ce qui ne nous tue Actes Sud - janvier 2014 - 114 pages

Quatrième de couverture :
“Lola reprend ses esprits. Elle ne veut pas rester ici. Elle ramasse ses affaires. Elle n’a pas quitté ses vêtements cette nuit. Simone est folle. Simone est dingo. Lola n’arrête pas de répéter ça dans sa tête. Elle doit partir d’ici. Ses yeux ne cessent de passer d’un objet à un autre, très vite, sans jamais se poser. Rien ici n’a de sens, de début ni de fin. Rien ici n’est vrai, ni réel.”
Lola est en colère. Contre ses parents qui se disputent sans cesse, contre les profs, contre ses amis, contre tous. Alors Lola fait la dure, cogne, et finalement met les voiles. Dans sa fuite, elle trouve refuge par hasard auprès de Simone. Chez la vieille clame, le temps s'est arrêté. Ces deux solitudes vont peu à peu s'apprivoiser et découvrir cette douceur qui ne nous tue pas mais nous rend plus fort.

Auteur : Né en 1981, Antoine Dole vit entre Chambéry et Paris. Après un premier roman remarqué en 2008, Je reviens de mourir puis Laisse brûler en 2010, ainsi que K-cendres en 2011. Il cosigne Ely Girls avec la rappeuse Sté Strausz. En 2013, a paru le roman A copier cent fois, un court roman sur la différence et l'acceptation de soi. En parallèle, il crée le personnage de bande dessinée Mortelle Adèle ainsi que différentes sagas pour la presse jeunesse.

Mon avis : (lu en avril 2014)
Lola est une jeune fille en colère, une jeune adolescente qui vit mal la séparation de ses parents. Elle se brouille avec ses amis, accumule les mauvaises notes, les retards... Jusqu’au jour où elle agresse un de ses camarades de collège et prend la fuite.
Lola croise le chemin de Colette, une vieille dame seule dans un appartement où s'entassent tous ses souvenirs et qui perd un peu la mémoire... Leurs deux solitudes vont les rapprocher et Lola va devoir mettre de côté sa colère pour aider la vieille dame oubliée de tous. Pour lui faire oublier son abandon, avec beaucoup de tendresse, Lola lui raconte de belles histoires, lui invente une vie... En prenant soin de Colette, Lola se réconcilie avec elle-même et la colère l'abandonne. 
L'auteur a construit son livre en mettant en alternance un chapitre racontant, à la 3ème personne et tout en douceur, le présent dans l'appartement de la vieille dame et un chapitre, à la 1ère personne, revenant sur le passé et la colère de Lola.

Une histoire qui n'est pas seulement adressée aux adolescents et qui nous amène à réfléchir sur l'isolement et les relations intergénérationnelles. Une belle découverte.

Autres avis : GambadouNouketteStephie et Jérôme 

Extrait : (début du livre)
- ANNA !
Lola tourne la tête vers les étages en entendant la voix qui vient de résonner dans la cage d'escalier. Aussitôt, son coeur martèle sa poitrine, comme si d'une seconde à l'autre sa cage thoracique allait se démanteler sous l'effet des vibrations pour ne laisser à sa place qu'un tas d'os et d'organes inertes. Lui reviennent d'un bloc les voix menaçantes qu'elle cherchait tant à fuir dans le noir, ces voix qui l'ont conduite à se perdre ici. Les larmes montent aux yeux mais s'arrêtent aussitôt qu'elle entend à nouveau la voix :
- Anna ! Anna !
La voix flotte au-dessus de sa tête, par-delà l'obscurité. Une voix de vieille dame, au timbre usé et sec. Une voix sans fioriture, qui tranche le vide à chaque intonation. Une voix qui semble savoir qu'elle est là, tapie dans l'obscurité. C'est comme si, quel que soit l'endroit où elle se tient, quelle que soit la position qu'elle prend, Lola ne pouvait se cacher. Elle s'accroupit, prête à détaler, mais les fourmis dans ses jambes l'empêchent de bouger. Quand la vieille dame passe la tête par la rambarde deux étages plus haut, Lola manque de tomber à la renverse. Ce visage ridé qui la toise d'en haut, et cette voix qui a désormais des traits :
- Enfin Anna, ne restez pas là par terre, montez ! Lola ne parvient même plus à déglutir, immobile, comme un lapin dans les phares d'une voiture. Sans savoir ce qu'elle peut craindre ou espérer. La vieille femme remet ça :
- Vous m'entendez ? Allez, dépêchez-vous, le petit-déjeuner est prêt.
Et puis elle disparaît. Et Lola reste seule. Ses jambes tremblent. Quelques biscuits dans le ventre, digérés depuis un moment. Elle n'a plus de force, plus d'énergie. Plus de peur non plus, elle n'est plus capable. Là, tout de suite, elle ne ressent plus rien. Juste la faim. Elle imagine le chocolat chaud et les tartines. Et cette vieille dame qui l'appelle Anna. Lola pourra lui expliquer qu'elle a fait une erreur, puis elle lui dira qu'elle s'appelle Lola et qu'elle s'est perdue, elle pourra lui demander de l'aide et manger quelque chose en attendant qu'on appelle ses parents. Alors, tout lui apparaît un peu plus clair, même si rien ne semble encore tout à fait simple.
Lola monte les escaliers doucement, en essayant de ne pas tomber malgré son corps qui tangue d'un côté puis de l'autre à chaque pas. Les planches craquent sous ses pieds, le poids du monde sûrement. Elle arrange ses cheveux comme elle peut, son blouson, elle ne sait pas quelle tête elle a, elle ne veut pas faire peur à cette personne qui l'attend. Lola ne se doutait pas que si peu de temps pouvait suffire à se couper des siens ; en une seule nuit elle a cassé tout ce qu'il y avait de solide sous ses doigts. Elle a mal partout, broyée sous le poids des erreurs successives. Il ne reste que ces marches, et ce craquement sur lequel s'attarde son esprit lui rappelle qu'elle est toujours là, connectée à la surface du monde. Elle y va lentement. Pas capable de mieux.

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