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A propos de livres...
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20 janvier 2009

Opium – Maxence Fermine

Opium

Albin Michel – février 2002 – 180 pages

Résumé : C'est une route aux mille parfums, aux mille périls aussi : celle qui, partant de Londres pour atteindre les Indes, se perd irrémédiablement dans l'Empire de la Chine. Un périple que l'on nomme la route du thé. Pour la première fois, en 1838, un homme va s'y aventurer, décidé à percer le secret des thés verts, bleus et blancs, inconnus en Angleterre.

Au fil de son voyage, il va rencontrer Pearle, un riche négociant irlandais, Wang, le gardien de la vallée sacrée, Lu Chen, l'invisible empereur du thé, et Loan, une Chinoise aux yeux verts qui porte, tatouée sur son épaule, une fleur de pavot. Au terme de sa quête, l'opium. Un amour que l'on ne choisit pas.

Auteur : Maxence FERMINE est né à Albertville en 1968. Il a passé son enfance à Grenoble, avant de partir à Paris où il restera treize années. Il a suivi pendant un an des cours dans une faculté de Lettres, puis a décidé de voyager en Afrique. Il s'éprend du désert, travaille dans un Bureau d'Etudes en Tunisie. Il se marie et vit maintenant en Savoie avec sa femme et sa fille. Il a déjà publié " Neige " en janvier 1999, " Le violon noir " en septembre 1999 et "L'apiculteur" en août 2000. Opium est son quatrième livre.

Mon avis : (lu en 2006)

J'ai beaucoup aimé la poésie et la délicatesse de Neige et je n'ai pas été déçu par Opium.

Étant amatrice de thé, je me suis laissé emporter une nouvelle fois par l'écriture de Maxence Fermine sur la route des thés : une route aux multiples parfums, aux multiples dangers. Elle part de Londres, se poursuit aux Indes et se termine dans l'Empire de Chine. On est envouté par ce conte philosophique, ce récit d'aventures.

Extrait : "Charles Stowe entra dans la pièce. Un salon feutré envahi d'une multitudes d'objets et de plantes. Pas de clarté, hormis quelques rais de lumière filtrant des persiennes closes. Deux fauteuil, une table basse sur laquelle était disposé un service à thé en argent ciselé, quelques tableaux aux murs. Et partout une odeur d'encens. Il avança lentement et attendit.
- Vous souhaitiez me voir ?
Il fit volte face et découvrit, dans le coin le plus sombre de la pièce, une femme allongée sur un divan drapée de soie. Il ne pouvait rien voir de son visage, excepté sa bouche aussi rouge qu'un fruit. Elle fit jouer les persiennes et la lumière innonda la pièce. Il découvrit alors cette femme, aussi belle et mystèrieuse que la première fois. Elle était simplement vêtue d'une tunique de soie verte. Elle avait de long cheveux noirs. D'immense yeux verts.
Et elle fumait une pipe d'opium."

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5 mars 2009

Comme une mère – Karine Reysset

comme_une_m_re L'Olivier – mars 2008 – 178 pages

Résumé : Elles se retrouvent côté à côte dans la salle des naissances. Elles sont toutes les deux venues
seules. Pour l’une comme pour l’autre, ce jour doit signer un nouveau départ. La très jeune Emilie accouche sous X et croit pouvoir « tout recommencer à zéro », transformer son passé chaotique, un mauvais souvenir. Judith, elle, attend avec une impatience folle et une joie teintée d’inquiétude la naissance de son fils Camille, un miracle après tant d’années de grossesses déçues.
Mais, pour l’une comme pour l’autre, rien ne se passera comme prévu. Judith perd son bébé et, dans un geste de détresse, enlève de la chambre voisine l'enfant promis à l'abandon.
Dès lors, le destin de ces deux femmes est irrémédiablement lié.

L’auteur : Karine Reysset est née en 1974. Elle a grandi entre Arras, Rouen et la banlieue parisienne. Après dix ans passés à Paris, elle s'installe à Saint-Malo. Elle a travaillé durant six ans dans le secteur de l'édition avant de se consacrer pleinement à l'écriture. En 2003, elle publie son premier roman, L'Inattendue, suivi d'En douce en 2004 aux Éditions du Rouergue et de À ta place aux Éditions de l'Olivier en 2006.

Mon avis : (lu en mars 2009)

C'est le premier livre que je lis de cette auteur, et cela m'a beaucoup plu. L'auteur nous raconte l'histoire d'Émilie, jeune de 18 ans qui accouche sous X et de Judith qui accouche le même jour d'un bébé qui ne vivra pas. Cette dernière va enlever Léa, le bébé d'Émilie. L'auteur nous parle alors de l'amour maternelle. Émilie va retrouver son enfant et va essayer de lui donner un avenir grâce à l'amour qu'elle a découvert pour Léa. Judith est seule, elle va vouloir retrouver cette enfant qu'elle a aimé si fort pendant dix jours. C'est un roman simple et plein de délicatesse, avec de superbes descriptions de Saint-Malo, ville où se déroule la plus grande partie du livre, du bord de mer. C'est un livre qui se lit très facilement malgré un sujet douloureux. On est touché par ces deux femmes si fragiles, avec leurs difficultés, leurs doutes...

Extrait : Émilie (page 32)

"- Je la mets dans le lit avec vous ?

Quand Mme Blanchot arrive avec Léa dans son berceau à roulettes, je suis émue que je ne le voudrais. Je flanche carrément.

- Non, à côté, je préfère.

Je ne peux pas. L'entendre, la voir, oui, peut-être, oui, il le faut bien, mais la serrer contre moi, c'est au-dessus de mes forces. Elle risque de rester collée. Elle a beaucoup de cheveux, comme moi à la naissance. Sa peau est belle, ses traits sont fins. Ses petits poings sont fermés. Elle est beaucoup trop mignonne.

- J'ai des choses à te dire...

Ma voix s'étrangle, je ne suis pas encore prête. Il faut que je mette de l'ordre dans mes pensées, sinon ça va être de la bouillie de mots, et elle ne va rien comprendre. C'est déjà suffisamment compliqué. Je suis épuisée. De toute façon, elle dort comme un loir. Quand on sera en forme toutes les deux, on pourra discuter. J'ai juste la force de rapprocher le berceau de mon lit. Je lui attrape la main, ça vaut peut-être mieux que tous les discours. Ses doigts s'enroulent autour de mon pouce.

Elle soupire dans son sommeil. Sa poitrine se soulève. Je pose mon autre main dessus. C'est moi qui ai fait ça. Comment ai-je réussi quelque chose d'aussi parfait ? J'ai une crampe, mais je ne retire pas mon doigt. Je me mords les joues pour ne pas pleurer."

Extrait : Judith (page 36)

"Ce que j'ai appris hier, c'est que tu avais vécu cinq minutes, et que ces minutes, tu les avais passées dans mes bras. Où sont-elles ces cinq minutes ? Qui me les a volées ? Où était ton père ? S'il avait été là, je lui aurais demandé de filmer. Et il aurait accepté, même si ses yeux avaient été des trous noirs. La caméra aurait vu pour lui, se serait souvenue pour nous.

J'ai si froid. Je plonge mes mains dans les manches de mon manteau et le bout de mes doigts touche quelque chose de pelucheux. Figée dans la foule, je n'arrive plus à avancer. Comment ai-je pu oublier de te laisser sous sa protection ? Les pas qui me ramènent sont plus faciles, c'est peut-être le vent qui me pousse vers toi, mon petit garçon, mon petit flocon...

Je voulais leur confier mon gri-gri pour qu'ils le mettent au creux de ton épaule, je n'ai pas la force de te voir une nouvelle fois, mais les portes du bureau sont closes, les équipes en réunion. Je suis désemparée, incapable de m'arracher encore à ce lieu où tout commence, où tout finit.

Dans la chambre au bout du couloir, par la porte entrouverte, j'aperçois la jeune fille, celle de la salle de travail. Elle est endormie. Un nouveau-né repose dans un berceau à ses côtés. J'entre sur la pointe des pieds. Je ne peux m'empêcher de les regarder, elles sont belles, chacune à leur manière. Tableau touchant, désarmant, désolant. Le drap découvre le tatouage sur son épaule. C'est encore une enfant. Elle est plutôt jolie avec ses cheveux blond foncé, sa pâleur et ses lèvres boudeuses.

Le bébé est une vraie poupée, un chef-d'œuvre de la nature. Les lèvres bien roses, ourlées en un baiser imaginaire, les mains ouvertes à la caresse, un teint de porcelaine, un nez retroussé, des cheveux abondants couleur miel. Je passe furtivement la main sur son front, sa peau est si douce."

26 février 2009

La Princesse des glaces - Camilla Läckberg

la_princesse_des_glaces Actes Sud – mai 2008 – 382 pages

Traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain

Présentation de l'éditeur
Erica Falck, trente-cinq ans, auteur de biographies installée dans une petite ville paisible de la côte ouest suédoise, découvre le cadavre aux poignets tailladés d'une amie d'enfance, Alexandra Wijkner, nue dans une baignoire d'eau gelée. Impliquée malgré elle dans l'enquête (à moins qu'une certaine tendance naturelle à fouiller la vie des autres ne soit ici à l'œuvre), Erica se convainc très vite qu'il ne s'agit pas d'un suicide. Sur ce point - et sur beaucoup d'autres -, l'inspecteur Patrik Hedström, amoureux transi, la rejoint. A la conquête de la vérité, stimulée par un amour naissant, Erica, enquêtrice au foyer façon Desperate Housewives, plonge clans les strates d'une petite société provinciale qu'elle croyait bien connaître et découvre ses secrets, d'autant plus sombres que sera bientôt trouvé le corps d'un peintre clochard - autre mise en scène de suicide. Au-delà d'une maîtrise évidente des règles de l'enquête et de ses rebondissements, Camilla Läckberg sait à merveille croquer des personnages complexes et - tout à fait dans la ligne de créateurs comme Simenon ou Chabrol - disséquer une petite communauté dont la surface tranquille cache des eaux bien plus troubles qu'on ne le pense.

Biographie de l'auteur
Camilla Läckberg, née le 30 août 1974, est à ce jour l'auteur de cinq polars (donc "Le Prédicateur") ayant pour héroïne Erica Falck et dont l'intrigue se situe toujours à Fjälbacka, port de pêche de la côte ouest en Suède, qui eut son heure de gloire mais désormais végète. En Suède, tous ses ouvrages se sont classés parmi les meilleures ventes de ces dernières années, au coude à coude avec Millénium de Stieg Larsson. 

Mon avis : (lu en février 2009)

Des comparaisons sont faites avec Millenium… mais n’ayant pas encore commencé Millenium, la seule ressemblance que j’y vois c’est la couverture du livre et la nationalité de l’auteur ! J'ai bien aimé ce roman policier : j'ai apprécié l'ambiance de "Fjällbacka", petite ville de la côte Suédoise, les personnages sont attachants en particulier Erica.

Beaucoup de sensibilité mais aussi d'humour dans cette histoire, le scénario est excellent et le dénouement particulièrement surprenant et inattendu.

L'auteur ayant déjà écrit cinq romans policiers ayant Erica Falck comme héroïne, j'attends avec impatience l'édition en français des prochains !

Extrait : (page 61)
"Il prit doucement une mèche de ses cheveux et la réchauffa entre ses doigts. De petits cristaux de glace fondirent et mouillèrent ses paumes. Doucement il lécha l'eau.
Il appuya la joue contre le bord de la baignoire et sentit le froid mordre sa peau. Elle était si belle. Flottant ainsi sur la couche de glace.
Le lien entre eux était toujours là. Rien n'avait changé. Rien n'était différent. Deux êtres de la même espèce.
Il eut du mal à retourner la main pour ensuite placer leurs paumes l'une contre l'autre. Il entremêla ses doigts aux siens. Le sang était sec et figé, et de petits fragments vinrent se coller sur sa peau.
Le temps n'avait jamais eu d'importance avec elle. Les années, les jours ou les semaines finissaient par former une bouillasse informe où la seule chose qui comptait était ceci. Sa main à elle contre sa main à lui. Voilà pourquoi la trahison était si douloureuse."

7 janvier 2009

Mort d'un super héros – Anthony McCarten

mort_d_un_superheros_ Editions Jacqueline Chambon – septembre 2008 – 332 pages

traduit de l'anglais par Oristelle Bonis

Quatrième de couverture : Bienvenue dans le monde de Donald Delpe, quatorze ans, la peau sur les os, des épaules en portemanteau.
L'air bizarre. Pas de sourcils, pas de poils nulle part. Une tronche de patate pelée. Il enfile les rues du nord de Londres dans ses baskets taille 45, le bonnet tiré bas sur le front, le casque sur les oreilles, son Ipod à fond. Aucun succès avec les fil-les. Et pour couronner le tout, des parents qui l'énervent. Mais pire que tout ça : il a un cancer, et ça ne s'arrange pas. Le monde serait vraiment atroce s'il n'y avait. Miracle Man, l'indomptable, l'invincible superhéros inventé par Donald et dont les aventures remplissent ses carnets - des aventures qui le mettent aux prises avec son ennemi de toujours, Le gant, un docteur fou. Le temps est compté. Donald ne sait pas combien il lui reste à vivre, mais ce qu'il sait, c'est qu'il ne veut pas mourir vierge. C'est son rêve. Miracle Man a Rachel, même le Gant a une infirmière hyper sexy. Mais Donald ? C'est un temps pour les superhéros, qui ont l'habitude de faire leur apparition au moment où on les attend le moins. Mais, à l'inverse des superhéros de BD avec leurs costumes incroyables recouverts d'étranges symboles, les héros, dans la vraie vie, ont l'air tout à fait normaux. La chance de Donald, c'est d'être aidé par plein de superhéros humains. Mais est-ce que ça suffira à le sauver ?

Auteur : né en 1961 à New Plymouth en Nouvelle-Zélande, Anthony McCarten a écrit douze pièces de théâtre, dont Ladies Night, qui a obtenu le Molière de la meilleure pièce comique en 2001, et trois romans. Mort d’un superhéros est le premier à être traduit en français. 

Mon avis : (lu en janvier 2009)

Mort d’un super héros, une tragédie-comédie anglaise drôle et explosive avec au cœur du récit un adolescent malade condamné, amateur et dessinateur de comics. Il est plutôt solitaire. Ses parents le font suivre par un psychiatre pour qu’il retrouve goût à la vie et se batte contre le cancer. Mais l'histoire n'est pas si simple...

On reconnaît l'auteur de pièces de théâtre dans l'écriture de ce livre : il y a 3 actes, les chapitres sont remplacés par des plans séquences, eux-mêmes entrecoupés par des scènes entières d’une bande dessinée écrite quotidiennement par Donald.

