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8 octobre 2016

L'égalité est un long fleuve tranquille - Antoine Chereau

Lu dans le cadre de Masse Critique

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81s2Z0I6SQL Pixel Fever - octobre 2016 - 70 pages

Quatrième de couverture :
Dans l'album « L'Egalité est un long fleuve tranquille », parrainé par l'Institut Randstad pour l'Égalité des Chances et le Développement Durable,  Antoine Chereau croque avec un humour mordant toutes les situations de la vie où la discrimination s'exprime. 68 dessins désopilants autour de l'emploi des jeunes, des séniors, de l'égalité pro, de la diversité, du fait religieux et toutes ces discriminations  tout au long de la vie qui font la joie du vivre ensemble. Bref, que du bonheur à partager?! « L'Egalité est un long fleuve tranquille » s'inscrit dans le cadre d'une opération de sensibilisation menée par l'Institut Randstad, contre toutes les formes de discrimination et en soutien aux associations qui oeuvrent pour l'égalité des chances.

Auteur : Antoine Chereau est dessinateur de presse, cartoonist et jokes manager ! Dessinateur pour la presse et les entreprises depuis 1981, il a collaboré à de nombreux titres, comme Libération, France Soir, Que choisir, l’Événement du jeudi, La tribune de l’économie, l’Expansion, Telerama, France Soir ou encore l’Ordinateur individuel. Fort d’une expérience dans de nombreux domaines, Antoine Chereau est un vrai spécialiste de l’entreprise. Il s’est naturellement spécialisé dans les dessins corporate, faisant profiter de son humour en direct pendant les conventions ou pour accompagner la communication de n’importe quelle société.

Mon avis : (lu en septembre 2016)
Cet album n'est pas un bande dessinée, mais un recueil de dessins humoristique sur le thème de l'égalité. L'égalité fille et garçon, l'égalité à l'école, l'égalité dans le sport mais surtout dans le monde du travail. Il est question de la diversité, de la couleur de peau, de la couleur des cheveux, de l'orientation sexuelle, du quartier d'origine, du milieu d'origine, du poids, du handicap, de l'âge, de la place de la femme dans le monde du travail...
Les dessins sont percutants et drôles, une sensibilisation réussite contre les inégalités et les discriminations à l'embauche et au sein du monde professionnel !
Les préjugés ont la vie dure... Tu viens du 93, et c'est comme si tu avais une casserole à traîner. Tu t'appelles Mohammed et cela ne sert à rien que tu fasses de grandes études... Tu es une femme et tu as un poste important, tu n'as pas pu y arriver seulement grâce à tes études et ton travail... Tu es gros et ta place est sur le banc de touche plutôt que sur le terrain... Tu es une femme et tu ne pourras pas gérer en parallèle ta vie professionnelle et ta vie familiale...
Cette BD permet de soutenir les actions en faveur de l’égalité des chances.

 

 

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8/18

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20 mai 2016

Paul à la campagne - Michel Rabagliati

paul à la campagne La Pastèque - octobre 2002 - 60 pages

Quatrième de couverture : 
Paul à la campagne cache une œuvre semi-autobiographique pleine de sensibilité. L’album se compose de deux récits, placés sous le signe de la nostalgie de l’enfance. Paul à la campagne raconte une visite dans les Laurentides tandis que Paul apprenti-typographe pose un regard tendre sur l’affection entre un père et son fils.

Auteur : Michel Rabagliati est né en 1961 à Montréal où il a grandi dans le quartier Rosemont. Après s'être intéressé un moment à la typographie, il étudie en graphisme et il travaille à son compte dans ce domaine à partir de 1981. Puis, il se lance sérieusement dans l'illustration publicitaire à partir de 1988.
Depuis 1998, ses bandes dessinées révolutionnent le 9e art québécois. En 2007, l'auteur s'est vu décerner une Mention spéciale pour l'ensemble de son oeuvre par le Prix des libraires du Québec, et Paul à Québec a remporté plus de 7 prix, dont le Prix du public au Festival international de Bande dessinée d'Angoulême en 2010.

Mon avis : (lu en avril 2016)
C'est le premier tome de la série Paul. Il y a deux histoires : Paul à la campagne et Paul apprenti typographe.
Pour Paul à la campagne, devenu adulte, celui-ci retourne en vacances sur les lieux de son enfance, le chalet de son papa dans le nord du Québec, avec sa femme et sa fille Alice (dans les albums suivants de la série la fille de Paul s'appelle Rose...). Ce week-end sera le temps des souvenirs, des retrouvailles avec son père et de grandes découvertes pour sa fille... 
Tout jeune, Paul aimait être à l'arrière de la Oldsmobile ninety eight de son père et le regarder conduire. A 9 ans, il s'était pris de passion pour l'accordéon, mais la professeur aura raison de son enthousiasme... Il y avait les plongeons dans le lac Saint-Jean, les bibelots de tante Janette, la carabine à plomb, le copain Alain...
Dans Paul apprenti typographe, l'auteur évoque la relation entre Paul et son père, qui travaille comme typographe. C'est très intéressant, et cela a une valeur documentaire car ce métier : typographe des années 1970, a disparu aujourd'hui... Depuis, l'ordinateur a révolutionné ce métier.
C'est amusant de découvrir les premiers pas du dessinateur et ses personnages simplifiés en noir et blanc, il existe une édition de cette BD, datant de 2014, avec des planches en couleurs.
Cet épisode est très court par rapport aux albums suivant, mais je suis devenue une fan de Paul et j'ai bien apprécié également cette lecture.

Extrait : 

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Déjà lu du même auteur :

107640216 Paul en appartement paul au parc Paul au parc

109131365 Paul dans le Nord 110034991 Paul à Québec

12 juin 2016

La Déesse des petites victoires - Yannick Grannec

Lu en partenariat avec Babelio et les éditions Le Livre Qui Parle

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la déesse audio

Le Livre Qui Parle - août 2015 - 11h02 - Lu par Flora Brunier

Editions Anne Carrière - août 2012 - 468 pages

Prix des libraires 2013

Anna Roth, jeune documentaliste à Princeton, a une mission : rencontrer Adèle, la veuve de Kurt Gödel, l’un des plus grands mathématiciens du XXe siècle, afin de récupérer les documents laissés par le grand mathématicien. Par petites touches, Adèle dévoile peu à peu l’histoire d’amour improbable, l’horreur nazie, le génie et les folies de son mari Kurt Gödel. Adèle, petite danseuse de cabaret sans culture, sans éducation, vivait tous les jours aux côtés de cet homme hermétique et froid, dans un monde d’universitaires, un cercle d’amis tous férus de sciences, dont le plus célèbre était Albert Einstein ! Yannick Grannec nous raconte une histoire fascinante, sait rendre la force de cet amour absolu pour un surdoué et mène également une réflexion sur le génie, la connaissance et la folie.

Auteur :  Yannick Grannec est designer industriel de formation, graphiste de métier et passionnée de mathématiques. La Déesse des petites victoires est son premier roman.

Lecteur : Après une maîtrise d’anglais-allemand et un premier prix d’art dramatique, Flora Brunier intègre l’École Nationale Supérieure d’Art Dramatique de Saint-Étienne. Elle travaille ensuite à la Comédie-Française sous la direction de Jean-Claude Berutti, au Théâtre de la Ville avec Nadia Xerri-L, puis sous la direction de Jérôme Wacquiez, Gilles Bouillon, Hugues Chabalier et Morgane Gauvin, sur des auteurs aussi bien classiques (Molière, Shakespeare) que contemporains (Crimp, Vinaver).
Elle enregistre régulièrement des pièces radiophoniques pour France Culture et France Inter, et prête sa voix et sa plume à l’émission « Karambolage » sur Arte. Elle est également traductrice de l’anglais et de l’allemand vers le français.

Mon avis : (écouté en juin 2016)
Je gardais un très bon souvenir de ce roman découvert lors de mon expérience de jury du Grand Prix Elle 2013. Ce livre n'avait pas fait parti de la sélection finale, le jury du mois lui avait préféré "Certaines n’avaient jamais vu la mer - Julie Otsuka"... J'étais donc curieuse de la relire sous forme audio.

J'ai retrouvé le même plaisir que lors de ma première lecture.
C'est la rencontre entre Anna Roth, une jeune documentaliste, et Adèle, la veuve du mathématicien Kurt Gödel. Anna a pour mission de récupérer les archives de Kurt Gödel auprès de sa veuve, Adèle est une vieille dame impotente qui sait qu'elle va bientôt mourir. 
Le lecteur suit en parallèle les rencontres entre Anna et Adèle et le récit de la vie d'Adèle depuis 1928 à Vienne lorsqu'elle remarque pour la première fois Kurt jusqu'à 1978 et la mort de son mari.
La vie de Kurt Gödel est passionnante, c'est une traversée historique du XXème siècle : la crise, la montée du nazisme en Europe, l'exil les scientifiques, l'installation en Amérique, à Princeton, où Adèle et Kurt Gödel croiseront de nombreux intellectuels comme Einstein, Oppenheimer, Pauli, von Neumann, puis la montée du McCarthysme... Le couple Adèle et Kurt est également fascinant, elle s'est sacrifiée pour son mari dont le génie était proportionnel à sa folie...
Les rencontres entre Anna et Adèle sont atendrissantes, toutes deux vont apprendre à se connaître et l'une et l'autre vont évoluer.

Merci Babelio et les éditions Le Livre Qui Parle pour cette belle redécouverte.

Extrait : (début du livre)
Octobre 1980. 
Maison de retraite « Pin Run », Doleystown, USA

À l'exacte frontière du couloir et de la chambre, Anna attendait que l'infirmière plaide sa cause. La jeune femme se concentrait sur chaque bruit, tentant de museler son angoisse : conversations effilochées ; éclats de voix ; murmure des télévisions ; chuintement des portes qui s'ouvrent sans cesse ; claquements des chariots métalliques.
Son dos protestait, mais elle hésitait encore à poser son sac. Elle avança d'un pas pour se placer au centre du carreau de linoléum marquant le seuil de la chambre. Elle s'obligea à fixer la vieille dame qui ne faisait pas moins d'efforts pour lisser consciencieusement la bordure de son drap. Son regard remonta jusqu'aux bras adipeux. La visiteuse ne pouvait détacher les yeux de cette main constellée de taches. Elle toucha la fiche cartonnée rangée dans sa poche. Elle y avait rédigé un argumentaire solide en capitales bien lisibles.
La soignante caressa les doigts de sa patiente, ajusta son bonnet et cala ses oreillers.
- Madame Gödel, vous avez trop peu de visites pour vous permettre d'en refuser. Recevez-la. Faites-la tourner en bourrique. Ça vous donnera un peu d'exercice !
En sortant, l'infirmière offrit un sourire compatissant à Anna. Il faut savoir s'y prendre avec elle. Bonne chance, ma jolie. Elle ne l'aiderait pas davantage. La jeune femme hésita. Elle s'était pourtant préparée à cet entretien : elle exposerait les points forts de sa démonstration en prenant soin d'articuler chaque mot, avec entrain. Sous le regard peu amène de la grabataire, elle se ravisa. Elle se devait de rester neutre, de disparaître derrière la tenue passe-muraille choisie ce matin-là : jupe écossaise dans les beiges, twin-set assorti. Elle n'avait désormais qu'une seule certitude : madame Gödel n'était pas de ces vieilles dames qu'on réduit à leur prénom parce qu'elles vont bientôt mourir. Anna ne sortirait pas sa fiche.
- Je suis très honorée de vous rencontrer, madame Gödel. Je m'appelle Anna Roth.
- Roth ? Vous êtes juive ?
Anna sourit au plantureux accent viennois, refusant de se laisser intimider.
- Cela a de l'importance pour vous ?
- Aucune. J'aime apprendre d'où viennent les gens. Je voyage par procuration maintenant que...
La malade tenta de se redresser avec un rictus de douleur. Dans un élan, Anna voulut l'aider.
Un regard polaire l'en dissuada.
- Alors comme ça, vous êtes de l'Institut ? Vous êtes bien jeunette pour moisir dans cette maison de retraite pour scientifiques. Abrégez ! Nous savons toutes deux ce qui vous amène.
- Nous pouvons vous faire une proposition.
- Quelle bande d'imbéciles ! Comme si c'était une question d'argent !
Anna sentit la panique monter. Surtout, ne réponds pas. Elle osait à peine respirer malgré la nausée provoquée par les odeurs de désinfectant et de mauvais café. Elle n'avait jamais aimé ni les vieux ni les hôpitaux. Fuyant son regard, la vieille dame tortillait des cheveux invisibles sous son bonnet de laine. 
« Partez, mademoiselle. Vous n'êtes pas à votre place ici. »

 

Déjà lu du même auteur :

la_d_esse_des_petites La déesse des petites victoires

21 avril 2016

No et moi - Delphine de Vigan

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib - mars 2016 - 5h10 - Lu par Lola Naymark

Jean-Claude Lattès - 22 août 2007 - 285 pages

Livre de Poche - mars 2009 - 248 pages

Prix des Libraires 2008

Quatrième de couverture : 
Elle avait l’air si jeune. En même temps il m’avait semblé qu’elle connaissait vraiment la vie, ou plutôt qu’elle connaissait de la vie quelque chose qui faisait peur.
Adolescente surdouée, Lou Bertignac rêve d’amour, observe les gens, collectionne les mots, multiplie les expériences domestiques et les théories fantaisistes.
Jusqu’au jour où elle rencontre No, une jeune fi lle à peine plus âgée qu’elle.
No, ses vêtements sales, son visage fatigué, No dont la solitude et l’errance questionnent le monde. Pour la sauver, Lou se lance alors dans une expérience de grande envergure menée contre le destin. Mais nul n’est à l’abri…
No et moi, paru en 2007 a été traduit dans vingt-cinq langues et adapté à l’écran par Zabou Breitman.

Auteur : Née en 1966 à Boulogne-Billancourt, Delphine de Vigan est l’auteur de, notamment, No et moi (prix des Libraires 2008), Les Heures souterraines (finaliste du Prix Goncourt 2009), Rien ne s’oppose à la nuit(Prix du Roman Fnac, Prix du Roman France Télévision, Prix Renaudot des Lycéens et Prix des lectrices de Elle 2011) et D’après une histoire vraie (Prix Renaudot 2015). Ses livres sont traduits dans le monde entier.

Lecteur : Parallèlement à des études de philosophie, Lola Naymark se forme à la Classe Libre du Cours Florent. Révélée en 2003 par le film Brodeuses d'Éléonore Faucher, elle alterne les projets pour la télévision et le cinéma (Brève de comptoir de Jean-Michel Ribes, Au fil d’Ariane de Robert Guédiguian) et le théâtre (Les Liaisons Dangereuses, mis-en-scène par John Malkovich).     

Mon avis : (écouté en avril 2016)
C'est avec ce livre que j'ai découvert Delphine de Vigan et cela reste mon préféré. J'ai beaucoup aimé cette relecture en livre audio.
Lou, la narratrice, est une adolescente surdouée. A 13 ans, elle est en Seconde et se définit comme « Lou Bertignac, meilleure élève de la classe, asociale et muette ». Elle va devoir préparer un exposé et lorsque le professeur lui demande le sujet de l'exposé, elle répond au hasard : — Les sans-abri. 
Lou va donc rencontrer No, une adolescente âgée de 18 ans, en rupture avec sa famille et sans abri. C'est la rencontre improbable de deux mondes. Les deux jeunes filles sont très différentes, mais toutes deux vont s'apprivoiser. 
Lou est très attachante, elle est idéaliste et elle pense qu'elle peut changer les choses. No est rejetée par la société, c'est une rebelle mais elle va accepter cette amitié. Lou va sortir grandi de cette rencontre et elle va apprendre à rencontrer les autres même s'ils sont différents.

