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27 mars 2015

Le voyant - Jérôme Garcin

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product_9782070141647_195x320 Gallimard - janvier 2015 - 192 pages

Quatrième de couverture : 
« Le visage en sang, Jacques hurle : "Mes yeux! Où sont mes yeux?" Il vient de les perdre à jamais. En ce jour d'azur, de lilas et de muguet, il entre dans l'obscurité où seuls, désormais, les parfums, les sons et les formes auront des couleurs. » 
Né en 1924, aveugle à huit ans, résistant à dix-sept, membre du mouvement Défense de la France, Jacques Lusseyran est arrêté en 1943 par la Gestapo, incarcéré à Fresnes puis déporté à Buchenwald. Libéré après un an et demi de captivité, il écrit Et la lumière fut et part enseigner la littérature aux États-Unis, où il devient «The Blind Hero of the French Resistance». Il meurt, en 1971, dans un accident de voiture. Il avait quarante-sept ans. 
Vingt ans après Pour Jean Prévost (prix Médicis essai 1994), Jérôme Garcin fait le portrait d'un autre écrivain-résistant que la France a négligé et que l'Histoire a oublié.

Auteur : Jérôme Garcin est un journaliste et écrivain français. Il dirige le service culturel du Nouvel Observateur, produit et anime l'émission Le Masque et la Plume sur France Inter, et est membre du comité de lecture de la Comédie-Française.

Mon avis : (lu en mars 2015)
Ce livre n'est pas un roman mais plutôt une biographie, un hommage à un héros oublié. A la suite d'un incident domestique, Jacques Lusseyran est devenu aveugle à l'âge de 8 ans. Très vite il découvre que s'il ne voit plus avec ses yeux, il voit de l'intérieur, des images très colorées. Grâce à l'amour de ses parents, il n'a pas le temps de s'appitoyer sur son sort, il va apprendre à développer ses autres sens et poursuivra sa scolarité aux milieux de ses camarades et sera un élève brillant. Elève à Louis Le Grand en Terminal puis en classe préparatoire, il espère réussir l'Ecole Normale. Mais un décret de Vichy interdit aux handicapés d'entrer dans la fonction publique... Durant cette même période, âgé de 17 ans, il fait parti avec une cinquantaine d'élèves des lycées Louis-le-Grand et Henri-IV et des étudiants de la Sorbonne du mouvement de résistance, les Volontaires de la Liberté. En juillet 1943, il est arrêté et incarcéré à Fresnes durant six mois, puis déporté à Buchenwald. 
Mon avis est mitigé, j'ai aimé le fond : je ne connaissais pas et j'ai apprécié de découvrir qui était Jacques Lusseyran, jeune résistant aveugle, déporté à Buchenwald. J'ai eu plus de difficultés avec la forme : le livre est court, mais j'ai trouvé que le ton était souvent emphatique, que le texte manquait de fluidité et j'ai trouvé cette lecture assez laborieuse. Mais je suis cependant, contente d'avoir lu ce livre.

Merci à Babelio et le Prix Relay des voyageurs lecteurs pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Rien, pas l’once d’une plainte, pas l’ombre d’un regret, pas trace d’une quelconque amertume, pas la moindre colère, pas non plus de protestation, et jamais de jalousie. Aucun sentiment bas, nulle révolte vaine. Au contraire, une paix avec soi-même, une harmonie avec le monde, une équanimité souterraine, un optimisme ravageur, une vaillance hors norme, une foid’airain, et même une manière de gratitude pour le destin qui, en le privant de ses yeux, en lui ayant refusé le spectacle de la beauté à l’âge des premiers émerveillements, développa chez lui ce qu’il nommait le regard intérieur. Comme s’il évoquait une industrie secrète, une fabrique cachée, un atelier réservé à lui seul, il répétait que les « vrais yeux travaillent au-dedans de nous » et faisait entrer, dans sa propre caverne, la lumière du feu que Platon plaçait à l’extérieur, et en hauteur. La vérité était en lui-même ; dehors n’était pour lui qu’une illusion – un trompe-l’œil. 
De son handicap, il fit un privilège. Il en tira une fierté qui interdisait la charité et intimidait la compassion. Il y trouva comme un supplément de gravité, lui qui, dans Le Puits ouvert, un roman demeuré inédit, écrivait : « En se penchant sur mon berceau, il y a un cadeau que les bonnes fées ont oublié de me faire, c’est la frivolité. » Il lui arrivait de mépriser ceux qui,s’apitoyant sur son sort, se flattaient d’avoir un regard d’aigle et de tutoyer l’horizon.Toujours, il se moqua des gémissants et des vaniteux. Le mot qu’il détestait le plus et tenait pour un défaut, pour une démission, pour une lâcheté, c’était celui de « banalité ». Sa vie brèven’y tomba jamais. Elle fut une exception française. 
J’ai découvert Jacques Lusseyran avec Et la lumière fut. Je me souviens très bien des émotions contradictoires que j’éprouvai à la lecture de ce témoignage magistral et capital. Le récit de ce héros, qu’aucun romancier n’aurait osé inventer, n’était-il pas trop exemplaire pour être vrai ? Et s’il était vrai, où donc cet homme avait-il trouvé la force surhumaine d’affronter, tête haute, de telles épreuves, de se dépasser sans cesse, de se survivre en rayonnant ? Ce livre, qui illustrait à la perfection le concept de résilience, comment avait-il pu le rédiger sans le voir ?(Mon étonnement vient de ce que je suis de la vieille école. Il m’arrive souvent d’écrire à la main ; j’aime tracer les mots sur des cahiers quadrillés, les remplacer ensuite par d’autres qui attendent dans la marge, biffer, corriger, peaufiner, imposer un rythme secret à ma partition,ajouter des couleurs à mes crayonnés. Je ne suis pas loin de croire que la phrase manuscrite commande la pensée, que le geste précède l’idée, que le stylo impose son style et sa loi. Et je ne commence vraiment à écrire qu’en me relisant, qu’en regardant mon feuillet.) Avait-il lui-même tapé à la machine ou plutôt dicté à une sténo ce que j’avais la faculté de lire, les yeux ouverts, dans un jardin du pays d’Auge traversé par un ruisseau qui sentait l’herbe coupée, la menthe fraîche et l’ail des ours, un jardin qui ouvrait sur des perspectives – massifs anglais de rosiers, de rhododendrons, de lilas, champs chahuteurs de hauts maïs, colline boisée et alanguie – où mon regard se posait, entre deux pages, comme pour s’assurer de son acuité et bien mesurer son empire provisoire ? 
Je crois bien que, dans ma vie, je n’ai jamais été si longtemps absorbé par un texte, m’arrêtant à chaque phrase, la pesant comme une petite miraculée, trouvant à chaque point-virgule, à chaque parenthèse, à chaque exclamation, à chaque alinéa, un sens et un pouvoir qui allaient bien au-delà des règles typographiques et des lois grammaticales. Tous ces mots, jaillis de la nuit absolue, avaient un éclat incomparable, ils répandaient sur la page une lumière éblouissante, presque trop crue. À travers les phrases grégoriennes passaient des couleurs de vitraux sur lesquels tape, à midi, le soleil des dimanches chrétiens. Ajoutés les uns aux autres,les adjectifs en relief – il me semblait les toucher du doigt, comme s’ils étaient en braille –dessinaient une chaîne alpine, formaient une cordillère des Andes, inventaient des Rocheuses lexicales. Dieu que le blanc d’entre les lignes exhalait d’étranges et voluptueux parfums. C’était de la littérature d’avant la littérature. Elle ne tenait ni par le beau style, qui est une coquetterie de clairvoyants, ni par l’imagination, qui offre aux oisifs de tromper à la fois leur ennui et leurs lecteurs, elle était le prolongement naturel d’un corps immobile, l’expression d’une pensée pure, débarrassée des images inutiles, des métaphores superflues. Lire Lusseyran, c’était réapprendre à lire, comme on dit réapprendre à voir, après une opération de la cataracte.

 

 

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21 décembre 2014

Le Tirailleur - Alain Bujak et Piero Macola

le tirailleur Futuropolis - mai 2014 - 120 pages

Quatrième de couverture : 
Entre 2008 et 2009, Alain Bujak a été amené à vivre dans un foyer social à Dreux, afin de photographier des travailleurs immigrés maintenant à la retraite. C’est ici qu’il fait la connaissance d’Abdesslem. Son reportage terminé, il a voulu le revoir. Il a passé des heures avec lui, à l’interroger sur sa vie. Des entretiens chaleureux qui revivent aujourd’hui sous la forme d’une bande dessinée témoignage. Car la vie d’Abdesslem, c’est la vie des nombreux tirailleurs marocains enrôlés très jeunes dans l’armée française pour combattre l’Allemagne en 1940. Fait prisonnier durant la drôle de guerre, Abdesslem sera renvoyé au Maroc en 1942, pour participer à l’hiver 1944 à la libération de l’Italie. Avec pour récompense, une non reconnaissance de la nation et des pensions militaires largement inférieures à celles des anciens combattants français. Il fallait beaucoup de talent pour mettre en image cette histoire à la fois extraordinaire et banale, celle d’un homme trop souvent invisible à nos yeux, et qui pourtant est un rouage essentiel de notre société. À n’en pas douter, Bujak et Macola ont ce talent. Le récit dessiné est complété d’un reportage photographique d’Alain Bujak au Maroc, où il a retrouvé Abdesslem et sa famille aujourd’hui après que ce dernier ait renoncé à sa pension pour vivre avec les siens.

Auteur : Alain Bujak, né en juillet 1965. Tireur noir et blanc. Après un passage par l’Établissement de Cinéma et de Photographie des Armées, et par la galerie Caméra Obscura, il rejoint l’atelier Demi-Teinte (Paris) où il tire en argentique les images de photographes de mode ou de reportage. Photographe. Travaille régulièrement pour des entreprises et des collectivités, en collaboration avec des agences de communication, ou en direct. Aime passer du temps avec les gens. L’écoute et l’investigation sont un préalable immuable. Après, il peut écrire et photographier des histoires simples, sans grands décors, ni exotisme. Donner au quotidien de chacun sa richesse. Des rencontres pour faire des livres et des expositions.

Mon avis : (lu en décembre 2014)
J'ai emprunté complètement par hasard cette bande dessinée à la Bibliothèque. Elle raconte l'histoire vraie d'Abdesslem, un Marocain qui "par curiosité" a été enrôlé de force par l'armée française en 1939 pour aller se battre contre les Allemands. Il avait environ 17 ans, il travaillait pour l'exploitation familiale comme simple berger. Malgré lui, il se retrouve engager dans une guerre étrangère à sa vie, à son pays... 
En 2008, le journaliste Alain Bujak rencontre Abdesslem dans un foyer pour travailleur immigré. S'il veut toucher l'intégralité de sa petite retraite de l'armée française, il est obligé de séjourner en France au moins 9 mois. Il laisse donc sa famille au Maroc et vit seul à Dreux. Alain et Abdesslem sympathisent et ce dernier lui raconte son histoire. Celle des nombreux tirailleurs venus de nos colonies, enrôlés de force et vite oubliés par la France après la guerre.
Ce témoignage est très fort, les souvenirs sont parfois imprécis mais tellement vrais. 
En conclusion, la bande dessinée est complétée par un reportage photographique d’Alain Bujak au Maroc. Il a retrouvé Abdesslem et sa famille. Ce dernier a renoncé à sa pension pour vivre en permanence avec les siens.

Extrait : 

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4 décembre 2014

La femme tatouée - Pieter Aspe

Lu en partenariat avec les éditions Albin Michel

9782226312334g Albin Michel - octobre 2014 - 296 pages

traduit du néerlandais (Belgique) par Emmanuèle Sandron

Titre original : Onvoltooid verleden, 2004

Quatrième de couverture : 
Sacrée découverte dans un grand restaurant de Blankenberge, sur la côte belge : le corps sans vie d’une (très jolie) femme au fond d’un vivier à homards. Sur sa fesse gauche, un mystérieux tatouage, la lettre M en caractère runique, emblème d’un groupuscule d’extrême-droite. Le commissaire Van In et le fidèle Versavel se lancent sur ses traces pour se retrouver au cœur d’une véritable guerre entre catholiques intégristes, cellules islamistes et néo-nazies…
Toujours aussi mordant, toujours aussi réjouissant : le maître du polar flamand excelle à mêler suspense et humour.

Auteur : Pieter Aspe (nom de plume de Pierre Aspeslag) est un écrivain belge de langue néerlandaise, né à Bruges le 3 avril 1953. Pieter Aspe est devenu célèbre grâce à la série des enquêtes du commissaire Van In. Celles-ci mettent en scène les sympathiques policiers Pieter Van In, Guido Versavel et la substitute Hannelore Martens. La plupart des histoires se déroulent à Bruges et sont l'occasion de découvrir la ville, ses arcanes et sa vie sociale.

Mon avis : (lu en décembre 2014)
J'avais découvert cette série belge il y a quatre ans avec La mort à marée basse et je n'ai donc pas hésité à accepter de recevoir ce nouvel épisode (la quinzième enquête si les comptes de wikipédia sont bons). J'ai retrouvé à Bruges le commissaire Pieter Van In et son adjoint Guido Versavel dans une enquête qui commence avec la découverte du cadavre d'une jeune femme dans le vivier à homards d'un grand restaurant de la côte belge. La victime a sur sa fesse gauche un mystérieux tatouage. Il y aura d'autres morts, des rebondissements, des fausses pistes et beaucoup de bières bues... 
Voilà un roman policier très agréable à lire, bien rythmé, des policiers attachants qui donnent envie de les suivre pour cette enquête difficile. Il faut vraiment que je me procure d'autres enquêtes du commissaire Pieter Van In, ce dernier me plaisant autant que les commissaires Adamsberg (Fred Vargas) ou Erlendur (Arnaldur Indridasson)...

Merci Arthur et les éditions Albin Michel pour ce moment de lecture distrayant.

Extrait : 

Déjà lu du même auteur :

la_mort___mar_e_basse La mort à marée basse 

Challenge 5% Rentrée Littéraire 2014 
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25/30

Challenge Voisins Voisines 2014
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Belgique

 Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Famille" (10) 

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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catégorie "Même pas peur" :  11/25

15 octobre 2014

La beauté du geste - Philippe Delerm

la beauté du geste Seuil - octobre 2014 - 145 pages

Quatrième de couverture :
Quel délice, pour un écrivain passionné de sport, de concevoir un album comme celui-ci ! Elire en toute subjectivité les gestes que j'ai trouvés les plus beaux, les champions les plus charismatiques, les histoires les plus émouvantes. Ecrire sur tout cela. Bénéficier du travail d'une petite équipe me permettant de choisir les documents photographiques illustrant ces préférences, les mettant en scène, leur suscitant des échos. Le sport a ses ombres, mais il s'agit ici de toute la lumière qu'il m'a donnée, hier, aujourd'hui, et même avant que je sois né parfois. L'amitié de l'aryen Luz Long et du noir Jesse Owens, la perfection du saut de Carl Lewis, la subtilité de la passe d'Andrés Iniesta ... Tout le sport que j'aime, en images et en mots.

Auteur : Philippe Delerm est né en 1950 à Auvers sur Oise. Très vite passionné par le sport, il a pratiqué en club le football et l'athlétisme. A défaut de devenir un champion du 400m, il a d'abord souhaité être journaliste sportif avant d'effectuer des études de Lettres à la faculté de Nanterre. Il est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages et dirige depuis 2006 la collection "Le goût des mots" aux éditions Points.

Mon avis : (octobre 2014)
Je n'ai pu feuilleter ce livre que sous forme de pdf sur mon ordinateur. Je n'ai donc pas pu apprécier totalement la beauté des images de sport que Philippe Delerm a choisi pour illustrer "La beauté du geste".
Des images souvent pleine page, purement de sport comme la douleur de l'effort, le plongeon d'un gardien de but, le geste fluide du gymnaste, la fragilité d'une patineuse, la concentration dans le regard d'un basketteur lors d'un lancer franc, un saut en longueur de Carl Lewis...
Des images plus anodines comme le lancer de serviette d'un tennisman, une main enduite de magnésie tenant un poids...
Mais
 également des images de gestes plus profond comme la "magnifique accolade et le sourire si pur, si éclatant entre Emile Zatopek et Alain Mimoun" ou comme l'amitié sportive en août 1936 au Jeux Olympiques de Berlin entre le Noir américain Jesse Owens et le grand blond allemand Luz Long qui concourent au saut en longueur... 

Certaines images parlent d'elles-même, mais le texte de Philippe Delerm, connaisseur et passionné de sport, est un vrai plus, il décrit les émotions, les circonstances ou le geste sportif. 
En fin du livre chacune des images du livre est légendée avec la date, le lieu et l'évènement de la photo.
L'extrait que j'ai choisi est un petit clin d'œil à mon billet précédent...

Extrait : (page 18)
La poutre ensorcelée
La poutre. Le mot lui-même sonne comme un instrument de torture. La nudité parfaite de cet agrès, une espèce de piste de danse dure, si implacablement longue, si perversement mince, renvoie d'emblée à la lumière blafarde des gymases où les petites championnes sacrifient leur jeunesse. Certaines parviennent par miracle à l'enrober d'une sensualité paradoxale, en enlaçant la planche, en tentant de l'apprivoiser...
Et puis, il y a Nadia Comaneci, point de rupture de la gym féminine. Elle incarne la perfection dans l'audace. Elle tente l'impossible et elle le réussit. La poutre est l'essence du risque. C'est là que Nadia se transcende. Son mouvement nous met les yeux et le coeur à l'envers. Comment peut-elle encore penser à l'élégance déployée de ses mains, quand tout va si cruellement vite, si haut, si dangeureusement ? Elle est tellement jeune pour tant de maîtrise, dans le petit justaucorps blanc de l'équipe de Roumanie. Elle vient de là, de ce pays latin où l'on aime la langue française, de ce pays dont nous ne connaissons pas encore tout l'asservissement, toute la misère, quand Nadia s'avance sur la poutre. Elle est adolescente, avec un corps de femme en devenir. Après elle, il y aura surtout des enfants décharnées, ou des petites boules musculeuses. En dépit de sa minceur extrême, Nadia demeure féminine. Et malgré tous ses pièges de silence brut, la poutre ne peut rien, vaincue par ce feu follet d'insolence idéale.

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p. 19 : La Roumaine Nadia Comencini à la poutre lors des Jeux Olympiques d'été de Moscou en 1980. Elle y sera quatre fois médaillée : deux fois championne olympique à la poutre et aux exercices au sol (ex aequo avec la Russe Nelli Kim), et deux fois vice-championne olympique au concours multiple individuel et en compétition par équipes.

