... Erreur, étant déconnectée (d'internet) pendant 3 semaines je n'ai découvert qu'à mon retour que j'avais finalement déjà lu ce livre (en juin 2013) et que mon billet ne reflète pas du tout le ressenti que j'ai eu cet été...
(juin 2013) : « Une lecture plaisante et facile, une écriture fluide et pleine d'humour. Le personnage central est attachant et j'ai pris du plaisir à suivre son parcours. »
Cet été : Cette lecture a été facile mais elle m'a agacée... la plainte continue autour du mal de dos du narrateur ne m'a pas touchée... la plage n'était pas l'endroit idéal pour découvrir ce livre... Cela ne m'empêchera pas de lire le nouveau livre de l'auteur "Charlotte" qui vient de sortir.

Merci Anna et les éditions Folio pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
On sait toujours quand une histoire commence. J’ai immédiatement compris que quelque chose se passait. Bien sûr, je ne pouvais pas imaginer tous les bouleversements à venir. Au tout début, j’ai éprouvé une vague douleur ; une simple pointe nerveuse dans le bas du dos. Cela ne m’était jamais arrivé, il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. C’était sûrement une tension liée à l’accumulation de soucis récents.

Cette scène initiale s’est déroulée un dimanche après-midi ; un de ces premiers dimanches de l’année où il fait beau. On est heureux de voir le soleil, fût-il fragile et peu fiable. Ma femme et moi avions invité un couple d’amis à déjeuner, toujours
le même couple finalement : ils étaient à l’amitié ce que nous étions à l’amour, une forme de routine. Enfin, un détail avait changé. Nous avions déménagé en banlieue dans une petite maison avec un jardin. On était tellement fiers de notre jardin. Ma femme y plantait des rosiers avec une dévotion quasi érotique, et je comprenais qu’elle plaçait dans ces quelques mètres carrés de verdure tous les espoirs de sa sensualité. Parfois je l’accompagnais près des fleurs, et nous éprouvions comme des soubresauts de notre passé. Nous montions alors dans la chambre, afin de retrouver nos vingt ans pendant vingt minutes. C’était rare et précieux. Avec Élise, il y avait toujours des instants volés à la lassitude. Elle était tendre, elle était drôle, et j’admettais chaque jour à quel point j’avais été formidable de faire des enfants avec elle.

Quand je revins de la cuisine, portant le plateau sur lequel j’avais disposé quatre tasses et du café, elle demanda :
« Ça va ? Tu n’as pas l’air bien.
— J’ai un peu mal au dos, c’est rien.
— C’est l’âge… » souffl a Édouard, avec ce ton ironique qui était inlassablement le sien.
J’ai rassuré tout le monde. Au fond, je n’aimais pas qu’on s’intéresse à moi. En tout cas, je n’aimais pas être le sujet d’une discussion. Pourtant, il était impossible de faire autrement ; je continuais à ressentir comme de légères morsures dans le dos. Ma femme et nos amis poursuivaient leur conversation, sans que je puisse en suivre le cours. Totalement centré sur la douleur, j’essayais de me rappeler si j’avais commis quelque effort particulier ces derniers jours. Non, je ne voyais pas. Je n’avais rien soulevé, je n’avais pas fait de faux mouvement, mon corps n’avait pas été soumis à un quelconque hors-piste qui aurait pu provoquer la douleur actuelle. Dès les premières minutes de mon mal, j’ai pensé que cela pouvait être grave. Instinctivement, je n’ai pas pris à la légère ce qui m’arrivait. Était-on conditionné de nos jours à prévoir toujours le pire ? J’avais tant de fois entendu des histoires de vies saccagées par la maladie.

Déjà lu de cet auteur : 

les_souvenirs Les souvenirs la_d_licatesse_folio  La délicatesse 

je_vais_mieux_foenkinos Je vais mieux (1)  93352318 La tête de l'emploi 

Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Verbe" (10)

25 octobre 2014

Molière à la campagne - Emmanuelle Delacomptée

molière à la campagne JC Lattès - août 2014 - 188 pages

Quatrième de couverture : 
« Sur le quai de la gare Saint-Lazare, entre trois grosses valises et une poignée de pigeons, je reste étourdie.
Après des dissertations de sept heures, une maîtrise imparable de l'exophore mémorielle, une science sans faille de l'évolution des sons [aü] et [eü] au XVIIIe siècle, une acquisition sûre de la notion de valence et d'analyse actancielle, une compréhension intime des hypotyposes, une fréquentation assidue du Canzionere de Pétrarque, l'Éducation nationale m'expédie dans les tréfonds de l'Ouest, au coeur de la Haute-Normandie, entre les départementales D32 et D547, à Saint-Bernard de l'E., au collège des 7 Grains d'Or, au beau milieu des champs de maïs. »
Douglas, Jordan, Jeffrey, Kelly, Charlotte et quelques autres seront les premiers élèves de cette enseignante envoyée dans un collège de campagne. Des élèves tour à tour exténuants et attachants, qui ont perdu leur culture rurale et ressemblent étrangement aux enfants des villes. A côté des cours, il y aura aussi la formation de l'IUFM, hilarante à force d'inepties, qui tient à tout prix à transformer les « parents d'élèves » en « géniteurs d'apprenants ».
Molière à la campagne retrace le parcours héroï-comique d'une jeune femme qui oppose aux absurdités du système scolaire l'humour et l'espoir.

Auteur : Emmanuelle Delacomptée-Dugain est née en 1981 à Sartrouville. Elle enseigne le français depuis 2005, et travaille aujourd'hui en Seine-Saint-Denis, après une expérience en Normandie. Elle est par ailleurs lectrice aux éditions Gallimard.

Mon avis : (lu en octobre 2014)
On connait les difficultés de l'enseignement dans les « zones urbaines sensibles », on oublie que l'enseignement dans les déserts modernes que sont certaines zones rurales n'est pas facile non plus. Ici, l'auteur, une jeune enseignante, nous raconte sa première année de professeur de français. Parisienne, sans permis de conduire, elle a été affectée "par ordinateur" en Normandie dans le collège des 7 Grains d'Or à la campagne, au milieu des champs de maïs. Elle doit également se rendre 2 jours par semaine à Evreux situé à 71 km du collège pour la formation IUFM. Avec humour Emmanuelle Delacomptée raconte sa difficulté à tenir sa classe, à enseigner les auteurs classiques à des jeunes qui n'ont comme référence que la télévision... Elle fait de son mieux, elle ne se décourage pas, ses élèves sont attachants et semblent l'apprécier même si pour beaucoup les bonnes notes ne sont pas au rendez-vous... En parallèle, le lecteur découvre l'absurdité de la formation de professeur, complètement déconnectée de la réalité du terrain, utilisant un vocabulaire incompréhensible limite pédant (voir l'extrait ci-dessous)... Grâce à la solidarité entre les professeurs du collège ou des élèves de l'IUFM, Emmanuelle survivra à cette première année sans perdre aucunement la vocation d'être professeur.
Un témoignage très intéressant qui se lit très facilement.

Extrait : (page 176)
- Prenons par exemple un apprenant en gymnastique quienvoie un "référentiel bondissant"...
- Un "référentiel bondissant" ?
- Oui, un ballon, ce terme n'est pas nouveau. Si c'est un ballon de rugby, on parle de "référentiel bondissant oblique", souligne Mme Castaing
- Je croyais que c'était fini ce jargon de fous ! chuchote Romain.
- Et comment dites-vous pour une balle de ping-pong ? demande Muriel les yeux ronds.
- Un référentiel bondissant aléatoire, répond Mme Castaing avec une pointe d'agacement.
- Oh non, y en a marre..., se plaint Sophie à voix basse.
- Tu vois, dis-je en chuchotant, pas de surprise.
- Et un javelot ? s'esclaffe Muriel.
- Vous allez cesser de m'interrompre pour des points secondaires ? s'irrite Mme Castaing. Je perds le fil de mon discours ! Vous vouliez un exemple ? Alors je continue. Si un apprenant envoie un rebondissant avec ses "segments mobiles"...
- Vous voulez dire ses "bras" ? coupe Romain sidéré.
- Comment ?
- Par "segments mobiles", vous entendez les "bras" ?
- Evidemment ! Que voulez-vous que ce soit ? Un bras, ça bouge, c'est mobile ! s'énerve Mme Castaing. C'est un segment mobile ! Je reprends : si un apprenant envoie un rebondissant à un autre apprenant, et que celui-ci ne le rattrape pas, ou qu'il utilise ses segments mobiles supérieurs...
- Marre de chez marre ! geint Sophie.
- Et s'il fait une tête, on dit comment ? en rajoute Muriel.
- Sans doute qu'il réceptionne avec le réfléchissant ! Mais ce n'est pas la question ! Je ne vous donne pas des conseils didactiques d'éducation physique et sportive ! Il s'agit d'être précis dans son discours ! Vous êtes bien placés pour le comprendre ! ça y est maintenant ? Dans ce cas donc, il ne faut pas le sanctionner, il faut lui réexpliquer les règles, alors que dans le cas d'une offense verbale, il faut vous adresser aux géniteurs d'apprenants...
- Les "géniteurs d'apprenants" ? répète cette fois Sophie exaspérée.
- OUI, LES GÉNITEURS D'APPRENANTS ! VOUS ÊTES PÉNIBLES ! VOUS SAVEZ CE QU'EST UN APPRENANT, VOUS SAVEZ CE QU'EST UN GÉNITEUR ? EH BIEN ? UN GÉNITEUR D'APPRENANT, C'EST QUELQU’UN QUI A GÉNÉRÉ BIOLOGIQUEMENT UN APPRENANT, C'EST UN PARENT D’ÉLÈVE QUOI ! QUAND JE PENSE QUE VOUS ENSEIGNEZ DES MÉTHODES SCRIPTO-LECTURIQUES A NOS JEUNES APPRENANTS, ILS ONT DU SOUCI A SE FAIRE !

Challenge 3% Rentrée Littéraire 2014 
challengerl2014_150
15/18

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4 septembre 2014

Pétronille - Amélie Nothomb

Lu en partenariat avec Albin Michel

9782226258311g Albin Michel - août 2014 - 180 pages

Quatrième de couverture : 
« Au premier regard je la trouvai si jeune que je la pris pour un garçon de quinze ans. »

Auteur : Amélie Nothomb est un écrivain belge de langue française. Elle est né le 13 août 1967 à Kobe, au Japon, où son père, le baron Patrick Nothomb, fut ambassadeur de Belgique. Belgique, qu'elle ne connaîtra qu'à 17 ans, pour y terminer ses études de philologie romane à l'Université libre de Bruxelles.
Depuis 1992, Amélie Nothomb publie un roman par an. Stupeur et tremblements, roman de son expérience professionnelle au Japon, sera récompensé en 1999 par Le Grand Prix du roman de l'Académie française.

Mon avis : (lu en septembre 2014)
J'avais aimé plusieurs des premiers livres d'Amélie Nothomb puis mes dernières lectures m'avaient beaucoup déçues et j'avais abandonné la lecture du roman annuel d'Amélie même si j'écoutais ou regardais ses interviews sans déplaisir car le personnage Amélie Nothomb m'a toujours amusé... Après 5 ans d'abstinence, je n'ai pas résisté à la proposition de ce partenariat et j'ai passé un très bon moment.
Ce roman met en scène l'auteur elle-même et nous en apprend un peu plus sur ses relations avec ses lecteurs et le monde de l'édition. C'est un mélange de fiction et d'autobiographie. Amélie n'a jamais caché qu'elle aimait beaucoup le champagne et dans ce livre elle lui rend hommage... Elle va rencontrer, Pétronille une de ces lectrices au look d'adolescent de 15 ans, et qui deviendra une compagne idéale pour partager quelques bouteilles de champagne prestigieux. Puis une amitié belle et touchante unira Amélie et Pétronille. Voilà une histoire pétillante, décalée, pleine d'humour et d'autodérision de la part d'Amélie Nothomb.
Bon cru 2014 !

Ce soir, c'est le jour de la Rentrée de La Grande Librairie sur France 5, avec comme première invitée de l'année Amélie Nothomb... en sa compagnie il y aura aussi Olivier Adam (auteur que j'aime beaucoup), Serge Joncour (J'ai beaucoup aimé son livre précédent : L'amour sans le faire) et Joy Sorman (que je n'ai jamais lu). 

Merci Marlène et les éditions Albin Michel pour ces retrouvailles réussies avec Amélie Nothomb.

 

Extrait :

24 septembre 2014

L'affaire du voile - Pétillon

l'affaire du voile Albin Michel - 2006 - 46 pages

Quatrième de couverture :
Après L'Enquête corse, Pétillon est de retour avec L'Affaire du voile. Ou comment traiter de l'intégrisme islamique en lançant le détective Palmer sur les traces d'une jeune fille de bonne famille suspectée de s'être convertie à l'Islam… Pétillon n'est pas seulement drôle, il est aussi un fin observateur des excès idéologiques de notre époque.

Auteur : René Pétillon est né en 1945 à Lesneven, dans le Finistère. Dessinant depuis toujours pour le plaisir, c'est en autodidacte qu'il passe professionnel. Il n'a en effet jamais mis les pieds dans une école d'art. Après avoir envoyé quelques dessins par la poste, il débute en 1968 dans Plexus, L'Enragé et Planète. Comme le dessin d'humour ne le fait pas vivre, il se lance dans la bande dessinée et frappe à la porte de Pilote, où il publie aussitôt un récit en six pages intitulé Voir Naples et mourir. En 1974, il crée le détective Jack Palmer qui se baladera dans Pilote, L'Écho des savanes, BD, Télérama et VSD. En 1976, pour L'Écho des savanes, il scénarise Le Baron noir dont Yves Got assure le dessin. La série paraît ensuite en strip quotidien dans Le Matin de Paris (de 1977 à 1981). En 1993, il entre au Canard enchaîné, où, chaque semaine, il publie des dessins politiques. Grand Prix d'Angoulême en 1989, il reçoit en 2001, à Angoulême toujours, le prix du meilleur album pour L'Enquête corse. En 2002, il est lauréat du grand prix de l'humour vache au Salon international du dessin de presse et d'humour de Saint-Just-le-Martel. René Pétillon est aussi citoyen d'honneur de la ville de Bastia...

