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A propos de livres...
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28 juillet 2009

Le Montespan - Jean Teulé

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Julliard – mars 2008 – 352 pages

Pocket – mars 2009 – 306 pages

Présentation de l'éditeur
Au temps du Roi-Soleil, avoir sa femme dans le lit du monarque était pour les nobles une source de privilèges inépuisable. Le jour où Louis XIV jeta son dévolu sur Mme de Montespan, chacun, à Versailles, félicita le mari de sa bonne fortune. C'était mal connaître Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan... Gascon fiévreux et passionnément amoureux de son épouse, Louis-Henri prit très mal la chose. Dès qu'il eut connaissance de son infortune, il orna son carrosse de cornes gigantesques et entreprit de mener une guerre impitoyable contre l'homme qui profanait une union si parfaite. Refusant les honneurs et les prébendes, indifférent aux menaces répétées, aux procès en tous genres, emprisonnements, ruine ou tentatives d'assassinat, il poursuivit de sa haine l'homme le plus puissant de la planète pour tenter de récupérer sa femme...

Biographie de l'auteur
Jean Teulé a notamment publié chez Julliard : Rainbow pour Rimbaud, Darling, Les Lois de la gravité, Ô Verlaine !, Je, François Villon et Le Magasin des suicides.

Mon avis : (lu en juillet 2009)

Ce livre repose sur des faits historiques à la Cour de Louis XIV et l'on découvre de nombreuses anecdotes les us et coutumes de cette époque. En effet, on connait La Montespan, la maîtresse de Louis XIV, dans ce livre l'auteur nous raconte l'histoire de son mari qui continu à être amoureux et qui toute sa vie n'aura de cesse de récupérer sa femme. Osant braver le Roi, il refusera d'être acheté, il échappera à une tentative d'assassinat et finira exilé sur ses propres terres. Il est terriblement touchant ce marquis ainsi que ses enfants abandonnés par leur épouse et mère. A travers son roman, Jean Teulé nous restitue parfaitement l'atmosphère de l'époque des précieuses ridicules, des salons mondains mais aussi des garnisons du Roi. Mais bien sûr, il a aussi beaucoup d'imagination !

Extrait : (page 139)

Le 20 septembre 1668, Montespan retourne à la cour de Saint-Germain-en-Laye où personne ne pensait qu’il aurait le culot de revenir. Et puis il y arrive en quel équipage !…
Devant la grille dorée du domaine royal, s’approche l’étrange attelage du marquis. Sa lourde berline de voyage vert pomme a été repeinte en noir et Louis-Henri a fait remplacer les quatre plumets aux angles du toit par de gigantesques ramures de cerf. Un grand voile de crêpe enveloppe tout le carrosse, lui donne une apparence funèbre, et les chevaux noirs sont parés comme pour un enterrement en grande pompe. Aux dessins de ses armes sur les portières, le Gascon a fait rajouter des cornes.
Les gardes impressionnés laissent passer le carrosse cornu qui vient se garer au centre de la cour pavée. Le marquis, installé à l’intérieur de la caisse suspendue, en descend revêtu des vêtements du grand deuil. Autant l’autre fois il avait longé les murs en douce que, cet après-midi, son arrivée n’est pas discrète. Il porte, devant lui, un chapeau retourné dont on ne voit que l’intérieur.
Il grimpe les marches qui mènent au château, passe devant des maris qui pousseraient bien leur femme dans les bras du monarque pour en tirer des bénéfices. Les façons de ces gens-là, leurs bassesses… La crainte de déplaire au maître broie les âmes, avilit les consciences, et le marquis de Saint-Maurice ricane :
— J’ai proposé au roi les services de ma propre épouse mais, hélas, elle ne lui plaît guère. J’ai pourtant insisté : « Même pas, sire, comme les chevaux de poste que l’on ne monte qu’une fois et que l’on ne revoit plus jamais ? — N’insistez pas, m’a répondu Sa Majesté, je préfère la femme de Montespan. »
Près de Saint-Maurice, une comtesse tient dans son manchon un petit chien qui montre les dents et aboie après le cocu récalcitrant. Louis-Henri tend un index vers sa truffe et ordonne : « Couché, Molière ! »
Dans la salle des pas perdus, le décor est somptueux et son plafond tellement chargé de guirlandes et autres voluptueuses déesses que les visiteurs craignent qu’il ne leur en tombe sur la tête.
Il est 17 heures, Louis-Henri attend que le monarque sorte de son Conseil. Les courtisans, affolés par une pareille audace, s’éloignent. Le marquis reste seul face à la porte par où va sortir le roi. Visage fermé, la main sur le pommeau de son épée, s’il avait présentement un verre d’eau sur la tête il n’en tomberait pas une goutte car il la tient plus droite qu’un cierge.
Le roi sort. Montespan le savait peu grand mais pas à ce point là. Il est de très petite taille qu’il tente de compenser par une raideur. Ses pieds sont chaussés dans des souliers à talons hauts, une fine moustache barre son visage. Ensuite Louis-Henri ne le voit plus car Louis le quatorzième, dos à une fenêtre, s’est arrêté juste devant le soleil. Très à contre-jour et ses ministres gravitant autour de lui, après un court silence, le Gascon entend la petite silhouette éblouie du monarque demander :
— Pourquoi tout ce noir, monsieur ?
Alors que l’étiquette commande de se découvrir devant Sa Majesté, le marquis se coiffe maintenant d’un chapeau gris – le roi les déteste – et répond :
— Sire, je porte le deuil de mon amour.
— Le deuil de votre amour ?
— Oui, sire, il est mort pour moi. Une canaille l’a tué.
Il faut avoir une marque du sang échauffé, le cerveau modelé d’une autre manière que le commun des hommes pour oser, dans cette universelle ruée vers la servitude la plus rampante, élever la tête au-dessus des dos courbés par la prosternation et accuser ainsi l’idole en face.
Les hauts personnages, à l’autre bout de la salle des pas perdus, en sont glacés de terreur. Le bouillant Gascon a dépassé les bornes. Louis XIV ne pourra tolérer cette insulte directement adressée à lui – ce crime de lèse-majesté.
Le marquis, ayant dit, s’incline dans une révérence plus arrogante qu’obséquieuse et devant les courtisans, âme trop amoureuse, il brise son épée à la face du tyran pour ne plus le servir. Puis il tourne le dos au roi avec la plus grande désinvolture. Le bruit décroissant de ses talons va sur le parquet ciré et il regagne son carrosse.
Pareille conduite est inimaginable. Jamais personne ne s’est permis une telle incartade devant Sa Majesté. Tout, feu, eau, nuit, jour, est soumis à la volonté de ce dieu vivant – Espagnol par sa mère, Italien par sa grand-mère – au visage un peu grêlé par la petite vérole.
Le roi ne dit rien et ce silence déclare assez la qualité du crime commis puis il rit :
— Eh bien quoi, je baise sa femme ! Qu’est-ce que je pourrais faire de plus pour lui ?
Tout le monde autour s’esclaffe, forcément d’accord. Le carrosse cornu ne parcourt pas beaucoup de chemin avant que les argousins du roi le rattrapent. Lauzun chevauche en tête et vient, dans la poussière tourbillonnante, se porter à la hauteur de la portière du marquis à qui il crie, au galop :
— Que votre cocher continue et conduise cette berline jusqu’à chez vous, mais il devra s’arrêter pour vous déposer devant Fort-l’Évêque !…
— La prison de la vallée de la Misère ?
J’ai pour vous une lettre de cachet qui autorise le roi à faire emprisonner quiconque lui déplaît, cela pendant une période indéterminée et sans jugement !


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19 mai 2009

Hiver arctique – Arnaldur Indridason

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Métailié – février 2009 – 334 pages

Points - mai 2010 - 404 pages

traduit de l'islandais par Eric Boury

Présentation de l'éditeur
Le corps d'un petit garçon était couché dans la neige lorsque la voiture d'Erlendur est arrivée au pied de l'immeuble de banlieue, en cette fin d'après-midi glaciale de Reykjavik. II avait douze ans, rêvait de forêts, ses parents avaient divorcé et sa mère venait de Thaïlande, son grand frère avait du mal à accepter un pays aussi froid. Le commissaire Erlendur et son équipe n'ont aucun indice et vont explorer tous les préjugés qu'éveille la présence croissante d'émigrés dans une société fermée. Erlendur est pressé de voir cette enquête aboutir, il néglige ses autres affaires, bouscule cette femme qui pleure au téléphone et manque de philosophie lorsque ses enfants s'obstinent à exiger de lui des explications sur sa vie qu'il n'a aucune envie de donner. La résolution surprenante de ce crime ne sortira pas Erlendur de son pessimisme sur ses contemporains. Dans cet impressionnant dernier roman, Indridason surprend en nous plongeant dans un monde à la Simenon. Il a reçu pour ce livre et pour la troisième fois le prix Clé de Verre du roman noir scandinave.

Biographie de l'auteur
Arnaldur INDRIDASON est né à Reykjavik en 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de cinéma. Il est l'auteur de 6 romans noirs, dont plusieurs sont des best-sellers internationaux. Il est l’auteur de
La Cité des Jarres (2005), Prix "Cœur noir" et Prix "Mystère de la critique", de La Femme en vert (2006), Grand Prix des lectrices de Elle, de La Voix (2007), L’Homme du lac (2008), Prix polar européen du Point.

Mon avis : (lu en mai 2009)
Je suis devenue une inconditionnelle de Indridason et j'attendais avec impatience de pouvoir lire son dernier livre. Et dès que j'ai pu me le procurer à la bibliothèque, je l'ai dévoré avec autant de plaisir que les livres précédents.
J'ai retrouvé le commissaire Erlendur et ses enquêteurs inséparables, Elinborg et Sigurdur Oli, cette nouvelle enquête nous entraîne autour de l'intégration des populations d'immigrés dans la société islandaise. Tout commence avec la découverte du corps d'un enfant de 10 ans d'origine thaïlandaise au pied de son immeuble. Erlendur était auparavant sur une autre enquête où une femme trompée a disparu, il reçoit aussi de mystérieux appels d’une femme sur son portable. Cette enquête autour d’un jeune enfant va faire resurgir les démons de l’enfance d’Erlandur et la disparition de son frère, son fils Sindri Snaer et sa fille Eva Lind vont l’obliger à de leur donner des réponses sur ce drame passé.
On ressent parfaitement l'atmosphère sombre et glacée de la longue nuit islandaise de l' "Hiver arctique". Ce nouveau Indridason m’a vraiment bien plu. A lire !

Extrait : (début du livre)
On parvenait à deviner son âge, mais il était plus difficile de se prononcer avec précision sur l'endroit du monde dont il était originaire.
Ils lui donnaient environ dix ans. Vêtu d'une doudoune déboutonnée grise à capuche et d'un pantalon couleur camouflage, une sorte de treillis militaire, l'enfant avait encore son cartable sur le dos. Il avait perdu l'une de ses bottes. Les policiers remarquèrent à l'extrémité de sa chaussette un trou duquel dépassait un orteil. Le petit garçon ne portait ni moufles ni bonnet. Le froid avait déjà collé ses cheveux noirs au verglas. Il était allongé sur le ventre, une joue tournée vers les policiers qui regardaient ses yeux éteints fixer la surface glacée de la terre. Le sang qui avait coulé sous son corps avait déjà commencé à geler.
Elinborg s'agenouilla près de lui.
- Mon Dieu, soupira-t-elle, que se passe-t-il donc ?
Elle tendit le bras, comme pour poser sa main sur le corps sans vie. L'enfant semblait s'être couché pour se reposer. Elinborg avait du mal à se maîtriser. Comme si elle refusait de croire ce qu'elle voyait.
- Ne le touche pas, demanda Erlendur d'un ton calme, debout à côté du corps avec Sigurdur Oli.
- Il a dû avoir froid, marmonna Elinborg en ramenant son bras.
La scène se passait au milieu du mois de janvier. L'hiver était resté clément jusqu'à la nouvelle année, puis le temps s'était considérablement refroidi. Une coque de glace enserrait la terre, le vent du nord sifflait et fredonnait contre l'immeuble. De grandes nappes de neige recouvraient le sol. La poudreuse s'accumulait par endroit en formant de petits monticules dont les flocons les plus fins s'envolaient en volutes. Le vent leur mordait le visage, les pénétrant jusqu'aux os en travers leurs vêtements. Saisi d'un frisson, Erlendur enfonça profondément ses mains dans les poches de son épais manteau. Le ciel était chargé de nuages. Il était à peine quatre heures. La nuit avait déjà commencé à tomber.

 

4 juillet 2009

Aya de Yopougon 4 - Marguerite Abouet et Clément Oubrerie

Aya_4 Gallimard Jeunesse – novembre 2008 – 106 pages

Résumé du livre :

Les histoires de Yopougon s'exportent quand Inno, 'coiffeur pour dames stylées', débarque à Paris et lance une mode de la coupe Grace Jones dans un foyer malien. Pendant ce temps en Côte d'Ivoire, Aya est harcelée par un prof de fac, le père de Félicité surgit de nulle part pour récupérer sa fille devenue mannequin et Mamadou subvient aux besoins de sa petite famille en faisant le gigolo.

Auteurs :
Marguerite Abouet
naît en 1971 à Abidjan. Elle grandit en famille dans le quartier populaire de Yopougon jusqu'à l'âge de douze ans. Puis, ses parents l'envoient avec son grand frère à Paris, où les héberge leur grand oncle. Elle y découvre avec émerveillement les bibliothèques et se passionne pour les livres. Elle écrit bientôt des romans qu'elle ne fait lire à personne, tout en devenant tour à tour punk, supernounou pour triplés, pour mamies et papis, serveuse, opératrice de saisie... Après une carrière d'assistante juridique, elle décide de se consacrer uniquement à l'écriture et crée, avec la complicité de Clément Oubrerie, le personnage d'Aya. Elle y raconte avec une voix et un humour inédits une Afrique loin des clichés, de la guerre et de la famine. En 2006, Aya de Yopougon est célébré par le prix du Premier album au Festival international de ta bande dessinée d'Angoulême. Marguerite Abouet vit aujourd'hui à Noisy le Sec, près de Paris. Elle écrit de nombreuses histoires pour le livre, la télévision et le cinéma. Elle travaille aussi beaucoup pour l'association qu'elle a fondée Des livres pour tous, dans le but de rendre le livre plus accessible aux enfants d'Afrique en y créant des maisons de quartier bibliothèques.

Clément Oubrerie naît à Paris en 1966. Après le bac, il entame des études d'art à l'école Penninghen, qu'il interrompt pour partir aux États-Unis. Il y passe deux années, exerce toutes sortes de métiers, mais finit dans un pénitencier au Nouveau-Mexique parce que sans papiers. De retour en France, il illustre des ouvrages pour la jeunesse - une quarantaine à ce jour - et co-fonde La Station, un studio d'animation avec lequel il prépare actuellement un long-métrage signé Anna Gavalda. Il trouve aussi le temps de jouer de la batterie avec un groupe de funk et de voyager, notamment en Côte d'Ivoire. Son talent singulier donne vie avec esprit et authenticité au récit de Marguerite Abouet.

Mon avis : (lu en juillet 2009)

J'ai enfin pu lire le quatrième tome de Aya de Yopougon ! Tout commence avec l'arrivée d'Inno à Roissy, il vient tenter sa chance en France. Il va découvrir la triste réalité d'un immigré à Paris. Mais il est plein de ressources et il va s'adapter à cette nouvelle vie. J'ai aussi retrouvé avec joie, à Yopougon (quartier d'Abidjan), Aya qui est maintenant étudiante en médecine mais elle est harcelée par son professeur de biologie, Adjoua qui élève son fils et tient un petit commerce et Bintou "conseillère en gars".

Comme d'habitude, on retrouve à la fin du livre les bonus ivoiriens : l'incontournable lexique, une mise au point sur le visa et deux recettes ivoiriennes : purée de poisson à l'igname et les allocos et leur petite sauce.

J'ai lu ce tome 4 avec beaucoup de plaisir et j'attends avec impatience la sortie de l'album suivant...

