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14 septembre 2010

Baby Challenge Polar - Livr@ddict

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14 septembre 2010

Passé sous silence – Alice Ferney

pass__sous_silence Actes Sud – août 2010 – 203 pages

Quatrième de couverture :
Passé sous silence est le récit, en forme de conte historique, d'un événement réel de la seconde moitié du XXe siècle. Les dates, lieux, noms de personnes ont été effacés, mais les choses dites l'ont été et les faits sont authentiques : dans un moment décisif de notre histoire s'affrontent deux visions de l'honneur et du service de l'Etat. Entre la Terre du Sud et le Vieux Pays, une guerre d'indépendance s'éternise. Pour la finir, le Vieux Pays rappelle au pouvoir son chef le plus prestigieux. Une fois investi, le souverain n'agit pas comme on l'attendait. Contre ce pouvoir, un jeune officier mène une conjuration jusqu'à l'attentat. Sain et sauf, le chef de l'État accordera-t-il sa grâce ? Pour raconter ce moment singulier où un héros s'est retrouvé juge et partie, Alice Ferney convoque tour à tour les pensées des deux protagonistes. Une documentation méticuleuse et une précieuse prise en compte des mécanismes psychologiques lui donnent l'audace de soulever la chape du silence. Avec la volonté ardente d'exhumer une injustice, et sans jamais juger, Alice Ferney essaie de comprendre ce qui, clans des temps troublés, a pu mener un homme à mourir et un autre à condamner. Elle touche en vérité le point focal d'un drame national qui irradie encore. Et fait entendre, avec une efficacité saisissante, la voix du romancier face à l'Histoire.

Auteur : Alice Ferney a déjà publié sept romans chez Actes Sud : Le Ventre de la fée (1993), L'Élégance des veuves (1995), Grâce et dénuement (1997, prix Culture et bibliothèques pour tous), La Conversation amoureuse (2000), Dans la guerre (2003), Les Autres (2006) et Paradis conjugal (2008).

Mon avis : (lu en septembre 2010)
Voici un livre assez particulier, un « conte historique » nous dit la quatrième de couverture parlant « d’un évènement réel de la seconde moitié du XXème siècle. Les dates, lieux, noms de personnes ont été effacés, mais les choses dites l'ont été et les faits sont authentiques ».
Entre la Terre du Sud et le Vieux Pays, une guerre d'indépendance n’en fini pas. Le général Grandberger va profiter des évènements pour revenir au pouvoir. Face à lui, le colonel Paul Donadieu, déçu par le héros d’une guerre passé, entre en résistance et ira jusqu’à l’attentat.
Assez rapidement le lecteur comprend que l’« évènement réel de la seconde moitié du XXème siècle » c’est la guerre d’Algérie, que le général Grandberger c’est le Général De Gaulle qui s’oppose à Paul Donadieu soit Jean-Marie Bastien-Thiry entre août 1962 et mars 1963. C’est un passage de notre histoire que je connais très mal (je n’étais pas encore née à l’époque, mais je suis trop vieille pour que le sujet soit dans mon programme d’histoire au lycée…).
Ce livre est très bien écrit, très documenté, c’est la confrontation de ces deux hommes. La situation est complexe. Paul est un idéaliste, franc, courageux et droit. Le général Grandberger est puissant et pragmatique.
« Le Vieux Pays, par la faute d’un esprit cynique et tortueux, serait amputé alors que le contraire avait été promis comme un serment. Tu voulais arrêter la cours de cette trahison. Tu ressassais. Que pouvais-tu entreprendre tout seul ? Quelle action pouvait envisager des citoyens libres qui mesuraient les résultats funestes d’une dictature ? De fugitive qu’elle était, l’idée devint évidente, lancinante, jusqu’à dessiner ta mission personnelle : confisquer le pouvoir à Jean Grandberger. Le juger pour ses crimes et briser définitivement son illustre figure. » L'auteure a choisi de s'adresser directement à Paul en le tutoyant, rendant son personnage plus proche du lecteur. J’ai vraiment été très intéressée par ce livre et en le refermant, j’ai même été lire plus d’informations sur ce fait historique. 

Extrait : (début du livre)
Peu de destins individuels demeurent longtemps éclairés par l'Histoire. Cet ensevelissement des noms et des hommes dans le passé paraît plus injuste lorsqu'ils ont enduré une guerre. Pourtant, cette convulsion historique, qui fait drame dans leur vie, ne change rien à l'oubli promis aux héroïsmes anonymes. Surtout si les braves combattirent pour une cause perdue, ou, pire, à qui l'avenir ne donnera pas raison : moins légitime que ne l'avaient dit leurs chefs. Le temps, dont ils furent la matière, passe à autre chose, trouve ses fibres neuves. La passion de ce qui fut s'émousse. L'intérêt s'estompe. La mémoire se polarise. La violence des événements se dissipe. L'actualité renouvelle les objets de l'attention. La connaissance des êtres - ce qu'ils ont fait, la manière dont ils l'ont fait - disparaît. Combattre sans déroger à l'honneur ne peut relever de la pensée qu'on a de la postérité. C'est le choix intérieur d'un homme dans un instant. Quelles que soient sa grandeur, sa souffrance ou sa consternation, elles seront oubliées, comme le sont les affaires privées, qui par nature restent inaccessibles. Car les gestes minuscules, les pensées, les sensations les plus profuses, les désarrois, les peines, n'ont cours que par celui qui les initie, les éprouve, et souvent les tait. L'ignorance du détail personnel accompagne la mémorisation historique. Il est plus aisé de consigner la guerre en général que la guerre d'un seul soldat.   

Les mémoires familiales ne pactisent pas avec l'oubli. Ayant accès aux secrets intimes, elles les sauvegardent. Les descendants d'une lignée peuvent se rappeler un cheminement, une petite gloire, un tourment qui fut inutile, une torture restée ignorée. Leur témoignage rapporte ce qui fut subi et mené par un homme. Pour un enfant à l'écoute, vierge de défaites et de récits, un parent dira : Ton grand-père a eu la Légion d'honneur à titre militaire (il faut le préciser, car le présent, si éloigné des circonstances et de la valeur des sacrifices, en galvaude les récompenses). Ton grand-père avait aussi telle médaille, telle croix, qui résument l'itinéraire de son courage.   

Le monde ne connaît plus grand-père. Il y a des millions de grands-pères oubliés, soldats qui découvrirent la guerre réelle après avoir rêvé une guerre imaginaire. Ils criaient dans les embuscades, se tourmentaient d'avoir tué, pleuraient leurs compagnons morts. Un cadavre mutilé, ils pressaient deux mains sur leur bouche. Ils sont morts. Chacun, pour l'Histoire, est englouti, déshabillé dans l'énorme chiffre des pertes.   

L'oubli est la grande vérité de l'Histoire : sa trappe la plus cruelle. Beaucoup de héros honorables, comme beaucoup de faibles, de lâches, et même de traîtres, tombent dans l'oubli. La qualité ne fait rien à l'affaire. Leur nom n'est plus prononcé, connu ou écrit par personne, alors même qu'ils vécurent l'Histoire dans de si vives souffrances qu'elles méritent une commémoration nominative. Peu l'obtiennent.   

Sans doute faut-il, pour inscrire son patronyme dans les livres et les manuels, s'approcher au plus près de l'Etat, détenir ses secrets, ou bien être l'Etat, le représenter aux yeux des citoyens et au sein du monde, connaître et se mêler des questions qu'il traite. Tel est le cas des deux figures de cette histoire, le colonel et le général, qui dans le temps d'une fracture, d'un basculement qui devient cataclysme, après un éclair de feu à la tombée du soir, dans la lumière incertaine qui confond les chiens et les loups, s'affrontèrent jusqu'à ce que mort s'ensuive.   

Leur rencontre est un duel singulier et fatal. Les idées, les mots et les armes y tiennent une place égale. S'y mêlèrent le courage passionné d'un homme et la raison d'Etat, la conviction obstinée d'un accusé et la rancune d'un chef, la droiture d'un jeune officier et le machiavélisme d'un meneur politique, la pureté d'un conjuré et l'intransigeance d'une personnalité couronnée par son passé. Deux caractères d'exception, l'un idéaliste et l'autre réaliste, se toisent avec la même rigueur (et une non moindre vigueur) d'un bord à l'autre d'un événement tragique, dans une tourmente qui semble ne pouvoir trouver qu'une fin sanglante et partielle. Frères jumeaux aux extrémités d'un temps, ennemis dans le présent, tous deux pareillement époux, pères, patriotes, officiers de l'armée au service de leur pays, intègres par éducation, aristocrates de l'esprit, mais qui n'atteignirent pas le même degré de pragmatisme, s'opposent sur le terrain de l'Histoire qui se fabrique.   

La géométrie et l'issue de cet énigmatique engagement d'un homme contre un autre s'enracinent dans les dernières convulsions de l'Empire, quand des formes qui semblaient naturelles deviennent intolérables. La tragédie que jouèrent le colonel Donadieu et le général de Grandberger, en marge de l'avancée des choses du monde et sans jamais l'infléchir (l'un refusant d'y croire et l'autre tirant du jeu l'épingle de son pays), qui fut à la fois extravagante et prosaïque, insignifiante et emblématique, appartient aux accidents de l'Histoire, aux crimes des temps révolutionnaires, aux grands souvenirs de l'Empire, dans ce moment où il refuse de mourir, quand sur la Terre du Sud se réveille l'âme d'une nation.   

Par les diableries d'un souverain outragé, par sa machination judiciaire (qu'une narration partisane a refoulée aux bords du récit qu'elle en donne, renvoyant la victime dans l'espace nébuleux d'une improbable folie), un homme est mort qui faisait honneur à son pays. La salve a claqué dans l'air mouillé de l'aube. Le peloton s'est retiré pour toujours. Le silence d'une honte entoure ce sacrifice. C'est de cet épisode qu'il convient de faire la chronique, sans laquelle le temps pourrait le disputer à la mémoire.   

Livre 6/7 pour le Challenge du 1% littéraire 1pourcent2010

20 avril 2010

Quelques jours d'été / Un îlot de bonheur – Chabouté

quelques_jours_d_ete Vents d'Ouest – avril 2009 – 160 pages

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Quelques jours d'été - Paquet – juillet 2004 – 32 pages

un_ilot_de_bonheur Un îlot de bonheur - Paquet – septembre 2001 – 124 pages

Quatrième de couverture :

Le chuchotement des rivières, petit homme ! N'oublie jamais !...

Présentation de l'éditeur :

Deux histoires tendres et sensibles, emplies d’un humanisme profond et rythmés par des regards et des silences…

Quelques jours d’été

Un petit garçon de la ville confié à des gens de la campagne... Un vieux monsieur taiseux dont l’épaisse carapace craquera pour ce petit bonhomme. Un tournant dans la vie d’un petit garçon. Une histoire simple et intimiste ou même les rivières chuchotent...

Un îlot de bonheur

La rencontre d’un enfant et d’un SDF. L’enfant aux portes de l’adolescence, le monsieur qui traîne ses souvenirs... Une amitié furtive. Deux personnages blessés par la vie qui viennent chercher dans un parc, un de ces îlots de bonheur que peu parviennent à saisir.

Auteur : Né en 1967, d’origine alsacienne, Christophe Chabouté suit les cours des Beaux-Arts d’Angoulême, puis de Strasbourg. Vents d’Ouest publie ses premières planches en 1993 dans "les Récits", un album collectif sur Arthur Rimbaud. Mais il faut attendre 1998 pour que ce graphiste free-lance se fasse un nom dans la bande dessinée en publiant coup sur coup "Sorcières" aux Editions du Téméraire et "Quelques jours d’été" aux Editions Paquet. Deux albums remarqués et primés, le premier au Festival d’Illzach, le second à Angoulême où Christophe Chabouté décroche l’Alph’Art Coup de Coeur. Avec "Zoé" paru en 1999, Chabouté prouve que son talent a atteint sa pleine maturité, ce qu’il démontre avec encore plus d’évidence dans "Pleine Lune". "Tout seul"(2008), "Terres Neuvas"(2009).

Mon avis : (lu en avril 2010)

Cette intégrale de Vents d’Ouest regroupe deux albums de Christophe Chabouté, initialement parus aux éditions Paquet en 1998 et 2001 : "Quelques jours d'été..." (Alph-Art coup de cœur au Festival d’Angoulême 1999) et "Un îlot de bonheur" (mention spéciale du jury au Festival d’Angoulême 2003).

La première histoire est celle d'un jeune garçon est envoyé chez ses grand-parents pour les vacances. Il découvre la vie à la campagne, la rivière qui chuchote...

La seconde histoire est celle d'un jeune adolescent qui préfère se réfugier dans un parc public pour fuir les éternels disputes de ses parents. Il va faire connaissance avec un sans domicile fixe.

Les dessins, en noir et blanc, et le texte sont simples, beaux et dépouillés. Deux histoires courtes pleine d'émotions et de sensibilité.

