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A propos de livres...
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1 septembre 2010

Point sur mes Challenges 2010...

coeur_vs31er challenge : Les coups de coeur de la blogosphère

livre n°1 : Seule Venise - Claudie Gallay  proposé par Gil
livre n°2 :
Elle s'appelait Sarah - Tatiana de Rosnay proposé par Suffy
livre n°3 :
L'attrape-cœurs - J. D. Salinger proposé par Anneso
livre n°4 :
Mon enfant de Berlin -Anne Wiazemsky  proposé par Clarabel
livre n°5 :
Ravel - Jean Echenoz proposé par Denis

livre n°6 :
Le cœur est un chasseur solitaire - Carson McCullers proposé par Brize
livre n°7 : Le club des Incorrigibles Optimistes - Jean-Michel Guenassia proposé par Catherine

livre n°8 :
Hunger Games - Suzanne Collins proposé par Gawou et Clarabel.
livre n°9 : Je vais bien, ne t'en fais pas – Olivier Adam proposé par Amy
livre n°10 : La mécanique du cœur - Mathias Malzieu proposé par Lael

challenge_100_ans_article_300x225 2ème challenge : 100 ans de littérature américaine

livre n°1 :  Jours de fête à l'hospice - John Updike
livre n°2 : 
L'attrape-cœurs - J. D. Salinger
livre n°3 : 
La couleur pourpre – Alice Walker

livre n°4 :  Le cœur est un chasseur solitaire - Carson McCullers
livre n°5 : 
Shutter Island - Dennis Lehane

Challenge terminé (5/5 livres lus), mais je continue !

livre n°6 : Le Prince des Marées - Pat Conroy
livre n°7 : Fille noire, fille blanche - Joyce Carol Oates
livre n°8 : Charleston Sud – Pat Conroy

livre n°9 : Long week-end – Joyce Maynard
livre n°10 : La Chorale des maîtres bouchers – Louise Erdrich
livre n°11 :
Un été prodigue – Barbara Kingsolver

a_lire_et_a_manger 3ème challenge : A lire et à manger - Challenge terminé !

Ce challenge est organisé par Chiffonette et il s'agit de lire un roman culinaire et d'en adapter une recette...

J'ai choisi :  Une gourmandise de Muriel Barbery, le livre a été lu et l'article et la recette ont été écrit. 

logo_challenge_ABC 4ème challenge : Challenge ABC 2010 - (23/26 livres lus)

Challenge organisé par Miss Giny et Ankya, il s'agit de lire 26 livres avec un auteur pour chaque lettre de l'alphabet... certaines lettres ont été difficiles à trouver !
Voici ma liste qui peut encore un peu évoluer :

A – Aslam Nadeem - La veine attente
B –
Benameur Jeanne – Présent ?

C – Conroy Pat – Le prince des marées

D - Decoin Didier - Les trois vies de Babe Ozouf
E – Echenoz Jean – Ravel
F – Flynn Gillian – Les lieux sombres
G – Gavalda Anna - L'échappée belle
H –
Heuré Gilles - L'homme de cinq heures

I –
Indridason Arnaldur – Hypothermie
J – Johnson Maureen – 13 petites enveloppes bleues
K – Kingsolver Barbara - Un été prodigue
L – Läckberg Camilla – Le tailleur de pierre
M –
Mankell Henning - Les chaussures italiennes
N – Nesbø Jo - L'homme chauve-souris
O - Ovaldé Véronique - Ce que je sais de Véra Candida
P – Perez-Reverte Arturo – Le cimetière des bateaux sans noms ou Le peintre des batailles
Q – Queffelec Yann - Les noces barbares
R – Radge Anne B. – La ferme des Neshov
S –
Saubade Valérie - Happy Birthday grand-mère

T –
Tropper Jonathan - Perte et fracas

U – Udall Brady - Le destin miraculeux d'Edgar Mint

V –
de Vigan Delphine - Les heures souterraines 
W – Winkler Martin - Les Trois Médecins
X - Xinran - Chinoises
Y - Yoshida - Park Life
Z – Zweig Stefan - Le voyage dans le passé

logo_coup_de_coeur_polar_oiseaux_coeur 5ème challenge : Coup de coeur polar 2009 - Challenge terminé !

Challenge organisé par Fersenette, chaque participant fait une liste de ses 3 coups de coeur polar en 2009, puis il lira un des coups de coeur proposé qu'il ne connaît pas.

Mes trois polars coups de coeur pour 2009 sont :

1 - Millénium 1, 2 et 3 de Stieg Larsson (Suède)
2 - Hiver arctique de Arnaldur Indridason (Islande)
3 - La princesse de glace de Camilla Läckberg (Suède)

Mon choix de lecture :

livre n°1 : Shutter Island de Dennis Lehane

lire_et_cin_ma 6ème challenge : Challenge Lunettes noires sur Pages blanches

Challenge organisé par Happy Few,  il suffit de lire un roman qui a été adapté à l'écran, de voir l'adaptation en question et d'en faire un billet qui les compare.

livre n°1 : Je vais bien, ne t'en fais pas – Olivier Adam
film n°1 : Je vais bien, ne t'en fais pas – Philippe Lioret

Challenge terminé mais je continue !

livre n°2 : Le chien jaune - Georges Simenon
film n°2 : Le chien jaune - Claude Barma (téléfilm -1968)

livre n°3 prévu : Le garçon en pyjama rayé - John Boyne
film n°3 prévu : Le Garçon au pyjama rayé (The Boy in the Striped Pyjamas) - Mark Herman

challenge_caprice 7ème challenge : Challenge Caprice - Challenge terminé !

Challenge organisé par Cocola, il s'agit, à partir d'une liste de participants, de lire avant fin 2010, un livre que nous choisi un autre challengeur et soi-même de choisir un livre pour un autre challengeur.

Pour ma part, j'ai donc été défiée par La grande Stef pour lire « Le K » de Dino Buzatti.

Et j'ai défié Virginie de découvrir «La femme en vert » d'Arnaldur Indridason.

Nouveaux Challenges...

1pourcent2010 8ème challenge : Challenge 1% littéraire 2010

Challenge organisé par Schlabaya, il s'agit de lire au moins 1% des 701 sorties littéraires prévues cet automne. Soit au moins 7 livres... 

livre n°1 : Desert Pearl Hotel - Pierre-Emmanuel Scherrer
livre n°2 : Une affaire conjugale - Eliette Abécassis
livre n°3 : Le Délégué - Didier Desbrugères
livre n°4 : Des gifles au vinaigre - Tony Cartano
livre n°5 : Ouragan - Laurent Gaudé
livre n°6 : Passé sous silence - Alice Ferney
livre n°7 : L'amour est une île - Claudie Gallay

Le coeur régulier - Olivier Adam

challenge_maigret 9ème challenge : Challenge Maigret

Challenge hommage organisé par Ferocias, il s'agit de lire au moins un livre de Maigret jusqu'au 12/02/2011 (date de l'anniversaire de Georges Simenon)

livre n°1 : Le chien jaune - Georges Simenon

Lecture commune :

lecture_en_commun_l_amour_est___la_lettre_A L'amour est à la lettre A - Paola Calvetti organisée par Alfie
                   avec Cynthia, Enitram, George, Loulou et Mango

SWAP :

swap_saint_patrick
Mon 1er SWAP : le
Swap de la St Patrick organisé par Canel, a été une belle réussite !

swap_in_follies
Mon 2ème SWAP : Swap in' Follies organisé par Amanda et Manu autour de New-York.

swap_scandinavia Nouveau SWAP : Swap Scandinavia organisé par Isleene, une invitation à découvrir la Scandinavie. Je termine mon colis, il sera bientôt prêt à être envoyé...

Swap_Frissons_NB Et je viens de m'inscrire au SWAP Frissons en Noir et Blanc organisé par Canel, autour des romans noirs et polars nordiques, les inscriptions sont ouvertes jusqu'au 8/09...   

Hommage à Denis Guedj :

hommage_denis_guedj organisé par moi-même sans beaucoup de succès...
livre n°1 : Les cheveux de Bérénice
livre n°2 : La Méridienne

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31 juillet 2010

Nage libre – Nicola Keegan

nage_libre Éditions de l'Olivier - mai 2010 – 424 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Madeleine Nasalik

Quatrième de couverture :
Philomena n'est pas très à l'aise sur la terre ferme. Mais il lui suffit d'entrer dans l'eau pour se sentir à sa place. Quand elle nage, elle est puissante et libre. Lorsqu'un célèbre entraîneur la remarque dans une piscine du Kansas, une nouvelle vie commence pour elle. Philomena laisse place à "Pip", une jeune athlète promise à un avenir olympique. Une fois les médailles autour du cou, elle redevient fragile. Un autre défi l'attend. Parviendra-t-elle à le relever? Nage libre est bien plus qu'un récit initiatique sur une championne hors du commun. Ce texte atypique, porté par la voix étonnante de Pip, est une révélation. Nicola Keegan y imprime sa marque : un humour, une poésie et une énergie remarquables, salués dès sa sortie aux États-Unis.

Auteur : D'origine irlandaise, Nicola Keegan vit à Paris. Nage libre est son premier roman. Il est en cours de traduction dans une douzaine de pays.

Mon avis : (lu en juillet 2010)
Un livre plein d'émotions qui nous fait rire ou alors nous donne des larmes aux yeux.

Philomena est une drôle de fille. Le livre commence, elle est encore bébé et s'apprête à avoir son premier cours de bébés-nageurs. C'est l'instant où elle découvre que son élément c'est l'eau. Elle se réfugie à la piscine pour nager, nager, nager, sans réfléchir, sans penser... Elle oublie sa vie de tous les jours : la mort de sa sœur Bron, puis peu de temps après l'accident d'avion de son père. Elle oublie sa sœur Roxanne qui se drogue, son autre sœur Dot trop parfaite et sa mère devenue à moitié folle. Elle oublie ses complexes d'adolescente. Elle se sent libre et forte dans une piscine. Elle devient une championne, elle bat de nombreux records et gagne beaucoup de médaille. Mais malgré cela sa vie est difficile.

Philomena est à la fois touchante et parfois énervante. C'est une fille simple du Kansas qui a suivit un enseignement chez les sœurs, elle se sent en décalage avec ses camarades de classe ou de piscine. Elle est trop grande, sa famille est plutôt compliquée et Philomena est très lucide sur tout ce qu'elle vit... En résumé un très bon livre que je vous conseille de découvrir même si vous n'aimez pas aller à la piscine !

Extrait : (début du livre)
Assise dans les bras de Leonard, je lui saisis le nez. J'ai une frimousse préhistorique et je l'ignore encore, mon visage se fend d'un sourire béant, bouche grande ouverte, qui repousse un bourrelet sous mes yeux et me plonge momentanément dans le noir. Chaque fois que le monde s'obscurcit, je crie. La nature m'a dotée de sourcils étonnamment mobiles : quand je crie, ils crient avec moi. Leonard me tapote le dos, me fait sauter sur ses genoux ; il a les traits tirés, l'air hagard, le teint du même vert pomme que celui avec lequel les bonnes sœurs badigeonnent le rebord des fenêtres. Je me console en une fraction de seconde, j'appuie sur son gros nez de toutes mes forces sans soupçonner qu'une copie identique pointera au beau milieu de ma figure.

J'ai sept mentons aux dimensions et volumes divers , sept crevasses dans lesquelles se terrent des miettes que ma mère doit extirper avec minutie après le bain. Nous avons nos rituels : il ne se passe pas une matinée sans qu'elle se penche sur moi, un coton imbibé d'huile d'amande douce à la main et deux valises violettes sous les yeux, et sans que j'envoie valser, d'un mouvement de karatéka, la bouteille d'huile débouchée qu'elle tient de l'autre. Aujourd'hui, elle a éclaté en sanglots lorsque le flacon a projeté un jet d'huile luisante à travers la chambre après lui avoir frôlé l'oreille. Par solidarité, j'ai joint mes vagissements à ses larmes ; la graisse qui enrobe mes chevilles clapotait sur mes pieds monstrueux, tels des collants trop larges.

Je mène une vie simple : si quelque chose me déplaît, je crie tant que le problème n'est pas résolu. Je n'aime pas fermer les yeux car à l'intérieur de ma tête, la musique, les lumières et les gens que je connais s'échappent. Je n'aime pas rester seule, je n'aime pas rester seule avec Bron, je n'aime pas me retrouver seule dans mon lit ni me réveiller dans le siège-auto sans personne autour. Je n'aime pas sentir le silence autour de moi. Les fois où je m'endors bercée par les battements du cœur de ma mère, calquant le rythme de mon souffle sur le sien, et que je me réveille couchée sur le dos entre les barreaux de ma prison pastel, je me sens trompée, trahie. Je gémis, mes intestins vibrent sous l'effet de la rage et j'attends qu'on vienne s'occuper de moi ; c'est ma mère qui arrive généralement, inquiète et stupéfaite que sa deuxième petite soit l'antithèse absolue de la première, celle au nez en trompette et au sommeil de plomb. Jour, nuit, du pareil au même pour moi. Leonard essaie de réfléchir ; c'est peine perdue.

27 avril 2010

Les tribulations d'une caissière – Anna Sam

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Stock – mars 2008 – 191 pages

Éditions de la Loupe - février 2009

Succès du livre éditions - février 2009

LGF – avril 2009 – 185 pages

Présentation de l’éditeur :

Que voit-on du monde et des gens quand on les voit du point de vue d’une caissière de grande surface ? Que sait-elle de nous en voyant ce que nous achetons, ce que nous disons, les questions que nous posons ? Le passage en caisse est en réalité un moment très particulier. À tort, nous pensons que tout est neutre dans cette opération et nous ne nous surveillons pas. La caissière est pour nous un regard aveugle, à la limite elle est elle-même une machine. Nous nous montrons donc comme nous sommes. Et lorsque la caissière s’appelle Anna Sam, qu’elle est titulaire d’une licence de lettres et qu’elle n’a pas les yeux dans la poche de sa blouse, elle saisit sur le vif nos petits mensonges, nos petites lâchetés, nos habitudes plus ou moins bizarres, et elle en fait un livre qui ne ressemble à aucun autre.

Auteur : Anna Sam a vingt-huit ans, elle est titulaire d’une licence de lettres modernes et a travaillé plusieurs années dans la grande distribution.

Mon avis : (lu en avril 2010)

Un livre qui se lit facilement et rapidement, c'est un blog qui a été repris dans un livre.

C'est un recueil d'anecdotes que vit une caissière à longueur de journées... C'est le style d'un blog avec beaucoup d'humour, on découvre la réalité du travail de caissière, les conditions de travail, les clients désagréables qui oublient que la caissière est aussi une personne !

Après cette lecture, au supermarché, je ne regarderai plus de la même façon la caissière et les autres clients...

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Une adaptation en bande dessinée a été faite par Akita et Wol.

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Extrait : (page 11)

Félicitations ! Vous avez enfin décroché un entretien et vous avez même été embauchée.

Bienvenue dans la belle famille de la grande distribution. Vous voici donc devenue caissière... pardon ! Hôtesse de caisse. Vous vous sentez tout de suite beaucoup plus sexy, non ? L'entretien d'embauche n'aura duré que quelques minutes histoire de vous faire répéter ce qu'il y a déjà sur votre CV et de vous demander un RIB.

Des tests psychotechniques ? Un peu de calcul mental ? Et puis quoi encore ? !... Pourquoi pas un test de graphologie ! Vous devenez caissière, pas notaire !

C'est votre premier jour...

et déjà il va falloir être rentable. Alors pas de temps à perdre. Formation sur-le-champ. Pas de panique. Une «ancienne» va vous prendre sous son aile au moins... un quart d'heure ou... une matinée, si c'est votre jour de chance, ou... deux jours, si vous avez un responsable sympa (ça existe encore, je vous le jure). Il n'y a aucune règle.

On commence par le tour du magasin (vite fait, hein, y a pas que ça à faire non plus). Vous allez découvrir les vestiaires, la salle de pause, la casse – ou la poubelle si vous préférez : tous les produits devenus invendables finissent là ; vous aurez la chance de vous y rendre souvent -, la caisse centrale où vous récupérez votre caisson et... et c'est tout.

Vous connaissez dorénavant suffisamment le magasin pour commencer à bosser. Pour découvrir votre lieu de travail ? Vous aurez tous vos temps de pause et cela agrémentera vos coupures de manière festive.

La première fois que vous traversez la ligne de caisse avec votre belle uniforme Chanel ou Dior... ou votre blouse super moche (tout dépend du magasin, du style de clientèle visée) et votre caisson sous le bras rempli de fric (l'équivalent de plusieurs jours de salaire quand même), il y a de grandes chances que vous soyez un peu intimidée.

Respirez un bon coup, ça va passer.