Extraits :

Aya4_extrait

Aya4_extrait1

Aya4_extrait2

Aya de Yopougon

Aya de Yopougon 2

Aya de Yopougon 3

2 mars 2009

Eldorado – Laurent Gaudé

Eldorado_Laurent_Gaud_ Actes Sud – août 2006 – 238 pages

Présentation de l’éditeur
A Catane, le commandant Salvatore Piracci travaille à la surveillance des frontières maritimes. Gardien de la citadelle Europe depuis vingt ans, il sillonne la mer, de la Sicile à la petite île de Lampedusa, pour intercepter les bateaux chargés d’émigrés clandestins qui ont tenté la grande aventure en sacrifiant toute leur misérable fortune… en sacrifiant parfois leur vie, car il n’est pas rare que les embarcations que la frégate du commandant accoste soient devenues des tombeaux flottants, abandonnés par les équipages qui ont promis un passage sûr et se sont sauvés à la faveur de la nuit, laissant hommes, femmes et enfants livrés à la plus abominable des dérives. Un jour, c’est justement une survivante de l’un de ces bateaux de la mort qui aborde le commandant Salvatore Piracci, et cette rencontre va bouleverser sa vie. Touché par l’histoire qu’elle lui raconte, il se laisse peu à peu gagner par le doute, par la compassion, par l’humanité… et entreprend un grand voyage.

Biographie de l'auteur
Romancier et dramaturge né en 1972, Laurent Gaudé a publié chez Actes Sud plusieurs pièces de théâtre et trois romans : Cris (2001), La Mort du roi Tsongor (2002, prix Goncourt des lycéens 2002, prix des Libraires 2003) et Le Soleil des Scorta (prix Populiste, prix Jean-Giono et prix Goncourt 2004).

Mon avis : (lu en octobre 2006)
Cette fois, Laurent Gaudé a choisi un sujet sensible : l'immigration clandestine. On suit l'histoire de ses africains qui tentent au péril de leurs vies de gagner l'Eldorado européen. Le voyage devient une tragédie humaine. Ce livre nous met dans la peau des migrants, mais aussi de ceux chargés de les recevoir comme le commandant Piracci (garde côte italien) qui, depuis vingt ans, sauve les hommes de la noyade pour les conduire vers les centres d'accueil d'où ils seront renvoyés vers leur pays d'origine. Mais un jour, sa rencontre avec une migrante va changer sa vision de la vie. Le style est concis, poétique, efficace. Mais mon seul petit bémol, c'est que j'ai trouvé la fin de l'histoire un peu bâclée.

Extrait : (page 61)
- Pourquoi lui ai-je donné mon arme ?
- Parce qu'elle le voulait, répondit simplement le vieux buraliste. Et comme Salvatore Piracci restait interdit, il ajouta : elle le voulait. De tout son être. Combien de fois dans ta vie, Salvatore, as-tu vraiment demandé quelque chose à quelqu'un ? Nous n'osons plus. Nous espérons. Nous rêvons que ceux qui nous entourent devinent nos désirs, que ce ne soit même pas la peine de les exprimer. Nous nous taisons. Par pudeur. Par crainte. Par habitude. Ou nous demandons mille choses que nous ne voulons pas mais qu'il nous faut, de façon urgente et vaine, pour remplir je ne sais quel vide. Combien de fois as-tu vraiment demandé à quelqu'un ce que tu voulais ?
- Je ne suis pas sûr de l'avoir jamais fait, répondit Salvatore Piracci en souriant.
- Et si tu l'avais fait, continua Angelo, crois-tu vraiment que l'on aurait pu te dire non ?

Extrait : (page 120)
- L'herbe sera grasse, dit-il, et les arbres chargés de fruits. De l'or coulera au fond des ruisseaux, et des carrières de diamants à ciel ouvert réverbéreront les rayons du soleil. Les forêts frémiront de gibier et les lacs seront poissonneux. Tout sera doux là-bas. Et la vie passera comme une caresse. L'Eldorado, commandant. Ils l'avaient au fond des yeux. Ils l'ont voulu jusqu'à ce que l'embarcation se retourne. En cela, ils ont été plus riches que vous et moi. Nous avons le fond de l'oeil sec, nous autres. Et nos vies sont lentes.

Extrait : (page 126)
Le camion roule. Je sens une force sourde qui monte en moi. Jusqu'à présent je n'avais fait que suivre mon frère, maintenant je pars pour le sauver. Je ne dormirai plus la nuit. Je me nourrirai de ver. Je serai dur à la tâche et infatigable comme une machine. On pourra m'appeler 'esclave', je n'en aurai cure. La fatigue pourra me ronger les traits, je n'en aurai cure.J'ai hâte.
Le camion roule. Nous laissons les faubourgs d'Al-Zuwarah derrière nous pour aller trouver le navire qui nous emmènera en Europe. Dès demain,j'y serai. Dès demain, alors,j'enverrai de l'argent à Jamal. Je me concentre sur cette idée. Je suis une boule dure de volonté et rien ne me fera dévier de ma route. La promiscuité des autres corps ne me gêne pas. Les visages des autres hommes ne me font plus peur. Je n'ai qu'une hâte : que le bateau quitte l'Afrique et que mes mains se mettent à travailler.

21 juin 2009

Kilomètre zéro - Vincent Cuvellier

kilom_tre_z_ro Edition du Rouergue – mars 2002 – 171 pages

Quatrième de couverture
Voilà des mois que son père ne lui parle plus que de ses mauvaises notes en maths, quand ils partent pour trois semaines de randonnée, sac à dos sur les épaules. Une idée super nulle, pense Benjamin. Traverser la moitié de la France à pied, pour quoi faire? Dormir dans la même tente que son père qui pue des pieds et ronfle? Mais les kilomètres passent, et Benjamin finit par ne plus s'ennuyer. Marcher au même pas que son père, discuter avec lui dans la nuit, manger des patates à la braise... Comme deux vieux loups solitaires qui auraient plein de choses à partager.

L'auteur vu par l'éditeur
Né en 1969 à Brest, Vincent Cuvelier vit à Rennes. Il a publié deux livres, La Troisième vie (Milan, Prix du jeune écrivain), et Marre des cauchemars (Éditions Batsberg).

Mon avis : (lu en juin 2009)

Voici une lecture amusante avec des personnages attachants qui se lit très facilement. C'est l'histoire de Benjamin 12 ans, ses parents sont divorcés. Il nous raconte kilomètre après kilomètre les vacances originales que lui a « imposé » son père : une randonnée à pied à travers la France pendant 1 mois. Au début, Benjamin est grognon, son sac est lourd, le silence est pesant entre le père et le fils. Peu à peu, ils avalent les kilomètres, Benjamin se met à apprécier cette belle randonnée : dormir sous les étoiles, manger des pommes de terre cuites dans la braise. Tout au long du chemin GR, le père et le fils vont faire de nombreuses rencontres. Grâce à ces vacances pas comme les autres, Benjamin va retrouver et partager une nouvelle complicité avec son père.

Extrait :

Kilomètre un

Il se retourne et me regarde pour la première fois depuis notre départ.

- Ça va ?

Il sourit. Pas moi, mais alors pas du tout.

- C'est joli, non ?

- Super, je réponds.

Je vais rien dire pendant un mois, ça lui apprendra.

Il a les chaussettes qui montent jusqu'aux genoux et il fait semblant d'être content.

Mes jambes sont lourdes, mes yeux sont lourds, mon sac est lourd.

Il est déjà dix mètres devant moi. Y a rien dans cette forêt, pas un bruit, pas un rayon de lumière.

C'est nul.

Kilomètre 2

C'est super nul.

Kilomètre 5

Allez, on s'arrête un peu, si tu veux.

Je jette mon sac par terre et je me jette dessus. Crevé.

On boit sans rien dire. Papa souffle. Il est déjà en sueur. Je crois qu'il pense comme moi. Qu'on ferait mieux de rentrer, d'enlever nos chaussures, nos shorts, nos chaussettes aux genoux, de monter dans la voiture et de rentrer chez nous.

- T'as compris pour les balises ?

Hein ? Quoi ?

- Les balises, t'as compris ? On va suivre tout le temps les rouges et les blanches. Ce sont les couleurs des GR, des chemins de grande randonnée.

- Ah ouais, et pourquoi on suit pas les chemins de petite randonnée ? Je demande.

- Parce que traverser la moitié de la France, c'est une grande randonnée.

Ça y est. Il l'a dit. Il avait pas encore osé, mais je savais que c'était ça, son idée de fou. Traverser la moitié de la France. Partir de chez nous pour arriver au pied des Pyrénées. Le voilà, son truc. Son truc de dingo taré.

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12 juin 2009

Des livres pour Haïti

Babelio est associé à l’ONG Bibliothèques Sans Frontières pour les aider à récupérer des livres pour les bibliothèques publiques d’Haïti, dans le cadre de leur nouveau programme  « 200 bibliothèques pour tous en Haïti.»

Vous trouverez tous les détails de l’opération ici : http://www.babelio.com/deslivrespourhaiti

19 avril 2009

La rêveuse d'Ostende – Éric-Emmanuel Schmitt

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Albin Michel – octobre 2007 - 310 pages

LGF – février 2010 – 246 pages

Présentation de l'éditeur
Pour guérir d'une rupture sentimentale, un homme se réfugie à Ostende, ville endormie face à la mer du Nord. Sa logeuse, la solitaire Anna Van A., va le surprendre en lui racontant l'étrange histoire de sa vie, où se conjuguent l'amour le plus passionné et un érotisme baroque. Superbe mystificatrice ou femme unique ?

Cinq histoires où Éric-Emmanuel Schmitt montre le pouvoir de l'imagination dans nos existences. Cinq histoires - La rêveuse d'Ostende, Crime parfait, La guérison, Les mauvaises lectures, La femme au bouquet - suggérant que le rêve est la véritable trame qui constitue l'étoffe de nos jours.

Auteur : Né en 1960, normalien, agrégé de philosophie, docteur, Éric-Emmanuel Schmitt s’est d’abord fait connaître au théâtre avec Le Visiteur, cette rencontre hypothétique entre Freud et peut-être Dieu, devenue un classique du répertoire international. Rapidement, d’autres succès ont suivi : Variations énigmatiques, Le Libertin, Hôtel des deux mondes, Petits crimes conjugaux, Mes Evangiles, La Tectonique des sentiments… Plébiscitées tant par le public que par la critique, ses pièces ont été récompensées par plusieurs Molière et le Grand Prix du théâtre de l’Académie française. Son œuvre est désormais jouée dans plus de quarante pays.

Il écrit le Cycle de l’Invisible, quatre récits sur l’enfance et la spiritualité, qui rencontrent un immense succès aussi bien sur scène qu’en librairie : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran,
Oscar et la dame rose et L’Enfant de Noé. Une carrière de romancier, initiée par La Secte des égoïstes, absorbe une grande partie de son énergie depuis L’Evangile selon Pilate, livre lumineux dont La Part de l’autre se veut le côté sombre. Depuis, on lui doit Lorsque j’étais une œuvre d’art, une variation fantaisiste et contemporaine sur le mythe de Faust et une autofiction, Ma Vie avec Mozart, une correspondance intime et originale avec le compositeur de Vienne. S'en suivent deux recueils de nouvelles : Odette Toulemonde et autres histoires, 8 destins de femmes à la recherche du bonheur,  inspiré par son premier film, et la rêveuse d'Ostende, un bel hommage au pouvoir de l'imagination. Dans Ulysse from Bagdad, son dernier roman, il livre une épopée picaresque de notre temps et interroge la condition humaine.

Encouragé par le succès international remporté par son premier film Odette Toulemonde, il adapte et réalise Oscar et la dame rose. Sortie prévue fin 2009.

Mon avis : (lu en décembre 2007 et relu en avril 2009)
J'ai relu avec autant de plaisir que la première fois ces 5 nouvelles donc les personnages principaux sont des femmes. Ce sont des histoires d'amour rêvé ou fantasmé. Les personnages sont magnifiquement décrits, finement analysés, ils ont souvent un semblant de fragilité qui nous les rendent attachants. Ces histoire sont à la fois, émouvantes, captivantes et pleine de sensibilité. Jusqu'aux dernières pages de chacune des nouvelles une question se pose : fiction ou réalité ? Car dans ces histoires, nous sommes souvent surpris ou manipulés...

La rêveuse d'Ostende : un écrivain pour se guérir d'une rupture amoureuse va se réfugier dans une pension de famille, à Ostende. Emma une vieille dame, handicapée, seule va lui confier une histoire secrète très surprenante. C'est une histoire d'amour incroyable et vraiment émouvante.

Crime parfait : une femme tue son mari sur un malentendu.

La guérison : une infirmière complexée, va retrouver confiance en elle grâce aux mots "Quelle chance d'être soigné par une jolie femme..." dit par un malade gravement accidenté...

Les mauvaises lectures : un homme qui n'a que des lectures sérieuses va devenir dépendant d'un roman policier...

La femme au bouquet :  quai numéro trois, gare de Zurich. une femme un bouquet à la main, elle y attend depuis quinze ans quelqu'un, mais qui ?

Ces nouvelles sont à la fois pleine de poésie, de douceur mais surtout pleine de réalisme. A lire !

 

Extrait : (début du livre)
"Je crois que je n'ai jamais connu personne qui se révélât plus différente de son apparence qu'Emma Van A. Lors d'une première rencontre, elle ne donnait à voir qu'une femme fragile, discrète, sans relief ni conversation, d'une banalité promise à l'oubli. Pourtant, parce qu'un jour j'ai touché sa réalité, elle ne cessera de me hanter, intriguante, impérieuse, brillante, paradoxale, inépuisable, m'ayant pour l'éternité accroché dans les filets de sa séduction.
Certaines femmes sont des trappes où l'on tombe. Parfois, de ces pièges, on ne veut plus sortir. Emma Van A. m'y tient.
Tout a commencé un timide, frais mois de mars, à Ostende.
J'avais toujours rêvé d'Ostende.
En voyage, les noms m'attirent avant les lieux. Dressés plus haut que les clochers, les mots carillonnent à distance, distincts à des milliers de kilomètres, envoyant les sons qui déclenchent les images.
Ostende...
Consonnes et voyelles dessinent un plan, dressent des murs, précisent une atmosphère. Quand la bourgade porte le patronyme d'un saint, ma fantaisie la construit autour d'une église; dès que son vocable évoque la forêt - Boisfort - ou les champs - Champigny -, le vert envahit les ruelles; s'il signale un matériau - Pierrefonds -, mon esprit gratte les crépis pour exalter les pierres; évoque-t-il un prodige - Dieulefit -, je conçois une cité posée sur un piton escarpé, dominant la campagne. Lorsque j'approche une ville, j'ai d'abord rendez-vous avec un nom.
J'avais toujours rêvé d'Ostende.
J'aurais pu me contenter de la rêver sans y aller si une rupture sentimentale ne m'avait jeté sur les routes. Partir! Quitter ce Paris trop imprégné des souvenirs d'un amour qui n'était plus. Vite, changer d'air, de climat...
Le Nord m'apparut une issue car nous n'y étions jamais passés ensemble. En dépliant une carte, je fus aussitôt magnétisé par sept lettres tracées sur le bleu figurant la mer du Nord: Ostende. Non seulement les sonorités me captivaient mais je me souvins qu'une amie possédait une bonne adresse pour y séjourner. En quelques coups de téléphone, l'affaire fut réglée, la pension réservée, les bagages entassés dans la voiture, et je m'acheminai vers Ostende comme si mon destin m'y attendait.

Parce que le mot commençait par un O d'étonnement puis s'adoucissait avec le s, il anticipait mon éblouissement devant une plage de sable lisse s'étendant à l'infini... Parce que j'entendais «tendre» et non pas «tende», je me peignais les rues en couleurs pastel sous un ciel paisible. Parce que les racines linguistiques me suggéraient qu'il s'agissait d'une cité «qui se tient à l'ouest», je combinais des maisons groupées face à la mer, rougies par un éternel soleil couchant.

