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A propos de livres...
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14 août 2009

Mille Femmes blanches : Les Carnets de May Dodd - Jim Fergus

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traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Luc Piningre

Le Cherche-Midi Editions – avril 2000 – 392 pages

Pocket – juillet 2004 – 505 pages

Quatrième de couverture
En 1874, à Washington, le président américain Grant accepte dans le plus grand secret la proposition incroyable du chef indien Little Wolf: troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l'intégration du périple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart des "Mille femmes" viennent en réalité des pénitenciers et des asiles de tous les États-Unis d'Amérique... Parvenue dans les contrées reculées du Nebraska, l'une d'entre elles, May Dodd, apprend alors sa nouvelle vie de squaw et les rites inconnus des Indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l'alcool. Aux côtés de femmes de toutes origines, May Dodd assiste alors à la lente agonie de soi, peuple d'adoption...

"(. .) un envoûtement qui plane sur tous les temps de la lecture." Anne-Marie Koenig - "GEO"

Auteur : Jim Fergus est né à Chicago mais a vécu en Floride jusqu'à l'âge de trente ans. Passionné de littérature, il choisit d'enseigner le tennis le temps de déterminer sa vocation définitive. Pour vivre au plus près de la nature, il s'installe dans le Colorado, et parcourt avec ses labradors les grands espaces. Il se consacre alors à la chasse, se prend d'intérêt pour les Indiens et découvre la culture Cheyenne. Pour gagner sa vie, il s'essaie au journalisme et écrit des articles sur la gastronomie, la chasse, la pêche et la nature dans les magazines 'Newsweek', 'The Paris Review', 'Esquire sportmen', 'Outdoor Life', etc. Ses articles lui donnent l'occasion de rencontrer Robert Redford et Jim Harrison qui l'encouragent à poursuivre ses travaux d'écriture. 'Mille femmes blanches' est son premier roman. Les publics français et américain sont conquis, et le livre obtient en 2000 le prix du premier roman étranger. 'La fille sauvage' (2004) met en scène une jeune apache. Pour son troisième roman, sur lequel il travaille, Jim Fergus a choisi de livrer des souvenirs personnels.

Mon avis : (lu en avril 2004)

L’histoire se passe aux États-Unis en 1875, Little Wolf, chef des Cheyennes, demande au président Grant qu’on lui fasse cadeau de mille femmes pour « assurer la sécurité et la prospérité d'un peuple assiégé de toutes parts ». En partant de ce fait historique (il y a bien eu un chef cheyenne Little Wolf qui a proposé 1000 chevaux en échange de mille femmes blanches mais le président Grant n'a pas donné suite), l’auteur imagine l’aventure de ces femmes offertes aux Cheyennes. A travers le journal intime de May Dodd, on découvre le quotidien de ces femmes, le choc de deux cultures opposées, l'influence dévastatrice américaine sur les indiens, l'intégration sera parfois difficile pour certaines de ces femmes blanches…

On est émerveillé par des paysages magnifiques, par une civilisation respectueuse des individus et de l'environnement. Ce livre est vraiment passionnant, émouvant et captivant. J’en garde un souvenir formidable !

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14 août 2009

Beignets de tomates vertes - Fannie Flagg

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traduit par Philippe Rouard

J'ai lu – avril 1999 – 474 pages

Quatrième de couverture : Tous les dimanches, à la maison de retraite, Ninny Threadgood, une octogénaire, raconte à son amie Evelyn l'histoire de Whistle Stop, une bourgade du vieux Sud, et la merveilleuse complicité de deux femmes qui y tenaient un café... Une chronique émouvante, drôle, nostalgique où chante toute l'âme du Sud profond. Un grand succès romanesque porté aujourd'hui à l'écran.

Auteur : Fannie Flagg (née Patricia Neal le 21 septembre 1944 à Birmingham, Alabama, États-Unis). Productrice à succès de la télévision, elle est également comédienne. Dès sa parution aux États-Unis, "Beignets de tomates vertes" a battu tous les records de ventes... C'est une chronique du Sud profond de 1929 à 1988. Humour et nostalgie...

Mon avis : (lu en 2007)

J’ai adoré le film lorsque je l’ai vu à la télévision, en particulier l’atmosphère du Sud profond. Et quelques années plus tard, j’ai découvert par hasard ce livre dans les rayonnages de la bibliothèque. Je ne savais pas que ce film avait été tiré d’un livre. J’ai autant aimé le livre que j’avais adoré le film. Ce roman est à la fois drôle, émouvant et tendre.

Nous sommes dans les années 80 et Evelyne, mal dans sa peau, accompagne chaque week-end son mari à la maison de retraite pour voir sa belle-mère. Un jour, elle rencontre Niny une vieille dame attachante qui a besoin de bavarder. Au fil de leurs rencontres, Niny va raconter sa vie à Whistle Stop Café depuis les années 30. Le lecteur et Evelyne découvre la vie d’un petit village d’Alabama où l’intolérance et le racisme sont présents, mais il existe aussi une formidable solidarité entre certains blancs et la communauté noire. Les personnages de la famille Threadgoode avec Idgie et Ruth et leurs amis sont terriblement attachants.

Tout au long du livre le lecteur va faire des allers-retours entre le passé et le présent, sans oublier les entrefilets de la gazette hebdomadaire de Dot Weems, journal local pleins d'humour.

Après la lecture du livre, je me suis précipitée pour revoir le film en DVD afin de prolonger mon plaisir. Livre à savourer sans modération !

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Film américain réalisé en 1991 par Jon Avnet avec Kathy Bates, Mary Stuart Masterson, Mary-Louise Parker, Jessica Tandy, Cicely Tyson, Chris O'Donnell, Stan Shaw, Gailard Sartain, Timothy Scott, Gary Basaraba.

Extraits :

NINNY  : Dîtes, vous savez qu'ils m'ont ôté ma vésicule ?
EVELYN  : Non, j'en savais rien.
NINNY  : Ben si. Elle est toujours à l'hôpital, dans un bocal. Je crois que c'est dans ces machin là qu'ils les gardent.
EVELYN  : Je suppose.
NINNY  : Quand j'étais à l'hôpital, y a l'infirmière qui m'a fait un de leurs lavements. Elles en sont folles des lavements. Madame Threadgoode, veuve de 82 ans, vous vous rendez compte ! Naturellement, tout le monde m'appelle Ninny. Je suis seulement de passage ici. On vous en a déjà fait, à vous de ces lavements ?
EVELYN  : Hum, ma fois, non.
NINNY  : Vous ne l'auriez pas oublié. Mon amie, Mme Otis et moi, on est de Whistle Stop. Vous êtes déjà passé à Whistle Stop ?
EVELYN  : Mais oui, c'est justement par là qu'on est venu.
NINNY  : Toutes les deux ont a habité la même rue pendant trente ans et plus. Et quand elle a perdu son fils, sa belle-fille a eu l'idée bizarre de la mettre dans cette maison de repos. Alors ils m'ont demandé de partager sa chambre. Mme Otis ne le sait pas mais moi je rentrerais chez moi dès qu'elle aura pris ses petites habitudes. Vous avez entendu parler d'Idgie Treadgoode ou pas ?
EVELYN  : Heu, non madame, ça ne me dit rien du tout.
NINNY  : Vous ne l'auriez pas oublié celle-là. Vous voyez, j'ai été pour ainsi dire adoptée par les Treadgoode parce que j'ai épousé son frère Cléo.
EVELYN  : Oh.
NINNY  : Oui. Idgie et son amie Ruth tenaient le Whistle Stop Café. Idgie c'était une sacrée nature. Houlàlà. Mais qu'on ait pu penser que c'était elle qui avait assassiné cet homme, ça, ça me dépasse.

IDGIE  : Y a tellement de choses que j'ai envie de te dire.
RUTH  : Non. J'adore tes histoires. Raconte-moi une histoire, Idgie. Allez, ma charmeuse d'abeilles, raconte-moi un beau bobard. Tiens, pourquoi pas l'histoire du lac ?
IDGIE  : Quel lac ?
RUTH  : Celui qui était tout près d'ici.
IDGIE  : Oh ! Y a pas un mot de vrai là dedans.
RUTH  : Je le sais, imbécile. Raconte-moi quand même. Raconte-moi celle du lac.
IDGIE  : Hé ben, dans le temps, y avait ce fameux lac, juste, juste à la sortie du patelin. C'est là qu'on allait pêcher, nager, faire du canoë. Un jour, un jour du mois de novembre, une grosse passée de canards est venue se poser sur le lac. Et la température a baissé si vite que le lac a gelé d'un seul coup et et, les canards se sont envolés. Ils ont emportés le lac avec eux et maintenant on dit que le lac est quelque part en Géorgie. T'imagine un peu ?

28 juillet 2009

La solitude des nombres premiers - Paolo Giordano

la_solitude_des_nombre_premiers traduit de l’italien par Nathalie Bauer

Seuil – mars 2009 – 328 pages

Présentation de l'éditeur
Les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et par eux-mêmes ; soupçonneux et solitaires, certains possèdent cependant un jumeau dont ils ne sont séparés que par un nombre pair. Maffia, jeune surdoué, passionné de mathématiques, en est persuadé : il compte parmi ces nombres, et Alice, dont il fait la connaissance au lycée, ne peut être que sa jumelle. Même passé douloureux, même solitude à la fois voulue et subie, même difficulté à réduire la distance qui les isole des autres. De l'adolescence à l'âge adulte, leurs existences ne cesseront de se croiser, de s'effleurer et de s'éloigner dans l'effort d'effacer les obstacles qui les séparent. Paolo Giordano scrute avec une troublante précision les sentiments de ses personnages qui peinent à grandir et à trouver leur place dans la vie. Ces adolescents à la fois violents et fragiles, durs et tendres, brillants et désespérés continueront longtemps à nous habiter.

Biographie de l'auteur
Paolo Giordano est né en 1982 à Turin. Il prépare actuellement un doctorat en physique théorique. La solitude des nombres premiers, prix Strega 2008, est son premier roman. Il s'est déjà vendu à plus d'un million d'exemplaires en Italie ; il est traduit dans de nombreux pays.

Mon avis : (lu en juillet 2009)

C'est un très beau livre sur l'adolescence. Dans leur enfance, Alice a eu un accident qui l'a rendu boiteuse et Mattia a été à l'origine d'un drame familial. L'un et l'autre sont mal dans leur peau. Ils vont se rencontrer à l'âge de quinze ans et ils vont s'aimer et se comprendre à travers leurs souffrances. Mattia a choisi de se réfugier dans les mathématiques, Alice tient les autres à distance derrière son appareil photo. Nous allons suivre leurs vies durant plus de vingt ans. Alice et Mattia sont touchants et l'on ressent parfaitement la difficulté qu'ils ont l'un et l'autre pour grandir et entrer dans le monde des adultes. Un très beau roman.

Extrait : (page 141)

Les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et par eux-même. Ils occupent leur place dans la série infinie des nombres naturels, écrasés comme les autres entre deux semblables, mais à un pas de distance. Ce sont des nombres soupçonneux et solitaires, raison pour laquelle Mattia les trouvait merveilleux. Il lui arrivait de se dire qu'ils figuraient dans cette séquence par erreur, qu'ils y avaient été piégés telles des perles enfilées. Mais il songeait aussi que ces nombres auraient peut-être préféré être comme les autres, juste des nombres quelconques, et qu'ils n'en étaient pas capables. Cette seconde pensée l'effleurait surtout le soir, dans l'entrelacement chaotique d'images qui précède le sommeil, quand l'esprit est trop faible pour se raconter des mensonges.

A un cours de première année, Mattia avait appris que certains nombres premiers ont quelque chose de particulier. Les mathématiciens les appellent premiers jumeaux : ce sont des couples de nombres premiers voisins, ou plutôt presque voisins, car il y a toujours entre eux un nombre pair qui les empêche de se toucher vraiment. Des nombres tels que le 11 et le 13, tels que le 17 et le 19, le 41 et le 43. Si l'on a la patience de continuer, on découvre que ces couples se raréfient progressivement. On tombe sur des nombres premiers de plus en plus isolés, égarés dans cet espace silencieux et rythmé, constitué de seuls chiffres, et l'on a le pressentiment angoissant que les couples rencontrés jusqu'alors n'étaient qu'un fait accidentel, que leur véritable destin consiste à rester seuls. Mais au moment où l'on s'apprête à baisser les bras, découragé, on déniche deux autres jumeaux, serrés l'un contre l'autre. Les mathématiciens partagent la conviction que, pour autant qu'on puisse poursuivre cet exercice, on en trouvera toujours deux autres, même s'il est impossible de déterminer où jusqu'à ce qu'on les découvre.

Mattia pensait qu'Alice et lui étaient deux nombres premiers jumeaux, isolés et perdus, proches mais pas assez pour se frôler vraiment. Il ne le lui avait jamais dit. Quand il s'imaginait lui confier ces pensées, la fine couche de sueur qui recouvrait ses mains s'évaporait et il n'était plus en mesure de toucher le moindre objet pendant dix bonnes minutes.

28 juin 2009

Comment j'ai raté mes vacances - Geoff Nicholson

comment_j_ai_rat__mes_vacances Robert Laffont – juin 2007 – 276 pages

traduit de l'anglais par Bernard Turle

Présentation de l'éditeur
" Ne vous inquiétez pas, messieurs les policiers, je peux tout expliquer... " Votre vie peut basculer très vite, même en vacances ! Motivé par une crise existentielle, Eric a décidé de goûter aux délices du camping-caravaning en famille. Malgré une tenace bonne volonté et un goût modéré pour l'imprévu, les événements déroutants et effrayants s'enchaînent. Sa femme est prise de pulsions sexuelles irrépressibles, sa fille traverse une crise de mysticisme et son fils retourne à l'état de nature. Viennent s'ajouter à cette tribu déjantée des vacanciers loufoques, un policier cinglé et des corps sans tête. Dans cette comédie grinçante, les scènes cocasses, voire hilarantes, côtoient des situations plus tragiques.. L'élixir satirique subtilement dosé ajoute au burlesque que Geoff Nicholson manie avec talent.

