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14 janvier 2016

Tyler Cross - tome 2 : Angola - Fabien Nury et Brüno

Couv_251488 Dargaud - août 2015 - 100 pages

Quatrième de couverture :
Avec la série Tyler Cross, Fabien Nury et Brüno signent une histoire pure et dure de gangster des années cinquante : une BD amorale et jubilatoire.
La chance tourne. Ce qui devait être un coup sans risque, garanti sur facture, se transforme en descente aux enfers pour Tyler Cross. Un enfer qui porte le doux nom d'« Angola », la plus grande prison de haute sécurité des États-Unis, entourée de marécages et écrasée par le soleil torride de Louisiane. Cerise sur le gâteau : le clan Scarfo a mis un contrat sur sa tête, et les Siciliens sont nombreux parmi les détenus... Si Tyler sort un jour de cet enfer carcéral, ce ne sera pas pour bonne conduite.
Tyler Cross est un récit complet ; une histoire de gangster, un polar noir froid et teigneux.

Auteurs : Né en 1975, Brüno commence ses études à l'école Estienne, à Paris, avant d'obtenir une maîtrise d'arts plastiques à Rennes. En 2001, il publie le premier tome de Nemo, libre adaptation de vingt mille lieux sous les mers. À partir de 2003, il publie avec Fatima Ammari-B une série policière, Inner City Blues, puis anime sur Internet de 2003 à 2006 avec Pascal Jousselin un feuilleton à quatre mains, les aventures de Michel Swing. En 2007, il publie avec Appollo chez Dargaud biotope et la série commando colonial, puis en 2011 avec Fabien Nury Atar Cull ou le destin d'un esclave modèle.
Fabien Nury est né en 1976. Il se lance dans la bande dessinée en 2003, encouragé par le scénariste Xavier Dorison, avec lequel il travaille sur w.e.s.t. De 2004 à 2007, il signe la série fantastique je suis légion, avec le dessinateur John Cassaday, avant d'écrire le scénario d'il était une fois en France, dessiné par Sylvain Vallée (prix de la meilleure série à Angoulême en 2011). Chez Dargaud, il publie deux séries, le maître de Benson Gate (avec Renaud Carreta) et la mort de Staline (avec Thierry Robin), avant de travailler avec le dessinateur Brüno sur Atar Cull.

Mon avis : (lu en décembre 2015)
Après un premier tome très réussi, les lecteurs attendaient la suite avec impatience. Tyler s'est fait piégé et le voilà envoyé à Angola, une prison de haute sécurité des États-Unis, située en Louisiane et entourée de marécages. Une prison dirigée par la mafia, où tout peu s'acheter... Tyler Cross doit rester sur ces gardes car il comprend vite que sa tête a été mise à prix. 
Il va chercher malgré tout à s'évader car il en va de sa vie.
Chasse à l'homme, chiens, corruption, crime, isolement, mafia, marécages, meurtres, mort, punition, sexe, trahison, vengeance, violence... il y a tout cela et bien plus...
L'histoire est captivante, le dessin expressif et efficace, l'ambiance est très bien rendue, en résumé une BD très réussie à ne pas rater !

Extrait :

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Déjà lu du même auteur :

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7 janvier 2016

La fractale des raviolis - Pierre Raufast

Lu en partenariat avec les éditions Folio

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Folio - août 2015 - 240 pages

Alma éditeur - août 2014 - 268 pages

Quatrième de couverture : 
«"Je suis désolé, ma chérie, je l’ai sautée par inadvertance." Je comprends que l’on puisse sauter une femme par dépit, par vengeance, par pitié, par compassion, par curiosité, par habitude, par intérêt, par gourmandise, et même parfois par amour. Par inadvertance, ça non.»
Comment se venger d’un mari volage ? En l’empoisonnant avec son plat préféré. Mais rien ne se passe comme prévu et c’est tout un engrenage qui se met en place.
Un premier roman gigogne d’une inventivité rare, qui nous fait voyager dans l’espace et le temps.

Auteur : Né en 1973 à Marseille, Pierre Raufast est un ingénieur diplômé de l'Ecole des Mines de Nancy. Il vit et travaille à Clermont-Ferrand.

Mon avis : (lu en décembre 2015)
Voilà un livre très étonnant... D'abord son titre qui mélange mathématique et cuisine... On s'interroge : "Qu'est-ce que cela veut dire ?" et "Pourquoi un titre pareil ?" 
Si vous êtes curieux et avez du temps, voici le lien vers l'article wikipédia sur la fractale... Je retiens  "Les fractales sont définies de manière paradoxale, en référence aux structures gigognes dont ils constituent des cas particuliers", c'est peut-être toujours pas claire pour vous... Dans la nature, on peut rencontrer des fractales comme un flocon de neige, un chou romanesco, un réseau de rivières...
Le titre évoque donc la forme du roman constitué d'histoires gigognes : des histoires qui pourraient se lire indépendamment mais qui s'enchaînent les unes aux autres avec brio.

Les raviolis apparaissent très vite dans l'histoire car tout commence avec une femme trompée bien décidée à supprimer Marc, son mari, en l'empoisonnant avec un plat de raviolis. C'est l'heure de ce mettre à table, et voilà que la voisine vient leur confier Théo, son fils de cinq ans et Marc propose au petit bonhomme de partager le plat de raviolis... Vite une idée pour empêcher Théo de toucher aux raviolis ! Ainsi s'achève le premier de la vingtaine de chapitres. Dans le chapitre suivant, la femme se souvient d'un souvenir de jeunesse alors qu'elle travaillait ponctuellement dans un bar à hôtesse à Pussemange en Belgique. Puis il est question des vierges de Barhofk, de l'étrange don de Paul Sheridan, d'un arnaqueur de cimetières, de Franck Vermüller, de Grimalov, de rats-taupes... et dans les dernières pages du livre le lecteur découvrira la conclusion du premier chapitre...
Les différents chapitres se lisent plutôt facilement les styles sont variés tantôt policier ou thriller ou comédie ou conte ou même fantastique, on explore également différentes époques et le lecteur a hâte de découvrir la conclusion...

Merci Anne-Laure et les éditions Folio pour ce roman vraiment atypique.

Extrait : (début du livre)
« Je suis désolé, ma chérie, je l’ai sautée par inadvertance »

 Je comprends qu’un homme puisse sauter une femme par dépitn par vengeancen par pitié, par compassion, par désœuvrement, par curiosité, par habitude, par excitation, par intérêt, par gourmandise, par nécessité, par charité, et même parfois par amour. Par inadvertance, ça non. Pourtant, ce substantif vint spontanément à l’esprit de Marc, lorsque je le pris sur le fait avec sa maîtresse.

Définition d’ « inadvertance » : défaut accidentel d’attention, manque d’application (à quelque chose que l’on fait).

faut-il le dire ? Quand j'ouvris cette porte, ce que je vis n'avait rien d'un manque d'application. Bien au contraire. Il s'agissait d'un excès de zèle érotique caractérisé. En tout cas, le porc qui vit à mes côtés ne m'a pas sautée avec autant d'inadvertance depuis longtemps...

A la définition, le dictionnaire accolait une citation de Martin du Gard : « Antoine ne voulait pas se laisser distraire une seconde de cette lutte pressante qu'il menait contre la mort. La moindre inadvertance, et ce souffle vacillant pouvait s'évanouir. »
Cela faisait déjà un bout de temps, chez moi, que le souffle vacillant menaçait de s'évanouir. Plusieurs années sans doute. Cette inadvertance-là fut de trop et déclencha tout le reste.

3 janvier 2016

Paul au parc - Michel Rabagliati

paul au parc La Pastèque - novembre 2011 - 158 pages

Quatrième de couverture :
Après plus de deux ans d'attente : voici le septième tome des aventures de Paul ! 
Retour au monde de l'enfance avec Paul au parc, notre héros retrouve ses 10 ans.
Michel Rabagliati explore cette fois-ci le scoutisme et le mentorat, avec en toile de fond la crise d'Octobre 1970 au Québec.
Maîtrisant parfaitement son art, Michel Rabagliati nous offre, une fois de plus, une histoire qui va droit au coeur. Le drame ne vient pas toujours d'où l'on pense...

Auteur : Michel Rabagliati est né en 1961 à Montréal où il a grandi dans le quartier Rosemont. Après s'être intéressé un moment à la typographie, il étudie en graphisme et il travaille à son compte dans ce domaine à partir de 1981. Puis, il se lance sérieusement dans l'illustration publicitaire à partir de 1988.
Depuis 1998, ses bandes dessinées révolutionnent le 9e art québécois. En 2007, l'auteur s'est vu décerner une Mention spéciale pour l'ensemble de son oeuvre par le Prix des libraires du Québec, et Paul à Québec a remporté plus de 7 prix, dont le Prix du public au Festival international de Bande dessinée d'Angoulême en 2010.

Mon avis : (lu en décembre 2015)
J'ai découvert la série "Paul" grâce à l'un de mes fils parti quelques mois à Montréal pour ses études. Après "Paul en appartement" déniché à la bibliothèque et lu en décembre, je vais avoir l'occasion de lire plusieurs BD de cette série.
Cette épisode qui est le septième livre de Michel Rabagliati, Paul revient sur des souvenirs de jeunesse. Nous sommes en 1970, Paul a dix ans et il nous raconte comment il découvre l'amour, la guitare, le scoutisme et la bande dessinée. 
En toile de fond, il y a la crise d'Octobre 1970 au Québec.
Pour une Française comme moi qui connaît pas ou très peu le Québec, j'ai aimé découvrir la jeunesse de Paul, petit québécois, a une époque assez proche de celle de ma jeunesse. Ayant fait moi-même du scoutisme, j'ai aimé comparer avec mon expérience. J'avoue avoir également découvert ce qu'a été la crise d'Octobre 1970 au Québec dont je n'avais jamais entendu parlé...
Au début de ma lecture, je pensais découvrir une histoire distrayante et légère et finalement j'ai été surprise par la tournure que prend cette épisode de la vie de Paul et par la conclusion du livre...
J'ai hâte de découvrir "Paul à Québec" et "Paul à la pêche", livres qui se trouvaient sous notre sapin...
Extrait : 

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13 novembre 2015

Vive la marée - David Prudhomme et Pascal Rabaté

vive_la_marée Futuropolis - septembre 2015 - 120 pages

Quatrième de couverture : 
Madame enfile son maillot à l’abri de sa serviette avant de se faire bronzer « seins nus ou pas seins nus ? Allez, seins nus. » Monsieur prépare son matériel de pêche tel un guerrier conquérant. Les enfants sont déjà dans l’eau, le chien à leur trousse, au matin on pense au repas du soir sans oublier de prévoir une case apéro. La plage est un formidable terrain de jeux où « les adultes rêvent et restent les enfants qu’ils ont toujours été », un observatoire de la trivialité humaine dans son plus simple appareil – ou presque. Prudhomme et Rabaté sont allés eux aussi à la mer. Avec un grand souci du détail, ils orchestrent un ballet d’estivants en déroulant autant de figures typiques. Un portrait chorale drôle, tendre, qui gratte à peine. Comme du sable dans les sandales.

Auteurs : David Prudhomme est né en 1969 et vit à Bordeaux. Alors qu’il est encore étudiant à la section bande dessinée de l’école d’Angoulême, David Prudhomme démarre Ninon secrète en 1992 sur un scénario de Patrick Cothias. Il poursuit cette série jusqu’en 2004, le temps de six albums parus aux Éditions Glénat. En 1998 et 1999 il collabore avec Pascal Rabaté le temps de deux ouvrages, Jacques a dit et Le jeu du foulard publiés aux éditions de La charrette. Il réalise notamment avec Etienne Davodeau en 2003, l’adaptation du roman de Georges Brassens, La tour des miracles. En 2006, il s’attaque aux grands textes du répertoire français en illustrant La farce de maître Pathelin et J’entr’oubliay de François Villon, Il publie également la première partie La Marie en Plastique avec Pascal Rabaté aux Éditions Futuropolis. En 2007, la seconde partie de La Marie en plastique et, dès la fin de la même année l’intégrale de cette belle chronique familiale paraissent aux Éditions Futuropolis.

Pascal Rabaté naît en 1961. Il étudie la gravure aux Beaux-Arts d’Angers, puis exerce différents métiers avant de se lancer en bande dessinée. Ses premiers livres paraissent en 1989 chez Futuropolis. Dix années et autant de livres plus tard, il signe le premier tome d’«Ibicus», l’adaptation expressionniste et magistrale d’un roman d’Alexeï Tolstoï. Les quatre volumes qui la composent connaissent un succès public et critique retentissant (Alph-Art du meilleur album à Angoulême en 2000, notamment). Des «Pieds dedans» aux «Petits Ruisseaux» en passant par «Un ver dans le fruit», Rabaté est aussi le conteur singulier de la France profonde. S’il vit toujours à Angers, il brille pourtant par sa capacité à n’être jamais là où on l’attend. Son adaptation de «Harry est fou» en est une nouvelle preuve.

Mon avis : (lu en novembre 2015)
Dans cette BD, les auteurs nous raconte une journée à la plage. On dirait que le temps s'est arrêté, le lecteur est spectateur et il est invité à s'arrêter sur les petits détails... Cela commence par le voyage en voiture avec ses bouchons ou par le train... Une galerie de personnages de tout âge, familles, retraités... 
Au matin, la plage est immense, la mer est basse, "On a volé l'eau ?" s'interroge un enfant. La famille s'installe sur la plage, la mère pour bronzer, le père et les plus grands partent pêcher dans les rochers, le bébé joue dans le sable... 

Certains se promènent avec leur chien, c'est un parfait alibi pour aller jeter un coup d'oeil sur la plage d'à côté, celle des naturistes... D'autres pêchent la palourde, ou font des jeux de plage, ou tentent leur chance auprès des filles, beaucoup sont étalés sur la plage pour une séance de bronzage, sans oublier le bain mer... Il y a également l'organisation d'un concours de sable avec ses oeuvres improbables... 
A la fin de la journée, la marée haute rétrécie la plage et les vacanciers sont obligés de tous se replier le long de la digue et cela annonce la fin de la journée...
Depuis ma plus tendre enfance, les vacances riment avec bord de mer et ce spectacle de la plage m'a paru à la fois familier et nostalgique... Un peu à la manière de Jacques Tati dans Les Vacances de Monsieur Hulot, j'ai beaucoup aimé ce regard plein de petits détails à découvrir... Je trouve très réussie et amusante la couverture de la BD avec cette vue "indiscrète" sous l'eau d'un bord de plage... 