En y arrivant à la nuit, je ne sus pas trop quoi penser. Si, en quelques points, la réalité d'Ostende convergeait avec mon rêve d'Ostende, elle m'imposait aussi des démentis violents: quoique l'agglomération se trouvât bien au bout du monde, en Flandre, dressée entre la mer des vagues et la mer des champs, encore qu'elle offrît une vaste plage, une digue nostalgique, elle révélait aussi comment les Belges avaient enlaidi leur côte sous prétexte de l'ouvrir au grand nombre. Barres d'immeubles plus hautes que des paquebots, logements sans goût ni caractère répondant à la rentabilité immobilière, je découvris un chaos urbain qui racontait l'avidité d'entrepreneurs tenant à capturer l'argent de la classe moyenne lors de ses congés payés.

Heureusement, l'habitation dont j'avais loué un étage était une rescapée du XIXe siècle, une villa édifiée à l'époque de Léopold II, le roi bâtisseur. Ordinaire en son temps, elle était aujourd'hui devenue exceptionnelle. Au milieu d'immeubles récents incarnant le degré zéro de l'invention géométrique, simples parallélépipèdes divisés en étages, étages eux-mêmes découpés en appartements, appartements bouchés par d'horribles fenêtres en verre fumé, toutes symétriques - d'une rationalité à vous écœurer de la rationalité -, elle témoignait, solitaire, d'une volonté architecturale; elle avait pris le temps de se parer, variant la taille et le rythme de ses ouvertures, s'avançant ici en balcon, ici en terrasse, là en jardin vitré, risquant des fenêtres hautes, basses, moyennes, voire des fenêtres d'angle, puis soudain s'amusait, comme une femme se pose une mouche sur le front, à arborer un œil-de-bœuf sous la toiture d'ardoise.

Une cinquantenaire rousse à la face large, couperosée, s'encadra dans la porte ouverte.
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Suis-je chez Madame Emma Van A.?
- Correct, gronda-t-elle avec un rustique accent flamand qui accusait son aspect patibulaire.
- J'ai loué votre premier étage pour quinze jours. Mon amie de Bruxelles a dû vous prévenir.
- Mais oui, dis! Tu as rendez-vous ici! Je préviens ma tante. Entre, s'il vous plaît, entre donc.

De ses mains rêches, elle m'arracha mes valises, les planta dans le hall et me poussa vers le salon avec une amabilité brusque.
Devant la fenêtre se découpait la silhouette d'une femme frêle, assise sur un fauteuil roulant, tournée vers la mer dont le ciel buvait l'encre sombre.
- Tante Emma, ton locataire.
Emma Van A. pivota et me dévisagea."

 

12 avril 2009

Le rapport Brodeck - Philippe Claudel

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Stock – août 2007 – 410 pages

Livre de Poche - avril 2009 - 374 pages

Prix Goncourt des lyçéens 2007

Mot de l'éditeur :
Le métier de Brodeck n’est pas de raconter des histoires. Son activité consiste à établir de brèves notices sur l’état de la flore, des arbres, des saisons et du gibier, de la neige et des pluies, un travail sans importance pour son administration. Brodeck ne sait même pas si ses rapports parviennent à destination. Depuis la guerre, les courriers fonctionnent mal, il faudra beaucoup de temps pour que la situation s’améliore.
« On ne te demande pas un roman, c’est Rudi Gott, le maréchal-ferrant du village qui a parlé, tu diras les choses, c’est tout, comme pour un de tes rapports. »
Brodeck accepte. Au moins d’essayer. Comme dans ses rapports, donc, puisqu’il ne sait pas s’exprimer autrement. Mais pour cela, prévient-il, il faut que tout le monde soit d’accord, tout le village, tous les hameaux alentour. Brodeck est consciencieux à l’extrême, il ne veut rien cacher de ce qu’il a vu, il veut retrouver la vérité qu’il ne connait pas encore. Même si elle n’est pas bonne à entendre.
« A quoi cela te servirait-il Brodeck ? s’insurge le maire du village. N’as-tu pas eu ton lot de morts à la guerre ? Qu’est-ce qui ressemble plus à un mort qu’un autre mort, tu peux me le dire ? Tu dois consigner les événements, ne rien oublier, mais tu ne dois pas non plus ajouter de détails inutiles. Souviens-toi que tu seras lu par des gens qui occupent des postes très importants à la capitale. Oui, tu seras lu même si je sens que tu en doutes... » Brodeck a écouté la mise en garde du maire.
Ne pas s’éloigner du chemin, ne pas chercher ce qui n’existe pas ou ce qui n’existe plus. Pourtant, Brodeck fera exactement le contraire.

Auteur : Né à Dombasle-sur-Meurthe le 02 février 1962 et considéré comme l'un des meilleurs auteurs contemporains, Philippe Claudel est à la fois enseignant, scénariste et écrivain. Maître de conférences à l'université de Nancy, il enseigne à l'Institut européen du cinéma et de l'audiovisuel.
Depuis son premier roman, 'Meuse l'oubli', paru en 1999, l'écrivain lorrain enchaîne les succès littéraires. 'J' abandonne', en 2000, lui a permis de recevoir le prix France Télévisions. Il enchaîne avec 'Le Bruit des trousseaux', tiré de son expérience de professeur de français dans les prisons, puis 'Les Petites Mécaniques' sont récompensées par la bourse Goncourt de la nouvelle en 2003. Avec ses 'Ames grises', œuvre unanimement reconnue par la critique, Philippe Claudel est lauréat du prix Renaudot en 2003 et parrain du 16e Festival du premier roman la même année. Il publie encore 'Trois petites histoires de jouets' et 'La Petite Fille de monsieur Linh' en 2005. Ponctuel, il revient l'année suivante avec 'Le Monde sans les enfants', dans lequel il aborde les tabous de notre société, dont la maltraitance, la guerre ou la mort. En 2007 sort 'Le Rapport de Brodeck', dans la lignée de son maître Jean Giono. En 2008, il réalise son premier film 'Il y a longtemps que je t'aime' avec Kristin Scott Thomas et Elsa Zylberstein. Par ses romans, l'auteur nous emmène dans un univers imperceptible néanmoins empreint de réalité. Philippe Claudel a sa place parmi les grands romanciers du XXIe siècle.

Mon avis : (lu en décembre 2007)
Ce livre est à la fois magnifique, bouleversant mais aussi terrifiant.
Brodeck doit faire un rapport sur un fait qui a eu lieu dans son village. Ce fait est le meurtre collectif de "l'Anderer" (l'étanger). Brodeck ne va pas faire un simple rapport, il veut également rapporter toute la genèse de l'évènement. Il veut laisser un témoignage le plus complet possible et ainsi participer à la mémoire collective. Brodeck décrit tout simplement, sans émettre aucun jugement.
Ce conte est intemporel. On n'a aucune notion précise du lieu et de la période où se situe cette histoire. Tout ce que l'on sait, on le devine en lisant entre les lignes, en interprétant chaque détail. C'est untrès grand roman universel qui parle des hommes, de leurs peurs et de leur lâcheté, de la mémoire et de l'oubli aussi, et comment les hommes choisissent d'accommoder leur vie pour continuer à vivre.
L'écriture de ce livre est très belle, fluide et d'une simplicité apparente, ce livre est à la fois un leçon de français, d'humanité et d'histoire.

Extrait : "Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache. Moi je n’ai rien fait, et lorsque j’ai su ce qui venait de se passer, j’aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans ses liens de façon à ce qu’elle demeure tranquille comme une fouine dans une nasse de fer. Mais les autres m’ont forcé : « Toi, tu sais écrire, m’ont-ils dit, tu as fait des études. » J’ai répondu que c’étaient de toutes petites études, des études même pas terminées d’ailleurs, et qui ne m’ont pas laissé un grand souvenir. Ils n’ont rien voulu savoir : « Tu sais écrire, tu sais les mots, et comment on les utilise, et comment aussi ils peuvent dire les choses. Ça suffira. Nous on ne sait pas faire cela. On s’embrouillerait, mais toi, tu diras, et alors ils te croiront. Et en plus, tu as la machine. »

La machine, elle est très vieille. Plusieurs de ses touches sont cassées. Je n’ai rien pour la réparer. Elle est capricieuse. Elle est éreintée. Il lui arrive de se bloquer sans m’avertir comme si elle se cabrait. Mais cela, je ne l’ai pas dit car je n’avais pas envie de finir comme l’Anderer.

Ne me demandez pas son nom, on ne l’a jamais su. Très vite les gens l’ont appelé avec des expressions inventées de toutes pièces dans le dialecte et que je traduis : Vollaugä – Yeux pleins – en raison de son regard qui lui sortait un peu du visage ; De Murmelnër – Le Murmurant – car il parlait très peu et toujours d’une petite voix qu’on aurait dit un souffle ; Mondlich – Lunaire – à cause de son air d’être chez nous tout en n’y étant pas ; Gekamdörhin – celui qui est venu de là-bas.

Mais pour moi, il a toujours été De Anderer – l’Autre –, peut-être parce qu’en plus d’arriver de nulle part, il était différent, et cela, je connaissais bien : parfois même, je dois l’avouer, j’avais l’impression que lui, c’était un peu moi. Son véritable nom, aucun d’entre nous ne le lui a jamais demandé, à part le maire une fois peut-être, mais il n’a pas, je crois, obtenu de réponse. Maintenant, on ne saura plus. C’est trop tard et c’est sans doute mieux ainsi. La vérité, ça peut couper les mains et laisser des entailles à ne plus pouvoir vivre avec, et la plupart d’entre nous, ce qu’on veut, c’est vivre. Le moins douloureusement possible. C’est humain. Je suis certain que vous seriez comme nous si vous aviez connu la guerre, ce qu’elle a fait ici, et surtout ce qui a suivi la guerre, ces semaines et ces quelques mois, notamment les derniers, durant lesquels cet homme est arrivé dans notre village, et s’y est installé, comme ça, d’un coup.

Pourquoi avoir choisi notre village ? Il y en a tellement des villages sur les contreforts de la montagne, posés entre les forêts comme des œufs dans des nids, et beaucoup qui ressemblent au nôtre. Pourquoi avoir choisi justement le nôtre, qui est si loin de tout, qui est perdu ?

Tout ce que je raconte, le moment où ils ont dit qu’ils voulaient que ce soit moi, ça s’est passé à l’auberge Schloss, il y a environ trois mois. Juste après… juste après le… je ne sais pas comment dire, disons l’événement, ou le drame, ou l’incident. À moins que je dise l’Ereigniës. Ereigniës, c’est un mot curieux, plein de brumes, fantomatique, et qui signifie à peu près, « la chose qui s’est passée ».

C’est peut-être mieux de dire cela avec un terme pris dans le dialecte, qui est une langue sans en être une, mais qui épouse si parfaitement les peaux, les souffles et les âmes de ceux qui habitent ici. L’Ereigniës, pour qualifier l’inqualifiable. Oui, je dirai l’Ereigniës.

Cela venait donc de se produire. À l’exception de deux ou trois vieillards demeurés près de leurs fourneaux, et sans doute du curé Peiper qui devait cuver sa prune quelque part dans sa petite église aux murs larges comme l’envergure d’un aigle, tous les hommes étaient là, dans l’auberge qui est comme une grosse caverne un peu sombre, étouffée de fumée de tabac et de fumée d’âtre, hébétés, assommés par ce qui venait de se passer, et dans le même temps, comment dire, soulagés, parce qu’il fallait bien que ça se termine, d’une façon ou d’une autre. On n’en pouvait plus, vous savez.

Chacun était comme replié dans son silence, même si à presque quarante personnes dans l’auberge, on se trouvait serrés comme des joncs de saule dans un fagot, à s’étrangler, à sentir les odeurs des autres, leurs haleines, leurs pieds, la poisse âcre de leur sueur, de leurs vêtements humides, de vieille laine et de drap, frottés de poussière, de forêt, de fumier, de paille, de vin et de bière, surtout de vin. Ce n’est pas que les uns et les autres étaient saouls, non, ce serait trop facile l’excuse de l’ivresse. On gommerait d’un coup toute atrocité. Trop simple. Beaucoup trop simple. Je vais essayer de ne pas réduire ce qui est très difficile, et complexe. Je vais essayer. Je ne promets pas que j’y arriverai. Que l’on me comprenne bien, je le redis, moi, j’aurais pu me taire, mais ils m’ont demandé de raconter, et quand ils m’ont demandé cela, la plupart avaient les poings fermés ou les mains dans les poches, que j’imaginais serrées autour des manches de leurs couteaux, ceux-là mêmes qui venaient juste de… Il ne faut pas que j’aille trop vite, mais c’est difficile parce que je sens maintenant dans mon dos des choses, des mouvements, des bruits, des regards. Depuis quelques jours, je me demande si je ne me change pas peu à peu en gibier, avec toute une battue à mes trousses et des chiens qui reniflent. Je me sens épié, traqué, surveillé, comme si toujours désormais il y avait quelqu’un derrière mon épaule pour saisir le moindre de mes gestes et lire dans mon cerveau.

J’y reviendrai à ce à quoi les couteaux ont servi. Forcément j’y reviendrai. Ce que je voulais dire, c’est que refuser ce qu’on vous demande, dans cette humeur si particulière où tout le monde a encore la tête pleine de sauvagerie et d’idées de sang, ce n’est pas possible, et c’est même très dangereux. Donc, j’ai accepté, bien malgré moi. Je me suis simplement trouvé dans l’auberge, au mauvais moment, quelques minutes après l’Ereigniës, à ce moment de stupeur qui est un moment de bascule et d’indécision, où l’on se raccrochera au premier qui ouvrira la porte, soit pour en faire un sauveur, soit pour le tailler en pièces.

 

Challenge Prix Goncourt des Lycéens
2007

Challenge Goncourt des Lycéens
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chez Enna

Déjà lu du même auteur : 

les_ames_grises Les âmes grises la_petite_fille La petite fille de Monsieur Linh 
 le_monde_sans_les_enfants1 
Le monde sans les enfants  

29 mars 2009

Ker Violette – Karine de Fougeray

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Montalant – février 2008 – 254 pages

Présentation de l'éditeur :

« J’avais trente-cinq ans et je roulais en voiture. À vive allure, en rétrogradant sèchement dans les virages, en mordant la ligne blanche. Il faisait beau mais le temps qu’il faisait importait peu.
Il fallait que j’avance.
La route longeait la côte, tournait dans tous les sens. Au deuxième village je suis descendue sur le port et je me suis garée là, dans les odeurs de casiers fraîchement débarqués. On m’a regardée. On m’a dévisagée par-dessous les casquettes,
par-dessus les cols des cabans et des vestes de quart. Des hommes ont rivé leurs yeux sur moi parce que je leur étais inconnue et cela ne m’a pas dérangée. Au contraire. »
Venant de nulle part, Clara débarque un matin dans un port, en Bretagne. Elle recherche son cheval mais c’est Félix, un homme de mer qu’elle rencontre, puis Violette, une étrange vieille dame qui l’accueille dans sa maison d’hôtes.
L’indépendance de Clara, sa franchise, attirent les relations passionnées.
Libre, Clara sait exactement ce qu'elle veut. Pour autant, elle masque un passé difficile qui va lentement et sauvagement remonter à la surface. Sa quête emporte Félix, Violette et les nombreux personnages qui traversent son chemin.
Ker Violette, c’est l’histoire d'un bout de vie, avec son lot de rires, de surprises, d'emballements.
Ker Violette, c’est aussi l’histoire des mers qui pénètrent dans les terres, des chevaux et des bateaux qui scellent les cœurs à jamais.

Auteur : Karine Fougeray est née à Saint-Malo en 1963. Son premier recueil de nouvelles, Elle fait les galettes, c’est toute sa vie, est paru en 2005 aux Editions Delphine Montalant puis chez Pocket en 2007. Fine observatrice des femmes et des hommes de tout âge, elle débusque leurs passés sans la moindre complaisance. Son univers est composé de quatre sortes d’humains. Les vivants. Les morts. Ceux qui partent sur le pont d’un bateau. Ceux qui partent sur le dos d’un cheval.

