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A propos de livres...
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10 mai 2010

Loup y es-tu ? - Janine Boissard

loup_y_es_tu Robert Laffond – octobre 2009 – 328 pages

Présentation de l'éditeur :
Qui a envoyé à Manon, 28 ans, le tout petit garçon qu'elle découvre ce soir-là, recroquevillé sur son paillasson, avec ce seul message : " Sauvez-le " ?
Quel danger le menace pour qu'il semble si perdu, si effrayé ? La longue et périlleuse enquête que Manon va mener la replongera dans un passé douloureux qu'elle tentait en vain d'oublier.
" Loup y es-tu ? " Le loup est bien là.
Mais au cours de sa folle aventure, Manon, qui déjà connaissait l'amitié, trouvera enfin l'amour.

 

Auteur : Janine Boissard est née et a fait ses études à Paris.
En 1977, elle publie sa célèbre saga "L'Esprit de famille" (six volumes en tout, de 1977 à 1984). L'évolution de la société, les chambardements dans la famille, les problèmes de couple, ceux de l'adolescence, ceux de la femme moderne face au monde du travail sont ses thèmes favoris. En 1996, elle publie "Une Femme en blanc", un formidable succès en librairie, traduit en Allemagne et en Italie; sans oublier la série télévisée en six épisodes, diffusée en 1997. Janine Boissard a publié à ce jour une trentaine de livres, dont Malek (2008), Allez, France ! (2007). Décorée des Palmes Académiques pour son action auprès de la jeunesse, elle vit de sa plume depuis vingt ans. L'écriture est, dit-elle, "à la fois ma passion, un métier exigeant et ma façon de respirer".

 

Mon avis : (lu en mai 2010)

Janine Boissard est une auteur que j'ai découvert lorsque j'étais adolescente avec sa série « L'esprit de famille ». J'ai lu presque tous ses livres et j'ai encore pris beaucoup de plaisir avec celui-ci « Loup y es-tu ? ».

Manon a vingt-huit ans, elle vit seule à Paris, elle est présentatrice de télévision. Un soir en rentrant chez elle, elle trouve sur le pas de sa porte un petit garçon recroquevillé et un message sur son téléphone : « sauvez-le ». Le petit garçon, Mano a des yeux d'un bleu unique et Manon comprend qu'il est le fils de sa sœur Agathe qui a été déclarée morte depuis 4 ans. Avec l'aide de ses deux amies Vic et Armelle, de Marc et Juan, Manon va enquêter sur la disparition de sa sœur à Palerme en Sicile lors d'un incendie. Et découvrir qui s'est occupé de Mano jusqu'alors et lui a confié.

L'histoire prenante autour de la famille, l'amitié et l'amour, des personnages attachants. De l'émotion et du suspense, l'auteur mêle enquête policière et histoire d'amour. Un livre agréable et facile à lire. J'ai passé un très bon moment en compagnie de ce livre.

 

Extrait : (page 73)
C'était bien le problème. Vous édifiez, année après année, des murailles autour de votre faute, votre très grande faute. Bon an, mal an, vous parvenez à vivre avec, vous avez même de bons moments, ceux qu'on appelle de "rémission". Et ce sont vos plus proches, vos amis de cœur, qui, vous ouvrant le leur, vous manifestent leur amour et leur compassion, pulvérisent vos fortifications de papier mâché et remâché par les larmes.
"On t'aime"
Donnez moi des indifférents, des insensibles, et mêmes des ennemis, qui vous obligent à garder votre cuirasse.
Vic, Armelle, Marc... sans compter le regard fraternel de la victime du tsunami, c'était trop.
J'ai 21 ans, Agathe 17. Je suis descendue à Toulon pour l'anniversaire de maman, ma sœur me vole ma carte bancaire et vide mon compte.
"Dégage, Agathe. Je ne veux plus te revoir. Jamais.
Amen, je n'aurais plus jamais de nouvelles.
J'ai gueulé, j'ai sangloté, la phrase assassine, cadenassée depuis sept ans au fond de mon cœur. Bien sûr que si je n'avais pas bouté ma sœur hors de ma vie, elle n'aurait pas perdu la sienne. Évidemment, elle m'aurait donné son adresse en Sicile, invitée à venir la voir, confié qu'elle était enceinte, révélé qu'un danger la menaçait, appelée à l'aide, sachant bien que sa bêtasse de sœur serait accourue au premier coup de sifflet pour lui porter secours.
J'avais rompu le pacte des améthystes. « On les portera toujours, même la nuit, promis, Manon ? » J'avais abandonné mon Agathe dans sa nuit. Et, pour pénitence de mon pécher mortel, elle m'envoyait du ciel un petit orphelin doté de son regard turquoise.

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2 mai 2010

Au rebond – Jean-Philippe Blondel

au_rebond Actes Sud Junior - janvier 2009 – 99 pages

Quatrième de couverture :
Au rebond "Quand je suis sorti du gymnase, il faisait beau. Le soleil tapait fort. Mon cœur aussi. Des rouages s'étaient enclenchés dans mon cerveau et j'avais commencé à gamberger. Qu'est-ce qu'on est censé faire quand un camarade s'évapore ? Qu'est-ce qu'on est censé faire quand un copain coupe tout contact, du jour au lendemain ? " Forcer le destin. " C'est ma mère qui a prononcé ces mots-là, le soir même, après m'avoir cuisiné sur mon silence."

 

Auteur : Jean-Philippe Blondel est né en 1964, il est marié, il a deux enfants et il enseigne l'anglais dans un lycée de province depuis bientôt vingt ans. Il a aussi un vice – il aime lire. Pire encore, il aime écrire. Il a publié plusieurs romans comme Accès direct à la plage (2003), 1979 (2003), Juke-box (2004), Un minuscule inventaire(2005), Passage du gué (2006), This is not a love song (2007). Au rebond est son deuxième livre pour la jeunesse après Un endroit pour vivre (2007).

 

Mon avis : (lu en mai 2010)
Alex, le narrateur, vit seul avec sa mère infirmière dans une cité. Son «vrai pote» Christian, qui fait partie de la même équipe de basket, habite une maison dans un quartier résidentiel. Son père est également souvent absent car en voyages d'affaires. Et du jour au lendemain, Christian disparaît, ne donne plus signe de vie. Qu'est-ce qu'on est censé faire quand un camarade s'évapore ? Qu'est-ce qu'on est censé faire quand un copain coupe tout contact, du jour au lendemain ? La mère d'Alex va lui dire de Forcer le destin. Et Alex va suivre ce conseil et découvrir ce qu'il se passe chez Christian et avec l'assistance de sa mère, il va l'aider. Ainsi par la même occasion, Alex va faire évoluer le cours de sa vie et trouver sa route future. Ce court et bon roman nous raconte une histoire d'amitié et de solidarité. Les personnages sont attachants et l'on peut savourer cette histoire pleine d'optimisme dès 13 ans !

Extrait : (début du livre)
D'abord, il y a le souffle. Le souffle et les battements du cœur dans les oreilles. Le bruit sourd et répétitif, la ligne de basse d'un morceau de rock, un rythme lancinant. Et puis le souffle, oui. Juste le souffle. Détaché. Couvrant les autres sons. Couvrant le son mat de la balle qui rebondit sur le parquet. Même celui des baskets qui crissent au gré des déplacements des joueurs. Celui des appels mi-angoissés, mi-énervés de mes coéquipiers et de l'entraîneur, sur le banc, au bord du terrain. Je n'entends que mon souffle. Je ne ressens que la balle. Elle va et vient. Elle passe de ma main au sol, elle heurte le parquet et puis revient me caresser la paume. C'est un mouvement qui m'hypnotise. C'est un mouvement qui me berce. Je sens aussi les gouttes de sueur dans mon dos et sur mes tempes. Je déteste être en sueur. La seule exception, c'est ici, dans le gymnase, le mercredi et le samedi après midi, lors des matchs de basket. Le souffle, le bruit de la balle, le cœur qui tambourine, je cherche des yeux mes partenaires. Je suis hors de moi. Je ne sais pas vraiment l'expliquer. C'est comme si je me détachais de mon corps et que l'intégrais un autre espace. Je ne souffre pas de douleurs dans les jambes, ni de celles qui devraient me vriller les épaules après le choc de tout à l'heure. Je suis là, les deux pieds arrimés au sol et le corps pourtant presque aérien, je maîtrise la balle, le temps et l'espace, et les autres patientent, ils attendent de savoir qui sera choisi.

Christian se démarque. C'est à lui que je fais une passe. Je sais qu'il va courir plus vite que les autres vers le panier adverse et qu'il va marquer. Christian ne manque jamais aucun panier en mouvement. Moi non plus, d'ailleurs. Les seuls tirs que je rate, ce sont les lancers francs. Trop de pression. Trop d'attente de la part des autres. Trop peur de décevoir. Alors je déçois.

23 février 2010

Pico Bogue tome 1 : La vie et moi – Dominique Roques et Alexis Dormal

picobogue Dargaud – mai 2008 – 48 pages

Présentation de l'éditeur :

Moi, c'est Pico, un adorable petit rouquin, et la vie, c'est tout le reste : la petite sœur Ana Ana, les parents, Papic, Mamite, les copains, l'école, la plage, la gym, les fâcheries, les ours en peluche, la télé, Dieu, etc. La vie et moi, c'est le tas de problèmes que ça pose de s'arranger avec tout ça. Par exemple, perdre son statut de fils unique (vénéré) pour partager le terrain avec la petite sœur (une pétroleuse).

Auteurs : Dominique Roques, mère d'Alexis Dormal, est née en 1948 à Casablanca. Elle a eu deux fils, dont l'un s'est mis à dessiner. Ainsi en 2005, après s'être intéressée aux dessins de son fils, elle écrit des scénarios.

Alexis Dormal, fils de Dominique Roques, né en 1977 à Bruxelles. Plus tard, diplômé d'une école belge de réalisation cinéma/télévision, il part étudier le dessin à l'école Émile Cohl, à Lyon. Maintenant, il dessine et sa maman écrit les bulles...

Mon avis : (lu en février 2010)

Cet album nous raconte une suite de tranches de vie de Pico, un petit garçon avec une impressionnante chevelure rousse, qui n'a pas sa langue dans sa poche. Il a une petite sœur Ana Ana, des parents, des grands parents Mamite et Papic, des copains… Il est un peu turbulent, il a beaucoup de réparties et sait parfaitement tourner une situation à son avantage. Ses répliques sont d'une grande fraîcheur et ses remarques sont souvent naïves. J'attends avec impatience de pouvoir lire les 2 albums suivants.

Un vrai de coup de cœur ! A découvrir sans attendre !

Extraits :

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18 avril 2010

Pico Bogue tome 3 : Question d'équilibre – Dominique Roques et Alexis Dormal

pico_bogue_T3 Dargaud – novembre 2009 – 48 pagesPrésentation de l'éditeur :

Pico Bogue poursuit son exploration au petit bonheur la chance des grandes questions sur la vie et absolument tout le reste ! Ana Ana, sa petite soeur, met un point d'honneur à l'aider ou le contrarier selon les circonstances, ses parents passent du rire aux larmes, et les amis des parents apprennent à découvrir le charmant petit monstre. Une galerie de personnages, des histoires et des situations absolument irrésistibles !

Auteurs : Dominique Roques, mère d'Alexis Dormal, est née en 1948 à Casablanca. Elle a eu deux fils, dont l'un s'est mis à dessiner. Ainsi en 2005, après s'être intéressée aux dessins de son fils, elle écrit des scénarios.

Alexis Dormal, fils de Dominique Roques, né en 1977 à Bruxelles. Plus tard, diplômé d'une école belge de réalisation cinéma/télévision, il part étudier le dessin à l'école Émile Cohl, à Lyon. Maintenant, il dessine et sa maman écrit les bulles...

Mon avis : (lu en avril 2010)

Je viens de terminer le tome 2, et me voici plongée dans le tome 3 ! Je retrouve Pico, toujours très attachant et rigolo avec ses réflexions d'adulte et Ana Ana, elle aussi, aussi douée que son frère. Un nouveau personnage apparaît, Antoine, l'ami de la famille. C'est l'automne puis l'hiver, les nouvelles aventures tournent autour d'Halloween puis de la neige et enfin de Noël et de l'existence du Père Noël. A chaque fois, on découvre les réflexions surprenantes mais justes de Pico et Ana Ana. Je me suis régalée et j'ai ri de bon cœur ! Ne pas oublier de regarder également la deuxième et la troisième de couverture dont les dessins se répondent...

Extrait :

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9 avril 2010

Le Club Jane Austen - Karen Joy Fowler

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book - La Table Ronde

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La Table Ronde – octobre 2005 – 335 pages

Folio – avril 2007 – 384 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Sylvie Doizelet

Présentation de l'éditeur :

Un de ces livres rares qui nous rappelle ce qu'est le bonheur de lire. " New York Times Book Review.

" La conversation de ce club est tour à tour enjouée, intelligente et anodine. Mais ce n'est pas tout : les protagonistes dégustent des desserts hautes calories, sirotent des margaritas et s'évadent dans leurs rêveries. Comme Jane Austen, Fowler est un esprit subversif et une fine observatrice des relations humaines. " Publisher's Weekly.

" Cinq femmes et un homme se réunissent régulièrement pour discuter de l'œuvre de l'une des plus grandes romancières anglaises. Ça se passe en Californie, au début du XXIe siècle, et ce sont des gens normaux, ni heureux, ni malheureux chacun avec une blessure et tous hantés par l'amour. A eux seuls ils forment le Club Jane Austen éternel et avec eux Karen Joy Fowler compose un roman qui est si réussi, si délicat, si plein d'esprit que les admirateurs d'Emma et d'Orgueil et préjugés vont défaillir de bonheur. " Washington Post.

Auteur : Auteur américaine, née en 1950 d'un père psychologue et d'une mère professeur des écoles, Karen Joy Fowler est bercée par une littérature aussi riche que variée (de 'l'Iliade' d'Homer à 'Winnie l'ourson'). En 1968, elle rejoint l'université de Berkeley ou elle va développer un intérêt particulier pour les grandes causes. Anti-guerre activiste, c'est lors d'une manifestation qu'elle rencontre son mari. Lors de son parcours universitaire, elle découvre les cultures de l'Inde et de l'Asie. Car découvrir le fonctionnement du monde par les hommes la fascine. Après avoir eu deux enfants, lors de son trentième anniversaire, elle décide de devenir écrivain.

Mon avis : (lu en avril 2010)

J’ai souvent entendu parler en bien de Jane Austen mais je n’ai jamais eu l’occasion de la lire… En acceptant de lire ce livre, je me suis d’abord dit qu’il faudrait peut-être que je lise au moins un livre de cette auteur… mais par lequel commencer ? Finalement faute de temps, j’ai commencé ce livre sans avoir lu du Jane Austen, j’ai quand même lu sur internet l’article qui lui est consacrée sur wikipédia.

Le Club comprend six membres qui se réunissent une fois par mois pour discuter autour des livres de Jane Austen. Celle qui est à l'initiative de ce Club, c'est Jocelyn californienne et célibataire de cinquante ans, elle a invité sa plus vieille amie Sylvia et la fille de celle-ci Allegra. Il y a aussi Bernadette, Pruni une professeur de français et Grigg le seul homme du groupe.

