Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
A propos de livres...
Publicité
11 février 2010

Ce que je sais de Vera Candida – Véronique Ovaldé

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (10/26)

ce_que_je_sais_de_Vera_Candida Éditions de l'Olivier – août 2009 – 292 pages

Présentation de l'éditeur :

Quelque part dans une Amérique du Sud imaginaire, trois femmes d'une même lignée semblent promises au même destin : enfanter une fille et ne pouvoir jamais révéler le nom du père. Elles se nomment Rose, Violette et Vera Candida. Elles sont toutes éprises de liberté mais enclines à la mélancolie, téméraires mais sujettes aux fatalités propres à leur sexe. Parmi elles, seule Vera Candida ose penser qu'un destin, cela se brise. Elle fuit l'île de Vatapuna dès sa quinzième année et part pour Lahomeria, où elle rêve d'une vie sans passé. Un certain Itxaga, journaliste à L'Indépendant, va grandement bouleverser cet espoir. Un ton d'une vitalité inouïe, un rythme proprement effréné et une écriture enchantée. C'est ce qu'il fallait pour donner à cette fable la portée d'une histoire universelle : l'histoire des femmes avec leurs hommes, des femmes avec leurs enfants. L'histoire de l'amour en somme, déplacée dans l'univers d'un conte tropical, où Véronique Ovaldé a rassemblé tous les thèmes - et les êtres - qui lui sont chers.

Auteur : Née en 1972, après le bac, direction l'école Estienne où Véronique Ovaldé passe un BTS édition, une façon comme une autre d'entrer dans le milieu littéraire lorsque l'on ne fait pas partie de ce cercle très fermé. Elle reprend des études de lettres par correspondance, travaille comme chef de fabrication et publie en 2000 un premier roman, 'Le Sommeil des poissons'. En 2002, elle signe, avec 'Toutes choses scintillant', une seconde œuvre remarquée. Elle publie en 2005 'Déloger l'animal', une œuvre incontournable de la rentrée littéraire. Dans son roman à la fois sombre et merveilleux 'Et mon cœur transparent' sorti en 2007, Véronique Ovaldé réussit de nouveau à créer un univers singulier.

Mon avis : (lu en février 2010)

Encore un livre que j'ai découvert ainsi que son auteur avec l'émission La Grande Librairie sur France 5. Un livre vraiment facile à lire et dépaysant. Les personnages féminins que sont Rose, Violette, Vera Candida évoluent dans une île exotique apaisante d'Amérique du sud, Vatapuna mais chacune d'elles vont subir la violence des hommes. Chacune va enfanter seule une fille tout en refusant de dire qui est le père. Après le prologue qui nous conte le retour de Vera Candida à Vatapuna, nous découvrons Rose, la prostituée de l'île, elle a 40 ans et elle décide d'arrêter ce métier et de devenir pêcheur de poisson-volant. Elle va rencontrer Jeronimo un homme plutôt détestable, va-t-elle vraiment l'aimer ? Elle va mettre au monde Violette une petite fille différente et retourner vivre dans sa cabane au bord de la plage. A l'âge de 15 ans, Violette tombe enceinte et naît alors Vera Candida. Pour rompre avec son hérédité maudite, Vera Candida fuira son île à l'âge de quinze ans pour Lahomeria. Loin de l'île, elle mettra au monde sa fille Monica Rose et rencontrera Itxaga un journaliste qui va l'aimer. Vera Candida est très attachante, elle est pleine de courage et de force pour tenter de briser la malédiction de sa famille.

J'ai trouvé cette lecture très agréable, j'ai été porté par le décor exotique de ce pays imaginaire, les personnages haut en couleurs... Un beau livre à découvrir !

Extrait : (début du livre)

PROLOGUE

Le retour de la femme jaguar

Quand on lui apprend qu’elle va mourir dans six mois, Vera Candida abandonne tout pour retourner à Vatapuna. Elle sait qu’il lui faut retrouver la petite cabane au bord de la mer, s’asseoir sur le tabouret dehors et respirer l’odeur des jacarandas mêlée à celle, plus intime, plus vivante, si vivante qu’on en sent déjà poindre la fin, celle pourrissante et douce de l’iode qui sature l’atmosphère de Vatapuna. Elle se voit déjà, les chevilles sur le bord d’une caisse, les mains croisées sur le ventre, le dos si étroitement collé aux planches qu’il en épousera la moindre écharde, le moindre noeud, le plus infime des poinçons des termites géantes.

