26 décembre 2010

Au bonheur des ogres - Daniel Pennac

Lu dans le cadre du Challenge Christmas - Défi Noël
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Lu dans le cadre du Baby Challenge Contemporain 2011
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Baby Challenge - Contemporain Livraddict : 10/20 déjà lus
Médaille en chocolat

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Série noire - 1985 - 288 pages

Folio - mars 1988 - 286 pages

Folio - octobre 1997 - 286 pages

Gallimard - mai 2003 - 308 pages

Quatrième de couverture :
Côté famille, maman s'est tirée une fois de plus en m'abandonnant les mômes, et le Petit s'est mis à rêver d'ogres Noël.
Côté coeur, tante Julia a été séduite par ma nature de bouc (de bouc émissaire).
Côté boulot, la première bombe a explosé au rayon des jouets, cinq minutes après mon passage. La deuxième, quinze jours plus tard, au rayon des pulls, sous mes yeux. Comme j'étais là aussi pour l'explosion de la troisième, ils m'ont tous soupçonné.
Pourquoi moi ?
Je dois avoir un don...

Auteur : Né en 1944, à Casanblanca au Maroc d'un père officier de la Coloniale, Daniel Pennacchioni grandit en Afrique et en Asie du Sud. Il obtient sa maîtrise de lettres à Nice et commence par être professeur dans un collège de Soissons. Il s'installe à Belleville, qu'il se plaira à décrire dans ses romans. En 1973, il publie son premier essai, 'Le Service militaire au service de qui ? ', un pamphlet sur le service national. Puis il écrit pour les enfants. En 1985, il donne le jour à la famille Malaussène avec 'Au bonheur des ogres' puis ' La Fée carabine', 'La Petite Marchande de proses' - prix Inter 1990 -, 'Monsieur Malaussène' et 'Aux fruits de la passion'. En 1992, il écrit un essai sur la lecture, 'Comme un roman', dans lequel il définit les droits du lecteur. En 1997, autre roman, 'Messieurs les enfants', ou un conte adressé aux grands enfants que nous sommes tous, avec une adaptation cinéma à la clé, par Pierre Boutron. 'Merci' paraît en octobre 2004 aux éditions Gallimard. En 2006, Daniel Pennac sort encore 'Nemo par Pennac', un ouvrage dans lequel il présente le parcours du dessinateur Nemo, qui illustre depuis plusieurs années les murs de son quartier de Belleville. En 2007, il reçoit le prix Renaudot pour son essai Chagrin d'école. En 2009, l'écrivain cède la place à l'orateur en montant sur scène pour défendre un texte d'Herman Melville, 'Bartleby le scribe'. Une histoire de Wall Street en pleine crise financière : Daniel Pennac démontre, une fois de plus, son intérêt pour le monde qui l'entoure et son enracinement dans l'actualité.

Mon avis : (relu en décembre 2010)
Au Bonheur des ogres est le premier roman de la Saga Malaussène publié en 1985 par Daniel Pennac. Le titre est librement inspiré du roman d'Émile Zola « Au bonheur des dames ». Nous découvrons la drôle de famille des Malaussène : Le mère est souvent absente, elle va d’amourette en amourette. Benjamin Malaussène, le fils aîné est devenu le chef de famille, c'est lui qui s'occupe de tous ses demi-frères et demi-sœurs. Il y a Clara passionnée de photographie, Louna infirmière, Thérèse qui voit l'avenir dans les astres et les lignes de la main, Jérémy qui adore faire de nouvelles expérience et le Petit qui est encore à la maternelle et rêve d'Ogres de Noël et il ne faut pas oublier Julius le chien épileptique.
Benjamin travaille comme Bouc Émissaire dans un grand magasin, lorsqu'un client vient se plaindre pour un produit c'est à lui de prendre toute la responsabilité. Une bombe, puis deux, explosent dans le magasin. Toujours présent sur les lieux aux moments des explosions, Benjamin est le suspect numéro un de cette vague d'attentats aveugles...

Autour une intrigue pleines de surprise, Daniel Pennac nous livre une galerie de personnages terriblement attachants, le bonheur règne dans cette famille hétéroclite et ce livre est bourré d'humour. Le style est rythmé, plein d'espièglerie. Ce livre m'a autant amusée qu'à ma première lecture. Il va falloir que je prenne le temps de relire les épisodes suivant de la famille Malaussène : "La Fée carabine", "La Petite Marchande de proses" , "Monsieur Malaussène" et "Aux fruits de la passion".