Chaque chapitre présente un des six romans de Jane Austen et également un des membres du Club. Il est question de sentiments, de relations, d'amour et le fait de n'avoir jamais lu Jane Austen ne m'a vraiment pas gêné. Avant de commencer le livre, j'avais lu les résumés des œuvres de Jane Austen que l'on trouve à la fin du livre dans Le guide du lecteur avec également les opinions de son entourage à la parution de ses romans et les questionnaires des membres du Club Jane Austen. J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre et il m’aura donné envie de découvrir vraiment Jane Austen et enfin de lire son œuvre !

Merci à Blog-o-Book et aux éditions de la Table ronde de m'avoir permis de découvrir ce livre,

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J'ai appris qu'il existe également un film en DVD datant de 2007 tiré de ce livre, réalisé par Robin Swicord avec Maria Bello, Amy Brenneman, Jimmy Smits, Emily Blunt, Kevin Zegers, Hugh Dancy, Maggie Grace, Marc Blucas, Kathy Baker.

Extrait : Prologue

Chacun de nous possède sa propre Jane Austen.

Celle de Jocelyn a écrit de merveilleux romans sur l'amour et l'art de faire la cour, mais ne s'est jamais mariée. C'est elle qui a eu l'idée du club, et c'est elle qui a choisi les membres. Elle a plus d'idées en une seule matinée que le reste d'entre nous en une semaine, et plus d'énergie aussi. Il est essentiel de réintroduire Jane Austen dans notre vie d'une manière régulière, a dit Jocelyn, nous regardant l'une après l'autre. Nous avons soupçonné un plan secret, mais qui oserait se servir de Jane à des fins malhonnêtes ?

La Jane Austen de Bernadette est un génie comique. Ses personnages, ses dialogues gardent leur drôlerie d'origine, contrairement aux bons mots de Shakespeare, qui ne vous amusent que parce qu'ils sont de Shakespeare et que vous lui devez bien ça.

Bernadette était la plus âgée des membres du club. Elle venait d'atteindre soixante-sept ans. A cette occasion, elle a annoncé que désormais elle se laisserait aller. « Je ne me regarde plus dans la glace, nous a-t-elle dit. Si seulement j'y avais pensé des années plus tôt... »

« Comme un vampire », a-t-elle ajouté et, présenté ainsi, nous nous sommes demandé comment les vampires se débrouillent pour être toujours aussi impeccables. La plupart d'entre eux auraient plutôt dû ressembler à Bernadette.

Un jour, au supermarché, Prudie avait croisé Bernadette en pantoufles, les cheveux en bataille comme si elle ne s'était même pas peignée. Elle achetait des fèves de soja surgelées, des câpres et autres articles qui ne pouvaient être de première nécessité.

Le livre préféré de Bernadette était Orgueil et préjugés. C'est certainement celui que tout le monde préfère, a-t-elle dit à Jocelyn. Elle recommandait de commencer par lui, mais le mari-depuis-trente-deux ans de Sylvia venait juste de demander le divorce et, dans un contexte si récent et si sensible, Jocelyn n'imposerait pas à Sylvia le séduisant M. Darcy. « Nous commencerons avec Emma, a répondu Jocelyn. Car personne après l'avoir lu ne peut avoir envie de se marier. »

Jocelyn et Sylvia s'étaient rencontrées à l'âge de onze ans ; elles avaient une petite cinquantaine à présent. La Jane Austen de Sylvia est une sœur, une fille, une tante. La Jane Austen de Sylvia écrit ses livres dans une salle à manger remplie de monde, les lit à voix haute à sa famille, et reste une fine et impartiale observatrice de ses semblables. La Jane Austen de Sylvia peut aimer et être aimée, mais cela ne trouble pas sa vision, n'émousse pas son jugement.

Il était possible que Sylvia ait été la raison d'être du club, et que Jocelyn ait simplement cherché à l'occuper pendant cette période difficile. Elle en était tout à fait capable. Sylvia était sa plus vieille et plus proche amie.

N'est-ce pas Kipling qui a dit : « Quand tout va mal, rien ne vaut Jane Austen »? Ou quelque chose comme ça.

Livre lu dans le cadre du partenariat

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6 avril 2010

Netherland - Joseph O'Neill

netherland Éditions de l'Olivier - août 2009 – 296 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) Anne Wicke

Quatrième de couverture :

Hans et Rachel vivent à New York avec leur jeune fils lorsque surviennent les attentats du 11-Septembre. Quelques jours plus tard, ils se séparent, et Hans se retrouve seul, perdu dans

Manhattan, où il ne se sent plus chez lui. Il fait la connaissance de Chuck, un homme d’affaires survolté qui rêve de lancer le cricket à New York. Sur des terrains de fortune, Hans tente d’échapper à la mélancolie. Le charisme de Chuck draine une foule de joueurs du dimanche, tous venus d’ailleurs – de Trinidad, de Guyane ou de plus loin encore –, tous persuadés que l’Amérique reste le pays des possibles.

Alors que le monde entier ne croit plus en rien, eux continuent d’espérer. Au milieu de ces exilés, Hans retrouve un second souffle. Mais qui est Chuck ? Il faudra des années avant que le mystère qui entoure sa véritable identité finisse par se dissiper.

Ce très beau livre, souvent comparé à Gatsby le Magnifique, est à la fois une parabole sur la fin du rêve américain et un roman d’amour aux résonances poignantes.

Auteur : Né à Cork (Irlande) en 1964, irlandais par son père, Turc et francophone par sa mère, Joseph O'Neil grandit au Mozambique, en Iran et au Pays-Bas avant de devenir avocat d'affaires à Londres puis de s'installer à New York avec son épouse britannique... Cet héritage culturel pour le moins hétéroclite nourrit l'intrigue et l'univers de son troisième roman et premier succès, 'Netherland', un portrait du New York de l'après-11-septembre paru en 2009 en France. Journaliste pour Atlantic Monthly, Joseph O'Neil est également l'auteur de 'Blood-Dark Track : a Family History', une enquête autobiographique sur le passé de ses grands-parents.

Mon avis : (lu en avril 2010)

Pourquoi ai-je choisi ce livre à la bibliothèque ? En premier lieu parce que l'auteur est né en Irlande (suite au swap St Patrick, je suis toujours curieuse de découvrir des auteurs irlandais), ensuite la lecture de la quatrième de couverture m'a donné envie... enfin, les Éditions de l'Olivier sont souvent pour moi gage de qualité.

Le titre est mystérieux, « Netherland », un dictionnaire m'apprend que cela veut dire « Pays-Bas », nom du pays d'origine du narrateur, Hans (dont le nom intégral est Johannus Franciscus Hendrikus van den Broek).

Hans a la trentaine, il est analyste financier. Il est né et à grandit aux Pays-Bas, à l'âge de 20 ans il est parti travailler à Londres, il a rencontré Rachel et s'est marié avec elle. En 1999, Hans et Rachel sont partis s'installer à New-York, ils ont eu un fils Jack. L'essentiel de l'action du roman se situe quelques mois après les attentats du 11 septembre 2001 : la chute des tours a ébranlé leur couple « Nous avions perdu la capacité de nous parler. L’attaque contre New York avait ôté tout doute à ce sujet. Elle ne s’était jamais sentie aussi seule, aussi mal, aussi loin de chez elle, que durant ses dernières semaines… » Rachel est retourné à Londres avec Jack et Hans vit maintenant seul dans New-York encore traumatisée, il retourne environ deux fois par mois à Londres pour voir son fils. Il va faire par hasard la rencontre de Chuck, originaire de Trinidad, autour d'une passion commune le cricket. L'auteur utilise le criquet comme un symbole de justice et de fraternité entre les hommes et nous offre le portrait d'un New-York multiculturel car en effet, l’équipe de Hans est composé d’hommes originaires de Trinidad, de Guyane, de Jamaïque, d’Inde, du Pakistan et du Skri Lanka, soit trois hindouistes, trois chrétiens, un sikh, quatre musulmans…

En découvrant ce livre, j'ai appris également que Netherland, un an après sa sortie aux États-Unis, avait bénéficié d’une publicité exceptionnelle, en effet, interrogé sur ses lectures par la BBC, Barack Obama avait répondu qu’il était en train de le lire, et qu’il le trouvait « excellent ».

Pour ma part, je ne suis pas aussi enthousiaste concernant ce livre, j'ai bien aimé ce portrait multicolore de New-York, mais le criquet est resté pour moi un sport mystérieux...

Extrait : (début du livre)

La veille de mon départ de Londres pour New York - Rachel m'avait précédé de six semaines -, dans l'après-midi, je me trouvais au travail, à mon bureau, je rassemblais mes affaires, lorsqu'un des grands vice-présidents de la banque, un Anglais d'une cinquantaine d'années, vint me souhaiter bonne chance. J'en fus surpris ; il travaillait dans une autre partie de l'immeuble, dans un autre service, et nous ne nous connaissions que de vue. Néanmoins, il me demanda force détails sur l'endroit où je comptais m'installer (« Watts Street ? À quelle hauteur, dans Watts ? »), puis s'épancha quelques minutes sur les souvenirs de son loft dans Wooster Street et de ses virées au magasin « original » Dean & DeLuca. Il ne cherchait
absolument pas à dissimuler son envie.
« Nous n'y resterons pas longtemps », dis-je en la jouant profil bas sur ma bonne fortune.
Car tel était le plan conçu par ma femme : s'installer à New York un à trois ans puis rentrer.
« Vous pensez ça aujourd'hui, me dit-il. Mais New York, c'est une ville qu'il est très difficile de quitter. Et une fois qu'on la quitte... »
Il ajouta en souriant : « Elle me manque toujours, pourtant, j'en suis parti il y a douze ans. »
Ce fut alors mon tour de sourire - un peu parce que j'étais gêné, en fait, car il avait parlé avec une spontanéité tout américaine.
« Eh bien, nous verrons, dis-je.
- Oui, c'est ça. Vous verrez. »
Son assurance m'agaça, bien qu'il me fît avant tout pitié - comme l'un de ces habitants du Saint-Pétersbourg de jadis, rejeté du mauvais côté de l'Oural par ses fonctions. Mais il s'avère qu'il avait raison, d'une certaine manière. Maintenant que, moi aussi, j'ai quitté cette ville, j'ai bien du mal à me débarrasser de l'impression que la vie a un goût de fenaison et de regain. Ce dernier mot, m'a un jour dit quelqu'un, renvoie dans un premier sens à l'herbe qui repousse dans un champ déjà fauché. Vous pourriez dire, si vous êtes le genre de personne encline aux observations d'ordre général, que New York met l'accent sur la fenaison répétitive effectuée par la mémoire - sur cette sorte d'autopsie déterminée qui a pour effet, on nous le dit et on l'espère sans trop y croire, de faucher le passé herbeux en de maîtrisables proportions. Car il ne cesse de repousser, bien sûr. Rien de tout cela ne signifie que je souhaiterais m'y trouver à nouveau en ce moment ; naturellement, j'aimerais penser que ma propre rétrospection est d'une certaine façon plus importante que celle de ce vieux vice-président. Lorsque j'en fus gratifié, elle ne me parut pas être grand-chose de plus qu'une nostalgie ordinaire. Mais, dans le fond, cela n'existe pas, la nostalgie ordinaire, suis-je tenté de conclure ces temps-ci, pas même si vous sanglotez sur un ongle cassé. Qui sait ce qui est arrivé à ce type, là-bas ? Qui sait ce qui se cache derrière son histoire d'aller acheter du vinaigre balsamique ?
Il en parlait comme d'un élixir, le pauvre crétin.
En tout cas, pendant les deux premières années qui ont suivi mon retour en Angleterre, je fis de mon mieux pour ne pas regarder du côté de New York - où, après tout, j'avais été malheureux pour la première fois de ma vie. Je n'y retournai pas, j'évitai de me demander trop souvent ce qu'il était advenu d'un homme appelé Chuck Ramkissoon, qui avait été mon ami durant mon dernier été passé sur la côte Est et qui était devenu depuis, comme cela arrive fréquemment, une silhouette éphémère. Et puis, un soir, au printemps de cette année 2006, Rachel et moi nous nous trouvons à la maison, à Highbury. Elle est plongée dans un article de journal. Je l'ai déjà lu. Cela parle de la découverte en Colombie d'un groupe tribal de la forêt amazonienne. On dit qu'ils en ont assez de leur vie difficile dans la jungle, même si l'article précise qu'ils n'aiment rien tant que manger du singe, grillé puis bouilli. Une photographie troublante d'un garçon rongeant un petit crâne noirci illustre le propos. La tribu n'a aucune idée de l'existence du pays dans lequel ils se trouvent, la Colombie, aucune idée non plus, et c'est plus dangereux, de l'existence de maladies comme le simple rhume, ou la grippe, contre lesquelles ils n'ont pas de défenses naturelles.
« Coucou, dit Rachel, hé, t'as vu, on parle de ta tribu. »
J'ai encore le sourire aux lèvres lorsque je réponds au téléphone qui sonne. Une journaliste du New York Times demande monsieur van den Broek.
« C'est au sujet de Kham, euh, Khamraj Ramkissoon... précise la journaliste.
- Chuck, dis-je en m'asseyant à la table de la cuisine. C'est Chuck Ramkissoon. »
Elle me dit que les « restes » de Chuck ont été retrouvés dans le Gowanus Canal. Ses poignets étaient menottés et, de toute évidence, il avait été victime d'un meurtre. Je garde le silence. J'ai l'impression que cette femme vient de proférer un mensonge éhonté et que si j'y réfléchis suffisamment une réfutation va me venir.
« Vous le connaissiez bien ? dit sa voix, avant d'ajouter, comme je ne réponds pas : il est écrit quelque part que vous étiez son associé.
- C'est inexact.
- Mais vous travailliez bien ensemble, non ? C'est ce que dit ma note.
- Non. Vous avez été mal informée. C'était juste un ami.

- D'accord, d'accord. »
On entend qu'elle tape sur son clavier, puis, une pause.
« Bon, alors, vous pouvez me dire quelque chose sur son... milieu ?
- Son milieu ? dis-je, suffisamment surpris pour corriger sa prononciation légèrement meuglante du mot.
- Oui, enfin, vous voyez ce que je veux dire, avec qui il traînait, les ennuis dans lesquels il aurait pu se mettre, s'il connaissait des personnages un peu louches... C'est assez inhabituel, ce qui lui est arrivé », ajoute-t-elle avec un petit rire.
Je me rends compte que je suis bouleversé, et même, furieux.
« Oui, je finis par dire. Vous avez une bonne histoire sous le
coude, là. »
Le lendemain, il y a un petit article dans la section « Nouvelles locales ». Il a été établi que le corps de Chuck Ramkissoon gisait depuis plus de deux ans dans l'eau, près de l'entrepôt du Home Depot, parmi les crabes, les pneus de voitures et les caddies de supermarché, jusqu'au jour où un de ces plongeurs en zone urbaine fit une « découverte macabre » alors qu'il filmait un banc de bars rayés. Dans la semaine qui suit paraissent sur le sujet quelques petites choses au compte-gouttes, mais aucune information véritable. Cela semble cependant intéresser les lecteurs et rassurer certains traditionalistes de savoir que le Gowanus Canal peut toujours rejeter la victime d'un meurtre. Tant qu'il y a de la mort, il y a de l'espoir, comme l'a dit un commentateur plein d'esprit.
« Alors, qui est cet homme ? » me demande Rachel, allongée dans le lit à côté de moi, le soir où nous avons appris la nouvelle.
Comme je ne réponds pas immédiatement, elle pose son livre.
« Oh, je suis sûr que je t'en ai déjà parlé. Un joueur de cricket que je connaissais. Un type de Brooklyn.
- Chuck Ramkissoon ? » répète-t-elle.