Extrait : 

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1 décembre 2015

Film : Le Pont des Espions - Steeven Spielberg

Date de sortie : 2 décembre 2015

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Réalisé par : Steeven Spielberg

Scénario : Matt Charman et Joel et Ethan Coen

Acteurs : Tom HanksMark RylanceScott Shepherd (II), Amy Ryan, Sebastian Koch

Titre original : Bridge of Spies, 2015

Durée : 2h12

Synopsis : James Donovan, un avocat de Brooklyn se retrouve plongé au cœur de la guerre froide lorsque la CIA l’envoie accomplir une mission presque impossible : négocier la libération du pilote d’un avion espion américain U-2 qui a été capturé. 

Mon avis : (vu le 25/11/2015)
Mercredi soir dernier, j'étais invitée (depuis 2 mois) à une projection du nouveau film de Spielberg dans une salle située à côté de l'Arc de Triomphe. La salle était à moitiée vide, il est vrai que les attentats de Paris ont pu faire hésiter certains à honorer l'invitation. 
J'ai passé une très bonne soirée. La bande annonce faisait penser que c'était essentiellement un film d'action mais j'ai été soulagée de découvrir que non. Le Pont des Espions est un film historique inspiré de l'histoire vraie de James Donovan lors de la Guerre Froide.
New York en 1957. Le premier plan est superbe et surprenant, il montre un homme qui semble avoir trois visages : le sien, celui renvoyé par un miroir et celui de l'autoportrait qu'il est en train de peindre... Le spectateur va découvrir grâce à une scène de filature que cet artiste est un espion. Cet étrange Russe nommé Rudolf Abel est arrêté. C'est la Guerre Froide, l'Etat américain veut mettre les formes et fait appel à l'avocat James Donovan pour défendre Abel. Donovan est un avocat spécialisé dans les assurances, il hésite à accepter ce travail car il sait qu'il va devenir impopulaire en défendant un espion russe. Mais James Donovan a des principes et dès lors qu'il acceptera de défendre Abel, il le fera consciencieusement et le mieux possible. Il sauvera ainsi son client de la chaise électrique. Quelques années plus tard, un pilote américain, Francis Gary Powers est abattu avec un avion espion au-dessus de l'URSS et le gouvernement américain fait appelle à James Donovan pour aller négocier secrètement un échange à Berlin Est. 
J'ai trouvé quelques longueurs dans la partie américaine avec la succession des procès. Heureusement la partie en Allemagne a redonné du rythme au film. 
J'ai trouvé caricaturale la scène où l'avion de Powers se fait abattre. Je me suis même surprise à éclater de rire tellement cela faisait "cinéma"...
J'ai beaucoup aimé le jeu de Tom Hanks et celui Mark Rylance. Leur relation qui est celle d'un respect mutuel, l'espion russe est plutôt sympathique, son sang-froid en toutes circonstances étonne l'américain. 
La reconstitution historique de l'époque et du climat de guerre froide est réussie. Celle du mur de Berlin en construction et de Berlin en ruines est magnifique. Quel contraste entre l'image de l'Amérique des années 50 pleine de couleurs et joyeuse avec celle de Berlin grise, en ruine et où la construction du mur bouleverse ses habitants. 
A travers James Donovan, un homme ordinaire en mission secrète, Spielberg s'attache à honorer l'engagement, l'humanité et la volonté d'agir pour défendre la justice et la vérité.

Merci Jonathan et Way to Blue pour l'invitation à la projection de ce film. 

Bande Annonce :  

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22 novembre 2015

Paul en appartement - Michel Rabagliati

paul en appartement Editions de la Pastèque - mai 2004 - 110 pages

Quatrième de couverture :
Quelques années ont passé et Paul se retrouve en appartement avec sa copine sur le plateau Mont-Royal à Montréal. Une œuvre définitivement urbaine, mais qui garde une fois de plus finesse, simplicité et sensibilité, autant de qualités auxquelles Michel Rabagliati nous a habitués.

Auteur : Michel Rabagliati est né en 1961 à Montréal, où il a grandi dans le quartier Rosemont. Après s'être intéressé un moment à la typographie, il étudie en graphisme et travaille à son compte dans ce domaine à partir de 1981. Il se lance sérieusement dans l'illustration publicitaire en 1988. Depuis 1998, ses bandes dessinées révolutionnent le 9e art québécois. Avec ses sept livres, Michel Rabagliati est devenu une figure incontournable de la bande dessinée du Québec. En 2007, l’auteur s’est vu décerner une mention spéciale pour l’ensemble de son oeuvre par le Prix des libraires du Québec. Il a été le premier Québécois à remporter le Prix du public Fauve FNAC-SNCF au 37e Festival international de la bande dessinée d’Angoulême pour Paul à Québec.

Mon avis : (lu en novembre 2015)
C'est la première BD de cette série québécoise (tome 3) que j'ai entre mes mains. J'en ai déjà entendu parlé sur la blogosphère et je sais que Paul à Québec a été adapté au cinéma récemment et est sortie en septembre dernier au Québec (pas de date de sortie pour la France, mais comme le film marche bien au Québec, j'espère qu'il sera visible un jour chez nous...).
C'est l'été 1983, à Montréal et Paul vient d'emménager dans son premier appartement avec Lucie. Le lecteur découvre le quotidien du jeune couple mais également en flash-back leur rencontre. Tous deux se sont rencontrés dans une école de dessin où ils étudiaient le graphisme publicitaire de façon assez académique jusqu'à l'arrivée d'un professeur assez original, Jean-Louis Desrosiers, qui les encourage à développer leur culture artistique. C'est le goût de la BD chez Lucie qui a attiré Paul, ils ont une passion commune pour Tintin ! Le lecteur découvre également quelques lieux de Montréal lors du week-end où le couple ont en garde leurs jeunes nièces. Cette BD est très amusante et apaisante à découvrir, il y a de l'humour, de la poésie et quelques expressions québécoises si savoureuses pour nos oreilles françaises... 

Extrait :

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1 septembre 2015

Tout foutre en l'air - Antoine Dole

tout foutre en l'air Actes Sud Junior - avril 2015 - 58 pages

Quarième de couverture :
Lorsqu'elle rencontre Olivier sur internet, elle a enfin le sentiment de pouvoir tout partager avec quelqu'un. Y compris ses pensées les plus secrètes, ses peines parfois aussi. Malgré les mises en gardes de ses parents, leurs craintes de la voir sortir avec un garçon plus âgé qu'elle, l'influence qu'il a sur elle grandit. Au point de s'enfuir avec lui, d'être prête à le suivre n'importe où, jusqu'au bout. Pourtant, au fil de leur échappée nocturne, son instinct reprend le dessus : elle veut vivre sa vie à elle. Un texte troublant qui évoque avec justesse la solitude d'une adolescente et les dérives des relations virtuelles.
Auteur : Né en 1981, Antoine Dole vit entre Chambéry et Paris. Après un premier roman remarqué en 2008, Je reviens de mourir, il publie Laisse brûler (2010), K-Cendres (2011), A copier cent fois (2013) et Ce qui ne nous tue pas (2014). Il crée en parallèle le personnage de bande dessinée Mortelle Adèle ainsi que différentes sagas pour la presse jeunesse (Zoé Super, Karen 2.0). 
Mon avis : (lu en août 2015)
Un livre court, mais un texte fort. Le lecteur suit la fuite d'une adolescente. Il y a quelques mois, elle a rencontré Olivier sur internet et il l'a compris. Un soir, désobéissant à ses parents, elle quitte le domicile familiale pour le rejoindre et réaliser la promesse qu'ils se sont faite, elle et Olivier... Je n'en dirai pas beaucoup plus pour ne pas dévoiler l'essentiel du livre.
Le style de l'auteur est juste, percutant, il plonge le lecteur au coeur de l'intrigue, qui se retrouve à courir au côté de la jeune fille, le rythme rappelle celui d'un film policier, même du suspense existe... Ce livre invite à la réflexion autour de l'adolescence, des rencontres sur internet qui peuvent être toxiques. A lire par les parents et les adolescents. 

Extrait : (début du livre)
Toutes ces choses qu'on dit qu'on fera et qu'on ne fait jamais. Idées qu'on lance en l'air, promesses à soi-même qu'on sait déjà qu'on ne tiendra pas. Et dans le ventre, comme un vide qui grandit à force d'ingurgiter des pensées creuses : des prétextes, des excuses, tous ces mensonges à soi-même et ceux qu'on fait aux autres. Leurs "Ça va ?" qui ne déclenchent plus rien que des "Oui bien, et toi ?" quand le dedans veut se vomir.
Sauf que cette fois, oui, "cette fois" on se dit que ce sera différent. Pour prouver que la douleur est palpable, qu'elle n'est pas dans notre tête. Pour leur montrer à tous, leur prouver qu'ils ont eu tort de douter, de ne pas y croire, de ne pas vouloir voir.
Mais même là, c'est chaque fois pareil. Pas vouloir se l'avouer. Un pas en avant puis deux pas en arrière.
Même à reculons, continuer à le dire, et chercher à s'en convaincre à chaque syllabe qu'on prononce : Oui, ce soir je vais le faire.

Car ce soir, oui, je vais le faire.

Déjà lu du même auteur :

a_copier_100_fois A copier 100 fois 95103899 Ce qui ne nous tue pas

6 septembre 2015

Macadam - Jean-Paul Didierlaurent

Lu en partenariat avec les éditions Au Diable Vauvert

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Quatrième de couverture :
Pour tromper l’ennui lors des confessions, un prêtre s’adonne à un penchant secret. Une jeune femme trouve l’amour aux caisses d’un péage. Pendant la guerre, un bouleau blanc sauve un soldat. Un vieux graphologue se met en quête de l’écriture la plus noire. Une fois l’an, une dame pipi déverrouille la cabine numéro huit…

Auteur : Jean-Paul Didierlaurent habite dans les Vosges. Nouvelliste exceptionnel lauréat de nombreux concours, trois fois finaliste et deux fois lauréat du Prix Hemingway, Le Liseur du 6h27 est son premier roman.

Mon avis : (lu en août 2015)
En acceptant de recevoir ce livre en partenariat, je n'avais pas fait attention qu'il s'agissait d'un livre de nouvelles. En effet, avant d'écrire son premier roman Le Liseur du 6h27, l'auteur a été nouvelliste et a gagné quelques prix prestigieux.
Voilà donc onze nouvelles variées et très réussites. C'est une galerie de personnages très différents, dans des situations multiples et avec souvent une conclusion étonnante. Certaines nouvelles sont amusantes, d'autres plus sombres et beaucoup émouvantes...
Tour à tour, vous ferez la rencontre d'un prêtre qui s'ennuie pendant les confessions, d'une jeune femme trouvant l'amour aux caisses d'un peage, d'un soldat sauvé pendant la guerre par un bouleau blanc, d'un musicien de corrida, d'une dame pipi, d'un vieillard attendant la mort dans sa maison de retraite... Avec une imagination sans borne, l'auteur nous transporte dans des univers différents, avec une écriture à la fois subtile et sans concession. A découvrir sans modération !

Merci et les éditions Au Diable Vauvert pour cette lecture savoureuse.

Extrait :
Des échanges ne devaient pas excéder le temps de référence fixé en début d’année par son responsable lors de son entretien de progrès et qui était de quatorze secondes exactement en ce qui la concernait. Selon le dernier suivi mensuel, elle était encore à plus de trois secondes de son objectif. Mathilde emmerdait son objectif. Elle ne manquait jamais de glisser une petite phrase supplémentaire au milieu du plan de dialogue lorsqu'elle en avait l'occasion (...) Mais la nouvelle Mathilde se foutait des consignes. La nouvelle Mathilde avait soif de contacts, qu’ils soient visuels ou tactiles, fussent-ils brefs. Et puis trois secondes, ce n’était pas la lune. Si ça ne leur plaisait pas que le signal lumineux de la file numéro douze reste au rouge un peu plus longtemps que les autres, ils n’avaient qu’à le lui dire en face. Mais on ne lui disait plus rien en face, à Mathilde, pas même le responsable de zone, ce même responsable qui, avant l’accident, n’aurait jamais manqué une occasion de lui balancer une vanne graveleuse et pleine de sous-entendus en la regardant droit dans les seins et qui à présent l’évitait comme une pestiférée.

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Déjà lu du même auteur :

96496883 Le liseur du 6h27

7 août 2015

Un bonheur si fragile - tome 1 : L'engagement - Michel David

Lu en partenariat avec Babelio et Kennes éditions

un bonheur si fragile Kennes éditions - février 2015 - 528 pages

Quatrième de couverture : 
Dans le Québec rural de 1900, la vie demeure rythmée par les saisons. Alors que fidélité, piété et esprit de travail sont des vertus encouragées par le clergé tout-puissant, Corinne Joyal, issue d'une famille dont les membres sont liés par l'amour et l'esprit d'entraide, n'aurait jamais cru qu'en épousant Laurent Boisvert, elle allait faire son entrée dans une famille où l'argent et l'égoïsme sont rois. Dès les premiers mois de vie commune, Corinne découvrira rapidement que le fils de Gonzague Boisvert est un homme irresponsable et un coureur de jupons. 
Dans son nouveau village d adoption, Corinne apprendra à se défendre autant des excès de son mari, qui aime bien prendre un verre, que de l'avarice de son beau-père, un homme rongé par l'ambition et en lutte ouverte avec le curé de la paroisse.

Auteur : Michel David est né à Montréal, le 28 août 1944, où il passe son enfance, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, qui n est pas alors totalement urbanisé.
Après plus de 33 ans de carrière dans l'enseignement du français, Michel David prend sa retraite en 1999, mais continue l'écriture d'ouvrages pédagogiques, et se consacre à la sculpture sur bois, puis... à l'écriture de sagas, sept jours par semaine, plusieurs heures par jour.

Mon avis : (lu en juillet 2015)
J'ai accepté de recevoir ce livre en partenariat avec Babelio car j'étais attirée par cette couverture évoquant la bande dessinée Magasin Général et j'étais curieuse de découvrir un roman québécois. Je suis sensible à ce qui concerne le Canada et plus spécialement le Québec puisque l'un de mes fils part très prochainement à Montréal pour ses études pendant quelques mois.
Ce livre est le premier tome d'une saga en quatre volumes. C'est un roman du terroir québécois. L'histoire se passe au tout début du XXème siècle, Corinne Joyal vit dans la paroisse de Saint-François avec ses parents et ses frères, une famille aimante, travailleuse et solidaire. Elle est amoureuse d'un beau garçon, Laurent Boisvert, qui vient de la paroisse de Saint-Paul. Elle rêve du grand amour et espère rapidement se marier, avoir sa maison et fonder une famille. A 19 ans, Corinne est plutôt naïve, et c'est une fois mariée qu'elle découvrira que la famille de son mari est bien différente de la sienne. Son beau-père, Gonzague Boisvert, est l'un des plus riche de la paroisse, mais il est très près de ses sous et il a des comportements égoïstes. Laurent est de nature paresseuse et n'hésite pas à dépenser le peu d'argent du couple pour aller boire et faire la fête... Heureusement, Corinne pourra compter sur le soutien de Juliette, la sœur de Laurent, de Rosaire, un jeune orphelin, de ses voisins proches et de Wilfrid Boucher, le grand-père de son mari. Le quotidien de Corinne et Laurent est décrit au fil des saisons avec en arrière plan un conflit entre Gonzague Boisvert et le curé de la paroisse de Saint-Paul autour de la reconstruction de l'église
Dépaysement garanti, le lecteur est plongé dans l'ambiance du lieu et de l'époque avec le vocabulaire particulier du patois québécois rural, je m'y suis facilement habituée, même si j'aurai bien aimé avoir un glossaire des expressions...
J'ai lu facilement et avec plaisir ce roman, les personnages sont attachants pour certains et détestables pour d'autres. Je compte bien, à l'occasion, lire la suite.