Extrait : 

Quelques jours d'été

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Un îlot de bonheur

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Déjà lu du même auteur : tout_seul Tout Seul

Terres_neuvas Terres Neuvas  construireunfeu Construire un feu

18 septembre 2010

Un été prodigue – Barbara Kingsolver

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (24/26)

Lu dans le cadre du challenge_100_ans_article_300x225

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Rivages – mars 2002 – 496 pages

Rivages poche – avril 2004 – 558 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Guillemette Belleteste

Présentation de l'éditeur :
Dans le décor sauvage et grandiose des Appalaches, Un été prodigue tisse trois histoires de femmes. Celle de Deanna, employée par l'office des forêts, dont la solitude va être bouleversée par l'arrivée d'un jeune chasseur. Celle de Lusa, une intellectuelle qui, devenue veuve, décide de rester dans la vallée et de gagner le cœur d'une famille hostile. Celle de Nannie, enfin, dont les opinions en matière de religion ou de pesticides suscitent des querelles de voisinage. Dans ce roman foisonnant et généreux, Barbara Kingsolver traite du thème qui lui est le plus cher - le respect de la nature - avec un charme et une grâce qui suscitent l'enthousiasme.

Auteur : Barbara Kingsolver, née le 8 avril 1955 à Annapolis (Maryland), avant de rejoindre Carliste (Kentucky) dès 1956, est une écrivaine américaine. Elle a poursuivi ses études en écologie et en biologie à l'université de l'Arizona. Ses romans décrivent souvent son Kentucky natal et l'Arizona (état dans lequel elle vit actuellement, à Tucson) avec toujours une forte empreinte d'écologie. Ses romans sont essentiellement inspirés par la nature et les grands espaces de sa région natale. L'Arbre aux haricots, Les Cochons au paradis, Les Yeux dans les arbres, Un été prodigue, Une rivière sur la lune, Une île sous le vent, Un jardin dans les Appalaches.

Mon avis : (lu en décembre 2004 et relu en septembre 2010)
Trois histoires de femmes, trois histoires parallèles dans le superbe décor des forêts dans les montagnes des Appalaches. Leur point commun c’est la nature.
Deanne travaille pour l'office des forêts, elle a quarante-sept ans, elle vit seule dans un refuge aménagé dans la montagne, elle piste les coyotes pour les observer et les protéger des chasseurs. Elle va croiser Eddie, un jeune chasseur, qui va libérer sa sensualité.
Lusa, jeune mariée, puis jeune veuve, ancienne scientifique et citadine, elle va prendre en main ferme dont elle a hérité malgré elle. Elle aime et connaît les insectes en particulier les papillons. Elle va se battre pour faire mentir les préjugés de sa belle-famille. Enfin, Nannie, une femme âgée, propriétaire d'un superbe verger biologique, elle est attentive à l'écologie et se dispute avec son voisin Garrett qui ne partage pas ses idées et qui n'hésite pas utiliser de puissant désherbant à proximité du verger bio.
Un livre qui est un vrai hymne à la nature avec des personnages parfaitement décrits et attachants.
Il y a beaucoup de poésie dans les nombreuses descriptions de la nature «Le brouillard gris de l'aurore qui régnait au fond de cette combe humide s'élevait avec la lenteur impérieuse d'une jupe de vieille dame enjambant une flaque d'eau.» Je gardais un très beau souvenir de ma première lecture, je n’ai pas été déçu en relisant ce livre, j’ai beaucoup aimé cette grande plongée dans une nature superbe et préservée.

Extrait : (début du livre)
Tous les mouvements de son corps dénotaient une franchise que donnent des habitudes de vie solitaire. Mais la solitude n'est vécue comme telle que par l'être humain. Chaque pas silencieux résonne comme le tonnerre dans la vie souterraine de l'insecte ; tout choix renouvelle l'univers de l'élu. Il n'existe pas de secret sans témoins.
L'aurait-on épiée dans cette forêt – un homme armé d'un fusil, par exemple, dissimulé dans un épais taillis de fayards -, qu'on aurait remarqué sa rapidité à remonter le sentier et son sérieux lorsque, le sourcil froncé, elle examinait le sol devant elle. Une femme en colère, sur les traces d'une créature haïssable.
On se serait trompé. Frustrée, elle l'était certainement de suivre dans la boue des empreintes qu'elle ne parvenait pas à identifier. Cette femme était sûre d'elle, d'habitude. Pourtant, si elle avait pris la peine de se poser la question en cette matinée détrempée et ensoleillée, elle aurait dit être heureuse. Elle aimait l'atmosphère qui succède à une pluie violente et la percussion sifflante dont se remplit une forêt de feuilles qui dégouttent à vous en retirer les mots de la tête. Son corps était libre d'obéir à ses propres lois : de marcher à longues enjambées trop difficiles à suivre, de s'asseoir sans façon sur ses talons, au milieu du sentier, là où il fallait palper les feuillages écrasés, une grosse natte de cheveux presque aussi épaisse que l'avant-bras balayant le sol depuis son épaule lorsqu'elle se baissait. De tous ses membres,elle se réjouissait d'être de nouveau à l'air libre, hors du refuge exigu dont les murs en rondins s'étaient couverts d'une barbe envahissante durant les longues pluies printanières. Le sourcil froncé n'était que de pure concentration, rien d'autre. Les deux années passées seule l'avaient rendue aussi indifférente qu'une aveugle à l'apparence de son propre visage.
Toute la matinée, la piste de l'animal l'avait menée vers les hauteurs, le long d'une touffe de rhododendrons, dans la montagne qu'elle gravissait maintenant à travers une forêt de très vieux arbres, tellement escarpée qu'elle avait toujours échappé à la coupe. Pourtant, même ici, où une solide voûte de chênes et de noyers d'Amérique protégeait le sommet de la crête, la pluie de la nuit précédente était tombé suffisamment fort pour brouiller les traces. La taille de la bête, elle avait pu la déterminer à la trouée faite dans la broussaille vernissée des podophylles, ce qui suffit à accélérer les battements de son cœur. Sans doute était-ce ce qu'elle cherchait depuis ces deux dernières années ou plus. Une éternité. Mais pour en être absolument sûre, certaines précisions lui étaient nécessaires, en particulier la marque ténue d'une griffe, au-delà du coussinet, celle qui distingue le doigt du canidé de celui du félin.

12 août 2010

Seul le silence – RJ Ellory

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Sonatine – août 2008 – 504 pages

LGF – août 2009 – 601 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Fabrice Pointeau

Quatrième de couverture :
Joseph Vaughan, écrivain à succès, tient en joue un tueur en série, dans l’ombre duquel il vit depuis bientôt trente ans. Joseph a douze ans lorsqu’il découvre dans son village de Géorgie le corps horriblement mutilé d’une fillette assassinée. La première victime d’une longue série qui laissera longtemps la police impuissante. Des années plus tard, lorsque l’affaire semble enfin élucidée, Joseph décide de changer de vie et de s’installer à New York pour oublier les séquelles de cette histoire qui l’a touché de trop près. Lorsqu’il comprend que le tueur est toujours à l’œuvre, il n’a d’autre solution pour échapper à ses démons, alors que les cadavres d’enfants se multiplient, que de reprendre une enquête qui le hante afin de démasquer le vrai coupable, dont l’identité ne sera révélée que dans les toutes dernières pages.

Plus encore qu’un roman de serial killer à la mécanique parfaite et au suspense constant, Seul le silence marque une date dans l’histoire du thriller. Avec ce récit crépusculaire à la noirceur absolue, sans concession aucune, R. J.Ellory évoque autant William Styron que Norman Mailer par la puissance de son écriture et la complexité des émotions qu’il met en jeu.

Auteur : R. J. Ellory est né en 1965. Après avoir connu l'orphelinat et la prison, il devient guitariste dans un groupe de rock, avant de se tourner vers la photographie. Seul le silence est son premier roman publié en France.

 

Mon avis : (lu en août 2010)
Voici un livre que je voulais lire depuis longtemps. Et cette lecture a été à la hauteur de mes attentes.

C’est l’histoire de la vie de Joseph Vaughan, il perd son père à l’âge de 12 ans, il est donc élevé seul par sa mère à Augusta Falls, une petite ville de Géorgie. Son institutrice, Alexandra Webber, décèle chez lui le potentiel d’un futur écrivain. Tout bascule le jour où une petite fille est sauvagement assassinée. C’est la première victime d’une série de meurtres de petites filles. Avec ses copains, Joseph crée le groupe des Anges gardiens, ils se promettent de toujours veiller sur leurs petites voisines. Mais les meurtres continuent à se perpétuer.
Des années plus tard, Joseph est devenu écrivain et il vit à New York, il va malheureusement croiser à nouveau la route de l’assassin. Il va vouloir alors venger les petites filles qu’il n’a pas su protéger et retrouver cet assassin insaisissable depuis trente ans…
Tout est dans l’ambiance et l’atmosphère de ce livre si superbement écrit.
L’intrigue efficace nous incite à garder le livre en mains et l'on découvre seulement à la fin qui est ce terrible meurtrier. Mais pour RJ Ellory l’essentiel n’est pas l’intrigue policière, mais l’histoire de Joseph, son jeune héros, écrivain en devenir, meurtri par la vie et bouleversé par les morts de ces petites filles. Tout lecteur ne peut que ressentir pour Joseph beaucoup d’empathie. Et l’on découvre également de superbes descriptions de l’Amérique rurale, mais aussi de New York.

Une très belle découverte d’un très grand roman.

Extrait : (début du livre)

Prologue

Coups de feu, comme des os se cassant.
New York : sa clameur infinie, ses rythmes métalliques âpres et le martèlement des pas, staccato incessant ; ses métros et cireurs de chaussures, carrefours embouteillés et taxis jaunes ; ses querelles d’amoureux ; son histoire, sa passion, sa promesse et ses prières.
New York avala le bruit des coups de feu sans effort, comme s’il n’avait pas plus d’importance qu’un simple battement de cœur solitaire.
Personne ne l’entendit parmi une telle abondance de vie.
Peut-être à cause de tous les autres bruits.
Peut-être parce que personne n’écoutait.
Même la poussière, prise dans le clair de lune filtrant par la fenêtre du deuxième étage de l’hôtel, soudain déplacée sous l’effet des coups de feu, reprit son chemin errant mais régulier.
Rien ne s’était produit, car c’était New York, et de telles morts solitaires et insoupçonnées étaient légion, presque indigènes, brièvement remémorées, oubliées sans effort.
La ville continuait de vaquer à ses occupations. Un nouveau jour commencerait bientôt, et rien d’aussi insignifiant que la mort ne possédait le pouvoir de les différer.
C’était juste une vie, après tout, ni plus ni moins.

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7 août 2010

Challenge du 1% littéraire 2010

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Je viens de m'incrire au Challenge du 1% littéraire 2010 organisé cette année par cette année par Schlabaya, il s'agit de lire au moins 1% des 701 sorties littéraires prévues cet automne.
Soit au moins 7 livres...

J'ai déjà lu  : Desert Pearl Hotel - Pierre-Emmanuel Scherrer
et j'ai déjà dans ma PAL : Une affaire conjugale - Eliette Abécassis

Et j'ai très envie de découvrir : L'amour est une île - Claudie Gallay
                                          Le coeur régulier - Olivier Adam
                                          Passé sous silence - Alice Ferney
                                          Ouragan - Laurent Gaudé
                                          Le septième fils - Arni Thorarinsson

et bien sûr mes lectures vont évoluer en fonction des futures critiques !

6 juin 2010

Le Louvre pour les nuls - Daniel Soulié

Lu dans le cadre de babelio_masse_critique

le_louvre_pour_les_nuls Illustrations de Marc Chalvin

Editions First / Musée du Louvre – avril 2010 – 440 pages

Présentation de l'éditeur :
Fleuron du patrimoine français, le Louvre a de multiples facettes. Monument historique, ses murs ont vu défiler les souverains les plus puissants de leur temps, et ses salles ont été témoins d'événements qui ont marqué l'histoire de France. Musée, il dispose d'un ensemble de chefs-d’œuvre sans égal, et son public toujours plus nombreux devrait dépasser les 10 millions de visiteurs annuels dans un avenir proche. Institution et centre de recherche, le Louvre est aussi une immense ruche où s'affairent chaque jour plus de 2000 personnes : conservateurs et agents de surveillance, électriciens et conférenciers, doreurs et marbriers, et même pompiers et garçons de café ! C'est ce Louvre connu ou insolite, mille fois vu et jamais épuisé, que ce livre vous invite à découvrir. Le Louvre de l'histoire, le Louvre des oeuvres d'art et le Louvre des hommes, ces trois ingrédients qui, mêlés, en font un extraordinaire lieu de rendez-vous pour les savants, les amateurs et les curieux du monde entier.

Auteur : Daniel Soucié est archéologue et historien d'art de formation; il a participé à plusieurs campagnes de fouilles en Egypte avant d'entrer en 1988 au musée du Louvre. Il a assuré la programmation des activités proposées aux visiteurs jusqu'en 2008. Il est aujourd'hui responsable de médiation pour les salles du nouveau département des Arts de l'Islam et pour la section des Trois Antiques.

Mon avis : (lu en juin 2010)

Ce livre est une coédition avec le Musée du Louvre, il très complet que j'ai pris beaucoup d'intérêt à feuilleter et à découvrir.

L'introduction nous présente les différentes parties du livre et nous propose des pistes pour découvrir le Louvre :
Le Louvre est un lieu historique et abrite d'importante collections et de nombreux chefs-d’œuvre.
On va découvrir le Louvre à travers les âges. Puis le livre nous présente le musée et ses collections à travers ses 8 départements, avec en fin de chaque chapitre «les œuvres à ne pas manquer» et autre découverte, le Louvre aujourd'hui.
Puis vient un chapitre présent dans chacun des livres de la collection « pour les nuls » « La partie des Dix » où l'on aborde le Louvre de trois manières : à travers 10 personnages et évènements associés au palais et au musée du Louvre, à travers 10 œuvres incontournables et à travers 10 lieux ou activités du Louvre.
Il y a également 40 reproductions en couleur de chefs-d’œuvre et du Louvre, des anecdotes signalées par un pictogramme et en annexes, une chronologie, une bibliographie et des index des personnes, des lieux, des œuvres.
Je ne l'ai pas lu ce livre comme je lis un roman, j'ai lu de longs passages piochés au hasard où à partir de la table des matières très détaillée. Et maintenant, j'ai très envie d'aller faire un long tour au Musée du Louvre !

