
Ecoutez Lire - février 2012 - 5 h - Lu par Isabelle Carré
Gallimard - août 2011 – 208 pages
A Vue d'Oeil - février 2012 - 322 pages
Folio - février 2013 - 240 pages
Prix Goncourt des Lycéens 2011
Métailié - février 2014 - 308 pages
traduit de l'islandais par Eric Boury
Titre original : Einvígið, 2011
Quatrième de couverture :
Pendant l'été 1972, Reykjavík est envahi par les touristes venus assister au championnat du monde d'échecs qui oppose l'Américain Fischer et le Russe Spassky. L'Américain se conduit comme un enfant capricieux et a de multiples exigences, le Russe est accueilli en triomphe par le parti communiste islandais, le tout sur fond de guerre froide. Au même moment un jeune homme sans histoire est poignardé dans une salle de cinéma, le magnétophone dont il ne se séparait jamais a disparu. L'atmosphère de la ville est tendue, électrique. Le commissaire Marion Briem est chargé de l'enquête au cours de laquelle certains éléments vont faire ressurgir son enfance marquée par la tuberculose, les séjours en sanatorium et la violence de certains traitements de cette maladie, endémique à l'époque dans tout le pays. L'affaire tourne au roman d'espionnage et Marion, personnage complexe et ambigu, futur mentor d'Erlendur, est bien décidé à trouver le sens du duel entre la vie et la mort qui se joue là. Un nouveau roman d'Indridason qu'il est difficile de lâcher tant l'ambiance, l'épaisseur des personnages, la qualité d'écriture et l'intrigue sont prenantes.
Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavik en 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de cinéma. Il est l'auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, publiés dans 37 pays.
Mon avis : (lu en avril 2014)
Voilà un nouveau roman d'Indridason qui se déroule en 1972, en pleine guerre froide lors d'un évènement historique et important qui s'est passé en Islande, la confrontation entre deux grands joueurs d’échecs l'Américain Fischer et le Russe Spassky.
Cela commence avec la mort mystérieuse d'un adolescent dans un cinéma, c'est Marion Briem, futur mentor d'Erlendur, qui va mener l'enquête. Une enquête palpitante qui va mêler politique et espionnage et en parallèle le lecteur est plongé dans l'enfance et à la jeunesse de Marion Briem, personnage mystérieux et ambigu.
Même si Erlendur est absent du livre (il n'apparaît que dans les toutes dernières lignes du livre), ce roman est passionnant à plusieurs niveaux, l'enquête intelligente et très bien construite, le contexte historique de cet été 1972 et le personnage de Marion Briem dont l'enfance a été marquée par la tuberculose, maladie qui a touchée à l'époque beaucoup d'Islandais.
Extrait : (début du livre)
À la fin du film, lorsque la lumière fut rallumée et que les spectateurs eurent quitté la salle, l'ouvreur découvrit le cadavre.
C'était une séance de cinq heures, en milieu de semaine. Comme d'habitude, la caisse avait ouvert soixante minutes avant la projection et le jeune homme avait été le premier à acheter son ticket. La caissière l'avait à peine remarqué. Âgée d'une trentaine d'années, ses cheveux permanentes ornés d'un ruban de soie bleue, sa cigarette posée dans le cendrier, elle était plongée dans un Modes et Travaux danois et avait tout juste levé les yeux lorsqu'il s'était présenté.
- Une entrée ? avait-elle demandé. Il s'était contenté de hocher la tête.
Elle lui avait tendu son billet, rendu sa monnaie et remis le programme avant de reprendre sa lecture. Il avait rangé l'argent dans l'une de ses poches et le ticket dans une autre avant de quitter les lieux.
Il préférait aller au cinéma seul et avait un faible pour la séance de fin d'après-midi. Il achetait toujours un sac de pop-corn et un soda. Il avait également un fauteuil de prédilection dans cette salle, comme dans toutes celles que comptait la ville. Ses places préférées étaient aussi diverses que les cinémas étaient nombreux. S'il allait, par exemple, au Haskolabio, il s'arrangeait pour être assis en haut à gauche. Le Haskolabio, le plus important de la ville, offrait l'écran le plus large. Il tenait à avoir assez de recul, ainsi aucun détail ne lui échappait. Cette distance le mettait également à l'abri d'images parfois choquantes ou trop envahissantes. Quand il optait pour le Nyja Bio, il montait au balcon et s'installait sur l'un des sièges qui longeaient l'allée. Les meilleurs fauteuils au Gamla Bio se trouvaient également au balcon, dans les rangées centrales. Lorsqu'il se rendait au Austurbaejarbio, dans le quartier est, il s'asseyait toujours sur la droite, trois rangs en contrebas de l'entrée. Au Tonabio, il préférait la rangée proche de l'entrée afin de pouvoir étendre ses jambes, à cet endroit l'écran était également à distance respectable. Il en allait de même pour le Laugarasbio.
Le Hafnarbio différait de tous les autres. Il lui avait fallu longtemps pour trouver son fauteuil de prédilection, le plus petit cinéma de la ville étant des plus Spartiates. On y entrait par un petit hall qui tenait plutôt d'un vestibule, et abritait un stand de confiseries placé entre les deux portes menant à la longue salle étroite au plafond voûté : le Hafnarbio était installé dans l'un de ces baraquements militaires datant de la guerre. Deux allées longeaient les rangées de sièges et on quittait la salle par les deux portes situées à l'autre extrémité du bâtiment, tout près de l'écran. Il s'était parfois assis dans les rangées du haut, parfois à gauche, sur le siège bordant l'allée. Puis, il avait fini par trouver sa place : en haut à droite, au plus près du bord.
Il restait encore un bon moment avant le début du film. Il descendit donc la rue Skulagata jusqu'au rivage et s'installa sur un gros bloc de pierre, au soleil de l'été. Vêtu d'un blouson vert et d'un pull-over blanc, il tenait à la main son cartable dans lequel il transportait un magnétophone presque neuf qu'il sortit pour le poser sur ses genoux. Il plaça dans le compartiment l'une des deux cassettes qu'il avait emportées dans ses poches, appuya sur le bouton rouge qui déclenchait l'enregistrement et orienta l'appareil vers la mer. Puis il l'éteignit, rembobina, enfonça la touche lecture et écouta le ressac sur la bande. Il rembobina une seconde fois, l'essai était terminé. Tout était prêt.
Il avait déjà inscrit le titre du film sur les cassettes.
Challenge Trillers et Polars

catégorie "Même pas peur" : 26/25
Challenge Voisins Voisines 2014
Islande
Déjà lu du même auteur :
La Cité des jarres
La Femme en vert
La Voix
L'Homme du lac
Hiver Arctique
Hypothermie
La rivière noire
Bettý
Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey
Philippe Rey - mars 2014 - 336 pages
traduit de l'anglais (Inde) par Bernard Turle
Titre original : The Illicit Happiness of Other People, 2012
Quatrième de couverture :
« Vous n’échapperez pas au bonheur », affirme, en gros, Unni, adolescent des années 1980 fasciné par les délires collectifs, avant de sauter du toit de son immeuble d’une cité de Madras.
Pourquoi ce suicide ? Telle est la quête – l’enquête – de son père, écrivain raté, ivrogne et néanmoins journaliste d’investigation. À travers des monceaux de vignettes, de planches, de bandes dessinées réalisées par son fils, par le biais de témoignages de ses anciens camarades de classe pris entre pensées profondes et coups de ceinture paternels, Ousep tente d’adoucir ses doutes et ceux de son épouse, Mariamma, elle-même détentrice d’un secret ancien.
Dans son deuxième roman, en partie autobiographique, imprégné par l’univers volontiers sybillin des concepteurs de BD, Manu Joseph livre le portrait d’un groupe d’adolescents tourmentés par les grandes questions philosophiques (la vie est-elle un accident ?). Le tout exacerbé par le contexte indien, le goût de la procrastination, la passion distanciée des quêtes spirituelles et les défis jusqu’au-boutistes de la jeunesse.
Nourrie de plans panoramiques comme de gros plans, de séquences comme d’ellipses et jouissant de multiples angles de vue, sans oublier les flash-backs, l’enquête d’Ousep avance et piétine à la fois, entraînant le lecteur dans un perpétuel travelling latéral dont les figurants soit lèvent le voile sur la psyché de l’adolescent indien d’aujourd’hui soit en démontrent toute l’imperméabilité.
Auteur : Manu Joseph est journaliste. Les Savants, son premier roman, déjà traduit dans une vingtaine de pays, a été remarquablement accueilli par la critique.
Mon avis : (lu en avril 2014)
A l'âge de 17 ans, Unni Chacko saute par la fenêtre du salon de ses parents. Il ne laisse aucune explication et les parents du jeune homme s'interrogent : pourquoi ce suicide ? Son père Ousep est un écrivain raté, alcoolique, journaliste d'investigation. Sa mère Mariamma est un peu bizarre, elle parle toute seule, elle se réfugie dans la religion... Le petit frère Thoma âgé de dix ans a de l'admiration pour son aîné.
Trois ans après le drame, arrive un courrier avec quelques planches de BD dessinées par Unni, Ousep est persuadé que grâce à cela, il va pouvoir découvrir l'explication de son geste. Aussi sans relâche, il interroge les anciens camarades de classe d'Unni, il mènera son enquête pour découvrir qui était vraiment son fils... Le soir, Mariamma a de plus en plus de mal à gérer le retour de son mari ivre et bruyant. La famille est rejetée par le voisinage et a du mal à payer son loyer et sa nourriture. Thoma a du mal à trouver sa place de fils, lui aussi veut comprendre pourquoi son frère est mort...
L'histoire est triste mais le livre ne l'est pas. L'auteur nous fait découvrir l'Inde des années 1980, des personnages touchants et émouvants. Le lecteur est embarqué dans une quête de la vérité comme dans un roman policier entre passé et présent. J'ai lu ce livre presque d'une traite, la construction du livre donne à l'histoire un côté haletant et le ton n'est jamais pesant, des petites pointes d'humour dans certaines situations égaillent le propos.
Merci Anaïs et les éditions Philippe Rey pour cette très belle découverte.
Extrait : (début du livre)
À en croire Mariamma Chacko, Ousep Chacko est le genre d'homme qui doit mourir à la fin d'une histoire. Mais il sait qu'elle n'en est pas tout à fait certaine en permanence, surtout le matin. Comme d'habitude, il est assis à son bureau, il étudie une énorme pile de bandes dessinées, tentant de résoudre la seule énigme à laquelle son épouse s'intéresse désormais. Il ne lui a pas réclamé son café, mais elle le lui apporte tout de même, posant le verre sur le bois de son bureau d'un geste presque brusque, question de lui rappeler son comportement honteux d'hier soir. Avec la même brusquerie, elle ouvre en grand les fenêtres, vide les cendriers et range les journaux sur la table. Quand, enfin, il part au travail sans un mot, elle se plante dans l'encadrement de la porte d'entrée et le regarde descendre l'escalier.
Sur le terrain de jeux, un rectangle de terre ponctué de rares touffes d'herbe, Ousep se dirige vers la grille à petits pas rapides. Il voit ses congénères, les bons maris, les bons pères, souliers noirs cirés, chemises sévères déjà mouillées par l'humidité ambiante. Ils vont jusqu'à l'abri à scooters, casque au bras, à l'envers car ils ont mis dedans leur repas végétarien scandaleusement frugal. D'autres continuent d'émerger du tunnel des escaliers du Bloc A, un austère bâtiment blanc de trois étages. Leurs épouses apparaissent alors aux balcons, leur font au revoir, vêtues de saris en coton, coquettes, de bon augure. Elles marmonnent des prières, sourient à leurs voisines, chacune vérifiant constamment d'un oeil la bonne tenue de son bustier.
Les hommes ne saluent jamais Ousep. Ils détournent le regard, nettoient leurs lunettes ou s'intéressent soudain à ce qu'il y a par terre. Alors que, entre eux, ils ne s'épargnent aucun signe d'affection. Ils appartiennent à une fraternité au sein de laquelle, pour communiquer, il suffit de chasser une glaire avec un raclement de gorge.
«Gorbatchev, lâche un homme délicat.
- Gorbatchev», acquiesce l'autre.
Ayant ainsi complété son analyse de l'article phare du Hindu, l'élection de Mikhail Gorbatchev au poste de premier président de l'URSS, chacun avance vers son scooter. À Madras, un scooter est l'assurance qu'un mari ne rentrera pas ivre le soir. Les reporters d'investigation tels qu'Ousep Chacko trouveraient insultant d'être vus juchés sur l'un d'eux mais ses voisins sont pour la plupart employés de banque. Ils saisissent d'abord leur guidon et adoptent une pose alanguie. Puis ils donnent un coup de pied à l'engin, comme pour le surprendre, le réveiller. Plusieurs coups de pied, en fait, dont certains semblent rebondir. Le moteur finit par rugir et ils partent, à la queue leu leu, assis sur leurs ischions, bien en avant sur le siège du conducteur, comme si c'était plus économique. Ils reviendront de la même manière à six heures, rapportant une tresse de jasmin à leur épouse, qui l'attachera à son chignon lavé de frais, emplissant leur intérieur d'un parfum aphrodisiaque, entamant ainsi la paix de son beau-père, qui vit sous leur toit, vieillard tellement en manque de chair qu'il caresse les enfants, caresse les hommes adultes et se claque furtivement les cuisses l'une contre l'autre en regardant le tennis féminin à la télé.
Date de sortie : 30 avril 2014
Réalisé par : Jason Reitman
Acteurs : Kate Winslet, Josh Brolin, Gattlin Griffith, Tobey Maguire
Titre original : Labor Day, 2013
Durée : 1h51
Adaptation du roman de Joyce Maynard, Long Week end
Synopsis : Lors du dernier week-end de l’été, Frank, un détenu évadé, condamné pour meurtre, oblige Adèle et son fils Henry à le cacher chez eux. Très vite, la relation entre le ravisseur et la jeune femme prend une tournure inattendue. Pendant ces quatre jours, ils vont révéler de lourds secrets et réapprendre à aimer...
Mon avis : (vu en avril 2014)
J'ai eu la chance de pouvoir découvrir en avant première ce film adapté du roman Long Week end de Joyce Maynard. J'ai lu ce livre en 2010 et je me rappelle avoir été touchée par cette histoire. L'adaptation cinématographique est très proche du livre, je ne me souvenais pas de certains détails mais le lendemain de la séance de cinéma, je me suis empressée de relire quelques passages du livre pour me rafraîchir la mémoire...
Frank est un détenu en fuite, il force Adèle et son fils Henry à le cacher dans leur maison durant le dernier week-end de l'été. Il compte attendre quelques jours pour se faire oublier par la police avant de poursuivre sa route. Ils vont passer tous les trois un week-end inoubliable...
En effet, cela commence par une prise d'otage, mais rapidement Frank devient protecteur, il a compris le mal-être d'Adele et le dévouement d'Henry pour sa mère. La scène de la confection de la tarte aux pêches est emblématique : beaucoup de douceur, de sensualité, un vrai moment de complicité entre Henry, Adele et Frank.
Durant ces 4 jours, chacun des personnages évoluent, Henry passe de l'enfance à l'adolescence. Adele sort de sa dépression, elle prend confiance en elle et sa rencontre avec Frank lui redonne goût à la vie. Frank, dur et brutal dans les premiers instants, devient vite protecteur et "père de famille" pour Adele et Henry.
J'ai beaucoup aimé les différentes atmosphères du film. Les décors et paysages sont superbes.
Les trois acteurs sont formidables : ils arrivent à exprimer leurs sentiments, leurs états d'âme sans utiliser les mots. On ressent la grande connexion entre les personnages qui se comprennent à travers de simples regards.
Seule petite réserve sur les flash back, je n'ai compris que vers la fin du film qu'ils concernaient le passé de Frank...
Un grand merci à Marie-Clémentine et Way to Blue pour l'invitation à la projection de ce film avec en bonus avant le film la dégustation d'une part de tarte à la pêche et un verre de cidre.