10 avril 2010

Victoria et les Staveney – Doris Lessing

victoria_et_les_staveney Flammarion – mars 2010 – 150 pages

traduit de l'anglais Philippe Giraudon

Présentation de l'éditeur

Victoria n'a jamais oublié sa rencontre, à l'âge de neuf ans, avec une riche famille blanche, les Staveney. Ce souvenir entêtant la poussera, des années plus tard, à entamer une liaison avec leur fils, Thomas. De cette histoire naîtra Mary, petite fille à la peau claire et au sourire radieux. En adoration devant l'enfant, les Staveney proposent de l'accueillir chez eux de plus en plus souvent. Victoria, toute à la réalisation de la chance que représenterait une telle éducation pour sa fille, n'imagine pas quelles conséquences aura sa décision. La grande dame des lettres anglaises revient sur ses thèmes de prédilection : le racisme, l'hypocrisie, l'ambition. Un regard sans concession et d'une incroyable modernité sur notre époque.

Auteur : Doris Lessing est née en Perse en 1919 et a vécu une grande partie de son enfance au Zimbabwe. Devenue célèbre dès son premier livre, Vaincue par la brousse (1950), elle est aussitôt apparue comme un écrivain engagé aux idées libérales. Prix Nobel de Littérature en 2007, elle est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages, parmi lesquels le célèbre Carnet d'or (Prix Médicis étranger), mais aussi Mémoires d'une survivante. Flammarion a notamment publié Le Rêve le plus doux (2004), Les Grand-mères (2005), Un enfant de l'amour (2007), et Alfred et Emily (2008).

Mon avis : (lu en avril 2010)

C'est le premier livre que je lis de cette auteur, Prix Nobel 2007. Ce livre est très court, je l'ai lu en moins d'une heure. C'est une histoire d'amour, de racisme et d'hypocrisie.

A l'âge de 9 ans, Victoria, une orpheline à la peau noire, rencontre les Staveney, une riche famille blanche et passe une nuit dans leur maison aussi belle que dans un conte de fée. Dix ans plus tard, elle retrouve Thomas Staveney son camarade de classe de l'époque et fils de la famille. Ils eurent une liaison le temps d'un été dont naîtra Mary. Victoria commence par la cacher avant de la présenter aux Staveney lorsqu'elle sera âgée de 6 ans, elle espère que grâce à cela Mary pourra bénéficier d'une meilleure éducation. Mais le bon accueil des Staveney pour Mary n'est pas sans conséquences...

Même si les Staveney sont d'un milieu avec des idées larges, il y a encore un grand fossé entre les idées et la réalité d'accepter les différences. J'ai trouvé très sympa cette histoire, mais j'ai malgré tout eu une impression d inachevé.

J'ai appris qu'à l'origine ce texte est une nouvelle extraite d'un recueil de quatre nouvelles "The grandmothers" (The Grandmothers , Victoria and the Staveneys, The Reason for It, A Love Child), paru en 2003. Deux autres des nouvelles sont déjà parues en français :

les_grand_m_res_ Les grand-mères (2005) et l_enfant_de_l_amour_ Un enfant de l'amour (2007)

Extrait : (début du livre)

La cour de récréation était déjà plongée dans une ombre glacée. En arrivant au portail, les gens regardaient dans la direction d'où s'élevaient les voix de deux groupes d'enfants. Il était malaisé de distinguer qui était qui. Une sorte d'instinct permettait aux enfants du groupe le plus important de reconnaître leurs proches parmi les arrivants, et ils se précipitaient vers eux, seuls ou par paires, afin qu'on les ramène à la maison. Deux enfants restaient isolés au milieu du terrain, lequel était entouré de hauts murs surmontés de tessons de verre. Ils faisaient beaucoup de bruit. Un petit garçon se démenait, distribuait des coups de pied à l'aveuglette, en hurlant :

- Il a oublié. J'avais bien dit à maman qu'il oublierait !

Une fillette essayait de le calmer et de le consoler. Lui était grand pour son âge, tandis qu'elle était fluette, la tête hérissée de nattes raides dont les rubans roses pendaient, amollis par l'humidité froide. Elle était plus vieille que lui, mais non plus grande. Malgré tout, forte de ses deux années supplémentaires, elle le réprimandait :

- Allons, Thomas, ne fais pas ça. Inutile de brailler, ils vont venir.

Mais lui refusait de se calmer.

- Laisse-moi, laisse-moi ! Je ne veux pas ! Il a oublié !

Plusieurs personnes arrivèrent en même temps au portail. Parmi elles, un grand garçon blond d'une douzaine d'années, qui se mit à scruter les ténèbres. Il aperçut Thomas, son frère, qu'il venait chercher, tandis que d'autres parents tendaient déjà les bras et s'avançaient. Il y eut un instant de tumulte et de désordre. Edward, le grand blond, attrapa par la main le petit Thomas, lequel continua de se débattre en se plaignant :

- Tu m'as oublié, oui, tu m'as oublié !

Edward observa les autres enfants qui disparaissaient dans la rue, puis il se retourna et s'éloigna avec Thomas.

Il faisait froid. Victoria n'était pas assez vêtue. Elle frissonnait, à présent que l'enfant récalcitrant ne la contraignait plus à s'activer. Les bras serrés autour de son corps, elle se mit à pleurer en silence. Le concierge de l'école émergea de l'obscurité, rabattit la grille du portail et la verrouilla. Lui non plus ne vit pas la fillette. Avec son pantalon marron foncé et sa veste noire, elle n'était qu'une tache plus sombre dans l'obscurité tourmentée de la cour où le vent se levait.

27 mai 2010

Ma sœur, ce boulet – Claire Scovell-Lazebnik

ma_soeur_ce_boulet ma_soeur_ce_boulet_piment

Fleuve noir – décembre 2004 – 369 pages

Edition France Loisirs – 2006 – 498 pages

traduit de l’américain par Valérie Dariot

Présentation de l’éditeur :
Comment faites-vous quand vous avez vingt ans, une mère farfelue, et un père remarié qui se tue dans un accident de voiture, vous laissant en héritage une immense maison et une gamine de trois ans, la demi-sœur que vous ne voyez qu'une fois par an ? Comment faites-vous quand votre chargé de cours, ce Joe Lowden qui tombe les filles comme des mouches, vous fait les yeux doux ? Comment faites-vous quand un confrère et ami de votre père vous force la main pour accepter cet encombrant héritage ? Et surtout, comment faites-vous, vous qui n'avez aucune habitude des gosses, pour calmer une petite Célia qui réclame sa maman en hurlant ?

Auteur : Claire Scovell LaZebnik, originaire de Boston, a été diplômée de l'Université de Harvard avec les félicitations du jury. Elle vit à Los Angeles avec son mari, également écrivain, et ses quatre enfants. Ma sœur, ce boulet est son premier roman.

Mon avis : (lu en mai 2010)
Ce livre se lit très facilement et rapidement, pour ma part ce fut le week-end dernier lors d'un voyage en TGV vers l'Ouest.

Olivia a vingt et un ans, elle est étudiante en littérature. Elle a un caractère assez fort, elle n'a pas sa langue dans sa poche et elle est égoïste, un peu rebelle. Mais son père et sa jeune belle-mère disparaissent dans un accident de voiture et lui laisse en héritage non seulement une belle maison et beaucoup d'argent mais surtout sa demi-sœur Célia âgée de trois ans... Olivia la connaît à peine et ne se sent pas de taille à assumer ce rôle de tutrice. Pour l'aider, sa mère est là, mais sera-t-elle vraiment une vrai ? Il y aura aussi Dennis Klein le bras droit de son père et Joe Lowden son professeur qui dit être amoureux d'Olivia.

Le ton est léger, plein d'humour et tout au long du livre on découvre le personnage d'Olivia évoluer dans son rôle de grande sœur responsable. J'ai passé avec ce livre un très agréable moment de détente.

Extrait : (début du livre)
- Tu crois qu'elle sera là ?
C'est la première question de ma mère lorsqu'elle grimpe dans la voiture. Je n'ai pas pris la peine de descendre. J'ai juste donné un coup d'avertisseur et j'ai attendu. Je supporte stoïquement son baiser sur ma joue puis passe la première et démarre en trombe sans même lui laisser le temps de boucler sa ceinture.
- Oui, Barbara, je crois qu'elle sera là, vu qu'elle est la maîtresse de maison et qu'il est son mari. Question suivante ?
Elle baisse le pare-soleil et étudie son reflet dans le miroir.
- Pour le moment, oui, il est son mari, mais ça ne durera pas. Avec lui, ça ne dure jamais.
- Avec deux tourtereaux comme Richard et Alicia, ça durera forcément.
- Quand j'y pense, j'ignore pourquoi je vais là-bas. De quoi j'ai l'air ?
- Tu es superbe. Il va retomber amoureux de toi, il la quittera pour revenir avec nous, je retrouverai mon petit papa et ma petite maman et nous vivrons heureux tous ensemble comme avant.
- Je ne le reprendrais pas, même s'il me suppliait à genoux.
- T'en fais pas pour ça, il ne te suppliera jamais.
- Je ne sais vraiment pas pourquoi j'y vais, répète-t-elle.
À vrai dire, moi non plus. Mais notre famille dysfonctionnelle éprouve ce besoin irrépressible de se réunir pour Thanksgiving. Ça fait pourtant belle lurette que nous ne formons même plus une famille, elle, moi et le paternel.
Et me voilà donc en train de conduire ma mère à un dîner de Thanksgiving chez mon père qui ne peut pas la souffrir, mais qui retrouve en moi assez de lui-même pour supporter cette épreuve une fois l'an. Pas étonnant, je suis sa copie conforme, même cheveux noirs, même yeux bruns. Comme lui, je suis nerveuse et courte sur pattes, autrement dit l'exact opposé de la femme qui m'a mise au monde. Ainsi que vous pouvez l'imaginer, ce dîner est pour nous tous une vraie partie de plaisir.

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11 mai 2010

Quand souffle le vent du nord – Daniel Glattauer

400ème livre commenté !

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Grasset – avril 2010 – 352 pages

Livre de Poche - mars 2011 - 348 pages

traduit de l'allemand par Anne-Sophie Anglaret

Quatrième de couverture :
Un message anodin peut-il bouleverser votre vie ?
Leo Leike reçoit par erreur un mail d'une inconnue, Emmi Rothner. Poliment, il le lui signale. Elle s'excuse et, peu à peu, un dialogue s'engage, une relation se noue. Au fils des mails, ils éprouvent l'un pour l'autre un intérêt grandissant.
Leo écrit : « Vous êtes comme une deuxième voix en moi qui m'accompagne au quotidien. »
Emmi admet : « Quand vous ne m'écrivez pas pendant trois jours, je ressens un manque. »
Emmi est mariée, Leo se remet à grand-peine d'un chagrin d'amour. De plus en plus attirés l'un par l'autre, Emmi et Leo repousse néanmoins le moment fatidique de la rencontre...

Auteur : Daniel Glattauer, né à Vienne en 1960, écrit depuis 1989 des chroniques politiques et judiciaires pour le grand journal autrichien Der Standard, Quand souffle le vent du nord, son premier livre traduit en français, est son plus grand succès.

Mon avis : (lu en mai 2010)
Avant de lire ce livre, j'ai vu beaucoup de bonnes critiques sur la blogosphère et c'est sa présentation au Café Lecture mensuel auquel je participe qui m'a donné l'occasion de le découvrir avec beaucoup de plaisir. Ce livre a été publié en 2006 en Autriche, il a été traduit en France seulement 4 ans plus tard. L'histoire est simple, mais le style est original. En effet il s'agit d'un échange de mails entre un homme Leo et une femme Emmi. Tout a commencé lorsqu'Emmi a envoyé par erreur un mail à Leo Leike pour résilier un abonnement à la revue Like. Ils vont tous les deux se lancer dans une conversation virtuelle régulière. Leo vient d'être quitté par sa compagne, Emmi est marié avec deux enfants. Au début, ils ne se dévoilent pas trop mais essayent de deviner qui est l'autre. Plus leur relation virtuelle avance, plus ils se sentent attirés l'un par l'autre et deviennent peu à peu « accros » à leurs rendez-vous virtuels. Un jour, ils décident de se donner rendez-vous dans un café très fréquenté de la ville, pour voir s'ils pourraient se reconnaître. Bien sûr ils s'interdisent de s'aborder. Et... je n'en dirai pas plus pour garder toute la saveur du livre !

Ce livre se lit très facilement et je me suis laissée prendre au jeu et je n'ai pas pu lâcher le livre avant de l'avoir terminé... A découvrir !

Il existe une suite à ce livre, « Alle sieben Wellen », sortie en février 2009 en allemand mais pas encore traduite en français...

Extrait : (début du livre)

5 janvier
Objet : Résiliation
J'aimerais résilier mon abonnement. Puis-je m'y prendre ainsi ? Cordialement, E. Rothner.

18 jours plus tard
Objet : Résiliation
Je veux résilier mon abonnement. Est-il possible de le faire par mail ? Merci de me répondre au plus vite.
Cordialement, E. Rothner.

33 jours plus tard
Objet : Résiliation
Chère Madame, cher Monsieur des publications Like, si votre mépris souverain envers mes tentatives de résiliation a pour but d'écouler plus d'exemplaires de votre produit, d'un niveau hélas toujours plus mauvais, je dois malheureusement vous faire part de ma décision : je ne paierai plus !
Cordialement, E. Rothner.

8 minutes plus tard
RÉP :
Vous avez la mauvaise adresse. Je suis un particulier. Mon adresse : woerter@leike.com. Celle dont vous avez besoin : woerter@like.com. Vous êtes déjà la troisième personne à m'envoyer une demande de résiliation. Le magazine doit être devenu vraiment mauvais.

Cinq minutes plus tard
RE :
Oh, pardon ! Et merci pour ces explications. Bien à vous, E.R.
Neuf mois plus tard
Pas d'objet
Joyeux Noël et bonne année de la part d'Emmi Rothner.

Deux minutes plus tard
RÉP :
Chère Emmi Rothner, nous ne nous connaissons pour ainsi dire pas du tout. Cependant, je vous remercie pour votre sincère et si original mail groupé ! Il faut que vous le sachiez : j'aime les mails groupés destinés à un groupe auquel je n'appartiens pas. Sincères salutations, Leo Leike.

18 minutes plus tard
RE :
Veuillez excuser mon harcèlement épistolaire, Monsieur " sincères salutations " Leike. Vous vous êtes glissé par erreur dans mon fichier clients car, il y a quelques mois, j'ai utilisé sans le vouloir votre adresse mail pour résilier un abonnement. Je vais l'effacer tout de suite.
PS : Si pour souhaiter " un joyeux Noël et une bonne année " vous trouvez une formule plus originale que " joyeux Noël et bonne année ", n'hésitez pas à me le faire savoir. En attendant : joyeux Noël et bonne année ! E. Rothner.

Six minutes plus tard
RÉP :
Je vous souhaite d'agréables fêtes et espère de tout cœur que cette nouvelle année qui commence comptera parmi vos 80 meilleures. Et si entre-temps vous vous abonnez aux ennuis, n'hésitez pas à m'envoyer - par erreur - une demande de résiliation. Leo Leike.

Trois minutes plus tard
RE :
Suis impressionnée ! Bises, E.R.

38 jours plus tard
Objet : Pas un euro !
Très chère direction de Like, je me suis séparée de votre magazine trois fois par écrit et deux fois par téléphone (auprès d'une certaine Mme Hahn). Puisque vous persistez malgré tout à m'envoyer ce journal, je considère que cela vous fait plaisir. Quant à la demande de paiement de 186 euros, je serai ravie de la conserver en souvenir de Like quand, enfin, je ne recevrai plus aucun numéro. Mais ne comptez pas sur moi pour payer le moindre euro. Avec l'expression de ma considération distinguée, E. Rothner.

Deux heures plus tard
RÉP :
Chère madame Rothner, le faites-vous exprès ? Ou êtes-vous abonnée aux ennuis ? Sincères salutations, Leo Leike.

15 minutes plus tard
RE :
Cher monsieur Leike, je suis confuse. Je souffre malheureusement d'une maladie chronique du " Ei ", c'est-à-dire du " E " avant le " I ". Quand j'écris vite et qu'un " I " doit suivre, un " E " se glisse toujours dans mon mot. A tel point que mes majeurs se font la guerre sur le clavier. Le gauche veut toujours aller plus vite que le droit. Il faut dire que je suis une gauchère contrariée. La main gauche ne me l'a pas pardonné. Le bout de son majeur glisse toujours un " E " dans le mot avant que la main droite ne puisse placer un " I ". Veuillez excuser ce harcèlement, cela n'arrivera (probablement) plus. Bonne fin de soirée, E. Rothner.

Quatre minutes plus tard
RÉP :
Chère madame Rothner, puis-je vous poser une question ? Et en voici une deuxième : combien de temps vous a-t-il fallu pour écrire le mail qui expose votre maladie du " Ei " ? Bises, Leo Leike.