Merci Babelio et Kennes éditions pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Anselme Béliveau, le curé de la paroisse Saint-Paul-des-Prés, ronflait comme un bienheureux, son double menton appuyé sur sa poitrine. Ses lunettes rondes à monture métallique avaient légèrement glissé sur son nez. Après les fatigues causés par toutes les cérémonies de la semaine sainte, le digne ecclésiastique profitait d'un repos bien mérité.
Dès la fin du dîner, le prêtre au ventre confortable avait quitté son vicaire dans la ferme intention de lire son bréviaire dans son bureau. Cependant, il avait tellement fait honneur au rôti de boeuf et à la tarte aux pommes servis par Rose Bellavance qu'une digestion difficile et le silence de la pièce l'avaient fait succomber à une sieste involontaire.
- Monsieur le curé ! Monsieur le curé, êtes-vous là ? s'écria la servante en frappant à la porte du bureau du curé de la paroisse.
Tiré brusquement de son sommeil, il fallut plusieurs secondes au prêtre pour reprendre contact avec la réalité.
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? maugréa-t-il, mécontent d'avoir été réveillé en sursaut.
La porte s'ouvrit sur une vieille dame de soixante-dix ans, légèrement voûtée et à la voix quelque peu chevrotante.
- C'est monsieur Parenteau qui aimerait vous voir, murmura la servante en demeurant sur le pas de la porte. Je l'ai fait passer dans la salle d'attente.

 

30 juillet 2015

Les nuits de Reykjavik - Arnaldur Indridason

les nuits de reykjavik Métailié - février 2015 - 260 pages

traduit de l'islandais par Eric Boury

Titre original : Reykjavíkurnætur, 2012

Quatrième de couverture : 
Erlendur le solitaire vient d'entrer dans la police, et les rues de Reykjavik dans lesquelles il patrouille de nuit sont agitées : accidents de la circulation, contrebande, vols, violences domestiques...
Des gamins trouvent en jouant dans un fossé le cadavre d'un clochard qu'il croisait régulièrement dans ses rondes. On conclut à l'accident et l'affaire est classée. Pourtant le destin de cet homme hante Erlendur et l'entraîne toujours plus loin dans les bas-fonds étranges et sombres de la ville. On découvre ici ce qui va faire l'essence de ce personnage taciturne : son intuition, son obstination à connaître la vérité, sa discrétion tenace pour résister aux pressions contre vents et marées, tout ce qui va séduire le commissaire Marion Briem.
En racontant la première affaire d'Erlendur, le policier que les lecteurs connaissent depuis les premiers livres de l'auteur, Arnaldur Indridason dépasse le thriller et écrit aussi un excellent roman contemporain sur la douleur et la nostalgie. De roman en roman, il perfectionne son écriture et la profondeur de son approche des hommes. Un livre remarquable.

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavik en 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de cinéma. Il est l'auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, publiés dans 37 pays.

Mon avis : (lu en juillet 2015)
Après mon excursion en Islande avec la lecture de Temps glacières de Fred Vargas, j'ai eu envie de lire le dernier livre d'Arnaldur Indridason. Cet épisode concerne les débuts d'Erlendur dans la police, il n'est pas encore commissaire mais un simple policier qui
 patrouille la nuit dans les rues de Reykjavik.
Un clochard, Hannibal, a été retrouvé noyé dans les tourbières non loin d'un pipeline où il avait trouvé refuge. L'enquête est vite faite, elle conclue à un accident et l'affaire est classée. Mais la mort d'Hannibal obsède Erlendur. Lors de ses rondes de nuits, il l'avait croisé plusieurs fois et une fois, ce dernier avait même laissé entendre que quelqu'un avait tenté d'incendier la cave où il habitait. Erlendur ne veut pas croire à un simple accident, il décide officieusement de mener sa propre enquête... Le lecteur découvre non seulement cette première enquête d'Erlendur, mais aussi le quotidien de ces simples flics avec les accidents de circulation, les bagarres, les états d'ivresse et les violences conjugales...
Je ne me suis pas rendue compte tout de suite qu'Erlendur n'avait qu'une vingtaine d'année, il est déjà aux prises avec ses démons et ses fantômes... Son caractère et ses intuitions sont déjà plein de promesses. Ce voyage au coeur de Reykjavik est réussi malgré des nuits froides et sombres. 

Extrait : (début du livre)
Les garçons tapotèrent l'anorak vert qui tournoya à la surface de l'eau, puis décrivit un arc de cercle avant de couler. S'aidant de leurs bâtons, ils le firent remonter et furent saisis d'effroi.
Ils vivaient dans le quartier de Hvassaleiti et habitaient les immeubles bordant le boulevard Miklabraut jusqu'au terrain vague de Kringlumyri. La partie nord de ce périmètre était une friche envahie d'angélique et de rumex à longues feuilles. La partie sud était quant à elle une tourbière encore toute lacérée d'entailles d'où les gens de Reykjavik avaient extrait des tonnes de tourbe pour se chauffer pendant la Grande Guerre. Le conflit mondial ayant entraîné une pénurie de combustible en Islande, on avait drainé le marais, tracé des chemins de terre et entrepris la plus importante extraction de tourbe de l'histoire. Cette activité avait occupé des centaines d'ouvriers qui extrayaient le combustible et le faisaient sécher avant de le livrer par tombereaux en ville.
A la fin de la guerre, avec la reprise des importations de charbon et de pétrole, on avait cessé de se chauffer à la tourbe. Les fosses, désormais emplies d'eau brunâtre, étaient restées en l'état pendant longtemps. Quand la ville s'était étendue vers l'est au cours des années 60 et 70, avec la construction des quartiers de Hvassaleiti et de Storagerdi, ces anciennes tourbières étaient devenues le terrain de jeu des enfants. Ces derniers confectionnaient des radeaux, naviguaient sur les mares les plus vastes et faisaient du vélo sur les nombreuses pistes cyclables aménagées sur les collines alentour. Quand le froid de l'hiver arrivait, ces mares se prêtaient parfaitement à la pratique du patin à glace.
Les trois garçons venaient de fabriquer un radeau tout neuf avec des planches glanées sur un chantier, qu'ils avaient soigneusement clouées à deux poutres transversales et enveloppées de plastique isolant. Le plancher de l'embarcation était constitué de bois de coffrage. Ils se propulsaient grâce à de longs bâtons qu'ils enfonçaient dans l'eau opaque, jamais bien profonde. Ils portaient des bottes en caoutchouc pour garder les pieds au sec. Il y avait souvent des gamins qui tombaient et se retrouvaient trempés jusqu'aux os, grelottant, mais tremblant surtout à l'idée de rentrer chez eux comme des naufragés et de se faire gronder par leurs parents.
Ils avaient avancé en douceur vers le boulevard Kringlumyrarbraut, veillant à rie pas trop tanguer pour que l'eau ne vienne pas submerger leur embarcation et ne les fasse pas tomber dans la mare. C'était tout un art, semblable à celui du funambule, qui nécessitait à la fois adresse et esprit d'équipe, mais avant tout du sang-froid. S'ils s'installaient trop près des bords, ils risquaient de chavirer. Les trois copains avaient donc pris tout leur temps pour trouver le point d'équilibre avant de quitter la rive.
La navigation se déroulait parfaitement. Satisfaits de ce nouveau radeau qui voguait joliment, ils avaient effectué quelques allers-retours sur la partie la plus profonde. La circulation ronronnait sur le boulevard Miklabraut, au nord de l'ancienne tourbière dont la limite sud était traversée par des canalisations d'eau chaude qui remontaient vers les grands réservoirs posés au sommet de la colline d'Öskjuhlid. Ce lieu constituait pour eux un autre terrain de jeu où ils trouvaient parfois des petites balles dures de la taille d'un oeuf. Ils s'étaient interrogés sur leur nature. Le père d'un des gamins leur avait dit que c'étaient des balles de golf, ajoutant que certains venaient sans doute pratiquer ce sport dans la zone déserte aux abords du pipeline. Cet endroit baptisé Golfskalatjörn, entre la colline d'Oskjuhlid et la tourbière de Kringlumyri, avait autrefois été le golf de Reykjavik. Cela dit, il doutait que les balles que les gamins avaient trouvées datent de cette époque.

Challenge Voisins Voisines 2015
voisins voisines 2015

Islande

Déjà lu du même auteur :

la_cit__des_jarres La Cité des jarres  la_femme_en_vert La Femme en vert 

la_voix La Voix l_homme_du_lac L'Homme du lac hiver_arctique Hiver Arctique 

 hypothermie Hypothermie la_rivi_re_noire La rivière noire betty Bettý 

la_muraille_de_lave La muraille de lave etranges_rivages Etranges rivages 

91768788 La cité des jarres 95359847 Le Duel

23 mai 2015

La vérité et autres mensonges - Sascha Arango

LOGOTYPE-2015

9782356419347-Tla verite et autres mensonges

Audiolib - mars 2015 - 8h31 - Lu par Olivier Cuvellier

Albin Michel - janvier 2015 - 331 pages

traduit de l'allemand par Dominique Autrand

Titre original : Die Wahrheit und angere Lügen, 2014

Quatrième de couverture :
Henry Hayden sort de nulle part, il n’a pas de travail fixe, pas d’amis ni de famille, et un passé à cacher, qu’on devine lourd. Un matin, après une nuit alcoolisée, il se réveille à côté d’une femme inconnue et, contre toute attente, devient en quelques mois le mari idéal et un auteur de bestsellers adulé. Tout irait pour le mieux, si ce n’est qu’Henry n’écrit pas ses romans – c’est sa femme qui en est l’auteur– et quand sa maîtresse – son éditrice – vient lui annoncer qu’elle est enceinte, il essaie de se débarrasser d’elle. Mais c’est sa femme qu’il élimine par erreur, mettant en péril sa carrière et l’existence qu’il s’est construite. Pourtant, un dernier chapitre de son livre arrive quand même sur le bureau de son éditeur… Un suspense qui éblouit autant par son style sobre, drôle, sec, maitrisé, que par son intrigue retorse, imprévisible et jubilatoire. Le portrait d’un usurpateur, d’un manipulateur cynique que l’on devrait haïr mais que l’on ne peut parvenir à détester. C’est la grande force de ce formidable coup de maître.

Auteur : Sascha Arango est un scénariste allemand très réputé. Il écrit pour la télévision, la radio et le théâtre. Son travail a été récompensé à plusieurs reprises, dont deux fois par le Prix Grimme.

Lecteur : Olivier Cuvellier est un comédien belge très actif dans différents domaines audiovisuels. Sa voix ne vous est peut-être pas inconnue : il fait beaucoup de doublage pour le cinéma et la télévision. Il joue aussi au théâtre, fait des misesen scène et enseigne le théâtre depuis plus de vingtans. En 2014, il a participé à différents projets artistiques autour du bicentenaire de la bataille de Waterloo, avec notamment les réalisateurs Gérard Corbiau et Hugues Lanneau.

Mon avis : (écouté en mai 2015)
Ce livre qui se lit comme un roman policier. Henry a une vie idéale, marié, auteur de livres à succès et pourtant la vérité est autre... Martha, sa femme est la véritable auteur des livres, préférant rester discrète, elle a laissé Henry devenir son prête-nom. Henry aime énormément Martha, mais il a pris comme maîtresse Betty, son éditrice. Lorsque cette dernière lui annonce qu'elle est enceinte, les ennuis commencent pour Henry... Comment va-t-il pouvoir gérer son épouse et la future mère de son enfant ? Entre tromperies, mensonges et disparitions, Henry va se révéler machiavélique, manipulateur...

L'intrigue est bien construite avec ses surprises et rebondissements, sans oublier quelques situations comiques... Le personnage principal est absolument détestable et le lecteur suit son inexorable descente aux enfers...
J'ai un avis mitigé sur cette lecture, je l'ai écouté plutôt facilement mais je n'ai pas pu m'attacher au personnage d'Henry qui est vraiment malsain. J'ai trouvé certains passages de l'histoire traînant en longueur et d'autres peu crédible. Mais globalement l'intrigue est originale.

Extrait : (début du livre)
Fâcheux. Un bref regard sur l’image suffit pour donner de la consistance au sombre pressentiment de ces derniers mois. L’embryon était recroquevillé comme un amphibien, un oeil braqué sur lui. Ce truc, là, était-ce une patte ou bien un tentacule au-dessus de cette espèce de queue de dragon ?

Les moments de certitude absolue sont rares dans une vie. Mais à cet instant-là, Henry eut une vision de l’avenir. Ce têtard allait grandir, devenir une personne. Il aurait des droits, des revendications, il poserait des questions et à un moment ou un autre il apprendrait tout ce qui est nécessaire pour devenir un être humain.
Sur l’échographie, à peu près de la taille d’une carte postale, on voyait à droite de l’embryon une échelle graduée, à gauche des lettres, et en haut la date, le nom de la mère et celui du médecin. Henry n’eut pas le moindre doute : tout cela était bel et bien vrai.
Betty était assise à côté de lui au volant de la voiture, elle fumait, et elle vit des larmes dans ses yeux. Elle posa la main sur sa joue. Elle croyait qu’il pleurait de joie. Alors qu’il pensait à sa femme Martha. Pourquoi n’était-elle pas foutue de tomber enceinte de lui ? Pourquoi fallait-il qu’il se retrouve dans cette voiture avec cette autre femme ?
Il se méprisait, il avait honte, il était sincèrement désolé. La vie te donne tout, telle était la devise inébranlable d’Henry, mais jamais tout en même temps.
C’était l’après-midi. Du bas de la falaise montait le roulement monotone des vagues, le vent couchait les hautes herbes et frappait contre les vitres latérales de la Subaru verte. Henry n’aurait eu qu’à démarrer le moteur, appuyer sur l’accélérateur, la voiture aurait foncé dans le vide et serait allée s’écraser en bas dans les vagues. En cinq secondes tout aurait été terminé, le choc de l’impact les aurait tués tous les trois. Mais pour cela il aurait fallu qu’il quitte le siège du passager et change de place avec Betty. Beaucoup trop compliqué.
« Qu’est-ce que tu dis ? »
Qu’aurait-il pu dire ? La situation était déjà assez grave, ce machin dans son utérus commençait certainement à remuer, et si Henry avait appris une chose, c’était bien à ne rien révéler de ce qui doit demeurer non dit.
Au cours des années écoulées, Betty ne l’avait vu pleurer qu’une fois, c’était quand on lui avait remis son titre de docteur honoris causa au Smith College du Massachusetts. Jusque-là, elle croyait qu’Henry ne pleurait jamais. Il était assis au premier rang, immobile, et pensait à sa femme.
Betty se pencha vers lui par-dessus le levier de vitesse et le prit dans ses bras. Ils restèrent ainsi, en silence, chacun écoutant le souffle de l’autre, puis Henry ouvrit la portière de son côté et vomit dans l’herbe. Il revit les lasagnes qu’il avait préparées pour Martha au déjeuner.

