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8 février 2009

Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen – Arto Paasilinna

le_bestial_serviteur Denoël – juin 2007 – 309 pages

Anne Colin du Terrail (Traduction)

Résumé : À l'approche de la cinquantaine, le pasteur Oskari Huuskonen traverse une mauvaise passe. Son mariage bat de l'aile, sa foi vacille, ses prêches peu conformes aux canons de l'Église lui attirent les foudres de ses supérieurs, et ses paroissiens, tous plus déjantés les uns que les autres, lui causent bien du souci. Comme si cela ne suffisait pas, le conseil paroissial décide de lui offrir pour son anniversaire un cadeau empoisonné : un ourson qui vient de perdre sa mère, spectaculairement morte par électrocution au sommet d'un pylône à haute tension. Mais Huuskonen s'attache peu à peu à l'ourson et pousse la sollicitude jusqu'à lui construire pour l'hiver une tanière dans laquelle il finit par le rejoindre, en compagnie d'une charmante biologiste venue étudier les mœurs de l'animal. Ayant retrouvé la foi au contact du pasteur, la biologiste, Sonia, s'éloigne de lui, ce qui n'empêche pas l'épouse de Huuskonen de demander le divorce. L'évêque, de son côté, lassé des bizarreries du pasteur, le met d'office en congé. Huuskonen, ruiné par son divorce, privé de domicile et d'emploi, part à l'aventure avec son ours. Un long périple qui les mènera d'Odessa à Syracuse, de Malte à Southampton, en quête d'un sens à leur existence.

Biographie de l'auteur
Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. successivement bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l'auteur d'une trentaine de livres, pour la plupart traduits en français et publiés chez Denoël où ils ont toujours rencontré un grand succès. Citons entre autres Le Meunier hurlant, Le Lièvre de Vatanen, Petits suicides entre amis ou encore Un homme heureux.

Mon avis : (lu en juillet 2007)

Le Bestial Serviteur du prêtre Huuskonen réuni tous les ingrédients d'un grand cru Paasilinna : un prêtre dépressif, un village finnois au bord de la crise de nerfs et un ours débarqué de nulle part qui va changer la vie du héros et l'entraîner vers une aventure inoubliable. Le rythme du début est vraiment bien mais au bout d’un moment cela tourne en rond. Un peu long. Malgré tout, il y a toujours beaucoup d’humour et des situations cocasses et décalées.

Extrait : (page 22) À cet instant du discours du pasteur, un pilier de bistrot à demi soûl entra en courant dans l’église. Alors qu’il se promenait sur la route, au sortir de l’estaminet local, il venait d’être témoin d’une scène atroce, la mort de l’organisatrice de banquets Astrid Sahari et d’une ourse, au sommet d’un pylône électrique. L’ivrogne beugla : « Arrêtez tout ! L’Astrid a grimpé avec une ourse sur un poteau de la ligne à haute tension ! Elles sont mortes toutes les deux ! Grillées ! »

La cérémonie nuptiale s’interrompit dans un désordre indescriptible, aggravé par l’agent de maintenance des services publics communaux, Rainer Hyhkönen, qui avait lui aussi couru de toute la vitesse de ses jambes à l’église. Sur le seuil, il cria d’une voix forte qu’on avait besoin d’urgence dans la cave de l’hôpital de l’aide d’un costaud, il fallait mettre en marche le diesel qui, en cas de coupure de courant, faisait tourner le groupe électrogène. Il n’y avait pas un instant à perdre, un patient sous oxygène luttait contre la mort. « Il faut le démarrer à la manivelle, la batterie est à plat, je ne peux pas faire ça tout seul. »

Le pasteur Oskar Huuskonen dut se résoudre à annoncer aux paroissiens que la cérémonie était suspendue, mais reprendrait à une heure qui serait indiquée plus tard, de préférence dès que la catastrophe serait jugulée. Le futur marié en tête, la foule se rua hors de l’église sans écouter la fin de ses propos. La malheureuse fiancée s’effondra sur un banc, serrant dans ses mains tremblantes son bouquet composé des plus belles fleurs des champs de ce début d’été. Des larmes brillaient dans les yeux timides de la pauvre femme abandonnée.

Au triple galop, Oskar Huuskonen partit avec Hyhkönen en direction de la cave du service hospitalier du centre médical. En passant devant la station électrique, il vit sur le pylône à haute tension deux silhouettes fumantes dont il était difficile de savoir qui était l’organisatrice de banquets, et qui l’ourse.

Ce n’était pas le moment de rester à méditer sur la question, il fallait courir mettre le diesel en marche afin de fournir du courant au respirateur et sauver la vie du malade.

Dans la cave, Huuskonen tourna la manivelle du diesel à la force du poignet tandis que l’agent de maintenance réglait les compteurs ; le moteur toussa et s’alluma, un courant salvateur circula dans le réseau électrique de l’hôpital, le respirateur se réactiva et l’on put remettre son masque à oxygène à l’inséminateur retraité moribond Yrjänä Tisuri. L’infirmière en nage alla s’écrouler dans la salle de repos, les mains crispées sur la poitrine. « Le métier de soignant est parfois rude », haleta-t-elle.

Le pasteur Oskar Huuskonen repartit vers l’église. Les abords de la station électrique grouillaient de monde. Les corps de l’organisatrice de banquets et de l’ourse avaient été descendus du pylône à haute tension par la grande échelle des pompiers. Astrid Sahari avait été recouverte d’une couverture, mais le cadavre de l’animal gisait tel quel sur la pelouse. Il flottait dans les airs une odeur de viande brûlée.

On avait trouvé dans un sapin voisin deux oursons apeurés que l’on avait attrapés et enfermés dans la resserre. Il y régnait un désordre épouvantable, signe certain que des courtes queues s’en étaient donné à cœur joie.

Tout le village était sens dessus dessous. On racontait aussi que le fiancé, Hannes Loimukivi, avait profité du chaos pour s’éclipser en douce. Pendant que sa promise en pleurs l’attendait à l’église, il avait pris la fuite.

Le pasteur Oskar Huuskonen ne se déclara pas vaincu. Il réunit une patrouille d’une demi-douzaine d’hommes afin de rattraper le fiancé évadé. On ne le trouva bien sûr pas chez lui, ni au bistrot. On fouilla les maisons les plus proches, ainsi que celles de ses amis, jusque dans les placards et sous les lits, mais sans résultat. Quelqu’un finit par suggérer que Loimukivi avait pu filer au chalet de la société de chasse, au bord du lac de Nummenpää, vu qu’il en était vice-président et ne courait pas seulement les femmes, mais aussi le gibier. C’est là qu’on le trouva : il était monté dans le grenier du sauna, où il pensait être bien caché. On le fit descendre de là sans ménagement, et le pasteur Huuskonen l’entraîna à l’écart pour une petite conversation en tête-à-tête.

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4 janvier 2009

Philippe Claudel – La petite fille de Monsieur Linh

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Stock – août 2005 – 160 pages

Livre de Poche - août 2007 - 183 pages

Présentation de l’éditeur
Monsieur Linh est un vieil homme. Il a quitté son village dévasté par la guerre, n’emportant avec lui qu’une petite valise contenant quelques vêtements usagés, une photo jaunie, une poignée de terre de son pays. Dans ses bras, repose un nouveau-né. Les parents de l’enfant sont morts et Monsieur Linh a décidé de partir avec Sang Diû, sa petite fille. Après un long voyage en bateau, ils débarquent dans une ville froide et grise, avec des centaines de réfugiés.
Monsieur Linh a tout perdu. Il partage désormais un dortoir avec d’autres exilés qui se moquent de sa maladresse. Dans cette ville inconnue où les gens s’ignorent, il va pourtant se faire un ami, Monsieur Bark, un gros homme solitaire. Ils ne parlent pas la même langue, mais ils comprennent la musique des mots et la pudeur des gestes. Monsieur Linh est un cœur simple, brisé par les guerres et les deuils, qui ne vit plus que pour sa petite fille. Philippe Claudel accompagne ses personnages avec respect et délicatesse. Il célèbre les thèmes universels de l’amitié et de la compassion. Ce roman possède la grâce et la limpidité des grands classiques.

Biographie de l'auteur
Philippe Claudel est né en 1962. Son roman Les âmes grises (prix Renaudot 2003, Grand prix littéraire des lectrices de Elle en 2004, consacré meilleur livre de l'année 2003 par le magazine Lire) a été traduit dans vingt-deux pays.

Mon avis : 5/5 (coup de coeur)

J'ai adoré ce livre, c'est un roman touchant et bouleversant.

Monsieur Linh quitte son pays avec une petite valise et sa petite-fille dans les bras, seuls trésors rescapés de son pays en guerre. Il n'a plus rien. Il arrive en France, reste dans un dortoir avec deux familles de son pays, mais il est seul avec sa petite fille. Il sort prendre l'air avec la petite et fait connaissance avec Mr Bark. Les deux hommes ne se comprennent pas, ne parlent pas la même langue, mais un sincère lien d'amitié les unit...

 

Ce livre est écrit avec beaucoup de simplicité mais les thèmes abordés sont très forts : l'exil, la solitude, le courage, l'amour et l'amitié. C'est presque un conte philosophique.

Dans l'écriture de Philippe Claudel, il y a beaucoup de sensibilité, de poésie, d'humanisme.

La fin du livre surprenante et inattendue donne au récit toute sa force, toute sa puissance. Et pour ma part, dès les dernières lignes lu, j'ai recommencé le livre pour mieux le savourer et le comprendre.

Extrait :
"C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul à savoir qu’il s’appelle ainsi car tous ceux qui le savaient sont morts autour de lui.

Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l’enfant dort. Le pays s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.

Le voyage dure longtemps. Des jours et des jours. Et tout ce temps, le vieil homme le passe à l’arrière du bateau, les yeux dans le sillage blanc qui finit par s’unir au ciel, à fouiller le lointain pour y chercher encore les rivages anéantis.

Quand on veut le faire entrer dans sa cabine, il se laisse guider sans rien dire, mais on le retrouve un peu plus tard, sur le pont arrière, une main tenant le bastingage, l’autre serrant l’enfant, la petite valise de cuir bouilli posée à ses pieds.

Une sangle entoure la valise afin qu’elle ne puisse pas s’ouvrir, comme si à l’intérieur se trouvaient des biens précieux. En vérité, elle ne contient que des vêtements usagés, une photographie que la lumière du soleil a presque entièrement effacée, et un sac de toile dans lequel le vieil homme a glissé une poignée de terre. C’est là tout ce qu’il a pu emporter. Et l’enfant bien sûr.

L’enfant est sage. C’est une fille. Elle avait six semaines lorsque Monsieur Linh est monté à bord avec un nombre infini d’autres gens semblables à lui, des hommes et des femmes qui ont tout perdu, que l’on a regroupés à la hâte et qui se sont laissé faire.

Six semaines. C’est le temps que dure le voyage. Si bien que lorsque le bateau arrive à destination, la petite fille a déjà doublé le temps de sa vie. Quant au vieil homme, il a l’impression d’avoir vieilli d’un siècle.

Parfois, il murmure une chanson à la petite, toujours la même, et il voit les yeux du nourrisson s’ouvrir et sa bouche aussi. Il la regarde, et il aperçoit davantage que le visage d’une très jeune enfant. Il voit des paysages, des matins lumineux, la marche lente et paisible des buffles dans les rizières, l’ombre ployée des grands banians à l’entrée de son village, la brume bleue qui descend des montagnes vers le soir, à la façon d’un châle qui glisse doucement sur des épaules.

Le lait qu’il donne à l’enfant coule sur le bord de ses lèvres. Monsieur Linh n’a pas l’habitude encore. Il est maladroit. Mais la petite fille ne pleure pas. Elle retourne au sommeil, et lui, il revient vers l’horizon, l’écume du sillage et le lointain dans lequel, depuis bien longtemps déjà, il ne distingue plus rien."

Déjà lu du même auteur : 

les_ames_grises Les âmes grises

 

 

6 février 2009

Balzac et la petite tailleuse chinoise - Dai Sijie

Balzac_et_la_petite_tailleuse_chinoise

Gallimard – octobre 2002 - 432 pages

Quatrième de couverture
« Nous nous approchâmes de la valise. Elle était ficelée par une grosse corde de paille tressée, nouée en croix. Nous la débarrassâmes de ses liens, et l'ouvrîmes silencieusement. À l'intérieur, des piles de livres s'illuminèrent sous notre torche électrique; les grands écrivains occidentaux nous accueillirent à bras ouverts: à leur tête, se tenait notre vieil ami Balzac, avec cinq ou six romans, suivi de Victor Hugo, Stendhal, Dumas, Flaubert, Baudelaire, Romain Rolland, Rousseau, Tolstoï, Gogol, Dostoïevski, et quelques Anglais : Dickens, Kipling, Emily Brontë... - Quel éblouissement! - Il referma la valise et, posant une main dessus, comme un chrétien prêtant serment, il me déclara : Avec ces livres, je vais transformer la Petite Tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde. »

Auteur : Dai Sijie, en chinois 戴思杰 et en pinyin Dài Sījié (né en 1954, au Fujian, en Chine) est un cinéaste et romancier chinois vivant en France. Il est principalement connu pour ses romans Balzac et la petite tailleuse chinoise et Le Complexe de Di qui reçu le prix Femina en 2003. Pendant la révolution culturelle (de 1966 à 1976) ses parents, médecins dits "bourgeois réactionnaires", "ennemis du peuple" sont mis en prison. Il est donc envoyé dans un camp de rééducation dans un village très difficile d'accès dans la province de Sichuan. En 1974 (trois ans plus tard) celui-ci est autorisé à retourner chez lui. Cette expérience lui servira plus tard d'inspiration pour Balzac et la petite tailleuse chinoise (2000). Il est employé dans un lycée de province jusqu'à la mort du Président Mao Zedong. En 1976, après la mort de celui-ci (Mao Zedong), il entre à l'université de Pékin pour y prendre des cours sur l'Histoire de l'art chinois. Il reçoit sur un autre concours une bourse pour partir à l'étranger et il choisit de partir étudier en France (1984) à l'IDHEC. Il s'installe alors définitivement en France. Son premier film est "Chine ma douleur" (1989), film qui a été tourné en France en raison de l'interdiction de tournage en Chine (selon les autorités chinoises le film revêtait un caractère subversif).