Scripto - février 2005 - 320 pages
Gallimard Jeunesse - octobre 2012 - 336 pages
traduit de l'anglais par Stéphane Carn
Titre original : Boy 2 Girl, 2004
Quatrième de couverture :
Le jour où son cousin Sam, venu tout droit des États-Unis, vient habiter chez lui, la vie de Matthew prend une autre tournure. Elle devient même infernale car le cousin en question se révèle être un garçon arrogant au comportement insupportable. Pourquoi ne pas lui donner une bonne leçon ? Avec la complicité de ses copains, Matthew lance à Sam un défi téméraire : se déguiser en fille une semaine entière ! L'opération Samantha est déclenchée. Mais Sam se prend si bien au jeu, transformé en une charmante jeune fille, que très vite, la supercherie échappe à tout contrôle. Ce que les garçons étaient loin d'avoir imaginé...
Auteur : Terence Blacker a travaillé pendant dix ans dans l'édition avant de devenir écrivain.
Il est aujourd'hui un auteur prolifique en direction des enfants, de plus, il partage le reste de son temps entre l'écriture de nouvelles et la rédaction d'articles pour la presse. Terence Blacker est l'un des rares auteurs en Grande-Bretagne à écrire à la fois pour les adultes et pour la jeunesse.
Mon avis : (lu en mars 2014)
Après le décès de sa mère, Sam a été confié à sa tante car son père est en prison depuis de nombreuses années. Sam vient des États-Unis et c'est à Londres qu'il est accueilli par sa tante, son oncle et son cousin Matthew. A son arrivée, Sam a un comportement plutôt insupportable et les amis proches de Matthew ne veulent plus l'intégrer dans leur bande. Finalement, ils lui imposent un défi : se déguiser et se faire passer pour une fille pendant cinq jours. Sam accepte le gage et devient Samantha.
Sam joue parfaitement son rôle et Samantha devient la coqueluche du collège. Elle s'intègre parfaitement dans le groupe de filles, elle se fait draguer par le tombeur du lycée qu'elle remet vertement à sa place... Certaines situations sont équivoques ou sont source de quiproquos, d'autant plus qu'aux différences fille/garçon s'ajoutent les différences États-Unis/Angleterre...
La forme de narration est originale, car les différents personnages sont tour à tour les narrateurs. Pas d'ambiguité pour suivre, le nom du narrateur est clairement précisé.
Un livre plein d'humour, riche en émotions où les spécificités fille/garçon sont traitées avec justesse et sans mauvais goût.
Extrait : (début du livre)
Je voudrais que vous la gardiez en tête, cette image de Sam Lopez le jour où il m'est apparu pour la première fois. Souvenez-vous-en bien, surtout lorsque vous découvrirez d'autres facettes de lui, des portraits plus flatteurs de sa personne - en coqueluche des filles de sa classe, par exemple.
Mais celle-ci, gardez-la bien dans un coin de votre mémoire, parce que c'est le vrai, l'authentique Sam Lopez, tel qu'en lui-même.
Il était planté sur notre paillasson, son vieux sac de toile kaki sur l'épaule. Il flottait dans une veste trop grande de trois tailles, le bas de son jean râpé traînant par terre. Son visage n'était qu'une tache blafarde, derrière le rideau de ses cheveux filasse qui lui balayaient les épaules.
- Bonjour, Matthew !
Ça, c'était la voix de ma mère. Elle affichait un petit sourire forcé, celui qui m'est si familier et qui signifie : Pas de panique, tout va très très bien se passer !
- Je te présente Sam, ton fameux cousin !
Comme je bafouillais quelques mots de bienvenue, le « fameux cousin » m'est passé sous le nez, en me frôlant d'assez près pour que je remarque a) qu'il m'arrivait à peine à l'épaule, et b) que sa dernière douche ne datait pas d'hier.
- Si tu veux bien me donner ta veste, Sam..., a dit mon père qui se tenait derrière moi dans le couloir.
Mais le nouveau venu a superbement ignoré la proposition pour filer tout droit dans la cuisine, où nous l'avons tous suivi. Il a commencé à inspecter les lieux, le nez froncé comme certains rongeurs indésirables.
- Voilà donc ma nouvelle maison, a-t-il déclaré de sa voix, à la fois rauque et bizarrement haut perchée.
Challenge Voisins Voisines 2014
Grande-Bretagne
Challenge Petit Bac 2014
Cercle familiale (5)
Lu en partenariat avec les éditions Belfond
Belfond -février 2014 - 248 pages
Quatrième de couverture :
Lorsqu'elle apprend l'accident qui a coûté la vie à sa mère, une jeune femme voit sa vie exploser. Tout se délite et s'obscurcit dans le ciel de sa mémoire. L'onde de choc atteint ses enfants et son mari. Pour enrayer cette chute libre, il lui faut partir, tenter de se retrouver pour sauver les siens.
Récit d'un crash intime, d'une fugue maternelle sur les traces d'un silence familial, Sans oublier raconte comment, pour devenir mère, il faut d'abord cesser d'être une fille.
Une écriture intense qui réconcilie de façon saisissante la noirceur du deuil et la rage de vivre.
Auteur : Grand reporter au sein du groupe Marie-Claire et critique littéraire pour le magazine Avantages, Ariane Bois a déjà publié deux romans, Et le jour pour eux sera comme la nuit (Ramsay, 2009 ; J'ai Lu, 2010) et Le Monde d'Hannah (Robert Laffont, 2011 ; J'ai Lu, 2014). Tous deux ont été salués par la critique et par des prix littéraires, et traduits en plusieurs langues.
Mon avis : (lu en mars 2014)
La narratrice est une jeune femme, mariée, mère de deux jeunes enfants Claire, 5 ans, et Simon, 3 ans. Tout s'effondre autour d'elle lorsqu'elle apprend le décès de sa mère dans un accident d'hélicoptère en Sibérie. Malgré la présence de ses proches autour d'elle, elle n'arrive pas à sortir de son chagrin, prostrée, elle passe ses journées à dormir. Elle est incapable de s'occuper de ses enfants, de revenir dans la vie du quotidien... Elle sera hospitalisée quelques temps mais sans grand résultat. « Le deuil est une guerre et je suis en train de la perdre. Vaincue, sans avoir pris les armes. La mort vous pille, vous insulte et en sus vous fait les poches, ne laissant qu'une enveloppe vide. » Sa dépression la fait stagner jusqu'au jour où fuyant sa maison, elle se retrouve en Haute-Loire dans le village du Chambon-sur-Lignon.
Je venais de lire un autre livre qui évoquait également la dépression avec "Au pays des kangourous" de Gilles Paris, mais le point de vue était différent puisque c'était l'enfant qui racontait la dépression de son papa.
J'ai donc trouvé "Sans oublier" plus proche d'un témoignage que d'un roman. Même si j'ai connu le deuil de la mère, impossible pour moi de comprendre l'effondrement totale de cette jeune femme, les circonstances étaient différentes et surtout mes réactions complètement opposées. J'ai trouvé un peu long les passages autour de la dépression. Et puis cinquante pages avant la fin du livre est arrivé un rebondissement qui m'a paru complètement plaqué... Malgré tout, cette épisode du Chambon-sur-Lignon, m'a rendu la narratrice sympathique. L'auteur explore les relations mère-fille et la difficulté pour une fille de perdre sa mère. La fille, étant elle-même mère, doit s'affranchir de sa propre mère, prendre confiance en elle et recommencer à vivre son rôle de mère auprès de ses enfants... Un roman plein d'émotions qui invite les lecteurs à la réflexion.
Merci Jérémy et les éditions Belfond pour m'avoir permis de découvrir ce livre et rencontrer son auteur.
Autre avis : Lasardine
Extrait : (début du livre)
Elle m'a juste dit : «J'ai peur d'avoir froid là-bas», et puis aussi : «Quelques jours seulement, ma chérie, c'est promis.» Je me souviens de lui avoir répondu : «Fais attention aux pingouins quand tu traverseras la banquise.» Pas drôle, même si, ce matin-là, elle partait en reportage en Sibérie pour le magazine qu'elle dirigeait. J'ai entendu le bruit du combiné que l'on raccrochait. Je parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, celui où les gens ne communiquaient que par téléphone fixe. Ce téléphone raccroché fut, comme on dit, le dernier signe de vie de ma mère.
Je travaillais huit heures par jour dans une agence de pub tenue par des décérébrés, neuf stations de métro, dix-huit avec le retour, passage par la case Franprix, avant de retrouver mes petits, une fille de bientôt six ans et un garçon de trois ans, juste à temps pour les coucher, et attendre l'Homme, qui rentrait fourbu de ses journées dans une compagnie d'assurances à la Défense.
L'après-midi de l'appel, pour la première fois depuis longtemps, j'avais fait l'école buissonnière. Séché, comme au temps du lycée. Une angine diplomatique soignée à la potion magique Deneuve dans le dernier Téchiné. Chez mes parents trônait la photo d'une petite fille dans une chaise haute, recevant la becquée de la main d'une créature mutine assise dans un lit aux draps bousculés. Sa blondeur éclabousse tout, Catherine époque Le Sauvage, avec ses bras nus, son teint de coquillage, des seins en forme de mangue et un sourire à impressionner la pellicule, en tout cas mon père qui photographie la scène. À chaque nouveau film, je me précipitais, comme à une réunion de famille. L'intimité en moins, c'était un plus.
De ce vendredi de mai, je n'ai pas le souvenir d'une intuition particulière, plutôt un sentiment d'angoisse diffus. Un état devenu habituel chez moi, une seconde peau depuis la maternité. Le poids des responsabilités, le sentiment écrasant de ces vies à protéger m'empêchaient parfois de respirer. Ce jour-là cependant, je n'étais pas la seule à retenir mon souffle. Un fou furieux retenait en otage une classe de maternelle dans une école de Neuilly, et la France entière avait le mal de mère. C'était la première fois qu'une telle chose arrivait dans ce pays, et nous étions assez naïfs pour croire qu'elle ne se reproduirait pas sous d'autres formes, sous d'autres latitudes. Impossible d'imaginer les fusillades dans les collèges américains, les commandos à l'école de Beslan, les tueries d'élèves en Chine, à Rio et même à Toulouse. Nous restions innocents. Mais je m'égare.
Challenge Petit Bac 2014
Verbe (5)
Comme prévue, j'ai passée mon vendredi après-midi au Salon du Livre de Paris
Voici ma visite racontée chronologiquement...
Grande Scène : Improvisation d'illustrateurs en direct