Un très grand merci à Babelio pour m'avoir permis de découvrir ce beau livre lors de l'opération Masse Critique.

louvre

3 août 2010

Il n'y a pas beaucoup d'étoiles ce soir – Sylvie Testud

il_n_y_a_pas_beaucoup  Fayard – août 2003 – 225 pages

Quatrième de couverture :
Énervée. Affamée. Exténuée. Terrorisée. En retard. Frigorifiée. Les journées, pour Sylvie Testud, sont une succession de moments intenses. Elle nous emmène à une interview au Plaza, sur un tournage en japonais, acheter du plâtre au BHV, faire l'amour devant vingt personnes pendant huit heures, essayer des robes chez Chanel pour les Césars, tout en refusant d'embrasser un serpent ou de sauter par la fenêtre... Le quotidien d'une actrice, en somme. Sauf que Sylvie Testud fait montre d'un regard ultra-lucide. Comment entre-t-on dans un rôle ? Comment apprend-on à l'aimer, comment le quitte-t-on, comment dire non, comment dire oui ? Où est la limite entre la vie qu'on vit et la vie qu'on joue ? Et si notre existence était un interminable casting ?
Décalée, d'une voix qui ne ressemble à aucune autre, drôle et sans concession, Sylvie Testud éteint les feux trompeurs de la rampe, et l'on découvre qu'Il n'y a pas beaucoup d'étoiles ce soir

Auteur : Sylvie Testud est comédienne. Révélée dans Karnaval, elle a obtenu en 2001 le César du meilleur espoir féminin pour Les Blessures assassines. Ses derniers films : Stupeur et tremblements d'après le roman d'Amélie Nothomb, Filles uniques et Vivre me tue.

Mon avis : (lu en août 2010)
Un livre plein d'humour agréable et rapide à lire. Sylvie Testud nous raconte l'envers du décor de la vie d'une actrice au théâtre ou lors des tournages. Nous découvrons ses débuts, son quotidien, ses peurs, ses joies... Son style est vivant, plein de fraîcheur... J'ai passé un très bon moment en compagnie de ce livre.

Extrait : (page 129)
Je suis nominée aux Césars !
C’est ça qu’elle hurle ? Parce que mon agent hurle dans le téléphone.
Ben oui. Je suis nominée aux Césars en tant que meilleur espoir.
- C’est français ça comme mot « nominée » ? Je me demande.
Ce sont les directeurs de castings qui proposent des filles et des garçons comme espoir et après les gens du cinéma doivent voter qui est le meilleur et la meilleure espoir de l’année. Celui et celle qui remporteront le plus de voix seront immédiatement émus meilleur espoir.
Tous les acteurs et actrices vont aux Césars. La cérémonie est retransmise en direct à la télévision ! Sur Canal+ en clair.
- Mon grand-père pourra suivre la cérémonie si c’est en clair.
Oh le pauvre, il va pleurer… Et ma grand-mère aussi elle va pleurer…
Et ma mère ? Et mes sœurs ? Et… Tous, ils vont pleurer c’est certain.
- Il faut que tu trouves une robe. Me dit mon agent. Où veux-tu aller ?
Saint-Laurent ? Chanel ? Versace ? Armani ? Lolita Lempicka ?
- Oh putain ! Mais elle a pété les plombs mon agent ! Je pense.
Je n’ai pas le fric pour m’offrir une robe chez Saint-Laurent moi !
- Ne t’inquiète pas. Elle rit. Ils te prêtent une robe pour la cérémonie.
Quoi ? Je vais me pointer chez Chanel ou Saint-Laurent et ils vont me prêter une robe ? Elle est complètement à la masse mon agent. Je commence à me dire.
- Il y a des gens qui s’occupent de la presse. Ils te prêtent une robe « couture » pour des occasions comme les Césars, Cannes…
- Ah bon ? L’attachée de presse va me prêter une robe ? C’est possible ça ? Je demande.
- Je vais téléphoner et tu auras des rendez-vous. Tu pourras choisir la robe que tu veux porter pour la cérémonie. J’entends dans le téléphone.
« Je pourrai choisir la robe que je veux porter pour la cérémonie des Césars »… Mon agent est un être très puissant. Sur un simple coup de fil, elle obtient que « je peux choisir la robe que je veux porter pour la cérémonie des Césars ».
Je n’en reviens pas…
Mais… Ça veut dire alors que toutes ces grandes actrices toujours bien habillées, dans des robes fourreau, dans des robes dos nu, dans des robes « couture » quoi, elles ne les achètent pas ? Les robes ne sont pas à elles ? On leur prête des robes pour la cérémonie ?

Un miroir se brise. Une fleur se fane. Un oiseau est abattu en plein vol, un mythe se casse.
Les actrices françaises portent des robes prêtées ?
Mais c’est fou ça !
- Réfléchis. Rappelle-moi. Je te prendrai les rendez-vous. Continue mon agent puissant.
Je raccroche le téléphone. Les bras m’en tombent. On prête des robes aux actrices.
Les actrices en France n’ont pas de robe de « cérémonie des Césars ».

Déjà lu du même auteur : Gamines Gamines

29 juillet 2010

La Chorale des maîtres bouchers – Louise Erdrich

Lu dans le cadre du challenge_100_ans_article_300x225

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Albin Michel – janvier 2005 – 480 pages

LGF – mai 2007 – 568 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez

Quatrième de couverture :
1918. De retour du front, Fidelis Waldvogel, un jeune soldat allemand, tente sa chance en Amérique. Avec pour seul bagage une valise pleine de couteaux et de saucisses, il s'arrête à Argus, dans le Dakota du Nord où, bientôt rejoint par sa femme et son fils, il décide d'ouvrir une boucherie et de fonder une chorale, en souvenir de celle des maîtres bouchers où chantait son père. Des années 1920 aux années 1950, entre l'Europe et l'Amérique, ce roman à la fois épique et intime retrace le destin d'une famille confrontée au tumulte du monde.

Auteur : Née dans le Dakota en 1954, Louise Erdrich est, avec Sherman Alexie, l'une des grandes voix de la nouvelle littérature indienne d'outre-Atlantique. Si elle écrit, c'est pour réinventer la mémoire déchirée de ces communautés qui, aux confins des Etats-Unis, vivent sur les décombres d'un passé mythique. Mais l'auteur de L'Epouse antilope n'est pas seulement une ravaudeuse de légendes. Elle sait aussi marcher sur les brisées de ses illustres aînés, Faulkner ou Toni Morrison.

Mon avis : (lu en juillet 2010)
Ce livre est une magnifique histoire d'amour.
Entre Europe et Amérique des années 20 au années 50, on suit l'histoire de Fidelis Waldvogel un jeune soldat qui part pour l'Amérique après la Première Guerre Mondiale avec sa valise de couteaux et de de saucisses. Il est issu d'une famille de maîtres bouchers. Il va s'installer à Argus, une petite ville du Dakota Nord. Sa femme Eva et son petit garçon Franz viendront le rejoindre, ensemble ils ouvrirent une boucherie et Fidelis créera une chorale avec quelques hommes du village. Ensuite ils eurent trois autres garçons, Markus et les jumeaux Emil et Erich. Mais la grande aventure des Waldvoogel ne va également commencer avec leur rencontre avec un couple improbable : Delphine et Cyprian...

Un livre plein d'émotion et de tendresse, on y croise de nombreux personnages qui sont souvent attachants, parfois surprenants. On découvre le Dakota du Nord à travers de belles descriptions de paysages. Et à travers ces histoires poignantes, l'auteur évoque de nombreux thèmes comme l'amour, l'amitié, la mort, l'intégration, les racines, la maternité, le non-dit et l'absurdité des guerres. Une très belle lecture et je vous conseille de découvrir ce livre.

Extrait : (page 29)
Les saucisses lui firent traverser Minneapolis et un paysage d'ondulantes prairies, entrer dans la brusque étendue de plaines, de ciel immense, entrer dans le Dakota du Nord, où il vendit le dernier chapelet. Il quitta le train et longea le bord du quai de chemin de fer d'une petite ville. La bourgade était un entassement de joyeux bâtiments trapus, certains encadrés de fausses façades en demi-étage au-dessus de bannes et de vitrines, un ou deux en pierre calcaire et trois au moins en briques solides. Contre l'épouvantable absence de relief, l'endroit tout entier paraissait désarmé et ridicule, se dit-il, totalement ouvert à l'attaque et, étant adossé à une rivière, privé de voie de fuite. Il avait le sentiment d'un lieu provisoire, presque un campement, qu'une grande tempête ou une guerre pourrait niveler. Il lut le panneau ARGUS à voix haute et en retint le son. Il décrivit un cercle pour se repérer, épousseta le costume de son père, évalua qu'il était arrivé avec trente-cinq cents et une valise, désormais vidée de ses saucisses, contenant six couteaux, un aiguisoir et des pierres à aiguiser graduées. A l'ouest s'étendait l'horizon, et au sud, l'horizon. Au nord, c'était des rues plantées d'arbres à mi-croissance et des maisons d'aspect solide. Dans la rue principale, une banque neuve en pierre calcaire et un pâté de magasins en briques richement décorées s'étiraient vers l'est. Autour de lui, le vent ronflait avec une vaste indifférence qu'il trouva à la fois insupportable et réconfortante.

Il ignorait qu'il ne repartirait jamais. Il pensa simplement qu'il lui faudrait rester là, et travailler là, usant des instruments de sa profession, jusqu'à ce qu'il ait gagné suffisamment d'argent pour rejoindre la destination qu'il avait choisie en raison du caractère rigoureux de son pain. Puis il se demanda où, dans cette bourgade, on fabriquait le pain, d'où pouvait venir la bière, où l'on gardait frais le lait et le beurre, où les saucisses étaient préparées, les côtes de porc découpées et tranchées et la viande abattue. Rien ne lui fournit d'indice. Toutes les directions se ressemblaient. Alors il enfonça le chapeau de son père sur sa tête, fit redescendre d'une secousse les revers de son pantalon, et empoigna la valise.

30 janvier 2010

Le groom vert-de-gris - Swartz et Yann

A l'occasion du festival de la Bande Dessinée à Angoulême ce week-end,

je lis des BDs !

le_groom_vert_de_gris Dupuis – mai 2009 – 63 pages

Présentation de l'éditeur :

1942. Bruxelles est occupé. Spirou, groom au Moustic Hôtel, et Fantasio, journaliste dans un quotidien " réquisitionné " par les Allemands, se reprochent mutuellement leur trop grande proximité avec l'Occupant. Mais ce que Fantasio ignore, c'est que Spirou est, en fait, un membre très actif de la Résistance.

Auteurs :

Yann est né le 25 mai 1954. Passionné de BD. Avec Conrad, il réalise son chef-d'oeuvre ultime : Les zwanzes de Bère Kakerlaak et aussi 147 autres bouquins épatants. Actuellement, il sucre un peu les fraises et radote un tantinet, mais ça ne se voit pas encore trop, surtout dans un récit se déroulant pendant l'Occupation, heureusement !

Olivier Schwartz est né en 1963. Cet autodidacte hante la presse jeunesse depuis un quart de siècle. Il a illustré des tests, des jeux, des romans, des encyclopédies. Depuis 1988, il assure les enquêtes de l'inspecteur Bayard avec Jean-Louis Fonteneau dans ASTRAPI. Débauché par Yann, il réalise un rêve en dessinant une aventure de Spirou et Fantasio.

Mon avis : (lu en janvier 2010)

Cette BD est paru dans la collection « Une aventure de Spirou et Fantasio par » est le tome 5. C'est le premier que je lit mais je compte recommencer.

Nous sommes en 1942, Spirou est groom au Moustic Hôtel durant la seconde guerre mondiale. Sous l'occupation allemande, le Moustic Hôtel est devenu le siège de la Gestapo. Fantasio est journaliste au quotidien « Le Soir », journal « collabo ». Mais Fantasio ne sait pas que Spirou fait parti de la résistance et qu'il espionne la Gestapo de l'intérieur. Spirou ne sait pas que Fantasio cache chez lui des aviateurs anglais...

Le dessin est magnifique, le récit est rythmé, avec beaucoup de bons mots et de rebondissements. Tout au long de l'histoire, on retrouve de nombreuses références à la BD franco-belge : à de nombreux héros de Hergé (Jo et Zette, Quick et Flupke, le colonel Muller...), à Francis Blake... mais aussi des références au cinéma. En tant que lecteur français, on découvre au détour d'une page la langue bruxelloise. J'ai retrouvé avec beaucoup plaisir Spirou et Fantasio et je me suis plongée avec délectation dans une aventure incroyable. A lire sans tarder ! Pour ma part, je vais continuer à découvrir les autres tomes de cette collection.