 

 

16 octobre 2014

Le Petit Prince - Antoine de Saint Exupéry

 Lu dans le cadre du Challenge
 
"Ecoutons un livre"
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Musidisc - 1954 - 34 min - Lu par Gérard Philipe

Deesse - 45 min - Lu par Mouloudji et Eric Rémy

Folio - mars 2007 - 120 pages

Ecoutez lire - avril 2006 - 2h10 - Lu par Bernard Giraudeau

Présentation : 
Héros de l'aviation qui disparut en 1944, Antoine de Saint-Exupéry a laissé à la postérité plusieurs livres qui, à l'image de Vol de nuit et de Terre des hommes, ont fasciné plusieurs générations. Mais le plus célèbre, en tout cas celui qui fait l'unanimité chez les adultes comme chez les enfants, est de toute évidence Le Petit Prince. Ce sommet du conte humaniste, nul mieux que Gérard Philipe ne pouvait le confier à la cire. Aujourd'hui réédité en CD, Le Petit Prince garde toute sa force poétique.

Auteur : Antoine  de Saint-Exupéry, né le 29 juin 1900 à Lyon et disparu en vol le 31 juillet 1944 en mer, au large de Marseille. Mort pour la France, il est un écrivain, poète, aviateur et reporter français.

Lecteurs : Gérard Philipe dans le rôle du récitant, Georges Poujouly dans le rôle du petit prince, Pierre Larquey dans le rôle de l'allumeur de réverbères, Michel Roux dans le rôle du serpent, Jacques Grello dans le rôle du renard, et Sylvie Pelayo dans le rôle de la rose.

Mon avis : (écouté en octobre 2014)
C'est l'adaptation phonographique de 1954, avec Gérard Philipe dans le rôle du récitant, Georges Poujouly dans le rôle du Petit Prince, Pierre Larquey dans le rôle de l'allumeur de réverbères, Michel Roux dans le rôle du serpent, Jacques Grello dans le rôle du renard, et Sylvie Pelayo dans le rôle de la rose.
J'ai choisi cette version car nous avions à la maison le vinyle de ce conte et enfant, je l'ai écouté des dizaines et des dizaines de fois. J'ai été un peu déçue car le CD ne propose qu'une sélection de 34 minutes, il n'y a donc qu'un extrait du texte original, les visites de toutes les planètes ont été coupées, seule celle de l'allumeur de réverbère est présente...

En début de semaine, j'ai trouvé à la bibliothèque la version lu par Mouloudji et même si c'est également une version non complète, j'ai apprécié de retrouver l'essentiel du Petit Prince avec le tour des planètes du businessman, du géographe, du vaniteux, du buveur, du roi et de l'allumeur de réverbère et en bonus la flûte de pan de Gheorghe Zamfir pour les interludes.

Une histoire que j'aime redécouvrir, cela fait du bien de retrouver son âme d'enfant. La poésie de ce conte universel me bouleverse toujours. Mais je préfère la version papier avec les belles aquarelles de l'auteur...

Lecteurs : Mouloudji dans le rôle du récitant, Eric Rémy dans le rôle du petit prince, Jean Carmet dans le rôle de l'allumeur de réverbères, Pascal Mazotti dans le rôle du serpent, Claude Piéplu dans le rôle du renard, et Danièle Lebrun dans le rôle de la fleur, Romain Bouteille  dans le rôle du businessman, Raoul De Godewarsvelde dans le rôle du buveur, Michel Célie dans le rôle du géographe, Robert Lefebvre dans le rôle du roi et Bernard Dimey dans le rôle du vaniteux.

Extrait : (chapitre II)
J’ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu’à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s’était cassé dans mon moteur. Et comme je n’avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. C’était pour moi une question de vie ou de mort. J’avais à peine de l’eau à boire pour huit jours. 
Le premier soir je me suis donc endormi sur le sol à mille milles de toute terre habitée. 
J’étais bien plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m’a réveillé. Elle disait : 
– S’il vous plaît… dessine-moi un mouton ! 
– Hein ! 
– Dessine-moi un mouton… 
J’ai sauté sur mes pieds comme si j’avais été frappé par la foudre. J’ai bien frotté mes yeux. J’ai bien regardé. Et j’ai vu un petit bonhomme tout à fait extraordinaire qui me considérait gravement. 
Voilà le meilleur portrait que, plus tard, j’ai réussi à faire de lui. Mais mon dessin, bien sûr, est beaucoup moins ravissant que le modèle. Ce n’est pas ma faute. J’avais été découragé dans ma carrière de peintre par les grandes personnes, à l’âge de six ans, et je n’avais rien appris à dessiner, sauf les boas fermés et les boas ouverts. 
Je regardai donc cette apparition avec des yeux tout ronds d’étonnement. N’oubliez pas que je me trouvais à mille milles de toute région habitée. Or mon petit bonhomme ne me semblait ni égaré, ni mort de fatigue, ni mort de 
faim, ni mort de soif, ni mort de peur. Il n’avait en rien l’apparence d’un enfant perdu au milieu du désert, à mille milles de toute région habitée. 
Quand je réussis enfin à parler, je lui dis : – Mais… qu’est-ce que tu fais là ? 
Et il me répéta alors, tout doucement, comme une chose très sérieuse : 
– S’il vous plaît… dessine-moi un mouton… 
Quand le mystère est trop impressionnant, on n’ose pas désobéir. Aussi absurde que cela me semblât à mille milles de tous les endroits habités et en danger de mort, je sortis de ma poche une feuille de papier et un stylographe.
Mais je me rappelai alors que j’avais surtout étudié la géographie, l’histoire, le calcul et la grammaire et je dis au petit bonhomme (avec un peu de mauvaise humeur) que je ne savais pas dessiner. Il me répondit : 
– Ça ne fait rien. Dessine-moi un mouton. 
Comme je n’avais jamais dessiné un mouton je refis, pour lui, l’un des deux seuls dessins dont j’étais capable. Celui du boa fermé. Et je fus stupéfait d’entendre le petit bonhomme me répondre : 
– Non ! Non ! je ne veux pas d’un éléphant dans un boa. Un boa c’est très dangereux, et un éléphant c’est très encombrant. 
Chez moi c’est tout petit. J’ai besoin d’un mouton. Dessine-moi un mouton. 
Alors j’ai dessiné. 

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Il regarda attentivement, puis : 
– Non ! Celui-là est déjà très malade. Fais-en un autre. 
Je dessinai : 

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Mon ami sourit gentiment, avec indulgence : 
– Tu vois bien… ce n’est pas un mouton, c’est un bélier. Il a des cornes… 
Je refis donc encore mon dessin : 

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Mais il fut refusé, comme les précédents : 
– Celui-là est trop vieux. Je veux un mouton qui vive longtemps. 
Alors, faute de patience, comme j’avais hâte de commencer le démontage de mon moteur, je griffonnai ce dessin-ci.

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Et je lançai : 
– Ça c’est la caisse. Le mouton que tu veux est dedans. 
Mais je fus bien surpris de voir s’illuminer le visage de mon jeune juge : 
– C’est tout à fait comme ça que je le voulais ! 
Crois-tu qu’il faille beaucoup d’herbe à ce mouton ? 
– Pourquoi ? 
– Parce que chez moi c’est tout petit… 
– Ça suffira sûrement. Je t’ai donné un tout petit mouton. 
Il pencha la tête vers le dessin : 
– Pas si petit que ça… Tiens ! Il s’est endormi… 
Et c’est ainsi que je fis la connaissance du Petit Prince.

 

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15 juin 2014

En finir avec Eddy Bellegueule - Edouard Louis

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Audiolib - mai 2014 - 4h42 - lu par Philippe Calvario

Seuil - janvier 2014 - 220 pages

Quatrième de couverture :
« Je suis parti en courant, tout à coup. Juste le temps d'entendre ma mère dire Qu'est-ce qui fait le débile là ? Je ne voulais pas rester à leur côté, je refusais de partager ce moment avec eux. J'étais déjà loin, je n'appartenais plus à leur monde désormais, la lettre le disait. Je suis allé dans les champs et j'ai marché une bonne partie de la nuit, la fraîcheur du Nord, les chemins de terre, l'odeur de colza, très forte à ce moment de l'année. Toute la nuit fut consacrée à l'élaboration de ma nouvelle vie loin d'ici. »
En vérité, l'insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n'a été que seconde. Car avant de m'insurger contre le monde de mon enfance, c'est le monde de mon enfance qui s'est insurgé contre moi. Très vite j'ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n'ai pas eu d'autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.
L’interprétation de Philippe Calvario, d’une impeccable justesse, rend dramatiquement présent le douloureux cheminement, entre violences et humiliations, d’un jeune garçon confronté à sa « différence ».

Auteur : Édouard Louis a 22 ans. Il est étudiant en philosophie et en sociologie à l’École Normale Supérieure. En finir avec Eddy Bellegueule est son premier roman. Il a déjà publié aux PUF les actes d’un colloque sur Bourdieu et participé à la réalisation d’un documentaire sur Foucault pour Arte.

Lecteur : Philippe Calvario, né en 1973, est un comédien et metteur en scène français.

Mon avis : (écouté en juin 2014)
Cette écoute est une relecture, voilà comment je présentais ce livre en février dernier :
Ce n'est pas facile de s'appeler Eddy Bellegueule et d'avoir une attitude efféminée lorsque l'on vient d'un milieu ouvrier et pauvre de Picardie. Eddy ne comprend pas pourquoi il est le vilain petit canard, il est l'aîné d'une famille de quatre enfants, son père est depuis longtemps au chômage après s'être abîmé le dos en travaillant à l'usine, sa mère est aide à domicile. Dès sa petite enfance sa différence est suspecte, dans son village et son milieu, on n'aime pas les "pédés"... Il fera tout pour se faire accepter par les siens et devenir un "vrai homme", c'est à dire jouer au football, sortir avec les filles... En vain, c'est au lycée en quittant les siens qu'il va pouvoir commencer à devenir lui-même et pas celui que les siens voulaient qu'il soit. 
Dans la version imprimée, les passages en langage "familier" sont mis en italique par rapport au passage plus littéraire. Dans la version audio, le lecteur ne peut pas rendre cette différentiation, c'est à l'auditeur de faire la part des choses en fonction du vocabulaire employé.
La force des mots est décuplée dans la version audio et même si je découvrais ce texte pour la seconde fois, la violence des mots m'a frappée tout autant que la première fois. Certains passages deviennent dérangeants car la souffrance d'Eddy est si forte que j'en avais les larmes aux yeux.
En bonus avec ce livre audio, un entretien avec l'auteur très intéressante.

Merci Babelio et les éditions Audiolib pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
De mon enfance je n’ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n’ai éprouvé de sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n’entre pas dans son système, elle le fait disparaître. Dans le couloir sont apparus deux garçons, le premier, grand, aux cheveux roux, et l’autre, petit, au dos voûté. Le grand aux cheveux roux a craché Prends ça dans ta gueule. Le crachat s’est écoulé lentement sur mon visage, jaune et épais, comme ces glaires sonores qui obstruent la gorge des personnes âgées ou des gens malades, à l’odeur forte et nauséabonde. Les rires aigus, stridents, des deux garçons Regarde il en a plein la gueule ce fils de pute. Il s’écoule de mon œil jusqu’à mes lèvres, jusqu’à entrer dans ma bouche. Je n’ose pas l’essuyer. Je pourrais le faire, il suffirait d’un revers de manche. Il suffirait d’une fraction de seconde, d’un geste minuscule pour que le crachat n’entre pas en contact avec mes lèvres,mais je ne le fais pas, de peur qu’ils se sentent offensés, de peur qu’ils s’énervent encore un peu plus.

Je n’imaginais pas qu’ils le feraient. La violence ne m’était pourtant pas étrangère, loin delà. J’avais depuis toujours, aussi loin que remontent mes souvenirs, vu mon père ivre se battre à la sortie du café contre d’autres hommes ivres, leur casser le nez ou les dents. Des hommes qui avaient regardé ma mère avec trop d’insistance et mon père, sous l’emprise de l’alcool, qui fulminait Tu te prends pour qui à regarder ma femme comme ça sale bâtard. Ma mère qui essayait de le calmer Calme-toi chéri, calme-toi mais dont les protestations étaient ignorées. Les copains de mon père, qui à un moment finissaient forcément par intervenir, c’était la règle, c’était ça aussi être un vrai ami, un bon copain, se jeter dans la bataille pour séparer mon père et l’autre, la victime de sa saoulerie au visage désormais couvert de plaies. Je voyais mon père, lorsqu’un de nos chats mettait au monde des petits, glisser les chatons tout juste nés dans un sac plastique de supermarché et claquer le sac contre une bordure de béton jusqu’à ce que le sac se remplisse de sang et que les miaulements cessent. Je l’avais vu égorger des cochons dans le jardin, boire le sang encore chaud qu’il extrayait pour en faire du boudin (le sang sur ses lèvres, son menton, son tee shirt) C’est ça qu’est le meilleur, c’est le sang quand ilvient juste de sortir de la bête qui crève. Les cris du cochon agonisant quand mon père sectionnait sa trachée artère étaient audibles dans tout le village.

J’avais dix ans. J’étais nouveau au collège. Quand ils sont apparus dans le couloir je ne les connaissais pas. J’ignorais jusqu’à leur prénom, ce qui n’était pas fréquent dans ce petit établissement scolaire d’à peine deux cents élèves où tout le monde apprenait vite à se connaître. Leur démarche était lente, ils étaient souriants, ils ne dégageaient aucune agressivité, si bien que j’ai d’abord pensé qu’ils venaient faire connaissance. Mais pourquoi les grands venaient ils me parler à moi qui étais nouveau ? La cour de récréation fonctionnait de la même manière que le reste du monde : les grands ne côtoyaient pas les petits. Ma mère le disait en parlant des ouvriers Nous les petits on intéresse personne, surtout pas les grands bourges.

Dans le couloir ils m’ont demandé qui j’étais, si c’était bien moi Bellegueule, celui dont tout le monde parlait. Ils m’ont posé cette question que je me suis répétée ensuite, inlassablement,des mois, des années, C’est toi le pédé ? En la prononçant ils l’avaient inscrite en moi pour toujours tel un stigmate, ces marques que les Grecs gravaient au fer rouge ou au couteau sur le corps des individus déviants,dangereux pour la communauté. L’impossibilité de m’en défaire. C’est la surprise qui m’a traversé, quand bien même ce n’était pas la première fois que l’on me disait une chose pareille. On ne s’habitue jamais à l’injure.

en finir avec eddy En finir avec Eddy Bellegueule 

 

 

17 mai 2014

40 recettes pour marmitons de 7 à 10 ans - Christophe Faveau et Isabelle Soufflet

En librairie depuis le 14 Mai 2014

Lu en partenariat avec les éditions Flammarion jeunesse

40 recettes Flammarion jeunesse - mai 2014 - 95 pages

Collection Activités faciles et originales

Illustrations : Marie Écarlat

Quatrième de couverture : 
Pour cuisiner tout seul comme un grand, voici, pour les enfants de 7 à 10 ans, 40 recettes...
Entrées, plats, desserts et boissons joliment illustrées de pas-à-pas accompagnées de conseils et d'astuces choisies parmi les plats préférés des apprentis marmitons !

Auteurs : De formation hôtelière, Christophe Faveau a ouvert en 2006 son propre restaurant-bar à vins à Bordeaux. Il vit aujourd'hui à Toulouse.
Isabelle Soufflet habite en région parisienne. Après s'être consacrée un temps à l'écriture, elle est aujourd'hui éditrice chez Gallimard jeunesse.

Mon avis : (lu en mai 2014)
Ce livre de recettes est destiné aux enfants de 7 à 10 ans pour les initier à la cuisine du quotidien. Il va sans dire que cette activité doit être un moment ludique à partager avec un adulte pour les étapes "dangereuses".
Description du livre : 
Deux pages de conseils avant de commencer : sur l'organisation du travail, quelques secrets de chefs (mesures et leurs équivalences) et l'explication des pictogrammes utilisés dans le livre pour indiquer le temps de réalisation (préparation + cuisson), le coût et le niveau de difficulté.
Le livre de recette à proprement dit avec 12 recettes d'entrée, 9 recettes de plat principal, 16 recettes de desserts et 3 recettes de boissons.
Dans l'angle haut à droite de la double page de chaque recette les 3 pictogrammes (temps de  réalisation, coût et difficulté)
Sur la partie haute de la page de gauche : Les ingrédients, de la page de droite : Les ustensiles.
Puis les 4 à 5 étapes de la recette sont décrites et illustrées.
Et souvent une astuce complète la recette (substitution d'un ingrédient, un conseil...).

Mes marmitons ayant plus de 10 ans, j'ai testé deux recettes seule en imaginant mon petit marmiton... 

J'ai testé le plat "Curry minute"
En adaptant quelques ingrédients, j'ai utilisé du poulet plutôt que de l'agneau et n'ayant pas de coriandre fraîche, j'ai remplacé par du persil et quelques graines de coriandre... 
J'ai respecté le timing de la recette soit 20 minutes. Le dosage du sel et du curry n'est pas quantifié précisément "du curry et un peu de sel". Il ne faut pas hésiter à goûter et rectifier l'assaisonnement. Mon dosage tomate et lait de coco ayant été fait "à la louche", difficile de retrouver la présence du goût coco.
Le résultat a été cependant à la hauteur de ce que j'imaginais et apprécié par mes 3 gourmands (qui ont un peu plus de 7 à à 10 ans).
Mon marmiton aurait pu découper la viande, les oignons, le persil, remuer les ingrédients dans la poële.

curry_photo 

J'ai testé le dessert "Brownies"
J'ai dès le début divisé par deux la quantité de sucre (que je trouvais proportionnellement trop forte). J'ai utilisé l'astuce en intégrant dans la pâte à brownies des brisures de spéculos et des noix. Aucune quantité précise n'est donnée pour les noix ou les spéculos. Dans le brownie, on ne retrouve pas le croquant du spéculos et le goût était très discret (j'en ai sans doute pas mis suffisamment...). Le timing de la recette est un peu faible (35 minutes dont 20 minutes de cuisson), j'ai mis environ 10 à 15 minutes de plus (sans compter le temps pour casser les noix).
Le résultat a été dévoré par tous. 
Mon marmiton aurait pu faire seul cette recette avec l'aide de l'adulte pour surveiller le mélange beurre chocolat au bain-marie et la gestion du four pour la cuisson du brownie.

P1010732

Voilà deux recettes que je referais certainement !

J'ai aimé :
- Les recettes choisies : des plats classiques, simples, variés... 
- Les index présents sur la deuxième et troisième de couverture : index des recettes par niveau de difficulté, par temps de réalisation et par coût.

- Les pictogrammes qui permettent de visualiser facilement la difficulté ou le temps de réalisation de la recette.
- L'absence de photos, pas de complexe à avoir en voyant le résultat de notre recette. Les illustrations sont colorées et explicites.

Je n'ai pas aimé :
La recette des crêpes qui a été classée dans les recettes faciles... La partie cuisson est, à mon avis, la plus difficile et elle est très sommairement décrite... "2) Laisser reposer la pâte pendant 1h environ avant de faire cuire les crêpes à la poêle. Mets un peu de beurre chaque fois que tu en fais cuire une."
Pour l'auteur, il est peut-être sous entendu que cette partie cuisson est réservée aux adultes ! 

