Livre lu dans le cadre du Partenariat spécial Jeunesse
avec
Blog-O-Book et les Éditions Naïve

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Etranger___Berlin___Paul_Dowswell Naïve – août 2009 - 429 pages

traduit de l’anglais par Nathalie Peronny

Présentation de l'éditeur :
Le garçon sortit une boîte d'allumettes pour en craquer une. A la lueur vacillante de la flamme, une porte fermée apparut. La clé était suspendue à côté à un clou, au bout d'un ruban rouge. Il trifouilla quelques secondes dans la serrure, et la porte s'ouvrit. Un courant d'air glacé envahit la contre-allée. Les jeunes franchirent l'ouverture pour se retrouver dans ce qui se révéla être une petite cour sordide baignée par le clair de lune. Des herbes folles poussaient entre les pavés fendus et dans les craquelures des murs en brique. Il y avait des latrines en plein air, plusieurs caisses, trois poubelles remplies à ras bord et une minuscule porte en bois. Quelqu'un actionna la poignée frénétiquement - fermé à clé. Dans leur dos explosaient des cris, des bruits de tables et de chaises fracassées. Les jeunes qui s'étaient laissé piéger au moment de la ruée vers la sortie résistaient en se battant. Des filles hurlaient. " C'est le mur ou rien ", déclara Peter.

Quand ses parents meurent, en 1941, Piotr, jeune garçon polonais, est placé dans un orphelinat à Varsovie. Il est rapidement repéré : sa grande taille, ses cheveux blonds et ses yeux bleus font de lui un modèle accompli du type aryen prôné par Hitler...
Un haut dignitaire nazi souhaite l'adopter : Piotr, rebaptisé Peter, est accueilli dans sa nouvelle famille à Berlin. Mais Peter sent bien que pour les autres, il reste un étranger. Tous ses efforts tendent à convaincre son entourage du contraire, quitte à faire parfois quelques compromis ... C'est alors qu'il rencontre Lena... et qu'il découvre grâce à elle le vrai visage du nazisme. Il est temps pour lui de choisir son camp. Et de prendre des risques...

Un roman d'aventures qui pose la délicate question de l'engagement.

Auteur : D’abord chercheur, puis éditeur, Paul Dowswell est l’auteur d’une cinquantaine de livres, dont certains sont traduits dans le monde entier. Deux de ses livres ont figuré sur les listes finales des sélections du Blue Peter Book Award, célèbre prix consacré à la littérature jeunesse.

Mon avis : (lu en mai 2010)
Ce livre est un superbe roman destiné aussi bien aux adolescents (à partir de 14 ans) qu'aux adultes. Il a été construit autour de faits historiques, l'auteur nous plonge au cœur du Reich de 1941 à 1943.
En 1941, Piotr est un jeune orphelin polonais de 13 ans. Il est de type aryen « On dirait le gamin de l'affiche de la Hitlerjugend ». Rebaptisé Peter, il va être adopté par un couple de Berlin, les Kaltenbach, qui ont également trois filles. Au début, il est content d'avoir une belle chambre et d'être bien nourri, il va tout faire pour oublier lui-même et aux autres ses origines polonaises. Il entre chez les Hitlerjugend mais il garde cependant son esprit critique et peu à peu il réalise l'absurdité et la cruauté du national-socialisme. Il découvre également la réalité du travail du professeur Kaltenbach à l'Institut scientifique.
Peter va rencontrer Lena et tomber amoureux, sa famille est appréciée et respectée par le Parti, mais ce n'est qu'une apparence car ce sont des opposants qui viennent en aide à des familles juives qui se cachent. Peter va choisir son camp et sa guerre.

Piotr ou Peter est un personnage très attachant, son parcours est original et malgré son jeune âge il ne va pas subir les évènements mais il aura une vrai prise de conscience sur la réalité du régime hitlérien.

L'histoire est passionnante et captivante, nous découvrons l'Allemagne de l'intérieur, l'endoctrinement des jeunes, les menaces d'être dénoncé à la Gestapo pour des faits anodins, mais aussi la résistance interne : l'existence de caves secrètes où l'on écoute du jazz mais aussi ceux qui prennent le risque d'aider des familles juives à se cacher...