Mon avis : 5/5 (lu en juillet 2004)

Dans la Chine de Mao, savoir lire, c'est déjà faire partie des intellectuels... Et les intellectuels, on les envoie se rééduquer dans les campagnes. C'est le cas du narrateur et de son ami Luo, ils ont 17 et 18 ans. Pour supporter les difficultés, ils se racontent des histoires, des films. Un jour, ils découvrent une valise avec des livres interdits. Ils vont lire Balzac en cachette... Cela va changer le cours de leur vie et rencontrer la fille du tailleur. Ce livre nous raconte une histoire pleine de poésie qui nous fait découvrir l'importance des livres ! C'est également un dépaysement total au fin fond de la campagne chinoise. A lire absolument ! 

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Balzac et la Petite Tailleuse chinoise a été adapté en film en 2002 par Dai Sijie avec l'aide de plusieurs cinéaste. Bien que le livre ait été écrit en français, le film est joué en chinois par les acteurs. Il a été tourné dans les montagnes de Zhangjiajié dans la province natale de Mao, le Hunan. Les plans en ville ont été faits dans la ville ancienne de Fenghuang (le Phénix).

Extrait : « Nous nous approchâmes de la valise. Elle était ficelée par une grosse corde de paille tressée, nouée en croix. Nous la débarrassâmes de ses liens, et l'ouvrîmes silencieusement. A l'intérieur, des piles de livres s'illuminèrent sous notre torche électrique; les grands écrivains occidentaux nous accueillirent à bras ouverts: à leur tête, se tenait notre vieil ami Balzac, avec cinq ou six romans, suivi de Victor Hugo, Stendhal, Dumas, Flaubert, Baudelaire, Romain Rolland, Rousseau, Tolstoï, Gogol, Dostoïevski, et quelques Anglais : Dickens, Kipling, Emily Brontë... - Quel éblouissement ! - Il referma la valise et, posant une main dessus, comme un chrétien prêtant serment, il me déclara : Avec ces livres, je vais transformer la Petite Tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde.»

3 février 2009

Le tombeau d'étoiles – Maxence Fermine

le_tombeau_d__toiles Albin Michel – mars 2007 -219 pages

Quatrième de couverture :
"J'étais jeune alors, sans dégoût de l'existence, tel un soldat à l'aube d'une bataille et qui traverse d'un cœur léger une lande de terre sans savoir qu'elle sera bientôt entachée de sang et qu'elle deviendra son tombeau. J'allais sans crainte vers mon avenir, enivré de ce philtre sournois qu'est l'espoir, croyant encore tenir dans ma main la clef de l'Eden alors que c'était celle des enfers.

" Au soir de sa vie, un homme retrace le long chemin qu'il a parcouru et les événements qui en ont déterminé le cours. L'enfance, la jeunesse, la guerre, l'amour pour Eléonore. Jusqu'au drame qui va bouleverser son existence. Inspiré de faits réels, sensible, envoûtant, le nouveau roman de Maxence Fermine redonne corps à la période trouble de l'Occupation au fil d'une superbe histoire de vengeance et d'amour dans les paysages grandioses de la Savoie.

Auteur : Maxence FERMINE est né à Albertville en 1968. Il a passé son enfance à Grenoble, avant de partir à Paris où il restera treize années. Il a suivi pendant un an des cours dans une faculté de Lettres, puis a décidé de voyager en Afrique. Il s'éprend du désert, travaille dans un Bureau d'Etudes en Tunisie. Il se marie et vit maintenant en Savoie avec sa femme et sa fille. Il a déjà publié " Neige " en janvier 1999 et " Le violon noir " en septembre 1999. L'apiculteur est son troisième livre.

Mon avis : (lu en février 2009)

Ce livre se lit très facilement, c’est un roman écrit autour d’un fait réel dans un village de Savoie en Août 1944, pendant l'Occupation. L'histoire est émouvante, les personnages attachants, la narration est pleine de poésie, les paysages de Savoie superbement évoqués. C'est beau et triste à la fois !

Extrait : (début du livre) 

«Je me suis toujours demandé s’il fallait raconter cette histoire. Lorsque j’y songe, tout cela ressemble à un naufrage. Il y a d’abord les souvenirs teintés de remords et de désespoir, souvenirs amers que je croyais à jamais enfouis dans les limbes de ma mémoire, adoucis, effacés même par le temps et l’oubli. Les blessures et les meurtrissures, les traumatismes, les choses tues, les interdits et les non-dits, ces océans de tristesse où l’on s’abîme à force de silence. Enfin il y a les albums de photographies anciennes que l’on feuillette en sachant toutefois que, dès la première page, les parfums du passé vous sauteront au visage et vous enivreront d’une fragrance mélancolique trop longtemps contenue.

Il faut parfois se faire violence pour faire resurgir des archives de la mémoire ce qu’elles contiennent de plus sombre, et exposer en pleine lumière ces zones d’ombre que l’on croyait ensevelies pour toujours.

Jusqu’à la mort de Roche, ce témoignage m’aurait paru indécent. Lui qui avait vécu tout cela, qui en était le principal protagoniste, n’en parlait jamais. C’était un accord tacite entre le monde et lui. Sa manière de se protéger et de se forger une carapace en apposant sur ces journées d’effroi le sceau du secret.

Julien Roche. Un homme d’une belle trempe, comme ses aïeux l’avaient été avant lui. De la race des solitaires, qui ne demandait rien à personne, et surtout qui n’attendait rien. De lui ou des autres. Un loup sorti de la meute. Et qui ne l’a jamais rejointe.

C’était mon ami. Peut-être l’unique. Qui peut savoir ces choses-là ? On croit longtemps vivre entouré de gens, de proches, d’une famille aimante. A force d’habitude, on se croit préservé à jamais du malheur et de la solitude, pièce indispensable dans la grande mosaïque du monde. Et puis, un jour, la mosaïque se fendille et les joints éclatent, jusqu’à ce que chacune des pièces qui constituaient cette étrange fresque humaine s’isole un peu plus des autres. Alors on se retrouve seul face à son reflet dans le miroir, seul dans le cortège des jours qui défilent, et on comprend qu’il n’en était rien.

Les Roche. Des gens de parole et de caractère, durs à l’ouvrage et peu causants. Dans le village, ils étaient connus pour leur probité, leur sens du devoir et leur mutisme inébranlable. Sans doute avaient-ils été forgés d’éclats de silence sur l’arête desquels, parfois, nos paroles venaient glisser sans vraiment les atteindre.

Antoine Roche, le père, avait connu la grande guerre, celle de 14. Il avait fêté ses vingt ans à Verdun, sous les bombes. Forcément, cela lui avait tanné le cuir et raffermi le cœur. Il en était revenu avec la croix d’Honneur, un bras en moins et cette manière bien à lui de vous regarder comme s’il savait combien l’âme humaine est entachée de salissures. Il avait gardé de ce passé martial une amère désillusion sur l’humanité, et l’idée tenace que la vie n’est qu’une vaste mascarade, un théâtre immonde rempli de soldats, de miséreux et d’assassins.

Son fils était du même acabit. Par nature, il ne s’épanchait guère et se méfiait des autres. Taciturne, il se complaisait dans les étendues glacées de l’hiver des sentiments. D’ailleurs il n’a jamais confié à qui que ce soit cette histoire. Ce n’est pas qu’il manquait de vocabulaire ou d’une certaine culture. Il aurait sans doute trouvé les mots justes pour raconter à ma place. Mais comme son père, au sortir de la guerre de 14, il éprouvait de la pudeur à raconter ce qu’il avait vécu.

Julien Roche n’est pas le seul que je vais tenter de ressusciter dans ces lignes. Il y a tous les autres, les victimes de ces jours obscurs que la douleur et les larmes ne nous rendront pas. Ces hommes et ces femmes de majesté à qui je dédie ce livre qu’ils ne liront jamais.

Ceux-là, je désire les faire apparaître un à un, chacun sous une lumière différente, comme si j’étais l’ordonnateur d’une partie infime de leur existence et que je voulais les voir défiler devant moi, une dernière fois, tel un metteur en scène de théâtre regardant jouer ses acteurs pour une ultime représentation.

Mais par-dessus tout, il y a une femme que je désire évoquer dans ces pages parce que son souvenir m’obsède au-delà de tout ce qu’il est possible d’imaginer. Une femme que j’ai connue il y a bien longtemps, et qui compte plus que toutes les autres. D’elle, il me reste une photographie que je regarde chaque jour que Dieu fait, et qui m’est chère. Sur ce cliché un peu jauni, presque passé à force d’avoir été usé par mes caresses et mon regard, je parviens encore à distinguer un visage d’une incroyable pureté et qui respire la bonté. Un visage si beau que, pendant longtemps, j’ai cru y voir la preuve de son immatérialité. Comme si elle n’avait jamais existé ailleurs que sur ce papier argenté, enfantée par la magie d’un artiste dont le génie aurait été de photographier les esprits.

Cette femme portait un nom qui peut paraître un peu désuet, mais qui demeure si chargé d’émotion que, aujourd’hui encore, je ne peux le prononcer ni l’entendre sans en avoir les larmes aux yeux. Ce nom, ce beau nom, c’est Eléonore Verdussen.

Pendant des années, j’ai tenté d’effacer son visage de ma mémoire et de noyer l’histoire qui me liait à elle dans un grand lac de silence. Je ne voulais rien dévoiler de ce que nous vécûmes ensemble, et surtout de ce que nous ne vécûmes pas. Je ne voulais rien dire de ce que nous dûmes endurer, respecter toute cette souffrance, cette douleur et ce chagrin. J’avais la sotte vanité de croire que je pouvais oublier. Et aussi l’impression désagréable, en m’épanchant, de remuer les cendres d’une histoire vieille d’un demi-siècle. En quelque sorte, de trahir un secret.

Mais la vérité est tout autre. Je me voilais la face et, par lâcheté, je fermais les yeux sur tout un pan de mon existence.

Maintenant que les morts sont bien morts et que je suis seul parmi les vivants, la question du secret ne se pose plus. Lentement, un à un, tous les vestiges anciens resurgissent, comme une épave qu’on renfloue. Une épave remplie de petites lueurs tremblotantes venues des eaux noires du passé et qui, lentement, remontent à la surface de ma mémoire.

Alors il me faut à mon tour témoigner, avant que ces lueurs ne s’éteignent une à une, et que tout ne sombre et ne disparaisse à jamais dans les crevasses du temps.»

3 février 2009

Petits suicides entre amis – Arto Paasilinna

Petits_suicides_entre_amis    Petits_suicides_entre_amis_2   

Edition Denoël – septembre 2003 - 300 pages

Gallimard Folio - mai 2005 - 291 pages

traduction du finnois par Anne Colin Du Terrail

Présentation de l'éditeur :
" SONGEZ-VOUS AU SUICIDE ? Pas de panique, vous n'êtes pas seul. Nous sommes plusieurs à partager les mêmes idées, et même un début d'expérience. Ecrivez-nous en exposant brièvement votre situation, peut-être pourrons-nous vous aider. Joignez vos nom et adresse, nous vous contacterons. Toutes les informations recueillies seront considérées comme strictement confidentielles et ne seront communiquées à aucun tiers. Pas sérieux s'abstenir. Veuillez adresser vos réponses Poste restante, Bureau central de Helsinki, nom de code " Essayons ensemble ". " Deux suicidaires se retrouvent fortuitement dans une vieille grange où ils souhaitaient partir tranquilles. Entravés dans leurs funestes projets, ils se mettent en tête de rassembler d'autres désespérés pour monter une association. Commence alors, à bord d'un car de tourisme flambant neuf, un périple loufoque mené à un train d'enfer, des falaises de l'océan Arctique jusqu'au cap Saint-Vincent au Portugal pour un saut de l'ange final. Un récit désopilant doublé d'une réflexion mordante sur le suicide. 


Biographie de l'auteur
Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. Successivement bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l'auteur d'une vingtaine de romans dont Le meunier hurlant, Le lièvre de Vatanen et, en 2001, La douce empoisonneuse, romans cultes traduits en plusieurs langues.

Mon avis : (lu en avril 2005)
Comme d’habitude, Arto Paasilinna nous fait une satire sociale sur un véritable fléau qui ravage son pays. La Finlande est en effet le cinquième pays au monde où on se suicide le plus, peut-être à cause de l’isolement dans certaines campagnes et certainement aussi à cause de l’alcool. Pour comparaison, il y a en Finlande 28 suicide pour 100.000 habitants contre 20 en France. L’imagination sans borne de l’auteur nous fait partager un rocambolesque voyage en car de candidats au suicide finlandais. Les personnages sont hauts en couleur et les situations cocasses. Ce roman fait parti, à mon goût, des meilleurs de Paasilinna.

