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Actes Sud Junior – mars 2011 – 125 pages

Quatrième de couverture : 
La fièvre s'est emparée du lycée à l'annonce de la visite d'un célèbre critique rock. Des groupes de l'établissement pourront lui faire écouter un ou deux morceaux. Mais celui de Benjamin n'existe plus, il a explosé... comme son amitié avec Mathieu. Et si c'était l'occasion de "rejouer" le passé ?

Auteur : Jean-Philippe Blondel est né en 1964, il est marié, il a deux enfants et il enseigne l'anglais au lycée de Sainte-Savine (Aube) depuis vingt ans. Il a aussi un vice – il aime lire. Pire encore, il aime écrire. Il a publié plusieurs romans comme Accès direct à la plage (2003), 1979 (2003), Juke-box (2004), Un minuscule inventaire(2005), Passage du gué (2006), This is not a love song (2007), Le baby-sitter (2010), G229 (2011). Il est également auteur de livre pour la jeunesse avec Un endroit pour vivre (2007), Au rebond (2009), Blog (2010), (R)eplay (2011).

Mon avis : (lu en avril 2012)
Jean-Philippe Blondel connaît bien les lycéens et sait raconter les histoires. Dans ce roman destiné aux adolescents mais qui se lit très bien par un adulte, il nous raconte l’histoire de Benjamin élève de terminale. Il sait qu’il est à un tournant de sa vie, il est dans une période du passage de l’adolescence à l’âge adulte. 

Au lycée, tout est en effervescence, le célèbre critique et spécialiste du rock en France, Franck Ménard doit venir donner une conférence. Il a même accepté d’écouter un ou deux morceaux de chaque groupe de musique du lycée. C’est dommage pour Benjamin et son groupe des Frontlights ils se sont séparés l’année passée. Il y avait Benjamin et  Mathieu à la guitare, Max à la batterie et la belle Clara comme chanteuse. La prochaine venue de Franck Ménard sera  l’occasion de renouer avec son ami Mathieu et de recréer un groupe Les Revenants… Benjamin va utiliser la musique et l’écriture pour exprimer ses sentiments de colère, ses doutes et il va mûrir et  regarder vers l’avenir plutôt que ressasser le passé.

Une belle histoire très bien écrite qui m’a fait passer un bon moment… Je suis en train de devenir une inconditionnelle de Jean-Philippe Blondel…

Extrait :(début du livre)
CLÉMENT S'EST PENCHÉ VERS MOI en sortant du cours de maths. Il m'a lancé :
- Tiens, au fait, j'ai parlé avec le documentaliste ce matin. Tu sais quoi ? Il paraît que Franck Ménard va venir au lycée donner une conférence sur l'état de la presse rock en France.
Je n'ai rien répondu. J'ai fait semblant de ne pas être intéressé. C'est là qu'il a lancé l'estocade.
- Il paraît que ça se finira par un concert. Enfin, il écoutera quelques morceaux des deux ou trois groupes de l'établissement, quoi. Dommage que les Frontlights se soient séparés.
Il m'a adressé un clin d'oeil et il est parti avec un sourire en coin. Je crois que je n'ai jamais détesté quelqu'un autant que Clément, à ce moment-là. Mais bon, ce n'est pas un scoop non plus. Je hais Clément. Sa gueule de petit minet avec sa frange sur le devant, son regard clair, ses fringues qui puent le fric, sa façon d'inviter cent personnes aux soirées qu'il donne quand ses parents ne sont pas là, et le fait que tout le monde s'y précipite parce qu'il y a une piscine. Ses guitares dernier cri et tout le matos dans sa cave reconvertie en studio capitonné, pour que le fiston s'éclate. Son gang de bobos, les Jigsaws, qui se la jouent rebelle en reprenant des morceaux des Babyshambles.
Tout ce que je méprise.