Mon avis : (lu en mars 2009)

J'avais beaucoup aimé le recueil de nouvelles de Karine Fougeray "Elle fait les galettes, c’est toute sa vie" et ce premier roman m'a également enchanté. Une fois le livre commencé, je n'ai pas pu le lâcher, j'ai été transportée par l'histoire !

Clara 36 ans débarque un beau matin dans un petit port breton, elle est à la recherche de son cheval ! Elle va rencontrer alors Félix un pêcheur – peintre qui va la conduire chez Violette une vieille dame qui tient des chambres d'hôtes. On va découvrir petit à petit au fil des chapitres l'histoire de Clara, son passé et ses secrets, mais en parallèle on découvre qui sont Félix et Violette... Ils ont également un secret qui les hante. On est tour à tour dans le présent et dans le passé. C'est une histoire d'amour mais aussi d'abandon...

Chaque chapitre a pour narrateur un des personnages du roman et il s'exprime à la première personne du singulier... Il faut parfois quelques phrases avant de découvrir qui parle !

La Bretagne est très présente dans le livre, la mer mais aussi la campagne s'affronte. On est pris par les odeurs que peut susciter les descriptions : les embruns, les algues, l'écurie, la violette, les fleurs... Une lecture pleine d'émotions et de bonheur !

Extrait : (page 91)

"Pour ma naissance, mon père a eu une initiative remarquable. Une idée qui a ruiné sa vie, qui l'a mise en bouillie petit à petit, et ce sans qu'il ne puisse jamais rien faire pour que cette purée reprenne à un moment ou à un autre la consistance ferme et lisse de la matière d'une vie normale. C'était un cadeau magnifique, une arme fatale affûtée de mille petits hachoirs noirs, de mille surprises improbables et tranchantes.

Il a offert un cheval à ma mère.

Mon père était fou d'elle jusqu'à ce jour de septembre où je suis arrivée pour la première fois dans ma maison, où ma mère m'a déposée amoureusement dans le berceau emberlificoté sous les dentelles. Où, tout de suite après, elle a retiré ses sandales et est sortie dans le jardin pour sentir la terre sous ses pieds nus. Elle a vérifié chaque fleur, chaque pied de roses trémières, chaque buisson d'hortensias, et bien sûr, arborant son ventre encore flasque, elle est descendue au potager, heureuse, si heureuse, pour le plaisir de reconnaître ses tomates, pour s'assurer qu'elles ne s'étaient pas enfuies lors de son séjour à la clinique. Oui, elles étaient bien là, ses tomates charnues, rouges, rondes et quelquefois déformées d'excroissances incontrôlées. Les préférées de ma mère.

Mon père m'a raconté cette scène plusieurs fois et, les dernières fois, il fondait en larmes dès l'évocation des tomates. Mais j'insistais toujours, malgré le désespoir, malgré la voix cassée.

Raconte papa, raconte-moi quand maman a cessé de nous voir pour toujours. Raconte-moi comment c'est possible qu'elle ne m'ait regardée vraiment que huit jours. Les premiers huit jours de ma vie, dans une chambre de clinique, en compagnie des infirmières, des sages-femmes, des pédiatres, des cadeaux à déballer, de toutes ces choses qui m'empêchaient d'être seule avec elle.

Il faisait beau, ma mère venait d'avoir son unique enfant et elle est descendue au potager. C'était marée basse et l'air était saturé des senteurs de la vase. Alors ma mère, ma radieuse de jeune mère a tourné la tête au-delà du carré de légumes organisé en courtes allées, derrière, afin d'apercevoir le fil turquoise de l'eau qui serpentait parmi vert-de-gris. Il y avait la maison, le jardin, le potager, et puis la mer à reconquérir. Là, à cet endroit, au milieu des herbes qui entraînent pas à pas le jardin vers les vasières. Là où la terre se meurt pour la rivière, ma jeune mère a vu un cheval qui la regardait dans les yeux."

2 mai 2009

Le cercle du Karma - Kunzang Choden

le_cercle_du_karma Actes Sud – janvier 2007 - 425 pages

Traduit par Sophie Bastide-Foltz

Présentation de l'éditeur
Fille d'un "religieux laïque" et maître ès calligraphie, frustrée d'avoir vu l'accès au savoir réservé, dans la tradition bhoutanaise, aux seuls garçons, la jeune Tsomo, un an après la mort de sa mère bien-aimée, prend prétexte de la nécessité d'aller pieusement célébrer sa mémoire dans un temple éloigné de son village pour quitter sa famille. C'est alors que la jeune fille entame sa longue marche, véritable odyssée qui la mène de son village près de Thimphu, la capitale du Bhoutan, à Kalimpong en Inde et jusqu'à Bodh Gaya, haut lieu du bouddhisme. Dans ce voyage, solitaire, qui est celui de toute une vie, une femme en quête de la sagesse promise par les enseignements du Bouddha part à la découverte de sa force intérieure et traverse d'innombrables épreuves jusqu'à ce que s'accomplisse enfin la métamorphose qui la fait accéder à la vérité si longtemps recherchée... Premier roman en provenance du Bhoutan, un pays longtemps "interdit", ce foisonnant récit initiatique est une invitation à voyager au cœur d'une culture profondément méconnue. Brossant, à travers son attachante héroïne, le portrait d'une génération de femmes-pionnières prenant en main leur destin, Kunzang Choden offre, sur son pays, des aperçus inédits et particulièrement audacieux s'agissant d'un royaume réputé pour sa fermeture, car abordés avec une simplicité et une franchise - voire, parfois, un humour - qui ne cessent de surprendre.

Auteur : Née en 1952, bouthanaise jusqu'au plus profond de l'être, Kunzang Choden a consacré la majeure partie de sa carrière a l'analyse de l'évolution de son pays. Après avoir étudié à l'université de New Delhi, elle part pour les Etats-Unis, où elle achève sa formation à l'université du Nebraska. Dès lors, elle s'applique à étudier et rapporter divers aspects du Bouthan, et notamment les traditions orales et le statut de la femme, à travers des ouvrages comme 'Dawa, l'histoire d'un chien errant au Bouthan'. De manière plus concrète, elle a pris part à plusieurs reprises à des projets internationaux en faveur du développement de ce pays, au sein de l'Unesco par exemple. En 2007 sort en France 'Le Cercle du karma', son premier roman, dont l'intrigue se déroule également au Bouthan. Plume subtile et éloquente, Kunzang Choden est de ces écrivains dont les mots nous font voyager.

Mon avis :(lu en mars 2008)

C’est le récit d’une quête vers le bonheur, la sérénité pour Tsumo. Elle est née fille au Bhoutan et là-bas l’instruction est réservée aux garçons. Durant toute sa vie, elle va fuir pour échapper à son destin de femme : sa famille, son mari… Elle nous raconte son histoire et celle de son peuple si riche en traditions à travers un long voyage de vie qui la conduit du Bhoutan jusqu’à l’Inde. Elle fait des rencontres émouvantes. Ce récit nous donne aussi une grande leçon d'humilité pour nous occidentaux. Ce livre est à la fois dépaysant et apaisant. J’ai beaucoup aimé.

Extrait : (page 30)
Les anciens mettaient beaucoup de chose sur le compte du karma. Père se plaisait à expliquer chaque phénomène d'un point de vue religieux. Pour faire passer un message aux enfants, il racontait des histoires religieuses qu'ils adoraient écouter, lesquelles avaient souvent pour but d'illustrer la notion de karma. Tous les êtres étaient ce qu'ils étaient en raison de la façon dont ils avaient vécu au cours de leurs expériences passées, disait-il. Aum Choizom, par exemple, qui restait assise jour après jour devant chez elle à se chauffer au soleil dans l'espoir que celui-ci la guérirait de l'horrible toux qui l'épuisait et lui faisait cracher du sang, souffrait d'une maladie karmique. Aum Chomo et sa famille n'avaient quasiment rien à manger chez eux. Elle mendiait ou empruntait ici et là. Les villageois lui donnaient toujours quelque chose, parce qu'elle ne pouvait rien à sa condition. Tel était son karma. Des années plus tard, ses enfants ayant grandi, les choses changèrent. Leur famille devint prospère. Le karma, là encore. Tsomo fut rassurée d'apprendre que le karma d'un individu n'était pas obligatoirement mauvais tout au long de sa vie. Comme dans la vie d'Aum Chomo, les choses pouvaient changer.

 

Extrait : (page 135)
T
somo se dit qu'elle n'appartenait pas à un lieu comme la grenouille à l'étang, elle ne pouvait pas non plus s'envoler, comme l'oiseau, et s'échapper du mariage. Elle n'était désormais la femme de Wangchen que de nom. Kesang s'épanouissait alors qu'elle s'étiolait. Wangchen buvait plus que de raison. Il s'était mis à la frapper régulièrement. Il s'emportait à la moindre contrariété, ne pouvait supporter la moindre réflexion de la part de Tsomo. Une nuit, il dit qu'il avait besoin d'aller aux toilettes, à quoi sans réfléchir Tsomo répondit qu'elle aussi avait besoin d'y aller. C'était vrai, et dans le passé, ils y étaient souvent allés ensemble.
'Tu me surveilles ?' lui lança-t-il d'une voix pleine de défi dans le noir, et il lui envoya sa main en pleine figure.

 

Extrait : (page 254)
Accepter l'aumône l'incita à une réflexion plus approfondie qui lui fit prendre conscience que charité et partage étaient deux choses bien différentes. C'étaient généralement les pauvres qui partageaient ce qu'ils avaient, tandis que les riches faisaient la charité. Les pauvres partageaient sans motivation aucune, pas même pour acquérir des mérites. Ils partageaient, poussés par une compassion qui leur venait de leur propre expérience. Ils savaient ce que signifiait avoir faim ou manquer de chance. Le pauvre vieil homme qui donnait la moitié de son chapati à un mendiant, la jeune femme qui se privait de son vieux châle pour couvrir un jeune inconnu dormant sur un morceau de carton posé à même les dalles de pierres froides autour du chorten : leur compassion était vraie, inconditionnelle.

22 mars 2009

La promesse de l'ange – Frédéric Lenoir et Violette Cabesos

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Albin Michel – mars 2004 - 496 pages

Livre de Poche – mai 2006 – 627 pages

Présentation de l'éditeur
Rocher battu par les tempêtes, lieu de cultes primitifs sanctifié par les premiers chrétiens, le Mont-Saint-Michel est loin d'avoir révélé tous ses secrets. Au début du XIe siècle, les bâtisseurs de cathédrales y érigèrent en l'honneur de l'Archange, prince des armées célestes et conducteur des âmes dans l'au-delà, une grande abbaye romane.
Mille ans plus tard, une jeune archéologue passionnée par le Moyen Âge se retrouve prisonnière d'une énigme où le passé et le présent se rejoignent étrangement.
Meurtres inexpliqués, amours périlleuses, secrets millénaires... sur le chemin du temps, de la passion, de l'absolu, la quête de Johanna la conduit inexorablement aux frontières d'un monde dont on ne revient pas indemne.
Roman initiatique, thriller métaphysique, un suspense érudit et fascinant de Violette Cabesos et Frédéric Lenoir.


Les Auteurs :

Violette Cabesos, 33 ans, est l’auteur d’un premier roman remarqué Sang comme neige aux éditions Plon (2003).

Frédéric Lenoir, 41 ans, est philosophe et écrivain. Auteur de nombreux essais et ouvrages encyclopédiques, il a dirigé entre autres L’encyclopédie des religions chez Bayard et divers ouvrages dont Mal de terre avec Hubert Reeves, au Seuil et Les Métamorphoses de Dieu chez Plon. Il est l’auteur d’un premier roman paru chez Albin Michel : Le secret, 2001 et du scénario d’une BD (La Prophétie des deux mondes, Albin Michel, 2003).

Mon avis : (lu en septembre 2008)

Le Mont Saint Michel m'a toujours fasciné. La première fois que je l'ai vu j'avais 8 ans : je n'ai jamais oublié ce jour là. La deuxième fois, j'avais 20 ans : la magie de ce lieu a été la même. Ensuite, j'ai eu la chance de travailler pour un chantier extérieur à proximité du Mont pendant 3 jours au début mai. Chaque fois que je levais les yeux de mon travail, je le voyais surgir et je ne pouvais pas m'empêcher de l'admirer... Et le soir, après le dîner, avec mes deux collègues nous arpentions en long et en large les ruelles du Mont désertes des touristes de la journée et cela jusqu'à la nuit. Ce sont des souvenirs inoubliables ! Ensuite jusqu'en 2000, j'ai habité pendant près de 4 ans à 60 km du Mont Saint Michel. Et souvent, le w-e nous venions nous y promener pendant les périodes hors-saison. Voilà pourquoi le Mont Saint Michel reste pour moi un lieu magique que j'aime beaucoup. Ce livre m'a donc passionné, il nous fait découvrir le Mont Saint Michel sous un nouvel angle, nous sommes embarqués dans un aventure incroyable entre le passé et le présent. Les personnages sont attachants et l'intrigue fort bien construite. J'ai été captivée par l'histoire et l'atmosphère étrange et mystérieuse qui caractérise si bien le Mont. La réalité historique est très intéressante et on apprend aussi beaucoup sur le métier d'archéologue.

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21 avril 2009

Un sur deux – Steve Mosby

un_sur_deux Traduit de l’anglais par Etienne Menanteau

Sonatine – février 2008 – 414 pages

Présentation de l'éditeur
C'est un grand jour pour Mark Nelson. Après avoir tout investi dans son travail, à la suite de la mort tragique de sa petite amie, il est nommé dans l'équipe de John Mercer, flic légendaire, qui vient de retrouver son poste après une longue dépression. C'est ce moment précis que choisit l'ennemi intime de Mercer pour réapparaître. Un tueur qui s'en prend aux couples et ne laisse qu'un des deux amants en vie. Lorsqu'il enlève une jeune femme et son compagnon Mercer et Nelson, n'ont que quelques heures pour les retrouver. Ce n'est que le début d'un puzzle cauchemardesque, aux pièces parfaitement ciselées. Les apparences sont en effet trompeuses et le plan du tueur se révèle peu à peu une manipulation machiavélique à l'intensité dramatique et au rebondissement final digne des plus grands thrillers.

Biographie de l'auteur
Steve Mosby est né en 1976 à Leeds. Un sur deux, son premier roman traduit en Français, se place d'emblée au niveau des plus grands livres du genre, tels Le Poète de Michael Connelly ou Shutter Island de Dennis Lehane.

Mon avis : (lu en avril 2009)

Ce livre est un thriller psychologique très bien mené, l'intrigue nous tient en haleine de la première à la dernière page. Pendant un peu moins de 40 heures, on va suivre la traque d'un serial-killer diabolique cherchant à mettre à l'épreuve l'amour de deux êtres, il les torture et n'en laisse qu'un sur deux s'en sortir. Dans chaque chapitre, on voit le point de vue de l'un des différents protagonistes : enquêteurs, victimes... Cela donne du rythme au récit et maintient la tension et le suspens. En lisant ce livre j'ai passé un bon moment, mais rien de plus. Ce n'est pas le type de polar que j'aime le mieux.