Tout au long du voyage en minibus qui l’emmène du port de Nuatu jusqu’à Vatapuna, Vera Candida somnole en goûtant à l’avance la lenteur du temps tel qu’il passe à Vatapuna. Vera Candida sait qu’en revenant à Vatapuna, elle récupérera son horloge. Celle qui ne ment jamais, qui ne fait pas disparaître comme par un enchantement malin les heures pleines, celle qui ne dévore rien et égrène avec précision, et une impartialité réconfortante, les minutes, qu’elles soient les dernières ou qu’elles ponctuent une vie encore inestimablement longue.

Il y a longtemps de cela, Vera Candida a perdu son horloge. C’est arrivé quand elle a quitté Vatapuna vingt-quatre ans auparavant. Elle avait pris dans le sens inverse le même minibus que celui-ci – moins rouillé sans doute, moins rafistolé avec des tendeurs et du gros scotch noir, moins bringuebalant et bruyant, moins sale, la route n’était pas encore visible sous les pieds quand on soulevait le tapis de sol, les pneus étaient moins lisses, mais le chauffeur était le même, des grigris jumeaux se balançaient au rétroviseur, juste empoussiérés maintenant et plus ternes, la radio diffusait déjà une soupe inaudible et criaillante, une sorte de continu crachotement de sorcière.

Vera Candida est seule dans le minibus, elle n’a plus de bébé dans le ventre, mais quelque chose de moins étranger et de plus destructeur, et elle n’a plus quinze ans.

Terminus, gueule le chauffeur.

Vera Candida s’empare de son sac à dos, elle le glisse sur ses épaules, les sangles lui blessent la peau, elle grimace, se dit, C’est ainsi que je sais que je faiblis, le type la regarde descendre, il se penche vers elle quand elle est sur la chaussée:

Je vous connais? lance-t-il.

Elle se retourne et le fixe. Il paraît gêné. Il dit : Je croyais que je vous connaissais. Mais je vois tellement de gens.

Il fait un geste rond qui englobe la rue et les alentours déserts.

Vous ne pouvez pas me connaître, répond-elle. Elle sourit pour ne pas paraître trop abrupte. Elle sait quelle impression elle peut produire; elle a trente-neuf ans, à cet âge on sait quelle impression on produit sur ses contemporains. Elle devine le malaise du chauffeur, Vera Candida a le regard azur et féroce, ce qui coïncide mal. Elle a, depuis qu’elle est née, toujours gardé les sourcils froncés. Il y a des gens qui ne regardent jamais leur interlocuteur dans les yeux mais juste au-dessus, sur le point le plus bas du front, et ce décalage crée un trouble indéfinissable. Vera Candida a ce genre de regard, c’est comme un muscle de son visage qui serait toujours crispé, une malformation congénitale, impossible d’avoir l’air doux et attendri. Déjà minuscule, Vera Candida ne lâchait personne avec sa scrutation, elle semblait percer chacun à jour – sans que cela fût vrai d’ailleurs, Vera Candida n’avait pas ce pouvoir, elle ne faisait que fixer les gens comme l’aurait fait un bébé jaguar. Et on n’avait qu’une envie, c’était de décamper le plus vite possible.

Le chauffeur referme la porte coulissante et démarre.

Vera Candida pose son sac, elle respire l’odeur des palétuviers, la poussière de la route, le gasoil, et les effluves du matin caraïbe – le ragoût et les beignets –, elle perçoit le jacassement des télés et des radios par les fenêtres ouvertes – il doit être sept heures sept heures trente, estime-t-elle –, le ressac de la mer en arrière-plan, un chuintement discret, elle reprend son sac et traverse le village, se dirige vers la cabane qu’elle a quittée vingt-quatre ans auparavant.

Il y a un snack à la place.

