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Édition Thierry Magnier – septembre 2000 – 111 pages

Présentation de l'éditeur :

Seuls dans un couloir d’hôpital, un frère et une soeur attendent que leur mère quitte la chambre de son mari. Cet homme, leur père, est dans le coma entre la vie et la mort. Cette femme est toute entière à sa douleur.
Spectateurs impuissants de cette souffrance d’adulte, les deux enfants s’inventent un univers à leur démesure. Peuplé d’histoires de héros qui ne meurent jamais, de pères plus forts que la mort...

L’issue de ces insupportables jours d’attente leur apprendra que seul l’amour ne meurt jamais...

Auteur : Née en 1952, en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, Jeanne Benameur vit en France depuis l'âge de 5 ans. Elle débute sa carrière d'écrivain avec des livres de jeunesse comme 'Samira de quatre routes' ou 'Adil coeur rebelle', avant d'ouvrir son registre à la littérature pour adulte. Longtemps enseignante, elle se consacre désormais à l'écriture. Ses livres : Les Demeurées (2000), Si même les arbres meurent (2000), Un jour mes princes sont venus (2001), Les Mains libres (2004), Présent ? (2006), Laver les ombres (2008)

Mon avis : (lu en décembre 2009)

Mathieu et Céline sont dans la salle d’attente de l’hôpital. Leur papa vient d'avoir un accident d'alpinisme et il est dans le coma. Leur maman, Dominique est effondrée. Chaque jour, Dominique vient au chevet de son mari et les enfants arpentent les couloirs de l'hôpital, ils s'inventent un monde imaginaire où leur papa est "Grand aigle" qui se bat pour vaincre les danger de la montagne, Mathieu est Aigle Brun, Céline Petite Montagne. Ils se réfugient et s'isolent dans leurs histoires imaginaires et refusent le monde extérieur comme l’école, les copains, l’institutrice.

Ce livre est à la fois bouleversant et poétique. Il aborde le thème de la mort d'un proche avec beaucoup de simplicité et de pudeur. Il se lit très facilement, les phrases sont courtes et simples. C'est un livre qui peut être lu aussi bien par des collégiens que des adultes. A découvrir sans modération.

Extrait : (page 11)

L'infirmière de garde vient de passer à nouveau. A nouveau elle s'est sentie saisie à la vue des deux enfants. Pris en bloc. Dans quelque chose qu'elle a du mal à nommer. Non, ce n'est pas du chagrin. Elle préférerait. Le chagrin, elle connaît. Elle en voit des gens de toutes sortes, de tous milieux, faire connaissance brutalement avec le chagrin.

Ça effondre. Ça pulvérise à l'intérieur. Comme une falaise rongée par des années de vagues et qui, tout à coup, laisse partir un gros bloc de rocher ; et puis un autre, et un autre encore. La falaise se ruine. Un nuage de poussière, de calcaire, dans un grand fracas. Elle s'écroule. Il a suffit d'une tempête : coups de vent plus forts, vagues plus mordantes.

C'est ça les chagrins qu'elle reconnaît ici, Paula. Elle voit venir la fissure chez ces gens qui attendent, qui attendent de savoir ce que la vie décide dans le corps de ceux qu'ils chérissent.

Parfois, le soir ou le matin, quand elle rentre chez elle, elle se sent ravinée elle aussi par toutes ces vagues de souffrance qu'elle a vues à l'œuvre. Et elle pense alors qu'elle fait un drôle de métier.

Mais chez ces deux enfants, il n'y a rien de tel. Ils sont dressés dans une autre attente. Comme tenus de l'intérieur. Et tout entiers pris là-dedans. Elle se demande s'ils l'entendent vraiment, s'ils la voient. Plusieurs fois, elle leur a proposé un chocolat chaud de la machine, tout près. La petite fille secoue la tête. Le garçon articule « Non merci, madame », d'une voix très nette et lointaine à la fois. L'infirmière se sent de trop auprès d'eux. D'habitude, on aime sa présence. Elle rassure.

Elle retourne à sa petite salle de garde, se refait un café, jette un coup d'œil sur ses fiches. Leur père ne s'en sortira pas. Ou tellement diminué. Elle revoit leur mère avançant à pas pressés, maladroits, à côté du chariot, les yeux rivés aux paupières closes de son époux, la main effleurant l'autre main, n'osant presque plus toucher. Elle prend un magazine qu'elle feuillette, n'arrive pas à lire.

Les deux enfants sont là, dans la salle d'attente. Elle ne sait pas quoi faire. C'est elle qui a le cœur gros tout à coup. Fichu métier !