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
100142514
catégorie "Même pas peur" :  20/25 

Challenge Voisins Voisines 2015
voisins voisines 2015
Allemagne

22 février 2015

Nous sommes tous des exceptions - Ahmed Dramé

nous sommes tous des exceptions Fayard - octobre 2014 - 180 pages

Quatrième de couverture :
À première vue, ça peut sembler banal. Une classe de seconde qui se distingue en remportant un concours, ça arrive tous les ans. Mais quand il s’agit d’un lycée de banlieue où les profs, à force de se confronter à des cas difficiles, ont des raisons d’être lassés, et où les élèves, à force d’être mal vus, perdent leur estime d’eux-mêmes, l’événement acquiert une tout autre portée. Et quand ce concours porte sur la Shoah, à une époque qui excite l’antisémitisme et le racisme, cette victoire devient puissante.

Puissante au point d’inspirer à l’un des élèves de la classe, Ahmed Dramé, une belle histoire à scénariser et un livre édifiant à écrire.
Derrière le quotidien singulier d’une classe « à problèmes » devenue classe à lauriers, au-delà de l’audace de ses protagonistes et de la transformation d’Ahmed, se dessinent en filigrane les pires errements de l’Histoire.
Le lycéen devenu adulte ne sortira pas indemne de sa rencontre avec Léon et les autres survivants, à l’âme abîmée mais rayonnante. Il renaîtra profondément touché et infiniment plus fort.

Auteur : Acteur et scénariste, Ahmed Dramé a notamment coécrit le scénario du film Les Héritiers, inspiré de son histoire.

Mon avis : (lu en février 2015)
Ahmed a grandi dans une cité de la banlieue parisienne, dans ce livre, il nous raconte comment sa vie a changé, en participant avec sa classe au Concours National de la Résistance et de la Déportation.
Il rend tout d'abord hommage à sa maman qui a su lui donner des valeurs, l'encourager à faire des efforts pour travailler, à ne compter que sur lui même... En classe de seconde, il a eu une professeur d'histoire géographie qui n'hésite pas à proposer à sa classe « difficile » de participer au Concours National de la Résistance et de la Déportation : "Les enfants et les adolescents juifs dans le système concentrationnaire nazi". Les élèves de la classe représentent la diversité, de nationalités et de religions différentes, leurs préoccupations sont très éloignées de ce sujet... Et pourtant, cette expérience sera pour eux forte et inoubliable. Ils vont rencontrer des anciens déportés comme Léon Zyguel, déporté à l’âge de 15 ans à Auschwitz Birkenau. Leurs témoignages vont faire grandir ces élèves de seconde. Ahmed est l'un d'eux, cette année de seconde aura été déterminante pour son avenir. Avec l'aide d'une scénariste et réalisatrice qu'il a osé contacté, il raconte son histoire dans le film Les Héritiers où il joue son propre rôle avec Ariane Ascaride dans le rôle de son professeur.
Une histoire touchante et passionnante qui donne très envie de voir le film Les Héritiers.

 les héritiers

Extrait : (page 11)
« Je pourrais vous pardonner, mais je n’ai pas envie. Parce que si je ne m’étais pas déplacée, il se serait passé quoi pour mon fils ? » La phrase vient de creuser, telle une sentence divine, un silence dense dans le bureau. Les « accusés » se trémoussent sur leur siège, les preuves de leur faute étalées sur la table. Soudain, il fait chaud malgré la température modérée de ce mois de mai. Un peu de sueur perle aux fronts et du rouge afflue sur les joues.
En effet, il est trop tard pour une plaidoirie, les faits sont clairs, l’injustice est avérée. Là, sous leurs yeux, deux dossiers qu’elle les a obligés à sortir des tiroirs où ils sont rangés par ordre alphabétique. Soi-disant. Parce qu’à y regarder de plus près, dans leur classement, il n’est pas question de lettres ou d’initiales, mais plutôt de noms et de couleurs. Le phénomène se produit inconsciemment, les tiroirs ne pensent pas.
La discrimination naturelle : on choisit au plus près, au plus ressemblant. En tout cas moi j’ai pas assez une tête de vainqueur pour échapper au mauvais tri.

L'autre, l'élève blanc, il est presque translucide tellement il a été absent au moins la moitié de l'année scolaire. Je n'ai pas eu le temps de le connaître, personne n'a eu le temps de le connaître. Mais, manifestement, les profs l'ont assez vu pour l'estimer apte à suivre un cursus général. Ou bien ils hésitaient, mais, dans le doute, ils lui ont laissé la voie ouverte. Alors qu'il n'a aucune envie de l'emprunter, il rêve d'être orienté. Il me l'a avoué, ça a redoublé mon dépit.
Sa moyenne générale se situe à un point et demi en dessous de la mienne. Normalement, si l'équité et la justice n'avaient pas laissé leur nom au vestiaire, étant dans la même barque, la classe moyenne d'un bahut moyen d'une ville pas toute rose, je devrais être admis, comme lui, en seconde générale. Mais visiblement il y a un bug, un décalage dans lequel mon dossier scolaire est tombé et moi avec. On me classe donc dans la catégorie « inapte à la seconde générale ».
Ma mère, comme moi, est embêtée qu'on me range dans le mauvais sac. Mais, manque de chance pour ceux qui lui font face, elle n'est pas fataliste, pas du genre à laisser faire. 


 Challenge 6% Rentrée Littéraire 2014 
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33/36

 Challenge Petit Bac 2015 
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Pronom personnel (3)

9 avril 2015

Comment Thomas Leclerc 10 ans 3 mois et 4 jours est devenu Tom l'Eclair et a sauvé le monde... - Paul Vacca

Lu en partenariat avec les éditions Belfond

tom l'éclair Belfond - avril 2015 - 280 pages

Quatrième de couverture :
Le 14 octobre 1968, à 10 ans, 3 mois et 4 jours, Thomas Leclerc comprend enfin pourquoi il est sur Terre : il n'est pas Thomas Leclerc, mais Tom l'Éclair plus vif que l'Éclair... Comme les super-héros, il est un étranger jeté dans un monde qui n'est pas fait pour lui. Souffrant de difficultés relationnelles et émotionnelles, cet enfant de la fin des années 60 s'invente un destin qui va lui permettre de sauver son Monde, qui évolue entre sa maison, sa résidence et la petite ville de Montigny. C'est ainsi qu'il sort de sa chambre et de son isolement, et part défier la réalité et ses pièges pour voler au secours de ses parents qui comptent se séparer ou encore venger l'honneur de Palma, une fille de son collège qui a été assassinée et dont le meurtrier court toujours... Digne d'un super-héros, Tom ira jusqu'au bout. Et si c'était le prix à payer pour trouver sa voie vers le Monde ?

Auteur : Paul Vacca est romancier, scénariste et essayiste. Il est l’auteur de deux romans La petite cloche au son grêle (2008) et Nueva Königsberg (2009) et d’un essai Hyper, ton univers impitoyable - Le système hypermarché mis à nu (1994). Philosophe de formation, il a été consultant stratégique en agences de communication pour le compte de grandes entreprises, d’institutions ou d’hommes politiques. Il est aussi membre en charge de la stratégie et des études de La Villa Numeris, un think tank qui scrute les évolutions sociétales du numérique et de la nouvelle économie.

Mon avis : (lu en avril 2015)
Thomas Leclerc est un enfant autiste, il a 10 ans en 1968. Après avoir découvert un comics-book, il décide de devenir Tom l'Éclair un super-héros avec des super-pouvoirs qui vont l'aider à comprendre le monde qui l'entoure. Il est convaincu d'être arrivé sur Terre avec la mission de sauver le monde. Il sait qu'il est différent des autres enfants et se pose de nombreuses questions sur le monde et sur ceux qui l'entourent. 
Tom est toujours resté dans son monde, c'est rassurant pour lui de rester discret sans vraiment se confronter aux autres. Mais ses super-pouvoirs vont lui donner le courage de s'intéresser aux autres. Sa première idée : se faire des amis. Il commence par observer ses camarades de classe mais il a du mal à comprendre comment deux garçons peuvent être amis le matin et quelques heures après se taper dessus durant la récréation... Il va trouver un livre donnant des "recettes" pour avoir des amis... La mise en pratique reste difficile. Tom est pourtant approché par Pamela une fille un peu bizarre dont il n'aime pas l'odeur de malabar qu'elle dégage... 
J'ai beaucoup aimé ce livre et surtout Tom si attachant. L'intrigue n'est pas toujours crédible vu l'âge du héros mais je ne me suis pas arrêté à cela. J'ai aimé ce petit garçon différent qui voudrait réussir à régler les problèmes de ses proches comme savent le faire les Super Héros. Il a un bon sens imparable. 

Remarque : Le titre de ce livre est un peu long... C'est devenu une mode que je trouve à double tranchant : le titre se remarque... mais il est impossible de le retenir... Ici l'auteur et l'éditeur ont prévu également le titre court... "Tom l'Eclair" !

Merci Anny et les éditions Belfond pour cette belle découverte.

Autre avis : Canel

Extrait : (début du livre)
Au départ, ce 14 octobre 1968 fut pourtant un jour comme les autres.
Réglé en tout point sur les autres jours passés ici, depuis que Thomas est arrivé à Montigny, une petite ville près de Paris.
- Tom, Petit Tom, c'est l'heure !
7 h 14. Comme chaque matin, Thomas se lève au son de l'appel maternel. Il attrape à tâtons ses lunettes aux verres épais, passe au poignet sa montre à quartz, enfile son col roulé en acrylique, son pantalon court, ses Kickers et descend les dix-huit marches qui le mènent à la cuisine.
Là l'attendent sur la table son bol rempli de céréales jusqu'au premier trait rouge et la bouteille de lait posée à sa droite. Sa mère, Pauline, l'embrasse, passe la main dans ses cheveux pour aplanir son épi, et verse le lait dans son bol jusqu'au niveau du deuxième trait rouge... Il avale son petit déjeuner en scrutant la boîte de céréales qu'il a lue plus de trois cent cinquante fois, repérant les e et les a et les lignes qui les relient entre eux, ainsi que les lettres manquantes de l'alphabet.
- Ça va, bonhomme ?
Son père, Serge, fume en prenant son café au son de la radio. La fin des nouvelles, arrive l'heure de la météo...
Thomas sort de la cuisine, attrape son cartable, le passe dans le dos alors que sa mère y enfourne une forme cylindrique entourée de papier aluminium.
- Ton goûter, mon chéri.
Pain, beurre et quatre carrés de chocolat noir. La tête ensommeillée, l'épi dressé vers le ciel, Thomas sort de la maison. Le ballet matinal se met alors en place, long plan-séquence parfaitement orchestré qui le mène jusqu'au collège. Thomas referme le portail, emprunte l'allée de la résidence, puis s'engage sur une petite route bordée de villas qui va jusqu'au centre-ville.
La sortie de M. Delattre avec son attaché-case, qui plie sa veste et la pose sur le siège à l'arrière de sa Dauphine ; Mme Dupuis, la dame au manteau beige qui cherche son chat ; les jumeaux qui, une fois hors du champ de vision familial, se lancent des coups de pied...
Une chorégraphie réglée au millimètre près : le passage du chat à la longue queue qui s'invite dans le champ, le souffle clair du vent matinal qui agite l'épi de Tom, la 2 CV qui toussote en avalant la côte, le train derrière les bois et le moyen-courrier qui fend le ciel...
Plus loin, Thomas arrive devant un mur. Son mur magique. Barré d'innombrables « Oui » et « Non » qui se chevauchent et se contredisent. Thomas s'arrête devant lui et lui pose sa question quotidienne, celle qui l'a taraudé avant de s'endormir. Un modus operandi immuable. Il se poste en face de lui, ferme les yeux, se reformule mentalement la question, tourne une fois sur lui-même, puis ouvre les yeux. Et là, c'est magique, il obtient une réponse claire et nette à sa question : « Oui » ou « Non ».

 Challenge Petit Bac 2015 
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Prénom (5)

Déjà lu du même auteur : 

la_petite_cloche_gr_le La petite cloche au son grêle nueva_konigsberg Nueva Königsberg

4 mars 2015

Sais-tu pourquoi je saute ? - Naoki Higashida

sais-tu pourquoi Editions des Arènes - septembre 2014 - 172 pages

traduit de l'anglais par Daniel Roche 

Titre original : The reason I jump, 2007

Quatrième de couverture :
Pour la première fois, un enfant atteint d’autisme sévère nous raconte l’autisme de l’intérieur. Il répond aux questions que les parents se posent : Pourquoi fuis-tu le contact visuel ? Est-il vrai que tu détestes qu’on te touche ? Pourquoi répètes-tu la même question sans arrêt ? Pourquoi sautes-tu en tapant des mains ?, etc. David Mitchell, l’un des meilleurs écrivains anglais de sa génération et père d’un enfant autiste, a découvert ce texte qui fut pour lui une révélation, une sorte de « Scaphandre et le Papillon » de l’autisme : « J’ai eu l’impression, pour la première fois, que notre fils nous racontait ce qui se passait dans sa tête. » Il a décidé de le traduire du japonais avec sa femme KA Yoshida : « Ce livre est bien plus qu’une somme d’informations, il apporte la preuve qu’il y a, emprisonné à l’intérieur du corps autistique, apparemment impuissant, un esprit aussi curieux, subtil et complexe que le vôtre, le mien, celui de n’importe qui. » 

Auteur : Naoki a appris à communiquer grâce à une grille alphabétique. Il a écrit ce livre à 13 ans et l’a d’abord publié via Internet. Il a aujourd’hui 22 ans et communique toujours grâce à son clavier. Il vit à Kimitsu et tient un blog. 