Merci Audrey et les éditions Audiolib pour cette relecture toujours aussi émouvante

Extrait : (début du livre)
— Mademoiselle Bertignac, je ne vois pas votre nom sur la liste des exposés.
De loin Monsieur Marin m’observe, le sourcil levé, les mains posées sur son bureau. C’était compter sans son radar longue portée. J’espérais le sursis, c’est le flagrant délit. Vingt-cinq paires d’yeux tournées vers moi attendent ma réponse. Le cerveau pris en faute. Axelle Vernoux et Léa Germain pouffent en silence derrière leurs mains, une dizaine de bracelets tintent de plaisir à leurs poignets. Si je pouvais m’enfoncer cent kilomètres sous terre, du côté de la lithosphère, ça m’arrangerait un peu. J’ai horreur des exposés, j’ai horreur de prendre la parole devant la classe, une faille sismique s’est ouverte sous mes pieds, mais rien ne bouge, rien ne s’effondre, je préférerais m’évanouir là, tout de suite, foudroyée, je tomberais raide de ma petite hauteur, les Converse en éventail, les bras en croix, Monsieur Marin écrirait à la craie sur le tableau noir : ci-gît Lou Bertignac, meilleure élève de la classe, asociale et muette.
— … J’allais m’inscrire.
— Très bien. Quel est votre sujet ?
— Les sans-abri.
— C’est un peu général, pouvez-vous préciser ? 

Lucas me sourit. Ses yeux sont immenses, je pourrais me noyer à l’intérieur, disparaître, ou laisser le silence engloutir Monsieur Marin et toute la classe avec lui, je pourrais prendre mon sac Eastpack et sortir sans un mot, comme Lucas sait le faire, je pourrais m’excuser et avouer que je n’en ai pas la moindre idée, j’ai dit ça au hasard, je vais y réfléchir, et puis j’irais voir Monsieur Marin à la fin du cours pour lui expliquer que je ne peux pas, un exposé devant toute la classe c’est tout simplement au-dessus de mes forces, je suis désolée, je fournirais un certificat médical s’il le faut, inaptitude pathologique aux exposés en tout genre, avec le tampon et tout, je serais dispensée. Mais Lucas me regarde et je vois bien qu’il attend que je m’en sorte, il est avec moi, il se dit qu’une fille dans mon genre ne peut pas se ridiculiser devant trente élèves, son poing est serré, un peu plus il le brandirait au-dessus de lui, comme les supporters de foot encouragent les joueurs, mais soudain le silence pèse, on se croirait dans une église.

— Je vais retracer l’itinéraire d’une jeune femme sans abri, sa vie, enfin… son histoire. Je veux dire… comment elle se retrouve dans la rue.
Ça frémit dans les rangs, on chuchote.
— Très bien. C’est un beau sujet. On recense chaque année de plus en plus de femmes en errance, et de plus en plus jeunes. Quelles sources documentaires pensez-vous utiliser, mademoiselle Bertignac ?
Je n’ai rien à perdre. Ou tellement que ça ne se compte pas sur les doigts d’une main, ni même de dix, ça relève de l’infiniment grand.
— Le… le témoignage. Je vais interviewer une jeune femme SDF. Je l’ai rencontrée hier, elle a accepté.
Silence recueilli.

 

Déjà lu du même auteur :

 

 

18 mars 2016

Ne tirez-pas sur l'oiseau moqueur - Harper Lee

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Audiolib - octobre 2015 - 11h35 - Lu par Cachou Kirsch

Editions de Fallois – janvier 2005 – 345 pages

LGF - août 2006 – 447 pages

Titre original : To Kill a Mockingbird, 1960

Quatrième de couverture :
Dans une petite ville d’Alabama, à l’époque de la Grande Dépression, Atticus

Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 – au coeur de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis –, connut un tel succès.
Mais comment ce roman est-il devenu un livre culte dans le monde entier ? C’est que, tout en situant son sujet en Alabama dans les années 1930, Harper Lee a écrit un roman universel sur l’enfance. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique. Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur s’est vendu à plus de 40 millions d’exemplaires dans le monde entier.

Auteur : Harper Lee est née en 1926 à Monroeville, dans l’Alabama. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, qui sera resté pendant plus d’un demi-siècle son unique roman, a été couronné par le prix Pulitzer et s’est vendu à ce jour à près de 40millions d’exemplaires à travers le monde. En 2015, après plus d’un demi-siècle de silence, Harper Lee publie son deuxième roman, Va et poste une sentinelle (Grasset), où l’on retrouve Scout Finch, vingt ans plus tard.

Lecteur : Comédienne et musicienne bruxelloise, sociologue deformation, Cachou Kirsch jongle depuis 2003, avec unplaisir non dissimulé, entre grosses productions théâtraleset « petits » projets passionnants, entre la vivacité dujeune public et les studios d’enregistrement (livres audio,annonces non-commerciales, habillages de chaînes...). En2007, elle a été nommée comme Espoir féminin aux Prixdu Théâtre belge.Comédienne bruxelloise et sociologue de formation, Cachou Kirsch joue depuis 2003, sur les planches comme à l'écran... Elle est également chargée de production du Festival Esperanzah!, ainsi que musicienne. En 2007, elle a été nominée en tant qu'Espoir féminin aux Prix du Théâtre belge.

Mon avis : (relu en mars 2016)
J'avais déjà lu ce célèbre roman américain Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur et j'ai adoré cette relecture audio.
Scout, fillette de 9 ans, nous raconte trois années de son enfance. Elle vit dans les années 30, dans une petite ville de l'Alabama avec son frère Jem, âgé de 13 ans, leur père Atticus avocat juste et intègre les élève seul avec l'aide de Calpurnia, la cuisinière noire. 
La première partie est assez légère, Scout raconte son quotidien, ses jeux avec Jem et Dill, les voisins, sa relation respectueuse avec Atticus. Un père qui sait donner des valeurs à ses enfants mais qui leur laisse également une certaine liberté. 
La deuxième partie, est plus sérieuse, Atticus a accepté de défendre un homme noire accusé du viol d'une jeune femme blanche. Dans cette petite ville du Sud des États-Unis, où règnent intolérance et racisme, Atticus et sa famille va être confronté aux insultes et aux menaces des membres de la communauté. 
J'ai vraiment adoré cette relecture audio, même si la première partie m'a paru plus longue que dans mes souvenirs. Cette partie a toute son importance pour planter le décor et pour la conclusion de cette histoire.

Autres avis : Enna, Sylire

Extrait : (début du livre)
Mon frère Jem allait sur ses treize ans quand il se fit une vilaine fracture au coude mais, aussitôt sa blessure cicatrisée et apaisées ses craintes de ne jamais pouvoir jouer au football, il ne s’en préoccupa plus guère. Son bras gauche en resta un peu plus court que le droit ; quand il se tenait debout ou qu’il marchait, le dos de sa main formait un angle droit avec son corps, le pouce parallèle à la cuisse. Cependant, il s’en moquait, du moment qu’il pouvait faire une passe et renvoyer un ballon.
Bien des années plus tard, il nous arriva de discuter des événements qui avaient conduit à cet accident. Je maintenais que les Ewell en étaient entièrement responsables, mais Jem, de quatre ans mon aîné, prétendait que tout avait commencé avant, l’été où Dill se joignit à nous et nous mit en tête l’idée de faire sortir Boo Radley.
À quoi je répondais que s’il tenait à remonter aux origines de l’événement, tout avait vraiment commencé avec le général Andrew Jackson. Si celui-ci n’avait pas croqué les Creeks dans leurs criques, Simon Finch n’aurait jamais remonté l’Alabama et, dans ce cas, où serions-nous donc ? Beaucoup trop grands pour régler ce différend à coups de poing, nous consultions Atticus, et notre père disait que nous avions tous les deux raison.
En bons sudistes, certains membres de notre famille déploraient de ne compter d’ancêtre officiel dans aucun des deux camps de la bataille d’Hastings. Nous devions nous rabattre sur Simon Finch, apothicaire de Cornouailles, trappeur à ses heures, dont la piété n’avait d’égale que l’avarice. Irrité par les persécutions qu’en Angleterre leurs frères plus libéraux faisaient subir à ceux qui se nommaient « méthodistes », dont lui-même se réclamait, Simon traversa l’Atlantique en direction de Philadelphie, pour continuer ensuite sur la Jamaïque puis remonter vers Mobile et, de là, jusqu’à St Stephens. Respectueux des critiques de John Wesley contre le flot de paroles suscitées par le commerce, il fit fortune en tant que médecin, finissant, néanmoins, par céder à la tentation de ne plus travailler pour la gloire de Dieu mais pour l’accumulation d’or et de coûteux équipages. Ayant aussi oublié les préceptes de son maître sur la possession de biens humains, il acheta trois esclaves et, avec leur aide, créa une propriété sur les rives de l’Alabama, à quelque soixante kilomètres en amont de St Stephens. Il ne remit les pieds qu’une fois dans cette ville, pour y trouver une femme, avec laquelle il fonda une lignée où le nombre des filles prédominait nettement. Il atteignit un âge canonique et mourut riche.
De père en fils, les hommes de la famille habitèrent la propriété, Finch’s Landing, et vécurent de la culture du coton. De dimensions modestes comparée aux petits empires qui l’entouraient, la plantation se suffisait pourtant à elle-même en produisant tous les ingrédients nécessaires à une vie autonome, à l’exception de la glace, de la farine de blé et des coupons de tissus, apportés par des péniches remontant de Mobile.

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Animal (3)

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28 février 2016

Pourquoi Tokyo ? - Agathe Parmentier

Lu en partenariat avec les éditions Au Diable Vauvert

1507-1 Au Diable Vauvert - février 2016 - 320 pages

Quatrième de couverture :
En 2012, Agathe Parmentier décide de quitter la France et part à l'aventure, s'installer au Japon avec une simple valise. Elle gagnera de quoi manger et se loger dans une chambre de 9 m2 en donnant des cours de français. Témoin volontaire respectueuse, distanciée et attentive, elle observe et découvre la ville et ses habitants avec rigueur et nous raconte son quotidien, ses expériences et ses expéditions de française curieuse et maladroite, mais toujours respectueuse, devenue apprentie tokyoïte. Récit d'une expérience humaine et journal de voyage, Pourquoi Tokyo ? est un document passionnant, vivant et plein d'humour, où l'on découvre par les détails l'ordinaire et l'âme d'un pays radicalement différent et qui fascine.

Auteur : Après des études de droit et de politique à Paris, Agathe Parmentier se lance dans la presse où elle devient rapidement chroniqueuse sous le nom d'Ismène de Beauvoir et a publié un document sur la génération Y, Contre-culture confiture (éditions FYP, 2013). Après deux années passées en Australie, elle part vivre en 2014 à Tokyo et en rapporte un passionnant récit de voyage, Pourquoi Tokyo ?

Mon avis : (lu en février 2016)
Avant d'être un livre ce récit de voyage est un blog Pourquoi Tokyo ? Pourquoi pas. A trente ans, Agathe, jeune française décide de partir pour un an au Japon. Elle aime ce pays, mais n'en connait pas la langue. Elle nous raconte son expérience d'occidentale au pays du soleil levant... Elle va vivre dans un chambre de 9 m², donner des cours de français ou faire de la figuration pour gagner sa vie. Elle va prendre des cours de japonais pour tenter de converser avec les locaux.
Ce carnet de voyage est plein de surprises, de découvertes. Agathe a beaucoup d'humour et de curiosité, elle nous raconte à travers d'anecdotes les décalages qu'il existe entre nos deux cultures : elle teste la nourriture, les hôtels, les centres commerciaux, les garçons... Agathe ne s'arrête pas aux clichés, elle décrit un Japon contemporain avec ses émerveillements et ses déceptions. 
Tout au long du livre, Agathe utilise les termes japonais qui sont expliqués par de nombreuses notes et celles-ci sont également réunies en fin du livre, ce qui est très pratique pour s'y référer.

Merci aux éditions Au Diable Vauvert pour cette lecture dépaysante, amusante et instructive !

Extrait : (début du livre)
Je suis Agathe. Donc je suis Agatsu (1). donc je suis 安 月. Donc je suis Lune de Pacotille. Je suis Française, j'ai trente et un ans, je suis célibataire donc je suis une kurisumasukéki et une make-inu. Mais je levis bien. J'habite à Tokyo. Je tiens un blog, enseigne le français et j'étudie le japonais. J'adore le Japon mais je parle à peine le japonais. C'est un peu frustrant mais quand j'écris en japonais, on dirait que j'ai cinq ans donc c'est aussi un peu amusant. Je ne cuisine pas du tout mais j'adore la nourriture japonaise. Je mange du nattō et de lumeboshi. Mon sushi préféré c'est l'engawa. J'adore aussi l'okonomiyaki au poulpe et les yakiimo. J'aime le son du sanshin. J'aime les films japonais bizarres et les livres japonais bizarres. Une fois, au karaoké, j'ai chanté le refrain d'une chanson d'AKB48, mais je n'aime pas trop AKB48. 
Ravie de faire votre connaissance !

(1) Dans la langue japonaise, certainsde nos sons ne sont pas trduisibles. C'est la cas des mots se terminant sur une consonne sonore (David deviendra Davido) et des mots se terminant pae le son [e]. Ainsi, à la japonaise, Agathe devient Agatsu.

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Ponctuation (2)

27 janvier 2016

Pensée assise - Mathieu Robin

pensée assise pensée assise1

Actes Sud Junior - août 2015 - 96 pages

Actes Sud Junior - mai 2005 - 96 pages

Quatrième de couverture :
Sofia et Théo filent le parfait amour. Tout irait bien si le jeune homme, paralysé des jambes à la suite d'un accident, n'avait pas une obsession : embrasser sa dulcinée debout, comme les gens valides. Il s'y essaie par tous les moyens, à ses risques et périls...
Auteur : Scénariste et réalisateur, Mathieu Robin vit à Montpellier. Son premier roman, Pensée assise, a d'abord été un court métrage qu'il a novélisé pour Actes Sud Junior. En mai 2015 sortira son second roman dans la collection "Aventure ado", Ses griffes et ses crocs.
Mon avis : (lu en décembre 2015)
En préparant ce billet et en recherchant l'image de la couverture, j'ai découvert que ce petit roman avait déjà été édité dans la collection Ciné-roman où un réalisateur était appelé à transposer sous forme de roman un court métrage. Théo vit sa première histoire d'amour qui compte avec Sofia.  Mais Théo se prend trop la tête, il ne sent pas à la hauteur de Sofia. En effet, à la suite d'un accident, il est devenu tétraplégique et il lui est impossible d'embrasser debout son amoureuse... Le lecteur va découvrir ce couple atypique et les interrogations de Théo.
Une histoire assez courte qui se lit facilement, le sujet est intéressant mais Théo est parfois un peu "geignard" et compliqué...
Extrait :
Sofia est ma première vraie histoire d’amour, mais ça me fait bizarre de me promener à ses côtés dans la rue. Je crois que ma parano sur le regard des autres a repris. J’en ai vraiment eu la révélation l’autre jour alors que je l’attendais au conservatoire. Elle est arrivée dans mon dos et s’est penchée par-dessus mon fauteuil pour m’adresser un baiser. On aurait dit qu’elle embrassait son petit frère. Ça donnait d’un seul coup à notre couple un côté incestueux qui me dérange.

Il faudrait vraiment que je sois à sa hauteur…
27 juin 2015

Les nuits de la Saint-Jean - Viveca Sten

Lu en partenariat avec Albin Michel

9782226317148g Albin Michel - avril 2015 - 368 pages

traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Titre original : I grunden utan skuld

Quatrième de couverture : 
L’angoisse monte à Sandhamn : une  jeune fille a disparu au cours de la nuit. Sous une pluie battante d’automne, l’inspecteur Thomas Andreasson et ses collègues ratissent l’île, en vain : Lina Rosén reste introuvable et l’enquête conclut à une noyade accidentelle.
Quelques mois plus tard, Nora Linde décide de prendre quelques jours de vacances au cœur de l’hiver à Sandhamn avec ses deux petits garçons. Son mari la trompe et elle a besoin du calme de l’île pour réfléchir. Mais, en jouant dans la forêt, Adam et Simon font une macabre découverte : des restes humains enfouis dans un sac sous la neige. Est-il possible que ce soit le cadavre de Lina ? Et quelle est cette ombre, tapie dans la nuit, sous les fenêtres des Rosén ? Pourquoi ?
Malgré l’absence de pistes, Thomas et son amie Nora ont un étrange pressentiment : l’assassin de Lina rôde encore et n’en a pas fini avec sa sinistre mission.
C’est avec cette nouvelle enquête de l’inspecteur Thomas Andreasson et de Nora Linde que Viveca Sten s’est imposée comme la Nº1 des ventes en Suède.