Sa voix a un ton détaché qui ne me plaît pas. Je me tourne sur une épaule et ferme les yeux.
« Oui, dis-je. Chuck Ramkissoon. »
Chuck et moi, nous nous étions rencontrés pour la première fois en août 2002. Je jouais au cricket dans le Randolph Walker Park, à Staten Island, et Chuck se trouvait là. Il était l'un des deux arbitres indépendants qui proposaient leurs services en échange d'honoraires de cinquante dollars. Le jour était épais comme de la gélatine, avec une atmosphère chaude et vitreuse, sans aucun vent, pas même la brise venant du Kill van Kull qui coule à moins de deux cents mètres de Walker Park, séparant Staten Island du New Jersey. D'assez loin, au sud, montait le grondement sourd du tonnerre. C'était bien là le genre d'après-midi américain à la viscosité barbare qui me faisait vivement regretter les ombres projetées par les mouvements rapides des nuages d'été dans le nord de l'Europe, regretter même ces jours où vous jouiez au cricket en portant deux pull-overs, sous un ciel froid parsemé çà et là d'un pan de bleu - assez grand pour tailler une culotte de gendarme, comme disait ma mère. Selon mes propres critères, Walker Park était un endroit fort médiocre pour jouer au cricket. L'aire de jeu était, je suis sûr que c'est toujours le cas, deux fois plus petite que la taille réglementaire d'un terrain de cricket. Le terrain proprement dit est inégal et l'herbe y est toujours trop haute, même lorsqu'elle est tondue (un jour, en cherchant une balle, j'ai failli tomber sur un canard caché dans l'herbe, ce qui, pour les joueurs, est de très mauvais augure 1) ; et, alors que le vrai cricket, comme certains pourraient le nommer, se joue sur une livrée en pelouse, celle de Walker Park est en terre battue, et non en gazon, et doit être recouverte d'un tapis en fibres de coco ; par ailleurs, la terre en question est de la terre battue de base-ball, pâle et sableuse, elle n'est pas rouge comme celle des terrains de cricket : on ne peut alors compter bien longtemps sur la fiabilité du rebond. Et quand bien même on pourrait parler de fiabilité du rebond, il manquera toujours de variété et de complexité. (En revanche, les livrées faites de vraie terre et d'herbe sont riches de possibilités : elles seules peuvent pleinement mettre au défi et récompenser le répertoire du lanceur, avec ses balles lentes, tournantes, courtes à rebond, ou déviées, et seules ces balles peuvent mettre en action et véritablement à l'épreuve le répertoire du batteur, ses coups défensifs et offensifs, sans parler de son mental.) Il y a un autre problème. De grands arbres - des chênes des marais, des chênes rouges, des gommiers,
des tilleuls américains - longent de manière désordonnée les bordures de Walker Park. Il faut considérer que chaque élément de ces arbres, même la plus petite feuille qui pend, fait partie des limites du terrain, ce qui confère une dimension aléatoire au jeu.
Souvent, il arrive qu'une balle roule entre les troncs. Le joueur de l'équipe au champ qui doit courir après la balle va alors disparaître partiellement, et lorsqu'il réapparaît, la balle à la main, un concours de cris démarre, exigeant de savoir comment les choses se sont exactement passées.

1 avril 2010

La Vierge en bleu - Tracy Chevalier

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traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie-Odile Fortier-Masek

Édition de La Table Ronde – novembre 2004 – 317 pages

Folio – mars 2006 – 427 pages

Présentation de l'éditeur :

Récemment arrivée des États-Unis avec son mari, Ella Turner a du mal à trouver sa place dans cette bourgade de province du sud-ouest de la France. S'y sentant seule et indésirable, elle entreprend des recherches sur ses ancêtres protestants qui eurent à fuir les persécutions. Elle est alors loin d'imaginer que cette quête va bouleverser sa vie. Quatre siècles plus tôt, en pleine guerre de religion, Isabelle du Moulin, surnommée " La Rousse " en raison de sa flamboyante chevelure, risque un procès en sorcellerie pour le culte qu'elle voue à la Vierge Marie. Cependant, l'enfant qu'elle porte ne lui laisse d'autre choix que d'entrer dans l'intolérante famille des Tournier qui a embrassé la Réforme. Séparées par des générations mais unies par un mystérieux héritage, Ella et Isabelle vont renouer les fils du temps à deux voix. Premier roman de l'auteur de La jeune fille à la perle, La Vierge en bleu livre l'histoire tragique et foisonnante des Tournier, sur fond de guerre de religion.

Auteur : Née à Washington, Columbia en 1962, après des études dans l'Ohio, Tracy Chevalier part en 1984 à Londres pour un séjour de six mois. Amoureuse des livres, elle reste finalement en Angleterre, y fonde une famille et commence à travailler dans l'édition. Pourtant, le virus de l'écriture, déjà côtoyé durant ses études, la rattrape. Après quelques cours d'écriture, Tracy voit ses écrits publiés dans le magazine Fiction, avant que son premier roman, 'La Jeune fille à la perle', ne lui apporte en 1998 un grand succès sur ses terres d'adoption. Confirmation dès lors que ses ouvrages se diffusent à grand échelle. Tracy Chevalier enchaîne, au début des années 2000, avec 'Le Récital des anges', 'La Dame à la licorne' puis 'La Vierge en bleu', et rencontre à chaque fois son public. Elle revient dans les librairies en 2007 avec 'L' Innocence'. Désormais, la sortie de chaque nouveau livre de Tracy Chevalier est un événement.

Mon avis : (lu juin 2004 en et relu en mars 2010)

Après avoir découvert et beaucoup aimé "La jeune fille à la perle", j’avais lu et aimé "La Vierge en bleu ". A l’occasion du concours Tracy Chevalier organisé par BoB, j’ai relu ce livre avec toujours autant de plaisir.

Ce livre nous raconte deux histoires en parallèle : au XVIème siècle, dans les Cévennes, Isabelle est enceinte de l'enfant d'Etienne Tournier, le fils de riches paysans protestants. Elle doit l'épouser et vivre avec sa famille. Pourtant, elle est à l'origine catholique et elle a beaucoup d'admiration pour la Vierge Marie. Les guerres de religions faisant rage, la famille Tournier doit fuir et ils se réfugient à Moutier une petite ville suisse. Au XXème siècle, deux américains Ella et Rick viennent s'installer à Lisle-sur-Tarn une petite ville proche de Toulouse. Mal à aise dans ce village et en attendant de reprendre des études pour travailler en France, Ella Turner s'intéresse à ses ancêtres protestants et entreprend des recherches avec l'aide du bibliothécaire. Les deux récits vont se rejoindre lorsqu’Ella découvrira les lieux de ses origines, et un peu plus sur l’histoire de cette famille.

Extrait : (début du livre)

Elle s'appelait Isabelle. Enfant, ses cheveux changeaient de couleur en moins de temps qu'il n'en faut à l'oiseau pour appeler son compagnon.

Cet été-là, le duc de l'Aigle rapporta de Paris une statue de la Vierge à l'Enfant et un pot de peinture destinés à la niche au-dessus du portail de l'église. Le village célébra par une fête l'installation de la statue. Assise au pied d'une échelle, Isabelle regardait Jean Tournier peindre la niche d'un bleu intense, de la couleur d'un ciel vespéral. Au moment où il achevait, le soleil apparut derrière un pan de nuages, rendant le bleu si vif qu'Isabelle croisa les mains sur sa nuque et serra les coudes contre sa poitrine ; ses rayons posèrent sur sa chevelure une auréole mordorée qui y demeura après qu'il eut disparu. A partir de ce jour, on l'appela La Rousse en souvenir de la Vierge Marie.

Quelques années plus tard, ce surnom perdit toute résonance affectueuse, avec l'arrivée au village de M. Marcel, aux mains maculées de tanin, qui s'exprimait avec des paroles empruntées à Calvin. Lors de son premier sermon, dans les bois, bien loin des regards du curé, il déclara que la Vierge Marie leur barrait le chemin de la Vérité.

28 mars 2010

Blast : 1 - Grasse carcasse – Manu Larcenet

blast Dargaud – novembre 2009 – 204 pages

 

Présentation de l'éditeur :

 

Je pèse lourd. Des tonnes. Alliage écrasant de lard et d'espoirs défaits, je bute sur chaque pierre du chemin. Je tombe et me relève, et tombe encore. Je pèse lourd, ancré au sol, écrasé de pesanteur. Atlas aberrant, je traîne le monde derrière moi. Je pèse lourd. Pire qu'un cheval de trait. Pire qu'un char d'assaut. Je pèse lourd et pourtant, parfois, je vole.

 

 

Auteur : Né le 6 mai 1969 à Issy-les-Moulineaux, après s'être lancé dans la BD à l'âge de dix ans, Manu Larcenet étudie le graphisme au lycée de Sèvres et obtient un BTS d'expression visuelle option 'images de communication' à l'Ecole des arts appliqués. Parallèlement, il multiplie les concerts avec un groupe punk fondé avec des amis de collège. Il fait son service militaire en 1991 et connaît alors le bataillon disciplinaire. A son retour, il emménage avec des amis musiciens et poursuit la scène et le graphisme : ses premiers dessins sont publiés dans des fanzines de rock et de bande dessinée. Il commence en 1994 une collaboration d'abord discrète avec le magazine Fluide glacial ; son premier récit, 'L' Expert-comptable de la jungle', est bientôt suivi de 'Soyons fous', 'La Loi des séries' et 'Bill Baroud espion'. Spirou, Dupuis, Glénat et Les Rêveurs de runes, une maison d'édition qu'il a fondée avec Nicolas Lebedel, publient depuis ses albums. Les improbables créatures ou les petits bonhommes ordinaires qui peuplent ses dessins font son succès. Il reçoit en 2003 le prix Jacques Lob, puis le prix du meilleur album à Angoulême en 2004 pour 'Le Combat ordinaire'. Mêlant autobiographie et réflexion, à l'instar de son 'Retour à la terre', cette série apparaît comme celle de la maturité. Changement de ton qui ne l'empêche pas, à l'occasion, de revenir, en 2006, à ses premières amours avec l'album 'Chez Francisque', scénarisé par Yan Lindingre. Artiste protéiforme, alternant séries potaches et récits plus profonds, Manu Larcenet compte désormais parmi les auteurs incontournables de la bande dessinée.

Mon avis : (lu en mars 2010)
C'est le premier album d'une série, c'est l'histoire de Polza Mancini dit Grosse Carcasse. Il est très gros, un crâne chauve, un nez long et rouge et de tous petits yeux. Il est en garde à vue car il aurait fait du mal à une femme prénommée Carole. On n'en saura pas plus. Deux policiers sont là pour le faire avouer. Il veut avant tout raconter sa vie “Si vous voulez comprendre… Il faut que vous passiez par où je suis passé”. Il commence par raconter la mort de son père. Puis son expérience du Blast, une hallucination ou un délire qui lui donne l'impression d'être léger. Un jour, il est devenu clochard volontaire et décide de rejoindre l'île de Pâques et ses moaïs en s'enfonçant dans la nature...
C'est à la fois un conte sombre et énigmatique qui navigue avec imagination et réalité, il nous émeut et nous fait réfléchir. Le dessin est superbe, du noir et blanc avec quelques touches de couleurs de dessins d'enfants. Et après ce premier volume, j'attends avec beaucoup de curiosité la suite des aventures de Grosse Carcasse.

Extrait :

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27 mars 2010

Concours Marque-pages

J'ai décidé de participer au concours organisé par Pickwick autour des marques pages.

J'ai chez moi, deux sortes de marque-pages :

ceux que j'utilise et qui s'abîment, parfois un simple ticket de train ou un post-it plié en deux... Je les utilise sans ménagement, je les oublie souvent dans un livre et les retrouve parfois plusieurs années après... 

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et surtout ceux que je conserve et que j'aime regarder, ils ont parfois une histoire :

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En voici une sélection d'une dizaine, le choix n'a pas été facile :

Le premier, est le marque-page qui m'a donné envie de les collectionner, il vient d'une bibliothèque d'Ille-et-Vilaine que je pratique une ou deux fois par an lors de vacances.

Le deuxième fait parti de ceux que j'ai récupéré lors des manifestations "Lire en fête" à ma Bibliothèque préférée.

Retour de la vache, l'année suivante avec ces deux marques pages qui s'assemblent (je les aime beaucoup !)

Les deux marque-pages suivant sont des souvenirs du Salon du Livre 2009, que j'ai parcouru en compagnie mon fils de 14 ans. Le premier rappelle que le pays mis à l'honneur était le Mexique et le second évoquait une exposition sur les livres d'enfants d'hier et aujourd'hui à la BNF, j'aime bien son graphisme.

J'ai choisi le marque-page suivant également pour son graphisme, il a été crée à l'occasion de la mise en service du TGV Est-Européen. Je n'ai jamais pris ce TGV, mais je pratique quotidiennement la SNCF et ses transiliens... C'est un endroit où je lis beaucoup !

Ensuite viennent 3 marque-pages faits mains :

le premier est un marque-page "version-test" que j'ai réalisé pour ma swappée lors du Swap de la Saint Patrick organisé en 2010 par Canel.

Le second est tout nouveau, il a été brodé et m'a été offert par Françoise lors de ce même Swap de la Saint Patrick. Il est unique !

Il y a 3 ans, une personne avait offert des marque-pages à la Bibliothèque pour que celle-ci les donnent à ses adhérents à l'occasion des fêtes de fin d'année. J'avais alors choisi celui-ci.

Et pour terminer, le dernier marque-page est celui de la nouvelle Bibliothèque Municipale d'une commune des Côtes d'Armor que j'aime beaucoup.

24 mars 2010

Le martyre des Magdalènes - Ken Bruen

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Gallimard – octobre 2006 – 332 pages

Folio – novembre 2008 - 365 pages

Traduit de l’anglais (Irlande) par Pierre Bondil

Quatrième de couverture :

Lessivé, rincé par sa dernière enquête, Jack Taylor tente d'en faire passer le goût amer en éclusant des pintes de Guinness au comptoir de son pub préféré. Alors qu'il répète à qui veut bien l'entendre qu'on ne l'y reprendra plus, Jack est sommé par un caïd local de retrouver " l'ange des Magdalènes ". Contraint et forcé d'accepter afin de s'acquitter d'une dette d'honneur, Jack se retrouve au cœur d'un fait divers des années 1960, et croise bientôt les fantômes des " Magdalènes ", des filles-mères reniées par leurs familles, exploitées dans des couvents catholiques où elles lavaient leurs péchés en travaillant comme blanchisseuses. Hanté par ses échecs passés, poursuivi par une police locale qui lui cherche constamment des crosses, Jack va tenter de retrouver cet "ange", une mystérieuse femme qui serait venue en aide à ces pauvres filles mises au ban de la société. Cependant, comme l'alcool, la vérité est bien souvent trompeuse. Gare au retour de flamme. Ce qui s'annonçait comme une mission rédemptrice va vite se transformer en chemin de croix. Le martyre de Jack Taylor ne fait que commencer...