Extrait : (page 44)
- Entrez !
Ouh! là, angoisse dans la voix de Lehmann. Le mastodonte ouvre lui-même la porte, sans se retourner. Je me faufile entre son bras et le chambranle avec la souplesse craintive du chien battu.
- Trois jours d'hosto et quinze d'arrêt de travail, il va y laisser son calbute, votre Contrôleur Technique.
C'est la voix du client. Neutre, comme je m'y attendais, et remplie d'une dangereuse certitude. Il n'est pas venu se plaindre, ni discuter, ni même exiger - il est venu imposer son droit par sa force, c'est tout. Suffit de lui jeter un coup d'oeil pour comprendre qu'il n'a jamais eu d'autre mode d'emploi. Suffit de lui en jeter un second pour constater que ça ne l'a pas mené bien haut dans la hiérarchie sociale. Il doit avoir un coeur qui le gêne quelque part. Mais Lehmann ne sent pas ces choses-là. Habitué à filer des coups, il n'a peur que d'une chose: en prendre. Et sur ce terrain-là, l'autre est crédible.
Je mets suffisamment de terreur dans mon regard pour que Lehmann trouve enfin le courage de m'affranchir. En deux mots comme en mille, M. Machin, ici présent, plongeur sous-marin de son état (pourquoi ce détail? Pour authentifier le muscle?) a commandé, la semaine dernière, un lit de 140 au rayon meubles plein bois.
- Le plein bois, c'est bien votre secteur, Malaussène?
Oui timide de mon bonnet.
- A donc demandé un lit de 140, noyer chantourné, ref. T.P. 885, à vos services, M. Malaussène, lit dont les deux pieds de tête se sont brisés au premier usage.
Pause. Coup d'œil au plongeur dont la mâchoire inférieure torture un atome de chewing-gum. Coup d'œil à Lehmann qui n'est pas mécontent de me refiler le paquet.
- La garantie, dis-je...
- La garantie jouera, mais votre responsabilité est engagée ailleurs, sinon je ne vous aurais pas fait venir.
Gros plan sur mes godasses.
- Il y avait quelqu'un d'autre, sur ce lit.
Ce genre de plaisirs, même au plus profond de sa trouille, Lehmann ne pourra jamais s'en passer.
- Une jeune personne, si vous voyez ce que je...
Mais le reste s'évapore sous le regard chalumeau du mastard. Et c'est lui-même qui achève, laconique:
- Une clavicule et deux côtes. Ma fiancée. A l'hopital.
- OOOH!
C'est un vrai cri que j'ai poussé. Un cri de douleur. Qui les a fait sursauter tous les deux.
- OOOH!
Comme si on m'avait frappé à l'estomac. Puis, compression de ma cage thoracique par la pointe de mon coude, juste au-dessous du sein, et je deviens aussi blanc que les draps du plumard fatal. Cette fois, Hercule fait un pas en avant, esquissant même le geste de me rattraper au cas où je tomberais dans les vapes.
- J'ai fait ça?
Voix blanche, début d'asphyxie. Chancelant, je m'appuye au bureau de Lehmann.
- J'ai fait ça?
D'imaginer seulement cette montagne de barbaque tombant du haut de son plongeoir sur les corps de Louna et de Clara, et faisant sauter tous leurs osselets, suffit à me voir des larmes certifiées conformes. Et, c'est le visage ruisselant que je demande:
- Comment s'appelait-elle?
Le reste marche comme sur des roulettes. Sincèrement ému par mon émotion, M. Muscle se dégonfle d'un seul coup. Impressionnant. On croirait presque voir la forme de son cœur. Lehmann en profite aussitôt pour me charger méchamment. Je lui présente ma démission en sanglotant. Il ricane que se serait trop facile. Je supplie, arguant que le Magasin ne peut vraiment rien attendre d'une nullité de mon espèce.
- La nullité, ça se paye, Malaussène! Comme le reste! Plus que le reste!
Et il se propose de me la faire payer si cher, ma nullité, que le client traverse soudain la pièce pour venir poser ses deux poings sur son bureau.
- ça vous fait bicher, de torturer ce type?
«Ce type», c'est moi. Ça y est, me voilà sous la protection de Sa Majesté le Muscle. Lehmann souhaiterait son fauteuil plus profond. L'autre s'explique: déjà, à l'école, ça lui foutait les boules de voir des caves s'attaquer à plus faibles qu'eux.
- Alors, écoute-moi bien, bonhomme.
«Bonhomme», c'est Lehmann. Couleur de cierge. De ces cierges qu'on brûle pour que ça passe. Ce qu'il a à écouter est simple. Primo, l'autre retire sa plainte. Deuxio, il viendra bientôt vérifier si je suis toujours en poste. Tertio, si je n'y suis pas, si Lehmann m'a fait jeter...
- Je te casse comme ça!
«Ça», c'est la jolie règle d'ébène de Lehmann, souvenir colonial, qui vient de péter net entre les doigts de mon sauveur.

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25 décembre 2010

C'est Noël !

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Je souhaite à chacun Paix, Amour, Fraternité et Santé !

Noël sur la terre - Gérard Delahaye

Noël Noël sur la Terre
Dans le regard pur d'un nouveau né
Noël Noël sur la Terre
Nous apporte la joie, l'amitié

Les bergers et les bergères
Les vagabonds et les rois
Tout le monde a l'âme légère
Quand Noël revient nous émerveiller

Mécanos et ménagères,
Tous les ramoneurs, tous les égoutiers
Dactylos et secrétaires
Tout le monde chante, tout le monde est gai

Regarder tomber la neige
Ce grand manteau blanc qui vient se poser
Sur la Terre qu'il allège
De toutes les noirceurs de l'année

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24 décembre 2010

Swap Marque-Page

  Swap Marque Page

swap_marque_page

Fin novembre, Galleane organisait sur le Forum de Livraddict, le Swap Marque Page

Le but était d'envoyer des marque pages à notre swappée.
Il fallait en offrir 7 (un pour chaque jours de la semaine). Pour cela nous pouvions les acheter, les récupérer en librairie, les réaliser sur ordinateur...
En plus nous devions réaliser un huitième et dernier MP entièrement fait main soit en le dessinant, en faisant un collage... Il n'a pas besoin d'être compliqué.

