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19 juin 2011

Fantômette et l'île de la sorcière – Georges Chaulet

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Hachette - août 1964 – 190 pages

Hachette – 1980 – 190 pages

Hachette - novembre 2000 – 125 pages

Hachette - novembre 2006 – 152 pages

Hachette - juin 2011 -

illustrations de Jeanne Hives

Quatrième de couverture :
On découvrirait d'étranges choses sur cette île, au milieu du fleuve, si l'on pouvait s'y rendre.
C'est justement ce que trois filles ont l'intention de faire. Malheureusement, elles ont pris place dans une barque qui a un petit défaut : elle coule à pic quand on la met à l'eau...
Et ce n'est là que le début de leurs ennuis ! La situation s'aggrave, le danger se précise... et l'intrépide Fantômette va être obligée d'intervenir !

Auteur : Né, à Paris en 1931, d'une mère commerçante et d'un père ingénieur des Ponts et Chaussées, Georges Chaulet écrit très tôt ses premiers romans policiers. Une fois son bac en poche, il s'inscrit à l'école des Beaux-Arts de Paris, mais en 1952, il part faire son service militaire en Allemagne. Son rejet absolu de l'autorité transforme son séjour en cauchemar. Il se réforme grâce à l'écriture. Il décide à cette époque de faire de l'écriture son métier. C'est en 1960, avec le personnage de Fantômette que Georges Chaulet devient vraiment célèbre. Il a écrit plus de cent cinquante romans pour la jeunesse dont la célèbre série Fantômette et est aussi scénariste de la série de bande dessinée Les 4 as, dessinée par François Craenhals.

Mon avis : (relu en juin 2011)
J'inaugure mon inscription au Challenge Le Club des 5 organisé pendant cet été par George, pour redécouvrir les séries de nos enfances de la Bibliothèque Rose avec un Fantômette, une série que j'adorais et dont j'ai encore quelques exemplaires à la maison.
J'avais un très bon souvenir de cette aventure de Fantômette et la relecture plus de 30 ans après a été de même. Dans cette épisode ls trois amies Ficelle, Boulotte et Françoise partent en vacances à Gonjon-sur-Epuisette. Elles vont partir à la découverte de la mystérieuse Ile de la Sorcière, jouer à Robinson Crusoé, chercher un trésor... Dans cette aventure, Ficelle nous fait un festival... C'est un personnage très attachant et inoubliable... Elle est étourdie, farfelue, imprévisible, elle utilise des expressions uniques et propre à elle. Plus discrète et un peu en retrait, Boulotte est l'amie inséparable de Ficelle, est passionnée par la nourriture. Il ne se passe jamais un instant sans qu'elle grignote quelque chose et ses plus grandes peurs sont d'être à cours de nourriture ou de rater un repas. Françoise participe également à ces vacances, elle est l'élève idéale, sérieuse et intelligente, elle est plutôt solitaire et un peu mystérieuse. Fantômette est assez peu présente dans cet épisode, elle sauvera cependant Ficelle et Boulotte de la noyade et participera à l'arrestation de voleurs de bijouteries...

Pour en savoir plus sur la série des Fantômettes : Site non officiel très complet

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Challenge Le Club des 5
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2 juillet 2011

Le portail - François Bizot

Challenge Destination Cambodge : 2 juillet 2011
proposé par evertkhorus

Destination_Cambodge

Le challenge consistait à découvrir un pays à travers sa littérature et/ou sa culture. Pour cela, il s'agissait de lire un livre se passant au Cambodge ou écrit par un Cambodgien et d'en faire la critique pour aujourd'hui. Nous pouvions aussi ce jour-là présenter des recettes, de la musique, des photos, des carnets de voyage...

   

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La Table Ronde – août 2000 – 397 pages

Folio – janvier 2002 – 439 pages

Prix des lectrices d'Elle, catégorie Essai, 2001

Quatrième de couverture : 
François Bizot, membre de l'École française d'Extrême-Orient, est fait prisonnier au Cambodge par les Khmers rouges, en 1971. Enchaîné il passe trois mois dans un camp de maquisards. Chaque jour, il est interrogé par l'un des plus grands bourreaux du vingtième siècle, futur responsable de plusieurs dizaines de milliers de morts, aujourd'hui jugé pour crimes contre l'humanité : Douch. Au moment de la chute de Phnom Penh, en 1975, François Bizot est désigné par les Khmers rouges comme l'interprète du Comité de sécurité militaire de la ville chargé des étrangers auprès des autorités françaises. Il est le témoin privilégié d'une des grandes tragédies dont certains intellectuels français ont été les complices. Pour la première fois, François Bizot raconte sa détention. Grâce à une écriture splendide et à un retour tragique sur son passé, l'auteur nous fait pénétrer au coeur du pays khmer, tout en nous dévoilant les terribles contradictions qui - dans les forêts du Cambodge comme ailleurs - habitent l'homme depuis toujours.

Auteur : Membre de l'École française d'Extrême-Orient, François Bizot a été affecté depuis 1965 dans différents pays de la péninsule indo-chinoise dont il étudie les religions. Directeur d'études à l'Ecole pratique des Hautes Etudes, il est titulaire de la chaire de "Bouddhisme d'Asie du Sud-Est".

Mon avis : (lu en juin 2011)
Le Cambodge est un pays que je ne connais pas, je me suis donc contentée de lire un livre qui était dans ma bibliothèque depuis très longtemps. En effet, j'avais acheté ce livre lors d'une conférence organisée à la Bibliothèque de ma commune en 2002 et où l'auteur nous avait parlé de son expérience de prisonnier au Cambodge puis d'interprète auprès des Khmers rouges.

François Bizot est arrivé au Cambodge en 1965. Ethnologue, il venait étudier le bouddhisme de l’Asie du sud-est dans la région des temples d’Angkor. Le 10 octobre 1971, il est arrêté avec ses 2 assistants khmers et interné durant 3 mois dans le camp dirigé par Douch.

Durant cette captivité, il est longuement interrogé  par Douch car on l’accuse d’espionnage, ces interrogatoires évoluerons  peu à peu en longues  discutions à propos du Cambodge et de la révolution Khmers. Il s’interroge aussi sur la personnalité de Douch.

« Dans la nuit, le feu vacilla. Une ombre sinistre dédoubla son visage. J'étais effrayé. Jamais je n'aurais cru que le professeur de mathématiques, le communiste engagé, le responsable consciencieux, puisse être en même temps l'homme de main qui cognait. »

Je me rappelle que lors de sa conférence, François Bizot disait que cet homme paraissait équilibré et intelligent et de savoir qu’il soit devenu un tortionnaire lui faisait peur et il s’interrogeait lui-même à ce propos, « Aurait-il pu un jour, lui François Bizot, devenir  un bourreau ?»

En 1971, Douch était un jeune chef révolutionnaire et François Bizot lui doit la vie. Il est l’un des 3 seuls survivants de ce camp.

Plus tard il deviendra l'un des plus terribles chefs de guerre et tortionnaire cambodgien.

Douch  a été arrêté en 1999 et jugé en 2009 pour crime contre l'humanité. En juillet 2010, il est condamné à 30 ans de prison.

Dans la deuxième partie du livre décrit avec grande précision la chute de Phnom Penh en 1975, à cette époque, François Bizot a été désigné par les Khmers rouges comme l'interprète du Comité de sécurité militaire de la ville chargé des étrangers à l’Ambassade de France, il est donc le témoin privilégié des tractations entre français et khmers rouge.

En écrivant ce billet, je réalise que ce livre est vraiment d’actualité même s’il parle de faits qui ont plus de trente ans… Il est question d’un otage et un nouveau procès d’anciens dirigeants Khmers rouge s’est ouvert il y a quelques jours au Cambodge.

Voilà un témoignage passionnant et fort sur une période difficile de l’Histoire du Cambodge.

 

Extrait : (page 29)
De mes souvenirs surgit aujourd’hui l’image d’un portail. Il m’apparaît, et je vois l’articulation dérisoire qui fut dans ma vie à la fois un début et une fin. Fais de deux battants qui hantent mes songes, d’un treillis de fer soudé sur un châssis tubulaire, il fermait l’entrée principale de l’ambassade de France quand les Khmers rouges sont entrés dans Phnom Penh, en avril 1975.
Je l’ai revu treize ans plus tard, lors de mon premier retour Cambodge. C’était en 1988, au début de la saison des pluies. Ce portail m’a semblé beaucoup plus petit et fragile. J’y ai, sans attendre, posé mes yeux et mes mains aveugles, immédiatement surpris de mon audace, hésitant sur ce que je cherchais au juste, et surtout ignorant de ce que j’allais y trouver : de la serrure légèrement de travers, des soudures visibles, des plaques de renforcement posées dans les coins, de toutes ce cicatrices qui m’apparaissaient soudain cruciales – mes yeux passant au travers ne s’y étaient jamais arrêtés -, un surprenant mélange de confusion et de crainte m’envahit ; devenu réel et comme doté d’existence, il me faisait éprouver du plaisir en même temps que resurgissait l’horreur.
Ce n’était pas seulement le plaisir du déclenchement des larmes. Cette nouvelle réalité, recouvrant mon souvenir, me fit songer aux soudeurs qui avaient posé sans soin le grillage sur le cadre, et aux maçons qui avaient fiché les charnières dans le ciment. Auraient-ils pu imaginer de quel drame ce montage un jour serait l’instrument ? Je ne m’expliquais pas qu’une ambassade ait pu recevoir une porte de si mauvaise facture ; ni qu’un grillage si fragile ait résisté à tant d’espoirs si forts, se soit ouvert à tant de maux si lourds. J’avais conservé l’image d’une structure beaucoup plus imposante, faite pour retenir, pour refouler, lourde, infranchissable ; or, la ferronnerie, tout à coup mise au jour, et dont je voyais (comme avec gêne) le matériau, les lésions, les souffrances, m’apparaissait dérisoire.
La douceur inattendue qui m’envahissait au moment même où remontait l’horreur – mélange qui coule maintenant dans mes veines pour toujours – fit vaciller mon corps sans chasser l’affliction qui m’étouffait. Je ressentis avec force la dérision du temps et le jeu frivole des choses.

 

 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
logo_challenge_Petit_BAC
"Objet"

 

9 mai 2011

Simple - Marie-Aude Murail (relecture)

Simple École des Loisirs - août 2004 - 210 pages

Prix des lycéens allemands 2006 décerné à Leipzig
Prix Farniente décerné à Charleroi 2006.
Prix littéraire des collégiens de Compiègne 2006.
Prix littérature jeunesse 2006 à Cholet
Prix Ados de la ville de Rennes 2006
Prix Escapages "ados" 2006 (Indre)
Prix Plaisirs de lire 2006 (Yonne).

 

 

Quatrième de couverture : 
S
imple dit «oh, oh, vilain mot» quand Kléber, son frère, jure et peste. Il dit «j'aime personne, ici» quand il n'aime personne, ici. Il sait compter à toute vitesse : 7, 9, 12, B, mille, cent. Il joue avec des Playmobil, et les beaud'hommes cachés dans les téphélones, les réveils et les feux rouges. Il a trois ans et vingt-deux ans. Vingt-deux d'âge civil. Trois d'âge mental. Kléber, lui, est en terminale, il est très très courageux et très très fatigué de s'occuper de Simple.
Simple a un autre ami que son frère. C'est Monsieur Pinpin, un lapin en peluche. Monsieur Pinpin est son allié, à la vie, à la mort. Il va tuer Malicroix, l'institution pour débiles où le père de Simple a voulu l'enfermer, où Simple a failli mourir de chagrin. Monsieur Pinpin, dans ces cas-là, il pète la gueule.
Rien n'est simple, non, dans la vie de Simple et Kléber. Mais le jour où Kléber a l'idée d'habiter en colocation avec des étudiants, trois garçons et une fille, pour sauver Simple de Malicroix, alors là, tout devient compliqué.

Auteur : Marie-Aude Murail est née au Havre en 1954. Elle vit avec son mari et a trois enfants, deux garçons et une fille. Elle a commencé à écrire pour la jeunesse en 1986. Au début, ses romans étaient surtout destinés à des femmes, puis elle s'est mise à écrire pour les jeunes de 7 à 16 ans. Dans ses romans, on peut retrouver énormément de dialogues entre les personnages. Son but est de séduire ses lecteurs grâce à de l'émotion et de l'amour. Le plus souvent, dans ses livres, les histoires se passent dans des milieux urbains et les héros sont des hommes, souvent des ados, motivés par des femmes. Elle a écrit Oh boy (2000), Simple (2004), Maïté coiffure (2004), Miss Charity (2008), Papa et Maman sont dans un bateau (2009).

Mon avis : (relu en mai 2011)
Après avoir vu mardi dernier le téléfilm Simple diffusé sur France 2, j'ai voulu relire le roman de Marie-Aude Murail. J'ai trouvé le téléfilm très réussi, j'y ai bien retrouvé l'esprit du livre, la grande sensibilité de Simple, le courage de Kléber devenu responsable de son grand frère, sans oublier les autres personnages, les colocataires... Il y a bien sûr quelques différences, dans le téléfilm l'histoire se situe à Toulouse, dans le livre à Paris, Kléber entre en 1ère année de médecine pour le téléfilm, il est seulement en terminale dans le livre...

J'ai été ému en voyant le film, de même qu'en relisant le livre. La "différence" y est traité avec simplicité et … humour ! A la suite de la mort de leur mère et du remariage de leur père, Kléber, 17 ans, a la responsabilité de son grand-frère Barnabé, dit Simple, âgée de 22 ans. Simple est handicapé mental, il se défini lui-même comme « i-di-ot ». Il a un âge mental de 3 ans, et le surveiller est un travail à plein temps... Il est inventif pour faire de nombreuses bêtises avec la complicité de son inséparable lapin en peluche, Monsieur Pinpin. Kléber va trouver une colocation, et réussir à convaincre les étudiants de les accepter parmi eux. Simple est terriblement attachant et il a souvent beaucoup de bon sens. Avec sa naïveté, sa bonne humeur,ses réflexions au premier degré mais aussi ses bêtises, il va animer la vie de son frère et des colocataires. Les situations sont tour à tour cocasses et émouvantes. Kléber a toujours aimé son frère tel qu'il est, il assume avec beaucoup de cœur la responsabilité qui lui incombe depuis la mort de sa mère. Au contact de Simple les colocataires vont révéler leurs vraies personnalités et grandir un peu plus.

J'ai pris le même plaisir à relire ce livre qui nous fait réfléchir sur la différence et le handicap.

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Un téléfilm Simple réalisé par Ivan Calbérac et inspiré de l'oeuvre de Marie-Aude Murail a été diffusé le 3/05/2011 sur France 2.
Les acteurs : Bastien Bouillon pour interpréter Simple, Julien Drion dans le rôle de Kléber mais aussi Michel Aumont , Valentine Catzeflis , Esteban Carvajal-Algeria , Jeremie Elkaim , Francois Civil , Morgane Cabot , Shemss Audat , Martine Costes-Souyris et Patricia Karim .

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Extrait : (début du livre)
Kléber jeta un regard oblique à son frère. Simple imitait le bruit des portes du métro à mi-vois : "Piiiii ...clap."
Un homme monta à la station et s'assit à côté de Kléber. Il tenait en laisse un berger allemand. Simple se trémoussa sur la banquette.
- Il a un chien, dit-il.
Le propriétaire du berger dévisagea celui qui venait de parler. C'était un jeune homme aux yeux clairs écarquillés.
- Il a un chien, le monsieur, répéta-t-il, de plus en plus agité.
- Tu crois je peux le caresser ? dit Simple en avançant la main vers le chien ?
- Non, aboya Kléber.
L'homme regarda l'un après l'autre les deux frères comme pour évaluer la situation.
- Moi j'ai un lapin, lui dit le jeune homme aux yeux clairs.
- Mais ne parle pas aux gens que tu ne connais pas, gronda Kléber.
Puis il se décida et se tourna vers l'homme au chien :
- Excusez-le, monsieur, c'est un débile mental.
- Un i-di-ot, rectifia l'autre en détachant les syllabes.
L'homme se leva et, sans un mot, tira sur la laisse de son chien. Il descendit à la station suivante.
- Connard, maugréa Kléber.
- Oh, oh, vilain mot, dit son frère.
Kléber eut un soupir mélancolique et jeta un coup d'oeil sur la vitre. Il y vit se refléter sa bonne gueule d'intello aux fines lunettes cerclées. Rasséréné, il se cala au fond de la banquette et consulta sa montre. Simple, qui épiait chacun de ses gestes, tira sur les manches de son sweat et examina ses poignets d'un air critique.
- Moi, j'en ai pas de montre.
- Tu sais très bien pourquoi. Merde, c'est là !
- Oh, oh, vilain mot.
Kléber se dirigea vers la sortie mais se retourna au moment de descendre. Simple, qui l'avait d'abord suivi, s'était arrêté.
- Mais vite ! cria Kléber.
- Elle veut me couper !
Kléber l'attrapa par la manche de son sweat et le tira vers le quai. La porte automatique se referma derrière eux. Clap.
- Elle m'a pas eu !
Kléber le reprit par la manche et le traîna vers un escalier.
- Pourquoi j'ai pas de montre ?
- Tu l'as cassée pour voir s'il y avait un bonhomme dedans, tu te rappelles ?
- Il y avait un bonhomme dedans ?
- Non ! Rugit Simple avec le même contentement.
Il pila si brusquement devant l'escalator que deux personnes derrière lui se télescopèrent. Elles protestèrent :
- Mais enfin, faites attention !
Kléber tira une nouvelle fois son frère par la manche pour l'obliger à monter sur l'escalier mécanique. Simple commença par regarder ses pieds avec effroi en les soulevant. Puis, rassuré sur leur sort, il releva la tête.
- T'as vu ? dit-il une fois tout en haut. J'ai même pas peur. Pourquoi y a pas de beaud'homme dedans ?