Jean-Philippe Chabot et Philippe Matter
A proximité, la dédicace « exceptionnelle » de Joseph Joffo
Vincent Bailly et Joseph Joffo
Je découvre que « Un sac de billes » a été adapté en bande dessinée
Puis je m'arrête à l'exposition « Regards de Femmes »
Puis c'est le stand SNCF avec animations autour du polar
Un petit stand que l'on remarque
J'ai assisté à la fin d'une conférence de Jean-Pierre Guéno sur Les Poilus
Puis, je suis passée sur la petite exposition « La vraie histoire des femmes de 14-18 »

La pionnière de l'aviation Ouvrières de l'industrie d'armement
Hélène Dutrieux

Philippe Jaenada Philippe Besson
Je me pause une petite heure pour écouter sur la Scène des Auteurs l'échange suivant :

Patrick Grainville Bernard Chambaz
Je lis sans les mains...
Les médias sont présentent

Silvia Barron Supervielle Olivier Barrot
écrivain, poète et traductrice France Télévision
Je n'ai pas eu le temps de sortir l'appareil photo pour l'incontournable...
Il était l'heure de la Rencontre Auteurs-Blogueuses...

Livre de Poche - octobre 2014 - 1056 pages (à paraître)
Audiolib - mai 2013 - 36 h - lu par François Montagut
Albin Michel - mars 2013 - 934 pages
traduit de l'américain par Nadine Gassie
Titre original : 22/11/63, 2011
Quatrième de couverture :
Imaginez que vous puissiez remonter le temps, changer le cours de l'Histoire. Le 22 novembre 1963, le président Kennedy était assassiné à Dallas. À moins que... Jake Epping, professeur d'anglais à Lisbon Falls, n'a pu refuser la requête d'un ami mourant : empêcher l'assassinat de Kennedy. Une fissure dans le temps va l'entraîner dans un fascinant voyage dans le passé, en 1958, l'époque d'Elvis et de JFK, des Plymouth Fury et des Everly Brothers, d'un dégénéré solitaire nommé Lee Harvey Oswald et d'une jolie bibliothécaire qui deviendra le grand amour de Jake. Avec une extraordinaire énergie créatrice, Stephen King revisite au travers d'un suspense vertigineux l'Amérique du baby-boom, des « happy days » et du rock‘n’roll.
Auteur : Stephen King a écrit plus de 50 romans, tous best-sellers, et plus de 200 nouvelles. Il est devenu un mythe vivant de la littérature américaine (National Book Foundation Medal en 2003 pour sa contribution aux lettres américaines, Grand Master du Prix Edgar Allan Poe en 2007, etc.).
Lecteur : François Montagut est comédien pour le théatre, la télévision et le cinéma.Citons, parmi d'autres, L’homme au masque de fer, La folie des hommes, Largo Winch 2, L’heure du crime, Caravaggio, La Pieuvre.
Mon avis : (lu en août 2014)
Jake Epping est professeur d'anglais à Lisbon Falls, il mène une vie plutôt tranquille jusqu'au jour où son ami Al lui confie un secret assez spécial... Au fond de son restaurant, il a découvert une faille temporelle qui le ramène en 1958. Al est presque mourant lorsqu'il demande à Jake d'utiliser ce passage pour sauver le président Kennedy... Voilà comment commence une histoire improbable qui plonge Jake et le lecteur dans les années 60... Cette mission est plus difficile qu'il n'y paraît, Jake deviendra George, il va se créer une nouvelle vie, rencontrer le grand amour, pister Lee Harvey Oswald et ses proches... Il faudra également tenir compte de « l’effet papillon »...
Impossible de lâcher ce roman incroyable, riche et si palpitant qui a accompagné la fin de mon été au bord de la mer.
C'est ma deuxième lecture d'un livre de Stephen King et c'est encore une vraie réussite.
Extrait : (début du livre)
J’ai jamais eu « la larme facile », comme on dit.
Si j’en crois mon ex-épouse, mon « gradient d’émotion inexistant » est la raison principale pour laquelle elle m’a quitté (comme si le mec qu’elle avait rencontré à ses réunions des Alcooliques anonymes n’y était pour rien). Christy supposait qu’elle pouvait me pardonner, disait-elle, de ne pas avoir versé de larmes à l’enterrement de son père : je ne le connaissais que depuis six ans et ne pouvais comprendre quel homme merveilleux et généreux c’était (une Mustang décapotable comme cadeau de fin d’études secondaires, par exemple).
Mais par la suite, quand je n’ai pas versé de larmes à l’enterrement de mes deux parents – ils sont morts à tout juste deux ans d’intervalle, mon père d’un cancer de l’estomac et ma mère d’une crise cardiaque foudroyante en marchant sur une plage de Floride – elle a commencé à comprendre cette histoire de gradient d’émotion inexistant. J’étais « incapable de ressentir mes sentiments », en jargon AA.
« Je ne t’ai jamais vu pleurer », m’a-t-elle dit de ce ton cassant que prennent les gens quand ils vous assènent l’argument sans réplique qui met un point final à votre relation. « Même quand tu m’as dit que si je n’allais pas en cure de désintoxication, tu me quittais. » Cette conversation eut lieu environ six semaines avant qu’elle ne boucle ses valises, les embarque dans sa voiture et traverse la ville pour s’en aller emménager avec Mel Thompson. « Garçon rencontre fille sur le campus des AA » : un autre de leurs dictons.
Je n’ai pas versé de larmes en sortant sur le pas de la porte pour lui dire au revoir. Je n’ai pas non plus versé de larmes quand je suis retourné à l’intérieur de la petite maison à la grosse hypothèque. La maison où aucun bébé n’était né, ni ne naîtrait jamais. Je me suis juste allongé sur le lit qui n’appartenait plus qu’à moi seul désormais, j’ai posé mon bras sur mes yeux et j’ai « pleuré ».
Sans larmes.
Mais je n’ai pas de blocage émotionnel. Christy avait tort sur ce point. Un jour, quand j’avais neuf ans, ma mère m’attendait sur le seuil à mon retour de l’école pour m’annoncer qu’Ours, mon petit colley, s’était fait écraser par une voiture qui s’était même pas arrêtée. J’ai pas pleuré quand on l’a enterré. Même si mon père m’a dit que personne me prendrait pour une mauviette si je le faisais. Mais j’ai pleuré quand ma mère me l’a dit. D’abord parce que c’était ma première expérience de la mort ; mais surtout parce que c’était à moi qu’incombait la responsabilité de bien fermer le portail en partant pour qu’il soit en sécurité dans notre jardin.
Et j’ai pleuré quand le médecin de ma mère m’a appelé pour m’expliquer ce qui s’était passé ce jour-là sur la plage. « Je suis désolé mais c’était sans espoir, m’a-t-il dit. Parfois, c’est très soudain, et les médecins ont tendance à considérer cela comme une bénédiction. »
Challenge Petit Bac 2014
"Moment/Temps" (10)
Challenge Trillers et Polars
2014-2015

