Lu dans le cadre de Découvrons un auteur chez Pimprenelle

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Viviane Hamy – mars 1994 – 290 pages

J'ai lu – juillet 2000 – 287 pages

Quatrième de couverture :
Le thermomètre s'est envolé. Boston suffoque sous la canicule. La nuit, quand les habitants aspirent à un peu de fraîcheur, un tueur en série rôde. Ses victimes ? Des hommes, qu'il égorge et émascule. Ni traces, ni témoins. La presse s'empare de l'affaire. Le maire, en pleine campagne électorale, fait pression : il faut trouver le coupable, et vite. Mais les flics patinent. Chargé du dossier, l'inspecteur Sam Goodman n'a aucune piste. Il avait déjà suffisamment de problèmes entre sa mamma juive et les femmes qui perturbent sa vie ! Une journaliste spécialisée dans les affaires criminelles, Sandra Khan, mène l'enquête de son côté. Avec, très rapidement, une longueur d'avance sur Sam. Comme si elle en savait beaucoup plus qu'elle ne voulait le dire... Que cherche-t-elle au juste ?


Auteur : Maud Tabachnik est née le 12 novembre 1938 à Paris. Elle entreprend des études secondaires générales et commerciales, mais, après le bac et quelques hésitations, elle se décide pour la kinésithérapie dont elle sera diplômée en 1963 et qu'elle exercera pendant dix-sept ans avec une spécialisation d'ostéopathie. Elle est passionnée de lecture, de cinéma, aime la nature et les villes et adore les bêtes.
En 1983, elle part vivre en Touraine où elle commencera d'écrire sans envisager d'abord la publication. Dix ans plus tard, elle revient dans la capitale et se consacre entièrement à l'écriture.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
Grâce au challenge Découvrons un auteur avec Pimprenelle, j’ai pu lire pour la première fois un livre de Maud Tabachnik. J’ai choisi un peu au hasard ce livre à la bibliothèque et j'ai découvert qu'il faisait parti de ses tous premiers romans.   
L’action se situe à Boston, c’est la canicule. En l’espace de quelques jours, deux hommes sont retrouvés égorgés et émasculés. C’est Sam Goodman qui va mener l’enquête mais aucune piste ne se présente, il est également sollicité par la presse en la personne de Sandra Khan, chroniqueuse judiciaire et  le journaliste Thomas Herman. Le tueur va encore frapper...
Dès le début du livre, le lecteur découvre plusieurs personnages qui vont finir par se croiser et avoir des liens communs. Le lecteur est conduit sur des fausses pistes et petit à petit il découvre une conclusion surprenante...
J’ai globalement bien aimé ce roman policier plutôt original. Certains passages avec descriptions précises «sexuelles» m’ont un peu gênée, car ils n’apportent rien de plus à l’intrigue… Après cette première lecture de Maud Tabachnik, je ne compte pas en rester là... et j'attends vos suggestions pour découvrir un nouveau livre !

Extrait : (début du livre)

— Ce gouvernement de merde devrait bien s'occuper de cette foutue canicule ! grinça Mort en tordant sa bouche vers le barman qui ne releva pas la tête de son comptoir.

Ce genre de boniments il en avait les oreilles cassées depuis le début de la semaine.

Exactement depuis mardi où le thermomètre était monté à 98° Fahrenheit.

Comme si les gens n'avaient pas d'autres soucis que le climat.

Pour le moment celui du barman était ses pieds qu'il ne savait plus comment chausser.

Quatorze heures debout derrière son zinc à remplir les verres et à subir les plaisanteries éculées des assoiffés du quartier.

Mort Newman commanda une, troisième bière que le loufiat, lui servit en le regardant de travers.

Il détestait ce genre de crado en tricot de corps douteux qui faisait fuir les bons clients.

C'était la climatisation qui les attirait dans son bar. Faut dire qu'elle marchait à fond.

Mort Newman avala sa bière et rota en rigolant vers son voisin. An, moment, où il glissait une pièce dans, le distributeur de cacahuètes son œil fut attiré, par une femme qui entrait.

Elle était fraîche et gracieuse et Mort la reconnut. Il la croisait parfois le matin quand il venait chercher son camion de nettoiement.

Elle était toujours seule et regardait droit devant elle. Elle avait une démarche de danseuse qui aurait un problème à la colonne vertébrale.

Mort la trouvait à son goût mais n'avait jamais osé l'aborder.

Depuis deux ans qu'il était à Boston il s'était contenté d'étreintes tarifées avec des filles bon marché.

Il n'avait jamais emmené personne dans son taudis.

Elle commanda une eau minérale et un jeton de téléphone et s'enferma dans la cabine.

Elle paraissait totalement indifférente aux regards des hommes qui la reluquaient.

Elle parla un court moment et ressortit en refermant soigneusement la porte derrière elle.

Elle partit sans toucher à son verre et en ignorant ostensiblement l'assemblée.

Mort se leva et la suivit en lançant une remarque salace à son voisin qui ricana en hochant la tête.

En passant devant une glace il ramena en arrière ses cheveux collés par la sueur et remonta son pantalon en tentant d'effacer son ventre.

La fille se dirigea vers le centre. Elle avait un dos de nageuse et des fesses fermes dans sa robe de cotonnade. Sa légère claudication n'ôtait rien à son charme et Mort se sentit bander. Sa silhouette faisait se retourner les hommes, mais elle ne s'en préoccupait pas. Il y avait comme une tension dans tous ses gestes.