Mon avis : (lu en septembre 2014)
Voilà une nouvelle enquête de Jack Palmer l'enquêteur un peu maladroit... Et l'auteur n'hésite pas à s'attaquer à un sujet délicat mais avec beaucoup de tact. 
Jack Palmer a comme mission de retrouver Lucie, une fille de bonne famille qui a déserté le domicile familiale et abandonné ses études de médecine. Il semblerait que la jeune fille se soit convertie à l'Islam et Palmer se retrouve au coeur d'une lutte entre deux imams, l’un modéré et l’autre fondamentaliste. Ils veulent l'un et l'autre prendre la tête de la mosquée du quartier... Le lecteur devient observateur de cette situation compliquée.
C'est très bien observé et le côté burlesque des situations est mis en scène avec beaucoup de pertinence sans vouloir prendre parti ou blesser qui que ce soi. Un album réussi et malheureusement toujours d'actualités.
Attention à ne pas faire d'amalgame et de généraliser toutes les tendances religieuses.

Extrait : 

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 Challenge Petit Bac 2014 
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"Objet" (9)

19 octobre 2014

Une femme simple - Cédric Morgan

une femme simple_ Grasset - mars 2014 - 176 pages

Quatrième de couverture : 
C’est l’histoire d’une géante qui vécut en Bretagne au XIXème siècle. Sa taille et sa force exceptionnelles troublaient ceux qui la côtoyaient. « Passeuse » héroïque, elle transportait dans sa barque, passagers, animaux et marchandises et sauva plusieurs vies de la noyade.
Une femme simple et mystérieuse qui n’a guère livré ses secrets. Ce roman conte ce qu’aurait pu être sa vie. Et sa vérité.

Auteur : Cédric Morgan vit en Bretagne. Il a publié six romans dont L’Enfant perdu, Le Bleu de la mer, Oublier l’orage.

Mon avis : (lu en octobre 2014)
J'ai emprunté ce livre à la bibliothèque parce que j'avais été attirée par la photo de couverture avec son ciel et cette mer et parce qu'il était question de Bretagne. 
Jeanne le Mithouard fut une figure locale du port du Logeo dans le golfe du Morbihan. C'est à partir des quelques mots présents sur le panneau qui lui rend hommage dans l'impasse qui porte son nom : " Jeanne le Mithouard (1778/1842) , dite "La France", née au Logeo, était batelière-passagère et transportait personnes, marchandises et animaux. Bâtie comme une athlète, vêtue comme un matelot, son instinct, sa force et son courage lui donnèrent l'occasion de sauver plusieurs fois des vies et des cargaisons. Elle reçut en 1837 la médaille d'honneur des sauveteurs en mer." que l'auteur imagine sa vie.
Une femme simple, bonne, courageuse qui prend sa vie en main. Le lecteur découvre le quotidien de la vie de Jeanne, un personnage attachant qui mérite d'être connue.

Seul gros bémol, je n'ai pas aimé l'épisode de sa vie imaginée où elle passe une soirée avec Mademoiselle de Souzenelle, cela fait un peu "plaqué" et cela n'apporte rien à l'histoire... 

Autre avis : Eirann Yvon 

Extrait : (début du livre)
Elle était heureuse le dimanche. Elle se levait à l'aube ainsi que les autres jours, ranimait le feu, réchauffait la soupe, tranchait le pain, se lavait à l'eau du seau puisé la veille. Pourtant il y avait dans l'air une autre regardure que la semaine. Elle revêtait ses habits du dimanche, serrait son tablier de basin, vérifiait les plis de sa coiffe, puis ouvrait l'unique fenêtre pour découvrir, dans la brume impalpable qui ne se distinguait pas des autres matins, l'annonce ce jour-là d'un contentement. Car le dimanche elle avait du temps, du temps pour elle.
Pour se rendre à la messe elle marchait une heure à travers les champs et les bois; cette longue promenade était le prélude à la plénitude de la journée. Depuis toujours elle avait fréquenté l'église Saint-Maur à Brillac car l'ancienne ferme où elle était née et où habitait toujours Mme Le Mithouard, sa mère, ainsi que la maison de Bréhuidic, dévolue à Jeanne, appartenaient à la même trêve, ainsi qu'on appelait en Bretagne les sous-paroisses. De l'une et l'autre habitation, pour rejoindre l'église, il fallait parcourir la même distance, en gros trois quarts de lieue.
Aux jours pluvieux les fidèles arrivaient sur le parvis les pieds trempés qui dans des sabots, des galoches, des souliers; jupes, tabliers, blouses, gilets, vestes et pantalons gouttaient de la pluie reçue. Et dans la nef, sous la chaleur diffusée de l'effort, les habits des pratiquants dégageaient de concert, avant l'offertoire, comme une buée odorante qui se mêlait aux fumerolles de l'encens.
En entrant elle trempait le bout de ses doigts dans l'eau bénite, se signait avant de remonter la courte allée centrale pour se ranger à gauche sur un des bancs réservés aux femmes; elle échangeait deux mots chuchotes avec ses voisines, se retournait pour saluer le rang derrière. Sans quoi on était traitée de fière, ce qui scellait auprès des femmes du pays et notamment au lavoir une forme de proscription.
Toute l'assistance se levait dans un froissement de feuillages quand paraissait l'abbé Lesourd suivi des deux enfants de choeur, l'un portant sur ses mains ouvertes en offrande un lourd missel, l'autre soutenant par une chaînette triple un encensoir.
Jeanne était de très loin la plus grande parmi les fidèles assemblés, et debout au milieu des femmes portant toutes la coiffe du pays vannetais, à deux pans de dentelle en forme de toit, elle figurait l'église ou la tour du château dominant les maisons d'un village.
Elle se levait, s'asseyait, se mettait à genoux en cadence selon la liturgie, elle arborait un air concentré de piété comme les autres. Pourtant elle ne priait pas, ne récitait pas à haute voix les mots tracés dans le livre de messe qu'elle était la seule à tenir ouvert ; et elle y baissait les yeux de temps en temps surtout pour montrer qu'elle savait lire. Ses lèvres formaient les syllabes des répons prononcés en choeur par l'assistance et, pour accompagner les chants, un vague bourdonnement en sortait. Mais en réalité elle était ailleurs.

  Challenge Petit Bac 2014
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"Cercle familiale" (12)

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6 septembre 2014

Trois jours en été - Bastien Quignon

Trois_jours_en_ete-248x335 Actes Sud - juin 2010 - 93 pages

Présentation de l'éditeur :
C'est l'été pour Alban, 15 ans, et Gaël, 11 ans. Les deux garçons sont à la campagne, pour ainsi dire livrés à eux-mêmes, dans une lumière vibrante. En permanence, l'aîné entraîne le cadet, teste, non sans perversité, ses limites, le met à l’épreuve, le brime. Jusqu'où Gaël sera-t-il prêt à aller pour complaire à Alban et préserver leur amitié ? 

Avec beaucoup de sensibilité, par petites touches, Bastien Quignon dévide le fil d’un récit volontairement léger, qui s’organise autour de lieux et de motifs tels qu’une casquette, un balcon, une piscine, une cabane, un coq. Servie par un dessin au crayon d’une grande sensualité, une chronique émouvante d’un âge parfois cruel, dans laquelle chacun pourra retrouver des échos de sa propre adolescence.

Auteur : Bastien Quignon est né en 1986 en région parisienne. Après avoir beaucoup déménagé dans son enfance, à l’âge de 10 ans il accompagne sa famille dans un périple de six mois en Asie du sud-est (Thaïlande, Indonésie, Malaisie). Il a passé un bac littéraire au lycée de Dreux, puis a suivi quatre années d’enseignement de la bande dessinée à l’Académie des Beaux-Arts de Tournai, en Belgique, dont il est diplômé. Trois jours en été est son premier livre.

Mon avis : (lu en août 2014)
Voilà une BD prise au hasard à la bibliothèque avant les vacances. Comme le titre l'annonce cela rencontre quelques d'été où deux jeunes garçons trompent leur ennui. Gaël a 11 ans, son ami Alban est plus âgé, il entraîne son cadet dans des expériences qui repoussent les limites... Alban, avec une perversité certaine, n'hésite pas à persécuter son camarade. Gaël ne sait que faire, doit-il tout accepter pour garder l'amitié de son aîné ? Une histoire assez dérangeante sur la relation entre deux jeunes adolescents.
Un dessin assez original au crayon noir sur du papier tramé.

 

Extrait : 

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 Challenge Petit Bac 2014
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"Moment/Temps" (12)

 

16 septembre 2014

La couleur des sentiments - Kathryn Stockett

Lu dans le cadre du Challenge
 
"Ecoutons un livre"
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Audiolib - juin 2011 -17h50 - Lu par Nathalie HonsNathalie HugoCachou Kirsch et Valérie Lemaître

Jacqueline Chambon Editions - septembre 2010 – 525 pages

Babel - octobre 2013 - 624 pages

traduction de l'anglais (États-Unis) par Pierre Girard

Titre original : The Help, 2009

Quatrième de couverture : 
En 1962, à Jackson, Mississipi, chez les Blancs, ce sont les Noires qui font le ménage et élèvent les enfants. Sans mot dire, sous peine de devoir prendre la porte. Est-ce le cas de Constantine, l’employée des Phelan, dont on n’a plus aucune nouvelle ? Mais franchement, qui s’en soucierait ? Ses amies, Minny et Aibileen, et surtout Skeeter, la propre fille des Phelan. La jeune étudiante blanche et les deux employées noires vont lier une alliance imprévisible pour « comprendre ». Passionnant de bout en bout, La Couleur des sentiments a déjà conquis plus de deux millions de lecteurs, connu le succès au cinéma (The help) et obtenu le Grand prix des lectrices de Elle en 2011. Timbres différents, conviction ou verve identiques : Marie Lemaître, Nathalie Hons, Nathalie Hugo et Cachou Kirsch marient leurs voix comme les héroïnes du roman leur volonté que « les choses changent ». Leur lecture a été récompensée par le Prix du livre audio Lire dans le noir en 2011.

Auteur : Kathryn Stockett a grandi à Jackson, Elle vit actuellement à Atlanta avec son mari et leur fille, et travaille à l’écriture de son deuxième roman.

Lecteurs : Nathalie Hons : Comédienne de théâtre, elle découvre le monde du doublage. Depuis elle ne l’a jamais quitté et prête sa voix à de nombreux personnages. 
Nathalie Hugo : Cette comédienne de théâtre au riche parcours exerce également ses talents dans des comédies musicales, le doublage de films de cinéma ou de télévision et celui de dessins animés. 
Cachou Kirsch : Comédienne bruxelloise et sociologue de formation, Cachou Kirsch joue depuis 2003, sur les planches comme à l'écran... Elle est également chargée de production du Festival Esperanzah!, ainsi que musicienne. En 2007, elle a été nominée en tant qu'Espoir féminin aux Prix du Théâtre belge. 
Valérie Lemaître : Formée au conservatoire d’art dramatique de Bruxelles, Valérie Lemaître mène une carrière exigeante au cinéma et au théâtre. Elle écrit et met en scène pour le théâtre et la télévision.

Mon avis : (écouté en août 2014)
J'ai adoré cette relecture en mode audio de ce livre que j'avais tellement aimé. 
Il y a 4 lectrices pour ce livre, mais c'est surtout le texte en lui-même qui permet de différencier les trois personnages principaux, sans oublier que cela est bien notifié au début de chaque chapitre.
Nous sommes à Jackson, petite ville du Mississipi dans les années 60. Elles sont trois femmes : Aibileen et Minny deux bonnes noires et Miss Steeker une jeune femme blanche. On découvre une ségrégation qui perdure malgré tout, car des lois continuent à séparer les deux populations. De la rencontre improbable entre Miss Steeker, jeune bourgeoise blanche et Aibileen et Minny va naître une amitié et surtout un livre racontant les histoires des bonnes noires au service des maîtres blancs. Elles évoquent les vexations, les colères contenues et leurs tendresses immenses pour les enfants qu'elles élèvent.
Une histoire simple avec des personnages très attachants qui fait passer le lecteur par toutes les émotions de la tristesse à la colère sans oublier le rire car certaines situations sont vraiment pleines d’humour…

Plus de 3 ans après ma première lecture ce livre reste un grand coup de cœur ! 

