juke_box Robert Laffont - août 2004 - 213 pages

Présentation de l'éditeur
Parce que chaque souvenir est une chanson, un homme se met nu et raconte ce qu'il a dans le cœur depuis qu'il est tout petit... Juke-Box chante la vie, l'amour, l'amitié, les petits riens du quotidien, le et les renaissances. Quarante ans de la vie d'un homme sentimental, quatre décennies de tubes : Le lundi au soleil d'un enfant des années 1970, La bombe humaine de son adolescence, l'indicible cruauté de Just an Illusion mais aussi la douceur de Belle ou la lumière de Danse s'y... Chaque chanson revient, telle une empreinte qu'on croyait oubliée, pour nous raconter l'histoire de l'homme, du père, du mari, de l'écrivain qu'est devenu ce petit garçon fasciné par son premier vinyle. Un parcours tendre, drôle, douloureux aussi, une épopée musicale intime et intimiste qui nous happe et nous renvoie à notre propre histoire, un roman générationnel gai et mélancolique à la fois, comme une invitation à la danse et au souvenir, entre (sou) rire et émotion.

Biographie de l'auteur
Jean-Philippe Blondel est né en 1964. Professeur d'anglais, il vit à Troyes, sa ville natale, avec sa femme et ses deux filles.
Après Accès direct à la plage et 1979 (publiés aux éditions Delphine Montalant). Juke-Box est son troisième roman.

Mon avis : (lu en février 2009)

Une chanson nous rappelle souvent un souvenir de votre vie, un grand ou un petit, un bon ou parfois un mauvais. Nous allons suivre ainsi la vie de Yoann de 1970 à 2004 : une chanson pour chaque chapitre. Cela se lit tout seul et tout au long du livre, les airs suggérés nous reviennent en mémoire ou nous invite à les écouter... L'histoire est touchante et attachante, on y retrouve un peu de sa propre histoire et les chansons que l'on a beaucoup écouté. J'ai pris vraiment beaucoup de plaisir à lire ce livre. 

Extrait : (p.50 : Oxygène - Jean-Michel Jarre)

''Merde.
Ma mère qui rentre.
Elle va venir tout perturber et après, je vais encore passer des heures à ramener le calme.
Elle accroche ses clés sur le porte-clés en forme de taureau qu'elle a acheté à Irùn la dernière fois que nous sommes allés à la frontière espagnole pour rapporter du porto et le sombrero mexicain qui trône dans le couloir.
Les clés tombent et elle ne les ramasse pas - ça m'énerve. Tout ce que j'ai pu accumuler comme détente disparaît d'un seul coup. Je sais qu'il faut que je tente de ne pas y penser. Je ne suis pas au bout de mes peines. Elle va venir m'embrasser, me demander si j'ai passé une bonne journée et avec un peu de chance, elle disparaîtra dans le salon pour lire le magazine télé.
Je me lèverai sans bruit et j'irai ramasser les clés.
Merde.

Merde, merde, merde.

Elle se plante devant moi et me regarde, je n'arrive plus à manger mes céréales, il y a un grain de riz soufflé qui me reste collé sur le menton.

Pire, elle ouvre le placard et elle prend un bol. Elle se sert des céréales, elle aussi, alors que j'en ai juste le nombre qu'il faut pour une semaine, elle est en train de me priver d'une ration, elle ne se rend pas compte. Elle s'assied en face de moi, sur le tabouret en plastique marron, et elle me fixe - j'ai mal au ventre.

"Ton père et moi, nous avons décidé de divorcer."

Dans ma ration quotidienne, il y a exactement cent douze grain de riz soufflé. Et elle, elle s'est servie sans compter, je jette une coup d'œil dans son bol pour voir combien elle en a versé - approximativement - mais le problème c'est que ce n'est qu'approximativement, il faudrait que je me mette à compter combien elle en prend par cuillère et que j'additionne, je vais en avoir jusqu'à ce soir - et je ne pourrai pas écouter l'émission de Jean-Loup Laffont, "Dix-huit heures basket".

Extrait : (p.62 : In the Air Tonight - Phil Collins)
L'autre rêverie récurrente, c'est le quai de la gare. Je dois partir et laisser derrière moi tout ce que j'ai connu, tous ceux que j'ai aimés. Je suis les ordres d'une voix intérieure qui m'intime de me débarrasser des oripeaux de ma vie actuelle pour mieux renaître. Je regarde, sur le quai de la gare, tous ces amis qui sont venus me dire adieu. Anne est là, elle essuie des larmes qui coulent à flots. Il y a aussi cette fille étrange que j'ai croisée à la bibliothèque l'autre jour. Et ce garçon qui vient d'arriver dans la classe, avec son blouson violet. Je vois la détresse sur leurs visages, mais je ne peux que leur sourire. Je suis déjà dans un autre univers - je leur promets simplement que je ne les oublierai pas.

Extrait : (p.170 : Belle – Daniel Lavoie/Garou/Patrick Fiori)

Je me tais - et puis je sens mes lèvres s'arrondir et le souffle qui vient de loin - je me mets à siffloter - je ne l'ai pas fait depuis des années. Et au bout de quelques instants, c'est la chanson qui reprend le dessus. Doucement. Tout doucement. Je chante.
J'avais préparé tout un répertoire - un juke-box de naissance. Il y avait des Mistral gagnants, des Javanaise et des Pull-overs blancs.
Mais ce que je murmure tient en syllabe.
Belle.
Je sais qu'une histoire s'arrête là.
Que les chansons à venir seront les siennes.
Que la musique sera pour elle. Et la main dans la main, accroupi à ses côtés, je lui transmets le témoin.
Et là, je déborde.