Extrait :

« Imagine, Hermanni ! Si nous étions plus nombreux, nous pourrions engager un thérapeute de groupe, consacrer nos derniers jours à profiter de la vie. Le temps passe toujours plus agréablement en compagnie que dans la solitude. Nous pourrions reprographier des lettres d’adieu et économiser de l’argent en confiant nos dernières volontés à un seul notaire… nous pourrions peut-être même obtenir un prix de gros pour les avis de décès. Nous aurions la possibilité de vivre largement, car il y aurait sûrement dans le groupe quelques personnes fortunées, les riches se tuent de nos jours plus souvent qu’on ne le croit. Et il serait facile d’avoir parmi nous des femmes, je sais qu’il y en a beaucoup, en Finlande, qui nourrissent des idées de suicide, et elles sont loin d’être toutes désagréables à regarder, au contraire, les dépressives ont souvent un charme mélancolique… »

Le colonel Kemppainen commençait à trouver le projet intéressant. Il comprenait les bénéfices que l’on pouvait tirer, en termes de rationalisation, d’un suicide collectif de masse. On éviterait ainsi tout amateurisme dans l’accomplissement du geste fatal. En y réfléchissant d’un point de vue stratégique, il voyait les avantages amenés par le nombre. Un soldat, même excellent, ne pouvait remporter seul la bataille, mais en rassemblant en rangs serrés des troupes animées par un même idéal, on obtenait des résultats. L’histoire militaire regorgeait d’exemples de l’efficacité d’une association collective(Pages 31-32)

 

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3 février 2009

La douce empoisonneuse – Arto Paasilinna

la_douce_empoisonneuse    la_douce_empoisonneuse_2

Denoël – septembre 2001 – 236 pages

Gallimard Folio - mars 2003 - 254 pages

traduit du finnois par Anne Colin Du Terrail

Résumé : La veuve du colonel Ravaska, Linnea, mène une existence tranquille dans sa petite métairie, à arroser ses violettes, en compagnie de son chat. Mais ce paisible tableau n'est qu'une façade... tous les mois, la bonne vieille tremble de peur ! En effet, son neveu et ses deux compères viennent la dépouiller de sa pension, jusqu'au jour où il demande à figurer sur son testament... Craignant pour sa vie et refusant de mourir de leur main, elle concocte un poison fulgurant pour se suicider le moment venu. Mais ce passe-temps est bien plus drôle que de tricoter... C'est à ce moment que de projets en situations cocasses, la donne change en faveur de la veuve du colonel ! Adeptes d''Arsenic et vieilles dentelles', ce livre est pour vous, et pour les autres aussi !

Biographie de l'auteur :
Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. Bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l'auteur d'une vingtaine de livres, pour la plupart traduits en français et publiés chez Denoël. Citons entre autres Le Meunier hurlant, Le Lièvre de Vatanen, Petits suicides entre amis, Un homme heureux ou encore Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen.

Mon avis : (lu en avril 2005)
Cette fois-ci, c'est la confrontation d'une vieille dame vulnérable et de trois jeunes délinquants qui la martyrisent. Pour en finir avec ce supplice, Linnea se prépare un poison pour se suicider, mais rien ne se déroule jamais comme prévu avec Paasilinna... L'humour noir et grinçant est là sans oublier les situations cocasses et originales. Tout ceci se lit avec un grand plaisir !

Extrait : (page 84)
"Il vint à l'esprit de Linnea que si quelqu'un pouvait avoir besoin d'un poison efficace et mortel, c'était bien elle. Si la situation devenait trop critique, elle pourrait ainsi avaler une dose afin d'échapper aux griffes des tortionnaires. Une vieille femme sans défense avait tout intérêt à se tenir prête au pire. A son âge, il convenait d'ailleurs aussi de se prémunir contre l'éventualité de maladies pénibles. L'idée d'une lente agonie sur un lit d'hôpital la terrifiait, elle avait une peur mortelle du cancer et de sa douloureuse phase terminale. Les médecins, aujourd'hui, s'acharnaient à maintenir en vie même les patients les plus désespérés, et elle ne voulait pas en arriver là. Dans de telles circonstances, avoir sa propre fiole de poison serait d'un immense secours.
Concocter une mixture mortelle pourrait aussi être une activité beaucoup plus passionnante que le macramé ou la peinture sur porcelaine."

31 janvier 2009

La cavale du géomètre – Arto Paasilinna

la_cavale_du_g_om_tre Denoël – 1998 – 250 pages

Gallimard Folio – juin 2000 – 267 pages

traduit du finnois par Antoine Chalvin

Quatrième de couverture
" Cela fait une drôle d'impression de ne pas savoir qui on est, d'où on vient ni où on va. Taavetti Rytkönen, soixante-huit ans, était exactement dans cette situation. Il ne savait pas où il allait, ni qu'il venait de sortir d'une agence de la Banque nationale, où il avait oublié son portefeuille et ses papiers d'identité, mais tout de même pensé à fourrer dans sa poche intérieure une liasse de billets épaisse d'un centimètre et demi... " Un géomètre amnésique, un chauffeur de taxi pas du tout pressé de rentrer chez lui, un architecte albanais, un interprète bosniaque, douze naturistes françaises, plus quelques paysans pas mal imbibés... Agitez, secouez et vous avez un grand Paasilinna.

Auteur : Arto Paasilinna, écrivain finlandais, né à Kittilä le 20 avril 1942. Il est né à l'arrière d'un camion, en pleine fuite des allemands, Arto Paasilinna traverse la Norvège, puis la Suède pour finir en Laponie finlandaise. Dès 1955, il exerce des métiers manuels comme celui de bûcheron ou d'ouvrier agricole mais suit, quelques années plus tard, des cours d'enseignement général à l'Ecole supérieure d'éducation populaire de Laponie. Il commence à écrire en devenant stagiaire au quotidien régional, 'Lapin Kansa'. Entre collaboration à la rédaction de divers journaux et revues littéraires, et l'écriture de romans tels que 'Le lièvre de Vatanen' (1993) ou 'Le fils du dieu de l'orage' (1995), il trouve encore le temps de composer des scénarios pour le cinéma et la télévision. Les thèmes récurrents comme celui de la fuite, des personnages singuliers et un art de la répétition qui n'appartient qu'à lui font toute l'originalité de ses œuvres. Cet auteur prolifique et brillant est devenu une figure emblématique et incontournable de la littérature finlandaise, et est parti pour gagner la reconnaissance d'un public international.

Mon avis : (lu en 2002)

Ce livre nous raconte la cavale d'un jeune chauffeur de taxi et d'un vieux géomètre amnésique à travers la Finlande au gré de leurs rencontres avec des personnages aussi illuminés qu'eux-même : un vieux couple de paysans qui a décidé de détruire leur propre exploitation, et un groupe de 12 françaises végétariennes et écolos qui pourchassent les taureaux dans les marais.... N'ayant plus de mémoire, le géomètre redevient un homme neuf, un homme libre...

Comme d'habitude l'histoire de ce roman d'Arto Paasilinna débute avec un fait banal et la suite est insoupçonnable tellement c'est totalement loufoque et surréaliste... Mais j'aime beaucoup, on est pris par l'intensité de l'histoire et on veut voir jusqu'où l'auteur va aller et on rit aussi beaucoup...

31 janvier 2009

Le lièvre de Vatanen - Paasilinna Arto

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Denoël - 1989 - 196 pages

Gallimard - mars 1993 – 203 pages

traduit du finnois par Anne Colin du Terrail. ,

Présentation de l'éditeur
Vatanen est journaliste à Helsinki. Alors qu'il revient de la campagne, un dimanche soir de juin, avec un ami, ce dernier heurte un lièvre sur la route. Vatanen descend de voiture et s'enfonce dans les fourrés. Il récupère le lièvre blessé, lui fabrique une grossière attelle et s'enfonce délibérément dans la nature. Ce roman-culte dans les pays nordiques conte les multiples et extravagantes aventures de Vatanen remontant au fil des saisons vers le cercle polaire avec son lièvre fétiche en guise de sésame. Il invente un genre : le roman d'humour écologique.

Auteur : Arto Paasilinna, écrivain finlandais, né à Kittilä le 20 avril 1942. Il est né à l'arrière d'un camion, en pleine fuite des allemands, Arto Paasilinna traverse la Norvège, puis la Suède pour finir en Laponie finlandaise. Dès 1955, il exerce des métiers manuels comme celui de bûcheron ou d'ouvrier agricole mais suit, quelques années plus tard, des cours d'enseignement général à l'Ecole supérieure d'éducation populaire de Laponie. Il commence à écrire en devenant stagiaire au quotidien régional, 'Lapin Kansa'. Entre collaboration à la rédaction de divers journaux et revues littéraires, et l'écriture de romans tels que 'Le lièvre de Vatanen' (1993) ou 'Le fils du dieu de l'orage' (1995), il trouve encore le temps de composer des scénarios pour le cinéma et la télévision. Les thèmes récurrents comme celui de la fuite, des personnages singuliers et un art de la répétition qui n'appartient qu'à lui font toute l'originalité de ses œuvres. Cet auteur prolifique et brillant est devenu une figure emblématique et incontournable de la littérature finlandaise, et est parti pour gagner la reconnaissance d'un public international.

Mon avis : 5/5 (lu en 2002)

Histoire loufoque pleine d'imagination et de poésie. On suit avec beaucoup de plaisirs et de curiosité Vatanen et son lièvre à travers la Finlande. C'est une évasion stimulante et tonique qui nous fait du bien et nous fait rire... Un grand bol d'air pur ! C'est par ce livre que j'ai découvert Arto Paasilinna et depuis j'ai lu presque tous ses livres.

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'Le Lièvre de Vatanen' a été adapté au cinéma fin 2006 par Marc Rivière avec Christophe Lambert dans le rôle principal. Je n'ai pas vu le film.

Extrait : Le journaliste marchait distraitement dans le bois clairsemé ; il atteignit la lisière d'un petit carré de prairie, sauta le fossé et scruta la pelouse vert foncé. Dans les herbes, il aperçut le levraut.
     Sa patte arrière était cassée. Elle pendouillait tristement au-dessous du genou et l'animal était si mal en point qu'il n'essaya pas de fuir en voyant l'homme approcher.
     Le journaliste prit dans ses bras le levraut terrorisé. Il cassa un bout de branche et le fixa en attelle à la patte avec son mouchoir déchiré en lanières. Le lièvre se protégeait la tête entre ses petites pattes de devant, ses oreilles tremblaient tant son cœur battait fort.
     Au loin sur la route on entendit le vrombissement nerveux d'un moteur, deux coups de klaxon hargneux et un appel :
     « Reviens ! On n'arrivera jamais à Helsinki si tu restes à cavaler dans cette foutue forêt ! Tu te débrouilleras pour rentrer seul si tu n'arrives pas tout de suite ! »
     Le journaliste ne répondit pas. Il tenait le petit animal dans ses bras. Apparemment, la bête n'était blessée qu'à la patte. Elle se calmait peu à peu.
     Le photographe sortit de la voiture. Il scruta la forêt d’un regard furieux, aucun signe de son collègue. Le photographe jura, alluma une cigarette et fit impatiemment quelques pas sur la route. Toujours aucune réaction dans la forêt. L'homme écrasa son mégot sur la route et cria :
     « Reste donc, imbécile, et bon vent, merde ! »
     Le photographe écouta encore un instant, mais ne recevant pas de réponse, il s'installa rageusement derrière le volant, donna les gaz, enclencha brutalement une vitesse et démarra. Le sable de la route crissa sous les pneus. Un instant plus tard, la voiture avait disparu.
     Le journaliste était assis au bord du fossé, le lièvre sur les genoux ; on aurait dit une vieille femme perdue dans ses pensées, son tricot devant elle. Les bruits de la voiture s'éteignirent. Le soleil se couchait.
     Le journaliste posa le lièvre sur le gazon ; il craignit un instant de voir l'animal détaler aussitôt, mais le lièvre resta blotti dans les herbes et quand l'homme le reprit dans ses bras, il n'avait plus du tout peur.
     « Nous voilà bien », dit l'homme au lièvre.

29 janvier 2009

Les cerfs-volants de Kaboul – Khaled Hosseini

cerfs_volants_de_kaboul Belfond – avril 2005 – 383 pages

Grand Prix des lectrices de ELLE 2006 dans la catégorie roman.

Présentation de l'éditeur
Dans les années 70 à Kaboul, le petit Amir, fils d'un riche commerçant pachtoun, partage son enfance avec son serviteur Hassan, jeune chiite condamné pour ses origines à exécuter les tâches les plus viles. Liés par une indéfectible passion pour les cerfs-volants, les garçons grandissent heureux dans une cité ouverte et accueillante. Ni la différence de leur condition ni les railleries des camarades n'entament leur amitié. Jusqu'au jour où Amir commet la pire des lâchetés... Eté 2001. Réfugié depuis plusieurs années aux Etats-Unis, Amir reçoit un appel du Pakistan. " Il existe un moyen de te racheter", lui annonce la voix au bout du fil. Mais ce moyen passe par une plongée au cœur de l'Afghanistan des talibans... et de son propre passé.

Biographie de l'auteur
Khaled Hosseini est né à Kaboul, en Afghanistan, en 1965. Fils de diplomate, il a obtenu avec sa famille le droit d'asile aux Etats-Unis en 1980. Son premier roman, Les Cerfs-Volants de Kaboul, a bénéficié d'un extraordinaire bouche à oreille. Acclamé par la critique, il est resté de nombreuses semaines en tête des listes aux Etats-Unis, où il est devenu un livre-culte. Les Cerfs-Volants de Kaboul a reçu le prix RFI et le Grand prix des lectrices de Elle en 2006.

Mon avis : 5/5 (lu en mai 2005)

Un livre inoubliable. L’histoire est bouleversante et émouvante. On est prit par cette histoire d'amitié, puis de trahison. On découvre l'Afghanistan, sa culture et son histoire douloureuse des années 70 à aujourd'hui. Les personnages sont très attachants et j'ai été ému jusqu'aux larmes.

Je me suis fait offrir le second roman de Khaled Hosseini, Mille soleils splendides mais j'avoue qu'il est toujours dans ma PAL de livres personnels... En effet, je lis en priorité les livres de mes deux bibliothèques !