Extrait : (début du livre)
AIBILEEN


Août 1962

Mae Mobley, elle est née de bonne heure un dimanche matin d'août 1960. Un bébé d'église, comme on dit. Moi je m'occupe des bébés des Blancs, voilà ce que je fais, et en plus, de tout le boulot de la cuisine et du ménage. J'en ai élevé dix-sept de ces petits, dans ma vie. Je sais comment les endormir, les calmer quand ils pleurent et les mettre sur le pot le matin, avant que les mamans aient seulement le temps de sortir du lit.
Mais un bébé qui hurle comme Mae Mobley Leefolt, ça j'en avais jamais vu. Le premier jour que je pousse la porte je la trouve toute chaude et toute rouge à éclater et qui braille et qui se bagarre avec son biberon comme si c'était un navet pourri. Miss Leefolt, elle a l'air terrifiée par son propre enfant. "Qu'est-ce que j'ai fait de mal ? Pourquoi je ne peux pas arrêter ça ?"
Ça ? Tout de suite, je me suis dit : il y a quelque chose qui cloche ici.
Alors j'ai pris ce bébé tout rouge et hurlant dans mes bras. Je l'ai un peu chahuté sur ma hanche pour faire sortir les gaz et il a pas fallu deux minutes pour que Baby Girl arrête de pleurer et me regarde avec son sourire comme elle sait faire. Mais Miss Leefolt, elle a plus pris son bébé de toute la journée. Des femmes qui attrapent le baby blues après l'accouchement, j'en avais déjà vu des tas. Je me suis dit que ça devait être ça.
Mais il y a une chose avec Miss Leefolt : c'est pas juste qu'elle fronce tout le temps les sourcils, en plus elle est toute maigre. Elle a des jambes tellement fines qu'on les dirait poussées de la semaine dernière. A l'âge de vingt-trois ans, la voilà efflanquée comme un gamin de quatorze. Même ses cheveux bruns sont tellement fins qu'on voit à travers. Elle essaie de les faire bouffer, mais ça les fait seulement paraître plus fins. Et sa figure, elle ressemble à celle du diable rouge sur la bonbonnière, avec le menton pointu et tout. Pour tout dire, elle a le corps tellement plein de pointes et de bosses qu'il faut pas s'étonner si elle arrive jamais à calmer ce bébé. Les bébés, ils aiment les grosses. Ils aiment fourrer la tête sous votre bras pour s'endormir. Ils aiment les grosses jambes, aussi. Ça, je peux vous le dire.
Mae Mobley, à un an, elle me suivait déjà partout où j'allais. Quand arrivait cinq heures elle se cramponnait à mes Scholl, elle se traînait par terre et elle bramait comme si j'allais jamais revenir. Après, Miss Leefolt me regardait de travers, à croire qu'il aurait pas fallu décrocher ce bébé qui criait à mes pieds. Je pense que c'est le risque qu'on prend, quand on laisse quelqu'un d'autre élever ses enfants.   

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n°1

Challenge Petit Bac 2014
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"Couleur" (11)

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Le mois américain

14 août 2014

Le bracelet de vermeil - Serge Dalens

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Alsatia - 1945 -

Alsatia - 1945 -

Alsatia - 1945 -

Signe de Piste - 1958 -

Alsatia - 1963 - 215 pages

Signe de Piste - 1970 (BD)

Signe de Piste - 1970 (BD)

Safari Signe de Piste - 1971

Safari Signe de Piste - 1976 - 215 pages

Nouveau Signe de Piste - 1989

France Loisirs - 1985 - 215 pages

Fleurus - 1996

Illustrations de Pierre Joubert

Quatrième de couverture : 
« Nous méritons toutes nos rencontres... » a écrit François Mauriac. Faut-il croire qu'Eric et Christian ont « mérité » leur extraordinaire aventure ? Rien ne semblait cependant destiner le jeune Prince des Neiges et le fils du chirurgien parisien à se rencontrer. Rien, si ce n'est ce bracelet qu'Eric porte au poignet, signe d'un terrible secret, vieux de cinq siècles, et rappel d'une mission dramatique.
Eric devra choisir : entre le devoir et l'amitié, aucun compromis n'est possible.

Auteur : Serge Dalens, nom de plume d'Yves de Verdilhac, né en 1910 à Albertville en Savoie, est un écrivain français. Magistrat de profession, il est surtout connu pour ses nombreux romans, pour la plupart destinés à la jeunesse et de directeur de la collection « Signe de piste » (1954). L'auteur a également utilisé les pseudonymes de François Thervay et de Mik Fondal, collectif avec Jean-Louis Foncine (Pierre Lamoureux). Il est décédé en 1998.

Mon avis : (lu et relu depuis la fin des années 70)
Ce livre est le premier livre "Signe de Piste" que j'ai lu alors que j'étais moi-même Jeannette ou Guide... C'est aussi le premier volume de la série du Prince Eric paru pour la première fois en 1937, Le bracelet de vermeil a connu un extraordinaire succès, consacré par un tirage de plus d'un million d'exemplaires ! 
Été 1936, Christian s'apprête à partir en camp scout en Alsace avec sa Troupe dans la Patrouille du Loup. Il va faire la connaissance d'Eric, scout invité pour le camp. C'est un jeune garçon timide qui porte un bracelet de vermeil avec une étrange inscription. Christian se liera très vite d’amitié avec ce nouveau scout assez mystérieux. Il découvrira que ce dernier n'est pas n'importe qui... mais un prince nordique qui a une mission venue du passé à accomplir... 

Eric va devoir faire un choix difficile entre le devoir et l'amitié.
Un roman d'aventure qui m'a fait rêvé durant mes années de scoutisme.
Les illustrations de Pierre Joubert contribuent certainement aussi pour une part au succès de cette série.

Extrait : (page 15) 
L’aîné s’appelait Louis. Le second, Philippe. Le troisième, Christian. Vingt-deux, quinze et treize ans. Scouts. Heureux de l’être.
— La vie est belle, dit Philippe.
— Oui, fit Christian.
— Chantons, ajouta Louis.
Les rires volèrent avec le vent, qui recueillit la chanson.
Une horloge tinta, sept fois. La voiture s’arrêta.
— À demain, Philippe.
— À demain.
Luxembourg, quai d’Orsay, avenue des Ternes.
— Bonsoir, Christian !
— Bonsoir, Chef !

Louis rentre à son tour. Prêt pour le départ du lendemain : le camp d’été !
Quelle joie de quitter Paris, d’emmener les scouts respirer l’air frais des Vosges !
D’emblée, la Cour d’Honneur avait accepté l’invitation de Mme de Lienville, une grande amie de la Troupe : on visiterait l’Alsace en établissant le quartier général du camp au château qu’elle y possédait. À la demande de son chef, on emmenait même un scout venu d’on ne sait trop où.
— Demain…, songea Louis.
Il atteignit un album, celui de l’année passée, et les souvenirs s’exhalèrent d’entre les pages. Pour la centième fois, les images s’animèrent. Ici, c’était Philippe roulant dans la neige, là, Christian plus ébouriffé que jamais, avec ses grands yeux noirs et ses cheveux de jais.
Partout la joie de vivre et le bonheur d’être amis.
Un appel interrompit sa rêverie.
— Louis, le téléphone !
— Qui donc à cette heure… ?
— Un scout.
— Bon, j’y vais. Allo ?
— Allo, ici Christian d’Ancourt. C’est toi, Chef ? Écoute, il faut absolument que tu passes demain à la maison. Tu sais que papa est un peu nerveux depuis quelques jours. Ce soir, il ne veut plus me laisser partir pour Birkenwald.
— Pourquoi ?
— Je ne sais pas, j’ai eu beau insister, supplier, dire que tu comptais absolument sur moi, rappeler notre sortie de cet après-midi, rien n’y a fait. Alors, il faut que tu viennes. Dis, Louis, tu veux bien ?
— Oui, c’est promis. Mais enfin, ton père t’a bien donné une raison ! On ne prend pas une décision comme celle-là sans motifs. Tu n’as pas fait de sottises au moins ?
— Non, je t’assure, je n’y comprends rien…
— Alors, à demain. Dors quand même sur tes deux oreilles, petit frère !… En voilà une autre, maintenant ! Le docteur d’Ancourt n’agit certainement pas à la légère. Christian est trop franc pour m’avoir caché quelque chose. Qu’a-t-il bien pu arriver ?

Christian ne pouvait cependant lui en dire davantage. Rentrant chez lui, il avait trouvé son père plus sombre encore que les jours précédents. Et comme, pour le dérider, il amenait la conversation sur son prochain départ :
— Non, Christian, lui avait-il répondu, tu n’iras pas au camp, tu ne peux y aller.
Pas d’explications.
— … Tu comprendras cela plus tard, avait seulement ajouté M. d’Ancourt, pense, mon petit, que nous avons de sérieuses raisons, ta maman et moi, pour agir de la sorte.
C’est alors que Christian avait eu recours à son Chef.
Maintenant, il s’efforçait au calme, mais ses yeux brillants s’attardaient sur son sac inachevé, fixant douloureusement les derniers objets épars sur le tapis.
Le perpétuel sourire illuminant son visage, ne comptait plus que pour mémoire, et la mèche brune, cachant généralement un œil, pendait lamentablement.
Il se heurtait à un obstacle inconnu, le laissant désemparé, lui qui avait l’habitude d’abattre de haute lutte les difficultés rencontrées.
Il avait le goût des réalisations pratiques et immédiates, un esprit d’aventure poussé à l’extrême, une imagination débordante.
Dire que Christian ne rêvait que plaies et bosses, serait passer la mesure, mais il est certain que son plus gros sacrifice, lors de son entrée à la Troupe, avait été de ne plus se colleter comme un chiffonnier avec ses camarades de classe.
Pas trop grand et bien carré d’épaules, il arborait un air de douceur qui détonnait étrangement sur tout ce qu’il y avait de viril en lui. Avec cela, très racé, et des façons de prince. Il avait une telle manière de prêter sa bicyclette ou d’offrir un caramel à celui qu’il venait de rosser, qu’on ne pouvait s’empêcher de l’aimer.
Il voulait bien se battre, mais détestait faire de la peine. On se sentait heureux, rien qu’à voir son sourire et à l’entendre chanter.
Pour l’instant, il ne parvenait pas à comprendre la brusque décision de ses parents, et mettait son dernier espoir dans l’arrivée du Chef.
Ignorant le vrai motif de l’attitude de son père, il ne pouvait se douter qu’un événement imprévu allait modifier la situation au point de rendre presque inutile l’intervention du Scoutmestre.

 Challenge Petit Bac 2014
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"Matière" (7)

24 août 2014

La boîte à musique - Jean-Michel Defromont

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Science et Service - 1984 - 285 pages

Editions Quart Monde - 1989 - 284 pages

Editions Quart Monde - 1998 - 284 pages

Quatrième de couverture :
La vie est dure, rue des Orchidées, mais un jour, une mystérieuse boite à musique vient y glisser ses notes d'espoir... Dès les premières lignes, David nous plonge dans son monde. Avec ses mots à lui, c'est toute une enfance qui se raconte. Ce n'est pas tout à fait un roman : pas une page, pas une phrase qui ne s'enracine dans le vécu des gamins les plus pauvres... Ce n'est pas non plus un documentaire : pas une anecdote, pas un récit qui ne soit traduit en termes de poésie, qui ne soit recréé par le regard de l'amitié.
Ce livre doit son existence au mouvement Tapori. Celui-ci, depuis ses origines rassemble les enfants de tous les milieux, ceux des " rues des Orchidées " comme ceux des beaux quartiers, recueillant jour après jour leurs pensées, leurs joies, leurs peurs, leurs rêves, comme autant de pièces d'un même puzzle.
C'est ce puzzle traversé par un rayon de soleil que l'auteur a reconstitué pour nous car il sait, d'expérience, que la misère n'est pas une histoire ancienne, d'un autre monde : cette histoire, aujourd'hui, des milliers de gosses la vivent, chez nous.
Ce livre est aussi un cri d'espoir qui monte du creux de la misère. Les enfants savent bien que vous l'entendrez.

Auteur : Écrivain. Membre du Mouvement international ATD Quart Monde.

Mon avis : (lu en 1984 et relu en juillet 2014)
David est le narrateur de cette histoire, il a une dizaine d'années et la vie n'est pas facile. Il habite rue des Orchidées, sa famille est pauvre, ce n'est pas facile de manger à sa faim tous les jours. A l'école, ceux de la rue des Orchidées sont montrés du doigts... David est lucide et également en colère, ce n'est pas juste de ne pouvoir faire comme les autres enfants... Il va faire la rencontre de Valérie une jeune fille bénévole qui vient régulièrement lire des histoires à ceux qui veulent dans la rue. Il va recevoir en cadeau une belle boîte à musique qui sera son secret et l'espoir de jours meilleurs. 
Cette histoire écrite il y a plus de 30 ans à partir de l'expérience de l'auteur avec des enfants les plus pauvres dans le mouvement Tapori d'ATD Quart Monde est malheureusement toujours d'actualité. 
David, ses frères et soeurs, ses camarades nous touchent le coeur et nous ouvrent les yeux sur la facilité avec laquelle nous pouvons avoir des préjugés sur les plus pauvres, sur les plus humbles.
Un livre destiné aux adolescents qui doit être lu également par les adultes !


Extrait : (début du livre)
« C’est pas moi !… » 

– Qu’est-ce que t’as fait de la clé ? 
Deux dames interrogeaient mon petit frère sur le trottoir d’en face. La grosse distribuait les gamelles de la mairie pour les vieux qui sont pauvres. L’autre, la vieille, avait l’air toute perdue sans sa clé. 
– Eh ben réponds ! 
Elle était en colère, la grosse. Pierrot ne faisait pas le fier. Des gens s’attroupaient autour de lui, des femmes et des enfants qui allaient au marché. Je me rappelle. C’était un mercredi, vers la fin des vacances. 
- Encore lui !
- Il est pire que son frère, celui-là !
Pierrot baissait les yeux. Moi, je restais caché sous le porche, les poings serrés dans les poches. La vieille dame expliquait :
- Même pas cinq minutes !... Le temps d'acheter mon pain chez Monsieur Jacquet, je reviens : plus de clé !... Même pas cinq minutes !... 
C'est la première fois que je l'oublie sur ma porte, et voilà, j'peux plus rentrer chez moi.

 Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Bâtiment" (6)

 

12 juillet 2014

Le bonheur n'est pas un sport de jeune fille - Elise Tielrooy

Lu en partenariat avec les éditions Belfond

 

9782714457769FSBelfond - mai 2014 - 378 pages

Présentation éditeur : 
Dans un centre de thalasso breton, une comédie pétillante et cocasse, où le bonheur fait changer de peau. Dans un centre de thalasso qui sent bon le chlore et les algues, les clients croient être venus pour une cure de détente... Tous comptent oublier leur quotidien et leurs vergetures dans l'intimité des cabines surchauffées ; tous espèrent trouver la beauté grâce à des mains suaves et à la nourriture pour futurs minces. Tous sont prêts à ne plus s'occuper que d'une chose : leur corps. Mais Guillemette, masseuse de 22 ans, va voir son passé ressurgir et mettre un joyeux désordre dans le bel équilibre des soins, entamant au passage bien des défenses et fragilisant les curistes les plus résistants. Mona, Victor, Iris, Claudine ou encore Thomas... Tous seront secoués, tous seront transformés, pour le pire comme pour le meilleur. Car le bonheur n'est pas un sport de jeune fille. Une comédie pétillante et cocasse, où le bonheur fait changer de peau.