Auteur : Viveca Sten vit près de Stockholm avec son mari et leurs trois enfants. Après une brillante carrière juridique, elle s'est lancée dans l'écriture. Sa série, qui met en scène l’inspecteur Andreasson et l’avocate Nora Linde sur l’île de Sandhamn, compte déjà 5 tomes. Succès phénoménal en Suède et dans le monde, elle est publiée dans une quinzaine de pays et vient d’être adaptée en série pour la télévision. Diffusées en France sur Arte sous le nom Meurtres à Sandhamn, les deux premières saisons ont atteint plus d’un million de téléspectateurs. Comme ses héros, l'auteur possède une vieille maison familiale sur l'île de Sandhamn et y a passé tous les étés de sa jeunesse.

Mon avis : (lu en juin 2015)
J'ai passé un très bon moment en découvrant cette nouvelle aventure de  l’inspecteur Thomas Andreasson et de Nora Linde.
Durant l'automne, une jeune fille disparaît sur l'île de Sandhamn. L'inspecteur Thomas Andreasson participe aux recherches mais sans succès. Quelques mois plus tard, Nora Linda, l'amie d'enfance de Thomas,vient se reposer sur l'île avec ses deux fils. Et lors d'une promenade en forêt, les enfants découvrent un morceau du corps de la jeune fille, qui a été assassinée... En parallèle, le lecteur est plongé dans le passé de l'île à travers un carnet intime trouvé dans la maison léguée par tante Signe.
L'intrigue est bien mené et à côté de l'enquête le lecteur découvre le quotidien de l'île et de nos deux personnages principaux de la série.

Au fil des différents tomes de la série, je me sens de plus en plus proche de Nora et Thomas et j'attends avec impatience la suite de leurs aventures.

Merci Arthur et les éditions Albin Michel pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
MARIANNE S’ARRÊTA dans le vestibule. Les chaussures étaient en vrac. Machinalement, elle se pencha pour les ranger par paires, bien alignées. Elle découvrit alors qu’il manquait les Timberland claires de Lina.
Leur absence l’effraya. Pourquoi Lina n’était-elle pas rentrée cette nuit ?
Pensive, elle ramassa un bonnet lancé dans un coin. Sa fille laissait traîner ses affaires partout, en désordre. Elle aurait au moins pu prévenir qu’elle ne dormirait pas à la maison.
Et s’il lui était arrivé quelque chose ?
Glacée par cette idée, Marianne retint son souffle.
Et si elle s’était blessée en tombant de vélo ? En cette saison, un accident était vite arrivé. Les étroits chemins de gravier étaient glissants en automne. Elle avait dit à Lina d’être prudente quand elle était partie voir les Hammarsten à Trouville.
Malgré elle, l’inquiétude l’envahit. Le cœur lui manquait, elle avait des palpitations, tout se mettait à tourner devant ses yeux.
Du calme. Respire. 

Les jambes en coton, elle gagna l’agréable cuisine rustique et se laissa tomber sur une chaise. L’été précédent, elle avait repeint les chaises au soleil, près du ponton. Lina l’avait aidée. Elle avait taché son bikini, ça les avait amusées.
Marianne alla prendre un verre dans le placard au-dessus de l’évier pour boire un peu d’eau. Sa respiration se fit plus régulière. Lina devait être restée chez les Hammarsten. Forcément. Où serait-elle passée, sinon ?
Le ronronnement familier de la cafetière sur le plan de travail la rassura. Elle allait boire une tasse de café, bien tranquillement. Après, il serait dans les huit heures, et Hanna Hammarsten téléphonerait pour confirmer que Lina avait passé la nuit chez eux sans prévenir.
Comme font les filles de son âge.
Et elles en riraient ensemble de bon cœur, comme deux mamans complices à propos du comportement prévisible de leurs ados.
Elle aurait un petit sourire gêné de s’être ainsi rongé les sangs, et Lina trouverait qu’elle la couvait comme une mère poule.
« Arrête de t’inquiéter, maman. Change de disque. Je ne suis plus un bébé, tu vois ? »
Hanna la comprendrait très bien. Toutes les mères s’inquiétaient. Surtout quand elles avaient des filles. Cela faisait partie du jeu.
Elle pensait en avoir fini avec les veilles et les nuits agitées maintenant que Lina était grande. Quelle erreur ! Aujourd’hui, quand elle n’arrivait pas à s’endormir avant le retour de Lina, elle regrettait l’époque où elle était petite, où ce qui pouvait lui arriver de pire, c’était de se réveiller après avoir fait un cauchemar. On y remédiait par un câlin et éventuellement un biberon de bouillie. Si cela ne suffisait pas, restait à la porter dans le grand lit, où elle ne tardait pas à se rendormir. On y gagnait des petits coups de pieds dans le dos toute la nuit, mais ce n’était rien comparé à l’anxiété qui la rongeait ces dernières années.
Le café était prêt.

Elle regarda à nouveau l’heure. Huit heures moins le quart. Elle attendrait huit heures pour appeler. Pas une minute de plus. Ça restait assez matinal, mais elle ne serait pas capable d’attendre davantage.
Sa tasse favorite, un gros mug en porcelaine bleue, l’attendait sur le devant du placard. Le seul fait de le voir la rassura. Tout était comme d’habitude. Deux morceaux de sucre, un bon nuage de lait, et son café était prêt. Fort et sucré, comme elle l’aimait. Voilà, ça allait beaucoup mieux.

Déjà lu du même auteur :

la_reine_de_la_baltique La Reine de la Baltique 9782226259776g Du sang sur la Baltique

Challenge Petit Bac 2015 
98438537_o
Prénom ()

Challenge Voisins Voisines 2015
voisins voisines 2015
Suède

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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catégorie "Même pas peur" :  20/25 

19 mars 2015

La Bibliothèque des cœurs cabossés - Katarina Bivald

 Lu en partenariat avec les éditions Denoël

la bibli des coeurs cabossés Denoël - janvier 2015 - 496 pages

traduit du suédois par Carine Bruy

Titre original : Läsarna i Broken Wheel rekommenderar, 2013

Quatrième de couverture :
Tout commence par les lettres que s'envoient deux femmes très différentes : Sara Lindqvist, vingt-huit ans, petit rat de bibliothèque mal dans sa peau, vivant à Haninge en Suède, et Amy Harris, soixante-cinq ans, vieille dame cultivée et solitaire, de Broken Wheel, dans l'Iowa. Après deux ans d'échanges et de conseils à la fois sur la littérature et sur la vie, Sara décide de rendre visite à Amy. Mais, quand elle arrive là-bas, elle apprend avec stupeur qu'Amy est morte. Elle se retrouve seule et perdue dans cette étrange petite ville américaine. Pour la première fois de sa vie, Sara se fait de vrais amis - et pas uniquement les personnages de ses romans préférés -, qui l'aident à monter une librairie avec tous les livres qu'Amy affectionnait tant. Ce sera pour Sara, et pour les habitants attachants et loufoques de Broken Wheel, une véritable renaissance. Et lorsque son visa de trois mois expire, ses nouveaux amis ont une idée géniale et complètement folle pour la faire rester à Broken Wheel.

Auteur : Katarina Bivald a grandi en travaillant à mi-temps dans une librairie. Aujourd’hui, elle vit près de Stockholm, en Suède, avec sa sœur et autant d’étagères à livres que possible. La Bibliothèque des cœurs cabossés est son premier roman.

Mon avis : (lu en mars 2015)
J'ai eu envie de découvrir ce livre rien qu'en voyant la couverture et le titre... Et c'est un coup de cœur !
Après deux ans de relation épistolaire et d'échange de livres, Sarah Lindquist, jeune femme suédoise de vingt huit ans, est invitée par Amy Harris, américaine de soixante-cinq, à venir la rencontrer chez elle à Broken Wheel, dans l'Iowa. Mais lorsque Sarah arrive au bout de son voyage, elle apprend qu'Amy est morte et elle se retrouve seule dans cette petite ville américaine. Etant l'invitée d'Amy, elle devient naturellement l'invité de Broken Wheel. Les habitants de cette petite ville, souvent hauts en couleur, vont tout faire pour rendre son séjour agréable. 
Sarah est une fille timide, le nez toujours plongé dans un livre et vivant plus souvent avec les personnages des romans qu'elle dévore qu'avec de vrai gens.
A Broken Wheel, elle va découvrir de vrais amis et en décidant d'ouvrir une librairie avec tous les livres qu'Amy avait chez elle, Sarah va se révéler.
J'ai passé un excellent moment de lecture en compagnie de ce livre. J'ai aimé la galerie de personnages que sont les habitants de Broken Wheel, les lettres d'Amy à Sarah que le lecteur découvre tout au long du livre et bien sûr Sarah qui va grandir grâce à ce séjour dans l'Iowa.

Un grand Merci à Célia et aux éditions Denoël pour ce livre coup de cœur. 

Extrait : (début du livre)

Sara Lindqvist
7 Kornvägen, 1 tr
136 38 Haninge
Suède


Broken Wheel, Iowa, le 15 avril 2009


Chère Sara,
J’espère qu’Une jeune fille démodée de Louisa May Alcott te plaira. C’est une histoire charmante, même si elle est peut-être un soupçon plus moralisatrice que Les Quatre Filles du docteur March.
Inutile d’envisager de me le rembourser. J’avais ce livre en double depuis des années ? je suis ravie qu’il ait trouvé un nouveau foyer et qu’en plus, il fasse tout le chemin jusqu’en Europe. Moi, je ne suis jamais allée en Suède, mais je suis sûre que ce doit être un très beau pays.
N’est-ce pas amusant qu’un livre voyage davantage que sa propriétaire ? Je ne sais pas si cela est réconfortant ou inquiétant.
Salutations amicales,

Amy Harris

---

   L’inconnue qui se tenait dans la rue principale de Hope était si quelconque que c’en était presque choquant. Une silhouette morne et sans formes vêtue d’un manteau gris de mi-saison, bien trop chaud pour cet automne. Un sac à dos gisait à ses pieds et une énorme valise était appuyée sur une fine poignée télescopique. Aux yeux des habitants qui avaient assisté par hasard à son arrivée, négliger à ce point son apparence était un manque certain de savoir-vivre. Comme si cette femme se moquait éperdument de leur faire bonne impression.
Ses cheveux étaient d’un brun indéterminé, ni franchement clair ni vraiment foncé. Ils étaient attachés à la va-vite avec une pince et tombaient en boucles désordonnées sur ses épaules. Là où aurait dû se trouver son visage, on voyait la couverture d’Une jeune fille démodée de Louisa May Alcott.
Être à Hope semblait vraiment ne lui faire ni chaud ni froid. Comme si elle avait juste atterri là, parachutée avec son livre, son barda, ses cheveux mal coiffés et tout le reste, et aurait tout aussi bien pu se trouver n’importe où dans le monde. Elle se tenait dans l’une des plus belles rues de Cedar County, peut-être la plus belle de tout le sud de l’Iowa, mais n’avait d’yeux que pour ce livre.
Elle ne devait quand même pas être totalement dénuée de curiosité, car de temps à autre, une paire d’yeux gris émergeaient au-dessus de son roman, tel un chien de prairie qui pointe la tête pour vérifier si la voie est libre.
Elle baissait légèrement le livre, scrutait d’abord à gauche, puis, sans tourner la tête, balayait les lieux du regard aussi loin que possible vers la droite. Enfin, elle relevait l’ouvrage et s’y replongeait de plus belle.

En réalité, à ce stade, Sara avait mémorisé la rue quasiment dans ses moindres détails. Même avec le livre devant ses yeux, elle aurait pu dépeindre le soleil du soir qui se reflétait sur des 4×4 rutilants, les frondaisons policées des arbres tout aussi pimpantes, ainsi que l’enseigne aux couleurs patriotiques, des rayures rouges-blanches-bleues, du salon de coiffure situé une cinquantaine de mètres plus loin. Une odeur entêtante de tarte aux pommes tout juste sortie du four flottait sur l’ensemble de la scène. Elle émanait du café derrière elle, où un groupe de femmes d’âge moyen l’observaient lire avec une désapprobation non dissimulée. Du moins Sara en avait-elle l’impression. Chaque fois qu’elle relevait les yeux de son roman, ces femmes fronçaient les sourcils et secouaient légèrement la tête, estimant sans doute que lire sur le trottoir constituait une infraction aux rigueurs de l’étiquette.
Elle prit à nouveau son portable et rappela le dernier numéro composé. Neuf sonneries retentirent avant qu’elle ne raccroche.
Amy Harris était donc un peu en retard. Il y avait sans doute une explication sensée. Un pneu crevé, peut-être. Une panne d’essence. Il était facile d’avoir — elle consulta à nouveau l’écran de son téléphone — deux heures et trente-sept minutes de retard.
Sara ne s’inquiétait pas. Pas encore. Amy Harris écrivait des missives empreintes de sincérité sur du bon vieux papier à lettres à l’ancienne, épais et d’une douce nuance écrue. Il n’y avait absolument aucun risque qu’une personne de ce genre abandonne une amie dans une ville inconnue, ou se révèle être une tueuse en série psychopathe et perverse, quoi que la mère de Sara ait pu imaginer.

 

Challenge Petit Bac 2015 
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Suède

7 novembre 2014

Magasin général, tome 9 : Notre-Dame-des-Lacs – Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

9782203062108 Casterman - octobre 2014 - 128 pages

Quatrième de couverture :
Plus de maire à Notre-Dame-des-Lacs, plus de curé ou presque, Marie enceinte d’un père que personne ne connaît et les femmes du village prises d’une frénésie d’achats comme on n’en avait encore jamais vue… Le monde s’est-il mis à marcher sur la tête, là-bas au fin fond du Québec rural ? Est-ce là l’oeuvre du démon, le commencement de la fin ?
Non, bien sûr, car ce qui imprègne avant tout chaque image, chaque scène, chaque dialogue et chaque personnage de ce spectaculaire dénouement en forme d’apothéose joyeuse, c’est le bonheur ! Loisel et Tripp ont manifestement pris un plaisir fou à mener jusqu’à son terme le destin de chacun des protagonistes de cette truculente histoire chorale à l’humour irrésistible, au fil des quelques mois de l’année 1928 où l’on passe des neiges profondes à la chaleur de l’été sur fond de retour des hommes de leur hivernage. On y apprendra, parmi bien d’autres surprises, ce qu’il advient du bateau du vieux Noël, ce qui tourmentait tant Réjean le jeune prêtre ou encore ce que cachait la grossesse inattendue de Marie… Et le village de Notre-Dame-des-Lacs, au terme de ce final enfiévré célébré comme il se doit par un grand feu de la Saint-Jean, entre à son tour dans la modernité.

Auteurs :
Régis Loisel est né dans les Deux-Sèvres en 1951. Il signe ses premiers travaux au milieu des années 70 lors de l'éclosion de la bande dessinée "adulte" dans diverses publications de l'époque (Mormoil, Pilote, Tousse-Bourin, etc.), mais c'est à partir du début des années 80 que sa carrière "décolle" réellement avec la série La Quête de l'oiseau du temps (Dargaud), scénarisée par Serge Le Tendre. Il est également l'auteur de Peter Pan (Vents d'Ouest), autre série à succès, et de divers one-shots tels que Troubles Fêtes (Les Humanoïdes Associés). Il a également collaboré à divers longs métrages d'animation et a été distingué en 2003 par le Grand Prix de la Ville d'Angoulême. Il réside à Montréal, au Canada.

Jean-Louis Tripp est né à Montauban en 1958. Il publie ses premières histoires courtes au tournant des années 70 et 80, notamment dans Métal Hurlant et chez Futuropolis. Sa première série, Jacques Gallard, paraît chez Milan à partir de 1983. Il contribue ensuite à divers albums collectifs dont Le Violon et l'archer chez Casterman en 1990, signe le récit de voyage illustré La Croisière verte (Glénat), puis bifurque vers la peinture, la sculpture et l'enseignement, avant de revenir à la bande dessinée en 2002 via sa collaboration avec Didier Tronchet (Le Nouveau Jean-Claude, Albin Michel).

Mon avis : (lu en novembre 2014)
C'est le dernier épisode de cette série si sympathique qui se déroule au Québec dans les années 20, dans le petit village rurale de Notre-Dame-des-Lacs. Comme d'habitude (après presque deux ans d'absence) j'ai apprécié de retrouver tous les personnages si attachants du village dans leur quotidien. L'histoire est toute simple, pleine d'humour et de poésie. Le dessin et les couleurs très réussis, les dialogues utilisent des expressions québéquoises savoureuses. Je suis restée sous le charme jusqu'à la fin... 
Dans cette conclusion, Marie est "en famille", elle ne sait pas qui est le père mais cela ne la préoccupe pas, Serge est très présent auprès d'elle, Gaëtan continue de régaler les villageois, Noël termine la construction de son bateau avec l'aide de Réjean toujours en "crise de foi"... La conclusion est à la hauteur de l'ensemble de la série pleine de douceur et de tendresse...
C'est une série que j'ai beaucoup aimée, qui m'a donné envie de découvrir la BD adultes qu'auparavant je ne lisais pas.
A l'occasion, je relirai certainement la série complète !