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Une adaptation cinématographique de ce livre a été réalisé en février 2008 par Marc Foster, avec Khalid Abdalla, Homayon Ershadi, Saïd Taghmaoui. Je n'ai pas encore vu le film.

Extrait (p.121)
I
ls s'entretinrent ainsi un moment. Le dos voûté, un bras sur le toit de la voiture, Baba ne cherchait même pas à s'abriter. Lorsqu'il se redressa, sa mine abattue m'annonça la fin de la vie que j'avais connue depuis ma naissance. Il s'installa au volant. Les phares s'allumèrent, découpant deux rais de lumière sous l'averse. Si nous avions été les protagonistes de l'un de ces films indiens qu'il nous arrivait d'aller voir, je me serais précipité dehors à cet instant. Pieds nus dans les flaques, je les aurais poursuivis en leur hurlant de s'arrêter, j'aurais tiré Hassan de son siège pour lui dire que j'étais désolé, nous nous serions jetés dans les bras l'un de l'autre. Seulement nous n'étions pas au cinéma. Certes j'étais désolé, mais je ne pleurai ni ne courus derrière eux. Je me contentais de regarder la Mustang quitter le trottoir et emmener celui dont le premier mot avait été mon nom. Hassan m'apparut brièvement une dernière fois, juste avant que mon père tourne à gauche à l'angle de la rue où nous avions si souvent joué aux billes.
Je reculai d'un pas et ne vis plus que le rideau d'argent de la pluie sur mes vitres.

Extrait (p.230)
L'Afghanistan de notre jeunesse a, hélas, disparu. Toute douceur a déserté notre pays et il est impossible d'échapper aux tueries. Des tueries incessantes. La peur règne partout à Kaboul, dans les rues, dans le stade, sur les marchés. Elle fait partie de nos vies, Amir Agha. Les barbares qui dirigent notre watan ne s'embarrassent pas de sentiments. Il y a peu,j'ai accompagné Farzana jan au bazar pour acheter des pommes de terre et du naan. Elle a demandé le prix au vendeur, mais il ne l'a pas entendue - je crois qu'il était sourd d'une oreille. Elle a donc reposé sa question plus fort, et soudain un jeune taliban s'est précipité sur elle et l'a frappée aux jambes avec son bâton. Il l'a frappée si brutalement qu'elle est tombée. Il l'insultait et criait que le ministère de la Prévention du vice et de la Promotion de la vertu n'autorisait pas les femmes à élever la voix. Elle a eu un gros hématome sur la cuisse pendant plusieurs jours, mais je n'avais pas d'autre choix que de rester spectateur. Si je l'avais défendue, ce chien m'aurait abattu d'une balle, et avec plaisir !

25 janvier 2009

L’Exil est mon pays - Isabelle Alonso

l_Exil_est_mon_pays Héloïse d’Ormesson - août 2006 - 297 pages

Quatrième de couverture : Une fillette raconte le parcours du combattant de ses parents, Angel et Libertad, réfugiés venus en France pour échapper à la dictature franquiste. Avec ses mots d'écolière, elle explique comment, à peine arrivés, ils durent démarrer une nouvelle guerre, non plus pour leurs idées mais pour leur identité.
Elle tente de déchiffrer ce monde où les sentiments, les ressentiments sont à la taille des grands. Dans sa petite tête un champ de points d'interrogation. Étrangère, qu'est-ce que cela signifie au juste ? Perception enfantine touchante et drôle de la différence, du courage des parents, mais aussi des lâchetés et des peurs de tous.
Et puis, il y a la langue. Celle d'un pays que l'on ne quitte jamais vraiment, et qui vous ramène sans cesse d'où vous voulez ou devez partir. Et cette autre langue, apprise par devoir et utilisée avec bonheur pour décrire ceux dont l'ailleurs est le pays.


Auteur : Isabelle Alonso est née en Bourgogne de parents espagnols réfugiés politiques, est devenue française à l'âge de huit ans par naturalisation. Elle est aujourd'hui chroniqueuse à la radio et à la télévision. L'Exil est mon pays est son troisième roman.

Mon avis : (lu en janvier 2009)

Extrait : (page 190)

"Quand on rentrait de l'école, le goûter nous attendait. Maman s'asseyait avec nous, pour notre dernier cours de la journée. Elle avait des thèmes de prédilection, répétés encore et encore jusqu'à ce qu'ils fassent partie intégrante de la matière même de nos fibres cérébrales. En prévision de l'avenir, qui réserve parfois de lugubres surprises, elle nous tissait jour après jour du cordon ombilical transversal, entre enfants. Si jamais elle venait à disparaître, ou papa, ou les deux, elle voulait nous savoir liés les uns aux autres comme une cordée de haute montagne, les uns repêchant les autres au gré des chutes ou des naufrages toujours possibles... Les frères et soeurs doivent être unis. S'entraider toujours et ne jamais se mentir. Les plus grands protègent les plus petits, les plus petits soutiennent les plus grands. Chacun ses responsabilités. Chacun son devoir. Jamais on ne doit chercher à s'y soustraire. Une famille, c'est comme ça et pas autrement. Elle peaufinait l'oeuvre de sa vie entre une tartine et un bol de chocolat."

A travers son regard d'enfant, Isabelle Alonso nous raconte dans un récit touchant une enfance d'enfants d'émigrés. Il est question de l’identité et de l’intégration

Ce livre se lit très facilement et nous fait souvent sourire.

C'est un roman qui est certainement proche d'un récit autobiographique.

4 janvier 2009

Philippe Claudel – les âmes grises

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Stock - août 2003 – 284 pages

Livre de Poche - mars 2006 - 279 pages

Prix des Lectrices de Elle 2004 et Prix Renaudot 2003

Présentation de l'éditeur : A l’hiver 1917, dans un village du nord de la France tout près duquel les combats font rage, une fillette d’une dizaine d’années est retrouvée morte, assassinée sur le bord d’un petit cours d’eau.
Des années plus tard, retraité, le policier qui a mené l’enquête raconte ce qui a suivi. Qui a tué Belle ? Un maraudeur de passage ? Le petit soldat breton déserteur ? La solidarité de classe n’aurait-elle pas épargné le coupable en la personne du procureur Destinat, personnage impitoyable et glacé ? Et comment expliquer le suicide de la jeune institutrice, Lysia, si pleine de vie ?
A partir d’une énigme à la Simenon, Philippe Claudel a construit un roman puissant, à la progression dramatique impressionnante, tableau saisissant d’une France provinciale plongée dans le cauchemar de la guerre. Il a aussi analysé, avec une lucidité et une finesse psychologique sans faille, les rapports troubles que le bien et le mal entretiennent en chacun de nous, faisant à jamais de nos âmes des « âmes grises ».

Auteur : Philippe Claudel est né en 1962. Son roman Les âmes grises (prix Renaudot 2003, Grand prix littéraire des lectrices de Elle en 2004, consacré meilleur livre de l'année 2003 par le magazine Lire) a été traduit dans vingt-deux pays.

Mon avis : (lu en février 2004)
L'histoire est terrible, celle de cette petite fille retrouvée étranglée au bord d'une rivière, l'histoire de la noirceur de l'âme des hommes, dans le Nord de la France, pendant la première guerre mondiale.
Un livre captivant, avec un très bon suspense. Une histoire belle et touchante. L'atmosphère, créé par l'auteur, est remplie d'une mélancolie infinie, est extrêmement touchante et prenante. Les personnages sont ni tout blanc, ni tout noir mais simplement gris !

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Un film tiré de ce livre est sortie en 2005, réalisé par Yves Angelo avec Jean-Pierre Marielle, Jacques Villeret, Marina Hands, Joséphine Japy, Cyrille Thouvenin, Denis Podalydès.

 

 

30 décembre 2008

Comme le fleuve qui coule - Coelho Paulo

Comme_le_fleuve_qui_coule Flammarion - mai 2006 – 288 pages

Résumé : Comme le fleuve gui coule est un recueil de 101 textes courts publiés par Paulo Coelho entre 1998 et 2005. Au fil des pages, il nous ouvre les portes de son univers d'écrivain, fait de petits morceaux de quotidien et de récits imaginaires qui acquièrent sous sa plume une dimension de contes philosophiques et pédagogiques à l'usage de tous ceux et de toutes celles qui désirent vivre en harmonie avec le monde qui les entoure.

«Ces pages contiennent les récits de certains moments que j'ai vécus, des histoires que l'on m'a racontées, des réflexions que je me suis faites pendant que je parcourais une certaine étape du fleuve de ma vie. Ces textes ont été publiés dans divers journaux du monde, et j'ai décidé de les réviser et de les compiler dans ce recueil. Ils font partie de mon existence et je vous les offre, à vous, mes lecteurs.»
Paulo Coelho

Auteur : Paulo Coelho est né en 1947 à Rio de Janeiro. Adolescent rebelle dans une famille conservatrice et étudiant contestataire plusieurs fois emprisonné, il devint parolier d'une des plus grandes stars du rock des années 70 au Brésil L'Alchimiste, paru en 1988, s'impose comme un best-seller mondial. Ses livres, traduits dans 59 langues, se sont vendus à 60 millions d'exemplaires dans 150 pays. Après du Zahir, Comme le fleuve qui coule est son dixième ouvrage publié en France. Paulo Coelho a été reçu à l'Académie brésilienne des lettres en 2002.

Mon avis :

J'ai bien aimé ce livre qui se lit assez vite, car toutes les histoires sont indépendantes les unes des autres. On peut s'arrêter sur une histoire, en relire une autre...

A travers toutes ces histoires, on en apprend davantage sur Paulo Coelho : ses voyages, ses passions, ses lieux de villégiature, son amour pour sa femme... sans pour autant oublier les thèmes habituels de l’auteur : la vie, la mort, l’importance des amis, l’amour de soi et de son prochain... Ce sont de véritables leçons de vie. Souvent, ces histoires ont un côté philosophique, elles sont pleines de sagesse, elles sont des sources de réflexions.

Extraits :
«
J'allais de New York à Chicago, pour me rendre à la Foire du livre, de l'American Booksellers Association. Soudain, un garçon s'est levé dans le couloir de l'avion :
'J' ai besoin de douze volontaires, a-t-il dit. Chacun portera une rose quand nous atterrirons.'
Plusieurs personnes ont levé la main. Je l'ai levée moi aussi, mais je n'ai pas été choisi.
Cependant,j'ai décidé d'accompagner le groupe. Nous sommes descendus, le garçon a indiqué une jeune fille dans la salle d'attente de l'aéroport d'O'Hare. Un à un, les passagers sont allés lui offrir leur rose. A la fin, le garçon l'a demandée en mariage devant tout le monde - et elle a accepté.
Un commissaire de bord m'a déclaré :
'Depuis que je travaille dans cet aéroport, c'est la chose la plus romantique qui soit arrivée. » (page : 71)

« Pendant le Forum économique de Davos, Shimon Peres, prix Nobel de la paix, a raconté l'histoire qui suit.
Un rabbin réunit ses élèves et demande :
'Comment savons-nous le moment précis où la nuit s'achève et où le jour commence ?
- Quand, de loin, nous pouvons distinguer une brebis d'un chien, dit un jeune garçon.
- En réalité, dit un autre élève, nous savons qu'il fait jour quand nous pouvons distinguer, de loin, un olivier d'un figuier.
- Ce n'est pas une bonne définition.
- Quelle est la réponse, alors ? demandèrent les gamins.
Et le rabbin dit :
'Quand un étranger s'approche, nous le confondons avec notre frère, et les conflits disparaissent - voilà le moment où la nuit prend fin et où le jour commence. » (page : 98)

« Les gens pensent très peu à la mort. Ils passent leur vie à s'inquiéter de vraies absurdités, ils reportent les choses, ils laissent de côté des moments importants. Ils ne prennent pas de risques, parce qu'ils trouvent cela dangereux. Ils se plaignent beaucoup, mais ils se montrent lâches au moment de prendre des mesures. Ils veulent que tout change, mais ils refusent de changer.
S' ils pensaient un peu plus à la mort, ils ne manqueraient jamais de donner le coup de téléphone qu'ils n'ont pas donné. Ils seraient un peu plus fous. Ils n'auraient pas peur de la fin de cette incarnation - car on ne peut pas redouter quelque chose qui arrivera de toute façon.
Les indiens disent : 'Aujourd' hui est un jour aussi bon qu'un autre pour quitter ce monde.' Et un sorcier a déclaré un jour : 'Que la mort soit toujours assise à côté de toi. Ainsi, quand tu devras faire des choses importantes, elle te donnera la force et le courage nécessaires.'
J' espère que vous lecteur, vous êtes arrivé jusqu'ici. Il serait stupide que le titre vous ait effrayé, car nous tous, tôt ou tard, nous allons mourir. Seul celui qui accepte cela est prêt pour la vie.»(page : 122)

30 décembre 2008

La Formule préférée du professeur – Yoko Ogawa

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Rose-Marie Makino-Fayolle (Traduction)

Présentation de l'éditeur
Une aide-ménagère est embauchée chez un ancien mathématicien, un homme d'une soixantaine d'années dont la carrière a été brutalement interrompue par un accident de voiture, catastrophe qui a réduit l'autonomie de sa mémoire à quatre-vingts minutes. Chaque matin en arrivant chez lui, la jeune femme doit de nouveau se présenter - le professeur oublie son existence d'un jour à l'autre - mais c'est avec beaucoup de patience, de gentillesse et d'attention qu'elle gagne sa confiance et, à sa demande, lui présente son fils âgé de dix ans. Commence alors entre eux une magnifique relation. Le petit garçon et sa mère vont non seulement partager avec le vieil amnésique sa passion pour le base-ball, mais aussi et surtout appréhender la magie des chiffres, comprendre le véritable enjeu des mathématiques et découvrir la formule préférée du professeur... Un subtil roman sur l'héritage et la filiation, une histoire à travers laquelle trois générations se retrouvent sous le signe d'une mémoire égarée, fugitive, à jamais offerte...

