brise_glace Actes Sud Junior – septembre 2011 – 106 pages

Présentation éditeur :
Aurélien est nouveau dans son lycée. Il a déménagé. Ce n'est pas la première fois qu'il déménage. Pas facile de se faire des amis dans ces conditions. Mais justement, des amis, Aurélien semble ne pas en vouloir. Il est du genre solitaire ; parfois il voudrait juste pouvoir se fondre dans le décor pour qu'on lui fiche la paix. Pourtant, un garçon de sa classe, Thibaud, semble s'intéresser particulièrement à lui ; il parvient même à convaincre Aurélien de participer à une soirée slam. Dans la pulsation des mots, dans la chaleur de cette amitié naissante, Aurélien arrive enfin à faire craquer la glace qui l'enserre et commence à se libérer du poids du secret, celui du deuil.

Auteur : Jean-Philippe Blondel enseigne l’anglais dans un lycée près de Troyes depuis une vingtaine d’années. Il mène en parallèle une carrière d’écrivain, en littérature générale dont G229 et Et rester vivant (2011) comme en jeunesse chez Actes Sud Junior : Au rebond, Un endroit pour vivre, Blog (prix NRP littérature jeunesse), (Re)Play et Brise glace.  

Mon avis : (lu en juillet 2012)
Aurélien est un adolescent qui fait tout pour passer inaperçu et se fondre dans la masse. Il porte un lourd secret. Arrivé dans un nouveau lycée, il rencontre Thibaud un élève très populaire et ce dernier est bien décidé à gagner la confiance d'Aurélien et à le sortir de sa solitude. Il va lui faire découvrir sa passion pour le slam et briser la glace qui, depuis quatre ans, empêche Aurélien de se tourner vers l'avenir. Dans ce texte d'une grande sensibilité, Jean-Philippe Blondel nous offre une jolie histoire d'amitié poignante et touchante.

Extrait : (début du livre)
Je regarde par la fenêtre la pluie qui s'abat sur la cour du lycée. Je soupire.
Je suis dans la salle G124, bâtiment G, 1er étage. C'est la salle dans laquelle ont lieu tous les contrôles de plus d'une heure - que des tables individuelles, pour décourager les tentatives de pompe.
Aujourd'hui, c'est devoir de français. Quatre heures. Je jette un coup d'oeil à mes camarades, les premières L. On est mardi après-midi. En novembre. Tout est gris. Presque aussi gris que sur la photocopie du tableau que j'ai devant moi - tableau qui est censé servir de tremplin à une expression écrite. Le travail d'invention, ça s'appelle : on te colle une image et tu dois te baser dessus pour raconter une histoire. L'intitulé est très clair : "En vous inspirant de l'atmosphère du tableau de Friedrich, imaginez le voyage dont rêve le personnage. Vous utiliserez la première personne et un registre au choix parmi les quatre proposés : lyrique, épique, tragique et fantastique."
À côté, la reproduction dudit tableau. Le nom de l'artiste et ses dates de naissance et de mort : Caspar David Friedrich (1774-1840). Le titre : Voyageur contemplant une mer de nuages. 1818, peinture, 74,8 x 94,8 (Kunsthalle, Hambourg).

Je sais où se trouve Hambourg. 
Mon père y est allé une fois, pour son travail. Il y avait un Salon de jenesaisquoi. Mon père se rend souvent dans des lieux improbables pour assister à des salons encore plus improbables, genre le "Salon du verrou" ou le "Salon de la protection individuelle". Il est représentant pour une entreprise qui joue sur les peurs des habitants des quartiers résidentiels. Il fournit à ses clients toute une panoplie censée empêcher les intrus de pénétrer chez eux. C'est un marché en pleine expansion dans une société où tout le monde a peur de tout.
Si je devais décrire la vie de mon père, j'hésiterais entre l'épique et le tragique. Je n'opterais en aucun cas pour le lyrique. Et surtout pas pour le fantastique.
De Hambourg, il m'a rapporté un nouveau type decadenas pour mon scooter - le top du top avec fermeture à distance et code secret évolutif.
Il n'a jamais marché.

Un raclement de gorge.
Je reviens à la salle. Je n'ai toujours pas écrit une ligne. J'aperçois F. X. qui mâchouille son crayon de papier, Florent qui dessine sur une feuille blanche depuis le début de l'épreuve, et Gladys qui bâille sans grâce.
Évidemment, je ne suis pas le seul à être bloqué. Mais je suis sans doute le seul à être bloqué à cause du trop-plein.

Je me souviens, quand j'étais plus petit, mon livre préféré, c'était Les Mots doux, l'histoire de Lola, une petite marmotte qui se réveille un matin avec des mots doux à distribuer parce que c'est un de ces jours où elle aime tout le monde, mais personne n'a le temps de l'entendre, ses parents la houspillent, la maîtresse s'occupe de quelqu'un d'autre, son amoureux joue l'indifférence et ses copines l'excluent. Alors, ses mots doux se calent dans sa gorge et ne veulent plus sortir, jusqu'au repas du soir, où tout le monde s'inquiète tout à coup, parce que Lola ne va pas très fort.
Je ne vais pas très fort.
Mais ce ne sont pas des mots doux qui se terrent dans ma gorge.
C'est de la glace.

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Challenge 7% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
46/49 

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