Déjà lu du même auteur :

Simple Simple  papa_et_maman_sont_dans_un_bateau Papa et Maman sont dans un bateau

MissCharityGRAND Miss Charity la_fille_du_docteur_Baudoin Le fille du docteur Baudoin

27 janvier 2011

Ils sont notre épouvante vous êtes leur crainte -

Thierry Jonquet (Relecture)

Ils_sont_votre__pouvante Ils_sont_votre__pouvante_et_vous__tes_leur_crainte

Seuil - octobre 2006 - 343 pages

Points - novembre 2007 - 391 pages

Quatrième de couverture :
Département du 9-3, septembre 2005. Anna Doblinsky, une jeune diplômée d'un IUFM, rejoint son premier poste au collège Pierre-de-Ronsard à Certigny. HLM, zone industrielle, trafics de drogue, bagarres entre bandes rivales et influence grandissante des salafistes, le décor n'est pas joyeux.
Dès le premier jour, Anna est brutalement rappelée à sa judéité par des élèves mus par un antisémitisme banal et ordinaire. Lakdar Abdane, un jeune beur particulièrement doué, ne demanderait, lui, pas mieux que d'étudier, mais n'y arrive pas depuis qu'il a perdu l'usage d'une main.
Tout serait-il écrit ? Certes non, mais une fois enclenchées, il est des dynamiques qui ne s'arrêtent pas aisément. Et la mort est au bout.
Commencé bien avant les émeutes des banlieues et le meurtre d'Ilan Halimi, ce roman dit des territoires que la République se doit de reprendre au plus vite à la barbarie.

Auteur : Né à Paris en 1954, auteur de polars, Thierry Jonquet fait figure de référence dans ce genre littéraire et bien au-delà. Engagé politiquement dès son adolescence, il entre à Lutte ouvrière en 1970 sous le pseudonyme de Daumier (caricaturiste du XIXe siècle), puis à la Ligue communiste révolutionnaire l'année de son bac. Après des études de philosophie rapidement avortées et plusieurs petits boulots insolites, un accident de voiture bouleverse sa vie : il devient ergothérapeute et travaille successivement dans un service de gériatrie puis un service de rééducation pour bébés atteints de maladies congénitales, et enfin dans un hôpital psychiatrique où il exerce les fonctions d'instituteur. Inspiré par l'univers de Jean-Patrick Manchette, son premier roman, 'Le Bal des débris', est publié en 1984 bien qu'il ait été écrit quelques années plus tôt. 'Mémoire en cage' paraît en 1982, suivent 'Mygale' (1984), 'La Bête et la belle', 'Les Orpailleurs' (1993), qui confirment le talent de Thierry Jonquet pour le roman au réalisme dur, hanté par la violence et les questions de société. Ainsi, 'Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte', paru en 2006 évoque sans tabous la violence et l'antisémitisme qui sévissent dans certaines banlieues. Thierry Jonquet a également scénarisé plusieurs bandes dessinées parmi lesquelles 'Du papier faisons table rase', dessiné par Jean-Christophe Chauzy. Plébiscité par la critique, l'une des plus élogieuses est signée Tonino Benacquista qui écrit de lui : 'Jonquet sculpte la fiction, c'est le matériau qu'il façonne pour lui donner une âme, le même que celui d'Highsmith ou de Simenon, il est difficile d'en citer beaucoup d'autres.' Alors qu'il venait de publier 'Ad Vitam aeternam', Thierry Jonquet, décède en août 2009, après avoir lutté deux semaines contre la maladie.

Mon avis : (relu en janvier 2011)
Après avoir vu le téléfilm Fracture, réalisé par Alain Tasma avec un scénario d'Emmanuel Carrère d’après le roman de Thierry Jonquet, "Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte", j'ai eu très envie de relire le livre de Thierry Jonquet.

Ce livre est une véritable fresque de la vie d'une petite ville de banlieue du 9-3, Certigny, celle-ci n'existe pas, Thierry Jonquet l'a inventée. Mais elle est criante de vérité : il y a un centre-ville « vieux village » qui côtoie des barres HLM, des jeunes collégiens en échec scolaire, de la drogue, de la prostitution, de la misère...
C'est l'automne 2005, sur fond de conflit social, Thierry Jonquet nous raconte plusieurs histoires entremêlées : celle d'un garçon psychotique, celle d'une guerre de gangs sous la surveillance des policiers et d'un procureur, celle d'une jeune professeur de français débutante et celle de Lakdar, un jeune garçon dont le rêve d'avenir a été brisé...
Anna débute dans l'enseignement, après IUFM, elle a eu un
poste difficile dans un quartier sensible, elle est confrontée à violence ordinaire celles des paroles mais aussi celles des gestes, elle découvre aussi le désespoir de ceux qui ne croient par à l'avenir. Parmi ces élèves elle rencontre Lakdar, il est différent de la majorités des élèves. C'est un jeune garçon que l'on remarque, il est doué, son rêve, c’est de faire de la bande dessinée. Il a du talent, il a gagné un concours organisé par la ville. Malheureusement, après une chute accidentelle et un plâtre trop serré aux urgences sa main droite reste inerte. Lakdar espère que l'on va l’opérer et qu’il pourra de nouveau dessiner. Mais un médecin plus courageux que les autres lui avoue la vérité : son mal est irréversible, il est infirme. Pour Lakdar, c'est le choc, son rêve est brisé. Anna essaie de l’aider pour qu'il apprenne à utiliser sa main gauche. Mais Lakdar est trop mal pour accepter ses paroles d'encouragement. Il n’a plus rien, il ne lui reste que la violence...
C'est roman noir qui dresse un terrible état des lieux des banlieues, le livre a été écrit en 2005 malheureusement il est toujours d'actualité.

Le téléfilm ne montre qu'une partie de l'histoire du livre, il s'attache à l’histoire de Lakdar et à celle d’Anna. L'adaptation est très proche du livre et m'a beaucoup plu.

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La distribution du téléfilm : Fracture d'Alain Tasma diffusé le 30 novembre 2010 sur France 2
Anaïs Demoustier (Anna Kagan), Samy Seghir (Lakdar Abdane), Arianne Ascaride (Seignol), Leïla Bekhti (Zora Abdane), Robin Renucci (Daniel Kagan), Mireille Perrier (Catherine Kagan), Patrick Catalifo (Vidal), Maryline Canto (Sandoval), Laurent Stocker, sociétaire de la Comédie-Française (Darbois), Paul Bartel (Kevin), Barnabé Magou (Moussa), Azdine Keloua (Slimane Abdane) et Djemel Barek (Ali Abdane).

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Déjà lu de Thierry Jonquet :

Ils_sont_votre__pouvante Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte (1ère lecture)

les_orpailleurs_p Les orpailleurs  mon_vieux Mon vieux

du_pass__faisons_table_rase_p Du passé faisons table rase ad_vitam_aeternam_p Ad vitam aeternam

m_moire_en_cage Mémoire en cage  moloch_p Moloch  mygale_p Mygale

le_secret_du_rabin_p Le secret du rabbin  la_belle_et_la_bete_p La Belle et la Bête

le_bal_des_d_bris_2010 Le bal des débris la_vie_de_ma_m_re La vie de ma mère !

21 décembre 2010

Une seconde avant Noël - Romain Sardou

Lu dans le cadre de logo_romain_sardou_logo

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XO Éditions – janvier 2005 – 298 pages

Pocket – octobre 2006 – 280 pages

Quatrième de couverture :
1851. A Cokecuttle, cité industrielle anglaise hérissées des cheminées des hauts-fourneaux couvertes de suie, Harold Gui, neuf ans, orphelin de père et de mère, survit péniblement sous les ponts en pratiquant divers petits métiers. Et pourtant...
Harold ne le sait pas encore, mais il est promis à un avenir merveilleux. Guidé par un génie invisible, il va découvrir un monde peuplé de lutins, d'arbres magiques et de rennes volants. D'extraordinaires aventures l'attendent avant de pouvoir enfin rencontrer sa destinée et devenir ce personnage à la longue barbe blanche, au costume rouge éclatant que nous connaissons tous très bien : le Père Noël...

Auteur : Issu d'une longue lignée d'artistes, Romain Sardou, né en 1974, se passionne très jeune pour l'opéra, le théâtre et la littérature. Plongé dans cette dernière passion, il abandonne le lycée avec l'intention de devenir auteur dramatique. Il suit un cours de théâtre pendant trois ans, afin de mieux saisir la mécanique des textes de scène, tout en s'attelant à de nombreux " exercices d'écriture ". Insatisfait, il compulse les classiques et les historiens en quête de sujets. Il part ensuite deux ans à Los Angeles écrire des scénarii pour enfants. Puis il rentre en France, où il se marie et publie son premier roman, Pardonnez nos offenses (XO Éditions, 2002), suivi de L'Éclat de Dieu (2004), deux romans d'aventures et de mystère en plein cœur du Moyen Age. Exploitant d'autres rivages romanesques, Romain Sardou a également publié deux contes d'inspiration dickensienne, Une seconde avant Noël (2005) et Sauver Noël (2006), ainsi qu'un thriller aux résonances contemporaines, Personne n'y échappera (2006).

Mon avis : (lu en décembre 2010)
Un joli conte autour de la magie de Noël. Au début, on croirait lire du Charles Dickens, Harold Gui pourrait être un cousin d'Oliver Twist...
L'auteur nous raconte la triste enfance d'Harold Gui dans l'Angleterre des années 1850, orphelin, exploité puis fugitif. Il est injustement condamné pour des faits qu'il n'a pas commis. Il est envoyé à la campagne dans une ferme de redressement. Il va alors faire la rencontre d'un monde d'anges et de lutins et il va découvrir, grâce à eux, quel est son fabuleux destin...

Ce livre réveille en nous notre âme d'enfant et il nous émerveille pour donner tout son sens à la fête de Noël ! C'est vraiment la meilleure période de l'année pour découvrir ce livre qui se lit très facilement et qui nous fait du bien. A découvrir !

Extrait : (début du livre)
A l'heure où débute ce récit, en cette nuit froide du jour et du mois de l'année, le 16 octobre 1851, les habitants de Cockecuttle dormaient paisiblement, abattus par leurs longues heures passées aux ateliers et aux usines.
Dans cette lointaine ville du Lancashire, la nature, les landes, les bois clairs, les pâturages herbeux étaient aussi éteints que s'ils n'avaient jamais existé ; les tours noirâtres des manufactures avaient envahi le paysage depuis longtemps. Cokecuttle était autrefois un petit village de pêcheurs ; c'était maintenant une cité industrielle sans âme, couverte par la suie, le coke des hauts fourneaux, la houille grasse, la fumée des machines. Les familles d'ouvriers y vivaient dans de sordides lotissements noyés entre les fabriques et les dépôts de charbon.
Ce soir, tout était silencieux et immobile.
Une nuit sans lune.
Pourtant.
Pourtant tout ne dormait pas dans la ville...
S'il était possible au lecteur de ce petit conte (que nous imaginons allongé dans sa chambre ou blotti sur un strapontin de métro), s'il lui était possible de se suspendre provisoirement dans les airs de Cokecuttle, oh ! pas trop haut, mais, mettons, à une cinquantaine de pieds, il pourrait visiter à la manière d'un esprit bienveillant le dessus des ruelles et des places de la ville. Là, il apercevrait dans l'éclat cuivré des becs de gaz un spectacle surprenant : en dépit de l'heure tardive, sur trois placettes, une quarantaine de garçons, âgés d'entre sept et douze ans, étaient répartis en trois équipes, sous l'autorité de trois adultes.
Le lecteur, étant assez haut pour ne rien perdre de la scène, pourrait alors se poser la question soufflée depuis quelques lignes par l'auteur : mais que se passait-il ?
Un rendez-vous annuel, et de premier ordre, voilà ce qui se passait.
« Un rendez-vous d'enfants, en pleine nuit ? »
Hélas. Il va sans dire que ces enfants n'étaient pas là pour s'amuser, mais bien pour gagner un travail... Un travail qui les sauverait de la misère.

Je participerai au prochain rendez-vous 26_janvier_comtesse_de_s_gur
 

Lu dans le cadre du Challenge Christmas - Défi Noël
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12 octobre 2010

Lulu Femme Nue : 1er livre – Étienne Davodeau

Lu durant le Read-A-Thon RAT_logo

lulu_femme_nue_tome1 Futuropolis – novembre 2008 – 77 pages

Présentation de l’éditeur :
Lulu, mère de famille de quarante ans, sans histoire, a disparu depuis plus de deux semaines, abandonnant mari et enfants à ses amis désemparés.
L'un d'eux, Xavier, a retrouvé sa trace. En une nuit, il entreprend de raconter aux autres ce qu'a vécu Lulu pendant cet étrange voyage : Lulu a quitté sa vie normale en sortant d'un énième entretien d'embauche. Elle n'avait rien prémédité. Ça s'est passé très simplement. Elle est partie avec une femme dont elle ne connaissait rien, et s'est octroyé quelques jours de liberté, seule, sur la côte, sans autre projet que de savourer pleinement, et sans culpabilité, cette vacance inédite.
Presque surprise par sa propre audace, Lulu rencontre de drôles de gens, qui sont, d'une façon ou d'une autre, eux aussi au bord du monde.
Grisante, joyeuse, dangereuse et cruelle, l'expérience improvisée de Lulu en fera une autre femme.

Auteur : Étienne Davodeau a 44 ans. Il vit en Anjou. 1985: après des études d'arts plastiques à Rennes, il participe à la création du studio BD Psurde. 1992-94: Les Amis de Saltiel (triologie, Dargaud). 1996: Le Constat (Dargaud). 1997: Quelques jours avec un menteur (Delcourt). 1998: Le Réflexe de survie (Delcourt). 1999: s'intéressant aussi à la bande dessinée pour enfants et adolescents, il scénarise pour Joub, Les Aventures de Max & Zoé (5 tomes, Delcourt) et Géronimo (2 tomes, Dupuis). 2001: Rural!, véritable reportage, où il confirme son choix peu fréquent en bande dessinée d'inscrire le monde réel au coeur de son travail. 2003: Avec David Prudhomme au dessin, il adapte en bande dessinée l'unique et méconnu roman de Georges Brassens, La Tour des miracles (Delcourt). 2004: Chute de vélo, Prix des Libraires de Bande Dessinée 2005 (Dupuis). 2005: Les Mauvaises Gens (Delcourt). Grand prix 2005 de la Critique, Prix France Info, puis à Angoulême Prix du Scénario et Prix du Public. 2006: avec Kris, il réalise Un Homme est mort, Prix France Info 2007 (Futuropolis). 2008: Lulu femme nue, tome 1 (Futuropolis). Couronné en 2009 par un Fauve au festival d'Angoulême, le Prix Ouest-France au festival Quai des Bulles de St Malo, le Prix Bédélys au Québec et le Prix Saint-Michel en Belgique.

Mon avis : (lu en octbre 2010)
Voilà une très belle BD qui nous raconte l’étrange voyage de Lulu, une femme simple. Un jour, sur un coup de tête, elle abandonne son mari et ses trois enfants et elle part sans vrai but. Elle est fatiguée des entretiens d’embauche sans résultats. Elle décide de prendre un peu de liberté, de quitter son quotidien monotone. Lulu va rencontrer des personnes qui vivent en marge de la société. Elle va retrouver le sourire et revivre une autre vie pendant quelques temps. La construction de la Bande Dessinée est originale car c’est Xavier un des amis de la famille qui a retrouvée Lulu et qui durant toute une nuit va raconter aux autres amis ce que Lulu a fait pendant ce voyage.

Une bande dessinée pleine d’humanité, qui nous donne envie de découvrir la suite.