Une baraque en tôle cadenassée. Vera Candida s’approche pour jeter un œil à travers la porte vitrée, les relents persistants de graillon lui rappellent l’état de son estomac, elle se sent nauséeuse, elle jure entre ses dents, Putain de putain, elle s’attendait de toute façon à ce que la cabane en bois ait été rasée, c’était couru d’avance, elle le savait, n’est-ce pas, avant d’avoir entrepris le voyage, alors pourquoi a-t-elle entrepris ce voyage, elle entrevoit des tabourets retournés sur les deux tables et un comptoir bricolé avec du bois de récupération, elle s’assoit sur son sac et reprend son souffle, elle croise ses mains devant elle, voit ses doigts se superposer les uns aux autres, elle pense à ce que charrie son sang, elle pense à son corps qui déclare peu à peu forfait, elle a la tentation de se laisser aller à un désespoir tranquille. Elle ne se sent pas si mal, elle se sent juste en proie à la fatalité.

Pssst, entend-elle.

Elle lève le nez et aperçoit sur sa gauche, à travers le grillage, une petite vieille, les doigts accrochés au fil de fer, debout dans son jardin pelé, qui lui sourit d’un sourire de nourrisson édenté.

Pssst, répète-t-elle.

Vera Candida se remet sur ses pieds et se dirige vers la vieille, soupçonnant que la voix de celle-ci ne pourra venir jusqu’à elle, elle s’approche tout près de la vieille femme qui porte des breloques brillantes autour du cou, des médailles sur-dimensionnées et des sautoirs en strass, on dirait un catcheur, elle a l’air d’avoir sorti la totalité de son coffre à bijoux et enfilé tout ce que ses cervicales peuvent encore endurer, elle a un œil morne et un œil pétillant, elle semble avoir cent-dix ans.

Vera Candida regarde les doigts de la vieille accrochés au grillage comme des griffes de serin, elle dit, Bonjour. Tu es Vera Candida, rétorque la vieille de sa toute petite voix. Elle toussote et ajoute, Ta grand-mère m’avait bien dit que tu reviendrais.

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (10/26)

Publicité
6 décembre 2009

6 heures plus tard – Donald Harstad

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book et les Éditions du Cherche-Midi

6heures_plus_tard Editions du Cherche-Midi novembre 2009 – 342 pages
Traduit par Gilles Morris-Dumoulin

Présentation de l'éditeur :

Personnage unique dans le domaine du polar, à l'instar d'un Philip Marlowe ou d'un Harry Bosch, Cari Houseman, le shérif du comté de Nation, que Donald Harstad fait bénéficier de ses vingt ans passés dans la police de l'Iowa, quitte cette fois son territoire familier pour les brumes de Londres. Envoyé en tant que " simple observateur " aux côtés du New Scotland Yard pour enquêter sur la disparition mystérieuse d'une jeune fille originaire de l'Iowa, Cari, loin de tous ses repères, est désormais seul, ou presque, pour affronter un ennemi aussi terrifiant qu'inhabituel. En suivant au jour le jour l'enquête de Carl Houseman, on retrouve le style qui a fait le succès de Donald Harstad : une écriture sèche, presque documentaire, d'un réalisme étonnant, qui analyse dans toute leur complexité les méthodes d'investigation contemporaines.

Auteur : Ancien shérif, Donald Harstad est originaire de l'Iowa. Après "Onze jours", "Code 10", "- 30 degrés", "5 octobre 23h33" et "4 jours avant Noël","6 heures plus tard" est son sixième roman publié en France.

Mon avis : (lu en décembre 2009)

Avant de m'inscrire pour le partenariat B-O-B Editions Le Cherche-Midi, j'avais déjà lu quelques très bonnes critiques dans les blogs de Amanda, Cathulu et Cuné. J'avais donc hâte de découvrir ce roman policier dont je ne connaissais pas l'auteur. J'ai été moi aussi conquise !