Biographie de l'auteur
Geoff Nicholson est né en 1953 à Sheffield. Il est passé par Essex puis Cambridge, avant, si l'on en croit la notice rédigée par ses propres soins, d'exercer les professions les plus diverses (vendeur de meubles, libraire, homme de ménage, agent de sécurité, jardinier et chef cuisinier...) puis de se consacrer à plein temps à l'écriture. Il est l'auteur de quinze romans parus entre 1987 et 2004. Seul What We Did On Our Holidays (Comment j'ai raté mes vacances) a été traduit en français. Son premier livre, Street Sleeper (1987), a été nominé pour le Yorshire Post First Work Award (Prix du meilleur premier roman) et Bleeding London pour le Whitbread Prize. Il a aussi publié plusieurs ouvrages de non-fiction consacrés à Andy Warhol, Frank Lloyd Wright et, récemment, les Sex Collectors (2006). Comment j'ai raté mes vacances a été porté à l'écran en 2006 par Scott Peak, avec David Carradine et Gina Bellman dans les rôles principaux. Pour le New York Times, il s'agit de " la plus drôle des comédies noires ".

Mon avis : (lu en juin 2009)

J'ai pris ce livre par hasard à la bibliothèque, son titre "Comment j'ai raté mes vacances" m'a attiré car c'est très rare que quelqu'un vous avoue qu'il a raté ses vacances ! La quatrième de couverture était également vendeuse... Malheureusement, le livre n'est pas à la hauteur de mes attentes... trop c'est trop...

Eric vient d'avoir 45 ans, il décide de partir quinze jours en famille au camping pour faire un bilan sur sa vie et sur ses proches qu'il a du mal à comprendre. Ce livre est son journal quotidien pendant ce séjour catastrophique... En effet, toutes les tuiles possibles et inimaginables vont s'abattre sur leurs vacances : accident de voiture, garagiste véreux, voisins de camping bruyants... Sans compter sur la famille un peu "frapa-dingue" : sa femme Kathleen est prise de pulsions sexuelles, sa fille Sally traverse une crise mystique et son fils Max fait un retour à la nature et se promène avec un os dans le nez... Au début, j'ai été prise par l'histoire et je riais bien mais rapidement c'est l'accumulation des cataclysmes et trop c'est trop et c'est l'indigestion... J'ai donc eu du mal à finir ce livre... En conclusion, c'est pas terrible !

22 août 2009

Notre prison est un royaume – Gilbert Cesbron

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Éditions de la Jeune Parque – 1948

Livre de Poche – 1955 – 316 pages

Prix Sainte-Beuve

Résumé : François, Pascal, Hardrier, Fauchier-Delmas, tels sont les quatre mousquetaires qui règnent sur la part de rêves et de détresses secrètement entretenue dans le monde clos d'un lycée parisien. Parce que Pascal s'est donné la mort, le chahut quotidien prend pour les trois camarades l'allure d'une enquête à la fois dérisoire et pathétique. Sous le jeu des plaisanteries d'écoliers, de généreuses illusions se dissipent et les exploits saugrenus des lycéens en révolte se teintent de mélancolie. Quand François découvrira la réponse à sa question « pourquoi Pascal s'est-il suicidé ? » il tournera la page de l'insouciance et de la frivolité poétiques.

Dans une fresque, souvent haute en couleur, Cesbron évoque avec la verve d'un véritable conteur les anecdotes émouvantes ou cocasses qui forment la vie d'un lycée. Élèves turbulents, professeurs graves et ridicules, autorités solennelles et méprisées composent un monde qui possède ses propres lois et s'érige aux frontières du merveilleux et du sordide.

Auteur : Ancien élève de l'École des Sciences Politiques, Gilbert Cesbron est né à Paris le 13 janvier 1913. Dès 1934, il publie un recueil de Poèmes, Torrent. Son premier roman paraît en Suisse : Les Innocents de Paris (1944). Sa notoriété s'affirme avec Notre Prison est un royaume (1948) - Prix Sainte-Beuve - et la pièce : Il est minuit, docteur Schweitzer (1950).
Romancier, essayiste, auteur dramatique, il s'attaque à des thèmes d'actualité : les prêtres ouvriers (Les Saints vont en enfer, 1952), la jeunesse délinquante (Chiens perdus sans collier, 1954), l'euthanasie (Il est plus tard que tu ne penses, 1958), la violence (Entre chiens et loups, 1962), etc. Il exerce un second métier dans une société de production radiophonique.
Gilbert Cesbron est décédé en août 1979.

Mon avis : (lu dans les années 80 et relu en août 2009)

C’est un livre que j’ai lu des multitudes de fois lorsque j’étais moi-même au lycée. Cela ne raconte pas mon lycée, mais un lycée d’une autre époque. Il traite du thème de l’adolescence avec son mal de vivre, le suicide et les amitiés.

En effet, l’histoire se situe dans les années 30, quelques jours avant la rentrée. Les personnages principaux sont 4 amis qui surnomment eux-mêmes les 4 mousquetaires : François Voisin (Athos), Pascal Delange (Aramis), Jean-Jacques Hardrier (Porthos) et Alain Fauchier-Delmas ( D'Artagnan) . Le jour de la rentrée, les amis se retrouvent et reprennent leurs petites habitudes des années passées, pourtant, l’un des 4 Mousquetaires manque à l’appel, c’est Pascal Delange. Le jour même, ils apprennent que leur ami Pascal vient de mourir. Le jour de l’enterrement, François apprend par la bonne que son meilleur ami n’a pas eu un accident, mais qu’il s’est suicidé. C’est le choc. Avec ses amis, François décide découvrir ce qui a poussé Pascal à se suicider. La vie au lycée continue malgré ces événements difficiles, et l’on retrouve des chahuts, des rivalités et l’ambiance potache… Cette recherche, va faire grandir François, il va passer de l’enfance à l’âge adulte.

Le style est poétique ce qui donne une dimension terriblement mélancolique au livre. Après l’avoir relu, mon opinion n’a pas changée, j’ai pris le même plaisir qu’il y a 25 ans, j’ai été touchée par cette histoire comme lors de ma première lecture.

Extrait : (début du livre)

« Le premier marron qui tombe, pensa François, cette fois, c'est fois, c'est la Rentrée... »

De cette cime d'arbre où il jouait à la vigie, à l'aviateur, à l'ascension de l'Himalaya (Oh, François ! À ton âge), il regarda le marron qui venait de s'écraser dans l'allée. On distinguait dans la coque éclatée le précieux tissu blanc, culotte de maréchal d'Empire, et le fruit verni, ciré, tout neuf. « La Rentrée... Plus une minute à perdre ! A terre ! »

Ses pieds connaissaient bien les branches de descente, l'appui solide qu'offrait chacune et cet espace entre elles qui, de vacances en vacances, lui paraissait plus petit. C'était son arbre. Suspendu à bout de bras à la plus basse branche, on fermait les yeux, on s'imaginait au-dessus d'un abîme, on lâchait prise... Mais, cette année, plus besoin d'ouvrir les mains : les pieds touchaient déjà terre. Une date dans l'histoire des vacances !

Il faisait tiède au sortir de l'arbre obscur, et François frissonna de bien-être comme un chat. « La Rentrée... Quel dommage ! » Deux minutes plus tôt, il pensait le contraire : que les vacances se fanaient, que Pascal Delange lui manquait et qu'au fond on ne riait bien qu'en classe... « Ce cochon de Pascal, il tout de même pu m'écrire ! Les autres, je m'en moque ; mais Pascal... Pas même une carte ! »

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10 juin 2009

Un homme meilleur – Anita Nair

un_homme_meilleur traduit de l'anglais (Inde) par Marielle Morin

Picquier – août 2006 – 474 poches

Présentation de l'éditeur
Premier roman d’Anita Nair, l’auteur de Compartiment pour dames. C’est vers la maison familiale, dans un village endormi du Kerala que revient naturellement Mukundan au moment de la retraite, là où personne ne l’attend plus, pas même son père le tyrannique Achutan Nair. C’est là qu’il croise la route de Bhasi « le timbré », ancien professeur qui, après une déception amoureuse, a renoncé à ses ambitions pour devenir peintre en bâtiment, herboriste, et qui pratique la psychothérapie de manière toute personnelle. Bhasi parvient peu à peu à gagner la confiance de Mukundan et à le faire renaître à lui-même en l’entraînant dans une découverte de soi qui va ouvrir à ce dernier de nouvelles perspectives. C’est ainsi qu’il rencontre Anjana, belle institutrice prisonnière d’un mariage désastreux et tombe, enfin, amoureux. Lorsque Achutan meurt, Mukundan se retrouve une nouvelle fois face à lui-même, réalisant qu’il n’a en rien dépassé son père et que c’est lui qui a trahi ce en quoi il croyait et ceux qui lui faisaient confiance. Pourra-t-il se racheter et devenir ainsi un homme meilleur que son père ? Une rédemption est-elle possible ? Pourra-t-il trouver en lui-même la force de défendre ses convictions profondes, fut-ce au mépris des conventions villageoises ? Au-delà du portrait de cet homme faible et tellement humain, Anita Nair nous peint des personnages tragiques ou touchants, ridicules ou magnifiques : de Krishnan Nair, le fidèle domestique, à Valsala, la femme frustrée d’un époux vieillissant, en passant par Kamban le postier intouchable dont l’abondante chevelure fait des jaloux.Avec une sensibilité, une tendresse et une attention aux détails qui font de ce texte une délicieuse et captivante promenade dans une Inde du Sud rarement évoquée de manière aussi vivante.

Auteur : Originaire du Kerala, c'est à Madras qu'Anita Nair passe son enfance, avant de voyager à travers l'Angleterre et les États-Unis pour finalement s'installer au Bangalore. Elle signe son premier roman en 1997, puis entame une carrière internationale, notamment marqué par la publication de 'Compartiment pour dames' et 'Un homme meilleur' (2003), 'Le Chat karmique' (2005), ou encore 'Les Neuf Visages du cœur' (2006).

Mon avis : (lu en juin 2009)

A l'heure de la retraite, Mukundan retourne dans le village où il est né. Il y retrouve l'ennui, les problèmes administratifs et l'étroitesse d'esprit d'un petit village... Les douleurs de son enfance resurgissent sous forme de fantômes qui le hantent chaque nuit : son père le terrorisait, il se sent coupable d'avoir abandonné sa mère. Il va faire la connaissance de Bhasi "le timbré", ancien professeur qui est devenu peintre en bâtiment et herboriste, ce dernier va l'aider à prendre confiance en lui en se débarrassant l'esprit des résidus du passé. Il va faire la rencontre d'Anjana une belle institutrice. Mais son voyage intérieur sera difficile. Il voudrait être reconnu à sa juste valeur par les membres du village. Arrivera-t-il à devenir un homme meilleur que son père ?

Au début de ma lecture, j'ai eu un peu de mal car l'auteur nous raconte la vie de Mukundan à travers la vie du village et de nombreux personnages haut en couleur, puis peu à peu j'ai été prise dans l'ambiance de ce village ordinaire avec ses habitudes, ses conflits. J'ai beaucoup appris sur les mœurs et les coutumes de l'Inde du sud. L'écriture est subtile, pleine de poésie.

Extrait :

« Si la fluidité est l'essence de la peinture, alors la peur est celle de ta vie. Une peur qui semble ne connaître aucune limite, n'avoir ni début, ni fin. Une peur qui te traverse comme la route traverse ce village. Qui marque la frontière entre ce que tu pourrais être et ce que tu n'es pas. Quand j'ai attaché les murs de ta maison avec des poignées de fibres rêches de coco pour ôter à la fois la couche de saleté et les marques incrustées par le temps, j'ai essayé de comprendre comment je pourrais arriver au même résultat avec toi. Pour débarasser ton âme des scories qui l'encombrent et laisser s'évacuer la peur, j'ai besoin de savoir ce qui te retient ainsi prisonnier d'une telle terreur.

Dis-moi, Mukundan, dis-moi ce qui te hante à ce point. Parle-moi des ténèbres qui obscurcissent ta vie. Explique-moi pourquoi tu plies si méticuleusement ton mouchoir en huit. Pourquoi tu insistes pour que chaque filament de fibre de noix de coco aille rejoindre un tas bien précis quand il est usé. Pourquoi tu t'es ainsi rendu esclave de la pendule. Dis-moi ce qui donne tant de prix à la perfection. Dis-moi pourquoi tu portes sur toi l'odeur de l'animal traqué.

Dis-le-moi. C'est ta seule issue. Ton seul espoir et peut-être, un jour, la clé de ton bonheur. »

26 mai 2009

La vie d'une autre – Frédérique Deghelt

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Actes Sud – janvier 2007 – 340 pages

Actes Sud - juin 2008 - 340 pages

LGF – janvier 2010 – 251 pages

Présentation de l'éditeur
Marie a vingt-cinq ans. Un soir de fête, coup de foudre, nuit d'amour et le lendemain... Elle se retrouve douze ans plus tard, mariée, des enfants et plus un seul souvenir de ces années perdues. Cauchemar, angoisse... Elle doit assumer sa grande famille et accepter que l'homme qu'elle a rencontré la veille vit avec elle depuis douze ans et ne se doute pas du trou de mémoire dans lequel elle a été précipitée. Pour fuir le monde médical et ses questions, elle choisit de ne rien dire et devient secrètement l'enquêtrice de la vie d'une autre. Ou plutôt de sa propre vie. C'est avec une énergie virevoltante et un optimisme rafraîchissant que Frédérique Deghelt a composé ce roman plein de suspense sur l'amour et le temps qui passe, sur les rêves des jeunes filles confrontés au quotidien et à la force des choix qui déterminent l'existence.

Biographie de l'auteur
Journaliste et réalisatrice de télévision, voyageuse infatigable avec Paris pour port d'attache, Frédérique Deghelt est également l'auteur chez Actes Sud de Je porte un enfant et dans mes yeux l'étreinte sublime qui l'a conçu (2007),
La grand-mère de Jade (2009).

Mon avis : (lu en mai 2009)

C'est le deuxième livre que je lis de cette auteur, après "La grand-mère de Jade" que j'ai beaucoup aimé. C'est l'histoire de Marie qui a 25 ans, lors d'une fête elle a un coup de foudre pour Pablo, elle passe une nuit d'amour et le lendemain... elle se réveille douze ans plus tard, mariée, des enfants et sans aucun souvenirs des douze années passées. Cauchemar, angoisse... elle décide de ne rien dire de son amnésie et chaque jour elle explore son quotidien oublié et enquête sur « la vie d'une autre » qui pourtant est sa propre vie.