Le temps de repos de la pâte 1 heure me semble également un peu faible... 

Remarque amusante d'un de mes grands marmitons : 
Dans deux recettes de tartes, il est prévu la cuisson à blanc de la pâte en utilisant des haricots secs (prévus dans la liste des ingrédients)

                                       2) Avec une fourchette, pique le fond de la tarte.
                                       Recouvre-le de haricots secs, puis fais-le cuire
                                       à four tiède (150°C) pendant 10 min environ.

                                       3) [... préparation du mélange chocolaté... ]

                                       4) Verse le mélange chocolaté sur le fond de tarte,
                                       puis remets au four pendant 20 min environ.

Mais avant de verser la préparation dans le fond de tarte, il est nulle part précisé de retirer les haricots... 
Une tarte au chocolat avec des haricots secs comme fèves non prévues, cela peut être très surprenant !

Merci Brigitte et les éditions Flammarion jeunesse pour ce partenariat. 

Extrait : (pages 66-67)

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29 juin 2014

Le monde d’Hannah - Ariane Bois

Lu en partenaria avec J'ai Lu

le monde d'Hannah le monde d'Hannah_p

Robert Laffont - octobre 2011 - 288 pages

J'ai Lu - mars 2014 - 285 pages

Quatrième de couverture :
Paris, hiver 1939. Dans le "petit Istanbul", le quartier de la diaspora judéo-turque, vivent Hannah et Suzon, deux petites filles inséparables. Quand la guerre éclate, elles découvrent le marché noir, les sirènes qui hurlent et les rafles. Pour Hannah, c'est la peur, l'expropriation et l'exil en Turquie, le pays natal de ses parents ; pour Suzon, c'est encore la protection du douillet appartement familial. La guerre terminée, elles se reverront. Mais leur monde a disparu. Tant bien que mal, les deux jeunes filles tentent de retrouver la complicité des après-midi sucrés de leur enfance, avant l'horreur. Jusqu'au jour où Hannah découvre un terrible secret. Leur amitié résistera-t-elle à ce que la guerre a ruiné ?

Auteur : Ariane Bois est grand reporter au sein du groupe Marie Claire, spécialisée en sujets de société et critique littéraire pour le magazine Avantages. Son premier roman, Et le jour pour eux sera comme la nuit, a reçu les éloges de la critique. Traduit et récompensé par de nombreux prix, il est en cours d'adaptation pour la télévision. Elle est l'auteur de Dernières nouvelles du front sexuel et de Sans oublier.

Mon avis : (lu en juin 2014)
Le début de cette histoire m'a fait penser à deux livres, tout d'abord Les allumettes suédoises avec l'insouciance de l'enfance, l'amitié entre Hannah et Suzon dans un quartier de Paris celui du "petit Istanbul" mais également au livre Un sac de billes car nous sommes en octobre 1939, c'est l'Occupation et Hannah et sa famille sont des juifs venus de Turquie. Mais ce n'est que le début... A travers les regards d'Hannah et Suzon de 1939 à 1968, le lecteur va découvrir la grande amitié entre ses deux fillettes puis jeunes femmes, une amitié qui aura ses hauts et ses bas. L'auteur s'est bien documenté sur les faits historiques et j'ai découvert ce surprenant retour en train durant l'hiver 1944, de juifs turcs, de Paris à Istanbul à travers l'Europe nazie. Une histoire passionnante et captivante.

Merci Silvana et les éditions J'ai Lu pour cette belle découverte.

Extrait : (début du livre)
« Je crois que ceci t'appartient », osa Hannah, à bout de souffle, à la traîne d'une chevelure rousse qui filait dans la rue de la Roquette. Dans sa main, elle tenait une écharpe, écarlate, comme son visage. La fille, qui portait un tablier gris identique au sien, ne se retourna même pas. Hannah avait dû courir derrière ces jambes montées sur ressort, ce cartable marron qui brinquebalait, ces boucles fauves telle une myriade de feuilles mortes dans la lumière de l'automne parisien. Interloquée, elle insista :
« Dis... Elle est à toi, cette écharpe ? » Cette fois, la grande s'arrêta net et lui fit face. Une nuée de taches de rousseur, un nez long, trop long dans un visage tout rond. Ses yeux d'un vert irréel, couleur de salade mouillée, transpercèrent Hannah, qui bredouilla :
« Je l'ai trouvée par terre, là-bas... »
Silence. Hannah chercha quelque chose à répondre quand l'étrange créature lui arracha l'écharpe des mains en sifflant :
« Très bien... Et maintenant, laisse-moi tranquille. Sinon je t'étrangle avec ! »
Puis elle relança sa course infernale, ses cheveux de feu au vent, prêts à rompre l'élastique qui les retenait.
Hannah connaissait cette fille. Depuis deux semaines, elles fréquentaient la même classe de huitième, à l'école de la rue Keller. Suzanne Dupuis, elle s'appelait. Mais tout le monde disait « Suzon », avec une nuance de respect et de crainte dans la voix, à cause de ses mains de catcheuse et de sa voix de stentor. Suzon n'hésitait pas à donner du poing quand une élève faisait son intéressante ou se moquait de sa prétendue odeur de rousse. À dix ans, elle avait déjà redoublé. La maîtresse la traitait de tête brûlée, de bonne à rien. Ce dont elle se fichait éperdument.
Hannah reprit sa marche en sautant à cloche-pied, malgré le poids de son cartable. « Bizarre quand même de me répondre comme ça... », se dit-elle. Mais pourquoi une fille telle que Suzon s'intéresserait-elle à une gamine de neuf ans incroyablement timide ?
Hannah tourna au coin de la rue Popincourt, sa rue. À la vue de ses cheveux d'un blond presque blanc, Odette, la crémière à la poitrine imposante, la salua d'un ton jovial derrière son étal :
« Mademoiselle Behar, comment vas-tu aujourd'hui ? »
Odette avait un fils, René, à la bouille joufflue et aux cheveux dressés en épis sur la tête. Il regarda passer Hannah et devint écarlate. Sa maman, alors, éclata de rire, l'invitant à goûter des morceaux de fromage aux textures inconnues ou une cuillère de crème fraîche moulée à la louche. Tous les matins, de gros percherons apportaient le lait dans d'énormes bidons qui s'entrechoquaient et réveillaient Hannah. Elle aimait ce bruit et les crottins semés comme les cailloux du Petit Poucet par les chevaux en remontant la rue. Ce quartier, c'était sa vie. Quatre petites artères où son cœur battait en paix : la rue Popincourt, la rue Basfroi, la rue de la Roquette, la rue Sedaine. Un quadrilatère blotti près de la place Voltaire. Ce « Petit Istanbul », comme aimaient à répéter ses parents, ne dormait jamais vraiment avec ses airs d'accordéon, ses crieurs de journaux, ses apostrophes incessantes d'une maison à l'autre. Tout un petit peuple vivait là, composé de chaisiers, de tapissiers, d'ouvriers ébénistes, de polisseurs de glace. On se bousculait sur les trottoirs étroits, on se claquait la bise. Pendant la semaine, on travaillait dur. Le dimanche, les filles bien mises se promenaient par bancs de quatre ou cinq, les garçons les sifflaient, tentaient de leur parler, et les quelques cafés ne désemplissaient pas. L'orgue de Barbarie semblait accompagner les habitants dans leurs allées et venues, nimber leurs pas de gaieté et de douceur. Là, ils étaient chez eux, entre eux, protégés des regards un peu condescendants des autres Parisiens.
Au 4 de la rue s'élevait un immeuble étroit, haut de cinq étages. Hannah s'engouffra sous la porte cochère par laquelle passaient encore des chevaux au siècle dernier et traversa une cour intérieure où poussaient des brins d'herbe entre les pavés. Un volailler y élevait des poules rousses et blanches, leur tordant parfois le cou, au grand effroi d'Hannah. À côté, un serrurier affûtait ses outils dans son atelier. Lui aussi la salua, du menton. Pas causant, le gars. On racontait qu'il était hongrois mais personne ne connaissait son nom. On le sifflait devant chez lui et il venait dépanner les gens du quartier, sans sourire ni moufter. Hannah habitait la partie sur cour.
Elle monta l'escalier où flottait une odeur d'oignons, de viande et d'épices. Sa mère avait dû aller chez Abramoff, aux Cinq Continents, l'épicerie orientale qui sentait si bon la Turquie, au 66 rue de la Roquette : la menthe, les épices, le kashkaval, ce fromage sec comme un coup de trique, et même le raki dégusté parfois sans façon, près de la caisse, entre habitués. Une fois par semaine (pas plus, l'argent manquait), les familles se rendaient en procession chez le bakal, l'épicier en turc. Dès la porte franchie, la fête pouvait commencer. Les femmes goûtaient aux olives conservées dans les tonneaux, les hommes découvraient les épices présentées dans les bassines en émail. Quand le vendeur était de bonne humeur, il offrait aux enfants de la halva aux pistaches ou au chocolat, qu'ils dévoraient sur le trottoir.
Hannah poussa la porte de la maison, la referma doucement, et s'immobilisa en percevant des éclats de voix. Celle de son père, sèche. Celle de sa mère, pincée. Ses parents ne s'entendaient pas. Un mariage arrangé, à la fin des années vingt, à Istanbul, comme il y en avait tant. Il avait fallu marier Haïm, ce doux solitaire qui ne vivait que dans les livres et la poésie, incapable d'exprimer ses émotions, surtout avec les filles. Cécile Levinescu avait souhaité pour sa part échapper à sa Roumanie natale, à un milieu modeste, à l'antisémitisme forcené. Passant facilement de l'euphorie à l'abattement, cette jolie blonde un rien fragile rêvait de changer son fiancé, de s'installer à Istanbul, de mener la vie confortable d'une femme de fonctionnaire. Mais Haïm avait d'autres projets : il avait appris le français à l'Alliance israélite universelle, admirait les Lumières, Hugo, Baudelaire et Verlaine. À la fin de l'Empire ottoman, après la confiscation des biens des minorités par Mustafa Kemal sous couvert de nationalisme, il avait quitté la Turquie pour s'installer à Paris. Pas pour des raisons politiques. Par amour de la France. Un amour presque mystique. Pour lui les bals du 14 Juillet, les Grands Boulevards en été, le Tour de France incarnaient le bonheur sur terre. Cécile s'était inclinée, mais le lui faisait payer tous les jours, toutes les nuits aussi.
Depuis l'entrée en guerre contre l'Allemagne, le mois dernier, les Behar se disputaient souvent pour des peccadilles. Mais là, cela paraissait plus grave.
« Tu n'as pas pu faire cela, Haïm, ce n'est pas possible !
— Tu ne comprends pas... Je suis obligé !
— Obligé ? Obligé à quoi ? Tu es citoyen turc ! Cette guerre, tu n'as pas à t'en mêler... »
Son père continuait, un ton plus haut.
« Tu te trompes, Cécile. La France m'a tout donné. Quand je suis arrivé seul en 1925, je ne possédais rien. Je lavais mes chaussettes dans l'évier d'une chambre crasseuse, louée au mois à l'hôtel de l'Europe. J'ai dû travailler, m'accrocher, porter les "bogos" les ballots, vendre à la postiche, sur les marchés, des tricots de corps et du linge de maison, tout cela pour quelques francs. Aujourd'hui, nous avons une belle boutique, tu gagnes ta vie comme couturière, notre fille est française. Fini l'exil, nous ne sommes plus de passage. Je dois servir ce pays, me montrer digne de lui, me battre avec les autres. »
Cécile aussi se battait, à sa manière.
« Mais ils ne veulent pas de toi ! Un étranger, juif en plus...
— C'est vrai, concéda Haïm. À la Légion, ils n'aiment ni les Juifs ni les étrangers. Un sous-off rigolait même en parlant d'un régiment Royal Youpin... Mais depuis septembre, j'ai tellement insisté qu'ils ont fini par me prendre. Dix fois, j'y suis retourné ! Tu aurais dû voir la foule à la caserne de Reuilly ! Tout le monde voulait se battre : des pères de famille, des étudiants, des commerçants. Ces gars ont compris le danger que représente Hitler. Pour nous tous, les étrangers, les Français, les Juifs.
— Exactement, c'est trop dangereux. Comment va-t-on vivre ? Qui va s'occuper de la botika ? »
 Challenge Petit Bac 2014
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"Géographie" (6)
8 juin 2014

Gagner à en mourir - Pierre-Louis Basse

Lu en partenariat avec J'ai Lu

9782221131060 9782290081105

Robert Laffont - avril 2012 - 154 pages

J'ai Lu - avril 2014 - 123 pages

Quatrième de couverture :
« C'était une histoire qui n'avait cessé de me hanter, au fil des ans, sans que je parvienne à réunir l'ensemble des pièces du puzzle. Une histoire de football, privée d'images et de caméra embarquée. Une histoire de dribleurs fous et insouciants qui avaient préféré la mort à un match arrangé. »

Le 9 août 1942, l'équipe ukrainienne du FC Start rencontre une sélection des meilleurs joueurs de l'Allemagne nazie. S'ils remportent ce match de football, les Ukrainiens savent que leur existence est menacée. Faut-il risquer sa peau plutôt que de souffrir une vie de déshonneur ? Que devient le sport quand il n'est plus un jeu ?

Homme de radio devenu écrivain, passionné de lettres et d'histoire, Pierre-Louis Basse s'est impliqué pleinement dans ce récit. Le « match invisible » qu'il commente avec une réelle ferveur rend hommage à ceux qui, quelles que soient les circonstances, choisissent de combattre.

Auteur : Pierre-Louis Basse est journaliste et écrivain. Grande figure du journalisme sportif (Europe 1, Canal +), passionné d'histoire et de football, il s'est imposé au fil du temps comme animateur culturel de talk shows : « Le temps de se le dire » et « Bienvenue chez Basse » sur Europe 1. Il a collaboré également à Marianne et au Figaro. Auteur d'une dizaine de livres dont Éric Cantona, un rêve modeste et fou (1993), Guy Môquet, une enfance fusillée (2000), Séville 82 France-Allemagne : le match du siècle (2005).

Mon avis : (lu en juin 2014)
Lorsque j'ai eu la proposition de recevoir ce livre, je n'ai pas hésité longtemps, une histoire de football, en Ukraine et durant la Seconde Guerre Mondiale, voilà trois raisons d'être en phase avec des sujets d'actualités...
Malheureusement, le rendez-vous a été raté... 
Ce livre devait nous raconter l'histoire de ce « match invisible » disputé à Kiev le 9 août 1942 entre l'équipe ukrainienne du FC Start et une sélection des meilleurs joueurs de l'Allemagne nazie. Une façon pour l'occupant de montrer la supériorité de la race aryenne... Mais à la mi-temps, l'équipe ukrainienne mène 2 à 1 et malgré quelques pressions le FC Start sortira victorieux de la rencontre...
En fait, l'histoire de ce « match invisible » ne tient qu'en quelques pages et avant d'y arriver le lecteur a du subir une très très longue introduction où se mélangent les évènements passé, présent, des faits historiques, des souvenirs personnels de l'auteur...
L'auteur s'est certainement beaucoup documenté mais le récit est tellement fouilli, avec beaucoup de digressions que je me suis perdue dans tous ses détails que tout s'est mélangé et qu'au final j'ai trouvé ces 123 pages indigestes... Dommage.

Ce match est également appelé Match de la mort 

Merci Silvana et les éditions J'ai Lu pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
J’ai aimé le football comme on aime son enfance.
Le 17 mars 1976, au moment exact où le Dynamo Kiev encaissa trois buts – sans en rendre un seul – du côté de Geoffroy-Guichard, ma petite gueule de Komsomol en prit un sérieux coup ! Le parti communiste réunissait encore un peu plus de 20 % de notre électorat. Trois fois le Modem s’il vous plaît ! Quelques mois plus tôt, dans les rues de Paris, et jusqu’au Père-Lachaise, deux cent mille personnes avaient accompagné la dépouille de Jacques Duclos. Il y avait encore du monde, plein de jolies jeunes filles en larmes, sur le passage mortuaire de cette figure assez bonhomme, d’un communisme à la française. Et quand le Dynamo Kiev de Blokhine, Onitchenko, Rudhakov et Lobanovski se dressa sur la route de la bande à Larqué et Rocheteau, croyez-moi : j’étais à fond les ballons derrière les Soviétiques !
Je sais bien. Je ne vais pas me faire que des amis. Mais je profite de ce livre dans lequel nous allons beaucoup parler de Kiev, de ses héros – invisibles et légendaires – pour revoir en boucle – c’est la magie d’Internet et la mise à disposition des images de l’INA – le tournant de ce fameux match du printemps 1976, à Saint-Etienne.
Magnéto.
Trente-six ans ont passé. Ces images n’ont pas pris une ride. Les hommes sont les mêmes. Seuls la haute technologie et le spectacle du sport semblent avoir modifié les visages et les corps en mouvement. Sur le terrain, les photographes sont admis au plus près des joueurs. Après chaque but, on dirait qu’ils gambadent sur le pré. Y compris dans l’action. Il y a dans les tribunes de Geoffroy-Guichard des types dont l’allure, assez naturelle, n’est pas sans rappeler le physique de Gérard Depardieu dans Le Choix des armes. Cheveux longs et pantalons en tergal avec pattes d’éléphant. L’impression que les ouvriers – au stade, comme en ville – n’avaient pas encore été placés hors champ de la réalité des choses. Illusion d’optique. Parfois, lorsqu’il était d’humeur badine, Giscard leur rendait visite à l’heure du souper. Le monde ouvrier français, en ces étranges années vertes, découvrait à domicile le tweed et les cravates du président. Ils ont bien fait d’en profiter. Bientôt, mon pays les abandonnerait. L’été promettait d’être chaud. Après chaque match de Saint-Etienne, cette année-là, on aurait dit que la télévision française découvrait l’enthousiasme des foules pour le ballon. Quelques signes – panneaux indicateurs – d’un monde qui a changé ? Ces petits riens, qui en disent long, sur une forme d’effacement, de disparition. Les jolies liaisons comme psalmodiées par les joueurs, dans leurs commentaires d’après-match. Une voix de sport ancrée encore dans l’épaisseur de vie. Et pour lancer le reportage, le présentateur, inquiet, semblait chercher une boîte mystérieuse planquée sous la table.

  Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Verbe" (9)

15 avril 2014

Là où naissent les nuages - Annelise Heurtier

 Lu en partenariat avec Casterman

la ou naissent les nuages Casterman - avril 2014 - 208 pages

Quatrième de couverture :
Fille unique de parents très aimants, mais très occupés, Amélia, 16 ans, s'est réfugiée dans la gourmandise. Elle traîne son corps adolescent et ses kilos en trop comme une punition. Mais l'arrivée d'une lettre étrange venue de Mongolie va bouleverser la banalité un peu mélancolique de son quotidien...