catégorie "Même pas peur" : 4/25
Lu en partenariat avec J'ai Lu

Don Quichotte - janvier 2012 - 288 pages
J'ai Lu - janvier 2014 - 218 pages
Quatrième de couverture :
Simon, neuf ans, vit avec son père Paul, écrivain, et sa mère Carole, une femme d'affaires qui passe sa vie en Australie. Le jour où Paul est hospitalisé pour dépression, Simon voit son quotidien bouleversé.
Recueilli par Lola, sa grand-mère fantasque, il rencontre aussi l'évanescente Lily, enfant autiste aux yeux violets. A travers les songes qu'il s'invente, Simon va tâcher de mettre des mots sur la maladie de son père et de trouver des repères clans cet univers dont le sens lui résiste.
Auteur : Gilles Paris est un écrivain français.
Il est tout d'abord fonctionnaire au ministère de la Jeunesse et des Sports dans le service " documentation ", puis journaliste dans le domaine du cinéma et de la musique pour la presse populaire. Il est ensuite attaché de presse dans l'édition, d'abord chez Jean-Claude Lattès et Plon, puis pour son propre compte.
Son premier roman, " Papa et Maman sont morts " (1991, Le Seuil), est en train d'être adapté au cinéma, et le suivant " Autobiographie d'une Courgette " a été traduit en plusieurs langues et s'est vendu à plus de 150 000 exemplaires. Il a d'ailleurs fait l'objet d'une adaptation pour la télévision, réalisée en 2007 par Luc Béraud, intitulée " C'est mieux la vie quand on est grand " avec Daniel Russo dans le rôle du gendarme.
Mon avis : (lu en mars 2014)
Après ma lecture audio "Du vent dans mes mollets" avec comme narratrice, Rachel une petite fille de 10 ans, voilà "Au pays des kangourous" avec comme narrateur Simon âgé de neuf ans. Il vit avec son père Paul, écrivain, sa mère Carole est souvent partie en Australie pour son travail. Et un matin, Simon retrouve son père dans le lave-vaisselle, il ne comprend pas pourquoi. Son père ne réagit pas à ses questions. Simon appelle à l'aide sa grand-mère paternelle Lola qui va savoir gérer la situation...
Simon est terriblement attachant, il se pose mille questions, sur son père qui souffre de dépression, sur sa mère toujours partie et souvent distante... Heureusement, il y a Lola sa grand-mère extravagante et multicolore, et Lily la petite fille mystérieuse qu'il a rencontré à l'hôpital où est son père et qui lui donne de vraies réponses à aux questions que les adultes éludent.
Cette histoire est bouleversante et l'auteur a su mettre des mots pleins de poésie, de naïveté dans la bouche de ce garçonnet que les circonstances de la vie oblige à grandir plus vite. Simon a beaucoup d'imagination et ses réflexions pleines de bon sens peuvent aussi bien nous faire rire que nous émouvoir. Un roman plein de tendresse, d'humour et d'amour.
Merci Aurélie et les éditions J'ai Lu pour cette très belle lecture.
Extrait : (début du livre)
Ce matin, j'ai trouvé papa dans le lave-vaisselle.
En entrant dans la cuisine, j'ai vu le panier en plastique sur le sol, avec le reste de la vaisselle d'hier soir.
J'ai ouvert le lave-vaisselle, papa était dedans.
Il m'a regardé comme le chien de la voisine du dessous quand il fait pipi dans les escaliers. Il était tout coincé de partout. Et je ne sais pas comment il a pu rentrer dedans : il est grand, mon papa.
J'en ai oublié mon petit déjeuner. Je ne savais pas quoi faire. Maman était repartie au pays des kangourous et, à chaque fois qu'elle voyage, elle nous demande de pas la déranger à cause du décalage horaire. Quand elle est dans le salon, avenue Paul-Doumer, elle ne veut pas qu'on la dérange non plus à cause du livre qu'elle lit, même que c'est pas un livre que papa a écrit. Ou alors elle parle à une copine sur son portable et elle fait un geste de la main comme si elle chassait une mouche ou un moustique, sauf que la mouche ou le moustique, c'est moi ou papa. On tourne autour, mais on ne sait pas trop comment l'approcher. Et puis des fois qu'il viendrait à maman l'idée de nous écraser entre ses mains... Elle n'embrasse ni papa ni moi. Elle nous éloigne avec ses gestes et le pays des kangourous.
J'ai dit : « Ça va papa ? », papa n'a pas répondu. Il a caché un peu plus sa tête dans ses bras. Alors je suis sorti de la cuisine. J'ai décroché le téléphone et j'ai appelé Lola.
« Papa est dans le lave-vaisselle, je fais quoi ?
- Papa est où ?
- Dans le lave-vaisselle, je crie.
- J'arrive, mon chéri. Ne bouge pas. »
Challenge Petit Bac 2014
"Animal" (4)
Actes Sud - août 2013 - 126 pages
Quatrième de couverture :
"Il va falloir vous accrocher parce que la puberté, c'est complexe. Cette histoire n'est pas pour les mioches, je vous préviens. Si vous croyez encore aux princes qui arrivent sur un cheval blanc un matin et vous envoient un texto "Salut, mon ange, je passe te prendre en scoot devant chez toi ! Tu as gagné à la grande loterie de mon coeur !", laissez tomber ! Mon aventure n'est pas pour vous".
Avec son physique de sportive, son caractère caustique et ses jeans troués, Fred se dit qu'elle risque d'attendre longtemps son premier baiser. Alors, assez des contes de fées, Fred préfère rester elle-même et enflammer le bitume sur son skate.
Auteur : Après des études d'art dramatique à Paris, Jo Witek se dirige assez vite vers l'écriture. D'abord vers le cinéma, en travaillant comme scénariste, lectrice, puis vers la presse écrite et la littérature. Depuis 2009, elle écrit particulièrement pour la jeunesse : des romans au Seuil Jeunesse. En un tour de main, Récit intégral (ou presque) d'une coupe de cheveux ratée, chez Talents Hauts Mauvaise connexion, mais aussi des documentaires et albums à La Martinière Jeunesse LeDico de la jeune fille, Tout savoir sur le sexe, Le Ventre de maman. Chez Actes Sud Junior, elle est l'auteur de deux thrillers, Peur Express et Rêves en noir, ainsi que d'un "Roman benjamin" intitulé Ma vie en chantier. Elle réside aujourd'hui dans une petite ville languedocienne et partage son temps entre la rédaction de communication, les ateliers d'écriture en milieu scolaire et son métier d'auteur.
Mon avis : (lu en mars 2013)
Fred est un peu "garçon manqué", sa grande passion, c'est le skate. A 14 ans, elle aimerait bien que les garçons s'intéressent à elle autrement que comme la bonne copine... Pourtant, il est hors de question de se "déguiser", de se maquiller, de suivre la mode pour s'habiller.
Son grand-père étant mourant, Fred va faire connaissance avec la nombreuse famille de son père. Fille unique, elle se découvre des cousins, des cousines, des oncles, des tantes... Sa rencontre avec Diane, sa tante et marraine un peu rebelle, va l'aider à prendre confiance en elle et à grandir. Un joli roman sur une jeune fille qui se cherche avec en toile de fond des secrets de famille.
Extrait : (début du livre)
Il était une fois, moi. 14 ans, 1,65 m, 58 kg, une humaine du genre féminin. Tour de poitrine ? Vraiment rien à signaler : c'est génétique, maman a le même. Je ne suis pas du genre à faire tourner les têtes. Je n'ai pas non plus des jambes de gazelle, ni une tignasse de gitane. Je danse comme un balai et je déteste le maquillage, le shopping, les magazines et, par-dessus tout, la manucure. Je ne monte pas à cheval le mercredi dans un haras chic et je ne crie pas comme une hystérique dès que je vois un chanteur au brushing bien lisse à la télé. De plus, je pratique assidûment le skateboard trois fois par semaine à un niveau de compétition nationale. Vous l'aurez compris : à la base, j'étais très mal partie dans ma vie sentimentale. Je ne sais pas pourquoi, mais les garçons ont toujours eu plus envie de me taper dans le dos que de m'embrasser. En plus, je m'appelle Frédérique. C'est vraiment pathétique.
Si vous avez mon âge et que vous n'avez jamais embrassé de garçon ou de fille, ne paniquez pas ! Cette histoire est pour vous et pour tous ceux qui se sentent rejetés des grandes romances.
Il était une fois, donc, moi, une fille normale, qui à onze ans a fait son entrée dans le monde magique et merveilleux de l'adolescence. Boutons, cheveux gras, fringale, kilos en trop, règles douloureuses et envie obsédante d'embrasser un garçon. Au début, j'étais comme les copines. Je m'accrochais aux contes de fées de mon enfance. La robe à paillettes, le prince, la musique, la valse et tout le bazar. J'y croyais à fond. Jusqu'à l'âge de douze ans en tout cas. Après, j'ai commencé à remettre sérieusement en cause ces histoires d'amour prêtes à consommer.
Challenge 6% Rentrée Littéraire 2013
31/36
Challenge Petit Bac 2014
"Objet" (5)
Vents d'Ouest - septembre 1999 - 136 pages
Quatrième de couverture :
Mais, le village ? Les gens ?
Personne ne...
On ne veut pas d'histoires à la Goule !...
Pauvre gamine...
Ici même les corbeaux survolent le village sur le dos pour ne pas voir ce qui s'y passe...
Auteur : Né en 1967, d’origine alsacienne, Christophe Chabouté suit les cours des Beaux-Arts d’Angoulême, puis de Strasbourg. Vents d’Ouest publie ses premières planches en 1993 dans "les Récits", un album collectif sur Arthur Rimbaud. Mais il faut attendre 1998 pour que ce graphiste free-lance se fasse un nom dans la bande dessinée en publiant coup sur coup "Sorcières" aux Editions du Téméraire et "Quelques jours d’été" aux Editions Paquet. Deux albums remarqués et primés, le premier au Festival d’Illzach, le second à Angoulême où Christophe Chabouté décroche l’Alph’Art Coup de Coeur. Avec "Zoé" paru en 1999, Chabouté prouve que son talent a atteint sa pleine maturité, ce qu’il démontre avec encore plus d’évidence dans "Pleine Lune". "Tout seul"(2008), "Terres Neuvas"(2009), "Un peu de bois et d'acier"(2012).
Mon avis : (lu en février 2014)
Voilà une bande dessinée très sombre mais formidablement réussie.
Zoé a passé dix ans en prison. A sa sortie, elle décide d'aller vivre dans le petit village de La Goule où se trouve la maison de sa grand-mère dont elle vient d'hériter. L'accueil dans ce village est plutôt spécial, elle n'est pas vraiment la bienvenue...
Au fil des pages, Chabouté avec son dessin en noir et blanc sait faire monter le malaise et le suspense... Il est question de sorcière, de menaces... Une bande dessinée sombre et angoissante à découvrir !
Extrait :
Déjà lu du même auteur :
Quelques jours d'été / Un îlot de bonheur
Henri Désiré Landru
Un peu de bois et d'acier
Purgatoire, livre 1
Purgatoire, livre 2
Purgatoire, livre 3
Fables amères : De tout petits riens
Challenge Petit Bac 2014
"Prénom" (4)
Vents d'Ouest - septembre 2000 - 118 pages
Quatrième de couverture :
Tu rigoles Edouard, mais j'ai vu
une émission à la télé où ils affirmaient
que la pleine lune a des influences
bizarres sur les gens...
Et ils racontent pas des conneries, à la télé ! ! ...
Des foutaises tout ça ! ! ! Pleine lune
ou pas, moi je vais regarder mon match,
me coucher et roupiller peinard comme toute les nuits...
Auteur : Né en 1967, d’origine alsacienne, Christophe Chabouté suit les cours des Beaux-Arts d’Angoulême, puis de Strasbourg. Vents d’Ouest publie ses premières planches en 1993 dans "les Récits", un album collectif sur Arthur Rimbaud. Mais il faut attendre 1998 pour que ce graphiste free-lance se fasse un nom dans la bande dessinée en publiant coup sur coup "Sorcières" aux Editions du Téméraire et "Quelques jours d’été" aux Editions Paquet. Deux albums remarqués et primés, le premier au Festival d’Illzach, le second à Angoulême où Christophe Chabouté décroche l’Alph’Art Coup de Coeur. Avec "Zoé" paru en 1999, Chabouté prouve que son talent a atteint sa pleine maturité, ce qu’il démontre avec encore plus d’évidence dans "Pleine Lune". "Tout seul"(2008), "Terres Neuvas"(2009), "Un peu de bois et d'acier"(2012).
Mon avis : (lu en février 2014)
Édouard Tolweck travaille au guichet de la sécurité sociale, c'est le beauf dans sa splendeur : raciste, égoïste, mysogine, vulgaire... En résumé un personnage détestable ! Dans la journée, il profite de son petit pouvoir pour humilier les pauvres usagers qui se présentent à son guichet.
Un soir de pleine lune, il a décidé de passer une bonne soirée tranquille chez lui, devant le match de football à la télévision. Mais son chef lui a confié une mission de confiance, apporter une lettre en main propre, pour que l'administration économise un timbre, à quelqu'un habitant à quelques rues de son domicile. Et c'est là que les ennuis vont commencer... Durant la nuit entière, Édouard va fuir des gitans prêts à jouer du couteau, un contrôleur SNCF, une routière, des délinquants drogués, des militaires en pleine manoeuvres, un chasseur ivre mort... Pourquoi tout ce monde lui veut-t-il tant de mal ? Il voudrait bien rentrer chez lui...
Le ton de Chabouté est sombre et grinçant, le personnage d'Edouard est si antipathique que le lecteur ne compatit pas pour ses ennuis. J'ai trouvé la fin de l'histoire inattendue et formidable.
Extrait :
Déjà lu du même auteur :
Quelques jours d'été / Un îlot de bonheur
Henri Désiré Landru
Un peu de bois et d'acier
Purgatoire, livre 1
Purgatoire, livre 2
Purgatoire, livre 3
Fables amères : De tout petits riens
Ecoutez lire - février 2013 - 8h - Lu par Carole Bouquet, Sara Forestier, Jacques Weber et l'auteur
Plon – août 2010 – 301 pages
Folio - mars 2012 - 320 pages
Prix Lire dans le noir 2013
Quatrième de couverture :
Camille vient de perdre sa mère. Parmi les lettres de condoléances, elle découvre un étrange courrier, non signé. Elle croit d’abord à une erreur mais les lettres continuent d’arriver, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés. Peu à peu, Camille comprend qu’elle n’est pas étrangère au terrible secret que cette correspondance renferme.
Dans ce premier roman sur fond de Seconde Guerre mondiale, Hélène Grémillon mêle de main de maître récit historique et suspens psychologique.
Auteur : Après une maîtrise de lettres et un DEA d'histoire, Hélène Grémillon s'est lancée dans le journalisme et la réalisation. Auteur de plusieurs courts-métrages et du clip de la chanson « la Jupe en laine » pour Julien Clerc. Elle a 32 ans. Le Confident est son premier roman.
Mon avis : (écouté en février 2014)
J'ai redécouvert ce roman en version audio avec beaucoup de plaisir. Après le décès de sa mère, Camille découvre parmi les lettres de condoléance reçues une lettre mystérieuse non signée. Au début, elle croit à une erreur mais plusieurs lettres du même genre arrivent jours après jours. Sur fond de Seconde Guerre Mondiale, elles racontent une histoire d'amour, puis de haine entre deux femmes à propos d'un enfant et d'un homme. Ce roman à plusieurs voix dévoile petit un petit l'histoire d'un secret de famille très intelligement construite.
L'histoire est poignante et j'ai beaucoup aimé la redécouvrir grâce aux voix de quatre lecteurs formidables : Hélène Gremillon, Jacques Weber, Sara Forestier et Carole Bouquet.
Extrait : (début du livre)
Un jour, j’ai reçu une lettre, une longue lettre pas signée. C’était un évènement, car dans ma vie je n’ai jamais reçu beaucoup de courrier. Ma boîte aux lettres se bornant à m’annoncer que la-mer-est-chaude ou que la-neige-est-bonne, je ne l’ouvrais pas souvent. Une fois par semaine, deux fois les semaines sombres, où j’attendais d’elles, comme du téléphone, comme de mes trajets dans le métro, comme de fermer les yeux jusqu’à dix puis de les rouvrir, qu’elles bouleversent ma vie.
Et puis ma mère est morte. Alors là, j’ai été comblée, pour bouleverser une vie, la mort d’une mère, on peut difficilement mieux faire.
Je n’avais jamais lu de lettres de condoléances. A la mort de mon père, ma mère m’avait épargné cette funèbre lecture. Elle m’avait seulement montré la convocation à la remise de médaille. Je me souviens encore de cette foutue cérémonie, j’avais treize ans depuis trois jours : un grand type me serre la main, il me sourit mais c’est un rictus que je reçois à la place, il a la gueule de travers et quand il parle, c’est pire.
- Il est infiniment déplorable que la mort ait été l’issue d’un tel acte de bravoure. Votre père, mademoiselle, était un homme courageux.
- Vous dites cette phrase à tous les orphelins de votre guerre ? Vous pensez qu’un sentiment de fierté fera diversion à leur chagrin. C’est très charitable de votre part, mais laissez tomber, je n’ai pas de chagrin. Et puis mon père n’était pas un homme courageux. Même la grande quantité d’alcool qu’il ingurgitait tous les jours ne l’y aidait pas. Alors disons que vous vous trompez d’homme et n’en parlons plus.
- Au risque de vous étonner, je maintiens, mademoiselle Werner, que c’est bien du sergent Werner – votre père – dont je vous parle. Il s’est porté volontaire pour ouvrir la voie, le champ était miné et il se savait. Que vous le vouliez ou non, votre père s’est illustré et vous devez prendre cette médaille.
- Mon père ne s’est pas « illustré », stupide grande gueule de travers, il s’est suicidé et il faut que vous le disiez à ma mère. Je ne veux pas être la seule à le savoir, je veux pouvoir en parler avec elle et avec Pierre aussi. Le suicide d’un père, ça ne peut pas être un secret.
Je m’invente souvent des conversations pour dire les choses que je pense, c’est trop tard, mais ça me soulage. En vrai, je ne suis pas allée à cette cérémonie pour la mémoire des soldats de la guerre d’Indochine et, en vrai, je l’ai dit une seule fois ailleurs que dans ma tête que mon père s’est suicidé, c’était à ma mère, dans la cuisine, un samedi.
Déjà lu du même auteur :
Lu en partenariat avec J'ai Lu
J'ai Lu - janvier 2014 - 288 pages
Quatrième de couverture :
A 50 ans, Bernard se voyait bien parti pour mener la même vie tranquille jusqu'à la fin de ses jours. Mais parfois l'existence réserve des surprises... De catastrophe en loi des séries, l'effet domino peut balayer en un clin d oeil le château de cartes de nos certitudes. Et le moins que l'on puisse dire est que cet homme ordinaire, sympathique au demeurant, n'était pas armé pour affronter ce qui l'attendait.
Buster Keaton post-moderne, il va devoir traverser ce roman drôle et mélancolique pour tenter de retrouver sa place dans un monde en crise.
Auteur : David Foenkinos est l'auteur de plusieurs romans à succès, notamment Le potentiel érotique de ma femme, prix Roger Nimier 2004, En cas de bonheur et Les souvenirs. Il a réalisé avec son frère Stéphane Foenkinos une adaptation cinématographique de son roman La délicatesse, avec Audrey Tautou et François Damiens. Ses romans sont traduits dans près de quarante langues.
Mon avis : (lu en février 2014)
Bernard a 50 ans, marié avec Nathalie, une fille âgée de 20 ans Alice. Il travaille comme conseiller financier à la BNP. Il est heureux dans cette vie tranquille. Et voilà que tout se grippe... Au travail, Bernard est obligé de travailler au guichet, perturbé par cette humiliation ce même soir, il oublie l'anniversaire de sa femme... Et les catastrophes s'abattent peu à peu sur ce pauvre Bernard, à tel point qu'il se voit obliger de retourner vivre chez ses parents âgés de quatre-vingt ans... Comment Bernard va-t-il pouvoir remonter la pente ?
J'ai lu sans déplaisir ce nouveau livre de David Foenkinos, mais sans plus. J'ai trouvé l'intrigue sans surprise, la cohabitation parents enfant âgé de 50 ans est assez bien décrite, quelques situations m'ont fait sourire.
Merci Mathilde et les éditions J'ai Lu pour m'avoir permis de découvrir ce roman et passer un bon moment de lecture.
Extrait : (début du livre)
Un jour, mes parents ont eu l’étrange idée de faire un enfant : moi.
Je ne suis pas certain de saisir leurs motivations. Il est d’ailleurs possible qu’ils ne les connaissent pas eux- mêmes. Peut-être ont- ils fait un enfant un peu pour faire comme tout le monde. Je ressens encore en moi les vibrations de mes premières années, où j’étais assis au milieu du salon comme une improbable boule humaine. Mes parents me touchaient du bout des doigts, et m’embrassaient du bout des lèvres. Il y avait comme une distance de sécurité entre nous, on aurait dit qu’ils avaient peur de m’aimer. Peur d’attraper une sorte de maladie dont on ne pourrait pas se défaire. Qui sait ? Ils pourraient être contaminés par la douceur, et propulsés dans l’envie de faire un autre enfant.
J’en rajoute sûrement un peu. C’est toujours le cas, non ? Je n’ai jamais rencontré quiconque qui soit capable de parler de ses parents de manière posée, honnête et juste. Ce que j’analyse comme de la distance est sûrement leur façon de m’aimer.
Car ils m’aiment. Je ne possède pas le dictionnaire qui me permettrait de comprendre leur affection, mais je sens bien que cette affection existe. Ce n’est pas forcément concret. On se téléphone de temps à autre, on ne se dit pratiquement rien. On
survole les sujets de manière indolore, et c’est justement dans ces conversations vides que je puise une forme de tendresse. On n’a pas toujours besoin de mots. Nous nous aimons comme des mollusques doivent s’aimer. Et je crois que cela me convient plutôt bien. J’ai probablement renoncé à l’ambition d’être aimé par mes parents comme je le souhaiterais. De toute façon, et quoi que nous fassions, nous ne serons jamais rassasiés en amour.
D’emblée, notre histoire a mal commencé : ils ont décidé de m’appeler Bernard. Enfin, c’est un prénom sympathique. Au cours de ma vie, j’ai croisé quelques spécimens bernardiens, et j’en conserve plutôt un bon souvenir. Avec un Bernard, on peut passer une bonne soirée. Le Bernard impose une sorte de familiarité tacite, pour ne pas dire immédiate. On n’a pas peur de taper dans le dos d’un Bernard. Je pourrais me réjouir de porter un prénom qui est une véritable propagande pour se faire des amis. Mais non. Avec le temps, j’ai saisi la dimension sournoise de mon prénom ; il contient la possibilité du précipice. Comment dire ? En somme, je ne trouve pas que ce soit un prénom gagnant. Dans cette identité qui est la mienne, j’ai toujours ressenti le compte à rebours de l’échec. Certains prénoms sont comme la bande- annonce du destin de ceux qui les portent. À la limite, Bernard pouvait être un film comique. En tout cas, avec un tel prénom, je n’allais pas révolutionner l’humanité.

