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A propos de livres...
26 décembre 2008

Tea-Bag - MANKELL Henning

tea_bag Traduit du suédois par Anna Gibson

Seuil - mars 2007 - 329 pages

Présentation de l'éditeur
Tea-Bag, jeune Nigériane, traverse l'Europe à pied, persuadée que tout là-haut, en Suède, une porte s'ouvrira pour elle. Tania, venue de Smolensk, a franchi la Baltique à la rame, portée par le même espoir. Leïla est arrivée d'Iran alors qu'elle était enfant. Ensemble elles se démènent pour survivre dans une banlieue de Göteborg où elles ont échoué par hasard. Pendant ce temps, le célèbre auteur Jesper Humlin, qui attend l'inspiration en surveillant son bronzage et le cours de ses actions en Bourse, tente d'échapper à la tyrannie de sa petite amie et de sa mère. Le jour où sa trajectoire croise celle de Tea-Bag, Tania et Leïla, c'est le choc. Il découvre l'existence d'une Suède inconnue, clandestine, comme un double " en négatif " de la Suède officielle, laquelle ignore tout de la première. Aussitôt il envisage de détourner leurs expériences à ses propres fins. Mais les jeunes filles n'ont pas dit leur dernier mot... Dans le nouveau roman de Mankell, comédie et tragédie se donnent la main : tour à tour drôle et grave, dérisoire et engagée, cette histoire pleine de rebondissements et de larmes est un conte inspiré du XXIe siècle et un hommage vibrant à des héroïnes bien réelles.

Biographie de l'auteur
Né en 1948, Henning Mankell a débuté sa carrière professionnelle comme assistant-metteur en scène à l'âge de 17 ans. Passionné de théâtre, il a ensuite dirigé une scène de la province de Scanie. Auteur d'une quinzaine de livres pour enfants et pour adultes, il est considéré comme l'un des maîtres incontestés du roman policier suédois grâce à la série des Wallander qui met en scène un inspecteur du même nom. En 2008 sort 'Profondeurs', ouvrage dans lequel l'auteur médite sur le mensonge en empruntant à tous les genres, du théâtre au roman policier. Il partage aujourd'hui sa vie entre la Suède et le Mozambique où il dirige depuis 1996 le Teatro Avenida, qu'il présente lui-même comme la 'passion de sa vie'. Tea-Bag est son troisième roman, après Comédia infantil (Seuil, 2003) et Le Fils du vent (Seuil, 2004).

Mon avis : (lu en juillet 2007)

Je n'ai jamais eu l'occasion de lire d'autres livres de cet auteur et j'ai bien aimé ce roman qui aborde un thème très actuel et qui est souvent touchant.

On découvre avec intérêt le contexte d'immigration souvent moins connu de la Suède.

Les personnages sont très attachants : c'est la rencontre d'un poète suédois un peu original avec des sans-papiers venant de différents horizons. L'auteur aborde les sujet de la différence, du choc des cultures, de la peur de l'étranger...

Extrait :

« C'était un des derniers jours du siècle.
La fille au grand sourire fut réveillée par la pluie, le bruit des gouttes s'écrasant avec douceur sur la toile de la tente. Tant qu'elle gardait les yeux fermés, elle pouvait s'imaginer chez elle, au village, au bord du fleuve qui charriait l'eau claire et froide des montagnes. Mais dès qu'elle les ouvrait, elle avait la sensation de basculer dans une réalité vide, impossible à comprendre. Son passé se réduisait alors à un carrousel d'images hachées, saccadées, tirées de sa longue fuite. Immobile, elle faisait l'effort d'ouvrir les yeux lentement, de ne pas laisser filer les rêves tant qu'elle n'était pas prête à affronter le réveil. Ces premières difficiles minutes décidaient de la suite de la journée. Là, en cet instant, elle était entourée de pièges.

Depuis trois mois qu'elle était dans le camp, elle s'était aménagé un rituel auquel elle ajoutait chaque matin un nouvel élément, jusqu'à trouver la meilleure manière, la plus sûre, de commencer la journée sans que la panique la submerge aussitôt. L'essentiel était de ne pas se lever d'un bond avec le faux espoir que ce jour-là apporterait un événement décisif. Rien n'arrivait, dans le camp, elle en avait maintenant la certitude. C'était le premier enseignement qu'elle avait dû assimiler, à compter du jour où elle s'était traînée hors de l'eau sur cette plage caillouteuse d'Europe où elle avait été accueillie par des chiens menaçants et des douaniers espagnols armés. Etre en fuite, cela voulait dire être seul. Cette certitude valait pour tous, quelle que soit leur origine, quels que soient leurs motifs d'être partis pour l'Europe. Elle était seule et il valait mieux de ne pas espérer voir finir cette solitude, qui l'envelopperait encore pour un temps peut-être très long.

Allongée, les yeux fermés, sur le lit de camp inconfortable, elle laissait ses pensées remonter doucement à la surface. A quoi ressemblait sa vie? Au milieu de toute cette confusion, elle avait un point de repère, un seul. Elle était enfermée dans un camp de rétention du sud de l'Espagne après avoir eu la chance de survivre alors que presque tous les autres s'étaient noyés, tous ceux qui avaient embarqué à bord du bateau pourri qui devait les amener là depuis l'Afrique. Elle se rappelait la somme d'espoirs enfermés dans cette cale sombre. La liberté avait un parfum. Qui devenait de plus en plus fort à mesure que la liberté approchait, et qu'on n'en était plus séparé que par quelques milles marins. La liberté, la sécurité, une vie qui ne serait pas marquée uniquement par la peur, la faim ou le désespoir.

C'était une cale pleine de rêves, pensait-elle parfois, mais peut-être aurait-il été plus juste de dire que c'était une cale pleine d'illusions. Tous ceux qui attendaient dans l'obscurité de cette plage marocaine, entre les mains de passeurs avides venus de divers coins du monde, avaient été conduits à la rame vers le bateau qui attendait sur la rade, tous feux éteints. Des marins réduits à des ombres sifflantes les avaient poussés sans ménagement dans la cale, comme des esclaves des temps modernes. Ils n'avaient pas de chaînes aux pieds. Leurs chaînes, c'étaient les rêves, le désespoir, toute la peur au ventre avec laquelle ils avaient fui un enfer terrestre pour tenter d'atteindre la liberté en Europe. Ils touchaient presque au but quand le bateau s'était échoué. L'équipage grec avait disparu à bord des canots de sauvetage en laissant les gens entassés dans la cale se débrouiller.

L'Europe nous a abandonnés avant même que nous touchions terre. Je ne dois pas l'oublier, quoi qu'il arrive. Elle ignorait combien étaient morts noyés, et elle ne voulait pas le savoir. Les cris, les appels entrecoupés résonnaient encore dans sa tête, telle une pulsation douloureuse. Ces cris l'avaient entourée, dans l'eau froide où elle flottait, puis ils s'étaient tus un à un. En touchant les rochers, elle avait senti un déferlement de triomphe. Elle avait survécu, elle avait atteint le but. Mais quel but ? Ses rêves, elle avait tenté de les oublier par la suite. En tout cas, rien n'avait répondu à ses attentes. »

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