Extrait du prologue :
On n'est pas obligés d'y aller, dit-elle, si tu n'en as pas envie. John Mercer se regarda dans le miroir, sans répondre. Il vit sa femme avancer les mains pour lui nouer sa cravate. Elle s'occupait de lui, comme toujours. Il leva un peu le menton, pour qu'elle puisse faire le nœud. Elle commença par le laisser flottant, avant de le serrer doucement.
- Les gens comprendraient.
Si seulement c'était vrai ! Ils auraient peut-être l'air indulgents, mais, au fond d'eux-mêmes, ils ne pourraient s'empêcher de penser qu'il s'était dérobé à son devoir. Il imaginait déjà ce que l'on raconterait à la cafétéria. On évoquerait son absence, on dirait qu'il devait être sous le choc, puis peu à peu on lâcherait que, en dépit de ce qu'il devait ressentir, il aurait dû assister à l'enterrement. Serrer les dents et assumer ses responsabilités. C'était la moindre des choses. Et ils auraient raison. Il serait impardonnable de ne pas y aller. Seulement, il ne savait pas du tout comment il allait faire pour tenir le coup.
Eileen glissa la pointe de sa cravate entre les boutons de sa chemise. Elle la lissa bien.
- On n'est pas obligés d'y aller, John.
- Tu ne comprends pas.
À la lumière du matin, l'air de la chambre semblait bleu acier. Dans le miroir, il avait la peau blanche et flasque, le visage presque éteint. Quant à son corps, bon, elle devait encore tendre un peu les bras pour en faire le tour, mais il n'avait pas l'impression d'être aussi robuste que dans le temps. Les choses qu'il portait semblaient plus lourdes. Il se fatiguait trop vite. Là, bras ballants, il dégageait une impression de vide et de tristesse. Il avait vieilli. Depuis peu.
- Je comprends que tu ne sois pas dans ton assiette, lui dit-elle.
- Ça va aller.

18 avril 2009

Des vents contraires – Olivier Adam

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Edition de l'Olivier - janvier 2009 - 254 pages

Points – janvier 2010 – 282 pages

prix RTL-Lire 2009

Présentation de l'éditeur
« La nuit nous protégeait et à ce moment précis j’avoue avoir pensé que les choses allaient redevenir possibles, ici j’allais pouvoir recoller les morceaux et reprendre pied, nous arracher les enfants et moi à cette douleur poisseuse qui nous clouait au sol depuis des mois, à la fin la maison, les traces et les souvenirs qu’elle gardait de nous quatre, c’était devenu invivable, je ne sortais presque plus et les enfants se fanaient sous mes yeux. »

Depuis que sa femme a disparu sans jamais faire signe, Paul Andersen vit seul avec ses deux jeunes enfants. Mais une année s'est écoulée, une année où chaque jour était à réinventer, et Paul est épuisé. Il espère faire peau neuve par la grâce d'une retour aux sources et s'installe alors à Saint-Malo, la ville de son enfance.

Mais qui est donc Paul Andersen ? Un père qui, pour sauver le monde aux yeux de ses enfants, doit lutter sans cesse avec sa propre inquiétude et contrer, avec une infinie tendresse, les menaces qui pèsent sur leur vie. Dans ce livre lumineux aux paysages balayés par les vents océaniques, Olivier Adam impose avec une évidence tranquille sa puissance romanesque et son sens de la fraternité.

Auteur : Olivier Adam est né en 1974. Il a grandi en banlieue parisienne. Après avoir travaillé à Paris dans une agence d'ingénierie culturelle – où il a entre autres contribué à créer le festival littéraire « Les correspondances de Manosque » – puis aux Éditions du Rouergue en tant qu'éditeur, il s'est installé près de Saint-Malo. Il est l’auteur de nombreux romans dont Passer l’hiver (Goncourt de la nouvelle 2004), Falaises, salué de concert par le public et la critique en 2005 et À l’abri de rien, prix France Télévisons 2007 et prix Jean-Amila-Meckert 2008. Des vents contraires est son sixième roman. Plusieurs de ses livres ont été adaptés au cinéma, dont Poids léger et Je vais bien, ne t’en fais pas (primé aux Césars en 2007) dont il a écrit le scénario avec Philippe Lioret.

Mon avis : (lu en avril 2009)

J'avais très envie de lire ce livre depuis qu'il est sorti et c'est seulement maintenant que j'ai pu me le procurer à la bibliothèque. Je viens de le finir et à la fois, j'en suis chamboulée et mon plaisir est total ! L'histoire est triste, mais pudique à la fois. C'est l'histoire de Paul, il est perdu dans sa vie : sa femme a disparu, ses deux enfants Clément (9 ans) et Manon (4 ans) s'accrochent à lui. Il est écrivain mais depuis le départ de sa femme, il n'arrive plus à écrire. Il s'interroge sur le pourquoi de ce départ et il n'a aucune réponse satisfaisante à donner à ses enfants... Après plus d'un an d'attente, il part avec ses enfants se réfugier à Saint-Malo sa ville d'enfance où son frère lui propose un emploi de moniteur dans l'auto-école familiale. Paul va rencontrer d'autres personnages en détresse ou à aider (Justine, Élise, Bréhel, Thomas et son père...), il va beaucoup boire, peu dormir... A la fin, la recherche de la vérité a abouti et maintenant il va falloir vivre avec cette vérité...

On ressent superbement bien tout l'amour et la tendresse que Paul a pour ses enfants : il veut tout faire pour que Clément retrouve son espièglerie et Manon retrouve le goût de vivre.

J'ai également beaucoup apprécié les descriptions de la mer, des plages, des paysages (que je connais) ainsi que l'hiver, avec le vent et la tempête à Saint-Malo... C'est superbement décrit, on ressent parfaitement le climat, l'ambiance des lieux. Encore un livre d'Olivier Adam que j'ai aimé malgré son ton triste et désespérant...

Extrait : (page 21)

L'hôtel donnait sur la plage, demeure bourgeoise et surannée livrée aux embruns, de la salle à manger aux chambres c'était une débauche invraisemblable de tissus fleuris et de bouquets séchés, partout le bois des meubles luisait et diffusait un parfum doux de miel et d'encaustique. Manon s'est précipitée sur le matelas, un édredon profond comme une poudreuse le couvrait de roses. J'ai ouvert les rideaux et la mer éclaboussait la promenade, on la distinguait mal du ciel, des gerbes d'écume jaillissaient en éclats blanchâtres, surprenaient les passants rares, qui s'écartaient en poussant des cris aigus. La petite a sauté sur le lit pendant une bonne demi-heure. Les ressorts hurlaient à la mort. Clément l'ignorait, enfoncé dans un fauteuil, les jambes prises dans la liane de ses bras minces, il fixait le téléviseur où les chaînes défilaient à un rythme hypnotique. Je lui ai demandé de l'éteindre et nous sommes sortis sur le balcon, deux transats grelottaient sur le bois du plancher et la nuit s'argentait aux abords des lampadaires. La mer déferlait en un fracas croissant. On ne s'entendait plus parler. Je me suis mis à gueuler. Pour rien ni personne. Un cri noir et profond comme le monde.

Extrait : (page 179)

Le chemin glissait le long de la falaise, par les rochers on gagnait le sable et les voiliers à fond de cale. J'en ai choisi un blanc et bleu. Mes pieds s'enfonçaient dans la vase et dans certains creux, l'eau m'arrivait aux mollets. Je me suis hissé sur le pont, la cabine était ouverte et minuscule, j'ai sorti ma bouteille de la poche de mon manteau et je l'ai vidée allongé sur la banquette. Des hublots étroits j'apercevais le désert de sable et l'embouchure du havre. La pluie avait cessé et la lumière jaune mangeait le ciel noir en surplomb des eaux vert-de-gris. J'ai fermé les yeux sans dormir et j'ai attendu. Que la marée me prenne et m'emporte. De temps à autre j'y jetais un œil, je la voyais progresser. Bientôt j'ai senti le bateau s'élever. Il voguait immobile et cerné de toutes parts, un vent calme faisait tinter les filins d'acier le long du mât. Douces comme la soie, les vagues faisaient mine de m'emporter. Dans quatre ou cinq heures elles me déposeraient sur le sable et j'aurais le sentiment d'une traversée.

8 avril 2009

Mémoires de porc-épic – Alain Mabanckou

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Seuil – août 2006 – 228 pages

Prix Renaudot 2006

Résumé : Chez les Bembé, ethnie du Nord du lac Tanganyika, on dit que chaque homme a pour double un animal servile. Ainsi, Porc-Epic a-t-il consacré toute une vie de rongeur à exécuter les basses besognes assassines du terrible Kibandi, charpentier susceptible et colérique qui n'aime ni se faire refouler par les filles ni se faire refuser un crédit à l'épicerie. Et tchac ! Si son maître l'exige, Porc-Epic plante ses piquants en travers des gorges, des tempes et des cœurs ennemis.

Présentation de l'éditeur
Alain Mabanckou revisite en profondeur un certain nombre de lieux fondateurs de la littérature et de la culture africaine, avec amour, humour et dérision. Parodiant librement une légende populaire selon laquelle chaque être humain possède son double animal, il nous livre dans ce récit l'histoire d'un étonnant porc-épic, chargé par son alter ego humain, un certain Kibandi, d'accomplir à l'aide de ses redoutables piquants toute une série de meurtres rocambolesques. Malheur aux villageois qui se retrouvent sur la route de Kibandi, car son ami porc-épic est prêt à tout pour satisfaire la folie sanguinaire de son " maître " ! En détournant avec brio et malice les codes narratifs de la fable, Alain Mabanckou renouvelle les formes traditionnelles du conte africain dans un récit truculent et picaresque où se retrouvent l'art de l'ironie et la verve inventive qui font de lui une des voix majeures de la littérature francophone actuelle.

Biographie de l'auteur
Né au Congo-Brazzaville, Alain Mabanckou vit aux Etats-Unis et enseigne la littérature francophone à l'université de Californie-Los Angeles. Son roman Verre Cassé, publié au Seuil, lui a valu le prix Ouest-France / Etonnants Voyageurs, le prix des Cinq Continents de la Francophonie et le prix RFO du livre.

Mon avis : (lu en janvier 2007)

Conte africain avec comme seule ponctuation la virgule. Mais cela n’est aucunement gênant… j’avais déjà lu un peu plus de 50 pages avant de m’apercevoir qu’il n’y avait ni point, ni majuscule ! L'auteur donne la parole à un porc-épic, il est le double animal de Kibandi et est armé de redoutables piquants et quand son maître l'exige, il exécute des meurtres pour lui. Ce récit nous entraîne dans des aventures rocambolesques. On plonge dans l'univers des contes africains, le dépaysement est totale. Avec dérision, ironie et humour, l'auteur nous invite à une rélexion sur la place de l'homme dans le monde, le sens de la vie mais aussi sur la relation homme-l'animal. Livre très instructif.

Extrait : donc je ne suis qu’un animal, un animal de rien du tout, les hommes diraient une bête sauvage comme si on ne comptait pas de plus bêtes et de plus sauvages que nous dans leur espèce, pour eux je ne suis qu’un porc-épic, et puisqu’ils ne se fient qu’à ce qu’ils voient, ils déduiraient que je n’ai rien de particulier, que j’appartiens au rang des mammifères munis de longs piquants, ils ajouteraient que je suis incapable de courir aussi vite qu’un chien de chasse, que la paresse m’astreint à ne pas vivre loin de l’endroit où je me nourris à vrai dire je n’ai rien à envier aux hommes, je me moque de leur prétendue intelligence puisque j’ai moi-même été pendant longtemps le double de l’homme qu’on appelait Kibandi et qui est mort avant-hier, moi je me terrais la plupart du temps non loin du village, je ne rejoignais cet homme que tard dans la nuit lorsque je devais exécuter les missions précises qu’il me confiait, je suis conscient des représailles que j’aurais subies de sa part s’il m’avait entendu de son vivant me confesser comme maintenant, avec une liberté de ton qu’il aurait prise pour de l’ingratitude parce que, mine de rien, il aura cru sa vie entière que je lui devais quelque chose, que je n’étais qu’un pauvre figurant, qu’il pouvait décider de mon destin comme bon lui semblait, eh bien, sans vouloir tirer la couverture de mon côté, je peux aussi dire la même chose à son égard puisque sans moi il n’aurait été qu’un misérable légume, sa vie d’humain n’aurait pas valu trois gouttelettes de pipi du vieux porc-épic qui nous gouvernait à l’époque où je faisais encore partie du monde animal

28 février 2009

Le feu des origines – Emmanuel Dongala

le_feu_des_origines Edition du Le Serpent à Plumes – octobre 2001 – 324 pages

Description
" En ce temps-là, la semaine n'avait que quatre jours, l'année comptait ainsi beaucoup plus de semaines et les gens vivaient donc plus longtemps sur la Terre. L'enfant survécut à deux semaines, à trois, puis à quatre. On attendit trois lunes entières . L'enfant se mit à babiller, à gazouiller. Il devint beau et fort comme les hommes de la lignée de sa mère. [ ... ] Toute la famille se réunit et le vieux Nimi A Lukeni, mémoire de la nation, le présenta aux ancêtres : " ... ainsi, à partir d'aujourd'hui, tu seras un homme appelé à vivre, tu auras un nom à toi, celui de Mankunku, celui qui défie les puissants et les fait tomber comme les feuilles tombent des arbres. Que l'esprit du grand ancêtre accepte, avec le vin de palme que je crache aux vents et les feuilles de kimbazia que je mâche et crache devant tous, de veiller sur toi. Tâche de devenir fort comme lui et de ne craindre personne, pas même les puissants. Sois digne de la lignée de ta mère. " Et le vent répondit en acceptant le vin, il le porta en gouttelettes fines dans les quatre directions, monta, baisa la face du ciel en effleurant le Soleil avant de retomber sur la mère et le père, grand forgeron. Et l'esprit de l'ancêtre accepta l'enfant en arrêtant définitivement la douleur qui n'avait cessé de mordre le bas-ventre de la mère depuis la naissance du garçon. On l'appela donc Mandala Mankunku. "

Auteur : Né le 16 juillet 1941, figure du renouveau de la littérature africaine, Emmanuel Boundzéki Dongala est un écrivain d'origine congolaise, enseignant aux Etats-Unis. Chimiste de formation, c'est pourtant déjà vers la littérature et le théâtre qu'il consacre une grande partie de son temps en tant qu'animateur du célèbre théâtre de l'Eclair à Brazzaville. Exilé en Amérique après le début des conflits qui frappent son pays à la fin des années 1990, l'écrivain porte un regard désenchanté sur l'Afrique. Ainsi, 'Johnny Chien Méchant', son ouvrage le plus célèbre, dépeint de manière crue et cynique la tragédie des enfants soldats. Ecrivain réaliste en quête de vérité, Emmanuel Boundzéki Dongala a fait de la littérature un moyen privilégié pour mettre à jour les faces cachées du monde et de l'homme.

Mon avis : (lu en janvier 2007)

Emmanuel Dongala raconte l’histoire de Mandala Mankunku en même temps qu’il évoque l’Histoire de l’Afrique. Il raconte l'arrivée des colonisateurs, conquérants, l'exploitation du pays et de ses habitants. Avec la candeur et la lucidité que l'on trouvait déjà dans son livre Les petits garçons naissent aussi des étoiles les personnages de Dongala dénoncent avec force la cruauté et les aberrations de l'Histoire. C'est une très belle évocation du Congo plongé dans la colonisation au travers d'une histoire pleine d'émotions et de poésie. A lire absolument pour mieux comprendre l'histoire africaine.

7 avril 2009

Slam - Nick Hornby

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Plon – mai 2008 - 298 pages

10x18 - juin 2009 - 294 pages 

traduit de l'anglais par Francis Kerline

Quatrième de couverture :  Vous savez ce que c'est, un slam ? En langage de skateboarder ça veut dire qu'on se casse la gueule. Et moi, le skate et les filles, c'est tout ce qui m'intéresse.
Je m'appelle Sam, j'ai 15 ans, je vis avec ma mère qui en a 31. Vous avez pigé : elle m'a eu quand elle avait 16 ans, du coup elle me dit toujours de faire attention avec ma copine. Parce que c'est comme avec le skate : un accident est vite arrivé...
Une incursion touchante et drôle à la frontière délicate qui sépare les jeunes et des adultes.

Auteur : Nick Hornby (né en Angleterre en 1957) est l'auteur de plusieurs best-seller internationaux, parmi lesquels, Haute fidélité, Pour un garçon et Vous descendez !