Trois minutes plus tard
RE :
Deux questions pour vous répondre : combien de temps selon vos estimations ? Et pourquoi cette question ?

Huit minutes plus tard
RÉP :
Selon mes estimations, cela ne vous a pas pris plus de vingt secondes. Si c'est le cas, je vous félicite : en si peu de temps, vous avez réussi un message impeccable. Il m'a fait sourire. Et ce soir, rien ni personne d'autre n'y serait arrivé. En ce qui concerne votre deuxième question, pourquoi je vous demande cela : je travaille actuellement sur le langage dans les mails. Et maintenant je vous repose ma question : pas plus de vingt secondes, je me trompe ?

Trois minutes plus tard
RE :
Tiens tiens, vous travaillez sur les mails. Ça a l'air passionnant, et j'ai maintenant un peu l'impression d'être un cobaye. Mais tant pis. Avez-vous un site internet ? Si non, en voulez-vous un ? Si oui, en voulez-vous un plus joli ? Je travaille en effet sur les sites internet. (Jusqu'ici, il m'a fallu exactement dix secondes, je me suis interrompue mais c'était pour une discussion professionnelle, ça va toujours très vite.)
Vous vous êtes malheureusement complètement trompé dans vos estimations en ce qui concerne mon banal mail sur la maladie du " E " avant le " I ". Il m'a bien coûté trois minutes de mon temps. Et à quoi cela a-t-il servi ? Il y a quand même quelque chose qui m'intéresse : pourquoi avez-vous supposé qu'il ne m'avait fallu que vingt secondes pour écrire mon mail ? Et, avant de vous laisser à jamais en paix (à moins que les publications Like ne m'envoient encore une demande de paiement), je voudrais savoir autre chose. Vous écrivez : " puis-je vous poser une question ? Et en voici une deuxième : combien de temps vous a-t-il fallu… etc. ? " J'ai deux questions là-dessus. La première : combien de temps vous a-t-il fallu pour trouver cette blague ? La seconde : c'est ça votre humour ?

Une demi-heure plus tard
RÉP :
Chère et inconnue madame Rothner, je vous répondrai demain. Là, j'éteins mon ordinateur. Bonne soirée, bonne nuit, ça dépend. Leo Leike.

20 février 2010

Nouveau Challenge...

challenge_caprice

J'avais un peu oublié que je m'étais inscrite à ce nouveau challenge : Le challenge Caprice.

Il s'agit, à partir d'une liste de participants, de lire avant fin 2010, un livre que nous choisi un autre challengeur et soi-même de choisir un livre pour un autre challengeur.

Pour ma part, j'ai donc été défiée par La grande Stef pour lire « Le K » de Dino Buzatti.

Et je défie Virginie de découvrir «La femme en vert » d'Arnaldur Indridason, c'est avec ce roman policier islandais que j'ai découvert cet auteur et que je suis devenue une inconditionnelle.

Pour plus d'information, allez voir chez Cocola qui a organisé ce Challenge.

4 juin 2010

Point sur mes Challenges 2010...

coeur_vs31er challenge : Les coups de coeur de la blogosphère

livre n°1 :   Seule Venise - Claudie Gallay  proposé par Gil
livre n°2 : 
Elle s'appelait Sarah - Tatiana de Rosnay proposé par Suffy
livre n°3 :
L'attrape-cœurs - J. D. Salinger proposé par Anneso
livre n°4 :
Mon enfant de Berlin -Anne Wiazemsky  proposé par Clarabel
livre n°5 : 
Ravel - Jean Echenoz proposé par Denis

livre n°6 :
Le cœur est un chasseur solitaire - Carson McCullers proposé par Brize
livre n°7 :  Le club des Incorrigibles Optimistes - Jean-Michel Guenassia proposé par Catherine

livre n°8 :
Hunger Games - Suzanne Collins proposé par Gawou et Clarabel.
livre n°9 : l'auteur Olivier Adam proposé par Amy
livre n°10 : La mécanique du cœur - Mathias Malzieu proposé par Lael

challenge_100_ans_article_300x225 2ème challenge : 100 ans de littérature américaine

livre n°1 :  Jours de fête à l'hospice - John Updike
livre n°2 : 
L'attrape-cœurs - J. D. Salinger
livre n°3 : 
La couleur pourpre – Alice Walker

livre n°4 :  Le cœur est un chasseur solitaire - Carson McCullers
livre n°5 : 
Shutter Island - Dennis Lehane

Challenge terminé (5/5 livres lus), mais je continue !

livre n°6 : Le Prince des Marées - Pat Conroy
livre n°7 : Fille noire, fille blanche - Joyce Carol Oates
livre n°8 :  Charleston Sud – Pat Conroy

livre n°9 : Un été prodigue – Barbara Kingsolver

a_lire_et_a_manger 3ème challenge : A lire et à manger - Challenge terminé !

Ce challenge est organisé par Chiffonette et il s'agit de lire un roman culinaire et d'en adapter une recette...

J'ai choisi :  Une gourmandise de Muriel Barbery, le livre a été lu et l'article et la recette ont été écrit. 

logo_challenge_ABC 4ème challenge : Challenge ABC 2010 - (19/26 livres lus)

Challenge organisé par Miss Giny et Ankya, il s'agit de lire 26 livres avec un auteur pour chaque lettre de l'alphabet... certaines lettres ont été difficiles à trouver !
Voici ma liste qui peut encore un peu évoluer :

A – Aslam Nadeem - La veine attente
B –
Benameur Jeanne – Présent ?

C – Conroy Pat – Le prince des marées

D - Decoin Didier - Les 3 vies de Babe Ozouf
E – Echenoz Jean – Ravel
F – Flynn Gillian – Les lieux sombres
G – Gavalda Anna - L'échappée belle
H –
Heuré Gilles - L'homme de cinq heures

I –
Indridason Arnaldur – Hypothermie
J – Johnson Maureen – 13 petites enveloppes bleues
K – Kingsolver Barbara - Un été prodigue
L – Läckberg Camilla – Le tailleur de pierre
M –
Mankell Henning - Les chaussures italiennes
N – Nesbø Jo - L'homme chauve-souris
O - Ovaldé Véronique - Ce que je sais de Véra Candida
P – Perez-Reverte Arturo – Le cimetière des bateaux sans noms ou Le peintre des batailles
Q – Queffelec Yann - Les noces barbares
R – Radge Anne B. – La ferme des Neshov
S –
Saubade Valérie - Happy Birthday grand-mère

T –
Tropper Jonathan - Perte et fracas

U – Udall Brady - Le destin miraculeux d'Edgar Mint

V –
de Vigan Delphine - Les heures souterraines 
W – Winkler Martin - Les Trois Médecins
X - Xinran - Chinoises
Y - Yoshida - Park Life
Z – Zweig Stefan - Le voyage dans le passé

logo_coup_de_coeur_polar_oiseaux_coeur 5ème challenge : Coup de coeur polar 2009 - Challenge terminé !

Challenge organisé par Fersenette, chaque participant fait une liste de ses 3 coups de coeur polar en 2009, puis il lira un des coups de coeur proposé qu'il ne connaît pas.

Mes trois polars coups de coeur pour 2009 sont :

1 - Millénium 1, 2 et 3 de Stieg Larsson (Suède)
2 - Hiver arctique de Arnaldur Indridason (Islande)
3 - La princesse de glace de Camilla Läckberg (Suède)

Mon choix de lecture :

livre n°1 : Shutter Island de Dennis Lehane

lire_et_cin_ma 6ème challenge : Challenge Lunettes noires sur Pages blanches

Challenge organisé par Happy Few,  il suffit de lire un roman qui a été adapté à l'écran, de voir l'adaptation en question et d'en faire un billet qui les compare.

livre n°1 prévu : Le garçon en pyjama rayé - John Boyne

film n°1 prévu : Le Garçon au pyjama rayé (The Boy in the Striped Pyjamas) - Mark Herman

Un nouveau challenge auquel je m'étais incrite en janvier et qui c'est concrétisé mi-février

challenge_caprice 7ème challenge : Challenge Caprice - Challenge terminé !

Challenge organisé par Cocola, il s'agit, à partir d'une liste de participants, de lire avant fin 2010, un livre que nous choisi un autre challengeur et soi-même de choisir un livre pour un autre challengeur.

Pour ma part, j'ai donc été défiée par La grande Stef pour lire « Le K » de Dino Buzatti.

Et j'ai défié Virginie de découvrir «La femme en vert » d'Arnaldur Indridason.

SWAP :

swap_saint_patrick Mon 1er SWAP : le Swap de la St Patrick organisé par Canel, a été une belle réussite !

swap_in_follies Je participe à un nouveau SWAP : Swap in' Follies organisé par Amanda et Manu. Je suis en train de préparer mon colis...

15 avril 2010

Yanvalou pour Charlie – Lyonel Trouillot

drapeau_haiti_50

C’est La Grande Librairie et son émission Spécial Haïti du 28 janvier dernier qui m’a donné envie de découvrir Haïti et ses auteurs.

yanvalou_pour_Charlie Actes Sud – août 2009 – 174 pages

Présentation de l'éditeur :

Jeune avocat d'affaires dévoré d'ambition, Mathurin D. Saint-Fort a voulu oublier ses origines pour se tenir désormais du meilleur côté possible de l'existence. Jusqu'au jour où fait irruption dans sa vie Charlie, un adolescent en cavale après une tentative de braquage, qui vient demander son aide au nom des attachements à leur même village natal. Débusqué, contraint de renouer avec le dehors, avec la douleur du souvenir et la misère d'autrui, l'élégant Mathurin D. Saint-Fort embarque, malgré lui, pour une aventure solidaire qui lui fait re-traverser, en compagnie de Charlie et de quelques autres gamins affolés, les cercles de la pauvreté, de la délinquance, de la révolte ou de la haine envers tout ce que lui-même incarne. Mathurin, Charlie, Nathanaél, Anne : quatre voix se relaient ici pour dire, chacune à son échelle, le tribut qu'il incombe un jour à chacun de payer au passé, qu'il s'agisse de tirer un trait sur lui afin de contourner l'obstacle, de l'assujettir à une idéologie - ou, plus rarement, et quoi qu'il en coûte, de demeurer fidèle au "yanvalou", ce salut à la terre ancestrale, en retrouvant les liens qui fondent une communauté. Voyage initiatique au coeur de la désespérance, Yanvalou pour Charlie est sans aucun doute le roman de l'abandon des hommes par les hommes, et le chant qui réaffirme la rédemption d'être ensemble - en Haïti comme ailleurs.

Auteur : Romancier et poète, intellectuel engagé, acteur passionné de la scène francophone mondiale, Lyonel Trouillot est né en 1956 dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, où il vit toujours aujourd’hui. Chez Actes Sud, il a publié Rue des Pas-Perdus (1998), Thérèse en mille morceaux (2000), Les Enfants des héros (2002), Bicentenaire (2004) et L’Amour avant que j’oublie (2007).

Mon avis : (lu en avril 2010)

J'avais vu ce livre dans plusieurs blogs, et c'est lors du Café Lecture, auquel je particicipe chaque mois, que j'ai été convaincu de le lire.

Mathurin D. Saint-Fort est un jeune avocat qui a voulu oublié ses origines et son passé. Mais un jour, Charlie, un enfant des rues de Port-au-Prince, fait irruption dans sa vie. Il vient lui demander de l’aide au nom de leur village natal commun. « Une affaire de vie ou de mort », car son ami Nathanaël et lui se sont embarqués dans une sale histoire. Cela renvoie Mathurin vers un passé qu'il avait voulu oublier. A travers quatre chapitres, l'auteur évoque les liens amical et social qui vont lier Charlie et Mathurin et nous découvrons également la vie à Haïti, l'opposition entre les bidonvilles de Port-au-Prince où survivent les plus démunis, les orphelinats surpeuplés et les quartiers riches. Et des personnages haut en couleurs, touchants, des hommes et des femmes de bonne volonté...

Une petite explication sur le titre s'impose : « Le yanvalou, c'est une musique qui monte et qui descend, ça ondule »

« Sais-tu ce que signifie le mot yanvalou ? Je te salue, ô terre. La terre n’a pas de mémoire. Le sol sec et pierreux ne garde pas souvenir de la bonne terre arable qui descend vers la mer. Seuls les hommes se souviennent. Où qu’ils aillent, où qu’ils restent, peut-être leur suffit-il de saluer la terre pour que leur passage soit justifié. »

Une belle histoire qui nous embarque et nous dévoile un peu d'Haïti. L'écriture est superbe, à découvrir sans hésiter !

Extrait : (début du livre)

Je viens d’un tout petit village. Cela fait partie des choses que j’avais oubliées. Pour un homme qui a gagné longtemps sa vie au jour le jour et qui grimpe tranquillement les barreaux de l’échelle sociale, le souvenir est un luxe, pas une nécessité. Ma collègue Francine, au cabinet nous l’appelons la sainte, se livre, elle, à ces jeux de mémoire qui prennent la tête jusqu’à la perdre. Elle remonte loin dans son passé et redescend dans le présent le visage plein de larmes. Elle est la seule de notre équipe qui se fatigue à ce genre d’exercice. Elle est très engagée sur le front de la complainte. C’est une jeune femme triste qui pleure sur hier. Tout le contraire d’Elisabeth, mon autre collègue. Je ne crois pas Elisabeth capable de pleurer. Au besoin, elle sait faire semblant et parvient à tromper tout le monde. Dans la vie comme au tribunal, Elisabeth prend l’attitude qui défend au mieux ses intérêts. C’est une grande comédienne qui simule tout, même la beauté. Elle passe pour jolie, contrairement à Francine qui est pourtant une vraie belle femme, et le serait plus encore si ne traînaient sur son visage, comme une sorte de faire-valoir, les souffrances de sa grand-mère maternelle, de sa mère, de ses tantes, de toute sa famille proche et éloignée, des clients qui n’ont aucune chance de gagner leur procès même lorsqu’ils sont dans leur droit, des piétons renversés par les voitures de luxe… Francine est très sensible et se fait un devoir d’avoir mal à la place des autres. Son ambition est de diriger un jour une ONG. Les hommes la fuient, effrayés par la somme de malheurs qu’elle trimballe avec elle. Elisabeth a appris à jouer la beauté, comme elle a appris à jouer le désir pour obtenir ce qu’elle veut des hommes qui partagent son lit. Elisabeth, c’est un immense savoir-faire au service de ses intérêts. C’est pour cela que le chef l’apprécie tout en se méfiant d’elle. Le chef possède plusieurs maisons de résidence. Sa femme et lui ont choisi d’habiter la plus éloignée de la ville. Il est des pays où l’on construit des villes, des routes qui mènent vers les villes, et des banlieues. Ici, l’on construit des banlieues, et surtout pas de routes qui y mènent, jusqu’à ce que les banlieues, se prenant pour des villes, gonflent comme un ballon trop plein de monde, de mortier et d’ordures. Les premiers habitants quittent alors leur banlieue pour en construire une autre où personne, au moins pour quelque temps, ne viendra les déranger. Le chef et son épouse habitent loin de la vieille ville, dans les hauteurs, “plus près du ciel” comme dit la patronne. Ils louent les autres immeubles qu’ils possèdent à des étrangers. Ils vivent ainsi sur un sommet interdit aux piétons, et contraignent leurs connaissances à grimper jusqu’à eux. La patronne adore recevoir les gens qui lui ressemblent, et surtout qu’ils la complimentent sur l’éclatante beauté de son univers domestique. Sous l’avalanche des compliments, son sourire et son ton ne varient jamais, et comment ne pas applaudir à ses réponses, elles ont la candeur de gentilles phrases toutes faites qui attendaient depuis la veille l’occasion d’être prononcées : “Vos orchidées sont splendides.” “Elles ont besoin de calme pour s’épanouir.” “Quels beaux chiens !” “Ils sont grands pour leur âge.” En matière de langage, elle est plutôt douée pour les banalités. Cela ne dérange pas le chef. Il ne la gronde des yeux que lorsqu’elle prétend jouer à l’historienne de l’art et mélange les styles, les époques et les genres ; ou lorsqu’elle met l’image de bourgeois libéraux et les intérêts du couple en danger en avouant à des inconnus sa grande peur des gens du peuple. Un jour elle est arrivée au cabinet au bord de la crise de nerfs. Elle venait exiger du chef qu’il obtienne des autorités la démolition d’une maisonnette en construction à mille mètres de leur résidence. “Ils ne vont quand même pas nous suivre jusque-là.” Elles et Ils. La patronne classe les gens et les cho­ses en catégories opposables et définitives. Elle présume que tous font comme elle et elle utilise abondamment la troisième personne du pluriel sans perdre son temps à préciser à quel groupe (fleurs, chiens, humains, peintres, ouvriers du bâtiment, rats des villes ou rats des champs…) ce pluriel peut faire référence. “Elles, Ils…” Le chef obéit et cautionne. Dans sa vie domestique il ne prend pas d’initiative, et dans sa vie professionnelle, hormis un nom connu de tous et une habileté relative dans le domaine de la communication, on ne lui connaît pas de mérite personnel. Il a hérité du cabinet et s’est contenté de l’extraire du centre-ville envahi par les marchands, les piétons et les chiens errants, pour l’installer dans un immeuble climatisé d’une nouvelle zone résidentielle, au sommet d’une colline. C’est un pays de montagnes et l’idéal commun est de monter vers les sommets.