Soleil Productions - novembre 2012 - 116 pages
Soleil Productions - novembre 2013 - 360 pages (La Trilogie)
Quatrième de couverture :
Sur les bords de l'estuaire de la Gironde, une variété de crabes - le Cancer Simplicimus Vulgaris ou crabe carré - est victime d'un caprice de l'évolution : elle ne peut changer de direction, et est condamnée à marcher toute sa vie selon une même ligne droite ! Mais un jour... trois d'entre eux - Soleil, Bateau et Guitare - vont réaliser qu'ils peuvent modifier le cours des choses et... tourner ! Ainsi naissent deux clans : les rigides (qui marchent tout droit) et les tourneurs (qui changent de direction). L'issue de cette bataille ne laisserait aucun doute quant à la victoire idéologique et stratégique des tourneurs, si le clan des rigides ne bénéficiait pas du soutien des autres espèces de la faune maritime qui se sentent menacées. Une tragédie qui se déroule sous la caméra de deux reporters - Dominique et Raymond - encore loin d'imaginer ce qui les attend... Lutte invétérée, origines révélées, marée noire, reste-t-il un espoir aux crabes carrés, espèce en voie de disparition ?
Auteur : Arthur de Pins est un dessinateur et auteur de bande dessinée français, né en 1977 en Bretagne. Il est publié dans plusieurs magazines, dont Max et Fluide glacial. Il a également participé à de nombreuses publicités (pour la Fnac, Carrefour ou encore Nutella) ainsi qu'à des courts-métrages tels que le programme Kézaco ? en 2007. Il créa aussi une série animée intitulée Magic diffusée sur France 3 et Disney Channel.
Mon avis : (lu en janvier 2014)
Voilà le dernier épisode de cette trilogie originale que j'ai beaucoup aimé. Voilà l'heure de la révolution !
Dans ce troisième tome, nous retrouvons les survivants des deux clans les « tourneurs » (qui changent de direction) et « les rigides » (qui continuent de marcher tout droit). Il va de soi que ce sont les crabes qui ont évolués qui prennent le pouvoir mais attention une évolution trop rapide peut être dangereuse...
J'ai lu ce troisième et dernier tome dans l'album "La Trilogie" et j'ai été surprise par quelques changements de couleurs ou de contraste entre les albums "solo" et l'album "trilogie". J'ai trouvé le scénario de cet album moins réussi mais les crabes sont si attachants que j'ai été, malgré tout, contente de les retrouver...
En bonus dans cet album "trilogie", un making off de la série avec des croquis, des photos de préparation et même un sujet de devoir de mathématique inspiré par la "Marche du crabe"...
Extrait :
Challenge Petit Bac 2014
"Animaux" (1)
Déjà lu du même auteur :
La Marche du crabe, tome 1 : La Condition des crabes
La Marche du crabe, tome 2 : L'Empire des crabes - Arthur de Pins
Lu dans le cadre du Challenge
"Ecoutons un livre"

