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21 août 2009

Le Club des policiers yiddish - Chabon Michael

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Robert Laffont – janvier 2009 – 486 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle D. Philippe

Quatrième de couverture :

Drôle d’époque pour les Juifs. L’Alaska est leur nouvelle patrie, froide, sombre, désolée, lointaine. La vie y est dure, mais rien de neuf à ça. Les rabbins ont versé dans la criminalité, les criminels se sont tournés vers Dieu, et l’inspecteur Landsman a sombré dans la bouteille. Son mariage, sa carrière, l’alcool… Autant de problèmes dont il se passerait bien. Et puis il y a ce corps avec un trou dans la tête, en bas, dans le hall de l’hôtel.

Présentation de l'éditeur
Après le succès des Extraordinaires Aventures de Kavalier & Clay, prix Pulitzer 2001,
Le Club des policiers yiddish est le nouveau chef-d'œuvre de Michael Chabon.
Le district de Sitka, en Alaska, est le nouvel Israël. Y vivent deux millions de Juifs parlant le yiddish. L'inspecteur Meyer Landsman, de la brigade des homicides, est chargé de faire régner la paix dans cette communauté désobéissante et encline aux mystères. Ainsi, dans un hôtel minable, Landsman découvre un junkie assassiné qui s'avère être le fils du plus puissant rabbin de Sitka, le chef des verbovers, des Juifs ultra-orthodoxes. Des ordres venant de l'étranger exigent la clôture de l'enquête mais Landsman s'obstine : ce mort lui plaît et il refuse de laisser son assassinat impuni... Le rabbin aurait-il commandité le meurtre de son fils ? Dans quel but ? Et quels liens entretient la communauté verbover avec d'étranges commandos parlant hébreu ?

Dans une tradition typiquement américaine, Michael Chabon emprunte à tous les genres avec allégresse : légendes des émigrés juifs d Europe de l'Est, roman noir, roman d'anticipation, critique politique de l'après - 11 Septembre et réflexion morale sur les dérives religieuses. Hommage à Chandler et à Charyn, Le Club des policiers yiddish, lauréat du prix Hugo 2008 va être adapté au cinéma par les frères Coen (The Big Lebowski, Fargo, No Country for Old Men...) et a reçu un accueil enthousiaste aux États-Unis : « Une réussite, comme si Raymond Chandler et Philip K. Dick avaient fumé un joint en compagnie d'Isaac Bashevis Singer... » New York Review of Books.

Biographie de l'auteur
L'auteur : Michael Chabon vit en Californie, avec sa femme Ayelet Waldman, écrivain elle aussi, et leurs quatre enfants. Il est l auteur de nombreux romans et recueils de nouvelles. Les Mystères de Pittsburg (Fixot 1988, réédité en janvier 2009 dans la collection Pavillons Poche) ; Avenue de l Océan (Nouvelles, Fixot, 1991) ; Des garçons épatants (Nouvelles, Robert Laffont, 1995 et 2001) ; Les Loups-garous dans leur jeunesse (Robert Laffont, 1999). Son talent a été consacré par le prix Pulitzer pour Les Extraordinaires Aventures de Kavalier & Clay (Robert Laffont, 2004).

Mon avis : (lu en août 2009)

Au début j'ai été un peu dérouté par les termes en yiddish et en argot qui sont couramment utilisés tout au long du livre, il y a heureusement un glossaire en fin de livre.

Le livre commence dans un hôtel miteux et glauque à Sitka en Alaska, c'est la que vit l'inspecteur Landsman, dans une chambre voisine, on retrouve le corps d'un junkie tué par balle. Landsman et son co-équipier Berko commencent leur enquête... Cette enquête les va mener dans l'univers fermé des Verbovers, sorte de mafia juive orthodoxe.

L'enquête en elle-même est assez classique, mais le décor est original et l'Histoire un peu revisité : en effet l'éditeur nous dit que "le district de Sitka, en Alaska, est le nouvel Israël. Y vivent deux millions de Juifs...". Les membres de cette communauté trouvent avec leurs religions et coutumes des arrangements assez tordus et souvent risibles. A Sitka, on peut vous menacer de mort mais en même temps vous souhaiter un fraternel "bon shabbat !", parce que tout les vendredis soir, on respecte certains principes...

On rencontre des personnages originaux et attachants : l'inspecteur Landsman est un anti-héros, il est alcoolique et divorcé, son équipier Berko est un colosse indien par sa mère et juif par son père il est lui-même marié, père de 2 jeunes garçons.

On pénètre dans un univers entre réalité et imaginaire et on se trouve plongé dans cet univers juif où se mêle humour, dérision et fantaisie... J'ai passé un bon moment, mais, j'ai été un peu déçue par rapport aux critiques dithyrambiques de la quatrième de couverture.

Les frères Coen travaillent à l’adaptation de ce livre pour le cinéma. A suivre...

Extrait : (début du livre)

Neuf mois que Landsman crèche à l’hôtel Zamenhof sans qu’aucun des autres pensionnaires ait réussi à se faire assassiner. Et maintenant quelqu’un a logé une balle dans la cervelle de l’occupant du 208, un Yid du nom d’Emanuel Lasker.
- Il n’a pas répondu au téléphone, il ne voulait pas ouvrir, explique Tenenboym, le gérant de nuit, en venant tirer Landsman de son lit.
Landsman, lui, est au 505, avec vue sur l’enseigne au néon de l’hôtel situé de l’autre côté de Max Nordau Street. Celui-là s'appelle le Blackpool, mot qui revient souvent dans les cauchemars de Landsman.

- … Il a bien fallu que j'entre dans sa chambre.

Le gérant de nuit est un ancien marine américain, qui a décroché de l'héroïne dans les années 1960, après être revenu de la sale guerre cubaine. Il porte un intérêt tout maternel aux clients du Zamenhof. Il leur fait crédit et veille à ce qu'on leur fiche la paix quand c'est ce qu'ils veulent.

- Tu n'as touché à rien dans la pièce ? demande Landsman.

- Juste au fric et aux bijoux.

Landsman met son pantalon, se rechausse et remonte ses bretelles. Lui et Tenenboym tournent ensuite leurs regards vers la poignée de porte, à laquelle pend une cravate rouge barrée d'une grosse rayure marron, déjà nouée pour gagner du temps. Landsman a huit heures à tuer avant son prochain service. Huit misérables heures à biberonner dans son aquarium garni de sciure de bois. Il soupire et tend la main vers sa cravate. Il l'enfile par la tête, puis resserre le nœud. Il endosse son veston, palpe la poche poitrine à la recherche de son portefeuille et de sa plaque, tapote le sholem qu'il porte dans un holster sous l'aisselle, un Smith & Wesson à canon scié modèle 39.

- J'ai horreur de vous réveiller, inspecteur, reprend Tenenboym. Mais j'ai remarqué que vous ne dormez pas vraiment.

- Si, je dors, réplique Landsman, ramassant le verre qui ne le quitte plus en ce moment, un souvenir de l'Exposition universelle de 1977. Simplement je dors en caleçon et chemise...

Il lève son verre et trinque aux trente années écoulées depuis l'Exposition universelle de Sitka.

Un sommet de la civilisation juive dans le Nord, prétend-on, et qui est-il pour discuter ? Meyer Landsman avait quatorze ans cet été-là, il venait de découvrir les charmes des femmes juives, pour qui 1977 avait dû être en effet une sorte d'apothéose.

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10 août 2009

Le poids des secrets, Tome 1: Tsubaki – Aki Shimazaki

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Leméac/Actes sud - septembre 1999 – 121 pages

Actes Sud – octobre 2005 – 114 pages

Présentation de l'éditeur
Dans une lettre laissée à sa fille après sa mort, Yukiko, une survivante de la bombe atomique, évoque les épisodes de son enfance et de son adolescence auprès de ses parents, d'abord à Tokyo puis à Nagasaki. Elle reconstitue le puzzle d'une vie familiale marquée par les mensonges d'un père qui l'ont poussée à commettre un meurtre.
Obéissant à une mécanique implacable qui mêle vie et Histoire, ce court premier roman marie le lourd parfum des camélias (tsubaki) à celui du cyanure. Sans céder au cynisme et avec un soupçon de bouddhisme, il rappelle douloureusement que nul n'échappe à son destin.

Biographie de l'auteur
Née au Japon, Aki Shimazaki vit à Montréal depuis 1991. Bien que sa langue maternelle soit, le japonais, elle écrit tous ses livres directement en français. Tsubaki est le premier volet de sa pentalogie Le Poids des secrets, qui comprend également
Hamaguri, Tsubame, Wasurenagusa et Hotaru (tous publiés par Leméac/Actes Sud). Elle a remporté le prix Ringuet de l'Académie des lettres du Québec pour Hamaguri et le prix Canada-Japon pour Wasurenagusa.

Mon avis : (lu en août 2009)

J'ai découvert ce titre grâce à la blogosphère. Tsubaki (qui signifie camélia en japonais) est le premier tome de la série Le poids des secrets d'Aki Shimazaki.

C'est l'histoire d'une Japonaise qui laisse une lettre à sa fille dans laquelle elle raconte sa vie, son enfance à Nagasaki, de la bombe atomique, mais surtout elle va dévoiler des secrets de famille. Les personnages de cette histoire sont profondément attachants et humains, et en toile de fond nous assistons à l'horreur de la Seconde Guerre Mondiale et des bombes atomiques ...

Le livre est très court et se lit très vite, trop vite. L'écriture est juste, subtile pleine d'une poésie délicate dans la pure tradition japonaise. Ce récit est émouvant et j'ai vraiment hâte de pouvoir lire la suite de cette série.

Extrait : (début du livre)

Il pleut depuis la mort de ma mère. Je suis assise près de la fenêtre qui donne sur la rue. J'attends l'avocat de ma mère dans son bureau où travaille une seule secrétaire. Je suis ici pour signer tous les documents relatifs à l'héritage : l'argent, la maison et le magasin de fleurs dont elle s'occupait depuis le décès de mon père. Il est mort d'un cancer de l'estomac voilà sept ans. Je suis la seule enfant de la famille et la seule héritière déclarée.
Ma mère tenait à la maison. C'est une vieille maison entourée d'une haie d'arbustes. Derrière, un jardin avec un petit bassin rond et un potager. Au coin, quelques arbres. Parmi eux, mes parents avaient planté des camélias peu après l'achat de la maison. C'était ma mère qui aimait les camélias.

Le rouge des camélias est aussi vif que le vert des feuilles. Les fleurs tombent à la fin de la saison, une à une, sans perdre leur forme : corolle, étamines et pistil restent toujours ensemble. Ma mère ramassait les fleurs par terre, encore fraîches, et les jetait dans le bassin. Les fleurs rouges au cœur jaune flottaient sur l'eau pendant quelques jours.

Un matin, elle dit à mon fils : « J'aimerais mourir comme tsubaki. Tsubaki, c'est le nom du camélia en japonais. »

Maintenant, comme elle le voulait, ses cendres sont répandues sur la terre autour des camélias alors que sa pierre tombale est à côté de celle de mon père au cimetière.

26 avril 2009

L'oeil de Caine – Patrick Bauwen

l_oeil_de_Caine Albin Michel – décembre 2006 - 485 pages

Présentation de l'éditeur
Tout le monde cache quelque chose.
Votre voisin, votre femme, votre ami...
Et si vous pouviez tout savoir ?
Connaître leurs peurs, leurs secrets intimes ?
Dix candidats, dix secrets.

Des gens comme vous et moi. Enfin comme vous surtout. Parce que moi, je ne suis pas au programme : je suis l'invité surprise. Celui qui rôde en attendant son heure. Celui qui va les embarquer là où rien n'est prévu. Dans mon jeu sanglant. Mon propre mystère.

Auteur : Patrick Bauwen dirige un service d’urgences en région parisienne et il vit une partie de l’année aux États-Unis. Il a 39 ans, il est marié et père de deux enfants. L’Œil de Caine est son premier roman.

Mon avis : (lu en mars 2007)

Dix personnes ont été sélectionnées pour participer à un nouveau jeu de télé-réalité "L'Œil de Caine" mais les choses vont mal tourner et on bascule dans le serial-killer.

C'est un thriller original dont le rythme est très soutenu et qui surprend à tout moment le lecteur, des premières pages jusqu'aux toutes dernières. Il y a de bonnes descriptions de personnages, l'ambiance est électrique et le huis clos parfait. L'histoire est tellement réaliste qu'elle nous donne des sueurs froides et vous fait passer l’envie de participer un jour à un jeu de télé réalité ! A lire !

 

Extrait :
Vingt-trois ans plus tard

- ET MERDE !
Le Dr Thomas Lincoln abattit sa main contre la porte vitrée. La paroi de la douche trembla. Inutile de se raconter des histoires, il s'était comporté comme un crétin. On pouvait même dire qu'il avait pété les plombs.
Il respira profondément, compta soixante secondes et se concentra sur son rythme cardiaque. Est-ce que ça allait mieux ? Il lui sembla que c'était le cas. Il compta soixante de plus pour en être sûr, puis rouvrit les yeux.
L'eau chaude qui dégringolait du pommeau voilait le décor, mais les lumières de la salle de bains ne lui vrillaient plus la rétine. Il tendit l'oreille. Pas de roulement non plus. Ses tempes avaient cessé de servir de défouloir à un batteur de rock. Ce qui voulait dire : fin de la migraine.
- Jésus Marie...
C'était tellement bon qu'il en aurait pleuré.
Son mal de tête avait commencé une heure plus tôt dans le salon de réception de l'hôtel, alors qu'il vidait sa seconde bouteille de Champagne. Il s'était envoyé plusieurs Advil coup sur coup (dépassant sciemment la posologie), dans l'espoir que ça suffirait. Peine perdue.
L'un des journalistes avait choisi ce moment pour lui taper sur l'épaule.
- Tout va bien, docteur Lincoln ? Pas trop de stress ?
Sourire automatique, genre pub dentifrice. Mi-mépris, mi-compassion. Thomas connaissait ça par cœur. Sur le moment, il n'avait rien répondu. L'autre s'était senti plein d'assurance.
- Ça vous ennuie pas si je vous appelle Doc, hein ? Vous savez, pour nos lecteurs, le fait que vous ne soyez plus médecin n'a aucune importance. (Un micro avait surgi dans sa main.) Je sais qu'en théorie, on ne peut rien vous demander avant l'émission. Mais tout ce que je veux, c'est une anecdote ou deux. (...)

28 juin 2009

Les carnets de guerre de Victorien Mars - Maxence Fermine

les_carnets_de_guerre_de_Victorien_Mars Albin Michel – octobre 2008 – 192 pages

Quatrième de couverture : « Cette histoire commence comme ça. On est tous les cinq dans cette tranchée qui n 'est pas la nôtre. Trois agenouillés au sol et deux debout. J'ai un pistolet sur la tempe. De l'autre côté du pistolet, il y a un soldat français. Et j'attends qu'il tire. »
Verdun, avril 1916. En première ligne, l'épouvante des tranchées: un gouffre de peur, de faim, de froid. Mais pas seulement. Non loin de l'ennemi déclaré, un autre, plus sournois, sévit. Un adjudant qui se repaît de la souffrance de ses hommes. Un bourreau que la guerre, enfin, autorise à tuer.
Dans ce roman atypique et dérangeant, Maxence Fermine explore cette « mise entre parenthèses de la vie » qu'impose la guerre. Mais plus que l'horreur du conflit, c'est, sous un angle humain, l'enfer psychologique et les sentiments extrêmes suscités par la crainte de la mort qu'il met en abyme avec un incontestable talent.

Auteur : Né à Albertville en 1968, écrivain ayant vécu entre Paris et l'Afrique, Maxence Fermine est l'auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles. En 1999, il se lance en publiant 'Neige' qui est une agréable surprise. Fort de ce premier succès, l'auteur se consacre pleinement à l'écriture. Toujours en 1999, il dévoile son deuxième roman, 'Le Violon noir'. En 2000, il écrit 'L' Apiculteur' qui reçoit le Prix del Duca et le Prix Murat en 2001. La même année, il co-écrit 'Sagesses et malices de Confucius le roi sans royaume' avec Olivier Besson. Véritable bourreau de travail, il enchaîne avec 'Opium' en 2002, 'Billard blues', 'Jazz blanc' et 'Poker' en 2003. En 2004, il décroche le Prix Europe 1 grâce au roman 'Amazone'. S'en suit les romans 'Tango Massaï' en 2005 et 'Le labyrinthe du temps' en 2006. En 2007, Maxence Fermine publie 'Le Tombeau d'étoiles'.