Le récit est formidable, j'ai été happée par la vie de Marie, personnage très attachant. J’ai ressenti avec elle ses troubles devant des situations déstabilisantes. Ce livre est à la fois beau, étrange, troublant et fabuleux.

Extrait : (page 128)
Je me regarde dans la glace : à quoi ressemble mon visage ce matin ? Depuis quinze jours, je me débats dans mes souvenirs, mes oublis et ma seconde nouvelle vie avec mes enfants. Jamais je n'ai eu un moment de répit, quelques jours qui s'écoulent yeux dans les yeux avec Pablo... Tout au plus quelques heures autour d'un dîner. Je n'ai jamais eu l'occasion de l'observer vraiment dans un contexte différent, hors de cette famille que nous avons faite et que je viens de découvrir. la solution est peut-être là, dans cette maison qui a sans doute été importante dans notre rapport amoureux. J'en suis là de mes réflexions quand mon estomac me rappelle qu'il est vide. Quand je descends l'escalier en pierre, Pablo achève de dresser une table sur une terrasse fleurie. la maison est construite sur une avancée rocheuse et ne doit pas avoir beaucoup de fenêtres qui ne donnent pas sur la mer.

8 mai 2009

Le Voile noir - Anny Duperey

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Seuil – avril 1992 – 235 pages

Points – octobre 2003 - 256 pages

Quatrième de couverture
J'avais pensé, logiquement, dédier ces pages à la mémoire de mes parents - de mon père, surtout, l'auteur de la plupart des photos, qui sont la base et la raison d'être de ce livre. Curieusement, je n'en ai pas envie. Leur dédier ce livre me semble une coquetterie inutile et fausse. Je n'ai jamais déposé une fleur sur leur tombe, ni même remis les pieds dans le cimetière où ils sont enterrés. Sans doute parce que obscurément je leur en veux d'avoir disparu si jeunes, si beaux, sans l'excuse de la maladie, sans même l'avoir voulu, quasiment par inadvertance. C'est impardonnable. Mon père fit ces photos. Je les trouve belles. Il avait, je crois, beaucoup de talent. J'avais depuis des années l'envie de les montrer. Parallèlement, montait en moi la sourde envie d'écrire, sans avoir recours au masque de la fiction, sur mon enfance coupée en deux. Ces deux envies se sont tout naturellement rejointes et justifiées l'une l'autre. Ces photos sont beaucoup plus pour moi que de belles images, elles me tiennent lieu de mémoire. J'ai le sentiment que ma vie a commencé le jour de leur mort - il ne me reste rien d'avant, d'eux, que ces images en noir et blanc.

Auteur : L'enfance radieuse d'Anny Duperey prend fin avec la mort par asphyxie de ses parents au monoxyde de carbone. La petite fille de huit ans subit alors une autre déchirure : celle d'être séparée de sa soeur. Elevée par sa tante, elle est en revanche libre d'opérer d'audacieux choix de carrière : l'inscription au Conservatoire de Rouen, la 'montée' à Paris, les prestigieux cours Simon, financés par quelques séances de mannequinat. Jean Mercure, fondateur du Théâtre de la Ville, va choisir de travailler avec elle pendant dix ans. Remarquée par ses pairs pour sa prestation dans 'La guerre de Troie n'aura pas lieu', l'actrice force ensuite les portes du 'septième art', et tourne pour Godart, Deville, Resnais... En 1970, elle rencontre son premier mari, Bernard Giraudeau, sur les planches de la comédie musicale 'Attention fragile'. De la même façon, elle tombe sous le charme de Cris Campion durant le tournage d''Une famille formidable'. Son rôle dans cette série lui vaut d'ailleurs de partager un 7 d'Or avec Bernard Le Coq. Elle est également reconnu comme écrivain grâce à des ouvrages tels que 'Le Voile noir', 'L' Admiroir', 'Les Chats de hasard' et plus récemment 'Allons voir plus loin, veux-tu ?' qui a connu un très grand succès. Elle triomphe en 2006, dans la pièce de théâtre 'Oscar et la dame rose'. Dynamique, généreuse, fine plume... elle est adorée du public.

Mon avis : (lu 1992)

Dans ce livre, Anny Duperey est bouleversante. Le drame qu'elle a subit lorsqu'elle avait 8 ans est tellement fort que « le choc de leur disparition a jeté sur les années qui ont précédé un voile opaque, comme si elles n’avaient jamais existé. » Avec ce livre et les photos de son père, Anny Duperey nous dévoile les sentiments qu'elle a gardé en elle pendant longtemps. Elle retrace son enfance avant mais aussi sa vie après la disparition de ses parents. Elle a longtemps culpabilisé de ne pas être mort avec eux mais aussi elle en a voulu à ses parents de l'avoir abandonnée. Elle a terriblement souffert d'être séparée de sa sœur après la mort de ses parents. Ayant perdu moi-même mes parents à l'âge de 19 ans, j'ai été très touchée et bouleversée par ce livre, il m'a aidé à me poser des questions et m'a donné certaines réponses. Cette lecture m'a beaucoup apaisée.

Extrait :

Faites pleurer les enfants

« On rêve toujours que ce que l’on écrit puisse être utile à quelqu’un , ne serait-ce qu’à une seule personne, que ce que l’on a sorti de soi avec peine ne reste pas un monologue stérile, sinon autant vaudrait prendre ces pages et les enfermer tout de suite dans un tiroir.
Alors, à tout hasard…
Si vous voyez devant vous un enfant frappé par un deuil se refermer violemment sur lui-même, refuser la mort, nier son chagrin, faites-le pleurer. En lui parlant, en lui montrant ce qu’il a perdu, même si cela paraît cruel, même s’il s’en défend aussi brutalement que je l’ai fait, même s’il doit vous détester pour cela mais ce que je dis là est impossible à faire…[…] Une personne aimante a envie d’épargner. Et pourtant… Pourtant, percez sa résistance, videz-le de son chagrin pour que ne se forme pas tout au fond de lui un abcès de douleur qui lui remontera à la gorge plus tard.
Le chagrin cadenassé ne s’assèche pas de lui-même, il grandit, s’envenime, il se nourrit de silence, en silence il empoisonne sans qu’on le sache.
Faites pleurer les enfants qui veulent ignorer qu’ils souffrent, c’est le plus charitable service à leur rendre. »

12 mars 2009

Odette Toulemonde et autres histoires - Éric-Emmanuel Schmitt

odette_toulemonde Albin Michel – novembre 2006 - 281 pages

Résumé : 'Cher monsieur Balsan, Je n'écris jamais car, si j'ai de l'orthographe, je n'ai pas de poésie. Or, il me faudrait beaucoup de poésie pour vous raconter l'importance que vous avez pour moi. En fait, je vous dois la vie. Sans vous, je me serais tuée vingt fois. Odette'. La vie a tout offert à l'écrivain Balthazar Balsan et rien à Odette Toulemonde. Pourtant, c'est elle qui est heureuse. Lui pas. Leur rencontre fortuite va bouleverser leurs existences. Huit récits, huit femmes, huit histoires d'amour. De la petite vendeuse à la milliardaire implacable, de la trentenaire désabusée à une mystérieuse princesse aux pieds nus en passant par des maris ambigus, des amants lâches et des mères en mal de filles, c'est une galerie de personnages en pleine quête du bonheur.

Auteur : Né à Sainte-Foy-lès-Lyon le 28 mars 1960, réputé pour être l'un des auteurs français les plus lus dans le monde, Eric-Emmanuel Schmitt est diplômé de l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm et agrégé de philosophie, une discipline qu'il a enseignée pendant plusieurs années. Tout bascule après l'expérience d'un voyage dans le désert du Hoggar où il rencontre la foi. Point de départ de sa carrière d'écrivain, il publie en 1991 sa première pièce, 'La Nuit de Valognes' et rencontre un succès immédiat. Le jeune dramaturge s'impose véritablement en 1993 avec 'Le Visiteur'. Cette rencontre improbable entre Freud et Dieu lui permet de remporter trois Molières en 1994. Suivent alors de nombreuses pièces dont 'Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran' ou 'Petits crimes entre ami', qui suscitent à nouveau l'adhésion du public. Certaines de ses oeuvres sont adaptées à l'étranger et transposées au cinéma, avec Jean-Paul Belmondo, Alain Delon ou encore Omar Sharif dans les rôles titres. Parallèlement, depuis 1997, Schmitt écrit des romans comme 'La Secte des égoïstes', 'L' Evangile selon Pilate' ou son 'Cycle de l'invisible', avec tout autant de réussite. En 2007 sort le film 'Odette Toulemonde' qu'il adapte lui-même d'après ses propres nouvelles. Eternel aventurier des domaines littéraires, maintes fois récompensé, Eric-Emmanuel Schmitt et son univers optimiste véhicule l'image d'un écrivain populaire, extrêmement présent sur la scène culturelle française.

Mon avis : (lu en mars 2007 et relu en mars 2009)
Ce livre rassemble 8 nouvelles, elles ont été écrites durant le tournage du film ‘Odette Toulemonde’ comme nous l'explique la Postface du livre : "Ce livre relève de l'écriture interdite. Il y a un an, on m'offrit la possibilité de réaliser un film de cinéma. Comme je dus travailler dur pour m'y préparer, apprendre à maîtriser le langage de l'image, du cadre, du son, du découpage, je fus empêché d'écrire. Ensuite, à la veille du premier tour de manivelle, on me tendit un contrat qui m'interdisait le ski et tout sport violent ; lorsque je le paraphai, on me fit comprendre qu'il serait préférable aussi que je n'écrive pas, bien que, de toute façon, je n'en aurais pas le temps. C'était trop me provoquer. Pendant le tournage et le montage, j'ai donc profité de mes rares heures inoccupées pour m'isoler de mon équipe et rédiger sur les bords de table, le matin au petit-déjeuner, le soir dans les chambres d'hôtel, ces nouvelles que j'avais en tête depuis longtemps. J'éprouvais de nouveau le bonheur d'une écriture clandestine, celle de l'adolescence : noircir des pages retrouvait le goût des plaisirs suspects. D'ordinaire, des nouvelles donnent lieu à des films. Ici, ce fut l'inverse. Non seulement mon film m'a permis de composer des nouvelles, mais lorsqu'il fut terminé, histoire de prendre une fois encore le contre-pied, je décidai d'adapter le scénario original en une nouvelle. Le film s'appelle Odette Toulemonde, la nouvelle aussi. Cependant, quiconque s'intéressant au cinéma et à la littérature et prenant connaissance des deux formes en notera surtout les différences, tant j'ai cherché à conter la même histoire en deux langages, utilisant des moyens inégaux, les mots ici, les images animés sur l'écran."

Ces huit nouvelles sont huit histoires d'amours féminines, toutes différentes et toutes touchantes. Elles se lisent facilement et même si elles ne sont pas toujours très gaies, elles laissent une impression de légèreté et de bonheur.        

‘Odette Toulemonde’ a été réalisé par Eric-Emmanuel Schmitt, le film est sorti en février 2007, avec Catherine Frot, Albert Dupontel, Jacques Weber.

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Ce film est simple mais remplit d'émotions, il donne envie de croquer la vie à pleines dents, d'écouter Joséphine Baker, d'effacer les frontières qu'on trace toujours entre les gens. Catherine Frot est superbe dans ce rôle. Ce film nous montre que la vie est belle et pleine de petits bonheurs !

Extrait : Odette Toulemonde – (page 124)
On me demande de chroniquer le dernier livre de Balthazar Balsan. D'accord. Si au moins cela pouvait être vrai, si l'on était sûr que c'est le dernier, alors ce serait une bonne nouvelle ! Car je suis atterré. Du point de vue littéraire, c'est une catastrophe. Tout y est consternant, l'histoire, les personnages, le style... Se montrer aussi mauvais, mauvais avec constance, mauvais avec égalité, ça devient même une performance, c'est presque du génie. Si l'on pouvait mourir d'ennui, je serais mort hier soir. (.. .) Quand on a autant le sens des clichés, monsieur Balsan, il ne faut pas appeler ça roman, mais dictionnaire, oui dictionnaire des expressions toutes faites, dictionnaire des pensées creuses. En attendant, voilà ce que mérite votre livre... la poubelle, et vite.

Extrait : Le Faux - (page 121)
Elle repensait à son passé avec stupeur.
Comment ai-je pu croire qu'il m'aimait ? Il avait juste besoin d'une maîtresse belle, gentille et conne.
Belle, gentille et conne...
Belle, Aimée l'était. Jusqu'à la séparation, tout le monde le lui disait. Sauf elle... Car, comme tant de femmes, Aimée n'avait pas reçu la beauté qu'elle admirait. Petite, mince, avec des seins graciles, elle jalousait les géantes aux formes rondes et nourrissait un complexe dû à sa taille et à sa sveltesse. Après sa séparation, elle s'apprécia davantage et s'évalua 'beaucoup trop bien pour n'importe quel homme'.
Gentille, Aimée l'était par mésestime de soi. Fille unique d'une mère qui ne lui avoua jamais l'identité de son père et le traitait en reproche encombrant, elle ignorait le monde des hommes ; aussi, lorsqu'elle entra en qualité de secrétaire dans l'entreprise dirigée par Georges, elle ne sut pas résister à ce mâle plus âgé qu'elle qui représentait à ses yeux de vierge candide à la fois le père et l'amant. Où va se loger le romantisme ? Il lui sembla plus beau d'aimer un homme qu'elle ne pouvait épouser...

Extrait : Wanda Winnipeg – (page 12)
Parce qu'il vient d'énoncer le même cliché que son petit personnel, Wanda Winnipeg a un sourire moqueur qu'elle ne cache pas aux employés, l'air de dire «Pas très malin, votre patron, pas fichu de s'exprimer mieux que vous», puis elle pivote pour tendre sa main à baiser. Le directeur n'a pas saisi son ironie et ne s'en doutera pas car elle lui accorde la grâce de répondre.
- J'espère en effet que je ne serai pas déçue : la princesse Mathilde m'a tant vanté votre éta­blissement.
Par un mouvement réflexe des talons, entre le militaire qui salue et le danseur de tango qui remercie, le directeur accuse le coup : il vient de comprendre qu'en logeant Wanda Winnipeg, il ne reçoit pas seulement une des plus grandes fortunes mondiales mais une femme qui fréquente le gotha.
- Vous
connaissez Lorenzo Canali, naturellement ?
Du geste, elle présente son amant, un bel homme aux cheveux noirs, longs, presque cirés, qui incline la tête en offrant un demi-sourire, parfait dans le rôle du prince consort qui doit à la conscience de son rang inférieur la nécessité de se montrer plus aimable que la reine.
Puis elle s'éloigne vers sa suite, sachant très bien ce qu'on est en train de murmurer dans son sillage.