Auteur : Annelise Heurtier est née en 1979. Parallèlement à un début de carrière éloignée du milieu des lettres (une prépa HEC suivie d'une école de commerce la conduisent à travailler dans le marketing et le management), elle commence à écrire des textes à destination de la jeunesse. Son premier roman est rapidement publié aux éditions du Rouergue. Aujourd'hui, Annelise Heurtier habite à Tahiti où elle vit avec son compagnon et ses deux enfants. 

Mon avis : (lu en avril 2014)
Amélia, 16 ans, est une adolescente assez gâtée, fille unique dans un milieu aisé. Ayant quelques kilos en trop, elle n'est pas à l'aise dans son corps et manque de confiance en elle. Elle a la chance de pouvoir faire un grand voyage pour la Mongolie dans une association qui aide des enfants. Au début, elle devait faire ce voyage avec son père mais celui-ci est obligé de rester à Paris et c'est toute seule qu'elle part pour l'inconnu...
Ce voyage va la transformer. Elle va découvrir la misère du pays, des enfants qui se contentent de peu, en comparaison sa vie parisienne va lui paraître bien futile et douillette.
Amélia est la narratrice du livre, le lecteur suit dans le récit de son voyage : son évolution, ses réflexions, ses sentiments. 
Un récit émouvant et instructif.
Petit bémol dans l'intrigue sur le "rebondissement" final qui n'apporte rien à l'histoire mais qui fait un peu "cliché"...
Je trouve très belle l'illustration de la couverture du livre.

Merci Brigitte et les éditions Casterman 

Autres avis : Gambadou, CanelSaxaoul

Extrait : (début du livre)
Je détestais ça.
Je détestais que l'on me regarde comme ça.
Du bout des doigts, la fille de la boulangère me tendait le petit sac en papier, le sourire dégoulinant de mépris. Elle avait les ongles chargés d'une épaisse couche de vernis pailleté, sauf celui de l'index, qui se singularisait grâce au palmier miniature qu'on y avait habilement dessiné.
J'ai croisé le reflet d'un visage dans la glace. A côté d'un éventail de sucettes multicolores, il y avait une fille yeux rouges paupières gonflées cheveux ébouriffés saloperie d'humidité.
Moi.
Je me suis contentée de placer la monnaie sur le comptoir et je lui ai quasiment arraché le sac brun, déjà auréolé de gras par les trois pains au chocolat. Je suis sortie et j'ai commencé à marcher sur le trottoir mouillé. Un pas devant l'autre. Je me foutais complètement de ce qu'elle pouvait penser, avec sa manucure de dinde. Un pas et puis l'autre. Ce n'est pas elle qui venait de découvrir le garçon de ses rêves en train d'embrasser (dévorer) sa meilleure amie contre la grille du lycée.

 Challenge Petit Bac 2014
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"Couleur" (5)

 

9 novembre 2013

Une fille comme les autres - Jack Ketchum

  Lu en partenariat avec Livraddict et les éditions Folio

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Bragelonne - janvier 2007 - 350 pages

Folio - septembre 2013 - 432 pages

traduit de l'américain par Benoît Domis

Titre original : The Girls next door, 1989

Quatrième de couverture :
Une petite ville des États-Unis dans les années 1950. Un jour d’été, au bord du ruisseau où il pêche des écrevisses, le jeune David fait la connaissance de la jolie Meg, sa nouvelle voisine. Meg et sa sœur vivent depuis peu chez Ruth Chandler, leur tante et mère du meilleur copain de David. Petit à petit, intrigué et fasciné, le jeune garçon se rend compte qu’il se passe quelque chose d’anormal chez les Chandler, que les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent être dans ce paisible quartier résidentiel. Trente ans plus tard, David se souvient... 

Auteur : Jack Ketchum, pseudonyme de Dallas Mayr, est né en 1946 aux Etats-Unis. Son nom de plume est inspiré du nom traditionnellement porté par les bourreaux anglais : Jack Ketch. Ketchum, qui fut secrétaire d'Henry Miller, est l'auteur d'une dizaine de romans. II s'est inspiré d'un tait divers qui s'est déroulé dans le Midwest en 1965 pour écrire Une fille comme les autres.

Mon avis : (lu en novembre 2013)
Au moment où j'ai choisi de recevoir ce livre, ne connaissant pas l'auteur et n'ayant pas remarqué que ce livre était classé dans le genre "horreur"... La couverture annonçait bien un roman policier thriller et je ne m'attendais donc pas à cette classification. Je m'attendais au pire et j'ai bien eu le pire !
L'auteur, Jack Ketchum, s'est inspiré d'un fait réel datant de 1965 pour écrire cette histoire très dérangeante. 
Le narrateur, David, est âgé de treize ans à l'époque de ce récit. Cela commence comme un livre de souvenirs d'enfance dans une petite ville des États-Unis des années cinquante. C'est l'été, David aime pêcher des écrevisses dans la rivière qui coule au fond du jardin de sa maison, c'est là qu'il rencontre pour la première fois Meg, elle est très jolie, âgée de quinze ans, elle vient de perdre ses parents et vit depuis peu chez sa tante Ruth avec sa jeune sœur Susan légèrement handicapée. David est subjugé par Meg, il est tombé sous son charme.
David connaît bien Ruth Chandler, c'est la mère de son copain Donny, elle élève seule ses trois fils Woofy, Donny et Willie Jr. Ils habitent en face de chez David et ce dernier va souvent passer la soirée chez les Chandler. Mais Meg n'est pas heureuse chez Ruth, malgré sa bonne volonté elle n'arrive pas à satisfaire sa tante dans les travaux de la vie quotidienne. Ainsi peu à peu les reproches, puis les gifles tombent sur Meg qui devient le souffre douleur de Ruth. Meg va essayer de se plaindre auprès d'un policier, ce dernier ne la croit pas. Les humiliations, vexations, puis progressivement les violences augmentent, Meg est tenue prisonnière dans le sous-sol et Woofy, Donny et Willie Jr sont encouragés par leur mère à faire des jeux sadiques contre Meg...
David ne participe pas à ces actes odieux, il est simple témoin, un témoin coupable par omission... Il est partagé entre l'horreur de la situation qui de jours en jours devient de pire en pire et la fascination qui le paralyse. Doit-il parler ? Va-t-on le croire ? Meg ne mérite-t-elle ses punitions ?  La présence de Ruth qui cautionne les faits trouble le raisonnement de l'enfant.
Jack Ketchum joue efficacement avec nos sentiments de lecteur. Je suis passée tour à tour par les émotions suivantes : curiosité, horreur, colère, le dégoût, l’écœurement...
Ce livre n'aurait pas été un partenariat, je crois que je l'aurai abandonné tellement cette histoire est dérangeante. 
Cette montée crescendo de la violence de ces enfants face à un autre avec la complicité implicite d'une adulte est insupportable et le narrateur qui n'arrive pas à réagir ou trop tard est révoltant...

Ce livre est bouleversant, choquant, dérangeant difficile de trouver des adjectifs assez forts pour définir mon impression.
Âmes sensibles s’abstenir !

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Cette histoire a été adaptée au cinéma par Gregory M. Wilson en 2007. 

Merci à Livraddict et aux éditions Folio pour ce partenariat.

Logo Livraddict

Extrait : (début du livre)
Vous pensez connaître la douleur ?
Parlez-en à ma deuxième femme. Elle sait. Ou elle croit savoir.
Elle m'a raconté qu'une fois, quand elle avait dix-neuf ou vingt, elle s'est interposée entre deux chats qui se battaient – le sien et celui d'un voisin – et l'un deux s'en est pris à elle. Il lui a grimpé dessus, comme à un arbre, lui a lacéré les cuisses, le ventre et les seins, laissant des entailles encore visibles aujourd'hui. Il lui a flanqué une telle frousse qu'elle est tombée en arrière, contre le vaisselier du début du siècle de sa mère, cassant son plus beau plat à tarte en céramique et s'éraflant la peau des côtes sur quinze bon centimètres pendant que le chat en furie reprenait le même chemin en sens inverse, toutes griffes dehors. Je crois qu'elle m'a dit qu'elle s'en était tirée avec trente-six points de suture. Plus une fièvre qui a duré plusieurs jours.
D'après ma deuxième épouse, c'est ça, la douleur.
Elle sait que dalle, cette bonne femme.

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45/50 :  Indiana
lieu du fait divers

Challenge Trillers et Polars

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catégorie "Même pas peur" :  12/25

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Challenge US

 

9 octobre 2013

L'envolée sauvage : La Boîte aux souvenirs – Galandon et Monin

2013_10_06_140809 Bamboo – juin 2013 – 48 pages

Quatrième ce couverture :
Placées chez Berthe, une vieille guérisseuse engagée dans la résistance, Ada et Luçja, devenues Camille et Alice, vont une fois de plus être obligées de fuir pour survivre. Elles croient trouver la paix en zone libre dans une colonie d'enfants juifs protégés par le docteur Zimmerman. Malheureusement, en cet hiver 1942, les blindés nazis traversent la ligne de démarcation...

Auteurs : Laurent GALANDON, scénariste. Habite en Ardèche. Après des études en photographie, il exerce ce métier pendant quelques années avant de diriger un cinéma d'Art et d'essai. Les rencontres avec des cinéastes, des réalisateurs ou des comédiens attisent son envie d'écrire. En 2002, il quitte l'Ile de France pour la Drôme/Ardèche. Il participe pendant quelques mois à l'AtelierBD.com avant de présenter ses premières histoires aux éditeurs. Bamboo l'accueille dans son giron avec L'Envolée sauvage et provoque la rencontre avec Arno Monin. D'autres projets sont nés chez Bamboo, dont Gemelos, dans la collection Grand Angle (sortie du tome 2 en janvier 2008).

Arno MONIN, dessinateur. Habite à Nantes. Après avoir passé un bac littéraire puis une année à la fac en histoire de l'art, Arno Monin intègre une école d'arts appliqués qui proposait la formation dessin animation bande dessinée. En cours de formation, un projet bd commence à le démanger. Il s'y consacre alors à plein temps afin de le présenter à des éditeurs, jusqu'à la bonne rencontre avec Bamboo Édition... L'Envolée sauvage est son premier album.

Mon avis : (lu en octobre 2013)
Ce quatrième tome de la série est le deuxième et la fin du deuxième cycle. Nous retrouvons Ada et Luçja, qui dénoncées, ont été obligées de quitter Berthe, la vieille guérisseuse résistante. Elles réussissent à passer en zone libre et sont recueillies par le couple Zilbermann qui tiennent une institution d'enfants. Mais les blindés allemands vont franchir la ligne de démarcation et fini la zone libre... Les Zilbermann vont être arrêtés et les enfants vont réussir à fuir et à se cacher dans la forêt. Gabor, le cuisinier gitan va les aider et les conduire en Suisse... 
Ada et Lucja sont très attachantes et courageuses. Ada invente des histoires pour les plus jeunes, elle fait parti des grands du groupe. 
Les dessins sont d'une grande douceur et pourtant il est question de sujets difficiles, de torture, de guerre, de camps. Le côté historique est également bien traité, le récit se passe de 1942 à 1945 après la Libération.

Extrait : début du livre

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Déjà lu des mêmes auteurs :

Cycle I : envoleesauvage01_  envoleesauvage02_
L'envolée sauvage : La Dame blanche 
L'envolée sauvage : Les Autours des palombes

Cycle II : l_envol_e_sauvage3 
L'envolée sauvage : Le Lapin d'Alice

 Challenge Petit BAC 2013
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"Objet"

20 janvier 2013

L'anneau de Moebius – Franck Thilliez

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Audiolib – février 2009 – lu par Philippe Allard

Le Passage – octobre 2008 – 539 pages

Pocket – octobre 2010 – 604 pages

Quatrième de couverture :
Pour sa première enquête, Victor Marchal aborde son métier de flic par sa face la plus noire : une ex-star du porno torturée, une mise en scène macabre, et une plongée dans le monde interlope des déviants sexuels et des monstres de la nature.
Depuis toujours, Stéphane Kismet est, quant à lui, hanté par des images prémonitoires mais cette fois elles obéissent à une indéchiffrable et terrifiante logique. Dans ses rêves, Stéphane possède une arme, il est recherché par la police, une petite fille est morte…
Les trajectoires de Victor et Stéphane vont se rejoindre. 
L'un n'a encore rien vu, l'autre ignore qu'il sait déjà tout…

Auteur : Né en 1973 à Annecy, Franck Thilliez est ingénieur en nouvelles technologies. Son premier roman Train d'enfer pour ange rouge (2003) a été nominé au prix Polar SNCF en 2004. Il est également l'auteur de Deuils de miel (2006) et La Forêt des ombres (2006). La Chambre des morts (2005), classé à sa sortie dans la liste des meilleures ventes et salué par la critique, a reçu le prix des lecteurs Quais du Polar 2006. Franck Thilliez vit actuellement dans le Pas-de-Calais.

Lecteur : Né à Bruxelles en 1968, Philippe Allard est comédien et improvisateur. Acteur de théâtre et habitué des scènes belges depuis 1986, il exerce également son métier à la RTBF depuis 2007.

Mon avis : (écouté en décembre 2012)
Vic Marchal est un jeune flic sortant de l'école de police grâce à ses bons résultats, il a rejoint la Crim. Sa première affaire est particulièrement macabre, une ex-star du porno a été torturée sur son lit.
En parallèle, Stéphane Kismet, un maquilleur de génie qui travaille pour le cinéma et fabrique des monstres, des masques, des crimes sanglants est perturbé par des cauchemars très précis le mettant en scène. Les deux personnages principaux sont attachants.
L'intrigue est diabolique, construite avec une grande intelligence, entre thriller et fantastique. Le livre est captivant et le rythme est soutenu, difficile de le lâcher avant de connaître le dénouement. Âme sensible s'abstenir car l'univers de Thilliez est comme toujours morbide, noir et violent...
Je ne suis pas généralement une adepte de ce genre de thriller, mais lorsque l'histoire est aussi bien construite, le côté violence et noirceur est acceptable. J'aime également les côtés scientifiques du roman avec cette anneau de Moebius : une histoire qui défie le temps.

Extrait : (début du livre)
Jeudi 3 mai, 6h30
Les bouteilles de vin.

Devant ses yeux, l’image vibrait, grossissait, rapetissait. C’était à lui en faire exploser les tempes. Stéphane s’arrêta au milieu de l’escalier, se retourna brusquement, avant de continuer sa descente vers le rez-de-chaussée. Il chercha l’interrupteur du salon, l’actionna plusieurs fois. Aucune lumière, juste une traînée de sang que ses doigts abandonnèrent sur le plâtre. Il fixa un instant ses mains rouges de vie, de mort, toutes tremblantes, puis reprit sa progression rapide. Sa lampe torche découpait l’obscurité. Sa respiration le brûlait. De douleur. De terreur.
Tout s’enchaînait très vite dans son champ de vision. En face, entre deux colonnes, le portrait hiératique, venimeux, de la baronne de Reille. Puis, sur la gauche, une statuette asiatique en céramique, magnifique, qu’il fracassa d’un mouvement du coude. Enfin, sur le carrelage, des cartons déchirés, des valises empilées, un cutter à la lame déployée.
Il se précipita vers une porte, dévala huit marches qui le jetèrent au sous-sol. Dans cette partie froide de la gigantesque demeure, les rares fenêtres s’ouvraient juste au niveau du jardin, comme si le navire de pierre sombrait sous terre. Là, à cette heure, les vitres ne laissaient paraître que des ombres. Plus loin, le faisceau de lumière ricocha sur un miroir. Stéphane s’immobilisa. Ses doigts effleurèrent alors trois griffures sur son visage, avant de remonter vers son œil gauche, boursouflé, trempé de larmes.
Avec une violence sourde, son poing percuta la surface réfléchissante. Sa veste kaki de pêcheur sembla alors se fragmenter comme une grenade.

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Déjà lu du même auteur : 
la_foret_des_ombres La forêt des ombres la_chambre_des_morts La chambre des morts

 Challenge Thriller 
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catégorie "Même pas peur" : 22/12

Challenge Pour Bookineurs En Couleurs
Logo_challenge_bookineurs_en_couleurs
PAL Noire

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2013
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"Objet"

Baby Challenge - Policier Livraddict 
policier
15/20

 

 

 

6 janvier 2013

La réparation - Colombe Schneck

la_r_paration Grasset – août 2012 – 224 pages

Quatrième de couverture :
« Je me suis d'abord trompée.
Je me disais c'est trop facile, tu portes des sandales dorées, tu te complais dans des histoires d'amour impossible, tu aimes les bains dans la Méditerranée et tu crois qu'une fille comme toi peut écrire sur la Shoah ? Car c'est bien de cela qu'il s'agit. La petite Salomé, dont ma fille a hérité du beau prénom, mon arrière grand-mère, mes oncles et tantes, mes cousins, vivaient en Lituanie avant la guerre. Ils appartenaient à une communauté dont il ne reste rien. »

Que s'est-il vraiment passé dans le ghetto de Kovno en 1943 ? Et pourquoi cette volonté de vivre à tout prix ?
Dans ce roman-vrai, Colombe Schneck remonte le temps et fouille les mémoires. Jusqu'à la découverte d'une vérité bouleversante.

Auteur : Colombe Schneck, née en 1966, est journaliste et écrivain. La réparation est son cinquième roman.  

Mon avis : (lu en janvier 2013)
Si ce livre n’avait pas été dans la sélection Elle, je ne l’aurais certainement pas lu. En premier lieu, je ne comprends pas pourquoi il a été sélectionné dans la catégorie Roman et non dans la catégorie Document. Ce livre n’est pas un roman mais un témoignage.
Le prénom Salomé donné à sa fille est le déclic pour l’auteur pour s’intéresser à l’histoire de sa famille et en particulier à la mort de Salomé Berstein en 1943 à Auschwitz à l’âge de six ans. Salomé était la fille de Raya une sœur de Gila la grand-mère de Colombe. Les témoins de l’époque sont déjà tous morts et Colombe Schneck va aller aux Etats-Unis puis en Israël rencontrer tantes et oncles, les descendants des témoins. Plus tard, elle retournera à Kovno en Lituanie sur les traces de sa famille.
Ce livre raconte une histoire familiale touchante. Il est très documenté et j’ai appris beaucoup de choses sur la déportation en Lituanie et sur le ghetto de Kovno.
Malgré tout, j’ai été énervée par les trop nombreux « je, je, je » de l’auteur. Je regrette qu’elle  ne se soit pas plus effacée derrière l’histoire de sa famille. Ses sentiments et ses doutes quant à sa légitimité de faire ou non ce livre n’apporte rien de plus. Egalement, les allers-retours entre passé et présent font perdre le fil au lecteur, j’ai eu l’impression de certaines redites et j’ai été parfois perdue dans la généalogie familiale.
L’idée de ce témoignage était intéressante et importante mais la forme n’est pas à la hauteur. Dommage.

