dans_le_jardin_de_la_bete Le Cherche Midi - août 2012 - 656 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Edith Ochs

Titre original : In the Garden of Beasts, 2011

Quatrième de couverture :
Après 
Le Diable dans la Ville blanche, Erik Larson nous offre un superbe thriller politique et d'espionnage, fondé sur des événements réels et peu connus qui se sont déroulés en Allemagne pendant l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler. 
1933. Berlin. William E. Dodd devient le premier ambassadeur américain en Allemagne nazie. Sa fille, la flamboyante Martha, est vite séduite par les leaders du parti nazi et leur volonté de redonner au pays un rôle de tout premier plan sur la scène mondiale. Elle devient ainsi la maîtresse de plusieurs d'entre eux, en particulier de Rudolf Diels, premier chef de la Gestapo, alors que son père, très vite alerté des premiers projets de persécutions envers les Juifs, essaie de prévenir le département d'État américain, qui fait la sourde oreille. Lorsque Martha tombe éperdument amoureuse de Boris Winogradov, un espion russe établi à Berlin, celui-ci ne tarde pas à la convaincre d'employer ses charmes et ses talents au profit de l'Union soviétique. Tous les protagonistes de l'histoire vont alors se livrer un jeu mortel, qui culminera lors de la fameuse « Nuit des longs couteaux ».

Auteur : Erik Larson est un auteur américain de romans historiques et de romans policiers né le 3 janvier 1954 à Brooklyn. Après Le Diable dans la Ville blanche, bientôt adapté au cinéma avec Leonardo DiCaprio, Dans le jardin de la bête est son deuxième ouvrage paru en France. Les droits d’adaptation cinématographique du livre ont donné lieu à des enchères exceptionnelles, remportées par Tom Hanks.

Mon avis : (lu en mars 2013)
Voilà un livre dont l'épaisseur peut faire peur... 641 pages, mais je me suis rapidement rendue compte que les cent dernières pages sont consacrées aux notes. En effet, en utilisant les carnets de William Dodd, ambassadeur des États-Unis à Berlin de juillet 1933 à décembre 1937 et le journal intime de sa fille Martha, Erik Larson relate ce qu'il se passe à l'époque à Berlin avec l'arrivée d'Hitler au pouvoir et la montée des idées antisémites...
William Dodd n'est pas diplomate de formation, c'est un ancien professeur d'histoire qui obtient ce poste car personne n'en voulait et ayant fait ses études à Leipzig, il connaissait l'Allemagne... Son regard critique sur la fonction d'ambassadeur et sur ce qu'il se passait en Allemagne à cette époque est particulièrement intéressant. Il a un côté naïf ou optimiste, il voit son rôle d'ambassadeur comme celui d'un observateur et d'un rapporteur. En octobre 1933, il croyait sincère Hitler dans sa volonté de paix mais au fil des mois il découvre la réalité de l'horreur nazie, pourtant refusant l'ingérence, il cherchera longtemps à préserver des relations cordiales entre les États-Unis et l'Allemagne. Après la Nuit des longs couteaux, du 29 au 30 juin 1934, Dodd critiquera ouvertement le régime mais le gouvernement américain reste prudent et ne réagira pas, ce qui préoccupe le plus les américains, c'est le remboursement de la dette de l'Allemagne ! 
Dodd est également naïf vis à vis de sa fille Martha insouciante et délurée, elle ne pense qu'à s'amuser, elle est séduite par le régime nazi, elle a de nombreux amis, de toutes nationalités et deviendra même la maîtresse de plusieurs dignitaires nazis, comme Rudolf Diels le premier chef de la Gestapo, mais également celle d'un espion soviétique…

Ce livre se lit comme un roman ou un thriller mais les phrases entre guillemets dont il est constitué nous rappellent que c'est un vrai document, un témoignage de cette époque. Erik Larson a effectué un très gros travail de documentation. Et cette chronologie vue de l'intérieur de la lente ascension d'Hitler au pouvoir sans réelle réaction des Allemands comme des autres nations est passionnante.

 

Extrait : (début du livre)
Il était courant, pour les expatriés américains, de se rendre à leur consulat à Berlin, mais l'homme qui s'y présenta le jeudi 29 juin 1933 n'était pas dans un état normal. Joseph Schachno, 31 ans, était un médecin originaire de New York qui, récemment encore, exerçait la médecine dans une banlieue de Berlin. A présent, il se tenait nu dans une salle d'examen entourée d'un rideau au premier étage du consulat où habituellement, un praticien de la santé publique examinait les demandeurs de visas qui aspiraient à émigrer aux États-Unis. Schachno était écorché vif sur une grande partie de son corps.
Deux agents consulaires arrivèrent et entrèrent dans la cabine. L'un était George Messersmith, le consul général américain pour l'Allemagne depuis 1930 (sans rapport avec Wilhelm Messerschmitt, l'ingénieur en aéronautique allemand). A la tête des services diplomatiques à Berlin, Messersmith supervisait les dix consulats américains situés dans les grandes villes allemandes. A côté de lui se tenait son vice-consul, Raymond Geist. En règle générale, Geist était calme et flegmatique, le parfait subalterne, mais Messersmith remarqua qu'il était blême, visiblement secoué.
Les deux hommes étaient atterrés par l'état de Schachno. «Depuis le cou jusqu'aux talons, il n'était qu'une masse de chairs à vif, constata Messersmith. Il avait été roué de coups de cravache et de tout ce qui était possible jusqu'à ce que la chair soit littéralement mise à nu et sanguinolente. J'ai jeté un coup d'oeil et je suis allé le plus vite que j'aie pu jusqu'à un des lavabos où le [médecin de la santé publique] se lavait les mains.»
Le passage à tabac, comme l'apprit Messersmith, était survenu neuf jours plus tôt, mais les plaies étaient toujours ouvertes. «Après neuf jours, des omoplates aux genoux, il y avait toujours des zébrures qui montraient qu'il avait été frappé des deux côtés. Ses fesses étaient pratiquement à cru avec de grandes parties encore dépourvues de peau. Par endroits, la chair avait été pratiquement réduite en charpie.»
S'il constatait cela neuf jours plus tard, se dit Messersmith, à quoi devaient ressembler les plaies aussitôt après le passage à tabac ?
L'histoire se fit jour :
Dans la nuit du 21 juin, Schachno avait vu débarquer chez lui une escouade d'hommes en uniforme à la suite d'une dénonciation anonyme le désignant comme un ennemi potentiel de l'État. Les hommes avaient mis son appartement à sac et, bien qu'ils n'aient rien trouvé, ils l'avaient emmené à leur quartier général. Schachno avait reçu l'ordre de se déshabiller, et il fut aussitôt roué de coups avec brutalité, longuement, par deux hommes armés d'un fouet. Il fut ensuite relâché et parvint tant bien que mal à regagner son domicile. Puis, avec sa femme, il se réfugia au centre de Berlin, dans l'appartement de sa belle-mère. Il était resté alité pendant une semaine. Dès qu'il s'en était senti la force, il s'était rendu au consulat.
Messersmith donna l'ordre de le conduire dans un hôpital, et lui délivra ce jour-là un nouveau passeport américain. Peu après, Schachno et sa femme s'enfuirent en Suède, puis aux États-Unis.

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