Ce Swap se fait en binôme, ma partenaire est Amethyst, voilà ce qu'elle m'a envoyée :

Tout d'abord une très jolie carte
Marque_page__2__50

Et bien sûr tous les marque-pages correspondants à mes goûts, voyez plutôt :
MP_Amethyst_30

Et dans le détail, il y a :
2 marque-pages achetés
MP3    MP4
1 marque-page magnétique
Marque_page__3_

et tous les autres faits mains :
2 recto-verso
MP1
MP2
le plus original : la queue de la baleine
MP8
la jolie sirène en perles
MP7
et pour finir les plus beaux  : 2 broderies
MP5  MP6
(cliquer sur chaque image pour l'agrandir)

Et pour voir les marque-pages que j'ai offert à Amethyst, c'est ici !

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23 décembre 2010

Paranoïd Park - Blake Nelson

Lu dans le cadre du Partenariat  Blog-O-Book et Livre de Poche

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Hachette Littératures - Septembre 2007 – 214 pages

Livre de Poche - Avril 2009 – 186 pages

Livre de Poche Jeunesse - Avril 2010 – 192 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Daniel Bismuth

Quatrième de couverture :
Bon, c'était la dernière semaine de l'été et on se trouvait dans le centre-ville quand Jared a suggéré qu'on fasse un tour à Paranoid Park, histoire de voir. Sur le coup, je n'ai rien dit. J'avais entendu parler de Paranoid, bien sûr, mais je n'avais jamais songé à y aller. Je me disais que ce n'était pas à ma portée. Mais lorsque j'ai fini par répondre que je ne pensais pas être prêt pour ça, Jared s'est marré et a répliqué un truc du style : " Personne n'est jamais prêt pour Paranoid Park. " Et c'est là que tout a commencé. Paranoid Park est l'histoire d'une innocence perdue, celle d'un jeune skater de dix-sept ans qui tue accidentellement un agent de sécurité. Un cadavre, pas de témoin. Sera-t-il capable d'affronter le monde réel et les conséquences de son acte ? Blake Nelson signe un thriller psychologique brillant autour des désarrois de l'adolescence. Paranoid Park a été adapté au cinéma par Gus Van Sant.

Auteur : Né à Portland, dans l’Oregon, Blake Nelson fait des études d’histoire à New York. Il est d’abord guitariste dans des groupes de trash metal. Puis il se consacre à l’écriture et rédige des chroniques pour un magazine. Depuis, Blake Nelson a publié onze romans, dont huit destinés aux adolescents.

Mon avis : (lu en décembre 2010)
« Paranoïd Park. C'est là que ça a commencé. » Paranoid Park est un parc mal famé de Portland où se retrouvent les meilleurs skaters de Californie et de la côte Est. Non loin de là, un jeune skateur de 17 ans est devenu meurtrier malgré lui, il s'est laissé entraîner par un jeune zonard à aller « brûler un dur », c'est à dire grimper dans un train marche alors que celui-ci roule à faible allure. Un agent de sécurité armé d’une matraque le repère et, pour se défendre, il lui donne un coup de skate sur la tête, le vigile tombe et se fait écraser par le train. Un cadavre, pas de témoin, que doit-il faire ? Appeler la police ? En parler à ses parents qui sont en train de se séparer ? Impossible. Comment doit-il assumer les conséquences de cette nuit de cauchemar ?
Le livre est écrit comme une confession à la première personne du jeune garçon, l'écriture est proche du langage parlé, il raconte non seulement les faits mais aussi les diverses émotions par lequel il passe. L'histoire est captivante car le récit nous livre peu à peu ses révélations avec parfois des rebondissements ce qui tient en haleine le lecteur du début à la fin. On a vraiment l’impression de lire le témoignage d’une aventure vécue.

Ce livre a été adapté au cinéma dans un film réalisé par Gus Van Sant avec Gabriel Nevins, Jake Miller, Daniel Liu. Je n'ai pas vu le film, mais après la lecture de ce livre, j'ai très envie de le découvrir.

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Merci à Blog-O-Book et au Livre de Poche pour m'avoir permis de découvrir ce livre.

Extrait : (page 85)
Qu'est-ce qui déconnait chez moi ? J'aurais voulu pleurer encore mais j'étais à sec. Je me suis demandé combien de temps ça allait mettre pour passer. J'ai essayé de m'imaginer dans cinq ans, ou dans dix ; est-ce que je pourrais encore marcher dans la rue ?
Encore était-ce le meilleur scénario possible. Il y avait toujours le risque de se faire poisser.
J'ai poursuivi mon chemin. J'ai observé les gens qui rentraient du boulot. Ils étaient en costume, en tenue de travail, et ils montaient dans de chouettes bagnoles. Ils trimbalaient probablement un passé – des erreurs, des mauvaises actions qu'ils avaient commises. Tel était sans doute le lot de chacun. J'ai pensé aux soldats en Irak, au Vietnam, et dans toutes les autres guerres. Eux devaient tuer des gens. Et ils devaient vivre avec ça. Tous les soldats faisaient de même depuis des siècles. Et ce n'était pas comme si le fait de tuer des gens était quelque chose d'insolite, qui n'arrivait jamais. A la télé, c'était toutes les deux minutes et demie que quelqu'un se faisait tuer. Et que faisait-on dans les jeux vidéo à part dézinguer des gens ?
Mais qu'est-ce qu'on était supposé faire avec ce poids ? Une fois qu'on l'avait sur soi ? Être un homme, tout bonnement ? Prendre sur soi, et puis voilà ? Peut-être bien. Peut-être que c'était là le vrai test. Peut-être que c'était exactement ça qui faisait de vous un homme : avoir la capacité de fonctionner tout en ayant le pire secret en tête. Ce pour quoi tant d'hommes adultes semblaient si ridicules. Ils n'avaient jamais senti ce poids. Ils n'avaient jamais senti cette responsabilité. Ils n'avaient pas passé le test, n'avaient pas fait leurs preuves ; c'étaient des petits garçons en habits d'adulte.
Comme mon père.