Mon avis : (lu en février 2015)
Sous forme de questions - réponses, Naoki, un autiste de 13 ans, témoigne. Il cherche à expliquer les comportements bizarre des autistes. Vu de l'intérieur, il donne son ressenti et rend plus compréhensible les réactions des autistes.
Un livre très intéressant et instructif pour mieux comprendre le monde de l'autisme. C'est un témoignage et il faut le prendre comme cela, tout ce qui est raconté ne concerne pas tous les autistes mais ce regard est très touchant même si le récit est parfois assez factuel. Naoki nous explique ses difficultés à faire fonctionner à la fois sa pensée et son corps. Il a des difficultés à contrôler les mouvements de son corps qu'il semble souvent faire malgré lui. A treize ans, il a une étonnante maturité sur son handicap.

Extrait : 
Quand j'étais petit, je ne savais même pas que j'étais un enfant handicapé. Comment l'ai-je découvert? Parce que des gens me l'ont dit : j'étais différent des autres, c'était ça mon problème. C'est vrai, j'avais beaucoup de mal à agir comme quelqu'un de normal et même maintenant je n'arrive pas à "avoir" une vraie conversation. Pour lire des livres à haute voix ou pour chanter, je n'ai pas de problème, mais quand j'essaie de parler avec quelqu'un, mes mots... je ne kes trouve plus. D'accord, j'arrive parfois parfois à répondre quelque chose, mais souvent c'est le contraire de ce que je voulais dire ! Quand on me demande de faire ceci ou cela, je ne réagis jamais comme il faut, et quand je m'énerve je finis par m'enfuir. Du coup, même une activité banale comme le shopping peut devenir vraiment compliquée si je me lance tout seul.
Alors pourquoi est-ce que je n'arrive pas à faire toutes ces choses ? Les jours où ça ne va pas, quand je me sens frustré, malheureux ou découragé, je m'imagine un monde où il n'y aurait que des autistes. Où l'autisme serait considéré comme un genre de personnalité parmi d'autres. La vie serait tellement plus simple et plus heureuse pour nous ! C'est vrai que nous causons parfois beaucoup de problèmes aux gens normaux, et que ces moments-là sont vraiment durs à vivre. Mais ce qu'on voudrait, nous, au fond, c'est croire à un avenir meilleur.

  Challenge Petit Bac 2015 
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Pronom personnel sujet (3)

 Challenge 6% Rentrée Littéraire 2014 
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8 mars 2015

Le vieux qui lisait des romans d'amour - Luis Sepulveda

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Audiolib - décembre 2014 - 3h21 - Lu par Feodor Atkine

Editions Métailié - avril 1992 - 130 pages

Points - 1994 - 130 pages

Points - janvier 1997 - 120 pages

Points - janvier 2003 - 120 pages

Editions Métailié - mai 2004 -137 pages

traduit de l’espagnol (Chili) par François Maspero

Titre original : Un viejo que leía novelas de amor, 1992

Quatrième de couverture :
Antonio José Bolivar Proaño est le seul à pouvoir chasser le félin tueur d’hommes. Il connaît la forêt amazonienne, il respecte les animaux qui la peuplent, il a vécu avec les Indiens Shuars et il accepte le duel avec le fauve. Mais Antonio José Bolivar a découvert sur le tard l’antidote au redoutable venin de la vieillesse : il sait lire, et il a une passion pour les romans qui parlent de l’amour, le vrai, celui qui fait souffrir. Partagé entre la chasse et sa passion pour les romans, le vieux nous entraîne dans ce livre plein de charme dont le souvenir ne nous quitte plus.

Auteur : Luis Sepúlveda est né en 1949 au Chili. Emprisonné sous le régime de Pinochet puis exilé, il parcourt l’Amérique latine et fonde de nombreuses troupes théâtrales. Très soucieux d’écologie, il participe à une recherche de l’UNESCO au sujet de l’impact de la colonisation sur les populations amazoniennes et passe un an chez les Indiens Shuars. Depuis 1996, il vit en Espagne. Ses oeuvres sont aujourd’hui des bestsellers mondiaux. Il a publié en 2013 Histoire du chat et de la souris qui devinrent amis et Ingrédients pour une vie de passions formidables.

Lecteur : Difficile de présenter ce comédien talentueux, à la carrière exemplaire et au parcours surprenant. Féodor Atkine a tourné avec les plus grands cinéastes : Woody Allen,Oliver Stone, Raul Ruiz... Théâtre, films et doublages se succèdent (Dr House, Breaking Bad). Ce lecteur passionné a obtenu en 2014 le Coup de coeur de l’Académie Charles Cros pour sa lecture du Quatrième mur.

Mon avis : (écouté en mars 2015)
J'avais déjà fait un billet sur ce livre cet été, dans la rubrique "souvenirs, souvenirs...", c'est un livre que j'ai lu pour la première fois il y a plus de vingt ans et que j'avais beaucoup aimé. 
J'ai passé un moment incroyable (beaucoup trop court) en l'écoutant lu par Féodor Atkine que j'ai également adoré dans Le quatrième mur de Sorj Chalandon. 
L’histoire se passe au fin fond de l’Amazonie, dans le village d'El Idilio. C’est là que vit Antonio José Bolivar, il est arrivé en Amazonie avec l'espoir d'une vie meilleure et un terrain à faire fructifier... Pendant quelques temps, il va vivre avec les Shuars, les indiens locaux, qui vont lui apprendre à se débrouiller dans le milieu hostile de la forêt vierge. Un jour, les indiens l'invitera à quitter la tribu et il s'installera à El Idilio. Il se découvrira alors une passion pour les romans d'amour...
Lorsque l'histoire commence le corps sans vie d'un homme est retrouvé. Les villageois soupçonnent immédiatement les indiens Shuars. Seul le "vieux" est persuadé que le coupable est un félin...
Sepulveda est un vrai conteur et avec cette histoire, il nous parle de l'Amazonie et rend un très bel hommage à la nature.
Féodor Atkine a su rendre vivant ce conte plein d'humanité, de poésie et d'humour. Un vrai bonheur, un vrai coup de coeur !

Extrait : (début du livre)
Le ciel était une panse d’âne gonflée qui pendait très bas, menaçante, au-dessus des têtes. Le vent tiède et poisseux balayait les feuilles éparses et secouait violemment les bananiers rachitiques qui ornaient la façade de la mairie.
Les quelques habitants d’El Idilio, auxquels s’étaient joints une poignée d’aventuriers venus des environs, attendaient sur le quai leur tour de s’asseoir dans le fauteuil mobile du dentiste, le docteur Rubincondo Loachamín, qui pratiquait une étrange anesthésie verbale pour atténuer les douleurs de ses clients.
— Ça te fait mal ? questionnait-il.
Agrippés aux bras du fauteuil, les patients, en guise de réponse, ouvraient des yeux immenses et transpiraient à grosses gouttes.
Certains tentaient de retirer de leur bouche les mains insolentes du dentiste afin de pouvoir lui répondre par une grossièreté bien sentie, mais ils se heurtaient à ses muscles puissants et à sa voix autoritaire.
— Tiens-toi tranquille, bordel ! Bas les pattes ! Je sais bien que ça te fait mal. Mais à qui la faute, hein ? À moi ? Non : au gouvernement ! Enfonce-toi bien ça dans le crâne. C’est la faute au gouvernement si tu as les dents pourries et si tu as mal. La faute au gouvernement.
Les malheureux n’avaient plus qu’à se résigner en fermant les yeux ou en dodelinant de la tête.
Le docteur Loachamín haïssait le gouvernement. N’importe quel gouvernement. Tous les gouvernements. Fils illégitime d’un émigrant ibérique, il tenait de lui une répulsion profonde pour tout ce qui s’apparentait à l’autorité, mais les raisons exactes de sa haine s’étaient perdues au hasard de ses frasques de jeunesse, et ses diatribes anarchisantes n’étaient plus qu’une sorte de verrue morale qui le rendait sympathique.
Il vociférait contre les gouvernements successifs de la même manière que contre les gringos qui venaient parfois des installations pétrolières du Coca, étrangers impudiques qui photographiaient sans autorisation les bouches ouvertes de ses patients.
À quelques pas de là, l’équipage du Sucre chargeait des régimes de bananes vertes et des sacs de café.
Sur un bout du quai s’amoncelaient les caisses de bière, d’aguardiente « Frontera », de sel, et les bonbonnes de gaz débarquées au lever du jour.
Le Sucre devait appareiller dès que le dentiste aurait terminé de réparer les mâchoires, pour remonter les eaux du Nangaritza, déboucher dans le Zamora et, après quatre jours de lente navigation, rejoindre le port fluvial d’El Dorado.
Le bateau, une vieille caisse flottante mue par la volonté de son chef mécanicien, les efforts des deux costauds qui composaient l’équipage et l’obstination phtisique d’un antique diesel, ne devait pas revenir avant la fin de la saison des pluies dont le ciel en deuil annonçait l’imminence.

Déjà lu du même auteur : 

le_monde_du_bout_du_monde_p Le Monde du bout du monde 97555469 Le vieux qui lisait des romans d'amour

Challenge Petit Bac 2015 
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Objet (3)

 

 

 

 

11 février 2015

Mamette, Tome 4 : Entre ciel et terre - Nob

mamette_4 Glénat - avril 2010 - 48 pages

Présentation éditeur :
Les nouvelles aventures, toujours plus tendres et réjouissantes, de la grand-mère que tout le monde aimerait avoir ! Qui a dit que la retraite était la plus ennuyeuse des périodes de la vie ? Pas Mamette ! Parce qu’entre les bougonneries de sa copine Mademoiselle Pinsec, les fêtes de fin d’année du club des seniors à organiser, et surtout le retour à la maison de son grand fils, touché par la crise économique et par une drôle de crise d’adolescence à cinquante ans, elle ne voit pas défiler les journées, Mamette ! Heureusement qu’elle n’est pas seule, elle peut compter sur l’aide de sa petite-fille et de ses 234 amis Facebook ! Et même si Mamette suit à la lettre un sévère régime alimentaire pour protéger son petit cœur, celui-ci  risque bien de s’emballer pour un drôle de septuagénaire. Il n’y a pas d’âge pour l’amour ! Entre rire et tendresse, Nob offre avec ce tome 4, une nouvelle tranche d’âge d’or à sa merveilleuse petite Mamette. Une amie précieuse. Plus que jamais magnifique bouffée d’air drôle dans un monde trop sérieux et trop triste !

Auteur : Nob, de son véritable nom Bruno Chevrier né en 1973 à Tours, est un dessinateur, scénariste et coloriste de bande dessinée français.

Mon avis : (lu en février 2015)
Je n'avais encore jamais succombé à Mamette cette merveilleuse grand-mère au grand coeur, je ne fréquente plus beaucoup le rayon BD jeunesse... C'est à l'occasion du Café Lecture mensuel de la Bibliothèque que cette BD a été évoquée et j'ai emprunté celle-ci (le tome 1, 2 et 3 n'étant pas disponible).

Voilà une grand-mère bien sympathique, son grand fils, la cinquantaine, est revenu vivre chez elle pour cause de crise économique. Elle s'en occupe comme s'il était redevenu un petit... Il y a sa copine Mademoiselle Pinsec et sa rencontre avec un ancien acteur...
Une bande dessinée pleine de tendresse et de bonnes ondes ! Belle découverte que je poursuivrai !

Extrait : 

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8 février 2015

L'effet papillon - Jussi Adler Olsen

Lu en partenariat avec Albin Michel

l'effet papillon Albin Michel - janvier 2015 - 648 pages

traduit du danois par Caroline Berg

Titre original : Marco effekten, 2012 

Quatrième de couverture :
Si William Stark n’avait pas été intrigué par un SMS envoyé du Cameroun, René Ericksen, son boss au Bureau d’Aide au Développement, n’aurait pas été obligé de se débarrasser de lui. Si Marco, un jeune voleur gitan n’avait pas trouvé refuge là où le cadavre putréfié de Stark végète depuis trois ans, son oncle, chef d’un réseau mafieux, n’aurait pas lancé ses hommes à ses trousses à travers tout Copenhague pour l’empêcher de révéler à la police l’existence de ce corps qu’il a enterré de ses propres mains...
Pour stopper cet engrenage de la violence, l’inspecteur Carl Mørck et l’équipe du Département V doivent retrouver Marco. Et remonter la piste d’une affaire dont les ramifications politiques et financières pourraient bien faire vaciller l’intégrité politique du Danemark.
Grand Prix policier des lectrices de Elle, Prix polar des lecteurs du Livre de poche, le Danois Jussi Adler-Olsen est une figure désormais incontournable du thriller scandinave.

Auteur : Né à Copenhague, Jussi Adler-Olsen a étudié la médecine, la sociologie, le cinéma et la politique. Ancien éditeur, il connaît un succès sans précédent avec sa série bestseller Département V.

Mon avis : (lu en février 2015)
Ce livre est le cinquième épisode de la série Département V où l’inspecteur Carl Mørck est le personnage principal. Jusqu'à présent, je n'avais lu que le premier tome de cette série et lorsque l'on m'a proposé de lire celui-là , je n'ai pas hésité. Ne pas avoir lu les épisodes 2, 3 et 4 ne m'a absolument pas gênée pour apprécier celui-ci.
Le lecteur découvre plusieurs histoires : celle de William Stark qui travaille au ministère au Bureau d'Aide au Développement et s'occupe d'un projet au Cameroun, celle de Marco, un adolescent de quinze ans, qui a quitté la bande de voleurs dirigée par son oncle Zola et bien sûr l'équipe du Département V.
Après un voyage en Afrique, William Stark disparait mystérieusement.
Marco ne veut plus être un voleur, il voudrait devenir un garçon normal, faire des études, apprendre un vrai métier. Être libre... Le jour, où il entend qu'il devient gênant et que Zola demande à ses sbires de le mutiler, Marco s'enfuit en pyjama, pieds nus, dans la nuit. Dans sa fuite, il découvre par hasard le cadavre d'un homme enterré dans le bois situé derrière les maisons du clan. Le voilà donc malgré lui l'effet déclancheur d'une multitude d'évènements, il va devoir se cacher pour échapper à de nombreux poursuivants... Parallèlement, le Département V enquête sur la disparition de Stark, Carl Mørck découvre que le jeune Marco détient des informations importantes mais il est difficile de le rencontrer...
Une histoire palpitante, le jeune Marco est très attachant et j'ai bien aimé redécouvrir l'équipe du Département V avec Carl Mørck, Assad, Rose et les autres...