Extrait : (page 57)
En 1947, ma mère Hélène a quinze ans, elle se trouve trop grosse, elle a des boutons, elle s'ennuie dans son lycée pour filles. Ginda ne lui dit rien de sa grand-mère Mary, de ses cousins Salomé et Kalman. Ils sont morts, il n'y a rien à ajouter à cela. Ginda ne lui dit rien non plus de ce qui est arrivé à ses tantes Raya et Macha, à son oncle Nahum. Ginda ne lui dit rien du poids porté par Raya et Macha. Ce qui lui est arrivé à elle, Hélène, la peur, le passage de la ligne de démarcation, les humiliations subies, le couvent, on n'en parle pas non plus. Rien de grave. Elle est en vie, ses parents, son petit frère Pierre aussi, que veut-elle de plus ?
Elle a compris cela, elle est en vie, elle n'a pas le droit de se plaindre, d'être de mauvaise foi, de faire des caprices, d'avoir des mauvaises pensées. Elle doit être parfaite, se taire, bien travailler au lycée. Raya et Macha l'embrassent, la câlinent, s'extasient comme si elle était encore cette petite fille ravissante d'avant la guerre. Hélène n'a plus l'habitude de recevoir autant d'affection, de mots doux. On met cela sur le compte de l'adolescence. 
Hélène a quinze ans, elle ne possède qu'une jupe et un pull-over, elle croit la coquetterie interdite. Comment réclamer alors qu'elle possède l'essentiel ?
Elle est en vie. Elle admire l'élégance inaccessible de Raya et Macha. Ses tourments d'adolescente, elle en est persuadée, sont bien médiocres, pourtant ils envahissent tout. Elle a dix-sept ans, son père lui dit la veille des résultats de son bachot, « si tu avais travaillé un peu plus, tu l'aurais eu ». A l'annonce des résultats, il lui inflige « plus de chance que d'intelligence ». Elle répète les propos de son père en riant, elle sait qu'il s'agit de marques de tendresse. Simkha lui offre des ballerines de chez Carel. Elle est très heureuse puis se sent futile, ridicule, coupable, idiote. Comment a-t-elle pu avoir un désir aussi égoïste, porter une jolie paire de chaussures ? Sa cousine Salomé, son cousin, le bébé Kalman sont morts et il ne reste rien d'eux. Hélène souhaiterait des robes en vichy, des ceintures en élastique, danser, avoir des amoureux, trouver la vie belle. Elle suppose qu'après ce qui est arrivé à Raya et Macha et qu'elle a deviné, les plaisirs sont interdits. Tout chez Hélène est délicat, le nez, les oreilles, les poignets, les chevilles. Elle a pris cela chez son père Simkha.
Ginda est plus ronde, les yeux bleus, Ginda n'est pas belle. Ginda est la plus intelligente, la plus indépendante. Ginda possède une volonté douce à laquelle personne ne résiste.
La plus ravissante est sa soeur Raya. Raya joue au piano des concertos italiens de Bach, elle raconte son voyage de noces avec son premier mari avant la guerre, à l'hôtel d'Angleterre à Rome, les draps en coton égyptien, les caffè freddo dans le jardin, elle s'est offert chez un tailleur de la via Veneto une veste de lin parme. Raya porte au poignet droit de ses longues mains blanches, une minuscule montre en or comme seul bijou. Elle rit souvent et même après la guerre, elle continuera à rire. Il semble qu'elle ne se force pas car ses rires ont le même ton que des larmes Elle est aimante, tendre, très amoureuse de son deuxième mari Elie. Elle porte en elle la vie interrompue de sa fille Salomé. Elle continue à bercer le corps de sa fille devenu imaginaire. Raya s'y réfugie, s'adresse à elle comme de son vivant, elle est toujours émerveillée par la présence de sa fille. Elle sait que si elle perdait cette capacité de la croire toujours près d'elle, alors elle pourrait sombrer.



 Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection roman 
Jury Décembre

Challenge 4% Littéraire 2012
 logochallenge2 
28/28

 

3 janvier 2013

Gastoon, Tome 2 : Des vertes et des pas mûres ! - Jean et Simon Léturgie et Yann

Lu dans le cadre de Masse Critique
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gastoon Marsu Productions - septembre 2012 - 46 pages

Quatrième de couverture :
Gaffe, le neveu revient ! Et il s’est fait de nouveaux copains ! C’est dur la vie à la campagne, loin de la ville et des jeux vidéo... Heureusement que la ferme de Papi et la nature environnante se révèlent un extraordinaire terrain de jeu et de gags pour un petit écolo malin comme Gastoon. Après l’énorme succès du tome 1, retrouvez Gastoon, dans un second album plein de surprises et de gags.

Auteurs : Jean Léturgie est un scénariste de bande dessinée, né 1947 à Caen.
Après avoir été pendant un temps le secrétaire de Serge Reggiani, il débute en tant qu'attaché de presse pour les Editions Glénat, collaborant à la revue Schtroumpf (qui deviendra ensuite Les Cahiers de la bande dessinée) pour laquelle il réalise de nombreuses interviews et dossiers.
Il se lance dans le scénario en 1981 en reprenant la série Lucky Luke avec Morris au dessin. Il créé ensuite, entre autres, les séries Percevan avec Philippe Luguy et Spoon & White avec son fils, le dessinateur Simon Léturgie, tout en continuant d'écrire des albums de Lucky Luke et de Rantanplan.
En parallèle de son activité de scénariste, il a fondé les éditions Dessis avec Laurent Vicomte, et le label Eigrutel avec Simon Léturgie.

Simon Léturgie, né en 1974 à Caen, est un dessinateur de bandes dessinées français. Son père est le scénariste Jean Léturgie, avec lequel il réalise depuis 1999 sa série la plus connus, Spoon & White.

Yann, pour l'état-civil : Yann Lepennetier, dit aussi Balac, né en 1954 à Marseille, est un scénariste de bande dessinée français. Rendu célèbre au début des années 1980 par ses travaux avec Didier Conrad publiés dans Spirou (Les Hauts de page, Bob Marone et surtout Les Innommables), il devient le scénariste français le plus prometteur de la décennie pour ses scénarios ambitieux (Sambre, avec Yslaire, Freddy Lombard avec Yves Chaland, Yoyo avec Frank Le Gall) et sa maîtrise de tous les genres de la bande dessinée (il excelle dans l'humour comme dans l'aventure).

Mon avis : (lu en décembre 2012)
Gastoon n'est pas le petit surnom de Gaston Lagaffe lorsqu'il était enfant, mais le nom de son neveu... Cette bande-dessinée est le deuxième de la série, je n'ai pas lu le premier mais c'est sans importance...

Gastoon, petit citadin, vient passer ses vacances à la campagne chez son grand-père. Il va devenir le copain de Wilco et de la jolie Elvire et devoir supporter les affreux Bazin et Torchenez, les voyous du coin...
Ce n'est pas l'agent Joseph Longtarin que la petite bande fera tourner en bourrique mais le garde champêtre...

Une histoire par page, autour de la nature, de la vie à la campagne... des vacances inoubliables qui feront rire aussi bien les petits sans doute plus que les grands...
C'est léger, amusant et plein d'humour, Gastoon est le digne neveu de son oncle au niveau des bêtises et l'esprit de cette série dérivée nous donne envie de nous replonger dans nos vieux Gaston Lagaffe !

Merci à Babelio et aux éditions Marsu Productions pour m'avoir permis de découvrir en famille cette bande-dessinée.

 Extrait : 

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 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2013

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"Aliment / Boisson"

 

1 décembre 2012

Marée blanche - Jean Failler

Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
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Le mot : BLANC

mar_e_blanche Edition du Palemon - avril 2003 - 190 pages

Quatrième de couverture :
Comme il y a pénurie d'inspecteurs au commissariat de Concarneau, Mary Lester y est détachée pour enquêter sur la mort d'un jeune homme.
Oh, rien de bien mystérieux, vraisemblablement un règlement de comptes entre marginaux. Voire…
On le sait, Mary Lester a le chic pour apercevoir, derrière des faits paraissant évidents, d'autres qui le sont moins. Et quand elle a saisi un fil conducteur, on peut compter sur elle, en dépit du scepticisme de ses nouveaux supérieurs, pour débrouiller tout l'écheveau.
Elle va s'immerger dans une petite ville secouée par la crise de la pêche, découvrant, dans un monde dont elle ignore tout, des personnages aussi fragiles que rudes, bien attachants malgré leurs manières brusques.
Et il y a urgence, car si la marée noire tue la flore et la faune, la marée blanche, elle, tue les hommes.

Auteur : Jean Failler est né en 1940 à Quimper. Auteur de pièces de théâtre, de romans historiques, de romans policiers, il vit et écrit à Quimper.

Mon avis : (relu en novembre 2012)
Pour cette session du Challenge Un mot, un titre, je me suis rendue compte mercredi soir, le livre choisi en cours de lecture que j'avais pris par erreur un mauvais mot (c'est à dire celui de la session précédente...). Heureusement, j'ai trouvé chez moi un livre répondant au critère et pas trop long à lire pour être à l'heure au rendez-vous !
Ce livre fait partie de la série des enquêtes de Mary Lester, c'est la quatrième enquête et elle se déroule à Concarneau. Cela commence lorsqu'un marginal de Concarneau est retrouvé mort dans l'eau du port. Avec Marie Lester nous découvrons le monde des marins-pêcheurs, la rudesse du métier, les difficultés économiques... L'intrigue est bien construite et l'histoire plaisante.
C'est un livre qui se lit facilement, c'est à la fois une enquête policière et une belle ballade en Bretagne. Et je prends toujours du plaisir à relire cette série...
En 1998, une adaptation de ce livre en téléfilm a été réalisé par Christiane Leherissey mettant en scène Mary Lester sous les traits de Sophie de La Rochefoucauld. Quelques ajouts ont été fait par les scénaristes par rapport au livre.

Extrait : (début du livre)
22 novembre.
Sur la mer turquoise, de longues houles ondulaient, couronnées d’écume. Le vent d’ouest soufflait en rafales brutales et désordonnées, le ciel était noir. Un temps à grains. Par moments la pluie se déchaînait et, chassée par le vent, passait à l’horizontale, cinglant les vitres de la cabine, si drue qu’elle plongeait la timonerie dans une sorte d’univers glauque. Puis, aussi subitement, les nuages lourds se déchiraient et un grand pan de ciel bleu apparaissait. Il y avait alors un soleil extraordinaire et il semblait qu’on passait en un instant du plus noir de l’hiver au plus lumineux du printemps.
À la barre de son chalutier bleu et blanc, Nicolas Le Maout, l’épaule calée contre la cloison de la cabine, les yeux plissés par la fatigue, regardait venir la côte ; une longue plage de sable fin barrait le fond de la baie, séparant le ciel de la mer d’un trait d’ivoire éclatant. Derrière se dessinaient les champs, les bois, et puis, sur tribord, Concarneau. Ce qu’on apercevait d’abord en venant de la mer, c’était les immeubles HLM de Kerandon, une longue barrière blanche posée contre le ciel. Entre eux et la mer, les maisons descendaient jusqu’à la ville close plantée sur son rocher, qui trempait ses vieilles murailles dans les eaux paisibles du port. Derrière, il y avait la criée, mais on ne la voyait pas encore.
Des entrailles du bateau montait le grondement sourd du diesel qui tournait à demi-régime. Une lourde silhouette se dressa derrière Nicolas Le Maout, emplissant la petite cabine de sa carrure formidable.

Nicolas détourna à peine la tête et dit d’une voix lasse :
– On arrive.
Et l’autre bougonna d’un timbre éraillé :
– Pas trop tôt !
– Comme tu dis, Petit Pierrot, mes bottes sont lourdes, fit Nicolas Le Maout.
Et il passa d’un pied sur l’autre dans une sorte de danse lente pour tenter de désengourdir ses jambes lasses, puis il prit sur une tablette devant lui un paquet de gauloises froissé, en sortit une cigarette tordue qu’il alluma à un briquet de plastique jaune sans se soucier de la curieuse forme du cylindre de tabac.
La cabine empestait l’huile chaude, le poisson, le tabac et il fallait avoir le cœur bien accroché pour supporter les mouvements du bateau dans cette atmosphère confinée. Qu’importe, ici au moins on n’avait pas froid ; et du froid, de l’humidité, du vent, ces hommes venaient d’en avoir plus que leur compte.
Accablés de fatigue, le reste de l’équipage, deux matelots, dormait dans le poste, capelé dans leurs cirés jaunes, encore bottés. Comme ils étaient tombés, le sommeil les avait pris.

 

 Challenge Thriller 

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catégorie "Même pas peur" : 14/12

 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

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"Couleur"

10 décembre 2012

Les yeux au ciel - Karine Reysset

Lecture Commune 
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avec EnnaSandrine et Géraldine

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Editions de l'Olivier – mars 2011 -

Pocket – avril 2012 – 188 pages

Quatrième de couverture :
À l'occasion de l'anniversaire du grand-père, toute la famille se retrouve dans la vieille demeure située au bord de la mer, en Bretagne. Six jours durant, les conflits et les angoisses de chacun vont ressurgir: Lena, l'aînée ne parvient plus à s'occuper de ses enfants ; Merlin que personne ne considère comme un adulte ; ou encore Achille, le demi-frère, jamais vraiment accepté dans la famille... Petit à petit, un drame enfoui se révèle : une fillette disparue il y a plus de trente ans.

Auteur : Karine Reysset est née en 1974. Elle est l'auteur de Comme une mère (Points, 2009). Les Yeux au ciel est son cinquième roman.

Mon avis : (lu en décembre 2012)
Tout d'abord, je remercie Clara chez qui j'ai gagné ce livre en partenariat avec Pocket. Et j'ai profité de la proposition de Lecture Commune d'Enna pour le sortir de ma PAL perso. 
En ce mois de décembre, c'est plutôt agréable de se projeter en plein été, en Bretagne au bord de la mer dans une maison de famille... Voilà le cadre de cette histoire, toute une famille se retrouve pour les 70 ans de Noé le grand-père, il y a Marianne, sa seconde épouse ses quatre enfants et ses six petits-enfants.
Tour à tour, chaque membre de la famille est narrateur du livre, se dévoile et laisse parler ses sentiments profonds.
Il y a Achille le fils aîné, fruit du premier mariage de Noé, il sent qu'il n'a jamais été accepté par la famille, il est venu des États-Unis avec ses triplés. Léna est fatiguée par sa vie de couple, ses deux enfants en bas âge Zoé et Théo. Merlin éternel adolescent, ancien drogué, il aspire à créer une famille où il voudrait intégrer sa fille Scarlett, jeune adolescente, qui a été élevée par ses grands-parents. Enfin Stella la cadette, homosexuelle, elle est hésitante face à la grossesse de sa compagne. 
L'écriture est agréable, l'intention de cette histoire est intéressante malheureusement je suis restée un peu sur ma faim. Cette réunion de famille a fait ressortir certains non dits, certaines blessures... mais sans résoudre quoi que ce soit, l'auteur nous laisse un peu en plan sans envisager un semblant de solution ou d'espoir. 

Et maintenant, allons voir ce qu'en ont pensé EnnaSandrine et Géraldine

Extrait : (début du livre)
Michael Jackson venait de mourir, et ça ne lui faisait rien. Derrière la fenêtre à petits carreaux entrouverte, le cèdre bleu effleurait le toit, les fils électriques. Il faudrait l’élaguer. Il y avait tant de choses à faire, toujours, des choses ordinaires. Assise sur son lit, Lena tenait un body d’une main, une robe à pois de l’autre. Autour d’elle, des piles plus ou moins droites de vêtements, quatre exactement. Une pour Zoé, une pour Théo, une pour Vincent, et une pour elle, évidemment. Il ne fallait pas qu’elle s’oublie. Cela ne risquait pas avec les pensées qui l’assaillaient, des mauvaises pensées. S’il n’y avait eu que ça. Ces derniers mois, elle avait des bouffées, des pulsions, des crises, elle ne savait comment les nommer. Puis elle avait envie de pleurer – souvent même elle pleurait – et de sauter par la fenêtre. Pourtant, elle n’était pas malheureuse, n’avait aucune raison de l’être. 
Lena consulta sa liste. Elle tenait ça de Marianne. Comment sa mère s’en était-elle sortie ? Ils étaient trois à la maison, plus Achille l’été, les cousins cousines, les copains les copines qu’elle prenait en vacances. Avec seulement deux enfants, Lena avait l’impression de se noyer dans un verre d’eau. Elle sombrait, et personne ne s’en rendait compte. Elle devait courir après le petit, il bravait le danger à chaque seconde comme s’il cherchait à user ses nerfs, éprouver sa terreur. Elle ne le quittait pas des yeux, et avec sa fille, c’était pareil.
Vincent l’appela (elle se sentit prise en faute, les bagages étaient-ils prêts ?). Il préférait rouler de nuit, c’était plus pratique avec les enfants. Elle lui répondit « oui, presque » d’une voix faussement enjouée. 
Un jour ou l’autre, un malheur arriverait, il ne faudrait pas s’étonner. Quelquefois elle s’imaginait lâcher son dernier-né dans l’escalier, le laisser se noyer dans son bain. Marianne, elle, ne râlait jamais, jamais elle n’avait ne serait-ce que soupiré. Lena s’entendait parfois crier, et après elle se griffait les bras, elle les aimait tellement. « Vous me tuez, mes amours, à petit feu », chuchota-t-elle. Son mari voyait quelqu’un, elle en était convaincue. Dans un sens, ça l’arrangeait. Elle avait installé un futon à côté du lit à barreaux de Théo. Son corps éprouvé requérait du repos, ses plaies devaient cicatriser. Elles se nichaient surtout dans sa tête, elle en avait conscience.
Elle avait été soulagée d’avoir un fils. Contrairement à Vincent, elle ne voulait pas de troisième enfant. « On ne fait pas un élevage », l’avait-elle prévenu. Elle songeait à prendre rendez-vous afin que sa décision soit irréversible. Mais elle était velléitaire, et pour l’instant elle n’avait rien fait (ni pour le cèdre, ni pour le reste).
Il allait lui falloir déplacer des montagnes pour gagner la mer. Elle testerait le point où sa résistance céderait, où ses nerfs menaceraient de lâcher comme des élastiques trop usés. Mais son père était âgé, elle devait prendre soin de lui.
Dix minutes plus tard, le ciel virait au rose. La tempête était passée, elle pouvait se remettre au travail.