Mort la rattrapa à un feu rouge sur Berkeley Street et son regard s'attarda sans vergogne sur sa poitrine tendue et le creux de son ventre.

L’un suivant l'autre, ils atteignirent des petites rues calmes que Mort savait mener vers les jardins publics de Boston.

Ils marchaient à présent dans le quartier des grossistes qui à cette heure étaient tous fermés.

Des entrepôts aux façades de briques rouge terne où grimpaient des escaliers de secours bordaient les .deux côtés de la rue.

Leurs pas décalés résonnaient sur le pavé et la fille avait déjà fait mine de jeter des coups d'œil derrière elle sans aller jusqu'au bout de son geste.

Mort s'amusait de sa nervosité et décida de l'aborder avant qu'elle ne soit trop inquiète.

Il accéléra, remontant encore une fois, son pantalon regrettant de ne pas avoir enfilé de chemise.

Il avait son baratin tout prêt

— Excusez, mademoiselle, commença-t-il, mais je crois qu'on se connaît.

Elle continua de marcher sans le regarder, mais sans précipiter son pas.

— Eh, je vous parle! je vous croise le matin quand vous partez travailler.

Elle s'arrêta et le fixa, et Mort put voir le dégoût qu'il lui inspirait:

— Oui et alors ?

Elle avait une voix froide, dépourvue d'émotion, et Mort comprit qu'il s'était trompé. Elle n'avait pas peur de lui.

— Ben, rien. J'vous ai vue entrer dans le bar .et j'me suis dit qu’j’pourrais bien vous faire un brin de causette. Vous travaillez où ? et comme elle ne répondait pas, il mentit. Moi je suis chef électricien, je vous vois presque tous les matins, toujours toute seule, et j'me suis dit qu'c'était bien triste une jolie fille comme ça qu'avait pas de galant. Là vous me voyez en négligé parce que je rentre du travail, mais je sais aussi faire le beau.

Il souriait avantageusement, bien qu'il se sentît mal à l'aise. Pendant tout son discours la fille l'avait écouté sans paraître le voir, et Mort était décontenancé. Il n'avait pas l'habitude de ce genre de fille et comprit qu'elle n'était pas sa pointure.

Cette frustration le mit en colère et il eut brusquement envie de la forcer. Il fit une dernière tentative.

— Alors, on va boire un verre quelque part?

Mais en le proposant il sut que c'était fichu. Jamais la fille ne lui céderait.

Sa fureur monta d'autant plus vite qu'elle était alimentée par les litres de bière ingurgités depuis

le mâtin. Il lui attrapa le bras mais elle se dégagea aussitôt.

— Lâchez-moi, espèce d'ivrogne!

C'était une injonction, rien d'autre, et ce ton de mépris rendit Mort fou furieux.

Cette pétasse la ramenait vraiment trop. Pourtant il était certain que comme les autres elle adorerait se faire ramoner.

— Dis donc, toi, grogna-t-il, t'arrêtes de faire ta mijaurée ?

Foutez-moi la paix, dit-elle la voix terne, VOUS puez! Vous me rencontrez peut-être, mais ça ne vous donne aucun droit sur moi.

Mort rigola. Évidemment, le fait qu'elle travaille dans le coin, il s'en tapait! Mais ça ne l'empêchait pas d'être bandante!

Il la colla brutalement contre le mur et ses mains s'accrochèrent à ses seins.

— Laisse-toi faire ma jolie, y'a personne dans c'te putain de rue, et t'as vraiment le plus joli cul qu'on puisse voir!

Elle se débattait en silence, l'expression tordue de dégoût, cherchant à échapper à la bouche malodorante, au sexe durci pressé contre le sien.

Elle le repoussa une fois, avec la seule force des bras, et Mort recula devant la .haine qui défigurait le visage si joli de la fille.

— Ben toi, ma salope, va falloir te mater ! gronda-t-il en l'immobilisant.

Mais elle se dégagea et le frappa violemment à la base du nez. Il en vit trente-six chandelles et perdit la tête.

Il se jeta sur elle les bras levés, décidé à la tabasser de ses lourds poings d'homme habitué aux durs travaux.

Elle esquiva d'un brusque retrait du buste, mais trébucha sur ses talons.

Il l'empoigna en l'insultant salement, hors de lui qu'une fille le frappe, lui qui dans sa jeunesse faisait plier les jarrets des jeunes taureaux.

Ses mains se rapprochèrent de la gorge de la fille et il crocha ses doigts autour de son cou, s'appuyant: de tout son poids sur elle pour l'empêcher d’atteindre avec ses genoux.

Ils se battaient comme deux, voyons, cherch.ant se faire le plus mal possible mais Mort sentit, qu’elle faiblissait sous l'étouffement.

Il accentuait sa pression quand il sentit sa tête tirée en arrière par les cheveux.

— La salope ! ragea-t-il. Je vais la tuer !

Soudain il ne pensa plus. Quelque chose venait de se passer dans sa gorge.

Un froid abominable, coupant et glacé qui le prit sous les mâchoires.

Il eut une fraction de seconde l'impression folle de tomber dans un vide si noir et si profond qu’il bascula sur le côté.

Il mourut sans savoir comment.