Extrait : (les premières planches)

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Lu et en compétition au Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême 2010 :

magasin_general5 Magasin général tome 5 : Montréal - Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

15 juillet 2010

L'illusionniste - Sylvain Chomet

Film d’animation réalisé par Sylvain Chomet d’après un scénario de Jacques Tati

Sortie en France au cinéma le 16 juin 2010

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Résumé :
À la fin des années 50, une révolution agite l’univers du music-hall : le succès phénoménal du rock, dont les jeunes vedettes attirent les foules, tandis que les numéros traditionnels - acrobates, jongleurs, ventriloques - sont jugés démodés. Notre héros, l’illusionniste, ne peut que constater qu’il appartient désormais à une catégorie d’artistes en voie de disparition. Les propositions de contrats se faisant de plus en plus rares, il est contraint de quitter les grandes salles parisiennes et part avec ses colombes et son lapin tenter sa chance à Londres. Mais la situation est la même au Royaume-Uni : il se résigne alors à se produire dans des petits théâtres, des garden-parties, des cafés, puis dans le pub d’un village de la côte ouest de l’Écosse, où il rencontre Alice, une jeune fille qui va changer sa vie à jamais.
L’illusionniste présente ses tours devant les villageois enthousiastes, ravis de célébrer ainsi l’arrivée de l’électricité sur leur île isolée. Alice, stupéfaite, croit à la réalité des petits miracles du prestidigitateur. Elle le suit jusqu’à Edimbourg et s’occupe de son appartement pendant qu’il travaille dans un petit théâtre. Enchanté par son enthousiasme, l’illusionniste la remercie en faisant apparaître comme par magie des cadeaux de plus en plus somptueux. Prêt à tout pour ne pas la décevoir, il ne peut se résoudre à lui avouer que les problèmes de la vie ne se résolvent pas d’un coup de baguette magique… et court à la ruine pour continuer à lui acheter ce qui lui fait envie. Mais Alice devient adulte et rencontre l’amour…
L’illusionniste comprend qu’il est temps que le numéro créé pour elle s’achève : il laisse son ultime spectatrice vivre sa vraie vie de femme, loin de ses tours de passe-passe, et part en la sachant heureuse.

Auteur : Né en 1963, diplômé de l'atelier BD d'Angoulême à 24 ans, Sylvain Chomet avait déjà crée sa première bd Le secret des libellules (Futurpolis) en collaboration avec Nicolas de Crécy l'année précédente.
Fort de cette expérience, il s'en va de l'autre côté de la Manche à London city où il travaillera à la réalisation de spots publicitaires. Revenu en France, il est en étroite collaboration avec les éditions Glénat et Casterman pour les bandes dessinées Le pont dans la vase et Léon la came. S'exilant de l'autre côté de l'atlantique cette fois, au Canada, il y termine un court-métrage : La Vieille Dame Et Les Pigeons en 1996.
En 2003, il signe son premier long-métrage : Les Triplettes De Belleville.
En 2004, il participe à la réalisation de Paris, Je T'Aime avec bien d'autres (Olivier Assayas, Les Frères Coen, Wes Craven ou Gus Van Sant...)
Dès 2010, il signe son deuxième long-métrage, L'Illusionniste  d’après une histoire originale de Jacques Tati.  ("Les Vacances de Mr Hulot", "Playtime").

Auteur : Jacques Tati fut d'abord Jaques Tatischeff - ascendance russe - né en 1907. Grand sportif, ses coéquipiers apprécient son talent à mimer les matches de rugby, ce qui lui donne l'idée de présenter un numéro comique sur ce thème. Il commence cette carrière dans des décors qui auraient convenu à Monsieur Hulot.
Sa chance fut le gala organisé en 1934 pour fêter le Ruban Bleu du paquebot " Le Normandie ". Maurice Chevalier et Mistinguett sont à l'affiche, mais ce soir-là c'est lui qui a la vedette. Jacques Tati rêve de cinéma. Les burlesques américains le fascinent. Il réalise en 1947 Jour De Fête dont la programmation sera d'abord refusée. Pourtant, un soir, les spectateurs d'un cinéma de Neuilly ont la surprise de le voir en supplément de programme.
Jacques Tati est révélé, lançé. A l'étranger, on proclame la découverte d'une nouvelle veine comique. En dépit d'un succès commercial exceptionnel, Tati refuse des offres importantes. Il désire faire autre chose.
En 1951, il tourne Les Vacances De Monsieur Hulot puis Mon Oncle en 1956 qui reçoit le Prix du Jury au Festival de Cannes de 1958, ainsi que l'Oscar du meilleur film étranger.
Tous ces voyages conduisent Jacques Tati d'aéroport en aéroport, de capitale en capitale, de building en building. C'est alors qu'une idée naît, celle de Playtime qu'il réalise en 1967. La folie du monde de l'automobile lui inspire ensuite Trafic en 1971.
A la suite de ces deux échecs commerciaux, Jacques Tati pense abandonner le cinéma. Mais un 25 Décembre sur son écran de télévision, il voit la retransmission d'un goûter de Noël. Alors qu'on présente une corbeille remplie de bonbons où les enfants puisent à pleines poignées, seule une fillette ouvre sa petite main franche et montre son bonbon, elle est servie ! C'est pour cette petite fille honnête que Tati décide de réaliser Parade. En raison de difficultés financières, il est contraint de le tourner à l'étranger - en Suède. Il réalise ainsi à 66 ans un film synthèse qui présente une particularité technique puisqu'il est tourné en vidéo : une première dans le cinéma français. Il est décédé le 4 novembre 1982.

Mon avis : (film vu au cinéma en juin 2010)
L’histoire de ce film est très belle : Lors de la création de son film LES TRIPETTES DE BELLEVILLE (2003), Sylvain Chomet a voulu faire une référence à Jacques Tati. En effet, les Triplettes regardent la télévision et elles voient un extrait du film JOUR DE FÊTE de Jacques Tati, avec le facteur à vélo.
Le producteur a donc contacté Sophie Tatischeff, la fille de Jacques Tati, pour obtenir l’autorisation, en lui montrant les premières images du film d’animation de Sylvain Chomet, c’est à cette occasion qu’elle lui parle d’un scénario jamais tourné par son père. L’Illusionniste a été écrit par Tati entre 1956 et 1959. Jacques Tati ne l’a jamais tourné, le trouvant trop sérieux.

Sylvain Chomet rend un vrai hommage à Jacques Tati, il a su parfaitement adapter le scénario de Jacques Tati. Sylvain Chomet a donné à l’Illusionniste la même démarche, la même silhouette et les mêmes mimiques que Monsieur Hulot. Le dialogue quasi inexistant est également un point commun entre Sylvain Chomet et Jacques Tati.
C’est l’histoire de la rencontre de l’Illusionniste, un artiste de music-hall vieillissant, et d’une jeune fille, Alice qui a encore la naïveté d’un enfant. Ils se rencontrent dans un village reculé d’Ecosse et elle décide de le suivre. Il naît de leur rencontre des moments magiques et tendres comme ceux qui peuvent exister entre un père et sa fille.
Dans ce film d’animation à l’ancienne, on retrouve l’esprit des Triplettes de Belleville, le graphisme est magnifique, les aquarelles sont superbes. Ce film est un concentré de poésie, de tendresse, d’émotion sans oublier l’humour.
J’ai vu ce film avec deux de mes fils (15 ans et 12 ans), ils ont beaucoup aimé ! (Comme moi, ils aiment beaucoup Les Triplettes de Belleville et les films de Jacques Tati (Mon Oncle et les Vacances de Monsieur Hulot)

Pour en savoir encore plus, voir le site du film

Extrait : Quelques photos

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3 juillet 2010

Swap in' Follies

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Au mois de Mai, je me suis incrite au Swap in' Follies co-organisé par Amanda et Manu.
Ce Swap nous invitait à découvrir New-York à travers un film, un livre, un objet, une gourmandise...
Pour ma part, je n'ai jamais eu l'occasion d'aller à New-York et ce swap a été l'occasion de découvrir cette ville « virtuellement » et de rallonger encore plus ma LAL et ma liste de film à voir...

Quelle bonne surprise, après cette matinée pluvieuse et rafraîchissante de découvrir, dans la boîte aux lettres dégoulinante, un paquet qui venait d'arriver !
J'avoue je l'attendais un peu... Mais malgré cela une certaine excitation monte au moment où l'on découvre SON colis ! Vite l'appareil photo, un coin tranquille et on savoure l'ouverture de toutes ses surprises...
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Dès le début, sur le paquet, la couleur est annoncée... IcoeurNYC

Et cela se précise avec le message suivant : « Embarquement immédiat ! Swap'in follies Airlines. Bon voyage ! Have fun from Papillon (Journal d'une lectrice) »
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Et je poursuis l'ouverture du paquet...
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Voici une enveloppe « A ouvrir en dernier », j'obéis et je continue et surprise !
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Voilà des « chips » d'emballage originales !

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Et le déballage continue, un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept paquets ! Je suis vraiment bien gâtée !

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Des photos prises par Papillon lors d'un voyage à New-York illustrent chacun des paquets.

Vite, j'ouvre les sept paquets dans l'ordre de découverte, voilà le résultat :
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et en détail :
(en cliquant sur les photos de cet article, vous pourrez agrandir les photos...)

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un « Notebook » typiquement newyorkais
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deux livres :
L'histoire de l'amour de Nicole Krauss
Brooklyn Follies de Paul Auster
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deux gourmandises :
la première est un cheesecake au citron et à la ricotta « virtuelle »,
la deuxième, un pot de beurre de cacahuète
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un DVD : the Visitor qui n'était pas sur ma liste mais que j'ai hâte de découvrir !
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Et pour terminer, 3 superbes marque-pages que je ne me lasse pas d'admirer et qui vont étoffer ma petite collection...

Oh ! j'allais oublier l'enveloppe « A ouvrir en dernier » avec une jolie carte...
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Un TRES GRAND MERCI à Papillon (Journal d'une lectrice) pour toutes ses surprises ! Je n'oublie pas également Manu et Amanda pour l'organisation parfaite de Swap in' Follies.

Pour ma part, j'avais préparé et envoyé un colis à Mango

(en cliquant sur les photos de cet article, vous pourrez agrandir les photos...)

1 juillet 2010

Robe de marié - Pierre Lemaitre

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Calmann-Lévy – janvier 2009 – 270 pages

LGF – janvier 2010 – 313 pages

Présentation de l'éditeur :
Nul n'est à l'abri de la folie. Sophie, une jeune femme qui mène une existence paisible, commence à sombrer lentement dans la démence : mille petits signes inquiétants s'accumulent puis tout s'accélère. Est-elle responsable de la mort de sa belle-mère, de celle de son mari infirme ? Peu à peu, elle se retrouve impliquée dans plusieurs meurtres dont, curieusement, elle n'a aucun souvenir. Alors, désespérée mais lucide, elle organise sa fuite; elle va changer de nom, de vie, se marier, mais son douloureux passé la rattrape... Les ombres de Hitchcock et de Brian de Palma planent sur ce thriller diabolique.

Auteur : Né à Paris, Pierre Lemaitre a beaucoup enseigné aux adultes, notamment les littératures française et américaine, l'analyse littéraire et la culture générale. Il est aujourd'hui écrivain et scénariste. Il a rendu hommage à ses maîtres (James Ellroy, William McIlvanney, Bret Easton Ellis, Emile Gaboriau...) dans son premier roman, Travail soigné, qui a obtenu le Prix Cognac en 2006.

 

Mon avis : (lu en juin 2010)
Ce livre a déjà été souvent commenté sur la blogosphère et j'ai été curieuse de le découvrir moi aussi.
Voici un thriller français captivant que j'ai lu d'une traite, sans lâcher mon livre. Il est question de harcèlement psychologique et de vengeance.
Le livre est construit de façon superbe en quatre parties : dans la première partie on découvre Sophie qui semble devenir folle, elle vivait une existence paisible et voilà que des personnes de son entourage meurent les uns après les autres, elle semble être la coupable mais elle ne se souvient de rien... On ne comprend pas vraiment où l'auteur veut en venir. Dans la deuxième partie, on revient sur ce qui s'est passé dans la première partie avec un autre point de vue et l'intrigue devient plus claire... mais la troisième et la quatrième partie nous réservent encore des rebondissements et des surprises !

Un livre plein de suspense et qui donne des frissons, à lire sans tarder !

Extrait : (début du livre)
Assise par terre, le dos contre le mur, les jambes allongées, haletante.
Léo est tout contre elle, immobile, la tête posée sur ses cuisses. D'une main, elle caresse ses cheveux, de l'autre elle tente de s'essuyer les yeux, mais ses gestes sont désordonnés. Elle pleure. Ses sanglots deviennent parfois des cris, elle se met à hurler, ça monte du ventre. Sa tête dodeline d'un côté, de l'autre. Parfois, son chagrin est si intense qu'elle se tape l'arrière de la tête contre la cloison. La douleur lui apporte un peu de réconfort mais bientôt tout en elle s'effondre de nouveau. Léo est très sage, il ne bouge pas. Elle baisse les yeux vers lui, le regarde, serre sa tête contre son ventre et pleure. Personne ne peut s'imaginer comme elle est malheureuse.

Ce matin là, comme beaucoup d'autres, elle s'est réveillée en larmes et la gorge nouée alors qu'elle n'a pas de raison particulière de s'inquiéter. Dans sa vie, les larmes n'ont rien d'exceptionnel : elle pleure toutes les nuits depuis qu'elle est folle. Le matin, si elle ne sentait pas ses joues noyées, elle pourrait même penser que ses nuits sont paisibles et son sommeil profond. Le matin, le visage baigné de larmes, la gorge serrée sont de simples informations. Depuis sa mort ? Depuis l'accident de Vincent ? Depuis sa mort ? Depuis la première mort, bien avant ?
Elle s'est redressée sur un coude. Elle s'essuie les yeux avec le drap en cherchant ses cigarettes à tâtons et ne les trouvant pas, elle réalise brusquement où elle est. Tout lui revient, les événements de la veille, la soirée... Elle se souvient instantanément qu'il faut partir, quitter cette maison. Se lever et partir, mais elle reste là, clouée au lit, incapable du moindre geste. Épuisée.