 

 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

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"Partie du corps"

22 juillet 2012

Au lieu-dit Noir-Etang –Thomas H. Cook

au_lieu_dit_Noir_Etang Seuil - janvier 2012 - 354 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Philippe Loubat-Delranc

Titre original : The Chatham School Affair, 1996

Quatrième de couverture :
Août 1926. Chatham, Nouvelle-Angleterre, à quelques encablures du cap Cod : son église, son port de pêche et son école de garçons, fondée par Arthur Griswald, qui la dirige avec droiture et vertu. L'arrivée de la belle Mlle Channing, venue d'Afrique pour enseigner les arts plastiques à Chatham School, paraît anodine en soi, mais un an plus tard, dans cette petite ville paisible, il y aura eu plusieurs morts. Henry, le fils adolescent de M Griswald, est vite fasciné par celle qui va lui enseigner le dessin et lui faire découvrir qu'il faut " vivre ses passions jusqu'au bout ". Du coup, l'idéal de vie digne et conventionnelle que prône son père lui semble être un carcan. Henry assiste, complice muet et narrateur peu fiable, à la naissance d'un amour tragique entre Mlle Channing et M Reed, le professeur de lettres qui vit au bord du Noir-Etang avec sa femme et sa fille. Il voit en eux " deux figures romantiques, des versions modernes de Catherine et de Heathcliff ". Mais l'adultère est mal vu à l'époque, et après le drame qui entraine la chute de Chatham School, le lecteur ne peut que se demander, tout comme le procureur : " Que s'est-il réellement passé au Noir-Etang ce jour-là ? "
Utilisant avec une subtilité machiavélique la palette des apparences, des dits et des non-dits, Thomas H. Cook allie à une tragédie passionnelle digne des classiques du XIXe siècle un suspense d’une ambiguïté insoutenable.

Auteur : Né en 1947, Thomas Cook a été professeur d'histoire et secrétaire de rédaction au magazine Atlanta. Il vit à New York et au cap Cod. Un prestigieux Edgar Award a récompensé Au lieu-dit Noir-Etang en 1996 aux Etats-Unis, et Les Feuilles mortes a reçu le Barry Award en 2006.

Mon avis : (lu en juillet 2012)
Ayant beaucoup aimé Les feuilles mortes et Les leçons du Mal , j'étais très impatiente de découvrir le dernier livre paru en France de Thomas H. Cook. Il a été publié en 1996 au États-Unis, il est donc antérieur aux deux autres. Je n'ai pas été déçu au contraire, ce livre est un coup de cœur.
Tout d'abord, j'aime beaucoup le mystérieux du titre et surtout la couverture avec son phare.
Chatham, petite ville sans histoire de Nouvelle-Angleterre, Henry le fils du directeur de Chatham School se souvient du jour de l'arrivée de Mlle Channing, la nouvelle professeur d’arts plastiques en août 1926. Henry qui est le narrateur de cette histoire, longtemps après cette année scolaire qui marquera à jamais sa vie, il vit toujours à Chatham, en solitaire. 

Mlle Channing est une artiste, son père un grand voyageur l'a élevé avec des principes très novateurs pour l'époque, « vivre selon ses passions », privilégier la liberté, son développement personnel...
Elle est logée dans un cottage isolé, au lieu-dit Noir-Etang où non loin de là vit M. Reed, professeur de littérature, avec sa femme et sa petite fille. Chaque jour, ils font ensemble le trajet entre le collège et leurs domiciles. Henry est le témoin privilégié du rapprochement qui s'opère peu à peu entre Mlle Channing et M. Reed, mais du haut de ses quinze ans il imagine certaines choses...
Dès le début, le lecteur comprend que cette histoire se terminera par un drame et tout au long du récit l'auteur nous en dévoile peu à peu des indices. Que s'est-il vraiment passé au "lieu-dit Noir -Étang" ?
Le style de ce livre est magnifique, il est écrit comme un roman classique, c'est également le portrait d'une époque et les lieux y sont superbement décrits.
La psychologie des personnages est très intéressante, autant pour les personnages principaux que sont Mlle Channing, M. Reed et Henry mais aussi pour le père d'Henry et directeur de Chatham School.
La construction du livre donne tout le suspens et même après le dénouement de l'histoire, le lecteur a droit à de nouvelles surprises dans les toutes dernières pages.  
Un vrai coup cœur pour moi que je vous invite à découvrir.

Autres avis : Anna Blume, Clara, Mimi, JosteinCanelConstance, Theoma

Extrait : (début du livre)
Mon père avait une phrase préférée. Il l'avait empruntée à Milton, et aimait la citer aux garçons de Chatham School. Planté devant eux le jour de la rentrée des classes, les mains bien enfoncées dans les poches de son pantalon, il ménageait un silence, leur faisant face, l'air grave. "Prenez garde à vos actes, déclamait-il alors, car le mal contre lui-même se retourne." Il ne pouvait imaginer à quel point la suite des évènements le contredirait, ni à quel point j'en aurais éminemment conscience.
Parfois, en ces tristes journées d'hiver si fréquentes en Nouvelle-Angleterre où le vent malmène autant les arbres que les arbustes, où la pluie tambourine contre les toits et les vitres, je me sens de nouveau happé par l'univers de mon père, par ma jeunesse, par la petite ville qu'il aimait tant et où je vis toujours. Je regarde par la fenêtre de mon bureau et revois la grand-rue de Chatham telle qu'elle était alors : une poignée de petits commerces, un cortège fantomatique d'automobiles aux phares montés sur des pare-chocs inclinés. Dans mon esprit, les morts retrouvent la vie, reprennent leur enveloppe charnelle. Je vois Mme Albertson livrer son panier de palourdes au marché Kessler, M. Lawrence faire des embardées avec le scooter des neiges qu'il a construit de ses propres mains, des skis à l'avant, deux parties des chenilles d'un tank de la Première Guerre mondiale à l'arrière, le tout accroché au châssis cabossé d'un vieux roadster. En passant, il me fait signe, agitant sa main gantée dans l'air intemporel.
Me présentant une nouvelle fois sur le seuil de mon passé, je retrouve mes quinze ans, tous mes cheveux et une peau dépourvue de taches de vieillesse, le ciel loin de moi et de l'enfer de mes préoccupations. Je pressens même que, par essence, la vie a du bon.
Puis, de but en blanc, je repense à elle. Pas à la jeune femme que j'ai connue il y a si longtemps, mais à la petite fille qui contemple au loin la mer d'un bleu étincelant, son père, à côté d'elle, lui disant ce que tous les pères disent depuis toujours à leurs enfants : que l'avenir leur tend les bras, que c'est un pré d'herbe tendre qui n'abrite aucune sombre forêt. Je la revois dans mon cottage, ce jour-là, je réentends sa voix, ses paroles tintent encore à mon oreille, distantes clochettes, porteuses de la foi qu'elle eut brièvement en la vie. Ne te prive pas, Henry. Il y en a pour tout le monde.

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Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection policier
Jury Septembre

Déjà lu du même auteur : 

les_feuilles_mortes_p Les feuilles mortes les_le_ons_du_mal_p Les leçons du Mal 

 

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30/50 : Georgie
(Thomas H. Cook a étudié et enseigné en Georgie)

 Challenge Thriller 
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 catégorie "Même pas peur" : 3/12

  Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

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"Couleur"





15 mai 2012

Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran – Éric-Emmanuel Schmitt

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Albin Michel - juin 2001 – 60 pages

Magnard – juillet 2004 – 110 pages

Livre de Poche – mars 2012 – 96 pages

Quatrième de couverture :
A treize ans, Momo se retrouve livré à lui-même. Il a un ami, un seul. Monsieur Ibrahim, l'épicier de la rue Bleue.
Mais les apparences sont trompeuses :
La rue Bleue n'est pas bleue.
L'Arabe n'est pas arabe.
Et la vie n'est peut-être pas forcément triste...

Auteur : Né en 1960, normalien, agrégé de philosophie, docteur, Éric-Emmanuel Schmitt s’est d’abord fait connaître au théâtre avec Le Visiteur, cette rencontre hypothétique entre Freud et peut-être Dieu, devenue un classique du répertoire international. Rapidement, d’autres succès ont suivi : Variations énigmatiques, Le Libertin, Hôtel des deux mondes, Petits crimes conjugaux, Mes Evangiles, La Tectonique des sentiments… Plébiscitées tant par le public que par la critique, ses pièces ont été récompensées par plusieurs Molière et le Grand Prix du théâtre de l’Académie française. Son œuvre est désormais jouée dans plus de quarante pays.
Il écrit le Cycle de l’Invisible, quatre récits sur l’enfance et la spiritualité, qui rencontrent un immense succès aussi bien sur scène qu’en librairie : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame rose et L'enfant de Noé. Une carrière de romancier, initiée par La Secte des égoïstes, absorbe une grande partie de son énergie depuis L’Evangile selon Pilate, livre lumineux dont La Part de l’autre se veut le côté sombre. Depuis, on lui doit Lorsque j’étais une œuvre d’art, une variation fantaisiste et contemporaine sur le mythe de Faust et une autofiction, Ma Vie avec Mozart, une correspondance intime et originale avec le compositeur de Vienne. S'en suivent deux recueils de nouvelles : Odette Toulemonde et autres histoires, 8 destins de femmes à la recherche du bonheur,  inspiré par son premier film, et la rêveuse d'Ostende, un bel hommage au pouvoir de l'imagination. Dans Ulysse from Bagdad, son dernier roman, il livre une épopée picaresque de notre temps et interroge la condition humaine. Encouragé par le succès international remporté par son premier film Odette Toulemonde, il adapte et réalise Oscar et la dame rose. 

Mon avis : (lu en mai 2012)
A douze ans, Moïse dit Momo est livré à lui-même. Son père qui l’élève n’est pas très présent. Momo habite la rue Bleue.
Monsieur Ibrahim est l'Arabe de la rue Bleue. Il est musulman et est originaire de Turquie,  « Arabe, ça veut dire ouvert la nuit et le dimanche, dans l’épicerie. » Toujours souriant, il devient comme  un père pour Momo. C’est la rencontre d’un enfant et d’un adulte, d’un juif avec un musulman. Ce livre qui se lit d’une traite est une leçon de tolérance, de sagesse. C’est à la fois grave et plein d’humour, léger et profond.
Cette belle histoire m’a également fait penser à « La vie devant soi » de Romain Gary.

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Le roman a été adapté en 2003 pour le cinéma par le réalisateur François Dupeyron avec Omar Sharif, Pierre Boulanger, Jérémy Sitbon, Éric Caravaca, Gilbert Melki, Isabelle Renauld, Lola Naymark, Anne Suarez, Mata Gabin, Céline Samie, Isabelle Adjani.
Omar Sharif a reçu le César du meilleur acteur en 2004 pour le rôle de monsieur Ibrahim.

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Depuis le 12 avril et jusqu’au 1er juillet 2012, la pièce Mr Ibrahim et les fleurs du Coran est à l’affiche du Théâtre Rive Gauche, interprété par Francis Lalanne.
Éric-Emmanuel Schmitt en personne le remplacera pour 9 dates exceptionnelles les 27 avril, 10, 11, 12 et 31 mai et 1, 2, 8 et 9 juin.


Extrait : (début du livre)

À onze ans, j’ai cassé mon cochon et je suis allé voir les putes.
Mon cochon, c’était une tirelire en porcelaine vernie, couleur de vomi, avec une fente qui permettait à la pièce d’entrer mais pas de sortir. Mon père l’avait choisie, cette tirelire à sens unique, parce qu’elle correspondait à sa conception de la vie : l’argent est fait pour être gardé, pas dépensé.
Il y avait deux cents francs dans les entrailles du cochon. Quatre mois de travail.
Un matin, avant de partir au lycée, mon père m’avait dit :
— Moïse, je ne comprends pas… Il manque de l’argent… désormais, tu inscriras sur le cahier de la cuisine tout ce que tu dépenses lorsque tu fais les courses.
Donc, ce n’était pas suffisant de me faire engueuler au lycée comme à la maison, de laver, d’étudier, de cuisiner, de porter les commissions, pas suffisant de vivre seul dans un grand appartement noir, vide et sans amour, d’être l’esclave plutôt que le fils d’un avocat sans affaires et sans femme, il fallait aussi que je passe pour un voleur !
Puisque j’étais déjà soupçonné de voler, autant le faire.
Il y avait donc deux cents francs dans les entrailles du cochon. Deux cents francs, c’était le prix d’une fille, rue de Paradis.
C’était le prix de l’âge d’homme.
Les premières, elles m’ont demandé ma carte d’identité. Malgré ma voix, malgré mon poids – j’étais gros comme un sac de sucreries –, elles doutaient des seize ans que j’annonçais, elles avaient dû me voir passer et grandir, toutes ces dernières années, accroché à mon filet de légumes.
Au bout de la rue, sous le porche, il y avait une nouvelle. Elle était ronde, belle comme un dessin. Je lui ai montré mon argent. Elle a souri.
— Tu as seize ans, toi ?
— Ben ouais, depuis ce matin.
On est montés. J’y croyais à peine, elle avait vingt-deux ans, c’était une vieille et elle était toute pour moi. Elle m’a expliqué comment on se lavait, puis comment on devait faire l’amour…
Évidemment, je savais déjà mais je la laissais dire, pour qu’elle se sente plus à l’aise, et puis j’aimais bien sa voix, un peu boudeuse, un peu chagrinée. Tout le long, j’ai failli m’évanouir. À la fin, elle m’a caressé les cheveux, gentiment, et elle a dit :
— Il faudra revenir, et me faire un petit cadeau.
Ça a presque gâché ma joie : j’avais oublié le petit cadeau. Ça y est, j’étais un homme, j’avais été baptisé entre les cuisses d’une femme, je tenais à peine sur mes pieds tant mes jambes tremblaient encore et les ennuis commençaient : j’avais oublié le fameux petit cadeau.
Je suis rentré en courant à l’appartement, je me suis rué dans ma chambre, j’ai regardé autour de moi ce que je pouvais offrir de plus précieux, puis j’ai recouru dare-dare rue de Paradis. La fille était toujours sous le porche. Je lui ai donné mon ours en peluche.
C’est à peu près au même moment que j’ai connu monsieur Ibrahim.

Monsieur Ibrahim avait toujours été vieux. Unanimement, de mémoire de rue Bleue et de rue du Faubourg-Poissonnière, on avait toujours vu monsieur Ibrahim dans son épicerie, de huit heures du matin au milieu de la nuit, arc-bouté entre sa caisse et les produits d’entretien, une jambe dans l’allée, l’autre sous les boîtes d’allumettes, une blouse grise sur une chemise blanche, des dents en ivoire sous une moustache sèche, et des yeux en pistache, verts et marron, plus clairs que sa peau brune tachée par la sagesse.

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Déjà lu du même auteur :

oscar_et_la_dame_rose Oscar et la dame rose odette_toulemonde Odette Toulemonde et autres histoires

la_reveuse_d_ostende La rêveuse d'Ostende ulysse_from_Bagdad Ulysse from Bagdad

le_sumo_qui_ne_voulait_pas_grossir Le sumo qui ne pouvait pas grossir l_enfant_de_no__p L'enfant de Noé

quand_je_pense_que_Beethoven Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent... 

 

Challenge Eric Emmanuel Schmitt
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Challenge Paris
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 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Végétal"

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5 juin 2012

Les leçons du Mal – Thomas H. Cook

Lu dans le cadre d'un partenariat Livraddict et Points

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Seuil – mars 2011 – 356 pages

Points – janvier 2012 – 376 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Philippe Loubat-Delranc

Titre original : Master of the Delta, 2008

Quatrième de couverture :
Le mal se donne-t-il en héritage ? Peut-on sauver les gens d'eux-mêmes ? Telles sont les questions que Jack Branch, professeur dans un lycée du Mississippi dans les années 1950, pose à ses élèves. Parmi eux, Eddie Miller est tenu à l'écart, écrasé par le poids de son ascendance : il est le fils du "tueur de l'étudiante". Jack lui suggère de fouiller son passé et de mener l'enquête sur son père. Peu à peu, ils découvrent un monde chargé de violence où Bien et Mal se confondent : un monde de ténèbres.

Auteur : Thomas H Cook, né en 1947, est salué comme l'un des plus grands auteurs de sa génération. Il a écrit une vingtaine de romans, dont The Chatham School Affair (Au lieu-dit noir-étang TP, à paraître au Seuil), qui a remporté le prestigieux prix Edgar Allan Poe en 1997.

 

Mon avis : (lu en mai 2012)
J'ai découvert Thomas H. Cook avec son livre Les Feuilles mortes que j'avais beaucoup aimé. Lorsque Livraddict nous a proposé ce partenariat avec les éditions Points pour ce livre, je n'ai pas hésité pour le solliciter et j'ai été super contente de l'obtenir.
Voilà un roman policier très original et vraiment prenant. L'histoire se situe dans le vieux Sud des États-Unis, dans une petite ville du Mississippi où vivent deux sociétés que tout oppose. Le narrateur, Jack Branch revient sur son passé de jeune enseignant et des évènements qui se sont passés en 1954.
Jack Branch est issu d'une famille de la Haute société habitant le quartier des Plantations, il a une relation particulière avec son père ancien professeur reconnu. Les élèves de Jack Branch viennent pour la plupart du quartier défavorisé des Ponts, il leur donne des cours sur le Mal.
Une de ses élèves, Sheila disparaît et l'un de ses camarades, Eddie est injustement soupçonné et rejeté par tous. En effet, ce dernier est le fils du « tueur de l'étudiante » mort en prison quinze ans plus tôt. Eddie Miller est un garçon solitaire, un peu naïf, Jack se prend d'affection pour lui et va l'aider à mener à bien ses recherches sur son père.

Dès le début de ce roman le lecteur comprend que cette histoire va se terminer sur un drame, mais impossible avant la conclusion du livre de deviner ce qu'il va réellement se passer, j'ai imaginé plusieurs scénarios possible et... la fin a été inattendue !
Avec cette histoire, l'auteur nous décrit l'état d'esprit de cette société américaine des années 50 dans le Vieux Sud, il veut également nous faire réfléchir sur l'hérédité et bien sûr à travers les cours de Jack composés de nombreux exemples historiques ou littéraires nous découvrons le Mal.
J'ai cependant deux petites réserves concernant ce livre : En premier lieu, durant tout le livre, nous passons du passé au présent et parfois on peut être un peu perdu... car rien n'indique le changement d'époque. De même la révélation finale du drame, n'est pas si claire que cela, j'ai du relire plusieurs fois les dernières pages pour m'assurer que j'avais bien compris.

J'ai vraiment aimé ce livre, ce style de roman policier où la psychologie des personnages est au centre de l'intrigue me plaît vraiment beaucoup.

Un très grand Merci à Livraddict et aux éditions Points pour m'avoir permis de découvrir ce livre. J'ai dans ma PAL le dernier livre de Thomas H. Cook publié en France, Au lieu-dit Noir- Étang que j'ai très envie de lire sans tarder.