10 mars 2010

Au pays des vermeilles – Noëlle Chatelet

au_pays_des_vermeilles Seuil – octobre 2009 – 171 pages

Présentation de l'éditeur :

C'est un événement banal et universel : une femme entre dans la " grand-maternité ". Inspirée par la venue au monde de sa première petite-fille, Noëlle Châtelet nous livre le récit minutieux, rare en littérature, de ce lien mystérieux qui se construit et des multiples émotions réveillées par cette expérience. À la manière d'Alice qui traverse le miroir du temps et de l'espace, elle nous convie au doux émerveillement des retrouvailles avec la part oubliée de soi-même, la toute petite enfance, celle des souvenirs d'avant les souvenirs. En écho à sa trilogie des couleurs, et en particulier à La Femme coquelicot, la teinte vermeille vient compléter, ici, la palette des métamorphoses féminines. Dans ce livre à la fois drôle et profond, Noëlle Châtelet s'adresse à sa petite-fille mais aussi à sa mère, poursuivant ainsi l'inoubliable dialogue de La Dernière Leçon.

Auteur : Noëlle Châtelet, universitaire et écrivain, élabore depuis plus de trente ans une réflexion originale sur la question du corps, à travers ses essais, ses nouvelles et ses romans, dont Histoires de bouches (prix Goncourt de la nouvelle), La Dame en bleu (prix Anna de Noailles de l'Académie française) et Le Baiser d'Isabelle. Ses ouvrages sont traduits dans une douzaine de langues.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Beaucoup de tendresse et de poésie pour raconter l'aventure d'être grand-mère. La première rencontre, les premiers regards, les premiers sourires, les échanges de câlins, les premiers mots, les premiers pas… A travers la découverte de devenir grand-mère, la narratrice pense à sa mère et à son fils, le papa de cette petite-fille. C’est aussi l'occasion pour Noëlle Chatelet de chercher l'enfant qui est en elle et d’essayer de comprendre le lien si particulier qu’elle a avec sa petite-fille.

Je ne suis pas encore grand-mère et je ne pense pas le devenir avant une bonne dizaine d’années… mais ce livre a été l’occasion pour moi de me souvenir de merveilleux moments de ma vie. J'ai repensé à la naissance de chacun de mes enfants à nos premiers regards échangés, à nos premiers câlins… puis en avançant dans le livre j’ai retrouvé leurs premières découvertes de la petite enfance (la chasse aux insectes, la peur du toboggan, les grands discours avec des mots que l’on a jamais pu comprendre…). J’ai également pensé à ma grand-mère et à mes séjours, seule, avec elle, cela avait créée entre nous une complicité unique et de beaux souvenirs que je n’oublierai jamais.

Ce livre se lit vraiment facilement, les mots sont simples mais forts et l’on ressent beaucoup d’émotions. A lire !

Extrait : (début du livre)

Tu me regardes.

Jusqu'ici, tu me voyais. J'étais un élément, une présence parmi d'autres du décor de ta vie.

Mais voilà que tes yeux se posent sur les miens autrement.

Ce matin, surprise : tu me regardes. Cette fois tes yeux me considèrent. Ils me semblent mesurer le poids de mes propres yeux, posés sur les tiens, avec la même application, la même persistance.

Il ne s'agit pas encore, sans doute, d'un véritable échange, plutôt d'une disposition commune et simultanée. Une coïncidence. Nous partageons ce mouvement du corps qu'on appelle regard, unies dans la contemplation de l'autre, et c'est la première fois.

Je suis seule à savoir que je suis ta grand-mère et toi ma petite-fille. D'en être sûre m'emplit d'un ravissement que tu ne mesures pas encore.

Envie pressante de t'y associer au plus tôt.

Nous avons chacune notre place.

Je me dis : Je suis la mère de ton père et toi l'enfant de l'enfant, mais toi et moi ignorons encore comment nous l'occuperons, cette place, jusqu'à quel degré de connivence et d'invention. Car il nous faudra l'inventer, comme des milliards et des milliards d'humains qui avant nous l'ont vécue, la vivent, la vivront, cette posture universelle et cependant unique de notre relation. Faire de ce lien quelque chose de différent. S'employer à le rendre singulier. Je souris à cette idée. Joie contenue. Et toujours sur mes yeux tes yeux arrêtés, grands ouverts, comme s'ils suivaient secrètement ma pensée, mais en réalité, bien sûr, occupés ailleurs.

Ailleurs... Où donc ? A quoi ?

Envie pressante d'y être associée, au plus tôt, à cet ailleurs.

Allons. Surtout pas d'impatience. Prendre le temps, au contraire. Non. Ne pas le « prendre », justement. Le laisser libre, le temps. Je me dis : Ne le bouscule pas à vouloir le hâter ou le ralentir. Laisse-le te porter.

27 novembre 2009

Le Chœur des femmes – Martin Winckler

le_choeur_des_femmes POL – août 2009 - 602 pages

Présentation de l'éditeur :

Je m'appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m'oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de " Médecine de La Femme ", dirigée par un barbu mal dégrossi qui n'est même pas gynécologue, mais généraliste! S'il s'imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu'est-ce qu'il croit? Qu'il va m'enseigner mon métier? J'ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas - et je ne veux pas - perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur coeur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu'elles pourraient m'apprendre.

Auteur : Né à Alger, en 1955, sous le nom de Marc Zaffran, Martin Winckler part en 1962 d'Algérie pour la France avec ses parents. Il passe son enfance à lire durant des journées entières et à écouter la radio. Dès 13 ans, enfant solitaire, il se met à écrire des nouvelles fantastiques inspirées de ses lectures. Après le bac, il part un an en Amérique où il comprend que devenir écrivain n'est ni scandaleux ni extravagant. De retour en France, il s'inscrit à la Faculté de médecine de Tours et devient un fervent lecteur de Georges Pérec. En 1983, après la mort de sa mère, il écrit 'Les Cahiers Marcoeurs' et se joint à la rédaction de la revue médicale 'Prescrire'. Dès 1984, il publie ses premières nouvelles sous le pseudonyme de Martin Winckler dans la revue 'Nouvelles Nouvelles'. En 1989, son premier roman 'La vacation' est publié et est lauréat du Festival du Premier Roman de Chambéry en 1990. En 1993, Martin Winckler cesse d'exercer la médecine et se consacre totalement à la traduction et à l'écriture.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

J'avais beaucoup aimé " la maladie de Sachs " du même auteur et je me suis plongée dans ce nouveau livre de Martin Winkler avec beaucoup de plaisir et j'ai eu du mal à l'interrompre pour mes activités quotidiennes... Tout d'abord, j'aime beaucoup le titre du livre : "Le Chœur des femmes". Cette fois-ci, nous découvrons de l'intérieur la consultation de gynécologie du docteur Franz Karma, un ami du docteur Sachs à travers le regard de Jean Atwood interne de cinquième année qui se destine à la chirurgie gynécologique et qui doit y faire, un peu contre son gré, un stage de 6 mois. On retrouve tout l'esprit de « la maladie de Sachs », un médecin à l'écoute de ses patientes. Au début l'interne est déboussolé par les méthodes du docteur Karma mais peu à peu Jean va se « décoincer » et grâce aux patientes comprendre qu'un médecin est avant tout un soignant au service des patients. Le lecteur assiste aux rendez-vous où des femmes racontent leur vie, parle de contraception, de sexualité... Mais ce n'est pas tout car Jean et le docteur Karma ont leurs propres petits secrets qui seront peu à peu révélés, tenant ainsi le lecteur en haleine... 

Avec ce roman, Martin Winkler est plein de tendresse pour les femmes, il dénonce le machisme de certains dans le milieu médical et qui ignorent la parole des femmes. Il nous indique aussi des méthodes de consultations ou de soins utilisées avec succès à l'étranger et que les médecins français par solidarité de corps se refusent d'utiliser au détriment du patient.

Ce petit service «Médecine de La Femme» est un havre de paix et d'humanité où chacun est à l'écoute et au service des patients. Ce livre m'a bouleversé. A lire sans modération !

 

Extrait : (page 23)

UNITÉ

Demande-toi toujours :

« Qu’est-ce qu’il/elle (me) veut? »

Je me trouve dans un autre couloir, long de quelques mètres seulement, au bout duquel une seconde porte vitrée donne sur un escalier extérieur. Un rayon de soleil éclaire le lino. À ma droite, deux portes fermées. L’une est celle des toilettes. La seconde porte un panonceau disant : « La conseillère sera de retour à 10 heures. » À ma gauche se trouve un petit secrétariat, séparé du couloir par un comptoir surmonté d’un volet mobile. Le volet est ouvert, une femme d’une quarantaine d’années – sans doute la silhouette que j’ai aperçue par la vitre – pose son sac sur le comptoir, le fouille et en tire une petite carte verte, qu’elle tend à une femme en blouse blanche assise derrière le comptoir.

Derrière le secrétariat, j’aperçois, à travers la demi-cloison surmontée d’une vitre, une salle d’attente sans fenêtre. Elle est vide.

À mon entrée, les deux femmes tournent la tête.

La quadra me salue de la tête sans ouvrir la bouche.

Bonjour, fait la secrétaire en levant un sourcil.

Elle semble avoir la trentaine, à peine. Ses cheveux noirs sont retenus par des couettes de chaque côté de sa tête. Elle porte des bagues à chaque doigt ou presque, de grandes boucles et plusieurs piercings aux oreilles, un autre au-dessus de l'œil, un maquillage outrancier et un horrible tatouage en forme de toile d’araignée dans le cou. Elle me fait irrésistiblement penser à un personnage de je ne sais plus quelle série télé.

Bonjour… dis-je de ma voix la plus grave et la plus ferme. Je suis le docteur Atwood, interne en gynécologie obstétrique. Je dois prendre mes fonctions… Ici.

Elle me lance un drôle de regard, mâchouille un chewing-gum et dit :

Ah. O.K. Moi, chuis Aline, la secrétaire. Le docteur Karma m’a prévenue que vous veniez aujourd’hui. Il ne va pas tarder. Je vous fais patienter un peu pendant que je m’occupe du dossier de cette dame ?

D’accord…

Il fait chaud dans ce couloir. J’ôte mon imperméable.

Il y a une penderie dans le bureau, dit la secrétaire en me désignant la pièce contiguë au secrétariat.

En me forçant à sourire pour ne pas avoir l’air désagréable, histoire de ne pas la prendre à rebrousse-poil dès la première minute (la secrétaire d’un service, c’est parfois comme la femme du patron, une vraie teigne, une harpie, elle peut lui glisser ta lettre de licenciement au milieu de la pile et la lui faire signer sans qu’il s’en aperçoive – ils sont tellement cons, parfois), j’entre dans le bureau. Il est beaucoup plus petit que je ne l’imaginais. C’est probablement une ancienne chambre réaménagée, comme il y en a des dizaines dans cet hôpital. Au beau milieu, une cloison en bois fixée à deux rails métalliques sépare la pièce en deux. Côté fenêtre, j’aperçois une armoire, un bureau, un fauteuil à roulettes pour le médecin et deux larges sièges pour les patientes. Côté porte, le coin réservé aux soins, minuscule, est occupé par un lit d’examen aux pieds chromés ; contre le mur, un meuble de rangement et un lavabo sont surmontés par un placard mural.

La « penderie » dont a parlé la secrétaire est dans l’armoire qui se dresse face au bureau. Quand j’en ouvre les portes, je vois qu’elle contient, à droite, des cartons emplis de matériel divers (« spéculums », « compresses», « gants » « kits de frottis ») et, à gauche, des blouses blanches pendues sur des cintres métalliques. Sur la poche de poitrine de la première, je lis : « Franz Karma, médecin ». Pas « praticien hospitalier » ou « chef de service ». Juste « médecin ». Pfff…

Je pends mon imperméable sur un cintre, je case mon sac au fond de l’armoire, j’enfile la blouse prise au vestiaire en m’assurant que mon badge est bien fixé, et je ressors dans le couloir. La patiente vient de refermer son sac et pénètre dans la petite salle d’attente placée juste derrière la guérite de la secrétaire. Je m’approche du comptoir et je reste là, debout, sans rien dire. Sur le formica bleu du comptoir, la secrétaire a posé la liste des consultations de la matinée.

Unité 77. Planification.

Docteur Karma, mardi 19 février.

8 h 50, Yvonne B. : post-IVG + pose DIU.

9 h 15, Colette E. : consultation.

9 h 30, Denise M. : consultation

Et le même genre de chose sur dix ou douze lignes.

Le téléphone sonne. La secrétaire prend un crayon et répond.

Unité 77, j’écoute. Non, madame, vous êtes à l’unité 77… Oui. Je comprends. Vous avez de quoi noter ? Je vais vous donner le numéro du centre d’IVG pour que vous preniez rendez-vous… Oui ? (Elle pose son crayon.) Vous êtes majeure ? Alors, l’entretien n’est obligatoire que pour les mineures, mais si vous avez des questions à poser, vous pouvez parler à une conseillère avant de voir le médecin. Oui… Bien sûr… Je comprends… Justement, je pense que ce serait bien que vous parliez avec Angèle Pujade, notre conseillère… Non, rassurez-vous, elle n’est pas là pour vous dissuader… Quand ça ? Oh, mais ça fait longtemps, ça, quinze ans ! Vous êtes devenue une autre femme, depuis… (Elle sourit.) Non, il n’y a pas de risque. Ça fait partie de la vie des femmes… Eh oui… (Elle rit de nouveau.) Ah, si vous voulez reparler de contraception ensuite, vous pouvez venir consulter ici, bien sûr. Les délais d’attente sont bien moins longs qu’avec les spécialistes de ville ou les médecins de la maternité… Oh, dix, douze jours… Non, pas plus. Et en cas d’urgence on vous reçoit dans la journée. Oui. Bien sûr… Je vous donne le numéro ?… Je vous en prie. Moi, je suis Aline, la secrétaire. Si vous avez la moindre question, n’hésitez pas à appeler… Je vous en prie. Au revoir.

Elle repose le téléphone et secoue la tête.

Je regarde ma montre. 9 h 5. Il m’avait dit neuf heures. Il est en retard. Sans quitter son écran des yeux, la secrétaire a dû apercevoir mon geste car elle dit :

Franz ne va pas tarder.

« Franz » ?

Je ne réponds rien.

Qu’est-ce que vous voulez faire, plus tard ? dit-elle.

Que voulez-vous dire ? Ah. Comme spécialité ?

Mmhhh…

Je la regarde, j’hésite, je finis par dire :

De la chirurgie gynécologique…

Vraiment ? Pourquoi venir ici, alors ?

Je ne sais pas quoi répondre. Elle mastique furieusement son chewing-gum et fait la moue.

Ah, je comprends. On vous a dit de venir…

Je me tais. De quel droit cette connasse me juge-t-elle?

Vous avez déjà reçu des femmes en consultation ?

Bien sûr. Mais surtout en chirurgie…

Aïe ! Bon, ben va falloir vous y mettre. Mais il n’est jamais trop tard pour apprendre.

Elle lève la tête et l’incline sur le côté, à présent. Je n’ai jamais vu une secrétaire me jeter pareil regard. La plupart restent distantes et gardent leur hostilité pour elles, mais celle-ci semble prendre plaisir à se moquer de moi.

Sans me démonter, je m’approche de la guérite, je pose la main sur le comptoir, je dis :

Pas de problème.

Elle hoche la tête, sort un autre chewing-gum de la poche de sa blouse, colle le premier dans le papier, fourre le second dans sa bouche.

Bon ! Franz aime les internes qui ont de la personnalité.

« Franz ». Ils ont gardé les vaches ensemble, ou quoi?

Ah oui ? dis-je en tapotant le comptoir avec agacement.

Yep. Ah, ce qu’on fait ici est moins passionnant que faire sauter des utérus ou engrosser des bourgeoises pressées, dit-elle en prenant une grosse voix. Mais c’est au moins aussi important…

Sa remarque me laisse sans voix. Son visage devient plus farouche.

Désolée d’être agressive, mais vous venez de là-bas, explique-t-elle en tendant le menton en direction de la porte battante, et j’y ai fait de très mauvaises expériences avec des gens comme vous.