Le récit est rythmé, à la lecture on imagine facilement les images qui défilent : les phrases sont courtes et imagées, il y a aussi beaucoup d'humour et l'ensemble est à l'image des 14 ans du héros.

On se retrouve plongé dans une histoire riche en émotions et bouleversante.

Extrait : « Elle confie son Coca à une des filles et file aux toilettes. Est-ce une invitation ? Donald nage en pleine confusion. L'attitude de Shelly appelle mille et une interprétations. Dont une seule l'engage à rester planté là. Les copines de Shelly le regarde, à son tour il leur confie son Coca et se lance à la poursuite de sa nana - sa nana (il peut le dire, enfin), la première sur Dieu-sait-combien à lui avoir offert ses lèvres, la fille dont il chérira le souvenir aussi longtemps qu'il vivra, le songe éveillé de sa vieillesse, s'il lui est donné de vivre vieux, l'étoile à jamais associée au succès inattendu de son scénar à petit budget, sa comédie romantique qui, au lieu du flop prévu, fait un tabac, crève le plafond de son box-office personnel, se démultiplie à l'infini : Shelly ; Shelly 2 : Suite ; Shelly 3: Le Jugement dernier ; Shelly 4 : Résurrection ; Shelly 5, 6, 7... jusqu'à la fin des temps dans le rôle taillé sur mesure pour elle. Oh, Dieu de bonté, laissez-la le jouer, ce rôle, encore et encore. » (p.151)

24 février 2009

Saga Fascination, Tome 1 : Fascination - Stephenie Meyer

fascination traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Luc Rigoureau

Hachette Jeunesse - octobre 2005 – 525 pages

Présentation de l'éditeur
Bella, seize ans, décide de quitter l'Arizona ensoleillé où elle vivait avec sa mère, délurée et amoureuse, pour s'installer chez son père, affectueux mais solitaire. Elle croit renoncer à tout ce qu'elle aime, certaine qu'elle ne s'habituera jamais ni à la pluie ni à Forks où l'anonymat est interdit. Mais elle rencontre Edward, lycéen de son âge, d'une beauté inquiétante. Quels mystères et quels dangers cache cet être insaisissable, aux humeurs si changeantes ? A la fois attirant et hors d'atteinte, au regard tantôt noir et terrifiant comme l'Enfer, tantôt doré et chaud comme le miel, Edward Cullen n'est pas humain. Il est plus que ça. Bella en est certaine. Entre fascination et répulsion, amour et mort, un premier roman... fascinant.

Auteur : Stephenie Meyer (née Morgan le 24 décembre 1973) est une auteur américaine. Elle est l'auteur du beststeller Saga Fascination pour jeunes adultes, qui tourne autour de la relation de la mortelle Bella Swan et du vampire Edward Cullen. Stephenie a vendu plus de 18 millions de livres de la Saga Fascination dans 37 pays,et plus de 8,5 millions de livres uniquement aux Etats-Unis.

Mon avis : (lu en février 2009)

Ceux qui n'ont pas entendu parler de ce livre puis du film maintenant ne doivent pas être nombreux ! Mon fils l'ayant pris à la bibliothèque et l'ayant lu en 1 journée, j'ai voulu découvrir l'histoire et l'auteur. Ce n'ai pas le genre d'histoire dont je raffole (le côté fantastique) mais je me suis laissée prendre par l'histoire. Les personnages sont attachants et la façon de parler d'un amour impossible est vraiment originale et surprenante. J'ai passé un bon moment avec ce livre. Mais je ne suis pas sûre d'avoir envie de lire les 3 autres tomes de la Saga...

twilight_film

Un film tiré du livre, Twilight, chapitre 1 : Fascination, a été réalisé par Catherine Hardwicke et est sorti le 7 Janvier 2009. Les personnages principaux sont joués par Robert Pattinson (Edward) et Kristen Stewart (Bella).

Extrait : "Ma mère me conduisit à l’aéroport toutes fenêtres ouvertes. La température, à Phoenix, frôlait les vingt et un degrés, le ciel était d’un bleu éclatant. En guise d’adieux, je portais ma chemise préférée, la blanche sans manches, aux boutonnières rehaussées de dentelle. J’avais mon coupe-vent pour seul bagage à main.
Il existe, dans la péninsule d’Olympic, au nord-ouest de l’État de Washington, une bourgade insignifiante appelée Forks où la couverture nuageuse est quasi constante. Il y pleut plus que partout ailleurs aux États-Unis. C’est cette ville et son climat éternellement lugubre que ma mère avait fui en emportant le nourrisson que j’étais alors. C’est là que j’avais dû me rendre, un mois tous les étés, jusqu’à mes quatorze ans, âge auquel j’avais enfin osé protester. Ces trois dernières années, mon père, Charlie, avait accepté de substituer à mes séjours obligatoires chez lui quinze jours de vacances avec moi en Californie.
Et c’était vers Forks que je m’exilais à présent un acte qui m’horrifiait. Je détestais Forks.
J’adorais Phoenix. J’adorais le soleil et la chaleur suffocante. J’adorais le dynamisme de la ville immense.
Rien ne t’y oblige, Bella, me répéta ma mère pour la énième fois avant que je grimpe dans l’avion.
Ma mère me ressemble, si ce n’est qu’elle a les cheveux courts et le visage ridé à force de rire. Je scrutai ses grands yeux enfantins, et une bouffée de panique me submergea. Comment ma mère aimante, imprévisible et écervelée allait-elle se débrouiller sans moi ? Certes, elle avait Phil, désormais. Les factures seraient sans doute payées, le réfrigérateur et le réservoir de la voiture remplis, et elle aurait quelqu’un à qui téléphoner quand elle se perdrait. Pourtant…
J’en ai envie, répondis-je.
J’ai beau n’avoir jamais su mentir, j’avais répété ce boniment avec une telle régularité depuis quelques semaines qu’il eut l’air presque convaincant.
Salue Charlie de ma part.
Je n’y manquerai pas.
On se voit bientôt, insista-t-elle. La maison te reste ouverte. Je reviendrai dès que tu auras besoin de moi.
Son regard trahissait cependant le sacrifice que cette promesse représentait.
Ne t’inquiète pas. Ça va être génial. Je t’aime, maman.
Elle me serra fort pendant une bonne minute, je montai dans l’avion, elle s’en alla."

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23 février 2009

La porte des Enfers – Laurent Gaudé

La_porte_des_Enfers Actes Sud – août 2008 - 267 pages

4ème de couverture : Au lendemain d'une fusillade à Naples, Matteo voit s'effondrer toute raison d'être. Son petit garçon est mort. Sa femme, Giuliana, disparaît. Lui-même s'enfonce dans la solitude et, nuit après nuit, à bord de son taxi vide, parcourt sans raison les rues de la ville.

Mais, un soir, il laisse monter en voiture une cliente étrange qui, pour paiement de sa course, lui offre à boire dans un minuscule café. Matteo y fera la connaissance du patron, Garibaldo, de l'impénitent curé don Mazerotti, et surtout du professeur Provolone, personnage haut en couleur, aussi érudit que sulfureux, qui tient d'étranges discours sur la réalité des Enfers.
Et qui prétend qu'on peut y descendre...

Ceux qui meurent emmènent dans l'Au-Delà un peu de notre vie, et nous désespérons de la recouvrer, tant pour eux-mêmes que pour apaiser notre douleur. C'est dans la conscience de tous les deuils - les siens, les nôtres - que Laurent Gaudé oppose à la mort un des mythes les plus forts de l'histoire de l'humanité. Solaire et ténébreux, captivant et haletant, son nouveau roman nous emporte dans un "voyage" où le temps et le destin sont détournés par la volonté d'arracher un être au néant.

L'Auteur :
Romancier et dramaturge né en 1972, Laurent Gaudé a publié chez Actes Sud plusieurs pièces de théâtre : Combats de possédés (1999), Onysos le furieux (2000), Pluie de cendres (2001), Cendres sur les mains (2002), Le Tigre bleu de l’Euphrate (2002), Salina (2003), Médée Kali (2003), Les Sacrifiées (2004), L’Annulaire (in Les Cinq Doigts de la main, 2006) ; quatre romans : Cris (2001), La Mort du roi Tsongor (2002, prix Goncourt des lycéens 2002, prix des Libraires 2003), Le Soleil des Scorta (2004, prix Goncourt 2004, prix Jean-Giono 2004) et Eldorado (2006). Et un recueil de nouvelles, Dans la nuit Mozambique (2007).

Mon avis : (lu en février 2009)

J'ai eu la chance d'assister en direct à l'émission de La Grande Librairie en octobre 2008 et à la présentation de ce livre : j'avais beaucoup aimé ce qu'en avait dit Laurent Gaudé. Je n'ai pu lire son livre que maintenant et je n'ai pas été déçu.

C'est un très beau livre, qui nous raconte une histoire qui est à la fois tragique et mystique. Il y a beaucoup de poésie et l'écriture est simple et fluide. Les personnages sont attachants et plein d'humanité. L'histoire est à la fois passionnante et boulversante, elle nous entraîne dans une grande réflexion autour du deuil, de l'absence des êtres chers et sur l'Amour plus fort que la mort ! A lire absolument !

Extrait :

«Matteo ne le dit à personne, pas même à Giuliana,mais il vivait toujours la même journée. Il était toujours au même endroit, au coin de la via Forcella et du vicolo della Pace. Il ne parvenait pas à quitter ce trottoir. Il y passait des heures en pensée. Tout défilait sans cesse. La journée telle qu'elle s'était passée, la journée telle qu'elle aurait pu passer, les infimes et microscopiques changements qui auraient pu faire qu'elle ne se passe pas comme elle s'était passée. S'il avait marché un peu moins vite. S'il n'avait pas garé la voiture pour poursuivre à pied, ou s'il s'était garé ailleurs. Il lui aurait suffi de changer de trottoir, de passer du côté ombre – comme l'idée 'avait effleuré – ou de prendre le temps de s'agenouiller pour refaire le lacet de Pippo qui le lui avait demandé... Quelques secondes, chaque fois, auraient suffi, pour qu'ils soient ailleurs de quelques centimètres. Quelques secondes d'avance ou de retard et la trajectoire de la balle était évitée. Des événements dérisoires, une voix que l'on croit reconnaître et qui lui aurait fait marquer un temps d'arrêt. Une vespa qui déboule et qui les aurait obligés à faire un pas en arrière. Mais non. Tout avait concouru à la rencontre terrible du corps et de la balle. Quelle volonté avait voulu cela ? Quelle horrible précision dans le hasard pour que tout convergeât ainsi. Était-ce cela que l'on appelait le mauvais œil ? Et, si, oui, pourquoi les avait-il choisis, eux, ce jour-là ? Par ennui ou par désir de jouer un peu ? »

3 février 2009

Sur la plage de Chesil – Ian McEwan

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Gallimard - septembre 2008 - 148 pages

Folio – janvier 2010 – 177 pages

Traduit de l’anglais par France Camus-Pichon

Présentation de l’éditeur :
«Ils étaient jeunes, instruits, tous les deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible…» Le soir de leur mariage, Edward Mayhew et Florence Ponting se retrouvent enfin seuls dans la vieille auberge du Dorset où ils sont venus passer leur lune de miel. Mais en 1962, dans l'Angleterre d'avant la révolution sexuelle, on ne se débarrasse pas si facilement de ses inhibitions et du poids du passé. Les peurs et les espoirs du jeune historien et de la violoniste prometteuse transforment très vite leur nuit de noces en épreuve de vérité où rien ne se déroule selon le scénario prévu. Dans ce roman dérangeant, magistralement rythmé par l'alternance des points de vue et la présence obsédante de la nature, Ian McEwan excelle une nouvelle fois à distiller l'ambiguïté, et à isoler ces moments révélateurs où bifurque le cours d'une vie.

L'Auteur :
Né en 1948, Ian McEwan est considéré comme l’un des écrivains anglais les plus doués de sa génération. L’enfant volé (Du monde entier, 1993, Folio n° 2733) a reçu le prestigieux Whitbread Novel Award et, en France, le prix Femina étranger ; Amsterdam (Du monde entier, 2001, Folio n° 3728), a été couronné par le Booker Prize for Fiction (1998) ; Expiation (Du monde entier, 2003, Folio n° 4158), par le WH Smith Literary Award (2002). L’essentiel de son œuvre est disponible aux Éditions Gallimard.

Mon avis : (lu en février 2009)

C’est le premier livre de cet auteur que je lis. J’ai été attirée par ce livre grâce à sa couverture avec ce bleu-vert, le ciel lumineux et le titre aussi m’a interpellé.

Un roman court et plein de pudeur autour de cette nuit de noces qui nous est racontée.Tout cela semble plein de promesses. Il y a une montée en puissance avec des flash-back où l’on découvre tour à tour l'enfance des deux personnages si différente, leur rencontre, l'évolution de leur attirance. Les deux héros sont touchants. Lui attend cette nuit avec impatience, elle la redoute... J’ai passé un bon moment de lecture.

Extrait :

« Des angoisses plus profondes agitaient Florence, et plusieurs fois, durant le voyage depuis Oxford, elle s'était sentie sur le point de prendre son courage à deux mains et d'exprimer ses craintes. Mais ce qui la troublait était inexprimable, et elle pouvait à peine se le représenter. Contrairement à Edward, qui n'éprouvait rien d'autre que le trac du tout jeune marié avant sa nuit de noces, elle était habitée par une terreur viscérale, par un dégoût incoercible, aussi palpable que le mal de mer. La plupart du temps, durant tous ces mois de joyeux préparatifs, elle avait réussi à ignorer cette tache sur son bonheur, mais dès que lui venait la pensée d'une étreinte -elle ne tolérait aucun autre terme - son estomac se nouait, une nausée la prenait à la gorge. Dans un petit guide moderne et optimiste, qui était censé rassurer les jeunes mariées par son ton enjoué, ses points d'exclamation et ses illustrations numérotées, elle était tombée sur tel mot ou telle expression qui lui donnaient un haut-le-coeur : muqueuse vaginale, ou bien ce sinistre gland luisant. Certaines images insultaient son intelligence, surtout celle de l'entrée dans le corps féminin : "Peu avant qu'il n'entre en elle...", ou "Enfin, il entre en elle", ou encore : "Heureusement, dès qu'il est entré en elle..." Serait-elle donc obligée, le moment venu, de se transformer pour Edward en une sorte de portail ou d'antichambre qu'il puisse franchir ? Presque aussi fréquemment revenait ce mot qui n'était synonyme pour elle que de souffrance, de chairs tranchées par une lame : pénétration. »

29 décembre 2008

La pension Marguerite - Metin Arditi

la_pension_Marguerite Actes Sud – décembre 2005 – 154 pages

Présentation de l'éditeur
En une journée, la vie d'Aldo Neri, violoniste virtuose, va basculer : alors qu'il s'apprête à donner un grand concert à Paris, il reçoit une enveloppe à son hôtel, adressée par le psychanalyste de sa mère, Anna, contenant des liasses de feuillets manuscrits rédigés par celle-ci peu avant son suicide. Rongé par la curiosité, terrifié par ce qu'il pourrait découvrir, Aldo se lance dans la lecture compulsive de ces notes, qui reviennent sur la rencontre de la jeune Anna avec un ventriloque qui allait devenir le père de son fils. Ce roman troublant confronte son personnage aux souvenirs enfouis et menaçants, aux blessures de l'âme qui ont marqué l'homme et forgé l'artiste. La musique, qui exprime si bien l'indicible, y tient une place considérable.