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22 décembre 2010

Le cinquième jour - Maud Tabachnik

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Albin Michel – février 2001 – 311 pages

Livre de Poche – janvier 2003 – 316 pages

Livre de Poche – mai 2010 – 315 pages

Quatrième de couverture :
New York. Gloria, une fillette, naïvement confiée par les siens à un visiteur occasionnel, disparaît. Une lettre, un peu plus tard, leur détaillera sa fin abominable.
Au même moment, on découvre un jeune prostitué égorgé, amputé de ses doigts et de ses parties génitales. Cependant que le jeune Albert, déficient mental léger, fait une étrange rencontre au cours d'une promenade, et disparaît à son tour... Au croisement de ces faits divers : Nichols, archiviste, père de famille, prototype du citoyen ordinaire. Nichols, qui va entamer avec Stan Levine, le flic lancé à sa poursuite, un duel que l'auteur de La Mémoire du bourreau mène implacablement jusqu'au bout de l'horreur.

Auteur : Maud Tabachnik est née le 12 novembre 1938 à Paris. Elle entreprend des études secondaires générales et commerciales, mais, après le bac et quelques hésitations, elle se décide pour la kinésithérapie dont elle sera diplômée en 1963 et qu'elle exercera pendant dix-sept ans avec une spécialisation d'ostéopathie. Elle est passionnée de lecture, de cinéma, aime la nature et les villes et adore les bêtes.
En 1983, elle part vivre en Touraine où elle commencera d'écrire sans envisager d'abord la publication. Dix ans plus tard, elle revient dans la capitale et se consacre entièrement à l'écriture.

Mon avis : (lu en décembre 2010)
C'est grâce au challenge Découvrons un auteur avec Pimprenelle, j’ai découvert l'auteur Maud Tabachnik. J’avais choisi un peu au hasard Un été pourri et cette lecture m'avais encouragée poursuivre ma découverte. J'ai choisi ce livre car il se passe à New-York.
Gloria, une fillette de 9 ans, disparaît après avoir été confié sans méfiance à un quasi inconnu, un jeune prostitué est retrouvé sauvagement assassiné, Albert, handicapé mentale, disparaît également. L'inspecteur Stan Levine va plonger dans les bas-fonds New-York pour traquer un détraqué, pervers et cannibale. L'histoire est haletante et palpitante mais je ne m'attendais pas à thriller aussi horrible, certains passages du livre sont insoutenables, il faut avoir le cœur bien accroché...
Ce n'est pas vraiment ce que je recherche dans les livres policiers, le sanglant, le summum de l'horreur me dérange et me gêne et je ne prends aucun plaisir à les lire. Bon thriller pour ceux qui aime ce genre, mais pas pour moi...

Extrait : (page 55)
Levine avait besoin de se laver les yeux et la tête, et il n'y avait rien de mieux que de marcher tôt le matin dans les rues de sa ville. Il faisait partie de ces New-Yorkais pour qui la ville était une maîtresse à la fois redoutée et adorée mais dont il ne pouvait se passer. Il disait que marcher à New-York c'était comme d'être porté sur les épaules des anges. Il ne le faisait d'ailleurs qu'ici, incapable de se balader à la campagne ou même sur une plage. Quand Sarah le traînait avec les gosses hors de Manhattan et voulait qu'il les accompagne pour une promenade de santé et de plaisir, comme elle disait, il trouvait toutes sortes de ruses pour les attendre dans un café en lisant le journal. Sarah le menaçait d'infarctus, de tension artérielle, de vieillissement précoce, mais il trouvait toujours la parade.
Ici, chaque carrefour ou presque lui évoquait un souvenir. S'il savait appartenir à New-York, il savait aussi que New York était à lui.
Quand il était jeune, les poches bourrées de pièces de dix cents qu'il avait gagnées en proposant à ses camarades de classe de les protéger des plus grands, il prenait le métro souterrain et descendait à la station 42e Rue, celle de Times Square.
Il restait le nez en l'air à lire les infos sur l'immense panneau d'affichage, s'extasiait devant le chameau de Camel qui rejetait les ronds de fumée par les naseaux, s'essayait à dégommer les pipes dans les stands de tir qui s'étaient installés là en compagnie des attractions foraines, des danseuses du ventre, de la femme à barbe et de l'homme tatoué dont la peau entièrement vert et bleu montrait sur le bras gauche et l'épaule une page de la Bible et la tête de Salomon et, sur l'autre, une carte de l'Amérique avec les premiers présidents.
A cette époque, le quartier possédait son argot, un parler de truand à moitié yiddish, une langue de clown et de clochard.
Il avait loupé l'époque la grande époque de Times Square quand les gangs irlandais, allemands et italiens, venus de Hell's Kitchen, envahissaient pacifiquement les nouveaux théâtres de Broadway et faisaient frissonner les gens de Uptown Manhattan qui venaient chercher dans les restaurants à la mode et les bars les sensations qui leur manquaient.
A présent, Times Square appartenait aux Noirs et aux Latinos depuis que Harlem avait perdu son Broadway qu'était la 125e Rue et que les musiciens noirs étaient venus s'installer downtown. Les pauvres avaient cherché un quartier pour se distraire et trouvé Times Square.