Lulu Femme Nue second livre

Extraits : 

lulu_femme_nue_tome1_1x

lulu_femme_nue_tome1_2

lulu_femme_nue_tome1_3

lulu_femme_nue_tome1_4

31 octobre 2010

Jours toxiques – Roxana Robinson

Lu dans le cadre du partenariat Blog-O-Book et les éditions Buchet - Chastel

jours_toxiques Buchet-Chastel – septembre 2010 – 583 pages

traduit de l'américain par Julie Sibony

Quatrième de couverture :
Cet été-là, Julia Lambert, professeur d'art à New York et artiste peintre, accueille ses parents dans sa petite maison vétuste du Maine, au bord de l'Atlantique.
Elle tient à s'occuper de son père, un ancien neurochirurgien autoritaire, et de sa mère, toujours heureuse et stoïque, qui perd inexorablement la mémoire. Quand Julia apprend de Steven, son fils aîné, que Jack, son cadet, se drogue à l'héroïne, elle s'effondre. Héroïne. Le mot résonne avec incrédulité et angoisse dans cette famille cultivée, tolérante et sans histoire de la bourgeoisie américaine, et rend toxiques ces jours de vacances.
Julia met tout en oeuvre pour arracher son fils, esclave du velours noir que l'enfer de ses veines réclame goulûment, au danger et à une mort certaine. Elle rassemble autour de lui, pour une improbable médiation, outre ses parents et Steven, Wendell, son ex-mari, Harriet, sa soeur complexée, et Ralph, un ancien héroïnomane devenu spécialiste de la désintoxication. Mais en s'invitant avec fracas au coeur d'une famille confrontée pour la première fois à l'addiction, l'héroïne convie aussi le blâme, la rage, la honte, les regrets et ravive d'intimes blessures.
La tragédie de Jack fera voler en éclats les non-dits du cercle familial et révélera les failles de chacun sous les apparences du bonheur. Et s'il est vrai que le bonheur a un prix, pourquoi Jack serait-il le seul à en payer le lourd tribut ?

Auteur : Journaliste et critique littéraire, Roxana Robinson est l'auteur de quatre romans, de plusieurs recueils de nouvelles et d'une biographie de Georgia O'Keeffe. Elle vit à Manhattan et enseigne l'écriture à la New School de New York.

Mon avis : (lu en octobre 2010)
C'est l'histoire d'une famille qui est bouleversée par la toxicomanie d'un fils. Julia est professeur d'histoire de l'art à l'Université, divorcée. C'est l'été, et elle reçoit ses vieux parents Edward et Katharine dans sa petite maison de vacances du Maine. Son fils aîné Steven vient les rejoindre et avoue à sa mère que son jeune frère Jack ne va pas bien, il se drogue à l'héroïne. C'est un choc pour Julia qui veut se battre pour sortir son fils de ce cauchemar. Avec son ex-mari Wendell, elle rassemble la famille autour d'eux pour tenter une médiation et aider Jack à s'en sortir. L'auteur nous donne une description de la dépendance à l'héroïne avec un criant réalisme. Les différents personnages de l'histoire ont chacun leurs caractères, leurs faiblesses et leurs secrets. On découvre les conséquences du mal-être de Jack sur chacun des membres de la famille. Chacun va faire le point sur ses relations qu'ils ont avec les autres membres de la famille. Un livre juste, avec de la douleur et des regrets, mais aussi de l'espoir. Le récit est dur et bouleversant. C'est un roman plein d'émotions qui ne peut pas laisser indifférent.

Merci à Blog-O-Book et aux éditions Buchet - Chastel pour m'avoir permis de découvrir ce livre fort et bouleversant.

Extrait : ici

Livre 19/21 pour le Challenge du 3% littéraire 1pourcent2010

27 septembre 2010

L’amour est une île - Claudie Gallay

l_amour_est_une_ile Actes Sud – août 2010 – 350 pages

Quatrième de couverture :
C'est une saison singulière pour Avignon et les amoureux du théâtre : la grève des intermittents paralyse le festival. Un à un les spectacles sont annulés. Les visiteurs déambulent sous un soleil de plomb, à la recherche des rares lieux où joueront quand même quelques comédiens. Comme Mathilde, dite la Jogar : devenue célèbre depuis qu'elle a quitté Avignon, elle est enfin de retour dans cette ville où elle a grandi, et pour un rôle magnifique. L'homme qu'elle a tant aimé, et qui l'a tant aimée, Odon Schnadel, a appris sa présence par la rumeur. Lui-même vit ici en permanence, entre sa péniche sur le fleuve et le petit théâtre qu'il dirige. Cette année-là, avec sa compagnie, Odon a pris tous les risques. Il met en scène une pièce d'un auteur inconnu, mort clans des circonstances équivoques : un certain Paul Selliès dont la jeune sœur Marie - une écorchée vive - vient elle aussi d'arriver à Avignon, un peu perdue, pleine d'espérances confuses... ou de questions insidieuses. Car autour de l'œuvre de Paul Selliès plane un mystère que ces personnages dissimulent ou au contraire effleurent, parfois sans faire exprès, souvent clans la souffrance. Plongée au cœur des passions, des rêves et des mensonges, des retrouvailles sans lendemain, des bonheurs en forme de souvenirs, des amours que l'on quitte, des îles qu'on laisse derrière soi, le nouveau roman de Claudie Gallay noue et dénoue les silences d'un été lourd de secrets.

Auteur : Née en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. Elle a publié aux éditions du Rouergue L'Office des vivants (2000), Mon amour, ma vie (2002), Les Années cerises (2004), Seule Venise (2004, prix Folies d'encre et prix du. Salon d'Ambronay), Dans l'or du temps (2006) et Les Déferlantes (2008), qui a reçu le Prix des lectrices de Elle et fera prochainement l'objet d'une adaptation cinématographique.

Mon avis : (lu en septembre 2010)

 

Dans son nouveau livre, Claudie Gallay a quitté le Cap de La Hague, le vent et les tempêtes pour un cadre diamétralement opposé, le Festival d'Avignon en 2003 pendant l'été de la canicule. Cette année, le festival est perturbé par les grèves des intermittents du spectacle.

 

La ville est envahie par des manifestants, des comédiens ou des spectateurs qui recherchent les spectacles qui seront joués. Là vont s’affronter trois personnages. Odon Schnadel, il dirige le théâtre du Chien-Fou, et il met en scène la pièce Nuit rouge d’un auteur inconnu, Paul Selliès.Mathilde, dite la Jogar, est devenue célèbre, originaire d’Avignon, elle n’y est pas revenue depuis cinq ans. A cette époque, elle avait quitté Odon pour faire carrière. Et enfin Marie, elle est la sœur de Paul Selliès, marginale avec ses piercings, elle est venue à Avignon en stop depuis Versailles parce qu’elle a vu par hasard qu’on jouait une pièce de son frère. Elle est convaincue qu’Odon est responsable de la mort de son frère. 

 

Amour, trahison, théâtre, écrivain....voilà les ingrédients de ce roman qui se lit facilement. Les chapitres courts, des phrases simples décrivent parfaitement l’atmosphère tendue et lourde d’Avignon et les ressentis des personnages principaux et secondaires.

 

J’ai lu ce livre avec beaucoup de plaisir, j’ai aimé cette atmosphère étouffante et chaude, j’ai trouvé très attachante Marie et ses blessures. Une très belle découverte !

 

 

Extrait : (début du livre)
Il fait encore nuit et le fleuve est tranquille quand Odon Schnadel sort de sa péniche. Il tient un bol à la main. C'est son premier café, noir, brûlant. Il a mal au crâne. Il glisse deux aspirines dans le bol.
La chaleur est étouffante.
Des branches flottent, cassées plus au nord et charriées, apportées là, elles se confondent avec les eaux brunes.
Les arbres souffrent, même ceux qui ont les racines dans l'eau.
Sur le pont, ça sent le vernis. Il y a des pinceaux rouges dans une boîte, un pot, des chiffons. L'odeur du vernis ajoute au mal de crâne.
Odon boit son café en regardant couler le fleuve. Quelque part sur l'île, un chien hurle.
Une lucarne grillagée est plantée dans la porte. Faible halo jaune. Quand Mathilde est partie, il s'est juré ça, la laisser briller jusqu'à ce qu'elle revienne.
Cinq ans. Les ampoules ont grillé. Il les a remplacées.
Aujourd'hui, elle est là, quelque part en ville, pour le temps du festival. Depuis des semaines, la rumeur se répand, la Jogar revient entre ses murs, elle joue Sur la route de Madison au théâtre du Minotaure.
On parle d'elle dans les journaux.
On parle d'elle partout, dans son quartier, dans la rue. On dit qu'elle dort à la Mirande, l'un des plus beaux hôtels de la ville. On dit aussi qu'elle a renié son nom en devenant la Jogar.
Odon finit son café, le bol entre les mains, les coudes au bastingage.
Big Mac le crapaud se terre dans le talus.
Un train passe.
Odon tire une cigarette du paquet, arrache le filtre avec les dents. C'est sa dernière, il froisse le paquet, le jette dans le fleuve.
Il pisse dans l'eau.
Un poisson nage à la surface. Un silure est en train de crever dans les branches, entre la péniche et la rive. Tout a soif cet été, la terre, le ciel, même le fleuve réclame sa part.
Il pose son bol, remonte le silure, le rejette vers les courants.
Jeff arrive juste après huit heures, il cale le Solex contre le saule, enjambe la barrière.
Des touffes d'orties et d'herbes vertes ont pris racine au pied de la passerelle. Un pot avec un vieux géranium, les tiges noueuses, sèches.
Jeff monte sur la péniche.
Il enlève sa casquette. Ses cheveux sont trempés par la sueur.
Il jette le journal sur la table, entre le cendrier et le bol. Il le jette toujours de la même façon, la main désinvolte. La casquette suit.
Avant, il était cantinier à la prison. Quand la prison a fermé, il a gardé les clés, un trousseau entier. Depuis deux ans, il squatte une cellule avec la vue sur l'arrière du palais des Papes. Il touche une aide de l'Etat. Il fait aussi des petits boulots comme s'occuper de la péniche et du théâtre d'Odon.
Il sort un trèfle de sa poche.
- Je l'ai trouvé sur la rive. C'est un bon présage, il dit, en montrant les quatre feuilles.
Odon s'en fout, il vient d'ouvrir le journal.
- Bon présage, tu parles...
Sur la première page, en grand titre : Avignon, état de choc !
Après une semaine de grève, la direction du festival vient de décider l'annulation de tous les spectacles in. La nouvelle tombe dans les journaux.
Ça fait des années que le malaise grandit, il fallait bien que ça éclate.
Odon est inquiet. La veille encore, par solidarité, sa compagnie n'a pas voulu jouer.
Il passe ses mains sur son visage. Sa peau est sèche. Ou c'est l'intérieur de ses mains.
Il regarde le fleuve. Le soleil éclaire la surface de reflets rouges.
Jeff range le trèfle.

 

 

 

 

 

 

 

Il choisit une pomme dans la corbeille. Il se cale contre le bastingage, racle la peau avec les dents, après il attaque la chair. Il mange aussi le trognon. Il fait comme ça depuis toujours. Il avale aussi les pépins. Il paraît qu'il y a de l'arsenic dedans. Il n'y a que la queue qu'il ne mange pas.
- On dit que ce sera un sale été, il dit. Un été pourri.
Il énumère les travaux qu'il doit faire avant l'automne, laver le pont, vidanger le groupe électrogène, réparer la table pliante. Il doit aussi évacuer les branches mortes et jeter tous les pots de peinture vides qui traînent un peu partout.
Jeff est payé pour nettoyer, vernir, empêcher que tout ne devienne un taudis.
Il n'empêche pas.
Le pont est encombré par plusieurs grands fauteuils, un divan, un siège pivotant de coiffeur, une table basse au milieu. Un auvent de canisses protège tout ça du soleil.
Un piano. Jeff glisse sa main sur les touches, ramène un mélange de poussière et de pollen. Ses doigts laissent leur empreinte, une sueur qui s'efface.
Odon tourne les pages du journal. Rubrique Spectacles. La Jogar est en photo. Dans un salon d'hôtel, en robe du soir. La chevelure épaisse, les yeux sombres. Sur ses lèvres, ce sourire qui fait dire d'elle qu'elle est arrogante.
- Elle est revenue... dit Jeff en se penchant sur son épaule.
- Ça ne te regarde pas.
Il se redresse.
- J'aime pas qu'elle soit là.
- C'est pas ton problème.
Jeff recule.
- Je m'éloigne du journal alors.
- C'est ça, éloigne-toi.
Odon referme le journal.
- Faudrait que t'arraches les orties, on va bientôt plus pouvoir sortir.
- Je vais le faire.
- Deux semaines que tu le dis, Jeff... Tu as commencé à vernir le pont aussi et t'as pas fini.
- J'arrose les fleurs déjà...
- Oui, les fleurs tu les arroses mais les orties ça s'arrache, et Monsieur Big Mac n'aime pas leur odeur.
- Parfois, on n'aime pas et puis on s'attache, dit Jeff.
Odon plaque la main sur la table, les doigts écartés.
Jeff se tait.
Avec la chaleur, les feuilles se dessèchent, elles jaunissent, crèvent. Sous l'un des hublots, le lierre se transforme en lianes.
Il remplit l'arrosoir.
Des plantes sont alignées sur une planche au-dessus du piano. Des fleurs qui poussent dans des pots en verre, on voit les racines par transparence. C'est Jeff qui les plante. Quand il n'a plus de pots, il utilise des boîtes de conserve, avec une pointe il perce des trous. Il récupère de la terre à limon dans un endroit secret de l'île.
Tout ce que Jeff plante prend racine.
Il dit, Si je plantais la mort, elle pousserait aussi.
Odon pense à Mathilde. La nuit, il s'empêchait de dormir pour la regarder. Sa bouche lourde, son corps nu sous le drap, il en parcourait tous les contours, il la couvait, la recouvrait, il aimait tout d'elle, son ventre doux, l'odeur de sa peau, son rire, ses désirs, sa voix. Quand elle est partie, elle a dit, Tu penseras à moi de temps en temps ? Il n'a pas pu répondre. Il a posé un long baiser dans ses cheveux.
Jeff arrose les plantes au-dessus du piano. Il parle du festival de l'an passé.
- D'où il était le gars qui nous aidait pour les décors, il avait un drôle d'accent ?
- Du Michigan...
Jeff le sait mais il aime entendre prononcer ce nom, Michigan.
- Oui, c'est ça, il jouait du banjo...
Il parle encore, tout seul, en arrosant la terre.

 

 

 

Livre 10/14 pour le Challenge du 1% littéraire 1pourcent2010

Déjà lu du même auteur :

lesd_ferlantes Les déferlantes Dans_l_or_du_temps Dans l'or du temps

mon_amour_ma_vie Mon amour ma vie l_office_des_vivants L'office des vivants

seule_venise_p Seule Venise

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 septembre 2010

Le Délégué – Didier Desbrugères

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book et  Gaïa

le_d_l_gu_ Gaïa – août 2010 – 304 pages

Quatrième de couverture :
Dans une vaste République jamais nommée, un homme s'apprête à prendre ses fonctions de Délégué. Un voyage en train de dix jours, en troisième classe, doit l'emmener jusqu'au bout de la steppe, au bourg de Lurna. Alors le Délégué Josef Strauber pourra servir dignement l'Administration, remplir la mission qu'on lui a confiée et jouir des avantages de son rang.
Mais le cours des choses ne s'accordera pas à ses aspirations profondes. Lurna, village autrefois brûlé, lui réserve un non-accueil. Josef S. est un homme seul. Porté à la réflexion, la lecture et la contemplation, il n'est pas effrayé par la rudesse de la vie qui l'attend ou la compagnie fruste d'une gouvernante flanquée de son petit garçon. Lorsque surgit le doute, ou que pointe la résignation, quelle flamme vacillera la première ? Celle de sa droiture ou celle de sa raison ?

Auteur : Didier Desbrugères est né en 1960 et vit en Bretagne. Esprit éclectique, il s’est essayé à la peinture et à la sculpture sans jamais rompre ni avec la lecture ni avec l’écriture, pôles magné­tiques de son existence. Il a tenu une galerie d’art tout en menant une carrière professionnelle dans l’aéronautique et en poursuivant son apprentissage de l’écriture. Le Délégué est son premier roman.

Mon avis : (lu en août 2010)
J'ai eu beaucoup de mal à lire ce livre. Cette lecture a été laborieuse en partie du fait que l'écriture du livre est très dense, le premier chapitre s'achève à la page 124, le second chapitre à la page 240... L'écriture est très littéraire, il y a beaucoup de détails et de descriptions.