Mon avis : (lu en avril 2009)

Sam a bientôt 16 ans, il vit avec sa mère de 32 ans, il est passionné de skateboard et son idole est le champion Tony Hawk avec lequel il "discute" à travers un poster géant qu'il a dans sa chambre. Il a une petite amie Alicia. Tout était bien jusqu'au jour où Sam apprend qu'Alicia est enceinte et qu'elle veut garder le bébé. Il est tout d'abord paniqué par sa situation qui semble lui offrir un avenir sombre et impossible. Mais Sam va vite se rendre compte que la vie est beaucoup plus supportable qu'il ne le croyait.

Ce roman est totalement actuel, le héros est dans l'âge difficile entre l'adolescence et l'adulte. Le style est simple, plutôt "parlé. On rit aussi beaucoup dans ce livre. Néanmoins, ce roman me semble surtout destiné aux adolescents ou jeunes adultes.

Extrait du livre :
Donc tout baignait. En fait, je dirais même que ce qui arrivait depuis six mois était bonnard dans l'ensemble.
Exemple : maman avait plaqué Steve, son fiancé pourrave.
Exemple : Mme Gillett, ma prof de dessin, m'avait pris à l'écart après le cours pour me demander si j'envisageais d'aller en fac d'arts plastiques.
Exemple : j'avais réussi deux nouveaux trucs de skate, d'un seul coup, après des semaines à me ridiculiser en public. (Je suppose que vous êtes pas tous des skateurs, donc je vais mettre les points sur les i tout de suite, histoire d'éviter un terrible malentendu. Skate = skateboard. On dit jamais skateboard, d'habitude, donc c'est la seule fois que j'emploierai le mot dans toute cette histoire. Et si malgré ça vous persistez à m'imaginer en train de faire l'andouille sur la glace sous prétexte que skate veut dire patin, faut vous en prendre à votre propre stupidité.)
Et en plus de ça, j'ai rencontré Alicia.
Je me dis qu'il serait peut-être bon que vous sachiez certaines choses à mon sujet avant que j'attaque sur maman et Alicia et tout. Si vous saviez des choses sur moi, il y en a peut-être dedans qui pourraient vous intéresser. Mais, en regardant ce que je viens d'écrire, vous en savez déjà pas mal ou, du moins, vous avez pu vous faire une idée. Vous avez pu deviner que ma mère et mon père vivaient pas ensemble, pour commencer, sauf si vous pensiez que mon père était le genre de personne qui s'en fout que sa femme ait des Jules. Eh ben, il est pas comme ça. Vous avez pu deviner que je skate et vous avez pu deviner que ma matière forte à l'école était le dessin, sauf si vous pensiez que j'étais le genre de personne que les profs prennent toujours à l'écart pour lui dire de s'inscrire en fac dans leur matière. Comme si les profs se disputaient mes talents, voyez. «Non, Sam ! Oubliez le dessin ! Faites de la physique !» «Oubliez la physique ! Ce serait une tragédie pour l'espèce humaine si vous laissiez tomber le français !» Et qu'après ils commencent à se taper dessus.
Ouais, bon. Ce genre de choses m'arrive jamais, vraiment jamais. Je peux vous jurer que j'ai jamais, jamais été à l'origine d'une bagarre entre des profs.

5 avril 2009

La Trahison de Thomas Spencer - Philippe Besson

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Julliard – janvier 2009 – 265 pages

Présentation de l'éditeur
Ils ne sont pas frères, mais se disent jumeaux. Paul et Thomas sont, en effet, nés le même jour. Ce hasard les a rendus inséparables. Leur enfance se déroule à Natchez, dans le Sud des États-Unis, au fil de baignades inoubliables dans le fleuve Mississippi. Les années 1950 sont, pour eux, un âge d'or. La télévision, petite lucarne sur l'extérieur, délivre les images toutes faites d'une Amérique triomphante. Les années 1960 ont le goût de la jeunesse. Paul et Thomas connaissent des heures inoubliables. Pendant longtemps, ils croient leur amitié inaltérable. Jusqu'à leur rencontre avec Claire, une jeune femme libre. Donc dangereuse...
Un parcours de trente ans dans une Amérique ambivalente, traversée par des conflits politiques qui révèlent ses contradictions. De la guerre de Corée à celle du Vietnam, de l'assassinat de Kennedy à celui de Martin Luther King, des soubresauts de la ségrégation à l'incendie des campus universitaires, l'Amérique n'en finit pas de se tordre dans ses propres convulsions. Et de trahir ses valeurs. De son côté, Thomas est embarqué dans les mouvements de révolution des murs, tandis que Paul choisit, lui, l'engagement militaire contre les vietcongs. Des divergences d'opinion qui les conduiront à commettre chacun l'irréparable.

L'auteur : Philippe Besson, né en 1967, est l'auteur de En l'absence des hommes, Son frère (porté à l'écran par Patrice Chéreau), L'Arrière-saison (grand prix RTL-Lire), Un garçon d'Italie, Les Jours fragiles, Un instant d'abandon, Se résoudre aux adieux et Un homme accidentel. Ses romans sont traduits dans dix-sept langues. Il a entamé une collaboration avec André Téchiné.

Mon avis : (lu en avril 2009)

C'est le premier roman de Philippe Besson que je lis.

En toile de fond c'est l'histoire des États-Unis pendant 30 ans à partir du jour où Hiroshima a été détruite par la bombe atomique, le 6 août 1945, ce jour là c'est aussi le jour de la naissance de Thomas Spencer et Paul Bruder, ils ont chacun un vide dans leur vie : père disparu pour Thomas et frère décédé pour Paul. Ils vont devenir inséparables. Nous sommes dans le sud américain profond, et l'ambiance y est merveilleusement décrite. Nous allons les suivre pendant leur enfance, durant l'adolescence avec les premiers émois amoureux, les premières petites amis, la séparation pour l'université... et puis leur rencontre avec Claire MacMullen. Cette histoire d’amitié entre Paul et Thomas plus que frères, de véritables jumeaux est vraiment très belle. L'écriture est simple, fluide. J'ai passé un excellent moment de lecture.

Extrait : (page 33)
Nous avons grandi avec ces instants de recueillement. Avec cette mollesse, parfois, qui s'accordait bien à la torpeur de nos étés. Je dis recueillement et ce n'est pas tout à fait par hasard. En effet, nous n'étions pas seulement dans une indolence qui aurait pu paraître effrayante tant elle ressemblait à de l'hébétude : nous partagions quelque chose aussi, il se produisait un échange entre nous, une communion, comme à l'église, mieux qu'à l'église. Une communion secrète, mutique, mais bien réelle. Avec le recul, j'ai acquis la conviction que c'est dans ces heures inertes et silencieuses que notre amitié s'est forgée, est devenue cette chose dure, ronde, et rassurante. (...) Nous nous aimions, et nous empruntions des voies détournées pour le comprendre.

Extrait : (page 61)
Je me souviens parfaitement du visage et de l'allure de cet homme. C'est stupéfiant comme la photographie est nette. Il était blond, la peau claire, les traits fins. Il avait des épaules rondes. Il portait une chemise de lin beige. Je dois admettre qu'il était beau. Il est devenu d'une absolue laideur à l'instant où il a posé ses doigts sur la joue de ma mère.

Extrait : (page 157)
Nous avons dormi dans un motel dont j'ai oublié le nom (peut-être n'en avait-il pas). La chambre était miteuse (nous n'avions pas d'argent). Elle donnait sur une mangrove superbe plantée de palétuviers fantomatiques ; dans le lointain, on apercevait des maisons créoles. La logeuse qui nous a reçus, une grosse femme aux seins lourds et aux cheveux collants, nous a regardés d'un sale œil. Au début, nous avons cru qu'elle rechignait à louer à des jeunes gens. Son établissement n'était pourtant pas du genre à se montrer sélectif. Nous avons compris plus tard qu'elle éprouvait le plus vif dégoût pour les garçons qui dormaient dans le même lit. Il aurait été facile de lui expliquer que nous étions fauchés. Il était plus facile encore de la laisser mariner dans sa bêtise et dans sa graisse.

10/18 – janvier 2010 – 265 pages

3 avril 2009

Les mains nues - Simonetta Greggio

les_mains_nues Stock – février 2009 – 169 pages

Présentation :
Emma est vétérinaire de campagne. À quarante-trois ans, au beau milieu d'une vie rude, autarcique et solitaire, elle voit débarquer le jeune Giovanni, adolescent fugueur de quatorze ans, dont elle a autrefois connu les parents, Micol et Raphaël. Ce qui s'est joué entre eux, elle a voulu l'oublier, l'enfouir au plus profond. Elle souhaiterait que Giovanni parte, mais il reste. Et s'installe peu à peu entre eux une histoire tendre, fiévreuse et maladroite. Lorsque Micol revient chercher son fils, elle croit comprendre l'irréparable, la liaison entre Emma et Gio. Il y aura procès. Il y aura vengeance. Mais de quoi, et de qui, se venge-t-on ? D'un amour qui reste tabou ? Ou d'un passé dont les blessures ne se sont pas refermées ?

L'auteur :

Italienne, Simonetta Greggio écrit en français. Elle a publié chez Stock deux romans, La douceur des hommes (2005) et Col de l'Ange (2007), et une longue nouvelle, Etoiles (Flammarion, 2006). Elle a également participé à un recueil de nouvelles intitulé Huit (Calmann-Lévy, 2008).

Mon avis : (lu en avril 2009)

Ce livre nous dresse le beau portrait  d’Emma, une femme aux mains nues et rugueuses. Emma est vétérinaire à la campagne : elle ne ménage pas sa peine, elle ne compte pas son temps, il n’y a pas de congés pour elle. Elle habite seule dans une campagne rude.

Quand elle avait 25 ans, elle a beaucoup aimé Raphaël.

Maintenant elle a 43 ans, Gio le fils de Raphaël a bientôt 15 ans, il fuit sa famille et vient passer l’été avec Emma. Malgré la différence d’âge, une histoire d’amour va naître…

Cet amour tabou va être puni par un procès, mais aussi par l’exclusion de la part des bien-pensants.

Le sujet est délicat, mais ce roman est tout en subtilité, beaucoup de sensibilité et de justesse. Il y a de la noblesse dans les sentiments évoqués : l’amitié, l’amour filial, l’amour pour les hommes, l’amour pour les animaux. Le livre est bien écrit et se lit avec plaisir.

Extrait : (début du livre)

«Cette nuit, comme tant d’autres, je ne dors pas. Je reviens en arrière et je repense à nous, à ce que nous aurions dû être, à ce que nous avons été. J’essaie de comprendre ce qui nous a poussés à agir comme nous l’avons fait. A quel moment la vie nous a donné le choix, et pourquoi nous l’avons dédaigné. Mais changer de direction aurait été renoncer à soi-même. Ce que nous n’avons pas fait.

   Le jour où tout a commencé – recommencé, devrais-je dire -, je n’avais aucune idée que, né du cœur même de mon histoire, nid de vipères dans ma réserve de bois pour l’hiver, avant le soir quelqu’un allait frôler ma joue du bout du doigt et, aussi inévitable que l’explosion d’une bombe à retardement, ce simple geste allait se répercuter non seulement sur mon avenir mais aussi sur la vision que j’avais de mon passé.

   C’était au mois de juin, il y a un peu plus de quatre ans, maintenant. A quelle date exactement, je ne m’en souviens pas. Tout le reste je le sais par cœur, tout le reste je ne l’oublierai plus. Mais la date, non, même en allant chercher dans un calendrier. Disons que ça devait être au début du mois, car le vêlage, qui débute en janvier, se termine généralement en avril avec la mise en herbe, et la génisse pour laquelle on m'avait appelée était très en retard.»

Extrait : (page 169)

« L’ai-je déjà dit ? Je suis fière de mes mains. Elles sont dures et lisses comme du cuir, les ongles coupés ras, les tendons saillants. Jamais je ne mets de gants, la délivrance, j'ai besoin de la toucher. Je vois cela comme un héritage de maman : si elle n’a pas réussi à faire de moi une musicienne, elle m’a tout de même légué sa poigne puissante et sensible. Des mains comme de bons outils, faites pour plonger au cœur de la vie. Je n’ai pas d’anneau aux doigts, pas de liens aux poignets. J'aurais traversé ma vie les paumes ouvertes et laissé couler le temps comme de l'eau, comme du sable, sans rien garder.»

30 mars 2009

Le sourire étrusque – José Luis Sampedro

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Métailié – mai 2004 – 318 pages

Présentation éditeur : Salvatore Roncone, vieux paysan calabrais attaché à sa terre et à ses traditions, doit se rendre à l'évidence. Pour combattre cette bête qu'il nomme la "Rusca" et que les médecins appellent le cancer, qui lui dévore peu à peu le ventre et le tue, il doit quitter son village natal et partir en convalescence chez son fils à Milan. Milan que le Calabrais déteste, Milan et sa fureur, sa solitude, sa laideur aussi et sa vie sans goûts ni odeurs. Milan et son fils, qu'il croit ne plus connaître et sa belle-fille qui ne vient pas du même monde. Milan ou l'enfer. Cet enfer qui va pourtant lui offrir son dernier amour - un amour franc et total, plus fort que tout - en la personne de son petit-fils Bruno qu'il ne connaît pas...

L'écriture de José Luis Sampedro est d'une douceur infinie. Il aborde dans ce roman touchant l'approche de la mort, la remise en question et développe le thème de l'apprentissage dans un langage d'une clarté limpide. Nourri de ce talent de la simplicité, Le Sourire étrusque est l'œuvre de la transcendance, celui de la mort par l'amour.

Auteur : José Luis Sampedro (né à Barcelone le 1er février 1917) est un écrivain et économiste espagnol.

Mon avis : 5/5 (lu en mai 2006 et relu depuis)

Ce livre est magnifique, plein d’humanité, c’est l’histoire Salvatore, vieux sicilien reprenant goût à la vie grâce à son petit-fils, Brunettino. Un portrait sans concession de cet homme avec ses travers, ses défauts mais qui est malgré tout très attachant. C’est la rencontre tardive de ce vieil homme en fin de vie avec son petit fils, il va transmettre les valeurs de la vie à ce bambin et une belle complicité va naître entre le petit fils et son grand-père.

L’écriture est pleine de poésie, on trouve dans ce livre des moments de tendresse et d'humour et des émotions fortes. C’est un hymne à la vie, à l’amour et aussi à la mort.

Ce livre fait parti de mes livres préférés. C’est un livre que j’ai souvent offert à des proches.

Le titre de du livre fait allusion à un sarcophage étrusque d’un jeune couple qui fascine Salvatore et qui se trouve Villa Giulia - Musée étrusque à Rome : les visages du jeune couple du sarcophage sont illuminés d'un large sourire. Qu’est ce qui leur a permis de sourire jusque dans la mort ? Quel est ce secret de vie ?

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Sarcophage des époux étrusques découvert à Cerveteri vers 520 av. J.C

Extrait :

"C'est un sacrifice de supprimer peu à peu le tabac ; en revanche, ses petits déjeuners clandestins sont un plaisir, surtout celui qu'il fait trois jours plus tard alors qu'il ne devrait rien manger. On va lui faire une prise de sang à neuf heures pour l'analyse prescrite par le fameux docteur, à la consultation duquel Andrea l'a conduit la veille. Prescrite, en réalité par son assistante ou qui que ce soit – aussi grosse qu'Andrea est mince, mais avec la même façon de parler - car, après de nombreux rendez-vous organisés, attente, couloirs et autres rites préliminaires, ils n'ont pas réussi à pénétrer dans le sanctuaire du médecin. Le vieux s'amuse en pensait à la satisfaction qu'aura Andrea, lorsqu'elle va se lever et apparaître dans la cuisine, de voir avec quelle docilité il s'abstient de manger.

"Cette histoire de jeûner avant les analyses, pense-t-il en savourant son fromage blanc à l'oignon et au olives, c'est des foutaises de médecin. Du cinéma pour toucher plus. Des analyses, pour quoi faire ? De toutes manières, ça va mal tourner, pas vrai Rusca ? Tu vas t'en charger toi !"