Mon avis : (lu en juin 2009)

Le narrateur, Victorien nous raconte le cauchemar de la Guerre 14-18 : la vie dans les tranchées. Il y a la peur, la faim, le froid... Dans les tranchées au delà du no man's land, il y a les ennemis allemands, mais l'ennemi peut aussi être dans son propre camp. Ici c'est le cruel As de Pique, un criminel devenu adjudant au début de la guerre et qui se joue de la mort : il revient toujours seul et indemne de toutes ses missions, pour lui la guerre, c'est le meurtre autorisé. Ce livre nous plonge dans le monde sombre de la guerre et de ses atrocités, mais surtout nous montre l'enfer psychologique que peut subir les soldats.

Le récit est simple, Victorien nous raconte sa guerre au front, jour après jour, il se battra à Ypres puis à Verdun. il s'interroge sur le comportement des officiers, à l'abri dans leurs bureaux et qui envoient au feu les hommes sans aucune considération pour la vie. J'ai trouvé ce livre intéressant pour son côté historique et très facile à lire. Il est pourtant très différent des premiers livres de Maxence Fermine.

Extrait : (début du livre)

C'est en avril 1916 que tout a commencé, dans une tranchée lugubre où pleuvaient les obus et les balles par centaines, sous un ciel obscur formant une voûte de fer, de grisaille, d'acier et de sang.

Ce spectacle, c'était la guerre. Et elle allait durer deux années de plus, même si nous ne le savions pas encore. Une guerre sans merci, dans laquelle nous n'étions que de bien piètres figurants. Je me souviens qu'il faisait horriblement froid. Le sol était recouvert d'un mélange de boue et de neige fondue qui collait à nos bottes et nous maculait jusqu'à l'entrecuisse. Chacun de nos pas était un supplice. Nos mains étaient pleines d'engelures, nos membres, nos corps engourdis, transis depuis des heures. Mais nous aurions eu tort de nous plaindre, souffrir c'est vivre encore. Car dans le long boyau de terre qui nous servait de refuge, une multitude de morts à demi enterrés attendaient en vain une sépulture plus décente que ce cimetière à ciel ouvert.

Nous étions entrés dans les ténèbres de l'humanité, aux frontières du néant, un champ de destruction où se dispersaient les dernières cendres du vivant. Un champ de mitraille qu'on appelait Verdun.

Cette tranchée n'était pas la nôtre. C'était celle de l'ennemi. Celle des Allemands, où nous aurions jamais dû aller, et d'où, peut-être, nous ne ressortirions jamais. Pourtant, des Allemands, il n'y en avait plus guère. Ou bien réduits en bouillie, amas d'os et de chair sanglante exposés aux quatre vents. Les derniers avaient été délogés avec fracas par notre armée et s'étaient repliés quelques dizaines de mètres plus loin. Pour notre état-major comme pour la Nation tout entière, ce recul constituait une immense victoire, même si nous n'étions pas dupes et que nous savions, nous, les soldats de troupe, que ce succès temporaire ne servirait à rien.

(…)

Le soleil se couchait à l'ouest. Il était peut-être six heures du soir, six heures et demie à tout prendre. L'heure de la brune. Bientôt, il ferait noire et nous serions plongés dans l'obscurité la plus totale. Nous n'étions plus que quatre hommes de la compagnie. Quatre survivants, c'était tout ce qui subsistait de l'Escouade des Braves.

26 juin 2009

Exposition “Jacques Tati : Deux temps, trois mouvements”

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J'ai été voir l’Exposition Jacques Tati : Deux temps, trois mouvements à la Cinémathèque Française qui se tient du 8 avril au 2 août 2009 avec mon fils de 14 ans. Mon père m’avait fait découvrir et aimer le cinéma de Jacques Tati et j’ai fait de même avec mes enfants.

La Cinémathèque Française est en elle-même un bâtiment original conçu par Frank Gehry

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Cette exposition est construite autour des six longs métrages de Jacques Tati, on y retrouve des éléments de chacun des films, décors, accessoires, messages…

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On débute la visite dans un couloir austère qui rappelle la modernité uniforme de Playtime, on découvrira une grande maquette de la villa Arpel dans Mon Oncle, on s’arrêtera à côté des cabines de bains des Vacances de Monsieur Hulot pour écouter la mer, on terminera par un manège avec cheval bleu et la bicyclette de François le facteur dans Jour de Fête.

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On découvre aussi les dessins de nombreux artistes qui ont travaillé avec Tati, notamment sur les affiches des films, que ce soit Pierre Etaix, Sempé ou Cabu par exemple.

Avec les travaux des dessinateurs, nous découvrons quelques pages du story-board de L’Illusionniste, le prochain film de Sylvain Chomet, le réalisateur des Triplettes de Belleville, c’est l’adaptation d’un scénario inédit de Jacques Tati.

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Tout au long de l’exposition on visionne également des courts extraits de films qui nous expliquent les thèmes chers à Jacques Tati et surtout nous font bien rire !

Exposition : “Jacques Tati : Deux temps, trois mouvements”

du 8 avril au 2 août 2009

à la Cinémathèque Française – 51 rue de Bercy Paris 12ème

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renseignements plus complets : ici

1er juillet 2009 : Les Vacances de Monsieur Hulot restauré sort au cinéma

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15 juin 2009

Sans un mot – Harlan Coben

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traduit de l'américain par Roxane Azimi

 

Présentation de l'éditeur
Jusqu'à quel point connaît-on vraiment son enfant ? Mike et Tia ne cessent de se poser la question : leur fils Adam, seize ans, a changé. Réfugié dans sa chambre, il ne quitte plus son ordinateur. Malgré leurs réticences, Mike et Tia se décident à installer un logiciel de contrôle. Un jour, un e-mail inquiétant. Et Adam disparaît. Sans un mot... C'est alors que tout bascule. Sur un rythme d'enfer, Harlan Coben nous entraîne dans un thriller plus électrisant que jamais. Pièges du web, délinquance virtuelle, tueur psychopathe, le maître de nos nuits blanches se joue de nos angoisses avec une délectation machiavélique.

Auteur : Né en 1964, originaire du New Jersey, où il vit actuellement avec sa femme et ses quatre enfants, Harlan Coben obtient un diplôme en sciences politiques au Amherst College. Il travaille pendant quelques temps dans l'industrie du voyage. Passionné par l'écriture, plus spécialement l'écriture de romans policiers et de thrillers, il est déjà à 25 ans l'auteur de deux romans d'angoisse qu'il ne publiera jamais par la suite. Persuadé qu'il est impossible de percer dans ce milieu, Harlan Coben préfère assurer ses arrières professionnels avant de tenter sa chance et de se consacrer à plein temps à l'écriture. En effet, onze ans après la fin de ses études, en 1995, ses secrets espoirs se réalisent enfin avec la publication cette année-là de son premier roman, 'Rupture de contrat', mettant en scène l'ex-champion de basket-ball et ex-agent du FBI reconverti en agent sportif Myron Bolitar. Ce héros délicieusement cynique plaît immédiatement au public. Harlan Coben publie alors une fois par an, avec la régularité d'un métronome, six autres aventures de Myron Bolitar. Grâce à ces histoires, entre autres, il est le premier auteur à recevoir l'Edgar Award, le Shamus Award et l'Anthony Award, trois prix majeurs de la littérature policière aux Etats-Unis. Après 'Ne le dis à personne', 'Disparu à jamais' et 'Une chance de trop', il sort 'Innocent' qui paraît en France en 2006.

 

Mon avis : (lu en juin 2009)

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce thriller d'Harlan Coben, il est plein de suspens et de rebondissements dans la lignée de "Ne le dis à personne". C'est l'histoire de Tia et Mike des parents qui s'inquiètent pour leur fils Adam et des dangers d'internet. A son insu, ils installent un logiciel espion sur son ordinateur pour le protéger. Cela sera-t-il efficace ? En parallèle nous suivons d'autres histoires qui peu à peu vont se mêler pour aboutir à un final que je ne dévoilerai pas... Le livre est bien construit et l'intrigue est captivante mais aussi nous donne froid dans le dos lorsqu'on est soi-même parents...

 

Extrait : (page 47)

"Alors, qu'as-tu trouvé dans l'ordinateur d'Adam?» demanda Mike.

Ils étaient assis à la table de la cuisine. Tia avait fait du café. Elle buvait un déca. Mike préférait l'espresso. Un de ses patients travaillait chez un fabricant de machines à café, celles pour lesquelles on utilise des dosettes et non des filtres. Il lui en avait offert une, après une transplantation réussie. Le principe était simple: on prend une dosette, on l'insère, et le café est prêt.

- Deux choses, répondit Tia.
- O.K.
- Primo, il est invité demain soir à une fête chez les Huff.
- Et...?
- Les Huff partent en week-end. D'après le mail, ils vont passer la soirée à se déchirer.
- Alcool, drogue?
- Le message n'est pas clair. Ils envisagent d'inventer une excuse pour rester dormir; comme ça ils pourront - je cite - «s'éclater à donf».

Les Huff. Daniel Huff, le père, était capitaine dans la police municipale. Son fils - tout le monde l'appelait DJ - était probablement le pire élément de la classe d'Adam.
- Quoi? fit Tia.
- Je réfléchis.

Elle déglutit.
- Qui sommes-nous en train d'élever, Mike?

Il ne répondit rien.
- Je sais que tu refuses de lire ces rapports, mais...

Elle ferma les yeux.
- Quoi?
- Adam regarde des films pornos en ligne, dit-elle. Tu le savais?

Il ne répondit pas.
- Mike?
- Et que veux-tu qu'on y fasse?
- Ça ne te dérange pas?
- A seize ans, je piquais des numéros de Playboy.
- Ce n'est pas pareil.
- Ah bon? C'est tout ce que nous avions à l'époque. On n'avait pas Internet. Sinon, j'aurais sûrement exploré cette piste-là... Tout était bon pour voir une femme nue. C'est la société d'aujourd'hui. On ne peut rien allumer sans en avoir plein les yeux ou les oreilles. Ce qui serait bizarre, c'est qu'un garçon de seize ans ne s'intéresse pas aux femmes nues.

- Donc tu approuves.
- Bien sûr que non. Seulement, je ne vois pas de solution.
- Parle-lui.
- Je lui ai parlé. Je lui ai expliqué les choses de la vie. Que le sexe est meilleur quand il va de pair avec l'amour. J'ai essayé de lui apprendre à respecter les femmes et à ne pas les instrumentaliser.
- Sur ce dernier point, dit Tia, il n'a pas capté.
- Ce dernier point, aucun ado ne peut le capter. Je ne suis pas convaincu, d'ailleurs, qu'un homme adulte le capte davantage.

Tia sirotait son café, laissant la question informulée en suspens.

On distinguait des pattes-d'oie au coin de ses yeux. Elle passait beaucoup de temps à les examiner dans la glace. Toutes les femmes ont un problème avec leur physique, mais, au moins sur ce sujet, Tia avait toujours été très sûre d'elle. Sauf que dernièrement, Mike sentait bien qu'elle n'était pas à l'aise avec l'image que lui renvoyait le miroir. Elle avait commencé à se teindre les cheveux. Elle voyait les rides, la peau flasque, les symptômes de l'âge, quoi, et ça la perturbait.

- Un adulte, c'est différent, dit-elle.

Il voulut trouver des mots rassurants, puis renonça.

- Nous avons ouvert la boîte de Pandore, ajouta Tia.

Il espérait qu'elle parlait toujours d'Adam.

- En effet.
- Je veux savoir. Et ce que je découvre me fait horreur.

Il lui prit la main.
- Que fait-on, pour cette soirée?
- Qu'en penses-tu?
- On ne peut pas le laisser y aller, dit-il.
- Donc, on le garde à la maison?
- J'imagine que oui.
- Il m'a dit que Clark et lui allaient chez Olivia Burchell. Si on lui interdit de sortir, il va se douter qu'il y a anguille sous roche.

Mike haussa les épaules.
- Tant pis. Nous sommes des parents. Nous pouvons nous permettre d'être irrationnels.
- Soit. Donc on lui dit qu'il doit rester à la maison demain soir?
- Ben oui.
Elle se mordit la lèvre.
- Il s'est bien conduit toute la semaine, il a fait tous ses devoirs. Normalement, il a le droit de sortir le vendredi soir.

La bataille s'annonçait rude, ils le savaient. Mike était prêt à se battre, mais en avait-il envie? Il faut faire attention où l'on met les pieds. Et lui interdire d'aller chez Olivia Burchell risquait d'éveiller les soupçons d'Adam.
- Si on décrétait un couvre-feu? suggéra-t-il.
- Et qu'est-ce qu'on fera s'il ne le respecte pas? On se pointera chez les Huff?

Elle avait raison.
- Hester m'a convoquée dans son bureau, dit Tia. Elle veut que j'aille demain à Boston pour une déposition.

Mike savait à quel point c'était important pour elle. Depuis qu'elle avait repris le travail, on ne lui confiait pratiquement que des tâches de routine.
- C'est super.
- Oui. Mais ça veut dire que je ne serai pas là.
- Pas de problème, répondit Mike, je peux gérer ça tout seul.
- Jill dort chez Yasmin. Elle ne sera donc pas dans les parages.
- O.K.
- Alors, comment empêcher Adam d'aller à cette soirée?
- J'ai peut-être une solution, mais je dois encore y réfléchir, répondit Mike.
- D'accord.

Une ombre traversa le regard de Tia. Et Mike se souvint.
- Tu as parlé de deux choses qui te gênaient.

Elle hocha la tête. Son expression changea. Presque imperceptiblement. Au poker, on appelle ça un «tell». Ça arrive quand on est marié depuis longtemps. On lit facilement sur le visage de l'autre... ou alors il ne prend plus la peine de dissimuler. Quoi qu'il en soit, Mike comprit que ce n'était pas une bonne nouvelle.
- Un échange de messages instantanés, dit Tia. D'il y a deux jours.

Elle fouilla dans son sac et sortit le papier. Les messages instantanés. Les gamins se parlaient d'ordinateur à ordinateur en temps réel. Le résultat ressemblait à une sorte de dialogue indigeste. Les parents, dont la plupart avaient passé des heures, durant leur adolescence, pendus à un bon vieux téléphone, déploraient cet état de fait. Mike, lui, ne voyait pas où était le problème. Nous avions le téléphone, ils ont les textos et MSN. Quelle différence? Ça lui rappelait ces vieux qui pestaient contre les ados et leurs jeux vidéo avant de sauter dans un autocar, direction Atlantic City et ses machines à sous. Pure hypocrisie, non?
- Jette un œil là-dessus.

Mike chaussa ses lunettes de lecture. Il les utilisait depuis quelques mois seulement et, déjà, cela l'incommodait au plus haut point. Adam avait gardé son ancien surnom de HockeyAdam1117. Le numéro de Mark Messier, son joueur de hockey favori, et celui de Mike, le numéro 17, du temps de Dartmouth. Curieux qu'il ne l'ait pas modifié. Ou peut-être qu'au contraire c'était logique. Ou alors, plus vraisemblablement, ça ne voulait rien dire du tout.

CJ8115: Ça va, toi?
HockeyAdam1117: Je continue à penser qu'on devrait le dire.
CJ8115: C de l'histoire ancienne. Boucle-la et tu risques rien.

D'après le compteur, il y avait eu une pause d'une minute.
CJ8115: T toujours là?
HockeyAdam1117: Oui.
CJ8115: T OK?
HockeyAdam1117: Je suis OK.
CJ8115: Super. A vendredaï.