Suite à la disparition d'une jeune fille de Maitland (Iowa), le shérif adjoint du comté de Nation, Carl Houseman, est envoyé à Londres comme simple observateur auprès de New Scotland Yard. Il va se trouver à suivre une enquête autour d'un groupuscule de terroristes amateurs «le Mouvement réformiste londonien pour la libération de Khaled al-Fawwaz et Ibrahim Eidarous ». Ce mouvement a à sa tête un professeur d'université britannique qui est sans le savoir infiltré par de vrais terroristes qui le manipule. La construction du livre est originale car le lecteur est en sait plus sur l'enquête que la police car le lecteur a aussi la vision des ravisseurs. Le personnage de Carl Houseman est attachant et l'humour est également présent, notamment lorsqu'un américain venant d'une petite ville de l'Iowa qui « débarque » à Londres certaines situations peuvent être cocasses. Le travail de la police est parfaitement décrit grâce aux connaissances de l'auteur.

En conclusion, c'est une très belle découverte qui me donne envie de lire d'autres titres du même auteur. Merci beaucoup aux Éditions du Cherche-Midi de m'avoir permis de découvrir ce livre.

Extrait : (page 97)

On traversa Church Street pour passer au bureau de l'American Express troquer des traveller's contre des livres anglaises. A près de deux dollars, exactement un soixante-dix, pour une livre, j'allais avoir tout intérêt à surveiller mes dépenses.

On retraversa la rue et, du côté sud, signalée par un large cercle rouge barré de bleu, s'ouvrait la station de métro : Kensington High Street, en lettres blanches.

Je m'attendais à une gare de chemin de fer, à une station de bus ou à, quelque chose comme ça, et c'était un centre commercial de plus, boutiques de vêtements ou d'alimentation cernant un vaste espace dégagé. Intéressant, non ?

«Tu vois cette vitrine, m'indiqua Jane, l'index pointé. C'est chez Benjy's. On y bouffe bien sans perdre de temps. Sandwiches sous emballage, salades, et barres chocolatées. Il y en a plein la ville.» OK. Je jetai un œil au passage. Bouteilles d'eau, en plus. Bon à savoir. Au-delà de Benjy's, commençait la station proprement dite.

Nous procurer nos passes ne fut pas aussi simple. Je m'approchai du guichet, avec Jane à mon bras. « Je voudrais acheter un passe. »

Et c'est là que les choses se compliquèrent.

D'abord, on me conseilla de prendre le passe d'une semaine, moins cher et plus pratique que le passe quotidien, à renouveler tous les jours. D'accord. Puis on me demanda dans quelle zone de Londres j'avais l'intention de circuler, mais ma fille vint à mon secours en criant dans l'hygiaphone : « Zone cinq !

- Photo ! jappa le préposé.

- Pardon ?

- Photo. Pour votre passe. »

Je pensai qu'il voulait une preuve de mon identité et lui montrai mon permis de conduire.

« Non, non. Il m'en faut une pour votre carte. » C'était la première fois que je lisais, sur le visage, l'expression « sois patient, c'est un Américain ».

« Il me faut une photo séparée. Pour l'insérer dans votre passe. Si vous n'en avez pas, vous pouvez en faire une dans cette cabine, en face. »

Livre lu dans le cadre du partenariat logotwitter_bigger - cherche_midi

29 novembre 2009

Elle s'appelait Sarah – Tatiana de Rosnay

elle_s_appelait_Sarah  elle_s_appelait_sarah_p

Éditions Héloïse d'Ormesson – mars 2007 – 356 pages

LGF – avril 2008 – 403 pages

traduit de l'anglais par Agnès Michaux

Description de l'éditeur

Paris, mai 2002. Julia Jarmond, journaliste pour un magazine américain, est chargée de couvrir la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv. Au cours de ses recherches, elle est confrontée au silence et à la honte qui entourent le sujet. Au fil des témoignages, elle découvre, avec horreur, le calvaire des familles juives raflées, et en particulier celui de Sarah. Contre l’avis des siens, Julia décide d’enquêter sur le destin de la fillette et de son frère. Soixante ans après, cela lui coûtera ce qu’elle a de plus cher.

Paris, le 16 juillet 1942 : la rafle du Vel’ d’Hiv’. La police française fait irruption dans un appartement du Marais. Le petit Michel, paniqué, se cache dans un placard, et sa grande sœur Sarah, dix ans, l’enferme et emporte la clef en lui promettant de revenir. Mais elle est arrêtée et emmenée avec ses parents...