J'ai haussé les épaules. Je n'en ai rien à cirer. Je suis bien au-dessus de tout ça. J'étais sûr de toute façon que ce n'était que du flan. Franck Ménard ne se déplacerait jamais dans un bahut de province - il a bien d'autres chats à fouetter. C'est le rédacteur en chef du magazine de musique le plus lu en France. C'est aussi le producteur de deux des groupes les plus en vue du moment. Et accessoirement, il a fait des ravages au sein du jury d'une émission de télé à la mode. Un mec comme ça, se déplacer ici, en Champagne, dans un lycée anonyme ? Une rumeur qui va disparaître comme elle était venue - comme celle qui racontait, l'année dernière, que le proviseur s'était fait casser la gueule par un interne. La rumeur, c'est un des fondamentaux de la vie de lycéen. Ça commence dès huit heures du mat, avec les ragots du style "il paraît que la prof de SVT est absente", et ça continue toute l'après-midi avec les pseudo-histoires d'amour et les fausses ruptures. Au début de la seconde, quand on arrive, on y croit. En terminale, on est blindé.

J'ai retrouvé le sourire en imaginant la tête de Clément quand il apprendrait que ça ne se basait sur rien, son histoire. Même de croiser Mathieu dans les couloirs, ça ne m'a rien fait - enfin presque. Disons que j'ai feint de ne pas le voir, comme toujours, mais vu qu'il rase les murs, ces temps-ci, ça n'a pas été difficile. J'avais récupéré la pêche quand je suis entré au CDI. Je voulais y retrouver Louison. Elle devait me redonner ma fiche de lecture de philo, qu'elle avait dû recopier in extenso, comme d'hab.
Mais là-dedans, c'était l'émeute. Une bonne vingtaine de lycéennes en folie, entourant le vieux Francis, qui n'avait pas été pareillement à la fête depuis des années. Et que ça te lançait des petits cris suraigus, et que ça te trépignait partout en serrant ses petits poings. Lamentable. J'ai pris un air goguenard et j'ai demandé ce qui se passait. Et Francis, fier comme un coq, de répondre :
- Franck Ménard vient au lycée.
- Il a que ça à faire ?
- Eh bien dis donc, quelle agressivité ! Je pensais que ça t'intéresserait, toi qui te prétends passionné par le rock.
- Justement. Ménard, c'est un has been.
Francis s'est mis à rire. Il n'est pas facile à mettre en colère, Francis. Il a passé des années dans son CDI et les réactions des élèves lui glissent dessus comme de l'eau sur les plumes d'un canard. Il a juste ajouté que valait quand même mieux être un has been qu'un has never been. Il a aussi précisé que Ménard faisait le déplacement pour pas grand-chose - remboursement des billets de train et cinquante euros de cachet - par pure amitié. Là, j'ai carrément tiqué.
- Amitié pour qui ? j'ai demandé.
- Pour moi.
- Hein ?
- Eh ouais, mon pote. Ménard et moi, on était voisins quand on était mômes. Et en fait, on ne s'est jamais vraiment perdus de vue.
- Tu ne nous l'as jamais raconté, ça !
- Il y a beaucoup de choses que je ne raconte pas. Par exemple, je ne t'ai jamais dit que j'étais plutôt client de la musique que tu faisais avec tes copains, l'année dernière.
- Mmh. Merci.
- De rien. D'ailleurs, Ménard, il a envie de savoir ce que les gamins ont dans le ventre. Il prendra du temps pour écouter les différents groupes du lycée.
- On est séparés.
- Il paraît, oui. Mais c'est l'occasion de se reformer,
non ?
- M'étonnerait.
- Des problèmes d'ego surdimensionnés ?
- Non. Oui. C'est trop compliqué.
- Bon, alors je t'inscris pour la conférence ou pas ?
Parce que le nombre de places est limité et que les demoiselles, là, elles viennent déjà de remplir un tiers de la salle.
- Mmh.
- C'est pas une réponse, ça.
- Oui.

C'était un tout petit "oui". Un truc fragile et discret, entre le grommellement et l'acquiescement - mais j'ai vu Francis qui ajoutait mon nom sur la liste et qui souriait.

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