 Extrait :

PlancheA_224908

 

La série : 

le_magasin_g_n_ral_Marie le_magasin_g_n_ral_Serge le_magasin_g_n_ral_les_hommes le_magasin_g_n_ral_confession 
tome 1 à 4 de la série 
ici

magasin_general5 tome 5 : Montréal 

magasin_general_6  tome 6 : Ernest Latulippe magasin_g_n_ral_7 tome 7 : Charleston 

magasin_g_n_ral tome 8 : Les femmes 

Challenge 3% Rentrée Littéraire 2014 
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18/18

 Challenge Petit Bac 2014
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"Bâtiment" (8)

23 septembre 2014

Dire, ne pas dire - Académie Française

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

book_249 Philippe Rey - septembre 2014 - 191 pages

Quatrième de couverture :
Dit-on Elle a l’air malin ou elle a l’air maligne D’ailleurs ou par ailleurs Par contre ou en revanche Courbatu ou courbaturé Tout à coup ou tout d’un coup À l’attention de ou à l’intention de Ce qui reste ou ce qu’il reste ?  Sabler ou sabrer le champagne ?
A toutes ces interrogations, les académiciens et les linguistes du quai Conti apportent des réponses claires et passionnantes. Plus de 150 emplois fautifs, abus de sens, néologismes ou anglicismes sont ici exposés et rectifiés à travers des cas concrets et quotidiens. 
Un précieux ouvrage, un vif hommage à l'intelligence et aux subtilités de la langue française.

Auteur : Académie Française. Ce livre reprend une sélection de plus de 200 entrées, effectuée par Dominique Fernandez et Yves Pouliquen, deux académiciens membres de la commission du dictionnaire, qui ont aussi rédigé un texte introductif.

Mon avis : (feuilleté en septembre 2014)
Avec ce livre, j'ai découvert que l’Académie française avait lancé en octobre 2011, le site Dire, ne pas dire pour apprendre à utiliser la bonne expression, le bon mot.
Ce n'est pas un livre qui se lit d'une traite, mais qui se feuillette. Il y est recensé plus de 200 mots ou expressions utilisées souvent à tort. J'ai pris conscience que nous avons tendance à utiliser abusivement de nombreux anglicismes pour lesquels il existe pour tant un et même plusieurs équivalents en français...
Ce livre très intéressant nous permet de prendre conscience de la richesse et la subtilité de notre langue française. Les auteurs nous expliquent également d'où viennent ces expressions et comment elles doivent être utilisées correctement.

Merci Anaïs et les éditions Philippe Rey

Autre avis : George 

Extrait : (page 69)
Dispatcher
On rencontre de plus en plus l'anglicisme dispatcher en lieu et place de répartir. Il ne faut pas employer ce terme qui, de surcroît, n'est pas l'équivalent de l'anglais to dispatch. Ce dernier, en effet, ne signifie pas "répartir", mais "expédier", avec la nuances de hâte que l'on peut trouver dans ce verbe français. Dans We soon dispatched our dinner, "Nous eûmes bientôt expédié notre dîner", apparaît bien l'idée de vitesse, mais aucunement celle de répartition. On utilisera donc, en fonction des circonstances répartir, ranger, classer, trier, etc.

On dit                                                                  On ne dit pas

Répartir les élèves dans les classes                        Dispatcher les élèves dans les classes

Ranger les marchandises en fonction des envois     Dispatcher les marchandises en fonction des envois

Distribuer les tâches                                             Dispatcher les tâches

19 septembre 2014

Nymphéas noirs - Michel Bussi

9782258088269FS nymphéas noirs nymphéas noirs_presses de la cité

Presses de la Cité - janvier 2011 - 437 pages

Pocket - septembre 2013 - 493 pages

Presses de la Cité - janvier 2011 - 437 pages

Quatrième de couverture :
Une fillette de onze ans surdouée pour la peinture, une institutrice redoutablement séduisante et une vieille femme aux yeux de hibou qui sait et voit tout constituent le point de départ de l'intrigue. À Giverny, Jérôme Morval, chirurgien ophtalmologiste, enfant du pays, a été retrouvé assassiné près de la rivière de l'Epte. Pour Laurenç Salignac, fraîchement débarqué de l'école de police de Toulouse, le suspect est tout désigné : il s'agit de Jacques Dupain, mari de la belle institutrice, Stéphanie. Cette affaire ferait-elle écho à l'assassinat du petit Albert Rosalba, retrouvé mort dans les mêmes circonstances en 1937 ? La vieille femme qui sait et voit tout, narratrice à ses heures, guide le lecteur dans ses déambulations à Giverny et, à petites touches, se confie : elle seule détient la vérité. Mais quelle vérité ? Car dans le reflet d'une toile de maître d'exception, Les Nymphéas, passé et présent se confondent, meurtres et passions ressuscitent quand jeunesse et mort défient le temps...

Auteur : Il est professeur de géographie et directeur du laboratoire de modélisation et traitements graphiques en géographie. Comme chercheur universitaire, il publie depuis une vingtaine d’années des articles et ouvrages scientifiques. 

Mon avis : (lu en septembre 2014)
Un grand merci à Canel qui m'a offert ce livre il y a 1 an... J'ai beaucoup aimé ce roman policier, tout d'abord pour son cadre, Giverny un lieu que je ne connais que de nom, ensuite pour la peinture, un sujet que j'affectionne et enfin pour le roman policier dont l'auteur a construit une intrigue incroyable et bluffante. Je ne vais pas trop en raconter pour ne rien dévoiler...
Tout commence avec l'assassinat de Jérôme Morval, chirurgien ophtalmologiste, près de l'Epte à Giverny. Pour Laurenç Salignac qui mène l'enquête, le coupable ne peut être que Jacques Dupain, le mari de Stéphanie, la belle institutrice. Son adjoint, Sylvio Bénavides explore minutieusement toutes les pistes possibles, Une vieille femme qui semble tout savoir déambule à toute heure dans Giverny, tout comme Neptune son chien. Il y a également de nombreux enfants dans cette histoire dont une fillette de onze ans qui semble très douée pour la peinture...
J'ai eu un vrai coup de coeur pour ce livre qui est plus qu'un roman policier. La construction de l'intrigue est incroyablement réussie. J'ai également beaucoup aimé le soin que l'auteur a pris dans les descriptions du village, des tableaux, des couleurs... 

Extrait : (début du livre)
- PREMIER JOUR -

13 mai 2010
(Giverny)

Attroupement

L'eau claire de la rivière se colore de rose, par petits filets, comme l'éphémère teinte pastel d'un jet d'eau dans lequel on rince un pinceau.
- Non, Neptune !
Au fil du courant, la couleur se dilue, s'accroche au vert des herbes folles qui pendent des berges, à l'ocre des racines des peupliers, des saules. Un subtil dégradé délavé...
J'aime assez.
Sauf que le rouge ne vient pas d'une palette qu'un peintre aurait nettoyée dans la rivière, mais du crâne défoncé de Jérôme Morval. Salement défoncé, même. Le sang s'échappe d'une profonde entaille dans le haut de son crâne, nette, bien propre, lavée par le ru de l'Epte dans lequel sa tête est plongée.
Mon berger allemand s'approche, renifle. Je crie à nouveau, plus fermement cette fois :
- Non, Neptune ! Recule !
Je me doute qu'ils ne vont pas tarder à trouver le cadavre. Même s'il n'est que 6 heures du matin, un promeneur va sans doute passer, ou bien un peintre, un type qui fait son jogging, un ramasseur d'escargots... un passant, qui va tomber sur ce corps.
Je prends garde à ne pas m'avancer davantage. Je m'appuie sur ma canne. La terre devant moi est boueuse, il a beaucoup plu ces derniers jours, les bords du ru sont meubles. A quatre-vingt-quatre ans, je n'ai plus vraiment l'âge de jouer les naïades, même dans un ruisseau de rien du tout, de moins d'un mètre de large, dont la moitié du débit est détournée pour alimenter le bassin des jardins de Monet. D'ailleurs, il paraît que ce n'est plus le cas, qu'il existe un forage souterrain pour alimenter l'étang aux Nymphéas, maintenant.
- Allez, Neptune. On continue.
Je lève ma canne vers lui comme pour éviter qu'il ne colle sa truffe dans le trou béant de la veste grise de Jérôme Morval. La seconde plaie. Plein coeur.
- Bouge ! On ne va pas traîner là.
Je regarde une dernière fois le lavoir, juste en face, et je continue le long du chemin. Rien à dire, il est impeccablement entretenu. Les arbres les plus envahissants ont été sciés à la base. Les talus sont désherbés. Il faut dire, quelques milliers de touristes le fréquentent chaque jour, ce chemin. On y passerait une poussette, un handicapé en fauteuil, une vieille avec une canne. Moi !
- Allez, viens, Neptune.

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
88055176_o
catégorie "Même pas peur" :  5/25

 Challenge Petit Bac 2014
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"Couleur" (12)

Déjà lu du même auteur : 

Ne_lache_pas_ma_main_600x966 Ne lâche pas ma main 

 

12 juin 2014

Une dernière danse - Victoria Hislop

Lu en partenariat avec les éditions Les Escales

9782365690874 Les Escales - mai 2014 - 453 pages

traduit de l'anglais par Séverine Quelet

Titre original : The Return, 2008

Quatrième de couverture : 
Derrière les tours majestueuses de l'Alhambra, les ruelles de Grenade résonnent de musique et de secrets. Venue de Londres pour prendre des cours de danse, Sonia ignore tout du passé de la ville quand elle arrive. Mais une simple conversation au café El Barril va la plonger dans la tragique histoire de la cité de Garcia Lorca et de la famille qui tenait les lieux.
Soixante-dix ans plus tôt, le café abrite les Ramirez : trois frères qui n'ont rien d'autre en commun que leur amour pour leur soeur, Mercedes. Passionnée de danse, la jeune fille tombe bientôt sous le charme d'un gitan guitariste hors pair. Mais tandis que l'Espagne sombre dans la guerre civile, chacun doit choisir un camp. Et la fratrie va se déchirer entre résistance, soumission au pouvoir montant, ou fuite.
Happée par ce récit de feu et de sang, Sonia est loin d'imaginer à quel point cette histoire va bouleverser sa propre existence...

Auteur :  Victoria Hislop est diplômée de littérature anglaise de l’université d’Oxford. Best-seller international, vendu à plus de deux millions d’exemplaires dans le monde, son premier roman L’Île des oubliés est resté plus de 15 semaines dans les classements des meilleures ventes en France, et a fait l’objet d’une série télévisée très populaire en Grèce. Le Fil des souvenirs, son deuxième ouvrage est publié aux Éditions Les Escales.

Mon avis : (lu en juin 2014)
Après avoir découvert Victoria Hislop avec L'île des oubliés  que j'ai beaucoup aimé, je n'ai pas hésité à accepter son nouveau livre en partenariat. Tout commence de nos jours à Grenade avec Sonia venu d'Angleterre pour participer à un stage de danse avec sa meilleure amie. En se promenant dans la ville un matin, elle entre au hasard dans un café et lie connaissance avec le vieux monsieur qui le tient. Elle reviendra plusieurs fois le voir et celui-ci va lui raconter l'histoire de la famille Ramirez propriétaire du café El Barril. Il
est question de danse, de guerre civile espagnole, d'amour...

Avec comme décor la belle ville de Grenade, le lecteur découvre une belle histoire d'amour entre Mercedes qui danse merveilleusement le flamenco et Javier le beau guitariste gitan. Les frères de Mercedes se déchireront et seront des victimes de la guerre civile.
Un livre très prenant, l'écriture est fluide, les personnages attachants, une très belle découverte !

Merci Anaïs et les éditions Les Escales pour m'avoir permis de découvrir cette belle histoire.

Extrait : 
Les deux femmes avaient pris place quelques instants plus tôt à peine, dernières spectatrices à être admises avant que le gitano à l’air revêche ne pousse d’un geste ferme les verrousà la porte.

Traînant derrière elles des jupes volumineuses, cinq jeunes filles aux cheveux de jais firent leur entrée. Ajustées à leurs corps, tournoyaient des robes d’un rouge et d’un orange flamboyants, vert fluo et ocre. Ces couleurs éclatantes, le cocktail d’effluves lourds, la célérité de leur arrivée ajoutée à leur démarche arrogante, tout cela donnait à la scène un effet théâtral aussi forcé qu’écrasant. À leur suite se présentèrent trois hommes, dans des costumes sombres comme ceux qu’on porte aux funérailles, tout en noir depuis leurs souliers de cuir fabriqués main à leurs cheveux gominés.
L’ambiance se modifia alors, à mesure que le battement léger, céleste, des paumes qui s’effleuraient s’élevait dans le silence. L’un des hommes brossait des doigts les cordes de sa guitare. Un autre poussa un profond gémissement plaintif qui se mua bientôt en chant. Le rauque de sa voix s’accordait à la rusticité du lieu et à la rudesse de son visage grêlé. Seul le chanteur et sa troupe comprenaient l’obscur patois, mais le public pouvait en ressentir le sens. Un amour avait été perdu.
Cinq minutes s’écoulèrent ainsi, la cinquantaine de spectateurs assise en rond dans l’obscurité d’une des cuevas humides de Grenade osant à peine respirer. Rien n’annonça la fin de la chanson – elle s’évanouit simplement – mais les danseuses y virent le signal pour quitter la scène, les unes derrière les autres, les yeux rivés sur la porte devant elles, avançant d’une démarche à la sensualité brute, sans même remarquer la présence des étrangers dans la salle. Une impression de menace planait dans l’espace sombre.
— C’est tout ? chuchota l’une des retardataires.
— J’espère que non, répondit son amie.
Plusieurs minutes durant, la salle fut saisie d’une incroyable tension puis un son doux et continu leur parvint. Ce n’était pas de la musique, mais un ronronnement mélodieux et percutant : des castagnettes.
L’une des danseuses revenait ; elle parcourut la scène aussi étroite qu’un couloir en tapant du pied, les volants de son jupon balayant les pieds recouverts de poussière des touristes assis au premier rang. Le tissu de sa robe, d’un orange vif parsemé de gros pois noirs, était tendu sur son ventre et sa poitrine. Les coutures étaient tirées. Ses pieds martelaient en rythme les lames de bois qui composaient la scène : un deux, un deux, un deux trois, un deux trois, un deux…
Puis ses mains s’élevèrent dans les airs, les castagnettes s’agitant dans un trille agréable, et la femme se mit à tourner lentement. Tandis qu’elle virevoltait, ses doigts claquaient contre les petits disques noirs qu’elle tenait entre les mains.
Le public était sous le charme. 
Un chant plaintif l’accompagnait ; le chanteur gardant la plupart du temps les yeux baissés. La danseuse poursuivit, plongée dans une transe personnelle. Si elle suivait la musique, elle n’en montrait rien, et si elle avait conscience de la présence du public, celui-ci ne le ressentait pas. L’expression de son visage sensuel n’était que pure concentration et son regard était plongé dans un autre monde qu’elle seule discernait. Sous ses bras, le tissu s’assombrit de transpiration et des gouttes de sueur perlèrent à son front tandis qu’elle tournoyait, toujours plus vite.

Déjà lu du même auteur :

92118027  L'île des oubliés 


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Grande-Bretagne

29 avril 2014

La muraille invisible - Henning Mankell

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Sixtrid - mars 2014 - 15h25 - Lu par Marc-Henri Boisse

Seuil - mars 2002 - 426 pages

Points - mars 2003 - 528 pages

traduit du suédois par Anne Gibson

Titre original : Brandvägg, 1998

Quatrième de couverture :
L'automne est revenu à Ystad. Tynnes Falk, consultant en informatique, s'écroule mort devant un distributeur bancaire. Au même moment, deux adolescentes tuent sauvagement un chauffeur de taxi. La plus âgée s'enfuit du commissariat. Son corps est retrouvé à l'intérieur d'un transformateur à haute tension. C'est alors que Wallander découvre le sanctuaire clandestin de Falk. L'univers qui se dévoile peu à peu aux enquêteurs - grâce à la complicité d'un jeune hacker surdoué - est vertigineux. L'ennemi se révèle à la fois omniprésent, omnipotent et invisible. A ceci près qu'il menace les centres financiers de la planète. Confronté à l'enquête la plus difficile de sa carrière, Wallander est plus seul que jamais. Peut-il encore se fier à ses collègues ? Qu'en est-il de la Suède où des adolescentes passent à l'acte à coups de marteau ? Et où ceux qui le peuvent cherchent à quitter le pays. Wallander, lui, n'a pas le choix. Il reste. Contre toute attente, une femme va croiser sa route...

