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Seuil – août 2006 – 228 pages

Prix Renaudot 2006

Résumé : Chez les Bembé, ethnie du Nord du lac Tanganyika, on dit que chaque homme a pour double un animal servile. Ainsi, Porc-Epic a-t-il consacré toute une vie de rongeur à exécuter les basses besognes assassines du terrible Kibandi, charpentier susceptible et colérique qui n'aime ni se faire refouler par les filles ni se faire refuser un crédit à l'épicerie. Et tchac ! Si son maître l'exige, Porc-Epic plante ses piquants en travers des gorges, des tempes et des cœurs ennemis.

Présentation de l'éditeur
Alain Mabanckou revisite en profondeur un certain nombre de lieux fondateurs de la littérature et de la culture africaine, avec amour, humour et dérision. Parodiant librement une légende populaire selon laquelle chaque être humain possède son double animal, il nous livre dans ce récit l'histoire d'un étonnant porc-épic, chargé par son alter ego humain, un certain Kibandi, d'accomplir à l'aide de ses redoutables piquants toute une série de meurtres rocambolesques. Malheur aux villageois qui se retrouvent sur la route de Kibandi, car son ami porc-épic est prêt à tout pour satisfaire la folie sanguinaire de son " maître " ! En détournant avec brio et malice les codes narratifs de la fable, Alain Mabanckou renouvelle les formes traditionnelles du conte africain dans un récit truculent et picaresque où se retrouvent l'art de l'ironie et la verve inventive qui font de lui une des voix majeures de la littérature francophone actuelle.

Biographie de l'auteur
Né au Congo-Brazzaville, Alain Mabanckou vit aux Etats-Unis et enseigne la littérature francophone à l'université de Californie-Los Angeles. Son roman Verre Cassé, publié au Seuil, lui a valu le prix Ouest-France / Etonnants Voyageurs, le prix des Cinq Continents de la Francophonie et le prix RFO du livre.

Mon avis : (lu en janvier 2007)

Conte africain avec comme seule ponctuation la virgule. Mais cela n’est aucunement gênant… j’avais déjà lu un peu plus de 50 pages avant de m’apercevoir qu’il n’y avait ni point, ni majuscule ! L'auteur donne la parole à un porc-épic, il est le double animal de Kibandi et est armé de redoutables piquants et quand son maître l'exige, il exécute des meurtres pour lui. Ce récit nous entraîne dans des aventures rocambolesques. On plonge dans l'univers des contes africains, le dépaysement est totale. Avec dérision, ironie et humour, l'auteur nous invite à une rélexion sur la place de l'homme dans le monde, le sens de la vie mais aussi sur la relation homme-l'animal. Livre très instructif.

Extrait : donc je ne suis qu’un animal, un animal de rien du tout, les hommes diraient une bête sauvage comme si on ne comptait pas de plus bêtes et de plus sauvages que nous dans leur espèce, pour eux je ne suis qu’un porc-épic, et puisqu’ils ne se fient qu’à ce qu’ils voient, ils déduiraient que je n’ai rien de particulier, que j’appartiens au rang des mammifères munis de longs piquants, ils ajouteraient que je suis incapable de courir aussi vite qu’un chien de chasse, que la paresse m’astreint à ne pas vivre loin de l’endroit où je me nourris à vrai dire je n’ai rien à envier aux hommes, je me moque de leur prétendue intelligence puisque j’ai moi-même été pendant longtemps le double de l’homme qu’on appelait Kibandi et qui est mort avant-hier, moi je me terrais la plupart du temps non loin du village, je ne rejoignais cet homme que tard dans la nuit lorsque je devais exécuter les missions précises qu’il me confiait, je suis conscient des représailles que j’aurais subies de sa part s’il m’avait entendu de son vivant me confesser comme maintenant, avec une liberté de ton qu’il aurait prise pour de l’ingratitude parce que, mine de rien, il aura cru sa vie entière que je lui devais quelque chose, que je n’étais qu’un pauvre figurant, qu’il pouvait décider de mon destin comme bon lui semblait, eh bien, sans vouloir tirer la couverture de mon côté, je peux aussi dire la même chose à son égard puisque sans moi il n’aurait été qu’un misérable légume, sa vie d’humain n’aurait pas valu trois gouttelettes de pipi du vieux porc-épic qui nous gouvernait à l’époque où je faisais encore partie du monde animal