Cela commence par un très long voyage en train. Josef Strauber (ou S.) doit aller prendre ses nouvelles fonctions de Délégué dans la ville lointaine de Lurna. Il voyage en troisième classe, c'est bruyant et plein d'odeurs et ils rencontre de nombreux personnages. Lors d'un arrêt pour se ravitailler dans une toute petite gare Yépan qui n'est même pas mentionnée sur sa carte, S. va rencontrer Britov qui va lui faire comprendre que son futur rôle ne sera pas aussi facile qu'il l'imagine.

La deuxième partie se passe à Luna, S. découvre qu'il n'est pas vraiment attendu car cela fait plus d'une génération qu'il n'y a plus de Délégué dans cette région éloignée. On lui donne la maison de l'ancien Délégué qui se trouve être en mauvais état et à l'écart du village actuel. Mona et son fils André âgé de sept ans, sont là pour tenir la maison. S. se retrouve donc isolé, cherchant à définir son rôle de Délégué. Il semble subir sa vie.

J'ai du mal à définir ce livre, est-ce un conte ? Une fable ? Ce voyage représente-t-il notre chemin de la vie avec ses rêves, ses désirs, ses joies mais aussi la réalité, les renoncements et les malheurs.

J'avoue ne pas avoir aimé ce livre, j'ai été vraiment hermétique à ce premier roman. J'ai pas su comprendre qu'elles étaient les intentions de l'auteur. Dommage.

Merci cependant à Blog-O-Book et aux Éditions Gaïa pour m'avoir permis de découvrir ce livre.

Extrait : (début du livre)
La lumière tombe des fenêtres à meneaux. Rongée par l'humidité comme une fresque d'église, l'immense carte de la République habille les quatre murs de la salle des Délégués, enjambe portes et fenêtres, et empiète par endroits sur les corniches du plafond. Elle date. Sans doute la doit-on à un artiste de second ordre. Elle est peinte à la détrempe. Des vignettes aux couleurs crayeuses, aux prétentions réalistes, distribuent villes, fleuves, montagnes et plaines. L'étendue du territoire étourdit et sa diversité étonne. Édifices coiffés de coupoles ou de bulbes, flèches gothiques, portes monumentales parées de bas-reliefs de céramique, figures monolithiques arrachées à la roche. Tous les mythes, toutes les croyances cohabitent. La République expose sa domination universelle.
Lettre de nomination en main, Josef Strauber parcourt des yeux l'interminable itinéraire pour rejoindre son poste ; encore la Providence l'a-t-elle favorisé, car le bourg de Lurna n'est pas le plus éloigné de la capitale. Loin s'en faut. Néanmoins, selon son estimation, plusieurs semaines de voyage l'attendent. De fait, l'étendue de la République est telle qu'il est inconcevable de penser réunir, ne serait-ce qu'une fois par décennie, l'ensemble des Délégués. Pas même par zone, ni par région. Si bien que la salle vaste et dénudée ne sert jamais. C'est pour cette même raison que les autorités gouvernementales ont inlassablement favorisé l'amélioration des moyens de communication. Le service des agents de liaison, assimilé à un corps militaire, appartient à l'élite de la République. Il est envié des nations voisines. L'esprit d'innovation technique l'anime. Grâce à lui, les Délégués sont reliés aux organes centraux.

Livre 3/7 pour le Challenge du 1% littéraire 1pourcent2010

31 août 2010

L'amour est à la lettre A – Paola Calvetti

Lecture commune avec Cynthia, Enitram, George, Loulou, Mango et Miss Alphie

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Presse de la cité – avril 2009 – 381 pages

10/18 – juin 2010 – 470 pages

traduit de l'italien par Françoise Brun

Quatrième de couverture :
Tout quitter pour ouvrir la librairie de ses rêves, voilà le pari fou que fait Emma, une Milanaise énergique et romantique, à l'aube de ses cinquante ans.
Unique en son genre, la librairie Rêves & Sortilèges, spécialisée dans les romans d'amour, devient le lieu de rendez-vous des coeurs brisés, amoureux ou solitaires passionnés. Et c'est justement entre les rayons " Pour l'éternité " et " A corps libres " qu'Emma va retrouver Federico, son flirt de jeunesse. Marié, il vit aujourd'hui à New York. Pourtant une correspondance secrète s'établit entre les anciens amants qui, au fil des jours, vont réapprendre à se connaître et à s'aimer.
Un roman hors normes, vibrant hommage au pouvoir des mots et de la littérature.

Auteur : La Milanaise Paola Calvetti a longtemps été journaliste à La Repubblica, et écrit aujourd'hui dans le Corriere della Sera. De 1993 à 1997, elle a dirigé le bureau de presse du théâtre de la Scala de Milan. Premier de ses romans à être publié en France, L'amour est à la lettre A s'est placé dès sa parution en Italie en tête des meilleures ventes.

Mon avis : (lu en août 2010)
C’est une histoire d’amour, autour des livres et d’une librairie que j’aimerai bien explorer…
Emma est divorcée, elle est la mère de Mattia un adolescent de 18 ans. Elle vient d'ouvrir une librairie "Rêves & Sortilèges" à Milan. Cette librairie n’est pas comme les autres, elle est spécialisée dans la littérature amoureuse.
Un jour d’avril 2001, en époussetant les livres, Emma découvre dans un livre un post-it avec un prénom (Frederico) et un numéro de téléphone. Ce sont des retrouvailles après plus de trente ans. Frederico est architecte, il est marié à Anna et il a une grande fille Sarah, Frederico vit à New-York et travaille sur le projet de restauration et d’agrandissement de la Morgan Library. Et c’est le début d’un échange de lettres entre New-York et Milan. A travers leur correspondance, le lecteur suit en parallèle la vie de Frederico et l’évolution de son projet de la Morgan Library et la vie d’Emma dans sa librairie "Rêves & Sortilèges" à Milan.
J’ai trouvé cette lecture très plaisante, en particulier tout ce qui concerne la librairie où les livres sont rangés par thèmes comme «Cœurs brisés», «Géographies amoureuses», «Amour et crimes», « Amours sans espoir », « Maintenant et pour l’éternité »… Tout est organisé pour le bien-être du client : des fauteuils sont à la disposition de la clientèle, on lui offre le café ou le thé… 
J’ai eu du mal à quitter cette fabuleuse librairie que j’aimerai bien connaître dans la réalité.

Extrait : (début du livre)
Maintenant, je me réveille tôt.
Mais avant, juste avant, c'est à Alice et à la librairie que je dédie cet espace de béatitude qui sépare le sommeil de la veille. Il se présente autour de six heures, six heures et quart maximum, ce moment, quand l'infusion qui a remplacé les pilules tueuses de rêves a fait son devoir et que je me retrouve clouée sur le lit les yeux grands ouverts, avec cette surprise : c'est dans le silence creux de ma chambre que naissent les meilleurs idées.
Et mon cœur se calme.
Il y a une contrepartie à mes réveils précoces : aussitôt après le déjeuner, je glisse dans un piteux état de léthargie et mes paupières s'abaissent comme le rideau de fer d'une boutique. Si je pouvais, je croiserais les bras sur le comptoir de la librairie pour y poser ma tête et faire un somme, même court, ou bien je m'étendrais sur le kilim à mes pieds, nez entre les pattes et queue sur le côté comme Mondo, le setter gordon de Gabriella.
Évidemment je ne peux pas, et je résiste.
Pour m'arracher à cette torpeur, je monte à l'étage et, sous prétexte de remplir les thermos, je me réfugie dans le coin-repas. Oh, rien d'extraordinaire, ce n'est pas une cafétéria, simplement deux fauteuils, des tables et des chaises bistrots achetées au marché aux puces de Clignancourt, et expédiées jusqu'ici comme les reliques d'un saint pour un prix exorbitant.
A dix heures précises, Rêves&Sortilèges ouvre ses portes au monde.

Lecture commune avec Cynthia, Enitram, George, Loulou, Mango et Miss Alphie

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29 juillet 2010

Echo – Ingrid Desjours

Livre lu dans le cadre du Partenariat avec Blog-O-Book et Pocket

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Plon – février 2009 – 310 pages

Pocket – juin 2010 – 347 pages

Quatrième de couverture :
Ils étaient beaux, riches et pervers. Leur émission pulvérisait l'audimat ; les invités en sortaient humiliés, insultés, blacklistés. Petite lucarne et jeux du cirque... Aujourd'hui, les Frères Vaillant ne sont plus. Et la scène de crime n'est pas belle à voir. En arrivant sur les lieux, le commandant Vivier constate l'horreur des mutilations. Les deux pantins semblent figés en un tableau grotesque, d'un effroyable sadisme. Et l'avis de Garance Hermosa, sexo-criminologue au profil incendiaire, confirme ce premier diagnostic. Certes, les jumeaux ne manquaient pas d'ennemis, mais ce degré de violence rituelle laisse deviner un véritable monstre... Pour le démasquer, le flic et l'experte devront se voir en son miroir sans entrer dans son jeu. Car le crime, comme l'écho, se répète...

Auteur : Née en 1976, Ingrid Desjours est psychologue spécialisée en psychocriminologie. Après quelques années de pratique en Belgique, notamment auprès de criminels sexuels (bilan psychologique et thérapie), elle décide d’exercer dans divers pays d'Europe, les fonctions de consultante en formation. Parisienne, elle propose avec Echo, un thriller psychologique novateur, angoissant et fascinant.

Mon avis : (lu en juillet 2010)
Le livre commence par le début d'un journal intime écrit par un enfant de huit ans. Puis nous découvrons le crime sordide de deux frères jumeaux animateurs de télévision dont l'émission pulvérisait l'audimat et qui savaient « casser » leurs invités. L'auteur va alterner des extraits du journal intime qui se prolonge jusqu'à nos jours et l'enquête que mènent conjointement Patrick Vivier, commandant de police, et Garance Hermosa, psychologue spécialisée en sexo-criminologie.
Le personnage de Garance est plutôt spéciale : elle a 25 ans, elle est très féminine, attirante et jolie. Elle est à la fois attachante et parfois froide et antipathique. Elle ne laisse pas indifférente et elle semble cacher un secret. Patrick est un flic de 50 ans, un peu bourru et blasé qui voudrait protéger Garance comme un père pour sa fille. Il est pourtant sous son charme. L'intrigue nous propose de nombreuses pistes et c'est seulement à la fin que l'on découvrira qui est l'auteur de ce journal intime et quel est le lien avec le crime. Pour ma part, je n'ai rien vu venir...

Merci à Blog-O-Book et aux éditions Pocket pour m'avoir permis de découvrir ce livre qui m'a fait passer un très bon moment sur la plage malgré quelques passages assez glauques...

Extrait : (page 17)
Patrick sortit de sa BMW cabossée, et claqua la portière sans prendre le soin de la verrouiller. Personne ne s'aventurerait à voler une telle épave, a fortiori celle d'un flic. L'air glacial de janvier et la pollution de Paris lui piquèrent les yeux. Il avait dormi trois heures, et petit-déjeuné d'un café et d'un cigarillo. Il avait sûrement une haleine de chacal, mais s'en foutait comme de sa première chemise. L'affaire était sérieuse, et l'odeur qui baignait la scène de crime devait être bien pire que celle de sa langue. Il marchait vite et atteignit l'immeuble rapidement. Il gravit les marches moquettées de rouge, deux par deux, jusqu'au cinquième étage, et pesta contre les propriétaires qui n'avaient même pas fait installer l'ascenseur. Les riches étaient souvent les plus radins. Il reprit son souffle sur le palier, frotta ses mains l'une contre l'autre et souffla dessus pour les réchauffer. Il avait perdu ses gants et ignorait s'il devait les chercher dans son tiroir à chaussettes ou bien au commissariat, mais comme ce genre d'investigation n'était pas son fort, il passerait sûrement l'hiver avec les doigts gourds et rougeauds. Il salua les gardiens de la paix postés à l'entrée, appliqua du baume du tigre sous son nez, et pénétra dans l'appartement des frères Vaillant.

Les frères Vaillant étaient les stars incontestées du PAF depuis bientôt cinq ans. Séduisants jumeaux d'une trentaine d'années, ils étaient apparus à l'occasion d'une émission musicale pour adolescents. Leur pugnacité et le ton acerbe sur lequel ils s'adressaient à des célébrités ou autres chanteurs, habitués à tous les égards, avaient fait décoller en moins de deux ans l'audimat de la chaîne. La maison de production leur donna par conséquent carte blanche pour préparer et animer une émission corrosive en prime time.

24 juin 2009

Les sirènes d'Alexandrie – François Weerts

Les_sir_nes_d_Alexandrie Actes Sud – novembre 2008 – 317 pages

Présentation de l'éditeur
1984, Bruxelles est en pleine mutation architecturale. Dans le quartier où des filles s'exposent en vitrine, Antoine Daillez vient d'hériter de L'Alexandrie, lieu de plaisirs dont les pintes de bière ne sont pas seules responsables. Mais drames et incidents se multiplient autour de ce bar qui semble susciter bien des convoitises. La vieille Mémé Tartine, locataire si gentille avec les travailleuses du quartier, est retrouvée assassinée. Des skinheads aux ordres d'un parti d'extrême droite flamand s'attaquent à l'établissement, à sa patronne et à l'une des filles. La sauvegarde de la morale n'est certainement pas leur motivation. Pas plus que la protection offerte par Monaco, le caïd du quartier, ne doit avoir pour but la défense du petit commerce... Pour essayer de comprendre, Antoine doit fouiller la jeunesse de son grand-père, aidé par Martial Chaidron, inspecteur de la brigade des mœurs, et Piotr Bogdanovitch, historien de son état. Les secrets découverts datent du temps de l'Occupation, quand se jouait un jeu trouble, dont l'un des acteurs n'était pourtant qu'un homme ordinaire, avec ses raisons, ses faiblesses, ses failles - pas forcément politiques. Les Sirènes d'Alexandrie s'inscrivent dans la meilleure tradition du roman noir. Celle qui sait dire, avec son lot de violence et d'amour, un destin personnel sur fond social urbain où misères et espoirs, qu'ils soient communs ou individuels, sont bien souvent balayés par le vent de l'Histoire.

Biographie de l'auteur
Journaliste belge établi à Waterloo, François Weerts, est né en 1960 à Addis-Abeba.

Mon avis : (lu en juin 2009)

J'ai choisi ce livre à la bibliothèque, car il fait parti de la collection "actes noirs" d'Actes Sud. C'est l'histoire d'Antoine Daillez un jeune journaliste bruxellois qui vient d'hériter de son grand père d'un bien particulier... un hôtel de passe : "L' Alexandrie" situé derrière la gare du Nord de Bruxelles. Cette établissement se trouve au centre de drames et d'incidents mais aussi semble susciter des convoitises. A travers ce roman policier, il est question des heures noires de la collaboration belge durant la Seconde Guerre mondiale, mais aussi des tensions qu'il existe aujourd'hui entre Flamands et Wallons. L'auteur nous fait une description très précise de Bruxelles des années 80 avec son quartier des vitrines qui aujourd'hui a été rasé pour faire place à des bureaux. L'intrigue est palpitante, nous sommes plongés dans un monde de la nuit à la fois attachant et violent.

En conclusion, j'ai passé un très bon moment en compagnie de ce livre. A découvrir.

Extrait :

Tout à l'heure, Antoine a bu une bière au bar de l'hôtel Métropole où il est descendu pour trois jours. L'endroit n'a pas désempli de sa population de dames mûres venues siroter leur apéritif, mi-cham­pagne, mi-vin blanc. Il les a écoutées papoter en relevant quelques glissements dans les accents, moins de finales traînantes à la wallonne, pas un seul mot en flamand dans les phrases, peu d'éli­sions brutales, de chocs rocailleux, de consonnes gutturales dont l'articulation s'attarderait du côté du voile du palais. Bref, un gommage appuyé de l'ac­cent bruxellois à l'ancienne. Leur parler est tou­jours aussi exclamatif, et c'est à cette emphase que l'on reconnaîtra longtemps les Bruxellois. Mais les buveuses de champagne coupé s'expriment avec des intonations snobs dans la volonté évidente de rejeter des origines peu patriciennes.

Antoine a observé avec amusement cette évolu­tion rendue perceptible par son éloignement pro­longé de Bruxelles. A la sortie du bar, la place de Brouckère correspond à son souvenir. Bien entendu, le cinéma s'est converti à la mode du multiplex. Des agences de travail intérimaire ont remplacé les magasins de vêtements. Le mobilier urbain griffé Decaux a envahi l'espace. Et les voiries ont profité d'un réaménagement complet. Mais dans l'ensemble les lieux conservent l'atmosphère d'urgence, l'am­biance empressée qu'il leur connaissait. Bus, voitures et piétons se bousculent en ce début d'après-midi. Une foule de citadins retournent travailler après s'être restaurés d'un rapide sandwich pris à l'un des snacks du quartier. Des chômeurs, des pensionnés, des étudiants entre deux cours flânent, aimantés par l'effervescence rassurante de la ville.