13 avril 2009

Avis de tempête - Susan Fletcher

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traduit de l'anglais par Marie-Claire Pasquier

Plon – février 2008 - 444 pages

J’ai lu – janvier 2010 – 406 pages

Présentation de l'éditeur
Après le succès international de son premier roman, La Fille de l'Irlandais, Susan Fletcher revient avec un deuxième livre encore plus réussi. Moïra, vingt-huit ans, est au chevet de sa jeune sœur, Amy, qu'une terrible et inexplicable chute a plongée dans le coma depuis cinq ans. Habitée par le remords, Moïra parle à sa cadette. Elle s'excuse de n'avoir pas été la sœur rêvée. D'une extrême sensibilité, c'est une écorchée vive qui ne peut, n'a jamais pu et ignore comment s'abandonner à l'amour des autres, de ses parents, de sa sœur, et plus tard de son époux... Au travers de cette confession, Moïra cherche à la fois à se faire pardonner, et à assumer enfin son statut de femme, en paix avec elle-même. Avec de saisissantes descriptions de la nature et de la mer, qui rehaussent ses talents d'artiste, Susan Fletcher nous conte une histoire émouvante d'amour, de peine et de rédemption.

Biographie de l'auteur
Susan Fletcher est née en 1979 dans les West Midlands. Son premier roman,
La Fille de l'Irlandais est couronné par les deux prix littéraires les plus prestigieux attribués aux premiers romans en Grande-Bretagne (le Whitbread et le Betty Trask Award).

Mon avis : (lu en avril 2009)

C'est l'histoire de Moïra, elle est au chevet d'Amy sa jeune sœur qui est dans le coma depuis cinq ans à la suite d'une chute inexplicable. Moïra se sent coupable de ne pas avoir assez aimé cette sœur de onze ans sa cadette. Elle va donc lui raconter au cours de chacune de ses visites à l'hôpital sa vie et ses secrets intimes : son enfance, ses années de pension, sa rencontre avec Ray son mari, sa vie de femme mariée... Tout y est raconté avec douceur et pudeur, les descriptions des paysages sont superbes, on a l'impression d'être face aux paysages marins décrits, on entend parfaitement les bruits, on imagine aussi les odeurs. Les mots sont justes, imagés, tous nos sens sont en éveil. Moïra est très attachante malgré son apparence "dure et obstinée". Tout comme son premier livre "La fille de l'irlandais", j'ai été embarquée par cette histoire poignante et magnifique.

Extrait : Les premières lignes

Cela fait quatre ans. Quatre - et combien de mois ?
Je ne sais pas. Je ne sais plus. Il me reste les années, mais j'ai perdu les unités de temps plus petites, plus pâles - les semaines, les jours et, en leur sein, les heures muettes. Elles m'ont quittée, ou peut-être du moins, mon désir de les compter. Jadis, je comptais : les minutes et les bruits de ton cœur ; les secondes sur ma montre. Je regardais venir les saisons : les arbres changer, les pousses jaillir de la terre, et les gelées, et je voyais ton fantôme fragile s'éloigner à travers les champs labourés. Je me disais : l'année dernière... et je t'imaginais telle que tu étais alors - en train de manger, ou dans l'herbe. Et c'est de cette façon, ma douce, que je mesurais nos vies, au début : par des retours, par la lente rotation silencieuse du monde. J'ai compté quatre citrouilles, quatre mois de mai printaniers. Des pins, des jours fériés ; une année bissextile. J'ai compté dix mille marées, Amy. J'étais la fille au boulier. C'est la nuit que je comptais tout ça.
J'étais dans l'espérance.
Dans l'espérance, comme une mariée, et soulagée, car ce n'était pas là une mort. Au début, c'est ce que j'avais cru. Tout le monde. Elle n'est pas morte, donc tout ira bien, voilà ce que je me disais. Je m'asseyais, je calmais ma respiration, et j'imaginais tel ou tel avenir avec toi - rétablie, avec une peau de fruit mûr, toutes tes blessures guéries. Tout ce que je trouvais de doux, de lisse, je te l'apportais, je le posais sur ton lit, parce que je me disais que cela devait te manquer, un monde qui contient de telles choses - de la lavande, des coquilles d'œufs, ou la peau sèche, transparente, d'une vipère abandonnée sur une pierre. Je disais : Il neige. Ou bien : Les fraises sont précoces. Til envoya une carte postale, et je te la lus. Elle parlait des déserts, et de leurs ciels immenses, sans nuages, si bien que l'espace d'un instant cette chambre n'eut plus des murs verts, et nous n'étions plus dans une ville, loin de la mer, avec ton odeur aigre et ton coeur fragile, malade.
J'ai dit aussi : C'est comme ça, ma douce, qu'on marche. En appuyant mon poing contre la plante de tes pieds et en repliant tes orteils, à la manière des chats.
Et maintenant ? Ai-je gardé l'espérance ? L'espoir que tu retrouves ta vie d'avant ? Peut-être. Mais l'espoir, c'est comme tout. Il perd de sa fraîcheur, de son velouté, il racornit. Je suis plus vieille, j'ai cessé de compter, ou de peler des oranges dans ta chambre pour la parfumer, et je n'apporte plus de coquillages pour les coller contre ton oreille. Je ne te parle plus de ton médecin couleur noix de cajou qui t'a recousue, t'a sauvé la vie et connaît l'obscurité de tes entrailles. C'est un homme solitaire, je crois. J'ai vu ses yeux.
C'est fini, les coquilles d'oeufs et les chansons. Faut-il m'en vouloir ? Je ne suis plus qu'une pauvre visiteuse qui regarde les arbres par la fenêtre mais sans te les décrire. Et puis je suis fatiguée. Trouve une pierre, soupèse-la : je suis lourde comme elle. Oui, j'ai le cœur aussi lourd. Je ne viens plus déposer sur ton lit un joli monde inventé. A quoi bon ? A quoi cela a-t-il servi ?

27 février 2009

L’immeuble Yacoubian – Alaa El Aswany

l_immeuble_Yacoubian Actes Sud – janvier 2006 – 327 pages

traduit de l'égyptien par Gilles Gauthier

Présentation de l'éditeur
Connaissez-vous Alaa El Aswany ? C'est un véritable phénomène, avec cent mille exemplaires de L'Immeuble Yacoubian vendus en quelques mois, un film en cours de tournage avec une grande mobilisation de moyens et d'acteurs célèbres. Très vite,
poussé par la rumeur, le livre s'est répandu dans le monde arabe, a été traduit en anglais, et le voici aujourd'hui en français.
L'auteur est un vrai Egyptien, enraciné dans la terre noire du Nil, de la même veine que Naguib Mahfouz. Il pose un regard tendre, affectueux, plein de pitié et de compréhension sur ses personnages qui se débattent tous, riches et pauvres, bons et méchants, dans le même piège. Il ne juge pas, mais préfère nous montrer les espoirs puis la révolte de Taha, le jeune islamiste qui rêvait de devenir policier ; l'amertume et le mal de vivre de Hatem, homosexuel dans une société qui lui permet de jouir mais lui interdit le respect de l'amour ; il nous fait partager la nostalgie d'un passé révolu du vieil aristocrate Zaki ; l'affairisme louche mêlé de bigoterie et de
lubricité d'Azzam ; la dérive de la belle et pauvre Boussaïna, tout cela à l'ombre inquiétante du Grand Homme, de ses polices et de ses sbires de haut vol comme l'apparatchik El-Fawli, et à celle non moins inquiétante d'un islam de combat, qui semble être la seule issue pour une jeunesse à qui l'on n'a laissé aucun autre espoir. Alaa El Aswany ne cherche pas le scandale. Il nous dit simplement que le roi est nu. Il nous montre ce que chacun peut voir autour de lui mais que seule la littérature rend vraiment visible. Nous comprenons un peu mieux comment va l'Egypte, certes, mais aussi comment va le monde et - peut-être également - pourquoi explosent les bombes...

Biographie de l'auteur
Fils d'Abbas El Aswany, avocat et écrivain, Alaa El Aswany est né en 1957. Il parle français, anglais et espagnol. Il a publié en 1990 et en 1998 deux recueils de nouvelles.

Mon avis : (lu en novembre 2006)
Grâce à ce livre, on découvre la société égyptienne aujourd'hui dans son quotidien. L'auteur dénonce la corruption, la pauvreté, l'islamisme et l'hypocrisie religieuse, l'homosexualité cachée, l'intolérance à travers une galerie de personnages attachants qui se battent pour survivre. Ce livre est très bien écrit et on y apprend beaucoup sur ce qui se passe au Moyen-Orient. A lire absolument !

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Un film égyptien a été réalisé à partir de ce livre par Marwan Hamed avec Adel Imam, Nour El-Sherif, Youssra et sortie en France en août 2006. J'ai eu l'occasion de voir ce film en DVD, mais je l'ai trouvé un peu long et je n'ai pas été aussi touchée que par le livre.

11 avril 2009

La grand-mère de Jade – Frédérique Deghelt

la_grand_m_re_de_Jade Actes Sud – janvier 2009 – 391 pages

Présentation de l'éditeur
J'ai beaucoup lu, depuis très longtemps. Je suis une lectrice assidue, une amoureuse des livres. On pourrait le dire ainsi. Les livres furent mes amants et avec eux j'ai trompé ton grand-père qui n'en n'a jamais rien su pendant toute notre vie commune. Jade eut l'impression que Mamoune lui assénait cette révélation comme si elle avait fait le trottoir, transformant la lecture en une activité inavouable.

Mot de l'éditeur :
Une jeune femme moderne « kidnappe » sa grand-mère pour lui éviter la maison de retraite. Frédérique Deghelt livre un intimiste récit à deux voix. A travers le charme délicat de l’aveu, d’une écriture légère, elle procure à ses personnages la force et l’audace de réinventer leur vie. Pour éviter à sa grand-mère – Mamoune au parfum de violette et de fleur d’oranger – un placement en maison de repos, Jade « l’enlève » et l’installe dans son appartement parisien. L’octogénaire savoyarde et la jeune femme célibataire, journaliste indépendante, vont tisser avec douceur et simplicité une vie commune nourrie de leurs souvenirs. Mais, derrière les choses ténues du quotidien, c’est l’émouvante tragédie de la vie qui se déroule. Celle-ci se dévoile dans les récits croisés des deux femmes, l’une, écrivain en devenir, l’autre, lectrice passionnée qui a secrètement fait de ses montagnes savoyardes son cabinet de lecture. Se construit alors un échange littéraire au cours duquel elles se livrent et se découvrent. Jade, qui concevait sa vie sans ancrages ni repères, apprend de sa grand-mère que c’est dans la confiance et l’acceptation de l’autre, et seulement là, que l’on a des chances d’être soi. Grâce à Mamoune, touchante dans sa dignité chancelante, l’appartement de Jade devient le lieu de tous les possibles. Habilement, de sa prose douce et bienveillante, Frédérique Deghelt nous raconte la libération d’une jeune femme perdue dans l’agitation de sa vie. Et livre le portrait étonnant et tendre d’une grand-mère en qui éclot un sentiment amoureux imprévisible.

Biographie de l'auteur
Journaliste et réalisatrice de télévision, voyageuse infatigable, avec Paris pour port d'attache, Frédérique Deghelt a publié en 1995 aux éditions Sauret, un premier roman, La valse renversante et chez Actes Sud, La vie d'une autre (2007), je porte un enfant et dans mes yeux l'étreinte sublime qui l'a conçu (2007).

Mon avis : 5/5 (lu en avril 2009)

Ce livre m'a été plusieurs fois conseillé et lorsque son tour est arrivé dans ma PAL, je l'ai pris en mains avec envie et je n'ai pas été déçue, j'ai adoré.

Ce livre est plein de tendresse, j'ai beaucoup aimé cette complicité qu'il y a entre Jade et sa grand-mère. "Mamoune" est une vieille dame exceptionnelle, cultivée, remplie de joie de vivre. Comme Jade, elle a une passion pour les mots, les belles phrases qui ont du sens. Elles vont se découvrir l'une et l'autre avec douceur et simplicité.

J'ai passé un formidable moment de lecture que j'aurai voulu prolonger longtemps... Je savais que la fin était surprenante, et pas un instant je ne l'avais imaginée ainsi ! Ce livre m'aura donné beaucoup de bonheur et d'émotions multiples. A lire absolument si comme moi, vous aimez les livres et lire !

Extrait : « Je suis entrée dans les livres par effraction, sans l'instruction qui donne le goût et l'aptitude à la lecture. En ouvrant des livres, j'ai choisi la pire chose qu'une femme de mon milieu puisse faire. J'ai contemplé un monde qui m'était interdit. J'avais parfaitement conscience que ce n'était pas le mien. Je l'ai contemplé longtemps. Puis j'ai refermé la porte, mais il m'était désormais impossible d'oublier  ce que j'avais entrevu : un espace immense dont je ne pourrais plus me passer. Pourquoi  ai-je passé ma vie à effectuer des allers-retours entre la terre sur laquelle je suis née et celle que je convoitais sans jamais la sentir mienne ? J’ai pris bien soin de refermer la porte derrière moi, de ne jamais mélanger mes deux vies : celle de la petite montagnarde et celle de la lectrice de romans.

Quand je vivais dans la première, penser que la seconde existait me donnait de la force puis, quand je rejoignais la seconde, je ne pensais plus qu’il puisse en exister une autre. J’ai changé ce qui était au départ une grande timidité en manière de vivre.

Et puis j’ai découvert comment le monde des livres fort de son savoir avait parfois éliminé le mien, celui des contes inlassablement répétés au coin du feu. Des histoires qui auraient été écrites par ceux qui venaient de chez moi s’évaporaient dans la nature dont elles étaient issues. Leurs auteurs oubliaient leurs origines trop modestes.