Auteur : Élise Tielrooy est comédienne. Le bonheur n'est pas un sport de jeune fille est son premier roman. La saison 4 de la série Mes amis, mes amours, mes emmerdes, dans laquelle elle occupe un des rôles-titres, est en cours de tournage.

Mon avis : (lu en juillet 2014)
Ce livre m'a d'abord été proposé avant le Salon du Livre 2014 à l'occasion d'une rencontre auteurs blogueurs auquelle l'auteur participait. Comme c'était deux mois avant la parution du livre, je l'avais reçu imprimé sur une pile de feuille A4 non relié, pas très facile à lire sous cette forme ! J'attendais donc la parution du livre et l'envoi des éditions Belfond pour m'y plonger.

L'histoire se déroule dans un centre de thalassothérapie de luxe en Bretagne : Cyril le réceptionniste est là pour accueillir les clients, Guillemette est une jeune masseuse de 22 ans, Marion et Thomas sont venus en couple pour se retrouver après la naissance de leur troisième enfant, Claudine a gagné son week-end de thalasso, caissière, épouse et mère dévouée à plein temps, elle se retrouve propulsée dans un monde qui lui est vraiment inconnu, Mona, veuve septuagénaire, est une cliente habituelle, Victor, son fils, homme d'affaires avisé, cherche à obtenir de sa part le financement d'une nouvelle affaire... Voilà quelques uns des nombreux personnages qui vont se croiser dans ce lieu qui invite à la détente. Et pourtant, multiples évènements inattendus, des quiproquos vont perturber la quiétude des lieux et la vie future de ses acteurs... 
Un livre distrayant, amusant qui fait sourire le lecteur et avec lequel j'ai passé un très bon moment !

Merci Maëlys et les éditions Belfond pour cette belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Sur son vélo, elle pédale. Pousser sur un pied puis sur l'autre, respirer l'air humide de la Bretagne avec une toute nouvelle fonction pilote automatique qui turbine à plein régime. Guillemette vient de découvrir la simplicité du coup de massue.

« C'était il y a dix-huit ans, quatre mois et deux jours... »
L'émotion dans la voix de son père, la remarquable précision du récit qu'elle a entendu ce matin au petit déjeuner, tout semble indiquer qu'il a dit la vérité.

Et voilà. Il n'y a donc plus d'accident sur la nationale 10, mais des fils électriques qui se touchent dans un cabanon des Landes. Sa mère était morte, elle ne l'est plus. Sa mère était devenue folle, elle ne l'est plus. Mais s'il arrive une chose et son contraire... alors on peut affirmer n'importe quoi, tout devient absurde. Dans ce chaos, comment échapper à la question qui la ronge ?
Et si tout ça était vrai ? Si elle existait vraiment, pourquoi ma mère irait le voir lui, et pas moi ? Soit Papa est devenu fou, soit c'est moi.
Elle se sent comme un pare-brise en verre feuilleté, tout étoile après un choc, prêt à éclater à la moindre secousse. Et par ce froid matin de janvier, elle compte sur les massages pour lui faire oublier tout ça. Finalement, elle aime son boulot. Vive le boulot ! Bienvenue dans le monde feutré de la thalasso.

D'habitude, les deux kilomètres qui séparent la maison du centre sont l'affaire de cinq minutes mais, aujourd'hui, le temps se dilate et se rétracte selon des lois inconnues. La thalasso se profile enfin, accrochée à sa falaise. Le centre. La terre ferme. Au bout d'une petite route qui longe le précipice, une villa fin XIXe renferme le coeur de l'hôtel. La réception, les restaurants et les plus belles suites. Tout autour, des bâtiments bas, moisissures hypermodernes, ont envahi le pied des murs anciens, de telle sorte que la partie gracieuse domine encore. Derrière les baies vitrées bien fermées, le bataillon des chambres raisonnables et l'aile de thalassothérapie si tranquille l'attendent, comme tous les jours.
Guillemette est masseuse sous affusions, cabine T21, deuxième étage. Son travail consiste à prodiguer un soin, le plus agréable possible, sur un corps aspergé, ou plutôt brûmisé d'eau de mer chaude. C'est divin. On le lui a fait une fois. Cela permet de faire le vide, de se concentrer sur son corps, d'oublier les soucis, comme disent les clients.
Pareil pour moi. Quand je masse, tout passe.

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"Cercle familiale" (7)

6 juillet 2014

L'enfant cachée - Marc Lizano, Loïc Dauvillier, Greg Salsedo

enfant-cachee-l Lombard - janvier 2012 - 78 pages

Quatrième de couverture :
Dounia est maintenant grand-mère.

Son enfance est souvent au coeur de ses pensées. Ce soir, sa petite-fille Elsa ne va pas lui laisser le choix.
Dounia va devoir tout lui raconter.
Absolument tout !
Ses amis, l'école, 
ses voisins, son papa, sa maman...
Et aussi le port de l'étoile jaune, la rafle, les délations... et sa vie d'enfant cachée.

Auteurs : Tour à tour scénariste, éditeur, scénographe, Loïc Dauvillier est né à Cambrai (59) en 1971. Il se lance, en 2004, avec son complice Marc Lizano dans une première série jeunesse de trois tomes, La Petite Famille (Carabas). Depuis on a vu venir des récits jeunesse (Carabas Jeunesse), une adaptation d’une nouvelle de Gogol, Le Portrait (Carabas), un Oliver Twist d'après Dickens (Delcourt), un Tour du monde en 80 jours d’après Jules Verne (Delcourt), mais aussi des livres plus sombres qui révèlent une autre facette d’un scénariste atypique et exigeant. En 2009 est paru Inès (Drugstore), en collaboration avec Jérôme d'Aviau au dessin, un récit bouleversant sur le drame de la domination physique et morale d'un homme sur une femme.
Né à Vannes le 26 décembre 1970, Marc Lizano a grandi à Ploërmel puis étudié à Rennes, délaissant sa licence de Philosophie pour se consacrer à l'écriture, à l'illustration et à la bande dessinée. Un passage à Paris puis à Montrouge et le voilà de nouveau à Rennes depuis 2005. Auteur complet, il travaille avec un bonheur égal pour la presse (Bayard, Milan, Normandie Junior, Famili…), pour l'édition jeunesse (Le Rouergue, Gargantua, Milan, Nathan, Casterman…) ou la bande dessinée (Le Lombard, Noctambule, Les Rêveurs, Glénat, Delcourt…)

Mon avis : (lu en juillet 2014)
Voilà une bande dessinée destinée aux enfants de 9 à 11 ans qui raconte l'histoire d'une enfant juive cachée. Le récit est simple et clair, adapté à de jeunes enfants. Dounia, une grand-mère, raconte à Elsa sa petite fille ce qui s'est passé lorsqu'elle était petite durant la Seconde Guerre Mondiale. Sa famille était juive, elle a du porter l'étoile jaune, à l'école elle est devenue quelqu'un d'autre aux yeux de ses camarades, ses parents ont été arrêtés, elle s'est cachée dans une armoire, elle a été recueillie par des voisins puis elle a été envoyée à la campagne jusqu'à la fin de la guerre. C'est Dounia petite fille qui raconte ce qu'elle a vécu, elle a alors le même âge qu'Elsa, ses mots simples donnent une vrai force à ce témoignage. Pour aborder ce sujet historique douloureux avec de jeunes enfants, c'est vraiment réussi !

À travers des mots simples, la grand-mère tente d'expliquer à sa petite fille une page d'histoire qui est aussi un peu la sienne...

Extrait : (début du livre)

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  Challenge Petit Bac 2014
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"Famille" (6)

18 août 2014

D comme... Destination Danemark

 

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L'Art de pleurer en chœur – Erling Jepsen

 Allan, jeune garçon de 11 ans, nous raconte avec naïveté et candeur sa vie quotidienne au sein de sa famille,
à la fin des années 60, dans le sud du Jütland, une région rurale du Danemark. 
 Ce livre oppose des situations cocasses et des situations graves. Allan est très touchant.

 

Bandes dessinées :

L'adaptation des racontards de Jørn Riel en BD est vraiment réussi,
le lecteur découvre les aventures et la vie mouvementée des trappeurs groenlandais dans les années 1950...
C'est dépaysant et plein d'humour... 

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La Vierge froide et autres racontars 
Le Roi Oscar et autres racontars 
Un petit détour et autres racontars 

 

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4 juin 2014

Le liseur du 6h27 - Jean-Paul Didierlaurent

Lu en partenariat avec Au Diable Vauvert

Le-liseur-du-6h27-Jean-Paul-Didierlaurent Au Diable Vauvert - mai 2014 - 217 pages

Quatrième de couverture : 
"Peu importait le fond pour Guylain. Seul l'acte de lire revêtait de l'importance à ses yeux. Il débitait les textes avec une même application acharnée. Et à chaque fois, la magie opérait. Les mots en quittant ses lèvres emportaient avec eux un peu de cet écoeurement qui l'étouffait à l'approche de l'usine". Guylain Vignolles est préposé au pilon et mène une existence maussade et solitaire, rythmée par ses allers-retours quotidiens à l'usine. 
Chaque matin en allant travailler, comme pour se laver des livres broyés, il lit à voix haute dans le RER de 6h27 les quelques feuillets qu'il a sauvé la veille des dents de fer de la Zerstor 500, le mastodonte mécanique dont il est le servant. Un jour, Guylain découvre les textes d'une mystérieuse inconnue qui vont changer le cours de sa vie... Dans une couleur évoquant le cinéma de Jean-Pierre Jeunet ou la plume ouvrière de Jean Meckert, Jean-Paul Didierlaurent signe un premier roman qui nous dévoile l'univers d'un écrivain singulier, plein de chaleur et de poésie, où les personnages les plus anodins sont loufoques et extraordinaires d'humanité, et la littérature le remède à la monotonie quotidienne.

Auteur : Jean-Paul Didierlaurent habite dans les Vosges. Nouvelliste exceptionnel lauréat de nombreux concours, trois fois finaliste et deux fois lauréat du Prix Hemingway, Le Liseur du 6h27 est son premier roman.

Mon avis : (lu en juin 2014)
Ce livre est une très belle surprise. Je l'ai découvert lors du passage de l'auteur à La Grande Librairie et la couverture ne pouvait que me parler... Cette banquette n'évoque pas pour moi le RER mais les "petits gris" qui roulaient encore il y a deux ans sur certaines lignes Transiliennes... Le liseur du 6h27 s'appelle Guylain Vignolles, il souffre de ce nom et prénom qui prête à rire. Il travaille dans la Société de traitement et de recyclage naturel (STERN), il a la responsabilité de la terrible machine Zerstor 500. Guylain la nomme "la Chose", elle est destinée à « broyer, aplatir, piler, écrabouiller, déchirer, hacher, lacérer, déchiqueter, malaxer, pétrir, ébouillanter. » Cette machine sert à passer au pilon les produits de l'édition invendus. Guylain supporte de moins en moins son métier, sa seule satisfaction consiste à voler à la machine chaque jour quelques pages non encore digérées. Ses pages sauvées du massacre, qu'il nomme "les peaux vives", il les place entre des buvards pour les sécher. Le lendemain dans le RER de 6h27, comme d'habitude, il les lira à haute voix aux passagers de la rame. Cette vie "métro - boulot - dodo" va sortir de sa monotonie lorsqu'un matin Guylain trouve un clé usb dans le RER...
Une jolie histoire touchante et pleine d'humanité. Guylain est un personnage très attachant tout comme son ancien collègue Giuseppe victime de "la Chose", le gardien de l'usine Yvon qui ne parle qu'en alexandrins, les soeurs Delâtre qui prennent le RER de 6h27 spécialement pour écouter les lectures de Guylain...
C'est le genre de lecture qui fait du bien. C'est beau, c'est émouvant !