Extrait : (début du livre)
Gâté par le sort, je n'ai pas su voir les ténèbres ni ce qu'elles dissimulaient. Jusqu'au moment fatidique, le mal s'est tenu à distance, circonscrit à de simples notes de cours sur les crimes perpétrés par des armés, des foules et des individus sanguinaires, auteurs d'actes abominables que j'exposais avec passion à mon auditoire d'élèves captifs.
Il n'y avait donc rien de surprenant à ce que, ce matin-là, j'aie pensé au vieux roi Hérode, aux tourments que furent les siens quand, à la fin de sa vie, ses organes génitaux gangrenés grouillaient de vers. C'était le symbole de la culpabilité châtiée, d'infections méritées par un oppresseur, et je supposais que, pendant le semestre suivant, je trouverais bien l'occasion de le placer dans l'un de mes cours.
C'était une belle matinée d'avril 1954, un peu moins d'un siècle après le début d'un conflit qui, à son terme, avait rendu orphelins la moitié des enfants du Sud.
J'avais vingt-quatre ans et, depuis trois ans, enseignais au lycée de Lakeland. A l'époque, là comme partout ailleurs, il existait une ligne de démarcation entre les races et les classes sociales, matérialisée par un splendide secteur des Plantations, où mon père habitait toujours, et un nouveau quartier sud où se concentraient artisans et commerçants locaux dans de modestes maisons de plain-pied accolées les unes aux autres le long de petites rues bordées d'arbres. Les ouvriers qui travaillaient dans les quelques usines de la ville résidaient dans une zone du nom de Townsend, qui consistait en de petites maisons bâties sur des terrains tout aussi petits pouvant tout de même contenir un soupçon de pelouse. Un peu plus à l'est, on trouvait la catégorie de gens pour qui, selon l'histoire ancienne, l'auberge affichait toujours complet, et qui vivait dans le quartier connu sous le nom des Ponts.

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Déjà lu du même auteur : 

les_feuilles_mortes_p Les feuilles mortes

 

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26/50 : Mississipi

19 mai 2012

L'Été de l'ours - Bella Pollen

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Belfond – janvier 2012 – 404 pages

traduit de l'anglais par Florence Bertrand

Titre original : The summer of the bear, 2010

Quatrième de couverture :
Poignant, bourré d'émotion et de poésie, un roman au charme particulier, qui oscille entre rire et larmes. Une oeuvre lumineuse, dont la lecture captive autant qu'elle réconforte. 
Après le décès aussi soudain qu'inexpliqué de son époux, haut diplomate anglais, Letty Fleming prend une décision : fuir l'ambassade de Bonn en pleine guerre froide et s'installer avec ses trois enfants sur une île d'Écosse. 
Mais la distance n'y fait rien, Letty ne peut se détacher de ces questions : son mari était-il vraiment le traître qu'on lui a dépeint ? Et quelles menaces rôdent autour des siens ? 
Comblant les silences de leur mère et l'absence de leur père, les enfants, eux, tentent de reconstruire leur vie. Tandis que la douce Georgie découvre les joies de l'amour, la terrible Alba passe son chagrin et ses nerfs sur son jeune frère. Hypersensible, doté d'une imagination sans bornes, Jamie envoie des bouteilles à la mer en songeant à celui qui ramènera leur père...
Arpentant les plages et la lande désolées, un ours solitaire rêve de liberté et d'une âme à sauver...

Auteur : Après une enfance passée entre New York et l'Angleterre, Bella Pollen a travaillé treize ans dans la mode, un milieu qu'elle côtoie désormais en tant que journaliste, collaborant pour de grandes revues, telles American Vogue, The Spectator, The Times et The Sunday Telegraph. Écrivain, Bella Pollen a déjà publié quatre romans outre-Manche. L'Été de l'ours, son premier ouvrage à paraître en France, a remporté un vif succès critique lors de sa sortie en Angleterre, en 2010. Elle vit entre Londres et les États-Unis, avec son mari et leurs quatre enfants.

Mon avis : (lu en mai 2012)
Nous sommes en 1980, époque de la Guerre Froide. Nicky Fleming, diplomate anglais en poste à Bonn en Allemagne, est mort dans des conditions inexpliquées, il serait tombé du toit de l'Ambassade. Sa femme Letty décide de quitter Bonn avec ses trois enfants, pour sa maison d'enfance dans une petite île au nord de l'Écosse dans les Hébrides Extérieures.
La mort de Nicky est un choc pour chacun des membres de la famille. Et chacun ne vit pas ce drame de la même manière. Letty est noyée par son chagrin, elle veut comprendre ce qu'il s'est vraiment passé, elle refuse à croire au suicide de son mari ou à sa trahison. Occupée par son chagrin, elle oublie de s'occuper de ses enfants.
Georgie la fille aînée de 17 ans est la plus compréhensive, elle tente d'être un vrai soutien pour sa mère car elle est devenue presque une adulte. Elle a cependant quelques secrets qui la travaillent et pourtant elle aspire à regarder vers l'avenir.
La seconde Alba, 14 ans, est en pleine crise d'adolescence, c'est une révoltée qui n'exprime que par la colère, sa victime favorite c'est Jamie son petit frère qu'elle persécute et bouscule un peu pour le faire revenir dans la vraie vie...
Jamie est garçon de onze ans, émotif et fragile, personne ne lui a dit franchement que son père était mort. Les mots « perdu » ou « accident » ont été utilisés. Et pour le protéger, Jamie n'était même pas présent aux obsèques de son père. Et depuis, il attend son retour et il cherche ce père qu'il a perdu. Il a une imagination très fertile et il se berce d'illusion.
Sur cette même petite île, un ours s’est échappé et  se cache quelque part. Cet ours apparaît régulièrement tout au long de cette histoire et le lecteur comprendra plus tard qu'il est l'un des personnage important du roman.

Les chapitres sont très courts et révèlent tour à tour les pensées de Letty, de Jamie, de Georgie, d'Alba et même de l'ours. Ils évoquent également des évènements en Allemagne ou en Grande-Bretagne, avant ou après la mort de Nicky.
Une histoire belle et très forte en émotions avec des personnages attachants se débattant avec la perte brutale d'un mari ou d'un père. Ce livre est un coup de cœur pour moi.

Autres avis : Clara, Canel, Sharon

Extrait : (début du livre)
Hébrides-Extérieures, été 1980
C’était l’odeur qui le rendait fou. Comme si l’océan lui-même était une soupe appétissante confectionnée à partir des ingrédients les plus frais qui soient, et qu’il ne pouvait s’en rassasier. Oh, que n’avait-il un croûton de pain assez gros pour saucer cette merveilleuse bouillabaisse – une tête de maquereau, des queues de lieu jaune et noir. A chaque brasse, un nouvel arôme s’offrait à lui : à l’arrière-plan un bouillon parfumé par les coquilles de moules et de bigorneaux ; une pincée d’assaisonnement provenant du jus d’une anémone de mer ; une légère couche de plancton par-dessus pour la texture. Il secoua brusquement la tête, un mouvement involontaire, un simple élan de gourmandise. Pourtant, ce fut suffisant. La corde se rompit et aussitôt la pression se relâcha autour de son cou. Il marqua une pause, puis avança de nouveau, la lumière se faisant lentement dans son esprit.
La liberté.
Devant lui s’étendait l’horizon, derrière lui l’île montait et descendait au gré de la houle. Il aperçut la tache floue d’un homme émergeant des lignes d’écume que les vagues avaient laissées sur la plage. Le dresseur se mit debout et leva les bras pour lui faire signe. Pourtant, il hésita encore, déchiré. Il avait beau être un prisonnier heureux, une corde reste une corde, peu importe celui qui la tient. Alors il tourna le dos au gros homme, plongea dans les eaux salées de la Minch et, indifférent à la tempête qui menaçait à l’horizon, continua à nager.

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Challenge Voisins, voisines
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Grande-Bretagne

Challenge God Save The Livre
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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Animaux"

10 mai 2012

Les revenants – Laura Kasischke

Lecture Commune 
lecture_commune 
avec Enna et Mrs B

les_revenants Christian Bourgeois éditions – septembre 2011 – 587 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Éric Chédaille

Titre original : The Raising, 2011

Quatrième couverture :
« Les Revenants est une perle rare: un roman littéraire servi par une prose splendide, aussi efficace que les grandes fresques que l'on dévore d'une traite, un défilé de créatures et de situations angoissantes. C'est comme si Les raisins de la colère avaient été réécrits par H.P. Lovecraft. » Chicago Tribune

« L'écriture de Kasischke agit comme celle d'un bon poème : elle nous laisse entrevoir la possibilité d'un autre monde et nous y transporte... Ses mots nous projettent sur une autre facette de l'existence, tout en reflets. » New York Times Book Review

« La menace plane sur chacune de ses histoires, sans que l'issue soit jamais celle que l'on pressentait. À coups de symboles discrets, de descriptions à l'acuité troublante, Laura Kasischke épand du rouge sang sur la blancheur immaculée des apparences, et la tension monte, sans que l'on puisse jamais la conjurer. » Sabine Audrerie, La Croix

Auteur : Laura Kasischke a étudié à l'Université du Michigan, elle a gagné de nombreux prix littéraires pour ses ouvrages de poésie ainsi que le Hopwood Awards ; elle a également reçu la Bourse MacDowell.
Ses romans La Vie devant ses yeux et A suspicious river ont été adaptés au cinéma. 
Elle vit dans le Michigan, et enseigne l'art du roman au collège de Ann Arbor.  

Mon avis : (lu en avril 2012)
J'ai reçu ce livre offert par Sophie lors du Swap Yello(w)range exotic organisé par  Valérie et celle-ci ayant offert ce même livre à Enna lors de l'inoubliable Swap Eros & Thanatos organisé par Canel... Une lecture commune s'imposait !
Cette histoire se déroule sur le campus universitaire de Godwin Honors Hall dans le Michigan. Nicole Werner, une étudiante, est morte dans un accident de voiture alors que son petit ami Craig était au volant.
Un an après ce drame, Craig revient à l’Université, il est tenu responsable de cet accident mais faute de preuves, il n’a pas été condamné. Malgré cela, Craig est toujours perturbé et fragile, il n’arrive plus à se souvenir du moment du drame et par moment il a l’impression de voir le fantôme de Nicole.
Dès le début du livre, le lecteur découvre de nombreux personnages dont les portraits que nous présente Laura Kasischke vont évoluer durant le l’histoire, ils sont tous plus ou moins liés et nous le découvrirons peu à peu au fil des pages. Il y a Perry, un garçon sympathique, le camarade de chambre de Craig, venant du même lycée que Nicole. Shelly qui travaille au département musique de l'université. Elle est la première arrivée sur l'accident de voiture, elle a appelé les secours mais son témoignage ne correspond pas à la version officielle rapportée dans la presse. Mira est une jeune professeure d'anthropologie dont la spécialité est la mort. Josie était la camarade de chambre de Nicole, en plus de ses cours, elle travaille quelques heures pour Shelly.
L'originalité de ce livre est dans sa construction, ce sont de courts chapitres qui ne suivent pas un ordre chronologique, l'auteure passe d'un personnage à l'autre avant ou après le drame, l'intrigue se construit donc à la manière d'un puzzle. Laura Kasischke « ballade » le lecteur, les personnages cachent leur vraie nature, de nombreuses pistes s'offrent à nous... Nous découvrons l'univers spécial des communautés universitaires américaines, des bizutages...
On imagine assez facilement une adaptation cinématographique de ce livre.
J’ai lu ce livre en deux jours de vacances et j’avais vraiment du mal à le lâcher. J'ai vraiment été conquise par ce livre et cette auteure que je ne connaissais pas et dont je compte découvrir d'autres livres.

Un grand Merci à Sophie qui m'a offert ce livre lors du Swap Yello(w)range exotic organisé par Valérie

Allons voir maintenant les avis d'Enna et Mrs B.

Extrait : Prologue
La scène de l'accident était exempte de sang et empreinte d'une grande beauté.
Telle fut la première pensée qui vint à l'esprit de Shelly au moment où elle arrêtait sa voiture.
Une grande beauté.
La pleine lune était accrochée dans la ramure humide et nue d'un frêne. L'astre déversait ses rayons sur la fille, dont les cheveux blonds étaient déployés en éventail autour du visage. Elle gisait sur le côté, jambes jointes, genoux fléchis. On eût dit qu'elle avait sauté, peut-être de cet arbre en surplomb ou bien du haut du ciel, pour se poser au sol avec une grâce inconcevable. Sa robe noire était étendue autour d'elle comme une ombre. Le garçon, qui s'était extrait du véhicule accidenté, franchit un fossé rempli d'eau noire pour venir s'agenouiller à côté d'elle.
Il parut sur le point de la prendre dans ses bras. Il lui parlait, il dégageait les cheveux qui lui barraient les yeux, il la regardait. Selon Shelly, il n'avait pas l'air affolé. Il semblait stupéfait et transi d'amour. Il venait de glisser les bras sous elle, pour la serrer contre lui ou la soulever de terre, quand Shelly se ressaisit et actionna le klaxon de sa voiture. Deux fois. Trois fois. Trop loin pour l'entendre même si elle avait crié à tue-tête, il entendit cependant les coups d'avertisseur et releva la tête. Surpris. Désorienté. Comme s'il pensait que la fille et lui étaient les deux dernières créatures sur terre.
Bien qu'il fût fort éloigné de Shelly et séparé d'elle par le fossé rempli d'eau de pluie, il paraissait attendre qu'elle lui dît ce qu'il convenait de faire. Elle y parvint, comme s'ils pouvaient communiquer sans avoir à s'embarrasser de parler. Comme s'ils pouvaient lire dans leurs pensées respectives.
Par la suite, elle repenserait à cela. Peut-être ne lui avait-elle pas parlé du tout, ou bien peut-être avait-elle crié sans s'en rendre compte. Quoi qu'il en soit, elle parvint à lui signifier, posément, afin d'être bien comprise : « Si elle est blessée, il ne faut pas la déplacer. Il faut attendre les secours. »
C'était vraiment la seule chose qu'elle connaissait concernant accidents et blessures. Elle avait été mariée quelques années à un médecin. Ce détail lui était resté en mémoire.
« Les secours ? » interrogea le garçon. Dans le souvenir de Shelly, sa voix était parfaitement audible, toute proche. Comment cela aurait-il été possible ?
« Je les ai appelés, dit-elle. Avec mon portable. Dès que j'ai vu ce qui est arrivé. »
Il eut un hochement de tête. Il avait compris.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-il. C'était qui ? Cette voiture tous phares éteints ? Pourquoi est-ce que...
- Je ne sais pas. Vous avez quitté la route.
- À l'aide », dit-il alors - un simple énoncé plutôt qu'une plainte, mais avec un accent à déchirer le cœur. Un nuage passa devant la lune, de sorte que Shelly ne le vit plus.
« Hé ! » appela-t-elle, mais il ne répondit pas.
Elle coupa le moteur, ouvrit sa portière. Ayant ôté ses chaussures, elle s'engagea prudemment dans le fossé.
« J'arrive, lança-t-elle. Restez là où vous êtes. Ne bougez pas votre amie. Ne bougez pas. »
L'eau était d'une tiédeur surprenante. La boue était molle sous la plante de ses pieds. Elle ne glissa qu'une fois, en remontant sur la rive opposée - et ce dut être à cet instant qu'elle se coupa la main sur un morceau de chrome arraché à la voiture accidentée, retournée à trois mètres de là sur la chaussée, ou bien sur un éclat de verre du pare-brise. Elle ne sentit rien sur le moment. Ce n'est qu'après que les deux ambulances furent reparties, sirènes et gyrophares en marche, qu'elle remarqua du sang sur ses mains et comprit que c'était le sien.
Quand elle parvint en haut du talus et arriva auprès des deux jeunes gens, le nuage était passé et elle put les distinguer de nouveau clairement.
Le garçon était maintenant allongé à côté de la fille, un bras passé autour de sa taille, la tête reposant sur la blonde chevelure, et le clair de lune les avait changés en statues.
Deux marbres. Parfaits. Lavés par la pluie. Classiques.
Shelly resta quelques instants à les contempler, ainsi étendus à ses pieds. Elle avait le sentiment d'être tombée par hasard sur quelque chose de très secret, sur elle ne savait quel symbole onirique, un arcane du subconscient subitement révélé, quelque rite sacré nullement destiné à des yeux humains, mais auquel elle eût été mystérieusement conviée.

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 Challenge 7% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
43/49 

 Challenge Objectif PAL Swap
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7/25

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22/50 : Michigan

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17 avril 2012

Noir océan – Stefán Máni

Lu dans le cadre d'un partenariat Livraddict et Folio

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Gallimard – février 2010 – 474 pages

Folio – mars 2012 – 543 pages

Traduit de l'islandais par Eric Boury

Titre original : Sipid, 2006

Présentation éditeur :
De lourds nuages noirs s'amoncellent dans le ciel zébré d'éclairs au moment où le Per se quitte le port de Grundartangi en Islande en direction du Surinam. À son bord, neuf membres d'équipage qui, tous, semblent avoir emporté dans leurs bagages des secrets peu reluisants. Ceux qui ont entendu dire que la compagnie de fret allait les licencier et qu'il s'agit là de leur dernier voyage sont bien décidés à prendre les choses en main, une fois que la météo sera plus favorable. La mutinerie n'est pas loin et, très vite, l'atmosphère se charge de suspicion, de menaces et d'hostilité. Quand les communications sont coupées par l'un des membres de l'équipage - mais lequel ? -, la folie prend peu à peu le contrôle du bateau qui n'en finit pas de dériver vers des mers toujours plus froides et inhospitalières...

Auteur : Stefán Máni est né à Reykjavik le 3 juin 1970 et a grandi à Olafsvik. un village de pêcheurs situé à l'extrémité de la péninsule de Snaefellsnes. Noir Océan a reçu, en 2007, le prix de la Goutte de Sang qui récompense le meilleur roman policier/thriller islandais. En France, le magazine Lire l'a élu Meilleur polar 2010.  

Mon avis : (lu en avril 2012)
Neuf hommes vont embarquer sur le cargo islandais Per se et prendre la mer pour le Surinam. Il y a par ordre d'apparition Sæli premier matelot, Ási le cuisinier, Jóhann le Géant chef mécanicien,Rúnar maître d'équipage, Jón dit le Président commandant, Jónas commandant en second, Guðmundur Berdsen le capitaine du cargo Per se, Óli Johnsen, dit le Soutier, mécanicien et Jón Karl embarqué malgré lui sur le bateau.
Dès le début, l'ambiance est lourde à bord. Certains ont eu vent de menaces de licenciement sur l'équipage après ce voyage. Ils ont prévu à mi-voyage de manifester leur mécontentement en simulant une panne. Chaque membres de l'équipage a ses petits secrets, ils laissent à terre, famille, dettes... Le capitaine s'apprête à faire sa dernière traversée, ensuite il compte prendre sa retraite et la vivre auprès de sa femme Hrafnhildur.
Au début, il n'est pas toujours facile de s'y retrouver entre les différents personnages aux noms islandais qui se confondent. Ainsi pendant une centaine de pages, l'auteur nous présente l'équipage et sa vie à terre.
Puis le cargo largue les amarres pour le Surinam. Et contrairement à ce que semble le faire penser la phrase suivante « Le cargo Per se vogue à pleine vitesse vers l'hémisphère Sud,... » le Surinam (ancienne Guyane Néerlandaise) est situé dans l'hémisphère Nord (4°N 56°O), au nord de l'Amérique du Sud.
Une fois en mer, cette histoire devient un huit clos où méfiance et malentendus rendent l'ambiance à bord de plus en plus insupportable... Cela commence par les moyens de communication radio, radar, GPS qui tombent en panne, on découvrira plus tard que ce n'est pas une panne mais un sabotage. Et les conditions météorologiques changent avec l'arrivée de tempêtes. Les suspicions sont partout, tout le monde se méfie de tout le monde... Des évènements se succèdent et le voyage devient de plus en plus noir... Le rythme de l'histoire est en phase avec l'état de la mer où se succède tempête et mer plus calme.
J'ai beaucoup aimé les descriptions de ce voyage en mer, le lecteur ressent très bien l'état de la mer, les bruits du bateau, la vie à bord. Plongée dans ma lecture, j'avais très souvent l'impression d'être à bord. C'est à la fois palpitant et stressant... Le lecteur se demande à tout moment comment ce voyage va-t-il pouvoir se conclure et l'imagination de l'auteur nous offre quelques rebondissements inattendues...
La fin m'a laissé un peu sur ma faim, en effet elle est plus suggérée que clairement posée, elle laisse faire l'imagination du lecteur... Et après ce long voyage, c'est un peu frustrant...
Merci à Livraddict et aux éditions Folio pour m'avoir permis de découvrir ce livre et faire un voyage plutôt angoissant sur l'Atlantique ! 