Merci Arthur et les éditions  Albin Michel pour la redécouverte de cette série.

Extrait : (début du livre)
Le dernier matin de la vie de Louis Fon eut la douceur d’un murmure.
Il se leva de sa couche, les yeux pleins de sommeil et la tête un peu lourde, donna une petite tape sur la croupe de la gamine qui lui avait caressé la joue pour le réveiller, essuya la morve qui coulait du nez brun de la petite et glissa les pieds dans ses tongs posées sur le sol en terre battue.
Il s’étira et cligna des yeux dans la pièce baignée de soleil, emplie des caquètements stridents des poules, et des cris plus éloignés des garçons, occupés à couper des régimes de bananes en haut des musas.
Quelle paix, songea-t-il en humant l’odeur épicée qui se dégageait du village. Seul le chant des Pygmées bakas autour d’un feu de camp sur l’autre rive du fleuve pouvait lui procurer plus de plaisir que ce parfum-là. Il était toujours heureux de retourner dans le territoire de Dja et le village bantou reculé de Somolomo.
Les gosses couraient derrière la hutte, un nuage de poussière rouge se levait sous leurs pieds nus, et leurs piaillements aigus faisaient s’envoler les oiseaux tisserins des cimes des palmiers.
Il avança dans le rai de lumière, alla s’accouder au rebord de la fenêtre et adressa un large sourire à la mère de la fillette qui égorgeait le poulet du jour devant sa hutte, juste en face.
Il ne savait pas encore que ce serait son dernier sourire.
À deux cents mètres de là, l’homme maigre et son guide débouchèrent du sentier qui traversait la palmeraie, et il lui suffit d’un regard pour deviner qu’ils n’étaient pas animés de bonnes intentions. Il reconnaissait la silhouette musclée de Mbomo pour l’avoir rencontré à Yaoundé, mais l’Européen aux cheveux blancs, il ne l’avait jamais vu.
« Qu’est-ce que Mbomo vient faire là ? Et qui est l’homme qui l’accompagne ? » demanda-t-il d’une voix forte à la mère de la fillette.
Elle haussa les épaules. Il n’était pas rare de voir des touristes à la lisière de la forêt tropicale humide, pourquoi s’en préoccuperait-elle ? C’était sans doute des Européens fortunés qui venaient passer quatre ou cinq jours avec les Bakas dans l’immense chaos de la jungle Dja !
Mais Louis avait un mauvais pressentiment. On sentait une gravité émaner de ces deux hommes, une complicité aussi. Il y avait un problème. Le Blanc n’était pas un touriste et Mbomo n’avait rien à faire dans le secteur sans que Louis en soit informé. C’était lui qui dirigeait le programme danois d’aide au développement, et Mbomo n’était que l’homme à tout faire des fonctionnaires de Yaoundé. C’était comme ça que ça marchait.
Les deux hommes sur la piste là-bas n’étaient-ils pas sur le point de faire une chose que Louis n’était pas supposé voir ? Il le craignait fort. De manière générale, il y avait beaucoup de choses bizarres dans ce projet. Tout allait trop lentement, les informations circulaient mal ou pas du tout, l’argent se faisait attendre ou n’arrivait pas. Bref, ce n’était pas ce qu’on lui avait promis à l’époque où on l’avait recruté pour cette mission.

Challenge Petit Bac 2015 
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Animal (1)

Challenge Voisins Voisines 2015
voisins voisines 2015
Danemark

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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catégorie "Même pas peur" :  13/25 

31 janvier 2015

N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures - Paola Pigani

n'entre pas dans mon ame Liana Levi - septembre 2014 - 224 pages

Quatrième de couverture : 
Autour du feu, les hommes du clan ont le regard sombre en ce printemps 1940. Un décret interdit la libre circulation des nomades et les roulottes sont à l'arrêt. En temps de guerre, les Manouches sont considérés comme dangereux. D'ailleurs, la Kommandantur d'Angoulême va bientôt exiger que tous ceux de Charente soient rassemblés dans le camp des Alliers. Alba y entre avec les siens dans l'insouciance de l'enfance. À quatorze ans, elle est loin d'imaginer qu'elle passera là six longues années, rythmées par l'appel du matin, la soupe bleue à force d'être claire, le retour des hommes après leur journée de travail... C'est dans ce temps suspendu, loin des forêts et des chevaux, qu'elle deviendra femme au milieu de la folie des hommes.
N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures, dit le proverbe : on n'entre pas impunément chez les Tsiganes, ni dans leur présent ni dans leur mémoire Mais c'est d'un pas léger que Paola Pigani y pénètre. Et d'une voix libre et juste, elle fait revivre leur parole, leur douleur et leur fierté.

Auteur : Paola Pigani a grandi en Charente dans une famille nombreuse d'origine italienne. Elle y rencontre la communauté manouche et en particulier une femme ayant été internée au camp des Alliers. Cet épisode méconnu de l'histoire française lui inspire son premier roman. Poète et nouvelliste, Paola Pigani vit aujourd'hui à Lyon où elle partage son temps entre l'écriture et son travail d'éducatrice.

Mon avis : (lu en janvier 2015)
C'est au Café Lecture que j'ai découvert ce livre qui raconte sous forme romancé une histoire vraie. Celle d'Alba et sa famille, des Manouches qui ont été enfermés dans le camp des Alliers près d'Angoulême de l'automne 1940 à mai 1946. Ce sont des nomades et en 1940, on leur interdit de circuler. L'administration leur demande de laisser leurs roulottes et chevaux à l'extérieur du Camp, les Tziganes doivent loger dans des baraquements. Voulait-on les protéger ou les sédentariser de force ? Les conditions sont déplorables et ne s'amélioront pas durant toutes ses années d'internement... Ils ne seront "libérés" qu'en 1946, plus d'un an après la Libération de 1945 !
Le titre de ce livre peut prêter à rire, mais n'a rien de drôle, c'est un proverbe tzigane qui peut se traduire, au sens propre, en : N'entre pas dans ma roulotte avec tes chaussures. La roulotte représente toute l'intimité d'une famille tzigane, lorsqu'on est gadjé (non tzigane), on ne rentre pas dans la roulotte sans y avoir été invitée. 

Soixante-dix ans plus tard, l'auteur a su recueillir le témoignage d'Alba devenue une grand-mère. Avec sa voix d'une enfant de 14 ans, le lecteur découvre le camp avec la mort, la faim, le froid mais ce peuple fier va s'organiser et survivre au jour le jour avec toujours l'espoir de retrouver leur liberté.
Un témoignage très fort et plein d'émotions. 

Pour en savoir un peu plus sur cet épisode historique de la Seconde Guerre Mondiale méconnu : voir ici

Note :  ♥♥♥♥♥

Extrait : (page 17)
1940, Alba a quatorze ans, elle est blonde aux yeux bleus, merveilleux laissez-passer chez les gadjé et les représentants de la police pétainiste, pourrait-on croire. Elle ne sera pas plus épargnée que les siens, mais, après la guerre, on lui accordera plus facilement l’hospitalité ou l’aumône et elle pourra chiner sans être inquiétée.
Avec ses parents, elle vit du théâtre ambulant qui rayonne sur une cinquantaine de kilomètres autour de Saint-Jean-d’Angély, en Charente-Maritime. On la voit souvent en tablier clair et court, une miette de sourire accrochée aux lèvres, assise sur le plancher de la roulotte, les jambes dans le vide. À ses côtés, son père, Louis, ressemble à tous les hommes de ces années-là. Il porte une chemise blanche, une moustache épaisse et une large casquette. Maria, sa mère, a le regard vide, ébloui à perpétuité, elle est aveugle. Elle tient sur les hanches un petit garçon.
Une paix tranquille les habite. Ils sont amoureux, français, lancent des rêves à la volée lors de leurs numéros de saltimbanques.
Comme après chaque spectacle, les parents rangent les costumes, les lanternes et les instruments de musique qui tiennent tous dans une seule malle accrochée à l’arrière de la roulotte. Ce soir, ils ont attiré du monde, mais quand Alba a passé le chapeau au milieu des villageois, elle n’a pas entendu de grelot joyeux, ce tintement de pièces qu’elle est si fi ère d’offrir à son père les jours de bonne fortune.
La guerre est là. Elle existe dans les journaux, au cinéma, dans le poste de TSF qu’un ami de Louis, maraîcher, à qui il prête main-forte les jours de marché, lui fait écouter chez lui. L’exode de milliers de Français en direction de la zone libre les émeut beaucoup. Ils en croisent quelques-uns, hagards, exténués, si peu habitués à vivre sur les routes. Alba et les siens n’ont jamais erré, ne se sont jamais perdus. Le sort de ces gens fuyant la zone occupée renforce pour la première fois leur différence, exalte leur liberté, leur nomadisme. Moins de mépris, de crainte à leur égard dans la population locale, mais très vite les contrôles se resserrent sur eux, balayant cette embellie.
La Gestapo et la police de Vichy exigent leurs carnets anthropométriques pour un oui ou pour un non, accompagnant chaque contrôle de paroles humiliantes. Alba voit son père serrer les dents sous sa moustache, il ne baisse jamais les yeux, pas même le temps de trouver son carnet dans ses poches. Elle comprend ce qu’est un homme fort. Elle prend acte de cette rage muette, cette foi dure et folle qui l’aidera à traverser le plus noir de la guerre.
Alba s’en va glaner du maïs dans les champs, elle y trouve souvent des champignons rosés dont son père raffole, elle sait comment lui redonner le sourire. Sur les chemins de ronces elle emmène ses petits frères cueillir des mûres, des noisettes qu’elle glisse dans un grand fichu attaché autour de sa taille. Dès qu’un moteur se fait entendre, elle apprend aux petits à se faufiler sous les buissons. Ils savent déjà reconnaître le bruit des lourdes berlines de la Gestapo et des véhicules militaires. C’est chose aisée sur ces routes où ne circulent que le camion du laitier, quelques tracteurs, des estafettes. Leur campement est installé depuis de longs mois à Saint-Germain-de-Marencennes, près de Surgères. Depuis qu’elle est enfant, Alba n’a connu que ces routes, allant avec les siens de Charente en Gironde, au gré des travaux agricoles et surtout des vendanges.
Très vite, sur autorité du préfet, des mesures de contrôle et de détention sont prises dans toutes les communes avoisinantes. Les forains, musiciens, saltimbanques de toute sorte, assignés à résidence, tournent sur eux-mêmes, rejouent aux villageois inlassables les mêmes numéros, sans étincelle dans les yeux. Bientôt ils ne se donneront plus du tout en spectacle. Le cinéma ambulant, les cabrioles, la musique, les petites lanternes s’éteignent une à une. Le rapport relatif au décret du 6 avril 1940 précise qu’en période de guerre, la circulation des nomades, des individus errant généralement sans domicile fixe, ni patrie, ni profession effective, constitue, pour la défense nationale et la sauvegarde du secret, un danger qui doit être écarté.
Dans l’été finissant, des rumeurs gagnent les roulottes. On s’affole en silence. Qu’adviendra-t-il d’eux s’ils ne peuvent regagner le Bordelais pour les vendanges ? Les hommes fument et se taisent près du feu qui meurt.
Dans un sursaut d’orgueil, ils se ressaisissent. Depuis la nuit des temps, un or secret dans le sang leur donne la force de résister à tout. Où qu’ils soient, ils ont toujours su se frayer un chemin.

 Challenge Petit Bac 2015 
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Challenge 6% Rentrée Littéraire 2014 
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22 novembre 2014

Mois du film documentaire 2014 en Seine et Marne :

Mois du film documentaire 2014 : découvrir l'oeuvre de Carmen Castillo et Rithy Panh

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La Médiathèque départementale met à l’honneur deux cinéastes francophones : l'un d'origine cambodgienne, l'autre d'origine chilienne, qui questionnent l'histoire douloureuse de leur pays. 

Plus de 30 projections-débats sont donc programmées en Seine-et-Marne pendant tout le mois de novembre.

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Hier soir, la Bibliothèque organisait une soirée autour du film :

La Terre des âmes errantes de Rithy Panh :

En 1999, les travaux de pose du premier câble de fibre optique d’Asie du Sud-Est ont traversé le Cambodge. Ils impliquent le creusement d’une tranchée d’un mètre de profondeur de la frontière thaïlandaise à la frontière vietnamienne, pour y enfouir un câble à peine plus gros que le pouce. C’est là l’occasion pour de nombreux Cambodgiens - paysans pauvres, soldats démobilisés, familles sans ressources - de trouver du travail.
La tranchée rencontre les mines et la présence obsédante des millions de morts dont les âmes errent, harcelant les survivants, faute de sépultures. Tout au long de son creusement à la pioche, à la houe, à la main, elle met en scène l’angoisse de pouvoir continuer à travailler tout en subissant quotidiennement la violence économique.
Le film suit sa progression, s’attachant à quelques personnages centraux qui symbolisent les difficultés et les contradictions que doit surmonter ce pays, dans la nécessité de survivre et la volonté de renouer avec une culture ancestrale laminée, elle aussi, par les années de guerre.

1999, 100 minutes – Rithy Panh

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Auteur : Cinéaste franco-cambodgien, né le 18 avril 1964 à Phnom Penh, Rithy Panh est âgé de onze ans au moment de l’arrivée des Khmers rouges à Phnom Penh (1975). Cadet d’une famille de neuf enfants, il a d’abord été intégré à une brigade mobile de jeunes, puis à un hôpital en tant qu’aide-soignant. En 1979, il s’échappe du Cambodge et parvient au camp de Mairut, en Thaïlande. Un an après, il s’exile en France. En
1985, il intègre l’Institut des hautes études cinématographiques (aujourd’hui Fémis) dont il sort diplômé. Il devient réalisateur et l’ensemble des films qu’il tourne ensuite trouvent leur matière dans l’histoire de son pays d’origine. Si le cinéma peut nous raconter l’Histoire, il peut aussi être le lieu d’une suture, d’une réhabilitation ou, pour employer un terme moins ampoulé et cher à Rithy Panh, d’une rencontre.

Mon avis :
Un film très fort, il n'y a pas de voix off, seuls les personnages s'expriment et ainsi le spectateur découvre le contexte historique, social, économique de ces Cambodgiens pauvres, obligés de creuser cette tranchée pour gagner un peu d'argent pour faire vivre leurs familles. 

A la fin de la projection, nous avons pu poser des questions et échanger avec Cati Couteau la productrice du film. 

TERRE DES AMES PAHN_Rithy_1999_La-terre-des-ames-errantes_01

L’association REASMEY ANGKOR a clôt la soirée avec des collations, des danses et une vente d’artisanat au profit des enfants des rues du Cambodge.