28 juin 2010

Brèves de Football – Renaud Dély

Livre lu dans le cadre du Partenariat avec Blog-O-Book et François Bourin Éditeur

br_ves_de_football François Bourin Éditeur – mai 2010 – 270 pages

Présentation de l'éditeur :
Les joueurs de foot ne se contentent pas de jongler avec le ballon, ils jonglent aussi avec les mots, malaxent la syntaxe, pétrissent la langue, jouent avec les phrases, maltraitent la grammaire. Du vestiaire au plateau de télévision, du comptoir de bistrot au canapé du salon, les stars du ballon rond, les entraîneurs, les commentateurs et les spécialistes autoproclamés du football multiplient les aphorismes et les mots d'esprit. Passionné par ce sport, Renaud Dély propose ici une anthologie réjouissante de ces brèves étonnantes, drolatiques ou absurdes.

Auteur : Rédacteur en chef de la matinale de France Inter, Renaud Dély a publié de nombreux ouvrages dont Besancenot, l'idiot utile du sarkozysme (2009). Ancien participant à l'émission "On refait le match", il collabore régulièrement à So foot.

Mon avis : (lu en juin 2010)
J'ai reçu ce livre le lendemain de la défaite et l'humiliation des Bleus, c'était tout à fait de circonstance. Ce livre ne se lit pas en continue, mais se feuillette ce sont de petites phrases de footballeurs, d'entraineurs, de journalistes, d'auteurs, cinéastes... avec en dessous de chacune, un commentaire de l'auteur. Un drôle de mélange... Certaines phrases sont justes et très bien vu, d'autres sont drôles ou pitoyables.
Ce livre a été mis en vente juste avant le début de la Coupe du Monde pour surfer avec l'engouement des pro-foot, malgré cela, je l'ai lu avec amusement.
Je regrette qu'il manque souvent le contexte dans lequel chacune des phrases ont été dites.

Merci à Blog-O-Book et François Bourin Éditeur pour la découverte de ce livre.

Quelques extraits :

« Le football est le reflet de notre société. Regardez bien l'expression d'un joueur sur le terrain, c'est sa photographie dans la vie. » Aimé Jacquet

« Le football est un miracle qui a permis à l'Europe de se détester sans se détruire. » Paul Auster

« Il y a toujours quelque chose à retenir d'un médiocre match de football : une talonnade, un tir... On lit un livre raté avec la conviction que le suivant sera meilleur. » Bernard Pivot

23 juin 2010

Les jardins du vent – Annie Degroote

les_jardins_du_vent Presses de la cité - avril 2010 - 319 pages   

Présentation de l'éditeur :
Qu'est-ce qui fait qu'une personne, un jour, renonce à être elle-même ?
Parce qu'il s'estime responsable de la tragique disparition de son fils, Sam, âgé de trois ans, David sombre, comme si sa vraie vie s'était arrêtée à ce même instant. Il faudra un accident grave, le patient amour de Pauline, l'amitié attentive de quelques fidèles et la magie débridée du carnaval de Dunkerque pour qu'il se reconstruise. Et prenne un nouveau départ.
Sublime célébration du Nord, de Lille à Dunkerque et de Berck au Touquet, Les Jardins du vent est un roman magnifique sur la fragilité de la vie, les parts d'ombre et de lumière de chacun.

Auteur et personnalité du Nord de premier plan, Annie Degroote a publié de nombreux romans aux Presses de la Cité, notamment L'Oubliée de Salperwick, Les Silences du maître drapier, La Splendeur des Vaneyck, Les Amants de la petite reine, Un palais dans les dunes, Renelde, fille des Flandres et L'Etrangère de Saint-Pétersbourg.

Mon avis : (lu en juin 2010)
C'est sur le conseil d'une lectrice lors du dernier Café Lecture de la Bibliothèque que j'ai lu ce livre. Tout d'abord, j'adore la couverture du livre qui évoque de belles choses pour moi qui suis si amoureuse des bords de mer ! Le titre est également sympa et mystérieux.

Tout commence en 2004, à Bray les Dunes, sur la Côte d'Opale, non loin de Dunkerque. David Aston est écrivain, il est le papa de Sam un petit garçon âgé de 3 ans. Un jour lors d'une promenade avec son fils en bord de mer, le petit Sam disparaît...
Trois ans plus tard, David ne se remet pas de la disparition de Sam, sa femme l'a quitté et est partie en Nouvelle-Zélande. Ses deux amis de Carnaval "l'Arsouille" et Fanfan, dit la "Tulipe" tentent sans grand succès de lui remonter le moral.
A Lille, Pauline est médecin, elle élève seule Lilou, sa fille de 15 ans. Elle a le soutien de sa copine de toujours Mathilde et de son meilleur ami Rémi.
Romain Meusla est photographe. C'est un bel homme athlète et sportif. Lors d'un rassemblement de cerfs volants à Berck, où il prend des photos d'enfants et de familles, il sauve de la noyade un petit garçon d'environ six ans. Mais le comportement plutôt bizarre du père qui ne le remercie pas, suscite la curiosité de Romain.
A Paris, Rachel est une vieille dame de 90 ans, ancienne artiste. Elle va tous les jours au Cimetière du Père Lachaise pour apporter à manger aux nombreux chats errants et pour se rendre sur la tombe de Sarah Bernhardt.
Voici certains des personnages que l'on découvre dans ce livre, ils vont avoir les uns et les autres l'occasion de se croiser. L'intrigue est parfaitement construite un peu comme un roman policier avec des rebondissements. A travers des descriptions précises et imagées, Annie Degroote nous fait également découvrir le Nord, les plages de Berck, du Touquet et les cerfs-volants, le Carnaval de Dunkerque vu de l'intérieur. Le lecteur découvre aussi le cimetière du Père Lachaise, ses occupants célèbres et ses rassemblements nocturnes.

Un livre que j'ai dévoré avec beaucoup de plaisir et qui m'a donné envie d'aller me promener le long des plages du Nord.

Extrait : (début du livre) 
20 juin 2004
David Biot-Aston ressentit un pincement au cœur à l'instant précis où la petite main potelée lâcha la sienne. La peur de la séparation s'exprime souvent lors de gestes banals. En apparence.
Je deviens une vraie mère poule en vieillissant, songea-t-il. De plus en plus émotif...
Il oublia ses appréhensions, et sourit au bonheur de son enfant de trois ans, qui s'élançait de ses petites jambes vers la voiture à pédales.
Prudent, il resta toutefois à sa hauteur, sur la digue.

A Bray-Dunes, la mer du Nord se respire dès l'«avenue de la plage», qui traverse la commune et mène droit à la digue. Les poumons se remplissent avec délice d'air salé et marin, signe avant-coureur de la proximité de la mer. La lumière elle-même semble s'apaiser.
Dans cet environnement, les angoisses de David s'évaporaient. Atténuées avec la rencontre d'Élise, disparues avec la naissance de leur petit garçon, elles avaient reflué avec ses «déceptions». Le mot était lâché, la mort dans l'âme. Il ne reconnaissait plus le visage de l'amour, sous les frustrations et les déchirures.

La mer possédait ce pouvoir d'agir sur son être comme un antidépresseur naturel. Ses démons intérieurs se dissipaient au profit de forces créatrices.

Il déplorait la disparition, à maints endroits du littoral du Nord, des villas parsemant les digues. Des immeubles sans caractère les remplaçaient. Il se traitait d'égoïste. Ces appartements, décriés par les esthètes, les nostalgiques et les privilégiés comme lui, permettaient à de nouveaux vacanciers de jouir du spectacle inlassable des vagues. Ici et là, quelques villas avaient résisté aux assauts des bombes, puis des marteaux-piqueurs. Elles témoignaient du charme suranné d'un autre siècle, celui de monsieur Bray, l'armateur dunkerquois à l'origine du village.

La digue, elle, était toujours là.

20 juin 2010

Toxic Blues - Ken Bruen

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Gallimard – novembre 2005 – 297 pages

Folio – mai 2007 – 353 pages

traduit de l'anglais (Irlande) par Catherine Cheval et Marie Ploux

Présentation de l'éditeur :

Jack Taylor, l'ancien flic de Galway reconverti en privé dans un pays qui ne supporte pas cette profession, revient dans sa ville natale. A peine a-t-il le temps de retrouver ses marques, les dealers divers et les pubs gorgés de soiffards qu'il croise un chef tinker. Ces gens du voyage, sans être tsiganes, passent leur vie sur les routes d'Irlande. Tout le monde s'en méfie. Peu de gens les aident. Des jeunes hommes du clan, depuis quelques semaines, sont pourtant mutilés et tués sans que la police ne bouge. Quatre au total. Taylor, marginal à sa façon, le nez dans la poudre et la Guinness, accepte le marché. Nourri et logé en échange de son travail, il va, très loin des bars branchés du centre-ville, partir bille en tête affronter le chaos.

Auteur : Ken Bruen est né en 1951 à Galway. Après une carrière qui le mène en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud, il crée les inspecteurs Roberts & Brant, puis le privé Jack Taylor dont Toxic Blues est la deuxième enquête. Son style incisif et la férocité désarmante de ses personnages l'ont d'emblée placé parmi les meilleurs d'une génération en passe de renouveler le roman noir anglo-saxon.

Mon avis : (lu en juin 2010)

C'est la deuxième enquête de Jack Taylor après Delirium Tremens. Après quelques temps à Londres, Jack Taylor, ancien flic reconverti en privé, est de retour dans sa ville natal de Galway. L'alcool ne suffit plus à Jack, il est devenu également dépendant à la cocaïne. Cette nouvelle enquête tourne autour des tinkers, qui sont les gens du voyage d'Irlande, ils sont rejetés de partout. Depuis quelques temps, des jeunes hommes de la communauté de Galway sont tués sans pitié et la police se refuse à enquêter.

Comme dans le livre précédent, l'enquête est un prétexte pour suivre Jack Taylor et retrouver quelques personnages déjà vu et découvrir l'Irlande sous un angle assez sombre. Jack Taylor est un personnage haut en couleur et attachant, qui nous parle aussi littérature et musique...

Note de bas de page (p.32) : Tinkers (littéralement « rétameurs ») : terme plutôt péjoratif désignant, en Irlande, les travellers ou gens du voyage. Ces nomades, d'origine irlandaise, n'ont pas de racines communes avec les Roms, les Gitans ou les Tziganes. Aux colporteurs ou travailleurs itinérants qu'ils étaient à l'origine se sont joints les petits paysans, métayers et bannis de toute sorte, chassés de leurs terres à dater de la conquête de Cromwell, ou expulsés par les grands propriétaires terriens anglais ou écossais au moment de la Grande Famine de 1845. Depuis la partition de l'Irlande, les gouvernements successifs ont tenté de les sédentariser sans grand succès, du fait de la méfiance et de l'hostilité de la population à leur égard.

Déjà lu du même auteur :

delirium_tremens Delirium Tremens le_martyre_des_Magdal_nes_p Le martyre des Magdalènes

16 juin 2010

L'Oiseau de mauvais augure – Camilla Läckberg

l_oiseau_de_mauvais_augure Actes Sud – mai 2010 – 363 pages

traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus

Présentation de l'éditeur :
L'inspecteur Patrik Hedström est sur les dents. Il voudrait participer davantage aux préparatifs de son mariage avec Erica Falck, mais il n'a pas une minute à lui. La ville de Tanumshecle s'apprête en effet à accueillir une émission de téléréalité et ses participants avides de célébrité, aussi tout le commissariat est mobilisé pour éviter les débordements de ces jeunes incontrôlables. Hanna Kruse, la nouvelle recrue, ne sera pas de trop. D'autant qu'une femme vient d'être retrouvée morte au volant de sa voiture, avec une alcoolémie hors du commun. La scène du carnage rappelle à Patrik un accident similaire intervenu des années auparavant. Tragique redite d'un fait divers banal ou macabre mise en scène ? Un sombre pressentiment s'empare de l'inspecteur. Très vite, alors que tout le pays a les yeux braqués sur la petite ville, la situation s'emballe. L'émission de téléréalité dérape. Les cadavres se multiplient. Un sinistre schéma émerge... Dans ce quatrième volet des aventures d'Erica Falck, Camilla Làckberg tisse avec brio l'écheveau d'une intrigue palpitante. Cueilli par un dénouement saisissant, le lecteur en redemande.

Auteur : Née en 1974, Camilla Läckberg-Eriksson est l'auteur de plusieurs romans policiers mettant en scène le personnage d Erica Falck. Ses ouvrages caracolent tous en tête des ventes en Suède comme à l'étranger. Ont déjà paru La Princesse des glaces (2008), Le Prédicateur (2009) et Le Tailleur de pierre (2009).

Mon avis : (lu en juin 2010)
J’ai lu avec beaucoup de plaisir le nouveau livre de Camilla Läckberg avec Erika Falck et Patrik Hedström. Patrik est très occupé au commissariat. La télé-réalité s’est installée dans le district de Tanumshede et la police est prête à intervenir en cas de besoin. Il enquête également sur un accident de voiture suspect. L'intrigue est bien menée et j’ai pris beaucoup d’intérêt à suivre l'enquête de Patrik assisté de Martin, Annika, Gösta et Hanna la nouvelle inspecteur. En parallèle, nous suivons les préparatifs du mariage d’Erika et Patrick. C'est Erika qui s'en occupe avec la précieuse aide de sa sœur Anna qui vit maintenant avec eux avec ses enfants Emma et Adrian.