Auteur : Ken Bruen est né en 1951 à Galway (Irlande). Après une carrière d'enseignant d'anglais qui le mène en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud, il décide de se consacrer à l'écriture. Lauréat de nombreux prix de littérature policière, il est l'auteur d'une dizaine de livres. Le martyre des Magdalènes est la troisième enquête de Jack Taylor dans la Série Noire.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Ce livre nous plonge dans un univers irlandais très noir. Le personnage principal, Jack Taylor est un ancien policier irlandais qui a sombré dans l’alcool, la drogue et la déprime à la suite d’une précédente enquête. Dans ce troisième épisode de la série Jack Taylor, il se trouve sur deux enquêtes : en premier lieu, un caïd, dont il est redevable, lui demande de retrouver une ancienne religieuse qui appartenait au couvent des Magadalènes et en second lieu, il doit prouver qu'une riche veuve a tué son mari. Le côté très sympathique de Jack Taylor, c'est son amour pour les livres et la littérature. Il est toujours près à citer un extrait de roman ou de poème et presque chacun des chapitres du livre est introduit par une citation. J’ai eu un peu de mal à rentrer dans le livre car j'ai trouvé l’histoire un peu décousue. Il n'est pas toujours aisé de suivre l'intrigue au milieu des délires et digressions de Jack Taylor dû à l'alcool, à la drogue. A travers ce livre, l'auteur évoque un pan douloureux de l’histoire Irlandaise, il nous raconte abominable sort réservé aux Magdalènes. Des jeunes femmes qui avaient eu des relations sexuelles hors mariage, des femmes dites « perdues » qui étaient envoyées dans des couvents sous le prétexte de réhabilitation. Les pénitentes étaient abusivement mises au travail dans des blanchisseries. Finalement, en fermant ce livre j'ai mieux comprise la personnalité de Jack Taylor et je l'ai trouvé attachant et surprenant. Si l'occasion se présente, je lirai avec plaisir les premiers épisodes de la série.

Pour en connaître plus sur le sujet des Magdalènes : voir wikipedia 

Autour du même sujet : le film The Magdalene Sisters (2002) de Peter Mullan et un livre que j'ai lu en janvier dernier : Le testament caché – Sebastian Barry

18 septembre 2009

Villa Amalia – Pascal Quignard

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Gallimard – mars 2006 – 297 pages

Folio – août 2007 – 300 pages

Présentation de l'éditeur
Loin devant les villas sur la digue, elle se tenait accroupie, les genoux au menton, en plein vent, sur le sable humide de la marée. Elle pouvait passer des heures devant les vagues, dans le vacarme, engloutie dans leur rythme comme dans l'étendue grise, de plus en plus bruyante et immense, de la mer.

Auteur : Né à Verneuil-sur-Avre le 23 avril 1948, après des études de philosophie, Pascal Quignard entre aux éditions Gallimard où il occupe les fonctions successives de lecteur, membre du comité de lecture et secrétaire général pour le développement éditorial. Il enseigne ensuite à l'université de Vincennes et à l'Ecole pratique des hautes études en sciences sociales. Pascal Quignard a fondé avec le président François
Mitterrand le festival d'opéra et de théâtre baroque de Versailles qu'il dirige de 1990 à 1994. Il a également présidé le Concert des Nations aux côtés de Jordi Savall. Par la suite, il démissionne de toutes ses fonctions pour se consacrer à son travail d'écrivain. En digne héritier de ses premiers maîtres, Georges Bataille ou Emmanuel Levinas, Pascal Quignard explore les correspondances entre le temps, le langage, la création et le plaisir. Auteur d'essais sur la vie des grands artistes comme celle de Georges de la Tour, il est à l'origine de nombreux textes philosophiques parmi lesquels 'Le Sexe et l'effroi' (1994) ou 'La Haine de la musique' (1996). Egalement romancier, il se fait connaître du grand public avec 'Le Salon du Wurtemberg', 'Les Escaliers de Chambord' et 'Tous les matins du monde' en 1991, adapté au cinéma par Alain Corneau. En 2002, le prix Goncourt qui couronne 'Les Ombres errantes', consacre l'ensemble d'une oeuvre esthète et érudite.

 

Mon avis : (lu en septembre 2009)

Une femme suit un homme dans la nuit. Elle le découvre embrassant une autre femme. Au même instant, elle rencontre par hasard un ancien camarade de classe, Georges, perdu de vue depuis l’enfance...
Cette femme, c’est Ann Hidden, musicienne et compositeur. Sous le choc, elle décide de quitter son compagnon qui la trompe, de vendre sa maison et de recommencer une nouvelle vie. C’est un peu comme une fuite, elle part un peu au hasard. Puis elle arrive à Ischia... petite île près de Capri, au large de Naples et découvre la villa Amalia où elle va se sentir vraiment bien. Mais ce bonheur sera éphémère…

La musique est très présente tout au long du roman, tout comme l’eau : la mer en Bretagne où vit encore sa mère, les bords de l’Yonne où habite Georges, enfin la mer Tyrrhénienne face à la villa Amalia.

J’ai du mal à décrire mon impression à la lecture de ce livre. J’ai beaucoup aimé les descriptions des différents paysages, un vrai voyage ! L’histoire est prenante et on lit facilement le livre mais ensuite j’ai été déçu par la fin de l’histoire. En effet la rupture et la découverte de la villa sont très bien mais ensuite les évènements dramatiques et le retour en France m’a embrouillé l’esprit et j’ai eu l’impression d’un soufflé qui était retombé…

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Ce livre a été adapté au cinéma dans un film réalisé par Benoît Jacquot avec Isabelle Huppert, Jean-Hugues Anglade, Xavier Beauvois, le film est sorti en avril 2009. Je ne l’ai pas vu.

Extrait : (page 145)

Tous les amants ont peur. Elle avait terriblement peur de ne pas convenir à la maison. Elle eut peur de ne pas savoir s'y prendre en lançant les travaux. Peur d'en altérer la force. Peur de rompre un équilibre. Peur aussi d'être déçue. Peur de ne pas être aussi heureuse qu'elle pensait qu'elle allait l'être quand elle avait découvert la villa pour la première fois.

Le printemps balaya la peur. Ce furent les grands jasmins sauvages.

Ce furent les buissons de roses.

Ce furent les anémones sans nombre, aux couleurs si profondes, aux beautés de soie.

Ce furent les pavots.

Elle avait aimé nager dans la mer froide qui lui rappelait la Bretagne.

Elle aima s'épuiser dans une mer devenue plus chaude et plus ombrageuse avec le printemps. La fatigue lui procurait une espèce d'euphorie, d'extase physique difficile à décrire. La mer verte ou bleue glissait sur ses épaules, glissait sur la nuque, glissait entre ses jambes, l'enveloppait de courant et de puissance. Elle ne nageait que le crawl et songeait à rebrousser chemin que quand la fatigue la prenait. Elle se mettait alors sur le dos, rêvait, puis rentrait lentement, en restant sur le dos, ou en se tournant légèrement pour ne pas être surprise par une roche, à l'indienne.

13 mars 2010

Les candidats - Yun Sun Limet

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Editions de La Martinière - janvier 2004 – 236 pages

Points – janvier 2005 – 235 pages

Quatrième de couverture :

Jean et Marie ont perdu leurs parents dans un accident de voiture. Parce qu'ils avaient imaginé l'impensable, leur possible disparition, ces derniers ont laissé un testament. Dans leur dernière lettre, ils désignent, les un après les autres, quatre couples d'amis, à qui ils demandent d'élever leurs enfants. Les Candidats raconte l'histoire d'une adoption qui n'en finit pas. Qui finira par recueillir ces deux enfants ? Quelle sera leur vie ? Un roman à quatre voix qui reprend " cette crainte qui nous hante tous ", d'une manière sobre et entêtante.

Auteur : Yun Sun Limet est née à Séoul, en Corée du Sud. Après avoir longtemps vécu en Belgique, elle s'est installée à Paris depuis une dizaine d'années. Les Candidats est son premier roman.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Le livre s'ouvre sur Jean et Marie, ils ont respectivement 8 et 4 ans, ils assistent à l'enterrement de leurs parents disparus brutalement dans un accident de voiture. Les parents avaient pris leurs dispositions avec le testament suivant :

" Si vous lisez ces lignes, c'est qu'un événement improbable, impensable aura eu lieu : notre mort accidentelle à tous les deux, simultanée ou à peu de temps d'intervalle. C'est pourtant une crainte qui nous hante. Et si un tel malheur devait se produire, c'est à Jean et Marie que nous pensons d'abord. C'est pour eux que nous écrivons cette lettre, afin qu'ils soient confiés à une famille amie qui les élève comme ses propres enfants. Conscients de la charge et de la responsabilité qu'appelle notre dernière volonté, nous donnons une liste d'amis, qui nous osons le croire, sont susceptibles d'accepter notre demande, dans l'ordre suivant : Anne et Patrick Sauvage, Valérie et Alain Faye, Laure et Philippe Damiani, Gisèle et Frédéric Humbert. Notre tristesse est infinie à l'idée que cette lettre puisse un jour être lue. Nous croyons que Jean et Marie ont été heureux avec nous et espérons qu'ils continuent de l'être malgré notre absence."

A chaque chapitre, le narrateur change, il prend la voix d'Anne puis d'Alain puis de Laure enfin c'est sur la voix de Marie, alors adulte, qui se conclue le livre. Ce livre pose les questions autour de l'avenir d'orphelins, de l'adoption mais aussi sur les couples car cela n'est pas simple d'accueillir les enfants d'amis dans une famille déjà constituée... Le sujet est grave, et le livre se lit facilement, l'auteur décrit avec beaucoup de justesse les divers situations que cela entraîne. J'ai ressenti avec ce livre beaucoup d'émotions.

Extrait : (début du livre)

Ils sont là. Dans leur manteau de laine noire, certainement acheté pour la circonstance. Il faut bien habiller le chagrin, le représenter, et leur grand-père les a voulu ainsi, serrés l'un contre l'autre, noirs, raides. Ils ont chacun jeté une rose blanche. D'abord Jean puis Marie. On leur a dit : maintenant, prenez une rose du panier posé près du trou. Ils ont obéi et ont jeté la fleur. S'en souviendront-ils ? Oui, sans doute, la rose blanche de la chanson. Les autres suivent, prennent une fleur et la jettent dans le vide.

Lorsqu'ils m'ont vue arriver chez eux, avant la levée des corps (des corps, oui, cela se dit peu), ils ont souri, se sont rappelé que je suis une amie de leurs parents, des goûters et des pique-niques, comme quand je venais, avant, les voir, voir leurs parents, parler dans la cuisine et leur demander comment ça va à l'école. Et puis ils se sont renfermés. Augustin était resté à la maison. J'avais pensé que je l'excuserais auprès de ses petits copains. Mais je n'ai rien dit et je me suis jointe aux autres, parents et amis, j'ai salué leur grand-père maternel et leur grand-mère paternelle. Je ne voulais pas paraître déplacée, je n'ai pas été très démonstrative. Ils appartiennent à leur famille, leurs oncles et tantes, leurs cousins. Et pourtant, je crevais d'envie de les soulever et de les serrer.

Ils n'ont pas pleuré. ils ont assisté à tout sans pleurer à aucun moment. Et ils regardent à la dérobée les sanglots de leurs grands-parents. La messe, la sortie des cercueils, l'un à côté de l'autre, ils se tiennent chacun derrière un des cercueils. Marie a un peu vacillé, reprise par sa grand-mère. Ils auront le souvenir de cette foule, le sentiment qu'il s'agissait bien d'une foule qui suivait leurs parents jusqu'au cimetière.

23 janvier 2010

Présent ? - Jeanne Benameur

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (8/26)

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Edition Denoël – août 2006 – 209 page

Folio – mai 2008 – 221 pages

Présentation de l'éditeur :

Elle aurait voulu être une bête, au moins ça aurait été clair. Elle est juste professeur de la vie et de la terre, mais il n'y a plus de vie il n y a plus de terre sous ses pieds quand son amant part. Alors au collège, elle n y va pas. Qu'est-ce qu'elle enseignerait, hein ? Son corps enseignant, il est ici. Son intelligence, sa patience, son savoir, tout pourrit sans caresse. Elle se racornit comme les feuilles de certaines plantes quand elles manquent d'eau. Elle peut juste attendre qu'il revienne ou qu'elle reparte le voir. Toute la vie suspendue dans l'intervalle. Sans son corps, elle ne peut pas enseigner C'est comme ça. Elle n'a de tête que si tout le corps vit. Et elle a beau essayer de penser autrement, elle n y arrive pas. Elle pense par la peau. Son corps la mène dans la vie et elle découvre un gouffre. Le corps peut manquer à l'appel. D'une écriture incisive et empathique, Jeanne Benameur brosse le portrait de tous les acteurs d'un collège de banlieue avant les émeutes, questionnant leur présence vive. Avec émotion, elle débusque les symboliques occultées du monde scolaire et les drames intimes de chacun: une brèche s'ouvre pour une pédagogie à rebours de tous les tabous.

Auteur : Jeanne Benameur a été professeur dans les établissements dits difficiles jusqu'en 2001 et se consacre désormais à un enseignement nomade, ponctuel. Elle a récemment publié chez Denoël Les Reliques.

Mon avis : (lu en janvier 2010)

Ironie de la vie, c'est le livre que j'étais en train de lire lors de la réunion parents-professeurs pour la classe de 3ème d'un de mes fils. Ce livre m’a vraiment beaucoup plu, il nous montre la vie d’un collège un jour de conseil de classe et d’orientation d’une classe de 3ème. C’est le jour où se joue l’avenir des élèves de la classe. On découvre la Principale, les différents enseignants, le conseiller d’orientation, les parents, le personnel de service, le «factotum» qui détient les clés, la documentaliste et bien sûr les élèves. Tous ces personnages sont plein d'humanité et ils sont très attachants.

Le prof de français profite des récréations pour se plonger dans un livre pour fuir le monde. «Lire, c’est rêver. Lire, c’est laisser des images se former à partir des mots choisis par les auteurs.» La jeune prof de SVT ne supporte plus d’aller au collège, elle n’arrive pas à tenir ses élèves et elle a perdue confiance en elle. Madison est une élève qui se trouve nulle en classe car ses notes sont médiocres, elle est discrète, presque invisible, mais elle a un don pour le dessin. D. est un élève bagarreur, qui va découvrir l’atelier d’écriture de la documentaliste et reprendre confiance en lui. La documentaliste donne au CDI un aspect de bien-être avec bouquets de fleurs, elle propose aux élèves un atelier d'écriture, elle initie à la lecture les élèves mais aussi le personnel du collège...

Un livre plutôt optimiste qui fait réfléchir sur le collège et l’avenir de nos enfants, il se lit très facilement. A découvrir sans tarder !

Extrait : (début du livre)

Il y a toujours trop de monde dans les couloirs.

Couloirs. Couloir du latin colare : couler, s’écouler. Dans les couloirs, les corps devraient s’écouler. Comme de l’eau. C’est l’étymologie.

On voudrait bien.

Glisser son corps au milieu des autres, fluide. De face, impossible. Il faut biaiser. En avant ! les épaules à l’égyptienne. Ça passe, un peu. Et puis tôt ou tard, la masse fait pression plus fort. Même de biais, on n’arrive plus. On a du mal à respirer. C’est la dynamique du trop.

Dans les couloirs, on est réduit.

C’est peut-être pour ça que les enfants se poussent. Les enfants, leur dynamique à eux est verticale. De la plante des pieds à la tête, ils se dressent, cherchent à voir au-dessus de la tête des autres, plus loin. Ils résistent. Peu importe le nombre. Les épaules en avant. Cohue, cris. C’est joyeux ou ça pleurniche, coude dans une côte, pied écrasé. Qui a commencé ?

Les profs n’aiment pas être pris là-dedans. Les profs ont déjà eu le corps resserré dans les couloirs du métro. Ils ont déjà dû faire paquet avec les autres, cartable pendue au bout du bras, toujours trop lourd. Impossible de jeter un coup d’œil sur la montre : le poignet ne peut plus se frayer de chemin. Ils ont poussé aussi, comme les gamins, contents de se trouver une place assise. Mais les épaules sont lasses.