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
Certains naissent sourds, muets ou aveugles. D’autres poussent leur premier cri affublés d’un strabisme disgracieux, d’un bec de lièvre ou d’une vilaine tache de vin au milieu de la figure. Il arrive que d’autres encore viennent au monde avec un pied bot, voire un membre déjà mort avant même d’avoir vécu. Guylain Vignolles, lui, était entré dans la vie avec pour tout fardeau la contrepèterie malheureuse qu’offrait le mariage de son patronyme avec son prénom : Vilain Guignol, un mauvais jeu de mots qui avait retenti à ses oreilles dès ses premiers pas dans l’existence pour ne plus le quitter.
Ses parents avaient ignoré les prénoms du calendrier des Postes de cette année 1976 pour porter leur choix sur ce « Guylain » venu de nulle part, sans même penser un seul instant aux conséquences désastreuses de leur acte. Étonnamment et bien que la curiosité fut souvent forte, il n’avait jamais osé demander le pourquoi de ce choix. Peur de mettre dans l’embarras peut-être. Peur aussi sûrement que la banalité de la réponse ne le laissât sur sa faim. Il se plaisait parfois à imaginer ce qu’aurait pu être sa vie s’il s’était prénommé Lucas, Xavier ou Hugo. Même un Ghislain aurait suffi à son bonheur. Ghislain Vignolles, un vrai nom dans lequel il aurait pu se construire, le corps et l’esprit bien à l’abri derrière quatre syllabes inoffensives. Au lieu de cela, il lui avait fallu traverser son enfance avec, accrochée à ses basques, la contrepèterie assassine : Vilain Guignol. En trente-six ans d’existence, il avait fini par apprendre à se faire oublier, à devenir invisible pour ne plus déclencher les rires et les railleries qui ne manquaient pas de fuser dès lors qu’on l’avait repéré. N’être ni beau, ni laid, ni gros, ni maigre. Juste une vague silhouette entraperçue en bordure du champ de vision. Se fondre dans le paysage jusqu’à se renier soi-même pour rester un ailleurs jamais visité. Pendant toutes ces années, Guylain Vignolles avait passé son temps à ne plus exister tout simplement, sauf ici, sur ce quai de gare sinistre qu’il foulait tous les matins de la semaine. Tous les jours à la même heure, il y attendait son RER, les deux pieds posés sur la ligne blanche qui délimitait la zone à ne pas franchir au risque de tomber sur la voie. Cette ligne insignifiante tracée sur le béton possédait l’étrange faculté de l’apaiser. Ici, les odeurs de charnier qui flottaient perpétuellement dans sa tête s’évaporaient comme par magie. Et pendant les quelques minutes qui le séparaient de l’arrivée de la rame, il la piétinait comme pour se fondre en elle, bien conscient qu’il ne s’agissait là que d’un sursis illusoire, que le seul moyen de fuir la barbarie qui l’attendait là-bas, derrière l’horizon, aurait été de quitter cette ligne sur laquelle il se dandinait bêtement d’un pied sur l’autre et de rentrer chez lui. Oui, il aurait suffi de renoncer, tout simplement, de retrouver son lit et de se lover dans l’empreinte encore tiède que son corps avait laissé pendant la nuit. Dormir pour fuir. Mais au final, le jeune homme se résignait toujours à rester sur la ligne blanche, à écouter la petite foule des habitués s’agglutiner derrière lui tandis que les regards se déposaient sur sa nuque en une légère brûlure qui venait lui rappeler qu’il était encore vivant. Au fil des ans, les autres usagers avaient fini par faire preuve envers lui de ce genre de respect indulgent que l’on réserve aux doux dingues. Guylain était une respiration qui, durant les vingt minutes que durait le voyage, les arrachait pour un temps à la monotonie des jours.

 Challenge Petit Bac 2014
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"Moment/Temps" (9)

27 mai 2014

La mauvaise pente - Chris Womersley

Lu en partenariat avec Albin Michel

9782226258113g Albin Michel - mai 2014 - 331 pages

traduit de l'anglais (Australie) par Valérie Malfoy 

Quatrième de couverture : 
Lee, un petit voyou d’une vingtaine d’années, se réveille dans un motel sordide avec une balle dans le ventre, une valise pleine de dollars, et pas la moindre idée de ce qui a pu le mener jusqu’ici. À son chevet, Wild, médecin morphinomane en rupture de ban, son seul recours pour l’aider à quitter les lieux avant que la police ne débarque. Complices malgré eux, ils vont chercher refuge dans la maison de campagne d’un confrère de Wild. Une intimité maladroite s’installe entre ces deux hommes en cavale dont l’un est hanté par un séjour en prison et l’autre fuit un procès pour erreur médicale. Mais un troisième larron est à leurs trousses : Josef, un vieux gangster roumain superstitieux et violent, qui a pour mission de récupérer l’argent et de s’occuper de Lee. Une bonne fois pour toutes…
Couronné en Australie par le prestigieux Ned Kelly Award, ce grand roman noir, qui est aussi un conte moderne sur l’aliénation et le désespoir, est servi par la prose sèche et tendue de Chris Womersley, auteur du très remarqué Les Affligés.

Auteur : Né en 1968 à Melbourne, Chris Womersley est considéré comme l'un des meilleurs jeunes écrivains australiens. Il a connu une véritable consécration auprès de la presse et du public avec Les Affligés, son deuxième livre, finaliste de tous les grands prix littéraires du pays (2012). La mauvaise pente a été récompensé par le Ned Kelly Award en 2008.

Mon avis : (lu en mai 2014)
Je n'ai toujours pas lu le premier livre de Chris Womersley Les Affligés, je n'ai donc pas hésité à accepter ce partenariat.

Tout commence dans un motel, Lee, blessé au ventre par une balle, saigne dans un lit, il possède une valise pleine d'argent mais il a oublié comment il est arrivé là... Dans une chambre voisine, il y a Wild, un ancien médecin, drogué qui fuit un procès pour erreur médicale. Wild va soigner Lee et tous deux vont s'associer pour fuir le tueur qui est aux trousses de Lee et la police qui recherche Wild.
Le lecteur va suivre les péripéties des deux hommes dans leur fuite et découvrir qui sont vraiment Lee et Wild. Malgré leurs situations passés ou présentes, ces deux personnages sont attachants, associés par les circonstances dans cette cavale, au fil des pages le portrait de Lee et Wild se précise. L'histoire est sombre, elle est construite avec suspense et réserve quelques surprises au lecteur. Une belle découverte.

Merci Claire et les éditions Albin Michel 

Extrait : (début du livre)
Emergeant de profondeurs océaniques, Lee revint lentement à lui. Il lui semblait que c'était en rêve qu'il battait des paupières, face à ses genoux cagneux. La chambre se taisait, comme s'apprêtant à l'accueillir. Telle une grossière figurine d'argile, rigide et très ancienne, il était couché dans ce lit, et il clignait des yeux.
Enfant, s'il avait peur, la nuit, il s'efforçait de respirer de façon à ne pas attirer l'attention de la chose tapie dans l'obscurité. tout doucement. Comme si on pouvait se cacher des fantômes qui hantaient les chemins, à la recherche d'enfants à dévorer. A une certaine époque - il avait quatorze ans -, il se réveillait même parfois parfois avec la sensasion que sa chambre tout entière, arrachée de ses gonds, était propulsée à travers l'espace. A ce moment-là, Claire, sa soeur, se matérialisait à son chevet, plaçait fermement ses mains sur ses épaules et attendait que cessent ces pleurnicheries. Elle ne disait rien. Il n'y avait rien à dire, vu la situation.
Et, là encore, Lee s'efforçait de rester aussi immobile que possible, de se faire tout petit au sein de l'univers, convaincu que la potentielle perturbation de son réveil pourrait affecter le déroulement de la journée. Autant partir du bon pas. Il prolongea encore un peu ce moment. De l'air tiède murmurait dans ses poumons. Il humecta ses lèvres et parcheminées.
Finalement, il s'autorisa à respirer plus normalement et ouvrit les yeux. La chambre était rougeâtre, le jour filtrait à travers un fin voilage. Mur d'un jaune sinistre, fenêtre en aluminium. Une chambre de motel, apparemment.

 

14 mai 2014

Tyler Cross - Nury et Brüno

tyler-cross-tome-1-tyler-cross Dargaud - août 2013 - 96 pages

Prix BD Fnac 2014

Quatrième de couverture : 
Tyler Cross transporte 17 kilos de came, d'une valeur d'un demi-million à la revente au détail.
Et il a exactement 21 dollars et 80 cents en poche.
Il note l'ironie de la chose et se met en marche.

Auteurs : Né en 1975, Brüno commence ses études à l'école Estienne, à Paris, avant d'obtenir une maîtrise d'arts plastiques à Rennes. En 2001, il publie le premier tome de Nemo, libre adaptation de vingt mille lieux sous les mers. À partir de 2003, il publie avec Fatima Ammari-B une série policière, Inner City Blues, puis anime sur Internet de 2003 à 2006 avec Pascal Jousselin un feuilleton à quatre mains, les aventures de Michel Swing. En 2007, il publie avec Appollo chez Dargaud biotope et la série commando colonial, puis en 2011 avec Fabien Nury Atar Cull ou le destin d'un esclave modèle.
Fabien Nury est né en 1976. Il se lance dans la bande dessinée en 2003, encouragé par le scénariste Xavier Dorison, avec lequel il travaille sur w.e.s.t. De 2004 à 2007, il signe la série fantastique je suis légion, avec le dessinateur John Cassaday, avant d'écrire le scénario d'il était une fois en France, dessiné par Sylvain Vallée (prix de la meilleure série à Angoulême en 2011). Chez Dargaud, il publie deux séries, le maître de Benson Gate (avec Renaud Carreta) et la mort de Staline (avec Thierry Robin), avant de travailler avec le dessinateur Brüno sur Atar Cull.

Mon avis : (lu en mai 2014)
Cette bande dessinée est un mélange de polar noir et de western. Après avoir braqué 17 kilos d'héroïne pure appartenant à la Mafia, Tyler Cross se retrouve seul avec un fusil à pompe, son colt à la ceinture et 20 dollars en poche. Il est doit transporter son butin à bon port. Il se retrouve bloqué à Black Rock une petite ville du Texas. Cette bourgade est sous la coupe de la famille Pragg producteur de pétrole. Ce week-end, le fils Pragg, maire de la ville, se marie avec Stella la fille du vieux Joe... Tyler Cross se retrouve malgré lui, au coeur d'un duel brutal et sanglant et son passage à Black Rock va se transformer en cauchemar...

Ce road trip sombre et violent est une vrai réussite pour le scénario et les couleurs, pour le dessin mon avis est plus mitigé.

Extrait : 

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Challenge Petit Bac 2014
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"Prénom" (7)

Challenge 7% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
39/42

20 mai 2014

La vie héroïque d'Antoine Lebic, Champion du Monde ! - Sophie Dieuaide

Lu en partenariat avec les éditions Casterman

9782203088290 9782203017511FS champion

Casterman - mai 2014 - 138 pages - Illustrations : Jacques Azam

Casterman - janvier 2010 - 105 pages

Editions Mango - mars 2001 - 92 pages

Quatrième de couverture : 
Qu'est-ce qu'ils nous ont mis ! Éliminés au premier tour du championnat inter-écoles ! C'est vrai qu'on ne s'attendait pas à faire des étincelles. Notre équipe n'était pas très bien préparée pour la rencontre, on ne peut pas dire. Mais quand même. 18-0, c'est raide ! C'est raide, mais pas question de se laisser abattre ! Antoine Lebic et son équipe reprennent aussitôt un entraînement digne des plus grands champions. La victoire est-elle encore possible ? L'entraîneur n'y croit plus, il a tort. Il ignore qu'Antoine dispose d'une puissante arme secrète...

Auteur : Sophie Dieuaide vit dans le Val-de-Marne avec son mari et ses trois enfants. Elle a publié une quarantaine de romans et des bandes dessinées ou l'humour est toujours présent, et elle a reçu de nombreux prix littéraires.

Mon avis : (lu en mai 2014)
A l'approche de la Coupe du Monde de football au Brésil, ce roman jeunesse a été réédité avec en bonus "le guide du super supporter".
Antoine Lebic, 10 ans, et son école participe au championnat de foot inter-écoles. Mais l'école rue Ribot est éliminée dès le premier tour avec un score très peu glorieux de 0 - 18 par l'école du Boulevard Voltaire. C'est vraiment la honte !
Coup de théâtre, l'entraîneur de l'équipe du Boulevard Voltaire fait une chute dans l'escalator du Monoprix et se casse les deux jambes, il ne pourra pas accompagner son équipe en quart de finale. Dans pareil cas, le règlement stipule que c'est l'équipe battue au tour précédent qui remplace l'équipe forfait. Ainsi, l'équipe d'Antoine et ses copains revient donc dans la compétition ! Mais il va falloir s'entraîner sérieusement, bien connaître les règles du foot... Il est hors de question de se faire encore battre ! L'entraîneur est déterminé à ne rien laisser passer et Magali, leur camarade de classe, décide de s'occuper de l'entraînement psychologique...
Une histoire amusante et sympathique qui m'a fait penser aux aventures du "petit Nicolas".
D'après l'éditeur, livre à lire dès 9 ans.

Merci Brigitte et les éditions Casterman

Extrait : (début du livre)
Le numéro 5 a feinté, droite , gauche, il a passé Benjamin, il a armé son tir... but !
Jonathan, notre goal, n'a rien pu faire, il rattachait ses lacets.
Notre moniteur de sport a hurlé sur le banc de touche :
- Ce n'est rien ! Allons ! 1-0 ! Ne vous laisser pas abattre ! On se reprend !
1-0, ce n'est rien, d'accord, mais quand ça tombe dans les trois minutes, ça démotive.
Sur les gradins, les filles de notre école de la rue Ribot nous encourageaient. Ma copine Leïla m'a fait un petit signe.
- "Vous êtes les champions ! Vous êtes les champions !" chantait Magali à tue-tête.
C'était gentil. J'ai fait l'engagement. L'avantage quand on a pris un but, c'est qu'on est sûr d'avoir le ballon.

On se reprend ! J'ai fait une longue passe dans les pieds de Sacha, un cadeau, une merveille, dommage qu'il ait marché sur le ballon. Il s'est relevé mais cette teigne de numéro 5 était toujours vivant. Il a fondu sur Sacha, on aurait dit qu'il allait le mordre. Il était effrayant, essoufflé, il en bavait.Sacha aussi a dû avoir peur car il a préféré lui laisser le ballon. Le numéro 5 a pris de la vitesse, il a passé à l'aile, au numéro 3, un malingre. J'ai rigolé, moi, Samuel et Julien, on allait le croquer tout cru. Le malingre a résisté. Il a donné en retrait, un joueur rougae a déboulé, un qu'on n'a pas vu venir, il a armé... But !

  Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Prénom" (8)

6 mai 2014

Le collier rouge - Jean-Christophe Rufin

le collier rouge Gallimard - février 2014 - 160 pages

Quatrième de couverture :
Dans une petite ville du Berry, écrasée par la chaleur de l'été, en 1919, un héros de la guerre est retenu prisonnier au fond d'une caserne déserte. Devant la porte, son chien tout cabossé aboie jour et nuit. Non loin de là, dans la campagne, une jeune femme usée par le travail de la terre, trop instruite cependant pour être une simple paysanne, attend et espère. Le juge qui arrive pour démêler cette affaire est un aristocrate dont la guerre a fait vaciller les principes. Trois personnages et, au milieu d'eux, un chien, qui détient la clef du drame... Plein de poésie et de vie, ce court récit, d'une fulgurante simplicité, est aussi un grand roman sur la fidélité. Etre loyal à ses amis, se battre pour ceux qu'on aime, est une qualité que nous partageons avec les bêtes. Le propre de l'être humain n'est-il pas d'aller au-delà et de pouvoir aussi reconnaître le frère en celui qui vous combat ?