On ne lui fait pas la prise de sang au cabinet du fameux docteur, mais au Grand Hôpital. (…)

S'il s'écoutait, le vieux s'en irait sans se faire piquer, mais le fameux docteur va exiger l'analyse pour continuer la routine. "Routine et comédie, c'est ça qui m'énerve… Ils me prennent pour un vieux gâteux ? Ils croient que je suis venu pour me faire soigner ? Pauvres naïfs ! Si c'était pas à cause de cette charogne de Cantonotte qui respire encore, maudit soit-il, est-ce que j'aurais un jour accepté de quitter le village où je pourrais finir mes jours tranquillement dans mon lit, au milieu des copains et avec ma montagne sous les yeux, la Femminamorta, paisible sous le soleil et les nuages ?".

Traduit de l'espagnol par Françoise Duscha-Calandre

17 mars 2009

Le dresseur d’insectes - Arni Thorarinsson

le_dresseur_d_insectes Métaillié – octobre 2008 – 345 pages

traduit de l'islandais par Eric Boury

Présentation de l'éditeur
Au lendemain de la grande fête des commerçants de Akureyri, la grande ville du Nord de l'Islande, on dénombre de nombreuses gueules de bois, quelques dépucelages, plusieurs agressions, plusieurs viols aussi. Mais une femme qui se présente sous le nom de Victoria demande à Einar, le correspondant local du Journal du soir, de se rendre immédiatement, avec la police, dans une "maison hantée" de la vieille ville: ils y découvrent le corps d'une jeune fille étranglée. Personne n'a signalé de disparition. Peu après, Einar apprend que son informatrice, entrée dans une clinique de désintoxication, a été assassinée. Fort de son expérience d'ancien alcoolique, il se fait interner pour mener son enquête. Résistant à la pression de son rédacteur en chef avide de sensationnel, il saura découvrir l'identité réelle des deux victimes, engluées dans des relations perverses, et impuissantes devant les puissances de la modernité qui transforment à marche forcée une société dans laquelle la famille a gardé toute son importance. L'auteur prend le temps de nous présenter ses personnages et leurs ressorts intimes, il nous embarque dans un monde qu'il construit avec beaucoup d'ironie et de tendresse et dont la bande-son très rock and blues, d'où est tiré le titre du livre, donne l'ambiance.

Biographie de l'auteur
Arni Thoraninsson est né en 1950 à Reykjavik, où il vit actuellement. Après un diplôme de littérature comparée à l'université de Norwich en Angleterre, il travaille pour différents grands journaux islandais. Il participe à des jurys de festivals internationaux de cinéma et a été organisateur du Festival de cinéma de Reykjavik de 1989 à 1991. Ses romans sont traduits en Allemagne et au Danemark. Il est également l'auteur de "Le Temps de la sorcière".

Mon avis : (lu en mars 2009)
C’est le second roman d’Arni Thoraninsson après "Le Temps de la Sorcière". On retrouve les personnages du premier roman : Einar, ancien alcoolique, est journaliste au Journal du Soir. Il vit à Akureyri, ville du Nord de l'Islande. Il a une perruche Snaelda, une fille Gunnsa. Et fréquente assidûment le commissaire principal Olafur Gisli.
Au nord de l’Islande, la nuit est interminable ou alors en août, le jour dure longtemps. Aussi, les commerçants de la ville organisent une grande fête et c’est l’occasion de se saouler, de se droguer, de commettre toutes sortes d’agressions, parfois de violer. Ces réjouissances attirent une foule considérable, des touristes islandais et étrangers. Durant cette période, Einar fait un reportage dans une maison qui a la réputation d’être hantée. Peu de temps après, il est contacté par une femme anonyme qui lui demande de retourner dans la maison car une jeune fille vient d’y être assassinée.
L’histoire va prendre son temps pour s’installer. Le cadre policier est presqu’un alibi pour dresser un tableau social de l’Islande. L’auteur nous décrit un pays comme les autres, et la déroute financière qui déstabilise aujourd'hui l'Islande est là pour le démontrer que l'Islande n'est pas hors du monde, qu’elle subit les mêmes violences, et qu’on y meurt aussi étrangement qu'ailleurs…
Les personnages sont attachants et le dépaysement est total.
On apprend également beaucoup sur l’Islande par exemple que les noms des hommes se terminent en –son et ceux des femmes en – dottir car dans ce pays les noms de famille sont rares et que le nom qui suit le prénom est en réalité le prénom du père ou de la mère. Ainsi on appelle Asbjörg : Asbjörg Sigrunardottir Absjörnsdottir car elle est la fille de Sigrun et d’Asbjörn et on appelle Gisli Leopoldsson, le fils de Leopold…

Ce style de policier est différent des livres ("La cité des jarres", "La femme en vert", "La voix", "L’homme du lac") d'Arnaldur Indridason, également islandais, mais j’ai pris beaucoup de plaisir et d’intérêt à le lire.

Extrait : (page : 144)
Comment vais-je me débrouiller, moi ? Voilà la question.
Et comment expliquez-vous que je me dépatouille de la Question du jour en demandant aux gens : les Islandais sont-ils dévergondés ?
Les réponses que je récolte avec August Orn dans la rue piétonne sont les suivantes :
Une jeune lycéenne de dix-huit ans : non, c'est seulement que nous aimons la vie et que nous n'avons pas honte de nous adonner au sexe.
Un homme âgé d'une cinquantaine d'années : les Islandais sont plutôt libres en ce qui concerne le sexe. Fort heureusement. Comment ferions-nous autrement ?
Une femme de plus de soixante-dix ans : cela a beaucoup changé depuis que j'étais jeune. A cette époque-là, tout était interdit. Aujourd'hui, on fait tout ce qu'on veut. Je suis incapable de dire quelle est la meilleure solution, ne connaissant d'expérience que la première.
Un jeune homme de 21 ans : les Islandais sont aussi chauds lapins que les autres. La différence, c'est peut-être qu'eux, ils osent y remédier.

Extrait : (p.163)
Qu'est-ce que ça donne si j'enlève le l et le s d'une femme toute nue et que j'ajoute un t et un a ?
N'y a-t-il donc aucune limite à ce que je suis capable de supporter de la part des gens ?
A trois heures du matin, j'arpentais toujours la salle à manger, horripilé, l'esprit torturé par cette pantalonnade ridicule. Si Victoria ou, du moins, la femme qui se présentait à moi sous cette identité, a monté toute cette mascarade afin de me ridiculiser et, du même coup, rouler la police dans la farine, quel but poursuivait-elle ?
J' ai fait défiler dans mon esprit l'historique de nos
relations, depuis son premier coup de fil jusqu'au dernier, en repensant aux moments que nous avions passés ensemble à Reykjavik et à l'infime quantité d'informations tangibles contenues dans ses propos, qui relevaient le plus souvent d'énigmes insolubles.

 

27 mars 2009

Dans l’or du temps - Claudie Gallay

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Edition du Rouergue – janvier 2006 - 320 pages

Actes Sud – février 2008 – 365 pages

Présentation de l'éditeur
Le narrateur passe l'été en famille, avec sa femme et leurs jumelles de sept ans, dans leur maison normande au bord de la mer. II rencontre par hasard Alice, une vieille dame abrupte et bienveillante à la fois, volontiers malicieuse. Il lui rend visite à plusieurs reprises et une attente semble s'installer : l'homme est en vacances, vacant pour ainsi dire, intrigué et attiré malgré lui ; Alice a des choses à raconter, qu'elle n'a jamais pu dire à personne, des souvenirs qui n'attendaient que lui pour remonter à la surface et s'énoncer. Tout commence par un voyage à New York qu'elle a effectué dans sa jeunesse, en 1941, en compagnie de son père photographe et d'André Breton. Ensemble, ils ont approché les Indiens hopi d'Arizona, dont l'art et les croyances les ont fascinés. Dans l'or du temps plonge au plus intime de ses personnages par petites touches, l'air de rien. Hommage à la figure d'André Breton et à la culture sacrée des Indiens hopi, ce magnifique roman célèbre les rencontres exceptionnelles, celles qui bouleversent l'âme et modifient le cours des existences

Biographie de l'auteur
Née en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. Elle a publié L'Office des vivants (2000), Mon amour ma vie (2002), Les Années cerises (2004), Seule Venise (2004, prix Folies d'encre et prix du Salon d'Annonay) et Les Déferlantes (2008)

Mon avis : (lu en mars 2009)

Je suis en train de devenir une inconditionnelle de Claudie Gallais... J'ai adoré "Les Déferlantes" et pour "Dans l'or du temps" l'effet a été le même. Ce livre m'a transporté : cette rencontre entre le narrateur et Alice est pleine de tendresse et d'émotions.

A travers une très belle rencontre entre une vieille dame et un jeune homme en quête du sens de sa vie, ce roman raconte une transmission, c’est aussi une plongée dans la culture sacrée des Indiens Hopi et un hommage littéraire à la figure d’André Breton.

La vie quotidienne d’Alice et du narrateur alterne avec les souvenirs chez les Indiens hopi. Les phrases sont courtes, les descriptions rendent l’atmosphère particulière, il se dégage du texte une certaine poésie et on est comme hypnotisé par le livre et on ne le lâche plus ! (j'ai failli plusieurs fois rater ma station de train...) Passionnant et superbe !

Le titre fait écho à l'épitaphe de la tombe d'André Breton "Je cherche l'or du temps".

Ce livre est superbement documenté, entre autres, il fait référence au livre "Soleil hopi" de Don C. Talayesva (autobiographie d’un indien hopi).

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Extrait : "Notre maison, La Téméraire, face à la mer, à quelques kilomètres seulement au sud de Dieppe. On l’a achetée juste après la naissance des filles. Un coup de cœur, a dit Anna.

On a emprunté pour dix ans.

L’hiver, La Téméraire prend toutes les tempêtes. On ne vient jamais l’hiver. L’été seulement. Et puis quelques week-ends au printemps. On trouve des troncs d’arbres et des bouées de bateaux dans le jardin. Du sable, des planches, des cadavres de mouettes. Il faut des jours pour tout nettoyer.

Quand on est arrivés il pleuvait. J’ai arrêté la voiture au plus près de la porte. Les jumelles ont pris leurs affaires et elles sont montées directement dans leur chambre. Elles avaient été sages, tout le trajet à remplir leur cahier de vacances. Des trucs de filles. Avec des garçons, on n'aurait pas eu ça.

- Ça quoi ? A demandé Anna.

Je n'ai pas eu envie d'expliquer.

On a ouvert les volets et on a commencé à décharger.

A midi, on a mangé des sandwichs. Les filles avaient trouvé des vieux livres de Martine dans une caisse au grenier. Anna ne voulait pas qu'elles lisent ça alors les filles les lisaient en cachette, à l'école ou quand elles allaient à la bibliothèque du quartier.

L'après-midi, la pluie s'est arrêtée et Anna a emmené les jumelles à la plage. Je suis resté sur la terrasse. C'était marée basse. Les filles couraient. Elles sont allées loin jusqu'à toucher le bord de l'eau.

Quand elles sont revenues, elles avaient faim. Anna a préparé des crêpes. Les filles se sont installées dehors, sur la table blanche de la terrasse."

Extrait : "Le camion était là. Je me suis garé sur le terre-plein. L'épicier avait déjà rabattu la moitié de son auvent. Quand il m'a vu, il a bloqué son geste. Il m'a demandé si je voulais quelque chose et j'ai dit, Oui, des fraises, un kilo. Il a relevé le battant. Il a mis les fraises dans un sac. Le sac, en papier brun. Et comme les fraises étaient rouges et vraiment appétissantes, je lui ai demandé d'en rajouter une poignée.

Je suis retourné à la voiture. Un chemin de terre s'enfonçait, humide, sous le couvert des arbres. Une vieille dame s'éloignait. Elle portait un panier. Elle faisait un pas, un autre. Son panier était plein. Elle devait souvent le poser pour changer de main.

- Voulez-vous que je vous aide ? j'ai demandé en prenant le chemin derrière elle.

Elle s'est arrêtée. Elle m'a toisé moi et elle a toisé la Deux Chevaux. J'ai soulevé le panier.

- Qu'est-ce que vous avez là-dedans pour que ce soit si lourd ?

- Cinq kilos de poires à confitures, elle a dit. Plus le sucre.

Sa voix était grave. Traînante. Je l'ai suivie, une centaine de mètres sur ce chemin de terre. Plus de boue que de la terre. Elle s'est arrêtée devant un portail, une grille en fer en partie envahie par du lierre. Il n'y avait pas d'autres maisons après celle-là. Simplement le sentier qui se resserrait encore et puis les arbres.

Elle a poussé la grille."   

19 mars 2009

Le crime parfait – Frank Cottrell Boyce

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Traduit de l’anglais par Catherine Gibert

Gallimard-Jeunesse - septembre 2007 – 309 pages

Quatrième de couverture :
Depuis que leur père a claqué la porte du garage familial menacé de faillite, l'équipe Hughes se serre les coudes. Dylan, promu homme de la maison, tient le carnet de bord : pluie, pluie, pluie et encore de la pluie ! Peu de chance d'amélioration à moins que l'élégant visiteur venu mettre à l'abri d'inestimables chefs-d'œuvre dans la carrière abandonnée ne puisse résister à leurs offres commerciales. L'art, assurément, peut transformer la vie !

Auteur : Frank Cottrell Boyce est un célèbre scénariste anglais, on lui doit notamment Welcome to Sarajevo, Hilary and Jacky et 24 hour Party People. Il se destinait à la prêtrise lorsqu'il a rencontré sa femme qui se préparait à être religieuse. Ils ont maintenant sept enfants et habitent près de Liverpool.
Son premier roman, "Millions", a remporté la Carnégie Medal et figuré dans les plus prestigieuses sélections de livres. Il a également fait l'objet d'une adaptation cinématographique.

Mon avis : 5/5 (lu en mars 2009)

J’ai beaucoup aimé ce livre qui mêle humour et culture !

Dylan et sa famille habitent une station-service au bord de la faillite en Angleterre, plus exactement à  Manod, ville grise, pluvieuse et ignorée de tous. Suite à une inondation à Londres, les tableaux de la National Gallery sont mis à l’abri dans la carrière de Manod, sous la surveillance de Lester. Grâce à un quiproquo, Dylan aura accès aux peintures, puis finalement tous les habitants de la ville, à un moment ou à un autre, verront un tableau.

L’auteur s’est inspiré d’un fait divers authentique pour raconter cette histoire. Le récit se lit très facilement et est plein d’humour. Des situations cocasses, des personnages excentriques, 11 tableaux et un village qui va devenir créatif et solidaire. En effet, certains habitants après avoir vu une œuvre d’art changent leur regard sur la vie et sur les gens. Les personnages sont vraiment très attachants, souvent naïfs mais aussi sensibles.

Voici les tableaux rencontrés dans ce livre :

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La Joconde – Léonard de Vinci (1452-1519) (Le Louvre - Paris)

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La Belle Jardinière – Raphaël (1483-1520) (Le Louvre - Paris)

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Nature morte aux noix et aux oranges – Luis Meléndez (1716-1780) (The National Gallery - Londres)

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Vieille femme grotesque – Quentin Matsys (1465-1530) (The National Gallery - Londres)

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Les Parapluies – Auguste Renoir (1841-1919) (The National Gallery - Londres)

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Diptyque de Wilton environ 1395-1399 – artiste inconnu (The National Gallery - Londres)

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La Captive grecque – Henriette Browne (1829-1901) (The National Gallery - Londres)

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Les Epoux Arnolfini 1434 – Jan Van Eyck (x – 1441) (The National Gallery - Londres)

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Bain à la Grenouillère – Claude Monet (1840-1926) (The National Gallery - Londres)

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Les Ambassadeurs – Hans Holbein le Jeune (1498-1543) (The National Gallery - Londres)

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Les Tournesols – Vincent Van Gogh (1853-1890) (The National Gallery - Londres)

Un livre destiné aux enfants à partir de 11 ans, mais très distrayant et instructif pour les adultes ou "grands enfants" !