Biographie de l'auteur :
Né à Ankara, Metin Arditi vit à Genève. Chez Actes Sud, il a publié Dernière lettre à Théo (2005), La Pension Marguerite (prix Lipp Suisse 2006), L'Imprévisible (prix des lecteurs FNAC Riviera 2006, prix des auditeurs de la Radio Suisse romande 2007), Victoria-Hall (Babel n° 726) et La Fille des Louganis (2007).

Résumé :

Alors qu’il est à Paris pour un concert, Aldo Neri, violoniste virtuose, reçoit à son hôtel une enveloppe. Un certain Docteur Rey, psychiatre et psychanalyste, lui transmet une liasse de feuillets manuscrits, rédigés par sa mère, Anna, pendant son analyse. Ces notes couchées sur le papier au hasard des souvenirs détiennent-elles la clé du suicide de sa mère dans une chambre d’hôtel sordide de Berlin, cinq ans auparavant ? Pourquoi Berlin ? Rongé par la curiosité, terrifié aussi par ce qu’il pourrait découvrir, Aldo se lance dans une lecture compulsive de ces notes, malgré les mises en garde de Rose, son épouse qui est aussi sa luthière.
Aidée par son analyse, Anna s’y remémore des bribes de vie. Son enfance auprès d’une mère distante, ses premières amours avec Paule qu’elle rencontre dans une institution pour jeunes filles, sa place de femme de chambre à la Pension Marguerite. C’est là qu’Anna rencontre un saltimbanque aux talents de ventriloque qui va devenir le père de son enfant : un fils qu’elle élève seule et à qui elle donne le même prénom que son amant, Aldo…
Au fil des pages, les plaies se rouvrent à l’image de la fente sur la table du violon d’Aldo, de laquelle s’échappe, à chaque coup d’archet, un gémissement.
Ce roman troublant confronte son personnage aux souvenirs enfouis et menaçants, aux confusions d’identité dont il a subi la douloureuse influence mais qui l’ont forgé en tant qu’ homme et en tant qu' artiste. Rien d’étonnant alors à ce que la musique y tienne une place considérable, elle qui exprime si bien l’indicible.

Mon avis : (lu en février 2007)

C'est le premier livre que je lis de cet auteur. L'écriture est sobre et dépouillée. On partage avec intensité cette journée où Aldo va lire le manuscrit laissé par sa mère, et qui va révéler des secrets de famille. En même temps il se prépare à un concert qu'il doit donner le soir même.

J'ai beaucoup aimé ce livre. Une histoire riche, émouvante, troublante.

29 janvier 2009

Les gens du Balto – Faïza Guène

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Hachette Littératures - août 2008 - 180 pages

LGF – janvier 2010 – 153 pages

Présentation de l'éditeur
Jusqu'à ce fameux samedi, il ne s'était jamais rien passé d'extraordinaire à Joigny-les-Deux-Bouts, petite bourgade tranquille en fin de ligne du RER. Yéva, minijupe à ras et verbe haut, rêvait toujours d'une vie ailleurs. Jacquot, son mari chômeur, creusait une fosse dans le canapé à force de jeux télévisés. Leur fils Yeznig, déficient mental, recomptait ses dents après chaque repas. Son frère Tanièl, renvoyé du lycée pour avoir abîmé le conseiller d'orientation, peaufinait sa technique pour serrer les blondes. Le jeune Ali, Marseillais au gros nez, essayait de se fondre dans le décor. Et Magalie, LA blonde du lycée, suivait à la lettre les conseils de son magazine préféré pour rendre crazy tous les mecs. Bref, la routine pour ces habitués qui, un matin, découvrent le patron de " leur " bar, baignant dans son sang. Un drame ? Pas pour les gens du Balto.

Avec ce roman choral, Faïza Guène dévoile de nouvelles facettes de son talent, réussissant à se glisser avec autant d'aisance dans la peau de tous ses personnages. Humour, justesse du trait, Les Gens du Balto confirme que cette jeune romancière n'est pas devenue une figure des lettres par hasard.

Biographie de l'auteur
Faïza Guène a vingt-trois ans. Elle est l'auteur de deux best-sellers, Kiffe kiffe demain (2004) et Du rêve pour les oufs (2006), traduits dans plus de vingt pays.

Mon avis : (lu en janvier 2009)

Ce livre se lit facilement, à travers une enquête policière on découvre une galerie de personnages d’une banlieue pavillonnaire, le langage est actuel (sms, verlan…). Cette enquête autour du meurtre de Jojo le patron du bar n’est qu’un prétexte pour que chacun raconte ses problèmes : l’exclusion, la différence, le chômage, les conflits parents-enfants, le handicap…

Le récit est simple, touchant, plein d’humour.

Extrait :
« Joël, dit Jojo, dit Patinoire

Je m'appelle Joël Morvier et j'ai décidé de raconter mon histoire moi-même. Depuis trente ans, je vis au milieu des journaux alors on me la fait pas. Je vois très bien comment ils déforment la réalité. Je préfère me fier à ma bouche.

J'aurais eu soixante-deux ans en avril, le 12 du mois. Je dis ça pour information, je n'ai jamais fêté un anniversaire de ma vie.

Il paraît que je suis un homme antipathique. Je dirais plutôt que j'ai reçu moins d'amour et de compassion que ce que je méritais. On me fait de faux procès. Je ne suis pas raciste. J'ai des valeurs et visiblement, ça dérange.

Je suis tel que l'usine de la nature m'a fabriqué. On me traite d'insensible mais je n'ai pas eu le choix des options au commencement, ce qui n'a pas empêché la voiture de rouler. Fabrication française je précise.

À les écouter, faudrait s'émouvoir du moindre enfant violé.

Moi aussi je regarde des images à la télévision, les attentats, les accidents, les ouragans et les vieillards qui crèvent de chaleur. Rien à faire. Ça ne me touche pas.

J'ai perdu mon père assez jeune. Je ne suis pas le seul. Un père, ça meurt un jour ou l'autre. C'est pas pour faire chialer que je raconte ça, seulement pour expliquer.

J'ai vécu quelques années avec mon oncle Louis dans l'appartement au-dessus du bar. Puis à son tour, il a claqué. Un cancer. Mon vieux, lui, a eu une mort aussi bête que sa vie. Un accident de chasse. D'ailleurs tout a été accidentel chez lui, même moi.

On est à Joigny-les-Deux-Bouts depuis plus de cinquante ans. Une commune de 4 500 habitants à l'extrémité d'une ligne de RER. Un endroit dans lequel vous ne foutrez sans doute jamais les pieds.

Ici, tout le monde me connaît. Jojo ou « Patinoire » pour les habitués. On me surnomme comme ça disons à cause de ma calvitie avancée. Enfin elle est récente, parce qu'à l'adolescence, fallait voir la tignasse. De dos, je ressemblais à Dalida. Par nostalgie, je garde les cheveux longs malgré le terrain vague sur le dessus. J'étais le patron du café Le Balto. On ne s'est pas beaucoup remué les méninges pour le baptiser. C'est le bar-tabac-journaux du coin. Poumon du village. Et sac à vomi.

Pendant des années, j'ai joué au psychiatre de service. J'en ai passé des soirées à les écouter parler de leurs emmerdements et de leurs histoires de cul. À côté de mon bar, Sainte-Anne passerait pour un salon de thé. J'essayais d'élever le niveau de la conversation mais ça volait pas plus haut que les remboursements de la sécu. Chaque fois que je regardais sur ma gauche, accoudée au bar, Claudine était là, toujours au même endroit. On ne la voyait même plus tellement elle passait son temps à cette place. Ici, tout le monde l'appelait la Veuve noire. On raconte qu'elle a empoisonné son mari quelques semaines après leurs noces. Paraîtrait qu'elle a fichu de l'insecticide dans sa soupe au potiron.

Chaque fois qu'elle avait un coup dans le nez, elle avait cette manie de se déshabiller et elle commençait toujours par retirer ses bas. Je suis sympa, j'épargne les détails.

Un que ça dégoûtait vraiment, c'était Yves Legendre, le gendre du maire de Joigny. C'est pas une blague, il s'appelle vraiment Legendre. Il ne supportait plus d'être dans l'ombre de son beau-père. Sur le ton de la confidence, il finit un jour par m'avouer n'avoir jamais voté pour lui.

J'étais le seul à savoir que Legendre votait coco. Un jour, au début de l'été dernier, il m'a fait commander un abonnement à un magazine de musculation. Ces bouquins pour les maniaques de la gonflette, avec des pages entières de publicités pour les protéines, du genre de celles qu'on donne aux bœufs de concours. Et bien sûr des tas de photos de types musclés et bronzés qui se foutent de l'huile partout sur le corps. Legendre était devenu rapidement accroc. Il en raffolait. Je n'avais pas cherché à en savoir plus. Encore un pédé, je m'étais dit.

Mon seul petit moment agréable de la journée, c'était aux alentours de 19 heures quand Mme Yéva passait acheter ses Gauloises blondes. Sacrément bien chargée. Une belle femme, ça oui. Elle laissait toujours derrière elle une traînée de parfum, comme un grand nuage rose, un nuage d'amour.

Une odeur sucrée qui arrêtait le temps dans le bar. C'est pas que je sois un sentimental mais Mme Yéva, c'est spécial. C'est le genre de femme qui donne de l'inspiration. Il est arrivé qu'une fois ou deux, je lui mette discrètement la main au derrière. Elle l'a vraiment mal pris. Je me suis défendu en disant que je l'avais pas fait exprès mais elle m'a fait une grosse scène. Pendant qu'elle me hurlait à la figure des noms d'oiseaux, je pensais qu'elle avait un sacré caractère et ça m'attirait encore plus fort. Elle vit avec trois hommes et y en a pas un pour rattraper l'autre. Deux fils : un bandit à casquette et un mongol. Et un mari en jogging drogué par la Française des Jeux. Elle doit rester avec lui pour ses prouesses au pieu, je vois que ça. Et encore, faut avoir de l'imagination. Ma Yéva, c'est bien la seule chose qui va me manquer maintenant.

Je baigne dans mon sang, à poil, dans une position incroyable. Je pensais voir défiler ma vie comme un film, mais c'est une connerie. J'entends seulement des voix. »

28 janvier 2009

Sous le soleil de Toscane – Frances Mayes

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Quai Voltaire - 16 juin 1998 - 324 pages

Résumé : « Lors de notre premier été ici, j'ai acheté un grand cahier à la couverture de papier florentin relié de cuir bleu. Sur la première page, j'ai écrit : ITALIE. Il semblait prêt à recevoir des vers intemporels, mais j'ai commencé par y coucher des noms de fleurs sauvages, toutes sortes de projets, et du vocabulaire. J'y ai dépeint nos chambres, nos arbres et les cris des oiseaux. J'y ai copié des recommandations : "Planter les tournesols quand la lune entre dans la Balance", sans avoir aucune idée de la période concernée. J'ai décrit les gens que nous avons rencontrés, les plats que nous avons préparés. Ce cahier bleu s'appelle maintenant Sous le soleil de Toscane, il est l'expression naturelle de mes premiers plaisirs ici. Restaurer, puis arranger la maison ; explorer les innombrables secrets de la Toscane et de l'Ombrie ; mitonner dans une autre cuisine et découvrir les liens, nombreux, entre les plats et la culture - autant de joies intenses qu'irrigue le sentiment profond d'apprendre une autre vie. »

Auteur : Frances Mayes - Ecrivain américain, née à Fitzgerald, Georgie en 1940. Gourmande de la vie qu'elle dévore entre l'Italie et San Francisco, Frances Mayes est l'un des meilleurs auteurs de best-seller de ces dix dernières années. C'est au fin fond de l'Old South des Etats-Unis qu'elle grandit, rêvant déjà de voyages, d'histoire et de littérature. Après ses années universitaires brillamment menées, elle devient professeur de lettres spécialisée en poésie, dont elle dirige le département à l'université de San Francisco. Après quelques recueils de poèmes publiés dans les années 70, comme 'Climbing Aconcagua', 'After such Pleasures' et 'Ex Voto', Frances Mayes doit son salut à une matinée de juin 1985 où, sur un coup de tête, elle achète une demeure délabrée au coeur de la Toscane. Bramassole devient la maison du bonheur et de tous les projets. Avec son mari, ils rénovent l'habitation, et découvrent les coutumes, habitants, traditions culinaires de la région. De cette expérience naît 'Sous le soleil de Toscane'. Publié en 1996, l'ouvrage tient deux ans en tête des ventes. On s'arrache ce bout de bonheur d'outre-Atlantique, le farniente transalpin dépasse les frontières, jusqu'à la France, puis l'Europe. Loin de se laisser griser par le succès, Frances Mayes signe à nouveau 'Bella Italia' en 2000, suivi d'un carnet de bord truffé de magnifiques clichés de Bramassole et de ses environs, 'Une année en Toscane', où l'on entre un peu plus dans l'intimité de l'auteur. Après quelques années de repos, Frances Mayes signe avec son époux un journal de bord, 'Saveurs Vagabondes : une année dans le monde' en 2007, dans lequel elle partage ses impressions de voyages dans ce périple culturel.

Mon avis : (lu en 2001)

J'ai bien aimé  dans ce livre les descriptions de la Toscane, de ses habitants et de ses coutumes, et l'on ressent très bien l'amour de l'auteur pour ce coin de paradis. Je me suis également régalée en lisant les recettes de cuisines accompagnant le livre. Il y a aussi beaucoup d'humour dans les récits de la rénovation de la maison. Un bon moment de lecture.

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Un adaptation de ce livre a été faite au cinéma en 2004, réalisé par Audrey Wells, avec Diane Lane, Sandra Oh, Lindsay Duncan, Raoul Bova, Vincent Riotta, Kate Walsh et Massimo Sarchielli. Je n'ai pas eu l'occasion de voir ce film.