Ce livre est un superbe roman historique à lire et à faire lire.

Avis du Fiston (15 ans) : Même si le sujet du livre n'est pas facile, il se lit assez facilement. Dès le début, j'ai été pris par l'histoire de Peter. J'ai beaucoup apprécié de suivre la vie de tous les jours et les activités d'un garçon de mon âge dans le contexte historique de la Seconde Guerre Mondiale côté allemand. Ce livre m'a appris beaucoup de choses sur la guerre de 1939-1945 que je n'avais jamais vu en cours d'Histoire.

Merci à Blog-O-Book et aux Éditions Naïve pour nous avoir permis de découvrir ce remarquable roman dans le cadre de ce Partenariat spécial Jeunesse.

Extrait : (début du livre)
Varsovie
2 août 1941
Piotr Bruck grelottait en attendant son tour avec une vingtaine d'autres garçons dénudés dans le long couloir exposé aux courants d'air. Il avait maladroitement roulé ses vêtements en boule et les pressait contre sa poitrine pour se tenir chaud. Le ciel était couvert, en cette journée d'été, et la pluie tombait sans discontinuer depuis le petit matin. Le jeune garçon maigre qui se tenait juste devant lui avait la chair de poule jusqu'aux épaules. Lui aussi tremblait, de froid ou de peur. A l'extrémité de la file d'attente se trouvaient deux hommes en blouse blanche assis à une table. Ils examinaient brièvement chacun des garçons à l'aide d'instruments étranges. Certains étaient ensuite envoyés vers une pièce située à gauche de la table. D'autres, sans plus d'explications, étaient dirigés vers la porte de droite.
Piotr, comme le reste du groupe, avait reçu l'ordre de se taire et de ne pas regarder autour de lui. Il s'efforçait donc de garder les yeux rivés droit devant. La peur qui l'habitait était si forte qu'il se sentait presque détaché de son propre corps. Le moindre mouvement lui semblait foncé, artificiel. Le seul détail qui le ramenait à la réalité était sa vessie douloureuse. Piotr savait qu'il était inutile de demander la permission d'aller aux toilettes. Quand les soldats avaient débarqué à l'orphelinat pour arracher les garçons de leurs lits et les entasser dans une camionnette, il leur avait déjà demandé. Mais cela lui avait uniquement valu une gifle au-dessus de l'oreille pour avoir osé parler sans autorisation.

Ces hommes étaient déjà passés une première fois à l'orphelinat deux semaines auparavant. Depuis, ils étaient revenus souvent. Ils emmenaient parfois des garçons, parfois des filles. Dans le dortoir surpeuplé de Piotr, certains se réjouissaient de ces départs à répétition. « Ça nous laisse plus à manger, plus de place pour dormir, où est le problème ? » avait déclaré l'un de ses voisins de lit. Seuls quelques-uns en revenaient chaque fois. Les rares qui acceptaient de parler révélaient du bout des lèvres qu'on les avait mesurés et pris en photo.

Un peu plus loin, au fond du couloir, se tenait un petit groupe de soldats en uniforme noir – celui orné d'insignes en forme d'éclairs au niveau du col. Certains avaient des chiens, de féroces bergers allemands tirant avec nervosité sur les chaînes qui leur servaient de laisses. Piotr avait déjà vu des hommes de ce genre. Ils étaient venus dans son village pendant les combats. Lui-même avait vu de ses yeux de quoi ils étaient capables.

Un autre homme les observait. Il portait le même insigne en forme d'éclair que les soldats, mais épinglé à la poche-poitrine de sa blouse blanche. Il se tenait juste devant Piotr, grand, impressionnant, les mains derrière le dos, à superviser l'étrange procédure. Au bout d'un moment, il se retourna et Piotr vit qu'il était équipé d'un petit fouet d'équitation. Ses cheveux sombres et raides lui retombaient mollement sur le sommet du crâne, mais il était rasé sur les côtés, à l'allemande, sept ou huit bons centimètres au-dessus des oreilles.

A mesure que les garçons défilaient, il les observait derrière ses lunettes cerclées de noir et marquait son refus ou son approbation d'un simple signe de tête. La plupart des candidats étaient blonds, comme Piotr, mais certains avaient les cheveux légèrement plus foncés.