Biographie de l'auteur
Yoko Ogawa a obtenu pour ce livre publié en 2004 au Japon le prix littéraire du Yomiuri, le premier grand prix des Libraires et, tout récemment, le prix de la Société des mathématiques pour avoir révélé au lecteur la beauté de cette discipline.

Mon avis :

C'est le premier roman de cet auteur que je lis et je me suis laissée prendre par la magie et la poésie de ce livre... L'histoire est simple et plein d'émotion entre une aide-ménagère et son fils et un vieux monsieur d'une mémoire de 80 mn, passionné de mathématiques et de base-ball.
Un roman optimiste qui donne foi en l'âme humaine où 3 générations se retrouvent pour vivre simplement des tranches de vie de 80 minutes. Un petit bonheur simple mais vrai...

29 décembre 2008

Le dernier frère – Nathacha Appanah

le_dernier_fr_re Editions de l'Olivier - août 2007 - 210 pages

Prix du roman FNAC,

Prix des lecteurs l'Express,

Prix Culture et Bibliothèques pour tous

Présentation de l'éditeur
Lorsque David lui apparaît en rêve, Raj se retrouve projeté dans son enfance : les champs de canne, un père à la violence prévisible, la tendresse maternelle, les jeux près de la rivière avec ses frères, le soleil brûlant, les pluies diluviennes. Un bonheur précaire balayé par un cyclone, et l'installation de la famille près de la prison où vivent de mystérieux réfugiés. Le 26 décembre 1940, l'Atlantic accoste à Port-Louis avec, à bord, quelque 1500 Juifs, refoulés de Palestine et déportés à l'île Maurice, alors colonie britannique. À cette époque Raj ignore tout du monde et des tragédies qui s'y déroulent. Au soir de sa vie, il est rattrapé par le souvenir de ces événements qui l'ont marqué au fer rouge. Et par la honte d'être un homme.

Biographie de l'auteur
Nathacha Appanah est née en 1973 à Mahébourg (île Maurice). Elle vit à Paris et travaille pour une ONG.
En trois romans parus chez Gallimard - Les Rochers de Poudre d'Or (2003, prix RFO 2003) ; Blue Bay Palace (2004, grand prix littéraire des océans Indien et Pacifique) ; La Noce d'Anna (2005, prix grand public du Salon du livre) - Nathacha Appanah a imposé une œuvre puissante, proche d'Arundhati Roy et de J.M. Coetzee.

Mon avis : (lu en février 2008)

J'ai ressenti beaucoup d'émotions en lisant ce livre.

L'auteur a un ton juste et simple pour dire toute la misère et la violence du monde.

Je ne connaissais le fait historique autour duquel a été écrit ce livre : durant la Seconde Guerre Mondiale, l'Ile Maurice a abrité un camp d'internement pour Juifs qui avaient été refoulés de la Palestine.

On s'attache beaucoup aux personnages, Raj et David se rencontrent dans le camp et une amitié intense se noue entre eux. Le premier est mauricien, il vit dans un bidonville avec une mère aimante mais un père alcoolique qui bat la famille, il a perdu ses deux frères lors d'une tempête. Le second est juif venant d'Europe. Raj voit en David un nouveau frère...

Les descriptions des paysages, des odeurs et de la végétation de l’Île Maurice sont très évocatrices.

Extrait : « A l'école,j'apprenais également la culpabilité. Cette chose insidieuse qui m'empêchait d'être simplement un gosse, de rire à gorge déployée, de jouer avec les autres, de m'asseoir tranquillement pour regarder devant moi. Quand j'étais en classe, ce sentiment me quittait. Mais une fois le cours fini, je redevenais Raj, l'unique frère qui est à l'école. Pourquoi moi ? ne cessais-je de me demander. Je cachais toujours dans mon sac de feuilles de palme séchées la poire séchée distribuée à la pause de la matinée, maisj'étais obligé de boire le lait de vache qu'on nous servait à ce moment-là. Je le buvais lentement, en fermant les yeux, pensant très fort à Anil, à Vinod, les imaginant nettoyant la maison, coupant du bois, attachant les feuilles de canne, courbés, fatigués. Eux n'avaient, pour grandir, que de l'eau sucrée.
Je souhaitais que mon père choisisse un autre de ses fils pour l'éduquer. Mais Anil, bientôt, irait tous les matins avec lui couper les cannes à sucre, il était fort, il avait déjà des muscles qui saillaient sous sa peau, il ne se plaignait jamais et avec sa volonté et sa force de travail, il ramènerait de l'argent, des sous qu'il ne noierait pas dans l'arack et qu'il donnerait cérémonieusement à ma mère.»

22 décembre 2008

Best Love Rosie - Nuala O'Faolain

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Traduit de l'anglais (Irlande) par Judith Roze

Sabine Wespieser éditeur - Septembre 2008 - 544 pages

10/18 - mars 2010 - 445 pages

Résumé : Après avoir vécu et travaillé loin de chez elle, Rosie décide qu’il est temps de rentrer à Dublin, pour s’occuper de Min, la vieille tante qui l’a élevée. Ni les habitudes ni les gens n’ont changé dans ce quartier populaire où elle a grandi, et la cohabitation avec Min, que seule intéresse sa virée quotidienne au pub, n’a rien d’exaltant : en feuilletant des ouvrages de développement personnel, censés apporter des solutions au mal-être de Min, Rosie se dit qu’elle s’occuperait utilement en se lançant elle-même dans la rédaction d’un manuel destiné aux plus de cinquante ans. Sa seule relation dans l’édition vivant aux États-Unis, elle se frottera donc au marché américain. Son vieil ami Markey tente bien de lui faire comprendre que sa manière de traiter le sujet n’est pas assez « positive »…
C’est au moment où elle va à New York, pour discuter de son projet, que le roman s’emballe : Min, qu’elle avait placée pour quelque temps dans une maison de retraite, fait une fugue et la rejoint à Manhattan. Très vite, les rôles s’inversent : la vieille dame est galvanisée par sa découverte de l’Amérique, elle se fait des amies, trouve du travail et un logement. Alors que Rosie est rentrée seule en Irlande, pour rien au monde Min ne voudrait renouer avec son ancienne vie. Surtout pas pour reprendre possession de la maison de son enfance… que l’armée lui restitue après l’avoir confisquée pendant la guerre. Rosie, elle, a besoin de cette confrontation avec ses origines. Profondément ancrée dans les valeurs de la vieille Europe, le passage du temps est maintenant au cœur de ses préoccupations.
La lucidité de Nuala 0’Faolain, sa tendresse pour ses personnages, font merveille une fois de plus dans ce livre drôle et généreux, plein de rebondissements, où l’on suit avec jubilation souvent, le cœur noué parfois, les traversées de l’Atlantique de ces deux femmes que lie toute la complexité du sentiment maternel. De ses romans, l’auteur dit souvent qu’ils révèlent plus d’elle que ses autobiographies… Best Love Rosie nous embarque aussi dans un beau voyage intérieur.

L'Auteur :
Nuala 0’Faolain est née en Irlande en 1940. Journaliste à Londres, pour la BBC, puis à Dublin, elle a publié tardivement son premier livre, On s'est déjà vu quelque part ? (Sabine Wespieser éditeur, 2002). Le succès de ce récit autobiographique, qui a suscité un véritable phénomène d'identification auprès de toute une génération de femmes, a changé sa vie. Elle la consacre désormais à l'écriture, et partage son temps entre son cottage de l’ouest de l’Irlande et New York. Après Chimères (2003), J'y suis presque (2005), L'Histoire de Chicago May (Prix Femina étranger, 2006), tous parus chez Sabine Wespieser éditeur. Nuala 0’Faolain
est décédée le 9 mai 2008 et Best love Rosie a été publié après sa mort.

Mon avis : C’est le premier livre que je lis de cet auteur et j’ai beaucoup aimé. Les personnages sont très attachants. Il est question des relations de famille, de la solitude, de l’âge, de l’amour. Les descriptions de la nature irlandaise sont également très plaisantes.

Extrait : "LE MATIN DE NOËL, j’étais au lit avec Leo dans une pensione glaciale proche des docks d’Ancône. Il m’a fallu du courage pour me décoller de son dos, sortir un bras de sous la couette et composer le numéro de ma tante à Dublin. Comme elle ne répondait pas, j’ai essayé la maison voisine. « Allô ? Reeny ? C’est toi ? Oui, bien sûr que c’est Rosie. Joyeux Noël, chère Reeny, et tous mes voeux pour la nouvelle année ! Je suis en Italie. Oui, avec un ami - qu’est-ce que tu crois - que je suis folle ? Ça ne valait pas le coup de rentrer pour le peu de congés qu’on nous donne. Écoute, Min ne répond pas au téléphone. Ça t’ennuierait d’aller appeler sous sa fenêtre ? Il est onze heures à Dublin, non ? Et je sais qu’elle doit venir chez toi pour la dinde et les choux. Elle ne devrait pas déjà être debout ? - Ah, non, t’en fais pas, m’a dit Reeny. Elle va bien. Elle était ici hier soir à regarder EastEnders. Mais elle est bizarre ces temps-ci, ta tante. Y a des jours où elle sort pas du lit alors qu’elle se porte comme un charme. Et - je veux pas te gâcher tes vacances mais j’allais t’en parler la prochaine fois que tu viendrais - elle a eu des petits ennuis l’autre jour après avoir un peu bu. La police l’a ramenée de la Poste centrale, ma parole personne sait comment elle avait fait le trajet du pub jusque là, parce qu’elle était tombée et n’arrivait plus à se lever. Enfin, c’est plutôt qu’elle voulait plus se lever. Elle racontait à tout le monde qu’elle devait envoyer un colis en Amérique. Bref, ils ont été bien braves et ils l’ont ramenée ici, mais le flic m’a dit qu’ils avaient eu du mal à l’empêcher de sauter de la voiture et que si ç’avait pas été une petite vieille dame, ils l’auraient menottée. Depuis, elle est quasiment pas sortie de chez elle et les femmes en parlaient l’autre jour au Xpress Store et y en a qui disaient comme ça que Rosie Barry ferait bien de rentrer…

- Mais Min ne veut pas de moi ! ai-je dit en riant.

- Je sais », a fait Reeny.

J’ai cessé de rire. Elle ne s’en est pas aperçue. « Mais c’est comme ça qu’ils sont avec la dépression, a-t-elle poursuivi. J’ai vu un gars qui en parlait à la télé. Ils savent pas ce qu’ils veulent.

- Dis-lui que je l’appellerai ce soir, Reeny, et qu’il faut qu’elle réponde à tout prix. Et toi, comment ça va ? Monty est avec toi ? » Monty était le fils de Reeny, un quadragénaire timide et bedonnant, fan de golf, avec qui mon amie Peg sortait depuis des décennies. Son père l’avait abandonné quand il était petit et j’avais toujours vu sa passion du golf comme une protection qu’il s’était forgée à l’époque où il luttait pour devenir un homme. « Dis-lui que le Père Noël va lui apporter un trou en un. » Par-dessus l’épaule de Leo, j’apercevais un coin d’Adriatique d’un bleu éclatant, moutonné de blanc par le vent âpre qui faisait vibrer les volets. Nous avions eu des velléités de faire l’amour un peu plus tôt, mais aucun de nous n’avait été assez déterminé pour poursuivre. C’était une bonne chose, me disais-je, que nous ne nous sentions pas obligés de simuler l’enthousiasme. Cela étant, le manque de libido était mauvais pour l’âme. Sans compter qu’il restait deux jours à tirer dans une chambre sous-chauffée et qu’il n’y avait rien à faire à Ancône quand les rares attractions qu’offrait la ville étaient fermées pour les fêtes. Noël. Autrefois, ce simple mot brillait de mille feux.

« Leo ! » J’ai tenté de le réveiller en douceur en lovant mon bras autour de son ventre et en le caressant gentiment. « Leo, chéri, va voir si la signora veut bien nous préparer un café… » J’ai pris appui sur mon coude pour regarder son visage et j’ai eu un choc, comme si je venais de recevoir une décharge, en m’apercevant qu’il avait les yeux grands ouverts et fixait la fenêtre. Le lendemain, nous sommes allés écouter un récital d’orgue dans une église désaffectée balayée par les courants d’air. Leo s’est aussitôt abîmé dans une concentration absolue. Quand il écoute de la musique, on pourrait lui planter une épingle dans le bras sans qu’il s’en aperçoive.