Auteur : Henning Mankell, né en 1948, partage sa vie entre la Suède et le Mozambique. Lauréat de nombreux prix littéraires. Outre la célèbre « série Wallander », il est l'auteur de romans sur l'Afrique ou sur des questions de société, de pièces de théâtre et d’ouvrages pour la jeunesse.

Lecteur : Marc-Henri Boisse acteur et réalisateur.

Mon avis : (écouté en avril 2014)
Tynnes Falk, consultant en informatique, est retrouvé mort devant un distributeur bancaire. Au même moment, deux adolescentes tuent sauvagement un chauffeur de taxi. Toutes deux sont arrêtées et interrogées. Un peu plus tard dans la soirée, l'une des deux s'enfuit du commissariat...
Dans cet huitième enquête de Wallander, ce dernier n'est pas à la fête... Il souffre de la solitude et hésite à rencontrer quelqu'un grâce aux petites annonces. Il est l'objet d'une plainte à cause d'une gifle qu'il a donné à la plus jeune des deux ados qui allait frapper sa mère. Mais personne ne veut croire sa version des faits, en particulier sa hiérarchie, Wallander est dégoûté, prêt à démissionner. Mais sa conscience professionnelle lui fera poursuivre son travail.
Ecrite en 1998, l'intrigue nous entraîne sur la piste de piratage informatique autour de la finance mondiale. C'est donc très contemporain et très réaliste. 
Je suis une inconditionnelle de Kurt Wallander, j'ai donc passé un très bon moment en écoutant ce livre audio. Malheureusement, il ne me reste plus qu'une seule aventure à découvrir... Mais je compte bien relire un jour les premières enquêtes.

En 2008, ce livre a été adapté par la BBC dans la série télévisée Wallander (saison 1 – épisode 2) réalisé par Andy Wilson avec Kenneth Branagh, Benedict Taylor, David Sibley, Roland Hedlund, Rupert Graves. Cette adaptation très réussie est assez proche du livre et nous permet de découvrir de très beaux paysages de Suède. Je compte regarder prochainement cet épisode.

Extrait : (page 28)
Wallander soupira et se força à redevenir policier. Il ouvrit le dossier et le parcourut en constatant comme d’habitude que Martinsson avait rédigé un rapport clair et succinct. Il s’enfonça dans son fauteuil et réfléchit à ce qu’il venait de lire.
Deux filles, âgées de dix-neuf et quatorze ans, avaient téléphoné d’un restaurant à vingt-deux heures le mardi soir pour commander un taxi. Elles avaient ensuite demandé à être conduites à Rydsgard. L’une des deux était montée à l’avant ; à la sortie de la ville, elle avait demandé au chauffeur de s’arrêter, disant qu’elle préférait tout compte fait voyager à l’arrière. Le taxi s’était arrêté au bord de la route. La fille assise à l’arrière avait alors brandi un marteau et frappé le chauffeur à la tête pendant que l’autre lui enfonçait un couteau dans la poitrine. Elles l’avaient dépouillé de son portefeuille et de son portable avant de prendre la fuite. Malgré ses blessures, le chauffeur – Johann Lundberg, soixante ans, dont quarante au volant de son taxi – avait réussi à donner l’alerte et à fournir un bon signalement des deux filles. Martinsson, qui s'était chargé de l'affaire ce soir-là, les avait identifiées sans trop de mal en interrogeant les clients du restaurant. Elles avaient été arrêtées à leur domicile. Celle de dix-neuf ans était restée en garde à vue. En raison de la gravité du crime, on avait décidé de retenir aussi la plus jeune. Johan Lundberg était conscient à son arrivée à l'hôpital ; puis son état s'était brusquement aggravé. Les médecins hésitaient à se prononcer. Selon Martinsson, les deux filles avaient justifié l'agression par un « besoin d'argent ». 
Wallander fit la grimace. Il n’avait jamais de sa vie été confronté à une chose pareille : deux jeunes filles passant à l’acte avec une violence incontrôlée. D'après les notes de Martinsson, la plus jeune allait à l'école, c'était même une excellente élève. La plus âgée avait déjà travaillé comme réceptionniste dans un hôtel et comme jeune fille au pair à Londres, et s'apprêtait à entamer des études de langues. L'une et l'autre n'étaient connues ni de la police ni des services sociaux.

Déjà lu du même auteur : 
tea_bag  Tea-Bag  les_chaussures_italiennes  Les chaussures italiennes

meurtriers_sans_visage_p Meurtriers sans visage Les_chiens_de_Riga_2 Les chiens de Riga

l_homme_inquiet L'homme inquiet le_retour_du_professeur_points Le Retour du professeur de danse

la_lionne_blanche_p La lionne blanche  profondeurs_p Profondeurs le_chinois Le Chinois

l_homme_qui_souriait_p L’homme qui souriait le_guerrier_solitaire_p Le guerrier solitaire 

la_faille_souterraine La faille souterraine et autres enquêtes la_cinqui_me_femme La cinquième femme

les_morts_de_la_st_jean_point Les morts de la Saint-Jean 2013-12-30_081744 Les chaussures italiennes

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Suède

Challenge Petit Bac 2014
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"Bâtiment" (3)

Challenge Trillers et Polars
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catégorie "Même pas peur" :  27/25

2 mars 2014

La lettre à Helga - Bergsveinn Birgisson

Ecouté dans le cadre de Masse Critique avec Audiolib

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Audiolib - janvier 2014 - 2h54  - Lu par Rufus

Zulma - août 2013 - 144 pages

traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson

Titre original : Svar við bréfi Helgu, 2010

Quatrième de couverture :
Au seuil de sa fin de vie, Bjarni – fermier islandais – décide de rompre le silence et d’écrire une longue lettre à son grand amour perdu, Helga, sa belle voisine. Il y raconte l’existence qui s’est écoulée, de l’après-guerre à nos jours, les temps qui changent, la solitude glacée, mais surtout livre le secret d’une âme simple et le regret qui la torture : n’avoir pas su rompre avec son mode de vie immémorial en fuyant avec elle à Reykjavík. Bouleversante, brûlante et souvent drôle, cette 
Lettre à Helga est aussi prétexte à l’évocation d’un monde révolu : celui d’une vie paysanne traditionnelle islandaise qu’anime une âme pétrie de lectures bibliques et de légendes, entre mer et glace. Un roman épistolaire rafraîchissant et grave à la fois.
Rufus interprète La Lettre à Helga en usant de toutes les facettes de son immense talent, mélange de mélancolie et de passion brûlante.

Auteur : Bergsveinn Birgisson est né en 1971. Titulaire d’un doctorat en littérature médiévale scandinave, il porte la mémoire des histoires que lui racontait son grand-père, lui-même éleveur et pêcheur dans le nord-ouest de l’Islande. Immense succès dans les pays scandinaves ainsi qu’en Allemagne, La Lettre à Helga est enfin traduit en français.

Lecteur : Rufus est né le 19 décembre 1942 à Riom. Comédien et humoriste, Il mène de front sa carrière au théâtre, du Café de la gare aux pièces de Beckett, et au cinéma en jouant des rôles importants entre autres pour Lelouch, Godard, Mocky ou Jean-Pierre Jeunet, pour qui il sera le père d’Amélie dans Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain.

Mon avis : (écouté en février 2014)
J'avais beaucoup aimé le livre papier et j'ai adoré le relire en version audio. 
Bjarni Gislason est un vieux monsieur proche de la mort lorsqu'il écrit cette lettre à Helga, la femme qu'il a aimé le plus au monde mais qu'il n'a pas su garder. Ils étaient voisins et mariés l'un et l'autre lorsque leur liaison a commencé. Un jour, il a fallu choisir, partir vivre avec Helga loin de son village, de ses terres, de son bétail ou rester avec sa femme dans cette belle campagne islandaise.
Dans cette lettre, Bjarni revient sur sa longue vie, sur ses regrets... Il nous raconte son quotidien à la ferme, les souvenirs de sa passion avec Helga mais
aussi quelques épisodes dignes des racontars de Jørn Riel...
Bjarni est bouleversant de sincérité, il regrette encore le choix qu'il a fait et qui a gâché plusieurs vies. 
Une histoire dépaysante dans une nature rude mais authentique.
Le comédien Rufus exprime avec beaucoup de talent les différentes émotions contenues dans cette histoire.
Seule réserve, la couverture du livre audio...

Merci Babelio et Audiolib pour m'avoir permis de découvrir cette histoire touchante.

Autre avis : Valérie

Extrait lu : voir ici

Version papier :

la_lettre_a_helga La Lettre de Helga

Challenge Voisins Voisines 2014
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Islande

Challenge Petit Bac 2014
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Objet (4)

22 janvier 2014

Dans les forêts de Sibérie - Sylvain Tesson

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Gallimard - mai 2012 - 6h50 - lu par Sylvain Tesson

Gallimard - septembre 2011 - 267 pages

Folio - avril 2013 - 304 pages

Prix Médicis essai 2011

Quatrième de couverture :
« Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dansd les forêts de Sibérie. J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux. Je crois y être parvenu. Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie. Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence - toutes choses dont manqueront les générations futures ? Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. » Sylvain Tesson revit son expérience au cœur de la Russie en une lecture habitée, intense et vibrante d'émotions. 

 

Auteur : Sylvain Tesson est né en 1972. Aventurier et écrivain, membre de la Société des explorateurs français, il s'est fait connaître avec un remarquable récit de voyage, L'axe du loup : De la Sibérie à l'Inde sur les pas des évadés du Goulag. Son premier recueil de nouvelles, Une vie à coucher dehors, s'inspirant de ses nombreux voyages, reportages et documentaires, a reçu le Goncourt de la nouvelle 2009.

Mon avis : (écouté en janvier 2014)
C'est le récit autobiographique de Stéphane Tesson qui a vécu six mois, de février à juillet 2010, dans une cabane au bord du lac Baïkal. Loin de tout, avec comme provisions, des kilos de pâtes, du tabasco, du ketchup et des litres de vodka, pour se chauffer du bois à couper et pour lire de nombreux livres... Ces six mois, c'est l'occasion de se poser, de se retrouver spectateur de la nature, d'apprécier le silence, de voir passer le temps...
J'ai beaucoup aimé ce livre, de plus lu par son auteur, je l'ai trouvé apaisant et passionnant.
J'ai aimé les descriptions de la nature, le cycle des saisons avec la neige, le lac pris par les glaces, puis la fonte des neiges et la débâcle avec l'arrivée du printemps, les animaux rencontrés, du plus petit ou plus gros (mésanges, oies, phoques ou les ours...). 
Sylvain bouge un peu accueilli par ses plus proches voisins qui sont à une journée ou deux de marche. Il utilise le kayak, une pulka tirée par des chiens... Il a également quelques visiteurs qui arrivent selon la saison en camion ou en bateau...
Ce journal de bord mêle descriptions, réflexions, anecdoctes... Je n'ai pas vu le temps passer et j'ai beaucoup imaginé cette retraite paisible...
Coup de cœur !

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
La marque Heinz commercialise une quinzaine de variétés de sauces. Le supermarché d’Irkoutsk les propose toutes et je ne sais quoi choisir. J’ai déjà rempli six caddies de pâtes et de Tabasco. Le camion bleu m’attend. Micha, le chauffeur, n’a pas éteint le moteur, et dehors, il fait – 32.
Demain, nous quittons Irkoutsk. En trois jours, nous atteindrons la cabane, sur la rive ouest du lac. Je dois terminer les courses aujourd’hui. Je choisis le « super hot tapas » de la gamme Heinz. J’en prends dix-huit bouteilles : trois par mois.
Quinze sortes de ketchup. À cause de choses pareilles, j’ai eu envie de quitter ce monde.

9 février
Je suis allongé sur mon lit dans la maison de Nina, rue des Prolétaires. J’aime les noms de rues en Russie. Dans les villages, on trouve la « rue du Travail », la « rue de la révolution d’Octobre », la « rue des Partisans » et, parfois, la « rue de l’Enthousiasme » où marchent mollement de vieilles Slaves grises. 
Nina est la meilleure logeuse d’Irkoutsk. Autrefois, pianiste, elle se produisait dans les salles de concerts de l’Union soviétique. À présent, elle tient une maison d’hôte.
Hier elle m’a dit : « Qui eût cru que je me transformerais un jour en usine à crêpes ? » Le chat de Nina ronronne sur mon ventre. Si j’étais un chat, je sais le ventre où je me réchaufferais.
Je suis au seuil d’un rêve vieux de sept ans. En 2003, je séjournai pour la première fois au bord du Baïkal. Marchant sur la grève, je découvris des cabanes régulièrement espacées, peuplées d’ermites étrangement heureux. L’idée de m’enfouir sous le couvert des futaies, seul, dans le silence, chemina en moi. Sept ans plus tard, m’y voilà.
Il faut que je trouve la force de repousser le chat. Se lever de son lit demande une énergie formidable. Surtout pour changer de vie. Cette envie de faire demi-tour lorsqu’on est au bord de saisir ce que l’on désire. Certains hommes font volte-face au moment crucial. J’ai peur d’appartenir à cette espèce.
Le camion de Micha est chargé ras la gueule. Pour atteindre le lac, cinq heures de route à travers des steppes englacées : une navigation, par les sommets et les creux d’une houle pétrifiée. Des villages fument au pied des collines, vapeurs échoués sur des hauts-fonds. Devant pareilles visions, Malevitch écrivit : « Quiconque a traversé la Sibérie ne pourra plus jamais prétendre au bonheur. »
Au sommet d’une croupe, le lac apparaît. On s’arrête pour boire. Cette question après quatre rasades de vodka : par quel miracle la ligne du littoral épouse-t-elle aussi parfaitement les contours de l’eau ?

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14 janvier 2014

Mattéo (Tome 1) Première époque (1914-1915) - Jean-Pierre Gibrat

2014-01-11_103705 Futuropolis - octobre 2008 - 64 pages

Quatrième de couverture : 
Mattéo, d'origine espagnole, ne reçoit pas d'ordre d'engagement lorsque la guerre est déclarée.
Mais, ses amis au front, il est pris de remords, et décide de franchir le pas.
Sa mère tente bien de s'y opposer, mais que peut-elle face à l'Amour ?
Il faut dire que Juliette, la belle fiancée, très patriotique, ne comprend pas le détachement de Mattéo, et elle le harcèle un peu.
Guillaume, le fils du noble du coin, lui, est parti au combat, même s'il sert dans l'Aviation où les risques sont moindres.
Alors, de l'Est de la France où les combats font rage à l'Amour de Juliette, il n'y a qu'un pas. Le tout est de ne pas le faire en territoire allemand...

Auteur : Jean-Pierre Gibrat, 59 ans, vit en Normandie. Il a reçu, en 2010, le Grand Prix Bd Boum de Blois pour l'ensemble de son oeuvre. Il est l'auteur des séries Le Sursis, Le Vol du corbeau et de Mattéo.

Mon avis : (lu en janvier 2014)
Je ne connaissais pas cette série et n'avais jamais lu cet auteur mais ayant accepté de lire le 3ème tome pour Masse Critique de Babelio, j'ai réussi à me procurer les 2 tomes précédents à la Bibliothèque.
Eté 1914, Coullioure : Mattéo est secrètement amoureux de  la jolie Juliette. Celle-ci est plutôt attirée par Guillaume, qui vient de s'engager dans l'aviation. Mattéo, fils d’un anarchiste espagnol, disparu à jamais en mer, échappe à la mobilisation générale puisu'il est étranger. Ses amis étant partis au front, Mattéo supporte mal les regards de travers que lui portent les villageois, le reproche d'être là à l'abri alors que les hommes sont partis se battre. Finalement, même si sa mère l'en disuade, pour plaire à Juliette, Mattéo décide de s'engager et va rejoindre les tranchées...
Les dessin sont superbes, à l'aquarelle. Les paysages sont magnifiques, les portraits expressifs et l'horreur des combats très réaliste. La qualité du dessin renforce le message contre l'horreur la guerre, contre le non-sens de la guerre.