Ça s'arrêtait là.
- «Boucle-la et tu risques rien», répéta Mike. Ça veut dire quoi, à ton avis?
- Aucune idée.
- C'est peut-être en rapport avec le lycée. Ils ont dû voir quelqu'un tricher à un contrôle, un truc comme ça.
- Possible.
- Ou alors, c'est rien. Ça pourrait faire partie d'un jeu d'aventures en réseau.
- Possible, dit à nouveau Tia, sans grande conviction.
- Qui est CJ8115? demanda Mike.

Elle secoua la tête.
- C'est la première fois qu'Adam discute avec lui.
- Ou elle.
- Ou elle, exact.
- «A vendredi». Donc CJ8115 sera à la soirée chez les Huff. Ça nous avance à quelque chose?
- Je ne vois pas à quoi.
- On lui pose la question?
- C'est trop vague, tu ne crois pas?
- Oui, acquiesça Mike. Et ça laisse deviner qu'on le flique

Il relut le papier. Les mots étaient toujours là.
- Mike ?
- Ouais.
- A propos de quoi Adam doit la boucler pour ne rien risquer ?

5 juin 2009

Les cris de l'innocente - Unity Dow

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Traduit de l’anglais (Botswana) par Céline Schwaller

Actes Sud – octobre 2006 – 357 pages

Présentation de l'éditeur
Amantle accomplit son service national dans un dispensaire de brousse, du côté des superbes paysages du delta de l'Okavango. Affectée à des tâches subalternes, elle découvre une boîte contenant les vêtements d'une petite fille, couverts de sang. Il s'avère que ce sont ceux de la jeune Neo, disparue cinq ans plus tôt. La police avait classé l'affaire : " attaque par un lion, aucune trace de l'accident ". Véritable empêcheuse de danser en rond, Amantle va relancer l'enquête, au grand dam des autorités locales. Dans les hautes sphères aussi on s'inquiète de cette exigence de vérité qu'osent poser des villageois supposés dociles. On ne parle plus de lion mais d'erreur humaine, d'élimination de preuves, de crime rituel perpétré par des gens haut placés. La découverte des vêtements gêne du monde, les coupables sans doute, ceux qui ont peur des pouvoirs occultes certainement, ceux aussi qui craignent et jalousent leurs supérieurs. Mais Amantle ne lâche pas, elle contacte une amie avocate et se fait des alliés parmi les villageois qui voient en elle la seule chance d'en savoir plus, de coincer peut-être les coupables impunis de ces meurtres rituels relativement réguliers qui frappent de petites campagnardes. Maîtrisant parfaitement les dialogues, les portraits, les cadres de vie, Unity Dow écrit là non seulement un bon thriller sur fond d'Afrique partagée entre modernité et tradition mais aussi un réquisitoire contre des pratiques excessivement barbares.

Biographie de l'auteur
Unity Dow, Botswanaise née en 1959, juge à la Cour suprême du Botswana et première femme à occuper ce poste, possède une longue expérience du droit humanitaire. Elle est membre de l'International Women's Rights Watch et, outre plusieurs rapports sur la condition des femmes et des enfants, elle est l'auteur de deux romans Far and Beyon'et Juggling Truths.

Mon avis : (lu en juin 2009)

En 1994, Neo, fillette de 12 ans, disparaît de façon mystérieuse d’un village de brousse. La police classera l’affaire en attribuant la mort aux lions. Cinq ans plus tard, Amantle découvre par hasard dans un carton étiqueté « Neo Kakang » des vêtements ensanglantés. Avec l’aide d’amies avocates, Amantle va aider le village à faire éclater la vérité sur la mort de Neo.

Cette enquête est surtout un prétexte pour nous décrire la société botswanaise avec ses traditions, ses coutumes locales et en particulier la triste réalité des meurtres rituels.

L’auteur nous fait partager également de belles descriptions des villages, de la brousse et du bord du fleuve Okavango.

Bien qu’il appartienne à la collection actes noirs, j’ai trouvé ce livre plus proche d’un roman africain que d’un roman policier. Ce livre est très intéressant pour découvrir le Botswana.

Cependant les dernières pages du livre m'ont données des frissons d'horreur.

Extrait : (début du livre)

Il ne lui voulait aucun mal. Simplement, il la voulait, avait besoin d’elle. Sans doute, dans le fait d’avoir besoin et de vouloir y a-t-il une certaine affection, même si ce n’est pas tout à fait de l’amour. Et elle était, au dire de tous, disponible. Il la regardait rire avec ses amis : rejeter la tête en arrière, battre des bras comme pour voler. Elle leur racontait une histoire drôle, imitait un oiseau, peut-être, et eux aussi riaient ; mais peut-être faisait-elle seulement l’imbécile, comme le font parfois les enfants. Dans tous les cas, elle n’avait pas conscience de son regard contemplatif, évaluateur. C’était la deuxième fois qu’il passait en voiture devant le petit groupe d’enfants. Il n’avait eu aucune difficulté à la repérer – il l’avait déjà observée.
Non, il ne lui voulait aucun mal : ce n’était pas comme s’il la détestait, où comme s’il souhaitait la faire souffrir elle, ou les membres de sa famille. Simplement, il la voulait, avait besoin d’elle – la souffrance était inévitable.
Au dire de tous, il était un honnête homme. Il était marié à la même femme depuis vingt-cinq ans, et il ne manifestait aucune envie de la quitter. Il avait vingt-trois ans lorsqu’il avait épousé sa fiancée Rosinah, alors âgée de vingt ans. Au fil des années, la jeune femme mince était devenue une femme mûre aux airs de matrone. Ses amies lui enviaient ses cheveux tressés par une professionnelle : chaque visite chez le coiffeur coûtait 250 pulas, ce qui représentait l’équivalent du salaire mensuel d’une femme de ménage. Elles lui enviaient ses tenues ghanéennes bouffantes aux couleurs vives et ses turbans fantaisie assortis. Elles lui enviaient ses bas sans jamais la moindre échelle. Rosinah était parfaite à tous les enterrements, mariages, services religieux, réunions parents-professeurs et assemblées politiques. Elle ne portait qu’une touche de rouge à lèvres : pas assez pour qu’on s’écrie “Vulgaire !” – juste assez pour qu’on murmure “Raffinée”… Les gens disaient, souvent, que M. Disanka était, vraiment, un bon mari.
C’était également un bon amant. Il venait d’offrir à sa maîtresse, Maisy, une Toyota Hilux simple cabine à deux roues motrices. Il avait acheté ce véhicule après lui avoir payé une extension à sa maison. Un homme plus inconsidéré, et il y avait beaucoup d’hommes inconsidérés autour de lui, aurait peut-être acheté à sa maîtresse une double cabine à quatre roues motrices – mais pas M. Disanka ! Il comprenait qu’il était important de conserver certaines limites. Sa femme conduisait une Toyota Hilux double cabine, comme lui ; il n’aurait pas été convenable que sa maîtresse en possède également une. Quand sa maîtresse avait failli obtenir un local commercial à côté du magasin de plats à emporter de sa femme, il était intervenu avec la rapidité adéquate.
Sa mère avait été la première personne à découvrir ce problème de proximité. Elle lui avait murmuré, d’un ton pressant :
“Rra-Lesego, tu ne peux pas mettre ces deux femmes l’une sur l’autre : ce sera la guerre.” Elle appelait toujours son fils Rra-Lesego – père de Lesego –, en signe de respect. Elle-même était appelée Mma-Disanka – mère de Disanka –, et elle en était fière. Une mère ne pouvait pas toujours être fière de son enfant, mais elle était heureuse de dire qu’elle-même l’était sincèrement.
“Comment ça ? lui avait-il demandé en se détournant à contrecœur de la télé : Manchester United, son équipe de foot préférée, était en train de jouer, et il n’était pas content qu’on le distraie de son match.
— Mma-Betty a dit qu’elle avait appris par son frère, qui l’a appris par un ami, que Maisy allait obtenir un local à deux pas de ton magasin, à côté de la poste. Elle a dit que l’agent de la chambre de commerce était sur place pas plus tard qu’hier pour mesurer la superficie du local. On ne peut pas laisser faire une chose pareille : tu ne peux pas mettre ces deux femmes l’une sur l’autre ! Même la plus gentille des épouses ne serait pas d’accord. Tu dois intervenir !” Mma-Disanka s’était déplacée pour planter son imposante silhouette entre lui et la télé : un stratagème délibéré visant à s’assurer l’entière attention de son fils. Elle avait tout intérêt à maintenir l’unité de la famille ; après tout, sa belle-fille, Mma-Lesego, la traitait bien et l’accueillait volontiers chez elle. Mma-Disanka n’avait aucune intention de retourner dans sa propre maison, même si à l’origine elle était venue chez son fils sous prétexte d’une courte visite. Elle aimait bien voir grandir ses petits-enfants, et elle n’était pas prête à fermer les yeux quand la paix du foyer de son fils était menacée par un acte que l’on pouvait éviter.

8 avril 2009

Verre cassé - Alain Mabanckou

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Seuil – janvier 2005 – 201 pages

Points – juin 2006 – 248 pages

Présentation de l'éditeur
L'histoire " très horrifique " du Crédit a voyagé, un bar congolais des plus crasseux, nous est ici contée par l'un de ses clients les plus assidus, Verre Cassé, à qui le patron a confié le soin d'en faire la geste en immortalisant dans un cahier de fortune les prouesses étonnantes de la troupe d'éclopés fantastiques qui le fréquentent. Dans cette farce métaphysique où le sublime se mêle au grotesque, Alain Mabanckou nous donne à voir grâce à la langue rythmée et au talent d'ironiste qui le distinguent dans la jeune génération d'écrivains africains, loin des tableaux ethniques de circonstance, un portrait vivant et savoureux d'une autre réalité africaine.

Biographie de l'auteur
Alain Mabanckou est né au Congo-Brazzaville en 1966. Il a déjà publié six recueils de poésie et quatre romans, parmi lesquels Bleu-Blanc-Rouge, Les Petits-Fils nègres de Vercingétorix et African Psycho. Il a obtenu le Grand Prix littéraire d'Afrique noire en 1999. Il enseigne aujourd'hui les littératures francophone et afro-américaine à l'université du Michigan.

Mon avis : (lu en mars 2007)

J'ai lu ce livre après avoir découvert Alain Mabanckou dans "Mémoires de porc-épic". Dans ce livre, ce sont les portraits des clients d'un bar congolais le "Crédit a voyagé". Ils ont été recueillis par écrit dans un cahier, à la demande du patron du bar, par "Verre cassé" l'un des piliers du bar. Chacun des clients est décrit avec ses petits soucis quotidiens, les femmes, l'alcool... Les anecdoctes drôles ou tragiques se succèdent. On est plongé dans la culture africaine avec ses coutumes, la politique, la religion.  Les sujets sont traités avec beaucoup d'esprit, avec un humour décapant. L'auteur a beaucoup de tendresse pour ces "éclopés de la vie" mais en revanche il n'est pas tendre avec les autorités, les profiteurs des plus faibles, les faux gouroux... Le ton est celui du conteur : un long monologue, avec la virgule comme seule ponctuation (pas de majuscule, pas de point). Ce roman nous fait passer du rire aux larmes. 

Extrait : disons que le patron du bar Le Crédit a voyagé m’a remis un cahier que je dois remplir, et il croit dur comme fer que moi, Verre Cassé, je peux pondre un livre parce que, en plaisantant, je lui avais raconté un jour l’histoire d’un écrivain célèbre qui buvait comme une éponge, un écrivain qu’on allait même ramasser dans la rue quand il était ivre, faut donc pas plaisanter avec le patron parce qu’il prend tout au premier dégré, et lorsqu’il m’avait remis ce cahier, il avait tout de suite précisé que c’était pour lui, pour lui tout seul, que personne d’autre ne le lirait, et alors, j’ai voulu savoir pourquoi il tenait tant à ce cahier, il a répondu qu’il ne voulait pas que Le Crédit a voyagé disparaisse un jour comme ça, il a ajouté que les gens de ce pays n’avaient pas le sens de la conservation de la mémoire, que l’époque des histoires que racontait la grand-mère grabataire était finie, que l’heure était désormais à l’écrit parce que c’est ce qui reste, la parole c’est de la fumée noire, du pipi de chat sauvage, le patron du Crédit a voyagé n’aime pas les formules toutes faites du genre "en Afrique quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle", et lorsqu’il entend ce cliché bien développé, il est plus que vexé et lance aussitôt "ça dépend de quel vieillard, arrêtez donc vos conneries, je n’ai confiance qu’en ce qui est écrit",...

Extrait : «… et alors, un jour de grand soleil, ma belle-famille a débarqué à la maison, elle a tenu un petit conseil de guerre ethnique, et j'étais l'objet de leur discussion byzantine, moi Verre Cassé, ils ont parlé de moi en long et en large, ils ont pris un décret me concernant, et ils m'ont condamné par contumace parce que je ne m'étais pas présenté devant leur tribunal, c'était comme si j'avais pressenti le traquenard que ces gens me tendaient, en fait mon instinct avait parlé, j'avais déserté la maison depuis la veille, et c'est ainsi que j'avais échappé de justesse aux griffes de ces intolérants, de ces pourfendeurs des droits de l'homme, de ces trouble-fête, de ces fils du chaos, de ces fils de la haine, or c'était sans compter avec la vigilance et la rancœur de Diabolique qui savait où me trouver, et elle a traîné ce comité d'accueil familial dans la rue, le long de l'avenue de l'Indépendance, même les passants croyaient que c'était la grève des battù, ces pauvres gens du quartier Trois-Cents, parce que, il faut le dire, mes ex-beaux-parents sont vraiment des gueux, des chemineaux, des ploucs avec des vêtements à la fois crasseux et usés, c'est normal c'est des pauvres moujiks de l'arrière-pays, ils ne pensent qu'à cultiver la terre, à épier l'arrivée de la saison des pluies, et, cupides comme ils sont, ces gars sont capables de vendre des âmes mortes au premier demandeur, ils n'ont pas de manières, ils n'ont jamais appris à manger à table, à utiliser une fourchette, une cuillère ou un couteau de table, c'est des gars qui ont passé leur existence de ploucs à traquer les rats palmistes et les écureuils, à pêcher les poissons-chats, et on ne peut même pas discuter culture avec eux parce que, comme dit le chanteur à moustache, ils n'ont vraiment pas l'esprit beaucoup plus grand qu'un dé à coudre, et donc ces hommes des cavernes sont venus me tirer de mes nobles préoccupations au Crédit a voyagé, ils m'ont lu la condamnation par contumace, ils avaient décidé de m'emmener chez un guérisseur, un féticheur, ou plutôt chez un sorcier nommé Zéro Faute pour que celui-ci chasse le diable tenace qui habitait en moi, pour qu'il m'ôte l'habitude de me dorer sous le soleil de Satan, et nous devions aller là-bas, chez cet imbécile qu'on appelait Zéro Faute, moi je n'avais pas peur, je voulais les emmerder, et j'ai dit «laissez-moi tranquille, est-ce que quand je bois mon pot je provoque quelqu'un, pourquoi tout le monde est contre moi, je veux pas aller chez Zéro Faute », et tous ces braves gens de ma belle-famille ont dit en chœur « tu dois venir avec nous, Verre Cassé, tu n'as pas le choix, on t'emmènera là-bas, même dans une brouette s'il le faut», j'ai répondu en hurlant comme une hyène prise dans un piège à loups « non, non et non, plutôt crever que de vous suivre chez Zéro Faute », et comme ils étaient nombreux ils m'ont attrapé, ils m'ont bousculé, ils m'ont menacé, ils m'ont immobilisé, et moi je criais « honte à vous gens de peu de foi, vous ne pouvez rien contre moi, a-t-on jamais vu un verre cassé être réparé », et ils m'ont installé de force dans une brouette ridicule, et tout le quartier riait devant cette scène inédite parce qu'on me traînait comme un sac de ciment, et moi j'insultais Zéro Faute tout au long de mon chemin de croix pendant que ma femme parlait toujours du serpent noir qui l'avait mordue, et je demandais de quel serpent noir il s'agissait, « c'est le serpent de Satan, c'est toi qui l'as fait venir, jamais de ma vie je n'avais été mordue par un serpent noir» criait-elle, et moi je continuais à dire «serpent noir, vraiment noir, et comment tu l'as vu dans la nuit puisqu'il était noir», elle a failli renverser la brouette avant que sa tante ne la tranquillise et lui dise « calme-toi ma nièce, Zéro Faute va s'occuper de lui dans peu de temps, on verra bien tout à l'heure si le diable et le bon Dieu peuvent manger ensemble sans que l'un d'eux n'utilise une cuillère à long manche »

2 mai 2009

Le journal d'un dégonflé - Jeff Kinney

journal_d_un_d_gonfl_ Seuil – août 2008 – 223 pages

traduit de l'américain par Natalie Zimmermann.