Au collège, ils attendent que le flot soit passé en buvant un petit café avec les collègues. Reprendre force. Certains, plus sûrs, se lancent, d’autorité occupent un bord du couloir. Les élèves se plaquent un peu plus contre le mur d’en face. Ceux qui ont quitté le havre de la salle des profs dans la bousculade taillent alors un passage, pour un seul corps. Un plus timide peut emboîter le pas à son collègue. Si c’est une femme, c’est galant. Le temps d’un couloir on ouvre la voie, épaules élargies, on est un chevalier.

Les couloirs sont froids, immenses quand ils sont vides. Rien n’est parfait.

L’élève en retard est seul. Toujours.

La principale du collège aussi qui va constater les dégâts faits par un coup de pied dans une porte.

Ce serait bien de pouvoir être dans un couloir, juste à deux, coude à coude, avec seulement les murs pour border la conversation.

On pourrait marcher.

On pourrait apprendre, en marchant, dans le mouvement du corps. Il y a des idées parfois comme ça qui traversent la tête.

Mais dans le collège, les couloirs sont faits pour être bondés, puis vidés.

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (8/26)

Déjà lu du même auteur :

les_demeur_es Les demeurées    les_mains_libres_p_ Les mains libres

ca_t_apprendra___vivre_p Ça t'apprendra à vivre   laver_les_ombres Laver les ombres

si_m_me_les_arbres_meurent_2 Si même les arbres meurent

27 février 2010

Une catastrophe naturelle - Margriet de Moor

lu dans le cadre de l'opération babelio

une_catastrophe_naturelle Libella-Maren Sell Editions - janvier 2010 – 334 pages

traduit du néerlandais par Danielle Losman

Présentation de l'éditeur :

Un lundi, on apprend qu'une dépression se déplace du Groenland en direction des côtes de l'Europe de l'Ouest. Le même jour, Armanda supplie sa sœur Lidy de partir à sa place en Zélande passer le week-end avec sa filleule. En contrepartie, elle gardera sa fille, âgée de deux ans, et accompagnera son mari à une fête familiale. Cette substitution ne devrait choquer personne puisque les deux sœurs se ressemblent au point d'être parfois confondues. Cette petite mise en scène va pourtant bouleverser leurs vies. Le samedi 31 janvier 1953, tandis que Lidy se rend à Zierikzee, se lève cette tempête historique qui rayera de la carte le sud-ouest des Pays-Bas. Lidy, avec quelques inconnus, tentera de braver les éléments déchaînés. En vain. Armanda se glissera alors dans l'existence de sa sœur disparue. Elle épousera son mari, ils auront deux enfants et, en apparence, ni remords ni culpabilité. Mais l'ombre du drame plane sur tous les actes du quotidien. Entre catastrophe naturelle et catastrophe intime, Margriet de Moor nous fait découvrir dans ce magnifique roman les destins entremêlés de deux sœurs que rien ne peut séparer.

Auteur : Margriet de Moor est néerlandaise. Après avoir étudié le chant et le piano, elle choisit l'écriture. Son premier roman, Gris d'abord puis blanc puis bleu (1993), fut qualifié de chef-d’œuvre par la critique. Ont suivi Le Virtuose (1995), Duc d'Égypte (1999) et Le Rendez-vous (2003).

Mon avis : (lu en février 2010)

Dans la nuit du 31 janvier au 1er février 1953, une tempête historique va faire céder de nombreuses digues et rayé de la carte le Sud-Ouest des Pays-Bas, il y aura plus de 1800 morts, 160000 hectares de terres inondées, beaucoup de têtes de bétail noyées et de nombreux bâtiments détruits ou endommagés.

Margriet de Moor va construire son histoire à partir de cette catastrophe naturelle. Amanda et Lidy, deux sœurs, vont échanger leur place le temps d'un week-end. Lidy accepte de partir en Zélande pour la fête de la filleule d'Amanda. En échange, Amanda s'occupera de Nadia la fille de 2 ans de Lidy et accompagnera Sjoerd, le mari de Lidy, à une soirée. Malheureusement, durant ce tragique week-end, la Zélande va se retrouver sous les eaux et Lidy va disparaître.

En parallèle, nous suivons l'histoire des deux sœurs, d'un côté le récit heure par heure de la catastrophe naturelle vécue par Lidy durant deux jours et de l'autre côté la nouvelle vie d'Amanda durant trente ans, en effet, elle va prendre la place de sa sœur auprès de Nadia et Sjoerd. Ce livre est à la fois bouleversant et cruel. J'ai été très ému par Lidy mais le comportement d'Amanda m'a dérangé, elle a en apparence aucun remord ou culpabilité par rapport à la disparition de sa sœur. J'ai été également très intéressé par les descriptions précises de la catastrophe, mais aussi des paysages des Pays-Bas cela me donne vraiment envie de découvrir ce pays.

Merci à l'Opération Masse Critique de Babelio et aux éditions Libella – Maren Shell pour cette belle découverte.

Extrait : (page 99)

Lorsque la Citroën reprit la route, il n'était plus question de rentrer le plus vite possible à la maison pour se glisser sous l'édredon. L'auto qui se dirigeait vers le petit port de débarquement était conduite par un homme qui réfléchissait fiévreusement à des solutions pratiques. A ses côtés, une jeune femme qui, répétons-le, n'était pas du tout à sa place. Elle aussi pourtant ressentait l'atmosphère étrange, intense, l'approche du danger, ce moment où les gens savent qu'ils doivent agir. Après trois ou quatre minutes, la digue apparut, comme une bosse se détachant sous la lumière de la lune. Lorsqu'on prenait à gauche, ici, on était à moins d'un kilomètre du port de débarquement – un simple ponton, dont l'accès par le quai, conformément aux prescriptions en cas de crue, devait être fermé par les vannes.

Mais l'auto freina et stoppa. L'instant d'après, Simon Cau courait, courbé, vers la digue, essayant de grimper à quatre pattes jusqu'au sommet. Ça semblait une gageure. Que voulait-il faire, agrippé aux herbes folles de cette misérable digue, construite en raidillon pour des raisons budgétaires ? Retombant chaque fois dans le réseau de taupinières inondées qui minait la construction de l'intérieur, il parvint néanmoins jusqu'au sommet. Impossible de se tenir debout, face à l'ouragan, sur une corniche bombée et étroite d'un demi-mètre à peine. Cau s'allongea sur le sol, tenant à deux mains sa casquette, et leva sa tête trempée par l'eau qui éclaboussait tout. Quelles visions apocalyptiques eut-il alors ? Des choses improbables dans un décor improbable ? Simon Cau respirait péniblement. En vérité, ce qu'il voyait à hauteur des yeux, à l'infini, c'était une masse d'eau qui montait en roulant ses vagues.

Lidy aussi était descendue. Elle se tenait là, à côté du talus, dont les entrailles produisaient un grondement tellement sonore qu'il couvrait le vent. Elle y prêta l'oreille un moment, sans savoir ce qu'elle écoutait. Ce remblai de sable recouvert d'une mince couche d'argile marin, après toutes ces années de flots déferlants, n'était plus bon à rien. Sur la crête vraiment très fragile, quelques murets, construits après l'inondation de 1906, présentaient quelques ouvertures pour les moutons. Le côté intérieur était déjà alors tellement poreux que c'est par miracle qu'il tint une heure et demie, cette nuit-là, avant de se déchirer sous l'énorme pression hydraulique s'exerçant de l'autre côté et de s'effondrer dans le fossé. Le côté extérieur excavé parvint à retenir la mer durant un quart d'heure, avant de se rompre définitivement.

Lidy dépêtra ses pieds de la boue et retourna en courant vers la voiture. Même sur la route en dur, on pouvait sentir la terre tressaillir.

Opération Masse Critique chez Babelio

Une catastrophe naturelle par Margriet de Moor

Critiques et infos sur Babelio.com

5 janvier 2010

La couleur pourpre – Alice Walker

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Robert Laffont - avril 1984 – 261 pages

J'ai lu - mars 1988 - 252 pages

Robert Laffont - Pavillon Poche – mars 2008 - 344 pages

traduit de l'américain par Mimi Perrin

Quatrième de couverture :

Depuis leur séparation, depuis des années, Nettie et Celie, deux jeunes Noires, soeurs tendrement unies, n'ont cessé de s'écrire. Mais aucune missive, jamais, n'est parvenue ni à l'une ni à l'autre.

C'est que Celie, restée là-bas, près de Memphis, subit la loi d'un mari cruel qui déchire toutes les lettres venues d'Afrique – où Nettie est missionnaire. Alors Celie, la femme-enfant, écrira via le bon Dieu, qui, lui, sait tout... Pourquoi, entre elles, cette correspondance déchirante et sans fin, obstinée, presque immatérielle ?

Steven Spielberg a écrit : « J'ai passé de la colère au rire et du rire aux larmes ; enfin, j'ai éprouvé tous ces sentiments en même temps. Il y a des années que je n'avais lu un livre qui ait suscité en moi pareille émotion. »

Auteur : Née en 1944, huitième et dernier enfant de parents pauvres, Alice Malsenior Walker perd son œil droit lorsque son frère la blesse accidentellement avec une arme. Honteuse de sa cicatrice, elle s'isole, se réfugiant dans la lecture et l'écriture. Grâce à une bourse, elle s'inscrit à Spelman Collège et au Sarah Lawrence College à New York. Diplômée en 1965, elle repart dans le Sud et s'engage dans le Civil Rights Mouvement, où elle rencontre Mel Leventhal, l'avocat du mouvement. Ils seront le premier couple mixte officiellement marié dans le Mississipi. Alice Walker publie son premier recueil de poème, 'Once', en 1965, suivi de 'Revolutionnary Petunias & Other Poems' en 1973. Son œuvre met l'accent sur la lutte des femmes noires contre le racisme de la société des blancs, contre le sexisme et le patriarcat de la communauté noire et contre la violence de la société américaine en général. Son premier roman, 'The Third Life of Grange Copeland', sort en 1970, suivi de 'Meridian' en 1976. Alice Walker est la première femme afro-américaine à obtenir le Pulitzer Prize pour 'The Color Purple' (1983), son roman le plus célèbre, également récompensé par le American Book Award et qui forme une sorte de trilogie avec 'The Temple of My Familiar' (1989) et 'Possessing The Secret of Joy' (1992). Sa nouvelle 'Kindred Spirits' (1986) obtient le O. Henry Award. Alice Walker est également connues pour ses recueils de nouvelles comme 'In Love and Trouble' (1973), 'You can' t Keep a Good Woman Down : Stories' (1982) ou 'The Complete Stories' (1994).

Mon avis : (relu en janvier 2010)

Livre lu dans le cadre des challenges « 100 ans de littérature américaine – Yes we can »

J’avais déjà lu ce livre à l’époque de la sortie du film de Spielberg. J’ai été contente de le relire.

C’est un livre dans la grande tradition des romans sudistes. A travers une correspondance entre deux sœurs noires qui ont été séparées à l’adolescence nous découvrons la vie difficile de Célie et Nettie.

Célie a été marié à 14 ans un homme violent qui l’empêche de recevoir les lettres de sa sœur. Célie n’ayant pas de réponses continue à écrire en adressant ses lettes au bon Dieu.  Elle nous raconte sa vie de femme noire du sud des Etats-Unis au début du XXème siècle. Elle est battue par son mari, elle subit la ségrégation, le racisme, la misère, la violence. Elle va se lier d’amitié avec Shug Avery, la maîtresse de son mari, qui chante et qui est libre. Shug va aider Célie a se battre et à ne plus se soumettre.

Nettie est partie comme missionnaire en Afrique. Elle nous raconte sa vie dans un village Olinka, elle participe à la scolarisation des garçons, les indigènes refusant que leurs filles étudient. Elle raconte la colonisation avec la construction d’une route qui va détruire une partie du village, puis les expropriations des terres pour installer des plantations. Elle raconte également les rites tribaux.

Alice Walker a écrit un livre magnifique et bouleversant qui ne peut pas nous laisser indifférents. A lire absolument !

En 1985, La Couleur pourpre (The Color Purple) a été adapté dans un film réalisé par Steven Spielberg avec Danny Glover, Whoopi Goldberg, Margaret Avery, Oprah Winfrey… Il a été nominé 11 fois aux Oscars en 1986

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Extrait : (page 129)

Chère Célie,

Cela fait longtemps que je n’ai pas eu le temps d’écrire. De toutes façons, quoi que je fasse, à tous moments, je t’écris. Chère Célie, je dis dans ma tête pendant les Vêpres, au milieu de la nuit, pendant que je fais la cuisine ; Chère, chère Célie. Et j'imagine que tu reçois vraiment mes lettres et que tu me réponds : Chère Nettie, voici à quoi ressemble ma vie.

Nous nous levons à cinq heures pour un léger petit déjeuner de porridge de millet avec des fruits, puis ce sont les cours du matin. Nous enseignons aux enfants l’anglais, la lecture, l’écriture, l’histoire, la géographie, l’arithmétique et nous leur lisons des histoires de la Bible. A onze heures, nous nous arrêtons pour déjeuner et nous occuper des travaux ménagers. Entre une heure et quatre heures il fait trop chaud pour bouger, mais quelques mères s’installent pour coudre derrière leurs huttes. A quatre heures, les enfants plus âgés viennent étudier, et le soir nous sommes à la disposition des adultes. Les plus grands ont l’habitude de venir à l’école de la mission, mais pas les petits. Il arrive que les mères doivent les traîner jusqu’ici, hurlant et se débattant. Ce sont tous des garçons. Il y a une seule fille, Olivia.

Les Olinkas ne considèrent pas que les filles doivent être éduquées. Une mère à qui je demandais pourquoi, m’a expliqué :

- Une fille n’est rien en soi. Seul son mari peut lui permettre de devenir quelque chose.

- Que peut-elle devenir ? lui demandai-je.

- Pourquoi, dit-elle, la mère de ses enfants.

- Pourtant, lui ai-je répondu, je n'ai pas d'enfant, je ne suis pas mère, mais je suis quelque chose.

- Vous n’êtes pas grand-chose, dit-elle. La bonne à tout faire du missionnaire.

Il est vrai que je travaille dur, plus dur que je n'aurais jamais imaginé, je balaie l’école et je nettoie après les heures de service, mais je n’ai pas l’impression d’être une bonne à tout faire. J’ai été surprise d’apprendre que cette femme, dont le nom chrétien est Catherine, me voie ainsi.

Elle a une petite fille, Tashi, qui joue avec Olivia après l’école. Adam est le seul garçon qui parle à Olivia à l’école. Ce n’est pas qu’ils soient méchants avec elle, c’est simplement que… quoi, au fait ? Qu’elle se trouve là où ils font leurs ‘trucs de garçons’, alors ils ne la voient pas. Mais ne t’inquiète pas, Célie, Olivia possède ton entêtement et ta vision claire des choses, elle est plus intelligente que tous les garçons réunis, y compris Adam.

- Pourquoi Tashi ne peut-elle pas venir à l’école ? m’a-t-elle demandé. Quand je lui ai dit que les Olinkas ne croyaient pas à l’éducation des filles, elle m’a répondu, rapide comme l’éclair,

- Ils sont comme les Blancs chez nous qui ne veulent pas que les gens de couleur soient instruits.