Extrait : (début du livre)
Lundi 10 septembre 2001.
Huit heures moins vingt-quatre minutes. Dans cette cuisine exiguë du quartier Þingholt, une famille de trois personnes mange du chou farci au beurre fondu accompagné de pommes de terre nouvelles.
A l'extérieur règnent le froid et la nuit de l'automne, mais chez le jeune couple il fait chaud et clair.

- J'aurais quand même préféré quelque chose de meilleur pour toi, mon chéri, observe la compagne de Sæli qui coupe en même temps une boulette de viande à leur fils, âgé de trois ans.
- Je ne pouvais pas rêver mieux, ma petite Lára, dit Sæli alors qu'il se ressert. Je vais m'empiffrer de grillages, de sauces et de veloutés tout le mois prochain.
- Mon pauvre !
- Enfin bon, tu vois ce que je veux dire ! précise Sæli. Il lui pince doucement la taille.
Sæli est premier matelot à bord d'un cargo et Lára exerce le métier de coiffeuse dans le 101, le centre-ville de Reykjavík.

- Au fait, est-ce que je t'ai montré cet appartement dans la rue Framnesvegur ? Lára essuie le gros de la sauce tomate qui barbouille le visage du petit garçon. Il était en photo dans le journal d'aujourd'hui !
- Oui, enfin, non... je ne l'ai pas vu, répond Sæli avec un léger soupir, sa main posée sur celle de sa compagne. On a déjà assez de factures à payer pour l'instant et...
- Mais on ne va quand même pas moisir ici éternellement, objecte Lára. Elle adresse un sourire maternel à son fils qui boit l'eau de son verre poisseux. Pas une fois que... enfin, tu sais quoi.

- Oui, je sais, marmonne Sæli avant de reprendre une bouchée malgré son manque d'appétit.
- On en reparlera à ton retour, hein ? propose Lára, d'un ton doux.
Sæli acquiesce. Il plonge son regard tendre dans les yeux de cette femme qu'il aime, mais il est bientôt dérangé, agacé par la sonnerie de son téléphone qui retentit dans la poche intérieure de sa veste, accrochée dans l'entrée.
- Tu es vraiment obligé de décrocher ?
- Je n'en ai pas pour longtemps, rassure Sæli. Il se lève brusquement de table, sort son portable et consulte l'écran illuminé : Withheld. Appel masqué.
- Allô ?
- Ici, le Démon.  

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Challenge Voisins, voisines
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Islande

 Défi Scandinavie noire 2012
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Islande

 Challenge Viking Lit' 
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Challenge Thriller 
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 catégorie "Même pas peur" : 16/8

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Couleur"

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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Challenge Littératures Nordiques
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5 mai 2012

Haka – Caryl Férey

Challenge Destination Nouvelle-Zélande : 5 mai 2012
proposé par evertkhorus
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Editions Baleine – Le Seuil - mars 1999 -

Folio – janvier 2003 – 435 pages

Folio – octobre 2011 – 814 pages

Quatrième de couverture : 
Il y a vingt-cinq ans, Jack Fitzgerald s'est engagé dans la police néo-zélandaise avec l'esprit de retrouver sa femme et sa fille, toutes deux mystérieusement disparues. Aujourd'hui capitaine de la police d'Auckland, il cherche à travers les affaires du quotidien un lien qui pourrait le délivrer de sa névrose. La jeune fille que l'on vient de retrouver morte, le sexe scalpé sur une plage de Devonport, n'est que le premier d'une effroyable série de cadavres autour desquels gravitent un peintre épileptique, un dandy homosexuel, sa femme et quelques membres de la communauté maorie. Malcom Kirk le géant qui sème la terreur chez les prostituées, et surtout le charmant Zinzan Bee qui, avec ses guerriers, perpétue au cri du Haka des rites ancestraux sanguinaires. Secondé par Ann Waitura, une jeune et brillante criminologue, Jack Fitzgerald mènera l'enquête jusqu'au chaos final.

Auteur : Né en 1967, à Caen, remarqué lors de la parution de son troisième roman 'Haka', Caryl Férey s'inscrit rapidement parmi les figures importantes du polar à la française. La singularité de ses oeuvres : le dépaysement. Grand voyageur, l'écrivain situe ses romans noirs, parmi lesquels 'Zulu' ou 'Utu', aux quatre coins de la planète, de la Nouvelle-Zélande, où il a vécu, au Maroc en passant par la France ou l'Afrique du Sud. Inspiré par la culture rock, on lui doit des titres comme 'La Jambe gauche de Joe Strummer', référence directe à sa passion pour les Clash, ou 'D'amour et dope fraîche', qui constitue un nouvel épisode des aventures du Poulpe. Férey distille également son talent en direction d'un public plus jeune avec des livres comme 'Jour de colère' ou 'Ma langue de fer'. Lui qui a débuté auprès d'une petite maison d'édition rennaise, La Balle d'Argent, fait désormais partie des valeurs sûres de la prestigieuse Série noire.

 

Mon avis : (lu en avril 2012)
Lorsque  evertkhorus a proposé la Nouvelle-Zélande pour le Challenge Destination, j'ai rapidement choisi le livre « Haka » de Caryl Férey qui se trouvait dans ma PAL.
J'avais découvert Caryl Férey avec « Zulu », un livre à la fois terrifiant et bouleversant. Cette nouvelle lecture n'est pas très différente dans le style : voilà un roman policier d'une violence et d'une noirceur totale.

« Zulu » avait pour cadre l'Afrique du Sud, ici dans « Haka » nous partons en Nouvelle-Zélande.

 

D'origine moitié maori moitié écossaise, Jack Fitzgerald est hanté depuis vingt-cinq ans par la soudaine disparition de sa femme et sa fille. Depuis, il est devenu l'un des meilleurs flics d'Auckland. Il a en lui beaucoup de rage et de violence.
Lorsque l'histoire commence, le corps d'une femme vient d'être retrouvé sur une plage, le pubis entièrement scalpé. Jack Fitzgerald est appelé pour mener l'enquête, il est secondé par Ann Waitura, une jeune et jolie spécialiste en criminologie. Dans le passé un meurtre équivalent a déjà été perpétré...
L'intrigue est bien mené, il y a de nombreuses pistes, du suspens, du rythme et un dénouement inattendu, des personnages souvent excessifs dont la psychologie a été bien travaillé. Seul bémol, les très nombreux morts qui se succèdent cela fini par vraiment altérer la crédibilité de l'intrigue...
A travers ce thriller ethnique plutôt passionnant, j'ai découvert certains côtés de la culture et l'histoire de la Nouvelle Zélande. Caryl Férey a su parfaitement décrire des Maoris puissants, fiers qui revendiquent leur propre culture face aux colons blancs mais aussi les paysages grandioses et sauvages de Nouvelle-Zélande.

Extrait : (début du livre)
Naturellement. C'était forcément une chose vomie mille fois qui lui tordait le ventre. Et chaque matin, Jack Fitzgerald pouvait mesurer l'ampleur du chaos ; une partie d'infini qu'aucun stratagème mathématique ne comblerait jamais. Il l'avait juré.
Sa famille avait disparu. Depuis, Jack allait se réfugier dans la chambre isolée au fond du couloir, celle de la gamine. Il n'en ressortait qu'à l'aube, moribond, sans larmes, à moitié fou. Outre les photos, exposées aux murs par dizaines, il avait réuni là dossiers, ordinateurs, cartes d'état-major, témoignages divers et autres rapports de police liés à leur disparition. De cette histoire, Jack connaissait tout mais ne savait rien. Avec le temps, la chambre de la petite était devenue son bureau parallèle, une sorte de cimetière sans tombe : tant qu'on n'aurait pas retrouvé les corps, il resterait son propre fossoyeur - et accessoirement capitaine de la police d'Auckland.
Ce petit manège durait depuis bientôt vingt-cinq ans. Fitzgerald en avait aujourd'hui quarante-cinq ans et sombrait peu à peu vers le Pandémonium de son seul imaginaire. Car ce qui le poussait à se réfugier dans le bureau secret relevait plus du comportement psychotique que du rite obsessionnel. Dans le langage psychiatrique, la fonction était précise : il entretenait son délire.
D'après les experts, c'était la seule façon de guérir.
D'après lui, c'était la seule raison de vivre.

Déjà lu du même auteur : 

zulu Zulu

 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

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"Sport / Loisirs"

Challenge Thriller 
Challenge_Thriller
 catégorie "Même pas peur" : 17/8

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27 mars 2012

De bons voisins – Ryan David Jahn

de_bons_voisins Actes Sud – janvier 2012 – 272 pages

traduit de l’américain par Simon Baril

Titre original : Acts of Violence, 2009

Quatrième de couverture : 
New York, années soixante. A la fin d’une froide nuit de mars, la jeune Katrina Marino rentre chez elle après avoir fermé le bar où elle travaille. Garant sa voiture sur le parking en face de sa résidence, elle traverse la rue et s’approche de la porte de son appartement au rez-de-chaussée… quand un homme surgit de l’ombre et la poignarde. L’homme s’enfuit, mais il reviendra une heure plus tard, pour la violer et l’achever de plusieurs coups de couteaux. Mais que s’est-il passé pendant les soixante minutes où Kat est restée seule à agoniser dans la cour de sa résidence ? Malgré l’heure tardive, de nombreux témoins se sont penchés depuis leur fenêtre et ont vu la jeune femme et son agresseur. Pourquoi personne n’a appelé la police ? Quelles pensées occupaient ces hommes et ces femmes pour qu’aucun d’entre eux ne porte secours à leur voisine ? C’est à cette question que tente de répondre le roman de Ryan David Jahn, inspiré d’un fait divers réel, le meurtre de Kitty Genovese dans le Queens, en 1964, qui a lui-même servi de base au développement de la théorie du “bystander effect” en criminologie, en faisant alterner les témoins et le récit de leur nuit : Frank, un mécanicien, part à la recherche de la poussette que sa femme Erin croit avoir renversée plus tôt dans la soirée. Fausse alerte, il n’y avait qu’une poupée dans le landau… mais entre-temps Frank a croisé la route d’Alan, un flic corrompu qui compte profiter du fait que Frank soit noir pour lui faire porter la responsabilité d’un crime violent qu’il vient de commettre. Le jeune Patrick n’arrive pas à dormir, car au lever du jour il doit se présenter à un examen médical des forces armées. S’il est sélectionné, il partira se battre au Vietnam, abandonnant sa mère malade sur laquelle il veille depuis que son père les a quittés. Diane et Larry se déchirent pour la dernière fois. Leur amour a fait long feu, et au cours de la nuit Larry finit par avouer qu’il a une maîtresse. Diane décide de faire ses valises. Thomas a sorti le revolver de son grand-père et il s’apprête à se suicider… c’est alors qu’on frappe à sa porte : Christopher, un partenaire de bowling, aide Thomas à vaincre son isolement et à accepter son homosexualité. Peter, cadre médiocre, cherche à pimenter sa vie en se lançant dans l’échangisme. Il a convaincu sa femme Anne de tenter l’expérience avec un collègue de bureau et son épouse, mais l’aventure tourne à l’humiliation pour Peter, qui risque même de perdre Anne. Enfin, cette nuit-là, le hasard va mettre David, un jeune infirmier, en position de sauver la vie de Nathan Vacanti, l’enseignant qui a jadis abusé sexuellement de lui. Pour faire ce que le devoir exige, David devra surmonter son désir de vengeance….

Auteur : Ryan David Jahn écrit depuis l’âge de dix ans. De bons voisins, son premier roman, a remporté le prix du meilleur premier roman décerné chaque année par la Crime Writers Association. Il vit à Los Angeles. Il est déjà traduit ou en cours de traduction en allemand, néerlandais, espagnol, italien, japonais, chinois, islandais, danois et norvégien.

Mon avis : (lu en mars 2012)
C’est Valérie qui m’a donné envie de découvrir ce livre. 
Ce livre est directement inspiré de l’affaire Kitty Genovese, en 1964, à New-York, une jeune femme est assassinée dans l’indifférence totale de son voisinage. Ce fait divers est devenu un cas d'école sur la théorie de « l'effet du témoin » : en cas d'urgence, plus il y a de témoins moins ceux-ci réagissent et se portent au secours d'une victime.

Cette histoire est celle de l'indifférence et de l'égoïsme. Elle se déroule dans les années 60, à New-York, dans le Queens. Kat, une jeune femme rentre chez elle à quatre heures du matin. Mais devant sa porte, un inconnu l'attaque violemment à coups de couteau. Elle hurle. Dans la cour de l'immeuble, derrière les fenêtres, des hommes et des femmes l'ont entendu et se sont bien réveillés. Ils s'interrogent tous : que se passe-t-il ? Ils aperçoivent la jeune femme blessée, l'homme qui se sauve. Chacun se rassure en pensant que quelqu'un a du appeler les secours et qu'il est inutile de le faire pour ne pas encombrer inutilement la ligne téléphonique de la police. Et chacun retourne à ses propres soucis du moment, sans plus penser à Kat qui agonise sur le trottoir.

L'auteur nous raconte de façon chronologique cette terrible soirée, à chaque chapitre, comme dans le film « Fenêtre sur cour » d'Hitchcock,  le lecteur se déplace d’appartement en appartement, découvrant peu à peu la vie et les préoccupations diverses de chacun des potentiels témoins et en parallèle, le lecteur suit la terrible agonie de Kat.

Ce livre est à la fois poignant et terrifiant, il dénonce le monde égoïsme et anonyme dans lequel nous vivons et auquel nous participons... Un livre qui fait réfléchir.

Le style est dépouillé, le ton est neutre, l'auteur ne juge pas ces personnages, ce n'est pas nécessaire, les faits suffisent à eux-même. 

Ce même fait divers a inspiré Didier Decoin pour son livre «Est-ce ainsi que les femmes meurent ?» et j'ai très envie de lire prochainement. Le livre de Decoin a été adapté au cinéma en mars 2012 dans le film « 38 témoins » réalisé par Lucas Belvaux.

Extrait :(début du livre)

Ça commence sur un parking.
Le parking se trouve à l’arrière d’un bar sportif, un bâtiment en brique qui a accumulé les blessures et les cicatrices au cours de sa longue histoire. Il s’est fait percuter par des conducteurs en état d’ébriété qui ont passé la marche arrière au lieu de la marche avant, s’est fait taillader par des gens qui ont gravé leurs initiales sur les murs, et prendre d’assaut par des vandales ivres. Un soir, il y a quinze ans, quelqu’un a tenté d’y mettre le feu. Malheureusement pour le pyromane en puissance, la météo avait prévu de la pluie. De sorte que le bar est toujours là.
Il est presque quatre heures du matin – trois heures cinquante-huit –, un moment d’obscurité parfaite où aucun soupçon de lumière ne pointe encore à l’est. Il fait nuit noire.
Le bar est fermé et silencieux.
Seules trois voitures sont garées sur son parking habituellement bondé : une Studebaker de 1957, une Oldsmobile de 1953 et une Ford Galaxie de 1962 à l’aile cabossée. Deux d’entre elles appartiennent à des clients : l’un est un vendeur à domicile qui consacre ses journées à essayer de fourguer des aspirateurs ; l’autre, un chômeur qui passe les siennes à contempler les fissures du plafond de l’appartement dont il n’a pas payé le loyer depuis trois mois. Tous deux ont bu quelques coups de trop plus tôt dans la soirée et ont trouvé un autre moyen de rentrer chez eux – le taxi, sans doute. C’est sûrement le cas du chômeur. Le vendeur s’est peut-être fait raccompagner par un camarade, mais le chômeur, lui, a presque certainement pris un taxi. Quand il vous reste trente dollars et que le montant du loyer c’est quatre-vingts, inutile d’économiser. Buvez jusqu’à l’ivresse et payez-vous un taxi pour rentrer. Si l’on doit toucher le fond, autant prendre plaisir à la chute. C’est quand il vous reste quatre-vingt-sept dollars et que le loyer s’élève à quatre-vingts qu’il faut se restreindre.
Des gobelets en carton et d’autres déchets – journaux, emballages alimentaires – jonchent l’asphalte décoloré par le soleil. Un bref instant, une brise que l’on entend gémir chasse tous ces détritus en travers du macadam fendillé, réorganisant légèrement leur position avant de s’évanouir.
Et c’est alors qu’une jolie fille – une femme, à vrai dire, bien qu’elle ne se sente pas adulte – sort du bar, poussant la porte.
Elle se nomme Katrina – Katrina Marino –, mais presque tout le monde l’appelle Kat. Les seules personnes qui l’appellent encore Katrina sont ses parents, à qui elle parle chaque samedi au téléphone. Ils vivent à près de six cent cinquante kilomètres, mais ça ne les empêche pas de lui taper sur les nerfs, oh non ! Quand vas-tu enfin te montrer raisonnable et quitter cette ville, Katrina ? C’est un dangereux cloaque. Quand vas-tu te trouver un jeune homme bien avec qui te mettre en couple, Katrina ? Une fille de ton âge ne devrait pas être célibataire. Tu es plus près de la trentaine que de tes vingt ans, tu sais. Bientôt, tu n’auras plus cette beauté encore fraîche qui permet de décrocher un homme bien, un docteur ou un avocat, et il faudra que tu te contentes de moins. Tu ne voudrais pas te résoudre à ça, n’est-ce pas, Katrina ?
Une fois sortie, Kat tend le bras en arrière pour palper le mur, à la recherche d’une protubérance.
Elle finit par la sentir, un interrupteur qu’elle pousse vers le bas. Clic. Les fenêtres du bar plongent dans le noir, et la lumière qui débordait sur le parking, blanchissant l’asphalte gris, s’efface.
Kat referme la porte et la verrouille, tournant la poignée une dernière fois pour vérifier, puis rabat le portail en métal – vlan ! – et fixe le cadenas.

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Challenge Thriller 
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 catégorie "Même pas peur" : 14/8

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18/50 : New York (2)

Challenge New York en littérature

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Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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