Je suis une femme entre deux cultures. Je sais le nom de chaque plante et leurs vertus thérapeutiques que ma mère m’a enseignées. Je connais plus d’histoires que mon fils n’en a dans sa bibliothèque. Lui ne sait plus rien, il a des livres. Avant que la météo ne m’annonce les erreurs du lendemain, le ciel m’a murmuré ce que ne disent pas les images satellites. J’ai appris cela avec mon grand-père qui était berger. Lui ne savait pas lire et disait que la mort se moque des livres et des savoirs. Il n’y a pas de mode d’emploi, de guide de l’au-delà disponible en librairie ou enseigné par qui que ce soit. Une lueur d’infini peut-être. Tout ce qui meurt dans la nature finit par renaître. Est-ce un espoir pour autant ? »

25 mars 2009

La Belle maison - Franz Bartelt

la_belle_maison Le Dilettante – février 2008 - 192 pages

Présentation de l'éditeur
Les meilleures intentions du monde ont quelquefois des conséquences tragiques. Les Capouilles, seuls pauvres authentiques de la petite ville, vont pâtir des bienfaits dont les comblent les autres habitants, lesquels ne comprendront pas à temps que ce n'est pas parce qu'on n'a rien qu'on n'a rien à cacher.

Biographie de l'auteur
Franz Bartelt est né au bord de la Seine de Maupassant, a grandi au bord de la Vence de René Daumal et vit au bord de la Meuse d'Arthur Rimbaud. Sans doute est-ce pourquoi il a développé un certain respect pour l'eau qui coule, le goût de la littérature qui en découle et le regret, à mesure qu'il prend de la bouteille, de n'avoir pas vu le jour dans des régions viticoles.

Mon avis : (lu en mars 2009)

Ce livre se lit très facilement, c'est une fable sociale moqueuse et cruelle avec des personnages hauts en couleurs : le maire mégalo-maniaque, sa femme hypocondriaque, Chéchème l'épicier... C'est la chronique d'un village rurale Cons-sur-Lombe qui a les ambitions d'une grande ville.

J'ai trouvé très attachant le couple formé par Mortimer et Constance Boulu que tout le monde appelle Capouilles et qui se tiennent à l'écart de ce village qui se veut si parfait. Ils font désordre et le maire veut leurs faire une grande surprise en leur offrant "La Belle Maison" que tout le village aura rénové bénévolement.

Mais peux-t-on faire le bonheur des gens malgré eux ?

Le lecteur va découvrir ce que ne sait pas le village, Mortimer et Constance ont un secret... Ils aiment et lisent de la poésie. Ils ont même une certaine complicité avec les poètes puisqu'ils les nomment par leurs prénoms (Paul, Arthur...) "Ainsi, à l'instar de bien des humains qui savent ce qui est bon, ils recevaient les poètes à domicile, sans cérémonie, en pure amitié."

Extrait : Avec près de deux mille habitants, une place équipée de sept bancs de couleur, d’un jet d’eau et d’un abri bus pourvu d’un plan de la commune, avec également une salle des fêtes de dimensions respectables, une église remarquable pour des raisons mystérieuses, des barbecues municipaux ouverts à tous et des toilettes publiques à participation de l’usager, Cons-sur-Lombe était un village qui se donnait des airs de grande métropole sans renier ses origines céréalières que rappelaient, devant la mairie, quelques anciennes machines agricoles, désormais exposées sur des socles de béton : « Afin que nul n’en ignore », disait le maire, M. Balbe, un homme qui aurait pu être communiste, tant il avait le sens de la collectivité, mais qui s’était résigné à carriérer dans le centrisme pour faire plaisir à tout le monde, ce qui revient à peu près au même.

C’était ce qu’on appelle «un homme à idées ». Sa générosité paraissait sans limites. Ses amis le comparaient volontiers et sans rire à saint Vincent de Paul. Il n’avait pas d’ennemis car, très fort en gueule et pesant plus de cent soixante kilos, il savait se faire respecter en s’imposant à l’heure de l’apéritif comme le meilleur buveur de boissons anisées d’un canton qui, en la matière, ne comptait pourtant que des champions. Sa devise ne manquait pas d’ambition : «Toujours plus et toujours mieux qu’ailleurs. » Elle l’exposait quelquefois à des déconvenues administratives de premier ordre. Par exemple, il aurait voulu doubler la surface du terrain de football.

«Avec un terrain plus long et plus large, et des buts en proportion, nous montrerions au monde entier que les Consiens sont des fameux joueurs, qu’ils courent plus vite et plus longtemps que les châtrés des autres équipes ! »

Par mesquinerie sportive autant que par conformisme politique, les potentats du conseil général avaient fait obstacle au projet, et les footballeurs de Cons devaient se contenter d’un terrain, certes réglementaire, mais où leur talent se sentait à l’étroit.

« Sur un terrain adapté, même à six contre douze, on gagnerait ce qu’on voudrait ! », soupirait Balbe à chaque fois qu’il repensait à cette histoire. Ses compagnons de comptoir abondaient dans son sens, car on ne contrarie pas un édile qui, bien souvent et de sa poche, règle l’ensemble des tournées.

Extrait : Une des petites maisons était occupée par un couple adorable que la commune avait recueilli vingt ans auparavant, lors d’un hiver radical. On ne savait pas très bien qui ils étaient, d’où ils venaient, ni quelle inspiration miraculeuse les avait conduits jusqu’à Cons plutôt que dans un des nombreux bourgs des alentours ou à Larcheville où le Secours catholique et d’autres pourvoyaient aux besoins des plus démunis. Ils vivaient comme des clochards, sales, en loques, misérables, mais soutenus dans leur malheur par toute la population. En fait, ils ne manquaient de rien, et surtout pas de travail. La belle saison les voyait dans les jardins, la mauvaise dans la forêt ou dans les granges, à couper le bois. Ils débouchaient les éviers, rangeaient les greniers, vidaient les caves, donnaient la main à toutes sortes de nécessités du quotidien des autres. Au fil du temps, ils s’étaient rendus indispensables.

On les surnommait affectueusement les Capouilles, mais ils s’appelaient Boulu : Mortimer et Constance Boulu. Tous deux d’un calibre médiocre, petits et maigres, immensément chaussés de bottes épaisses, vêtus de dépenailles, et bien qu’on leur fît don régulièrement d’habits encore mettables, ils se complaisaient dans la négligence la plus farouche. La crasse, la barbe et la moustache gauloise se partageaient le visage de Mortimer. Sur la figure de Constance, un surcroît de crasse compensait l’absence de pilosité. Ne les aurait-on pas connus d’aussi longue date qu’on les aurait chassés à coups de bâton et en leur lançant des pierres, comme à des lépreux.

«Trop pauvres pour être fiers de se sentir propres », répétait souvent M. Balbe que les maladies quasi mortelles de sa femme vouaient au culte de l’hygiène, et même de l’asepsie.

Il les aimait sincèrement et ne ratait jamais une occasion de proclamer : « Il faut faire quelque chose pour les Capouilles ! », mais, depuis vingt ans, l’éventualité ne s’était jamais présentée de concrétiser cette aimable résolution.

2 avril 2009

La petite cloche au son grêle - Paul Vacca

la_petite_cloche_gr_le Philippe Rey - 6 mars 2008 – pages 182

Présentation de l'éditeur
" Un soir, tu entres dans ma chambre alors que je me suis endormi. Le livre m'a échappé des mains et gît sur ma descente de lit. Tu t'en saisis, comme s'il s'agissait d'un miracle. - Mais tu lis, mon chéri ! souffles-tu en remerciement au ciel. Incrédule face à ce prodige, craignant quelque mirage, tu palpes l'objet. Non, tu ne rêves pas: ton fils lie. Intimidée. tu ouvres le livre, fascinée à ton tour... ".

Quand la découverte de Marcel Proust bouleverse la vie d'un garçon de 13 ans, de ses parents cafetiers et des habitants de leur petit village du Nord de la France. Des jeux innocents aux premiers émois de l'amour, de l'insouciance à la tragédie: l'histoire tendre et drôle des dernières lueurs d'une enfance colorée par le surprenant pouvoir de la littérature.

Biographie de l'auteur
Paul Vacca vit à Paris. Il signe ici son premier roman.

Mon  avis : (lu en avril 2009)

La petite cloche au son grêle est celle de la porte du café que tiennent les parents du narrateur qui est un jeune garçon de 13 ans qui va découvrir la lecture grâce à un livre « Du côté de chez Swann » de Marcel Proust oublié par une belle femme qu'il aime en secret. Ce livre va être à l'origine d'une belle complicité entre lui et sa mère. Ensuite, petit à petit, le père, les habitants du village vont apprendre à découvrir Marcel Proust et son œuvre. Le narrateur apprendra aussi que sa mère est malade et avec son père, ils vont s'efforcer de lui faire des surprises pour la faire sourire et garder le goût à la vie : un voyage à Cabourg, une rencontre avec Pierre Arditi, organiser et monter un spectacle avec les gens du village…

Ce livre est un hymne à la littérature et plus particulièrement  à Proust. C'est aussi une belle histoire d'amour filial, et j'y ai ressenti beaucoup d'émotions en particulier lors de la fin du livre. C'est également un livre sur la famille, sur la maladie, sur la fin de l'enfance… La petite cloche au son grêle est la «madeleine» du narrateur... J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre, il  est plein de poésie et de tendresse ! Merci aux blogs qui m'ont incitée à lire ce joli livre, en particulier Bellesahi et Florinette...

Extrait :

- Eh bien, voilà, je voulais vous poser une question...Est-ce que c'est une lecture que... que vous conseilleriez... à un enfant de douze ans ? Enfin, presque treize...

La libraire marque un mouvement de recul. Un éclat de rire lui échappe.

- La Recherche du temps perdu à douze ans ? Quelle drôle d'idée ! C'est un peu dense, tout de même , un peu compliqué, il me semble. En tous cas, c'est la première fois que l'on me pose une question pareille ! Je connais tellement d'adultes qui y sont réfractaires...

Tes épaules s'affaissent. Quelle déception !

- Vous le déconseillez alors ? Dis-tu d'une voix blanche.

Mme Thibault, sentant ton trouble, se ressaisit aussitôt.

- Déconseiller ? Pourquoi déconseiller ? Au contraire. Qu'est-ce qui interdirait de lire Proust à treize , douze ou même sept ans ? Si votre fils ne comprend pas tout, quelle importance ? Est-ce que nous mêmes, nous comprenons tout ce que nous lisons ? Je n'en suis pas persuadée. Au fond, n'est-ce pas mieux comme cela ? Lire c'est aller vers l'inconnu, c'est chercher à découvrir de nouveaux mondes, à percer de nouvelles énigmes... Sans garantie de succès. D'ailleurs, on ne fait jamais le tour d'un livre, on n'épuise jamais la totalité de son mystère. C'est même peut-être ce qui nous échappe qui est le plus important...

Peu à peu tu souris de nouveau.

- Avec Proust, votre enfant va partir à l'abordage de l'un des plus magnifiques nouveaux mondes qui soient. Un monde aux ressources inépuisables qu'il aura l'occasion de redécouvrir encore et encore, avec d'autres yeux, plus tard. Quelle chance il a, et vous aussi ! Bonne lecture alors !

8 février 2009

Le meunier hurlant – Arto Paasilinna

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Edition Denoël – mai 2002 - 250 pages

Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail

Quatrième de couverture
Un petit village du nord de la Finlande, peu après la guerre, voit arriver un inconnu qui rachète et remet en marche le vieux moulin. D'abord bien accueilli, le nouveau meunier Gunnar Huttunen a malheureusement un défaut : à la moindre contrariété, il se réfugie dans les bois pour hurler à la lune, empêchant les villageois de dormir. Ces derniers n'ont dès lors qu'une idée, l'envoyer à l'asile. Mais Huttunen, soutenu par Sanelma Käyrämö la conseillère rurale, est bien décidé à se battre pour défendre sa liberté.

Auteur : Arto Paasilinna : (Kittilä, 1942). Écrivain de langue finnoise. Né en Laponie finlandaise, en plein exode, dès l’âge de treize ans, il exerce divers métiers, dont ceux de bûcheron et d’ouvrier agricole. Il s’intéresse aussi aux arts graphiques et écrit des poèmes. En 1962-1963, il suit les cours d’enseignement général de l’École supérieure d’éducation populaire de Laponie, puis entre comme stagiaire au quotidien régional, Lapin Kansa. Poursuivant ses activités dans la presse régionale, il collabore à divers magazines d’information et à des revues littéraires. Auteur d’une vingtaine de romans traduits dans de nombreuses langues, il a également écrit pour le cinéma, la radio et la télévision.

Mon avis : (lu en octobre 2005)

Des personnages attachants et amusants, le ton est léger malgré un sujet grave. Paasilinna aborde ici le sujet de la folie, il nous décrit un marginal au grand cœur que la société fait tout pour détruire. Comme toujours, les situations sont incroyables, les personnages haut en couleurs et la nature finlandaise dépaysante. Un livre où tous les acteurs ont un petit grain de folie... le plus raisonnable étant peut-être le meunier lui-même !

Extrait :

«La vie de Gunnar Huttunen était arrivée à un sinistre tournant : il n'était plus qu'un meunier sans moulin, un homme sans logis. Les humains l'avaient exclu et il s'était exclu de leur société. Qui sait combien de temps il devrait éviter les villages des hommes. Huttunen, assis au bord du ruisseau, solitaire, écoutait le chant du torrent où, dans la fraîcheur de la nuit d'été, coulait l'eau d'une source lointaine. Il songea que s'il avait souffert d'une tumeur à la poitrine, on l'aurait laissé vivre en paix, on l'aurait plaint, aidé, laissé subir son mal au milieu de ses semblables. Mais comme son sprit était différent de celui des autres, on ne le supportait pas, on le rejetait à l'écart de toute vie humaine. Il préférait pourtant cette solitude aux barreaux de la chambre d'hôpital où seuls l'entouraient de pauvres hères dépressifs et asthéniques.

Une truite, ou peut-être un ombre, sauta dans la rivière obscure. Huttenen tressaillit, le rond dans l'eau passa devant lui en se brisant, se fondit dans le courant ; il lui vint à l'esprit qu'il ne mangerait désormais plus de pain ni de lard, comme quand il était meunier. Il devrait vivre de poisson et de gibier.