L'histoire est riche en rebondissements et l'auteur sait nous tenir en haleine... Les dernières pages de ce livre nous annonce même le prochain volume et j'attends déjà avec impatience sa parution en France (en Suède, 7 aventures d'Erica Falck sont déjà édités !)

Extrait : (page 11)
Le soleil printanier inondait les fenêtres du commissariat de Tanumshede et révélait impitoyablement la crasse des carreaux. La grisaille de l’hiver avait déposé une fine pellicule sur le verre et Patrik avait l’impression que la même morosité le recouvrait. L’hiver avait été rude. La vie de père de famille avait beau être infiniment plus amusante que ce qu’il avait imaginé, elle était aussi beaucoup plus prenante. Et même si tout se passait mieux maintenant avec Maja, Erica ne se faisait toujours pas à la vie de femme au foyer. Patrik le savait et ça le tourmentait en permanence quand il était au boulot. De plus, ce qui était arrivé à Anna avait posé un fardeau supplémentaire sur leurs épaules.
Un coup frappé sur le montant de la porte vint interrompre ses réflexions.
— Patrik ? On nous signale un accident de voiture. La route de Sannäs, une seule voiture impliquée.
Ok, dit-il en se levant. Dis-moi, c’était bien aujourd’hui que la remplaçante d’Ernst devait arriver ?
— Oui, dit Annika. Mais il n’est pas encore huit heures.
— Alors je prends Martin avec moi. Si elle avait été là, je l’aurais mise dans le bain tout de suite, histoire de lui mettre le pied à l’étrier.
— Eh bien, je la plains, la pauvre.
— De faire équipe avec moi ? demanda Patrik qui, pour plaisanter, lança un regard offusqué à Annika.
— Parfaitement, je sais très bien comment tu conduis… Non, mais, sérieusement, elle va déguster avec Mellberg.
— J’ai lu son cv, et je pense que si quelqu’un est capable de gérer Mellberg, c’est bien Hanna Kruse. Si j’en juge par ses notes de service, c’est une nana qui ne se laisse pas marcher sur les pieds.
— La seule chose qui n’est pas claire, c’est pourquoi elle a choisi Tanumshede…
— Tu as raison, dit Patrik en enfilant son blouson. Je lui demanderai pourquoi elle s’abaisse à venir bosser avec des amateurs comme nous ? C’est une véritable impasse pour sa carrière…
Il fit un clin d’oeil à Annika, qui lui donna une tape sur l’épaule.
— Arrête, tu sais très bien que ce n’est pas ce que je voulais dire.
— Oui, je sais, je te taquine. Au fait, cet accident. Il y a des blessés ? Des morts ?
— D’après celui qui a appelé, il n’y aurait qu’une personne dans la voiture. Et elle est morte.
— Merde. Je passe prendre Martin et on y va. Je pense qu’on sera de retour rapidement. Tu n’as qu’à montrer le poste à Hanna en attendant.
Au même moment, une voix se fit entendre à l’accueil.
— Il y a quelqu’un ?
— Ça doit être elle, dit Annika en se ruant sur la porte. Patrik, qui était lui aussi très curieux de rencontrer la nouvelle recrue, la suivit.
En voyant celle qui patientait à l’accueil, il fut surpris. Il ne savait pas trop à quoi il s’était attendu… à une femme plus grande, peut-être. Et pas aussi mignonne… ni aussi blonde. Elle tendit une main à Patrik, puis à Annika.
— Enchantée, je suis Hanna Kruse. Je commence aujourd’hui.
La voix cadrait davantage avec les attentes de Patrik. Assez grave et déterminée.
Sa poignée de main trahissait de nombreuses heures passées en salle de gym, et Patrik révisa son premier jugement.
— Patrik Hedström. Et voici Annika Jansson, la colonne vertébrale du poste.
Hanna sourit.
— L’élément féminin dans un monde de mâles, si je comprends bien. Eh bien, vous ne serez plus seule.
— Oui, je suis contente du renfort. Il faut bien ça pour contrebalancer toute la testostérone qui circule ici, rigola Annika. Patrik interrompit leur bavardage.
— Les filles, vous ferez plus ample connaissance plus tard. Hanna, on vient de nous signaler un accident de voiture mortel.
Je me suis dit que tu pourrais venir avec moi tout de suite, si tu veux bien. Un peu d’adrénaline pour démarrer ta première journée.
— Entendu, dit Hanna. J’aimerais juste poser mon sac quelque part.
— Je peux le mettre dans ton bureau, proposa Annika. On fera le tour des locaux à ton retour.
— Merci.
Hanna se hâta de rattraper Patrik qui était déjà sur le pas de la porte.
— Alors, ça fait comment ? demanda Patrik quand ils furent installés dans la voiture.
— Ça va, je crois, merci, même si c’est toujours un peu stressant de commencer un nouveau boulot.
— Tu as bougé pas mal, d’après ton cv ?
— Oui, j’ai voulu acquérir le plus d’expérience possible, répondit Hanna tout en jetant un regard curieux sur le paysage qui défilait. Différentes régions de la Suède, des districts
plus ou moins grands, tu vois le topo. Tout ce qui peut enrichir mon parcours de flic.
— Mais pourquoi ? Tu vises quoi, au juste ?
Hanna sourit. Un sourire amical mais aussi extrêmement ferme.
— Une position de chef, évidemment. Dans un district plutôt important. Et pour ça, je suis toutes sortes de stages, j’élargis le plus possible mon champ d’action et je bosse comme
une forcenée.
— Ça ressemble à la formule de la réussite, dit gentiment Patrik, légèrement mal à l’aise devant le torrent d’ambition qui se déversait sur lui ; l’ambition, il n’y était pas vraiment habitué.
— Je l’espère, dit Hanna avant de se remettre à observer le paysage. Et toi, ça fait combien de temps que tu travailles ici ?
Patrik perçut avec contrariété un soupçon d’embarras dans sa voix lorsqu’il répondit.
— Euh… depuis l’école de police, en fait.
— Oh là là, je ne sais pas comment j’aurais fait, moi. Autrement dit, tu te plais bien à Tanumshede ?
Elle sourit et tourna les yeux vers lui.
— Je suppose qu’on peut dire ça comme ça. Mais c’est surtout une question d’habitude et de commodité. J’ai grandi ici et je connais la région comme ma poche. En fait je n’habite plus à Tanumshede, je vis à Fjällbacka, aujourd’hui.
— Oui, j’ai entendu dire que tu étais marié avec Erica Falck ! J’adore ses livres ! En tout cas ceux qui parlent de meurtres. Les biographies, je dois avouer que je ne les ai pas lues.
— Il n’y a pas de quoi avoir honte. A en juger par les chiffres de vente, la moitié du pays a lu son dernier roman, mais la plupart ne savent pas qu’elle a publié les biographies de cinq grandes écrivaines suédoises. C’est celle de Karin Boye qui s’est le plus vendue, je crois qu’elle a atteint le chiffre record de deux mille exemplaires, tu te rends compte… D’ailleurs, nous ne sommes pas encore mariés. Mais c’est pour bientôt. Le mariage est prévu à la Pentecôte.

Lu du même auteur :

la_princesse_des_glaces La Princesse des glaces  le_pr_dicateur Le Prédicateur

le_tailleur_de_pierre Le Tailleur de pierre

13 juin 2010

Long week-end – Joyce Maynard

Lu dans le cadre du challenge_100_ans_article_300x225

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Philippe Rey – janvier 2010 – 285 pages

10x18 - janvier 2011 - 251 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Françoise Adelstain

Titre original : Labor Day, 2009

Présentation de l'éditeur :
Cette année 1987, une chaleur caniculaire s'abat sur la côte Est pendant le long week-end de Labor Day. Henry a treize ans, vit avec sa mère, ne supporte pas la nouvelle épouse de son père, aimerait s'améliorer au base-ball et commence à être obsédé par les filles. Jusque-là, rien que de très ordinaire, sauf que sa mère, elle, ne l'est pas. Encore jeune et jolie, Adele vit pratiquement retirée du monde et ne sort qu'en de rares circonstances. La rentrée des classes qui approche la contraint à conduire son fils acheter vêtements et fournitures au centre commercial. Et là, planté devant le présentoir des magazines où il essaye de feuilleter Playboy, Henry se heurte à Frank, ou plutôt Frank s'impose à Henry : Frank, un taulard évadé, condamné pour meurtre... Pendant quatre jours, le trio va vivre un surprenant huis-clos, chacun se dévoilant un peu plus au fil des heures. Et, vingt ans plus tard, avec émotion et humour, Henry révélera les secrets de ce long week-end qui lui a appris à grandir...

Auteur : Née en 1953, auteur de plusieurs romans et essais, surnommée lors de ses débuts fracassants en 1972 la Françoise Sagan américaine, Joyce Maynard vit désormais entre la Californie et le Guatemala. Plébiscité par une critique américaine unanime, ce Long week-end marque aussi la redécouverte d'un écrivain.

Mon avis : (lu en juin 2010)
Cette histoire est un huit clos entre Henry, treize ans, Adele, sa mère et Frank un fugitif qui vient de s'évader de prison, un criminel recherché par la police.

Un peu dépressive, Adele, vit recluse depuis son divorce et sort rarement de sa maison, Henry n’a pas de copain, il est s’efforce de faire de son mieux pour ne pas compliquer la vie de sa mère. Il se doit tous les samedis soir de dîner avec son père, sa nouvelle compagne et leurs enfants. Quelques jours avant la rentrée scolaire, lors d'un long week-end de canicule, ils sont partis faire quelques courses au supermarché lorsqu'Henry est abordé par Frank qui est blessé et qui lui demande de l'aider. Sans savoir qui il est, Adele accepte de l'accueillir chez elle.
L’arrivée de Frank va changer l’atmosphère de la maison, il va donner à ce foyer une vraie vie de famille. Il range la maison, fait de la cuisine, il s’occupe de distraire Henry et il redonne le sourire et l’envie de vivre à Adele.

L'histoire commence comme un fait divers, petit à petit le lecteur découvre trois personnages attachants, le ton est souvent grave, parfois drôle, le récit lent entretient un certain suspens et les évènements ne vont pas se passer comme on pourrait le prévoir. Ce long week-end va bouleverser le présent de chacun, mais aussi leur futur de tous les trois. A découvrir.

Extrait : (début du livre)
Il n'est plus resté que nous deux, ma mère et moi, après le départ de mon père. Et il avait beau dire que je devais aussi considérer comme membres de ma famille le bébé qu'il venait d'avoir avec sa nouvelle femme Marjorie, plus Richard, le fils de Marjorie, qui avait six mois de moins que moi et qui pourtant me dominait dans tous les sports, ma famille, c'était ma mère, Adele, et moi, point barre. Plutôt y admettre le hamster Joe que ce bébé, Chloe.

Quand mon père venait me chercher le samedi soir pour m'emmener dîner avec eux chez Friendly, il voulait toujours que je m'asseye à l'arrière de la voiture à côté d'elle. Ensuite, dans le box où nous mangions, il sortait un paquet de cartes de baseball de sa poche et et les posait sur la table pour les partager entre Richard et moi. Je donnais toujours les miennes à Richard. Pourquoi pas ? Le baseball, c'était ma plaie. Chaque fois que le prof de gym disait, OK Henry, tu joues avec les Bleus, tous les autres garçons de l'équipe râlaient.

En général, ma mère ne parlait jamais de mon père, ni de la femme à laquelle il était marié maintenant, ni du fils de cette femme, et non plus du bébé, mais un jour que, par erreur, j'avais laissé sur la table une photo qu'il m'avait donnée, où nous figurions tous les cinq – c'était l'année d'avant, quand j'étais allé à Disney World avec eux -, elle l'a étudiée pendant au moins une minute. Là, dans la cuisine, tenant la photo dans sa petite main pâle, son long cou élégant légèrement penché sur le côté, comme si l'image qu'elle regardait contenait un grand et troublant mystère, pourtant il y avait juste nous cinq, serrés comme des sardines dans une de ces tasses à thé tournantes. A la place de ton père, je m'inquiéterais de ce que le bébé n'a pas les deux yeux pareils, dit-elle. Ce n'est peut-être qu'un retard de croissance et pas une véritable arriération, mais si j'étais lui je lui ferais passer des tests. Est-ce qu'elle te paraît retardée, Henry ?
Peut-être un peu.
Je le savais. Elle ne te ressemble d'ailleurs absolument pas.
Je connaissais parfaitement mon rôle. Je savais qui était ma vraie famille. Elle.

 

9 juin 2010

1er bilan Hommage Denis Guedj

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Il y a quelques semaines, je proposais un Hommage à Denis Guedj.
A ce jour, nous sommes seulement 2 (en me comptant) à avoir relevé le défi...

Sandrine(SD49) a lu guedj_le_theoreme_ Le théorème du Perroquet

Aproposdelivres a relu les_cheveux_de_b_r_nice Les cheveux de Bérénice

Je proposais de rendre cet Hommage jusqu'à fin juin, je décide donc de le prolonger jusqu'en Septembre et laisser le temps des vacances pour découvrir Denis Guedj aux plus nombreux possible.