Auteur : Née en 1961, Tatiana de Rosnay vit depuis vingt-cinq ans à Paris. Scénariste et journaliste, elle travaille notamment pour Elle et Psychologies. " Elle s'appelait Sarah ", son neuvième roman, est le premier qu'elle écrit en anglais, sa langue maternelle. Quatorze pays en ont déjà acquis les droits.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Livre lu dans le cadre du challenge « Les coups de cœurs de la blogosphère », proposition de Suffy.

Il est difficile de parler de ce livre si bouleversant. Il est à la fois dur et magnifique. Il nous raconte l'histoire de Sarah qui avait 10 ans en juillet 1942 et qui fut victime de la rafle du Vel d'Hiv et en parallèle celle de Julia, journaliste américaine, vivant à Paris depuis 25 ans qui doit faire un reportage 60 ans plus tard sur la commémoration du Vel' d'Hiv' où plus de 4000 enfants juifs, âgés de 2 à 12 ans, et leurs parents ont été déportés et assassinés à Auschwitz. Julia ne connaissait pas cette page de l'Histoire et elle va mener son enquête et découvrira à travers Sarah toute l'horreur de la rafle du Vel' d'Hiv et la déportation de milliers d'enfants juifs séparés de leurs parents. En tant que lecteurs, nous sommes emportés par l'histoire de Sarah et Julia, et nous devenons des témoins de leurs vies. Un livre poignant et magnifique à lire et à faire lire !

Extrait : (début du livre)

"Paris, juillet 1942.

La fillette fut la première à entendre le coup puissant contre la porte. Sa chambre était la plus proche de l’entrée de l’appartement. Dans la confusion du sommeil, elle avait d’abord pensé que c’était son père qui remontait de la cave où il se cachait, qu’il avait dû oublier ses clefs et insistait parce que personne ne l’avait entendu quand il avait frappé discrètement. Mais bientôt des voix s’élevèrent dans le silence de la nuit, fortes et brutales. Ce n’était pas son père. «Police ! Ouvrez ! Tout de suite ! » Le martèlement reprit, plus fort encore. Vibrant jusque dans la moelle de ses os. Son jeune frère, qui dormait à côté d’elle, commença à s’agiter dans son lit. «Police ! Ouvrez ! Ouvrez ! » Quelle heure était-il ? Elle jeta un coup d’œil entre les rideaux. Il faisait encore sombre.

Elle avait peur. Elle pensait à ces conversations, ces murmures nocturnes, que ses parents avaient échangés croyant qu’elle dormait. Mais elle avait tout entendu. Elle s’était glissée jusqu’à la porte du salon et là, avait écouté et regardé ses parents à travers une petite fente dans le bois. Elle avait entendu la voix nerveuse de son père. Avait vu le visage angoissé de sa mère. Ils discutaient dans leur langue natale, que la fillette comprenait, même si elle ne la parlait pas très bien. Son père avait dit tout bas que les temps à venir seraient difficiles. Qu’il faudrait être courageux et très prudent. Il avait prononcé des mots étranges et inconnus : « camp », «rafle », « arrestation », et elle se demandait ce que tout cela pouvait bien signifier. Son père, toujours très bas, avait ajouté que seuls les hommes étaient en danger, que les femmes et les enfants n’avaient rien à craindre, et qu’il irait donc chaque soir se cacher.

Le lendemain matin, il avait expliqué à sa fille qu’il était plus sûr qu’il dorme à la cave pendant un moment. Jusqu’à ce que les choses « rentrent dans l’ordre ». Quelles choses ? pensa-t-elle. « Rentrer dans l’ordre », qu’est-ce que ça voulait dire au juste ? Et quand cela arriverait-il ? Elle brûlait de lui demander ce que signifiaient les mots étranges qu’elle avait entendus, « camp » et « rafle ». Mais il aurait alors fallu avouer qu’elle les avait espionnés, et plusieurs fois, derrière la porte. Elle n’avait pas osé."