Les choses allaient devoir changer, je le voyais, et cette triste pensée me glaçait encore plus. Nous avions été… Mais je ne voulais pas penser aux merveilleux amants que nous avions été. J’avais déjà peine à m’avouer qu’il devenait difficile de l’attirer hors de sa villa de l’arrière-pays d’Ancône, bien qu’il eût renoncé à en faire un hôtel de luxe. Pour me distraire, j’ai pensé à Min. Il fallait que quelqu’un la surveille si elle en arrivait à se couvrir de ridicule en public ; or, Reeny faisait désormais du gardiennage dans un complexe d’appartements en Espagne et, pour la première fois depuis leur jeunesse, elle n’était pas toujours disponible dans la maison d’à côté. Par ailleurs, d’ici quelques mois, mon contrat avec le service d’information de l’UE à Bruxelles, pour lequel je rédigeais de la documentation, prendrait fin et, si je décidais de partir, je toucherais une prime assez coquette pour me permettre de chercher tranquillement le boulot suivant. Certains collègues, à vrai dire, prenaient leur retraite dès cinquante-cinq ans - ceux qui n’avaient jamais aimé leur travail et savaient faire des économies. Je ne pouvais pas prendre ma retraite, et n’en avais aucune envie. Mais la prime me permettrait de tenir un an ou deux, peut-être même trois si je rentrais à Dublin. Et puis, ai-je songé en promenant délicatement ma langue autour de mon palais, les dentistes de Dublin parlent anglais. W.H. Auden disait que des milliers de personnes avaient vécu sans amour, mais aucune sans eau ; il aurait aussi bien pu mentionner les dents. Je n’avais aucun avenir devant moi si je ne m’occupais pas de celles qui me restaient. Il faisait maintenant complètement nuit derrière l’étroite fenêtre perchée en haut du mur ocre écaillé. Un ciel bleu marine où scintillait une étoile. Nous avions repéré une sympathique trattoria sur le trajet ; nous pourrions nous y réfugier dès que nous serions passés chercher un pull plus chaud et une paire de chaussettes supplémentaire à la pensione. Et ensuite, au lit…  Que faisais-je donc de tout ça ? Que faisais-je des cafés, du sexe et des fenêtres du XVIe siècle ? L’un des grands avantages de Bruxelles, c’était que je pouvais facilement venir retrouver Leo en train. Et, encore aujourd’hui, je ne supportais pas de rester longtemps loin de lui. J’entretenais soigneusement ma couleur, un discret blond cendré, et m’habillais dans des boutiques de la région flamande, où même les femmes élégantes aimaient les tartines de beurre autant  que moi et avaient ma corpulence. Quand je me promenais aux côtés de Leo en rentrant le ventre et en souriant d’un air éveillé, je me sentais une femme digne de ce nom. En Italie, où nous nous retrouvions plus souvent que partout ailleurs, il y avait pas mal d’hommes qui m’observaient attentivement avant de se détourner.

Mais à Kilbride, Dublin… Mon anniversaire n’était qu’en septembre, mais j’aurais alors cinquante-cinq ans - à peine engagée dans la seconde moitié de la décennie, mais penchant déjà vers les soixante. À Kilbride, il n’y avait jamais eu de femmes célibataires de mon âge qui pussent encore se croire « de la partie ». Ou s’il y en avait eu, elles étaient trop finaudes pour le laisser paraître. Les auditeurs applaudissaient à tout rompre ; ils essayaient sans doute de se réchauffer. En se levant, Leo m’a adressé un de ces sourires dont lui-même ignorait le charme. La musique le rendait heureux - enfin, celle qui remontait à un temps où les jupes n’avaient pas encore commencé à raccourcir. Oh. Un bis. Nous nous sommes rassis.

En réalité, ce qui plaidait le plus en faveur de Dublin, c’était une image, pas un argument. Si je rentrais pour m’occuper d’elle, il y avait une certaine façon dont Min pourrait me regarder. Son visage me charmait quoi qu’il arrive − si petit et si blanc, avec des yeux si ronds et enfantins. Mais j’avais vu longtemps auparavant à quoi il pouvait ressembler lorsqu’il s’ouvrait comme une feuille au soleil. Dans mon enfance, avant la mort de mon père, nous allions tous les trois passer une partie de l’été à Bailey’s Hut, un cabanon en bois environné d’herbe et de coquillages, au-delà du dernier quai du port de Milbay. Ma grand-mère paternelle, Granny Barry, pouvait nous procurer le cabanon pour nos vacances parce qu’elle travaillait pour Bailey’s Hardware and Builders’ Providers. Comme il n’y avait pas l’eau courante, nous apportions quelques jerrycans d’eau du robinet pour faire le thé et recueillions l’eau de pluie dans un tonneau posé près de la porte. Mon père utilisait l’eau de pluie pour laver les cheveux de Min. « Je veux, ma p’tite dame ! » répondait-il lorsqu’elle décrétait qu’il était temps de lui faire un bon shampoing. Il apportait une cuvette d’eau chaude devant le cabanon, puis un seau d’eau de pluie. Min s’agenouillait dans l’herbe, vêtue de sa vieille jupe et de son dessous rose qui avait un cône de chaque côté pour les seins. Il s’asseyait sur une caisse, elle posait la tête sur ses genoux et il la shampouinait avec le bout des doigts. « Attention à pas m’en mettre dans les yeux ! » disaitelle. Puis il se levait, la laissant à genoux, tête baissée, et versait délicatement un premier filet d’eau de pluie sur sa tête. Elle sursautait en criant : « Aïe ! Cette eau est glaciale ! » Mais, à mesure qu’il versait, le flot devenait plus régulier. Elle s’aidait de ses mains pour répartir l’eau sur sa chevelure et mon père suivait le mouvement, versant pile à l’endroit où elle avait les mains. Enfin, il posait le seau et enroulait fermement une serviette autour de sa tête. Elle levait alors son visage aveuglé et, avec une serviette plus petite, il le tamponnait doucement. Les cheveux de Min séchaient au soleil, peignés vers l’avant et masquant son visage, ses frêles épaules dépassant de chaque côté. Ou bien elle les brossait dans les courants d’air chauds émis par le poêle Aladdin qu’on avait installé dans un coin de la pièce, derrière un grillage pour m’empêcher de le toucher. Sa chevelure devenait épaisse et brillante et vibrait comme si un flux d’énergie la traversait. Mon père me disait : « Tu vois les cheveux de ta tante ? Ta tante Min a des cheveux magnifiques. » Sa voix était nostalgique, comme s’il évoquait un souvenir très lointain, alors qu’elle était juste devant lui et ne risquait pas de s’en aller. Je n’ai jamais oublié l’air d’abandon avec lequel elle levait son visage vers celui de mon père. Il le tenait un moment à deux mains avant de commencer à le sécher et, elle toujours si méfiante et si brusque, elle se laissait tenir. Elle n’ouvrait pas les yeux, mais elle se reposait entre ces mains comme un oiseau marin sur l’eau. Tel était le visage qu’elle tournerait peut-être vers moi ; telle était l’attitude qu’elle aurait peut-être avec moi. Va pour la prime.

Je suis rentrée à la fin de l’été et, pendant deux ou trois mois, je n’ai quasiment pas bougé de ma chaise devant la vieille table de la cuisine. Comme si j’avais pénétré dans une de ces forêts qui, dans les contes de fées, entourent le château où dort la princesse - des lieux où ne bouge aucune feuille et où ne chante aucun oiseau. Je pensais confusément : Tu as ce que tu voulais - et maintenant ? Je me sentais coupée de ma propre expérience, comme si la plupart des choses que j’avais apprises en trente ans de vie, d’amour et de travail autour du globe n’avaient aucune pertinence dans le lieu où j’avais abouti."

23 novembre 2008

Syngué Sabour, pierre de patience - Atiq Rahimi

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P.O.L – août 2008 – 155 pages

Prix Goncourt 2008

Résumé : En persan, Syngué sabour est le nom d’une pierre noire magique, une pierre de patience, qui accueille la détresse de ceux qui se confient à elle. Certains, dans ce livre en tout cas, disent même que c’est elle qui est à La Mecque, et autour de quoi tournent les millions de pèlerins. Le jour où elle explosera d’avoir ainsi reçu trop de malheur, ce sera l’Apocalypse.
Mais ici, la Syngué sabour, c’est un homme allongé, comme décérébré après qu’une balle se soit logée dans sa nuque sans pour autant le tuer. Sa femme est auprès de lui. Elle lui en veut de l’avoir sacrifiée à la guerre, de n’avoir jamais résisté à l’appel des armes, d’avoir été un héros, et pour ce résultat : n’être plus à la suite d’une rixe banale qu’un légume. Pourtant elle le soigne, et elle lui parle. Elle lui parle même de plus en plus. Tandis que dans les rues les factions s’affrontent, tandis que des soldats pillent et tuent alentour, elle parle, elle dévide sa litanie sans jamais savoir si son mari l’entend et la comprend. Et c’est une extraordinaire confession sans retenue par quoi elle se libère de l’oppression conjugale, sociale, religieuse, allant jusqu’à révéler d’impensables secrets dans le contexte d’un pays semblable à l’Afghanistan. À la fin du livre cette Syngué sabour explosera...
Avec ce roman, directement écrit en français, Atiq Rahimi retrouve une forme de réalisme très proche de Terre et cendres avec une écriture qui, sèche et précise, sait aussi devenir par moments lyrique, emportée. Cependant, plus directement que dans ses précédents livres, et comme de l’intérieur, il décrit avec beaucoup d’audace, la réalité oppressante, au quotidien et plus précisément au quotidien féminin, d’une certaine conception de l’Islam.


L'auteur :
Atiq Rahimi est né en 1962 à Kaboul (Afghanistan), il vit et travaille aujourd'hui à Paris. Il a fait ses études au lycée franco-afghan Estiqlal de Kaboul puis à l'université (section littérature).
En 1984, il quitte l'Afghanistan pour le Pakistan à cause de la guerre, puis demande et obtient l'asile politique en France où il passe un doctorat de communication audiovisuelle à la Sorbonne. Il réalise des films documentaires et adapte en 2004 son roman Terre et cendres, qui, présenté à au festival de Cannes obtient le prix "Regard sur l'avenir".

Mon avis : 5/5 (lu le 20 novembre 2008)

C’est un très beau livre, qui se lit facilement même si le sujet est difficile.« Quelque part en Afghanistan ou ailleurs. » , on accompagne cette femme qui va se soulager de toutes ses pensées, de tous ses secrets auprès de son mari presque mort après avoir reçu une balle dans la tête. Au début, tout en s’occupant de lui et de ses 2 petites filles, elle prie toute la journée pour qu’il se réveille, puis elle lui parle sans savoir si son mari l’entend, et petit à petit elle se libère de l’oppression conjugale, religieuse et sociale… Elle revient sur les évènements de sa vie : enfant, jeune femme, mère de famille... On découvre la réalité difficile du quotidien des femmes afghanes. Autour d'elle, c'est la guerre.

L'écriture est superbe, facile à lire on imagine facilement ce qu'il se passe comme si on était devant un film. J'ai lu ce livre en un aller-retour en train (soit 2 fois 40 minutes de lecture).

Extrait (début du livre) :

« Quelque part en Afghanistan ou ailleurs.

La chambre est petite. Rectangulaire. Elle est étouffante malgré ses murs clairs, couleur cyan, et ses deux rideaux aux motifs d’oiseaux migrateurs figés dans leur élan sur un ciel jaune et bleu. Troués çà et là, ils laissent pénétrer les rayons du soleil pour finir sur les rayures éteintes d’un kilim. Au fond de la chambre, il y a un autre rideau. Vert. Sans motif aucun. Il cache une porte condamnée. Ou un débarras.

La chambre est vide. Vide de tout ornement. Sauf sur le mur qui sépare les deux fenêtres où on a accroché un petit kandjar et, au-dessus du kandjar, une photo, celle d’un homme moustachu. Il a peut-être trente ans. Cheveux bouclés. Visage carré, tenu entre parenthèses par deux favoris, taillés avec soin. Ses yeux noirs brillent. Ils sont petits, séparés par un nez en bec d'aigle. L'homme ne rit pas, cependant il a l'air de quelqu'un qui refrène son rire. Cela lui donne une mine étrange, celle d'un homme qui, de l'intérieur, se moque de celui qui le regarde. La photo est en noir et blanc, coloriée artisanalement avec des teintes fades.

Face à cette photo, au pied d'un mur, le même homme, plus âgé maintenant, est allongé sur un matelas rouge à même le sol. Il porte une barbe. Poivre et sel. Il a maigri. Trop. Il ne lui reste que la peau. Pâle. Pleine de rides. Son nez ressemble de plus en plus au bec d'un aigle. Il ne rit toujours pas. Et il a encore cet étrange air moqueur. Sa bouche est entrouverte. Ses yeux, encore plus petits, sont enfoncés dans leurs orbites. Son regard est accroché au plafond, parmi les poutres apparentes, noircies et pourrissantes.

Ses bras, inertes, sont étendus le long de son corps. Sous sa peau diaphane, ses veines comme des vers essoufflés s'entrelacent avec les os saillants de sa carcasse. Au poignet gauche, il porte une montre mécanique, et à l'annulaire une alliance en or. Dans le creux de son bras droit, un cathéter perfuse un liquide incolore provenant d'une poche en plastique suspendue au mur, juste au-dessus de sa tête. Le reste de son corps est couvert par une longue chemise bleue, brodée au col et aux manches. Ses jambes, raides comme deux piquets, sont enfouies sous un drap blanc, sale.

Oscillant au rythme de sa respiration, une main, celle d'une femme, est posée sur sa poitrine, au-dessus de son cœur. La femme est assise. Les jambes pliées et encastrées dans sa poitrine. La tête blottie entre les genoux. Ses cheveux noirs, très noirs, et longs, couvrent ses épaules ballantes, suivant le mouvement régulier de son bras.

Dans l'autre main, celle de gauche, elle tient un long chapelet noir. Elle l'égrène. Silencieusement. Lentement. A la même cadence que ses épaules. Ou à la même cadence que la respiration de l'homme. Son corps est enveloppé dans une robe longue. Pourpre. Ornée, au bout des manches, comme au bas de la robe, de quelques motifs discrets d'épis et fleurs de blé.

A portée de la main, ouvert à la page de garde et déposé sur un oreiller de velours, un livre, le Coran. »

Folio – mars 2010 – 137 pages

14 novembre 2017

Résultat Concours : Film - Au revoir là haut - Albert Dupontel

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Bravo Anne, Fabienne, Juliette, Marie, Rachel, Olivier et Paul !

Les noms et adresses de chacun et chacune ont été transmis, ce matin à Morgane de l'Agence Okarina.
Vous recevrez prochainement places de cinéma ou livre.