 

rithy_pahn Ce film est disponible dans le DVD "Le Cinéma de Rithy Panh" (2008)

Pour en savoir plus : Fiche Arte sur le film  La Terre des âmes errantes de Rithy Panh

 

Déjà lu du même auteur :

 lelimination L'élimination - Rithy Panh (Grand Prix Elle 2013 - document) 

16 mai 2015

En finir avec Eddy Bellegueule - Edouard Louis (Prix Audiolib)

LOGOTYPE-2015

9782356417268-T en finir avec eddy 

Audiolib - mai 2014 - 4h42 - lu par Philippe Calvario

Seuil - janvier 2014 - 220 pages

Quatrième de couverture : 
« Je suis parti en courant, tout à coup. Juste le temps d'entendre ma mère dire Qu'est-ce qui fait le débile là ? Je ne voulais pas rester à leur côté, je refusais de partager ce moment avec eux. J'étais déjà loin, je n'appartenais plus à leur monde désormais, la lettre le disait. Je suis allé dans les champs et j'ai marché une bonne partie de la nuit, la fraîcheur du Nord, les chemins de terre, l'odeur de colza, très forte à ce moment de l'année. Toute la nuit fut consacrée à l'élaboration de ma nouvelle vie loin d'ici. »
En vérité, l'insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n'a été que seconde. Car avant de m'insurger contre le monde de mon enfance, c'est le monde de mon enfance qui s'est insurgé contre moi. Très vite j'ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n'ai pas eu d'autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.
L’interprétation de Philippe Calvario, d’une impeccable justesse, rend dramatiquement présent le douloureux cheminement, entre violences et humiliations, d’un jeune garçon confronté à sa « différence ».

Auteur : Édouard Louis a 22 ans. Il est étudiant en philosophie et en sociologie à l’École Normale Supérieure. En finir avec Eddy Bellegueule est son premier roman. Il a déjà publié aux PUF les actes d’un colloque sur Bourdieu et participé à la réalisation d’un documentaire sur Foucault pour Arte.

Lecteur : Philippe Calvario, né en 1973, est un comédien et metteur en scène français.

Mon avis : (écouté en juin 2014)
J'ai découvert ce livre sous forme papier en février 2014, quelques mois plus tard, je le redécouvrais sous sa forme audio. Pour le Prix Audiolib 2015, je ne l'ai que partiellement réécouté pour pouvoir l'inclure dans le classement des 10 livres audio. 
J'ai bien sûr réécouté l'entretien avec l'auteur, j'aime toujours beaucoup ce bonus offert dans de nombreux livres Audiolib. Cela complète bien la découverte d'une oeuvre et/ou d'un auteur.

Ce n'est pas facile de s'appeler Eddy Bellegueule et d'avoir une attitude efféminée lorsque l'on vient d'un milieu ouvrier et pauvre de Picardie. Eddy ne comprend pas pourquoi il est le vilain petit canard, il est l'aîné d'une famille de quatre enfants, son père est depuis longtemps au chômage après s'être abîmé le dos en travaillant à l'usine, sa mère est aide à domicile. Dès sa petite enfance sa différence est suspecte, dans son village et son milieu, on n'aime pas les "pédés"... Il fera tout pour se faire accepter par les siens et devenir un "vrai homme", c'est à dire jouer au football, sortir avec les filles... En vain, c'est au lycée en quittant les siens qu'il va pouvoir commencer à devenir lui-même et pas celui que les siens voulaient qu'il soit. 
Dans la version imprimée, les passages en langage "familier" sont mis en italique par rapport au passage plus littéraire. Dans la version audio, le lecteur ne peut pas rendre cette différentiation, c'est à l'auditeur de faire la part des choses en fonction du vocabulaire employé.
La force des mots est décuplée dans la version audio et même si je découvrais ce texte pour la seconde fois, la violence des mots m'a frappée tout autant que la première fois. Certains passages deviennent dérangeants car la souffrance d'Eddy est si forte que j'en avais les larmes aux yeux.

Extrait : (début du livre)
De mon enfance je n’ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n’ai éprouvé de sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n’entre pas dans son système, elle le fait disparaître. Dans le couloir sont apparus deux garçons, le premier, grand, aux cheveux roux, et l’autre, petit, au dos voûté. Le grand aux cheveux roux a craché Prends ça dans ta gueule. Le crachat s’est écoulé lentement sur mon visage, jaune et épais, comme ces glaires sonores qui obstruent la gorge des personnes âgées ou des gens malades, à l’odeur forte et nauséabonde. Les rires aigus, stridents, des deux garçons Regarde il en a plein la gueule ce fils de pute. Il s’écoule de mon œil jusqu’à mes lèvres, jusqu’à entrer dans ma bouche. Je n’ose pas l’essuyer. Je pourrais le faire, il suffirait d’un revers de manche. Il suffirait d’une fraction de seconde, d’un geste minuscule pour que le crachat n’entre pas en contact avec mes lèvres,mais je ne le fais pas, de peur qu’ils se sentent offensés, de peur qu’ils s’énervent encore un peu plus.

Je n’imaginais pas qu’ils le feraient. La violence ne m’était pourtant pas étrangère, loin delà. J’avais depuis toujours, aussi loin que remontent mes souvenirs, vu mon père ivre se battre à la sortie du café contre d’autres hommes ivres, leur casser le nez ou les dents. Des hommes qui avaient regardé ma mère avec trop d’insistance et mon père, sous l’emprise de l’alcool, qui fulminait Tu te prends pour qui à regarder ma femme comme ça sale bâtard. Ma mère qui essayait de le calmer Calme-toi chéri, calme-toi mais dont les protestations étaient ignorées. Les copains de mon père, qui à un moment finissaient forcément par intervenir, c’était la règle, c’était ça aussi être un vrai ami, un bon copain, se jeter dans la bataille pour séparer mon père et l’autre, la victime de sa saoulerie au visage désormais couvert de plaies. Je voyais mon père, lorsqu’un de nos chats mettait au monde des petits, glisser les chatons tout juste nés dans un sac plastique de supermarché et claquer le sac contre une bordure de béton jusqu’à ce que le sac se remplisse de sang et que les miaulements cessent. Je l’avais vu égorger des cochons dans le jardin, boire le sang encore chaud qu’il extrayait pour en faire du boudin (le sang sur ses lèvres, son menton, son tee shirt) C’est ça qu’est le meilleur, c’est le sang quand ilvient juste de sortir de la bête qui crève. Les cris du cochon agonisant quand mon père sectionnait sa trachée artère étaient audibles dans tout le village.

J’avais dix ans. J’étais nouveau au collège. Quand ils sont apparus dans le couloir je ne les connaissais pas. J’ignorais jusqu’à leur prénom, ce qui n’était pas fréquent dans ce petit établissement scolaire d’à peine deux cents élèves où tout le monde apprenait vite à se connaître. Leur démarche était lente, ils étaient souriants, ils ne dégageaient aucune agressivité, si bien que j’ai d’abord pensé qu’ils venaient faire connaissance. Mais pourquoi les grands venaient ils me parler à moi qui étais nouveau ? La cour de récréation fonctionnait de la même manière que le reste du monde : les grands ne côtoyaient pas les petits. Ma mère le disait en parlant des ouvriers Nous les petits on intéresse personne, surtout pas les grands bourges.

Dans le couloir ils m’ont demandé qui j’étais, si c’était bien moi Bellegueule, celui dont tout le monde parlait. Ils m’ont posé cette question que je me suis répétée ensuite, inlassablement,des mois, des années, C’est toi le pédé ? En la prononçant ils l’avaient inscrite en moi pour toujours tel un stigmate, ces marques que les Grecs gravaient au fer rouge ou au couteau sur le corps des individus déviants, dangereux pour la communauté. L’impossibilité de m’en défaire. C’est la surprise qui m’a traversé, quand bien même ce n’était pas la première fois que l’on me disait une chose pareille. On ne s’habitue jamais à l’injure.

Challenge Petit Bac 2015 
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Mort (3)

7 décembre 2014

Je ne verrai pas Okinawa - Aurélia Aurita

JeNeVerraiPasOkinawa_19102008_100825 Les Impressions nouvelles - octobre 2008 - 80 pages

Quatrième de couverture :
Chenda se rend pour la première fois au Japon en 2004. Immédiatement séduite par Frédéric et par le pays du Soleil levant, elle y voyage à plusieurs reprises. Si l'amour qu'elle porte à son nouvel amant est réciproque, il n'en est pas de même, hélas, avec son nouveau pays d'adoption. Procédurière jusqu'à l'absurde, l'administration transforme ses séjours en calvaire bureaucratique. Derrière les déboires de Chenda avec les services d'immigration nippons, c'est aussi une histoire plus globale qui se dessine. Le Japon n'est pas le seul pays à traiter ses étrangers avec méfiance et de manière arbitraire...

Auteur : Aurélia Aurita est née en 1980 en région parisienne. Parallèlement à des études de pharmacie, elle débute une carrière de dessinatrice de BD, publiant ses premières histoires courtes dans Fluide Glacial. Paru en 2001 aux éditions du 9e monde, Angora, petit album sensuel et troublant, est immédiatement remarqué par la critique. Invitée aux côtés d'auteurs aussi prestigieux que Jirô Taniguchi ou Emmanuel Guibert à participer à l'album collectif Japon, paru fin 2005 simultanément en français chez Casterman, en japonais chez Asukashinsha et en quatre autres langues, elle se rend une première fois dans l'Archipel en octobre 2004. C'est le coup de foudre. Fervente admiratrice de Reiser et Anaïs Nin, et aujourd'hui docteur en pharmacie, Aurélia Aurita n'a plus quitté Tôkyô depuis. C'est là qu'elle réalise, en 2005 et dans la plus grande discrétion, les surprenantes pages de Fraise et Chocolat.

Mon avis : (lu en décembre 2014)
Je n'ai pas été convaincu par cette bande dessinée qui raconte les déboires de l'auteur avec le service d'immigration du Japon. Chenda est française de parents chinois et cambodgienne, elle va très souvent au Japon en utilisant des visas touristiques de 3 mois, pour découvrir le pays et y retrouver son amoureux, un français qui a un visa permanent.
Un jour, à son arrivée à l'aéroport de Tokyo, elle va devoir attendre six heures avant d'obtenir l'autorisation d'entrer au Japon. Ses voyages trop fréquents au Japon sont suspects. Elle a beau expliquer qu'elle ne vient pas pour travailler mais simplement s'imprégner de l'esprit du pays pour dessiner des mangas, elle se retrouve face à une administration rigide et sévère. Elle a essayé d'obtenir une visa culturel mais le manga n'est pas considéré comme un art...
Son témoignage est plutôt intéressant, mais à mon goût, bien trop centré sur sa petite personne. 

Finalement Chenda pourra entrer au Japon en promettant de n'y rester qu'un petit mois. Voilà pourquoi son voyage prévu à Okinawa (île nippone) au milieu de son séjour ne pourra avoir lieu...

 

Extrait : 

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28 octobre 2014

Sixteen Kennedy Express - Bastien Quignon, Aurélien Ducoudray

1431_couv Editions Sarbacane - février 2014 - 100 pages

Quatrième de couverture :
1968, aux Etats-Unis, une petite ville "in the middle of nowhere" bordée par les champs de blé à perte de vue et seulement animée par le chantier de son futur rentre commercial en construction... Rob, 14 ans, le bras dans le plâtre et un oeil sur la jolie Sixteen, s'ennuie ferme, jusqu'au moment où entre en gare le train dans lequel est transportée la dépouille du sénateur Robert F Kennedy. tout juste assassiné... Dans une ambiante en demi-teintes, parfois drôle et un peu tragique, Ducoudray et Quignon explorent les fissures du supposé "rêve américain", autour de la question du racisme et de l'engagement.

Auteurs : Bastien Quignon est né en 1986 en région parisienne. Après avoir beaucoup déménagé dans son enfance, à l’âge de 10 ans il accompagne sa famille dans un périple de six mois en Asie du sud-est (Thaïlande, Indonésie, Malaisie). Il a passé un bac littéraire au lycée de Dreux, puis a suivi quatre années d’enseignement de la bande dessinée à l’Académie des Beaux-Arts de Tournai, en Belgique, dont il est diplômé. Trois jours en été est son premier livre.

Aurélien Ducoudray est né en 1973 à Chateauroux et vit dans un petit village de l’Indre. Titulaire d’un bac économie et d’une licence d’anglais ratée, Aurélien Ducoudray a touché à toutes les facettes du journalisme. Photographe de presse, journaliste rédacteur écrit, journaliste reporter de télévision, on lui doit de nombreux documentaires. Après Championzé (avec Eddy Vaccaro, 2010) et La Faute aux chinois (avec François Ravard, 2011), il travaille en ce moment sur différents projets, dont une autre biographie de boxeur avec Eddy Vaccaro sur Young Perez, et Bekame avec Jeff Pourquié.

Mon avis : (lu en octobre 2014)
Rob, âgé de 14 ans, est immobilisé chez lui depuis le début des grandes vacances avec le bras dans le plâtre. C'est un passionné de la famille Kennedy et lorsqu'il apprend que le train transportant la dépouille de Robert F. Kennedy, assassiné 3 jours plus tôt, passera par leur petite ville, Rob ne peut s’empêcher d'aller voir le train. Il va faire la rencontre de Sixteen, une jeune fille intrépide, qui lui offrira son premier baiser et ce sera le début de grandes vacances inoubliables...
Cette bande dessinée est plus qu'une histoire d'amour entre deux adolescents, le lecteur découvre aussi l'Amérique des années 60, le "rêve américain" a aussi ses côtés plus sombres.
J'ai emprunté cette BD sans l'ouvrir et le dessin au fusain couleur sépia m'a un peu surpris au début, il colle pourtant bien à l'ambiance de cet été chaud et lourd.

Extrait : (début du livre)

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Déjà lu du même auteur :

Trois_jours_en_ete-248x335 Trois jours en été 

 Challenge Petit Bac 2014
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"Prénom" (13)

14 novembre 2014

Les yeux plus grands que le ventre - Jô Soares

Lu en partenariat avec les éditions Folio

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Editions des Deux Terres - janvier 2013 - 239 pages

Folio - septembre 2014 - 320 pages

traduit du portugais (Brésil) par François Rosso

Titre original : As esganadas, 2011

Quatrième de couverture : 
Une tartelette à la crème peut-elle être l’arme d’un crime ? Question surprenante à laquelle est confrontée la police de Rio de Janeiro à la fin des années 1930 : un tueur en série assassine des femmes très grosses en les gavant de gâteaux. Le commissaire Noronha, aidé d’Esteves, un policier portugais devenu pâtissier, se lance dans une enquête savoureuse pour découvrir que la gourmandise est un péché… mortel !