Auteur : Médecin, engagé dans l’action humanitaire, Jean-Christophe Rufin a occupé plusieurs postes de responsabilités à l’étranger. Il a été ambassadeur de France au Sénégal.
Il a d’abord publié des essais consacrés aux questions internationales. Son premier roman,L’Abyssin, paraît en 1997. Son œuvre romanesque, avec Asmara et les causes perduesGlobalia,La Salamandre entre autres, ne cesse d’explorer la question de la rencontre des civilisations et du rapport entre monde développé et pays du Sud. Ses romans, traduits dans le monde entier, ont reçu de nombreux prix, dont le prix Goncourt 2001 pour Rouge Brésil. Il a été élu à l’Académie française en juin 2008. Le parfum d’Adam, publié en 2007, et Katiba, publié en 2010, sont les deux premiers  volets de la série romanesque Les enquêtes de Providence. Il est également l’auteur d’un recueil de nouvelles, Sept histoires qui reviennent de loin, du roman historique Le grand Cœur et d’Immortelle  randonnée, récit de son pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

Mon avis : (lu en mai 2014)
Eté caniculaire de 1919, la guerre est finie et depuis le 14 juillet, Jacques Morlac est en prison alors que son chien est sur la place, aboyant jour et nuit.  Le commandant Lantier vient d'arriver pour sa dernière mission : il va devoir comprendre et juger le comportement fautif du prisonnier. 
Le lecteur découvre ces deux hommes si différents qui ont seulement en commun d'avoir fait tout les deux la guerre. Le juge est un aristocrate fidèle aux valeurs, Morlac paysan, héros malgré lui sur le front d'Orient.  Cela commence comme un interrogatoire mais cela devient vite une conversation entre les deux hommes, le juge est compréhensif, Morlac est têtu "Mes actes, j'en suis responsable et je ne vois aucune raison de m'en excuser".

Deux autres personnages sont importants dans cette histoire, le chien d'une fidélité inconditionnelle et une femme...
Le livre est construit en ménageant un certain suspens et je ne veux pas trop en dévoiler. 
L'histoire est émouvante et très bien écrite. Les personnages sont attachants. Il est question de fidélité, de valeurs et d'amour.
Un coup de cœur !

Note :  ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
À une heure de l’après-midi, avec la chaleur qui écrasait la ville, les hurlements du chien étaient insupportables. Il était là depuis deux jours, sur la place Michelet, et depuis deux jours il aboyait. C’était un gros chien marron à poils courts, sans collier, avec une oreille déchirée. Il jappait méthodiquement, une fois toutes les trois secondes à peu près, d’une voix grave qui rendait fou.
Dujeux lui avait lancé des pierres depuis le seuil de l’ancienne caserne, celle qui avait été transformée en prison pendant la guerre pour les déserteurs et les espions. Mais cela ne servait à rien. Quand il sentait les cailloux approcher, le chien reculait un instant, puis il reprenait de plus belle. Il n’y avait qu’un prisonnier dans le bâtiment et il n’avait pas l’air de vouloir s’évader. Malheureusement, Dujeux était le seul gardien et sa conscience professionnelle lui interdisait de s’éloigner. Il n’avait aucun moyen de poursuivre l’animal, ni de lui faire vraiment peur. 
Par cette canicule, personne ne se risquait dehors. Les aboiements se répercutaient de mur en mur, dans les rues vides. Un moment, Dujeux eut l’idée de se servir de son pistolet. Mais on était maintenant en temps de paix ; il se demandait s’il avait bien le droit de faire feu comme ça, en pleine ville, même sur un chien. Surtout, le prisonnier aurait pu en tirer argument pour monter encore un peu plus la population contre les autorités.
C’est peu de dire que Dujeux le détestait, celui-là. Les gendarmes qui s’en étaient saisi avaient eu une mauvaise impression, eux aussi. L’homme ne s’était pas défendu quand ils l’avaient conduit à la prison militaire. Il les avait regardés avec un sourire trop doux, qu’ils n’aimaient pas. On le sentait sûr de son fait, comme s’il avait accepté de partir de son plein gré, comme s’il n’avait tenu qu’à lui de déclencher une révolution dans le pays...
C’était peut-être vrai, après tout. Dujeux n’aurait juré de rien. Qu’est-ce qu’il savait, lui le Breton de Concarneau, de cette sous-préfecture du Bas-Berry ? En tout cas, il ne s’y plaisait pas. Le temps était humide à longueur d’année et trop chaud pendant les quelques semaines où le soleil brillait toute la journée. L’hiver et aux saisons arrosées, la terre exhalait des vapeurs malsaines, qui sentaient l’herbe pourrie. L’été, une poussière sèche montait des chemins, et la petite ville, sans autre voisinage que la campagne, trouvait le moyen, nul ne savait pourquoi, d’empester le soufre.
Dujeux avait refermé la porte et il se tenait la tête dans les mains. Les aboiements lui donnaient la migraine. Par manque de personnel, il n’était jamais remplacé. Il couchait dans son bureau, sur une paillasse qu’il rangeait la journée dans un placard en métal. Ses deux dernières nuits avaient été blanches, à cause du chien. Ce n’était plus de son âge. Il pensait sincèrement qu’après cinquante ans un homme devrait être dispensé d’épreuves de ce genre. Son seul espoir était que l’officier appelé pour l’instruction arrive au plus vite.

Déjà lu du même auteur :

l_abyssin_p L'Abyssin immortelle_randonnee Immortelle randonnée Compostelle malgré moi 

9782356416353_T Immortelle randonnée Compostelle malgré moi (audio livre) le grand coeur_folio Le grand Cœur 

Challenge Petit Bac 2014
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"Couleur" (6)
 

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Challenge Rentrée Hiver 2014

16 mai 2014

Oscar et la dame rose - Eric-Emmanuel Schmitt

Lu dans le cadre du Challenge
 
"Ecoutons un livre"
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Editions Naïve - avril 2005 - 2h - Lu par l'auteur

Albin Michel – novembre 2002 – 99 pages

Magnard - juin 2006 - 115 pages

Albin Michel - novembre 2009 - 99 pages

Quatrième de couverture :
Voici les lettres adressées à Dieu par un enfant de dix ans.
Elles ont été retrouvées par Mamie Rose, la " dame rose " qui vient lui rendre visite à l'hôpital pour enfants. Elles décrivent douze jours de la vie d'Oscar, douze jours cocasses et poétiques, douze jours pleins de personnages drôles et émouvants.
Ces douze jours seront peut-être les douze derniers. Mais, grâce à Mamie Rose qui noue avec Oscar un très fort lien d'amour, ces douze jours deviendront légende.

Auteur : Dramaturge, romancier, nouvelliste, essayiste, cinéaste, traduit en 50 langues et joué dans autant de pays, Eric-Emmanuel Schmitt est un des auteurs les plus lus et les plus représentés dans le monde. Il a été récompensé par l'Académie Française en juillet 2001 avec le Grand Prix du théâtre, pour l'ensemble de son oeuvre. En 2009, Ulysse from Bagdad lui a valu le Prix des grands espaces littéraires. En 2010, il a obtenu le prix Goncourt de la nouvelle pour son recueil Concerto à la mémoire d'un ange.
Son roman La Femme au miroir lui a valu en 2011 le prix du roman historique, Prix Agrippa d'Aubigné.
Eric-Emmanuel Schmitt a été reçu cette année à L'Académie Royale de langue et de littérature françaises de Belgique au fauteuil 33 qu'occupait Hubert Nyssen, et qu'ont occupé Colette et Cocteau.
Co-directeur du Théâtre Rive Gauche à Paris, Eric-Emmanuel Schmitt y a vu jouée son adaptation théâtrale du Journal d'Anne FrankMonsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, et actuellement la pièce The Guitrys.

Mon avis : (écouté en mai 2014)
C'est bien sûr une relecture car ce livre, je l'ai lu plusieurs fois sous forme papier et cette fois-ci en audio avec l'auteur comme lecteur. Oscar, le narrateur, est un petit garçon de 10 ans qui est malade. Sur les conseils de Mamie Rose, Oscar écrit dix lettres à Dieu. Cette histoire est bouleversante, Oscar a compris que ces jours était comptés même si les adultes (ses parents, les médecins) lui cachent la gravité de sa maladie. Seule Mamie Rose est honnête avec lui et sait répondre la vérité à ses questions. 
La relation qui s'est créée entre Oscar et Mamie Rose est très touchante.
Même si j'ai déjà lu plusieurs fois cette histoire, je n'ai pas pu m'empêcher de verser des larmes en écoutant cet audiolivre. 
Un livre à lire et à faire lire !

Le roman a été adapté par l'auteur au théâtre en 2003, avec Danielle Darrieux.
Le roman a été adapté au cinéma par Éric-Emmanuel Schmitt en 2009. Je n'ai toujours pas vu le film.

Extrait : 
- Si tu écrivais à Dieu, Oscar ?
- Ah non, pas vous, mamie-Rose !
- Quoi, pas moi ?
- Pas vous ! Je croyais que vous n’étiez pas menteuse.
- Mais je ne te mens pas.
- Alors pourquoi vous me parlez de Dieu ? On m’a déjà fait le coup du Père Noël. Une fois suffit !
- Oscar, il n’y aucun rapport entre Dieu et le Père Noël.
- Si. Pareil. Bourrage de crâne et compagnie !
- Est-ce que tu imagines que moi, une ancienne catcheuse, cent soixante tournois gagné sur cent soixante-cinq, dont quarante-trois par KO, L’Etrangleuse du Languedoc, je puisse croire une seconde au Père Noël ?
- Non.
- Eh bien je ne crois pas au Père Noël mais je crois en Dieu. Voilà.
Évidemment, dit comme ça, ça changeait tout.
- Et pourquoi est-ce que j’écrirais à Dieu ?
- Tu te sentirais moins seul.
- Moins seul avec quelqu’un qui n’existe pas ?
- Fais-le exister.
Elle s’est penchée vers moi.
- Chaque fois que tu croiras en lui, il existera un peu plus. Si tu persistes, il existera complètement. Alors, il te fera du bien. 
- Qu’est-ce que je peux lui écrire ? 
- Livre-lui tes pensées. Des pensées que tu ne dis pas, ce sont des pensées qui pèsent, qui s’incrustent, qui t’alourdissent, qui t’immobilisent, qui prennent la place des idées neuves et qui te pourrissent. Tu vas devenir une décharge à vieilles pensées qui puent si tu parles pas.
- OK
Et puis, à Dieu, tu peux lui demander une chose par jour. Attention ! Une seule.
- Il est nul, votre Dieu, Mamie-Rose. Aladin, il avait droit à trois vœux avec le génie de la lampe.
- Un vœu par jour, c’est mieux que trois dans une vie, non ?
- OK. Alors je peux tour lui demander ? Des jouets, des bonbons, une voitures… 
- Non, Oscar. Dieu n’est pas le Père Noël. Tu ne peux demander que des choses de l’esprit.
- Exemple ?
- Exemple : du courage, de la patience, des éclaircissements.
- OK. Je vois.
Et tu peux aussi, Oscar, lui suggérer des faveurs pour les autres.
- Un vœu par jour, Mamie-Rose, faut pas déconner, je vais d’abord le garder pour moi !

 

Déjà lu du même auteur :

oscar_et_la_dame_rose Oscar et la dame rose odette_toulemonde Odette Toulemonde et autres histoires

la_reveuse_d_ostende La rêveuse d'Ostende ulysse_from_Bagdad Ulysse from Bagdad

le_sumo_qui_ne_voulait_pas_grossir Le sumo qui ne pouvait pas grossir l_enfant_de_no__p L'enfant de Noé

quand_je_pense_que_Beethoven Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent...  

mr_ibrahim_ldp_2012 Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran 

les_10_enfants Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus 

la_tectonique_des_sentiments_GC  La tectonique des sentiments la_part_de_l_autre_2003 La Part de l'autre

 les_perroquets_de Les perroquets de la place d'Arezzo  9782226251992g
 The Guitrys 

 la trahison d'E La trahison d'Einstein 

 Challenge Petit Bac 2014
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"Couleur" (6)

2 mai 2014

Il pleuvait des oiseaux - Jocelyne Saucier

il pleuvait des oiseaux Denoël - août 2013 - 208 pages

Quatrième de couverture : 
Trois octogénaires épris de liberté vivent selon leur propre loi en forêt profonde dans le nord de l'Ontario. Non loin de là, deux hommes, l'un gardien d'un hôtel fantôme et l'autre planteur de marijuana, veillent sur l'ermitage des vieillards. Leur vie d'hommes libres et solitaires sera perturbée par l'arrivée de deux femmes. D'abord une photographe en quête du dernier survivant des grands feux qui ont ravagé la région au début du XXème siècle. Puis arrive la deuxième visiteuse, très vieille celle-là, Marie-Desneige, un être aérien et lumineux qui détient le secret des amours impossibles. La vie ne sera plus la même à l'ermitage.
Il pleuvait des oiseaux est un superbe récit qui nous entraîne au plus profond des forêts canadiennes, où le mot liberté prend tout son sens, et dans lequel l'émotion, brute et vive, jaillit à chaque page.

Auteur : Jocelyne Saucier est une romancière canadienne née dans la province du Nouveau-Brunswick en 1948. Elle a fait des études de sciences politiques et de journalisme. Il pleuvait des oiseaux est son quatrième roman.

Mon avis : (lu en avril 2014)
Une histoire lumineuse et tendre sur fond d'une évènement historique qui entraîne le lecteur au plus profond des forêts canadiennes.