Déjà lu du même auteur : un__t__pourri Un été pourri

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21 décembre 2010

Une seconde avant Noël - Romain Sardou

Lu dans le cadre de logo_romain_sardou_logo

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XO Éditions – janvier 2005 – 298 pages

Pocket – octobre 2006 – 280 pages

Quatrième de couverture :
1851. A Cokecuttle, cité industrielle anglaise hérissées des cheminées des hauts-fourneaux couvertes de suie, Harold Gui, neuf ans, orphelin de père et de mère, survit péniblement sous les ponts en pratiquant divers petits métiers. Et pourtant...
Harold ne le sait pas encore, mais il est promis à un avenir merveilleux. Guidé par un génie invisible, il va découvrir un monde peuplé de lutins, d'arbres magiques et de rennes volants. D'extraordinaires aventures l'attendent avant de pouvoir enfin rencontrer sa destinée et devenir ce personnage à la longue barbe blanche, au costume rouge éclatant que nous connaissons tous très bien : le Père Noël...

Auteur : Issu d'une longue lignée d'artistes, Romain Sardou, né en 1974, se passionne très jeune pour l'opéra, le théâtre et la littérature. Plongé dans cette dernière passion, il abandonne le lycée avec l'intention de devenir auteur dramatique. Il suit un cours de théâtre pendant trois ans, afin de mieux saisir la mécanique des textes de scène, tout en s'attelant à de nombreux " exercices d'écriture ". Insatisfait, il compulse les classiques et les historiens en quête de sujets. Il part ensuite deux ans à Los Angeles écrire des scénarii pour enfants. Puis il rentre en France, où il se marie et publie son premier roman, Pardonnez nos offenses (XO Éditions, 2002), suivi de L'Éclat de Dieu (2004), deux romans d'aventures et de mystère en plein cœur du Moyen Age. Exploitant d'autres rivages romanesques, Romain Sardou a également publié deux contes d'inspiration dickensienne, Une seconde avant Noël (2005) et Sauver Noël (2006), ainsi qu'un thriller aux résonances contemporaines, Personne n'y échappera (2006).

Mon avis : (lu en décembre 2010)
Un joli conte autour de la magie de Noël. Au début, on croirait lire du Charles Dickens, Harold Gui pourrait être un cousin d'Oliver Twist...
L'auteur nous raconte la triste enfance d'Harold Gui dans l'Angleterre des années 1850, orphelin, exploité puis fugitif. Il est injustement condamné pour des faits qu'il n'a pas commis. Il est envoyé à la campagne dans une ferme de redressement. Il va alors faire la rencontre d'un monde d'anges et de lutins et il va découvrir, grâce à eux, quel est son fabuleux destin...

Ce livre réveille en nous notre âme d'enfant et il nous émerveille pour donner tout son sens à la fête de Noël ! C'est vraiment la meilleure période de l'année pour découvrir ce livre qui se lit très facilement et qui nous fait du bien. A découvrir !

Extrait : (début du livre)
A l'heure où débute ce récit, en cette nuit froide du jour et du mois de l'année, le 16 octobre 1851, les habitants de Cockecuttle dormaient paisiblement, abattus par leurs longues heures passées aux ateliers et aux usines.
Dans cette lointaine ville du Lancashire, la nature, les landes, les bois clairs, les pâturages herbeux étaient aussi éteints que s'ils n'avaient jamais existé ; les tours noirâtres des manufactures avaient envahi le paysage depuis longtemps. Cokecuttle était autrefois un petit village de pêcheurs ; c'était maintenant une cité industrielle sans âme, couverte par la suie, le coke des hauts fourneaux, la houille grasse, la fumée des machines. Les familles d'ouvriers y vivaient dans de sordides lotissements noyés entre les fabriques et les dépôts de charbon.
Ce soir, tout était silencieux et immobile.
Une nuit sans lune.
Pourtant.
Pourtant tout ne dormait pas dans la ville...
S'il était possible au lecteur de ce petit conte (que nous imaginons allongé dans sa chambre ou blotti sur un strapontin de métro), s'il lui était possible de se suspendre provisoirement dans les airs de Cokecuttle, oh ! pas trop haut, mais, mettons, à une cinquantaine de pieds, il pourrait visiter à la manière d'un esprit bienveillant le dessus des ruelles et des places de la ville. Là, il apercevrait dans l'éclat cuivré des becs de gaz un spectacle surprenant : en dépit de l'heure tardive, sur trois placettes, une quarantaine de garçons, âgés d'entre sept et douze ans, étaient répartis en trois équipes, sous l'autorité de trois adultes.
Le lecteur, étant assez haut pour ne rien perdre de la scène, pourrait alors se poser la question soufflée depuis quelques lignes par l'auteur : mais que se passait-il ?
Un rendez-vous annuel, et de premier ordre, voilà ce qui se passait.
« Un rendez-vous d'enfants, en pleine nuit ? »
Hélas. Il va sans dire que ces enfants n'étaient pas là pour s'amuser, mais bien pour gagner un travail... Un travail qui les sauverait de la misère.

