la_r_paration Grasset – août 2012 – 224 pages

Quatrième de couverture :
« Je me suis d'abord trompée.
Je me disais c'est trop facile, tu portes des sandales dorées, tu te complais dans des histoires d'amour impossible, tu aimes les bains dans la Méditerranée et tu crois qu'une fille comme toi peut écrire sur la Shoah ? Car c'est bien de cela qu'il s'agit. La petite Salomé, dont ma fille a hérité du beau prénom, mon arrière grand-mère, mes oncles et tantes, mes cousins, vivaient en Lituanie avant la guerre. Ils appartenaient à une communauté dont il ne reste rien. »

Que s'est-il vraiment passé dans le ghetto de Kovno en 1943 ? Et pourquoi cette volonté de vivre à tout prix ?
Dans ce roman-vrai, Colombe Schneck remonte le temps et fouille les mémoires. Jusqu'à la découverte d'une vérité bouleversante.

Auteur : Colombe Schneck, née en 1966, est journaliste et écrivain. La réparation est son cinquième roman.  

Mon avis : (lu en janvier 2013)
Si ce livre n’avait pas été dans la sélection Elle, je ne l’aurais certainement pas lu. En premier lieu, je ne comprends pas pourquoi il a été sélectionné dans la catégorie Roman et non dans la catégorie Document. Ce livre n’est pas un roman mais un témoignage.
Le prénom Salomé donné à sa fille est le déclic pour l’auteur pour s’intéresser à l’histoire de sa famille et en particulier à la mort de Salomé Berstein en 1943 à Auschwitz à l’âge de six ans. Salomé était la fille de Raya une sœur de Gila la grand-mère de Colombe. Les témoins de l’époque sont déjà tous morts et Colombe Schneck va aller aux Etats-Unis puis en Israël rencontrer tantes et oncles, les descendants des témoins. Plus tard, elle retournera à Kovno en Lituanie sur les traces de sa famille.
Ce livre raconte une histoire familiale touchante. Il est très documenté et j’ai appris beaucoup de choses sur la déportation en Lituanie et sur le ghetto de Kovno.
Malgré tout, j’ai été énervée par les trop nombreux « je, je, je » de l’auteur. Je regrette qu’elle  ne se soit pas plus effacée derrière l’histoire de sa famille. Ses sentiments et ses doutes quant à sa légitimité de faire ou non ce livre n’apporte rien de plus. Egalement, les allers-retours entre passé et présent font perdre le fil au lecteur, j’ai eu l’impression de certaines redites et j’ai été parfois perdue dans la généalogie familiale.
L’idée de ce témoignage était intéressante et importante mais la forme n’est pas à la hauteur. Dommage.

Extrait : (page 57)
En 1947, ma mère Hélène a quinze ans, elle se trouve trop grosse, elle a des boutons, elle s'ennuie dans son lycée pour filles. Ginda ne lui dit rien de sa grand-mère Mary, de ses cousins Salomé et Kalman. Ils sont morts, il n'y a rien à ajouter à cela. Ginda ne lui dit rien non plus de ce qui est arrivé à ses tantes Raya et Macha, à son oncle Nahum. Ginda ne lui dit rien du poids porté par Raya et Macha. Ce qui lui est arrivé à elle, Hélène, la peur, le passage de la ligne de démarcation, les humiliations subies, le couvent, on n'en parle pas non plus. Rien de grave. Elle est en vie, ses parents, son petit frère Pierre aussi, que veut-elle de plus ?
Elle a compris cela, elle est en vie, elle n'a pas le droit de se plaindre, d'être de mauvaise foi, de faire des caprices, d'avoir des mauvaises pensées. Elle doit être parfaite, se taire, bien travailler au lycée. Raya et Macha l'embrassent, la câlinent, s'extasient comme si elle était encore cette petite fille ravissante d'avant la guerre. Hélène n'a plus l'habitude de recevoir autant d'affection, de mots doux. On met cela sur le compte de l'adolescence. 
Hélène a quinze ans, elle ne possède qu'une jupe et un pull-over, elle croit la coquetterie interdite. Comment réclamer alors qu'elle possède l'essentiel ?
Elle est en vie. Elle admire l'élégance inaccessible de Raya et Macha. Ses tourments d'adolescente, elle en est persuadée, sont bien médiocres, pourtant ils envahissent tout. Elle a dix-sept ans, son père lui dit la veille des résultats de son bachot, « si tu avais travaillé un peu plus, tu l'aurais eu ». A l'annonce des résultats, il lui inflige « plus de chance que d'intelligence ». Elle répète les propos de son père en riant, elle sait qu'il s'agit de marques de tendresse. Simkha lui offre des ballerines de chez Carel. Elle est très heureuse puis se sent futile, ridicule, coupable, idiote. Comment a-t-elle pu avoir un désir aussi égoïste, porter une jolie paire de chaussures ? Sa cousine Salomé, son cousin, le bébé Kalman sont morts et il ne reste rien d'eux. Hélène souhaiterait des robes en vichy, des ceintures en élastique, danser, avoir des amoureux, trouver la vie belle. Elle suppose qu'après ce qui est arrivé à Raya et Macha et qu'elle a deviné, les plaisirs sont interdits. Tout chez Hélène est délicat, le nez, les oreilles, les poignets, les chevilles. Elle a pris cela chez son père Simkha.
Ginda est plus ronde, les yeux bleus, Ginda n'est pas belle. Ginda est la plus intelligente, la plus indépendante. Ginda possède une volonté douce à laquelle personne ne résiste.
La plus ravissante est sa soeur Raya. Raya joue au piano des concertos italiens de Bach, elle raconte son voyage de noces avec son premier mari avant la guerre, à l'hôtel d'Angleterre à Rome, les draps en coton égyptien, les caffè freddo dans le jardin, elle s'est offert chez un tailleur de la via Veneto une veste de lin parme. Raya porte au poignet droit de ses longues mains blanches, une minuscule montre en or comme seul bijou. Elle rit souvent et même après la guerre, elle continuera à rire. Il semble qu'elle ne se force pas car ses rires ont le même ton que des larmes Elle est aimante, tendre, très amoureuse de son deuxième mari Elie. Elle porte en elle la vie interrompue de sa fille Salomé. Elle continue à bercer le corps de sa fille devenu imaginaire. Raya s'y réfugie, s'adresse à elle comme de son vivant, elle est toujours émerveillée par la présence de sa fille. Elle sait que si elle perdait cette capacité de la croire toujours près d'elle, alors elle pourrait sombrer.



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Sélection roman 
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