Huttunen toucha l'eau fraîche de la main et s'imagina être une truite de rivière, d'un kilo au moins. Il se vit nageant dans le ruisseau, remontant le courant ; il ondula et se faufila entre les pierres dans l'eau peu profonde, se reposa un instant dans le contre courant d'un rocher enrobé de mousses, battit des nageoires, ouvrit ses branchies, brisa la surface de l'eau de sa gueule pour reprendre sa nage, se propulsant d'un coup de queue. Le flot bourdonna aux ouïes de Huttunen tandis qu'il remontait plus haut le ruisseau nocturne. Mais il eut bientôt envie d'une cigarette et, cessant pour cette fois de faire le poisson, il repensa à sa vie.»

16 mars 2009

La fille de l'Irlandais - Susan Fletcher

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Plon - janvier 2006 - 310 pages

J'ai lu - mars 2008 - 318 pages

traduit de l'anglais par Marie-Claire Pasquier

Présentation de l'éditeur
Eve Green, huit ans, de père inconnu, sa mère subitement morte, se trouve renvoyée chez ses grands-parents dans un petit village du beau et sauvage pays de Galles. Un univers dur, où les mesquineries et le mépris jalonnent sa vie d'écolière. Un jour, la plus jolie fille de la classe disparaît, et le microcosme villageois se met en ébullition : enquête, soupçons, mensonges, faux témoignages, vengeance, culpabilité - à huit ans, c'est une drôle d'éducation à la vie qui lui tombe dessus. Seuls deux amis réussissent à gagner sa confiance, jusqu'au jour où l'un d'eux disparaît à son tour... Vingt ans plus tard, enceinte de son premier enfant, Eve remet en place, dans la sérénité et dans l'amour, le puzzle de sa vie ; et il en surgit ce magnifique conte d'innocence perdue, de paix et de bonheur retrouvés, de mystères résolus. Ce livre, couronné par les deux prix littéraires les plus prestigieux attribués aux premiers romans en Grande-Bretagne (le Whitbread et le Betty Trask Award), s'est déjà vendu à 200 000 exemplaires en Angleterre.

Biographie de l'auteur
Susan Fletcher est née dans les West Midlands en 1979. La fille de l'Irlandais est son premier roman.

Extrait :

"Sur une feuille blanche, ma mère a écrit : Hier soir, je suis allée sur le chemin, le sien. Mes jambes m’ont conduite là, à travers les fougères, et je me suis assise de nouveau sur la clôture. D’où viennent les taches de rousseurs ? Je lui demanderai. Les chauves-souris étaient sorties et j’ai passé près de deux heures à les regarder.

Je ne connais ni son nom de famille, ni son âge même. Mais c’est le début de quelque chose. Je suis juste au bord. Je l’écris et je le sais.

Elle avait raison, bien sûr.

Quand j’avais sept ans, il s’est passé trois choses.

Au printemps, j’ai appris à écrire mon nom en entier. Cela a pris des semaines, mais quand j’ai su enfin recopier les quinze lettres d’affilée, je les ai écrites partout – dans les livres, sur les meubles, sur mon assiette avec du Ketchup, sur mon bras avec un Bic, sur les fenêtres avec ma salive. Une fois j’ai gravé mon nom au-dessus de la plinthe dans les cabinets du rez-de-chaussée. Ma mère ne s’en est jamais aperçue, mais moi je savais qu’il était là. Je restais sur le siège, à balancer mes jambes et à admirer mon œuvre sous le lavabo. Tracée au pastel.

L’été, j’ai attrapé une insolation. J’avais passé l’après-midi dans le jardin à chercher des vers de terre. Les dalles étaient trop chaudes pour qu’on puisse marcher dessus et le toit de la remise devenait tout mou. Le soir, j’étais écarlate. Elle m’a plongée dans un bain froid et m’a badigeonnée de calamine, mais cela n’a pas suffi. Je n’ai pas pu dormir pendant trois jours. J’étais fiévreuse, grognon, et les draps collaient à mes cloques. Quinze jours plus tard, de nouvelles taches de rousseur sont apparues.

Et dix jours avant Noël, je l’ai perdue."

Mon avis : (lu en mars 2009)

Très belle histoire de cette petite fille de huit ans qui perd sa maman et qui va vivre chez ses grands-parents dans la campagne du Pays de Galles. Sa chevelure rousse ne lui attire pas que des amis, une petite fille du village va disparaître, elle-même recherche des informations sur son père…

Eve Green, enceinte, cherche à se souvenirs et à comprendre les faits qui se sont passés lorsqu’elle avait huit ans. Un récit fait avec l’œil d’un enfant de huit ans sur des histoires d’adultes. Ce livre est construit un peu comme un policier car on rassemble peu à peu les éléments de la vie d’Eve comme pour un puzzle pour comprendre les mystères qui entourent son enfance. Ce livre est très touchant tout comme Eve.

7 mars 2009

Les Demeurées - Jeanne Benameur

les_demeur_es Gallimard – juin 2002 – 80 pages

Prix UNICEF 2001

Quatrième de couverture
La mère, La Varienne, c'est l'idiote du village. La petite, c'est Luce. Quelque chose en elle s'est arrêté. Pourtant, à deux, elles forment un bloc d'amour. Invincible. L'école menace cette fusion. L'institutrice, Mademoiselle Solange, veut arracher l'enfant à l'ignorance, car le savoir est obligatoire. Mais peut-on franchir indemne le seuil de ce monde ? L'art de l'épure, quintessence d'émotion, tel est le secret des Demeurées. Jeanne Benameur, en dentellière, pose les mots avec une infinie pudeur et ceux-ci viennent se nouer dans la gorge.

Auteur : Née 1952, en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, Jeanne Benameur vit en France depuis l'âge de 5 ans. Elle débute sa carrière d'écrivain avec des livres de jeunesse comme 'Samira des quatre routes' ou 'Adil coeur rebelle', avant d'ouvrir son registre à la littérature pour adulte. Lauréate du prix Unicef en 2001, Jeanne Benameur se distingue sur la scène littéraire avec 'Les Demeurées', l'histoire d'une femme illettrée et de sa fille. Directrice de collection chez Actes Sud junior ainsi qu'aux éditions Thierry Magnier, l'auteur publie son autobiographie, 'Ça t'apprendra à vivre' en 1998. Influencée par ses origines culturelles, Jeanne Benameur s'inspire aussi de son expérience d'enseignante pour évoquer les thèmes de l'enfance (' Présent ?') mais aussi de la sensation et du corps (' Laver les ombres') dans un style pudique et délicat.Elle publie aussi 'Les Mains libres'.

Mon avis : (lu en mars 2009)

Les demeurées, ce sont une idiote du village et sa fille, fruit d'un contact éphémère avec un ivrogne de passage. Entre ces deux êtres d'infortune, nulle parole. Leur amour est silencieux, bâti sur leur seule présence l'une à l'autre. Leur vie recluse, solitaire, doit cependant prendre fin lorsque la petite Luce prend le chemin de l'école. Là, le monde l'attend et mademoiselle Solange, l'institutrice, est décidée à rompre l'ignorance, à faire jaillir les mots. La Varienne et sa fille vivent cette intrusion de l'extérieur comme une menace. Ensemble, elles renforceront ce lien primal, instinctif qui les unit : un amour quasi mystique, indéfectible, originel.

Le livre est petit mais l’histoire est belle et grande. C’est l’histoire d’une mère « demeurée » qui donne un amour indéfectible à sa fille Luce. Celle-ci refuse d’apprendre malgré son institutrice qui voudrait l’aider. Ce livre est bouleversant de justesse et de poésie. Les personnages de la mère, de Luce et de Mademoiselle Solange sont attachants et plein d’humanité. La fin est bouleversante et pleine d'espoir. A lire absolument !

Merci aux bloggeuses qui m'ont fait découvrir ce livre... en particulier Bellesahi et Florinette 

Extrait :

"Des mots charriés dans les veines. Les sons se hissent, trébuchent, tombent derrière la lèvre.
Abrutie.
Les eaux usées glissent du seau, éclaboussent.
La conscience est pauvre.
La main s’essuie au tablier de toile grossière.
Abrutie.
Les mots n’ont pas lieu d’être. Ils sont.

C’est le soir. Elle ferme les volets. Elle tire à elle le bois mangé, les ferrailles crues, rivées encore dieu sait comment à ce qui résiste au vent, à l’orage, à son bras las qui tire. Dans la bascule de la lumière, son cœur.
Chaque jour, un saut infime. Chaque jour, et rien.
Elle a perdu.
Elle se tourne vers le noir.
Elle va, le regard qui bute sur le monde.
Comme empesée, ses mains ont des tournures de vieille.

Sans rides, la bouche sans lumière esquissant le sourire qui s’achève dans la chair même de la joue, à l’intérieur les petits bourrelets lisses, serrés sous les canines, jusqu’au sang.
Il n’y a rien à l’intérieur de cette bouche le soir. Rien que des choses sans nom qui tentent, hagardes, la pénible venue au souffle. Rien que le silence qui pétrit et le sang et la chair. Elle reste les yeux fixes.
Abrutie."

30 janvier 2009

La meilleure part des hommes – Tristan Garcia

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Editions Gallimard - août 2008 - 305 pages

Prix de Flore 2008

Présentation de l'éditeur
Dominique Rossi, ancien militant gauchiste, fonde à la fin des années quatre-vingt le premier grand mouvement de lutte et d'émancipation de l'homosexualité en France. Willie est un jeune paumé, écrivain scandaleux à qui certains trouvent du génie. L'un et l'autre s'aiment, se haïssent puis se détruisent sous les yeux de la narratrice et de son amant, intellectuel médiatique, qui passent plus ou moins consciemment à côté de leur époque. Nous assistons avec eux au spectacle d'une haine radicale et absolue entre deux individus, mais aussi à la naissance, joyeuse, et à la fin, malade, d'une période décisive dans l'histoire de la sexualité et de la politique en Occident. Ce conte moral n'est pas une autofiction. C'est l'histoire, que je n'ai pas vécue, d'une communauté et d'une génération déchirée par le Sida, dans des quartiers où je n'ai jamais habité. C'est le récit fidèle de la plupart des trahisons possibles de notre existence, le portrait de la pire part des hommes et - en négatif - de la meilleure.

Biographie de l'auteur
Tristan Garcia est né en 1981 à Toulouse. La meilleure part des hommes est son premier roman.

Mon avis : (lu en janvier 2009)

J’ai pas vraiment d’avis sur ce livre que j’ai pris à la bibliothèque je ne sais plus pourquoi : parce qu’il a eu un prix ou parce que j’ai entendu parler du livre à la radio… Il était depuis quelques temps sur ma PAL et avant de la rendre à la bibliothèque  je m’y suis plongée. Présenté comme le roman des «années sida», La meilleure part des hommes, fresque des années 1980 à Paris, retrace le destin de quatre personnages : deux homosexuels militants, un brillant intellectuel et une journaliste qui observe et raconte. Le sujet est difficile plutôt triste et noir, le ton est souvent cru et cruel. Ce livre est intéressant pour mieux connaître cette époque des « années sida ». Sinon, je n’ai pas été sensible à ce livre.

27 février 2009

Les autres – Alice Ferney

les_autres_Ferney     les_autres  Actes Sud – août 2006 – 531 pages

Présentation de l'éditeur
Théo fête ce soir ses vingt ans et rien ne devrait troubler ce moment de convivialité et de réjouissance. Rien sinon le jeu de société que son frère aîné lui offre, qui révélera à chaque participant la façon dont les autres le perçoivent, menaçant de remettre en cause l'idée qu'il se faisait de lui-même et des sentiments réciproques l'attachant à ses proches. Au fil de la partie, le jeu devient le révélateur de secrets de famille jusque-là soigneusement occultés par la honte, la déception ou la souffrance... et nul ne sortira indemne de la soirée. Evoquant les liens de la fratrie, de l'amitié ou de l'amour naissant, Les Autres est aux relations affectives ce que La Conversation amoureuse est à l'amour : un accomplissement romanesque d'une remarquable maîtrise polyphonique.

Biographie de l'auteur
L'œuvre romanesque d'Alice Ferney est publiée chez Actes Sud : Le Ventre de la fée (1993), L'Elégance des veuves (1995), Grâce et dénuement (1997, prix Culture et bibliothèques pour tous), La Conversation amoureuse (2000), Dans la guerre (2003).

Mon avis : (lu en octobre 2006)
Ce livre d'Alice Ferney est original et très intéressant. Original, car il raconte 3 fois la même histoire mais sous trois angles différents : tout d'abord les pensées des personnages (choses pensées), ensuite on assiste à des échanges verbaux (choses dites) et enfin la version du narrateur (choses rapportées). C'est l'histoire d'une soirée de 8 personnes autour d'un jeu de la vérité. Peu à peu, on apprend à mieux connaître les différents personnages. Ce roman, nous fait réfléchir sur le fait que les personnes que nous côtoyons nous perçoivent différemment. Faut-il connaître les images que les autres ont de nous ? Est-ce que cela nous aide à mieux nous connaître ? Ce n'ai pas le livre d'Alice Ferney que j'ai préféré mais il est très bien écrit et se lit facilement car on est pris par le jeu...

Extrait : (choses pensées - page 99)
Nous sommes tellement remplis de mots qu'il nous faut absolument parler : comme s'ils étaient des oiseaux à libérer, comme s'il fallait faire le vide avant de laisser venir en nous d'autres mots. Nous parlons, nous parlons : les uns aux autres, les uns contre les autres, les uns des autres. Les mots s'agitent inutilement entre nous. Ceux que nous osons dire, Ceux que nous gardons pour nous. Ils sont tous là. Nous les avons sur le bout de la langue, au bord des lèvres, derrière la paroi du front, dans la tête. Souvent nous les avons déjà dits et nous les répétons. Ils ne s'usent pas, ils gardent leur pouvoir de transformer, de blesser, ou d'illuminer.

Extrait : (choses rapportées - page 413)
Fleur comprenait, il y a des souffrances qu'il ne faut surtout pas livrer, et l'on ne peut s'en aller vers les autres que dans les bavardages. Lorsqu'on se sent déchue de soi-même, terrassée et piteuse, trop docile, portant le deuil de sa fierté, on ne parle pas de soi-même. Oui, la mère conseillait le vide : souriante la mère, et sourde, et muette, et acquiescante. Tout sauf une mère, tout sauf nourricière, sauf protectrice. Il y avait une loi sacrée et des gestes interdits, le père transgressait la loi et commettait les gestes, obscènes caresses qui devaient ne pas recevoir de nom. Ils devraient être le silence du corps blessé. Quelle tristesse d'avoir un jardin sans oiseaux ! Je ne comprends déjà plus rien ! Claude ne pense pas ce qu'il dit ! Fleur parlait. Il y a des effusions qui sont des silences.