30 novembre 2008

Katarina Mazetti - Les larmes de Tarzan

 

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Traduit par Lena Grumbach et Catherine Marcus

 

Gaïa - octobre 2007 - 272 pages

Actes Sud - novembre 2009 - 276 pages

Présentation de l'éditeur :
Elle c'est Tarzan, lui Janne. Ils n'auraient jamais dû se rencontrer, mais voilà qu'elle lui est tombée dessus, dans tous les sens du terme, un jour où justement elle jouait à Tarzan, suspendue au bout d'une corde. Un sacré numéro, cette Mariana, et pas du tout son genre à lui, l'homme d'affaires plein aux as, habitué à collectionner les canons qu'on voit dans les magazines. Il voudrait bien comprendre pourquoi il est obsédé par cette nana fagotée comme un sac à patates, les cheveux en pétard, qui ne s'épile même pas le maillot et qui, malgré une attirance réciproque et une formidable entente sexuelle, n'est même pas amoureuse de lui. Pour couronner le tout, elle est flanquée de deux mômes impossibles, une vraie calamité pour les sièges cuir de sa Lamborghini dernier cri. Après le succès du Mec de la tombe d'à côté, Katarina Mazetti revient avec une histoire de couple encore plus déjantée. Savoureux.

Auteur :
Née à Stockholm en 1944, Katarina Mazetti est journaliste à la Radio Suédoise. Auteur de livres pour la jeunesse et de romans pour adultes, elle rencontre un succès phénoménal en Suède avec
Le mec de la tombe d'à côté, succès qui ne s'est pas démenti en France. 

Mon avis : 5/5 (lu en mars 2008)
Comme pour son livre précédent « Le mec de la tombe d'à côté », Katarina Mazetti nous raconte l'histoire d'une rencontre improbable entre Mariana et Janne. Un conte de fée moderne.
Mariana (dit Tarzan) vit seule avec ses 2 jeunes enfants, son mari est absent. Elle est professeur d'arts plastiques et effectue des remplacements et les fins de mois sont souvent très difficiles.
Janne est un jeune homme riche qui lors d'une rencontre insolite à la plage tombe amoureux dès le premier regard.
C'est un récit alterné de Janne, de Mariana et de sa fille Belle qui a un regard naïf mais pertinent et touchant de la situation.

Ce livre dénonce les injustices sociales et l'ignorance de Janne sur les difficultés de tout les instants de Mariana pour joindre les deux bouts. C'est un choc de culture sur fond économique, mais il y a aussi beaucoup d'humour malgré une situation grave.

Un très bon moment de lecture, j'ai été très touchée par les différents personnages du livre. Un vrai coup de cœur.

Extrait : 
Tarzan a poussé un hurlement et s'est élancée de la branche. Elle a décrit une grande courbe à travers le feuillage avant de venir s'échouer contre mon épaule gauche dans un bruit flasque et sourd. Le choc m'a propulsé à plusieurs mètres de là, bras et jambes battant comme des ailes.
Disons-le franchement, je n'étais pas à mon avantage la première fois que nous nous sommes rencontrés. Ou, plus exactement, quand elle m'est littéralement tombée dessus.
Et quels ont été ses premiers mots ?
Lâchant la grosse corde avec laquelle elle s'était catapultée, elle s'est exclamée, pas contente du tout :
— Aïe, putain de merde !
Elle s'est frotté le genou qui était un peu rouge après la collision avec ma clavicule et elle m'a reluqué, les sourcils froncés. J'avais en face de moi le portrait tout craché des pires souvenirs de mon institutrice à l'école primaire.
— D'accord, c'était un peu loupé ! a-t-elle dit ensuite. Pardon, excuse-moi, je suis désolée. Mais t'avais qu'à pas
 venir te balader juste là.
Je suis resté sans voix. La dame m'avait presque tué et voilà qu'elle se permettait aussi de critiquer mes déplacements sur une plage publique !
— Mais ferme-la, espèce de Tarzan de mes deux ! ai-je soufflé.
Elle portait en tout et pour tout une culotte de maillot de bain en tissu léopard. Je la trouvais imbuvable et l'envie me démangeait de lui flanquer une gifle, mais je n'avais pas encore complètement récupéré ma respiration, si bien que je suis resté allongé par terre à faire de l'hyperventilation. Elle s'est accroupie devant moi.
— Rien de cassé ?
Pour toute réponse, mes halètements de chien. Un petit môme blond avec une coupe au bol et de sexe indéterminé est sorti d'un buisson et s'est jeté à son cou par-derrière. Il a décollé du sol et s'est accroché à elle comme un sac à dos de grande randonnée.
— Pourquoi il respire comme ça, le bonhomme ?
Le bonhomme ! Je suppose que pour un mini-modèle comme celui-là, un homme de vingt-neuf ans est un bonhomme. Mais ça m'a fait un drôle d'effet de l'entendre, ça doit être la crise de la trentaine qui couve. Je l'ai toisé avec toute la malveillance dont j'étais capable.
Elle lui a distraitement essuyé le nez avec le dos de la main.
On s'est tamponnés. Va enfiler un pull, Bella ! Tu es restée trop longtemps dans l'eau.
Comment ça, on ? Tu m'as tamponné... ai-je fulminé. Je suis sûr que tu l'as fait exprès ! Si j'ai quelque chose de cassé, je porterai plainte, je te préviens !
Je commençais à en avoir marre de cette nana. Elle était plus vieille que moi, au moins dans les trente-cinq ans, avec des cernes noirs sous les yeux et des rides de bronzage.
J'ai senti quelque chose me brûler la fesse. Putain ! J'avais atterri sur mes lunettes de soleil Armani, celles que je venais juste d'acheter à Hongkong trois semaines auparavant ! Et je m'étais coupé avec les éclats !
— Je ne rigole pas, ai-je réussi à articuler une fois que j'eus fini de haleter comme une femme en couches. Ça s'appelle mise en danger d'autrui par imprudence, ce que tu viens de faire. Je vais te dénoncer à la police !
Elle a rigolé, mais sans la moindre joie.
— Bonne chance ! a-t-elle dit. Tu n'obtiendras pas plus de ma part que ce que l'huissier a réussi à me soutirer cette année. C'est-à-dire rien. Mais jette donc un coup d'œil sur le panneau là-bas, ça va te calmer.

 

23 janvier 2009

La voix - Arnaldur Indridason

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Editions Métailié -février 2007 - 336 pages

Points - janvier 2008 - 400 pages

traduit de l'islandais par Eric Boury

Résumé : Le père Noël a été assassiné juste avant le goûter d'enfants organisé par le directeur de l'hôtel de luxe pris d'assaut par les touristes, alors s'il vous plaît, commissaire, pas de vagues. C'est mal connaître Erlendur. Le père Noël était portier et on tolérait qu'il occupe une petite chambre dans les sous-sols depuis 20 ans, mais la veille on lui avait signifié son renvoi. Et puis, sur son bel habit rouge pendait un préservatif usagé. Il n'avait pas toujours été un vieil homme, il avait été Gulli, un jeune chanteur prodige, une voix exceptionnelle, un ange. Les interminables fêtes de fin d'année du pays du père Noël (11 jours) dépriment le commissaire qui s'installe dans une chambre de l'hôtel et mène son enquête à sa manière rude et chaotique. Sa fille essaye de ne pas replonger dans la drogue, elle vient le voir souvent, elle a eu de mauvaises fréquentations qu'elle présente à son père, ce qui permet à ce dernier d'avancer dans sa connaissance de la prostitution de luxe, et puis il y a cette jolie technicienne des prélèvements d'ADN, tellement séduisante qu'Erlendur lui raconte ses secrets. Le 45 tours enregistré par le jeune garçon, cette voix venue d'un autre monde ouvre la porte à des émotions et des souvenirs, à des spéculations de collectionneurs et à la découverte des relations difficiles et cruelles entre les pères et les fils.

L'auteur :
Arnaldur Indridason est né à Reykjavik en 1961, où il vit. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. II est l'auteur de romans noirs, dont La Cité des Jarres (prix Clé de Verre 2002, prix Mystère de la Critique 2006), La Voix (Grand Prix de littérature policière et Trophée 813, en 2007), La Femme en vert (prix Clé de Verre 2003, Gold Dagger 2005 (GB) et Grand Prix des lectrices de Elle policier 2007) et L'homme du Lac 2007.
 

Mon avis : (lu en août 2008)

C'est le deuxième livre que j'ai lu d'Arnaldur Indridason et tout comme le premier, j'ai été impressionné par l'originalité de l'enquête décrite. L'histoire est lourde de mystère, de tristesse. C'est un huis-clos dans l'hôtel. Les personnages sont tout aussi important que l'enquête. Quelques jours avant Noël, dans un palace de Reykjaviik, le portier Gaudlaugur (endossant occasionnellement le costume du Père Noël pour la fête des enfants) est retrouvé assassiné dans un cagibi qui lui servait de domicile depuis plus de vingt ans dans la cave de l'hôtel. Le commissaire Erlendur est chargé de l'enquête. Il a des soucis familiaux : sa fille junkie, qui vient de perdre son enfant et qui est prête à rechuter. En cette période de Noël, des souvenirs d'enfance lui reviennent aussi. Comme d'habitude avec Arnaldur Indridason, un retour vers le passé va être nécessaire pour résoudre l'enquête avec de multiples rebondissements. Nous allons nous trouver face au sort difficile des enfants vedettes (ici les jeunes chanteurs aux voix si pures) et à l'univers des collectionneurs.

Extrait : (page 129)
"- Il n'
existe rien de plus terrible que d'opprimer un enfant par une discipline inflexible afin de le forcer à satisfaire des exigences hors d'atteinte. Je ne parle pas ici de la discipline de fer qu'il convient d'appliquer aux enfants insupportables qui ont besoin d'être guidés et tenus, c'est tout autre chose. Il est évidemment nécessaire de discipliner les enfants. Ce dont je vous parle, c'est d'une situation où l'enfant n'a pas le droit d'être un enfant. Où on lui interdit la joie d'être celui qu'il est vraiment ou qu'il voudrait être, mais où on le fait ployer, voire on le brise afin d'en faire autre chose. Gudlaugur était doté de cette magnifique voix de petit garçon, une voix de soprano enfant, et son père avait décidé qu'il accomplirait de grandes choses dans sa vie. Je ne suis pas en train de dire du mal de façon consciente et calculée, mais il l'a spolié de sa propre vie. Il lui a volé son enfance
."

23 janvier 2009

Chocolat – Joanne Harris

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Quai Voltaire - mars 2000 – 333 pages

J'ai lu - mai 2001 - 381 pages

traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff

Quatrième de couverture
Lansquenet est un petit village au cœur de la France où la vie s'écoule, paisible et immuable. L'arrivée d'une mystérieuse jeune femme, Vianne Rocher, et de sa fille, Anouk, va tout bouleverser. D'autant qu'elle s'avise d'ouvrir une confiserie juste en face de l'église, la veille du carême !

Dans sa boutique, Vianne propose d'irrésistibles sucreries. Et beaucoup succombent à son charme et à ses friandises... Car le chocolat de Vianne soigne les espoirs perdus et réveille des sentiments inattendus. Tout cela n'est pas du goût du comte de Reynaud et du curé, convaincus tous deux que les douceurs de Vianne menacent l'ordre et la moralité... En tout cas, la guerre est déclarée. Deux camps vont s'affronter : les partisans des promesses célestes et ceux des délices terrestres.

Auteur : Michèle Sylvie Joanne Harris est née à Barnsley, Yorkshire est un auteur britannique.
Né d'une mère française et d'un père anglais sa vie de famille a été rempli avec de la nourriture et du folklore.
Elle a étudié à Cambridge, où elle a lu moderne et médiévale langues.
Joanne Harris publie son premier roman en 1989. C'est son deuxième livre : "Chocolat" qui la fait connaitre du grand public. Le livre sera présenté à l'écran avec dans le rôle principal Juliette Binoche.
Joanne Harris a publié une dizaine d'ouvrages traduits dans plus de quarante pays.
Elle vit actuellement avec sa famille dans le Yorkshire.

Mon avis : (lu en juillet 2000) 

Superbe roman, bien écrit, qui nous invite à aimer et à regarder le chocolat d’une autre façon. Je me suis régalée en lisant les descriptions des recettes des bonbons au chocolat…

J’ai suivi l’histoire de personnages attachants. Il y a Vianne femme non mariée, mystérieuse, un peu sorcière qui veut le bonheur des autres, sa fille Anouk, gaie et intelligente, la femme du patron café du village, femme battue ; Guillaume très attaché à son chien, Roux et ses amis gitans et nomades, qui s'arrêtent dans le village avec leurs péniches ; Luc, adolescent timide, bégayant, avec une mère critique et petit-fils d’Armande, une vieille femme indépendante, qui mène sa vie comme elle l'entend malgré les critiques de ses proches et des « biens pensants » du village…

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Une adaptation de ce livre au cinéma a été réalisée par Lasse Hallström avec Juliette Binoche, Johnny Depp, Lena Olin est sortie en 2001. J'avais lu le livre avant de voir le film et je n'ai pas été déçu... On ressent bien l'esprit « conte » du livre et l'ambiance pesante de ce petit village. Juliette Binoche est rayonnante en Vianne. Très beau film.

Extrait : « Armande remarqua mon hésitation et braqua un doigt accusateur sur sa tasse. "Pas de rationnement ! ordonna-t-elle. Donnez-moi le grand tralala. Copeaux de chocolat, une de ces petites cuillères en sucre candi, enin tout, quoi ! Ne vous mettez pas à devenir comme les autres, à me traiter comme si je n'avais plus assez de tête pour me débrouiller toute seule. Est-ce que je vous parais sénile ? "
Je lui affirmai que non.
"Bien, dans ce cas." Elle sirota la puissante mixture généreusement sucrée avec une satisfaction évidente. "C'est bon. Humm. Très bon. Censé vous donner de l'énergie, pas vrai ? Un authentique ... Comment appelez-vous ça ... ah oui, un stimulant ? "
J'acquiesçai.
"Un aphrodisiaque aussi, d'après ce qu'on raconte, poursuivit Armande avec malice, en m'observant à la dérobée par dessus le rebord de sa tasse. On n'est jamais trop vieille pour se payer du bon temps ! " Son éclat de rire retentit tel un croassement. Sa voix était stridente et surexcitée, ses mains de vieille femme tremblaient. Plusieurs fois, elle porta la main au bord de son chapeau comme pour le rajuster. »

21 janvier 2009

L'homme du lac – Arnaldur Indridason

l_homme_du_lac Editions Métailié - janvier 2008 - 348 pages

traduit de l'islandais par Eric Boury

Présentation de l'éditeur
En juin 2000, un tremblement de terre provoque un changement du niveau des eaux du lac de Kleifarvatn et découvre un squelette lesté par un émetteur radio portant des inscriptions en caractères cyrilliques à demi effacées. Le commissaire Erlendur et son équipe s'intéressent alors aux disparitions non élucidées dans les années 60, ce qui conduit l'enquête vers les ambassades des pays de l'ex-bloc communiste et les étudiants islandais des jeunesses socialistes boursiers en Allemagne de l'Est, pendant la guerre froide.
Tous ces jeunes gens sont revenus du pays frère brisés par la découverte de l'absurdité d'un système qui, pour faire le bonheur du peuple, jugeait nécessaire de le surveiller constamment.
Erlendur, séduit par un indice peu commun, une Ford Falcon des années 60, et ému par l'amour fidèle d'une crémière abandonnée, s'obstinera à remonter la piste de l'homme du lac dont il finira par découvrir le terrible secret.
Indridason nous raconte une magnifique histoire d'amour victime de la cruauté de l'Histoire, sans jamais sombrer dans le pathos. L'écriture, tout en retenue, rend la tragédie d'autant plus poignante.