Ecoutez Lire - février 2012 - 5 h - Lu par Isabelle Carré
Gallimard - août 2011 – 208 pages
A Vue d'Oeil - février 2012 - 322 pages
Folio - février 2013 - 240 pages
Prix Goncourt des Lycéens 2011
Quatrième de couverture :
En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire « oui » : elle veut s'offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe...
Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et ce souffle l'entraînera jusqu'en Terre sainte.
Carole Martinez donne ici libre cours à la puissance poétique de son imagination et nous fait vivre une expérience à la fois mystique et charnelle, à la lisière du songe.
Auteur : Carole Martinez, née en 1966, a été comédienne avant de devenir enseignante. Son premier roman, Le cœur cousu (2007) a connu un grand succès de librairie et a reçu de nombreux prix littéraires, dont le prix Renaudot des lycéens et le prix Ouest-France Étonnants Voyageurs.
Mon avis : (écouté en janvier 2014)
Voilà un livre que j'ai beaucoup aimé en version papier, je suis donc ravie de le relire en version audio avec comme lectrice Isabelle Carré, une actrice que j'aime beaucoup.
Une histoire originale qui nous entraîne au Moyen-Age. Plutôt que d'épouser l'homme que son père a choisi pour elle, Esclarmonde, 15 ans, préfère s'offrir à Dieu et être emmurée dans une petite cellule avec seulement une petite ouverture sur le monde l'extérieur.
Cette vie de recluse est pleine de rebondissements inattendus. Un destin émouvant
C'est l'occasion pour l'auteur de traiter les thèmes de la religion, des croyances et superstitions, mais aussi des relations entre père et fille, de l'amour maternel...
Ce conte médiéval est admirablement lu par Isabelle Carré qui arrive à sublimer toute la poésie du texte.
Belle redécouverte !
Extrait : (page 17)
Je suis l'ombre qui cause.
Je suis celle qui s'est volontairement clôturée pour tenter d'exister.
Je suis la vierge des Murmures.
A toi qui peux entendre, je veux parler la première, dire mon siècle, dire mes rêves, dire l'espoir des emmurées.
En cet an 1187, Esclarmonde, Damoiselle des Murmures,
prend le party de vivre en recluse à Hautepierre, enfermée
jusqu'à sa mort dans la petite cellule scellée aménagée pour elle
par son père contre les murs de la Chapelle qu'il a bâtie sur
ses terres en l'honneur de sainte Agnès, morte en martyre à
treize ans de n'avoir pas accepté d'autres époux que le Christ.
J'ai tenté d'acquérir la force spirituelle, j'ai rêvé de ne plus être qu'une prière et d'observer mon temps à travers un judas, ouverture grillée par où l'on m'a passé ma pitance durant des années. Cette bouche de pierre est devenue la mienne, mon unique orifice. C'est grâce à elle que j'ai pu parler enfin, murmurer à l'oreille des hommes et les pousser à faire ce que jamais mes lèvres n'auraient pu obtenir, même dans le plus doux des baisers.
Ma bouche de pierre m'a offert la puissance de la sainte. J'ai soufflé ma volonté depuis la fenestrelle et mon souffle a parcouru le monde jusqu'au portes de Jérusalem. Mes yeux, dans la tombe entrouverte, ont suivi les croisés en route vers Saint-Jean-d'Acre, jadis nommée Ptolémaïs.
Mais ma voix a déplu, on me l'a arrachée. Et les phrases avalées, les mots mort-nés m'étouffent. La foule des peines souterraines me tourmente.
Déjà lu de cette auteur :
Le cœur cousu
Du domaine des murmures
Challenge Petit Bac 2014
"Bâtiment" (1)
Actes Sud Junior - mars 2013 - 272 pages
Quatrième de couverture :
"Je ne veux pas me morfondre dans mon coin en maudissant le sort. Je n'aime pas ce rôle. Je vais donc continuer à me battre. Voilà mon identité : lutter. Mon identité, c'est de persévérer, non pas d'être un garçon ou une fille. Je suis moi. Et moi, je me bats. Ça ne me gêne pas de mourir. Mais seulement quand j'aurais tout tenté."
Elle vit comme un garçon, s’habille comme un garçon et passe, aux yeux de tous, pour un garçon.
C’est une bacha posh : une de ces filles élevées comme des fils dans les familles afghanes qui n’en ont pas.
À la puberté, elle doit redevenir une jeune femme. Mais quand on a goûté à l’action et à la liberté, comment y renoncer ?
Auteur : Normalienne et agrégée de lettres modernes, Charlotte Erlih a enseigné les arts du spectacle à l'université de Nanterre, avant de se consacrer à l'écriture et à la réalisation. Elle a cosigné avec Coline Serreau L'Académie Fratellini - Le cirque de plain-pied (2008). Bacha Posh est son premier roman.
Mon avis : (lu en décembre 2013)
Je ne connaissais pas les "bacha posh" avant un "Café Lecture" de la bibliothèque, où Chantal nous avait conseillé de découvrir le livre "Je suis une bacha posh" - Ukmina Manoori sur le sujet. Je n'ai pas encore eu l'occasion de l'emprunter, mais lorsque j'ai découvert ce livre destiné aux adolescents, j'ai eu très envie de le découvrir.
En Afghanistan, dans les familles où il n'y a pas de garçon, l'une des filles est déguisée et élevée comme un garçon, c'est une bacha posh.
Dans cette histoire, Farrukh (Farrukhzad) est barreur dans une équipe d'avirons. Avec ses camarades, ils espèrent participer aux JO. Le groupe ignore que leur barreur est une jeune fille. Mais bientôt, Farrukh va devoir redevenir Farrukzhad et après avoir goûté à la liberté, elle se retrouve plongée dans un monde de servitude, où la place de la femme est très différente de celle de l'homme... Comment va-t-elle réagir ?
A travers cette histoire, le lecteur découvre vraiment la vie en Afghanistan, la place de la femme, celle de l'homme et surtout cette coutume très étonnante des "bacha posh" dans ce pays musulman...
Extrait : (début du livre)
Huit longues rames de bois fendent la surface lisse du lac Kargah, progressent sous l'eau, ressortent ruisselantes et replongent dans l'étendue bleue. Les pieds poussent sur les planches, les fesses reculent sur les sièges, les jambes se tendent, les bras se rapprochent du torse. Le tout, abdominaux serrés et torse gainé pour conserver le dos droit. D'un coup, les poignets s'abaissent et pivotent : les rames se retrouvent parallèles au lac, l'embarcation atteint son pic de vitesse. Les rameurs regagnent leur position initiale - les fesses coulissent vers l'avant, les jambes se replient, les bras s'éloignent du torse. Une rotation ultime des poignets, et les pelles, perpendiculaires au lac, en tranchent à nouveau la surface.
Les huit adolescents sont assis les uns derrière les autres. Sohrab, la "nage" du bateau impulse le rythme et montre l'exemple au reste de l'équipe. Derrière lui, Rustam lui sert de relais. Les quatre suivants - les jumeaux Kochai et Batoor, Amjad et Samandar - sont les moteurs du bateau, les plus puissants. Aux dernières places, Turan et Bijan tentent de maintenir l'équilibre, profitant de leur vision d'ensemble pour rectifier les fautes des uns et des autres. Le moindre à-coup, le moindre frôlement de l'eau avec l'extrémité d'une pelle, la moindre asymétrie dans la hauteur des rames, et la progression du 8 est menacée. Ralentissement, déviation, l'erreur de l'un met les autres en danger.
Pour orchestrer le ballet des garçons : un barreur, assis face à eux. Farrukh. Il dirige l'embarcation, donne la cadence, motive ses troupes. Portés par son enthousiasme, les rameurs s'entraînent comme des forcenés, égrenant les séances de travail comme les perles d'un misbaha*, luttant avec acharnement pour dompter leurs corps, éduquer leurs muscles, maîtriser chaque fraction de leur mouvement.
Des heures d'efforts arides, illuminées par des instants d'une joie quasi mystique lorsqu'ils réussissent à se synchroniser. Alors, ils entrent en communion avec le bateau, les rames deviennent des prolongements d'eux-mêmes, ils ne font plus qu'un avec leurs coéquipiers.
Dans cette union des corps et des esprits réside le plus grand plaisir de l'aviron. Les différences entre les êtres s'estompent, les conflits se dissipent. Le temps d'un instant, il n'y a plus Farrukh, Sohrab, Rustam, Kochai, Batoor, Amjad, Samandar, Turan et Bijan embarqués sur un bateau, mais un seul être hybride, fait moitié de bois, moitié de chair.
- On s'arrête ! lance Farrukh. Retour au port ! Les rameurs poussent un soupir de soulagement.
- Pas de relâchement ! Kochai, ta pelle ! Elle est trop basse. Allez, on s'applique jusqu'au bout. Batoor, tu presses !
Les garçons tentent de se ressaisir.
- C'est bien, puisez dans vos réserves, donnez tout ! C'est la dernière fois qu'on est sur ce bateau. Demain, tout sera différent ! On pourra enfin se concentrer sur l'essentiel, mettre notre énergie au bon endroit, avoir les mêmes chances que tout le monde, et à nous les Jeux olympiques !
*Chapelet

Je participe au rendez-vous d'Enna du 11/11 à 11h11...
Jour férié pour la plupart...
Pour ma part, c'était l'heure de préparer le déjeuner, dernier repas en famille du week-end.
C'est une bonne occasion pour réaliser un bon dessert...
... des moelleux au chocolat
et une heure plus tard,
le résultat dans l'assiette...
Vents d'Ouest - mars 2010 - 104 pages
Quatrième de couverture :
... Incidents dérisoires, broutilles ordinaires, terribles futilités...
Auteur : Né en 1967, d’origine alsacienne, Christophe Chabouté suit les cours des Beaux-Arts d’Angoulême, puis de Strasbourg. Vents d’Ouest publie ses premières planches en 1993 dans "les Récits", un album collectif sur Arthur Rimbaud. Mais il faut attendre 1998 pour que ce graphiste free-lance se fasse un nom dans la bande dessinée en publiant coup sur coup "Sorcières" aux Editions du Téméraire et "Quelques jours d’été" aux Editions Paquet. Deux albums remarqués et primés, le premier au Festival d’Illzach, le second à Angoulême où Christophe Chabouté décroche l’Alph’Art Coup de Coeur. Avec "Zoé" paru en 1999, Chabouté prouve que son talent a atteint sa pleine maturité, ce qu’il démontre avec encore plus d’évidence dans "Pleine Lune". "Tout seul"(2008), "Terres Neuvas"(2009), "Un peu de bois et d'acier"(2012).
Mon avis : (lu en décembre 2013)
Dans cet album, Chabouté raconte onze petites histoires du quotidien : une grasse matinée, à la caisse d'un supermarché, dans le métro à l'heure de pointe, une petite fille trop bavarde dans un avion... Des situations banales que nous connaissons tous. Le dessin décrit avec beaucoup de force ces instants de vie, il y a très peu de mots et la conclusion est soit cruelle, décalée, poignante ou violente.
Ce n'est pas une bande dessinée qui nous donne envie de rire ou sourire, mais qui nous interroge sur nos comportements vis à vis de nos prochains, qui nous fait réfléchir. A découvrir !
Extrait : (début de l'album)
Déjà lu du même auteur :
Quelques jours d'été / Un îlot de bonheur
Henri Désiré Landru
Un peu de bois et d'acier
Lu en partenariat avec Livraddict et les éditions Stock
Stock - octobre 2013 - 456 pages
traduit de l'anglais (Australie) par Anne Wicke
Titre original : The Light Between Oceans, 2012
Quatrième de couverture :
Libéré de l’horreur des tranchées où il a combattu, Tom Sherbourne, de retour en Australie, devient gardien de phare sur l’île de Janus, une île sur les Lights, sauvage et reculée. À l’abri du tumulte du monde, il coule des jours heureux avec sa femme Isabel ; un bonheur peu à peu contrarié par l’impossibilité d’avoir un enfant.
Jusqu’à ce jour d’avril où un dinghy vient s’abîmer sur le rivage, abritant à son bord le cadavre d’un homme et un bébé sain et sauf. Isabel demande à Tom d’ignorer le règlement, de ne pas signaler « l’incident » et de garder avec eux l’enfant. Une décision aux conséquences dévastatrices…
Un premier roman plébiscité dans le monde entier qui interroge les liens du coeur et du sang.
Auteur : M. L. Stedman est née en Australie et vit désormais à Londres. Une vie entre deux océans est son premier roman, plébiscité dans le monde entier.
Mon avis : (lu en janvier 2014)
J'ai tout de suite été attirée par la couverture de ce livre, car j'ai toujours été fascinée par les phares...
Fin 1918, de retour d'Europe après avoir combattu dans les tranchées, Tom Sherbourne, revient en Australie pour devenir gardien de phare. Rescapé de la guerre, il n'aspire qu'à se reconstruire grâce à ce nouveau travail. Il est envoyé sur Janus Rock,une île battue par les vents, située à des milliers kilomètres au large de la côte Ouest de l'Australie, avec son phare, la lumière entre les deux océans. L'île est seulement relié au continent quatre fois par an, par un navire ravitailleur. Lors de quelques jours de congés dans la ville la plus proche, Partageuse, Tom va faire la rencontre d'Isabel qui deviendra assez vite sa femme. Tous deux vont passer un premier séjour de trois ans sur l'île, ils sont heureux et aspirent à un avenir rempli de bonheur. Mais le 27 avril 1926, une petite embarcation vient s'échouer sur l'île avec à son bord un homme mort et un nouveau-né. Isabel, ayant déjà perdu plusieurs bébés, demande à Tom de garder l'enfant sans informer les autorités. Par amour pour sa femme, Tom accepte de ne rien consigner sur le livre de bord et cette décision va être lourde de conséquence...
Tom et Isabel sont deux personnages attachants qui pensent bien faire lorsqu’ils accueillent Lucy comme leur propre bébé. Les premières années auprès du phare de Janus sont idylliques. Mais la suite des événements est déchirante et cruelle pour la petite Lucy...
Je ne veux pas en dire plus car ce livre est construit comme une tragédie classique, avec ses confrontations, ses rebondissements... L'auteur arrive à tenir jusqu'au bout le lecteur en haleine.
J’ai beaucoup aimé toute la partie sur l’île de Janus Rock. Même si la vie y est rude du point de vue météorologique, les descriptions précises et évocatrices des lieux m’ont permis de m’imaginer avec délice là-bas. J’ai également cherché sans succès plus d’information sur cette île et découvert que l’auteur l’avait imaginé...
Tom est un personnage très intéressant, les raisons de son départ pour Première Guerre Mondiale seront dévoilées au cours de l’intrigue. Il est partagé entre son devoir et l’amour qu’il porte à sa femme. Lorsqu’il a accepté de ne rien dire, il n’imaginait pas les conséquences de ce silence pour l’enfant, sa femme et lui-même. Il est prêt à assumer seul ce geste pour protéger sa femme.
J’ai trouvé très intéressant l’évocation historique de l’après Première Guerre Mondiale car nous oublions souvent que de nombreux soldats Australiens y ont participé.
C'est un très beau roman sur l'histoire d'un couple, sur le désir d’enfant, sur les liens du sang...
J’ai choisi ce roman pour le présenter au Café Lecture mensuel auquel je participe à la Bibliothèque.
Merci à Livraddict et aux éditions Stock pour m'avoir permis de découvrir ce livre venu du bout du monde.