***

Les réponses aux questions :

1) Quel est l'auteur du livre dont le film est une adaptation ?
Pierre Lemaître
2) Quel est le nom de l'acteur qui joue le rôle d'Edouard ?
Nahuel Perez Biscayart
3) Comment Edouard cache-t-il sa "gueule cassée" ?
Avec des masques
4) Quel est le nom du réalisateur de ce film ?
Albert Dupontel

***

Film : Au revoir là haut - Albert Dupontel

13 octobre 2017

L'Espoir des Neshov – Anne B. Ragde

512SVHrwWxL Fleuve éditions - juin 2017 - 360 pages

traduit du norvégien par Hélène Hervieu

Titre original : Alltid tilgivelse, 2016

Quatrième de couverture :
Pour avancer, il faut savoir revenir en arrière... Après des années de splendeur puis de misère, la ferme des Neshov est désormais à l'abandon et la famille éclatée.
Seul à Trondheim, Margido s'est tourné vers Dieu et se voue à son entreprise de pompes funèbres, mais peine à s'épanouir dans sa vie privée. À la tombée du jour, ni les tartines trop riches, ni les soirées dans son sauna personnel ne comblent le vide.
À Copenhague, en revanche, pour son frère Erlend et son compagnon Krumme, désormais heureux parents de trois bambins, les journées ne connaissent aucun répit. Pris dans le tourbillon des couches, des biberons et des bobos, ils en viendraient presque à s'oublier eux-mêmes.
Quant à leur nièce Torunn, installée à Oslo avec Christer, elle s'interroge sur l'avenir d'une relation dans laquelle tromperies et résignation ont succédé à un temps de folle passion.
À quarante ans, les choix qui se profilent seront cruciaux.
Une famille, quatre destins, quatre existences ancrées dans des réalités bien différentes que chacun questionne afin de trouver sa place dans le monde.
Mais après tout, la vie n'est-elle pas cette quête permanente portée par l'espoir de trouver sa plénitude ?

Auteur : Anne B. Ragde, née en Norvège en 1957, est l'une des plus grandes romancières scandinaves, traduite dans une vingtaine de langues. Elle a notamment été récompensée dans son pays de prix Riksmål (équivalent du Goncourt français), du prix des Libraires et prix des Lecteurs, pour sa saga des Neshov ( La Terre des mensonges, La Ferme des Neshov et L'Héritage impossible, parus en 2009 et 2010). Elle revient aujourd'hui avec un nouveau tome autour de la famille Neshov.

Mon avis : (lu en septembre 2017)
Il y a 7 ans, lorsque je terminais le tome 3 de la « Trilogie des Neshov », j'avais quitté avec regrets et avec un sentiment d'inachevé la famille Neshov. J'ai donc été surprise et ravie d'apprendre que l'auteur avait fini par écrire un tome 4.
Quelques pages au début du livre rappellent au lecteur les évènements des trois premiers tomes, c'est bien utile sept ans après...
Cela fait environ quatre ans que Torunn a fui la ferme des Neshov. Elle vit près d'Oslo avec Christer, musher et trader. Mais elle n'est pas heureuse, elle a tout quitté pour un compagnon qui n'est pas un modèle de fidélité.
A Trondheim, Margido est toujours occupé par son entreprise de pompes funèbres, sa vie routinière de vieux garçon lui pèse un peu.
Le grand-père Tormod est désormais installé dans une maison de retraite dont il apprécie le confort. L'exploitation familiale est à l'abandon. A Copenhague, Erlend et son compagnon Krumme sont les heureux parents de trois petits enfants.
Torunn décide de revenir pour quelques jours à Trondheim et s'installe chez son oncle Margido. C'est l'occasion de faire le point sur sa vie et pourquoi ne pas faire des projets d'avenir...
Quel bonheur, de retrouver cette famille atypique et attachante et en bonus tout n'est pas fini car il semblerait qu'un tome 5 est prévue...

Extrait : (début du livre)
Dans le couloir, on aurait entendu une mouche voler.
Il était assis dans son fauteuil, la tête penchée au-dessus d’un livre ouvert sur ses genoux. La lampe de lecture projetait un faisceau de lumière bien net sur les pages, et il était si plongé dans le texte qu’il sursauta en entendant frapper à sa porte. Malgré cela, il parvint à bien enfoncer dans le papier l’ongle de son pouce droit pour faire une marque à l’endroit où il en était, en plein milieu d’une phrase.
— Oui ?
Une jeune aide-soignante ouvrit la porte et entra. Ses semelles en caoutchouc ne faisaient aucun bruit.
— Je m’appelle Marthe, dit-elle en lui tendant la main.
Il baissa les yeux sur son livre, posa l’ongle du pouce gauche exactement au même endroit pour libérer son pouce droit, et lui tendit la main d’un geste maladroit ; il devait appuyer fort avec le doigt pour éviter que le livre ne lui glisse des genoux, et son pouce droit reprit le relais dès qu’elle lui lâcha la main.
— Excusez-moi, je crois que je vous dérange, dit-elle.
— Oui, non… je… ça va.
— Je suis nouvelle ici, je voulais juste vous saluer. C’est ma première garde de nuit, ce soir. Et vous êtes Tormod Neshov ?

— Oui.
— Vous ne prenez pas de médicaments, d’après ce que j’ai vu sur la liste.
— Non.
— C’est rare. Même pas de somnifères ?

 Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Norvège

Déjà lu du même auteur :

la_terre_des_mensonges La Terre des mensonges   la_ferme_des_Neshov La Ferme des Neshov
l_h_ritage_impossible L'héritage impossible  zona_frigida  Zona frigida
un_jour_glac_ Un jour glacé en enfer la_Tour_d_arsenic La Tour d'arsenic

11 octobre 2017

L'amie prodigieuse - Elena Ferrante

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Gallimard - octobre 2014 - 

Folio - janvier 2016 - 448 pages

traduit de l'italien par Elsa damien

Titre original : L'Amica Geniale, 2011

Quatrième de couverture :
«Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout : et nous grandissions avec l'obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.» Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Bien qu’elles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise. Lila abandonne l’école pour travailler dans l’échoppe de cordonnier de son père. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée. Les chemins des deux amies se croisent et s’éloignent, avec pour toile de fond une Naples sombre, en ébullition. Formidable voyage dans l’Italie du boom économique, L’amie prodigieuse est le portrait de deux héroïnes inoubliables qu’Elena Ferrante traque avec passion et tendresse.

Auteur : Elena Ferrante est l'auteur de plusieurs romans parmi lesquels L'amour harcelant , Les jours de mon abandon et Poupée volée . Tous sont publiés chez Gallimard. L'auteur a été finaliste du prix Strega pour le quatrième volet de la série L'amie prodigieuse.

Mon avis : (lu en juillet 2017)
C'est un livre que j'avais dans ma LAL depuis pas mal de temps... Les grandes vacances ont été l'occasion de me plonger dedans !
Elena est la narratrice et elle prend la plume pour nous raconter son amitié avec Lila. Dans ce tome, elle nous raconte de son enfance jusqu'au mariage de son amie. Le lecteur est plongé au coeur des années 50 dans un quartier pauvre de la banlieue napolitaine. 
Elena et Lila sont deux petites filles très différentes, Elena est sage et posée, Lila est intrépide, déterminée, petite mais fougueuse. 
Elles se sont connues toutes les deux sur les bancs de l'école, douées pour les études et ayant soif d'apprendre, elles entrent en compétitions et donnent le meilleur d'elles-même. Mais cela ne va pas durer car seuls les parents d'Elena accepteront que leur fille poursuive des études. Lila doit abandonner rapidement l'école pour travailler avec son père et son frére dans leur petite échoppe de cordonnier.
Mais les deux amies vont continuer à se voir, à s'entraider, à se disputer et à grandir ensemble car une force indéfectible unissent Elena et Lila.
C'est un roman d'apprentissage, sombre et réaliste dans Naples et l'Italie.
Ces personnages sont attachants et je pense lire un jour la suite de cette histoire (prévue en 4 tomes).

Extrait : (début du livre)
Ce matin Rino m’a téléphoné, j’ai cru qu’il voulait encore de l’argent et me suis préparée à le lui refuser. Mais le motif de son appel était tout autre : sa mère avait disparu.
« Depuis combien de temps ?
— Quinze jours.
— Et c’est maintenant que tu m’appelles ? »
Mon ton a dû lui paraître hostile ; pourtant je n’étais ni en colère ni indignée, juste un tantinet sarcastique. Il a tenté de répliquer mais n’a pu émettre qu’une réponse confuse, gênée, moitié en dialecte et moitié en italien. Il s’était mis dans la tête, m’a-t-il expliqué, que sa mère était en vadrouille quelque part dans Naples, comme d’habitude.
« Même la nuit ?
— Tu sais comment elle est.
— D’accord, mais quinze jours d’absence, tu trouves ça normal ?
— Ben oui. Ça fait longtemps que tu ne l’as pas vue, c’est encore pire : elle n’a jamais sommeil, elle va et vient, elle fait tout ce qui lui passe par la tête. »
Il avait quand même fini par s’inquiéter. Il avait interrogé tout le monde, fait le tour des hôpitaux et s’était même adressé à la police. Rien, sa mère n’était nulle part. Quel bon fils ! Un gros bonhomme sur la quarantaine, qui n’avait jamais travaillé de sa vie et n’avait fait que trafiquer et gaspiller. J’ai imaginé avec quelle diligence il avait dû faire ses recherches : aucune. Il n’avait pas de cervelle, et rien ne lui tenait à cœur hormis sa propre personne.
« Elle ne serait pas chez toi ? » m’a-t-il soudain demandé.
Sa mère ? Ici à Turin ? Il connaissait bien la situation, et ne parlait que pour parler. Lui oui, c’était un voyageur, et il était venu chez moi une dizaine de fois, sans y être invité d’ailleurs. Sa mère, qu’au contraire j’aurais accueillie avec plaisir, n’était jamais sortie de Naples de toute sa vie. Je lui ai répondu :
« Elle n’est pas chez moi, non.
— Tu es sûre ?
— Rino, s’il te plaît : je te dis qu’elle n’est pas là.
— Mais alors elle est où ? »
Il s’est mis à pleurer : je l’ai laissé mettre en scène son désespoir, avec des sanglots qui commençaient par être feints avant de devenir réels. Quand il a terminé je lui ai conseillé :
« S’il te plaît, comporte-toi comme elle le voudrait, pour une fois : ne la cherche pas.
— Mais qu’est-ce que tu racontes ?
— Tu m’as entendue. C’est inutile. Apprends à vivre tout seul, et ce n’est pas la peine de me chercher non plus. »
J’ai raccroché.

 Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Italie

 

4 mai 2017

De tes nouvelles - Agnès Ledig

de tes nouvelles Albin Michel - mars 2017 - 352 pages

Quatrième de couverture : 
Anna-Nina, pétillante et légère, est une petite fille en forme de trait d’union. Entre Eric, son père, et Valentine, qui les a accueillis quelques mois plus tôt un soir d’orage et de détresse.
Maintenant qu’Eric et Anna-Nina sont revenus chez Valentine, une famille se construit jour après jour, au rythme des saisons. Un grain de sable pourrait cependant enrayer les rouages de cet avenir harmonieux et longtemps désiré.
Depuis Juste avant le bonheur, son premier succès, Agnès Ledig sait trouver les mots justes pour exprimer les émotions qui bouleversent secrètement nos vies. Son nouveau roman vibre d’énergie et de sensibilité, à l’image de ses personnages, héros du quotidien qui ne demandent qu’à être heureux.

Auteur : Découverte en 2011 avec Marie d'en haut, coup de cœur des lectrices du Prix Femme Actuelle, Agnès Ledig s'est imposée comme une des romancières françaises les plus aimées du grand public. Ses deux best-sellers, Juste avant le bonheur, Prix Maison de la Presse 2013 (460 000 ex vendus en France, grand format et poche), et Pars avec lui (2014) sont aujourd'hui traduits en 12 langues. L'auteur vit actuellement en Alsace.

Mon avis : (lu en avril 2017)
Quel plaisir de retrouver Valentine, Eric, la mignonne Anna-Nina sans oublier Gustave et Gaël dans la suite du roman "On regrettera plus tard" ! C'est une vraie surprise car je n'attendais pas spécialement de suite... Après deux mois de vacances sur les routes, Eric et Anna-Nina sont revenus chez Valentine. Cette dernière et Eric ont décidé de se donner la chance de construire une vie ensemble, malgré le passé et les peurs de chacun... Mais en amour, rien n'est facile...
Les personnages sont touchants et attachants, l'histoire est pleine de tendresse et d'émotions.

