5317 Buchet – Chastel – septembre 2011 – 246 pages

Quatrième de couverture :
Le narrateur a vingt-deux ans. Il a perdu sa mère, son frère, dans un accident de voiture. L'histoire commence, il vient de perdre son père dans un accident de voiture... Seul désormais, il décide de vendre l'appartement familial et de partir avec ses deux plus proches amis : Laure et Samuel. Direction : Morro Bay, Californie. Morro Bay : une obsession nourrie depuis des années par la chanson de Lloyd Cole. La Californie : le pays mythique qui a marqué une génération. "Et rester vivant" raconte ce voyage initiatique. Entre fous rires et douleur. Découvertes, rencontres et retours sur le passe. Pour la première fois, Jean-Philippe Blondel se raconte. On retrouve sa douceur; on découvre son incroyable capacité de résistance. Et ce texte, qui fait définitivement le deuil, rend surtout un véritable hommage à la vie.

Auteur : Jean-Philippe Blondel est né en 1964, il est marié, il a deux enfants et il enseigne l'anglais au lycée de Sainte-Savine (Aube) depuis vingt ans. Il a aussi un vice – il aime lire. Pire encore, il aime écrire. Il a publié plusieurs romans comme Accès direct à la plage (2003), 1979 (2003), Juke-box (2004), Un minuscule inventaire(2005), Passage du gué (2006), This is not a love song (2007), Le baby-sitter (2010), G229 (2011). Il est également auteur de livre pour la jeunesse avec Un endroit pour vivre (2007), Au rebond (2009), Blog (2010), (R)eplay (2011).

Mon avis : (lu en septembre 2011)
Voilà un livre très différent des livres précédents de Jean-Philippe Blondel. Même si le mot roman est apposé sur première la page, l’auteur ne cache pas que ce livre est autobiographique. Il nous raconte quelques mois de l’année de ses vingt-deux ans.
Alors que quatre ans plus tôt, sa mère et son frère sont morts dans un accident de voiture, l’auteur est réveillé à la veille d’une opération pour ses dents de sagesse et on lui annonce que son père est mort. Le voilà tout seul, orphelin, il éclate de rire. Réaction nerveuse… Son ex-petite amie Laure et son meilleur ami Samuel vont être là pour l’entourer et l’aider dans toutes les démarches qu’implique une telle situation. Que faire ? Il vide la maison de son père, la vend, il est riche, il est libre…
A l’époque, l’auteur se passait en boucle la chanson
Rich du chanteur Lloyd Cole « Il parle d’un homme qui passe sa vie à Morro Bay, en Californie ». Pour continuer à vivre, Jean-Philippe se raccroche à des détails insignifiants. Comme sur un coup de tête, il décide de partir pour Morro Bay, en Californie en compagnie de Laure et Samuel. Et c’est parti pour un road trip sur les routes de Californie avec des rencontres comme Diana Blackley, Rose et son piano, Miguel…
Tout au long du voyage, certains détails lui rappellent son enfance et à travers quelques souvenirs Jean-Philippe Blondel évoque ses proches disparus.
Ayant une histoire proche de celle de l'auteur,
j’ai été très touchée par ce livre plein de douceur et de couleurs. Ce livre m'a fait beaucoup de bien. En particulier, j’ai beaucoup aimé son rapport aux couleurs. Au début le monde autour de Jean-Philippe n’a plus de couleur, « pendant des jours et des jours, c’est blanc, noir, blanc – je reste surexposé. » « Les couleurs se sont évaporées ». Les premières couleurs réapparaissent à son arrivée à San Francisco avec le feu d’artifice de la fête nationale « Du rouge et du bleu ». Plus le voyage avance, plus les couleurs apparaissent. Il y aura le jaune avec la veste « couleur or moutarde » de Diana, le rose d’un lever de soleil aux portes du désert de la Mort au Red Rose Motel, le orange du Grand Canyon, le colibri multicolore…  A l'approche de la fin du voyage, « Les couleurs, elles sont toutes là désormais. » « Je baigne dans les couleurs. Je baigne dans les couleurs. ».
Ce livre est un très bel hommage de l'auteur à ces proches, il se lit avec beaucoup d’émotion mais sans aucun pathos.

Extrait : (début du livre)
Bien sûr, ça m'a déjà traversé l'esprit, d'écrire sur cette période-là.
J'ai tourné autour. J'ai effleuré.
Mais je me disais que si je me mettais vraiment à raconter ce qui s'était passé, personne ne me croirait.
Parce qu'il y a des limites à la fiction, mine de rien.
Bref, je ne l'ai jamais fait.

Je n'ai pas changé d'avis.
Je ne cherche pas l'adhésion. C'est un combat perdu d'avance.
Simplement, hier soir, j'ai reçu ce drôle de message électronique. Il émanait d'un collègue écrivain que je connais à peine mais dont je lis avec plaisir les rares romans – il est du genre dilettante, dans l'écriture de livres, un tous les quatre ou cinq ans, ça semble lui suffire. Il s'appelle Laurent Sagalovitsch.
Il habite sur la côte Pacifique du Canada. Hier, il devait s'ennuyer un peu.
Alors il a surfé sur Internet, comme nous le faisons tous parfois, par pur désoeuvrement. Il est allé sur le site de Lloyd Cole, un chanteur anglais dont il avait beaucoup écouté les disques dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, mais qui se fait plus discret depuis le passage au IIIe millénaire.
Là, en trainant sur la page des commentaires laissés par les inconditionnels, il est tombé sur un mot de moi. Il y a quatre ou cinq ans, un soir d'ivresse, j'ai laissé sur le site un message pour le chanteur. J'y expliquais qu'un jour, il faudrait quand même que j'écrive ce qui s'était passé cet été-là, quand nous étions partis, Laure, Samuel et moi, direction la Californie et Morro Bay, juste parce que Lloyd Cole parle de cette ville dans un morceau intitulé Rich, que j'écoutais en boucle à l'époque. Je terminais en précisant que le problème (« tu vois, Lloyd »), c'est que si je raconte ça, personne ne me croira.
Le lendemain matin, je me souvenais vaguement avoir laissé des traces dans le courrier des fans, mais tout cela était très brumeux. Deux jours après, j'avais tout oublié.

Sagalovitsch était très intrigué. Il voulait en savoir plus. C'était quoi, exactement, cette histoire de Laure, de Samuel, de Morro Bay et de Rich ? Je lui ai fait une réponse laconique. Quelques lignes sur l'époque – quand nous allions au cinéma voir les films de Carax et de Jarmusch, que nous écoutions les Smiths et Style Council, que nous lisions les premiers romans d'Echenoz.
Sagalovitsch n'a pas été dupe. De Vancouver, il m'a adressé une seule ligne en retour : « Ne noie pas le poisson. »

Déjà lu du même auteur :

juke_box Juke Box  au_rebond Au rebond

le_baby_sitter  Le Baby-sitter G229 G229  blog Blog

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Rentrée Littéraire 2011
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