8 juin 2010

Hiver – Mons Kallentoft

hiver Le Serpent à plumes – novembre 2009 - 483 pages

traduit du Suédois par Max Stadler et Lucile Clauss

Présentation de l'éditeur :

Mardi 31 janvier, 7 h 22. Il fait encore nuit à Ôstergôtland. Cet hiver est l'un des plus froids que l'on ait connus en Suède. Ce matin-là, Malin Fors et ses collègues de la criminelle découvrent un cadavre, nu et gelé, pendu à une branche d'arbre. Mais comment diable cet homme a-t-il atterri ici ? Meurtre ? Suicide ? Et d'où viennent ces étranges blessures qui recouvrent son corps ? D'indice en indice, de nouveaux personnages apparaissent : les trois frères d'une certaine Maria, suspectés de viol ; Joakim et Markus, deux adolescents pas très nets ; Valkyria et Rickard Skoglôf, deux marginaux adeptes de cultes vikings. Les policiers sont perplexes. Pour la première fois en France, le public est invité à faire la connaissance de la célèbre Malin Fors, qui compte déjà des millions de fans en Scandinavie.

Auteur : Mons Kallentoft est né en 1968 en Suède. Journaliste et auteur, il a déjà publié cinq romans qui ont reçu de nombreux prix. Vendu à 150 000 exemplaires en Suède et traduit en huit langues, Hiver a connu un succès retentissant dès sa parution.

Mon avis : (lu en juin 2010)
Hiver est le premier tome d'une série de roman policier, le deuxième tome Été est déjà en librairie.
En plein hiver, le cadavre d'un homme obèse et nu est découvert pendu dans un arbre. Très vite, la police comprend que c'est un meurtre et non un suicide. La commissaire Malin Fors va minutieusement explorer différentes pistes.
En parallèle, la voix du mort intervient en confiant au lecteur ses pensées, son ressenti sans jamais nous dévoiler l'intrigue. L'enquête est passionnante, elle a un rythme lent. Le froid de l'hiver est présent en permanence. Nous découvrons également un peu de la vie privée de la commissaire Malin Fors. Elle est mère célibataire d'une fille de quatorze ans. Elle est très prise par son travail qu'elle effectue avec beaucoup de talent. Elle est très sympathique.

J'ai vraiment pris beaucoup de plaisir à lire ce roman policier et je compte bien continuer à découvrir les prochains livres de cette série.

15 mars 2010

Mal tiempo – David Fauquemberg

mal_tiempo Fayard – août 2009 – 280 pages

Présentation de l'éditeur :

Cuba, le meilleur de la boxe. Des champions méconnus, éternels amateurs enfermés dans leur île. Je devais accompagner de jeunes espoirs français partis s'endurcir à Pinar del Rio. Chaleur caraïbe, sessions d'entraînement intenses, riz-haricots noirs au menu, dortoir collectif... Le stage s'annonçait rude. Très rude. A trente ans, la fin de carrière approchait. Je le pressentais. Claquement des gants sur les sacs, cuir contre cuir. Dans la fournaise du gynmase, j'ai remarqué Yoangel. Catégorie poids lourds. Un prodige. Le tempo, la présence, tout ce qui m'avait manqué. Lui, le paysan d'un pueblo perdu, cet esprit ombrageux traversé par l'antique magie de ses ancêtres Yorubas, réussirait-il l'impossible ? Vaincre, vraiment ? Yoangel Corto ne combattait pas l'adversaire. Il combattait la boxe.

Auteur : Né en 1973, David Fauquemberg vit dans le Cotentin. Études de philosophie, il enseigne quelque temps avant de prendre la tangente. Années de voyage – Cuba, Patagonie, Laponie, Andalousie, Californie, Europe de l’est, Atlantique à la voile... Il séjourne deux ans en Australie ; un périple tragique dans l’ouest de l’île-continent lui inspirera son premier roman, Nullarbor(2007). De retour en France, il sera, entre autres, critique de théâtre, auteur de guides chez Dakota et Gallimard. Écrivain et traducteur, notamment de l'Écossais James Meek , de l’Américain Willy Vlautin ou du Canadien Robert Hunter, il est également grand reporter pour la revue XXI et le magazine Géo. Son second roman, Mal tiempo (Fayard, 2009) a obtenu le prix Millepages 2009.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Livre que je n'aurai sans doute jamais lu sans les conseils du «Café lecture» de la Bibliothèque auquel je participe chaque mois avec beaucoup de plaisir. En effet, ce livre nous plonge dans l’univers de la boxe à Cuba mais pas seulement, il est question de rythme, de tempo. Le narrateur, est un boxeur français en fin de carrière sur le point de raccrocher les gants, il part encadrer un stage à Cuba avec deux jeunes boxeurs en devenir. Cuba est le pays où la boxe, en amateur, reste l’art noble suprême et la référence absolue. Là-bas, le narrateur croise et sympathise avec un champion atypique, Yoangel Corto. C’est un colosse indocile qui n'écoute personne. Il poursuit son combat, lui seul sait vers quoi. L’auteur ne s’intéresse pas seulement au boxeur mais également à l’homme, il est tout en force mais il a également ses faiblesses. L’auteur nous fait des descriptions réalistes, minutieuses, précises des difficiles séances d’entraînements, des combats, mais aussi de Cuba et des cubains. Tous nos sens sont en éveil, on sent la sueur, on entend les coups : crochet, direct du droit, uppercut. Malgré un sujet qui évoque la violence, les coups, il y a dans ce livre beaucoup de poésie. A découvrir.

Extrait : (début du livre)

Foutu protège-dents, je ne peux plus respirer. Je happe l’air, jamais assez, sur le temps mort entre deux frappes. Pas moyen de sortir des cordes, Toufik me cadre, il presse, son pied toujours devant le mien m’empêche de tourner, il m’expose à son bras arrière, c’est lui qui mène l’assaut. Direct, je bloque, aussitôt je remise. Changement d’appuis, mon poing droit cherche le menton, hors tempo, Toufik accompagne la gifle. Il ne bronche pas, il a souri. Son visage rougi par l’effort s’approche puis bascule dans l’angle mort du casque, ses gants flous et pesants s’abattent au ralenti. J’encaisse, je recule. Des silhouettes vaporeuses oscillent autour du ring, des cris me parviennent, assourdis, le fracas de la salle. Un coup d’œil à l’horloge en douce. Plus que trente secondes à tenir. Trente secondes. J’étouffe, cœur dans la gorge, mes mains cèdent à la pesanteur. Je cligne des yeux malgré moi, secoué par un choc à la tempe. Baisse pas les bras. Toufik se désaxe, il tire une longue série de jabs. Il accélère encore, sans rage. Sûr de sa force. Dix secondes, en apnée. Je vois partir une autre droite, esquive, je m’engouffre dans l’ouverture. Je lance le coude en uppercut, au bout il y a le vide. Je sais déjà ce qui m’attend. Un crochet lourd me cueille au foie, impact précis, sans appel, au creux des côtes flottantes. Il me cisaille. Mes jambes se dérobent, me voici à genoux.

2 mars 2010

Père des mensonges - Brian Evenson

Livre lu dans le cadre  07_chronique_de_la_rentree_litteraireen partenariat avec ulike_logo_petit

p_re_des_mensonges Le Cherche-Midi – janvier 2010 – 233 pages

traduit de l’américain par Héloïse Esquié

Présentation de l'éditeur :

Atteint de troubles du sommeil et de rêves perturbants, Eldon Fochs, respectable homme d'Église, décide de consulter un psychothérapeute, Alexandre Feshtig. Bientôt, il lui confesse une attirance coupable pour les jeunes enfants. Lorsqu'une petite fille de la communauté est violée puis assassinée, Feshtig, qui soupçonne Fochs d'être passé à l'acte, prévient les autorités religieuses qui vont tout faire pour discréditer le psychothérapeute et éviter le scandale qui se profile. Après Inversion et La Confrérie des mutilés, Brian Evenson poursuit avec Père des mensonges son analyse critique du fait religieux et de la violence spirituelle, psychologique et sociale, que celui-ci peut susciter. A l'image d'Edgar Poe, il place le lecteur au cœur même d'une folie à l'origine et à l'issue aussi complexes et ambiguës l'une que l'autre.

Auteur : Né à Ames (Iowa) en 1966, ancien membre de l'Église mormone, Brian Evenson s'attire les foudres des chefs de la communauté lorsqu'il publie son premier recueil 'Altmann' s Tongue' puis refuse malgré la pression de renoncer à l'écriture. Les hautes instances répliquent sans atteindre leur but, l'auteur perd son poste de professeur à l'Université de Brigham Youth mais ne cède pas à l'intimidation. Écrivain prolifique, il signe dès lors nouvelles et romans marqués par la violence et l'humour noir et peuplés de personnages aux prises avec des problèmes moraux ou religieux. Brian Evenson, qui a vécu en France, en Suisse et au Mexique pour son travail de missionnaire est également traducteur mais c'est indéniablement pour son œuvre subversive et observatrice de l'Amérique bien-pensante que l'auteur est aujourd'hui reconnu et admiré.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Un livre prenant mais terriblement dérangeant et tordu. Il se lit d'une traite, comme un thriller.

Un homme d'église (la Corporation du Sang de l'Agneau, les Sanguistes) , le doyen Fochs va consulter un psychiatre à la demande de sa femme suite à des troubles du sommeil. Il prétend supporter difficilement sa nouvelle charge de doyen et faire des rêves avec des pensées pédophiles. Assez vite, Feshtig, le psychiatre, doute que cela ne soit que des rêves, d'autant plus qu'une jeune fille a été assassinée et que deux jeunes garçons l'accusent de violence sexuelle. La hiérarchie religieuse du doyen va tenter par tous les moyens de supprimer ou modifier le rapport que Feshtig. Le lecteur est face à plusieurs points de vue : des lettres échangées entre les autorités religieuses et l'Institut de psychanalyse qui emploi Feshtig, les notes du psychiatre et le récit de Fochs lui-même. J'ai été révoltée par la froideur de Fochs qui profite de sa position d'homme d'église et son pouvoir «spirituel» pour justifier ses faits et gestes. L'hypocrisie des autorités religieuses est également difficile à comprendre ! Le titre du livre est vraiment bien trouvé, le mensonge est omniprésent. Fochs affiche cette froideur, mais il mène en lui-même un combat avec une vision d'un homme à la tête sanglante, ni lui, ni le lecteur ne savent si cet homme représente le Christ ou le Diable. J'ai du mal à dire si j'ai vraiment aimé ce livre, je l'ai surtout trouvé très dérangeant !

Merci à Chroniques de la rentrée littéraire et aux éditions Le Cherche Midi pour m'avoir fait découvrir ce livre.

Extrait : (page 19)

Antécédents

Lorsque je l'ai rencontré, Eldon Fochs était un comptable de trente-huit ans, exerçant également la fonction de doyen laïc au sein de la Corporation du Sang de l'Agneau (les Sanguistes), secte religieuse fortement conservatrice. Il était rasé de près, de teint pâle, habillé convenablement d'un costume sombre solide, d'une chemise blanche et d'une cravate classique, selon le code vestimentaire adopté par les chefs ecclésiastiques. Lors de nos entretiens, il n'a jamais fait d'entorse à ce style vestimentaire. C'était un homme corpulent, à la voix douce, légèrement embarrasssé par son corps mais jouissant cependant d'une certaine décontraction dans son comportement. Il commençait une thérapie à la demande de son épouse, qui s'inquiétait de modifications récentes dans ses habitudes de sommeil, modifications qui comprenaient le fait de « parler dans son sommeil avec la voix de quelqu'un d'autre », des accès de somnambulisme, et de brefs épisodes violents à l'encontre de sa femme lorsqu'elle le réveillait (épisodes dont il n'avait pas le souvenir). Fochs estimait que sa femme exagérait, mais il avait néanmoins choisi de venir me trouver pour deux raisons : premièrement, pour apaiser son épouse, deuxièmement, parce qu'au cours de l'année passée il avait eu « des pensées et rêves perturbants » dont il « voulait se libérer ».

Lors de notre premier entretien, Fochs a précisé qu'il préférait être appelé « frère Fochs », « doyen Fochs » ou simplement « Fochs » plutôt que par son prénom, Eldon. Il a rechigné tout d'abord à évoquer son histoire familiale. Les pensées et rêves perturbants n'avaient, selon lui, « rien à voir avec le passé », puisqu'ils n'avaient débuté qu'un an plus tôt. En insistant, toutefois, j'ai découvert qu'il était l'aîné de deux enfants, le plus jeune étant mort à la naissance. Il a été « élevé dans la foi » au sein d'une famille sanguiste de la classe moyenne, dans un quartier à dominante sanguiste. L'enterrement de son frère, présidé par son père, un doyen de l'Église, compte parmi ses premiers souvenirs. Il se rappelle également sa mère l'aidant à apprendre à lire dans l'organe officiel des enfants sanguistes, Viens à moi, lorsqu'il avait cinq ans, et l'absence fréquente de son père dans sa jeunesse à cause de ses responsabilités au sein de l'Église.

28 mai 2010

L’étrange disparition d’Esme Lennox – Maggie O’Farrell

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Belfond – mars 2008 – 231 pages

10/18 – novembre 2009 -

traduit de l’anglais par Michèle Valencia

Quatrième de couverture :
A Edimbourg, un asile ferme ses portes, laissant ses archives et quelques figures oubliées resurgir à la surface du monde. Parmi ces anonymes se trouve Esme, internée depuis plus de soixante ans et oubliée des siens. Une situation intolérable pour Iris qui découvre avec effroi l'existence de cette grand-tante inconnue. Quelles obscures raisons ont pu plonger la jeune Esme, alors âgée de seize ans, dans les abysses de l'isolement ? Quelle souffrance se cache derrière ce visage rêveur, baigné du souvenir d'une enfance douloureuse ? De l'amitié naissante des deux femmes émergent des secrets inavouables ainsi qu'une interrogation commune : peut-on réellement échapper aux fantômes de son passé ?