Je suis sur le point de lui rabattre son caquet en lui expliquant que je ne suis pas tout à fait « comme eux », mais elle tourne la tête vers la porte de rue.

Ah… le voilà !

Je la regarde sans comprendre.

Fr… le docteur Karma. Je viens de l’entendre passer sur son scooter.

Une demi-minute plus tard, une silhouette en caban bondit en haut des marches.

Le dos voûté, un petit sac à dos gris à la main, il entre, et lance : « Bonjour tout le monde. » Tandis que la porte se referme derrière lui, il s’avance dans ma direction, fait à la secrétaire un clin d'œil séducteur et un sourire auxquels elle répond par une œillade extatique avant de me désigner : « Voici… le docteur Atwood. »

Il me regarde et me tend la main.

Docteur Atwood, Mmhhh… (Il y a dans sa voix grave, presque rauque, la même pointe d’ironie que dans celle de sa secrétaire.) Bienvenue ! Vous m’excusez une seconde ?

Et, sans me laisser le temps de répondre, il se détourne et entre dans le bureau de consultation.

Au moment où il disparaît, une femme gravit les marches à son tour, franchit la porte de rue et s’approche du comptoir, essoufflée et intimidée.

Je suis en retard, je suis désolée… J’ai rendez-vous avec le Dr Karma.

14 août 2009

La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules – Philippe Delerm

la_1_gorgee_de_biere Gallimard – février 1997 – 91 pages

Présentation de l'éditeur
« C’est facile, d’écosser les petits pois. Une pression du pouce sur la fente de la gousse et elle s’ouvre, docile, offerte. Quelques-unes, moins mûres, sont plus réticentes - une incision de l’ongle de l’index permet alors de déchirer le vert, et de sentir la mouillure et la chair dense, juste sous la peau faussement parcheminée. Après, on fait glisser les boules d’un seul doigt. La dernière est si minuscule... L’écossage des petits pois n’est pas conçu pour expliquer, mais pour suivre le cours, à léger contretemps. Il y en aurait pour cinq minutes mais c’est bien de prolonger, d’alentir le matin, gousse à gousse, manches retroussées. On passe les mains dans les boules écossées qui remplissent le saladier. C’est doux ; toutes ces rondeurs contiguës font comme une eau vert tendre, et l’on s’étonne de ne pas avoir les mains mouillées. Un long silence de bien-être clair, et puis il y aura juste le pain à aller chercher. »
« Mise en scène avec humour par France Jolly, sept comédiens fort sympathiques nous font partager des instants qui valent moins que rien, mais comptent plus que tout » (Le Nouvel Observateur).

Auteur : Philippe Delerm est un écrivain français né le 27 novembre 1950 à Auvers-sur-Oise. Il est enseignant de lettres au collège Marie Curie (Bernay, Normandie). Surtout connu pour ses recueils de textes brefs comme La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules (1997) et Enregistrements pirates (2004), Philippe Delerm a aussi publié en 1990 Autumn, roman pour lequel il a obtenu le prix Alain-Fournier de même que Sundborn ou les jours de lumière, en 1997, qui a pour sa part reçu le prix des libraires. Il est marié avec Martine Delerm, illustratrice de littérature jeunesse, avec laquelle il a un fils, Vincent Delerm, auteur-compositeur-interprète.

Mon avis : (lu en février 2004)

L'auteur nous évoque trente-quatre petits plaisirs de la vie qui nous rappellent notre enfance, notre adolescence ou notre simple quotidien comme écosser des petits pois, manipuler un Opinel, l'odeur d'une pomme, marcher sur le bord d'un trottoir…

L'écriture est précise et pleine de poésie, l’auteur donne de la beauté à des sensations ou des gestes terriblement banals.

Ce livre doit se savourer, en prenant tout son temps, il faut lire une histoire à la fois pour bien profiter de chacun de ces plaisirs si évocateurs.

Extrait :
"C'est facile, d'écosser les petits pois. Une pression du pouce sur la fente de la gousse et elle s'ouvre, docile, offerte. Quelques-unes, moins mûres, sont plus réticentes - une incision de l'ongle de l'index permet alors de déchirer le vert, et de sentir la mouillure et la chair dense, juste sous la peau faussement parcheminée. Après, on fait glisser les boules d'un seul doigt. La dernière est si minuscule. Parfois, on a envie de la croquer. Ce n'est pas
bon, un peu amer, mais frais comme la cuisine de onze heures, cuisine de l'eau froide, des légumes épluchés - tous près, contre l'évier, quelques carottes nues brillent sur un torchon, finissent de sécher."

2 septembre 2009

Le Japon n'existe pas - Alberto Torres-Blandina

le_japon_n_existe_pas Éditions Métaillié – mai 2009 – 158 pages

traduit de l'espagnol François Gaudry

Présentation de l'éditeur
Voyageurs qui n'aimez pas les longues attentes dans les aéroports, ce livre est pour vous. Dans un terminal, un balayeur affable et disert bavarde avec les passagers en attente, devine leur destination, leur donne des conseils, raconte des histoires passionnantes sur ses voisins, flirte avec la vendeuse de journaux. Il propose même à ses interlocuteurs en partance pour Tokyo une théorie originale: "Le Japon n'est qu'une façade. Une opération marketing comme une autre. On l'a inventé pour vendre de la technologie et ça a marché. Made in Japan est aujourd'hui le meilleur label pour vendre une voiture ou un téléviseur." D'histoire en histoire cet étrange balayeur nous surprend avec humour et bonheur. Le premier roman plein d'ironie et d'énergie d'un jeune homme prometteur.

Biographie de l'auteur
Alberto Torres-Blandina vit à Valence. Il est musicien, chanteur-compositeur et enseigne l'espagnol. Ce livre a reçu le Prix Las Dos Orillas qui consiste en la publication simultanée en Italie, Grèce, Espagne, Portugal et France.

Mon avis : (lu en septembre 2009)

Il s'appelle Salvator Fuensanta, c'est un vieil homme à quelques semaines de la retraite, il est balayeur dans un aéroport espagnol. Il aime bavarder et raconter des histoires aux voyageurs qui attendent leur embarquement. Nous suivons donc le monologue de cet homme et ses récits qui se suivent au gré des rencontres. Ses histoires sont plus ou moins réalistes ou empreintes de sagesse : le lecteur découvrira : les dessous du code de la drague qui existe dans tous les aéroports du monde, les amours compliqués de Rosalia et Roberto, l'existence du Club des Désirs Impossibles, Pau le poète faussement finlandais, la vie cruelle d'Eduardo qui est parti en Inde chercher le renouveau de l'être humain, mais aussi la non existence du Japon concept marketing créé de toutes pièces...

Un roman décalé, très dépaysant qui est à la fois plein de poésie et d'humour.

Extrait : (page 58)

Mademoiselle ! Vous avez oublié votre livre sur le siège !
De rien. J'ai vu que vous partiez et je me suis rendu compte que vous alliez oublier quelque chose. Tenez, le voilà : Baudelaire, Les Fleurs du mal. Je vois que vous le lisez en français... Vous êtes française ? Non, bien sûr, je trouvais que vous n'aviez pas tellement une tête de Française...
Eh bien, je ne sais trop comment décrire une « tête de Française ». Après tant d'années ici, je pourrais vous dire qui est de Paris et qui d'une autre ville, mais ne me demandez pas de vous expliquer, je ne saurais pas. Ça tient à de petits détails...
Moi ? Non, je ne l'ai pas lu. Je ne connais presque rien en poésie. Enfin, je connais un poète... mais ce n'est pas un poète important...
Je ne crois pas que vous le connaissiez. Il est finlandais...
Exact ! C'est Jussi Latval. Vous l'avez lu ? Incroyable ! Il n'y a pas longtemps j'ai fait la connaissance d'un couple qui était tombé amoureux grâce à un de ses poèmes... Oui, c'est ce que je leur ai dit, que c'était un peu bizarre de tomber amoureux avec ces poèmes, si existentiels...
Comment dites-vous ? Derrière la routine des lèvres / Maintenant dans mon demi-sommeil / Enfin je t'embrasse... Non, je ne le connaissais pas. C'est peut-être celui-là. Il a dû l'écrire dernièrement...
Oui, oui, je sais qu'il est mort et que les morts n'écrivent pas... Mais ce mort est un peu spécial... Il a rendu l'âme dans cet aéroport. Vous le saviez ? Non ? Eh bien, maintenant vous le savez.
Que savez-vous de plus sur Jussi ? ... Ce que vous avez lu sur Internet. Il y a beaucoup de sites sur lui ? C'est vrai ? Je vais vous raconter quelque chose. Vous avez cinq minutes ? Bon, venez avec moi, on va s'asseoir là, parce que rester debout toute la journée...


15 octobre 2009

Le livre de Joe - Jonathan Tropper

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Fleuve Noir – novembre 2005 – 375 pages

10x18 – septembre 2006 – 411 pages

traduit de l'américain par Nathalie Peronny

Présentation de l'éditeur
A première vue, Joe Goffman a tout pour lui : un magnifique appartement dans les quartiers chics de Manhattan, des aventures sentimentales en série, une décapotable dernier cri et des dollars comme s'il en pleuvait. Ce jeune auteur a très vite rencontré le succès avec son premier roman, Bush Falls. Directement inspiré de son adolescence passée dans une petite bourgade du Connecticut, ce best-seller ridiculise les mœurs provinciales de ses ex-concitoyens, dénonce leur hypocrisie, leur étroitesse d'esprit et toutes leurs turpitudes. Mais le jour où il est rappelé d'urgence à Bush Falls au chevet de son père mourant, il se retrouve confronté aux souvenirs qu'il croyait enfouis à jamais. Face à l'hostilité d'une ville entière, rattrapé par les fantômes de son passé, Joe va devoir affronter ses propres contradictions et peut-être enfin trouver sa place...

Biographie de l'auteur
Jonathan Tropper est né et a grandi à Riverdale dans l'Etat de New York. Son premier roman, Plan B a paru aux États-Unis en 2001. Le Livre de Joe est actuellement en cours d'adaptation pour le cinéma par les studios Warner. Jonathan Tropper vit aujourd'hui à Westchester (New York). Il a signé depuis deux romans Tout peut arriver (Fleuve Noir, 2007) et How to Talk to a Widower.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

Joe Goffman est écrivain il revient dans sa ville natale après dix-sept ans d'absence car son père est gravement malade. Il revient sur les lieux de sa jeunesse et sur des souvenirs douloureux du passé. Son passé, il l'avait utilisé dans « Bush Falls » le livre autobiographique et corrosif qui l'a rendu célèbre. Il est donc accueilli plutôt froidement par les autochtones... Son retour, bouleverse Joe plus qu'il ne l'avait imaginé car il se sent obligé de réparer ses torts. Il retrouve Wayne un de ses anciens amis et Carly sa première petite amie.

Le livre se lit très facilement, les personnages sont attachants, le livre oscille entre humour et émotion. Il nous décrit également une société américaine des années 80 dans une petite ville où la tradition est importante et les idées reçues nombreuses. J'ai passé un très bon moment en lisant ce livre qui m'a beaucoup plu.

Extrait : (page 59)

Je pensais m'être assez bien remémoré Bush Falls, au moment d'écrire mon livre. Mais maintenant que j'entre dans la ville, je réalise que ce j'avais conservé en mémoire n'était que des réminiscences superficielles, substituts de carton-pâte en lieu et place des véritables souvenirs qui commencent alors seulement à émerger. L'expérience physique du retour réveille les vieux souvenirs assoupis, et à mesure que se déroulent devant moi les rues de ma ville natale, je suis frappé par la clarté retrouvée de tant de détails enfouis dans mon inconscient. Des images qui auraient dû tomber en poussière au bout de dix-sept ans d'usure rejaillissent désormais à la surface, scellées et intactes, poussées par une forme de volonté hypnotique. Je me sens presque violé dans mon intimité en découvrant que mon esprit a ainsi conservé à mon insu des liens si forts avec cette ville, un peu comme si mon cerveau m'avait fait des coups en douce.

Bush Falls est une version typique, quoiqu'à l'échelle réduite, de nombreuses villes moyennes du Connecticut ; une banlieue conçue et édifiée selon un plan précis, où les pelouses sont toujours vertes et la plupart des cols blancs. Le paysage, notamment, est une notion que l'on prend très au sérieux au Connecticut. Les habitants n'ont ni écussons ni armoiries au-dessus de leur porte d'entrée ; ils ont des haies, des fuchsias et des pachysandres, des parterres de fleurs et des tuyas émeraude. Une pelouse mal entretenue attire l'œil comme un goitre, symptôme révélateur d'une glande familiale dysfonctionnelle. L'été, le crissement des cigales, invisibles au sommet des arbres, fait écho au faible staccato chuintant des centaines d'arroseurs automatiques en rotation, sortis du garage après dîner ou incrustés dans le gazon et déclenchés par minuterie. Bientôt, je le sais, les arroseurs se verront remisés pour la saison, remplacés par des râteaux et des aspirateurs à feuilles mortes mais pour l'instant, ils continuent de trôner de part et d'autre de Startfield Road, la grande artère reliant la partie résidentielle de Bush Falls au quartier commerçant.

9 janvier 2010

Les heures souterraines - Delphine de Vigan

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (4/26)

les_heures_souterraines Jean-Claude Lattès – août 2009 – 299 pages

Présentation de l'éditeur :

Chaque jour, Mathilde prend la ligne 9, puis la ligne 1, puis le RER D jusqu'au Vert-de-Maisons. Chaque jour, elle effectue les mêmes gestes, emprunte les mêmes couloirs de correspondance, monte dans les mêmes trains. Chaque jour, elle pointe, à la même heure, dans une entreprise où on ne l'attend plus. Car depuis quelques mois, sans que rien n'ait été dit, sans raison objective, Mathilde n'a plus rien à faire. Alors, elle laisse couler les heures. Ces heures dont elle ne parle pas, qu'elle cache à ses amis, à sa famille, ces heures dont elle a honte.
Thibault travaille pour les Urgences Médicales de Paris. Chaque jour, il monte dans sa voiture, se rend aux adresses que le standard lui indique. Dans cette ville qui ne lui épargne rien, il est coincé dans un embouteillage, attend derrière un camion, cherche une place. Ici ou là, chaque jour, des gens l'attendent qui parfois ne verront que lui. Thibault connaît mieux que quiconque les petites maladies et les grands désastres, la vitesse de la ville et l'immense solitude qu'elle abrite.
Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Autour d'eux, la ville se presse, se tend, jamais ne s'arrête. Autour d'eux s'agite un monde privé de douceur.
Les heures souterraines est un roman sur la violence silencieuse. Au cœur d'une ville sans cesse en mouvement, multipliée, où l'on risque de se perdre sans aucun bruit.

Auteur : Delphine de Vigan est l'auteur de No et moi, révélation du magazine LIRE 2007, prix des libraires 2008 et prix solidarité 2009. Elle vit à Paris, connaît bien la ligne D du RER et la couleur des lignes de métro. Les heures souterraines est son cinquième roman.

Mon avis : (lu en janvier 2010)

J'avais beaucoup aimé "No et moi" du même auteur, et lorsqu'au «Café Lectures» ce livre nous a été conseillé, je n'ai pas hésité pour l'emprunter.

C'est en parallèle l'histoire de Mathilde et l'histoire de Thibault, tous deux se débattent seul dans leur vie, ils sont épuisés. Mathilde élève seule ses 3 enfants et est cadre supérieure dans un grand groupe, elle subit le harcèlement moral de son supérieur hiérarchique. Elle prend chaque jour le métro et le RER pour se rendre au travail, où peu à peu elle est isolée, subissant des brimades sans que les autres par peur de perdre leur emploi ne la soutienne. Thibault est médecin pour les Urgences Médicales de Paris, il passe beaucoup de temps dans sa voiture et subit le stress de la ville, des embouteillages, dans son métier il est confronté chaque jour à la détresse humaine. De plus, il vient de rompre avec une petite amie superficielle qui est indifférente à son amour.

Ce livre est vraiment facile et agréable à lire, il est plutôt sombre mais vraiment émouvant et les deux personnages du livre sont vraiment très attachants. Delphine de Vigan nous fait des descriptions très réalistes et réussies du monde de l'entreprise et du harcèlement moral, du monde souterrain du métro et RER et du monde de la ville lieu où se croisent les solitudes.

Un roman très réussi que je vous invite à lire un jour où le moral n'est pas dans les chaussettes... En effet, la description du processus de harcèlement de Mathilde est vraiment implacable, cruelle et dure. A lire !

Extrait : (début du livre)

La voix traverse le sommeil, oscille à la surface. La femme caresse les cartes retournées sur la table, elle répète plusieurs fois, sur ce ton de certitude : le 20 mai, votre vie va changer.

Mathilde ne sait pas si elle est encore dans le rêve ou déjà dans la journée qui commence, elle jette un œil à la pendule du radio-réveil, il est quatre heures du matin.