Présentation de l'éditeur
Greg a 12 ans, un grand frère musicien qui lui fait des blagues, un petit frère qui le colle, un copain qu'il supporte histoire de ne pas être seul, des problèmes avec les filles qui pouffent à longueur de journée, des parents qui ne comprennent jamais rien à ce qu'il demande... Un jour sa mère lui offre un journal intime, que Greg rebaptise en carnet de bord.

Auteur : Né en 1971, Jeff Kinney est concepteur et réalisateur de jeux en ligne. En 1998, il commence à crayonner un personnage qui verra le jour sur le web, 6 ans plus tard. Quelques 50 millions de visiteurs après (100000 connexions par jour), l'éditeur Abrams décide de le publier en ouvrage, avec grand succès.

Mon avis : (lu en octobre 2008)

C'est le «carnet de bord mais pas le journal intime» d'un ados de 12 ans sous forme d'un roman-BD. Greg Heffley nous raconte de façon plutôt humoristique son année scolaire. Il parle de ses parents, de Scott son grand frère, de Manu son petit frère qui le colle sans cesse, de Robert son ami par défaut, des élèves de sa classe, de ses professeurs... Il est critique vis à vis de tous y compris de lui-même : il se trouve timide, ni sportif, ni intellectuel et bien sur dégonflé !

Il s'agit d'un élève américain, donc certains usages sont inhabituels pour un élève français.

Le graphisme du livre est original, puisque l'intérieur ressemble à un cahier ligné, l'écriture est manuscrite et c'est entrecoupé de BD et de petits dessins. Le style est simple, souvent oral. Cela nous rappelle un peu «le petit Nicolas»...

Ce livre est surtout destiné à des enfants de 9 à 12 ans.

Extraits : (version américaine)

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2 mars 2009

La mort du Roi Tsongor – Laurent Gaudé

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Actes Sud - août 2002 – 204 pages

Babel - décembre 2004 - 204 pages

Prix Goncourt des Lycéens 2002

Présentation de l’éditeur
Dans une Antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d’un empire immense, s’apprête à marier sa fille. Mais au jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate : c’est Troie assiégée, c’est Thèbes livrée à la haine. Le monarque s’éteint; son plus jeune fils s’en va parcourir le continent pour édifier sept tombeaux à l’image de ce que fut le vénéré – et aussi le haïssable – roi Tsongor.
Roman des origines, récit épique et initiatique, le livre de Laurent Gaudé déploie dans une langue enivrante les étendards de la bravoure, la flamboyante beauté des héros, mais aussi l’insidieuse révélation, en eux, de la défaite. Car en chacun doit s’accomplir, de quelque manière, l’apprentissage de la honte.

L'auteur : Romancier et dramaturge, Laurent Gaudé a publié chez Actes Sud plusieurs pièces de théâtre : Combats de possédés (1999), Onysos le furieux (2000), Pluie de cendres (2001), Cendres sur les mains (2002), Le Tigre bleu de l'Euphrate (2002), Salina (2003), Médée Kali (2003), Les Sacrifiées ; et deux romans : Cris (2001) et La Mort du roi Tsongor (2002, prix Goncourt des lycéens 2002, prix des Libraires 2003).

Mon avis : (lu en mars 2005) 
Ce livre est un récit fabuleux où se mêlent l’aventure, l’honneur, la guerre et la folie des hommes. C’est à la fois un conte initiatique et philosophique. Les personnages sont magnifiques et il y beaucoup d’humanité dans ce livre. Le style est fluide, riche et d'une précision incroyable, l'ensemble est poignant et inoubliable. A lire absolument !

Extrait :
D’ordinaire, Katabolonga était le premier à se lever dans le palais. Il arpentait les couloirs vides tandis qu’au-dehors la nuit pesait encore de tout son poids sur les collines. Pas un bruit n’accompagnait sa marche. Il avançait sans croiser personne, de sa chambre à la salle du tabouret d’or. Sa silhouette était celle d’un être vaporeux qui glissait le long des murs. C’était ainsi. Il s’acquittait de sa tâche, en silence, avant que le jour ne se lève.

Mais ce matin-là, il n’était pas seul. Ce matin-là, une agitation fiévreuse régnait dans les couloirs. Des dizaines et des dizaines d’ouvriers et de porteurs allaient et venaient avec précaution, parlant à voix basse pour ne réveiller personne. C’était comme un grand navire de contrebandiers qui déchargeait sa cargaison dans le secret de la nuit. Tout le monde s’affairait en silence. Au palais de Massaba, il n’y avait pas eu de nuit. Le travail n’avait pas cessé.

Depuis plusieurs semaines, Massaba était devenue le cœur anxieux d’une activité de fourmis. Le roi Tsongor allait marier sa fille avec le prince des terres du sel. Des caravanes entières venaient des contrées les plus éloignées pour apporter épices, bétail et tissus. Des architectes avaient été diligentés pour élargir la grande place qui s’étendait devant la porte du palais. Chaque fontaine avait été décorée. De longues colonnes marchandes venaient apporter des sacs innombrables de fleurs. Massaba vivait à un rythme qu’elle n’avait jamais connu. Au fil des jours, sa population avait grossi. Des milliers de tentes, maintenant, se tenaient serrées le long des remparts, dessinant d’immenses faubourgs de tissu multicolores où se mêlaient le cri des enfants qui jouaient dans le sable et les braiements du bétail. Des nomades étaient venus de loin pour être présents en ce jour. Il en arrivait de partout. Ils venaient voir Massaba. Ils venaient assister aux noces de Samilia, la fille du roi Tsongor.

Depuis des semaines, chaque habitant de Massaba, chaque nomade avait déposé, sur la place principale, son offrande à la future mariée. C’était un gigantesque amas de fleurs, d’amulettes, de sacs de céréales et de jarres de vin. C’était une montagne de tissus et de statues sacrées. Chacun voulait offrir à la fille du roi Tsongor un gage d’admiration et une prière de bénédiction.

Or, en cette nuit-là, les serviteurs du palais avaient été chargés de vider la place de toutes ces offrandes. Il ne devait plus rien rester. Le vieux roi de Massaba voulait que l’esplanade soit décorée et resplendissante. Que tout son parvis soit jonché de roses. Que sa garde d’honneur y prenne place en habit d’apparat. Le prince Kouame allait envoyer ses ambassadeurs, pour déposer aux pieds du roi les présents qu’il offrait. C’était le début de la cérémonie nuptiale, la journée des présents. Tout devait être prêt.

Les serviteurs du palais, toute la nuit, n’avaient cessé de faire des allers-retours, entre la montagne de cadeaux de la place et les salles du palais. Ils transportaient ces centaines de sacs, de fleurs et de bijoux. Ils disposaient le plus harmonieusement possible, en prenant bien soin de ne pas faire de bruit, les amulettes, les statues et les tapisseries dans les différents appartements du palais. Il fallait que la grande place soit vide. Et que le palais, lui, soit riche de ces signes d’affection du peuple. Il fallait que la princesse Samilia se réveille dans un palais aux mille parfums et couleurs. C’était à cela que travaillaient, silencieusement, les longues colonnes de porteurs. Ils devaient finir avant que la princesse et sa suite ne se réveillent. Le temps commençait à manquer. Car ils avaient croisé et reconnu, pour certains d’entre eux, Katabolonga. Ils savaient que si Katabolonga était debout, c’est que le jour n’allait pas tarder à se lever et avec lui, le roi Tsongor. Aussi, au fur et à mesure que Katabolonga avançait dans les couloirs du palais, au fur et à mesure qu’il se rapprochait de la salle du tabouret d’or, l’agitation croissait et les serviteurs se faisaient de plus en plus rapides et affairés.

Katabolonga, lui, n’était touché par aucune anxiété. Il marchait lentement comme à l’accoutumée. Au rythme calme qui était le sien. Il savait qu’il avait le temps. Que le jour ne se lèverait pas tout de suite. Il savait - comme tous les jours depuis des années - qu’il serait prêt, assis au chevet du roi lorsque celui-ci ouvrirait les yeux. Il pensait simplement que c’était la première fois, et certainement la dernière, qu’il croisait tant d’hommes lors de sa marche nocturne et que le bruit de ses pas était accompagné de tant de murmures.

Mais lorsque Katabolonga entra dans la salle du tabouret d’or, il se figea brusquement. L’air qui lui caressait le visage lui murmurait quelque chose qu’il ne parvenait pas à comprendre. Au moment où il avait ouvert la porte, il lui avait semblé, le temps d’un instant, que tout allait finir. Il se reprit. Traversa la pièce pour prendre le tabouret d’or, mais à peine eut-il saisi la relique, qu’il dut la lâcher. Le tremblement qui lui parcourut les bras lui dit, à nouveau, que tout allait finir. Cette fois, il écouta ce sentiment monter en lui. Il écouta et le trouble s’empara de lui. Il écouta. Et il sut qu’aujourd’hui, effectivement, tout allait cesser. Il sut qu’aujourd’hui il tuerait le roi Tsongor. Qu’aujourd’hui était le jour auquel il avait pensé échapper. Il comprit que ce jour était le dernier où le roi se lèverait, le dernier où lui, Katabolonga le sauvage, le suivrait de salle en salle, marchant toujours sur ses pas, veillant sur ses moindres fatigues, écoutant ses soupirs et s’acquittant de la plus honorifique des tâches. Le dernier jour où il serait le porteur du tabouret d’or.

Il se releva. Essayant de faire taire le trouble qui était né en lui. Il saisit le tabouret et parcourut les couloirs du palais. Les mâchoires serrées sur cette conviction obscure qu’aujourd’hui était le jour où il tuerait son ami, le roi Tsongor.

Lorsque Tsongor se leva, il eut immédiatement le sentiment que cette journée serait trop courte pour qu’il puisse s’acquitter de tout ce qu’il avait à faire. Il respira profondément. Il savait que le calme ne lui serait plus offert jusqu’au soir. Il salua Katabolonga qui se tenait à ses côtés. Et ce visage lui fit du bien. Il salua Katabolonga, mais celui-ci, au lieu de lui rendre son salut et de lui présenter son collier royal, comme il le faisait chaque matin, lui murmura à voix basse :
"Tsongor, je veux te parler.
- Je t’écoute, répondit le roi.
- C’est pour aujourd’hui, mon ami", dit Katabolonga.
La voix du porteur avait quelque chose d’étrange, mais Tsongor n’y prêta pas attention. Il dit simplement : "Je sais." Et la journée commença.

Challenge Prix Goncourt des Lycéens
2002
Challenge Goncourt des Lycéens
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chez Enna

15 avril 2009

Le prédicateur - Camilla Läckberg

le_pr_dicateur Actes Sud – mars 2009 – 375 pages

Traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus

Présentation de l'éditeur
Dans les rochers proches de Fjàllbacka, le petit port touristique suédois dont il était question dans La Princesse des glaces, on découvre le cadavre d'une femme. L'affaire se complique quand apparaissent, plus profond au même endroit, deux squelettes de femmes... L'inspecteur Patrik Hedstrôm est chargé de l'enquête en cette période estivale où l'incident pourrait faire fuir les touristes et qui, canicule oblige, rend difficiles les dernières semaines de grossesse d'Erica Falck, sa compagne. Lentement, le tableau se précise : les squelettes sont certainement ceux de deux jeunes femmes disparues vingt-quatre ans plus tôt. Revient ainsi en lumière la famille Hult, dont le patriarche, Ephraïm, magnétisait les foules accompagné de ses deux petits garçons, Gabriel et Johannes, dotés de pouvoirs de guérisseurs. Depuis cette époque et un étrange suicide, la famille est divisée en deux branches qui se haïssent. Alors que Patrik assemble les morceaux du puzzle, on apprend que Jenny, une adolescente en vacances dans un camping, a disparu. La liste s'allonge... Une nouvelle fois, Camilla Lâckberg excelle à tisser son intrigue, manipulant son lecteur avec jubilation, entre informations finement distillées et plaisir de nous perdre en compagnie de ses personnages dans une atmosphère provinciale lourde de secrets.

Biographie de l'auteur
Camilla Läckberg, née le 30 août 1974, est l'auteur de plusieurs romans noirs mettant en scène Erica Falck et dont l'intrigue se situe à Fjàllbacka, petite ville tranquille de la côte suédoise. La Princesse des glaces (Actes Sud, 2008) a reçu en France le grand prix de la Littérature policière et le prix du Polar étranger au Festival de Cognac. Classés parmi les meilleures ventes de ces dernières années en Suède, ses ouvrages paraîtront successivement chez Actes Sud.

Mon avis : (lu en avril 2009)

Voici la suite de "La Princesse des glaces", on retrouve Erika Falck dans ses dernières semaines de grossesse, sous la canicule. Mais ici le personnage principal est plutôt Patrick son compagnon qui dirige une enquête difficile. Une femme est retrouvée assassinée, sur le même lieu on découvre également les ossements de deux femmes disparues 24 ans plus tôt. L'enquête va mettre en cause une famille donc les membres se sont brouillés dans le passé. Peu à peu, les éléments du puzzle vont s'assembler avec quelques rebondissements inattendus. Les "à côté" de l'enquête sont amusantes et pleines de fraîcheur : on retrouve Erika au prise à de la famille ou des amis sans-gêne qui viennent s'installer chez elle...

L'enquête est passionnante, l'intrigue bien conduite et j'ai profité avec plaisir de la lecture de ce livre, ne voulant pas le lâcher avant le dénouement. Et maintenant, j'attends avec impatience la traduction et la sortie du prochain livre "Le Tailleur de pierre" prévu en novembre 2009 (d'après les éditions Actes Sud).