Antoine se fraie un passage dans cette cohue tré­pidante. La place de Brouckère est l'un des rares endroits d'une Bruxelles alanguie où l'on puisse goûter à l'agitation des mégapoles. Il se dirige vers le boulevard Adolphe-Max pour rejoindre la place Rogier, ce même boulevard arpenté avec Martial un jour de novembre 1984, après un filet américain qui lui était resté en travers de la gorge. L'artère voit défiler davantage de voitures encore. Ses immeubles haussmanniens demeurent aussi peu engageants. Et si leur alignement continue à évoquer les boule­vards parisiens, l'interprétation est toujours d'un genre maussade. Ici l'agitation s'essouffle, sauf celle du trafic qui se précipite dans cet axe. Les com­merces n'ont pas proliféré. Antoine note la dispari­tion d'un cinéma tous publics, comme d'ailleurs celle des salles qui promettaient des scènes pimentées sur l'écran et du spectacle à l'entracte. L'industrie du porno n'a cependant pas été évacuée du boule­vard. Les peep-shows se sont multipliés, accouplés à des boutiques de DVD crades.

8 août 2009

Trois Ombres – Cyril Pedrosa

trois_ombres Delcourt - Septembre 2007 – 268 pages

Présentation de l'éditeur
Joachim et ses parents vivaient heureux au creux des collines. Puis les ombres apparurent et rien ne fut plus comme avant. Une sourde menace s'était immiscée : il fallait fuir ou se soumettre.

Biographie de l'auteur
Cyril Pedrosa est né en 1972. Lecteur assidu de Mickey Parade et Astérix, il décide à six ans d'être dessinateur de bande dessinée. Ses parents sont ravis mais lui suggèrent de poursuivre un peu ses études. Presque trente ans plus tard, il aime toujours écrire des histoires et les dessiner. Parallèlement à sa collaboration fidèle et fructueuse avec David Chauvel (Ring Circus), Trois ombres est, après Les Cœurs solitaires (éditions Dupuis), le deuxième livre seul en piste de Cyril : la recherche d'une expression plus personnelle qu'il compte bien continuer à explorer...

Mon avis : (lu en août 2009)

Extrait : (début du livre)

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Allez lire une interview très intéressante de Cyril Pedrosa sur "Trois ombres" chez ActuaBD.

Dans cette BD, l'auteur aborde le sujet difficile de la perte d'un enfant sous la forme d'un conte fantastique. Joachim vit avec ses parents dans une maison isolée. La famille est unie et heureuse jusqu'au jour où apparaissent trois ombres sur la colline face à la maison. Qui sont ses ombres ? Que veulent-elles ? Les parents vont comprendre que ces "ombres" sont venues pour "chercher" Joachim, pour l'emporter loin d'eux. Son père décide de s'enfuir avec son petit garçon. Ils vont vivre des aventures sur un bateau. Mais fuir, ne sert à rien, il ne peut pas échapper aux ombres.

Le dessin en noir et blanc est très réussi, il donne une force supplémentaire à ce récit d'aventure sur l'amour et la mort. Plusieurs types de graphismes sont utilisés en fonction du déroulement et des parties réalistes ou magiques de l'histoire. Pour terminer l'auteur nous laisse une lueur d'espoir en citant un très joli poème que voici :

"Dans ce paysage de printemps

il n'y a ni meilleur ni pire

les branches des fleurs poussent naturellement

certaines sont longues certaines sont courtes."

26 août 2009

L'Arabe – Antoine Audouard

Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire ! Vous trouverez donc aussi cette chronique sur le site Chronique de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération en partenariat avec ulike_logo_petit, pour en savoir plus...

l_Arabe

Editions de l'Olivier – août 2009 – 260 pages

Quatrième de couverture :

Un inconnu vient se réfugier en un lieu où il croit trouver la tranquillité : une cave donnant sur une petite place, dans un village du Sud. Un inconnu : un Arabe. Le jour, il charrie des tonnes de cailloux sur un chantier de terrassement. Le soir il rentre dans son trou. Pourquoi se cache-t-il ? Le village s’agite, une hostilité sourde monte de la terre. Ici, il n’est pas chez lui et ne le sera jamais. L’Arabe n’entend rien, se berce de l’illusion qu’à force de vivre invisible, il finira par disparaître. Lorsqu’un meurtre est commis sur la place, cette illusion se dissipe. Aux yeux de tous, c’est lui le coupable. Mais les forces qui se dressent contre lui sont anciennes, comme le feu, la rage, la peur. Pour leur échapper, se rendre invisible ne suffira plus. L’Arabe est un grand roman « sudiste », où des personnages de Faulkner ou de Flannery O’Connor traverseraient des paysages à la Giono. Le Sud d'Antoine Audouard est lui aussi un vieux pays vaincu, peuplé de figures tour à tour tragiques et grotesques. Écrit dans une langue où le parler populaire se mêle à un lyrisme altier, ce roman qui multiplie les dissonances et les ruptures de ton est l'œuvre d'un écrivain accompli.

Auteur : Antoine Audouard est né en 1956. Il est l'auteur de huit romans, dont Adieu, mon unique et Un pont d'oiseaux.

Mon avis : (lu en août 2009)

C'est le premier livre que je lis de cet auteur.

Nous sommes dans un village du Sud de la France, et la présence d'un étranger, l'Arabe (il n'a même pas de nom ou de prénom), dérange certains. Il est pourtant discret, il travaille dur sur un chantier voisin, il ne fait rien de mal. Et pourtant, les préjugés et les a priori vont bon train « Eh bien on les connaît, c'est tout, on sait qu'un boulot mal fait c'est un boulot d'Arabe, on sait qu'un braquage ou un viol, c'est les Arabes, on sait que les primes elles sont pour les Arabes, on sait qu'un trafic de drogue à la ville dans le sous-sol d'un parking c'est les Arabes, et on sait qu'un avion qui explose dans une tour c'est encore les Arabes, on le sais bien, tout ça, tu le sais bien aussi, pas la peine de faire la tête, on n'a pas besoin de faire le tour de la terre pour savoir qu'ils sont pas comme nous, ces gens-là. »

Puis un meurtre est commis dans le village, le coupable est trouvé rapidement c'est l'ex-mari de la victime et pourtant l'Arabe va être accusé gratuitement de complicité. Il est mis en garde à vu et là, la justice lui découvre un frère en lien avec des entreprises terroristes et c'est la police anti-terroristes qui débarque... La rumeur s'amplifie, par ignorance, le village va se liguer contre lui. Il est seul face à tous. « - Parce que tu es du mauvais côté au mauvais moment dans le mauvais pays. Parce que la peur domine et que tout le monde s'en fout, de l'injustice commise à un Arabe berbère ou pas. Parce que tu es seul. »

L'auteur nous entraîne dans l'enfer du racisme gratuit. Le mensonge entraînant le mensonge, la violence entraînant la violence et la machine infernale de l'injustice ne peut pas être stoppée. Il aura cependant quelques alliés comme Estevan le gendarme, l'Indienne la Sauvage, Bernard son employeur, Juste son logeur... Mais ceux-ci ne pourront rien y faire.

Les caractères des différents personnages sont fort bien décrits : certains sont sympathiques, d'autres très antipathiques ! Il y a de la poésie dans la description des paysages du Sud. Le récit a également parfois des côtés surréalistes... en effet, nous allons assister à l'inondation du village et à l'échouage d'une baleine...(la mer étant pourtant loin du village) !

J'ai été révoltée par la bêtise et la méchanceté de ceux du village mais j'ai également été touchée par l'humanité de Juste, Bernard, Estevan et l'Indienne et par la gentillesse presque naïve de l'Arabe.

En conclusion, ce livre m'a bien plu. Merci aux Editions de l'Olivier.

Bonus : Interview de l'auteur sur Bibliosurf : http://www.bibliosurf.com/Interview-d-Antoine-Audouard

Extrait : (début du livre)

« Manquerait plus que ce soit un Arabe, dit Mamine – et tout le monde se mit à rigoler, sauf Noémie, sa fille, qui venait d'arrêter de fumer et faisait la toupie tant et si bien qu'elle nous soûlait, à force. Si c'est un type gentil, dit David, dans le fond, on s'en fout, mais son père le reprit, ces gars-là je les connais et crois-moi, ils sont pas comme nous. Dans l’ensemble, tout le monde trouva que Mamine en avait de ces idées, un Arabe petite place des Hommes, il n’y avait qu’elle pour nous inventer ça. Puis Trevor s’explosa le nez et deux dents en fonçant droit dans le mur avec son nouveau vélo, et on oublia tout dans l’engueulade entre José, qui était d’avis de lui mettre une rouste pour être aussi con, et Noémie, qui voulait aller à l’hôpital. Mais quand le gars arriva, quelques jours plus tard, et que pour de vrai c’en était un, d’Arabe, ça mit une drôle d’ambiance. »

Merci aux Editions de l'Olivier

Livre lu dans le cadre 07_chronique_de_la_rentree_litteraireen partenariat avec ulike_logo_petit

28 avril 2009

Le temps des miracles – Anne-Laure Bondoux

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Bayard Jeunesse – janvier 2009 – 254 pages

Bayard – janvier 2009 – 254 pages

Présentation de l'éditeur
Lorsque les douaniers trouvent Blaise Fortune, douze ans, tapi au fond d'un camion à la frontière française, il est seul. Il répète sans cesse qu'il est un " citoyen-delarépubliquedefrance ". Mais son passeport est trafiqué, et en dehors de ces quelques mots, il ne parle que le russe. Il ne peut pas expliquer les événements qui l'ont conduit du Caucase jusqu'ici, dans le pays des droits de l'homme et de Charles Baudelaire. Et surtout, il a perdu Gloria en cours de route. Gloria Bohème, avec qui il a vécu libre, malgré la guerre, malgré les frontières, malgré la misère et la peur. Car cette femme, au Cœur immense, avait un don : celui d'enchanter la vie... Quelques années plus tard, Blaise peut enfin raconter son histoire. Et la pure vérité, c'est qu'on n'est pas près de l'oublier.

Biographie de l'auteur
Née en 1971 dans la région parisienne. Anne-Laure Bondoux a suivi des études littéraires à l'Université Paris X. Elle s'est essayée à l'écriture dramatique radiophonique, romanesque, et à la chanson, avant d'entrer chez Bayard Presse comme rédactrice. A trente ans, elle a décidé de se consacrer entièrement à l'écriture. Depuis, elle a publié sept romans dans des collections destinées aux adolescents, dont "les larmes de l’Assassin" et "Pépites". Ils ont été primés de nombreuses fois, tant par des jurys de jeunes lecteurs que par des jurys d'adultes, et sont traduits dans une vingtaine de langues.

Mon avis : (lu en avril 2009)

J’ai déjà lu "les larmes de l’Assassin" que j’ai beaucoup aimé et "Pépites" et j’attendais avec impatience de lire celui-ci. Je n’ai pas été déçu… J’ai a-do-ré !   

Ce livre est captivant, j’ai été prise par l’histoire de Koumaïl et Gloria, de leur périple du Caucase jusqu’en France. Avec son regard d'enfant, Koumaïl nous raconte son histoire, il garde à tout moment l’espoir que la vie est belle et pleine de miracles. Gloria lui apprend qu’:« il y a un remède infaillible contre le désespoir : l’espoir »,  qu’il faut « mener sa vie en marchant toujours droit devant. Vers d’autres horizons » et qu’« il ne faut jamais désespérer du genre humain. Pour un homme qui te laisse tomber, tu en trouveras des dizaines d’autres qui t’aideront à te relever. »
Koumaïl était un petit bébé lorsqu’il a été sauvé du « Terrible Accident » par Gloria, il résume ce qu’il est par cette formule « jemapèlblèzfortuneéjesuicitoyendelarépubliquedefrancecélapurvérité ». Il vit au Caucase et le pays entre en guerre, Koumaïl a 7ans et avec Gloria ils doivent partir. Ils subissent alors la faim, le froid, la peur de la milice. Ils vont faire de nombreuses rencontres durant ce long voyage : dans l’Immeuble, il y a Emil, Madame Hanska et Abdelmalik, puis c’est la fuite vers Souma-Soula avec comme voisins la famille Betov : Stambeck, Suki et Maya puis direction le port de Soukhoumi et c’est la rencontre avec Fatima, puis la traversée de la Russie, de l’Ukraine, de la Moldavie, et l’arrivée en Roumanie dans le camp tsigane avec Babik, Nouka, Boucle-d’Oreille, nouveau départ et enfin l’arrivée en France, Koumaïl a 11 ans.

Tous les personnages de ce livre sont formidables et très attachants. J’ai savouré ce récit lumineux et très émouvant. C’est un grand coup de cœur !

Ce livre est destiné aussi bien aux adultes qu’aux adolescents à partir de 12 ans !

Pour compléter votre lecture : aller voir sur le site « le temps des miracles »,  l’atlas vert de Koumaïl, le Caucase de Koumaïl, la France de Blaise Fortune

Extrait : (page 17)

L’Immeuble est un ensemble de trois bâtiments dressés en forme de U autour de la cour. Nous avons une chambre au premier étage.

D’un mur à l’autre, je peux faire six pas en contournant le poêle à bois. Le papier peint se décolle du mur et, derrière, la peinture se détache aussi. Si je gratte le plâtre avec l’ongle, les briques apparaissent. L’Immeuble est fissuré, rongé par l’humidité qui remonte du sol car il est construit près du fleuve. Il est si pourri qu’il aurait dû être démoli, mais par chance la guerre a stoppé les bulldozers ; maintenant c’est notre refuge, une bonne cachette qui nous protège du vent et de la milice.

Le vent, je le connais bien : il descend des montagnes à la vitesse d’une avalanche, et s’engouffre sous les portes pour vous glacer les os.  Par contre, je n’ai qu’une idée vague de ce qu’est la milice. Tout ce que je sais, c’est qu’elle me terrifie davantage que l’œil retourné de l’horrible Sergueï, et qu’ici chacun a une raison de s’en méfier. C’est pourquoi nous avons institué des tours de guet : nuit après nuit, nous surveillons l’entrée de l’Immeuble en nous relayant par groupe de quatre. Les petits, comme moi, accompagnent les plus âgés s’ils le souhaitent.

On m’a expliqué : si je vois s’approcher des hommes chaussés de bottes, si je vois leurs blousons en cuir et leurs matraques, je me précipite dans la cour et je frappe comme une brute sur la cloche qui est pendue sous l’auvent.

Il existe trois autres cas où l’on doit frapper comme une brute sur la cloche :

- si l’Immeuble brûle ;

- si l’Immeuble s’écroule ;

- si les eaux du fleuve Psezkaya débordent.

En dehors de ces circonstances, quiconque s’amuserait avec la cloche serait aussitôt chassé de l’Immeuble, est-ce bien clair ?

Quand je demande à Gloria ce que ferait la milice si jamais elle nous attrapait, son visage durcit et je regrette aussitôt ma question.

- Un garçon de sept ans n’a pas besoin de connaître tous les détails. Contente-toi de suivre le règlement, Koumaïl.

Je dis « OK », en français, comme elle me l’a appris, et je m’en vais jouer avec les autres dans la cage d’escalier, qui est notre château fort ou notre navire de combat selon l’inspiration du moment.


31 mars 2009

Des amis haut placés - Donna Leon

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Calmann-Levy – février 2003 – 274 pages

Point – mai 2004 - 280 pages

Traduit de l'anglais (États-Unis) par William Olivier Desmond

Quatrième de couverture : Personne n'aime être dérangé en pleine lecture de l'Anabase un samedi après-midi par un coup de sonnette intempestif. Surtout pas le commissaire Guido Brunetti, fin lettré et flic épicurien, et surtout pas pour une sombre affaire de permis de construire introuvable concernant son propre appartement...

Simple formalité ? Pas sûr. D'autant que le fonctionnaire zélé tombe malencontreusement d'un échafaudage où il n'avait rien à faire, devant des témoins qui à leur tour décèdent brutalement.

De fil en aiguille, avec la patience et la ténacité d'un flic habitué mais jamais résigné à l'égoïsme des bureaucrates de tout poil, le commissaire Brunetti va découvrir l'existence d'un vaste réseau de corruption. Derrière la façade fastueuse de la Cité des Doges, le monde interlope des dealers, des usuriers et des ripoux dicte sa loi.

L'auteur : Donna Leon est née en 1942 dans le New Jersey et vit à Venise depuis quinze ans. Elle enseigne la littérature dans une base de l’armée américaine située près de la Cité des Doges. Son premier roman, Mort à la Fenice, a été couronné par le prestigieux prix japonais Suntory, qui récompense les meilleurs suspenses.