Elle a rêvé. Elle a rêvé de cette femme qu'elle a vue il y a quelques semaines, une voyante, oui, voilà, sans châle ni boule de cristal, mais une voyante quand même. Elle a traversé tout Paris en métro, s'est assise derrière les rideaux épais, au rez-de-chaussée d'un immeuble du seizième arrondissement, elle lui a donné cent cinquante euros pour qu'elle lise dans sa main, et dans les nombres qui l'entourent, elle y est allée parce qu'il n'y avait rien d'autre, pas un filet de lumière vers lequel tendre, pas un verbe à conjuguer, pas de perspective d'un après. Elle y est allée parce qu'il faut bien s'accrocher à quelque chose.

Elle est repartie avec son petit sac qui se balançait au bout de son bras et cette prédiction ridicule, comme si c'était inscrit dans les lignes de sa paume, son heure de naissance ou les huit lettres de son prénom, comme si cela pouvait se voir à l'œil nu : un homme le 20 mai. Un homme au tournant de sa vie, qui la délivrerait. Comme quoi on peut être titulaire d'un DESS d'économétrie et statistique appliquée et consulter une voyante. Quelques jours plus tard il lui est apparu qu'elle avait jeté cent cinquante euros par la fenêtre, un point c'est tout, voilà à quoi elle a pensé en visant d'un trait rouge les dépenses du mois sur son relevé de compte, et qu'elle se foutait pas mal de ce 20 mai, et des autres jours aussi, à ce rythme-là de toute façon.

Le 20 mai est resté comme une vague promesse, suspendue au-dessus du vide.

C'est aujourd'hui.

Aujourd'hui, quelque chose pourrait se passer. Quelque chose d'important. Un événement qui inverserait le cours de sa vie, un point de disjonction, une césure, inscrite depuis plusieurs semaines à l'encre noire dans son agenda. Un événement majuscule, attendu comme un sauvetage en haute mer.

Aujourd'hui, le 20 mai, parce qu'elle est arrivée au bout, au bout de ce qu'elle peut supporter, au bout de ce qu'il est humainement possible de supporter. C'est écrit dans l'ordre du monde. Dans le ciel liquide, dans la conjonction des planètes, dans la vibration des nombres. Il est écrit qu'aujourd'hui elle serait parvenue exactement là, au point de non-retour, là où plus rien de normal ne peut modifier le cours des heures, là où rien ne peut advenir qui ne menace l'ensemble, ne remette tout en question. Il faut que quelque chose se passe. Quelque chose d'exceptionnel. Pour sortir de là. Pour que ça s'arrête.

En quelques semaines, elle a tout imaginé. Le possible et l'impossible. Le meilleur et le pire. Qu'elle serait victime d'un attentat, au milieu du long couloir qui relie le métro au RER une bombe exploserait, puissante, soufflerait tout, pulvériserait son corps, elle serait éparpillée dans l'air saturé des matins d'affluence, dispersée aux quatre coins de la gare, plus tard on retrouverait des morceaux de sa robe à fleurs et de son passe Navigo. Ou bien elle se casserait la cheville, elle glisserait de manière stupide sur une surface graisseuse comme il faut parfois en contourner, brillante sur les dalles claires, ou bien elle raterait l'entrée de l'escalier roulant et se laisserait tomber, la jambe en équerre, il faudrait appeler les pompiers, l'opérer, visser des plaques et des broches, l'immobiliser pendant des mois, ou bien elle serait kidnappée par erreur, en plein jour, par un groupuscule inconnu. Ou bien elle rencontrerait un homme, dans le wagon ou au Café de la Gare, un homme qui lui dirait madame vous ne pouvez pas continuer comme ça, donnez-moi la main, prenez mon bras, rebroussez chemin, posez votre sac, ne restez pas debout, installez-vous à cette table, c'est fini, vous n'irez plus, ce n'est plus possible, vous allez vous battre, nous allons nous battre, je serai à vos côtés. Un homme ou une femme, après tout, peu importe. Quelqu'un qui comprendrait qu'elle ne peut plus y aller, que chaque jour qui passe elle entame sa substance, elle entame l'essentiel. Quelqu'un qui caresserait sa joue, ou ses cheveux, qui murmurerait comme pour soi-même comment avez-vous fait pour tenir si longtemps, avec quel courage, quelles ressources. Quelqu'un qui s'opposerait. Qui dirait stop. Qui la prendrait en charge. Quelqu'un qui l'obligerait à descendre à la station précédente ou s'installerait en face d'elle au fond d'un bar. Qui regarderait tourner les heures sur l'horloge murale. À midi, il ou elle lui sourirait et lui dirait : voilà, c'est fini.

C'est la nuit, la nuit d'avant ce jour attendu malgré elle, il est quatre heures du matin. Mathilde sait qu'elle ne se rendormira pas, elle connaît le scénario par coeur, les positions qu'elle va adopter l'une après l'autre, la respiration qu'elle tentera d'apaiser, l'oreiller qu'elle calera sous sa nuque. Et puis elle finira par allumer la lumière, prendra un livre auquel elle ne parviendra pas à s'intéresser, elle regardera les dessins de ses enfants accrochés aux murs, pour ne pas penser, ne pas anticiper la journée,

ne pas se voir descendre du train,

ne pas se voir dire bonjour avec l'envie de hurler,

ne pas se voir entrer dans l'ascenseur,

ne pas se voir avancer à pas feutrés sur la moquette grise,

ne pas se voir assise derrière ce bureau.

Elle étire ses membres un à un, elle a chaud, le rêve est encore là, la femme tient sa paume tournée vers le ciel, elle répète une dernière fois : le 20 mai.

Il y a longtemps que Mathilde a perdu le sommeil. Presque chaque nuit l'angoisse la réveille, à la même heure, elle sait dans quel ordre elle va devoir contenir les images, les doutes, les questions, elle connaît par cœur les détours de l'insomnie, elle sait qu'elle va ressasser tout depuis le début, comment ça a commencé, comment ça s'est aggravé, comment elle en est arrivée là, et cet impossible retour en arrière. Déjà son cœur bat plus vite, la machine est en marche, la machine qui broie tout, alors tout y passe, les courses qu'elle doit faire, les rendez-vous qu'elle doit prendre, les amis qu'elle doit appeler, les factures qu'elle ne doit pas oublier, la maison qu'elle doit chercher pour l'été, toutes ces choses autrefois si faciles aujourd'hui devenues si lourdes.

Dans la moiteur des draps elle parvient toujours à la même conclusion : elle ne va pas y arriver.

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (4/26)

Lu du même auteur :

no_et_moi No et moi

8 janvier 2010

Le testament caché – Sebastian Barry

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le_testament_cach_ Éditions Joëlle Losfeld – septembre 2009 – 328 pages

traduit de l'anglais (Irlande) par Florence Lévy-Paoloni

Présentation de l'éditeur :

Roseanne McNulty a cent ans ou, du moins, c'est ce qu'elle croit, elle ne sait plus très bien. Elle a passé plus de la moitié de sa vie dans l'institution psychiatrique de Roscommon, où elle écrit en cachette l'histoire de sa jeunesse, lorsqu'elle était encore belle et aimée. L'hôpital est sur le point d'être détruit, et le docteur Grene, son psychiatre, doit évaluer si Roseanne est apte ou non à réintégrer la société. Pour cela, il devra apprendre à la connaître, et revenir sur les raisons obscures de son internement. Au fil de leurs entretiens, et à travers la lecture de leurs journaux respectifs, le lecteur est plongé au coeur de l'histoire secrète de Roseanne, dont il découvrira les terribles intrications avec celle de l'Irlande. A travers le sort tragique de Roseanne et la figure odieuse d'un prêtre zélé, le père Gaunt, Sebastian Barry livre ici dans un style unique et lumineux un roman mystérieux et entêtant.

Auteur : Sebastian Barry est né à Dublin en 1955. À la fois romancier, poète et dramaturge, il est reconnu comme l'une des voix les plus importantes de l'Irlande d'aujourd'hui. Ses romans Annie Dunne et Un long, long chemin ont paru aux Éditions Joëlle Losfeld respectivement en 2005 et 2006. Le testament caché figurait sur la shortlist du Man Booker Prize 2008, et a obtenu le prix Costa Book of the Year cette même année. Il a également décroché en 2009 le prix Hughes and Hughes Irish Novel of the Year.

Mon avis : (lu en janvier 2010)

Ce livre nous raconte l'histoire Roseanne McNulty, elle a 100 ans et a passé presque toute sa vie dans l'hôpital psychiatrique de Roscommon. Mais l'hôpital doit fermer et le Dr Grene est chargé de tester les malades pour savoir ceux que l'on doit replacer dans le nouvel hôpital psychiatrique et ceux qui peuvent retrouver une vie normale. Roseanne prétend avoir oublié pourquoi elle a été internée. Mais en secret, elle écrit l'histoire de sa vie. Parallèlement, le docteur Grene consigne sur carnet ses entretiens avec Roseanne et le résultat de ses recherches dans les archives de l'hôpital. Ce livre nous raconte également en filigrane un siècle de la société irlandaise et une époque sombre de l'histoire irlandaise où l'auteur n’épargne pas l'Église catholique. Roseanne est un personnage terriblement attachant avec d'un destin dramatique. Le dénouement de cette belle histoire est totalement inattendue et m'a vraiment surprise.

Extrait : (page 182)

Tom en m'avait pas demandé de l'épouser ni rien de tout cela et pourtant je savais que toutes ces paroles avaient un rapport avec le mariage. Moi-même, tout à coup, je ne voulais pas l'épouser, ni lui ni personne, ni être demandée en mariage. J'avais un peu plus de vingt ans et à l'époque on était vieille fille à vingt-cinq et on ne trouvait même plus un bossu avec qui se marier. Les femmes étaient beaucoup plus nombreuses que les hommes en Irlande en ce temps-là. Les femmes avaient compris et partaient en Amérique et en Angleterre à toute vitesse, avant que leurs bottines ne s'enfoncent et ne restent collées dans le bourbier irlandais. L'Amérique réclamait des femmes à cor et à cri, nous étions une exportation aussi bonne que de l'or pour l'Amérique. Des centaines et des milliers partaient chaque année que Dieu faisait. Des femmes ravissantes, des femmes rondes, laides, fortes, épuisées, jeunes, vieilles, de toutes les fichues catégories. La liberté, je pense que c'est ce qu'elles cherchaient et elles suivaient leur intuition. Elles préféraient être bonnes en Amérique plutôt que vieilles filles dans cette satanée Irlande. J'eus brusquement une envie intense, fervente, presque violente de faire comme elles. L'odeur de l'agneau imprégnait mes vêtements et je me disais que seul un voyage en mer, la traversée de l'Amérique, pourrait m'en débarrasser. Bon, mais voyez-vous, j'aimais ce Tom. Que Dieu me vienne en aide.

30 décembre 2009

Challenges 2010

Après les deux premiers challenges auxquels je me suis inscrite mi-novembre et qui sont en cours :

coeur_vs31er challenge : Les coups de coeur de la blogosphère

livre n°1 :   Seule Venise - Claudie Gallay  proposé par Gil

livre n°2 :  Elle s'appelait Sarah - Tatiana de Rosnay proposé par Suffy

livre n°3 : L'attrape-cœurs - J. D. Salinger proposé par Anneso

livre n°4 : Mon enfant de Berlin -Anne Wiazemsky  proposé par Clarabel

livre n°5 :  Ravel - Jean Echenoz proposé par Denis

livre n°6 : Le cœur est un chasseur solitaire - Carson McCullers proposé par Brize

livre n°7 :  Le club des incorrigibles optimistes - Jean-Michel Guenassia proposé par Clarabel

livre n°8 : A l'ouest - Olivier Adam proposé par Amy

livre n°9 : La mécanique du cœur - Mathias Malzieu proposé par Lael

livre n°10 : Hunger games - Suzanne Collins proposé par Clarabel et Gawou

challenge_100_ans_article_300x225 2ème challenge : 100 ans de littérature américaine

livre n°1 :  Jours de fête à l'hospice - John Updike

livre n°2 :  L'attrape-cœurs - J. D. Salinger

livre n°3 :  La couleur pourpre – Alice Walker

livre n°4 :  Le cœur est un chasseur solitaire - Carson McCullers

livre n°5 :  Un été prodigue – Barbara Kingsolver 

En cette fin d'année, je me suis inscrite à de nouveaux challenges :

a_lire_et_a_manger 3ème challenge : A lire et à manger

Ce challenge est organisé par Chiffonette et il s'agit de lire un roman culinaire et d'en adapter une recette...

Je n'ai pas encore choisi le livre pour ce Challenge... peut-être Une gourmandise de Muriel Barbery qui se trouve dans ma PAL (perso).

logo_challenge_ABC 4ème challenge : Challenge ABC 2010

Challenge organisé par Miss Giny et Ankya, il s'agit de lire 26 livres avec un auteur pour chaque lettre de l'alphabet... certaines lettres sont difficiles à trouver !

Voici ma liste qui peut encore un peu évoluer :

A – Aslam Nadeem - La veine attente

B – Benameur Jeanne – Présent ?

C – Conroy Pat – Le prince des marées

D - Decoin Didier - Les 3 vies de Babe Ozouf

E – Echenoz Jean – Ravel

F – Follett Ken – Un monde sans fin

ou Francis Scott Fitzgerald - L'étrange histoire de Benjamin Button

G – Gavalda Anna - L'échappée belle

H – Heuré Gilles - L'homme de cinq heures

I – Indridason Arnaldur – Hypothermie (à paraître)

J – Johnson Maureen – 13 petites enveloppes bleues

K – Kingsolver Barbara - Un été prodigue

L – Läckberg Camilla – Le tailleur de pierre

M – Mankell Henning

N – Nesbo Jo

O - Ovaldé Véronique - Ce que je sais de Véra Candida

P – Perez-Reverte Arturo – Le cimetière des bateaux sans noms ou Le peintre des batailles

Q – Queffelec Yann - Les noces barbares

R – Radge Anne B. – La ferme des Neshov (à paraître)

S – Saubade Valérie - Happy Birthday grand-mère

T – Tropper Jonathan - Perte et fracas

U – Unger Lisa

V – de Vigan Delphine - Les heures souterraines 

W – Winkler Martin - Les Trois Médecins

X - Xinran - Chinoises

Y - ?

Z – Zweig Stefan - Le voyage dans le passé

logo_coup_de_coeur_polar_oiseaux_coeur 5ème challenge : Coup de coeur polar 2009

Challenge organisé par Fersenette, chaque participant fait une liste de ses 3 coups de coeur polar en 2009, puis il lira un des coups de coeur proposé qu'il ne connaît pas.

Mes trois polars coups de coeur pour 2009 sont :

1 - Millénium 1, 2 et 3 de Stieg Larsson (Suède)

2 - Hiver arctique de Arnaldur Indridason (Islande)

3 - La princesse de glace de Camilla Läckberg (Suède)

5 décembre 2009

La Terre des mensonges - Anne Birkefeldt Ragde

la_terre_des_mensonges Balland – juin 2009 – 370 pages

traduit du norvégien par Jean Renaud

Présentation de l'éditeur

Un registre de condoléances était ouvert, un stylo posé en travers de la première page. Une photo encadrée de la défunte la montrait en blouson sur une plage de galets, tenant à la main une racine d'arbre grise qui avait l'air d'un cygne.» Après la mort de leur mère, trois frères que tout sépare se retrouvent dans la ferme familiale. Tor, l'aîné, se consacre à l'élevage de porcs, Margido dirige une entreprise de pompes funèbres et Erlend est décorateur de vitrines à Copenhague. Les retrouvailles s'annoncent mouvementées : la tension atteint son paroxysme lorsque la question de l'héritage amène le père de famille à révéler un terrible secret.

Auteur : Née en 1957, elle a passé son enfance à Trondheim, ancienne professeur assistante de communication à l'Université de Trondheim, elle a écrit plus de quarante livres depuis 1986 aussi bien pour les adultes que pour les enfants. Anne B. Ragde décrit les relations ambiguës entre les trois frères avec un talent remarquable et signe un roman passionnant à l'humour grinçant. La Terre des mensonges est le phénomène incontournable de la scène littéraire norvégienne (traduit dans plus de 15 langues, il a reçu en Norvège le très prestigieux prix Riksmal). II a été adapté au théâtre et à l'écran. Plus d'un million de téléspectateurs ont suivi cette saga familiale subtile et incroyablement bien menée. La suite paraîtra en 2010.