Nous suivons les pas d'une photographe partie à la rencontre des témoins des Grands Feux qui ont ravagé le nord de l’Ontario au début du XXe siècle. Elle découvre en pleine forêt Charlie et Tom, deux vieillards qui ont fuit la société et organisé leur fin de vie au fond des bois avec l'aide de Bruno et Steve l'un est gardien d'un hôtel sans client ou presque et l'autre cultive de la marijuana. La petite communauté va être bouleversée par l'arrivée de Marie-Desneige, une octogénaire échappée d’un hôpital psychiatrique. 
Un roman poétique et émouvant sur la vie, la mort, l'amour et la nature. Un superbe moment de lecture plein d'amour, de sensibilité et d'humanité à découvrir absolument !

Extrait : (début du livre)
J'avais fait des kilomètres et des kilomètres de route sous un ciel orageux en me demandant si j'allais trouver une éclaircie dans la forêt avant la nuit, au moins avant que l'orage n'éclate. Tout l'après-midi, j'avais emprunté des routes spongieuses qui ne m'avaient menée qu'à des enchevêtrements de pistes de VTT, des chemins de halage forestier, et puis plus rien que des mares de glaise, des lits de sphaigne, des murs d'épinettes, des forteresses noires qui s'épaississaient de plus en plus. La forêt allait se refermer sur moi sans que je mette la main sur ce Ted ou Ed ou Edward Boychuck, le prénom changeait mais le patronyme restait le même, signe qu'il y avait quelque indice de vérité dans ce qu'on m'avait raconté sur ce Boychuck, un des derniers survivants des Grands Feux.
J'étais partie avec des indications qui m'avaient paru suffisantes. Après la route qui longe la rivière, prendre à droite sur une quinzaine de kilomètres jusqu'au lac Perfection, facile à reconnaître, ses eaux sont vertes, du jade, une eau de glacier du quaternaire et une rondeur d'assiette, une rondeur parfaite, d'où son nom, et après la contemplation de l'assiette de jade, prendre à gauche, il y a là un chevalement tout rouillé, faire une dizaine de kilomètres en droite ligne, ne surtout pas prendre les traverses, tu vas te retrouver dans des vieux chemins forestiers et ensuite, tu ne peux pas te tromper, il n'y a que cette route qui ne mène nulle part. Si tu regardes à droite, tu vas voir un ruisseau qui descend en cascade dans du basalte, c'est là que Boychuck a sa cabane, mais autant te le dire tout de suite, il n'aime pas les visiteurs.
La rivière, le lac de jade, le vieux chevalement, j'avais suivi toutes les indications, mais pas de ruisseau en cascade ni de cabane et j'étais rendue au bout de la route. Plus loin, il y avait un sentier en friche, tout juste bon pour un VTT, rien que mon pick-up n'aurait voulu enjamber. J'en étais à me demander si j'allais faire marche arrière ou m'installer pour la nuit à l'arrière du pick-up, quand j'ai aperçu de la fumée poindre à la base d'une colline et former un mince ruban qui se balançait tout doucement à la cime des arbres. Une invitation.
Les yeux de Charlie, dès qu'ils m'ont aperçue dans l'éclaircie qui entoure son ramassis de cabanes, m'ont lancé un avertissement. On ne pénètre pas dans son domaine sans y être invité.
Son chien m'avait annoncée bien avant que je n'arrive, et Charlie m'attendait, debout devant ce qui devait être sa cabane d'habitation, puisque c'est de là que montait la fumée. Il avait une brassée de bûchettes, signe qu'il en était à préparer son souper. Il a gardé sa brassée contre sa poitrine tout au long de cet échange qui nous a tenus au pas de la porte qu'il n'avait visiblement pas l'intention de m'ouvrir. C'était une porte moustiquaire. L'autre, la porte principale, était ouverte sur l'intérieur pour laisser sortir la chaleur de l'attisée. Je ne pouvais rien distinguer à l'intérieur de la cabane, c'était sombre et emmêlé, mais l'odeur qui s'en dégageait m'était familière. L'odeur de ces hommes des bois qui vivent seuls depuis des années dans l'intimité de toutes ces macérations. Odeur d'abord de corps mal lavés, je n'ai vu aucune douche aucun bain dans aucune des cabanes d'habitation de mes vieux amis des bois. Odeur de graillon, ils se nourrissent principalement de viandes poêlées, d'épais ragoûts, de viande sauvage qui nécessite un lourd apport de gras. Odeur de poussière déposée en strates momifiées sur tout ce qui ne bouge pas. Et odeur sèche du tabac qui est leur principale drogue. Les campagnes antitabac ne se sont pas rendues jusqu'à eux, certains chiquent encore leur carré de nicotine et sniffent religieusement leur Copenhagen. On n'a pas idée de ce que le tabac représente pour eux.

Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Animaux" (5)

Challenge 7% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
37/42

23 avril 2014

Blast, tome 4 : Pourvu que les Bouddhistes se trompent - Manu Larcenet

Couv_209638 Dargaud - mars 2014 - 200 pages

Quatrième de couverture :
Dernier tome du chef-d'oeuvre de Manu Larcenet, réussite artistique 
exemplaire, Blast ne peut laisser indifférent. De par sa forme d'abord, 4 albums denses, sombres, tragiques, bourrés jusqu'à la gueule d'une
humanité débordante et d'une sauvagerie fascinante. Mais aussi par ses qualités graphiques et narratives hors du commun qui en font un ovni éditorial. Ce 4e tome clôt avec une maestria scénaristique rare, le parcours d'un homme captivant. Une conclusion coup de poing qui vous laissera KO.

Auteur : Né le 6 mai 1969 à Issy-les-Moulineaux, après s'être lancé dans la BD à l'âge de dix ans, Manu Larcenet étudie le graphisme au lycée de Sèvres et obtient un BTS d'expression visuelle option 'images de communication' à l'Ecole des arts appliqués. Parallèlement, il multiplie les concerts avec un groupe punk fondé avec des amis de collège. Il fait son service militaire en 1991 et connaît alors le bataillon disciplinaire. A son retour, il emménage avec des amis musiciens et poursuit la scène et le graphisme : ses premiers dessins sont publiés dans des fanzines de rock et de bande dessinée. Il commence en 1994 une collaboration d'abord discrète avec le magazine Fluide glacial ; son premier récit, 'L' Expert-comptable de la jungle', est bientôt suivi de 'Soyons fous', 'La Loi des séries' et 'Bill Baroud espion'. Spirou, Dupuis, Glénat et Les Rêveurs de runes, une maison d'édition qu'il a fondée avec Nicolas Lebedel, publient depuis ses albums. Les improbables créatures ou les petits bonhommes ordinaires qui peuplent ses dessins font son succès. Il reçoit en 2003 le prix Jacques Lob, puis le prix du meilleur album à Angoulême en 2004 pour 'Le Combat ordinaire'. Mêlant autobiographie et réflexion, à l'instar de son 'Retour à la terre', cette série apparaît comme celle de la maturité. Changement de ton qui ne l'empêche pas, à l'occasion, de revenir, en 2006, à ses premières amours avec l'album 'Chez Francisque', scénarisé par Yan Lindingre. Artiste protéiforme, alternant séries potaches et récits plus profonds, Manu Larcenet compte désormais parmi les auteurs incontournables de la bande dessinée.

Mon avis : (lu en avril 2014)
Voilà l'album qui conclut la série Blast. C'est la fin de la garde à vue de Polza Mancini, il continue à raconter son histoire. A la fin de l'épisode précédent il avait déclaré que ce n'était pas lui mais Carole qui avait tué son père. Recherché par la police, Polza s'était réfugié chez Roland Oudinot qu'il avait rencontré dans un hôpital psychiatrique. Ce dernier vit avec sa fille Carole. C'est l'hiver et Polza préfère attendre le printemps avant de reprendre sa route. Pendant que Carole part travailler la journée, il reste toute la journée en compagnie de Roland qui occupe son temps à faire des dessins et des collages enfantins mais terribles. Il doit surveiller Roland, schizophrène, pour qu'il prenne bien ses médicaments...
Tous les morceaux du puzzle des différents épisodes se mettent en place et cette conclusion est aussi remarquable que toute la quadrilogie. Les dessins sont magnifiques en noir et blanc et par moment des dessins couleurs, un mélange des styles.
Une série étonnante, originale, cruelle, violente, noire et poétique qui ne laissera pas le lecteur indifférent.
Ce quatrième tome terminé, je n'ai qu'une seule envie : relire les premiers tomes...

Extrait : 

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Déjà lu du même auteur :

RetourALaTerreLe1a_21012005 le_retour___la_terre_2 RetourALaTerreLe3_11012005 RetourALaTerreLe4_31082006 le_retour___la_terre_5 
Le retour à la terre

blast Blast : 1 - Grasse carcasse 

blast2  Blast : 2 - L'Apocalypse selon saint Jacky 

89516661_p Blast : 3 - La tête la première

30 avril 2014

Psycho investigateur - Erwan Courbier et Benoît Dahan

psycho Physalis - juin 2013 - 144 pages

Quatrième de couverture :
Quand il manque des pièces au puzzle d'une enquête policière, il existe un étrange analyste qui possède la mystérieuse capacité de les retrouver. Examinant les témoins les plus improbables, Simon Radius pénètre la nébuleuse de leurs souvenirs enfouis...
Mais le Psycho-Investigateur auto-proclamé pourra-t-il compléter son propre puzzle, le plus impensable de tous ?

Auteurs : Erwan Courbier, scénariste, vit à Lyon. Il a commencé à raconter des histoires en inventant des jeux de rôle avant de se lancer dans le scénario de Simon Radius qu'il écrit en collaboration avec Benoît Dahan.

Benoît Dahan, scénariste, dessinateur et coloriste, vit à Paris. Après des études d'Arts Graphiques à l’ESAG, il se lance dans l’illustration de presse (Le Monde, Libération, Le Point, Science et vie junior...) et de livres jeunesse. Simon Radius est son premier album de bande dessinée qu'il réalise avec son ami Erwan Courbier.

Mon avis : (lu en avril 2014)
Cet album regroupe une trilogie, en 2005 le premier tome était paru sous le titre "Simon Radius" mais l'éditeur n'avait pas voulu poursuivre la série. Grâce à la persévérance des auteurs et les éditions Physalis, l’intégralité des trois tomes imaginés a pu enfin être édité. 
Une bande dessinée très originale que j'ai découvert lors d'un Café Lecture de la Bibliothèque. Simon Radius est psycho-investigateur, sous hypnose, il arrive à pénétrer dans l'esprit des témoins, il traque les souvenirs oubliés, les traumatismes anciens... Ce sont des méthodes qui lui attirent moquerie et conflits avec ses confrères psychiatres et les enquêteurs de la police. A travers trois enquêtes le lecteur découvre les méthodes plutôt inattendues et surprenantes de notre psycho-investigateur. Simon est lui-même pleins de mystères et de secrets, il tente d'appliquer à lui-même ses méthodes d'investigation pour retrouver sa femme disparue...
Voilà une bande dessinée très réussie que l'on ne peut pas lâcher. Elle mêle intelligement enquête policière et étude psychologique. Le scénario est très réussi, tout comme la mise en page. La qualité du papier, de la couverture de l'album et son petit prix est également à signaler.
Une très belle découverte !

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : 

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22 avril 2014

Pour quelques milliards et une roupie - Vikas Swarup

 Lu en partenariat avec Babelio et Belfond

95343032 Belfond - avril 2014 - 425 pages 

traduit de l'anglais (Inde) par Roxane Azimi

Titre original : The accidental apprentice, 2013

Quatrième de couverture :
Vendeuse d’électroménager pour entretenir sa famille, harcelée chaque jour par sa sœur, starlette en devenir, son propriétaire pressé et son patron incompétent, Sapna Sinha voit s’éloigner toujours un peu plus ses rêves d’avenir. Mais voilà qu’un jour, le plus grand patron d’Inde lui offre sa fortune et son entreprise, à condition qu’elle passe sept mystérieuses épreuves. S’agit-il d’un jeu cruel ou se pourrait-il que ses prières soient enfin exaucées ? Embarquée malgré elle dans d’incroyables aventures auprès de stars désespérées, de jeunes fiancées suicidaires et d’enfants exploités, Sapna devra prouver sa vaillance, son empathie et son honnêteté afin de construire un avenir meilleur pour elle et sa famille.

Auteur : Né en 1963 à Allahabad, en Inde, Vikas Swarup est diplomate. Après avoir été en poste en Turquie, aux États-Unis, en Éthiopie, en Grande-Bretagne et en Afrique du Sud, il est actuellement consul général de l’Inde à Osaka, au Japon. Prix Grand Public du Salon du livre 2007, traduit dans quarante-deux langues, son premier roman, Les Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire (2006), a connu un immense succès international, avant d’être adapté au cinéma par Danny Boyle sous le titre Slumdog millionaire et de rafler huit oscars. Après Meurtre dans un jardin indien (2010), Pour quelques milliard et une roupie est son troisième livre traduit en français.

Mon avis : (lu en avril 2014)
Sapna Sinha est vendeuse d'électroménager, elle fait vivre sa mère malade et sa soeur étudiante qui rêve de devenir une star. Pas facile de gérer ce quotidien sans grande perspective... Et voilà qu'un jour, un inconnu lui propose un étonnant marché, devenir le PDG d'un empire financier d'une valeur de dix milliards de dollars. Où est le piège ? Pourquoi choisir une pauvre petite vendeuse d'électroménager pour lui faire une telle proposition ? Sapna ne croit pas au sérieux de cette proposition et la refuse. Mais finalement, poussée par des soucis d'argent et pour pouvoir garder leur logement elle finit par accepter ce marché incroyable. Pour réussir à devenir le PDG du groupe ABC, elle va devoir passer 7 épreuves pour prouver son aptitude à être chef d'entreprise...
La construction de l'intrigue a quelques ressemblances avec le premier succès de l'auteur "Les Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire" avec le principe des épreuves. L'histoire est rythmée, haletante. A travers les différentes épreuves, l'auteur a voulu traiter des sujets comme les mariages arrangés, le travail des enfants, la téléréalité... Le lecteur découvre une Inde où traditions et modernité se mêlent. Un livre qui se lit facilement et qui est dépaysant. Une belle découverte.