Mon avis : (lu en mars 2009)

"Des amis haut placés", bestseller en Angleterre et en Allemagne, est la neuvième enquête du commissaire Brunetti. Ce livre a obtenu en 2000 le Silver Dagger Award, décerné en Angleterre par la Crime Writers'Association.

Le commissaire Brunetti et sa famille apprenne par Franco Rossi, employé au Service du Cadastre, que leur appartement risque d’être démoli car il n’existe aucune preuve de son existence au cadastre. Quelques mois plus tard, le commissaire découvre que ce même Franco Rossi a fait une chute d’un échafaudage. Cette mort mystérieuse va lancer le Commissaire Brunetti sur une enquête qui va nous mener dans le monde des dealers, des usuriers et de la corruption.

C’est le premier livre que je lis de Donna Leon et je le trouve distrayant, sans plus. L’intrigue n’est pas exceptionnelle mais l’auteur nous fait de belle description de Venise.

13 juin 2009

Les sandales blanches - Malika Bellaribi

les_sandales_blanches Calmann-Levy – octobre 2008 – 225 pages

Quatrième de couverture :
Faire une carrière de mezzo-soprano qui vous porte à la présidence du jury de présélection de l'Eurovision, voilà qui n'est déjà pas à la portée de tout le monde. Mais connaître un tel succès quand on est né dans un bidonville à Nanterre, voilà qui est proprement stupéfiant, tant on imagine nombreux et dissuasifs les obstacles à surmonter. C'est peu dire, en effet, que rien ne prédestinait Malika Bellaribi à suivre ce parcours exceptionnel. Née dans ce "quart-monde" à la périphérie de Paris dénoncé par l'abbé Pierre, grandie tant bien que mal dans une famille nombreuse aux parents indifférents, Malika est victime d'un très grave accident qui la force à passer des années à l'hôpital et en rééducation dès sa plus tendre enfance. Mais à quelque chose ce malheur est bon. Loin de son univers familial, soignée par des religieuses bienveillantes, Malika se trouve, et découvre la musique: celle des chants religieux qui emplissent, chaque dimanche, la chapelle de l'hôpital. La musique: c'est, la petite fille le sent, la voie du salut et du bonheur. Il lui faudra endurer encore bien des humiliations et des vicissitudes, y compris une tentative de mariage forcé en Algérie, avant d'oser défier les règles de sa communauté. Elle décidera de choisir librement sa vie, son amour, et sa religion. Mais la réussite de Malika ne se borne pas à cette prouesse déjà exemplaire. A peine son nom commence-t-il à être connu qu'elle songe à faire profiter les autres de ce qu'elle a appris et à partager la joie que lui procure le chant lyrique. Elle crée en banlieue des ateliers de chant qui s'appuient sur une pédagogie utilisant la mémoire corporelle, les cinq sens, la créativité des jeunes, les relations affectives, les règles de groupe, les tabous... Malika n'a pas oublié d'où elle venait !

Auteur : Malika Bellaribi Le Moal (née à Nanterre en 1956) , est une cantatrice généreuse et engagée d'origine Algérienne. Elle se produit en soliste depuis 1987 et a donné près de 200 représentations. Après avoir présenté des récitals dans des salles aussi prestigieuses que les salles Cortot, Gaveau et Pleyel, elle décide de créer des spectacles d'airs d'opéra permettant de rendre l'opéra accessible à tous. Douée d’un timbre rare, plein d’ombre et de velours dans les graves et le médium comme chez les chanteuses noires américaines, sonore et généreux dans l'aiguë, Malika Bellaribi-Le Moal, qui n'a pas oublié ses racines, espère que la découverte qui a orienté toute sa vie, instille quelques étincelles dans celle de ses petites sœurs des banlieues.

Mon avis : (lu en juin 2009)

Un magnifique récit autobiographique où l'émotion nous étreint à chacune des pages. On souffre avec Malika petite fille née dans un bidonville de Nanterre la septième d'une famille de neuf enfants. Sa vie est souffrance dès son plus jeune âge car elle va être écrasée par un camion et va passer de longues années à l'hôpital et en maison de rééducation. C'est là qu'elle découvre le chant religieux lors d'une messe de Noël où elle assiste, elle a cinq ans. Dans la musique, Malika va trouver un but pour sa vie et la force de se battre pour apprendre à remarcher, puis le courage de trouver une vraie place dans la société malgré ses origines et enfin devenir une chanteuse lyrique. Elle va également faire profiter les autres de ce qu'elle a appris et partager la joie que lui procure la musique en créant en banlieue des ateliers de chant. Ce livre est une formidable leçon de vie pleine d'humanité. A lire !

 

Extrait : (page 13)

Aujourd'hui encore, je me souviens de ma surprise quand le lait bouillant s'est renversé sur mon épaule. Durant quelques secondes, je n'ai pas eu peur, ni mal, d'ailleurs. J'ai simplement poussé un petit cri quand le liquide a pénétré mes vêtements. Ensuite, ensuite seulement, est venue la douleur. Quelques picotements, d'abord – presque rien, juste des pointes d'aiguilles s'enfonçant, les unes après les autres, dans mes pores. Ensuite, il y a eu cette sensation de brûlure, d'abord supportable, puis de plus en plus vive, tandis que le liquide bouillant creusait son sillon dans mes chairs. Enfin est venue la souffrance – une souffrance insupportable. J'ai tellement mal que je ne crie pas. Je ne pleure pas, non plus. Je reste simplement là, debout, à tenter d'oublier ce feu qui lèche mon bras. Mais l'oubli ne vient pas, bien sûr. La brûlure se fait toujours plus vive. Et tandis que la pièce s'emplit d'une odeur âcre, acide un cri monte, enfin, du fond de ma gorge.
Des hurlements – ceux de ma mère et de Hayat. Des pleurs – ceux de ma sœur aînée, que l'on réprimande. Des allées et venues affolées, les voisines qui accourent, l'eau qui coule sur mon corps, des invectives contre le ciel quand on découvre l'étendue de ma plaie, et ce médecin qui arrive, et pose sur mes chairs une gaze cicatrisante. Ensuite ? Ensuite, plus rien – un oubli bienfaisant, le temps qui passe, des heures, des jours, et mon bras qui guérit, lentement, même s'il garde une vilaine cicatrice qui, aujourd'hui encore, étoile ma peau. Voilà tout ce qui reste de l'incident. Personne ne sait encore qu'il n'est qu'un prélude ; personne ne sait que bientôt, mon corps tout entier ne sera plus qu'une plaie. Pour moi, la vie reprend – une vie semblable à celle de tous les enfants du bidonville. Pas de crèche ni de jardin d'enfant. Pas d'école maternelle. Seulement les ruelles pour terrain de jeux, des boîtes de conserves vides pour ballon, quelques bouts de bois assemblés pour poupées, et les adultes qui passent, sans se soucier de nous, de moi, occupés qu'ils sont à gagner de quoi manger et à faire la guerre aux Français.
Quel jour est-on ? De quel mois ? Je ne le sais toujours pas. Chez moi, on ne fête ni les Noëls ni les anniversaires. Il n'y a ni bougies ni cadeaux, les jours coulent, les uns après les autres, tous semblables dans la même grisaille. Ce matin, comme d'habitude, Hayat prépare du café au lait, et elle m'en tend un grand bol. J'y trempe le pain que fabrique ma mère, en faisant bien attention à ne pas laisser couler une seule goutte du breuvage sur mes vêtements. J'ai beau être une toute petite fille, je sais déjà ce qu'il faut faire et ne pas faire pour éviter les coups – claques de ma mère, bourrades de mes frères, pinçons d'Hayat excédée par son rôle d'aînée soumise à toutes les corvées. Une fois ma faim apaisée, je me lève et je porte mon bol dans la bassine où s'entasse la vaisselle sale – et c'est alors que j'entends les cris qui viennent du dehors. « Au feu ! », hurle-t-on. Au feu ? Je n'ai pas le temps de comprendre que, déjà, des bras m'enserrent, ceux d'Hayat qui m'empoigne, me tire, me traîne hors de la maison. D'un coup, nous voilà toutes les deux enveloppées d'une chaleur intense. Le feu est bien là, qui dévaste le bidonville, frôle notre porte. D'où sont nées ces flammes orangées qui lèchent les murs des maisons ? Un brasero qui s'est renversé ? Un gosse qui a craqué une allumette ? Tout ce qui compte, à cet instant, c'est que l'incendie se propage très vite, dévastant tout sur son passage, faisant naître des cris, des pleurs, des imprécations, poussant les gens hors de leurs bâtisses, enveloppant la foule qui se presse dans les ruelles d'une fumée noire, hostile. Elle s'insinue dans mes poumons, me fait tousser, cracher, suffoquer. Est-ce que le brasier va nous rattraper, Hayat et moi, est-ce qu'il va nous transformer en torches vives, est-ce qu'il va nous réduire en cendres ? D'un coup, ma grande sœur desserre son étreinte, je sens d'autres bras m'emporter, ceux d'un homme, cette fois, il me soulève bien haut, il me juche sur ses épaules, et d'un coup l'air se fait moins dense, moins piquant, moins chaud, aussi – et lorsque enfin je rouvre les yeux, je réalise que nous sommes sortis de la zone ravagée par l'incendie…
Ensuite, il faut reconstruire – une reconstruction laborieuse, lente, un calvaire. Tout le monde s'y met – hommes et femmes, enfants et vieillards. Il faut remonter les murs des baraques, moellon après moellon, faire du ciment, aller chercher les tôles tenant lieu de toit. Cela dure des jours entiers, durant lesquels les familles s'entassent dans les rares maisons intactes. Mon père se charge du ravitaillement : n'est-il pas l'épicier, celui qui, dans sa petite boutique, faisait revivre la terre natale, grâce aux énormes sacs ouverts sur les épices, la semoule, les dattes et les figues séchées, le kemoun et les feuilles de menthe ?
L'épicerie. Aujourd'hui encore, si je ferme les yeux, je peux sentir l'odeur mi-poivrée, mi-sucrée que dégagent les lieux – et je revois les rayons sur lesquels sont entreposés des bassines en fer ou en plastique, du grésil, des balais, des serpillières, et cette eau de javel que n'utilisent que les nantis, comme lui. Nanti, oui. Car au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Et pauvres comme nous le sommes, nous n'en avons pas moins les moyens de manger et de nous habiller. Ici, aux Pâquerettes, c'est presque du luxe, il faut bien le dire…

25 août 2010

Les trois vies de Babe Ozouf – Didier Decoin

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (23/26)

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Seuil – avril 1983 – 376 pages

Points - mai 1984 – 376 pages

Points – juin 2001 – 409 pages

Quatrième de couverture
Là-haut, tout au bout de la France, c'est la Hague, terre de granits et de landes fauves, qui poignarde l'une des mers les plus dangereuses du monde.
Babe Ozouf, Catherine et Carole sont filles de la Hague. Leur saga - qui s'étend sur trois générations - est scandée par un même geste, un acte que l'amour inspire: faire naître la lumière et le feu dans la nuit. Par trois fois, ce geste simple et fatal provoquera un naufrage: naufrage de navires et naufrage de trois destins.
Emmenée par deux gendarmes, Babe Ozouf va vivre une mise à l'épreuve qui sera aussi une délivrance. Sa fille Caherine, mariée à quinze ans, connaîtra l'exil, de l'autre côté de l'océan. Et Carole, la fille de Catherine, sera irrésistiblement rappelée vers cette falaise, lieu de rencontre avec la nuit et le brouillard.
Trois hommes traverseront la vie de ces jeunes femmes: Michael Bernstein, le pianiste; le peintre Louis Asfrid et le mystérieux Recruteur qui hante les quais de Liverpool. Ils apprendront que l'amour est aussi ce calme effrayant qui précède et annonce les tempêtes.
« La Hague, dit l'auteur, ne m'a pas inspiré ce roman : elle me l'a imposé. Je l'ai écrit dans la solitude, le tulmute et la passion, à l'image du pays étrange qui l'a fait surgir. »

Auteur : Né le 13 mars 194, fils du cinéaste Henry Decoin, Didier Decoin commence sa carrière comme journaliste. Il passe par des quotidiens comme Le Figaro et France-Soir. Il participe aussi à la création du magazine VSD. Il touche aussi à la radio en intervenant sur Europe 1. Mais le journaliste est passionné d'écriture et entame une carrière de romancier. A tout juste 20 ans, il publie son premier livre intitulé 'Le Procès à l'amour'. Ecrivant plus d'un vingtaine d'ouvrages, il est récompensé en remportant le Prix Goncourt pour 'John l'enfer' en 1977. Membre fondateur de la Société civile des auteurs multimédia – SCAM – il assure aussi la présidence de la Société des gens de lettres de France. En 1995, il devient le Secrétaire général de l'Académie Goncourt. Attiré par le cinéma et la télévision, il devient scénariste pour la fiction de France 2. On lui doit des séries comme 'Les Misérables', 'Le Comte de Monte-Cristo', 'Balzac' et 'Napoléon'. Fort d'un parcours hors du commun, Didier Decoin est aujourd'hui considéré comme un membre précieux de la culture française.

Mon avis : (lu en août 2010)
Voici l'histoire de trois femmes de la Hague, qui s'étend sur trois générations : il y a Babe Ozouf, Catherine et Carole. Chacune d'elles par amour fera naître un feu dans la nuit, un feu qui aura des conséquences malheureuses. Babe, par amour pour le pianiste Michael Berstein, allumera un grand feu qui causera le naufrage d'un navire. Catherine va illuminer sa maison et son jardin de toutes les bougies et lanternes pour se rassurer en l'absence de son mari le peintre Louis Asfrid. Elle sera alors obligée de fuir. Enfin, Carole qui allumera un grand feu pour couler le croiseur lourd Admiral von Severloh.
Toute la magie du récit vient du lieu où se déroule ce roman, la Hague avec ses landes de bruyères sauvages, ses rochers de granit, sa mer froide, ses embruns salés, son brouillard. Les descriptions sont superbes et le lecteur est envoûté autant par ce lieu que par ces trois histoires liées.

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Extrait : (début du livre)
Barbe Ouzouf aimait trop la beauté pour supporter longtemps le prénom qu’on lui avait infligé : à huit ans, elle en fit sauter le r et on la connut désormais sous le nom de Babe. Habitant une région proche des îles anglo-normandes, la Hague, certains prononçaient Babe à l’anglaise, comme un diminutif de baby. Cela lui alla plutôt bien jusqu’à la puberté, ensuite elle prit de la poitrine, des hanches, ses cheveux roux se mirent à pousser au point de lui battre les fesses, elle devint femme, et les gens cessèrent de dire Babe à l’anglaise pour, au contraire, insister sur le a, et même le multiplier comme si Babe s’écrivait Baaabe.
A six heures tous les soirs, elle se baignait sur la grève d’Ecalgrain. En 1893, il n’existait aucun aménagement, juste un sentier pour descendre de la falaise jusqu’au premier lit de galets. En avril, les ajoncs étiraient leurs pousses en travers du passage, et plus d’une fois Babe déchira sa robe à leurs épines, et souvent son jupon, ses cuisses à travers l’étoffe noire.

Elle agit aujourd’hui comme d’habitude, malgré les deux gendarmes à cheval qui l’attendent, qui la surveillent depuis la route de la falaise. L’un d’eux, Jean Le Nackeis, a déjà déroulé la corde rugueuse qui servira tout à l’heure à lier ensemble les poignets de Babe.

Elle n’a jeté qu’un coup d’œil distrait sur cette entrave.
Sur une roche elle pose sa coiffe, sa longue écharpe et ses souliers, en recommandant aux gendarmes de bien veiller à ce que le vent ne les enlève pas ; peu lui importe de retrouver ou non ses affaires quand elle remontera de la grève, parce qu’alors tout lui sera indifférent, mais dans le souci qu’elle manifeste de ne pas abandonner ces quelques accessoires au vent il y a une façon de promesse : « Je reviendrai me livrer, vous avez eu raison de me faire confiance. »

26 janvier 2009

Persepolis - Marjane Satrapi

Persépolis est une série de bande dessinée à caractère autobiographique et historique réalisée en noir et blanc par Marjane Satrapi (dessin et scénario). La série relate la vie de l’auteur, de son enfance en Iran à son entrée dans la vie adulte. Récit de l’évolution de l’Iran vue par les yeux d’une petite fille, Persépolis constitue un témoignage du quotidien de la période que connaît le pays lors de la Révolution iranienne en 1979-1980. Elle apporte un éclairage différent des récits historiques, éclairage dans lequel les événements sont vus de l’intérieur et vécus plutôt que rapportés.