Je participerai au prochain rendez-vous 26_janvier_comtesse_de_s_gur
 

Lu dans le cadre du Challenge Christmas - Défi Noël
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20 décembre 2010

C'est lundi ! Que lisez-vous ? [8]

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C'est le jour du rendez-vous proposé par Mallou

Qu'est-ce que j'ai lu la semaine dernière ?

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Purge - Sofi Oksanen
Une seconde avant Noël - Romain Sardou (parution du billet le 21/12)
Double faute - Lionel Shriver
Neige - Maxence Fermine (relecture)

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

Le cinquième jour - Maud Tabachnik

Que lirai-je cette semaine ?

Paranoïd Park - Blake Nelson

et d'autres livres...

Bonne semaine, bonnes lectures,
Joyeux Noël pour la fin de semaine et à lundi prochain !

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19 décembre 2010

Double faute - Lionel Shriver

Lu dans le cadre du partenariat  Livraddict et Belfond

double_faute Belfond – octobre 2010 – 444 pages

traduit de l'américain par Michèle Lévy-Bram

Quatrième de couverture :
Après Il faut qu'on parle de Kevin et La Double Vie d'Irina, Lionel Shriver passe à nouveau le couple au vitriol de sa plume impitoyable. Un roman magistral sur le pouvoir, l'ambition et le mariage, une brillante déconstruction du sentiment amoureux, pour une réinterprétation virtuose de la guerre des sexes. Un soir, à New York, lors d'un match de tennis improvisé, Willy rencontre Eric. Elle est joueuse professionnelle, battante et accrocheuse, il est tennisman dilettante mais étonnamment doué. Entre eux, c'est le coup de foudre. Ils se marient. Et les difficultés commencent. Car la douceur des débuts dans Ripper West Side fait bientôt place à la compétition. Une rivalité professionnelle et amoureuse acharnée, jusqu'à l'ultime balle de match, ce moment décisif où aucune faute n'est plus permise et où Willy aura à faire un choix crucial.

Auteur : Née en 1957 en Caroline du Nord, Lionel Shriver a fait ses études à New York. Diplômée de Columbia, elle a été professeur avant de partir parcourir le monde. Elle a notamment vécu en Israël, à Bangkok, à Nairobi et à Belfast. Après Il faut qu'on parle de Kevin (Belfond, 2006 ; J'ai lu, 2008), lauréat de l'Orange Prize en 2005, et La Double Vie d'Irina (Belfond, 2009 ; J'ai lu, 2010), Double faute est son troisième roman traduit en français. Lionel Shriver vit à Londres avec son mari, jazzman renommé.

Mon avis : (lu en décembre 2010)
Dans ce livre, il est question de tennis et d'amour. Et dès les premières phrases du livre, le lecteur est plongé dans le monde du tennis. Willy, l'héroïne de l'histoire, est sur le court, elle y fait un match et elle vient de faire un service face au soleil. C'est à cet instant qu'elle va faire la connaissance d'Eric, il est en train de l'observer jouer à travers le grillage du terrain de tennis. De cette rencontre fortuite, une passion va naître entre Willy et Eric, et rapidement ils vont se marier.
Depuis l'âge de cinq ans, Willy ne pense que tennis. A l'âge de dix-sept ans elle rencontre Max Upchurch qui accepte de l'entraîner dans son école de tennis. Elle n'a jamais été encouragé par ses parents à réussir dans cette voie, malgré cela, elle passe professionnelle tout en préparant une licence d'espagnol. Elle est fonceuse et battante, elle veut à tout prix monter dans le classement WTA.
Eric a toujours été idolâtré par ses parents, qui le voit comme le fils parfait. Il a commencé à jouer au tennis à l'âge de dix-huit ans et après son diplôme en Mathématique à l'Université de Princeton, il s'est donné deux ans pour devenir professionnel dans le tennis. Il est naturellement doué et il joue pour le plaisir que cela lui procure.

Avec ce livre, l'auteur (qui est une femme contrairement à ce pourrait faire penser son prénom) va analyser l'évolution des relations de ce jeune couple uni par la passion du tennis. Rapidement il va se créer au sein du couple une rivalité aussi bien sur les courts de tennis que dans la vie de tous les jours.

J'ai eu un peu de mal à rentrer dans cette histoire où le tennis est omniprésent, nous avons droit à de longues descriptions d'échanges de balles, de séances d'entrainements... J'aime regarder un match de tennis à la télévision, mais sans image, c'est vite rébarbatif ! Les personnages de Willy et Eric ne sont pas vraiment attachants, mais plutôt agaçants. Willy devient touchante dans les toutes dernières pages. J'ai donc un avis mitigé sur ce livre, l'histoire est intéressante, en particulier pour ceux qui connaissent un peu le tennis, mais j'ai trouvé certains passages un peu long.