Mon avis : (lu en décembre 2009)

Un livre assez original qui nous raconte l'histoire de trois frères très différents les uns les autres qui se retrouvent à la suite de l'hospitalisation puis le décès de leur mère. Cela commence par la description détaillée et précise de la vie de chacun des frères. Ainsi, dès les premières lignes du livre le lecteur est confronté au suicide d'un adolescent et nous accompagnons Margido dans son travail de croque-mort. Cela annonce dès le début l'atmosphère froide et sombre de cette campagne norvégienne et de cette histoire. Le plus jeune frère, Erlend, est parti il y a 20 ans s’exiler à Copenhague, il exerce la profession de décorateur de vitrines et partage sa vie avec un homme prénommé Krumme, rédacteur en chef d’un grand hebdomadaire. Le second, Margido dirige une entreprise de pompes funèbres et derrière une façade stricte et austère, il dissimule sa solitude affective. Le frère aîné, Tor, est resté à la ferme familiale, il s'occupe d'un élevage de porcs. Ses relations un peu particulières avec ses animaux témoignent du mal-être dans lequel il est. Depuis longtemps, les trois frères n'ont plus de relations les uns avec les autres et la mort de leur mère sera l’occasion d’étranges retrouvailles entre les trois frères.

L'écriture est fluide, les personnages attachants et l'histoire nous tient en haleine. C'est aussi une chronique sociale et ethnologique avec un humour grinçant, je ne me suis pas ennuyée un instant ! Et l'éditeur nous annonce une suite pour 2010.

Extrait : (début du livre)

Lorsque le téléphone sonna à dix heures et demie un dimanche soir, il en savait bien sûr la raison. Il prit la télécommande et baissa le son, la télé diffusait un reportage sur Al-Qaïda.

- Allo, Margido Neshov à l'appareil.

Et il pensa : j'espère que c'est une personne âgée morte dans son lit, pas un accident de la route.

Il s'avéra que ce n'était ni l'un ni l'autre, mais un adolescent qui s'était pendu. C'était le père qui appelait, Lars Kotum. Margido savait bien où se trouvait la grosse ferme de Kotum, à Bynes.

En fond sonore quelqu'un poussait des cris de bestiaux, perçants. Des cris qui, d'une certaine façon, lui étaient familiers : ceux d'une mère. Il demanda au père s'il avait prévenu le juge de paix et le médecin. Non, le père l'avait appelé aussitôt, lui, Margido, il savait qui il était et quelle profession il exerçait.

- Il faut quand même que vous leur téléphoniez, peut-être préférez-vous que je le fasse ?

- Il ne s'est pas pendu... normalement. Il s'est plutôt... étranglé. C'est absolument horrible. Oui, téléphonez ! Et venez ! Je vous en supplie.

Il ne prit pas le fourgon noir, mais la Citroën. Il valait mieux que le juge fasse venir une ambulance de l'hôpital Saint-Olav.

16 novembre 2009

Challenges

Je me suis lancée ces jours derniers dans deux Challenges pas trop difficiles à réussir, ce sont mes premiers...

1er challenge : Les coups de coeur de la blogosphère

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proposée par Audouchoc, cliquer ici pour en savoir plus...

livre n°1 : seule_venise_p  Seule Venise - Claudie Gallay  proposé par Gil

livre n°2 : elle_s_appelait_Sarah Elle s'appelait Sarah - Tatiana de Rosnay proposé par Suffy

livre n°3 : l_attrape_coeur_p L'attrape-cœurs - J. D. Salinger proposé par Anneso

livre n°4 : mon_enfant_de_berlin Mon enfant de Berlin proposé par Clarabel

2ème challenge : 100 ans de littérature américaine

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proposée par Bouboubouquine, cliquer ici pour en savoir plus...

livre n°1 : jour_de_f_tes___l_hospice_p Jours de fête à l'hospice - John Updike

livre n°2 : l_attrape_coeur_p L'attrape-cœurs - J. D. Salinger

livre n°3 : la_couleur_pourpre_p La couleur pourpre - Alice Walker 

28 juillet 2009

Film : Le hérisson

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Réalisé par Mona Achache avec Josiane Balasko, Garance Le Guillermic, Togo Igawa   

Sortie : le 3 juillet 2009

Mon avis : J'ai trouvé ce film très beau et plein de sensibilité, ayant j'ai lu « L'élégance du hérisson » en janvier 2007 je ne me rappelais pas de tout et j'ai redécouvert cette histoire à travers le film. Je n'ai pas été déçu par cette adaptation : j'ai trouvé Josiane Balasko formidable dans le rôle de Renée, la jeune actrice Garance Le Guillermic dans le rôle de Paloma est vraiment excellente et extrêmement touchante sans oublier Togo Igawa dans le rôle de Kakuro Ozu. Le film terminé, je n'ai plus qu'une seule envie relire « L'élégance du hérisson » !

17 octobre 2009

Malavita – Tonino Benacquista

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Gallimard – avril 2004 – 320 pages

Folio – novembre 2005 - 373 pages

Présentation de l'éditeur
Une famille apparemment comme les autres.
Une chose est sûre, s'ils emménagent dans votre quartier, fuyez sans vous retourner...

Auteur : Né en 1961 de parents italiens, Tonino Benacquista a grandi à Vitry. Fasciné pendant son enfance par les séries télévisées, dont 'Les Incorruptibles', il s'est naturellement dirigé vers des études de cinéma et de littérature. Son père, ouvrier dans un chantier naval, lit peu cependant. Aujourd' hui, Tonino Benacquista lit peu lui-même. Il interrompt ses études pour multiplier les expériences et les petits boulots, qu'il choisit en fonction du temps qu'ils lui laissent pour écrire. Son premier roman, 'Epinglé comme une pin-up dans un placard de GI', est publié au Fleuve noir. 'La Commedia des ratés', dans laquelle il dépeint la vie des immigrés italiens à Vitry, reçoit trois prix de littérature policière. Il a écrit 'Les morsures de l'aube', adapté au cinéma par Antoine de Caunes, et co-écrit avec Jacques Audiard le scénario de 'Sur mes lèvres'. Collaboration qu'il renouvelle en 2004 pou le film 'De battre mon coeur s'est arrêté' qui remporte le césar de la meilleure adaptation. Avec 'Saga' et 'Quelqu'un d'autre', il délaisse le polar pour s'intéresser au 'conflit de l'individu avec lui-même'. Le public apprécie son écriture franche et drôle, cruelle mais jamais cynique : 'Je ne veux pas noircir la noirceur. Le spectacle de ceux qui s'amusent en attendant la bombe me dégoûte. Mes personnages vivent mal le désarroi d'autrui parce que je ne supporte pas ça', dit-il.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

Malavita, c’est le nom du chien de cette drôle de famille. Une famille New Yorkaise qui s'installe dans un petit village normand, Cholong-sur-Avre, pour y trouver une vie paisible et ordinaire. Il y a Fred Blake, sa femme Maggie et ses enfants Belle et Warren. Fred se prétend écrivain et prépare un livre sur le Débarquement, Maggie fait du bénévolat dans une association caritative, Belle fait honneur à son prénom et Warren s’est créé une bande de copains autour de lui. En fait, le vrai nom de Fred est Giovanni Manzoni, c’est un repenti de la Cosa Nostra sous protection du FBI. Malavita, "la mauvaise vie" en sicilien est aussi un des multiples surnoms donné à la mafia… Comment vont-ils passer incognito et s’intégrer dans ce village tranquille ? Ce roman mélange à la fois l’humour, le cynisme, le burlesque et le suspens. Un vrai bon moment de détente.

Extrait : (début du livre)

" Ils prirent possession de la maison au milieu de la nuit. Une autre famille y aurait vu un commencement. Le premier matin de tous les autres. Une nouvelle vie dans une nouvelle ville. Un moment rare qu'on ne vit jamais dans le noir.

Les Blake, eux, emménageaient à la cloche de bois et s’efforçaient de ne pas attirer l’attention. Maggie, la mère, entra la première en tapant du talon sur le perron pour éloigner d’éventuels rats, traversa toutes les pièces et termina par la cave, qui lui parut saine et d’une humidité idéale pour faire vieillir une roue de parmesan et des caisses de chianti. Frederick, le père, mal à l’aise depuis toujours avec les rongeurs, laissa sa femme opérer et fit le tour de la maison, une lampe de poche à la main, puis aboutit dans une véranda où s’entassaient de vieux meubles de jardin recouverts de rouille, une table de ping-pong gondolée  et divers objets invisibles dans la pénombre.

La fille ainée, Belle de son prénom, dix-sept ans, grimpa l’escalier et se dirigea vers la pièce qui allait devenir sa chambre, un carré régulier, orienté sud, avec vue sur un érable et une bordure d’œillet blancs miraculeusement persistants – elle les devina à travers la nuit comme une giclée d’étoiles. Elle fit pivoter la tête du lit côté nord, déplaça la table de chevet et se plut à imaginer les murs recouverts de ses affiches qui avaient traversé les époques et les frontières. Le lieu se mit à vibrer de la seule présence de Belle. C’est là que désormais elle allait dormir, réviser ses cours, travailler sa gestuelle et sa démarche, bouder, rêver, rire, et parfois pleurer – sa journée type depuis l’adolescence. Warren, de trois ans son cadet, investit la chambre adjacente sans réelle curiosité ; peu lui importaient l’harmonie des volumes ou le panorama, seules comptaient l’installation électrique et sa propre ligne de téléphone. Dans moins d’une semaine, sa grande maîtrise des écrans informatiques lui permettrait d’oublier la campagne française et même l’Europe, et lui donnerait l’illusion d’être de retour chez lui, par-delà l’océan atlantique, d’où il venait et où il retournerait un jour."

6 octobre 2009

Le ciel des chevaux – Dominique Mainard

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Gallimard – août 2004 – 257 pages

Folio – mai 2008 – 391 pages

Présentation de l'éditeur
Lorsque la rumeur commence à se propager dans la ville, elle parvient tout naturellement aux oreilles de Lena. On murmure qu'un jeune homme, presque un adolescent, hante le parc voisin, racontant des histoires aux enfants venus y jouer. Il est revenu... lui dont elle n'a jamais parlé à quiconque, l'homme qui a partagé ses jeux d'enfant... son frère. La seule personne qu'elle informe de cette réapparition est sa mère avec laquelle elle ne communiquait plus depuis des années. Depuis la mort de son père. Depuis le jour où son frère a disparu...
Aujourd'hui, Lena est mariée à un homme qui ne sait rien de sa vie passée et dont elle a un petit garçon. Pour autant, elle ne cesse de penser à l'adolescent qui a élu domicile dans le parc et ne peut s'empêcher, à l'insu de tous, de partir à sa rencontre...

Biographie de l'auteur
Dominique Mainard a publié quelques recueils de nouvelles et plusieurs romans parmi lesquels on peut citer : Le second enfant Grand Prix Prométhée de la nouvelle, 1994, et Le grenadier, Editions Gallimard,1997. Paraissent aux Editions Joëlle Losfeld La maison des fatigués, 2000, Le grand fakir, 2001, et Leur histoire en 2002 pour lequel l'auteur a obtenu le Premier Prix du roman FNAC et le prix Alain-Fournier.

Mon avis : (lu en octobre 2009)

C’est une histoire poignante, pleine de tendresse mais aussi de détresse. Un livre où l’on trouve plein de secrets, de souvenirs, d'émotion et de non-dits. Lena a un mari, Adem, qui l’aime, un fils Mehli qui l’adore. Un jour, elle croit voir réapparaître un fantôme du passé : son petit frère avec qui Lena était si proche lorsqu’ils étaient enfants. Il a fuit l’hôpital et s’est réfugié dans le parc. Le récit bascule sans cesse entre réalité et imaginaire, entre le passé et le présent. Les personnages sont uniques, mystérieux et très attachants, l’histoire est tout en poésie.

Extrait : (début du livre)
J'étais chez le boucher quand j'ai entendu dire que quelqu'un vivait dans le parc de la ville, et aussitôt j'ai pensé que ce quelqu'un ne pouvait être que toi. Deux femmes discutaient en attendant leur tour et je fixais des yeux les carcasses exposées sur l'étal, quel lieu étrange où retrouver ta trace, me disais-je, mais en vérité où aurais-je pu entendre à nouveau parler de toi sinon en ces lieux si rouges, emplis d'une odeur de sang à peine masquée par un déodorant fleuri ?

Tout bas j'ai murmuré les mots prononcés autrefois – nous avons chevauché des chevaux morts - et aussitôt j’ai été submergée par une violente nausée. J’ai porté la main à mon visage, pressé ma manche contre ma bouche en respirant très fort l’odeur de pluie et de lessive pour lutter contre le vertige. Elles continuaient à parler de toi en t’appelant ce clochard, ce vagabond. Parfois il dresse une sorte de petit théâtre dans la parc avec des bouts de planche, disaient-elles, il raconte des histoires aux enfants, aux promeneurs, on lui donne un peu d’argent ou quelque chose à manger et c’est de cela qu’il vit. Une fois la représentation terminée il ramasse ses planches, enveloppe ses marionnettes dans un bout de tissu et disparaît dans les profondeurs du parc. Parfois on le trouve du côté des poneys harnachés qui promènent les enfants au moment des beaux jours, pour quelques pièces il leur porte des seaux d’eau, les brosse et balaie leur crottin. Personne ne sait où il dort, peut-être au-delà du bassin, dans le bois presque sauvage envahi de broussailles. Les petits adorent ses histoires, disaient les femmes, d’ailleurs ce ne sont pas ses seuls spectateurs, des vieilles dames du quartier et des promeneurs viennent l’écouter eux aussi. Mais quand même est-ce prudent, on entend tellement d’histoires, un jour on retrouvera peut-être le théâtre abandonné parmi les herbes, le vagabond disparu et un enfant envolé à jamais. Certes il a l’air doux et simple jusqu’à la bêtise, mais peut-on se fier à un langage enfantin, un visage d’ange ?   

Lu du même auteur :

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4 juillet 2009

Cherche auteur désespérément - Debra Ginsberg

cherche_auteur_d_sesp_r_ment Presse de la Cité – mai 2008 – 365 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Alice Delarbre

Présentation de l'éditeur
Angel Robinson a l'impression de vivre un rêve. Elle qui ne jure que par les livres vient de décrocher un poste d'assistante dans la plus célèbre agence littéraire des Etats-Unis. Mais elle découvre rapidement qu'il faut composer avec une patronne hystérique, des collègues lunatiques et des auteurs capricieux. Elle réussit pourtant, grâce à son sens littéraire hors pair, à se rendre indispensable et repère plusieurs projets intéressants. Un en particulier : le roman d'un auteur anonyme, livré chapitre par chapitre. Angel tombe sous le charme au gré des envois du mystérieux écrivain. Jusqu'au jour où elle comprend que le texte s'inspire de sa propre vie... Un éloge pétillant des plaisirs de la lecture, un roman jubilatoire qui séduira tous les amoureux des livres.

Biographie de l'auteur
Journaliste, Debra Ginsberg vit en Californie. "Cherche auteur désespérément" est son premier roman.

Mon avis : (lu en juillet 2009)

J’ai d’abord été attiré par la couverture de ce livre, puis par la dédicace de l’auteur : "Aux écrivains qui attendent encore d'être publiés, aux amoureux des livres qui les liront un jour". En effet, ce livre nous décrit le monde de l'édition : avec Lucy Fiamma agent littéraire célèbre que l'on découvre comme étant une grande manipulatrice qui exploite son personnel. Angel aime les livres et les auteurs, elle vient d'être embauchée comme assistante de Lucy. Dans l'Agence, il y a aussi Craig, Anna, Nora-Kelly puis Jackson. On découvre un milieu de l'édition sombre et cruel où l'important c'est l'argent plutôt que l'œuvre et l'auteur...

Je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé ce livre mais je l'ai trouvé sans saveur. Je l'ai lu jusqu'au bout car il y a un certain mystère autour d'un manuscrit écrit par un auteur anonyme qui raconte une histoire sur le milieu de l'édition...(quelle originalité !) Il y a donc un certain suspens qui rend ce livre distrayant.

1 juillet 2009

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur – Harper Lee

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Editions de Fallois – janvier 2005 – 345 pages

LGF - août 2006 – 447 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Stoïanov

 

Prix Pulitzer en 1961 dans la catégorie fiction

 

Titre original : To Kill a Mockingbird, 1960

Présentation de l'éditeur
Dans une petite ville d'Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche. Celui-ci risque la peine de mort. Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 - au cœur de la lutte pour les droits civiques -, connut un tel succès et reçut le prix Pulitzer en 1961. Il ne suffit pas en revanche à comprendre pourquoi ce roman est devenu un livre-culte aux Etats-Unis et dans bien d'autres pays, pourquoi, lors d'une enquête réalisée aux Etats-Unis en 1991, sur les livres qui ont changé la vie de leurs lecteurs, il arrivait en seconde position, juste après la Bible. La vérité est que, tout en situant son histoire en Alabama à une époque bien précise, Harper Lee a écrit un roman universel sur l'enfance confrontée aux préjugés, au mensonge, à la bigoterie et au mal. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cet ouvrage tient du conte, de la court story et du roman initiatique. " Il a la légèreté et le poids que recherche le véritable amateur de roman et cette vertu si rare de pouvoir être lu à tout âge, quelle que soit l'éducation qu'on ait reçue, de quelque pays que l'on vienne, à quelque sexe que l'on appartienne. On y trouvera nécessairement un univers communiquant avec le sien par le miracle de l'écriture et de l'enfance ", écrit Isabelle Hausser dans la postface qu'elle a rédigée pour ce livre.