Lu dans le cadre du challenge coeur_vs3 proposition de Suffy

1 mai 2009

Dans le berceau de l'ennemi – Sara Young

dans_le_berceau_de_l_ennemi traduit de l'anglais (États-Unis) par Florence Hertz

France Loisirs – 2008 - 473 pages

Résumé : Alors que l'étau se resserre autour de Cyrla, la jeune fille, à moitié Juive, n'a qu'un moyen d'échapper à la menace : endosser l'identité de sa cousine décédée après une tentative ratée d'avortement. Pourtant, le danger est colossal, car cela signifie faire confiance au soldat allemand qui a mis sa cousine enceinte et gagner le Lebensborn dans lequel celle-ci est inscrite. Pour survivre, il lui faudra se réfugier dans le sein même de l'ennemi...

Auteure de plusieurs publications destinées à la jeunesse, Sara Young a longtemps publié sous le nom de plume de Sara Pennypaker. Avec son dernier ouvrage Dans le berceau de l'ennemi, elle s'attaque à un genre qu'elle n'a encore jamais exploité, celui de roman d'amour sur fond historique. Un style qu'elle manie déjà à merveille et qui séduit un lectorat très vaste.

Mon avis : (lu en avril 2009)

Une histoire belle et émouvante un mélange de fiction et d'Histoire. En effet, ce livre nous entraine au cœur des Lebensborn (source ou fontaine de vie), organisation SS fondé en 1935 par Himmler.

Ce sont des foyers maternels dans lesquels étaient suivies les jeunes femmes enceintes, « valables d’un point de vue racial », afin de repeupler la nation et de lui donner de futurs soldats. Ensuite, les enfants étaient confié à l’adoption dans des familles allemandes, ou s'ils ne sont pas « conformes » ils étaient purement et simplement éliminés. C'est l'histoire de Cyrla moitié juive qui pour sauver sa vie va se réfugier dans un Lebensborn sous l'identité de sa cousine décédée suite à un avortement.

On va suivre la grossesse de Cyrla-Anneke au sein du Lebensborn et tous les sentiments qui l'envahisse : la peur et la détresse. Elle va rencontrer d'autres futurs mamans : des fanatiques, des résignées... Elle y rencontre aussi Ilse, une infirmière et Karl, le fiancé de sa cousine : des Allemands qui subissent malgré eux l'idéologie nazie et qui vont l'aider.

Ce livre est également intéressant du point vu historique, on y voit les années 41-42 aux Pays-Bas et en Allemagne, bien sûr la vie dans un Lebensborn. Ce livre se lit facilement, on est vraiment pris par la fiction et les personnages si attachants. A découvrir.

Extrait : (début du livre)