Extrait : (début du livre)

La journée commença de façon prometteuse. Il se réveilla tôt, avant le reste de la famille, s’habilla aussi discrètement que possible et réussit à filer sans se faire remarquer. Il emporta son casque de chevalier et l’épée de bois qu’il brandit triomphalement pendant qu’il courait sur les cent mètres séparant sa maison de l’entrée de la brèche du Roi. Il s’arrêta un instant et observa respectueusement la trouée escarpée fendant le roc. Deux mètres environ séparaient les parois et elles s’élevaient sur une bonne dizaine de mètres vers le ciel où le soleil avait commencé son ascension. Trois gros blocs de pierre étaient restés coincés à mi-hauteur constituant un spectacle impressionnant. L’endroit avait une force d’attraction magique sur un enfant de six ans, et le fait que la brèche du Roi soit territoire interdit la rendait d’autant plus attirante.
La faille avait reçu son nom lors d’une visite d’Oscar II à Fjällbacka à la fin des années 1880, mais, de cela, il ne savait rien, ou s’en fichait, lorsqu’il s’introduisit lentement parmi les ombres, son épée de bois prête à l’attaque. En revanche, son papa avait raconté que les scènes du gouffre de l’Enfer dans Ronya, fille de brigands avaient été tournées dans la brèche du Roi, et au cinéma il s’était senti tout excité en voyant Mattis, le chef des bandits, la franchir au galop sur son cheval. Parfois il venait jouer au brigand ici, mais aujourd’hui il était chevalier. Chevalier de la Table ronde, comme dans le livre de coloriage que sa grand-mère lui avait offert pour son anniversaire.
Il avança pas à pas sur les rochers et se prépara à affronter courageusement avec son épée le gros dragon cracheur de feu. Le soleil n’arrivait pas à pénétrer dans ce couloir étroit et le lieu restait froid et sombre même en été. Parfait pour les dragons. Bientôt il ferait gicler le sang de sa gorge, et après une longue agonie le dragon s’écroulerait mort à ses pieds.
Du coin de l'œil il aperçut quelque chose qui attira son attention, un bout de tissu rouge qui dépassait d’un rocher. Sa curiosité prit le dessus, le dragon pouvait attendre. Il y avait peut-être un trésor caché là. Il prit son élan, sauta sur le bloc de pierre et regarda de l’autre côté. Un instant il faillit tomber à la renverse, il tangua quelques secondes puis retrouva son équilibre en battant des bras. Après coup, il ne voudrait pas reconnaître qu’il s’était affolé, mais sur l’instant il eut la plus grande frousse de ses six années de vie. Une dame était embusquée là, étendue sur le dos et elle le fixait de ses yeux écarquillés. Son premier réflexe lui dicta de fuir, avant qu’elle puisse l’attraper et comprendre qu’il jouait ici alors qu’il n’en avait pas le droit. Elle allait peut-être l’obliger à raconter où il habitait, le ramener à la maison. Maman et papa seraient hyper fâchés et demanderaient combien de fois ils lui avaient déjà dit de ne pas aller à la brèche du Roi sans être accompagné d’un adulte.
Mais ce qui était étrange, c’est que la dame ne bougeait pas. Elle ne portait pas de vêtements, et un instant il fut gêné de regarder une femme toute nue. Le truc rouge qu’il avait vu n’était pas un bout de tissu, c’était un sac posé juste à côté d’elle, mais il ne voyait pas de vêtements, nulle part. Bizarre de rester toute nue, alors qu’il faisait si froid ici.
Puis une pensée impossible surgit en lui. La dame était peut-être morte ! C’était la seule explication qu’il pouvait trouver à son immobilité absolue. Cette idée le fit sauter en bas du rocher et lentement reculer vers l’ouverture de la faille. Après avoir mis quelques mètres entre lui et la femme morte, il pivota sur ses talons et prit ses jambes à son cou pour rentrer chez lui. Il ne se souciait plus de savoir s’il allait se faire disputer ou pas.

La sueur collait les draps contre son corps. Erica se tournait et se retournait dans son lit, sans réussir à trouver une position confortable pour dormir. La nuit d’été lumineuse ne facilitait pas non plus le sommeil et pour la millième fois elle nota mentalement qu’elle devait installer des rideaux opaques aux fenêtres, ou plutôt elle ferait en sorte que Patrik s’en occupe.
Sa respiration calme à côté d’elle lui donnait des envies de meurtre. Comment pouvait-il avoir le toupet de ronfler tranquillement alors qu’elle passait ses nuits sans dormir ? Après tout, c’était son bébé aussi. Ne devrait-il pas rester éveillé par solidarité ou quelque chose comme ça ? Elle le toucha dans l’espoir qu’il se réveille. Pas un mouvement. Elle le toucha un peu plus fort. Il grogna, tira la couverture et lui tourna le dos.
Avec un soupir, elle croisa les bras sur sa poitrine et fixa le plafond. Son ventre s’arrondissait comme un énorme globe terrestre et elle essaya d’imaginer l’enfant, nageant dans le liquide amniotique, là dans le noir. Peut-être suçant son pouce. Mais tout cela était trop irréel pour faire surgir des images de bébé dans sa tête. Elle était au huitième mois, mais n’arrivait toujours pas à réaliser qu’il y avait un enfant dans son ventre. Bon, ça n’allait sans doute pas tarder à devenir trop réel. Erica était déchirée entre la hâte et la crainte. Elle avait du mal à voir au-delà de l’accouchement. Si elle était vraiment honnête, elle avait du mal à voir plus loin que le problème de ne plus pouvoir dormir sur le ventre. Elle regarda les chiffres lumineux du réveil. Quatre quarante-deux. Elle pourrait peut-être allumer la lumière et lire un petit moment ?
Trois heures et demie et un mauvais polar plus tard, elle était en train de rouler hors du lit pour se lever lorsque la sonnerie du téléphone retentit. En habituée, elle tendit le combiné à Patrik.
— Allô. Sa voix était lourde de sommeil. Oui, bien sûr, oh la vache, oui, je peux y être dans un quart d’heure. D’accord, on se retrouve là-bas.
Il se tourna vers Erica.
— Je dois y aller. Alerte à bord.
— Mais tu es en vacances. Il n’y a personne d’autre pour s’en occuper ? Elle entendit combien sa voix était geignarde, mais une nuit blanche n’était jamais profitable à l’humeur.
— C’est un homicide. Mellberg veut que je vienne. Il y va aussi.
— Un homicide ? Où ça ?
— Ici à Fjällbacka. Un gosse a trouvé une femme morte dans la brèche du Roi ce matin.
Patrik s’habilla en quatrième vitesse, de légers vêtements d’été, puisqu’on était au mois de juillet. Avant de se ruer dehors, il grimpa sur le lit et embrassa le ventre d’Erica, quelque part à l’endroit où elle se rappelait vaguement avoir eu un nombril.
— Bye Bébé. Sois gentil avec ta maman, je serai bientôt de retour.
Il posa une bise rapide sur la joue de sa compagne et partit. Avec un soupir, Erica s’extirpa du lit et enfila l’une des tentes qui lui faisaient office de vêtements. Très bêtement, elle avait lu quantité de livres sur la grossesse et, à son avis, tous les auteurs qui en décrivaient les joies devraient être traînés sur la place publique et roués de coups. Insomnies, articulations douloureuses, carences, hémorroïdes, transpiration et toutes sortes de dérèglements hormonaux étaient plus près de la réalité. Et ce feu intérieur qui était censé l’illuminer, elle n’en avait certainement pas ressenti la moindre foutue flamme. En grommelant, elle descendit lentement l’escalier pour avaler la première tasse de café de la journée.

Lorsque Patrik arriva, l’activité battait son plein. L’entrée de la brèche du Roi avait été fermée par des rubans jaunes et il compta trois voitures de police et une ambulance. Le personnel technique d’Uddevalla avait déjà commencé son travail et Patrik était suffisamment avisé pour ne pas pénétrer sur le lieu du crime avec ses gros sabots. Ça, c’était l’erreur des débutants, ce qui n’empêchait pas son chef, le commissaire Mellberg, de se balader parmi les techniciens. Du désespoir plein les yeux, ceux-ci regardaient ses chaussures et ses vêtements déposer des milliers de fibres et de particules sur leur lieu de travail si fragile. Lorsque Patrik s’arrêta devant le ruban et fit signe à Mellberg, celui-ci leva le camp, à leur grand soulagement, et passa de l’autre côté du barrage.
— Salut Hedström.
La voix était cordiale voire joyeuse et Patrik sursauta de surprise. Une seconde il crut même que son chef allait le serrer dans ses bras, mais cela ne resta heureusement qu’une pensée inquiétante. L’homme paraissait totalement transformé ! Ça ne faisait qu’une semaine que Patrik était en congé, mais le Mellberg qu’il avait en face de lui n’était vraiment pas le même qui faisait la gueule derrière son bureau et grommelait que les vacances étaient une notion à supprimer.
Mellberg secoua vigoureusement la main de Patrik et lui tapa dans le dos.
— Et comment va ta poule pondeuse ? C’est pour bientôt, non ?
— Pas avant un mois et demi, à ce qu’ils disent.
Patrik n’arrivait toujours pas à comprendre ce qui avait bien pu déclencher ces manifestations de joie de la part de Mellberg, mais il remisa sa curiosité et essaya de se concentrer sur la raison de sa venue en ce lieu.
— Qu’est-ce que vous avez trouvé ?
Mellberg fit un effort monstre pour barrer le chemin au sourire sur son visage et montra les entrailles ombragées de la faille.
— Un gosse de six ans est sorti tôt ce matin quand ses parents dormaient encore, il est venu ici jouer au chevalier parmi les rochers. Et il a trouvé une femme morte. On a été avertis à six heures et quart.
— Ça fait combien de temps que les techniciens examinent les lieux ?
— Ils sont là depuis une heure. L’ambulance est arrivée en premier et ils ont tout de suite confirmé qu’il n’était plus question d’intervenir médicalement. Depuis, les techniciens ont pu travailler à leur guise. Assez emmerdants, ces gars-là, je te le dis… Je suis allé y jeter un petit coup d’oeil, c’est tout, et ils m’ont traité de tous les noms. Mais je suppose que ça rend chiant, forcément, de passer ses journées à quatre pattes à traquer des fibres avec une pince à épiler.
Patrik reconnut là son supérieur hiérarchique. Ça, c’était davantage le jargon de Mellberg. D’expérience, il savait cependant que ça ne servait à rien d’essayer de corriger ses opinions. C’était plus simple de laisser tout cela entrer par une oreille et sortir par l’autre.
— Qu’est-ce qu’on sait de la victime ?
— Rien pour l’instant. Environ vingt-cinq ans. Son seul vêtement, si on peut appeler ça un vêtement, est un sac à main, sinon elle est entièrement à poil. Jolis nichons, d’ailleurs.
Patrik ferma les yeux et répéta silencieusement, comme un mantra intérieur : “Il partira bientôt à la retraite. Il partira bientôt à la retraite…”
Imperturbable, Mellberg poursuivit :
— On n’a pas pu déterminer de quoi elle est morte, mais elle est assez mal en point. Des hématomes sur tout le corps
et des coupures, de couteau probablement. Et puis, oui, elle est allongée sur une couverture grise. Le médecin légiste est en train de l’examiner, comme ça j’espère que nous aurons un avis préliminaire assez rapidement.

15 mars 2009

Malek - Janine Boissard

Malek Fayard – octobre 2008 – 266 pages

Résumé :  Malek est un petit garçon qui ne peut compter que sur lui-même.
Très vite, le destin lui arrache son père et dépouille sa famille de ses terres et de son honneur. Il ne reste que l'école, le travail. Cent fois sujet au doute et à l'abattement, cent fois Malek fait le choix de la connaissance et de la liberté, de l'amour d'autrui et de l'amour du beau. Malek est un petit héros. Il deviendra un humaniste. Romancière de l'enfance et de l'adolescence, Janine Boissard était née pour raconter cette vie pétrie d'espoir et de volonté.
Une histoire si belle qu'elle pourrait être un conte. Et qui est pourtant une histoire vraie.

Auteur : Janine Boissard est née et a fait ses études à Paris. Très jeune, elle a choisi de se consacrer à l'écriture et publie son premier roman, "Driss", à vingt-deux ans chez René Julliard. Ce livre est signé, comme les trois suivants chez le même éditeur, de son nom de femme mariée : Janine Oriano. Toujours sous le nom d'Oriano, elle se lance dans le roman noir: "Un peu par jeu, parce que toutes les formes d'écriture m'intéressent, et aussi parce qu'on m'avait dit que c'était une façon de vivre de sa plume..." Elle est ainsi la première femme à entrer dans la fameuse "Série Noire" avec "B comme Baptiste".

En 1977, Janine Oriano reprend son nom de jeune fille pour publier aux éditions Fayard sa célèbre saga "L'Esprit de famille" (six volumes en tout, de 1977 à 1984). L'évolution de la société, les chambardements dans la famille, les problèmes de couple, ceux de l'adolescence, ceux de la femme moderne face au monde du travail sont ses thèmes favoris. En 1996, elle publie "Une Femme en blanc" (Robert Laffont), un formidable succès en librairie, traduit en Allemagne et en Italie; sans oublier la série télévisée en six épisodes, diffusée en 1997 sur France 2, avec Sandrine Bonnaire.

Également scénariste, adaptatrice, dialoguiste pour la télévision, Janine Boissard a publié à ce jour une trentaine de livres. Décorée des Palmes Académiques pour son action auprès de la jeunesse, elle vit de sa plume depuis vingt ans. L'écriture est, dit-elle, "à la fois ma passion, un métier exigeant et ma façon de respirer".

Mon avis : (lu en mars 2009)

Dans ce nouveau livre, Janine Boissard raconte l’enfance et l’adolescence du célèbre intellectuel algérien Malek Chebel. Une histoire vraie qui pourrait être un conte. Au début, il y a une famille avec Zhora la mère, Hocine le père et Tayeb le petit frère. Mais Hocine va partir pour la guerre et Zhora retourne vivre avec ses deux fils chez son père. Ce dernier va être dépossédé de ses biens et Malek et son petit frère se retrouvent pupilles de la nation. Loin de sa famille, Malek va vouloir s'en sortir et avec le soutien de plusieurs professeurs il va découvrir la littérature puis la culture. Il gravira tous les échelons l’un après l’autre et obtiendra un doctorat en psychopathologie clinique et psychanalyse et un autre en anthropologie et de sciences de la religion. Ses thèses feront l’objet de livres, lui qui très tôt, a su qu'il serait écrivain. Janine Boissard a su raconter cette belle histoire avec beaucoup de sensibilité. Un beau message d’espoir pour tous les enfants du monde.

Extrait : (page 102)
De bonnes odeurs montent de la cuisine où le dîner se prépare. La famille s'est rassemblée au salon autour de la cheminée. Malek sort fièrement son carnet.
Ses meilleurs notes sont en français et en dessin. Très bonnes en sciences, histoire et géographie, un peu moins en mathématiques. Les remarques sont élogieuses, le directeur a conclu par un 'Malek ira loin' qui l'a projeté au ciel. les oncles se transmettent gaîment le carnet, se lançant les bonnes notes à voix haute. Le visage de Zohra brille de fierté ; nul doute qu'elle se les fera répéter jusqu'à les savoir par cœur.

Extrait : (page 137)
Au fur et à mesure que se déroulaient les scènes, s'échangeaient les répliques tant de fois répétées, une chose stupéfiante s'est produite : les yeux de Malek se sont dessillés, comme après un envoûtement. Camille l'orgueilleuse, repoussant les hommes... Nora la prude, traitant les garçons de balourds, leur préférant la compagnie des filles, jouant avec ses sentiments : une même personne ! Nora-Camille ne l'a jamais aimé et ne l'aimera jamais.
C' est la fin de la pièce, la dernière rencontre entre Camille et Perdican. Elle lui annonce son intention de retourner au couvent.
- Adieu, Perdican, dit-elle sous les huées du public.
- Adieu, Nora, murmure Malek tandis que le rideau retombe.

7 mars 2009

Le livre des questions – Pablo Neruda

le_livre_des_questions Gallimard jeunesse - février 2008 – 180 pages

Illustré par Isidro Ferrer et traduit par Claude Couffon

Présentation : Ce recueil poétique, considéré comme le testament de Pablo Nedura, se présente sous forme de questionnement. Les thèmes sont variés : le temps qui passe, la vie, la mort, la nature, Dieu ou encore la politique. Cet ouvrage est le dernier livre écrit par le grand poète chilien du XX° siècle qui est, aujourd'hui encore, considéré comme le chantre de l'Amérique latine et des idées communistes. Sa poésie, de par sa forme particulière et certains thèmes traités, est parfois difficile d’accès. Les illustrations en noir et blanc, objets graphiques faits de collage de matériaux, sont parfaitement adaptées aux textes. Une vulgarisation de l’écriture qui trouvera écho chez des jeunes déjà très ouverts à la littérature.

L'auteur :
Né le 12 juillet 1904 à Parral au Chili, Pablo Neruda (de son vrai nom Ricardo Neftali Reyes Basoalto) est plusieurs fois consul, puis sénateur. Il reçoit le Prix national de Littérature en 1945. Entré dans la clandestinité en 1948, Prix mondial de la Paix en 1950, il revient au Chili en 1952. Prix Nobel de Littérature en 1971, il meurt à Santiago du Chili le 23 septembre 1973.

L'illustrateur :
Né en 1963, Isidro Ferrer est né à Madrid. Il fait des études de théâtre puis installe son studio graphique à Huesca. Il développe son activité dans le design éditorial, l'affiche, l'illustration, la BD, la direction artistique, le montage d'exposition et l'animation pour la télévision. L'art de Ferrer est basé sur le principe de la construction d'objets : il fabrique ses «objets graphiques» par le collage de matériaux. Il a exposé son oeuvre en Espagne, en France et en Slovaquie.