Biographie de l'auteur
Harper Lee est née en 1926 à Monroeville, Alabama. Elle entreprit des études de droit qu'elle abandonna pour écrire. Couronné par le prix Pulitzer en 1961, adapté au cinéma l'année suivante ce roman fait partie des plus grands best-sellers du XXe siècle. En dépit de son succès, Harper Lee n'a plus jamais rien publié et a choisi de vivre dans un quasi-anonymat entre New York et Monroeville.

 

 

 

 

 

 

Mon avis : (lu en juin 2009)

J'ai beaucoup aimé ce livre dont l'histoire se passe dans les années 30, dans une petite ville l'Alabama. La narratrice, Scout, est une petite fille de 9 ans. Son frère Jem a 13 ans, leur père Atticus est un avocat honnête qui les élève seul avec l'aide de Calpurnia, la cuisinière noire.

Atticus a accepté de défendre un homme noire accusé du viol d'une jeune femme blanche. Dans cette petite ville du Sud des États-Unis, règne intolérance et racisme, Atticus et sa famille va être confronté aux insultes et aux menaces des membres de sa communauté. Scout nous raconte avec beaucoup de fraîcheur ses souvenirs d'enfant où elle découvre la ségrégation, le racisme, l'intolérance et l'injustice. Elle a beaucoup de respect pour son père qui est un homme juste.

J'ai eu beaucoup d'émotions en lisant ce livre : j'ai bien rit des bêtises de Scout et Jem mais j'ai aussi versé quelques larmes. A lire sans attendre !

 

Pour la petite histoire, ce roman présente la particularité d'être paru, en français, sous trois titres successifs : "Quand meurt le rossignol", en 1961, dans une traduction de Germaine Béraud ; "Alouette, je te plumerai", en 1989, dans une traduction d'Isabelle Stoïanov ; "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur", en 2005, dans une traduction d'Isabelle Stoïanov relue et actualisée par Isabelle Hausser.

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Ce roman a fait l'objet, en 1962, d'une adaptation cinématographique sous le même titre anglais – To Kill a Mockingbird –, titrée en français Du silence et des ombres, dans une réalisation de Robert Mulligan sur un scénario de Horton Foot. Trois Oscars récompenseront cette œuvre, dont celui du meilleur acteur pour Gregory Peck dans ce rôle d'homme juste, s'efforçant d'être aussi bon père qu'avocat

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L'oiseau moqueur dont il est question dans le titre est un oiseau d'Amérique du Nord : Northern Mockingbird - Moqueur polyglotte - Mimus polyglottos

Extrait : La maison des Radley le fascinait. Malgré nos avertissements et nos explications, il se laissait attirer comme un papillon par la lumìère, mais il se tenait à distance respectueuse, n'allant pas au-delà du réverbère du coin. L'entourant de ses bras, il restait là, plongé dans un abîme de réflexion.
Le bâtiment formait un angle qui se prolongeait jusque derrière notre jardin. En prenant vers le sud, on faisait face à sa véranda ; puis le trottoir tournait et longeait le terrain. C'était une maison basse, qui avait été blanche, avec une véranda impressionnante et des volets verts, mais elle avait depuis longtemps pris la couleur gris ardoise de la cour qui l'entourait. (...)
À l'intérieur vivait un spectre malveillant. Les gens prétendaient qu'il existait, mais Jem et moi ne l'avions jamais vu. (...)
Jem ouvrit la grille, se précipita vers le côté de la maison, y appliqua sa paume et repassa devant nous en courant, sans prendre le temps de s'assurer du succès de son incursion. Dill et moi sur ses talons. Une fois en sécurité sur notre véranda, à bout de souffle, nous nous retournâmes
La vieille maison était toujours la même, affaissée et mal en point, mais il nous sembla distinguer un mouvement furtif à l'intérieur. Trois fois rien. Un minuscule frémissement, quasi imperceptible, et plus rien ne bougea.

28 août 2009

L’ombre du vent – Carlos Ruiz Zafon

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traduit de l’espagnol par François Maspero

Grasset – avril 2004 – 524 pages

LGF – janvier 2006 – 636 pages

Prix Planeta en 2004

Présentation de l'éditeur
Dans la Barcelone de l'après-guerre civile, "ville des prodiges" marquée par la défaite, la vie est difficile, les haines rôdent toujours. Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon - Daniel Sempere, le narrateur - dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L'enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d'occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y " adopter " un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l'entraîner dans un labyrinthe d'aventures et de secrets " enterrés dans l'âme de la ville " : L'Ombre du Vent. Avec ce tableau historique, roman d'apprentissage évoquant les émois de l'adolescence, récit fantastique dans la pure tradition du Fantôme de l'Opéra ou du Maître et Marguerite, énigme où les mystères s'emboîtent comme des poupées russes, Carlos Ruiz Zafon mêle inextricablement la littérature et la vie.

Auteur : Né à Barcelone en 1964, Carlos Ruiz Zafón vit aujourd'hui à Los Angeles. A 14 ans, il écrit son premier roman, histoire truculente de cinq cents pages. A 19 ans, il choisit de faire carrière dans le monde de la publicité, qu'il quitte rapidement pour se consacrer à El principe de las tinieblas. Ce roman, qui lui vaudra en 1993 le premier Edebé, prix de littérature jeunesse, se vend à 150 000 exemplaires et se retrouve traduit dans plusieurs langues. Suivront El Palacio de la medianoche, Las Luces de septiembre et Marina. L'ombre du vent a obtenu le prix Planeta en 2004.

Mon avis : (lu en août 2009)

Ce livre m'a été conseillé, il y a quelques mois pour la première fois et depuis j'en ai entendu beaucoup de bien, c'est donc avec une grande envie que je me suis lancée dans sa lecture. Et j'ai plongé dans l'aventure et je n'ai pas lâché le livre.

L'histoire se déroule dans Barcelone, après-guerre mais toujours sous la dictature de Franco. Daniel a 10 ans et son père l'emmène dans un lieu magique et secret : "le Cimetière des livres oubliés", là, Daniel a le droit de choisir un de ces livres afin de le sortir de l'anonymat. Il choisira "L'ombre du vent" de Julian Carax, il va partir à la recherche de cet écrivain qui l'a ému et dont le passé semble si mystérieux. C'est un magnifique roman où se mélange aventures, histoire, amour, amitié mais aussi haine et vengeance.

Les personnages sont justes et touchants, ils nous transportent dans les ruelles, dans les quartiers de Barcelone avec beaucoup de poésie. On imagine parfaitement les lieux et il nous font rêver... C'est beau, c'est poétique. C'est pour moi un vrai coup de cœur !

le_jeu_de_l_Ange Un nouveau livre de Carlos Ruiz Zafón vient de sortir en août 2009, « Le jeu de l'Ange » et j'ai très envie de le découvrir !

Extrait : (début du livre)

Le Cimetière des Livres Oubliés

Je me souviens encore de ce petit matin où mon père m'emmena pour la première fois visiter le Cimetière des Livres Oubliés. Nous étions aux premiers jours de l'été 1945, et nous marchions dans les rues d'une Barcelone écrasée sous un ciel de cendre et un soleil fuligineux qui se répandait sur la ville comme une coulée de cuivre liquide.
- Daniel, me prévint mon père, ce que tu vas voir aujourd'hui, tu ne dois en parler à personne. Pas même à ton ami Tomás. A personne.
- Pas même à maman ? demandai-je à mi-voix.
Mon père soupira, en se réfugiant derrière ce sourire triste qui accompagnait toute sa vie comme une ombre.
- Si, bien sûr, répondit-il en baissant la tête. Pour elle, nous n'avons pas de secrets. Elle, on peut tout lui dire.
Peu après la fin de la guerre civile, ma mère avait été emportée par un début de choléra. Nous l'avions enterrée à Montjuïc le jour de mon quatrième anniversaire. Je me rappelle seulement qu'il avait plu toute la journée et toute la nuit, et que, lorsque j'avais demandé à mon père si le ciel pleurait, la voix lui avait manqué pour me répondre. Six ans après, l'absence de ma mère était toujours pour moi un mirage, un silence hurlant que je n'avais pas encore appris à faire taire à coups de mots. Nous vivions, mon père et moi, dans un petit appartement de la rue Santa Ana, près de la place de l'église. L'appartement était situé juste au-dessus de la boutique de livres rares et d'occasion héritée de mon grand-père, un bazar enchanté que mon père comptait bien me transmettre un jour. J'ai grandi entre les livres, en me faisant des amis invisibles dans les pages qui tombaient en poussière et dont je porte encore l'odeur sur les mains. J'ai appris à m'endormir en expliquant à ma mère, dans l'ombre de ma chambre, les événements de la journée, ce que j'avais fait au collège, ce que j'avais appris ce jour-là... Je ne pouvais entendre sa voix ni sentir son contact, mais sa lumière et sa chaleur rayonnaient dans chaque recoin de notre logis, et moi, avec la confiance d'un enfant qui peut encore compter ses années sur les doigts, je croyais qu'il me suffisait de fermer les yeux et de lui parler pour qu'elle m'écoute, d'où qu'elle fût. Parfois, mon père m'entendait de la salle à manger et pleurait en silence.
Je me souviens qu'en cette aube de juin je m'étais réveillé en criant. Mon cœur battait dans ma poitrine comme si mon âme voulait s'y frayer un chemin et dévaler l'escalier. Mon père effrayé était accouru dans ma chambre et m'avait pris dans ses bras pour me calmer.
- Je n'arrive pas à me rappeler son visage. Je n'arrive pas à me rappeler le visage de maman, murmurais-je, le souffle coupé.
Mon père me serrait avec force.
- Ne t'inquiète pas, Daniel. Je me rappellerai pour deux.
Nous nous regardions dans la pénombre, cherchant des mots qui n'existaient pas. Pour la première fois, je me rendais compte que mon père vieillissait et que ses yeux, des yeux de brume et d'absence, regardaient toujours en arrière. Il s'était relevé et avait tiré les rideaux pour laisser entrer la douce lumière de l'aube.
- Debout, Daniel, habille-toi. Je veux te montrer quelque chose.
- Maintenant, à cinq heures du matin ?
- Il y a des choses que l'on ne peut voir que dans le noir, avait soufflé mon père en arborant un sourire énigmatique qu'il avait probablement emprunté à un roman d'Alexandre Dumas.
Quand nous avions passé le porche, les rues sommeillaient encore dans la brume et la rosée nocturne. Les réverbères des Ramblas dessinaient en tremblotant une avenue noyée de buée, le temps que la ville s'éveille et quitte son masque d'aquarelle. En arrivant dans la rue Arco del Teatro, nous nous aventurâmes dans la direction du Raval, sous l'arcade qui précédait une voûte de brouillard bleu. Je suivis mon père sur ce chemin étroit, plus cicatrice que rue, jusqu'à ce que le rayonnement des Ramblas disparaisse derrière nous. La clarté du petit jour s'infiltrait entre les balcons et les corniches en touches délicates de lumière oblique, sans parvenir jusqu'au sol. Mon père s'arrêta devant un portail en bois sculpté, noirci par le temps et l'humidité. Devant nous se dressait ce qui me parut être le squelette abandonné d'un hôtel particulier, ou d'un musée d'échos et d'ombres.
- Daniel, ce que tu vas voir aujourd'hui, tu ne dois en parler à personne. Pas même à ton ami Tomás. A personne.
Un petit homme au visage d'oiseau de proie et aux cheveux argentés ouvrit le portail. Son regard d'aigle se posa sur moi, impénétrable.
- Bonjour, Isaac. Voici mon fils Daniel, annonça mon père. Il va sur ses onze ans et prendra un jour ma succession à la librairie. Il a l'âge de connaître ce lieu.
Le nommé Isaac eut un léger geste d'assentiment pour nous inviter à entrer. Une pénombre bleutée régnait à l'intérieur, laissant tout juste entrevoir les formes d'un escalier de marbre et d'une galerie ornée de fresques représentant des anges et des créatures fantastiques. Nous suivîmes le gardien dans le couloir du palais et débouchâmes dans une grande salle circulaire où une véritable basilique de ténèbres s'étendait sous une coupole percée de rais de lumière qui descendaient des hauteurs. Un labyrinthe de corridors et d'étagères pleines de livres montait de la base au faîte, en dessinant une succession compliquée de tunnels, d'escaliers, de plates-formes et de passerelles qui laissaient deviner la géométrie impossible d'une gigantesque bibliothèque. Je regardai mon père, interloqué. Il me sourit en clignant de l'œil.
- Bienvenue, Daniel, dans le Cimetière des Livres Oubliés.
Çà et là, le long des passages et sur les plates-formes de la bibliothèque, se profilaient une douzaine de silhouettes. Quelques-unes se retournèrent pour nous saluer de loin, et je reconnus les visages de plusieurs collègues de mon père dans la confrérie des libraires d'ancien. A mes yeux de dix ans, ces personnages se présentaient comme une société secrète d'alchimistes conspirant à l'insu du monde. Mon père s'agenouilla près de moi et, me regardant dans les yeux, me parla de cette voix douce des promesses et des confidences.
- Ce lieu est un mystère, Daniel, un sanctuaire. Chaque livre, chaque volume que tu vois, a une âme. L'âme de celui qui l'a écrit, et l'âme de ceux qui l'ont lu, ont vécu et rêvé avec lui. Chaque fois qu'un livre change de mains, que quelqu'un promène son regard sur ses pages, son esprit grandit et devient plus fort. Quand mon père m'a amené ici pour la première fois, il y a de cela bien des années, ce lieu existait déjà depuis longtemps. Aussi longtemps, peut-être, que la ville elle-même. Personne ne sait exactement depuis quand il existe, ou qui l'a créé. Je te répéterai ce que mon père m'a dit. Quand une bibliothèque disparaît, quand un livre se perd dans l'oubli, nous qui connaissons cet endroit et en sommes les gardiens, nous faisons en sorte qu'il arrive ici. Dans ce lieu, les livres dont personne ne se souvient, qui se sont évanouis avec le temps, continuent de vivre en attendant de parvenir un jour entre les mains d'un nouveau lecteur, d'atteindre un nouvel esprit. Dans la boutique, nous vendons et achetons les livres, mais en réalité ils n'ont pas de maîtres. Chaque ouvrage que tu vois ici a été le meilleur ami de quelqu'un. Aujourd'hui, ils n'ont plus que nous, Daniel. Tu crois que tu vas pouvoir garder ce secret ?
Mon regard balaya l'immensité du lieu, sa lumière enchantée. J'acquiesçai et mon père sourit.
- Et tu sais le meilleur ? demanda-t-il.
Silencieusement, je fis signe que non.
- La coutume veut que la personne qui vient ici pour la première fois choisisse un livre, celui qu'elle préfère, et l'adopte, pour faire en sorte qu'il ne disparaisse jamais, qu'il reste toujours vivant. C'est un serment très important. Pour la vie. Aujourd'hui, c'est ton tour.
Durant presque une demi-heure, je déambulai dans les mystères de ce labyrinthe qui sentait le vieux papier, la poussière et la magie. Je laissai ma main frôler les rangées de reliures exposées, en essayant d'en choisir une. J'hésitai parmi les titres à demi effacés par le temps, les mots dans des langues que je reconnaissais et des dizaines d'autres que j'étais incapable de cataloguer. Je parcourus des corridors et des galeries en spirale, peuplés de milliers de volumes qui semblaient en savoir davantage sur moi que je n'en savais sur eux. Bientôt, l'idée s'empara de moi qu'un univers infini à explorer s'ouvrait derrière chaque couverture tandis qu'au-delà de ces murs le monde laissait s'écouler la vie en après-midi de football et en feuilletons de radio, satisfait de n'avoir pas à regarder beaucoup plus loin que son nombril. Est-ce à cause de cette pensée, ou bien du hasard ou de son proche parent qui se pavane sous le nom de destin, toujours est-il que, tout d'un coup, je sus que j'avais déjà choisi le livre que je devais adopter. Ou peut-être devrais-je dire le livre qui m'avait adopté. Il se tenait timidement à l'extrémité d'un rayon, relié en cuir lie-de-vin, chuchotant son titre en caractères dorés qui luisaient à la lumière distillée du haut de la coupole. Je m'approchai de lui et caressai les mots du bout des doigts, en lisant en silence :

L'Ombre du Vent
Julián Carax

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