Biographie de l'auteur
Arnaldur Indridason est né à Reykjavik en 1961, où il vit. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. II est l'auteur de romans noirs, dont La Cité des Jarres (prix Clé de Verre 2002, prix Mystère de la Critique 2006), La Voix (Grand Prix de littérature policière et Trophée 813, en 2007) et La Femme en vert (prix Clé de Verre 2003, Gold Dagger 2005 (GB) et Grand Prix des lectrices de Elle policier 2007).

Mon avis : (lu en janvier 2009)

C'est le quatrième livre de cet auteur que je lis, et je l'ai trouvé excellent. J'ai retrouvé avec plaisir l'équipe du commissaire Erlendur, avec Elinborg qui écrit un livre de cuisine, Erlendur a toujours des problèmes relationnels avec ses enfants (dans ce livre, on croise son fils Sindri Snaer)…

C'est encore une histoire de disparition, un récit à deux voix : un au présent et l'autre dans le passé au temps de la guerre froide. En effet, un squelette est découvert lesté avec un appareil radio russe au fond du lac de Kleifarvath et Erlendur va enquêter sur les disparitions non élucidées dans les années soixante. On va suivre l’histoire d’un groupe d’étudiants islandais socialistes qui partaient étudier en RDA et qui découvrait le communisme derrière le rideau de fer avec la l’omniprésence de la Stasi…

Cette fois, nous voyons l'Islande en été avec le soleil qui ne se couche pas.

Je suis vraiment devenue une inconditionnelle de Indridason !

Extrait :
- Et le cadavre du lac ? demanda Erlendur.
- Je crois que l'homme que nous recherchons est étranger, répondit Erlinborg. L'idée d'un Islandais attaché à un appareil d'écoute russe me semble complètement absurde. Je n'arrive pas à m'imaginer qu'un truc pareil ait pu se passer ici.
- La guerre froide, nota Sigurdur Oli. Drôle d'époque.
- Oui, drôle d'époque, convint Erlendur.
- Cette guerre froide se résumait à une peur de la fin du monde, observa Erlinborg.J'ai l'impression d'avoir toujours vécu avec cette peur. On n'arrivait jamais à la chasser de notre esprit. La fin du monde planait constamment au-dessus de nos têtes. Voilà la seule guerre froide que je connaisse.

20 janvier 2009

L’Apiculteur – Maxence Fermine

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Albin Michel - août 2000 - 194 pages

Lgf - septembre 2002 - 222 pages

Présentation de l'éditeur
" Je recherche l'or du temps ", écrivit le poète André Breton. Cette maxime aurait pu être celle d'Aurélien, héros de ce roman d'aventures initiatique. Depuis qu'une abeille a déposé sur sa ligne de vie une fine trace de pollen doré, ce jeune Provençal de la fin du XIXe siècle ne rêve plus que de l'or - un or symbolique, poétique, qui représente bien plus que le métal précieux. Son rêve le décidera à se détourner des champs de lavande familiaux pour installer des ruches et fabriquer le miel le plus suave. Puis, après l'anéantissement de son travail par un violent orage, à partir pour l'Abyssinie, où l'attend une femme à la peau d'or, qu'il a vue en rêve... On croise Van Gogh et Rimbaud dans ces pages lumineuses, où le songe doré d'Aurélien lui vaudra de connaître bien des aléas, avant qu'il ne découvre l'or véritable de la vie.

Auteur : Maxence FERMINE est né à Albertville en 1968. Il a passé son enfance à Grenoble, avant de partir à Paris où il restera treize années. Il a suivi pendant un an des cours dans une faculté de Lettres, puis a décidé de voyager en Afrique. Il s'éprend du désert, travaille dans un Bureau d'Etudes en Tunisie. Il se marie et vit maintenant en Savoie avec sa femme et sa fille. Il a déjà publié " Neige " en janvier 1999 et " Le violon noir " en septembre 1999. L'apiculteur est son troisième livre.

Mon avis : (lu en février 2008)

C’est un conte plein de poésie et que l'on savoure avec plaisir.

Ce livre est lumineux et coloré de jaune, d’or. En lisant ce livre et en suivant Aurélien à travers ses rêves, à la quête de son « or », cela m’a fait penser au livre de Paulo Cuelho L’Alchimiste.

Extrait : "Aurélien Rochefer était devenu apiculteur par goût de l'or. Non qu'il fût avide de richesses, ni même qu'à récolter le miel il eût la moindre chance de s'enrichir, mais parce que, en toute chose, il recherchait ce qu'il appelait bien singulièrement l'or de la vie.
C'était un être en quête de beauté. Pour lui l'existence ne valait la peine d'être vécue que pour les instants de magie pure qui la traversaient.
En 1885, Aurélien eut vingt ans et il commença à rêver des abeilles. Il avait le projet de construire une dizaine de ruches et de faire du miel. Il savait qu'il allait devenir le seul apiculteur de Langlade et le miel qu'il allait vendre serait le meilleur de toute la Provence.
Et ce projet, aussi insolite fût-il, suffisait à faire de sa vie un rêve. "

18 janvier 2009

La voleuse de livres - Markus Zusak

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Editeur Oh ! - mars 2007 – 527 pages

Pocket Jeunesse - janvier 2007 - 559 pages

traduit par Marie-France Girod

Prix Millepages Jeunesse décerné par les librairies Millepages.

Résumé :

Allemagne, 1939. La Mort est déjà à l'oeuvre. Liesel Meminger et son jeune frère sont envoyés par leur mère dans une famille d'adoption, à l'abris, en dehors de Munich : le père de Liesel a en effet été emporté par le souffle d'un seul et étrange mot - communisme -, et Liesel a vu la peur d'un destin semblable se dessiner dans les yeux de sa mère. Sur la route, la Mort rôde autour des enfants, réussit à s'emparer du petit garçon mais c'est la petite fille qu'elle veut. Ce sera la première d'une longue série d'approches. Durant l'enterrement de son petit frère, Liesel ramasse un objet singulier pour elle qui ne sait pas lire, un livre, 'Le Manuel du fossoyeur', dont elle pressent qu'il sera son bien le plus précieux, peut-être sa protection. Commence alors entre elle et les mots une étrange histoire d'amour. Poussée par un incoercible besoin de comprendre ce qu'il se passe autour d'elle, Liesel, avec l'aide de Hans, son père adoptif, décide d'apprendre à lire. A mesure que l'histoire avance, la Mort s'empare de nombreuses vies mais Liesel et ses livres continuent à lui échapper.

Auteur : Markus Zusak est né à Sydney en 1975. Il est le benjamin de quatre enfants. Ses parents sont d’origine allemande et autrichienne. Markus Zusak écrit depuis presque toujours. Il a désormais entamé une grande carrière internationale et s’est déjà affirmé comme l’un des romanciers les plus novateurs et les plus poétiques d’aujourd’hui. La Voleuse de livres est parue en septembre 2005 en Australie et à l’automne 2006 aux Etats-Unis où il figure depuis son lancement sur les listes des meilleures ventes. Markus vit toujours à Sydney où il écrit et enseigne l’anglais à l’Université.

Mon avis : (lu en septembre 2007)

Ce livre est vraiment original et passionnant : c'est une histoire étrange et émouvante où il est question d'une fillette, de mots, d'un accordéoniste, d'allemands fanatiques, d'un boxeur juif, de vols...

Le style de narration est particulier, en effet comme le laisse entendre le sous-titre : « quand la mort vous raconte une histoire, vous avez intérêt à l'écouter ».La Mort est la principale narratrice. Mais, rassurez-vous, cette lecture n'a rien de morbide.

La Mort nous raconte comment et pourquoi elle a du travailler sans relâche pendant ce vingtième siècle à cause de la folie des hommes. Elle raconte son labeur quand elle vient prendre dans ses bras, les hommes, les femmes et les enfants qui sont au bout du chemin de la vie.

La Voleuse de livres célèbre également l'amour de la lecture, les liens familiaux, la solidarité humaine. De quoi attendrir la Mort elle-même.

Ce livre est plein de poésie et d'émotions, il fait parti des livres que l'on n'oublie pas.

La Voleuse de livres est destinée à la fois aux adolescents et aux adultes - d'où sa parution simultanée en jeunesse et au rayon adulte.

Extrait :

«Procédons dans l'ordre», dit Hans Hubermann cette nuit-là. Il lava les draps, puis les étendit. «Maintenant, on peut y aller, fit-il en revenant. La classe de minuit peut commencer.»
La poussière dansait dans la lumière jaune.
Liesel était assise sur des draps propres et froids, honteuse et ravie. L'idée qu'elle avait mouillé son lit la taraudait mais, en même temps, elle allait lire. Elle allait lire son livre.
L'excitation s'empara d'elle.
Faisant naître des images d'un génie de la lecture de dix ans.
Si seulement tout était aussi simple !
«Pour être franc, expliqua sans détour Papa, je ne lis pas très bien moi-même.»
Quelle importance, après tout ? C'était peut-être mieux, au contraire. Cela risquerait moins de frustrer la fillette qui, elle, n'en était pas capable.
Néanmoins, au début, quand Hans Hubermann prit le livre et le feuilleta, il n'était pas très à l'aise.
Il vint s'asseoir auprès d'elle sur le lit et s'installa, les jambes pendantes. Il examina de nouveau le livre, puis le posa sur la couverture. «Dis-moi, pourquoi une gentille enfant comme toi veut-elle lire une chose pareille ?»
Liesel haussa de nouveau les épaules. Si l'apprenti fossoyeur avait lu les oeuvres complètes de Goethe ou d'un autre grand écrivain, c'était ce qui se serait trouvé sur son lit maintenant. Elle tenta de l'expliquer. «Eh bien, quand... j'étais assise dans la neige et...» Les mots murmurés glissèrent sur le lit et tombèrent en pluie sur le sol.
Papa sut quoi répondre. Il savait toujours.
Il passa une main ensommeillée dans ses cheveux et déclara : «Promets-moi une chose, Liesel. Si je meurs bientôt, fais en sorte qu'on m'enterre dans les règles de l'art.»
Sérieuse, elle hocha affirmativement la tête."

18 janvier 2009

Ensemble c’est tout – Anna Gavalda

ensemble_c_est_tout Le Dilettante – mars 2004 – 604 pages

Mot de l'éditeur : L'action se déroule à Paris, au pied de la tour Eiffel très exactement, et couvre une année. Ce livre raconte la rencontre puis les frictions, la tendresse, l'amitié, les coups de gueule, les réconciliations et tout le reste encore, tout ce qui se passe entre quatre personnes vivant sous un même toit. Quatre personnes qui n'avaient rien en commun au départ et qui n'auraient jamais dû se rencontrer. Un aristocrate bègue, une jeune femme épuisée, une vieille mémé têtue et un cuisinier grossier. Tous sont pleins de bleus, pleins de bosses et tous ont un cœur gros comme ça (non, plus gros encore !)... C'est la théorie des dominos à l'envers. Ces quatre-là s'appuient les uns sur les autres mais au lieu de se faire tomber, ils se relèvent. On appelle ça l'amour.

Biographie de l'auteur
Anna Gavalda est née le 9 décembre 1970. Elle vit dans la région parisienne. Elle a deux enfants très mignons et écrit quand ils sont à l'école. Le reste du temps, elle regarde les gens vivre. Ensemble, c'est tout est son quatrième livre après Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, Je l'aimais (Le Dilettante) et 35 kilos d'espoir (Bayard jeunesse)

Mon avis : (lu en mai 2004)

J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre. Je l'ai lu avec beaucoup de bonheur et j'avais beaucoup de mal à lâcher le livre. C'est une histoire de solidarité entre des personnages « cabossés » par la vie mais si attachants. On voudrait les connaître pour de vrai et faire partie de cette vie qu'ils se construisent doucement "ensemble". Ce livre nous fait du bien. A la fin du livre, j'aurai aimé qu'il ne soit pas fini, tellement cette histoire était belle !

ensemble_c_est_tout_film

J'ai également bien aimé le film tiré du livre, même s'il est difficile d'adapter un livre de 600 pages en 1h37. Film réalisé par Claude Berri, avec Audrey Tautou, Guillaume Canet, Laurent Stocker, Françoise Bertin. Sortie le 21 Mars 2007.

Extraits :

1

Paulette Lestafier n’était pas si folle qu’on le disait. Bien sûr qu’elle reconnaissait les jours puisqu’elle n’avait plus que ça à faire désormais. Les compter, les attendre et les oublier. Elle savait très bien que c’était mercredi aujourd’hui. D’ailleurs elle était prête ! Elle avait mis son manteau, pris son panier et réuni ses coupons de réductions. Elle avait même entendu la voiture de la Yvonne au loin… Mais voilà, son chat était devant la porte, il avait faim et c’est en se penchant pour reposer son bol qu’elle était tombée en se cognant la tête contre la première marche de l’escalier. Paulette Lestafier tombait souvent, mais c’était son secret. Il ne fallait pas en parler, à personne. «À personne, tu m’entends? » se menaçait-elle en silence. «Ni à Yvonne, ni au médecin et encore moins à ton garçon…» Il fallait se relever lentement, attendre que les objets redeviennent normaux, se frictionner avec du Synthol et cacher ces maudits bleus. Les bleus de Paulette n’étaient jamais bleus. Ils étaient jaunes, verts ou violacés et restaient longtemps sur son corps. Bien trop longtemps. Plusieurs mois quelquefois… C’était difficile de les cacher. Les bonnes gens lui demandaient pourquoi elle s’habillait toujours comme en plein hiver, pourquoi elle portait des bas et ne quittait jamais son gilet. Le petit, surtout, la tourmentait avec ça :

Alors mémé? C’est quoi ce travail ? Enlève-moi tout ce bazar, tu vas crever de chaud !