Auteur : Née en 1972 en Irlande du Nord, Maggie O'Farrell a grandi au pays de Galles et en Ecosse. Depuis le succès de son premier roman, Quand tu es parti, elle se consacre à l'écriture. Maggie O'Farrell a également publié La Maîtresse de mon amant, La Distance entre nous, qui a reçu le prix Somerset Maugham, et L'Etrange disparition d'Esme Lennox, qui a connu un immense succès en Angleterre.

Mon avis : (lu en mai 2010)
Ce livre m’a été conseillé après ma lecture de "
Le testament caché – Sebastian Barry".
Elles sont 3 femmes : Esme, internée depuis soixante et un ans, cinq mois et quatre jours, Kitty, sa sœur ainée qui est atteinte aujourd'hui d'Alzheimer et Iris, la petite fille de Kitty.
A Édimbourg, l'asile de Cauldstone ferme ses portes et contacte Iris à propos de sa grande tante Esme Lennox qui y est pensionnaire depuis plus de soixante ans. Iris n'a jamais entendu parler d'elle jusque-là, elle va donc chercher à comprendre pourquoi Esme a été enfermée à l'âge de 16 ans dans cet asile.
A travers les souvenirs du passé d’Esme et les quelques mots souvent confus de Kitty, Iris va découvrir peu à peu les secrets de sa famille. Maggie O'Farrell décrit avec beaucoup de sensibilité le destin de ses femmes du début du XXème siècle. Le personnage d’Esme est très attachant.

La construction du livre est particulière, en effet, il n'y a pas de chapitre et les trois voix se succèdent et j'ai eu parfois un peu de mal à comprendre qui parlait. Une très belle histoire.

Extrait : (page 21)
Au bout de la ville, Esme se tient devant une fenêtre. A sa gauche, un escalier monte ; à sa droite, un autre descend. Son souffle s'accumule sur le verre froid. Dehors, la pluie cingle la vitre et le crépuscule commence à teinter les brèches entre les arbres. Esme observe la route, les deux files de voitures qui se croisent et, en arrière-plan, le lac, avec des canards qui strient sa surface ardoise.
En bas, des voitures sont arrivées et reparties toute la journée. Des gens y montent après avoir franchi la porte de derrière, le moteur est lancé, et les automobiles s’éloignent dans l’allée courbe en faisant crisser le gravier. Au revoir, s’écrient des gens sur le pas de la porte en agitant la main, au revoir.
« Hé là ! » La voix crie au-dessus de sa tête.
Esme se retourne. Un homme se trouve en haut de l’escalier. Le connaît-elle ? Il lui semble familier, mais elle n’en est pas sûre.
« Qu’est-ce que vous fabriquez ? » lâche l’homme d’un ton exaspéré, ce qui est curieux pour quelqu’un qu’elle n’a peut-être jamais vu. Esme ne sait pas quoi répondre, alors elle se tait.
« Ne traînez pas devant la fenêtre comme ça. Venez. »
Esme jette un dernier coup d’œil à l’allée et voit une femme qui occupait le lit voisin du sien plantée à côté d’une voiture marron. Un vieil homme range une valise dans le coffre. La femme pleure et ôte ses gants. L’homme ne la regarde pas. Esme pivote et monte l’escalier.

22 mai 2010

La Belle et la Bête - Thierry Jonquet

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Gallimard – avril 1995 – 157 pages

Gallimard – septembre 1998 - 156 pages

Folio – septembre 1999 – 156 pages

CDL – novembre 2005 (3 CD audio)

Folio – avril 2010 – 1014 pages (Les orpailleurs ; Moloch ; Mygale ; La Belle et la Bête)

Quatrième de couverture :
Léon est vieux. Très vieux. Lévi, est moche. Très moche. Léon est sale. Vraiment très sale ! Léon se tient très mal à table. C'est dans sa nature... C'est triste ? Non : Léon a enfin trouvé un ami, un vrai de vrai ! Seulement voilà, le copain en question est un peu dérangé. Parfois dangereusement. Mais Léon est indulgent envers ses amis. Pas vous ?

Auteur : Né en janvier 1954 à Paris et décédé le 9 août 2009, Thierry Jonquet, ergothérapeute, enseignant, scénariste et militant durant toute sa vie, a écrit son premier roman noir, Mémoire en cage, en 1982. La construction impeccable et parfois jubilatoire de ses livres a tout simplement dynamité le roman noir français et l'a imposé comme un auteur majeur du genre.

Mon avis : (lu en mai 2010)
Ce livre a le titre d'un conte de fée. Il y a bien une Bête, une Belle, mais c'est loin d'être un conte de fée ! C'est un polar comme sait les écrire Thierry Jonquet avec des flashbacks qui nous permettent peu à peu de découvrir les personnages et les dessous de l'intrigue.
Parmi les personnages, seul le commissaire Rolland Gabelou a un nom, les autres sont le Gamin, la Vieille, le Commis, le Visiteur, l'Emmerdeur, le Coupable. Mais il ne faut pas oublier Léon, le vieil ami de l'assassin et principal témoin et qui par moment sera le narrateur. Et pour ne pas dévoiler les surprises bien cachées de l'histoire, je n'en dirai pas plus...

J'ai lu très facilement, rapidement et avec beaucoup de plaisir ce roman policier. J'ai encore été surprise par cette histoire et à aucun moment je n'ai deviné la révélation finale du livre. A lire !

Extrait : (page 22)
Je sais tout, je sais tout, c'est vite dit... S'ils comptent sur moi pour les aider, les flics peuvent toujours s'accrocher ! Je ne ferai pas le moindre geste ! Tant pis pour tout le monde. Parce que c'est mon copain. Le seul que j'ai jamais eu dans ma sale vie. Et le Gabelou, je le regarde s'agiter sans broncher. Il voudrait bien savoir, pourtant. Mais la Vieille, le Gamin, le Commis, et le Visiteur, je m'en tape, moi...
Je suis là, tassé dans mon coin, assis dans un fauteuil à côté du bureau de Gabelou qui est parti en vadrouille je ne sais où. Je moisis ici depuis cinq jours... Le Visiteur et le Coupable, on les a retrouvés le 2 janvier, ah les Joyeuses Fêtes! Cinq jours... ça n'en finit plus. Les flics, ça les énerve, de me voir patienter sans m'énerver. Ils ne vont pas me torturer, ça servirait à rien. Je suis pas responsable. Juste un peu pour le Visiteur, mais c'est bien tout.
Le Coupable, c'est mon copain, mon pote, mon n'importe quoi, mettez le nom que vous voudrez là-dessus, c'est ce qui fait que je vais pas le trahir, quelque chose de plus fort que toutes leurs salades et il n'y a rien à ajouter. Ah, ils ont essayé, pourtant. Et mon Vieux Léon par ci, et mon Vieux Léon par là, la pommade, les compliments, le baratin, total : néant, c'est tout juste si je leur fais un petit signe de la tête quand ils m'apportent à manger. Un mur. Ils auraient mieux fait de s'adresser à un mur, à une vieille godasse perdue dans un tas d'ordures...
Ils sont là, les flics, tout autour de moi; à me lancer des regards vachards, comme dans les films, avec la lampe braquée dans la gueule, leurs gros bras poilus, et de temps en temps, en prime, ils se foutent de moi. «Vieux Léon, qu'ils braillent, dis-nous tout, t'es le seul à avoir tout vu...» Et ça les fait rire. Je collaborerai pas. Je me le suis juré sur ce qu'il me reste de dignité. Et ça les étonne, ça, la dignité. Eux. S'imaginent du haut de leurs certitudes que tout leur est dû, eh bien, non, moi, Vieux Léon, je les envoie sur les roses.

Déjà lu de Thierry Jonquet :

Ils_sont_votre__pouvante Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte

les_orpailleurs_p Les orpailleurs  mon_vieux Mon vieux

du_pass__faisons_table_rase_p Du passé faisons table rase ad_vitam_aeternam_p Ad vitam aeternam

m_moire_en_cage Mémoire en cage  moloch_p Moloch  mygale_p Mygale

le_secret_du_rabin_p Le secret du rabbin

18 mai 2010

Allumer le chat – Barbara Constantine

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Calmann-Lévy – décembre 2006 - 261 pages

Points – septembre 2008 – 261 pages

Présentation de l'éditeur :
Bastos, le chat philosophe et pédant, parvient à échapper au fusil de Raymond. N'empêche qu'il le nargue ce chat ! Et il faut encore s'occuper du môme, un peu nul en foot, qui n'a rien trouvé de mieux que de choper de l'eczéma sur le visage... Sans compter son imbécile de père qui se fait encastrer par un cerf de deux cents kilos. Il y a franchement de quoi devenir allumé dans cette famille !

Auteur : Barbara Constantine, romancière, céramiste et scripte - elle a travaillé avec Cédric Klapisch - vit en région parisienne. Elle est également l'auteur d'A Méli, sans mélo, son second roman.

Mon avis : (lu en mai 2010)
Un petit livre de 70 chapitres très courts qui nous racontent des tranches de vie. Cela commence avec Raymond et Mine qui « ce sont des vieux qui s’aiment ». Sous prétexte que « Quand il le regarde, il a l’impression qu’il se fout de sa gueule », Raymond veut « allumer » son chat Bastos avec son fusil. Raymond est fâché depuis sept ans avec sa fille Josette, elle a épousé un crétin, Martial. Mais Rémi, 5 ans, le fils de Josette a de l’eczéma et c’est l’occasion de renouer les liens avec Raymond qui est un peu guérisseur…
On va croiser une galerie de personnages : en premier lieu Bastos, un chat qui parle, Paul, alcoolique de dix ans, Pierrot passionné de photos et employé des pompes funèbres, Marie-Rose grande cuisinière dont les spécialités sont le ragoût de vipère aux châtaignes et le pâté de rat…
On va assister à des situations loufoques, émouvantes ou improbables : la rencontre de Martial et d’un cerf, la complicité qui se noue entre Raymond et son petit fils Rémi…
Une lecture où le tendre, le cruel, le léger ou l’émouvant se mêlent… Un livre qui se lit facilement qui nous fait sourire et même rire aux éclats, avec pleins de situations cocasses ou poétiques… A lire pour se détendre !

Extrait : (début du livre)
Il se plante devant la porte ouverte, jambes écartées, poings sur les hanches. Il hume l’air. La nuit s’annonce douce et tranquille. Mais d’un coup, ses sourcils se froncent, une ombre passe, et sans se retourner…
- Passe-moi le fusil, j’vais allumer le chat !
Il n’a pas bu pourtant, juste quelques verres de rouge au dîner, autant dire rien.
- Et pourquoi tu veux l’allumer, dis ?
- Quand il me regarde, j’ai l’impression qu’il se fout de ma gueule. Alors, là, j’en ai marre… Je vais lui régler son compte à ce salopard !
Elle, ça ne l’amuse pas du tout. Parce qu’à chaque fois qu’il se sert de son fusil, et malgré tout l’amour qu’elle lui porte, elle ne peut que constater son peu de talent pour cet instrument. Les cages à lapins étaient loin de la direction qu’avait prise le chat la dernière fois, et pourtant elle en avait ressorti quatre, criblés de plombs ! Les huit autres n’avaient pas survécu longtemps et même en civet, n’avaient pas été bons à manger… Ca leur avait tourné les sangs, cette histoire. Et le chat, lui, moins d’une heure après le carnage, était tranquillement retourné se chauffer près du poêle.
Depuis ce jour-là, elle aussi le soupçonne de se foutre de leur gueule… Mais ça, elle le garde pour elle, parce que quand même, un chat, c’est pas autre chose qu’une bête, hein… alors, se foutre…
Et maintenant, elle aimerait essayer de détourner Raymond de son idée. Elle se dit que c’est vraiment le moment de lui parler de…
- Tu sais qui j’ai croisé au marché ce matin ? Et qui est même venu me saluer et me demander comment tu allais, par la même occasion ?
- Tu veux me détourner de mon idée, ou quoi ?
- Non, juste gagner du temps, c’est tout…
- Ah ! ben, dit comme ça, d’accord. Alors, c’est qui que t’as vu ce matin, ma petite Mine ?
- Josette…
Il s’emporte immédiatement. Elle s’y attendait. Elle le connaît par cœur, son bonhomme. Il rougit d’un coup et les veines de tempes enflent légèrement.
- Elle est venue te voir ? Elle t’a parlé… et toi, tu lui as répondu ?
- Eh ! C’est que je ne pouvais pas faire autrement !
- Ah oui, bien sûr ! Tu ne pouvais pas ! Et qu’est-ce qu’elle voulait ?
- Elle a besoin de toi. Son petit Rémi est couvert d’eczéma et le docteur Lubin ne sait pas bien quoi faire pour le soigner. C’est même lui qui lui qui a conseillé de te…
- Lubin ? Il est juste bon qu’à soigner sa tenue, celui-là ! De l’eczéma, tu dis ? Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Et puis, son môme à Josette, c’est sûrement qu’un petit merdeux !

Déjà lu du même auteur : a_M_lie__sans_m_lo A Méli, sans mélo

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