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Tome 1 - L'Association – novembre 2000 -76 pages

Marjane est née dans une famille iranienne riche mais ouverte aux idées de gauche. Mais toute petite, elle était certaine d'être la dernière des prophètes et entretenait avec Dieu de longues discussions. Et son panthéon personnel mélange ainsi allègrement Dieu, Marx et Descartes. Autour d'elle gronde la révolution à laquelle ses parents prennent une part active en participant aux manifestations réclamant la fin du régime du Shah... Mais une fois cet objectif atteint, la petite fille voit les proches de ses parents - et leurs enfants, ses copains à elle - fuir ce nouveau régime qu'ils avaient pourtant contribué à instaurer...

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Tome 2 - L'Association – octobre 2001 -88 pages

La vie devient de plus en plus difficile pour les Iraniens en général et pour la famille Satrapi en particulier : les universités sont fermées, les manifestations d’opposition sont durement réprimées et les femmes ne peuvent plus sortir voilées sans risquer les pires ennuis. Et l’ambassade des Etats-Unis est occupée par les étudiants islamistes condamnant tout espoir d’obtenir un visa pour le nouveau monde. Et le pire est atteint quand l’Irak entre en guerre, provoquant le départ à la guerre de tous les jeunes hommes, la pénurie et l’obligation de se réfugier dans les sous-sols des immeubles lors des attaques aériennes. Il faut se méfier de tout le monde, se cacher des voisins pour boire, jouer aux cartes ou simplement faire la fête. Marjane, du haut de ses douze ans, vit intensément les événements, à la fois très patriotique et révoltée par ses nouvelles conditions de vie. Et elle a du mal à tenir sa langue.

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Tome 3 - L'Association – août 2002 -96 pages

Les parents de Marjane ont jugé préférable d’envoyer leur fille chérie en Autriche afin qu’elle étudie dans un lycée français sous la tutelle d’amis iraniens exilés. Mais bien vite, l’adolescente se retrouve placée en pension chez des bonnes sœurs… Un choc culturel dur à encaisser à un âge où il est déjà difficile d’assumer sa propre transformation physique et morale. Marjane peine donc à trouver sa place dans ce nouvel environnement et en vient à nier son identité d’Iranienne… Pas évident de traverser l’adolescence, les premiers amours quand on est en exil, loin de ses parents.

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Tome 4 - L'Association – août 2003 -104 pages

La petite « Marji » a bien grandi depuis le premier tome de Persépolis qui racontait son enfance. La voici de retour en Iran, après avoir découvert la liberté occidentale en Autriche. Ce tome 4 apparaît encore plus sombre que les premiers : on y ressent les difficultés d’une jeune fille à forger sa propre identité, difficultés d’autant plus fortes qu’elle se sent « européenne en Iran et iranienne en Europe ». Marjane cherche sa voie : tour à tour professeur d’aérobic, enseignante de Français puis étudiante aux Beaux-arts, un parcours qui ne manque pas d’originalité. Dans ce quatrième et dernier volume, on comprend plus précisément ce que représentent la répression et la censure, en particulier pour une étudiante en Art, ce que signifie entrave à la « liberté d’expression », et comment un régime peut, contre toute volonté de résistance, influencer les comportements les plus quotidiens.

Marjane Satrapi : (en persan : مرجان ساتراپی, Marjān Sātrāpi) Née en 1970 dans une famille aristocratique (apparentée à la dynastie Kadjar) mais d'obédience communiste de Téhéran, elle vit, en tant qu'enfant, la restriction grandissante des libertés individuelles et les conséquences dans la vie quotidienne des événements politiques de l'époque, particulièrement la révolution islamique et les débuts de la guerre Iran-Irak. On assassine son oncle, Anouche, un dirigeant du Parti communiste iranien, à qui elle est très attachée. En 1984, à l'âge de 14 ans, elle est envoyée par ses parents à Vienne, en Autriche, pour fuir la guerre et le régime iranien. Elle avait déjà étudié au lycée français de Téhéran. Elle continue son cursus scolaire au Lycée français de Vienne, puis retourne en Iran afin de suivre des études supérieures. Elle part ensuite en France et fait des études à l'École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. Elle réside actuellement à Paris.

Mon avis : 5/5 (lu en septembre 2007)

Les dessins sont en noir et blanc. Ils sont simples et schématiques car ils laissent plus d'importance aux textes.

Le récit est drôle et triste à la fois, parfois cocasse, souvent touchant. On apprend beaucoup la révolution islamique puis la guerre Iran-Irak à travers le regard d'une petite fille. Puis dans le tome 3, c'est la tentative d'intégration d'une jeune Iranienne en exil en Autriche. Pour le tome 4, c'est le retour en Iran après une rupture amoureuse, sa vie à l’université, son mariage, son divorce et enfin son départ en France où elle vit depuis 1994.

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La bande dessinée a donné lieu à la production d’un long métrage d’animation, Persépolis, réalisé par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud et sorti en France en 2007. Ce film obtient le prix du jury du Festival de Cannes 2007. Aux Césars 2008, il obtient celui du Meilleur Premier Film ainsi que la Meilleure Adaptation. Ce film est vraiment conforme à la BD.

14 mars 2009

Salon du Livre de Paris - Exposition du "Petit Nicolas"

J'ai passé un long moment de mon samedi au Salon du Livre de Paris avec l'un de mes fils de presque 14 ans.

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C'est une très très grande librairie et j'ai pris beaucoup de plaisir à me promener de stand en stand, avec comme seule envie de feuilleter des livres, j'ai également ramassé sur les stands marques pages, cartes postales, catalogues... J'ai pu prendre dans mes mains un e-book : j'ai eu un impression de fragilité de l'appareil... et je ne me sens absolument pas prête à abandonner le livre papier avec sa couverture colorée, la douceur du papier et le plaisir de tourner les pages ! J'ai également croisé des personnalités dans les allées du salon (Alain Juppé, Jack Lang qui étaient invités à la radio séparément), j'ai pu apercevoir des écrivains (Isabelle Alonso, Bernard Werber, Patrick Graham...) qui participaient à des débats publics. Et bien sûr, beaucoup d'écrivains ou dessinateurs étaient là pour dédicacer des livres...

Mon meilleur souvenir de ce salon reste le suivant : j'ai eu l'occasion d'échanger quelques mots avec un écrivain que j'ai découvert cet été et beaucoup aimé... avec son livre "Les déferlantes", Claudie Gallais. Elle est très sympathique et semblait presque gênée d'entendre tout le bien que nous (les lectrices) pensions de son livre.

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Après le Salon du Livre, nous sommes partis direction l'Hôtel de Ville voir l'Exposition du "Petit Nicolas" :

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La Mairie de Paris rend hommage au « Petit Nicolas » à l’occasion du 50ème anniversaire de sa création. L’exposition-hommage, qui a lieu du 6 mars au 7 mai, est la première exposition jamais consacrée à ce personnage créé en mars 1959 par l’écrivain René Goscinny et le dessinateur Jean-Jacques Sempé.

Côté Sempé : Environ 150 dessins originaux en noir et blanc du Petit Nicolas, agrémentés par d'imposantes photos et citations de Sempé et Goscinny, constituent le fil rouge de l'exposition.  Nicolas avec son cartable, souvent le sourire aux lèvres, suit le chemin de l'école. Nicolas se joue de ses professeurs, la plupart du temps ridiculisés. Face à ses parents, il se transforme en gamin ingénu. Dans la cour de l'école, il observe ses camarades turbulents. Les dessins sont parus dès 1959 dans Sud-Ouest Dimanche et dans le défunt magazine Pilote. L'on découvre aussi les éditions originales du Petit Nicolas publiées entre 1960 et 1964 aux éditions Denoël, ainsi que les éditions étrangères, de la République Tchèque à la Corée du Sud en passant par la Malaisie.

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Côté Goscinny : Restitués comme par magie, les outils de travail de Goscinny figurent en bonne place dans l'exposition. Sa machine à écrire, une RoyaSl Keyston rapportée des Etats-Unis dont il s'est servi pour les textes de Lucky Luke, d'Astérix et du Petit Nicolas, trône royalement. Une vieille édition du Larousse, dans laquelle il puisait pour imaginer les citations en latin d'Astérix, sied non loin de là. Un exemplaire de la revue des anciens du collège français de Buenos Aires, où Goscinny a passé toute sa scolarité, nous permet de jeter un oeil sur des illustrations de vieille dame ou de scènes de famille. Aucun doute là-dessus : l'auteur aurait aussi pu devenir dessinateur, s'il n'avait pas décidé de se consacrer exclusivement à l'écriture de scénarios dans les années 1950.

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Exposition gratuite du 6 mars au 7 mai de 10h à 19h (sauf dimanche et fêtes).

23 février 2009

Miserere – Jean-Christophe Grangé

Miserere Albin Michel – septembre 2008 – 528 pages

Présentation de l'éditeur
"Ce sont des enfants.
Ils ont la pureté des diamants les plus parfaits.
Aucune ombre. Aucune inclusion. Aucune faille.
Mais leur pureté est celle du Mal."

Etrange assassinat d'un chef de chorale d'origine chilienne dans l'église arménienne de Paris. Disparitions de plusieurs enfants de chœur. Série de meurtres opérée selon un protocole macabre : perforation inexplicable des tympans, inscriptions tirées du Miserere d'Allegri, mystérieuses traces de pas autour des cadavres : pointure 36...
Pour mener l'enquête, deux flics border line comme les aime Grangé : Kasdan, le vieux briscard à la retraite, et Volo le toxico, beau comme une rock star. Origines arménienne et russe. Deux hommes intelligents, acharnés, hantés par leur passé.
Du pur Grangé, complexe, tourmenté, baroque. Un de ses meilleurs thrillers, peut-être le plus inquiétant, qui mêle enfance, torture (des bourreaux nazis aux bourreaux chiliens), expérimentations scientifiques ultimes et musique...

Biographie de l'auteur
Né à Paris en 1961, après une maîtrise de lettres à la Sorbonne, Jean-Christophe Grangé devient rédacteur publicitaire, puis travaille pour une agence de presse. A partir de 1989, il parcourt le globe pour réaliser ses premiers reportages, travaillant pour des journaux et magazines variés et internationaux, parmi lesquels Paris Match ou le Sunday Times. Devenu journaliste free-lance, il fonde sa propre agence, L & G, et finance lui-même ses expéditions aux quatre coins du monde. Ces reportages lui permettent de récolter au passage les plus importantes consécrations de la profession, le prix Reuter et le prix World Press. En 1994, Jean-Christophe Grangé entame sa carrière littéraire avec 'Le Vol des cigognes' et enchaîne en 1998 avec 'Les Rivières pourpres', qui connaîtra cette fois un large succès et lui assurera la célébrité. En 2000, paraît 'Le Concile de Pierre', qui fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 2006. Traduits en 18 langues, les romans de celui que l'on surnomme le 'Stephen King français' se sont déjà vendus à plus d'un million d'exemplaires. En 2003, il publie 'L' Empire des loups'. Il est à l'origine du scénario de 'Vidocq' et des textes de la bande dessinée 'La Malédiction de Zener', de Philippe Adamov. Il est également à l'origine d'une trilogie sur la 'compréhension du mal sous toutes ses formes', entamée avec 'La Ligne noire' en 2004. Jean-Christophe Grangé, auteur prolifique, semble avoir trouvé la clé du succès.

Mon avis : (lu en février 2009)

J'ai découvert Jean-Christophe Grangé avec le Vol des cigognes et depuis c'est celui que j'ai préféré. Je n'ai pas lu les derniers car je trouvais que ses livres étaient une escalade dans le sanguinolent et l'insupportable... J'ai voulu lire celui-ci car c'était autour du chant chorale (que j'apprécie beaucoup) et je n'ai pas été déçu par ce livre. J'ai été prise par l'histoire, les deux flics sont très attachants. Il est question de musique, d'enfants et de tortures. L'intrigue est très bien construite, très documentée. Le rythme est soutenu et nous tient en haleine, on a du mal à lâcher le livre pour vaquer à notre quotidien...

Le chant qui donne le titre au livre Le Miserere d'Allegri est une œuvre musicale chantée a cappella, composée durant le règne du pape Urbain VIII, vers 1630. Le Miserere était chanté dans la Chapelle Sixtine lors des matines du mercredi et vendredi de la Semaine Sainte, et uniquement en ce lieu et à cette occasion. Il était chanté à la fin de l'office des ténèbres, alors que les cierges qui éclairaient la Chapelle étaient progressivement éteints. Devant le Pape et les cardinaux agenouillés, les chanteurs de la Chapelle improvisaient de somptueux ornements sur le faux-bourdon. Depuis sa création, cette œuvre est restée mystérieuse car le Pape en avait interdit sa reproduction et représentation ailleurs qu'à Rome. C'est une œuvre vocale très difficile à interpréter en particulier la partie soprano qui ne peut être chantée que par un enfant ou un castrat. Cette œuvre est évoquée tout au long du livre de J-C Grangé.

Pour écouter le Miserere d'Allegri

Extrait :

"On lui avait présenté un jeune gars modèle, tombé dans la dope à 25 ans, au contact des dealers et des drogués.
Mais ce n'était pas l'histoire.
Pas du tout.
Bien avant la brigade des Stups, Volokine était déjà défoncé. Kasdan voyait plutôt se dessiner un môme fermé sur ses traumatismes. Un gamin qui avait tâté très tôt de la horse. Tentative pour oublier ce qu'il avait vécu dans les foyers ou auprès de son salopard de grand-père.
La même question revint le tarauder. Comment le jeune Volokine s'était-il démerdé financièrement durant ses études ? Ce n'était pas avec les mille francs mensuels du SAV qu'il avait pu s'acheter sa dose quotidienne. Il n'y avait qu'une seule solution, facile à imaginer. Volokine avait dealé. Ou s'était livré à d'autres activités criminelles.
Kasdan appela un de ses anciens collègues de la PJ et lui demanda d'effectuer un passage de fichier. Après s'être fait tirer l'oreille, l'homme accepta de fouiller du côté du permis de conduire de Cédric Volokine et des appartements qu'il avait occupé durant ses études.
En 1999, alors que Volokine passait sa maîtrise de droit, l'étudiant habitait au 28, rue Tronchet, un trois-pièces de cent mètres carrés près de la Madeleine. Au bas mot un loyer de vingt mille francs...
Dealer.
Kasdan demanda quel véhicule il conduisait. L'ordinateur mit quelques secondes à répondre. En 1998, il avait acquis une Mercedes 300 CE 24. La bagnole la plus chère et la plus branchée de l'époque. Le modèle pur frimeur. Volokine avait 20 ans.
DEALER.
Kasdan raccrocha et se posa la question à mille euros. Qu'est-ce qui pouvait un dealer défoncé, dans la force de l'âge, à s''inscrire à l'école des flics et à endosser l'uniforme pour deux années ? La réponse était à la fois limpide et tordue. Volokine avait oublié d'être con. Il savait qu'un jour ou l'autre, il finirait par tomber – et qu'il crèverait à petit feu, en taule, en état de manque. Or, où peut-on se procurer de la drogue, tout en bénéficiant d'un maximum de sécurité ? Chez les flics. Volokine était passé de l'autre côté, simplement pour s'approvisionner en toute impunité. Et à l'œil.
Tout cela n'était ni très moral, ni très sympathique.
Mais Kasdan se sentait attiré par ce chien fou qui avait bricolé avec la vie au point de bousculer tous les repères. L'Arménien pressentait une autre vérité. La drogue et le passage aux Stups ne constituaient qu'une étape pour le Russe. Kasdan le sentait profondément, Cédric Volokine avait choisi d'être flic pour une autre raison.
Au bout de deux ans il était passé à la BPM. Y mettant une fureur particulière. Le vrai combat, la vraie motivation de Volokine, c'étaiit les pédos. Protéger les enfants. Pour cela, il lui fallait sa dose et il avait dû bosser aux Stups pour établir ses réseaux. Alors seulement il était passé aux choses sérieuses. Sa croisade contre les prédateurs pédophiles.
En parcourant ses notes, Kasdan avait l'impression de lire la biographie d'un super-héros, comme il en lisait autrefois dans les bandes dessinées Marvel ou Strange. Un super-flic doté de nombreux pouvoirs – intelligence, courage, expertise du muay thai, habileté au tir – mais possédant aussi une faille, un talon d'Achille, comme Iron Man et son cœur fragile, Superman et sensibilité à la kryptonite...
Pour Cédric Volokine, cette fêlure avait un nom : la came. Un problème qu'il n'avait jamais réussi à régler. Comme en témoignait son séjour actuel en désintox.
Kasdan sourit.
Dans toute sa carrière, il n'avait connu qu'un seul flic aux motivations aussi tordues.
Lui-même."