Autre avis : Canel

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Extrait : (début du livre)

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15 décembre 2013

La pendue de Londres - Didier Decoin

2013-12-11_154820 Grasset - mai 2013 - 336 pages

Quatrième de couverture : 
Allemagne, 1945. L'exécuteur en chef du Royaume Britannique, envoyé en mission, pend la gardienne de camps nazis Irma Grese. Même s'il éprouve un réel dégoût à exécuter des femmes, surtout si elles sont jeunes et jolies, le bourreau fait son devoir : c'est un as dans l'art de la longueur des cordes, un expert dans le minutage de la mise à mort. Pourtant, le reste du temps, c'est un homme comme un autre, époux modèle, bon citoyen.
Londes, immédiat après-guerre. Ruth Ellis ressemble à Betty Boop, enjouée et désirable, elle plaît aux hommes, et sans doute les choisit-elle fort mal. Mais derrière son sourire et sa bouche trop maquillée, que cache-t-elle ? Dans le Londres charbonneux de l'après-Blitz, d'entraîneuse, Ruth devient prostituée. Un jour, malheureuse, jalousée, violentée, mais toujours belle, et mère de famille, elle tue son amant, à bout portant. La voici condamnée à la pendaison. Bourreau, fais ton œuvre ! Et si le bourreau avait une âme ? Et s'il répugnait soudain à supprimer une innocente aux boucles blondes ?
Dans ce roman envoûtant, reconstitution en cinémascope d'un Londres luisant de « fog » et de pluie, théâtre de vices cachés dans une société bien-pensante, Didier Decoin alterne le chant du bourreau et de la victime. Saisissant.

Auteur : Né en 1945, Didier Decoin est scénariste et écrivain à succès. Auteur d'une vingtaine de romans, il a notamment publié John l'enfer (prix Goncourt 1977), Louise (1998). Didier Decoin est le fils du cinéaste Henri Decoin. Il débute sa carrière comme journaliste de presse écrite à France Soir, au Figaro et à VSD, et de radio sur Europe 1. En parallèle il se lance dans l'écriture, et sera couronné par le Prix Goncourt en 1977 avec John l'Enfer. Tout en continuant son métier d'écrivain, il devient scénariste au cinéma puis à la télévision (adaptations et scripts pour la télévision comme les grands téléfilms Les Misérables, Le Comte de Monte-Cristo, Balzac ou Napoléon). En 1995, il est devenu le Secrétaire de l'Académie Goncourt.

Mon avis : (lu en décembre 2013)
J'ai découvert ce livre grâce au "Café Lecture" de la Bibiothèque. Il raconte deux histoires vraies dans l'Angleterre des années cinquante, deux histoires que le lecteur découvre en parallèle avant de se rejoindre. D'un côté l'histoire de la dernière femme exécutée en Grande-Bretagne, en 1955, Ruth Ellis, 20 ans. De l'autre celle d'Albert Pierrepoint l'un des derniers bourreaux officiels au Royaume-Uni. Le bourreau décrit avec beaucoup de précision et de rigueur son travail d'exécuteur. Fils de bourreau, il est également marié, travaillant comme livreur puis comme tenancier d'un pub. Tout ceci constraste beaucoup avec la vie agitée de Ruth, coupable du meurtre de son amant mais également victime de viol et femme battue...
Ces histoires bien documentées sont intéressantes historiquement. Difficile de dire que l'on peut être touchée par ce bourreau froid et perfectionniste, néamoins humain. Au contraire, le parcours si chaotique de Ruth qui s'achève tragiquement si jeune est émouvant.

Extrait : (début du livre)
Quand j'opérais sur le territoire britannique, j'organisais moi-même mes déplacements. En cas de météo exécrable - la neige et les pluies verglaçantes avaient sévi de longues semaines au cours des trois premières années de la guerre -, j'empruntais le chemin de fer. Sinon je préférais utiliser ma voiture, ce qui me permettait d'harmoniser mes horaires à ma guise, notamment en roulant de nuit pour arriver tôt le matin précédant l'exécution. Même si le règlement n'exigeait pas ma présence avant seize heures, il me plaisait d'avoir du temps devant moi pour revoir et peaufiner chaque détail du protocole.
Mais cette fois j'étais appelé en Allemagne, ce qui rendait l'avion incontournable.
J'aurais aimé l'éviter, pourtant. Non pas que j'aie peur : la guerre finie, l'appareil ne risquait plus d'être pris pour cible, et les conditions de vol étaient cette nuit-là particulièrement bonnes, du moins pour un mois de décembre : 1945 était bien partie pour figurer dans les archives de la météo comme l'année la plus sèche et la plus chaude depuis 1873. A quoi s'ajoutait que le DH84M Dragon était l'un des bimoteurs les plus sûrs de son époque.
Mais cet avion me rappelait une triste histoire : dix ans auparavant, les deux jeunes filles du consul des États-Unis à Naples avaient pris place à bord d'un Dragon semblable à celui qu'on allait mettre à ma disposition.
Elles s'envolaient pour la Sicile où leurs fiancés, pilotes dans la Royal Air Force, venaient de se tuer dans un accident d'hydravion. Après que leur Dragon eut survolé Capri, Jane et Elizabeth Du Bois rédigèrent une lettre d'adieu à l'intention de leurs parents, elles épinglèrent la lettre au dossier d'un des sièges, puis elles ouvrirent la porte de la carlingue et se jetèrent dans le vide en se tenant par la main.
Les journaux qui rendirent compte du drame ne précisèrent pas combien de temps avait duré le plongeon mortel des deux jeunes filles. Mais j'étais bien certain que leur chute avait excédé de beaucoup les quelques fractions de seconde nécessaires à la mort telle que je la dispensais - une mort par pendaison entraînant la rupture instantanée des vertèbres cervicales.
Depuis quatre heures que l'appareil avait décollé de Northolt, dans l'ouest de Londres, je n'avais pratiquement pas détourné mon regard de la porte, essayant d'imaginer les efforts des deux jeunes filles arc-boutées pour l'ouvrir, luttant contre la pression de l'air. J'ai toujours été effaré par la rage que mettent certaines personnes à en finir avec la vie.

 Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Géographie"

Déjà lu du même auteur :

louise Louise la_femme_du_Titanic La Femme de Chambre du Titanic

les_trois_vies_de_babe_ouzouf_p Les trois vies de Babe Ozouf 

 

18 décembre 2013

Mauvais Genre - Chloé Cruchaudet

2013-12-11_155651 Delcourt - septembre 2013 - 160 pages

Le Prix Landerneau de la Bande Dessinée 2013

Prix Coup de Cœur Quai des Bulles 2013

Quatrième de couverture : 
Paul et Louise s'aiment, Paul et Louise se marient, mais la Première Guerre mondiale éclate et les sépare. Paul, qui veut à tout prix échapper à l'enfer des tranchées, devient déserteur et retrouve Louise à Paris. Il est sain et sauf, mais condamné à rester caché dans une chambre d'hôtel. Pour mettre fin à sa clandestinité, Paul imagine alors une solution : changer d'identité. Désormais il se fera appeler Suzanne. Entre confusion des genres et traumatismes de guerre, le couple va alors connaître un destin hors norme.
Inspiré de faits réels, Mauvais Genre est l'étonnante histoire de Louise et de son mari travesti qui se sont aimés et déchirés dans le Paris des Années folles.

Auteur : Chloé Cruchaudet est née le 2 novembre 1976 à Lyon. Après l'école d'art appliqués Emile Cohl, Chloé entame des études aux Gobelins à Paris en section dessin-animé. Diplômée en 2000, elle collabore à plusieurs séries pour la télé comme « L'âne tro-tro », « Atomic Betty »,des courts métrages et différents pilotes. Parallèlement elle travaille pour l'édition jeunesse, la presse (chez Milan) et aussi pour des collectifs de bandes-dessinées (les fables de La Fontaine aux éditions Delcourt et un album sur Louise Attaque pour les éditions Petit à Petit).

Mon avis : (lu en décembre 2013)
Chloé Cruchaudé a réalisé cette bande dessinée à partir de l'essai La Garçonne et l'assassin des historiens Fabrice Virgili et Danièle Voldman. Il s'agit donc d'une histoire vraie, Paul et Louise s'aiment et se marient avant le début de la Première Guerre Mondiale. Paul part sur le front, mais très vite il ne supporte les atrocités de la vie dans les tranchés. Il tente de se mutiler la main, mais après quelques mois d'hôpital, il va être renvoyé en première ligne. Avec la complicité de Louise, il déserte et se cache dans une chambre d'hôtel. Très vite, il ne supporte plus l'enfermement et il a l'idée de se travestir en femme pour pouvoir vivre incognito sans risque d’être arrêté et condamné à mort. Ainsi Paul devient Suzanne, et il va travailler comme ouvrière dans un atelier de sous-vêtements féminins. Mais il finit par se lasser et découvre qu'il se passe de drôles de choses pendant la nuit dans le Bois. Très vite Suzanne devient une vedette du Bois et Louise, de plus en plus délaissée par son mari, s’inquiète car son mari se comporte de plus en plus comme Suzanne et de moins en moins comme Paul.  

Le dessin est assez sombre en noir et blanc avec quelques touches de couleurs ajoutées, essentiellement du rouge.
 
Ce roman graphique évoque des sujets graves comme l’horreur des tranchées, les traumatismes des soldats après la guerre, l’alcool, le sexe, la prostitution, les violences conjugales... Les propos sont dures, directes, les images sont crues, réalistes.
Une Bande Dessinée percutante à découvrir !

Autres avis : Mo, JérômeNoukette, Mango, Lasardine

Extrait : 

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 Challenge 4% Rentrée Littéraire 2013
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24/24

19 novembre 2013

La Transcendante - Patricia Reznikov

Lu en partenariat avec les éditions Albin Michel

9782226249715g Albin Michel - août 2013 - 288 pages

Quatrième de couverture :
« Quelques semaines après le sinistre, en fouillant dans les décombres de ma chambre, j’ai retrouvé un ouvrage intact. Un seul. C’était La Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne… J’ai creusé ce livre dans tous les sens, pour y chercher une réponse, comme on remue une tombe. »

Pour tenter de renaître, Pauline part à Boston, en Nouvelle-Angleterre. Des rencontres étonnantes et baroques – un libraire-cyclope, un homme-oiseau, un professeur fantasque – la mènent sur les traces du grand écrivain romantique. Ode au rêve américain, celui de Hawthorne, Thoreau et Melville, La Transcendante est l’émouvant parcours d’une rédemption par la littérature. On y retrouve l’univers poétique et envoûtant de l’auteur de La Nuit n’éclaire pas tout, prix Cazes-Lipp 2011.

Auteur : Patricia Reznikov est franco-américaine. Auteur de plusieurs romans, nouvelles, poèmes, pièces de théâtre et albums jeunesse, elle a reçu le prix France Culture du premier roman pour Toro, le prix Thyde Monnier de la SGDL et le prix Charles Oulmont pour Le Paon du jour, et le prix Cazes-Lipp pour son dernier roman, La nuit n'éclaire pas tout (2011).

Mon avis : (lu en novembre 2013)
Pauline a tout perdu dans l'incendie de son appartement, tout a brûlé en particulier sa bibliothèque… « Tous les auteurs que j'aimais, ceux qui m'avaient aidée à me construire, ceux qui m'avaient accompagnée comme une famille, ceux qui avaient bercé mes moments de solitude, tous sont partis en fumée. » Après un séjour de quelques semaines à l'hôpital, elle revient sur les lieux du sinistre et retrouve le seul livre rescapé « La Lettre écarlate » de Nathaniel Hawthorne. Pauline décide donc de laisser sa fille à son ex-mari et de partir à Boston pour suivre les traces de Hawthorne. 
Elle va rencontrer quelques personnages hauts en couleurs, en premier lieu, Georgia, une vieille dame très originale, ancien professeur de littérature, elle va devenir son guide. Puis elle rencontrera Blake, un jeune homme, prof de philosophie.
J'ai trouvé très agréable cette lecture, je ne connaissais pas du tout « La Lettre écarlate » de Nathaniel, ni les Transcendantalistes (courant littéraire américain de la Nouvelle-Angleterre du XIXème siècle). J'ai vraiment aimé accompagner Pauline et Georgia dans cette visite historique de Boston et de ses environs.
Certains ont été gênés par les nombreuses phrases en anglais suivie de la traduction, pour ma part, n'étant pas à l'aise avec les langues étrangères, cela m'a amusée de lire de l'anglais sans faire l'effort de chercher la traduction...
J'ai aimé les personnages de Pauline et de Georgia et leurs échanges.

Merci Claire et les éditions Albin Michel pour cette très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Un jour, mon appartement a brûlé, et avec lui, toute ma bibliothèque.
Tous les auteurs que j'aimais, ceux qui m'avaient aidée à me construire, ceux qui m'avaient accompagnée comme une famille, ceux qui avaient bercé mes moments de solitude, tous sont partis en fumée. Comme dans un mauvais rêve, une sorte d'holocauste. Sont morts des poètes russes, américains, des romanciers français, anglais, allemands. Et, d'une certaine manière, moi aussi, je suis morte avec eux.
À partir de ce moment ma vie a changé. Je n'ai plus cru en rien, ni au bonheur, ni à l'immortalité, ni que la vie puisse avoir une signification. Le fait qu'un appartement et tous les souvenirs qu'il renferme, tous les secrets, se transforment en cendres, le fait d'échapper de justesse à la mort me sont apparus comme l'événement le plus sinistre, le plus dénué de sens qui soit. L'épreuve n'a pas fait de moi une meilleure personne. Je ne suis pas devenue plus sage, plus généreuse, je n'ai pas eu de révélation. Je me suis sentie amoindrie, amère. Je me suis refermée sur moi-même pour lécher mes plaies.

Quelques semaines après le sinistre, en fouillant les décombres détrempés de ma chambre, à ma sortie de l'hôpital, j'ai retrouvé un ouvrage intact. Un seul. C'était La Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne, roman magnifique que j'avais eu l'intention de relire quelque temps auparavant, puis oublié près de mon lit. J'ai toujours pensé que si la vérité existait, elle ne pouvait se trouver que dans les livres, ces mêmes livres qui avaient emporté leur secret avec eux. Je me suis mise alors à le parcourir fiévreusement. J'ai creusé ce livre dans tous les sens, pour y chercher une réponse, comme on remue une tombe. Mais une réponse à quoi ?
C'est ce travail de questionnement fébrile, cette recherche un peu absurde qui m'a menée en Amérique cet été-là. J'ai voulu, pour essayer de comprendre, aller à la source du livre. À Boston, dans le Massachusetts, en Nouvelle-Angleterre.

Sans trop savoir pourquoi j'avais poussé la porte de Savenor's, une épicerie fine de Charles Street. Dehors la température était montée jusque dans les cent degrés Fahrenheit. Une chaleur inhabituelle, disaient les gens ici. La fraîcheur climatisée m'a happée dans ses bras bienfaisants. Depuis trois jours que j'avais quitté Paris et commencé d'arpenter Boston, la canicule de juillet, la fatigue, le décalage horaire et un sentiment d'absurdité se mêlaient en une sorte d'hébétude. J'étais devenue une somnambule diurne. Un hibou délogé de son trou.
J'ai circulé entre les rayons de fromages français et d épices du monde entier, regardé les produits traditionnels américains, tenté de décrypter l'étiquette de ce mystérieux apple butter, une compote de pommes longuement cuites et épicées, et étudié les différentes sortes de pains frais. Puis je me suis penchée au-dessus du petit congélateur. Des paquets étranges, de formes diverses, emballés dans du film plastique et couverts de buée, étaient rangés en bon ordre.

Challenge 4% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
19/24

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45/50 :  Massachusetts

22 août 2013

Nos étoiles contraires - John Green

Nos__toiles_contraires Nathan - février 2013 - 330 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Catherine Gibert

Titre original : The Fault in Our Stars, 2012

Présentation éditeur : 
Hazel, 16 ans, est atteinte d'un cancer. Son dernier traitement semble avoir arrêté l'évolution de la maladie, mais elle se sait condamnée. Bien qu'elle s'y ennuie passablement, elle intègre un groupe de soutien, fréquenté par d'autres jeunes malades. C'est là qu'elle rencontre Augustus, un garçon en rémission, qui partage son humour et son goût de la littérature. Entre les deux adolescents, l'attirance est immédiate. Et malgré les réticences d'Hazel, qui a peur de s'impliquer dans une relation dont le temps est compté, leur histoire d'amour commence… les entraînant vite dans un projet un peu fou, ambitieux, drôle et surtout plein de vie.