Non, Paulette Lestafier n’était pas folle du tout. Elle savait que ses bleus énormes qui ne partaient jamais allaient lui causer bien des ennuis un jour… Elle savait comment finissent les vieilles femmes inutiles comme elle. Celles qui laissent venir le chiendent dans leur potager et se tiennent aux meubles pour ne pas tomber. Les vieilles qui n’arrivent pas à passer un fil dans le chas d’une aiguille et ne se souviennent même plus de comment on monte le son du poste. Celles qui essayent tous les boutons de la télécommande et finissent par débrancher l’appareil en pleurant de rage. Des larmes minuscules et amères. La tête dans les mains devant une télé morte. Alors quoi ? Plus rien ? Plus jamais de bruit dans cette maison ? Plus de voix ? Jamais ? Sous prétexte qu’on a oublié la couleur du bouton ? Il t’avait mis des gommettes pourtant, le petit… Il te les avait collées les gommettes ! Une pour les chaînes, une pour le son et une pour éteindre ! Allons, Paulette ! Cesse de pleurer comme ça et regarde donc les gommettes ! Arrêtez de me crier dessus vous autres… Elles sont parties depuis longtemps, les gommettes… Elles se sont décollées presque tout de suite… Ça fait des mois que je cherche le bouton, que j’entends plus rien, que je vois juste les images avec un tout petit murmure… Criez donc pas comme ça, vous allez me rendre sourde encore en plus…

[...]

4

À quand remontent vos dernières règles ?

Elle était déjà derrière le paravent en train de se battre avec les jambes de son jean. Elle soupira. Elle savait qu’il allait lui poser cette question. Elle le savait. Elle avait prévu son coup pourtant… Elle avait attaché ses cheveux avec une barrette en argent bien lourde et était montée sur cette putain de balance en serrant les poings et en se tassant le plus possible. Elle avait même sautillé un peu pour repousser l’aiguille… Mais non, ça n’avait pas suffi et elle allait avoir droit à sa petite leçon de morale…

Elle l’avait vu à son sourcil tout à l’heure quand il lui avait palpé l’abdomen. Ses côtes, ses hanches trop saillantes, ses seins ridicules et ses cuisses creuses, tout cela le contrariait. Elle finissait de boucler son ceinturon tranquillement. Elle n’avait rien à craindre cette fois-ci. On était à la médecine du travail, plus au collège. Un baratin pour la forme et elle serait dehors.

Alors ?

Elle était assise en face de lui à présent et lui souriait. C’était son arme fatale, sa botte secrète, son petit truc en plumes. Sourire à un interlocuteur qui vous embarrasse, on n’a pas encore trouvé mieux pour passer à autre chose.

Hélas, le bougre était allé à la même école… Il avait posé ses coudes, croisé ses mains et posé par-dessus tout ça un autre sourire désarmant. Elle était bonne pour répondre. Elle aurait dû s’en douter d’ailleurs, il était mignon et elle n’avait pas pu s’empêcher de fermer les yeux quand il avait posé ses mains sur son ventre…

Alors ? Sans mentir, hein ? Sinon, je préfère que vous ne me répondiez pas.

Longtemps…

Évidemment, grimaça-t-il, évidemment… Quarante-huit kilos pour un mètre soixante-treize, à ce train-là vous allez bientôt passer entre la colle et le papier…

Le papier de quoi ? fit-elle naïvement.

Euh… de l’affiche…

Ah ! De l’affiche ! Excusez-moi, je ne connaissais pas cette expression…

Il allait répondre quelque chose et puis non. Il s’est baissé pour prendre une ordonnance en soupirant avant de la regarder de nouveau droit dans les yeux :

Vous ne vous nourrissez pas ?

Bien sûr que si je me nourris !

Une grande lassitude l’envahit soudain. Elle en avait marre de tous ces débats sur son poids, elle en avait sa claque. Bientôt vingt-sept ans qu’on lui prenait la tête avec ça. Est-ce qu’on ne pouvait pas parler d’autre chose ? Elle était là, merde ! Elle était vivante. Bien vivante. Aussi active que les autres. Aussi gaie, aussi triste, aussi courageuse, aussi sensible et aussi décourageante que n’importe quelle fille. Il y avait quelqu’un là-dedans ! Il y avait quelqu’un… De grâce, est-ce qu’on ne pouvait pas lui parler d’autre chose aujourd’hui ?

Vous êtes d’accord, n’est-ce pas ? Quarante-huit kilos, ça ne fait pas bien lourd…

Oui, acquiesça-t-elle vaincue, oui… Je suis d’accord… Il y a longtemps que je n’étais pas descendue aussi bas… Je…

Vous?

Non. Rien.

Dites-moi.

Je… J’ai connu des moments plus fastes, je crois…

Il ne réagissait pas.

Vous me le remplissez, ce certificat ?

Oui, oui, je vais vous le faire, répondit-il en s’ébrouant, euh… C’est quoi cette société déjà ?

Laquelle ?

Celle-ci, là où nous sommes, enfin la vôtre…

Touclean.

Pardon?

Touclean.

T majuscule o-u-c-l-i-n-e, épela-t-il.

Non, c-l-e-a-n, rectifia-t-elle. Je sais, ce n’est pas très logique, il aurait mieux valu « Toupropre », mais je pense qu’ils aimaient bien ce côté yankee, vous voyez… C’est plus pro, plus… wondeurfoule drim tim…

Il ne voyait pas.

C’est quoi exactement ?

Pardon?

Cette société ?

Elle s’adossa en tendant ses bras devant elle pour s’étirer et c’est avec une voix d’hôtesse de l’air qu’elle déclina, le plus sérieusement du monde, les tenants et les aboutissants de ses nouvelles fonctions :

Touclean, mesdames et messieurs, répond à toutes vos exigences en matière de propreté. Particuliers, professionnels, bureaux, syndics, cabinets, agences, hôpitaux, habitats, immeubles ou ateliers, Touclean est là pour vous satisfaire. Touclean range, Touclean nettoie, Touclean balaye, Touclean aspire, Touclean cire, Touclean frotte, Touclean désinfecte, Touclean fait briller, Touclean embellit, Touclean assainit et Touclean désodorise. Horaires à votre convenance. Souplesse. Discrétion. Travail soigné et tarifs étudiés. Touclean, des professionnels à votre service !

Elle avait débité cet admirable laïus d’une traite et sans reprendre son souffle. Son petit french docteur en resta tout abasourdi :

C’est un gag ?

Bien sûr que non. D’ailleurs vous allez la voir la dream team, elle est derrière la porte…

Vous faites quoi au juste ?

Je viens de vous le dire.

Non, mais vous… Vous!

Moi? Eh bien, je range, je nettoie, je balaye, j’aspire, je cire et tout le bazar.

Vous êtes femme de mén…?

Ttt…technicienne de surface, je préfère…

Il ne savait pas si c’était du lard ou du cochon.

Pourquoi vous faites ça ?

Elle écarquilla les yeux.

Non, mais je m’entends, pourquoi « ça » ? Pourquoi pas autre chose ?

Pourquoi pas ?

Vous n’avez pas envie d’exercer une activité plus… euh…

Gratifiante ?

Oui.

Non.

Il est resté comme ça encore un moment, le crayon en l’air et la bouche entrouverte puis a regardé le cadran de sa montre pour y lire la date et l’a interrogée sans lever le nez :

Nom?

Fauque.

Prénom?

Camille.

Date de naissance ?

17 février 1977.

Tenez, mademoiselle Fauque, vous êtes apte au travail…

Formidable. Je vous dois combien ?

Rien, c’est… euh… C’est Touclean qui paye.

Aaaah Touclean ! reprit-elle en se levant et dans un grand geste théâtral, me voilà apte à nettoyer des chiottes, c’est merveilleux…

Il la raccompagna jusqu’à la porte. Il ne souriait plus et avait remis son masque de grand ponte consciencieux. En même temps qu’il appuyait sur la poignée, il lui tendit la main :

Quelques kilos quand même ? Pour me faire plaisir…

Elle secoua la tête. Ça ne marchait plus ces trucs-là avec elle. Le chantage et les bons sentiments, elle en avait eu sa dose.

On verra ce qu’on peut faire, elle a dit. On verra…

Samia est entrée après elle. Elle descendit les marches du camion en tâtant sa veste à la recherche d’une cigarette. La grosse Mamadou et Carine étaient assises sur un banc à commenter les passants et à râler parce qu’elles voulaient rentrer chez elles.

Alors ? a rigolé Mamadou, qu’est-ce que tu trafiquais là deu-dans? J’ai mon RER, moi ! Il t’a maraboutée ou quoi ?

Camille s’est assise sur le sol et lui a souri. Pas le même genre. Un sourire transparent, cette fois. Sa Mamadou, elle ne faisait pas sa maligne avec elle, elle était bien trop forte…

Il est sympa ? a demandé Carine en crachant une rognure d’ongle.

Super.

Ah, je le savais bien ! exulta Mamadou, je m’en doutais bien de ça ! Hein que je te l’ai dit à toi et à Sylvie, qu’elle était toute nue là-deu-dans !

Il va te faire monter sur sa balance…

Qui ? Moi ? a crié Mamadou. Moi ? Il croit que je vais monter sur sa balance !

Mamadou devait peser dans les cent kilos au bas mot, elle se frappait les cuisses :

Jamais de la vie ! Si je grimpe là-deu-ssus, je l’écrabouille et lui avec ! Et quoi d’autre encore ?

Il va te faire des piqûres, a lâché Carine.

Des piqûres deu quoi d’abord ?

Mais non, la rassura Camille, mais non, il va juste écouter ton cœur et tes poumons…

Ça, ça va.

Il va te toucher le ventre aussi…

Mais voyons, se renfrognait-elle, mais voyons, bonjour chez lui. S’il touche à mon ventre, je le mange tout cru… C’est bon les petits docteurs blancs… Elle forçait son accent et se frottait le boubou.

Oh oui, c’est du bon miam-miam ça… C’est mes ancêtres qui me l’ont dit. Avec du manioc et des crêtes depoule… Mmm…

Et la Bredart, qu’est-ce qu’il va lui faire à elle ?

14 janvier 2009

L'homme qui voulait être heureux – Laurent Gounelle

l_homme_qui_voulait__tre_heureux Anne Carrière Editions – février 2008 – 221 pages

Présentation de l'éditeur
Imaginez...
Vous êtes en vacances à Bali et, peu de temps avant votre retour, vous consultez un vieux guérisseur. Sans raison particulière, juste parce que sa grande réputation vous a donné envie de le rencontrer, au cas où...
Son diagnostic est formel : vous êtes en bonne santé, mais vous n'êtes pas heureux.
Porteur d'une sagesse infinie, ce vieil homme semble vous connaître mieux que vous-même. L'éclairage très particulier qu'il apporte à votre vécu va vous entraîner dans l'aventure la plus captivante qui soit : celle de la découverte de soi. Les expériences dans lesquelles il vous conduit vont bouleverser votre vie, en vous donnant les clés d'une existence à la hauteur de vos rêves.
Avec L'homme qui voulait être heureux, c'est tout un monde de possibilités nouvelles qui s'ouvre à nous à la lecture de cette histoire passionnante, où l'on découvre comment se libérer de ce qui nous empêche d'être vraiment heureux.

Biographie de l'auteur
Laurent Gounelle est spécialiste du développement personnel. Depuis quatorze ans, il parcourt le monde à la rencontre de praticiens exceptionnels, qu'ils soient experts américains en neurosciences, shamans péruviens ou sages balinais.

Mon avis : 5/5 (lu en janvier 2009)

Une lecture qui fait beaucoup de bien. Ce livre est riche d'enseignements, il nous amène à nous poser les bonnes questions pour mieux diriger sa vie. On ressort de cette lecture avec de vraies pistes de réflexions et plein d'optimisme.

Une leçon de sagesse à consommer sans modération !

Extraits :

Le vieil homme ( Maître Samtyang)
«
- Une vie réussie est une vie que l'on a menée conformément à ses souhaits, en agissant toujours en accord avec ses valeurs, en donnant le meilleur de soi-même dans ce que l'on fait, en restant en harmonie avec qui l'on est, et, si possible, une vie qui nous a donné l'occasion de nous dépasser, de nous consacrer à autre chose qu'à nous-mêmes et d'apporter quelque chose à l'humanité, même très humblement, même si c'est infime. Une petite plume d'oiseau confiée au vent. Un sourire pour les autres » (p.179)

« - C'est juste pour vous dire que le choix vous appartient.  À certains moments, dans la vie, on n'a pas forcément beaucoup de choix, et ceux-ci sont peut-être douloureux, mais ils existent et, au final, c'est vous qui  déterminez ce que vous vivez: vous avez toujours le choix, et c'est bien de garder à l'esprit cette idée » (p.188)

« Pour moi une nouvelle vie commençait, et dorénavant, ce serait MA vie, fruit de mes décisions, de mes choix, de ma volonté. Adieu les doutes, les hésitations, les peurs d'être jugé, de ne pas être capable, de ne pas être aimé. Je vivrai chaque instant en conscience, en accord avec moi-même et mes valeurs. je resterai altruiste, mais en gardant à l'esprit que le premier cadeau à faire aux autres est mon équilibre. J'accepterai les difficultés comme des épreuves à passer, des cadeaux que m'offrent la vie pour apprendre ce que je dois apprendre afin d'évoluer. Je ne serai plus victime des évènements, mais acteur d'un jeu dont les règles se découvrent au fur et à mesure, et dont la finalité gardera toujours une part de mystère. » (p.216)

14 janvier 2009

Elle fait des galettes, c’est toute sa vie – Karine Fougeray

Elle_fait_les_galettes__c_est_toute_sa_vie Pocket – février 2005 - 118 pages

Présentation de l'éditeur
" Elle nous nourrit de galettes. C'est sa façon à elle de donner de l'amour. " C'est la Bretagne avec un bistrot sur la cale, une chapelle en haut de la falaise, une grève à marée basse. Avec ses hommes de mer aimés par des femmes à terre, ses jeunes, ses petites vieilles, ses pêcheurs qui n'en sont pas, ses fillettes qui n'aiment pas naviguer. C'est aussi un stage de voile et des chansons de marins. Et ce sont, surtout, des caractères bien trempés... Une promenade inattendue qui vous laissera sur les lèvres un goût d'embruns et de beurre salé.

Biographie de l'auteur
Karine Fougeray est graphiste. Elle est née à Saint-Malo en 1963 où elle passe son enfance et son adolescence. Après 17 années de vie parisienne, elle revient s'installer en Bretagne, de retour dans sa région, l'envie d'écrire la gagne. Son premier ouvrage, Elle fait des galettes, c'est toute sa vie, a paru en 2005 aux éditions Delphine Montalant. Son premier roman est paru en 2008, Ker Violette.
Mon avis : 5/5 (lu en février 2008)

C'est un recueil de 14 nouvelles qui sentent bon la Bretagne mais pas seulement... C'est un hymne à la Bretagne et à la mer, aux gens de mer. Les personnages sont attachants, ils nous semblent familiers. Ce livre est un concentré de simplicité, de tendresse et d'humour mais aussi de dérision et de cruauté.
Moi qui aime la Bretagne et le bord de mer j'ai été ému et j'ai trouvé ce livre savoureux comme des galettes !
Extrait : (p.11)

« Pour la pâte, elle sait parfaitement comment s'y prendre, elle possède le coup de main comme on dit. A huit heures, chaque vendredi matin, le rituel se met en marche. Elle extirpe du placard la bassine en émail et la pose au fond de l'évier. A côté, sur l'égouttoir, elle place le paquet de sarrasin, libère au robinet un mince filet d'eau et fait en sorte que celui-ci ruisselle doucement sur la paroi de céramique blanche. Ses gestes sont si huilés, si répétés, si râpés aux coudes que son chat Mistigri pourrait les mimer s'il était moins gros.