Extrait du livre :
L'Oasis automobile du parc de Snowdonia
Commune de Manod
11 février

Voitures aujourd'hui :
FORD FIESTA BLEUE : Mlle Stannard (barre chocolatée)
CAMION REMORQUE SCANIA 118 : dépanneuse de Wrexham

Temps : pluie

Remarque : Ne pas confondre huile et antigel

Mon père peut tout réparer (demandez à n'importe qui, tout le monde vous le dira). Les Toyota, les Hyundai, les Ford. Et même la microscopique Daihatsu Copen (vitesse maximale : 170 km/h) de la mère de Tom Sympa que, vu sa taille de marshmallow, on est obligé de réparer à la pince à épiler.
Mais les compétences de papa ne s'arrêtent pas aux voitures.
J'en veux pour preuve la fois où on était à Prestatyn quand Minnie a voulu se baigner et que j'ai refusé d'entrer dans l'eau parce qu'elle était trop froide. Minnie n'arrêtait pas de me seriner :
- Viens. Elle est super bonne, une fois qu'on est dedans.
Et je répondais systématiquement :
- Non.
Papa s'est levé, il est allé à la caravane et il en est revenu avec la bouilloire pleine d'eau chaude. Il a versé l'eau dans la mer et m'a dit :
- Dylan. Goûte-la. Dis-moi si ça te va ou s'il faut que j'en rajoute.
- Non, elle est bonne maintenant. Merci, p'pa, ai-je répondu.
- Tu es sûr ?
- Sûr et certain.
- Pas trop chaude ? -Non, juste bien.
- Tu n'as qu'à m'appeler si elle refroidit. Je peux toujours remettre de l'eau à chauffer.
Après quoi Minnie m'a éclaboussé et je l'ai éclaboussée, et on est restés dans l'eau jusqu'au coucher du soleil.
Papa avait réparé la mer pour moi. Ça force l'admiration.
Ma grande sœur, Marie, n'est pas entrée dans l'eau même après la réparation de papa.
- Vous n'avez donc pas idée de ce que l'eau de mer fait aux cheveux ? S’est-elle insurgée.
Et plus tard, quand on jouait au Monopoly dans la caravane, elle a sorti :
- Tu as vraiment cru qu'une malheureuse bouilloire allait réchauffer la mer d'Irlande ?
- Pas toute la mer, évidemment, ai-je répondu. Juste le petit bout où on nageait.
- Comme si ça allait marcher pour de vrai, est intervenue Minnie. Attends que je t'explique les lois de la physique...

7 février 2009

Le Temps de la sorcière - Arni Thorarinsson

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Editions Métailié - août 2007 – 332 pages

Points - octobre 2008 - 425 pages

traduit de l'islandais par Eric Boury

Présentation de l'éditeur
Muté dans le nord de l'Islande, Einar, le sarcastique reporter du Journal du soir, se meurt d'ennui. D'autant qu'il ne boit plus une goutte d'alcool! Tout ceci deviendrait vite monotone... si ce n'étaient ces étranges faits divers qui semblent se multiplier: un étudiant disparaît, des adolescents se suicident... Einar voit d'un autre œil cette microsociété gangrenée par la corruption et la drogue.

Biographie de l'auteur
Né à Reykjavik en 1950, Ami Thorarinsson a étudié la littérature à l'université de Norwich en Angleterre. Il travaille dans divers journaux islandais et participe à des jurys de festivals de cinéma. Il est également l'auteur de Dresseur d'insectes (Métailié).

Mon avis : (lu en février 2009)

J'ai pris ce livre un peu par erreur... en croyant prendre un livre d'Indridason. Mais je n'ai pas été déçu par cet autre auteur islandais. C'est différent d'Arnaldur Indridason, car l'essentiel n'est pas l'enquête policière faite par Einar un journaliste mais un description de la société islandaise aujourd'hui. Tout cela est très intéressant et se lit très bien même si le rythme du livre est lent. Les noms des personnages et des lieux sont un peu difficile à retenir mais j'ai bien aimé ce voyage dépaysant dans le nord islandais à Akureyri.

Extrait : (page 87)
Sur la table de la salle à manger est posé un message : 'Je suis partie retrouver tu c ki !J'espère qu'on se verra ce soir.' A côté, Joa a laissé un gâteau et une friandise qu'elle a achetés dans un magasin ouvert en cette sainte journée. Probablement dans une station-service. Dans mon enfance, les stations-service ne vendaient que du carburant pour véhicules. Il me semble bien qu'aujourd' hui elles font surtout commerce de carburant pour conducteurs.
Je décide de savourer ces douceurs,j'ouvre la porte-fenêtre de la salle à manger et m'installe devant la table en bois sur la petite terrasse avec une tasse et une clope pour me pourlécher les babines au soleil qui brille autant qu'hier. Les skieurs du domaine de Hlidarfjall auraient mieux fait de s'offrir un tour aux îles Canaries. Dans le jardin de la maison voisine, les gamins jouent au foot. Les ordinateurs et la technique n'ont pas encore réussi à détourner la jeune génération du jeu en plein air. Pas encore.

Extrait : (page 196)
Je n'ai jamais bien compris toutes ces coutumes inventées pour supplanter la mort. Ces oraisons et éloges que l'on publie dans les journaux à la mémoire des défunts, tout ça, c'est très bien. On fait ses adieux au défunt en lui rendant les honneurs, qu'ils les ait mérités ou non. Et les mises en bière ? Quelle sorte de sentiment de culpabilité ou de désir masochiste se cache derrière ces rendez-vous autour d'un cadavre ? Cela n'atteste-t-il pas d'un manque cruel d'imagination ? N'est-ce pas suffisant de dire adieu au défunt dans sa tête ? D'avoir une pensée pour lui et de le remercier pour les moments heureux ou pas si heureux passés avec lui, selon les cas.
Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que je ne connais personne qui trouve utile d'assister à une mise en bière. Quant au cadavre, personne ne lui a demandé son avis.

11 avril 2009

Le monde sans les enfants et autres histoires – Philippe Claudel

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Stock – octobre 2006 – 181 pages

LGF - mars 2008 – 153 pages

Présentation de l’éditeur
Les enfants aujourd'hui ne s'en laissent pas conter, mais ce sont néanmoins des enfants, avec leurs angoisses, leur naïveté, leurs interrogations, leurs espoirs. Ces histoires, souvent cocasses et drôles, leur ouvrent une fenêtre poétique et parfois philosophique sur le monde. Au fil des pages, on croise des fées maladroites, des balayeuses de soucis, des chasseurs de cauchemars, des fillettes qui inventent des vaccins pour rendre les gens heureux, et d'autres personnages pleins de tendresse.

Toujours avec pudeur et émotion, Philippe Claudel aborde, grâce à eux, des sujets graves ou tabous, comme la maltraitance, la maladie, la guerre, la mort, la différence, mais aussi tout simplement ces petites peurs ou ces complexes que l'on doit vaincre pour devenir grand. Ces histoires à partager en famille sont une invitation au dialogue, au débat avec les adultes une fois le livre refermé car les grandes personnes oublient trop facilement les enfants qu'elles ont été, et leur responsabilité à l'égard des générations à venir. De superbes illustrations de Pierre Koppe accompagnent ce livre touchant et poétique, pour petits et grands.

Quatrième de couverture (LGP)
Vingt histoires, à dévorer, à murmurer, à partager. Vingt manières de rire et de s’émouvoir. Vingt prétextes pour penser à ce que l’on oublie et pour voir ce que l’on cache. Vingt chemins pour aller du plus léger au plus sérieux, du plus grave au plus doux. Vingt façons de se souvenir de ce qu’on a été et de rêver à ce que l’on sera. Vingt regards pour saisir le monde, dans sa lumière et dans ses ombres. Vingt raisons de rester des enfants ou de le redevenir. Vingt sourires. Vingt bonheurs. Vingt battements de cœur.

Auteur : Philippe Claudel est né en 1962. Auteur notamment des Ames grises (Stock, 2003) et de La petite fille de Monsieur Linh (Stock, 2005). Ses livres sont traduits en plus de vingt-cinq langues.

Mon avis : (lu en novembre 2006 et relu en avril 2009)
C’est un ensemble de 20 histoires ou poèmes autour de l'enfance. Ce livre est très touchant, il nous montre à quel point il est important de rester enfant, ou de le redevenir pour continuer d'espérer, de rêver, de voir le monde en couleur.

Dans ces vingt textes courts plein de poésies, de tendresses, de drôlerie et de réflexion sur notre monde, on trouve un monde où tous les enfants ont disparu, un grand-père qui ne trouve pas d'histoire à raconter à ses petits enfants, Coraline qui ne croit pas au pouvoir d'une fée, Louis qui fait d'horribles cauchemars, Lucas qui disparaît dans les pages d'un livre, Wahid, le petit voisin, qui explique que pas très loin de chez nous, tout à côté, il y a la guerre, comme dans les films sauf que chez lui à Bagdad ce n'est pas un film et qu'il y a des morts et pas des morts qui se relèvent après avoir joué aux morts. Non, des vrais morts qui restent morts tout le temps et pour toujours... Il y a aussi Zazie qui invente un vaccin pour rendre les gens gentils, Juju qui ne s'aimait pas du tout, la petite fille à la bulle, Raymond un vieux chasseur de cauchemars, Jaimé, fillette de 6 ans, qui travaille sur un grand tas d'ordures, un petit âne qui voulait devenir blanc, le gros Marcel, la petite fille qui ne parlait jamais, Léon qui regardait trop la télévision...

J'ai beaucoup aimé ce livre en particulier les nouvelles « Le petit voisin » et « Jaimé ». Ce livre peut être lu aussi bien par les adultes que des pré-ados.

Extrait : (page 64)
Chaque matin, lorsque je vais à l'école, enfin ce qui reste de mon école car les murs et le toit sont percés comme une passoire, je dois faire très attention, c'est ce que me dit ma mère. Je pense que la tienne te dit la même chose, c'est normal, les mères, elles sont toujours inquiètes pour leurs enfants.
Je suppose que, quand tu traverses la route, tu dois faire attention aux voitures qui passent. Moi, c'est comme toi, mais je dois aussi faire attention aux voitures qui ne roulent pas. Celles qui sont arrêtées, immobiles, avec personne dedans, parce que de celles-là, il y en a tous les jours qui explosent, sans prévenir. Le problème, c'est qu'on ne sait pas distinguer celles qui vont exploser de celles qui sont inoffensives, qui sont de vraies voitures quoi !

Extrait : (page 101)
Jaimé marche sur le chemin de la décharge
Elle tient dans sa main droite
Un grand crochet de fer
Dans sa main gauche
Le bras de son petit frère

Demain je quitterai la ville
J'aurai un bel habit très blanc
Et je rendrai visite à mon prince charmant

Jaimé fillette de six ans
Se lève bien avant le soleil
Et se couche après lui
Elle a des cheveux d'or
des yeux couleur de miel
Une peau de cuivre clair

Demain je ferai le tour de la Terre
J'aiderai toujours mon père et ma mère
Mes six soeurs et mes trois frères
Je mangerai deux fois par journaliste
J'aurai une vraie maison
De pierre de brique ou bien de bois

Déjà lu du même auteur : 

les_ames_grises Les âmes grises la_petite_fille La petite fille de Monsieur Linh 

 

 

 

2 mars 2009

Le soleil des Scorta – Laurent Gaudé

le_soleil_des_scorta Actes Sud – août 2004 – 250 pages

Prix Goncourt 2004

Présentation de l'éditeur
Sous le soleil écrasant du Sud italien, le sang des Scorta transmet, de père en fils, l'orgueil indomptable, la démence et la rage de vivre de ceux qui, seuls, défient un destin retors. Par l'auteur de La Mort du roi Tsongor (prix Goncourt des lycéens 2002, prix des Libraires 2003).

Un homme avance sur sa mule dans un paysage pétrifié de chaleur, sous l'implacable soleil des Pouilles, en direction du minuscule village de Montepuccio, où il vient assouvir, au risque d'y perdre la vie, son désir et sa vengeance. Ses fautes de jeunesse - vols, violences, crimes de toutes sortes -, il les a payées de dix-sept ans de prison. Désormais libre, il entend bien, de gré ou de force, faire sienne une femme que dans sa jeunesse il convoitait.
De cette vengeance - on pourrait même dire : de cette scène primitive - va surgir la lignée des Scorta, une famille de "pouilleux" marqués par l'opprobre et la faute originelle, mais qui peu à peu, sur quatre générations, parvient à subsister, à planter ses racines dans un sol fruste, à saisir sa chance, transmettre ses valeurs et s'accorder aux beautés de sa terre natale
L'histoire de la famille Scorta se déroule sur un siècle (1870 à nos jours). Elle prend le double aspect d'un récit "objectif" et linéaire eue viennent scander les soliloques d'un des personnages, Carmela, vieillarde qui, avant de perdre la mémoire, se hâte de confier à l'ancien curé de Montepuccio ce qu'elle n'a pu encore raconter à personne : son voyage à New York avec ses frères, la création du bureau de tabac de Montepuccio, et plus largement sa vision subjective de l'aventure des Scorta.
Car ce roman puissamment sudiste et solaire n'est nullement, au sens où on l'entend couramment, une "saga familiale". Marqué par la force de la parole, par la sincérité des personnages, par l'humilité et l'obstination des gens simples, par la recherche et la connaissance des joies élémentaires, le nouveau livre de Laurent Gaudé entrelace les destins comme les voix d'un hymne étincelant d'humanisme. 

L'auteur vu par l'éditeur
Romancier et dramaturge, Laurent Gaudé a publié chez Actes Sud plusieurs pièces de théâtre : Combats de possédés (1999), Onysos le furieux (2000), Pluie de cendres (2001), Cendres sur les mains (2002), Le Tigre bleu de l'Euphrate (2002), Salina (2003), Médée Kali (2003), Les Sacrifiées ; et deux romans : Cris (2001) et La Mort du roi Tsongor (2002, prix Goncourt des lycéens 2002, prix des Libraires 2003).

Mon avis : (lu en janvier 2005)
Un superbe livre qui nous décrit l'Italie du Sud comme si on y était. On suit l'histoire des Scorta sur plusieurs générations et pendant un siècle : les moments forts, tristes ou heureux. Ce livre est écrit avec des mots simples, beaux et touchants. Les personnages sont émouvants, l'histoire est chaleureuse et palpitante. J'ai beaucoup aimé ce livre.

Extrait :
Sur un chemin de poussière, un âne avançait lentement. Il suivait chaque courbe de la route, avec résignation. Rien ne venait à bout de son obstination. Ni l'air brûlant qu'il respirait. Ni les rocailles pointues sur lesquelles ses sabots s'abîmaient. Il avançait. Et son cavalier semblait une ombre condamnée à un châtiment antique. L'homme ne bougeait pas. Hébété par la chaleur. Laissant à sa monture le soin de les porter tous deux au bout de cette route.

Extrait :
La chaleur du soleil semblait fendre la terre ; Pas un souffle de vent ne faisait frémir les oliviers. Tout était immobile. Le parfum des collines s'était évanoui. La pierre gémissait de chaleur. Le mois d'août pesait sur le massif du Gargano avec l'assurance d'un seigneur. Il était impossible de croire qu'en ces terres, un jour, il avait pu pleuvoir. Que de l'eau ait irrigué les champs et abreuvé les oliviers. Impossible de croire qu'une vie animale ou végétale ait pu trouver, sous ce ciel sec, de quoi se nourrir. Il était deux heures de l'après -midi, et la terre était condamnée à brûler. Sur un chemin de poussière, un âne avançait lentement. Il suivait chaque courbe de la route, avec résignation. Rien ne venait à bout de son obstination. Ni l'air brûlant qu'il respirait. Ni les rocailles pointues sur lesquelles ses sabots s'abîmaient. Il avançait. Et son chevalier semblait une ombre condamnée à un châtiment antique. L'homme ne bougeait pas. Hébété de chaleur. Laissant à sa monture le soin de les porter tous deux au bout de cette route. La bête s'acquittait de sa tâche avec une volonté sourde qui défiait le jour. Lentement, mètre après mètre, sans avoir la force de presser jamais le pas, l'âne engloutissait les kilomètres.

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