Extrait :
Ils sont revenus.
Quelques jours avant la rentrée.
Douce fin d’été.
Je savais qu’Éric ne me préviendrait pas de la date. Son besoin inaliénable de liberté. Fixer un jour sur le calendrier doit représenter une contrainte trop arrogante dans son univers sans barrières. L’attente à peine dissimulée qui baignait mon dernier courrier aura fini de le persuader de ne pas me prévenir, peut-être uniquement pour me contrarier.
J’ai déjà éprouvé diverses émotions depuis ce soir de juin quand sa fille et lui ont fait irruption dans ma vie. La surprise en leur ouvrant ma porte ; un violent orage avait endommagé leur roulotte, ils avaient besoin d’aide. Puis l’attirance physique, presque immédiate, pour cet homme. L’attachement envers sa fille m’a ensuite imprégnée sans que je puisse lutter. Le déchirement de les voir repartir, laissant place à l’impatience et l’espoir d’un retour rapide. Et aujourd’hui la surprise, à nouveau. Finalement, elle est savoureuse.
C’est ma chienne qui les a accompagnés le plus loin possible lors de leur départ, il y a deux mois, c’est elle qui est venue les cueillir la première au bout du chemin ce matin. De l’avoir vue partir en courant m’a d’abord intriguée. De l’entendre ensuite japper sa joie au loin m’a décidée à sortir, avec l’espoir que ce soit eux.
Croquette sautillait autour de la roulotte en aboyant et en remuant la queue face aux chevaux impassibles qu’Éric dirigeait consciencieusement sur le chemin bordé de quelques traîtres cailloux.
Anna-Nina, assise sur son petit strapontin à la gauche de son père, s’est mise à me faire de grands signes de la main en m’apercevant, jusqu’à ce qu’elle saute de la roulotte encore en marche à quelques mètres de la cour.
Je ne sais pas si elle a vu les larmes sur mes joues. Elle a couru dans ma direction pour venir se blottir dans mes bras, et son T-shirt en coton les a essuyées dans notre étreinte. Qu’elle ne se souvienne que de mon sourire immense et de mes yeux accueillants. Cela suffit à sa joie de petite fille. La mienne inondait ma poitrine à faire battre mon cœur à se rompre. Je ne sais rien des projets d’Éric, ni où ils vont vivre, ni quelle relation il m’autorisera à construire avec sa fille, ni quelle intimité il voudra bien m’accorder. La relation qui s’est nouée en trois semaines est si incongrue qu’elle nécessite probablement un minimum de remise en ordre pour fonctionner. Mais ils sont là. Anna-Nina intégrera l’école pour goûter à une stabilité qu’elle a jusqu’à présent ignorée, promenée sur les routes de France depuis sa naissance. Son père est un homme de parole. Il me l’a écrit, il le fera. Pour le reste, nous composerons. J’essaie de ne rien attendre, de ne rien chercher à comprendre. Juste vivre ce qui se présente à moi. J’essaie.
Anna-Nina s’est ensuite détachée de moi en gardant ses mains posées sur mes épaules.
– Il est où Gustave ?
– Il doit être chez lui. Il prépare des bocaux. Il sera heureux de te voir. File.

Déjà lu du même auteur : 

JUSTE_AVANT_LE_BONHEUR Juste avant le bonheur 9782226259929-j Pars avec lui 

9782226320933m On regrettera plus tard

11 janvier 2017

Le parfum de l'hellébore - Cathy Bonidan

en librairie le 12 janvier 2017

Lu en partenariat des Editions de La Martinière

124351_couverture_Hres_0 Editions de La Martinière - janvier 2017 - 304 pages

Quatrième de couverture :
Derrière les grilles du centre psychiatrique Falret, s'épanouissent les hellébores, ces fleurs dont on pensait qu'elles soignaient la folie. Est-ce le secret de Serge, le jardinier taciturne qui veille sur les lieux, pour calmer les crises de Gilles ? Toujours est-il que le petit garçon, autiste de onze ans, s'ouvre au monde en sa présence.
Deux jeunes filles observent leur étrange et tendre manège, loin des grandes leçons des médecins du centre. Anne a dix-huit ans, c'est la nièce du directeur. Fuyant un passé compromettant, elle a coupé tout lien avec ses proches, si ce n'est sa meilleure amie, avec qui elle correspond en cachette.
Elle se lie d'amitié avec Béatrice, malicieuse jeune fille de treize ans, qui toise son anorexie d'un œil moqueur, pensant garder le contrôle des choses.
Mais rien ne va se passer comme prévu.
Dans ce roman lumineux et plein d'espérance, les destins de chacun vont se croiser, entre légèreté et mélancolie. 
La vie réserve heureusement bien des surprises.

Auteur : Cathy Bonidan est institutrice près de Vannes. Le Parfum de l'hellébore est son premier roman.

Mon avis : (lu en janvier 2017)
Septembre 1956, Anne, 18 ans, a été envoyée à Paris pour l'éloigner de son environnement habituel et pour préparer son bac. Elle est accueillie chez son oncle, sa tante et sa cousine. Elle va également travailler dans le centre psychiatrique dirigé par son oncle. 
Dans le centre, Anne sympathise avec Béatrice une jeune malade anorexique âgée de 13 ans. Ensemble, elles observent un jeune garçon âgé de 11 ans, Gilles, surnommé "le débile" et dont le comportement est bizarre. Il ne parle pas, refuse le contact avec les autres... Un jeune autiste. Toutes les deux ont constaté que Gilles n'a aucune crise lorsqu'il est à proximité du nouveau jardinier de l'hôpital, et même qu'il arrive à communiquer avec ce dernier... 
En secret, Anne correspond par lettre avec Lizzie sa meilleure amie étudiante à Bordeaux et elle lui raconte son quotidien 
Béatrice écrit son journal intime, elle y raconte ses journées au centre, ses pensées... En juillet 1957, lorsque cette première partie, constituée en alternance des lettres destinées à Lizzie et des pages du journal de Béatrice, s'achève, le lecteur reste avec beaucoup de d'interrogations.  
La deuxième partie se situe de nos jours, Sophie, 28 ans, est étudiante en psychologie. Elle travaille sur une thèse dont le sujet est : "L'évolution des conditions de vie dans les hôpitaux psychiatriques parisiens de l'après-guerre à la fin des années soixante". Grâce à un ouvrier qui rénove le centre psychiatrique, devenu désaffecté, Sophie récupère des archives sauvées d'un incendie et la voilà enquêtant sur l'histoire de ce centre, le lecteur va peu à peu découvir ce que sont devenus Anne, Béatrice, Gilles et avoir des réponses pour les interrogations de la fin de la première partie...
J'ai beaucoup aimé cette lecture, les personnages sont attachants, émouvants et la construction du livre le rend vraiment palpitant.

Merci Anaïs et les éditions de La Martinière pour cette lecture pleine d'émotion.

Extrait : (début du livre)
È pericoloso sporgersi
Trois mots dans une langue étrangère pour résumer ces dernier mois. Une mise en garde dont elle n'avait pas tenu compte.

Le paysage qui défilait à l'envers lui donnait mal au cœur sans pour autant lui apporter la consolation d'un possible retour en arrière. Au contraire, bercée par le martèlement lancinant des roues sur les rails, elle voyait son enfance s'éloigner irrémédiablement.

Malgré le bruit, elle se surprit à retenir sa respiration. Elle craignait qu'un soupir importun ne vînt perturber la lecture de la femme assise en face d'elle, entraînant le redressement du chignon et le jugement sans appel d'un regard courroucé.

Elle ferma les yeux.

6 janvier 2016

Les gens dans l'enveloppe - Isabelle Monnin

les gens dans l'enveloppe JC Lattès - septembre 2015 - 370 pages

Quatrième de couverture :
En juin 2012, j’ai acheté sur Internet un lot de 250 photographies d’une famille dont je ne savais rien. Les photos me sont arrivées dans une grosse enveloppe blanche quelques jours plus tard. Dans l’enveloppe, il y avait des gens à la banalité familière, bouleversante. Je n’imaginais alors pas l’aventure qu’elle me ferait vivre.
J’allais inventer la vie de ces gens puis je partirais à leur recherche. Un soir, j’ai montré l’enveloppe à mon meilleur ami, Alex Beaupain. Il a dit : « On pourrait aussi en faire des chansons. » L’idée semblait folle.
Le livre contient un roman, un album photo, le journal de bord de mon enquête et un disque, interprété par Alex, Camelia Jordana, Clotilde Hesme et Françoise Fabian. Les gens de l’enveloppe ont prêté leur voix à deux reprises de chansons qui ont marqué leur vie.
Les gens dans l’enveloppe est ainsi un objet littéraire moderne et singulier. Faisant œuvre de vies ordinaires, il interroge le rapport entre le romancier et ses personnages. Il est surtout l’histoire d’une rencontre, entre eux et moi.

Auteur : Isabelle Monnin est l’auteur des Vies extraordinaires d’Eugène, de Second tour ou les bons sentiments et de Daffodil Silver.

Mon avis : (lu en décembre 2015)
J'étais très curieuse de découvrir ce livre quand j'ai eu l'occasion d'entendre l'auteur raconter son concept. Pour quelques euros, Isabelle Monin a acheté uu lot de 250 photos de famille de gens qu'elle ne connaissait pas. A partir de ces photos, elle a cherché à imaginer l'histoire de la vie de ces gens : des femmes, une petite fille et quelques hommes.
Isabelle Monin est également journaliste donc après l'écriture de son roman (1ère partie du livre), elle ne peut s'empêcher d'enquêter pour rechercher les "vrais gens" des photos. 
J'ai trouvé plutôt sympatique cette lecture, j'ai surtout aimé la partie enquête du livre. J'ai trouvé la partie roman assez plate, l'histoire n'est pas originale, même si la petite fille Laurence est touchante. Sa mère est absente, elle vit avec son père et sa grand-mère.
La partie enquête dévoile une histoire de famille bien plus palpitante et dont le personnage central n'est pas celui qu'Isabelle Monin a choisi... Les "vrais gens" sont beaucoup plus émouvants et la rencontre entre Isabelle Monin et cette famille est bouleversante de simplicité et de gentillesse.
En bonus, il y a un disque d'Alex Beaupain inspiré par la démarche d'Isabelle Monin. J'ai failli oublier de l'écouter car j'ai lu le livre pendant les vacances dans une maison sans chaîne hi-fi. C'est donc une heure avant d'aller rendre le livre à la Bibliothèque que j'ai découvert ce CD, très sympa et agréable à écouter : des chansons originales interprétées par Alex, Camelia Jordana, Clotilde Hesme et Françoise Fabian et deux reprises avec la participation des gens de l'enveloppe.
Autres avis : Cuné, GeorgeSandrine

Extrait : (début du livre)

1978
Depuis qu'elle est partie je mange à sa place. ça s'est fait comme ça, je me mets en face de lui et j'essaye de ne pas voir comme il est triste. Ce que je préfère, c'est étudier la nappe. Je cherche les traces que ses couverts ont laissées - elle jouait souvent avec sa fourchette, elle enfonçait les dents dans la toile cirée, ça creusait des petites rigoles, on aurait dit des autoroutes, et j'inventais des voitures en mie de pain. Je me mets au ras de la table pour bien l'examiner. Si j'avais un microscope, je verrais mieux. Je vais commander ça à Noël, tiens, un microscope.
Il guette sur mon visage des souvenirs d'elle, je le sais, cette manière de me regarder qu'il a maintenant. Avant, je veux dire quand elle était là, ils ne me regardaient pas tellement, je veux dire ils ne faisaient pas tellement l'action de me regarder. S'ils me voyaient ils me voyaient mais la plupart du temps j'étais plutôt invisible, un peu comme une pierre ou un arbre qui est là mais qu'on ne remarque pas, ce n'était pas comme aujourd'hui, ce silence et ses yeux posés qui me gênent alors je mets mes cheveux devant mes yeux et il râle qu'on ne me voit plus. Parfois ça l'énerve trop il les écarte d'un coup avec ses gros doigts et je sors un regard d'orpheline, exprès.
J'étais invisible mais j'avais le pouvoir magique de tout voir, même la transparence des gens je la voyais et ils ne le savaient pas.

C'est la coupe du monde de football. postée tout près de la télé, je la cherche dans les tribunes, c'est un grand travail tellement il y a de gens. Il faudrait pouvoir photographier toutes les images et les regarder à la loupe. Avec ma méthode, du coin en haut à gauche au coin en bas à droite, à toute vitesse et sans s'arrêter d'être concentrée, je pense que je ne la raterai pas. Pour l'instant je ne l'ai pas vue.
Je ne peux pas croire qu'elle est allée là-bas juste pour le foot. Elle n'aime pas tellement ça, toujours elle s'énerve quand papa met les matchs. Moi je chante Allez les bleus allez les bleus avec les garçons à l'école mais si doucement qu'ils ne m'entendent pas. J'aime bien Michel Platini, je trouve qu'il ressemble à papa. Hier il a mis un but contre l'Argentine. Mon père a crié Allez, on y croit ! Il était plus de minuit pour nous mais à peine sept heures pour elle.

logo_PetitBAC2016
Objet (1)

 Challenge 5%
rl2015
25/30

12 janvier 2016

La Présélection Audiolib 2016

108532429

 

La liste des titres sélectionnés pour le Prix Audiolib 2016 est arrivée !

 sélection audiolib 2016

 

Pour ma part, j'ai déjà lu papier et audio : 
Millénium 4 - David Lagercrantz
Si c'est un homme - Primo Levi

J'ai déjà lu papier mais il y a longtemps : Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur - Harper Lee

J'avais très envie de découvrir La Fille du train, Vernon Subutex et D'après une histoire vraie

Boussole me fait peur... 

De belles heures de lecture à venir !

J'attends maintenant avec impatience de recevoir les livres audio !

5 janvier 2016

Prix Audiolib 2016...

LOGOTYPE-2016 sans fond

Hier soir, j'ai eu la très bonne surprise d'apprendre que 
j'étais retenue pour le Prix audiolib 2016 !

A partir de janvier, je recevrai une sélection de 
10 livres audio (parus entre mai 2015 et avril 2016).

Après écoute, je devrais les classer de mon préféré à celui que j'apprécie le moins.

Les 5 premiers titres choisis par le jury des bloggueurs seront alors soumis au vote du public.  

A suivre...

 

7 septembre 2015

C'est lundi, que lisez-vous ? [226]

93122062

C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane  

Qu'est-ce que j'ai lu ces dernières semaines ? 

106019616 106019627 105626630 105625583

Tout foutre en l'air - Antoine Dole 
Checkpoint - Jean-Christophe Rufin 
Le Secret de la manufacture de chaussettes inusables - Annie Barrows 
Macadam - Jean-Paul Didierlaurent


Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

Tout ce qui est solide se dissout dans l'air - Darragh McKeon (partenariat Belfond)

Que lirai-je la semaine prochaine ?

Si c'était un homme - Primo Levi (partenariat Audiolib)
Mentine : Cette foisc'est l'internat ! - Jo Witek (partenariat Flammarion Jeunesse)

Bonnes lectures et bonne semaine !

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