Merci aux Éditions Belfond et à Livraddict de m'avoir permis de découvrir ce livre. Et en bonus pour ce partenariat, le livre précédent de Lionel Shriver, La double vie d'Irina, qui sortait en Livre de Poche, nous a été envoyé. Je le lirai donc prochainement.

Extrait : (début du livre)
La balle, en apesanteur, se figea au sommet de sa course. Servie face au soleil, elle l'éclipsa exactement. Willy laissa retomber son bras derrière son dos. La couronne flamboyante s'imprima sur sa rétine, un cercle de feu qui lui ferait jouer le reste du point en aveugle.
Clac. La gêne devait être négligeable, car la balle tomba pile dans le carré de service avant de poursuivre, en toute intégrité, sa véloce trajectoire pour se ficher, bing, dans un losange du grillage. Randy lutta pour l'extraire. Ça l'occupait.
Willy cligna des yeux. « Ne jamais regarder le soleil », lui ressassait-on quand elle était enfant. Typique de ses parents. « Ne pas regarder la gloire en face, s'effaroucher devant la beauté du métal en fusion. » Comme si, soi-même, on pouvait fondre.
Un froissement de feuilles à sa gauche, derrière le grillage, attira son attention. Le cercle de feu inscrit dans son champ de vision révéla le visage de l'inconnu dans une auréole pourpre, comme désigné à son attention par un marqueur violet. Ses doigts s'agrippaient au fil de fer galvanisé. Il avait des yeux avides et un sourire retors, d'une patience troublante, comme celui du lion nonchalant qui, à l'ombre, attend toute la journée que son repas passe à proximité. Ce dégingandé était jeune, avec un front qui tendait à se dégarnir. Il était trop blanc pour faire partie des résidents du Harlem voisin, ces garçons qui récupéraient les balles perdues pour jouer au stick-ball. Il avait, sans nul doute, fouillé les fourrés à la recherche de la sienne, puis il s'était arrêté pour la regarder jouer.

Livre 31/35 pour le Challenge du 5% littéraire 1pourcent2010

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17 décembre 2010

Autour de Maigret

Partenariat Livre de Poche

Vous avez déjà rencontré le commissaire Maigret à travers vos lectures, ou vous en avez une certaine image, que vous incarnerez, en photo.
A vous de jouer !

ban_partenaire_maigret2

Le Livre de Poche organise un Concours-photos jusqu'au 31 janvier 2011
pour plus d'information  aller voir le site :

Maigret vous l'avez forcément croisé quelque part...

J'ai lu Maigret :
le_chien_jaune_p  Le chien jaune – Georges Simenon

maigret_et_le_clochard_p_2000 Maigret et le clochard – Georges Simenon 


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15 décembre 2010

Purge - Sofi Oksanen

purge_prixfemina_etranger Stock – août 2010 – 408 pages

traduit du finnois par Sébastien Cagnoli

Prix Fémina étranger 2010

Quatrième de couverture :
« Un vrai chef-d’oeuvre. Une merveille. J’espère que tous les lecteurs du monde, les vrais, liront Purge. »
Nancy Huston

En 1992, l’union soviétique s’effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes.
Ainsi, lorsqu’elle trouve Zara dans son jardin, une jeune femme qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte. Ces deux femmes vont faire connaissance, et un lourd secret de famille va se révéler, en lien avec le passé de l’occupation soviétique et l’amour qu’Aliide a ressenti pour Hans, un résistant. La vieille dame va alors décider de protéger Zara jusqu’au bout, quel qu’en soit le prix.

Auteur : Sofi Oksanen est née en Finlande en 1977, d’une mère estonienne et d’un père finlandais. Elle est devenue en trois romans et quelques pièces de théâtre un personnage incontournable de la scène littéraire finlandaise. Purge a marqué la consécration de l’auteur, qui a reçu en 2008 l’ensemble des prix littéraires du pays, mais le roman a également enrichi le débat historiographique sur cette période de l’occupation soviétique.

Mon avis : (lu en décembre 2010)
Ce livre nous raconte l'histoire d'un pays l'Estonie, à travers le destin de deux femmes. L'auteur, Sofi Oksanen est née d'un père finlandais et d'une mère estonienne.
En 1992, l'Estonie est indépendante depuis peu, Aliide est une vieille Estonienne qui vit seule dans une ferme isolée. Un matin, elle trouve Zara dans son jardin. Elle est apeurée et dans un triste état.
Peu après la chute de l'URSS, Zara a quitté Vladivostok, elle espère gagner de l'argent à l'Ouest, et elle se laisse entraîner à Berlin et se trouve piégée par une filière de prostitution.
Aliide a elle-aussi subit des violences morales et physiques durant la Seconde Guerre Mondiale. Sa rencontre avec Zara va réveiller en elle de vieux souvenirs et secrets qu'elle avait voulu oublier. Après un temps d'observation, elles vont chacune à leur tour s'avouer mutuellement les violences et les humiliations qu'elles ont subies. Certains passages sont crus et aucun détail nous est épargné...
Au début du livre, une carte nous permet de situer les lieux évoqués dans le livre, à la fin, une chronologie de l'histoire de l'Estonie permet au lecteur de mieux se repérer. C'est bien utile.
L'histoire de ces deux femmes est comparable à celle de l'Estonie qui a subit, en 1939, l'occupation de l'Armée rouge, puis en 1941, celle des Allemands, en 1944, l'Estonie est reprise par les Russes et enfin elle obtient son indépendance le 19 août 1991. Un livre fort et poignant à découvrir !

