Johnny_Chien_M_chant Le Serpent à plume – mars 2005 – 360 pages

Présentation de l'éditeur
Dans le chaos d'une guerre civile avec déplacements massifs de populations, colonnes de réfugiés sur les routes et le lot habituel d'accompagnateurs plus ou moins bienveillants (organisations humanitaires, journalistes, coopérants qu'il faut évacuer, etc.), deux adolescents racontent ce qu'ils vivent. L'un, un jeune garçon (Johnny, qui prendra plusieurs noms de guerre dont celui de Chien méchant) est membre d'une milice. Il tue, viole, pille et assume crânement (et avec naïveté) comme d'autres enfants-soldats le rôle de bourreau, ne comprenant pas que lui aussi est une victime, même dans des situations cocasses. L'autre est une jeune fille (Laokole), qui se sait victime mais regarde les choses avec lucidité, avec distance et même une certaine philosophie malgré tout ce qu'elle vit.
Le récit est conduit à deux voix, comme une fugue où les deux "héros" racontent les mêmes événements, chacun avec son regard, vivent parfois les mêmes événements dans un même espace physique, sans se croiser, s'éloignent, se rapprochent, se suivent et se poursuivent, jusqu'à la scène finale de la confrontation où ils se retrouvent enfin face à face.

Quatrième de couverture
Congo, en ce moment même. Johnny, seize ans, vêtu de son treillis et de son tee-shirt incrusté de bris de verre, armé jusqu'aux dents, habité par le chien méchant qu'il veut devenir, vole, viole, pille et abat tout ce qui croise sa route. Laokolé, seize' ans, poussant sa mère aux jambes fracturées dans une brouetté branlante, tâchant de s'inventer l'avenir radieux que sa scolarité brillante lui promettait, s'efforce de fuir sa ville livrée aux milices d'enfants soldats. Sous les fenêtres des ambassades, des ONG, du Haut Commissariat pour les réfugiés, et sous les yeux des télévisions occidentales, des adolescents abreuvés d'imageries hollywoodiennes et d'information travestie jouent à la guerre : les milices combattent des ennemis baptisés « Tchétchènes », les chefs de guerre, très à cheval sur leurs codes d'honneur, se font appeler « Rambo » ou « Giap » et s'entretuent pour un poste de radio, une corbeille de fruits ou une parole de travers.
Dans ce roman, qui met en scène des adolescents à l'enfance abrégée, Dongala montre avec force comment, dans une Afrique ravagée par des guerres absurdes, un peuple tente malgré tout de survivre et de sauvegarder sa part d'humanité.


Auteur : Emmanuel DONGALA est né en 1941, de père congolais et de mère centrafricaine. Il passe son enfance et son adolescence en république populaire du Congo, puis fait ses études aux Etats-Unis et en France,Il est aujourd’hui professeur de chimie à Simon’s Rock College, dans le Massachusetts, et professeur de littérature africaine francophone à Bard College, dans l’Etat de New York.

Mon avis : 4/5 (lu en mai 2008)

J'ai vu hier qu'un film sortait aujourd'hui « Johnny Mad Dog », à propos d'enfants soldats et je me suis rappelé de ce livre que j'ai lu en mai 2008.

Dans ce livre les récits de Johnny et Laokolé s'alternent. Ils ont tous les deux 16 ans. C'est leur regard à chacun sur la même guerre. Le premier Johnny est un enfant soldat, il se décrit comme « l'intello » du groupe (il a été jusqu'au CM1 avec un niveau de CM2 !), il confond la vraie guerre et les films d'action américains, il viole, il pille, il tue sans peur et sans sentiment, il obéit, il cherche à se faire craindre et avoir l'air d'un chef cruel. Laokolé est une enfant sage et victime de la guerre, elle tente de fuir son village en poussant sa mère handicapée dans une brouette. Elle est sensible, intelligente, elle lutte pour sa survie. On voit également le regard occidental sur une tragédie lointaine. Les réactions des humanitaires, des journalistes sur une zone de conflits.

Ce livre est celui des enfants vieillis trop rapidement par des guerres absurdes. Ce livre est dérangeant : la violence, le réalisme des descriptions, l'absurdité des situations... Mais on est aussi profondément touché par la regard qu'a Laokolé sur les évènements, sur la société et sur l' Afrique. On découvre, à travers elle, une jeunesse africaine responsable, ambitieuse et dynamique.

A lire pour mieux connaître l'histoire contemporaine des conflits Africains.

Extraits :

Johnny : « “Ta gueule!”, ai-je crié à la maman. Et pan! j’ai tiré dans la nuque du gamin agenouillé. La mère affolée s’est précipitée sur le corps de son enfant, mais Petit Piment a “rafalé” avant qu’elle n’atteigne son but. Elle s’est effondrée la tête la première. Bon, on avait déjà perdu assez de temps et il fallait avancer. Nous avons décidé de tuer tous les hommes. De toutes façons ils étaient mayi-dogos. Magnanime, j’ai laissé la vie sauve aux femmes et je leur ai demandé de quitter immédiatement le quartier pour se diriger vers les zones que nous avions déjà conquises. Je sais, ma bonté me perdra un jour. »

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Laokolé : « Notre pays de merde venait encore une fois de plus de tuer un de ses enfants. J’ai sangloté sans retenue, avec de violents soubresauts et des hoquets sonores, maintenant que les miliciens avaient disparu là-bas, dans la poussière du chemin. Maman a essayé de me calmer et de me consoler, mais j'ai continué à pleurer. Je ne sais pas si je pleurais mon amie ou cet enfant que je ne connaissais pas. Je pense que je pleurais les deux. Quel est ce pays qui tuait de sang-froid ses enfants ? Comment peut-on tuer la meilleure amie de quelqu'un ? Vraiment les gens sont méchant, ils n’ont pas de coeur. »

...

Johnny : « Mais comme j'étais intellectuel je savais ce qu’était l’ONU, ouais j'avais entendu parler de cette organisation et de ses soldats. Ces derniers étaient neutres, ils ne faisaient pas la guerre, ils maintenaient la paix. Mais quand ça chauffait et que leur vie était menacée ou si tout simplement ils croyaient qu’elle était en danger, ils fuyaient et vous laissaient tout seuls dans votre merde. »

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Laokolé : « L’humanité est tombée bien bas. De toute façon, il fallait être bien naïve pour croire que le monde était bon, que le monde était beau. Je m'en voulais de n'avoir pas encore appris, malgré tout ce que j'avais traversé, que la confiance c’est bien mais que c’était mieux d’attacher sa brouette comme un caravanier attache son chameau dans le désert bien que sachant qu’il n'y a personne d’autre que lui à mille lieues à la ronde .»

Johny_Mad_Dog

Johnny Mad Dog film de Jean-Stéphane Sauvaire sortie le 26 novembre 2008, il a reçu le Prix de l'Espoir du jury Un Certain Regard au Festival de Cannes 2008.