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Mon avis : (lu en mars 2009)
Je suis tombé sur ce livre à la bibliothèque, je ai trouvé belle sa couverture et son titre m'a interpellé et je l'ai ouvert... Ce livre est le dernier texte écrit par le poète chilien Pablo Neruda pour inviter petits et grands à la poésie. Ce sont 72 poèmes sous forme d'une série de questions sans réponses qui interrogent la nature, les animaux, la vie ou la mort. Ce sont des questions pratiques, drôles, souvent surréalistes et parfois angoissantes. Avec ces questions, Pablo Neruda redevient un enfant et il interroge sans cesse ce qu’il voit et entend, mais un vieil enfant, riche de ses expériences.

Chaque question fait naître des images, vagabonder l’esprit et donne envie d’imaginer des réponses ou de poser d’autres questions.

A chaque page de texte répond une page d’image, conçue par Isidro Ferrer, designer, illustrateur et graphiste madrilène, comme un collage de papiers ou d’objets. Les images n’illustrent pas littéralement le texte mais adoptent son aspect inventif en montrant des formes et des objets dont l’assemblage drôle ou étonnant apprend à les regarder autrement. Ce livre nous invite à partir dans l'imaginaire, à suivre un vent de liberté et à regarder et à penser le monde autrement...

Ce livre a été publié chez Gallimard Jeunesse, mais je pense qu'il est également destiné aux adultes. A découvrir !

Extraits : 

I

Pourquoi les énormes avions ne promènent-ils leurs petits ?

Quel est l'oiseau aux plumes jaunes qui remplit le nid de citrons ?

Pourquoi n'apprend-on aux hélicoptères à butiner sur le soleil ?

Où la pleine lune a-t-elle laissé son sac nocturne de farine ?

XIX

A-t-on compté l'or que possède le territoire du maïs ?

T'a-t-on dit que la brume est verte, à midi, en Patagonie ?

Qui chante là, au fond de l'eau, dans la lagune abandonnée ?

De quoi rit-elle, la pastèque au moment où on l'assassine ?

XX

Est-il vrai que l'ambre contient les pleurs versés par les sirènes ?

Comment s'appelle cette fleur qui vole d'un oiseau à l'autre ?

Ne vaut-il mieux jamais que tard ?

Et pourquoi le fromage a-t-il pour ses exploits choisi la France ?

1 mars 2009

L'arithmétique appliquée et impertinente – Jean-Louis Fournier

l_arithm_tique_impertinente Payot – mai 1993 – 218 pages

Quatrième de couverture : "J'ai longtemps cru que l'arithmétique n'avait été inventée que pour résoudre les problèmes de trains qui se croisent et de baignoires qui débordent. C'est quand j'ai été grand que j'ai découvert qu'elle pouvait mieux faire.
Par exemple : m'aider à calculer le poids du cerveau d'un imbécile, le volume du pape, l'envergure de la Joconde, la vitesse d'un hareng, la longueur maximale de Ravaillac. Et puis le nombre de voitures que pourrait contenir Notre Dame transformée en parking, la quantité de caviar qu'un smicard peut acheter avec son salaire... Enfin les questions que toute personne responsable devrait se poser."
Jean-Louis Fournier

Après La Grammaire française et impertinente, le mauvais élève Fournier Jean-Louis récidive avec cette arithmétique qui propose de faux problèmes mais des solutions justes.

Auteur : Jean-Louis Fournier est un écrivain, humoriste et réalisateur de télévision né à Arras le 19 décembre 1938. Il est le créateur, entre autres, de La Noiraude et d'Antivol, l'oiseau qui avait le vertige. Par ailleurs, il fut le complice de Pierre Desproges en réalisant les épisodes de La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, ainsi que les captations de ses spectacles au Théâtre Grévin (1984) et au Théâtre Fontaine (1986). C'est également à lui que l'on doit l'intitulé de la dépêche AFP annonçant le décès de l'humoriste: "Pierre Desproges est mort d'un cancer. Etonnant non ?". Il adore Ionesco.

Mon avis : (dans ma bibliothèque depuis 2000)
Ce livre est divisé en plusieurs chapitres qui traitent de différents thèmes:
- La longueur.
- La surface.
- Le volume.
- Le poids.
- Le poids spécifique
- Le cercle, la sphère.
- La règle de trois.
- Les fractions.
- Le pourcentage.
- Le temps, la vitesse.
- Le prix.
Au début de chaque chapitre, l'auteur donne les définitions, les unités utiles, quelques méthodes de calculs basiques, et tout cela avec humour !
Ensuite des problèmes sont proposés avec la méthode et les outils mathématiques pour trouver la solution !
Puis à la fin de chaque chapitre, les solutions et les corrigés de tous les problèmes !

Bien sûr les problèmes sont très drôles, l'humour peu être grinçant et les jeux de mots sont légions... On apprend donc en s'amusant ! Ce livre est indispensable pour les petits et les grands !

Extraits :
Problème : Le gardien de phare va pisser cinq fois par jour : les WC sont au rez-chaussée, il doit chaque fois descendre 143 marches de 20 cm. Calculez le nombre de kilomètres que le gardien de phare parcourt en une semaine de 7 jours pour aller pisser. 

Comment faire ? Je calcule la longueur totale de l'escalier en multipliant le nombre de marches par leur hauteur. Je multiplie le nombre obtenu par 2 (monter et descendre) puis par 5, et j'obtiens la distance franchie chaque jour par le gardien de phare pour aller pisser. Je multiplie cette distance par le nombre de jours de la semaine, et je convertis le chiffre obtenu en kilomètres.

Problème : Avant d'être écartelé, Ravaillac avait des bras de 70 cm, des jambes de 0,80 m et un tronc de 75 cm de long. Sous l'effet de la traction des chevaux ses membres se sont allongés de 20% et son tronc de 10%. Quelle longueur maximale a-t-il atteint entre l'extrémité des bras et celle des jambes ?
Comment faire ? Je calcule la nouvelle longueur de chaque membre de Ravaillac, soit la longueur initiale plus 20% de celle-ci. Je calcule la nouvelle longueur du tronc de Ravaillac, soit la longueur initiale plus 10% de celle-ci. J'additionne le tout.

1 mars 2009

Grammaire française et impertinente – Jean-Louis Fournier

la_grammaire_impertinente Payot – mai 1992 – 227 pages

Description
Elle montre souvent le mauvais exemple, mais donne toujours la bonne règle ! Voici une grammaire impertinente qui réunit l'ensemble des règles à suivre pour dire et écrire correctement bêtises et grossièretés. Des personnages inhabituels dans un livre de grammaire - un condamné à mort, un gangster, un commandant de bord aveugle... - nous enseignent l'usage des prépositions et des conjonctions et conjuguent avec aisance le subjonctif imparfait des verbes les plus délurés. Ancien écolier que les exemples puisés dans Anatole France ou Pierre Loti n'arrivaient pas à dérider, Jean-Louis Fournier a pensé aux élèves peinant aujourd'hui sur l'orthographe comme lui-même peinait hier. Un manuel que doit également posséder tout instituteur rêvant de voir une petite lueur s'allumer dans le regard blasé des cancres.

Auteur : Jean-Louis Fournier est un écrivain, humoriste et réalisateur de télévision né à Arras le 19 décembre 1938. Il est le créateur, entre autres, de La Noiraude et d'Antivol, l'oiseau qui avait le vertige. Par ailleurs, il fut le complice de Pierre Desproges en réalisant les épisodes de La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, ainsi que les captations de ses spectacles au Théâtre Grévin (1984) et au Théâtre Fontaine (1986). C'est également à lui que l'on doit l'intitulé de la dépêche AFP annonçant le décès de l'humoriste: "Pierre Desproges est mort d'un cancer. Etonnant non ?". Il adore Ionesco.

Mon avis : (dans ma bibliothèque depuis 2000)
Ce
Jean-Louis Fournier définit lui-même son livre comme "l'ensemble des règles à suivre pour dire et écrire correctement des bêtises, des grossièretés et quelques horreurs... Une grammaire qui donne peut-être le mauvais exemple mais toujours la bonne règle." En effet, les exemples qui sont complètement fous et décalés et qui nous font bien rire. C'est vraiment savoureux à lire ! On s'amuse en apprenant la grammaire. Cette grammaire doit être dans une bibliothèque au même titre que le Bescherelle et le Bled !

Extraits :

La virgule (,) sépare certains éléments à l'intérieur de la phrase. C'est le signe de ponctuation le plus faible. Elle marque une pause assez courte.

Exemple : Pour ne pas briser la glace, les éléphants ont traversé le lac gelé sur la pointe des pieds. Les éléphants, voyant le lac gelé, se sont concertés très rapidement, puis, après une pause assez courte, ont décidé de traverser le lac sur la pointe des pieds.

*

Le sujet : Le sujet est l'être ou la chose dont le verbe exprime l'état ou l'action. On trouve le sujet en mettant qu'est-ce qui ? ou qui est-ce qui ? avant le verbe.

Exemple : Le gai laboureur est incommodé par les pets incessants de son percheron.

Qui est incommodé par les pets incessants du percheron ? Le gai laboureur parce qu'il est juste derrière et il a le nez à hauteur du cul de la bête donc le gai laboureur est bien le sujet.

*

Les adverbes de négation : ils permettent d'exprimer ou d'accentuer une négation. Les deux principaux sont non et ne. Non s'emploie pour renforcer une négation.

Exemple : « Non, je ne suis pas le dernier des cons », déclara-t-il en désignant la longue file qui le suivait.

Pour opposer deux éléments d'une phrase.

Exemple : L'éléphant s'est assis sur le chasseur par distraction, non par méchanceté.

7 février 2009

Les petits garçons naissent aussi des étoiles – Emmanuel Dongala

les_petits_gar_ons_naissent_aussi_des__toiles     Enfants_etoiles_Dongala

Serpent A Plumes - février 1998

Edition du Rocher – septembre 2000 – 395 pages

Prix RFI-Témoin du monde en 1998

Résumé : A travers le regard de Matabari, le cadet des triplés de l'instituteur du village, Emmanuel Dongala retrace l'histoire politique et sociale d'un pays plus ou moins imaginaire, qui pourrait être le Congo, depuis l'indépendance.
Gouvernement de tutelle colonialiste, coup d'Etat militaire, " démocratie populaire " marxiste. , les régimes se succèdent mais les hommes ne changent guère et le narrateur observe, avec une admiration d'enfant et au grand dam de son père, humaniste incorruptible, l'ascension de son Tonton Boula-Boula, opportuniste séduisant et hâbleur, qui se taillera une place jusqu'à la tête du gouvernement. Dangala, avec la malice et la fausse candeur qu'il manie si bien, brosse un tableau plein d'ironie et de couleurs, mais aussi d'inquiétude et de colère, de l'état de la démocratie et de la situation économique et sociale des pays d'Afrique centrale.

Auteur : Né le 16 juillet 1941, figure du renouveau de la littérature africaine, Emmanuel Boundzéki Dongala est un écrivain d'origine congolaise, enseignant aux Etats-Unis. Chimiste de formation, c'est pourtant déjà vers la littérature et le théâtre qu'il consacre une grande partie de son temps en tant qu'animateur du célèbre théâtre de l'Eclair à Brazzaville. Exilé en Amérique après le début des conflits qui frappent son pays à la fin des années 1990, l'écrivain porte un regard désenchanté sur l'Afrique. Ainsi, 'Johnny Chien Méchant', son ouvrage le plus célèbre, dépeint de manière crue et cynique la tragédie des enfants soldats. Ecrivain réaliste en quête de vérité, Emmanuel Boundzéki Dongala a fait de la littérature un moyen privilégié pour mettre à jour les faces cachées du monde et de l'homme.

Mon avis : (lu en février 2006)

Cette vision du Congo est drôle et savoureuse. On découvre le Congo entre les traditions ancestrales et la modernité. Beaucoup d'anecdotes avec un humour grinçant qui sait mettre en exergue les défauts des uns et des autres. Le style est imagé, coloré et le narrateur n'hésite pas à nous interpeller. Matapari est très attachant, il est curieux et très clairvoyant.

Extrait : (page 102)
Pour recevoir cette délégation de haut niveau, le préfet avait déclaré la journée payée et chômée. J'étais très content parce que cela voulait dire pour nous une journée de vacances et je comptais jouer au football avec mes amis, puis aller me faire offrir du Coca-Cola chez Mâ Lolo et enfin aller voir une vidéo-cassette de clips chez tonton Boula Boula. Malheureusement c'était une fausse journée libre, puisqu'on nous a obligés à aller écouter sous le chaud soleil les discours de ces types envoyés par le dirigeant populaire, l'homme des masses et des actions concrètes. D'ailleurs, en plus des fonctionnaires, on notait également la présence des femmes et des hommes qui vendaient au marché, ceux qu'on appelait les larges masses populaires. Seul papa avait boudé la cérémonie parce que, disait-il, les élèves ne devaient pas être embrigadés dans un parti, fut-il parti unique et révolutionnaire. Il était resté chez lui dans ses lectures, certainement encore en train de déchiffrer une des énigmes du grand livre de l'univers.

Extrait : (page 185)
Comme vous le savez certainement tous, la première étape pour tuer quelqu'un, c'était d'être un dur. Je décidai d'être un dur.
D' abord, un dur ne se laissait pas bousculer. Aussi, quand maman ou mes frères m'appelaient, je ne répondais jamais la première fois,j'attendais qu'on répète mon nom deux ou trois fois avant de me manifester. Parfois, quand je savais que c'était l'heure du repas et que tout le monde m'attendait pour manger, je prolongeais délibérément ma promenade afin qu'ils puissent manger sans moi et que je prenne mon repas en solitaire tout comme je portais tout seul ma peine. Cela irritait souvent maman et plusieurs fois je me suis fait frotter les oreilles par elle qui répétait sans cesse : Seigneur, mais qu'est-ce qui arrive à cet enfant et, chose rare, papa m'avait même balancé des baffes une ou deux fois. Mais contrairement à ce qu'ils croyaient sans doute, leur exaspération m'enchantait, un dur doit être indépendant et libre.

Extrait : (page 333)
'La campagne électorale ?... La démarche était simple : il s'agissait d'une part de séduire les électeurs, de les convaincre qu'on était l'homme ou la femme qu'il fallait à la place qu'il faut, et d'autre part, disqualifier tous les autres candidats en les traitant d'incompétents, de menteurs, de salauds, de corrompus pourris indignes de tenir entre leurs mains les destinées de la nation. Evidemment, il ne fallait jamais oublier d'inclure dans ces discours les promesses les plus mirobolantes et, de temps en temps, distribuer un peu sinon beaucoup d'argent.

26 janvier 2009

Toxic Planet Tome 2 : Espèce menacée - Ratte David

Toxic_planet_2 Paquet - Mars 2007 - 46 pages

L'histoire : Il fallait s’y attendre : comme rien n’a changé dans nos mentalités occidentales, la planète est devenue un dépotoir géant et terriblement toxique. Inutile d’espérer sortir sans masque à gaz ; la quasi-totalité des espèces animales a disparue ; le monde n’est plus qu’urbain, synthétique et archi-consommateur. Le pire, c’est que les dirigeants et la population continuent d’encrasser comme si de rien n’était. Sam et Daphné, un jeune couple, vit dans ce contexte, en compagnie de la grand-mère. Avec la canicule, ils déplacent d’ailleurs Mamie de son fauteuil roulant jusque dans le congélo, pour partir en vacances tranquilles. Une fois à la plage, ils hésitent à s’installer à côté de raffinerie de pétrole ou à côté des cadavres purulents de cétacés. De retour, ils suivent à la télé les exploits du tagueur « Flower Power », qui peint des fleurs sur les murs de la ville pour revendiquer une conscience écolo naissante. Jusqu’au jour où Sam s’aperçoit avec effroi que le tagueur n’est autre que son pote Tran… et que Daphné appartient elle aussi à la mouvance ! C’est alors que débarquent chez lui ses parents, exilés depuis 15 ans dans une communauté à la campagne. Ils lui présentent sa petite sœur baptisée Orchidéa, en hommage à la fleur légendaire et aujourd’hui disparue…

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Auteur :  David Ratte est né le 13/08/1970 à Besançon (Doubs), d'une mère franc-comtoise et d'un père guadeloupéen. Passionné de BD depius toujours, il empoigne son premier crayon vers l'âge de 2 ans et ne le lâche plus. Marié et père de deux enfants, il est installé dans le Sud de la France, à Pezenas depuis 10 ans.