Oh, elle est intelligente, Célie. A la fin de la journée, quand Tashi en a terminé avec toutes les tâches ménagères que lui assigne sa mère, elle et Olivia se rencontrent en secret dans ma hutte, et

Olivia partage avec Tashi tout ce qu’elle a appris. Pour Olivia, Tashi représente à elle seule toute l’Afrique. L’Afrique radieuse qu’elle espérait trouver par-delà l’océan.

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Livre lu dans le cadre du Challenge 100 ans de littérature américaine

19 février 2010

Hunger Games – Suzanne Collins

Lu dans le cadre du Challenge : coeur_vs3

hunger_games Pocket Jeunesse – octobre 2009 – 382 pages

Quatrième de couverture :

Les Hunger Games ont commencé.
Le vainqueur deviendra riche et célèbre.
Les autres mourront...
Dans un futur sombre, sur les ruines des États-Unis, un jeu télévisé est créé pour contrôler le peuple par la terreur. Douze garçons et douze filles tirés au sort participent à cette sinistre téléréalité, que tout le monde est forcé de regarder en direct. Une seule règle dans l'arène : survivre, à tout prix.
Quand sa petite soeur est appelée pour participer aux Hunger Games, Katniss n'hésite pas une seconde. Elle prend sa place, consciente du danger. À seize ans, Katniss a déjà été confrontée plusieurs fois à la mort. Chez elle, survivre est comme une seconde nature...

Auteur : Suzanne Collins est née en 1963. C'est une auteur Américaine qui a commencé sa carrière en 1991 avec des émissions de télé pour enfants. Elle est aussi l'auteur de plusieurs romans pour la jeunesse dont la trilogie Hunger Games. Un film est en préparation. Ses autres séries n'ont pas encore été traduites. Aujourd'hui elle vit dans le Connecticut avec sa famille.

Mon avis : (lu en février 2010)

Livre lu dans le cadre du Challenge Coup de cœur de la blogosphère proposé par Gawou et Clarabel.

Ce livre pour ados mais aussi pour adultes nous emmène dans un univers fantastique. Ce n'est pas le genre de lecture que j'aime vraiment mais la quasi unanimité d’avis positif m’a encouragée à le lire. J'ai été prise par l'histoire et je reconnais avoir été conquise.

L'histoire se déroule dans le futur, sur les ruines des États-Unis. Pour maintenir l'ordre et la peur sur la nouvelle nation, chaque année, 24 enfants sont tirés au sort dans les douze districts. Ils vont devoir s'affronter dans une arène jusqu'à la mort devant les caméras et les yeux du peuple. Dans le district Douze, Prim petite fille de 12 ans est tirée au sort, sa grande sœur Katniss se porte volontaire pour prendre sa place. Peeta est le garçon tiré au sort, un jour où Katniss mourrait de faim, il lui avait donné du pain. Ils vont d’abord suivre un programme d’entraînement avant d’être jeter dans l’arène…

Les personnages sont vraiment attachants, l'histoire a beaucoup de rythme, la tension est omniprésente et le lecteur est non seulement un voyeur d'une téléréalité cruelle et odieuse mais aussi un témoin d'un système injuste et révoltant.

Extrait : (début du livre)

A mon réveil, l’autre côté du lit est tout froid. Je tâtonne, je cherche la chaleur de Prim, mais je n’attrape que la grosse toile du matelas. Elle a dû faire un mauvais rêve et grimper dans le lit de maman. Normal : c’est le jour de la Moisson.

Je me dresse sur un coude. Il y a suffisamment de lumière dans la chambre à coucher pour que je les voies. Ma petite sœur Prim, pelotonnée contre ma mère, leurs joues collées l’une à l’autre. Dans son sommeil, maman paraît plus jeune, moins usée. Le visage de Prim est frais comme la rosée, aussi adorable que la primevère qui lui donne son nom. Ma mère aussi était très belle, autrefois. A ce qu’on dit.

Couché sur les genoux de Prim, protecteur, se tient le chat le plus laid du monde. Il a le nez aplati, il lui manque la moitié d’une oreille et ses yeux sont couleur de vieille courge. Prim a insisté pour le baptiser Buttercup – Bouton d’Or –, sous prétexte que son poil jaunâtre lui rappelait cette fleur. Il me déteste. En tout cas, il ne me fait pas confiance. Même si ça remonte à plusieurs années, je crois qu’il n’a pas oublié que j’ai tenté de le noyer quand Prim l’a rapporté à la maison. Un chaton famélique, au ventre ballonné, infesté de puces. Je n’avais vraiment pas besoin d’une bouche de plus à nourrir. Mais Prim a tellement supplié, pleuré, que j’ai dû céder. Il n’a pas si mal grandi. Ma mère l’a débarrassé de sa vermine, et c’est un excellent chasseur. Il lui arrive même de nous faire cadeau d’un rat. Parfois, quand je vide une prise, je jette les entrailles à Buttercup. Il a cessé de cracher dans ma direction.

Des entrailles. Pas de crachats. C’est le grand amour.

Je balance mes jambes hors du lit et me glisse dans mes bottes de chasse. Le cuir souple épouse la forme de mes pieds. J’enfile un pantalon, une chemise, je fourre ma longue natte brune dans une casquette et j’attrape ma gibecière. Sur la table, sous un bol en bois qui le protège des rats affamés et des chats, m’attend un très joli petit fromage de chèvre, enveloppé dans des feuilles de basilic. C’est mon cadeau de la part de Prim pour le jour de la Moisson. Je le range dans ma poche en me glissant dehors.

coeur_vs3 proposé par Gawou et Clarabel.

17 février 2010

Les visages – Jesse Kellerman

les_visages Sonatine - octobre 2009 – 471 pages

traduction de l'anglais (États-Unis) par Julie Sibony

Présentation de l'éditeur :

Lorsque Ethan Muller, propriétaire d'une galerie, met la main sur une série de dessins d'une qualité exceptionnelle, il sait qu'il va enfin pouvoir se faire un nom dans l'univers impitoyable des marchands d'art. Leur mystérieux auteur, Victor Crack, a disparu corps et âme, après avoir vécu reclus près de quarante ans à New York dans un appartement miteux. Dès que les dessins sont rendus publics, la critique est unanime : c'est le travail d'un génie. La mécanique se dérègle le jour où un flic à la retraite reconnaît sur certains portraits les visages d'enfants victimes, des années plus tôt, d'un mystérieux tueur en série. Ethan se lance alors dans une enquête qui va bien vite virer à l'obsession. C'est le début d'une spirale infernale à l'intensité dramatique et au coup de théâtre final dignes des plus grands thrillers. Bien loin des polars calibrés habituels, Jesse Kellerman, styliste hors pair, nous offre ici un roman d'une indéniable qualité littéraire qui, doublée d'une intrigue machiavélique, place d'emblée le livre au niveau des plus grandes réussites du genre, tels Mystic River, de Dennis Lehane, ou L'Analyste, de John Katzenbach.

Auteur : Jesse Kellerman est né en 1978. Il est le fils des écrivains Jonathan et Faye Kellerman. Les Visages est son premier roman publié en France.

Mon avis : (lu en février 2010)

J’avais lu beaucoup d’avis positif sur ce livre sur la blogosphère (Amanda Meyre, Canel, Cathulu et Cuné) et lorsque je l’ai vu à la bibliothèque, je n’ai pas hésité…

Ce roman policier se déroule dans le milieu des galeries d’arts.

Ethan Muller, jeune galeriste en vogue découvre des cartons de dessins qui semblent vraiment géniaux. L’auteur de ses dessins, Victor Crack, a mystérieusement disparu après avoir vécu près de quarante ans dans un appartement misérable de New York. Ethan organise une exposition qui est un très grand succès. Lee McGrath, un flic retraité et malade, reconnait sur certains dessins les visages de jeunes enfants assassinés. Ethan veut comprendre qui est Victor Crack et pourquoi ces dessins. Il va donc mener l’enquête avec l’aide de Samantha la fille de Lee McGrath.

Régulièrement le récit est entrecoupé par des interludes qui dévoilent peu à peu les secrets d’une histoire familiale depuis 1847 jusqu’à aujourd’hui.

A travers cette histoire, on découvre un peu le milieu de l'art. L’intrigue est parfaitement construite, avec du suspens et les personnages sont attachants. En conclusion, c’est un livre qui se lit facilement et que j’ai beaucoup aimé. A lire !

Extrait : (début du livre)

Au début, je me suis mal comporté. Je ne vais pas vous mentir, alors autant jouer cartes sur table dès maintenant : si j’aimerais croire que je me suis racheté par la suite, il ne fait aucun doute que mes intentions, du moins au début, ont manqué quelque peu de noblesse. Et encore, c’est un euphémisme. Alors puisqu’il faut être honnête, soyons honnête : j’étais motivé par l’appât du gain et surtout par le narcissisme ; un sentiment de toute-puissance profondément enraciné dans mes gènes et dont je semble incapable de me débarrasser, bien qu’il me fasse parfois honte. Déformation professionnelle, j’imagine, mais aussi une des raisons qui m’ont poussé à tourner la page. « Connais-toi toi-même. »

Et merde. Je m’étais promis de faire un effort pour ne pas parler comme un sale con prétentieux. Il faut que je fasse plus roman noir ; en tout cas j’aimerais bien. Mais je ne crois pas que ce soit mon truc. D’écrire par petites phrases hachées. D’employer des métaphores graveleuses pour décrire des blondes sensuelles (mon héroïne est brune, pas spécialement du genre sensuel ; elle n’a pas les cheveux noir de jais lâchés en une crinière dégoulinante ; ils sont châtain clair et la plupart du temps pragmatiquement attachés en arrière – des queues-de-cheval soignées ou des chignons improvisés – ou bien juste coincés derrière les oreilles). Je n’y arrive pas, alors pourquoi me forcer ?

Nous n’avons chacun qu’une histoire à raconter et nous devons le faire comme ça nous vient naturellement. Je ne porte pas de flingue ; je ne suis pas coutumier des bagarres ou des courses-poursuites en voiture. Tout ce que je peux faire, c’est dire la vérité, et, en vérité, je suis peut-être bien un sale con prétentieux. Peu importe. Je n’en mourrai pas.

« C’est comme ça », ainsi qu’aime à le répéter Samantha.

Je ne suis pas tout à fait d’accord. Une maxime qui me conviendrai mieux – pour ma vie en général, mon travail et cette histoire en particulier – serait plutôt : « C’est comme ça, sauf quand c’est autrement, c'est-à-dire la plupart du temps. » Je ne connais toujours pas toute la vérité, et je doute que je la connaisse un jour.

Mais je m’emballe.

Je veux simplement dire que, ayant vécu longtemps dans un monde d’illusions, un genre de bal costumé géant où chaque phrase est soulignée de clins d’œil entendus et entourée de moult guillemets, c’est un soulagement que de pouvoir m’exprimer sincèrement. Et si ma sincérité ne sonne pas comme celle de Philip Marlowe, tant pis. C’est comme ça. Ce livre est peut-être un roman policier, mais, moi, je ne suis pas un policier. Je m’appelle Ethan Muller, j’ai 33 ans, et avant je travaillais dans l’art.

13 février 2010

Le club des Incorrigibles Optimistes – Jean-Michel Guenassia

Lu dans le cadre du Challenge : coeur_vs3

le_club_des_incorrigibles_optimistes Albin Michel – août 2009 – 757 pages

Prix Goncourt des lycéens 2009

Présentation de l'éditeur :
Michel Marini avait douze ans en 1959. C'était l'époque du rock'n'roll et de la guerre d'Algérie. Lui, il était photographe amateur, lecteur compulsif et joueur de baby-foot au Balto de Denfert-Rochereau. Dans l'arrière-salle du bistrot, il a rencontré Igor, Léonid, Sacha, Imré et les autres. Ces hommes avaient passé le Rideau de Fer pour sauver leur peau. Ils avaient abandonné leurs amours, leur famille, trahi leurs idéaux et tout ce qu'ils étaient. Ils s'étaient retrouvés à Paris dans ce club d'échecs d'arrière-salle que fréquentaient aussi Kessel et Sartre. Et ils étaient liés par un terrible secret que Michel finirait par découvrir. Cette rencontre bouleversa définitivement la vie du jeune garçon. Parce qu'ils étaient tous d'incorrigibles optimistes.

Portrait de génération, reconstitution minutieuse d'une époque, chronique douce-amère d'une adolescence : Jean-Michel Guenassia réussit un premier roman étonnant tant par l'ampleur du projet que par l'authenticité qui souffle sur ces pages.

Auteur : Né à Alger en 1950, propulsé sur le devant de la scène en 2009 avec son roman 'Le Club des incorrigibles optimistes', Jean-Michel Genassia n'en est pourtant pas à son coup d'essai. En effet, avant de se distinguer avec cette peinture politique des années 1960, cet avocat de formation a travaillé comme scénariste pour la télévision et a déjà signé le polar intitulé 'Pour cent millions', paru en 1986.

Mon avis : (lu en février 2010)
Livre lu dans le cadre du Challenge Coup de cœur de la blogosphère proposé par Catherine.
J'ai mis un peu de temps à l'emprunter à la bibliothèque, peut-être un peu effrayée par son épaisseur... et pourtant une fois entamé, j'ai lu ce livre avec beaucoup de plaisir et de facilité en oubliant ses 760 pages.

D'octobre 1959 à l'été 1964, Michel nous raconte la vie quotidienne de sa famille et en parallèle il nous fait découvrir les membres du Club des Incorrigibles Optimistes qui se réunissent dans l'arrière salle du bistrot « Le Balto » du quartier Denfert-Rochereau. Ce sont Leonid, Pavel, Tibor, Imre, Werner, Sacha. Ils ont fuit l'Europe de l'Est en laissant là-bas leurs familles. Ils se retrouvent au Club pour parler français et disputer des parties d'échecs. Kessel et Sartre partagent également cette arrière-salle. A travers ce roman, l'auteur restitue l'époque des années soixante, avec le rock'n roll, la Guerre d'Algérie... Avec Michel nous rencontrons d'autres personnages attachants Cécile, Camille, des camarades de H IV (Lycée Henri IV)... L'histoire est vraiment prenante et intéressante, je ne me suis pas ennuyée un instant. Un livre très agréable à découvrir sans hésiter !

 

Extrait : (début du livre)

Avril 1980

Aujourd'hui, on enterre un écrivain. Comme une dernière manifestation. Une foule inattendue, silencieuse, respectueuse et anarchique bloque les rues et les boulevardsautour du cimetière Montparnasse. Combien sont-ils ? Trente mille ? Cinquante mille ? Moins ? Plus ? On a beau dire, c'est important d'avoir du monde à son enterrement. Si on lui avait dit qu'il y aurait une telle cohue, il ne l'aurait pas cru. Ça l'aurait fait rire. Cette question ne devait pas beaucoup le préoccuper. Il s'attendait à être enterré à la sauvette avec douze fidèles, pas avec les honneurs d'un Hugo ou d'un Tolstoï. Jamais dans ce demi-siècle, on n'avait vu autant de monde pour accompagner un intellectuel. À croire qu'il était indispensable ou faisait l'unanimité. Pourquoi sont-ils là, eux ? Pour ce qu'ils connaissent de lui, ils n'auraient pas dû venir. Quelle absurdité de rendre hommage à un homme qui s'est trompé sur tout ou presque, fourvoyé avec constance et a mis son talent à défendre l'indéfendable avec conviction. Ils auraient mieux fait d'aller aux obsèques de ceux qui avaient raison, qu'il avait méprisés et descendus en flammes. Pour eux, personne ne s'est déplacé.