Louise, ma cousine qui commence à avoir des seins, utilise des grands mots en racontant qu'elle monte sa pâte en plusieurs étapes religieuses et éternelles. Elle dit que c'est une messe de quatre heures, une confession d'amoureuse éternellement recommencée du fond de cette bassine cabossée.

Amoureuse de sa bassine, Mémé ? Moi, je vois juste de l'eau, de la farine. De la farine et de l'eau. On n'ose pas lui demander les quantités. On n'ose pas lui demander les proportions. On n'ose pas lui demander d'expliquer.

A midi, elle remonte des profondeurs de la cave le lourd galetier qui lui vient de sa mère, et qui, du temps de sa mère, lui venait de sa mère à elle. Mistigri lui jette un regard envieux au moment où elle enfonce dans le pot de saindoux le tampon à graisser, lui faisant opérer une légère rotation de gauche à droite pour l'imbiber suffisamment, mais pas trop. Le galetier est déjà chaud et, comme on n'a plus le droit d'être dans ses pattes, on entend sans le voir le grésillement de la graisse animale qui se liquéfie en traînées circulaires et brillantes sur la fonte noire et brûlante.

Elle nous nourrit de galettes. C'est sa façon à elle de donner de l'amour. »

5 janvier 2009

La maladie de Sachs – Martin Winkler

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POL – janvier 1998 – 474 pages

J'ai lu - novembre 1999 - 632 pages

prix du Livre Inter 1999

Quatrième de couverture
" Pourquoi venez-vous me voir, ce soir ? Parce que je ne sais plus quoi faire. Parce que ça fait trop longtemps que ça dure. Parce que ça ne peut plus durer. Parce que je n'ai pas trop le choix, si ça ne dépendait que de moi, vous savez, les médecins, moi, moins j'en vois, mieux je me porte... " Dans la salle d'attente du docteur Bruno Sachs, les patients souffrent en silence. Dans le cabinet du docteur Sachs, les plaintes se dévident les douleurs se répandent. Sur des feuilles et des cahiers, Bruno Sachs déverse le trop-plaint de ceux qu'il soigne. Mais qui soigne la maladie de Sachs ?

Résumé :

Etant entendu que la maladie de Sachs c’est, très certainement, additionnées à longueur d’année, celles de ses patients, parents, amis. Personne, bien sûr, ne peut soigner ça. Alors Martin Winckler, qui connaît la question de très près, va tenter cette gageure d’une description qui serait aussi une proposition de thérapie. Décrire tout à la fois le quotidien des patients et celui du médecin, dans le même mouvement, au même rythme, comprendre celui qui soigne comme lui-même comprend ses malades au point de vivre leurs souffrances réelles ou imaginaires - mais il n’est pas de souffrances imaginaires.

Ce roman est un étrange objet littéraire : indéniablement roman, avec toutes les ressources du genre, tous les registres, jusqu’au quasi policier, c’est aussi un document sur l’état de la médecine en France aujourd’hui, du côté du médecin comme de celui de ses malades et aussi une réflexion, un pamphlet, un portrait, une comédie humaine riche et contrastée.

Le procédé narratif, très simple, est d’une grande efficacité : le héros du livre, le docteur Sachs, nous est décrit par ses clients, ses amis, ses proches - de sa femme de ménage à ses collègues -, ses parents. De lui, directement, nous n’aurons que de rares documents rédigés dans sa jeunesse, par exemple, ou arrachés à ses carnets, par lesquels il essaie d’exister indépendamment du regard que l’on porte sur lui.

Mon avis : (lu en 1998)

Le docteur Sachs a de la patience, il écoute ses patients, il les rassure de leurs angoisses, il écoute leurs mots pour mieux soigner leurs maux. Ce livre est une succession de récits qui semblent anodins mais qui se rejoignent et se complètent et qui vont trouver un sens. En tant que lecteur, on se reconnaît soi-même en partie ou on reconnaît un proche dans un des patients. On est proche des situations décrites dans le livre. Ce livre nous met face à la maladie, les traitements, la mort. Nous sommes face à un médecin humain qui sait écouter ses patients pour les soigner. J’ai beaucoup aimé ce livre et j’ai trouvé le docteur Sachs très attachant et très touchant.

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Une adaptation cinématographique de ce livre a été faite en 1999, par Michel Deville avec Albert Dupontel. Mais c'est difficile de vouloir faire un film d'un livre de presque 500 pages. Pour ma part j'ai été un peu déçue et je suis restée sur ma faim...

Extrait :

3. UNE CONSULTATION

- Eh bien, je ne sais pas par où commencer...

Tu hoches la tête, Mmmhh. Tu pivotes vers les étagères, tu fouilles dans une des boîtes grises. Tu en sors une enveloppe brune. Tandis que je t'explique le motif de ma venue, tu sors de l'enveloppe un bristol quadrillé au format carte postale et tu le poses sur le plateau de bois peint ; tu tires un stylo plume noir de la poche de poitrine de ta blouse, tu dévisses le capuchon, tu l'ajustes sur le corps du stylo, tu tires un trait sur le bristol, tu marques la date près du bord gauche.

- Eh bien, voilà...

Penché sur le bristol quadrillé, tu écris.

*

Quand tu écris, tu te tiens voûté au-dessus du plateau de bois peint. Derrière toi, à travers les rideaux de voile jaunissants et les feuilles de plastique opaque mais translucide qui recouvrent les vitres, la grande fenêtre déverse une vive clarté. Sans lâcher ton stylo, tu tournes la tête vers moi. Les verres de tes lunettes sont légèrement teintés, je ne sais si tu regardes ma bouche ou mes yeux. De temps à autre, tu baisses les yeux vers le bristol quadrillé et tu traces quelques mots. Tu interromps parfois mon récit pour poser des questions :

- Quand est-ce que ça a commencé ? C'était la première fois ? Tous les jours ? Pendant ou entre les repas ? Y a-t-il des jours où vous ne sentez plus rien ? Et la nuit ? Et aujourd'hui, par exemple ? Est-ce que vous avez pris quelque chose contre la douleur ?

Tu commentes mes réponses d'un Mmmhh, ou d'un Je vois. Tu écris sur le bristol quadrillé, tu hoches la tête, Oui, ce doit être très pénible... Finalement, tu reposes le stylo.

Tu tournes le dos au plateau de bois peint et tu désignes le lit bas placé à deux mètres de nous, contre la cloison qui sépare le cabinet médical de la salle d'attente.

- Eh bien nous allons voir ça. Je vais vous demander de vous déshabiller et de vous allonger, si vous le voulez bien.

*

Pendant que j'enlève mes chaussures, tu traverses la pièce. De l'autre côté de la pièce, au-delà du grand rayonnage bardé de livres qui sert de paravent, j'aperçois un petit évier surmonté d'un chauffe-eau électrique, une table roulante portant des instruments divers et l'extrémité d'une table d'examen à tubulures chromées. Contre le mur, face à la porte, un pèse-bébé trône au sommet d'un meuble en pin verni.

Tu fais couler l'eau, tu verses du savon liquide dans le creux de tes mains, tu les savonnes.

- Avez-vous bon appétit ?

- Euh. c'est moyen.

Je pose mes vêtements (ma chemisette ou mon chemisier, mon short ou ma jupe) sur la chaise placée sous la fenêtre, entre le lit bas et les étagères. Tu te rinces les mains et tu les essuies avec des serviettes en papier que tu jettes dans une petite poubelle métallique à pédale. Je reste debout, en sous-vêtements. Tu reviens vers moi. Tu me désignes le lit bas.

- Installez-vous, je vous en prie.

Je fais deux pas, je m'allonge sur le drap blanc, un peu froid, un peu rêche. Ma tête s'enfonce dans un traversin un peu trop mou. Allongé le long de la cloison, j'entends des voix bruire dans la salle d'attente. Tu retires mes vêtements du dossier de la chaise, tu les reposes sur le siège que j'occupais il y a quelques instants et tu rapproches la chaise du lit bas.

Tu t'assieds près de moi.

*

Sur un petit meuble à tiroirs placé à la tête du lit bas, tu prends l'appareil à tension, je te tends le bras droit, tu l'entoures du brassard gris. Tu prends le stéthoscope, tu ajustes les écouteurs à tes oreilles, tu poses le pavillon à la saignée de mon coude, tu saisis la poire en caoutchouc de l'appareil à tension, tu visses la molette et tu te mets à gonfler. Ça serre. Du bout des doigts, tu dévisses doucement la molette. Ça siffle.

- Treize-huit, c'est bien.

Tu défais le brassard et tu le reposes sur le petit meuble à tiroirs. Brandissant le pavillon du stéthoscope, tu te penches vers moi et tu l'appliques sous mon mamelon gauche. C'est froid. De l'autre main, délicatement, tu me prends le pouls.

Tu écoutes.

- Vous avez un cœur bien régulier. Respirez profondément.

Entre deux inspirations, tu déplaces l'instrument de part et d'autre de ma poitrine, de haut en bas, puis plus à gauche.

- Bien. Asseyez-vous.

Je me redresse.

- Penchez-vous en avant.

Je m'incline. Tu fais passer le pavillon du stéthoscope dans ta main gauche, tu poses délicatement ta main droite sur mon épaule.


5 janvier 2009

Le passage - Louis Sachar

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Ecole des loisirs – mars 2000 – 278 pages

Résumé :

Méfiez-vous. Ce livre va vous donner envie de croquer des oignons crus. De creuser des trous de 1 mètre 50 de diamètre et de profondeur. D'escalader une montagne. De respirer vos vieilles baskets. De mettre du rouge à lèvres avant de partir à la poursuite de vos ennemis. De tout savoir sur l'existence oubliée de votre arrière-arrière-arrière-grand-mère. Et ce, même si vous haïssez les liliacées, même si vous détestez l'alpinisme et les travaux forcés, même si vous avez les cosmétiques en horreur autant que les odeurs de pieds, et même si la généalogie et les histoires de famille vous indifférent profondément. Maintenant, pour échapper à tout cela, c'est simple. Il vous suffit de ne pas imiter les centaines de milliers d'adolescents américains qui ont déjà plébiscité ce livre, et de ne jamais l'ouvrir. Western, amour fou, chasse au trésor, polar, aventures, roman d'apprentissage, pour la jeunesse, pour la vieillesse, bref: un livre total.

Auteur : Louis Sachar est né le 20 mars 1954 à East Meadow (New York). Il fait des études d'économie et de droit. Il finit par obtenir son diplôme d'avocat en 1980. Dès lors, il plaide le jour et écrit la nuit. Peu après, voyant le succès de ses livres, il décide d'écrire à plein temps. En 1985, il épouse Carla, conseillère d'éducation dans une école primaire. Elle lui a inspiré un des personnages de "Il y a un garçon dans les toilettes des filles". Deux ans après, Sherre, leur fille naît. Son chef-d'ouvre est sans doute "Le Passage". Ce roman, destiné à la jeunesse, a été traduit dans le monde entier et adapté au cinéma sous le titre de "La morsure du lézard" (2003). Aux États-Unis, "Le Passage" a remporté de nombreux prix, dont la médaille Newbery, le National Book Award, le Pacific Northwest Young Readers Choice Award. Il a été sélectionné par la "New York Times Book Review" et par "Publisher's Weekly" parmi les meilleurs livres pour enfants ou jeunes adultes de l'année. En France, il a reçu le prix "Millepages de Vincennes" 2000, le prix "Lecture Jeunesse" 2000, le prix "Sorcière" 2001 et le prix "Ado-Lisant" 2002.Mon avis :

Le héros Stanley Yelnats est injustement envoyé dans un centre d'éducation pour délinquants juvéniles au Texas (au "Camp du Lac vert") après avoir reçu des baskets de grande valeur sur la tête, et arrêté pour vol.

Les activités du camp se résume en une seule : creuser un trou par jour au beau milieu du désert. Stanley et un de ses copains vont tenter de s'échapper de ces travaux forcés, bravant tous les dangers : les lézards à tâches jaunes, la colère du directeur, la canicule, la soif, la mort. Découvrira-t-il le mystère qui plane sur le Lac vert, asséché depuis cent dix ans et dépeuplé des gens qui y habitaient ?

Ce livre est vraiment très original, surprenant et captivant. C'est une grande bouffée de fraîcheur, ce livre est drôle et plein d'amitié. Je conseille ce livre à ceux, adulte ou adolescent, qui veulent du dépaysement et de l'aventure !

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Une coproduction américaine et canadienne a été tiré du livre sous le nom de La morsure du lézard réalisé par Andrew Davis avec Sigourney Weaver, Jon Voight, Shia LaBeouf, Patricia Arquette.

Extrait :

"Être mordu par un serpent à sonnette ou piqué par un scorpion n’est pas la pire chose qui puisse vous arriver. On n’en meurt pas. En principe. Parfois, un campeur essaie de se faire piquer par un scorpion ou même mordre par un petit serpent à sonnette. Comme ça, il passera un ou deux jours à se reposer dans sa tente au lieu d’être obligé de creuser des trous dans le lac.
En revanche, personne n’a envie de se faire mordre par un lézard à tâches jaunes. Ça, c’est la pire chose qui puisse vous arriver. On en meurt dans de longues et terribles souffrances.
Quand on se fait mordre par un lézard à taches jaunes, il vaut encore mieux aller s’allonger dans le hamac, à l’ombre des chênes.
Parce que personne ne pourra plus rien faire pour vous."

3 janvier 2009

La jeune fille à la perle - Tracy Chevalier

la_jeune_fille___la_perle Table ronde - février 2004 – 280 pages

traduit par Marie-Odile Fortier-Masek

Girl with a Pearl Earring, New York: Dutton, 1999

Quatrième de couverture
La jeune et ravissante Griet est engagée comme servante dans la maison du peintre Vermeer. Nous sommes à Delft, au dix-septième siècle, l'âge d'or de la peinture hollandaise. Griet s'occupe du ménage et des six enfants de Vermeer en s'efforçant d'amadouer l'épouse, la belle-mère et la gouvernante, chacune très jalouse de ses prérogatives.

Au fil du temps, la douceur, la sensibilité et la vivacité de la jeune fille émeuvent le maître qui l'introduit dans son univers. À mesure que s'affirme leur intimité, le scandale se propage dans la ville...