Mon avis : (lu en novembre 2007)

On retrouve comme lors du Tome 1,  une dénonciation du triste état de notre planète avec des gags encore plus percutants : la mer d’« huile », la voiture écolo qui roule aux OGM... Ainsi on découvre Daphné, Tran et la famille de Sam au grand complet, mais aussi le chef d’état tout-puissant et dénué de toute conscience écologiste. Tous portent toujours en permanence des masques à gaz, les fumées toxiques sont toujours la et la nature qui a définitivement abdiqué…

Cette BD ne se contente pas de nous distraire, mais en traitant des sujets de fonds que sont l'écologie et le développement durable, elle nous amène à une vraie réflexion. Etant donné qu’en soi, publier une BD est foncièrement polluant, l’éditeur Paquet est même allé jusqu’au bout de la démarche : tout comme le tome 1, ce second volume est imprimé sur du papier certifié 100% PEFC (issu d’un bois provenant de forêt gérées durablement), et avec de l’encre végétale garanti sans alcool.

Nous voilà sans doute face à la première BD profitable au développement durable !

19 janvier 2009

Aya de Yopougon, Tome 2 - Marguerite Abouet, Clément Oubrerie

Aya2 Gallimard-Jeunesse - septembre 2006 - 106 pages

Résumé : «De nouveaux problèmes animent le quartier de Yopougon, à Abidjan. Les Sissoko refusent de croire que leur fils Moussa est le père du bébé d’Adjoua. Cette dernière se retrouve toute seule pour s’occuper de son fils et profite - un peu trop - des talents de nounou d’Aya. Bintou, elle, est tombée amoureuse d'un parisien en vacances, et n'a plus de temps à consacrer à ses amies. Comme les Ivoiriens boivent de moins en moins de bière, la Solibra va mal et le père d'Aya doit abandonner son second bureau à Yamoussoukro. Mais bientôt les filles n’ont plus qu’une idée en tête: se préparer pour le grand concours de Miss Yopougon…»

Les auteurs :
Marguerite Abouet naît à Abidjan en 1971. Elle a douze ans quand ses parents l'envoient avec son grand frère "suivre de longues études" à Paris, où les héberge leur grand-oncle maternel. Après des études moins longues que prévu, elle écrit des romans qu'elle ne fait lire à aucun éditeur, tout en devenant tour à tour punk, super-nounou pour triplés, pour mamies et papis, serveuse, opératrice de saisie, puis assistante juridique dans un cabinet d'avocats. Elle vit aujourd'hui à Romainville et se consacre entièrement à l'écriture. Aya de Yopougon est la première histoire qu'elle destine à la bande dessinée. Avec une voix et un humour inédits, elle y raconte une Afrique bien vivante, loin des caricatures trop souvent répandues. En 2006, elle reçoit avec Clément Oubrerie le prix du Premier album au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême.

Clément Oubrerie naît à Paris en 1966. Après le bac, il entame des études d'art à l'école Penninghen, qu'il interrompt pour partir aux États-Unis. Il y passe deux années, exerce toutes sortes de métiers, mais finit dans un pénitencier au Nouveau-Mexique parce que sans papiers. De retour en France, il illustre des ouvrages pour la jeunesse - une quarantaine à ce jour - et co-fonde La Station, un studio d'animation avec lequel il prépare actuellement un long-métrage signé Anna Gavalda. Il trouve aussi le temps de jouer de la batterie avec un groupe de funk et de voyager, notamment en Côte d'Ivoire. Son talent singulier donne vie avec esprit et authenticité au récit de Marguerite Abouet.

Mon avis : (lu en janvier 2009)

J'ai retrouvé avec plaisir l'ambiance si vivante du quartier de Yopougon. Les expressions sont toujours autant colorées et imagées. Adjoua a donné naissance à un petit garçon, Aya s'occupe beaucoup du bébé de son amie, Bintou se pâme pour un bel ivoirien qui arrive de Paris et la mène dans des hôtels de luxe, et le petit groupe vit aussi au rythme de la préparation du concours de Miss Yopougon.

Comme dans le premier tome, il y a les incontournables bonus ivoiriens : le lexique, la recette du Kédjénou de poulet, comment attacher votre bébé dans le dos et une explication du proverbe « lorsqu'un bébé est dans le ventre, il appartient à la mère, lorsqu'il naît il appartient à tout le monde »

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17 janvier 2009

Toxic Planet, Tome 1 : Milieu naturel - David Ratte

Toxic_planet_1 Edition Paquet - mai 2006 - 55 pages

Mot de l'éditeur :
Voilà! On y est!
À force de scier la branche sur laquelle nous étions assis, elle a fini par tomber. Aujourd'hui la pollution est telle que tout le monde est obligé de porter des masques à gaz en permanence. Sam est un citoyen de ce nouveau monde. Il vit avec une charmante jeune femme dont il n'a pas vu le visage depuis des années. Il faut reconnaître que ça pose quand même quelques petits problèmes au quotidien. Mais il trouve ça normal... Il est habitué Sam... Comme tout le monde. Et puis, surtout, il ne se pose pas trop de questions. «C'est comme ça et puis c'est tout! Et puis d'abord, qu'est ce qu'on y peut?»
À l'usine où il travaille, tout le monde pense comme lui. Sauf Tran. Lui, c'est un écolo, un des derniers... Mais Sam l'aime bien quand même. Il n'est pas dangereux... Enfin, la plupart du temps.

Auteur :  David Ratte est né le 13/08/1970 à Besançon (Doubs), d'une mère franc-comtoise et d'un père guadeloupéen. Passionné de BD depius toujours, il empoigne son premier crayon vers l'âge de 2 ans et ne le lâche plus. Marié et père de deux enfants, il est installé dans le Sud de la France, à Pezenas depuis 10 ans.

Mon avis : (lu en novembre 2007)

Le sujet est grave mais le rire est très souvent présent. Entre cauchemar et réalité, l'auteur a choisi l'humour pour dénoncer le triste d'état de notre planète et nous faire réagir avant qu'il soit trop tard... Ses personnages portent en permanence des masques à gaz, une fumée toxique et verdâtre omniprésente et une nature qui a définitivement abdiqué…

Une façon originale et efficace pour nous sensibiliser aux problèmes écologiques.

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30 décembre 2008

Pépites – Anne-Laure Bondoux

P_pites Bayard Jeunesse – septembre 2005 - 352 pages

Résumé : Bella Rossa est une jeune femme aux cheveux flamboyants et à la vitalité hors du commun. Pourtant, depuis sa naissance, son existence n'est qu'une suite de calamités. Lorsque la guerre arrive jusqu'à Maussad-Vallée, elle décide que le moment est enfin venu de partir à la recherche de la fortune : elle a son idée ! Et tant mieux si, en chemin, elle trouve le bonheur... Embarquant son père paralysé et sa collection de casseroles, Bella Rossa se met en route vers l'Ouest. Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'elle manquera de mourir par la faute d'une pépite et que l'Ouest lui réserve des rencontres aussi dangereuses que formidables. Ce qu'elle ne sait pas non plus, c'est qu'il existe des pépites plus précieuses que celles des chercheurs d'or...

Auteur : C'est en région parisienne qu'est née Anne-Laure Bondoux en 1971. Elle a suivi des études de Lettres Modernes à Nanterre. Parallèlement à ses études, elle a monté des ateliers d'écriture pour enfants en difficulté lesquels ont reçu le prix Fondation de France. Après avoir fait du théâtre, elle a rejoint en 1996 la rédaction de 'J'aime lire' à Bayard Presse, puis a participé au lancement du nouveau magazine, Maximum. Elle a cessé ses activités de journaliste en 2000 pour se consacrer exclusivement à l'écriture. Elle est l'auteur d'une trilogie 'Le Peuple des rats' publiée chez Bayard, et de plusieurs ouvrages pour enfants. Elle écrit également pour le théâtre et la chanson.

Mon avis :

Magnifique roman d'aventures qui vous plongera dans le monde des chercheurs d'or, plein de rebondissements et d'humour avec un beau personnage de femme. Au-delà de l'histoire se déroulant pendant la guerre de sécession, ce roman met l'accent sur la condition de la femme à cette époque et la lutte que celle-ci devait mener. Un vrai western. Un livre superbe à lire pour adolescent et adulte.

15 octobre 2017

Agatha Raisin enquête, Tome 3 : Pas de pot pour la jardinière - M.C. Beaton

51IuMT9J3JL Albin Michel - novembre 2016 - 256 pages

traduit de l'anglais par Esther Ménévis

Titre original : The potter gardener, 1994

Quatrième de couverture :
De retour dans les Cotswolds après de longues vacances, Agatha Raisin découvre que son voisin James Lacey, objet de tous ses fantasmes, est tombé sous le charme d'une nouvelle venue au village. Aussi élégante qu'amusante, Mary Fortune est une jardinière hors pair, et la journée portes ouvertes des jardins de Carsely s'annonce déjà comme son triomphe. Mais une Agatha Raisin ne s'incline pas avant d'avoir combattu (quitte à se livrer à l'une de ces petites supercheries peu reluisantes dont elle a le secret) ! C'est alors que la belle Mary est retrouvée morte, enfoncée tête la première dans un de ses grands pots de fleurs. De toute évidence, Agatha n'était pas la seule à souhaiter la disparition de sa rivale…

Auteur : Née en 1936 à Glasgow, M.C. Beaton a été successivement libraire, critique de théâtre, journaliste et éditrice, avant de devenir un des auteurs de best-sellers les plus lus de Grande-Bretagne. Sa série Agatha Raisin a été adaptée à la télévision et devrait être diffusée prochainement en France.

Mon avis : (lu en septembre 2017)
Voilà, c'est réparé, voilà le billet du tome 3 après celui du tome 4... La vie d'Agatha est toujours riche en péripéties... Dans cet épisode, Agatha va tenter de se mettre au jardinage pour épater son charmant voisin James Lacey. Une nouvelle habitante, Mary Fortune est arrivée dans le village et tout le monde n'en fait que des éloges... Rien de pire pour Agatha qui va tenter de faire mieux que cette intruse... Et voilà que Mary est retrouvée morte, la tête plantée dans un grand pot de fleurs !
Comme d'habitude, Agatha va mener l'enquête...
C'est toujours un plaisir de lire de retrouver ces personnages attachants, ce village typiquement british... C'est une lecture facile, amusante et distrayante !
Il y a encore quelques occasions de passer de bons moments avec Agatha puisque les tomes 7 et 8 doivent paraître le 2 novembre prochain et l'auteur en a écrit presqu'une trentaine...

Extrait : (début du livre)
En ce jour où Agatha Raisin, au volant de sa voiture, regagnait lentement son village de Carsely après de longues vacances, un hiver doux et humide avançait petit à petit vers le printemps. Elle se persuada qu’elle avait passé des vacances merveilleuses, loin de Carsely, ce trou ennuyeux à mourir. Elle était d’abord allée à New York, puis aux Bermudes, puis à Montréal, après quoi elle avait filé à Paris, avant de continuer vers l’Italie, la Grèce et la Turquie. Elle avait beau être riche, dépenser autant d’argent pour se faire plaisir n’était pas dans ses habitudes, et elle se sentait confusément coupable. Jusque-là, elle avait presque toujours opté pour les voyages organisés, en groupe, les plus chers possibles. Cette fois, elle était partie seule. Vivre à Carsely lui avait donné la confiance en elle nécessaire pour se faire des amis, du moins l’avait-elle cru. Mais les dernières semaines s’étaient écoulées dans une sorte de brouillard, entre chambres d’hôtel et expéditions solitaires obstinées sur les sites touristiques.
Pourtant, elle n’était pas davantage prête à admettre qu’elle avait souffert de cette solitude qu’elle ne l’était à reconnaître que son voisin, James Lacey, n’était pas pour rien dans son absence prolongée de Carsely.
À la fin de ce qu’elle se plaisait à appeler intérieurement « sa dernière affaire », elle s’était soûlée au pub du coin en compagnie d’une des habitantes du village et, en rentrant chez elle, avait fait un geste grossier à James, qui se tenait debout devant chez lui.
Dégrisée et pleine de remords, le lendemain, elle avait humblement présenté ses excuses à ce séduisant voisin célibataire, qui les avait acceptées en silence. Mais par la suite, leur amitié naissante s’était réduite à une tiède relation de voisinage. Il lui parlait sur un ton amical lorsqu’il la rencontrait au pub ou à l’épicerie du village, mais il ne passait plus prendre le café et, s’il était occupé à jardiner devant son cottage quand il la voyait descendre la ruelle, il rentrait précipitamment chez lui. Alors elle avait traîné son cœur meurtri à l’étranger. Assez bizarrement, loin de la douce influence de Carsely, son caractère d’antan s’était réaffirmé, c’est-à-dire qu’elle était redevenue irritable, agressive et encline à lancer des jugements à l’emporte-pièce.
Ses chats se trouvaient dans un panier sur la banquette arrière. Elle s’était arrêtée en chemin à la pension spécialisée pour les récupérer. Elle avait beau être toujours mariée (à un homme qu’elle n’avait pas vu depuis si longtemps qu’elle en avait pratiquement oublié l’existence, et qu’elle n’avait aucun désir de revoir), elle se faisait l’effet de n’être ni plus ni moins que la vieille fille du village ; il ne lui manquait même pas les chats. 

Déjà lu du même auteur :

111279972  tome 1 : La quiche fatale  112115556 tome 2 : Remède de cheval 

511YgPvGkHL Agatha Raisin enquête, Tome 4 : Randonnée mortelle

Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Grande-Bretagne

12 janvier 2017

Millénium saga - tome 1 - Les âmes froides - Sylvain Runberg, Stieg Larsson et Ortega

9782800167138_1_75 Dupuis - octobre 2016 - 56 pages

Présentation éditeur :
Lorsque l'on retrouve la trace de Lisbeth Salander, elle s'apprête à pirater, avec un groupe de hackers, un gigantesque data center et à révéler au grand jour les dossiers sulfureux des services secrets suédois. Mais leur combat n'est pas gagné : Trinity, une pirate amie de Lisbeth, vient d'être kidnappée. Face à un tel adversaire, seul un homme de réseau comme Mikael Blomkvist semble pouvoir l'aider. Le journaliste travaille alors sur une importante enquête autour de l'arrivée de l'extrême droite aux portes du pouvoir un sujet qui ne s'avèrera pas si éloigné des préoccupations de Lisbeth...

Auteurs : Stieg Larsson, né en 1954, journaliste auquel on doit des essais sur l'économie et des reportages en Afrique, était le rédacteur en chef d'Expo, revue suédoise observatoire des manifestations ordinaires du fascisme. Il est décédé brutalement, en 2004, d'une crise cardiaque, juste après avoir remis à son éditeur les trois tomes de la trilogie Millénium.
Né en 1971 à Tournai d'une mère Belge et d'un père Français, ayant grandi dans le sud de la France, c'est en compagnie des Astérix, Batman et autres Spirou que Sylvain Runberg étanche sa soif de bulles, le tout entrecoupé de récits historiques et de romans divers, manière de titiller son imaginaire en devenir. Il passe son bac d'Arts Plastiques dans le Vaucluse avant d'obtenir une Maîtrise d'Histoire contemporaine à la faculté d'Aix en Provence, années étudiantes ponctuées de nombreux voyages en Europe et d'organisation de soirées musicales, du rock indépendant à la musique électronique. Sylvain Runberg évolue ensuite plusieurs années en librairie avant de rejoindre le monde de l'édition. Il déménage alors à Paris pour rejoindre les Humanoïdes Associés. Mais un fâcheux accident l'immobilise plusieurs mois durant l'année 2001. Il s'essaye alors à l'écriture durant sa convalescence et s'aperçoit que ça lui plait plus que de raison et décide de continuer. En 2004, Sylvain sort son premier album, « Astrid » avec Karim Friha. Suivent ensuite des projets aux univers variés : les « Colocataires » avec Christopher, série inspirée par ses années étudiantes aixoises, « Hammerfall », avec Boris Talijancic, saga médiévale fantastique ayant pour cadre la Scandinavie du VIIIe siècle et la série de science fiction « Orbital », réalisée avec Serge Pellé. 