Extrait : (page 16)
1992, ESTONIE OCCIDENTALE
C’est toujours la mouche qui gagne Aliide Truu fixait une mouche du regard et la mouche la fixait aussi. Elle avait des yeux globuleux et Aliide en avait la nausée. Une mouche à viande. Exceptionnellement grosse, bruyante, et qui ne demandait qu’à pondre. Elle guettait pour aller dans la cuisine et se frottait les ailes et les pattes, sur le rideau de la chambre, comme si elle s’apprêtait à passer à table. Elle était en quête de viande, de viande et rien d’autre. Les confitures et autres conserves ne craignaient rien, mais la viande… La porte de la cuisine était fermée. La mouche attendait. Elle attendait qu’Aliide se lasse de la traquer dans la chambre et qu’elle sorte, qu’elle ouvre la porte de la cuisine. La tapette fouetta le rideau de la chambre. Le rideau ondula, chiffonnant les fleurs de dentelle et dévoilant furtivement les oeillets d’hiver derrière la fenêtre, mais la mouche se déroba et alla déambuler sur la vitre à une bonne distance au-dessus de la tête d’Aliide. Du calme ! Elle en avait besoin, maintenant, pour garder la main ferme. La mouche avait réveillé Aliide ce matin-là en se promenant tranquillement sur ses rides comme sur une route nationale, l’asticotant avec impertinence. Aliide avait arraché sa couverture et s’était empressée de fermer la porte de la cuisine avant que la mouche ne parvienne à s’y glisser. Qu’est-ce qu’elle était bête. Bête et méchante. La main d’Aliide agrippa le manche de bois de la tapette lustré par l’usure, et elle frappa de nouveau. Le cuir craquelé de la tapette heurta la vitre, la vitre vibra, les anneaux cliquetèrent et la corde de coton servant de tringle fléchit derrière le cache-tringle, mais la mouche narquoise prit encore la tangente. Bien qu’Aliide tentât depuis une bonne heure de lui régler son compte, la mouche était sortie victorieuse de chaque round, et elle voletait maintenant au ras du plafond en bourdonnant grassement. Une mouche à viande dégueulasse, élevée dans une fosse à ordures. Elle finirait quand même par l’avoir. Elle allait se reposer un peu, la liquider, et puis se consacrer à écouter la radio et faire des conserves. Les framboises l’attendaient, et les tomates, les tomates mûres et juteuses.
Cette année, la récolte avait été particulièrement bonne. Aliide rajusta les rideaux. La cour pluvieuse dégoulinait de gris, les branches mouillées des bouleaux frémissaient, les feuilles ratatinées par la pluie, les herbes oscillaient et de leurs pointes suintaient des gouttelettes. Et dessous, il y avait quelque chose. Un ballot. Aliide s’abrita derrière le rideau. Elle jeta un œil à l’extérieur, tira le rideau de dentelle devant elle pour qu’on ne la voie pas de la cour, et retint son souffle. Ses yeux passèrent outre les pâtés de mouches sur la vitre et se concentrèrent sur le gazon au pied du bouleau fendu par la foudre. Le ballot ne bougeait pas et il n’avait rien de spécial à part sa taille.
L’été dernier, sur ce même bouleau, la voisine Aino avait été témoin d’un phénomène lumineux tandis qu’elle se rendait chez Aliide, du coup elle n’avait pas osé aller jusqu’au bout, elle avait rebroussé chemin et téléphoné à Aliide pour lui demander si tout allait bien chez elle, s’il n’y avait pas un ovni dans sa cour. Aliide n’avait rien remarqué d’anormal, mais Aino était certaine qu’il y avait des ovnis devant la maison d’Aliide, exactement comme chez Meelis. Depuis, Meelis ne parlait plus que d’ovnis. Le ballot avait quand même l’air d’être de ce monde, assombri par la pluie, il se fondait dans le terrain, il était de taille humaine. Peut-être un des poivrots du village s’était-il endormi dans sa cour. Mais Aliide n’aurait-elle pas entendu, si on avait fait du vacarme sous sa fenêtre ? Elle avait l’ouïe fine, Aliide. Elle sentait l’odeur de la vinasse à travers les murs. Récemment, une bande de poivrots du voisinage était passée devant chez elle avec un tracteur et de l’essence volée, et ce bruit n’avait pas pu passer inaperçu. À plusieurs reprises, ils avaient traversé le fossé et quasiment arraché la clôture d’Aliide. Ici, il n’y avait plus que des ovnis, des vieux et une horde de voyous mal dégrossis. Plus d’une fois, la voisine Aino avait débarqué chez elle au milieu de la nuit, quand les garçons devenaient violents. Aino savait qu’Aliide n’avait pas peur des garçons et qu’elle leur tiendrait tête en cas de besoin.

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
voisin_voisine
Finlande / Estonie

Livre 30/35 pour le Challenge du 5% littéraire 1pourcent2010

Lu dans le cadre du Challenge Viking Lit' Viking_Lit

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