4 mars 2009

Paradis conjugal - Alice Ferney

Paradis_conjugal Albin Michel – août 2008 – 368 pages

Présentation de l'éditeur
Pour la énième fois, Elsa, mère de famille, 4 enfants, regarde le DVD de Chaînes conjugales, le classique de Mankiewicz. La veille, son mari l'a prévenue qu il ne rentrerait pas dans une maison où sa femme regardait en boucle depuis trois mois le même film. L'histoire de 3 amies qui en attendent une 4e. A l'instant d'embarquer pour une croisière, elles reçoivent de la retardataire, une lettre qui gâchera leur journée. Cette dernière les informe malicieusement qu'elle quitte la ville avec le mari de l'une d'entre elles, les projetant pour plusieurs heures dans l'angoisse, les soupçons, la jalousie...
Elsa regarde le film avec deux de ses aînés dont les réparties fusent, corroborant ses appréhensions les plus intimes. Les héroïnes du film lui tendent un miroir, véritable révélateur de sa situation conjugale, dans lequel elle se projette. Elle finit par céder aux larmes, à l'apitoiement, puis au désir de reconquête de ce mari qui ne revient toujours pas...
Comment un film peut être le révélateur d'une situation conjugale, comment peut-on arriver à analyser sa situation à travers une fiction, comprendre que l'amour ne se vit pas à travers les autres mais dans la réalité ? Amour, désamour, non-dits, malentendus, lassitude, désir, peur de la solitude... Alice Ferney explore avec beaucoup d'intelligence, de sensibilité et de subtilité les variations du sentiment amoureux dans le couple, comment s'inventer le pire pour renaître à l'amour.

Biographie de l'auteur
Depuis Le Ventre de la fée (1993), Alice Ferney explore avec talent ces thèmes principaux que sont la féminité, la maternité et le sentiment amoureux. Elle est l'auteur de nombreux succès : L'Elégance des veuves (1995), Grâce et dénuement (1997), La Conversation amoureuse (2000), Dans la guerre (2003) Les Autres (2006), tous parus chez Actes Sud.

Mon avis : (lu en février 2009)
Encore un livre original d'Alice Ferney, mais je ne peux pas dire que j'ai aimé ou pas aimé... J'ai lu le livre avec intérêt : ce livre nous parlent des couples installés dans le quotidien et qui n'expriment plus leur amour. Pour cela, nous suivons avec Elsa et ses deux aînés Noémie(16 ans) et Max (12 ans) une description du film « Chaînes conjugales », scènes par scènes.

Ce livre nous fait réfléchir sur nous-même, sur les apparences et la profondeur des couples... mais après avoir fini le livre, j'ai très envie de voir le film !

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Ce livre fait référence au film américain "Chaînes conjugales" de 1949, réalisé par Joseph L. Mankiewicz avec Jeanne Crain, Linda Darnell, Ann Sothern. Trois amies, Deborah Bishop, Rita Phipps et Laura May Hollingsway, embarquent pour une croisière. Mais au moment de partir, elles reçoivent une lettre d'une relation commune, Addie Ross. Celle-ci les prévient qu'elle part avec le mari de l'une d'entre elles. Mais lequel ?

Extrait : (page 16)
Elsa Platte peut encore entendre la phrase, assourdie dans sa mémoire vive, comme si elle s'était cachée sous l'eau lorsqu'il s'était mis à parler. Il ? C'était son mari qui disait : Demain soir et les soirs suivants, prépare-toi à dormir seule. Je ne rentrerai pas. Je ne rentrerai pas dans une maison où ma femme est installée devant la télévision, voit le même film depuis trois mois, ne se lève pas pour me préparer à dîner, et se couche sans me regarder ! Non décidément, l'époux n'est ce soir ni dans le sillage parfumé, ni dans la maison, le lit ou les bras d'Elsa. Elle est seule. C'est la plus triste manière d'être tranquille. Elle peut regarder le film. Elle pense que la perte de l'objet aimé détruit toute la joie de la vie.

Extrait : (page 157)
Autant qu'Elsa Platte le connût, son mari lui semblait doux, pacifique, égal d'humeur, mais peu sensible en vérité. L'un d'ailleurs expliquant l'autre, ou le facilitant : pacifique et sans humeurs parce que pas sensible justement. Non, décidément, elle avait rencontré peu d'hommes aussi intelligents et peu expressifs. Comme si toute l'intelligence se concentrait dans sa forme hypothético-déductive et délaissait le champ intérieur, humain et affectif. Elle avait épousé un cerveau. Un cerveau et un sexe ! Et face à cette unité impassible, Elsa Platte était une fontaine et une éruption. Elle avait ri, parlé et pleuré pour deux en quelque sorte.

Extrait : (page 208)
Joseph Mankiewicz s'amusait à mettre en scène la rouerie féminine, et la complicité des femmes entre elles lorsqu'il s'agit de piéger un homme qui arrange la famille. Car Sadie jouait le jeu, arrêtant juste à temps la mère qui allait faire une gaffe (ton sac est sur la table, ne le cherche pas !). Laisse jouer la petite qui sait y faire, devait penser Sadie. Lora Mae ! Elle menait une partie d'échecs, coup après coup, et cette partie-là, contre un matou séducteur habitué à ce qu'on lui cédât et vivement alléché par de naturels appâts, était facile à mener : Porter Hollingsway, pris dans les filets de l'attirance, était plus prévisible que n'importe quel joueur.

11 janvier 2009

L'élégance des veuves – Alice Ferney

l__l_gance_des_veuves Actes sud – 1995 – 126 pages

Quatrième de couverture
" Le spectacle se donne sans fin. Car l'instinct fait germer la chair, le désir la pousse, la harcèle quand elle s'y refuse, jusqu'à tant qu'elle cède, s'affale, se colle à une autre, et que s'assure la pérennité des lignées amoureuses. " Cela se produit de multiples fois, sans relâche, cela s'enchaîne avec beaucoup de naturel et de grâce. Un cycle sans fin pousse les femmes à se marier, à enfanter, puis à mourir. Ainsi va le temps, secoué par le rythme des naissances et des morts, quand le besoin de transmettre l'emporte sur le désespoir de la perte d'un être cher. Un long fil de désir passe au travers des générations. Ce court roman d'une douce gravité est un hymne à la vie et au pouvoir fécondant de la femme.

Auteur : Alice Ferney est née le 21 novembre 1967 à Paris. Elle a fait des études de commerce à l'ESSEC et est titulaire d'un doctorat en sciences économiques. Elle enseigne aujourd'hui à l'université d'Orléans. Elle est mariée et a trois enfants. Adepte du roman classique, dont elle exploite avec brio la veine introspective.
Ses thèmes de prédilection sont la féminité, la différence des sexes, la maternité, le sentiment amoureux. Grâce et Dénuement lui a valu le prix Culture et Bibliothèques pour tous.

Mon avis : (lu en janvier 2004 et relu en janvier 2009)

Voici un portrait sensible de femmes, de mères ou d'épouses.

Ce livre nous fait prendre conscience des souffrances qu'on pu endurer les femmes au début du vingtième siècle. Ce roman est court et facile à lire, l'écriture est limpide, nous nous retrouvons comme observateur à distance mais cependant perspicace et tout en poésie.

C'est le premier livre que je lisais de cette auteur et je l'ai trouvé vraiment émouvant. Et j'ai vite lu du même auteur Grâce et dénuement.

Extrait : (p.21)

La mort de Jules transforma Valentine. En perdant l’enfant à peine donné elle avait cru connaître la souffrance. Ce n’était pas grand chose à côté de la peine d’être veuve. Pourtant elle ne renonça pas. Elle était séparée de Jules qui était sa vie, elle devint la vie de Jules. Pas un jour elle ne l’oublia, les traits de son visage, la couleur de ses cheveux, la manière qu’il avait de lui sourire, tout resta gravé en elle, et parfois elle pâlissait de le voir avec tant de netteté. Elle ne perdit ni la douleur de soudain le savoir mort (et cet instant de l’apprendre, elle le vécut bien d’autres fois sa vie durant), ni le bonheur de l’aimer. Elle s’enroula autour de ce passé comme un lierre, elle en fit la source de sa chaleur. Et diffusa cette chaleur à ses enfants, qu’elle avait pris grand soin à ne pas endeuiller. Les petits étaient restés gais et avaient vite cessés de réclamer leur père. Dans leurs élans et leurs rires elle puisait une raison de poursuivre sans Jules ce qu’avec lui elle avait commencé. Elle n’était plus que mère.
Mais à Valentine était promise une vie où la trajectoire parfaite des premières années est altérée peu à peu, où tout ce qui a été gagné est repris et détruit.
L’armée lui avait valu un mari, elle lui coûta deux fils, les jumeaux de l’amour naissant, ses premiers-nés. Un bordereau aux couleurs nationales fit office de message, de condoléances, de mise en bière, de funérailles et de deuil. Le monde était bousculé Valentine ne sut jamais quel était le visage de ses garçons dans la mort. C’était une juste cause, Dieu nous envoyait des épreuves, personne dans cette famille n’acceptait les complaintes, Valentine cette fois encore garda en elle tous ses mots. Elle se laissait aller la nuit, seule dans le grand lit, à la place de Jules où elle s’était mise à dormir, comme si elle avait été la défunte, comme si cette peine du veuvage lui avait été épargnée et qu’il était seul à pleurer une épouse et deux fils. Mais les larmes ravinaient ses joues, glissaient derrière l’oreille et filaient dans les boucles de ses cheveux. On eût dit alors une morte. Morte elle ne l’était pourtant pas, et il lui arrivait le soir venu de s’en étonner. Car elle l’était du moins à une forme de joie, une tranquillité de l’esprit : chaque fois qu’elle regardait ses enfants, elle se demandait quelles souffrances étaient tapies dans l’avenir.
Elle aurait jugé indigne cependant de répandre dans sa maison le trouble qu ‘elle ressentait. Elle avait encore cinq enfants, une cuisinière, une femme de chambre, et se sentait une obligation de sourire et de vivre. Valentine était une femme de devoir, elle continua de coiffer des cheveux, d’embrasser des fronts, de calmer des pleurs, d’inventer des jeux. Adrien et Henri partirent en pension dans un collège. Elle écrivit les lettres qu’il fallait, envoya les colis qu’ils attendaient, prépara les fêtes des retours. Ses filles avaient grandi, elle cousit les robes dont elles rêvaient, s’amusa de leur coquetterie, se souvint d’elle-même à cet âge. Elle tricota des chandails, d’horribles caleçons de bain, des chaussettes chaudes, des socquettes de coton. Elle fit des listes de courses, les menus de la semaine, les comptes du mois, paya les gages, organisa les vacances, jamais elle ne manqua la fête d’un anniversaire, ni la splendeur de Noël et du réveillon où venaient les grands-mères. Elle accepta même de parler de Jules, de le partager avec d’autres qui ne comprenaient rien.
Elle poursuivit comme si personne ne manquait. Comme si le calme était revenu dans son âme et, qu’au moment de se coucher, elle n’avait pas ce pincement au cœur, cette envie soudaine d’éclater en sanglots, de parler à un homme. Elle vécut dans ses relations particulières que l’on a avec ceux que l’on protège. Refusant de songer que le sort est injuste, qu’il ne rend rien, qu’aux hommes il prend tout et ricane et continue de détruire leurs belles cathédrales, les œuvres de leurs vies, les dentelles précieuses qu’ils tissent avec leurs larmes. Et ce sort-là continua de soustraire à Valentine ceux qui restaient.

12 février 2009

Juke Box - Jean-Philippe Blondel

juke_box Robert Laffont - août 2004 - 213 pages

Présentation de l'éditeur
Parce que chaque souvenir est une chanson, un homme se met nu et raconte ce qu'il a dans le cœur depuis qu'il est tout petit... Juke-Box chante la vie, l'amour, l'amitié, les petits riens du quotidien, le et les renaissances. Quarante ans de la vie d'un homme sentimental, quatre décennies de tubes : Le lundi au soleil d'un enfant des années 1970, La bombe humaine de son adolescence, l'indicible cruauté de Just an Illusion mais aussi la douceur de Belle ou la lumière de Danse s'y... Chaque chanson revient, telle une empreinte qu'on croyait oubliée, pour nous raconter l'histoire de l'homme, du père, du mari, de l'écrivain qu'est devenu ce petit garçon fasciné par son premier vinyle. Un parcours tendre, drôle, douloureux aussi, une épopée musicale intime et intimiste qui nous happe et nous renvoie à notre propre histoire, un roman générationnel gai et mélancolique à la fois, comme une invitation à la danse et au souvenir, entre (sou) rire et émotion.

Biographie de l'auteur
Jean-Philippe Blondel est né en 1964. Professeur d'anglais, il vit à Troyes, sa ville natale, avec sa femme et ses deux filles.
Après Accès direct à la plage et 1979 (publiés aux éditions Delphine Montalant). Juke-Box est son troisième roman.

Mon avis : (lu en février 2009)

Une chanson nous rappelle souvent un souvenir de votre vie, un grand ou un petit, un bon ou parfois un mauvais. Nous allons suivre ainsi la vie de Yoann de 1970 à 2004 : une chanson pour chaque chapitre. Cela se lit tout seul et tout au long du livre, les airs suggérés nous reviennent en mémoire ou nous invite à les écouter... L'histoire est touchante et attachante, on y retrouve un peu de sa propre histoire et les chansons que l'on a beaucoup écouté. J'ai pris vraiment beaucoup de plaisir à lire ce livre. 

Extrait : (p.50 : Oxygène - Jean-Michel Jarre)

''Merde.
Ma mère qui rentre.
Elle va venir tout perturber et après, je vais encore passer des heures à ramener le calme.
Elle accroche ses clés sur le porte-clés en forme de taureau qu'elle a acheté à Irùn la dernière fois que nous sommes allés à la frontière espagnole pour rapporter du porto et le sombrero mexicain qui trône dans le couloir.
Les clés tombent et elle ne les ramasse pas - ça m'énerve. Tout ce que j'ai pu accumuler comme détente disparaît d'un seul coup. Je sais qu'il faut que je tente de ne pas y penser. Je ne suis pas au bout de mes peines. Elle va venir m'embrasser, me demander si j'ai passé une bonne journée et avec un peu de chance, elle disparaîtra dans le salon pour lire le magazine télé.
Je me lèverai sans bruit et j'irai ramasser les clés.
Merde.