Et si, derrière ses échecs, il y avait autre chose, d'admirable, chez ce petit homme, cette rage de forcer le destin avec son esprit, d'avancer envers et contre toute logique, de ne pas renoncer malgré la certitude de la défaite, d'assumer la contradiction d'une cause juste et d'un combat perdu d'avance, d'une lutte éternelle, toujours recommencée et sans solution. Impossible de rentrer dans le cimetière où on piétine les tombes, escalade les monuments et renverse les stèles pour s'approcher plus près et voir le cercueil. On dirait l'inhumation d'une vedette de la chanson ou d'un saint. Ce n'est pas un homme qu'on porte en terre. C'est une vieille idée qu'on ensevelit avec lui. Rien ne changera et nous le savons. Il n'y aura pas de société meilleure. On l'accepte ou on ne l'accepte pas. Ici, on a un pied dans la tombe avec nos croyances et nos illusions disparues. Une foule comme une absolution pour l'expiation des fautes commises par idéal. Pour les victimes, ça ne change rien. Il n'y aura ni excuse, ni réparation, ni inhumation de première classe. Qu'y a-t-il de pire que de faire le mal quand on voulait faire le bien ? C'est une époque révolue qu'on porte en terre. Pas facile de vivre dans un univers sans espoir.

À cet instant, on ne règle plus de comptes. On ne fait pas de bilan. On est tous égaux et on a tous tort. Je ne suis pas venu pour le penseur. Je n'ai jamais compris sa philosophie, son théâtre est indigeste et ses romans, je les ai oubliés. Je suis venu pour de vieux souvenirs. La foule m'a rappelé qui il était. On ne peut pas pleurer un héros qui a soutenu les bourreaux. Je fais demi-tour. Je l'enterrerai dans un coin de ma tête.

Il y a des quartiers mal famés qui vous renvoient dans votre passé et où il est préférable de ne pas traîner. On croit qu'on oublie parce qu'on n'y pense pas mais il ne demande qu'à revenir. J'évitais Montparnasse. Il y avait là des fantômes dont je ne savais pas quoi faire. J'en voyais un devant moi dans la contre-allée du boulevard Raspail. J'ai reconnu son pardessus inimitable en chevrons clairs, façon Humphrey Bogart années cinquante. Il y a des hommes qu'on mesure à leur façon de marcher. Pavel Cibulka, l'orthodoxe, le partisan, le roi du grand écart idéologique et des blagues à deux balles, altier et fière allure, avançait sans se presser. Je l'ai dépassé. Il avait épaissi et ne pouvait plus fermer son manteau. Ses cheveux blancs en bataille lui donnaient un air d'artiste.

– Pavel.

Il s'est arrêté, m'a détaillé. Il a cherché dans sa mémoire où il avait vu ce visage. Je devais évoquer une vague réminiscence. Il secoua la tête. Je ne lui rappelais rien.

– C'est moi… Michel. Tu te souviens ?

Il me scruta, incrédule, toujours méfiant.

– Michel ?… Le petit Michel ?

– Arrête, je suis plus grand que toi.

– Le petit Michel !… Ça fait combien de temps ?

– La dernière fois qu'on s'est vus, c'était ici, pour Sacha.

Ça fait quinze ans.

On est restés silencieux, embarrassés par nos souvenirs. On est tombés dans les bras l'un de l'autre. Il m'a serré fort contre lui.

– Je ne t'aurais pas reconnu.

– Toi, tu n'as pas changé.

– Ne te moque pas de moi. J'ai pris cent kilos. À cause des régimes.

– Je suis heureux de te revoir. Les autres ne sont pas avec toi ? Tu es venu seul ?

– Je vais au boulot, moi. Je ne suis pas retraité.

Son accent traînant de Bohême s'était fait véhément. On est allés au Sélect, une brasserie où tout le monde avait l'air de le connaître. À peine étions-nous assis, le serveur lui apportait, sans qu'il ait rien commandé, un café serré avec un pot de lait froid et prenait ma commande. Pavel s'est penché pour attraper la boîte à croissants sur la table voisine et, ravi, en a englouti trois, parlant la bouche pleine avec une infinie distinction. Pavel avait fui la Tchécoslovaquie depuis près de trente ans et vivait en France dans des conditions précaires. Il avait échappé in extremis à la purge qui avait emporté Slansky, l'ancien secrétaire général du parti communiste et Clementis, son ministre des Affaires étrangères dont il était un proche collaborateur. Ancien ambassadeur en Bulgarie, auteur d'un ouvrage de référence, La Paix de Brest-Litovsk : diplomatie et révolution, dont aucun éditeur parisien ne voulait, Pavel était gardien de nuit dans un hôtel à Saint- Germain-des-Prés où il vivait dans une petite chambre au dernier étage. Il espérait retrouver son frère aîné qui avait gagné les États-Unis à la fin de la guerre et attendait un visa qui lui était refusé à cause de son passé.

– Ils ne me donneront pas mon visa. Je ne reverrai pas mon frère.

– Je connais un attaché à l'ambassade. Je peux lui en parler.

– Ne te casse pas la tête. J'ai un dossier aussi gros que moi. Il paraît que je suis un des fondateurs du Parti communiste tchécoslovaque.

– C'est vrai ?

Lu dans le cadre du challenge coeur_vs3 proposition de Catherine

Challenge Prix Goncourt des Lycéens
2009

 Challenge Goncourt des Lycéens
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chez Enna

10 février 2010

Spirou, le journal d'un ingénu – Emile Bravo

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Dupuis – avril 2008 – 66 pages

« Tirage de luxe » – février 2009

Grand Prix RTL de la Bande Dessinée 2008

Présentation de l'éditeur

1939. Comment un adolescent qui tient des portes dans un hôtel peut-il se révéler et devenir le jeune aventurier que nous connaissons ? Pourquoi celui-ci choisira-t-il de garder sa livrée de groom ? A-t-il été amoureux ? A-t-il une conscience politique ? D'où vient son amitié indéfectible avec Fantasio ? Et qui est ce Fantasio ? Et Spip ? Derrière toutes ces questions, se cache un terrible traumatisme qui nous affectera tous...

Auteur : Émile Bravo, né en 1964 à Paris est un auteur de bande dessinée et un illustrateur français. Sa famille est originaire d'Espagne. En 1992 il s'installe à l'Atelier Nawak avec Lewis Trondheim, Christophe Blain, David B. et Joann Sfar, puis en 1995 il fait partie des fondateurs de l'Atelier des Vosges avec la plupart des auteurs de l'Atelier Nawak mais aussi Frédéric Boilet ou encore Marjane Satrapi et Marc Boutavant. Proche de plusieurs auteurs importants de l'Association, Émile Bravo se démarque des auteurs de la bande dessinée « Alter » par un grand respect de la tradition et des canons de la bande dessinée d'aventure pour enfants (reprenant les principes de la ligne claire de Hergé), genre dont il est un des rares représentants et qu'il contribue à faire revivre.
Ainsi en 2008, au sein de la collection Une aventure de Spirou et Fantasio par..., il publie Le Journal d'un ingénu où il imagine les origines du fameux groom inventé par Rob-Vel 70 ans plus tôt.

Mon avis : (lu en février 2010)

C’est le tome 4 de « Une aventure de Spirou et Fantasio par... »  Emile Bravo imagine les débuts de Spirou et Fantasio. Nous sommes dans la Belgique, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, Spirou est groom dans le Moustic Hôtel, nous allons découvrir sa vie et les conditions de sa rencontre avec le journaliste Fantasio. En effet, dans l’hôtel, un envoyé du 3e Reich doit rencontrer secrètement des envoyés du gouvernement polonais. Ils recherchent une solution au problème délicat de Dantzig. Cette aventure de Spirou, Fantasio et Spip nous plonge dans un passé bien réel et évoque l’Histoire avec un grand H.

Le dessin est vraiment superbe et efficace, les couleurs rendent parfaitement le ton de l’époque. Un album qui se lit d’une traite avec beaucoup de plaisirs et d’émotions.

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4 février 2010

In the air – Walter Kirn

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book et Michel Lafon

in_the_air Michel Lafon – janvier 2010 – 308 pages

traduit de l'anglais (États-Unis)par Nathalie Bru

Quatrième de couverture : Depuis des années Ryan Bingham ne touche plus terre : son boulot de consultant en management – il est chargé d’organiser des licenciements – le conduit d’entreprise en entreprise, de ville en ville, d’avion en aéroport, de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel. Il n’a plus de maison, plus d’épouse, plus d’attaches familiales : il ne se sent chez lui que dans le cocon d’une cabine pressurisée, face au sourire d’une hôtesse de l’air ou à un plateau-repas mal réchauffé. Son but dans la vie ? Accumuler un million de miles du programme de fidélité d’une compagnie aérienne. Il y est presque, mais brûle d’envie de démissionner…
D’une plume décapante qui excelle à dénoncer l’inhumanité croissante du monde du travail et ses effets délétères, Walter Kirn décrit avec le talent d’un Douglas Kennedy ou d’un Don DeLillo l’implacable descente aux enfers d’un homme qui a la tête dans les nuages.

Auteur : Critique littéraire à Time et Vanity Fair, WALTER KIRN a dirigé la rubrique littéraire des magazines Rolling Stone et GQ et écrit encore pour le New York Times. Le film tiré d’In the Air, son troisième roman, avec George Clooney dans le rôle principal, sortira en salles début 2010. Il est réalisé par Jason Reitman (Juno) et la distribution comptera entre autres Jason Bateman (Juno, Arrested Development) et Anna Kendrick (Twilight).

Mon avis : (lu en février 2010)

Je suis déçue par la lecture de ce livre dont j'attendais mieux surtout au vu de la quatrième de couverture et de la phrase en couverture « le roman culte qui a inspiré le nouveau film de Jason Reitman avec Georges Clooney ». J'ai eu beaucoup de mal à lire ce livre, chapitre après chapitre je me disais « je n'arrive pas à rentrer dans ce livre ». « Quand ce livre va-t-il enfin démarrer ? » Nous suivons les états d'âme de Ryan qui passe sa vie entre les aéroports, les hôtels et dont la préoccupation principale est d'arriver à dépasser le million de miles offerts. Ryan est consultant en management, il fait « un peu de CEM (conseil en efficacité managériale) et beaucoup – énormément, hélas – de CTC (conseil en transition de carrière). Le nom savant de l'activité qui consiste à faire en sorte que les nouveaux chômeurs appréhendent leur licenciement récent comme une opportunité de développement personnel et spirituel. » Ryan n'aime plus vraiment son travail, il a quitté son logement, il n'a plus d'épouse et n'a que des contacts téléphoniques avec sa famille. On voyage aux États-Unis en passant par Denver, Salt Lake City, Vegas, Omaha... Mais j'ai trouvé plutôt ennuyeux ce voyage, le personnage de Ryan n'est pas antipathique, mais sans relief. Quand à la fin, je ne l'ai pas comprise... et je n'ai pas eu le courage de revenir en arrière pour essayer de comprendre... Dommage.

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Ce livre a été adapté au cinéma dans un film réalisé par Jason Reitman avec George Clooney, Anna Kendrick, Jason Bateman et qui est sortie en France en janvier 2010. En regardant la bande-annonce et en lisant le synopsis, je ne retrouve du livre que la vie entre les aéroports et la course aux miles. Je n'ai pas vu le film et j'attendrai la télévision ou le DVD à la Médiathèque pour le voir...


Merci à Blog-o-Book et aux Éditions Michel Lafon pour l'envoi de ce livre.

Livre lu dans le cadre du partenariat logotwitter_bigger et michel_lafon

25 janvier 2010

Les Monts de l'Éléphant – Jean-François Chabas

les_Monts_de_l_El_phant École des Loisirs – février 2009 – 161 pages

Quatrième de couverture : Henri de Lespagne, 47 ans, est issu d'une famille des beaux quartiers, ravagée par l'orgueil et l'argent. Une famille qui s'est coupée du reste du monde et a pourri. Après s'en être détaché, il y a longtemps, il est devenu veilleur de nuit dans une tour où Sok Kateka, femme étrange, fait le ménage. En khmer, Kateka signifie " Promesse "...

Auteur : Jean-François Chabas est né en région parisienne en 1967. Après une adolescence mouvementée, il a exercé trente-six métiers avant de se consacrer exclusivement à l’écriture. Il vit en Provence, après avoir exploré entre autres le Pays basque et les Alpes. Il a publié plus de vingt romans pour la jeunesse et obtenu pour eux de nombreux prix, il fait son entrée en « littérature adulte » début 2004 avec un roman sur la mafia albanaise, "Les violettes".

Mon avis : (lu en janvier 2010)

C'est le premier livre que je lis de cet auteur. Ce sont les blogs de Clarabel et Sylvie qui m'ont donnée envie de découvrir ce livre.

« Il faut que je te raconte l'histoire de Promesse. » la première phrase nous annonce la couleur, mais avant de connaître Promesse, le narrateur, Henri 47 ans nous raconte avec beaucoup de détachement son enfance et sa famille durant plus de 100 pages... Henri est le petit dernier d'une famille de quatre enfants dans un milieu très riche. La famille de sa mère possédait des parts importante dans l'industrie de l'acier et celle de son père était propriétaire dans l'immobilier à Paris, en Belgique et au Luxembourg. Ils habitent un bel appartement avenue Kléber. Mais l'apparence est trompeuse, la famille ne va pas bien : le père est atteint d'une maladie mentale la dysmorphophobie que le pousse à se replier sur lui-même, la mère est une maniaque de l'ordre et est obnubilée par son argenterie, sa vaisselle et son mobilier de valeur. Sébastien le frère aîné est sarcastique, dès à 18 ans il deviendra délinquant, Paul « avait la musique dans l'âme » mais « n'était pas doué du tout, c'est un euphémisme. En nous écorchant les oreilles, il n'a pas contribué à rendre nos enfances faciles. » Ensuite il y a Charlotte « ma petite grande sœur chérie » discrète et courageuse et enfin Henri dit l'Hurluberlu « parce que j'étais toujours un peu ailleurs » « Je rêvais d'aventures, avec une application têtue, avec constance ». A travers l'enfance et l'adolescence, nous assistons à la chute de cette famille aux principes formatés. Avec les désastres de sa famille devant lui, Henri va se mettre à penser différemment, il ne veut pas les imiter. Sans diplôme, il devient coursier puis gardien de nuit dans un immeuble de bureau, c’est là, qu’Henri va rencontrer Promesse une femme de ménage qui rit tout le temps. Son vrai nom est Sok Kateka, elle est khmère et son histoire personnelle est bouleversante. Une histoire très touchante et drôle à la fois, destinée aussi bien aux adultes qu’aux ados. A découvrir !

Extrait : (page 32)

Tu sais, les familles... c'est un drôle de truc, les familles. Tu les regardes de loin et tu vois un groupe à peu près uni, tu te dis que les membres se ressemblent forcément, puisqu'ils sont du même sang, qu'ils grandissent ou vieillissent côte à côte... Et puis tu regardes de plus près les individualités, et tu te rends compte qu'ils peuvent différer les uns des autres à peu près autant qu'une carpe miroir, une crosse d'évêque et une pompe à vélo.
Une famille, ce n'est pas un puzzle. C'est plutôt une tas de bidules et de machins balancés ensemble dans une caisse, et plus ou moins forcés d'y cohabiter. Il y a une question de chance. Je veux dire que tu peux tomber sur des parents aimants, merveilleux, et qu'avec tes frères et sœurs, c'est aussi un peu la roulette. Nous connaissons tous des familles où on se hait, d'autres où on s'adore. Certaines où des clans se forment. Certaines dont les membres choisissent un mouton noir, un paratonnerre qui reçoit toutes les rancœurs, les jalousies et les hargnes recuites. Sébastien aurait pu être celui-là.

