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le_testament_cach_ Éditions Joëlle Losfeld – septembre 2009 – 328 pages

traduit de l'anglais (Irlande) par Florence Lévy-Paoloni

Présentation de l'éditeur :

Roseanne McNulty a cent ans ou, du moins, c'est ce qu'elle croit, elle ne sait plus très bien. Elle a passé plus de la moitié de sa vie dans l'institution psychiatrique de Roscommon, où elle écrit en cachette l'histoire de sa jeunesse, lorsqu'elle était encore belle et aimée. L'hôpital est sur le point d'être détruit, et le docteur Grene, son psychiatre, doit évaluer si Roseanne est apte ou non à réintégrer la société. Pour cela, il devra apprendre à la connaître, et revenir sur les raisons obscures de son internement. Au fil de leurs entretiens, et à travers la lecture de leurs journaux respectifs, le lecteur est plongé au coeur de l'histoire secrète de Roseanne, dont il découvrira les terribles intrications avec celle de l'Irlande. A travers le sort tragique de Roseanne et la figure odieuse d'un prêtre zélé, le père Gaunt, Sebastian Barry livre ici dans un style unique et lumineux un roman mystérieux et entêtant.

Auteur : Sebastian Barry est né à Dublin en 1955. À la fois romancier, poète et dramaturge, il est reconnu comme l'une des voix les plus importantes de l'Irlande d'aujourd'hui. Ses romans Annie Dunne et Un long, long chemin ont paru aux Éditions Joëlle Losfeld respectivement en 2005 et 2006. Le testament caché figurait sur la shortlist du Man Booker Prize 2008, et a obtenu le prix Costa Book of the Year cette même année. Il a également décroché en 2009 le prix Hughes and Hughes Irish Novel of the Year.

Mon avis : (lu en janvier 2010)

Ce livre nous raconte l'histoire Roseanne McNulty, elle a 100 ans et a passé presque toute sa vie dans l'hôpital psychiatrique de Roscommon. Mais l'hôpital doit fermer et le Dr Grene est chargé de tester les malades pour savoir ceux que l'on doit replacer dans le nouvel hôpital psychiatrique et ceux qui peuvent retrouver une vie normale. Roseanne prétend avoir oublié pourquoi elle a été internée. Mais en secret, elle écrit l'histoire de sa vie. Parallèlement, le docteur Grene consigne sur carnet ses entretiens avec Roseanne et le résultat de ses recherches dans les archives de l'hôpital. Ce livre nous raconte également en filigrane un siècle de la société irlandaise et une époque sombre de l'histoire irlandaise où l'auteur n’épargne pas l'Église catholique. Roseanne est un personnage terriblement attachant avec d'un destin dramatique. Le dénouement de cette belle histoire est totalement inattendue et m'a vraiment surprise.

Extrait : (page 182)

Tom en m'avait pas demandé de l'épouser ni rien de tout cela et pourtant je savais que toutes ces paroles avaient un rapport avec le mariage. Moi-même, tout à coup, je ne voulais pas l'épouser, ni lui ni personne, ni être demandée en mariage. J'avais un peu plus de vingt ans et à l'époque on était vieille fille à vingt-cinq et on ne trouvait même plus un bossu avec qui se marier. Les femmes étaient beaucoup plus nombreuses que les hommes en Irlande en ce temps-là. Les femmes avaient compris et partaient en Amérique et en Angleterre à toute vitesse, avant que leurs bottines ne s'enfoncent et ne restent collées dans le bourbier irlandais. L'Amérique réclamait des femmes à cor et à cri, nous étions une exportation aussi bonne que de l'or pour l'Amérique. Des centaines et des milliers partaient chaque année que Dieu faisait. Des femmes ravissantes, des femmes rondes, laides, fortes, épuisées, jeunes, vieilles, de toutes les fichues catégories. La liberté, je pense que c'est ce qu'elles cherchaient et elles suivaient leur intuition. Elles préféraient être bonnes en Amérique plutôt que vieilles filles dans cette satanée Irlande. J'eus brusquement une envie intense, fervente, presque violente de faire comme elles. L'odeur de l'agneau imprégnait mes vêtements et je me disais que seul un voyage en mer, la traversée de l'Amérique, pourrait m'en débarrasser. Bon, mais voyez-vous, j'aimais ce Tom. Que Dieu me vienne en aide.