"Géographie" (2)
Lu dans le cadre du Challenge
"Ecoutons un livre"


Audiolib - octobre 2010 - 2 heures - lu par Edouard Baer
Livre de Poche - janvier 2013 - 128 pages
Livre de Poche Jeunesse - avril 2013 - 128 pages
Folio bilingue - octobre 2013 - 192 pages
Fernand Nathan - octobre 2013 - 131 pages
Thélème - mars 2010 - Lu par Jacques Weber
Livre de Poche -
traduit de l'allemand par Jacqueline Des Gouttes, révisée par Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent
Titre original : Schachnovelle, 1943
Quatrième de couverture :
Qui est cet inconnu capable d'en remontrer au grand Czentovic, le champion mondial des échecs, véritable prodige aussi fruste qu'antipathique ? Peut-on croire, comme il l'affirme, qu'il n'a pas joué depuis plus de vingt ans ?
Les circonstances dans lesquelles l'homme a acquis sa science du jeu sont terribles. Elles renvoient aux expérimentations nazies sur les effets de l'isolement absolu, lorsque, aux frontières de la folie, le cerveau humain parvient à déployer ses facultés les plus étranges.
Dans cette fable inquiétante parue parue en 1943, un an après son suicide, Zweig porte un regard désespéré sur une époque qui ne laisse comme alternative que la démence ou la mort.
Edouard Baer donne toute sa dimension à ce grand texte où l’angoisse est sans cesse à fleur de mots.
Auteur : Stefan Zweig est né en 1881 à Vienne, d’un père juif, riche industriel, et d’une mère issue d’une famille de banquiers italiens. Il étudie la philosophie, et l’histoire de la littérature. A l’âge de vingt-trois ans, il est reçu docteur en philosophie. Pacifiste et humaniste convaincu, sa vie est bouleversée par l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Il s’installe alors à Londres. En 1941, il fuit cette fois l’Europe pour le Brésil, où il espère trouver la paix de l’esprit. Mais en février 1942, il se donne la mort en compagnie de son épouse.
Lecteur : Comédien, auteur, metteur en scène, Edouard Baer marque ses succès de sa personnalité aux facettes changeantes, drôle, lunaire, féroce ou tendre. Sa lecture de Pedigree de Patrick Modiano, toute de finesse et d’émotion retenue, le place premier plan des très grandes voix françaises.
Mon avis : (lu en janvier 2014)
« Le joueur d'échecs » est la dernière nouvelle écrite par Stefan Zweig avant son suicide et publiée à titre posthume.
Sur un paquebot qui vogue vers l'Argentine, le narrateur croise Mirko Czentovic, le champion du monde d'échecs. Ce dernier est atypique, il est très doué pour les échecs, mais antipathique, inculte et assez prétentieux... Le narrateur, curieux de mieux connaitre Czentovic, il va tenter de nombreux stratagèmes pour obtenir une partie d'échecs avec lui. Alors qu'il est en train de se faire battre un mystérieux M.B vient à son secours et le jeu s'achève sur partie nulle. Le narrateur va alors s'intéresser à son sauveur, âgé d'une quarantaine d'années, humble et sympathique, celui-ci lui raconte longuement dans quelle circonstance terrible, il s'est mis aux échecs.
Mirko Czentovic et M.B vont faire une partie d'échecs qui va dévoiler au lecteur le caractère de chacun des deux joueurs que beaucoup de choses opposent...
Une courte histoire captivante, fascinante, mais aussi terrifiante.
Je n'aime pas particulièrement les intonations de la voix d'Edouard Baer et je n'ai pas été sensible à son ton durant le début de la nouvelle mais je reconnais que son énergie dans la lecture de la seconde partie m'a fait changer d'avis.

Extrait : (début du livre)
Sur le grand paquebot qui à minuit devait quitter New York à destination de Buenos-Aires, régnait le va-et-vient habituel du dernier moment. Les passagers embarquaient, escortés d’une foule d’amis ; des porteurs de télégrammes, la casquette sur l’oreille, jetaient des noms à travers les salons ; on amenait des malles et des fleurs, des enfants curieux couraient du haut en bas du navire, pendant que l’orchestre accompagnait imperturbablement ce grand spectacle, sur le pont. Un peu à l’écart du mouvement, je m’entretenais avec un ami, sur le pont-promenade, lorsque deux ou trois éclairs jaillirent tout près de nous – apparemment, un personnage de marque que les reporters interviewaient et photographiaient encore, juste avant le départ. Mon compagnon regarda dans cette direction et sourit : « Vous avez à bord un oiseau rare : Czentovic. » Et, comme je n’avais pas vraiment l’air de comprendre ce qu’il voulait dire, il ajouta en guise d’explication : « Mirko Czentovic, le champion mondial des échecs. Il a traversé les États-Unis d’est en ouest, sortant vainqueur de tous les tournois, et maintenant il s’en va cueillir de nouveaux lauriers en Argentine. »
Je me souvins alors de ce jeune champion et de quelques particularités de sa fulgurante carrière. Mon ami, qui lisait les journaux mieux que moi, compléta mes souvenirs d’une quantité d’anecdotes.
Il y avait environ un an, Czentovic était devenu tout d’un coup l’égal des maîtres les plus célèbres de l’échiquier, comme Aljechin, Capablanca, Tartakower, Lasker ou Bogoljubow. Depuis qu’en 1922 Rzecewski, le jeune prodige de sept ans, s’était distingué au tournoi de New York, on n’avait vu personne d’aussi obscur attirer avec autant d’éclat l’attention du monde sur l’illustre confrérie des joueurs d’échecs. Car les facultés intellectuelles de Czentovic n’eussent permis en aucune façon de lui prédire un brillant avenir. D’abord tenu secret, le bruit courut bientôt que ce champion était incapable en privé d’écrire une phrase, même dans sa propre langue, sans faire des fautes d’orthographe, et que, selon la raillerie d’un partenaire rageur, « son inculture dans tous les domaines était universelle ». Czentovic était le fils d’un misérable batelier slave du Danube, dont la toute petite embarcation fut coulée une nuit par un vapeur chargé de blé. Son père mourut ; l’enfant qui avait alors douze ans, fut recueilli par le charitable curé de son village et l’excellent prêtre s’efforça honnêtement de faire répéter à ce garçon au large front, apathique et taciturne, les leçons qu’il n’arrivait pas à retenir à l’école. Mais ses tentatives demeurèrent vaines. Mirko fixait d’un oeil vide les caractères d’écriture qu’on lui avait déjà expliqués cent fois ; son cerveau fonctionnant avec effort était impuissant à assimiler, même les notions les plus élémentaires. À quatorze ans, il s’aidait encore de ses doigts pour compter et quelques années après, il ne lisait encore un livre ou un journal qu’au prix des plus grands efforts. On n’eût pu dire cependant qu’il y mettait de la mauvaise volonté ou de l’entêtement. Il faisait avec docilité ce qu’on lui ordonnait, portait l’eau, fendait le bois, travaillait aux champs, nettoyait la cuisine ; bref, il rendait consciencieusement, bien qu’avec une lenteur exaspérante, tous les services qu’on lui demandait. Mais ce qui chagrinait surtout le bon curé, c’était l’indifférence totale de son bizarre protégé. Il n’entreprenait rien de son propre chef, ne posait jamais une question, ne jouait pas avec les garçons de son âge et ne s’occupait jamais spontanément, si on ne lui demandait rien ; sitôt sa besogne finie, on voyait Mirko s’asseoir quelque part dans la chambre, avec cet air absent et vague des moutons au pâturage, sans prendre le moindre intérêt à ce qui se passait autour de lui. Le soir, le curé allumant sa longue pipe rustique, faisait avec le maréchal des logis ses trois parties d’échecs quotidiennes. L’adolescent approchait alors de la table sa tignasse blonde et fixait en silence l’échiquier, avec des yeux qu’on croyait endormis et indifférents sous leurs lourdes paupières.
Challenge Petit Bac 2014
"Objet" (2)
Edition Thierry Magnier - août 2013 - 91 pages
Présentation éditeur :
Elle a 17 ans, le bac en poche, l’université l’attend, la liberté aussi dans sa chambre d'étudiante loin de ses parents. Le roman commence dans la chambre de l’homme, la chambre, où elle va devenir une femme amoureuse, épanouie. Avec lui, elle va grandir. Elle va aussi exorciser les démons de l’enfance qui jusqu’à présent l’empêchaient de devenir une femme.
Ce roman signe le retour de Jeanne Benameur dans notre catalogue avec un texte puissant et personnel. Une ode à la liberté, à l’amour, à la sensualité.
Auteur : Née 1952, en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, Jeanne Benameur vit en France depuis l'âge de 5 ans. Elle débute sa carrière d'écrivain avec des livres de jeunesse comme 'Samira des quatre routes' ou 'Adil coeur rebelle', avant d'ouvrir son registre à la littérature pour adulte. Lauréate du prix Unicef en 2001, Jeanne Benameur se distingue sur la scène littéraire avec 'Les Demeurées', l'histoire d'une femme illettrée et de sa fille. Directrice de collection chez Actes Sud junior ainsi qu'aux éditions Thierry Magnier, l'auteur publie son autobiographie, 'Ça t'apprendra à vivre' en 1998. Influencée par ses origines culturelles, Jeanne Benameur s'inspire aussi de son expérience d'enseignante pour évoquer les thèmes de l'enfance (' Présent ?') mais aussi de la sensation et du corps (' Laver les ombres') dans un style pudique et délicat. Elle publie aussi 'Les Mains libres'.
Mon avis : (lu en décembre 2013)
Ce roman très court mais puissant et fort, écrit comme un journal intime, il nous raconte l'histoire de l'éveil d'un corps à la sensualité et à l'amour mais pas seulement...
Fin des années 60, Judith a 17 ans, elle vient d'entrer à l'université. Elle a quitté sa famille pour vivre seule, libre dans sa petite chambre. Et voilà, qu'une voix la bouleverse, celle d'Alain. Dans un amphi, Alain parle politique. Il va l'aimer, lui permettre de sortir de l'enfance, de devenir une femme amoureuse et de s'épanouir dans sa vie. Elle va apprendre à penser par elle-même...
Judith se cherche, elle fait entrer le lecteur dans ses pensées, elle cherche à exorciser des secrets de l'enfance, elle a soif de liberté et de savoir...
Jeannne Benameur nous enchante avec une magnifique écriture pleine de poésie et de sensibilité. Un roman bouleversant et émouvant pour des adultes et des grands adolescents (plus de 16 ans).
Autres avis : Noukette, Radicale, Jérôme, Leiloona
Extrait : (début du livre)
Je suis nue.
Lui aussi. Tout près de moi.
La tête sur son coude replié il me regarde.
Tout à l’heure il a enlevé ses petites lunettes rondes cerclées de métal et j’ai aimé voir ses yeux. Son vrai regard. Comme si les yeux aussi pouvaient être nus. Tout son visage offert.
J’ai pris son visage dans mes mains et je me suis sentie transportée d’amour. Pour ce visage, ce corps, l’odeur de sa peau, son épaule. Lui. Tout lui. Complètement présent pour moi. Rien que pour moi.
J’en avais tellement rêvé. Et je pensais tellement que c’était impossible.
C’est en l’écoutant que ça a eu lieu. Dans un amphi plein à craquer à la fac. C’est par sa voix par ses mots que c’est arrivé. Ce qui ne m’était jamais arrivé. Jamais. Au micro il parlait de grève de lutte et moi j’ai eu l’image de ce garçon nu contre moi et je l’ai voulu.
Ma peau contre sa peau.
Tout son corps contre le mien.
Moi qui à dix sept ans n’arrivait toujours pas à éprouver quoi que ce soit de ce côtélà.
J’ai eu cette envie si forte que j’en ai été arrachée à tout le reste. Plus de pensée. Plus rien. Juste l’envie, comme une falaise brute face à la mer. Tout l’océan devant moi. Immense. J’ai découvert cet horizon-là et tout mon corps c’est devenu un galet, plus aucune petite place à l’intérieur pour quoi que ce soit d’autre, tout serré, compact, prêt à être roulé par les vagues, altéré par le sel, blanchi. Prêt à tout. J’ai été totalement, absolument pleine de ce désir-là. Et rien n’aurait pu m’arrêter.
Déjà lu du même auteur :
Les Demeurées
Les Mains libres
Ça t'apprendra à vivre
Laver les ombres
Si même les arbres meurent
Présent ?
Les insurrections singulières
Profanes
Challenge Petit Bac 2014
"Cercle familiale" (1)
Je participe au rendez-vous d'Enna du 10/10 à 10h10...
Comme beaucoup d'entre nous, j'étais au travail...
J'aurais pu faire presque la même photo que le 4/4... devant mes deux écrans...