22 décembre 2008

Où on va papa ? - Jean-Louis Fournier

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Stock - septembre 2008 - 154 pages

Prix Fémina 2008

Résumé : Pour la première fois dans son oeuvre, Jean-Louis Fournier parle de ses garçons, pour ses garçons. Parce que le temps presse et qu il faut dire autrement. Dire autrement la question du handicap, sans l'air contrit ou la condescendance.
Comme il l'a fait en 1999 en évoquant son père, Jean-Louis Fournier conserve, pour ce nouveau roman, l' équilibre maîtrisé entre le drôle et la désespérance.


Auteur : Jean-Louis Fournier est un écrivain, humoriste et réalisateur de télévision né à Arras le 19 décembre 1938. Il est le créateur, entre autres, de La Noiraude et d'Antivol, l'oiseau qui avait le vertige. Par ailleurs, il fut le complice de Pierre Desproges en réalisant les épisodes de La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, ainsi que les captations de ses spectacles au Théâtre Grévin (1984) et au Théâtre Fontaine (1986). C'est également à lui que l'on doit l'intitulé de la dépêche AFP annonçant le décès de l'humoriste: "Pierre Desproges est mort d'un cancer. Etonnant non ?". Il adore Ionesco.

Jean-Louis Fournier est l'auteur de nombreux succès depuis 1992 (Grammaire française et impertinente), Il a jamais tué personne mon papa (1999), Les mots des riches, les mots des pauvres (2004), Mon dernier cheveu noir (2006). Autant de livres où il a pu s entraîner à exercer son humour noir et tendre. Où on va, papa est peut-être son livre le plus désespérément drôle.

Mon avis : (lu en décembre 2008)

Dès que j'ai entendu parler de ce livre, j'ai voulu me le procurer à la bibliothèque. Je connaissait déjà l'auteur pour « il a jamais tué personne mon papa »

Livre qui se lit très facilement mais qui est percutant : on découvre la vie d'un papa de 2 enfants handicapés. Les situations sont émouvantes mais l'auteur est plein d'humour. Il se protège en ironisant sur les évènements difficiles de sa vie.

On découvre au fil des pages tout l'amour que porte Jean-Louis Fournier pour ces enfants. On est ému au plus profond de soi.

Étant moi-même maman, on prend conscience de la chance d'avoir des enfants en bonne santé, capable de répondre à nos attentes.

A lire absolument !

Extrait :

« Cher Mathieu, cher Thomas,

Quand vous étiez petits, j'ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois.
Je ne l'ai jamais fait. Ce n était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures... "
Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J'avais honte ? Peur qu'on me plaigne ?
Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible : « Qu'est-ce qu'ils font ? »
Aujourd’hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j'ai décidé de leur écrire un livre.
Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d'invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un
ange.
Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d'eux avec le sourire. Ils m'ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement.
Grâce à eux, j'ai eu des avantages sur les parents d'enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu'ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait : rien.

Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j'ai pu rouler dans des grosses voitures américaines. »

LGF – mars 2010 – 149 pages

26 novembre 2008

Les larmes de l'assassin - Anne-Laure Bondoux

les_larmes_de_l_assassin Bayard Jeunesse – mai 2003 – 226 pages

4ème de couverture :

L'homme et la femme Poloverdo avaient un enfant qui poussait comme le reste sur cette terre, c'est-à-dire pas très bien. Il passait ses journées à courir après les serpents. Il avait de la terre sous les ongles, les oreilles décollées à force d'être rabattues par les rafales de vent, et s'appelait Paolo. Paolo Poloverdo. C'est lui qui vit venir l'homme, là-bas, sur le chemin, par un jour chaud de janvier. Cette fois-là, ce n'était ni un géologue, ni un marchand de voyages, et encore moins un poète. C'était Angel Allegria. Un truand, un escroc, un assassin.

Auteur : C'est en région parisienne qu'est née Anne-Laure Bondoux en 1971. Elle a suivi des études de Lettres Modernes à Nanterre. Parallèlement à ses études, elle a monté des ateliers d'écriture pour enfants en difficulté lesquels ont reçu le prix Fondation de France. Après avoir fait du théâtre, elle a rejoint en 1996 la rédaction de 'J' aime lire' à Bayard Presse, puis a participé au lancement du nouveau magazine, Maximum. Elle a cessé ses activités de journaliste en 2000 pour se consacrer exclusivement à l'écriture. Elle est l'auteur d'une trilogie 'Le Peuple des rats' publiée chez Bayard, et de plusieurs ouvrages pour enfants. Elle écrit également pour le théâtre et la chanson.

Mon avis : 5/5 (lu en janvier 2007)

Ce livre est aussi bien pour des adolescents que des adultes. Une histoire belle et triste. L'écriture est sobre, tout en nuance.

Paolo Poloverdo habite avec ses parents dans une ferme isolée à l'extrême sud du Chili. Angel Allegria, un assassin en fuite, arrive par hasard sur cette terre aride, tue les parents du petit garçon et s'installe avec lui. Alors qu'ils apprennent à vivre ensemble et qu'une étrange relation se développe entre eux, un troisième homme, Luis Secunda, riche, exilé et érudit, vient partager leur solitude. Poussés par la nécessité d'acquérir du bétail, tous les trois entreprennent vers Valparaiso un voyage au cours duquel les deux adultes vont se disputer l'affection de l'enfant.

L'atmosphère est spéciale dans ce bout du monde, aride et sauvage. La complicité qui se tisse entre l'assassin et le petit garçon est troublante et à la fois très belle. Cet enfant n'était pas aimé par ses parents, il découvre l'amour paternel d'Angel. L'arrivée de Luis va créer une rivalité entre les deux hommes pour avoir une exclusivité sur Paulo.

Ce récit initiatique est passionnant. Il y a la confrontation de l’innocence et du mal. L'amour pour l'autre qui prend le dessus sur la violence. Paolo est à la recherche du bonheur et de l'amour. Le dénouement est plein d'espoir. C'est un roman surprenant jusqu'à la fin, je me suis beaucoup attachée aux différents personnages, et j'ai été très souvent émue en lisant ce livre.

Extrait : « Ici, personne n'arrivait jamais par hasard. Car ici, c 'était le bout du monde, ce sud extrême du Chili qui fait de la dentelle dans les eaux froides du Pacifique. Sur cette terre, tout était si dur, si désolé, si malmené par le vent que même les pierres semblaient souffrir. Pourtant, juste avant le désert et la mer, une étroite bâtisse aux murs gris avait surgi du sol : la ferme des Poloverdo.

Les voyageurs qui parvenaient jusque-là s'étonnaient de trouver une habitation. Ils descendaient le chemin et frappaient à la porte pour demander l'hospitalité d'une nuit. Le plus souvent, il s'agissait d'un scientifique, d'un géologue avec sa boîte à cailloux, ou d'un astronome en quête de nuit noire. Parfois, c'était un poète. De temps en temps, un marchand d'aventure en repérage.

Chaque visite, par sa rareté, prenait une allure d'évènement. La femme Poloverdo, mains tremblantes, servait à boire avec une cruche ébréchée. L'homme, lui, se forçait à dire deux mots à l'étranger, pour ne pas paraître trop rustre. Mais il était rustre tout de même, et la femme versait le vin à côté du verre, et le vent sifflait tant sous les fenêtres disjointes qu'on croyait entendre hurler les loups.

Ensuite, quand le voyageur était parti, l'homme et la femme refermaient leur porte avec un soupir de soulagement. Leur solitude reprenait son cours, sur la lande désolée, dans la caillasse et la violence.

L'homme et la femme Poloverdo avaient un enfant. Un garçon né de la routine de leur lit, sans amour particulier, et qui poussait comme le reste sur cette terre, c'est à dire pas très bien. Il passait ses journées à courir après les serpents. Il avait de la terre sous les ongles, les oreilles décollées à force d'être rabattues par les rafales de vent, la peau jaune et sèche, les dents blanches comme des morceaux de sel et s'appelait Paolo. Paolo Poloverdo.

C'est lui qui vit venir l'homme, là-bas, sur le chemin, par un jour chaud de janvier. Et c'est lui qui courut avertir ses parents qu'un étranger arrivait. Sauf que, cette fois-là, ce n'était ni un géologue, ni un marchand de voyages, et encore moins un poète. C'était Angel Allegria. Un truand, un escroc, un assassin. Et lui pas plus que les autres n'arrivait par hasard dans cette maison du bout de la terre. »

4 novembre 2017

Millenium 5 - La fille qui rendait coup pour coup - David Lagercrantz

 41n62EhJlAL Actes Noirs - septembre 2017 - 448 pages

traduit du suédois par Hege Roel-Rousson

Titre original : Mannen som sökte sin skugga, 2017

Quatrième de couverture : Suite aux infractions qu'elle a commises en sauvant le petit garçon autiste dans "Ce qui ne me tue pas", Lisbeth Salander est incarcérée dans une prison de haute sécurité pour négligence constituant un danger public. Lorsqu'elle reçoit la visite de son ancien tuteur, Holger Palmgren, les ombres d'une enfance qui continuent à la hanter ressurgissent. Avec l'aide de Mikael Blomkvist, elle se lance sur la piste de crimes d'honneur et d'abus d'Etat, exhumant de sombres secrets liés à la recherche génétique.

Auteur : Né en 1962, David Lagercrantz est un écrivain et journaliste suédois habitant à Stockholm. Auteur de plusieurs livres, il affirme notamment sa notoriété sur la scène littéraire suédoise en 2009 avec la parution de Syndafall i Wilmslow (La Chute de l'homme à Wilmslow), un roman centré sur le personnage du mathématicien britannique Alan Turing (à paraître en 2016).

Mon avis : (lu en septembre 2017)
J'ai toujours beaucoup plaisir de retrouver Lisbeth Salander dans une aventure... Suite à l'épisode précédent, nous la retrouvons en prison. Si ce n'était l'impossibilité d'avoir accès à un ordinateur, Lisbeth n'est pas si mal que cela derrière les barreaux, elle garde la forme en s'entraînant physiquement tous les jours, elle a su imposer des distances vis à vis des autres détenues pour avoir la paix. Mais face à une injustice subie par une co-détenue, Faria Kazi, elle n'hésite pas à sauter au cou de la caïd pour la défendre...
Dans cette épisode, le lecteur va en apprendre un peu plus sur le passé de Lisbeth et suivre en parallèle l'histoire de Faria, une jeune indienne envoyée en prison pour avoir tué un de ses frères.
Stieg Larsson ou David Lagercrantz, je suis toujours avec intérêt et plaisirs les aventures de Lisbeth Salander et Mikael Blomkvist. Les sujets évoqués sont bien documentés, actuels et très intéressants, l'intrigue est palpitante et les personnages bien fouillés. J'ai beaucoup aimé cette lecture et il va sans dire que je serai là pour l'épisode 6 !

Extrait :
PROLOGUE
HOLGER PALMGREN ÉTAIT AU PARLOIR, calé dans son fauteuil roulant :

— Ce tatouage de dragon… j’ai toujours voulu te poser la question, pourquoi est-il si important pour toi ?
— C’est en rapport avec ma mère.
— Agneta ?
— J’étais petite ; j’avais quoi ? six ans, peut-être. Je me suis sauvée de chez moi.
— Ça me dit quelque chose… Une femme est venue vous voir, n’est-ce pas ? Elle avait une sorte de tache de naissance ?
— Oui, ça faisait comme une brûlure sur son cou.
— Comme des stigmates laissés par un dragon ?

I - LE DRAGON
12-20 juin

Sten Sture l’Ancien fit ériger la statue en 1489 pour célébrer sa victoire sur le roi du Danemark à la bataille de Brunkeberg.

La statue – qui se trouve dans la cathédrale de Stockholm – figure le chevalier saint Georges à cheval, l’épée au clair. Un dragon mourant gît à ses pieds. À côté se tient une femme vêtue d’une tenue burgonde.

La femme représente la vierge que le chevalier sauve des griffes du monstre. L’épouse de Sture l’Ancien, Ingeborg Åkesdotter, aurait servi de modèle au personnage, qui, dans cette scène, semble curieusement impassible.

1 - LE 12 JUIN

LISBETH SALANDER SORTAIT DES VESTIAIRES après sa séance d’entraînement, quand elle fut rattrapée dans le couloir par le surveillant-chef Alvar Olsen. Il lui déballa un blabla exalté. Il semblait tout excité. Il gesticulait et brandissait des documents. Mais Lisbeth ne saisissait pas un mot de ce qu’il disait. Il était 19h30.C’était l’heure la pire à Flodberga. L’heure où le fracas du train de marchandises qui longeait la prison faisait trembler les murs, où les trousseaux de clés cliquetaient dans le couloir, où l’air se chargeait d’effluves de parfum et de transpiration. 19 h 30 était, pour les prisonnières, le moment le plus dangereux de la journée. C’était alors, à la faveur du boucan de la voie ferrée et de l’agitation générale provoquée par la fermeture imminente des portes des cellules, qu’avaient lieu les pires agressions. Lisbeth Salander inspectait toujours le quartier à cette heure-là, et ce ne fut sans doute pas un hasard si elle aperçut Faria Kazi à cet instant précis.
Faria Kazi était une jolie jeune femme, originaire du Bangladesh. Elle était assise dans sa cellule, sur la gauche. Même si, de là où se trouvait Lisbeth, elle ne pouvait voir qu’une partie de son visage, il ne faisait aucun doute qu’elle recevait des gifles. Sa tête basculait de part et d’autre sans interruption et, bien que les coups ne fussent pas particulièrement violents, ils avaient quelque chose de rituel et de coutumier. Quoi qu’il fût en train de se passer, ça durait depuis un moment. Le geste humiliant de l’agresseur en témoignait, tout comme l’attitude résignée de la fille. Même à distance, on sentait que le rapport de domination était bien ancré, avait brisé toute volonté de résistance.
Aucune main ne tentait d’arrêter les gifles et le regard ne traduisait nul étonnement, juste une peur sourde. Faria Kazi vivait dans la terreur. Il suffisait à Lisbeth d’observer son visage pour s’en rendre compte. Et cela corroborait ses observations des dernières semaines.

Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Suède

Déjà lu du même auteur :

millenium4_ac Millenium 4 - Ce qui ne me tue pas

Les trois premiers tomes par Stieg Larsson :

Millenium_1 Millénium 1 : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

mill_nium2 Millénium 2 : La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette
mill_nium3 Millénium 3 : La reine dans le palais des courants d'air

Déjà écouté :

CD_LARSSON_MILLENIUM_1 Millénium 1 millenium2_audio Millénium 2  millenium3_audio Millenium 3

 

 

6 septembre 2017

Paul à la pêche - Michel Rabagliati

71nKTU+vqxL Editions de la Pastèque - octobre 2006 - 199 pages

Quatrième de couverture :
Paul et Lucie sont désormais installés à Montréal où la vie se poursuit sans heurts. L'été venu, ils tentent un séjour dans un village au bord d'un lac aménagé pour les pêcheurs. La pêche ne les passionne pourtant guère. Mais leur principal souci est ailleurs : leur premier enfant si ardemment souhaité tarde à venir...

Auteur : Michel Rabagliati est né en 1961 à Montréal où il a grandi dans le quartier Rosemont. Après s'être intéressé un moment à la typographie, il étudie en graphisme et il travaille à son compte dans ce domaine à partir de 1981. Puis, il se lance sérieusement dans l'illustration publicitaire à partir de 1988.
Depuis 1998, ses bandes dessinées révolutionnent le 9e art québécois. En 2007, l'auteur s'est vu décerner une Mention spéciale pour l'ensemble de son oeuvre par le Prix des libraires du Québec, et Paul à Québec a remporté plus de 7 prix, dont le Prix du public au Festival international de Bande dessinée d'Angoulême en 2010.

Mon avis : (lu en juillet 2017)
C’est le dernier album de la série que je découvre, c’est en fait le cinquième de la série...
C’est l’été, Paul et Lucie partent en vacances dans un chalet près d'un lac. Ils y retrouvent Monique, la sœur de Lucie, Clément, son mari et leurs deux petites filles. C’est l’occasion, pour le lecteur, de connaître un peu mieux la famille de Lucie et pour Paul de découvrir grâce à Clément le monde de la pêche et des pêcheurs québécois.
Lucie est enceinte et avec Paul, ils se réjouissent d’être prochainement parents… Malheureusement, Lucie perd son bébé et cet album, qui avait commencé sur des épisodes légers et anecdotiques de la vie de Paul et Lucie, aborde un sujet plus douloureux sur les difficultés d’un couple à avoir un bébé. C'est un album plein de tendresse, d’humanité et de pudeur, j’ai toujours beaucoup de plaisir à découvrir les québécois à travers les épisodes de la vie de Paul et les siens.

Extrait : 

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Déjà lu du même auteur :

107640216 Paul en appartement paul au parc Paul au parc

109131365 Paul dans le Nord 110034991 Paul à Québec 

paul à la campagne Paul à la campagne 110765699 Paul dans le métro 

paul02 Paul a un travail d'été 

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