Auteur : Né à Rio de Janeiro, Jô Soares a fait ses études en France et aux États-Unis. Animateur à la télévision, il est l'une des personnalités les plus appréciées du public brésilien. Il multiplie avec brio les activités au cinéma, à la radio, au théâtre et dans la presse. Sans oublier, bien sûr, son oeuvre de romancier, débutée en 1995, avec Élémentaire, ma chère Sarah ! et L'homme qui tua Gettilio Vargas, best-sellers internationaux, publiés dans plus de douze pays.

Mon avis : (lu en novembre 2014)
Voilà un roman policier plutôt original et loufoque. Nous sommes au Brésil, à la fin des années 30. Un tueur en série sévit dans les rues de Rio, il assassine des femmes de fortes corpulences en les étouffant avec différentes patisseries. Le lecteur connaît dès le début l'assassin et ses méthodes. Le commissaire Noronha est chargé de l'enquête, il est aidé d'Esteves, un ancien policier portugais devenu pâtissier. L'enquête n'est qu'un prétexte pour découvrir Rio et surtout l'époque. En effet, le livre est entrecoupé par des commentaires de la radio nationale, le déroulement d'un match de football, les publicités...
J'ai trouvé ce livre déroutant, ne connaissant pas le contexte historique et malgré l'avant propos très complet, j'ai eu du mal à être captivée par cette histoire qui part dans tous les sens...

Merci Anna et les éditions Folio pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
La grosse est la dernière cliente à quitter la confiserie Colombo après le traditionnel thé de l'après-midi. Elle emprunte la rua Gonçalves Dias en direction de la rua do Ouvidor. Son chemisier blanc est assombri par une quantité infinie de taches de sauce et de soupe. Des miettes anciennes s'accrochent comme des naufragés désespérés aux revers de son manteau. La grosse est belle. Belle et vorace. En passant la porte de la confiserie, elle tient encore dans sa main gauche une demi-part de tarte aux fraises et, dans la droite, un énorme éclair au chocolat. Ses doigts sont crispés autour de ces friandises comme si sa vie en dépendait. Elle est grosse, belle, vorace et surtout gourmande. D'une gourmandise effrénée.
Un dilemme l'étreint à mesure qu'elle s'avance sur le trottoir trop étroit pour elle : doit-elle commencer par finir la tarte aux fraises ou d'abord engouffrer l'éclair ? Ses petits yeux porcins, indécis, regardent les appétissants gâteaux que tiennent fermement ses mains replètes. Elle est grosse, belle, vorace, gourmande et indécise.
Finalement, tremblante et essoufflée, pressentant déjà la jouissance qu'elle va prodiguer à ses avides papilles, la grosse mord goulûment dans la tarte. Elle mâche et avale automatiquement, dans un mouvement simultané que de longues années de pratique ont perfectionné. Puis elle frotte sa main sur sa jupe pour en essuyer les derniers restes de crème chantilly. Les traînées blanches sur l'étoffe forment l'image grotesque d'un tableau abstrait. Elle est grosse, belle, vorace, gourmande, indécise et négligée.
La grosse arrive à la praça de Marco, serrant à deux mains son gigantesque éclair au chocolat comme si c'était un immense phallus noir. Avant de planter ses dents dans cette sucrerie si ardemment convoitée, elle est brusquement intriguée par la présence d'un fourgon peint d'un blanc terne, stationné presque au coin de la rue. Ce qui attire l'attention de la grosse, ce sont les gâteaux exposés sur un grand présentoir sur le côté du véhicule et l'écriteau que tient un homme debout à côté de ce séduisant étal, annonçant :

DÉGUSTATION GRATUITE ! 
GOÛTEZ LES SAVOUREUSES FRIANDISES 
DE LA PÂTISSERIE «DELICIAS DE RIO» 
ET AIDEZ-NOUS À CHOISIR ! 
AUCUNE EXPÉRIENCE NÉCESSAIRE.

Elle engloutit son éclair d'une bouchée et s'avance vers cet Eldorado gastronomique, sans savoir qu'elle s'approche de sa dernière tentation.

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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catégorie "Même pas peur" :  9/25

16 novembre 2014

Six ans déjà - Harlan Coben

Lu dans le cadre du Challenge
 
"Ecoutons un livre"
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Audiolib - Mars 2014 - 8h49 - Lu par Arnaud Romain

Belfond - mars 2014 - 368 pages

France Loisirs - novembre 2013 - 384 pages

traduit de l'américain par Roxane Azimi

Titre original : Six years, 2013

Quatième de couverture :
Six ans ont passé depuis que Jake a vu Natalie, la femme de sa vie, en épouser un autre. Six ans à lutter contre lui-même pour tenir sa promesse de ne pas chercher à la revoir. Et puis un jour, une nécro : Natalie est veuve. Et soudain, l’espoir renaît. Mais aux funérailles, c’est une parfaite inconnue qui apparaît. Où est Natalie ? Pourquoi s’est-elle évaporée six ans plus tôt ? Jusqu’où lui a-t-elle menti ? Déterminé à retrouver celle qui lui a brisé le coeur, Jake va devenir la proie d’une machination assassine. Et découvrir qu’en amour, il est des vérités qui tuent…

Tension meurtrière, fausses pistes, rebondissements à la pelle ; un chef-d’oeuvre de suspense et d’émotions, une plongée au bout de l’angoisse par le maître de vos nuits blanches.
Arnaud Romain restitue à la traque de Jake toutes les nuances dont Harlan Coben sait doter ses personnages pris au piège d’une réalité insoupçonnée.

Auteur : Né en 1962, Harlan Coben vit dans le New Jersey avec sa femme et leurs quatre enfants. Diplômé en sciences politiques du Amherst College, il a rencontré un succès immédiat dès ses premiers romans, tant auprès de la critique que du public. Il est le premier auteur à avoir reçu le Edgar Award, le Shamus Award et le Anthony Award, les trois prix majeurs de la littérature à suspense aux États- Unis. Après Ne le dis à personne… (2002) - Prix des lectrices de Elle et adapté au cinéma par Guillaume Canet -, Dans les bois (2007) ou encore Sans un mot (2008), Six ans déjà est son quatorzième roman paru chez Belfond.

Lecteur : Arnaud Romain est auteur, comédien et chanteur et a participé à de nombreux spectacles salués par des Molière ou programmés à Avignon. Il est l’un des comédiens de prédilection d’Isabelle Mergault ou d’Alain Sachs, qu’il assiste pour ses mises en scène. Enfin, sa pratique de l’écriture en tant qu’adaptateur le rend particulièrement sensible aux intentions d’un auteur.

Mon avis : (écouté en octobre 2014)
Voilà un Harlan Coben plutôt réussi, une intrigue efficace, une histoire captivante, un livre qui tient en haleine du début à la fin.
Jack a promis à Natalie, son ancienne petite amie, de ne pas chercher à la revoir. Celle-ci l'avait quitté pour épouser Todd. Six ans plus tard,  Jack apprend la mort de Todd et cherche à revoir Natalie, à sa grande surprise, il découvre que la veuve n'est pas Natalie. Il va donc se mettre à la recherche de celle-ci et s'attirer quelques problèmes... 

Le livre est rythmé par de nombreux rebondissements, de suspens, le dénouement est inattendu mais un peu faible à mon goût.
Le narrateur est très agréable à écouter et met bien en valeur le texte. 

Extrait : (début du livre)
Assis dans la rangée du fond, j’assistais au mariage de la femme de ma vie. Avec un autre.
Natalie était en blanc, bien sûr, et tout simplement sublime. Sa beauté semblait me narguer. Elle avait toujours eu ce côté vulnérable, mélange de force et de douceur, mais ce jour-là, je lui trouvais un air évanescent, presque irréel.
Elle se mordit la lèvre. Je repensai à ces grasses matinées où nous faisions l’amour, après quoi elle enfilait ma chemise bleue, et nous descendions prendre le petit déjeuner. On lisait le journal, puis elle sortait son carnet de croquis et commençait à griffonner. Pendant qu’elle me dessinait, elle se mordait la lèvre comme maintenant.
Mais qu’est-ce qui m’avait pris de venir ?
Croyez-vous au coup de foudre ? Moi non plus. Je crois, en revanche, à une attirance profonde, pas seulement physique, au premier regard. Je crois qu’une fois – peut-être deux – dans sa vie, on se sent attiré par quelqu’un d’une manière viscérale, immédiate… plus puissante qu’un aimant. C’est ce qui m’était arrivé avec Natalie. Quelquefois, ça s’arrête là. Quelquefois, ça grandit, prend de l’ampleur et se mue en un raz de marée parti pour durer éternellement.
Et quelquefois, on se met le doigt dans l’œil jusqu’au coude.
J’avais pensé naïvement que nous deux, c’était pour toujours. Moi qui fuyais toute forme d’engagement, j’avais su d’emblée – enfin, au bout d’une semaine – que cette femme-là, je me réveillerais à ses côtés chaque jour que Dieu fait. Que je donnerais ma vie pour elle. Que je ne pourrais plus me passer d’elle, et qu’avec elle, le quotidien deviendrait inoubliable.
Pitoyable, n’est-ce pas ?
Le révérend au crâne rasé était en train de parler, mais le sang qui palpitait dans mes oreilles m’empêchait de suivre son discours. Je fixais Natalie. Je voulais qu’elle soit heureuse. Ce n’était pas un vœu pieux, un bobard qu’on se raconte. Car, pour être honnête, quand l’autre ne veut plus de nous, on aurait tendance à lui souhaiter tous les malheurs du monde, non ? Moi, je le pensais vraiment. Si j’avais été convaincu que Natalie serait plus heureuse sans moi, je l’aurais laissée partir, quitte à en souffrir comme un damné. Mais je n’étais pas convaincu, quoi qu’elle dise ou fasse. Ou alors je me cherchais des justifications, je me mentais à moi-même.
Natalie n’avait même pas regardé dans ma direction, mais je vis sa bouche se crisper. Elle savait que j’étais là. Ses yeux étaient rivés sur son futur époux. Qui, je l’avais appris récemment, se prénommait Todd. Je déteste ce prénom, Todd. Todd. À tous les coups, on le surnommait Toddy, Toddman ou le Toddster.
Todd avait les cheveux longs et une barbe de quatre jours… Certains trouvaient ça cool, et d’autres, comme moi, auraient plutôt eu envie de le baffer. Son regard glissa subrepticement sur l’assistance avant de s’arrêter, eh bien, oui, sur moi. L’espace d’une seconde, il parut me jauger, puis décida que je n’étais pas digne d’intérêt.
Pourquoi Natalie avait-elle renoué avec lui ?

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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catégorie "Même pas peur" :  10/25

23 octobre 2014

Le Chat qui ne mangeait pas de souris - Carmen Agra Deedy et Randall Wright

Lu en partenariat avec les éditions Flammarion

le chat qui ne mangeait Flammarion - octobre 2014 - 318 pages

illustrations de Barry Moser

traduit par Marie Hermet

Titre original : The Cheshire Cheese Cat, 2011

Quatrième de couverture : 
Skilley est un bon gros matou : paresseux, solitaire, il aime se prélasser au coin du feu dans la nouvelle auberge où il a élu domicile. Sa mission, en échange de quelques restes et de beaucoup de tranquillité : débarrasser la cuisine des souris voleuses de fromage. Mais voilà Pip, la plus malicieuse des souris de l'auberge, découvre le terrible secret de Skilley... En échange de leur silence, le chat se voit donc contraint et forcé d'offrir sa protection aux souris. Elles en auront bien besoin quand il s'agira de chasser Pinch le chat cruel et dangereux qui pourrait mettre en péril... la couronne d'Angleterre !

Auteurs : Originaire de Cuba, Carmen Agra Deedy a reçu de nombreux prix aux USA pour ses romans. Randall Wright a écrit trois romans pour la jeunesse avant de participer à l'aventure commune du Chat.

Mon avis : (lu en octobre 2014)
Skilley est un chat solitaire qui vit dans les rues de Londres, il est très attiré par le célèbre pub, Ye Olde Cheshire Cheese... Cela tombe bien car l'auberge est à la recherche d'un chat car elle est envahie par les souris...
Charles Dickens est un habitué du lieu, il y cherche l'inspiration pour écrire son nouveau livre. Il a observé que le nouveau chat (Skilley) attrape toujours la même souris... 
En effet Skilley a un secret dont il a honte : il ne mange pas de souris... Il fait la rencontre de Pip qui a compris son terrible secret et ils font un pacte de non agression... Sa vie de chat promet d'être vraiment agréable jusqu'à l'arrivée de Pinch, le méchant chat de gouttière très friand de souris... Sans compter la présence de "Maldwyn", personnage mystérieux, caché au grenier et ravitaillé par les souris...

Une histoire très amusante, mettant en scène de nombreux personnages (qui sont présentés par ordre d'apparition au début du livre), avec des situations comiques, quelques rebondissements... 
Un roman captivant et plein de surprises à lire dès 9 ans. 

Merci Brigitte et les éditions Flammarion jeunesse pour cette belle découverte.

Extrait : (début du livre)
C'était la meilleure et la pire des heures. C'était l'heure où tous les chats sont gris. 
La patte légère, le poil lustré et l'humeur solitaire, Skilley était un chat parmi tant d'autres. Ou c'est ce qu'il aurait pu être, sans le lourd secret qui pesait sur lui depuis sa plus tendre enfance. Un secret qui l'obligeait à vivre dans la honte, caché aux yeux de tous, évitant même les rencontres les plus banales de peur qu'on découvre...
- Fiche-moi le camp d'ici, sale chat !
Un balai surgit brusquement du froid brouillard londonien. Par réflexe, Skilley fit un bond de côté ; le balai le frôla en giflant l'air comme un fouet.
Mais le chat n'avait pas l'intention de ficher le camp.
Il observait le poisson tombé de l'étalage, puis le balai, et calculait la distance entre les deux.
- Mais tu vas te sauver, espèce de sale matou voleur ! vociféra la marchande de poissons.
Comme si elle avait lu dans les pensées du chat, elle fit glisser le poisson plus loin sous l'étalage d'un bon coup de pied et brandit son balai d'un air menaçant.
Les femmes en colère qui brandissaient des balais inquiétaient toujours le chat. La seule rencontre qu'il redoutait plus encore, c'était Pinch, la terreur de Fleet Street.
Avec un mouvement de sa queue si reconnaissable, Skilley tourna le dos à la marchande de poissons et s'éloigna en balançant les hanches de l'air le plus méprisant dont il était capable.

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(c) Barry Moser

 Challenge Petit Bac 2014
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"Animal" (8)

Challenge 3% Rentrée Littéraire 2014 
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14/18

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