depuis, mon fond d'écran a un peu changé... mon bureau n'est pas mieux rangé !

ou alors faire la photo de mes deux claviers...
Finalement, j'ai décidé de prendre en photo la vue que j'ai de ma fenêtre...
Un hôpital, un peu de verdure... et le ciel, à 10h10, il était gris avec un soupçon de bleu !
Fluide glacial - novembre 2008 - 44 pages
Quatrième de couverture :
- "Haaah ! Papy il a mis la clim et il pollue la planèèèèète !"
- "Papyyyy il pollue ! Papyyy il pollue !"
Auteur : Cyril Pedrosa est né en 1972. Lecteur assidu de Mickey Parade et Astérix, il décide à six ans d'être dessinateur de bande dessinée. Ses parents sont ravis mais lui suggèrent de poursuivre un peu ses études. Presque trente ans plus tard, il aime toujours écrire des histoires et les dessiner. Parallèlement à sa collaboration fidèle et fructueuse avec David Chauvel (Ring Circus), Trois ombres est, après Les Cœurs solitaires (éditions Dupuis), le deuxième livre seul en piste de Cyril : la recherche d'une expression plus personnelle qu'il compte bien continuer à explorer...
Mon avis : (lu en octobre 2013)
Voilà une BD que j'ai emprunté par hasard à la Bibliothèque. Elle raconte des tranches de vie de l'auteur à propos du bio, des convictions écolos et des contradictions auxquelles ont peut être confrontées en voulant suivre ou non les préceptes de l'écologie... C'est plutôt réussi, assez satirique et amusant.
Je regrette néanmoins que les pages de cet album ne soient pas numérotés... comme je n'ai pas lu cette BD d'une traite, pas facile de s'y retrouver...
J'ai vu qu'il existe un deuxième tome et je le lirai volontiers si je le trouve à la Bibliothèque...
Extrait :
Déjà lu du même auteur :

Voici quelques livres d'auteurs d'Afrique du Sud
ou dont les histoires se déroulent en Afrique du Sud

Pleure, ô pays bien-aimé – Alan Paton
L'âme du chasseur – Deon Meyer
L'église des pas perdus - Rosamund Hadden
Jeu de pistes – Marcel Theroux
La lionne blanche – Henning Mankell
Zulu – Caryl Férey
Autres idées chez...
Valérie : Au plus noir de la nuit d'André Brink
Mimipinson : Le sable était brûlant
L'Apartheid
Mandela, le dernier héros du XXe siècle
L'Afrique du Sud, une histoire séparée, une nation à réinventer

Actes Sud Junior - août 2013 - 135 pages
Quatrième de couverture :
"Changer. C'est ce qu'ils veulent tous. Il faut que j'arrête de poser des problèmes aux adultes. Que je cesse d'être dans leur ligne de vision, de mire, de tir. Que je bouge de là. C'est ce que je voudrais, oui. A l'intérieur, je bous. J'aimerais être loin. Loin, genre à l'autre bout du monde. Me réinventer une existence avec un début moins pourri".
Quentin, nouveau dans son lycée, est enrôlé dans un cours de théâtre pour jouer dans la pièce de Tennessee Williams La Ménagerie de verre. Comme le personnage qu'il interprète, le garçon est tiraillé entre l'envie de tout plaquer pour voir le monde et celle de se battre. D'affronter, Les parents, Les profs, Les élèves, Les spectateurs, l'avenir.
Auteur : Né en 1964, Jean-Philippe Blondel est professeur d'anglais dans un lycée à côté de Troyes. Après son premier roman, Accès direct à la plage (2003), qui a rencontré un vif succès, il a publié plusieurs romans, This is not a love song (2007), Le baby-sitter (2010), G229 (2011) et récemment Et rester vivant (2011). Il a écrit aussi des romans pour adolescents, comme Blog (2010) et (Re)play !(2011).
Mon avis : (lu en novembre 2013)
Quentin a été renvoyé de son lycée en fin de seconde. Il fait donc sa rentrée dans un nouveau lycée, un établissement dans un quartier plus favorisé. Son ancien proviseur espère que loin des mauvaises fréquentations de son quartier, Quentin va abandonner son comportement insolent et saisir sa chance pour se construire un avenir.
Quentin est un peu perdu dans cette nouvelle classe, il se sent étranger face à ses camarades issus d'un milieu plus aisé qui gardent leurs distances.
Grâce à sa rencontre avec une professeur de français « la Fernandez », Quentin va avancer dans sa vie. Il commencera par la provoquer, elle sera lui répondre et lui fera découvrir le théâtre avec le rôle de Tom dans la pièce "La ménagerie de verre" de Tennessee Williams .
J'ai beaucoup aimé cette professeur exigeante mais également attentive à ses élèves qui va savoir guider Quentin, lui faire prendre confiance en lui. Quentin est également un adolescent attachant, sa relation avec sa petite sœur Anna est touchante.
Le livre n'est pas découpé en chapitres, mais en actes et en scènes comme dans une pièce de théâtre. Un très beau roman que je conseille à tous de découvrir, adultes comme adolescents...
Note : ♥♥♥♥♥
Extrait : (début du livre)
DÉJÀ CINQ JOURS QU'ON EST RENTRÉS. Je raye avec application les pages de mon agenda. Je me demande combien de temps je vais tenir. J'écoute d'une oreille le cours d'histoire-géo. Ce qui est bien, avec cette matière-là, c'est que tu peux t'absenter mentalement sans aucun problème. On ne te demande pas de participer. Tu prends des notes ou tu fais semblant et ça suffit pour faire le bonheur du prof, Largentier.
Je m'évade. Je me demande ce que font les autres, à Saint-Ex, mon ancien bahut. Mais c'est idiot. De toute façon, la classe de seconde de l'an dernier a été éclatée - il y a tous ceux qui, comme Dylan, sont passés en STMG, pour faire dans le commercial ou pour glander ; les quelques têtes de classe qui sont maintenant en scientifique ; ceux qui ont quitté le lycée, les trois ou quatre redoublants et la poignée qui a opté pour ES. Je crois qu'il n'y a qu'Astrid et moi qui ayons choisi la filière littéraire. Enfin, "choisi", c'est un bien grand mot dans mon cas même si, au fond, c'est ce qui m'intéresse le plus. J'aimerais bien savoir ce que devient Astrid. Je l'aimais bien, cette fille. Elle ne faisait pas d'histoires, ne fayotait jamais, ne rentrait pas dans les conflits. Elle suivait son chemin. Je pourrais lui téléphoner. J'ai son numéro de portable. Mais bon, je ne sais pas trop ce que je lui dirais. On n'était pas proches, non plus. Elle riait de temps à autre aux blagues qu'on faisait, avec Dylan, et puis c'est tout. Je me demande qui ils ont en histoire-géo. Je n'ai eu aucune nouvelle de personne, excepté Dylan, depuis que je suis ici.
Tout seul.
Seul à cette table aussi, au fond, à droite. Personne pour s'asseoir à côté de moi. Normal. Ils se connaissent tous, ils étaient déjà à Clemenceau l'an dernier - à part les neuf ou dix énergumènes qui ont voulu faire l'option théâtre ici parce que, paraît-il, c'est la meilleure du département, voire de la région. Eux aussi, ils ont déjà noué des liens. Au début, ils étaient prêts à m'inclure dans leur groupe, mais quand ils ont su que je venais de Saint-Ex, et surtout que je ne suivais pas les cours d'art dramatique, comme ils disent, ils m'ont vite laissé de côté. Je ne m'en plains pas. Je n'ai pas envie d'être aggloméré. Je ne fais pas partie de cette classe. Ni de ce lycée. Ni de ce coin de la ville. Je suis un électron libre. Voilà. J'aime bien me dire ça, "électron libre", ça me rassure.
Ça ne rassure pas tellement les profs.
Avec la tête que je tire et les casseroles que je traîne, ils s'attendent à tout de ma part, je suis sûr. J'imagine aussi que la plupart d'entre eux ont déjà leur idée toute faite, je suis un emmerdeur et ils attendent le premier pas de travers pour me saquer et me virer. Ou alors, ils ont peur. Je suis persuadé que Largentier, par exemple, est terrifié. C'est le genre de gars qui doit trembler dans ses chaussettes quand j'entre dans la classe le matin, et qui doit prier pour que tout se passe normalement.
Il ne devrait pas s'inquiéter comme ça. Je ne ferai pas de vagues - surtout si je ne trouve pas d'autre surfeur pour m'entraîner dans les rouleaux. Je me suis signé un contrat moral. On n'aura rien à me reprocher question attitude. Ce n'est pas pour ça que je me mettrai à travailler non plus, faut pas exagérer.
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