Merde, merde, merde.

Elle se plante devant moi et me regarde, je n'arrive plus à manger mes céréales, il y a un grain de riz soufflé qui me reste collé sur le menton.

Pire, elle ouvre le placard et elle prend un bol. Elle se sert des céréales, elle aussi, alors que j'en ai juste le nombre qu'il faut pour une semaine, elle est en train de me priver d'une ration, elle ne se rend pas compte. Elle s'assied en face de moi, sur le tabouret en plastique marron, et elle me fixe - j'ai mal au ventre.

"Ton père et moi, nous avons décidé de divorcer."

Dans ma ration quotidienne, il y a exactement cent douze grain de riz soufflé. Et elle, elle s'est servie sans compter, je jette une coup d'œil dans son bol pour voir combien elle en a versé - approximativement - mais le problème c'est que ce n'est qu'approximativement, il faudrait que je me mette à compter combien elle en prend par cuillère et que j'additionne, je vais en avoir jusqu'à ce soir - et je ne pourrai pas écouter l'émission de Jean-Loup Laffont, "Dix-huit heures basket".

Extrait : (p.62 : In the Air Tonight - Phil Collins)
L'autre rêverie récurrente, c'est le quai de la gare. Je dois partir et laisser derrière moi tout ce que j'ai connu, tous ceux que j'ai aimés. Je suis les ordres d'une voix intérieure qui m'intime de me débarrasser des oripeaux de ma vie actuelle pour mieux renaître. Je regarde, sur le quai de la gare, tous ces amis qui sont venus me dire adieu. Anne est là, elle essuie des larmes qui coulent à flots. Il y a aussi cette fille étrange que j'ai croisée à la bibliothèque l'autre jour. Et ce garçon qui vient d'arriver dans la classe, avec son blouson violet. Je vois la détresse sur leurs visages, mais je ne peux que leur sourire. Je suis déjà dans un autre univers - je leur promets simplement que je ne les oublierai pas.

Extrait : (p.170 : Belle – Daniel Lavoie/Garou/Patrick Fiori)

Je me tais - et puis je sens mes lèvres s'arrondir et le souffle qui vient de loin - je me mets à siffloter - je ne l'ai pas fait depuis des années. Et au bout de quelques instants, c'est la chanson qui reprend le dessus. Doucement. Tout doucement. Je chante.
J'avais préparé tout un répertoire - un juke-box de naissance. Il y avait des Mistral gagnants, des Javanaise et des Pull-overs blancs.
Mais ce que je murmure tient en syllabe.
Belle.
Je sais qu'une histoire s'arrête là.
Que les chansons à venir seront les siennes.
Que la musique sera pour elle. Et la main dans la main, accroupi à ses côtés, je lui transmets le témoin.
Et là, je déborde.

11 février 2009

Mal de pierres - Milena Agus

mal_de_pierres Liana Levi – janvier 2007 - 123 pages

traduit de l'italien par Dominique Vittoz

Présentation de l'éditeur
Au centre, l'héroïne: jeune Sarde étrange "aux longs cheveux noirs et aux yeux immenses". Toujours en décalage, toujours à contretemps, toujours à côté de sa propre vie... A l'arrière-plan, les personnages secondaires, peints avec une touche d'une extraordinaire finesse: le mari, épousé par raison pendant la Seconde Guerre, sensuel taciturne à jamais mal connu; le Rescapé, brève rencontre sur le Continent, à l'empreinte indélébile; le fils, inespéré, et futur pianiste; enfin, la petite-fille, narratrice de cette histoire, la seule qui permettra à l'héroïne de se révéler dans sa vérité. Mais sait-on jamais tout de quelqu'un, aussi proche soit-il... Milena Agus dit de sa famille qu'ils sont " sardes depuis le paléolithique ". Et c'est en Sardaigne que l'auteur de Mal de pierres a résolument choisi de vivre, d'enseigner et de situer son récit. Déjà remarquée par la presse italienne pour son premier roman, Milena Agus confirme ici son exceptionnel talent et sa liberté de ton.

Auteur : Approchant la cinquantaine, Milena a publié trois romans, dont le deuxième 'Mal di pietre' (2006) a été publié en France en 2007 (' Mal de pierres'). Quasiment passé inaperçu en Italie, le roman obtient un franc succès en France, entraînant une nouvelle édition de son livre en Italie. Milena habite toujours à Cagliari en Sardaigne, dans la maison de sa grand-mère, facilement reconnaissable dans son roman. Elle est professeur d'italien dans un lycée professionnel. Divorcée, elle a un fils, mais dit vivre en compagnie de ses personnages et préférer son imaginaire au réel. En 2008, Milena Agus publie un nouvel ouvrage 'Battement d'ailes' mettant en scène la solitude d'une femme et la peur de manquer sa vie ou comment combler le manque d'amour.

Mon avis : (lu en février 2009)
Après avoir lu et aimé ‘Mon voisin’ le dernier livre de Milena Agus, j’ai voulu lire ‘Mal de pierres’ dont le titre est tout d’abord assez énigmatique. L'histoire est un récit à deux voix, celle de la grand-mère et de sa petite fille, une histoire racontée par petites touches avec une grande sensibilité. Ce livre décrit une passion amoureuse étrange. Les sentiments sont forts. On découvre également une Sardaigne magnifique. Une histoire bouleversante dont la fin est inattendue et donne d'autant plus de force au livre.  Un petit bémol dû à la construction du livre : je me suis parfois un peu perdue dans les allers-retours entre les deux récits. Mais malgré cela j'ai beaucoup aimé ce livre.

Extrait : (page 12)
Le dimanche, quand les autres filles allaient à la messe ou se promenaient sur la grand-route au bras de leurs fiancés, grand-mère relevait en chignon ses cheveux, toujours noirs et abondants quand j'étais petite et elle déjà vieille, alors imaginez dans sa jeunesse, et elle se rendait à l'église demander à
Dieu pourquoi, pourquoi il poussait l'injustice jusqu'à lui refuser de connaître l'amour, qui est la chose le plus belle, la seule qui vaille la peine qu'on vive une vie où on est debout à quatre heures pour s'occuper de la maison, puis on travaille aux champs, puis on va à un cours de broderie suprêmement ennuyeux, puis on rapporte l'eau potable de la fontaine, la cruche sur la tête ; sans compter qu'une nuit sur dix, il faut rester debout pour faire le pain, et aussi tirer l'eau du puits et nourrir les poules. Alors, si Dieu ne voulait pas lui révéler l'amour, Il n'avait qu'à la faire mourir d'une façon ou d'une autre. En confession, le prêtre disait que ces pensées constituaient un grave péché et que le monde offrait bien d'autres choses, mais pour grand-mère, elles étaient sans intérêt.

 

Extrait : (page 45)
Quand je suis née, ma grand-mère avait plus de soixante ans. Je me souviens que, petite, je la trouvais très belle et ça me fascinait de la voir coiffer à l'ancienne mode ses cheveux qu'elle a toujours gardés noirs et abondants et qu'elle tressait de chaque côté, pour les enrouler ensuite en deux chignons. J'étais fière quand elle venait me chercher à l'école, avec ce sourire jeune au milieu des autres papas et mamans, car mes parents, musiciens, étaient toujours aux quatre coins du monde. Ma grand-mère a été tout entière à moi au moins autant que mon père tout entier à la musique, et ma mère tout entière à mon père.

Extrait : (page 109)
D'après maman en effet, dans une famille, le désordre doit s'emparer de quelqu'un parce que la vie est ainsi faite, un équilibre entre les deux, sinon le monde se sclérose et s'arrête. Si nos nuits sont sans cauchemars, si le mariage de papa et maman a toujours été sans nuages, si j'épouse mon premier amour, si nous ne connaissons pas d'accès de panique et ne tentons pas de nous suicider, de nous jeter dans une benne à ordures ou de nous mutiler, c'est grâce à grand-mère qui a payé pour nous tous. Dans chaque famille, il y a toujours quelqu'un qui paie son tribut pour que l'équilibre entre ordre et désordre soit respecté et que le monde ne s'arrête pas.

 

10 février 2009

Le CV de Dieu – Jean-Louis Fournier

le_cv_de_Dieu Stock – 1995 - 211 pages

Quatrième de couverture
"Le ciel était fini, la terre était finie, les animaux étaient finis, l'homme était fini. Dieu pensa qu'il était fini aussi, et sombra dans une profonde mélancolie. Il ne savait à quoi se mettre. Il fit un peu de poterie, pétrit une boule de terre, mais le coeur n'y était plus. Il n'avait plus confiance en lui, il avait perdu la foi. Dieu ne croyait plus en Dieu. Il lui fallait d'urgence de l'activité, de nouveaux projets, des gros chantiers. Il décida alors de chercher du travail, et, comme tout un chacun, il rédigea son curriculum vitae..."

Auteur :  Né à Arras le 19 décembre 1938, auteur prolifique, Jean-Louis Fournier a toujours su mêler humour, culture et sincérité. Entre un frère polytechnicien et une sœur éducatrice spécialisée, il choisit la voie de l'humour et devient le fidèle complice de Pierre Desproges. Il réalise ainsi les épisodes de 'La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède', ainsi que les captations de ses spectacles au théâtre Grévin en 1984 et au théâtre Fontaine en 1986. Mais c'est en tant qu'auteur facétieux et touchant que le public le découvre véritablement. Avec ses essais humoristiques, Jean-Louis Fournier rencontre un succès immédiat. Dans 'Arithmétique appliquée et impertinente' (1993), il apprend au lecteur à calculer le poids du cerveau d'un imbécile ou la quantité de caviar que peut acheter un smicard ! Dans un même registre, sa 'Grammaire française et impertinente' conjugue culture et absurde. Jean-Louis Fournier consacre également deux ouvrages à son enfance. En 1999, il aborde l'alcoolisme de son père dans 'Il a jamais tué personne, mon papa' et obtient le prix Femina 2008 pour 'Où on va papa ?', une évocation émouvante du handicap de ses fils.

Mon avis : (lu en février 2009)

Ce livre est une réédition d'un livre paru en 1995. Ce livre se lit vraiment très rapidement et on rit beaucoup. Jean-Louis Fournier imagine que Dieu rédige son CV et passe un entretien d'embauche avec un directeur du personnel. Nous allons parcourir avec lui son grand CV, Dieu parle de ses créations : la Terre, le Soleil, la mer, le feu, les hommes, les animaux et il répond aux questions que nous pouvons nous poser à propos des choix de Dieu... L'humour est bien sûr présent tout au long du livre, un très bon moment de détente ! Très amusant, intelligent, plein d'esprit !

Extrait :

"- Mais il est mort, mon petit Wolfgang, gémit Dieu.
- La faute à qui ? C’est pas les chasseurs quand même ?
- Dieu cueille les plus belles fleurs de son jardin, déclare Dieu sentencieusement. [...]
- Quel rapport avec la mort de Mozart ?
- C’est une allégorie, pour signifier que ce sont les plus doués qui meurent les premiers. Ça console les proches, ils sont flattés de penser que leur défunt n’était pas le dernier des cons.
- Ça fait une belle jambe à la jeune veuve, et puis c’est un coup à donner des complexes à tous les vivants.
- Les vivants, ils vivent, ils n’ont pas à se plaindre.
- Alors quand on est très con, on ne meurt pas ?
- Si, on meurt, mais plus tard.
- Ça veut dire que les vieux sont des cons ?
- Exact.
- Alors pourquoi on dit “un vieux con” ?
- On ne devrait pas, c’est une faute de français, un pléonasme.
- Mais vous ?
- La question ne se pose pas, je suis immortel."

9 février 2009

Le Cantique de l'apocalypse joyeuse - Arto Paasilinna

le_cantique_de_l_apocalypse traduit du finnois par Anne Colin du Terrail

Editions Denoël - juin 2008 – 323 pages

Présentation de l'éditeur
Planète Terre, XXIe siècle. La fin du monde approche, le chaos est partout. Alors que l'économie s'effondre, le pétrole vient à manquer, les communications sont coupées, les villes croulent sous les déchets et la famine s'étend, aggravée par l'explosion d'une centrale nucléaire russe. Des hordes de miséreux sillonnent les continents. La troisième guerre mondiale est sur le point d'éclater... Pourtant, quelque part au fin fond des forêts du Kainuu, dans l'Est de la Finlande, un étrange havre de paix et de prospérité demeure. C'est là que, quelques années plus tôt, au seuil de la mort, un vieux communiste militant, grand bouffeur de curés, a chargé son petit-fils Eemeli Toropainen de construire sur ses terres, pour le rachat de son âme, une église en bois copiée sur un modèle du XVIIIe siècle. Autour d'elle, une communauté de joyeux et délirants Finlandais s'est peu à peu formée : ensemble ils revisitent les techniques de subsistance de leurs ancêtres et la vie en autarcie, loin d'un monde en déconfiture. Avec l'humour qu'on lui connaît, Arto Paasilinna plaide pour un certain retour au bon sens paysan, à une vie plus simple et plus proche de la nature, loin des diktats de la société de consommation.

Biographie de l'auteur
Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. Bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l'auteur d'une vingtaine de livres, pour la plupart traduits en français et publiés chez Denoël. Citons entre autres Le Meunier hurlant, Le Lièvre de Vatanen, Petits suicides entre amis, Un homme heureux ou encore Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen.

Mon avis : (lu en septembre 2008)

J'ai bien aimé le début du livre mais comme le précédent livre « Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen », j'ai trouvé un peu de longueurs  dans cette aventure écolo-pacifique.

Sinon, c'est du Paasilinna pur jus ! Une histoire loufoque : un vieux communiste militant, grand bouffeur de curés, qui charge son petit-fils de construire sur ses terres, une église en bois copiée sur un modèle du XVIIIe siècle. Des personnages originaux qui vont fonder une communauté et vivre en autarcie pour fuir le monde en guerre. Des situations décalées et cocasses et beaucoup d'humour ! Je reste cependant une inconditionnelle de Paasilinna qui me surprend toujours !

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