Merci  Babelio et Belfond pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
DANS LA VIE
, on n'obtient jamais ce qu'on mérite ; on obtient ce qu'on a négocié.
C'est la première chose qu'il )m'a enseignée.
Voici trois jours que je tente de mettre ce conseil en pratique, négociant fébrilement avec mes accusateurs et persécuteurs pour essayer désespérément d'échapper à la peine de mort qu'ils me réservent d'un commun accord.
Dehors, les médias guettent comme des vautours. Les chaînes d'information font leurs choux gras de mon histoire, exemple édifiant de ce qui arrive quand une collision entre cupidité et crédulité débouche sur une catastrophe sanglante dite homicide volontaire avec préméditation. Elles diffusent en boucle le cliché pris par la police après mon arrestation. Sunlight TV a même exhumé la photo de classe granuleuse de mon école à Nainital ; je suis assise, raide comme un piquet, au premier rang à côté de Mme Saunders, notre prof de quatrième. Mais Nainital me semble loin maintenant, pays de cocagne aux vertes montagnes et aux lacs argentés où mon optimisme juvénile m'avait jadis amenée à croire que l'horizon était infini et l'esprit humain indomptable.
J'ai envie d'espérer, de rêver, de recouvrer la foi, mais la réalité impitoyable m'écrase comme une chape de plomb. J'ai l'impression de vivre un cauchemar, d'être piégée dans le puits sombre et profond d'un désespoir sans nom, dont personne ne sort.
Confinée dans ma cellule aveugle et étouffante, je repense au jour fatidique où tout a commencé. Bien que cela remonte à plus de six mois déjà, je me souviens de chaque détail aussi clairement que si c'était hier. Je me revois me dirigeant vers le temple d'Hanuman dans Connaught Place par cet après-midi gris et froid...
Nous sommes le vendredi 10 décembre, et dans Baba Kharak Singh Marg c'est le tohu-bohu habituel, mélange chaotique de bruit et de chaleur. S'y croisent des bus bringuebalants, des voitures qui klaxonnent, des scooters pétaradants et des auto-rickshaws hoquetants. Pas un nuage dans le ciel, mais le soleil est masqué par le cocktail toxique de la pollution qui s'abat l'hiver sur la ville.
Prudente, j'ai troqué ma tenue de travail contre un modeste salvar kameez bleu ciel, sur lequel j'ai enfilé un cardigan gris. C'est un rituel que j'observe tous les vendredis : je quitte en douce le magasin à l'heure du déjeuner et traverse la place pour me rendre au vieux temple du dieu singe Hanuman.
La plupart des gens vont au temple pour prier ; moi j'y vais pour expier. Je ne me pardonne toujours pas la mort d'Alka. Quelque part, je reste persuadée que c'est arrivé par ma faute. Depuis ce drame affreux, Dieu est mon seul refuge. Et j'entretiens un rapport privilégié avec la déesse Durga qui a son propre sanctuaire à l'intérieur du mandir d'Hanuman.
Lauren Lockwood, mon amie américaine, n'en revient toujours pas que nous ayons trois cent trente millions de dieux. « Bon sang, vous autres hindous, vous savez vous entourer. » D'accord, elle exagère, mais il est vrai que tout temple digne de ce nom abrite les autels d'au moins cinq ou six autres divinités.
Chacune d'elles possède des pouvoirs particuliers. La déesse Durga est l'Invincible qui rattrape les situations les plus désespérées. Après la mort d'Alka, alors que ma vie était un tunnel obscur de tristesse, de chagrin et de regret, elle m'a donné la force. Elle est toujours là quand j'ai besoin d'elle.
Le temple est bondé, ce qui est plutôt rare pour un vendredi après-midi, et je me trouve prise dans le flot incessant des fidèles jouant des coudes pour accéder au saint des saints. Le sol de marbre est frais sous mes pieds nus, et l'air embaume le mélange capiteux de sueur, de santal, de fleurs et d'encens.
Je me joins à la file d'attente réservée aux dames, qui est nettement plus courte, et j'arrive à communier avec Durga Ma en moins de dix minutes.
Mon darshan – le tête-à-tête avec Dieu – achevé, je m'apprête à descendre les marches quand une main s'abat sur mon épaule. Je pivote et me retrouve face à un homme qui me dévisage intensément.
Lorsqu'un inconnu aborde une jeune femme à Delhi, le premier réflexe de celle-ci est d'attraper la bouteille de spray au poivre qu'elle garde toujours à portée de main. Mais celui qui me fait face n'a rien d'un traîne-savates désœuvré. C'est un monsieur âgé, vêtu d'un pyjama kurta en soie blanc cassé, un pashmina blanc drapé négligemment sur les épaules. Grand, la peau claire, il a un nez aquilin, une bouche dure et déterminée, et son visage est encadré d'une crinière blanche comme la neige, coiffée en arrière. Un tika vermillon lui orne le front. Ses doigts sont chargés de bagues serties de diamants et d'émeraudes. Mais c'est son regard pénétrant qui me trouble le plus. Il me fixe si franchement que c'en est intimidant. Voici un homme qui a manifestement l'habitude de commander.
— Puis-je vous dire deux mots ? demande-t-il d'une voix saccadée.
— Qu'est-ce que vous voulez ?
Je prends un ton sec, mais moins acerbe que d'ordinaire, eu égard à son âge.
— Je m'appelle Vinay Mohan Acharya, dit-il posément, et je dirige Acharya Business Consortium. Avez-vous entendu parler du groupe ABC ?
Je hausse les sourcils en guise d'assentiment. Il s'agit d'un des plus gros groupes industriels en Inde, qui produit de tout, depuis le dentifrice jusqu'aux turbines.
— J'ai une proposition à vous faire, qui va changer radicalement le cours de votre vie. Donnez-moi dix minutes, et je vous expliquerai.
Ces paroles, je les ai déjà entendues maintes fois. Dans la bouche de courtiers en assurances qui viennent vous relancer chez vous et de représentants de commerce qui font du porte-à-porte pour vendre des produits d'entretien.
— Je n'ai pas dix minutes, dis-je. Il faut que je retourne travailler.
— Écoutez-moi au moins, insiste-t-il.
— Eh bien, allez-y.
— J'aimerais vous offrir la chance de devenir P-DG du groupe ABC. C'est-à-dire la direction d'un empire financier d'une valeur de dix milliards de dollars.
Je sais maintenant qu'il faut se méfier de lui. Il parle comme un escroc, comme ces vendeurs à la sauvette dans Janpath qui cherchent à vous fourguer des ceintures en faux cuir et des paquets de mouchoirs bon marché. Je guette le demi-sourire qui me prouverait qu'il plaisante, mais son visage demeure impassible.
— Ça ne m'intéresse pas, lui dis-je fermement en commençant à descendre.
Il m'emboîte le pas.
— Vous êtes en train de me dire que vous refusez l'offre du siècle, plus d'argent que vous n'en gagneriez en l'espace de sept vies ?
Sa voix est cinglante comme un coup de fouet.
— Écoutez, monsieur Acharya ou qui que vous soyez. J'ignore à quoi vous jouez, mais je vous l'ai dit, ça ne m'intéresse pas. Alors soyez gentil, cessez de me harceler.
Je récupère mes mules Bata auprès de la vieille dame à l'entrée du temple qui garde les chaussures moyennant un petit pourboire.
— Vous devez croire qu'il s'agit d'une blague, déclare-t-il en enfilant une paire de sandales marron.
— Pourquoi, ce n'en est pas une ?
— Je n'ai jamais été aussi sérieux.
— Dans ce cas, vous devez faire partie d'une émission style Caméra cachée. Et au moment où je dirai oui, vous me montrerez toutes ces caméras qui vous suivent partout.
— Vous voyez un homme de mon rang participer à des émissions débiles ?
— Ma foi, ce n'est pas plus débile que d'offrir votre empire financier à de parfaits inconnus. Je me demande même si vous êtes bien celui que vous prétendez être.
— Bien vu.
Il hoche la tête.
— Un fond de scepticisme, c'est toujours sain.
Il sort un portefeuille en cuir noir de sa kurta et me tend une carte de visite.
— Peut-être que ceci finira de vous convaincre.
J'y jette un rapide coup d'œil. C'est impressionnant, une sorte de plastique translucide avec le logo du groupe ABC en relief et VINAY MOHAN ACHARYA, PRÉSIDENT gravé en gras.
— N'importe qui peut faire imprimer ça pour quelques centaines de roupies, dis-je en lui rendant sa carte.
Il en tire une autre de son portefeuille.
— Et celle-ci ?
C'est une carte Centurion d'American Express, toute noire, au nom de Vinay Mohan Acharya. J'ai rencontré cette espèce rare une seule fois, quand un entrepreneur bling-bling de Noida l'a sortie pour payer un téléviseur Sony LX-900 de 60 pouces qui valait presque quatre cent mille roupies.
— Ça ne change pas grand-chose.
Je hausse les épaules.
— Comment puis-je savoir que ce n'est pas une fausse ?
Nous avons déjà traversé le parvis du temple et nous approchons de la route.
— Voici ma voiture, dit-il en désignant une auto rutilante garée le long du trottoir.
Un chauffeur en casquette et uniforme blancs est assis au volant. Un homme armé en treillis émerge du siège avant et se fige au garde-à-vous. Acharya fait claquer ses doigts, et l'homme se précipite pour ouvrir la portière arrière. Son zèle servile n'a rien de feint : il est le fruit de longues années d'obéissance inconditionnelle. Je note, admirative, que la voiture est une Mercedes CLS-500 gris argenté, dont le prix va chercher dans les neuf millions de roupies.
— Une seconde, dit Acharya en se baissant.
Il attrape un magazine sur le siège arrière et me le tend.
— Je l'avais gardé en dernier recours. Si avec ça vous n'êtes pas convaincue, alors il n'y a plus rien à faire.
C'est un exemplaire du Business Times daté de décembre 2008. Avec un portrait en couverture, et le gros titre : « L'homme d'affaires de l'année ». Je regarde son visage, puis l'homme qui se tient en face de moi. Pas de doute : c'est la même crinière blanche rejetée en arrière, le même nez busqué, les mêmes yeux perçants. Je suis bien devant l'industriel Vinay Mohan Acharya.
— OK, je concède. Vous êtes donc M. Acharya. Qu'est-ce que vous me voulez ?
— Je viens de vous le dire. Vous nommer à la tête de mon groupe.
— Et vous imaginez que je vais vous croire ?
— Donnez-moi dix minutes, et vous serez obligée de me croire. Est-ce qu'on peut s'asseoir quelque part pour parler ?
Je consulte ma montre. Il me reste encore vingt minutes de pause déjeuner.
— On n'a qu'à aller au café, là-bas.
Je montre du doigt le bâtiment délabré de l'autre côté de la route qui sert de QG aux amateurs des derniers potins.
— J'aurais préféré le Lobby Lounge au Shangri La, dit-il à contrecœur, comme quelqu'un qui consentirait un sacrifice. Cela ne vous ennuie pas qu'un de mes collaborateurs se joigne à nous ?
Il n'a pas fini sa phrase qu'un homme se matérialise devant nous, tel un fantôme émergeant de la foule de passants. Bien plus jeune, la trentaine vraisemblablement, il porte avec décontraction un survêtement Reebok bleu roi sous lequel se dessine un corps musculeux d'athlète. J'effleure du regard ses cheveux coupés en brosse, ses petits yeux de furet et sa bouche mince et cruelle. Son nez légèrement de travers, comme à la suite d'une fracture, est la seule chose qu'on remarque dans un visage par ailleurs ordinaire. J'imagine qu'il devait suivre discrètement Acharya depuis le début. Ses yeux perçants ne cessent de pivoter à droite et à gauche, scrutant les environs avec le professionnalisme d'un garde du corps, avant de se poser sur moi.
— Je vous présente Rana, mon bras droit.
Je hoche poliment la tête, me ratatinant sous son regard glacé.
— On y va ? demande Rana.
Il a une voix rauque, grinçante, comme des feuilles mortes qui crissent sous les pas. Sans attendre ma réponse, il nous précède vers le passage souterrain.
L'odeur envahissante de dosas, galettes de riz et lentilles, en train de frire et de café grillé assaille mes narines dès que je franchis la porte battante du troquet. Je vois Acharya qui fronce le nez, regrettant déjà sa décision de venir ici. C'est l'heure du déjeuner, et la salle est bondée.
— Il faut compter vingt minutes d'attente minimum, nous informe le gérant.
Rana lui glisse un billet plié de cent roupies, et aussitôt on nous dresse une table dans un coin. Acharya et son acolyte s'installent d'un côté, et je prends place sur l'unique chaise en face d'eux. Rana commande d'un ton bref trois cafés filtre, puis Acharya prend le relais. Son regard plonge dans le mien.
— Je vais être franc avec vous. Ceci est un pari hasardeux pour moi. Alors, avant de vous exposer mon projet, j'aimerais que vous me parliez un peu de vous.
— En fait, il n'y a pas grand-chose à dire.
— Commencez par votre nom, déjà.
— Je m'appelle Sapna. Sapna Sinha.
— Sapna.
Il fait rouler le mot sur sa langue avant d'acquiescer, satisfait.
— C'est bien comme nom. Quel âge avez-vous, Sapna, si je puis me permettre ?
— Vingt-trois ans.
— Et que faites-vous dans la vie ? Vous étudiez ?
— J'ai fait mes études à l'université Kumaun à Nainital. Maintenant je travaille comme vendeuse chez Gulati & Fils. Ils ont un magasin d'électronique et d'électroménager dans Connaught Place.

Challenge Petit Bac 2014
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