Tu imagines, un braqueur de dix-huit ans chez nous. Mais ça ne s'est pas du tout passé de cette façon. Pour chacun d'entre nous, il y a eu tant d'autres évènements qui ont suivi.

Non, tu sais, je me demande encore quelle sorte de famille nous étions. Aimante, ou pas ? Moche ? Arrogante ? Loufoque ? Divisée ? Je ne sais pas. A quarante-sept ans, je ne sais pas ce que c'est exactement qu'une famille.

7 juin 2009

Ceux qu’on aime – Steve Mosby

ceux_qu_on_aime traduit de l'anglais par Clément Baude

Sonatine - février 2009 – 350 pages

Présentation de l'éditeur
Vous laissez un message à l'un de vos proches, dont vous n'avez pas de nouvelles. Il ne vous répond que par mail ou par SMS. De nos jours, rien de plus normal. Vous inquiétez-vous ? Imaginez-vous une seconde que ce n'est pas lui qui vous a répondu, qu'il est séquestré, privé d'eau et de nourriture... et que vous n'entendrez plus jamais le son de sa voix ? Tel est le mode opératoire d'un tueur en série qui s'attaque à des jeunes femmes célibataires, les séquestre, endosse leur identité auprès de leurs proches et les laisse dépérir à petit feu, dans l'abandon le plus total. Sam Currie est commissaire, Dave Lewis journaliste, tous deux ont sur la conscience la mort ancienne d'un parent, qu'ils auraient peut-être pu sauver s'ils avaient fait davantage attention à lui. Deux hommes hantés sur qui un piège infernal va se refermer, et qui devront trouver les ressources psychologiques nécessaires pour assumer leur passé, affronter le tueur et, cette fois, être là pour ceux qu'ils aiment. Une tension dramatique oppressante, un art machiavélique de l'intrigue, une perversité sans égal : on retrouve, après Un sur deux, la marque de fabrique de Steve Mosby, qui aborde avec ce roman des thèmes aussi universels que la solitude dans la société contemporaine, la force des sentiments, et les nécessaires priorités de l'existence.

Biographie de l'auteur
Steve Mosby est né en 1976 à Leeds. Jeune écrivain surdoué, comparé à Dennis Lehane et à Michael Connelly. Après "Un sur deux", "Ceux qu'on aime" est son deuxième roman paru en français.

Mon avis : (lu en juin 2009)

L'idée de départ de l'intrigue est plutôt originale et intéressante : le tueur utilise des sms et des mails pour faire croire aux proches de sa victime que celle-ci est en pleine forme. Mais, j'ai eu un peu de mal à m'y retrouver dans les nombreux personnages qui sont décrits dès le début de l'histoire. Mais l'intrigue en elle-même met un peu trop de temps avant de vraiment commencer. Le livre se lit facilement, on passe un bon moment, mais le dénouement est assez prévisible.

Extrait : "Il existe un principe de base chaque fois que l'on veut étudier un tour de magie. Il faut partir de l'effet final, le truc que l'on n'arrive pas à expliquer, pour remonter en arrière, en se concentrant sur les choses que l'on connait et en cherchant des indices dans les interstices. Il n'y a que comme ça qu'on peut découvrir le secret : graver tous les paramètres du tour dans le marbre, puis comprendre comment il a pu être effectué à l'intérieur de ce cadre.

Si une bague apparait soudain dans un pot de fleurs à côté de la porte, c'est que quelqu'un l'y a déposée. Si une seule personne se trouvait près de cette porte, alors ça ne peut être qu'elle. Si cette personne n'a pu prendre la bague qu'à un seul moment, alors elle l'a prise à ce moment-là. En s'appuyant sur le visible, on comprend l'invisible."

10 octobre 2009

Entre Dieu et moi, c’est fini – Katarina Mazetti

entre_dieu_et_moi_c_est_finiGaïa – octobre 2007 – 157 pages

Traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss

Quatrième de couverture :

Linnea a seize ans, plein de complexes, et pas mal de questions qui lui trottent dans la tête. La seule qui la comprenait, c’était Pia. Sa meilleure amie, son amie pour la vie. Enfin, pour cent vingt jours, « sans compter les week-ends », Linnea a fait le calcul une fois. Maintenant que Pia est morte. Avec Pia, elle pouvait parler de tout : de l’amour, de la mode, de Markus, le beau gosse dont toutes les filles rêvent, du prof de bio qui devait se faire interner mais qui au lieu de ça harcèle la classe entière, de son père qu’elle voit deux fois par an, de sa mère qui a une liaison tumultueuse. Et de Dieu. Qu’est-ce que ça signifie « croire en Dieu »? Car ce n’est pas exactement la même chose que le père Noël. Une chose est sûre, ce n’est pas la peine de compter sur Dieu pour résoudre les équations du second degré. Seulement voilà, Pia s’est jetée sous un train. Alors Linnea se souvient, puisque comme dit son excentrique grand-mère, « pour pouvoir oublier quelque chose, il faut d’abord bien s’en souvenir ». Emouvant et drôle.

Biographie de l'auteur
Katarina Mazetti est née à Stockholm en 1944, journaliste puis enseignante, elle est aujourd'hui une écrivain prolifique. Elle est l'auteur de romans pour adultes (Le mec de la tombe d'à côté, Les larmes de Tarzan), pour enfants et pour adolescents.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

J’ai découvert cette auteur avec "Le mec de la tombe d'à côté" puis "Les larmes de Tarzan". Ce livre est destiné aussi bien aux adultes, qu’aux adolescents.

C’est l’histoire de Linnea une adolescente suédoise de 16 ans pleine de contradictions. Elle vit avec sa mère, son beau-père Ingo et son petit frère de 9 ans Knotte. Elle est secrètement amoureuse du beau Markus. Elle se pose mille et une questions sur sa vie, son avenir, sur l’amour, sur Dieu… Une seule personne l’a vraiment comprise, son amie Pia. Ce livre nous raconte avec humour, l’amitié entre Linnea et Pia, une amitié qui va durer moins longtemps que prévu, car elle va se terminer sur un drame. Linnea (et le lecteur) veut comprendre et surtout accepter et vivre avec ce qui s’est passée.

Un beau livre à la fois drôle et émouvant qui se lit très facilement.

On peut retrouver le personnage de Linnea dans deux autres livres de Katarina Mazetti

entre_le_chaperon_rouge Entre le chaperon rouge et le loup, c'est fini (février 2008)

la_fin_n_est_que_le La fin n'est que le début (mars 2009)

Extrait : (début du livre)

Cette nuit, j’ai rêvé du mur. Ce mur auquel j’ai parlé tout au long de l’été dernier.

« On a vraiment l’impression de parler à un mur », me disaient-ils toujours après m’avoir soûlée pendant trois heures avec leurs trucs. Des trucs de merde, genre qu’ « on » ne sort pas à vélo quand il pleut des cordes et qu’ « on » ne donne pas ses vêtements aux autres. Et que même si je pense que mon répugnant prof de bio devrait se faire interner, c’est quand même lui qui me donne les notes qui vont rester dans mon dossier scolaire. Des trucs habituels qui te cassent les pieds.

C’est pour ça que je me suis efforcée d’imiter un mur. Un mur, ça se tait. Ça à l’air d’être en veille quand on lui parle. Ça reste muré dans son silence, en toute indépendance. Moi, d’ailleurs, je préfère parler à un mur plutôt qu’à la plupart des gens. Les murs ne te font pas ces remarques ridicules que t’as pas envie d’entendre mais qui te trottent quand même dans la tête. Les murs ont toujours le temps. Les murs sont toujours là, ils ne courent pas à des réunions un soir sur deux, ils n’ont pas de séminaires et ne sont pas non plus obligés de téléphoner à Betta pendant trois heures.

Un mur n’écoute peut-être pas. Mais de toute manière, personne n’écoute.

Mon mur à moi se trouve à l’intérieur d’un grand dressing dans la maison de ma grand-mère. On l’a tapissé, je ne sais pas pourquoi, avec le même papier peint que celui que maman avait dans sa chambre de jeune fille, un machin gris parsemé de triangles, de lignes et de points orange et vert kaki. Dans les années cinquante, il avait sans doute été neuf et propre. On y découvre toujours quelque chose de nouveau quand on le fixe en pensant à autre chose. Et il est capable de consoler.        

12 octobre 2009

La traversée du Mozambique par temps calme – Patrice Pluyette

Seuil – août 2008 – 316 pages

Points – août 2009 – 314 pages

Quatrième de couverture :
Le capitaine Belalcazar, archéologue à la retraite et vague descendant d'un conquistador espagnol, met les voiles une nouvelle fois vers la jungle du Pérou pour trouver l'or de la mystérieuse cité inca de Païtiti. Un beau bateau, une belle équipe, un itinéraire rigoureusement planifié: cette tentative sera la bonne. Sauf que rien ne se passe comme prévu. Les obstacles se multiplient. On n'a pas fini d'être surpris. Et l'auteur semble y prendre un malin plaisir.

Biographie de l'auteur
Patrice Pluyette est né en 1977. Après des études de lettres modernes, il se lance dans l écriture. La Traversée du Mozambique par temps calme est son quatrième roman, sélectionné pour les prix Goncourt et Médicis 2008.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

Ce livre a un titre aussi mystérieux qu'inexplicable car contrairement à ce qu'évoque le titre, nous ne traverserons pas le Mozambique, mais nous ferons un voyage et une quête vers Païtiti une cité inca du Pérou ! J'ai bien aimé le début car on embarque pour un voyage d'aventures peu ordinaire qui n'a rien de tranquille... Les personnages sont également haut en couleur : le capitaine Belalcazar, archéologue en retraite, à la recherche d'une cité légendaire, perdue dans la jungle amazonienne, Negook et Hug-Gluq, Indiens de l’Alaska, chasseurs d’ours, Fontaine, cuisinière et amoureuse du capitaine, Malebosse, un peu sorcière, Jean-Philippe un pirate... On retrouve un roman d'aventure évoquant Jules Verne, malheureusement, l'histoire est de plus en plus déjantée et j'ai été lassée et c'est avec soulagement que je suis arrivée à la fin de ce livre. Dommage !

Extrait :

Au même moment, après avoir aidé Fontaine à débarrasser la table en emportant le plat et les assiettes dans la cuisine sans tomber dans l'escalier - que Fontaine redoute plus que tout au monde, un jour il y aura un accident dit-elle -, Hug-Gluq et Negook, comme à leur habitude, se retrouvent pour parler à l'avant du bateau, sous la hune du mât de misaine. Negook va mieux. Hug-Gluq ne fait plus la tête. Negook mange des biscuits de mer dès qu'il se sent mal et porte son regard au loin pour faire passer le tournis. Fontaine fait la vaisselle. C'est elle qui lui a dit de ne jamais garder le ventre vide quand il commence à aller mal, ni de rester dans un endroit clos. Il faut sortir, respirer, manger, fixer quelque chose au loin, même si l'horizon est flou.
Le pizzicato des assiettes monte de la fenêtre entrouverte ; pour un peu le son métallique d'un transistor coréen se ferait entendre et, comme le fond de l'air est tiède, elle n'est pas loin la sensation d'une soirée d'été qui prend le large près de la corde à linge d'un jardin de ville au milieu des draps secs qu'un vent chaud gonfle et fait courir sur place, sans bruit, peuplant la nuit de fantômes inoffensifs et blancs, impeccablement propres, une taie rose et un slip battant pavillon Soupline sur l'herbe calme.

22 octobre 2009

Question de l'être et beauté féminine – Jérémy Nabati

question_de_l__tre_et_beaut__f_minine Aux forges de Vulcain – septembre 2009 – 128 pages

Quatrième de couverture :

« Aldo, en proie à une soudaine inspiration, osa alors lui demander si elle voudrait bien prendre un verre avec lui : - L’air que vous parfumez dans votre sillage et qui vous suit me subtilise et m’extasie – mon être tout entier est absorbé dans le reflet mouvant de vos cheveux. Tout, autour de moi, s’évanouit – le temps même a cessé de battre. Vibration du possible, caractère brûlant de la passion, mise en suspens comme telle, aiguillon de l’action – je suis tenu en haleine, à la merci de vos moindres mouvements. Votre beauté n’a pas d’égal, ainsi soit-il – vous êtes la plus jolie, telle est mon unique certitude. Vous voir, c'est déjà – consentir à tomber sous le charme ; le reste, à côté, n’est que poésie. Dormir un long sommeil – et n’être réveillé que par cette séduisante façon que vous avez, je n’en doute pas, de porter un verre à vos lèvres carminées… »

Auteur : Jérémy Nabati est Normalien et enseigne la philosophie au lycée. Question de l'être et beauté féminine est son premier roman. Site de l’auteur.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

Ce livre m'a été offert par les éditions Aux forges de Vulcain à la suite de ma critique sur Contretemps, livre que j'avais lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book et Aux forges de Vulcain.

"Question de l’être et beauté féminine" se compose de deux parties. La première (68 pages) est une nouvelle qui donne le titre au livre et la deuxième "Comment errez-vous ?" est une suite de six textes ou poème parfois très courts qui n’ont aucun lien.

"Question de l’être et beauté féminine" nous raconte Aldo qui est un homme sensible à son environnement et en particulier à la beauté féminine, il ose aborder la femme qui lui plaît, Flora et l’on va suivre le début de leur histoire. Cette nouvelle est touchante, avec un brin de poésie.

"Comment errez-vous ?" est plus difficile à résumer, et cette lecture a été pour moi un peu déroutante. Par exemple, le premier texte, "L'un l'autre" est un échange de SMS et de mail entre un prophète et Dieu. Le dernier texte, "Le temps de la pensée" est un poème. J’ai bien aimé la nouvelle "Dernier été".

Un grand merci aux éditions Aux forges de Vulcain pour m’avoir fait découvrir ce livre.

Extrait : (début du livre)

Lors vint le moment où sa pensée ne le quitta plus. Le jour, il espérait la croiser à chaque coin de rue, et la moindre passante, revêtant d’abord ses traits, l’arrachait à chaque fois brusquement à lui-même. La nuit, évidemment, il lui arrivait de rêver d’elle. Le temps s’écoulait ainsi ; un mois passa.

Puis, un soir, il avait eu cette intuition : il la reverrait le lendemain, c’était certain. Seulement, il ne savait pas exactement ce qui se passerait, ce qu’il devrait faire en fonction de la situation qui se présenterait, ce qu’il devrait faire en fonction de la situation qui se présenterait effectivement. Il la revit, donc : elle sortait, lui aussi – elle lui tient la porte ; il dit « merci », tout simplement, mais d’une voix suffisamment forte pour qu’elle se retourne, et qu’elle le voie… elle l’a vu, ça y est.

Elle est toujours aussi belle, toujours aussi resplendissante, inondant de joie tout ce qui vient à l’entourer. Ses cheveux sont fascinants, à la manière d’un fleuve glissant silencieusement dans la nuit étoilée – et ses yeux, deux aigues-marines. A la fois fine et musculeuse, ses traits racés sont les seuls auxquels une chair si incroyablement nerveuse ait pu se soumettre. Certes, sa façon de s’habiller ne varie pas beaucoup, ce qui d’ailleurs la rend aisément reconnaissable : jean clair, haut noir – col roulé en cachemire, ou tee-shirt décolleté et fin gilet de coton -, imperméable noir.

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