Auteur : John Green est né en 1977. Il vit avec sa femme et son fils à Indianapolis, la capitale de l'Etat de l'Indiana, aux Etats-Unis. Il a reçu de nombreux prix pour ses romans, dont le Michael L Printz Award, prestigieux prix américain, pour son premier roman Qui es-tu Alaska ? John Green et son frère, Hank, sont les auteurs de Vlogbrothers, un des projets de vidéos en ligne les plus connus au monde.

Mon avis : (lu en juillet 2013)
Ce livre nous raconte une histoire d'amour entre deux ados. Cela pourrait sembler banal mais cela ne l'est pas ! La narratrice, Hazel a 16 ans, elle a un cancer et vit avec mais elle se sait également condamnée à courte échéance. Dans un groupe de paroles, elle fait la connaissance d'Augustus, un garçon en rémission et leur attirance est évidente. Mais une relation dans ces circonstances ce n'est pas simple... Je n'en dirais pas plus sur l'intrigue plutôt originale et bien trouvée.
Entre rires et larmes, l'émotion est présente à tout instant et l'histoire est bouleversante. Belle découverte !

Extrait : (début du livre)
L'ANNÉE où j'ai eu dix-sept ans, vers la fin de l'hiver, ma mère a décrété que je faisais une dépression. Tout ça parce que je ne sortais quasiment pas de la maison, que je traînais au lit à longueur de journée, que je relisais le même livre en boucle, que je sautais des repas et que je passais le plus clair de mon immense temps libre à penser à la mort.
Quoi qu'on lise sur le cancer (brochures, sites Internet ou autres), on trouvera toujours la dépression parmi les effets secondaires. Pourtant, la dépression n'est pas un effet secondaire du cancer. C'est mourir qui provoque la dépression (et le cancer, et à peu près tout, d'ailleurs). Mais ma mère, persuadée que je devais être soignée, a pris rendez-vous chez mon médecin, le docteur Jim, qui a confirmé que je nageais en pleine dépression, une dépression tétanisante et tout ce qu'il y a de plus clinique. Conclusion, il fallait modifier mon traitement et je devais m'inscrire à un groupe de soutien hebdomadaire.
Le groupe était formé d'une brochette de guignols plus ou moins mal en point dont la composition changeait régulièrement. Pourquoi changeait-elle ? Un effet secondaire de la mort.
Inutile de préciser que ces séances étaient déprimantes au possible. Elles avaient lieu tous les mercredis dans la crypte en forme de croix d'une église épiscopale aux murs de pierre. On s'asseyait en cercle au centre de la croix, là où les deux morceaux de bois auraient dû se croiser : pile où le coeur de jésus aurait dû se trouver.
Je le savais parce que patrick, l'animateur, qui était aussi la seule personne du groupe à avoir plus de dix-huit ans, nous bassinait à chaque réunion avec le sacré coeur de jésus, au centre duquel nous, jeunes survivants du cancer, étions littéralement réunis.
Voilà comment ça se passait au coeur du coeur de dieu : groupe de six, sept ou dix nous arrivions à pied ou en chaise roulante, piochions dans un malheureux assortiment de biscuits et nous nous servions un verre de limonade, avant de prendre place dans le cercle de la vérité et d'écouter patrick leur débiter pour la millième fois le récit de sa misérable petite vie. il avait eu un cancer des testicules et aurait dû en mourir, sauf que patrick n'était pas mort. il était même un adulte bien vivant, qui se tenait devant nous dans la crypte d'une église de la 137e ville d'Amérique la plus agréable à vivre, divorcé, accro aux jeux vidéo, seul, vivotant du maigre revenu que lui rapportait l'exploitation de son passé de super cancéreux, futur détenteur d'un master ne risquant pas d'améliorer ses perspectives de carrière, et qui attendait, comme nous tous, que l'épée de Damoclès lui procure le soulagement auquel il avait échappé des années plus tôt quand le cancer lui avait ravi les couilles, mais avait épargné ce que seule une âme charitable qualifierait de vie.
ET TOI AUSSI, TU PEUX AVOIR CETTE CHANCE !

50__tats

43/50 : Indiana

 

30 juillet 2013

Conflit de voisinage - Rafaële Rivais

Lu en partenariat avec Max Milo Editions

conflit_de_voisinage__1_ Max Milo Editions - juin 2013 - 188 pages

Quatrième de couverture : 
Elle se mit à guetter les allées et venues de sa voisine. Quand elle la savait prête à sortir de l’immeuble, elle préparait une bassine d’eau. Elle la vidait sur sa tête. Elle l’entendait avec jubilation remonter chez elle pour se changer. Lorsqu’elle l’apercevait dans la rue en train de rentrer chez elle avec sa poussette double et les petites dedans, elle bravait le flot des voitures pour arriver avant elle au pied de l’immeuble : elle maculait d’huile la poignée de la porte d’entrée.
Audrey Nichelong envie tellement sa voisine, Rachel Kubler, qu’elle lui fait vivre un enfer. Cette dernière, confrontée successivement à l’indifférence du bailleur social, de la police et de la justice, met de côté ses principes pour assurer sa sécurité et celle de sa famille …

Auteur : Rafaële Rivais est journaliste au Monde depuis vingt-cinq ans. Elle a longtemps vécu à Bruxelles avant de s’installer à Paris. Cette histoire s'inspire de faits réels.

Mon avis : (lu en juillet 2013)
Un livre qui se lit très facilement. Dans ce livre, l'auteur dit s'être inspiré de faits réels pour écrire cette histoire. Les histoires de voisinage peuvent tourner au cauchemar... 
Audrey Nichelong est la voisine que personne ne voudrait avoir. Divorcée, mère de deux ados, sans travail fixe, fumant très souvent des pétards et recueillant des chats... Elle ne supporte aucun de ses voisins. Mais lorsque Rachel Kubler emménage dans l'appartement voisin avec ses jumelles et sa jeune fille au pair, Audrey va se déchaîner et utiliser tous les coups possible pour faire fuir la nouvelle occupante : les chats, ses enfants, lettre anonyme...  C'est la jalousie qui la pousse à agir comme cela...
Avec cette histoire où la tension monte peu à peu, l'auteur dénonce la difficulté de se faire aider pour une victime d'harcèlement. La police ne veut pas intervenir pour si peu, le bailleur ne veut pas de conflit donc refuse de prendre parti, la justice encombrée par trop de procédures, ne considère pas important ce genre de demandes. Une belle découverte.

Merci Flora et  Max Milo Editions pour m'avoir permis de découvrir cette histoire où l'humour adoucit un peu le côté angoissant de certaines situations.

Autres avis : Canel, Jostein, Cryssilda

Note : ♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
Audrey Nichelong aurait dû profiter de son jour chômé pour faire le ménage dans l'appartement : la crasse noircissait le carrelage de la salle de bains, la poussière faisait des moutons, et, surtout, son clic-clac sentait l'urine, le chat noir avait pissé dedans. Elle préféra refermer le canapé, s'y avachir et allumer un pétard. Elle aspira la fumée en fermant les yeux et la rejeta dans un grand soupir. Aussitôt s'envolèrent les soucis - le chèque sans provision, les frais qui engraissaient le banquier, les fugues de Kevin. Une deuxième taffe chassa les cauchemars de la nuit - cris de jouissance des gorets dans la cave, flammes de l'incendie qui la dévoraient. Elle tira encore sur le joint, et se sentit délivrée, insouciante. Une quatrième bouffée de cannabis la fit rêver d'un homme qu'elle aimait et qui l'aimait, et qui la comprenait. Elle se sentit apaisée, enfin...  
Elle ne bougeait plus, lèvres entrouvertes pour ce prince qui allait y déposer un baiser, quand elle fut arrachée à son extase par un bruit de manœuvre, côté rue. « C'est pas bientôt fini ce bordel ? » jura-t-elle, furieuse d'être ainsi rappelée à la réalité. Elle se leva pour aller voir, dans la cuisine, ce qui se passait. Un camion long de sept mètres était en train de se garer. Il était si haut que son toit atteignait sa fenêtre et lui bouchait la vue. « Putain, qu'est-ce que c'est que ce gros-cul ? ! » se demanda-t-elle, châtiant son expression, comme toujours. « Nom de Dieu ! Un camion de déménagement ! C'est pour qui ? » murmura-t-elle, cette fois inquiète.

 

16 août 2013

1Q84 Livre 1 Avril - Juin - Haruki Murakami

1Q84_audio 1Q84_Livre_1p haruki_murakami_1q84_tome_1

Audiolib - janvier 2012 - lu par Maia Baran et Emmanuel Dekoninck

Belfond - août 2011 - 533 pages

10/18 - septembre 2012 - 550 pages

traduit du japonais par Hélène Morita

Titre original :  1Q84, book 1, 2009

Quatrième de couverture : 
Au Japon, en 1984.
C'est l'histoire de deux mondes, celui réel de 1984 et un monde parallèle tout aussi vivant, celui de 1Q84. Deux mondes imbriqués dans lesquels évoluent, en alternance, Aomamé et Tengo, 29 ans tous deux, qui ont fréquenté la même école lorsqu'ils avaient dix ans. A l'époque, les autres enfants se moquaient d'Aomamé à cause de son prénom, « Haricot de soja », et de l'appartenance de ses parents à la nouvelle religion des Témoins. Un jour, Tengo l'a défendue et Aomamé lui a serré la main. Un pacte secret conclu entre deux enfants, le signe d'un amour pur dont ils auront toujours la nostalgie.
En 1984, chacun mène sa vie, ses amours, ses activités.
Tueuse professionnelle, Aomamé se croit investie d'une mission : exécuter les hommes qui ont fait violence aux femmes. Aomamé a aussi une particularité : la faculté innée de retenir quantité de faits, d'événements, de dates en rapport avec l'Histoire.
Tengo est un génie des maths, apprenti-écrivain et nègre pour un éditeur qui lui demande de réécrire l'autobiographie d'une jeune fille échappée de la secte des Précurseurs. Il est aussi régulièrement pris de malaises lors desquels il revoit une scène dont il a été témoin à l'âge d'un an et demi.
Les deux jeunes gens sont destinés à se retrouver mais où ? Quand ? En 1984 ? Dans 1Q84 ? Dans cette vie ? Dans la mort ? 

Auteur : Né à Kyoto en 1949 et élevé à Kobe, Haruki Murakami a étudié le théâtre et le cinéma à l'université Waseda, avant d'ouvrir un club de jazz à Tokyo en 1974. Son premier roman Écoute le chant du vent (1979), un titre emprunté à Truman Capote, lui a valu le prix Gunzo et un succès immédiat. Suivront La Course au mouton sauvageLa Fin des tempsLa Ballade de l'impossibleDanse, Danse, Danse et L'éléphant s'évapore. Exilé en Grèce en 1988, en Italie, puis aux États-Unis, où il écrit sesChroniques de l'oiseau à ressort (2001) et Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil (2002), il rentre au Japon en 1995, écrit deux livres de non-fiction sur le séisme de Kobe et l'attentat de la secte Aum, un recueil de nouvelles, Après le tremblement de terre (2002), Les Amants du spoutnik (2003) et le superbe Kafka sur le rivage (2006). Plusieurs fois favori pour le Nobel de littérature, Haruki Murakami a reçu récemment le prestigieux Yomiuri Prize et le prix Kafka 2006. 

Mon avis : (lu en juillet 2013)
C'est le premier livre de Haruki Murakami que je lis. Ce titre assez bizarre fait référence à 1984 de George Orwell que je n'ai jamais lu...
Il y a dans cette histoire deux histoires et deux narrateurs en parallèle. Aomamé est une jeune femme célibataire, professeur d'arts martiaux, elle est également tueuse professionnelle. C'est une solitaire qui a eu des relations difficiles avec ses parents pendant son enfance. Tengo a trente ans, il est professeur de mathématiques en classes prépas. Sa deuxième passion c'est l'écriture. Un ami éditeur lui a demandé de réécrire le roman reçu de la part d'une jeune fille de 17 ans et nommée Fukaéri. Cette dernière est assez mystérieuse... Nous sommes plongés dans une histoire à la fois délirante et palpitante. En alternance le lecteur suis le récit de Tengo et d'Aomamé.
J'ai écouté avec beaucoup de facilité le début du livre puis l'histoire m'a un peu lassée, car n'évoluant pas beaucoup... Les passages fantastiques m'ont un peu déroutée et pas vraiment passionnée. J'ai donc mis pas mal de temps à terminer ce livre qui laisse l'intrigue un peu en plan pour nous inciter à lire la suite...
Ayant oublié de réserver les livres-audio des Livres 2 et 3, je ne compte donc pas lire la suite avant quelques mois en audio ou en papier...

 

Extrait : (début du livre)
La radio du taxi diffusait une émission de musique classique en stéréo. C’était la Sinfonietta de Janacek. Etait-ce un morceau approprié quand on est coincé dans des embouteillages ? Ce serait trop dire. D’ailleurs, le chauffeur lui-même ne semblait pas y prêter une oreille attentive. L’homme, d’un âge moyen, se contentait de contempler l’alignement sans fin des voitures devant lui, la bouche serrée, tel un vieux marin aguerri, debout à la proue de son bateau, appliqué à déchiffrer quelque sinistre pressentiment dans la jonction des courants marins. Aomamé, profondément enfoncée dans le siège arrière du véhicule, écoutait, les yeux mi-clos.
Combien y aurait-il d’auditeurs, à l’écoute des premières mesures de la Sinfonietta de Janacek, qui reconnaîtraient immédiatement ce morceau ? Disons : entre « très peu » et « presque aucun ». Mais Aomamé, elle, pour une raison ou une autre, en était capable.
Janacek avait composé cette courte symphonie en 1926. Le thème principal avait été conçu à l’origine pour une fanfare à l’occasion d’une rencontre sportive. Aomamé imaginait la Tchécoslovaquie de 1926. Après la Première Guerre mondiale, le pays s’était enfin libéré de la très longue domination des Habsbourg, les gens buvaient de la bière Pilsner dans les cafés, ils fabriquaient des mitrailleuses efficaces et raffinées, ils goûtaient la paix passagère qui visitait l’Europe centrale. Franz Kafka, encore méconnu, avait disparu deux ans auparavant. Bientôt apparaîtrait Hitler, qui ne ferait qu’une bouchée de ce joli petit pays. Mais, en ce temps-là, tout le monde ignorait que des événements aussi terribles allaient advenir. Ce que l’Histoire enseigne de plus important aux hommes pourrait se formuler ainsi : « A l’époque, personne ne savait ce qui allait arriver. »
En écoutant cette musique, Aomamé imaginait les vents qui balayaient sans obstacle les plaines de Bohême et laissait ses pensées vagabonder sur l’Histoire.
1926, c’était la mort de l’empereur Taishô, le commencement d’une ère nouvelle, l’ère Shôwa. Au Japon aussi, ce serait le début d’une époque sombre et terrible. Le modernisme et la démocratie avaient joué leur bref intermède. Celui-ci achevé, le fascisme imposerait sa loi.
L’histoire, comme le sport, était ce qui intéressait le plus Aomamé. Elle ne se lassait pas de lire de nombreux ouvrages historiques, alors qu’elle n’était guère portée sur les romans. En matière d’histoire, elle aimait avant tout que tous les événements soient bien reliés à une chronologie et à un lieu précis. Elle n’avait aucune difficulté à se souvenir des dates. Même quand elle ne l’avait pas apprise par coeur, la chronologie se dessinait automatiquement, du moment qu’elle avait saisi la cohésion d’ensemble des divers événements. Au collège et au lycée, Aomamé avait toujours les meilleures notes de la classe aux contrôles d’histoire, et elle trouvait étrange qu’un élève ait du mal à retenir la succession des dates, alors que c’était si facile d’y parvenir.
Aomamé était son vrai nom. Son grand-père paternel était originaire de la préfecture de Fukushima et là-bas, dans des petites villes ou villages des montagnes, un certain nombre de personnes portaient réellement ce nom d’ »Aomamé » – haricots de soja verts. Elle-même ne s’était jamais rendue dans cette région. Avant sa naissance, son père avait rompu avec sa famille. Il en allait de même avec sa lignée maternelle. Par conséquent, Aomamé n’avait jamais rencontré un seul de ses grands-parents. Elle n’avait pour ainsi dire pas voyagé, mais, en de rares occasions, elle avait consulté l’annuaire téléphonique de son hôtel pour chercher si des gens portaient ce patronyme. Jamais elle n’en avait trouvé nulle part, dans aucune ville, grande ou petite. Elle avait chaque fois l’impression d’être une naufragée solitaire jetée dans un immense océan.
Donner son nom était pénible. Dès qu’elle l’avait prononcé, son interlocuteur prenait un air surpris ou la considérait d’un oeil embarrassé. Mademoiselle Aomamé ? Oui, c’est bien ça. Et mon nom s’écrit A-o-m-a-m-é, comme les haricots de soja, bleu-vert, oui. Quand elle avait travaillé dans une entreprise et qu’elle avait dû avoir des cartes de visite, les tracasseries avaient été d’autant plus nombreuses. L’autre regardait longuement, d’un oeil méfiant, la carte qu’elle lui tendait. Comme si elle lui avait fait lire une lettre maléfique à brûle-pourpoint. Lorsqu’elle se présentait au téléphone, il y avait même des rires étouffés. Dans la salle d’attente de la mairie ou de l’hôpital, dès que son nom était appelé, les gens levaient le nez pour la regarder. Quelle tête pouvait bien avoir quelqu’un affublé d’un nom pareil ?
Parfois, les gens se trompaient et l’appelaient « Edamamé » – haricots de soja encore verts – ou même « Soramamé » – fèves. Chaque fois, elle rectifiait. « Non, ce n’est pas Edamamé (ou Soramamé). Bien sûr, ces noms se ressemblent… » Et la personne de s’excuser avec un petit rire. « Voyez-vous, c’est un nom tellement rare… » En trente ans, combien de fois lui avait-il fallu entendre la même chose ? Combien de plaisanteries stupides ?
Si je n’étais pas née avec un nom pareil, peut-être ma vie aurait-elle pris un tour différent. Si je m’étais appelée « Satô » ou « Tanaka » ou encore « Suzuki », un patronyme bien banal, j’aurais peut-être eu une existence plus tranquille et regardé les autres d’un oeil plus tolérant. Possible.
Aomamé, les yeux clos, écoutait la musique avec attention. Elle se laissait envahir par les belles vibrations produites par l’unisson des bois. Brusquement, quelque chose la frappa. La qualité de la musique était trop bonne pour une radio de taxi. Même à faible volume, le son était profond et les harmoniques clairement restitués. Elle ouvrit les yeux, se redressa et examina la stéréo encastrée dans le tableau de bord. L’appareil était tout noir, élégant et brillant. Elle ne pouvait voir le nom du fabricant mais comprenait bien que c’était un modèle de prix, avec ses multiples réglages et son affichage numérique vert en façade. Sans doute un appareil de première qualité. Pour un taxi ordinaire appartenant à une compagnie, une aussi belle installation stéréo, c’était étonnant.