Un roman envoûtant sur la corruption de l'innocence, l'histoire d'un cœur simple sacrifié au bûcher du génie.

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Biographie de l'auteur
Tracy Chevalier est américaine. Elle vit à Londres depuis 1984 avec son mari et son fils. Elle est l'auteur de quatre romans dont La Jeune Fille à la perle, qui a connu un succès mondial

Mon avis : (lu en mars 2004)

L'inspiration du livre vient du célèbre tableau de Vermeer, La jeune fille à la perle. Ce tableau (huile sur toile, 45 × 40 cm), peint vers 1665-1666, exposé au Mauritshuis de La Haye reste une énigme pour les spécialistes de Vermeer : on ignore en effet, qui est la mystérieuse jeune fille. La romancière Tracy Chevalier s'est extrêmement documentée, et a élaboré sa trame à partir des quelques informations qu'elle a pu glaner. L'histoire racontée par Tracy Chevalier correspond en tout point à ce que nous savons du peintre, de sa maison, de sa famille, de ses soucis d'argent...

J'ai beaucoup aimé ce livre dont l'histoire tourne autour de la peinture. Ce récit à la première personne nous emmène à Delft au 17eme siècle, nous pénétrons dans l'intimité du peintre Vermeer et de sa famille. J'ai trouvé très intéressante la conception du tableau de « La jeune fille à la perle ». J'ai été touchée par le personnage de Griet. L'ambiance austère et authentique de l'époque est très bien décrite.

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J'ai également vu le film tiré de ce livre et réalisé par Peter Webber avec Colin Firth - Scarlett Johansson - Tom Wilkinson - Judy Parfitt - Cillian Murphy, sortie en 2004. Je l'ai beaucoup aimé car j'y ai très bien retrouvé l'atmosphère du livre.

30 décembre 2008

Hôtel Iris – Yoko Ogawa

hotel_Iris Actes Sud – août 2000 – 238 pages

Traduit par : Rose-Marie Makino-Fayolle

Quatrième de couverture
Mari est réceptionniste dans un hôtel appartenant à sa mère. Un soir, le calme des lieux est troublé par des éclats de voix : une femme sort de sa chambre en insultant le vieillard élégant et distingué qui l'accompagne, l'accusant des pires déviances. Fascinée par le personnage, Mari le retrouve quelques jours plus tard, le suit et lui offre bientôt son innocente et dangereuse beauté.
Cette étonnante histoire d'amour, de désir et de mort entraîne le lecteur dans les tréfonds du malaise dont Yôko Ogawa est sans conteste l'une des adeptes les plus douées.

Résumé : Il existe sur cette terre de longues journées assommantes que le soleil asservit. Mari connaît bien cette impression de langueur ou de paresse moite, elle qui s'occupe, en compagnie de sa mère dominatrice et sévère, d'un petit hôtel en bord de mer, l'hôtel Iris. Mari est belle et ne le sait pas encore. Pour elle, l'amour et ses jeux sont des concepts sans consistance, comme les vagues de chaleur sur une route brûlée. Un soir, à l'hôtel, un vieil homme provoque un esclandre avec une prostituée. Mari est fascinée par le vieillard, par le timbre de sa voix, par son allure digne et majestueuse. Un homme pourtant sur qui courent les plus folles rumeurs : un assassin, un obsédé aux pratiques sexuelles immondes... Quelques jours plus tard, Mari croise le vieil homme en ville. Instinctivement elle le suit et ne pourra répondre à la question qu'il finira par lui poser : "Pourquoi me suivez-vous mademoiselle ?" Elle ne le sait pas. Mais d'ores et déjà elle sent battre en elle les pulsations du désir.

Dans un style d'une grande pureté, Yôko Ogawa déploie les voluptueux tourments d'une histoire d'amour sans limites entre un vieillard tourmenté et une jeune fille avide de découverte. Le livre refermé, il flotte encore cette atmosphère particulière que Yôko Ogawa décrit avec talent : chaude et sucrée, comme le plaisir et la douleur entremêlés.

Biographie de l'auteur
Yoko Ogawa née en 1962 à Okayama est une écrivaine japonaise, auteur de nombreux romans. Elle a obtenu pour ce livre publié en 2004 au Japon le prix littéraire du Yomiuri, le premier grand prix des Libraires et, tout récemment, le prix de la Société des mathématiques pour avoir révélé au lecteur la beauté de cette discipline.

Mon avis : (lu en juillet 2008)

On est plongé dans l'histoire de Mari qu'elle nous raconte après coup, sans aucun remord, jusqu'au moment où l'on se sent vraiment mal à l'aise. Cette relation est sans issue. Un livre dur qui traite de l'amour et de la douleur, un hymne au sado-masochisme en quelque sorte.

Ce livre est dérangeant, on ressent un certain malaise en le lisant mais on continu à lire le livre jusqu'au bout. Autre chose : dans ce roman, toute référence à la nipponité a été effacé, on se retrouve un peu dans un décor de carton-pâte d'une station balnéaire qui pourrait bien être n'importe où dans le monde...

Extraits : «La pluie qui tombait depuis l'aube n'avait pas cessé de la journée, pour redoubler de violence à la tombée de la nuit. La mer était houleuse et d'une morne couleur grise. A chaque allée et venue des clients, la pluie s'engouffrait en rafales qui venaient mouiller désagréablement le tapis du hall. Toutes les enseignes au néon des magasins du quartier étaient éteintes et il n'y avait personne dans les rues. Lorsque de temps à autre une voiture passait, on distinguait les gouttes de pluie à la lumière des phares. Je n'allais pas tarder à fermer la caisse, puis éteindre la lumière du hall avant de me retirer. C'est alors qu'un bruit effrayant éclata soudain, comme si quelque chose de lourd venait d'atterrir sur le sol, aussitôt suivi d'un cri de femme. Ce fut un cri long, interminable. Tellement long qu'on aurait pu penser qu'en réalité elle riait. – Sale pervers ! La femme sortait en trombe de la 202. – Espèce de vieux salaud ! Elle se prit les pieds dans le tapis, vint rouler sur le palier d'où, toujours dans la même position, elle continuait à lancer ses insultes en direction de la chambre. – Ça suffit de prendre les autres pour des imbéciles. Tu n'as aucun droit sur moi. Escroc ! Salaud ! Impuissant ! C'était manifestement une prostituée. Même moi je m'en rendais compte.»

"Je me demande toujours avec curiosité qui a baptisé cet hôtel de ce nom bizarre, "Hôtel Iris", et s’il avait une bonne raison pour le faire. Tous les hôtels du coin ont un nom en rapport avec la mer, sauf le nôtre, avec cet iris.
– C’est la fleur. Elle est jolie, non ? Et puis, c’est aussi la déesse de l’arc-en-ciel dans la mythologie grecque. Tu ne trouves pas que c’est élégant ? m’avait expliqué, non sans fierté, mon grand-père quand j’étais enfant.
Mais dans la cour de l’hôtel Iris ne poussent pas de fleurs telles que l’iris. Ni roses, ni pensées, ni jonquilles. En dehors d’un cornouiller envahissant et d’un orme du Caucase, il n’y a que des herbes folles.
La seule excentricité est constituée par la présence d’une petite fontaine en briques, dont l’eau est tarie depuis bien longtemps déjà. En son milieu se dresse une statue en plâtre souillée de fientes. Un garçon aux cheveux bouclés, en queue-de-pie, joue de la harpe, sa petite tête penchée. Il semble mélancolique, à cause de ses lèvres et sourcils écaillés."

27 décembre 2008

Chaleur du sang – Irène Némirovsky

Chaleur_du_sang Editions Denoël - mars 2007 - 155 pages

Présentation de l'éditeur
Dans un hameau du centre de la France, au début des années 1930, un vieil homme se souvient. Après avoir beaucoup voyagé dans sa jeunesse, Silvio se tient à l'écart, observant la comédie humaine des campagnes, le cours tranquille des vies paysannes brusquement secoué par la mort et les passions amoureuses.
Devant lui, François et Hélène Érard racontent leur première et fugitive rencontre, le mariage d'Hélène avec un vieux et riche propriétaire, son veuvage, son attente, leurs retrouvailles. Lorsque leur fille Colette épouse Jean Dorin, la voie d'un bonheur tranquille semble tracée. Mais quelques mois plus tard, c'est le drame. La noyade de Jean vient détruire la fausse quiétude de ce milieu provincial. L'un après l'autre, les lourds secrets qui unissent malgré eux les protagonistes de cette intrigue vont resurgir dans le récit de Silvio, jusqu'à une ultime et troublante révélation...
Situé dans le village même où Irène Némirovsky écrira Suite française, mais entrepris dès 1937, ce drame familial conduit comme une enquête policière raconte la tempête des pulsions dans le vase clos d'une société trop lisse. Complet et totalement inédit, ce nouveau roman d'Irène Némirovsky refait surface près de soixante-dix ans après sa composition.

Biographie de l'auteur
D'origine juive ukrainienne, Irène Némirovsky, née en 1903 à Kiev, connaît le succès dès son premier roman, David Golder (1929), puis avec Le Bal (1930). Après l'exode, elle se réfugie dans un village du Morvan avant d'être arrêtée par les gendarmes français puis assassinée à Auschwitz pendant l'été 1942. Son dernier roman, Suite française, a obtenu le prix Renaudot en 2004.

Mon avis :

Ce court roman est très bien écrit avec un style épurée et limpide. Dès les premières pages, on ressent l'atmosphère de la campagne.

L'histoire se situe dans le village même où Irène Némirovsky écrira Suite française, et où elle a vécu ses derniers mois, avant d'être déportée en 1942...

Le narrateur Silvio est un vieil homme, un peu bougon et solitaire. Ce roman met en évidence les relations difficiles des membres d'une famille dans les années 30. Les secrets, les non-dits qui mènent à l'oubli, à la tranquillité ou à la tragédie.

Extrait :

« Colette s'est mariée le 30 novembre à midi. Un grand repas suivi d'un bal réunissait la famille. Je suis rentré au matin, par la forêt de la Maie dont les chemins en cette saison sont couverts d'un si épais tapis de feuilles et d'une si profonde couche de boue qu'on avance avec peine, comme dans un marécage. J'étais resté très tard chez mes cousins. J'attendais : il y avait quelqu'un que je voulais voir danser... Moulin-Neuf est voisin de Coudray où habitait autrefois Cécile, la demi-soeur d'Hélène ; elle est morte, mais elle a laissé Coudray à son héritière, sa pupille, une enfant qu'elle avait recueillie et qui est mariée maintenant ; elle s'appelle Brigitte Declos. Je me doutais bien que Coudray et le Moulin-Neuf devaient vivre en termes de bon voisinage, et que je verrais apparaître cette jeune femme. En effet, elle ne manqua pas de venir.
Elle est grande et très belle, avec un air de hardiesse, de force et de santé. Elle a des yeux verts et des cheveux noirs. Elle a vingt-quatre ans. Elle portait une courte robe noire. Seule de toutes les femmes qui étaient là, elle ne s'était pas endimanchée pour aller à cette noce. J'eus même l'impression qu'elle s'était habillée si simplement exprès, pour marquer le dédain qu'elle éprouve envers la méfiante province : on la tient à l'écart. Tout le monde sait qu'elle n'est qu'une fille adoptée, rien de mieux au fond que ces gamines de l'Assistance employées dans nos fermes. De plus, elle a épousé un homme qui est presque un paysan, vieux, avare et rusé ; il possède les plus beaux domaines de la région, mais il ne parle que patois et mène lui-même ses vaches aux champs. Elle doit s'entendre à faire valser ses sous : la robe était de Paris, et elle a plusieurs bagues ornées de gros diamants. Je connais bien le mari : c'est lui qui a racheté petit à petit tout mon maigre héritage. Les dimanches, je le rencontre parfois dans les chemins. Il a mis des souliers, une casquette ; il s'est rasé et il vient contempler les prés que je lui ai cédés, où paissent maintenant ses bêtes. Il s'accoude à la barrière ; il plante en terre le gros bâton noueux dont il ne se sépare jamais ; il appuie son menton sur ses deux grandes et fortes mains, et, droit devant lui, il regarde. Moi, je passe. Je me promène avec mon chien, ou je chasse ; je rentre à la nuit tombante, et il est toujours là ; il n'a pas plus bougé qu'une borne ; il a contemplé son bien ; il est heureux. Sa jeune femme ne vient jamais de mon côté, et j'avais envie de la voir. Je m'étais informé d'elle auprès de Jean Dorin :
- Vous la connaissez donc ? demanda-t-il. Nous sommes voisins et le mari est un de mes clients. Je les inviterai à mon mariage et il nous faudra les recevoir, mais je ne voudrais pas qu'elle se lie avec Colette. Je n'aime pas ses façons libres avec les hommes. »

27 décembre 2008

La femme en vert – Arnaldur Indridason

la_femme_en_vert Traduit de l’islandais par Eric Boury

Editions Métailié – mai 2007 - 272 pages

Points - janvier 2007 – 346 pages

Grand Prix des lectrices de Elle 2007, dans la catégorie policier.

Présentation de l'éditeur
Dans une banlieue de Reykjavik au cours d'une fête d'anniversaire, un bébé mâchouille un objet qui se révèle être un os humain. Le commissaire Erlendur et son équipe arrivent et découvrent sur un chantier un squelette enterré là, soixante ans auparavant. Cette même nuit, Eva, la fille d'Erlendur, appelle son père au secours sans avoir le temps de lui dire où elle est. Il la retrouve à grand-peine dans le coma et enceinte. Erlendur va tous les jours à l'hôpital rendre visite à sa fille inconsciente et, sur les conseils du médecin, lui parle, il lui raconte son enfance de petit paysan et la raison de son horreur des disparitions. L'enquête nous est livrée en pointillé dans un magnifique récit, violent et émouvant. Une femme victime d'un mari cruel qui la bat, menace ses enfants et la pousse à bout. Un Indridason grand cru!

Biographie de l'auteur :
Né en Islande en 1961, journaliste et critique de cinéma, Arnaldur Indridason est l'auteur de romans noirs, dont La Cité des Jarres, égaiement en Points. 

Mon avis : (lu en mai 2008)

C'est le premier livre de cet auteur que je lisais. Le commissaire Erlendur et son équipe d'enquêteurs sont attachants. L'intrigue est palpitante, on suit l'enquête d'Erlendur mais également en parallèle on découvre l'histoire d'une famille ayant vécu là où ont été retrouvé le squelette à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

On navigue entre le passé et le présent. Le commissaire Erlendur est également confronté à ses soucis familiaux (sa fille est droguée, enceinte et plongée dans le coma). Jusqu'à la fin l'intrigue nous tient en haleine. C'est un très bon roman policier sur le drame de l'enfance et de la violence conjugale.

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