Belén Ortega (1986) est diplômée des Beaux-Arts de l'université de Grenade (Espagne) et a poursuivi sa formation à l'université d'Osaka (Japon) durant plus d'un an. Son premier travail professionnel, "Himawari", publié en 2011, a reçu le prix du meilleur manga espagnol par Ficomic Barcelona. En 2010, Expomanga Madrid lui décerne le prix de la meilleure illustratrice espagnole. Sa première bande dessinée, "Pajaro Indiano", est publiée en 2015 et sera aussi exportée en Italie par le magazine BD "Lanciostory". La même année, Ominiky Ediciones compile l'ensemble de son travail dans un artbook. En 2016, Norma Editorial publie "Marc Márquez, la historia de un sueño", sa biographie du double vainqueur du Championnat du monde de MotoGP. Actuellement, Belén Ortega collabore avec Sylvain Runberg sur une nouvelle série issue de l'univers de "Millénium" de Stieg Larsson pour les Éditions Dupuis : "Millénium Saga". En parallèle, elle est illustratrice freelance. Elle réalise des couvertures de livres, travaille à divers projets indépendants et crée des personnages pour des jeux vidéo ainsi que pour de courts métrages animés. Elle est également professeur de manga à temps partiel.

Mon avis : (lu en décembre 2016)
Voilà une nouvelle histoire inédite inspirée de la série Millenium, elle est totalement différente de celle proposée en roman par David Lagercrantz. Cette nouvelle aventure, prévue en 3 tomes, est complètement dans l'esprit de la série de Stieg Larsson. 
J'ai retrouvé avec grand plaisir Lisbeth Salander et Mikael Blomkvist. Lisbeth tente de pirater le gigantesque datacenter des services de renseignements suédois avec les Hacker Republic lorsque l'une de ses amies pirate est kidnappée... De son côté, Mikael enquête sur la montée de l'extrême droite... Tous deux vont être amenés à s'allier pour poursuivre leurs recherches et enquêtes... L'intrigue est ryhmée, efficace, les sujets sont très actuels : il est question de la crise des réfugiés, de lanceur d'alerte, de secrets gouvernementaux, de montée du néonazisme, d'élections... J'ai vraiment hâte de découvrir le tome 2 !

 

Extrait : 

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Déjà lu dans la même série :

88596558_p Millenium - tome 1 106030485 Millenium - tome 2

millenium3 Millenium - tome 3  millenium4 Millenium - tome 4 

millenium_5_1_75 Millenium - tome 5 107056902 Millenium - tome 6

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2 octobre 2016

Jeux de vilains - Iben Mondrup

Lu en partenariat avec Denoël

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traduit du danois par Caroline Berg

Titre original : Godhavn, 2014

Quatrième de couverture : 
Godhavn est une petite ville sur l’île de Disko, située à l’ouest du Groenland. C’est là que s’est installée une famille danoise avec trois enfants qui, chacun à leur manière, tentent de trouver leur place dans cette petite communauté du bout du monde, où cohabitent trappeurs, pêcheurs et chiens de traîneaux faméliques. L’environnement hostile et le climat particulièrement rude ne facilitent pas leur intégration. Il y a Bjørk la fille cadette, capricieuse, égoïste et solitaire, Knut le garçon vulnérable et sensible, et leur grande sœur Hilde, la prunelle des yeux de leur père. Celle-ci tombe amoureuse de Johannes, un garçon de l’île, sauvage et imprévisible. Johannes se lie d’amitié avec la famille, et se retrouve au cœur d’événements violents et inattendus. 
Iben Mondrup se penche sur la vie secrète des enfants, dont elle dévoile avec poésie, force et émotion les secrets les mieux gardés et les désirs les plus inavouables.

Auteur : Née en 1969 à Copenhague, elle a vécu une partie de son enfance au Groenland. Auteur et artiste, "Jeux de vilains" est son troisième roman.

Mon avis : (lu en septembre 2016)
Histoire dépaysante par les lieux, puisqu'elle se situe sur une île au Groenland. Le climat est rude, l'isolement est parfois dur à supporter, les paysages sont sauvages mais superbes.
Le lecteur va suivre la vie d'une fratrie de trois enfants, deux filles et un garçon, leur quotidien, leurs réflexions, leur place dans cette famille où ils sont souvent livrés à eux-même. Tour à tour nous suivons chacun des trois enfants, Bjørk, Knut et Hilde. 

Bjørk est la plus jeune, elle a 7 ans, elle n'a pas sa langue dans sa poche, c'est une boule d'énergie qui observe tout autour d'elle, elle espionne sa grande sœur, elle écoute les cancans, elle a même parfois des idées morbides...   
Knut, le garçon, a 12 ans, c'est un sensible, il fuit la bagarre, on le sent mal dans sa peau. Il est proche de sa petite soeur qu'il aime tendrement, il a du mal à trouver sa place aussi bien dans sa famille que dans cette communauté.
Hilde, l'aînée, a 15 ans, c'est une jeune fille qui n'a peur de rien, elle aime aller à la chasse avec son père dont elle est la préférée. Elle est en pleine crise d'adolescence, c'est le temps des premiers émois, des premiers amours. 
C'est une lecture prenante, parfois dérangeante car l'atmosphère de cette histoire est sombre, pesante pressentant un drame...
La conclusion est un peu décevante car elle arrive brutalement et est peu explicite...

Merci Chloé et les éditions Denoël pour cette découverte dépaysante.

Extrait : (début du livre)
Elle ferme la porte derrière elle. « Voilà on est seuls, annonce-t-elle, plus besoin de parler tout bas. »
Elle s’adresse au garçon qui est avec elle dans la pièce. Il ne tient pas en place. Il a l’air de vouloir s’enfuir et pourtant il se glisse sous la couette.
« Tu as les yeux fermés ? » demande-t-elle au garçon dans le lit. Avant qu’il ait eu le temps de répondre, elle s’assied à côté de lui, elle le pousse, elle lui grimpe dessus. Puis elle écarte les cuisses, se laisse tomber en avant. Elle saisit les coins de l’édredon et le referme, bien serré autour du visage du garçon. « Tu es mon prisonnier », déclare-t-elle.
Il secoue la tête pour se débarrasser du duvet.
« Pourquoi tu ne dis rien ? lui reproche-t-elle. Tu ne vois pas que je suis en train de t’étouffer ? » Elle est agacée et souffle par le nez, comme un chien.
« Parce que », répond-il. Brusquement, il se retourne et la renverse. « Parce que, contrairement à toi, je n’ai pas besoin de parler sans arrêt.
Elle a l’air déçue. Maintenant ils sont tous deux debout au milieu de la pièce. « Alors tu n’as qu’à t’en aller, dit-elle, puisque tu ne m’aimes pas.

— Chut », murmure-t-il, posant un doigt sur ses lèvres.
Elle attrape la couette sur le lit. Elle la soulève et la secoue, faisant à moitié tomber la housse à fleurs qui la protège. « C’est bon, il n’y a personne », le rassure-t-elle.
Il lui arrache la couette des mains et finit de retirer la housse qu’il laisse tomber par terre.
« Fais-nous une tente. » Elle se recouche sur le lit.
Il soulève la couette dans toute sa largeur et la laisse retomber sur le corps allongé.
Elle a disparu. Elle n’est plus qu’une vague silhouette qui gigote sous la couverture. Soudain un vêtement tombe au pied du lit.
Maintenant, c’est lui qui respire fort, les yeux rivés sur la forme sous la couverture.
« Allez, viens. » Le corps sous le duvet se trémousse avec impatience.
Il détache le bouton de son pantalon, ses doigts cherchent la fermeture Éclair. Mais il change d’avis, se reboutonne et retire seulement son pull-over.
Il vient se coucher à côté d’elle sous le duvet, elle pouffe de rire. Puis sa voix se fait dure à nouveau. « Pourquoi es-tu toujours habillé ? » Elle soulève la couverture et bondit sur lui.
Puis elle lui martèle le torse à coups de poing et lui griffe sauvagement les bras. « Je veux que tu te déshabilles, hurle-t-elle, je le veux, je le veux, je le veux. Mais d’abord, embrasse-moi sur la joue, je te l’ordonne… non, embrasse-moi dans le cou. »

Elle ferme les yeux, bascule la tête en arrière, lui présente sa gorge. Ses cheveux sont électriques, collés à ses joues.
Il pose les mains autour de son cou.
« Non, pas comme ça », dit-elle.
Il serre plus fort.

 Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Danemark

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19 novembre 2016

Le fils de l'Ursari - Xavier-Laurent Petit

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Masse Critique Babelio 

112380641_o Ecole des Loisirs - août 2016 - 272 pages

Quatrième de couverture :
Quand on est le fils d'un montreur d'ours, d'un Ursari comme on dit chez les Roms, on sait qu'on ne reste jamais bien longtemps au même endroit. Harcelés par la police, chassés par des habitants, Ciprian et sa famille ont fini par relâcher leur ours et sont partis se réfugier à Paris où, paraît-il, il y a du travail et plein d'argent à gagner. À peine arrivés dans le bidonville, chacun se découvre un nouveau métier. Daddu, le montreur d'ours, devient ferrailleur, M'man et Vera sont mendiantes professionnelles, Dimetriu, le grand frère, est «emprunteur» de portefeuilles et Ciprian son apprenti. Un soir, Ciprian ne ramène rien de sa «journée de travail». C'est qu'il a découvert le paradis, le jardin du Lusquenbour où il observe en cachette des joueurs de tchèquématte. Le garçon ne connaît rien aux échecs mais s'aperçoit vite qu'il est capable de rejouer chaque partie dans sa tête. C'est le début d'une nouvelle vie pour le fils de l'Ursari.

Auteur : Xavier-Laurent Petit a suivi des études de philosophie. Il devient instituteur puis directeur d'école. 
En 1994 il se lance dans l'écriture avec deux romans policiers publiés chez Critérion. Le Crime des Marots est son premier roman. Il entre à l'École des Loisirs avec "Colorbelle-ébène" qui obtient le prix "Sorcières" en 1996. Ses premières publications sont des romans de science fiction pour la jeunesse. Il est ensuite récompensé par le Prix Goya du premier roman pour Le Monde d'en haut. Il écrit aussi pour des revues qui lui commandent des articles. Marié, quatre enfants, il vit à Saint-Maur-des-Fossés dans le Val de Marne. 

Mon avis : (lu en novembre 2016)
Ce roman est un vrai coup de cœur. Une histoire d'actualité sur l'immigration mais également une histoire pleine d'espoir avec des personnages attachants. Ciprian est le fils de l'Ursari, c'est à dire d'un montreur d'ours. Avec sa famille, il parcoure les routes de Roumanie, allant de villages en villages pour présenter leur spectacle avec Găman, leur ours. Ils sont Roms, mênent une vie de bohême et sont souvent mal reçus par la population. Un beau jour, ils sont obligés de relâcher leur ours et de fuir leur pays, ils deviennent les victimes de trafiquants qui les conduisent en France. Ciprian et sa famille arrivent donc dans un bidonville à la périphérie de Paris. Pour rembourser la dette exorbitante qu'ils doivent au passeur et qui double à chaque mois de retard, toute la famille doit « travailler » c'est à dire mendier et voler... Lassé de passer ses journées dans le métro, Ciprian part à la découverte de Paris et il arrive dans le jardin du Luxembourg. Il est captivé alors par Madame Baleine et Monsieur Enorme qui jouent aux échecs. Ciprian les observe en secret derrière une palissade, et jour après jour il revient les regarder jouer et dans sa tête, il réussit à apprendre à jouer... Il vient de découvrir une passion qui va changer sa vie...

Voilà une histoire forte et bouleversante. 

Merci Babelio et les éditions Ecole des Loisirs pour cette découverte coup de cœur !

Extrait : (début du livre)
Un jour Mică est morte.

C'était notre voiture.
Arrivée au sommet d'une côte, elle a lâché un pet effroyable et s'est arrêtée net. La cage de Găman a cogné l'arrière de la caravane, et mon père a poussé un juron. On n'a plus entendu que le piaillements des oiseaux qui s'enfuyaient et les ronflements de Mammada. Lorsque grand-mère dort, rien ne saurait la réveiller. 
Mică était une spécialiste des pannes et ce n'était pas la première fois qu'elle nous laissait au bord de la route. Lorsque Daddu, mon père, a ouvert le capot, l'intérieur ressemblait à une bouillie de cambouis et de ferraille, un liquide noirâtre dégoulinait sur la route, et de la fumée s'échappait du moteur... Il nous a lancé un coup d'œil navré.
- Cette fois, c'est grave, a-t-il annoncé.
Rien n'aurait pu ressusciter Mică. 
A son habitude, m'man n'a rien dit et ma sœur à vérifié son maquillage dans le rétroviseur. Depuis quelques mois, rien ne semblait plus important pour Vera que la longueur de ses cils et la couleur de ses lèvres. Dimetriu, mon frère, s'est roulé une cigarette et Mammada a ouvert un œil. Găman, lui, tournait en grondant dans sa minuscule cage. Le choc l'avait réveillé de sa sieste et les ours n'aiment pas les réveils brutaux.

 

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16/18

 

21 décembre 2016

Paul a un travail d'été - Michel Rabagliati

paul02 Editions de la Pastèque - octobre 2002 - 160 pages

Quatrième de couverture : 
Pour son deuxième livre, Michel Rabagliati raconte ici les aventures estivales de Paul qui décroche un emploi, moniteur dans un camp de vacances. Ce dernier va apprendre au cours de l’été à dominer ses angoisses et ses peurs, à vivre en collectivité et à s’épanouir. Un témoignage éblouissant sur la transition entre l’enfance et l’âge adulte.

Auteur : Michel Rabagliati est né en 1961 à Montréal où il a grandi dans le quartier Rosemont. Après s'être intéressé un moment à la typographie, il étudie en graphisme et il travaille à son compte dans ce domaine à partir de 1981. Puis, il se lance sérieusement dans l'illustration publicitaire à partir de 1988.
Depuis 1998, ses bandes dessinées révolutionnent le 9e art québécois. En 2007, l'auteur s'est vu décerner une Mention spéciale pour l'ensemble de son oeuvre par le Prix des libraires du Québec, et Paul à Québec a remporté plus de 7 prix, dont le Prix du public au Festival international de Bande dessinée d'Angoulême en 2010.

Mon avis : (lu en novembre 2016)
C'est le deuxième album de la série Paul. 
Paul a quitté le lycée après une expérience douloureuse, et il devient imprimeur. Ça ne l'intéresse pas plus que cela, mais il faut bien qu'il gagne sa vie... C'est alors que Guy, un ancien ami, lui propose un poste d'animateur dans un camp de vacances. Au début, Paul est un peu maladroit, il a peur la nuit tout seul dans sa tente avec tous les bruits de la forêt la nuit... Peu à peu il va apprendre son travail, faire de belles rencontres autour du feu de camp avec Guy, Johnny, Sylvie, Jean, Steve, Michelle, Hélène, Annie... Cette première expérience professionnelle est l’occasion pour Paul de vraiment passer de l’adolescence à l’âge adulte. Il devient responsable et prend beaucoup de plaisir à encadrer des enfants qui débordent d'inventivités et de tendresse… 

Une BD touchante et pleine d'humour et d'émotion que j'ai pris plaisir à découvrir sans oublier l'exotisme des expressions québécoises...

Extrait : 

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Déjà lu du même auteur :

107640216 Paul en appartement paul au parc Paul au parc

109131365 Paul dans le Nord 110034991 Paul à Québec 

paul à la campagne Paul à la campagne 110765699 Paul dans le métro

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