challenge_ma_premi_re_lecture_dun_auteur
Ma 1ère lecture
d'un auteur : 7/13
 

 Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Chiffre/Nombre"

25 mai 2013

Chaveta : L'arche d'or des Incas - Jéromine Pasteur

Challenge Destination Pérou : 25 mai 2013
proposé par evertkhorus
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chaveta chaveta_filipaki chaveto_ldp chaveta_ed_Seine

France Loisirs - 1988 - 259 pages

Editions Filipacchi - 1988 - 260 pages

Livre de Poche - janvier 1990 - 285 pages

Editions de la Seine - 1990 - 256 pages

Quatrième de couverture :
Elle s'appelle vraiment Jéromine. Mais les Indiens la nomment Chaveta, papillon symbole de la connais-sance, aux ailes constellées de poussière orange plus précieuse qu'une poudre d'or. Jéromine vit avec la tribu des Ashanincas dans la forêt péruvienne. Son chemin croise celui des guérilleros du Sentier Lumi-neux et des trafiquants de coca. Le danger menace mais, enveloppée d'une aura. mystérieuse, elle déjoue tous les pièges. Il y a dix ans, Jéromine construit de ses propres mains son voilier. Cap sur le Brésil: en solitaire. Derrière la danse et sa fièvre, se cachent les sortilèges de la macumba. La mort la guette, l'amour la sauve. Elle trouve la paix en jungle tropicale où des sorciers Finitient à leurs secrets. Un jour, la légende la guide vers le « puente de oro »: l'arche d'or des Incas.

Auteur : Jéromine Pasteur, née le 30 novembre 1954 à Montceau-les-Mines (France), est une exploratrice et aventurière qui publie des ouvrages et récits de ses voyages. En 1981, elle navigue jusqu'en Amérique du Sud, où elle rencontre les Ashaninkas, Indiens de l'Amazonie péruvienne, dont elle adopte le mode de vie. En 2004, elle fonde l'association Chaveta pour venir en aide à sa seconde famille indienne.

Mon avis : (lu en mai 2013)
Un peu en panne d'inspiration pour choisir un livre pour la destination Pérou et ne voulant pas jouer la facilité avec Tintin et le temple du soleil, j'ai retrouvé ce livre dans ma bibliothèque. En lisant la quatrième de couverture, je me suis dit que ce récit était pile poil dans le thème... En fait, le Pérou n'est vraiment évoqué que dans les cent dernières pages de ce livre...
Malgré cela, j'ai beaucoup aimé suivre les aventures de Jéromine Pasteur, tout d'abord le récit de son enfance dans le Jura et déjà son amour pour la nature et ses jeux dans les arbres. Puis jeune adulte elle découvrira la voile et après avoir construit 
elle-même pendant quatre ans son voilier , elle partira à l'aventure sur les mers vers le Sénégal, la Gambie puis l'Amérique du Sud. 

En 1984, elle rencontre pour la première fois les Indiens Ashaninkas au Pérou. Elle se sent bien avec eux et de cette rencontre naît une profonde amitié, elle reviendra faire de nombreux séjours parmis ce peuple qui l'adoptera en la nommant Chaveta. En 1987, elle partira en expédition avec ses nouveaux amis pour tenter de retrouver l'Arche d'or des Incas. C'est ce que nous raconte Jéromine dans ce livre. Cette expédition est passionnante.

Extrait : (début du livre)
Je suis née le 30 novembre 1954. Je devais être un garçon, un Jérôme. Mes parents en étaient tellement sûrs que, pris au dépourvu et complètement déroutés, ils laissèrent pendant deux jours cette petite fille sans nom. C'est son grand oncle (Louis Pasteur, comme notre célèbre ancêtre), penché sur le berceau, qui vint à leur secours, faisant de ce vilain petit Jérôme, une souriante Jéromine...
J'ai eu une enfance solitaire.
Chacun de mes jeudis après-midi est prétexte à des explorations toujours plus magiques de la forêt jurassienne. Il n'est pas un chêne vénérable ou un châtaignier qui ne m'appelle. Et je m'élance dans les branchages, à la recherche d'une enveloppe protectrice, hors de la vue des autres et déjà hors d'atteinte.
De mes premiers perchoirs, je scrute de belles futaies dans les zones basses, à l'horizon desquelles une armée de sapins en grand uniforme de feuillages monte la garde : l'orée des plaines.
Et puis, il y a ces courses folles à travers champs, aux côtés de mon chien, Royal, un pointer. Et, bien sûr, d'éternelles rêveries, l'oeil posé au-delà des cimes, au bord de la rivière.
Tout enfant, je ne suis pas comme les autres. C'est si vrai que personne ne s'intéresse à mes randonnées. Nul n'est aimanté, autour de moi, par l'appel de la nature et celui, plus mystérieux encore, de la forêt.
Et je ne trouve personne pour partager, sur un coup de tête, ou sur un coup de coeur, cette école vraiment buissonière.

 Challenge Petit BAC 2013
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"Couleur"

18 avril 2013

A moi seul bien des personnages – John Irving

Lu en partenariat avec les éditions Thélème

SORTIE AUJOURD'HUI 18 avril 2013 EN LIBRAIRIE

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Editions Thélème - avril 2013 - lu par Bertrand Suarez-Pazos

Seuil - avril 2013 - 480 pages

traduit de l'américain par Josée Kamoun et Olivier Grenot

Titre original : In One Person, 2012

Quatrième de couverture : 
À moi seul bien des personnages est une histoire d'amour inassouvi - une histoire tourmentée, drôle et touchante - et une approche passionnée des sexualités différentes. C'est la représentation intime et inoubliable de la solitude d'un homme bisexuel qui s'efforce de devenir "quelqu'un de bien". Irving nous livre une formidable chronique ; du grand renfermement puritain face à la libération sexuelle et à la guerre du Viet Nam, sans oublier l'évocation de l'épidémie de sida et ses ravages ainsi que l'effarant silence des gouvernants (Reagan). Mais toujours de l'humour, beaucoup d'humour, arraché à la tristesse et la mélancolie.

Auteur : John Irving est né en 1942 et a grandi à Exeter (New Hampshire). La publication de son quatrième roman, Le Monde selon Garp, lui a assuré une renommée et une reconnaissance internationales. Depuis, l’auteur accumule les succès auprès du public et de la critique. À moi seul bien des personnages est son treizième roman. Marié et père de trois garçons, John Irving partage son temps entre le Vermont et le Canada.

Lecteur : Bertrand Suarez-Pazos a mis en scène "Derrière les murs" dont il est l’auteur, à la Scène Nationale de Poitiers où est implantée sa compagnie. Voix familière des dramatiques de France Culture et France Inter, il a reçu le Prix Arthur Rimbaud pour "Vers des espoirs" publié à La Maison de Poésie en 1999.

Mon avis : (écouté en avril 2013)
Après avoir écouté et beaucoup apprécié Dernière nuit à Twisted River fin février, les éditions Thélème m'ont proposé de découvrir le prochain livre de John Irving et j'ai accepté sans hésiter et sans avoir regardé la présentation de l'éditeur... Je n'avais pas réalisé que le sujet du livre était autour de l'identité sexuel du narrateur. Le sujet est abordé avec beaucoup de délicatesse mais sans hésiter à appeler « un chat un chat », l'auteur veut dénoncer le puritanisme américain. 

Dans ce livre, le narrateur a soixante-dix ans lorsqu'il revient sur sa vie. Bill Abbott est né dans les années 40, élevé par sa mère et son beau-père, son père biologique est absent. Il vit à First Sister une petite ville rurale du Vermont, sa famille assez originale participe à la troupe de théâtre amateur de la ville. Bill nous raconte ses premiers émois amoureux, il est troublé par ses béguins contre nature pour son beau-père, pour Kittredge, un camarade de classe, et pour son attirance pour Miss Frost la bibliothécaire qui lui fait découvrir la littérature dont Dickens qui donnera sens à sa future vocation d'écrivain... Je n'en dirai pas tellement plus sur l'intrigue mais le ton passe de l'humour à la gravité, l'auteur évoque la littérature et le théâtre avec Shakespeare, Dickens, Flaubert... mais également les années 80 et l'arrivée du sida et ses ravages...
J'ai vraiment passé un excellent moment en écoutant ce nouveau livre de John Irving, dont le livre-audio paraît en même que le livre papier. Je ne connais pas encore bien l'œuvre de cet auteur américain mais plus je le lis et plus il me plaît.

Un grand Merci à Julie et aux éditions Thélème pour m'avoir permis de découvrir ce livre audio en avant première.

Un autre avis enthousiaste avec Valérie

Extrait : (début du livre)
Je commencerais bien par vous parler de Miss Frost. Certes, je raconte à tout le monde que je suis devenu écrivain pour avoir lu un roman de Charles Dickens à quinze ans, âge de toutes les formations, mais, à la vérité, j'étais plus jeune encore lorsque j'ai fait la connaissance de Miss Frost et me suis imaginé coucher avec elle. Car cet éveil soudain de ma sexualité a également marqué la naissance tumultueuse de ma vocation littéraire. Nos désirs nous façonnent : il ne m'a pas fallu plus d'une minute de tension libidinale secrète pour désirer à la fois devenir écrivain et coucher avec Miss Frost - pas forcément dans cet ordre, d'ailleurs. 
La première fois que j'ai vu Miss Frost, c'était dans une bibliothèque. J'aime bien les bibliothèques, même si j'éprouve quelques difficultés à prononcer le vocable. J'ai comme ça du mal à articuler certains mots : des noms, en général - de personnes, de lieux, de choses qui me plongent dans une excitation anormale, un conflit insoluble ou une panique absolue. Enfin, c'est ce que disent les orthophonistes, logopédistes et autres psychanalystes qui se sont penchés sur mon cas - hélas sans succès. En primaire, on m'a fait redoubler une année en raison de mes "troubles sévères du langage", diagnostic très excessif. J'ai aujourd'hui largement passé la soixantaine, je vais sur mes soixante-dix ans, et comprendre la cause de mon défaut de prononciation est le cadet de mes soucis. Pour faire court, l'étiologie, je m'en contrefous. 
Etiologie : un mot que je ne me risquerais pas à prononcer, mais en revanche, si je m'applique, j'arrive à produire quelque chose qui s'approche de bibliothèque ; le mot estropié éclot alors, fleur exotique, et ça donne "bibilothèque" ou "billothèque" - comme dans la bouche des enfants. 
Comble d'ironie, ma première bibliothèque était bien modeste. C'était la Bibliothèque municipale de la petite ville de First Sister, dans le Vermont - un bâtiment trapu, en brique rouge, situé dans la même rue que la maison de mes grands-parents. J'ai vécu chez eux, à River Street, jusqu'à l'âge de quinze ans, c'est-à-dire jusqu'au second mariage de ma mère. Ma mère a rencontré mon beau-père sur les planches. 
La troupe de théâtre amateur de la ville s'appelait The First Sister Players ; et d'aussi loin que je me souvienne, j'ai vu toutes les pièces qu'elle montait. Ma mère était souffleuse - quand on oubliait ses répliques, elle les rappelait, et les vers oubliés en route n'étaient pas rares dans une troupe amateur. Pendant des années, j'ai cru que le souffleur était un acteur comme les autres - à ceci près que, pour des raisons qui m'échappaient, il ne montait pas sur scène et restait en tenue de ville pour dire sa part du texte. 
Mon beau-père venait d'entrer dans la troupe quand ma mère a fait sa connaissance. Il s'était installé en ville pour enseigner à la Favorite River Academy - boîte privée pseudo-prestigieuse, alors réservée aux garçons. Dès ma plus tendre enfance, et en tout cas dès l'âge de dix, onze ans, je savais sans doute que, l'heure venue, on m'y inscrirait. J'y découvrirais une bibliothèque plus moderne et mieux éclairée, mais la Bibliothèque municipale de First Sister fut ma première bibliothèque, et la bibliothécaire qui y officiait, ma première bibliothécaire. Soit dit en passant, je n'ai jamais eu de difficulté à prononcer le mot bibliothécaire. 
Miss Frost m'a certes marqué bien davantage que la bibliothèque elle-même. A ma grande honte, c'est longtemps après notre première rencontre que j'ai appris son prénom. Tout le monde l'appelait Miss Frost, et le jour où j'ai enfin pris ma carte de lecteur et l'ai vue pour la première fois, je lui ai donné l'âge de ma mère - peut-être un peu moins. Ma tante, femme impérieuse, m'avait dit que Miss Frost "avait été superbe", mais comment aurais-je pu imaginer que Miss Frost ait été plus belle que lors de notre rencontre - moi qui ne manquais pourtant pas d'imagination, à cet âge ? Ma tante prétendait que les hommes disponibles de la ville tombaient tous à la renverse quand ils la rencontraient. Quand l'un d'entre eux avait le cran de se présenter - le culot d'annoncer son nom à Miss Frost -, la bibliothécaire encore dans sa splendeur lui répondait, l’œil polaire et des glaçons dans la voix : "Miss Frost, pas mariée et pas près de l'être." 
Voilà pourquoi Miss Frost était encore célibataire lorsque je l'ai rencontrée ; chose incroyable pour l'adolescent que j'étais, les cœurs à prendre de la ville avaient cessé depuis longtemps de se présenter à elle. 

  livre_audio

Déjà lu du même auteur : 

un_pri_re_pour_owen Une prière pour Owen une_veuve_de_papier_points2000 La veuve de papier 

TH968 Dernière nuit à Twisted River

 A Challenge for John Irving

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40/50 :  Vermont

Challenge Petit BAC 2013
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"Sentiment"

 

 

 

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