chapitre 1 : Septembre 1941

— Quoi, chez nous aussi ? Nee !
En franchissant la porte de la salle à manger, je vis ma tante renverser quelques gouttes de soupe sur la nappe. Le bouillon était maintenant si maigre que les taches partiraient vite, mais mon cœur se serra quand elle ne lâcha pas sa louche pour les essuyer. Depuis le début de l'occupation allemande, elle se refusait à affronter la réalité, paraissant même parfois tellement absente que j'avais l'impression de perdre ma mère une deuxième fois.
— Évidemment, ici aussi, Mies, s'emporta mon oncle, dont la peau pâle parsemée de taches de rousseur s'empourpra.
Il ôta ses lunettes pour en essuyer la buée avec sa serviette.
— Tu n'imaginais quand même pas que les Allemands avaient annexé les Pays-Bas pour le plaisir de donner une terre d'accueil aux Juifs ? Nous avons déjà de la chance que ça ne soit pas arrivé plus tôt.
Je m'assis après avoir posé le pain sur la table.
— Que se passe-t-il ?
— Des restrictions ont été imposées aux Juifs aujourd'hui, expliqua mon oncle. Ils ne pourront quasiment plus sortir de chez eux.
Il examina ses verres, rechaussa ses lunettes, puis me regarda.
Je me figeai d'angoisse, la main crispée sur ma cuillère, me souvenant soudain d'une scène dont j'avais été témoin dans mon enfance.
Alors que nous rentrions de l'école en groupe, nous avions vu un passant qui battait son chien. Nous lui avions crié d'arrêter - nous étions assez nombreux pour nous sentir ce courage - et certains des plus âgés avaient même essayé de lui arracher le pauvre animal. Mon attention avait été attirée par un garçon qui, je le savais, se faisait souvent maltraiter par les grands. Il hurlait comme nous : « Arrêtez ! Arrêtez ! », mais son regard m'avait glacée. J'y avais lu une satisfaction sournoise, cette même expression que je venais de reconnaître chez mon oncle quand il s'était tourné vers moi.
— Tout va changer, maintenant, Cyrla.
J'eus un coup au cœur et baissai la tête. Craignait-il qu'il ne soit trop risqué de me garder chez lui ?
En tout cas, il me signifiait que je n'étais pas chez moi. Je regardai fixement la nappe blanche, avec sa sous-nappe de soie bordée de franges dorées. À mon arrivée, j'avais trouvé étrange cette habitude de couvrir une table de salle à manger, mais à présent j'en connaissais toutes les couleurs, tous les motifs. Je relevai les yeux pour considérer cette pièce que j'avais appris à aimer, avec ses hautes fenêtres d'un blanc lumineux donnant sur notre petite cour, les trois aquarelles du Rijksmuseum accrochées l'une au-dessus de l'autre par une cordelière, le salon qui se profilait derrière la lourde tenture de velours bordeaux avec le piano dans un coin, couronné des photos de famille encadrées. Mon cœur battit encore plus fort. Où irais-je s'il ne voulait plus de moi ?
Je jetai un coup d'œil à ma cousine : Anneke était le sauf-conduit qui me protégeait dans le territoire périlleux des humeurs de mon oncle. Mais, distraite ce jour-là, elle écoutait à peine ce qu'on lui disait, absorbée par des pensées secrètes. Elle n'avait même pas entendu la menace brandie par son père.
Je demandai, tâchant de rester calme :
— Quoi ? Qu'est-ce qui va changer ?
Occupé à couper le pain, il ne s'interrompit pas, mais je surpris le regard qu'il lançait à ma tante pour la faire taire.
— Tout va changer, c'est tout.
Arrivé à la troisième tranche, il reposa le couteau d'un geste lent et ajouta.
— Rien ne sera plus pareil.
J'attirai la miche à moi, m'emparai du couteau à la manière précise et déterminée d'un joueur d'échecs, et coupai une quatrième tranche. Je parvins à reposer le couteau à pain sur la planche sans trembler, mais je dus ensuite mettre les mains sur mes genoux pour les soustraire à sa vue. Droite et fière, je lui dis sans ciller :
— Tu avais oublié une tranche, oncle Pieter.
Il sembla gêné mais son visage resta sombre comme une meurtrissure.
Quand le repas s'acheva enfin, mon oncle retourna à la boutique pour écouter la radio qu'il dissimulait dans l'atelier malgré l'interdiction. Ma tante, Anneke et moi, nous débarrassâmes la table puis nous nous attelâmes à la vaisselle. Nous nous activions en silence, moi toute à ma peur, ma tante cloîtrée dans sa tristesse, et Anneke obnubilée par son secret.
Au-dessus de l'évier, ma cousine poussa un cri. Le couteau à pain tomba par terre, et elle leva la main au-dessus du bac. Du sang coula dans l'eau savonneuse, teintant la mousse de rose. J'attrapai un torchon pour lui envelopper le doigt, puis la menai à la banquette sous la fenêtre. Elle s'assit, passive, contemplant sans réagir le sang qui imprégnait le tissu. Son inertie me fit peur. Anneke prenait grand soin de ses mains. Elle pouvait même se priver de sa ration de lait pour y tremper les ongles, et elle parvenait encore à trouver du vernis alors que plus personne en Hollande ne semblait en posséder. Si la perspective d'une cicatrice la laissait tellement indifférente, alors son secret devait être vraiment grave.
Ma tante s'agenouilla devant elle pour examiner la blessure, la grondant d'avoir été distraite. Anneke, tête en arrière et yeux clos, se contentait de se masser la gorge de sa main libre avec un sourire heureux. C'était l'expression que je voyais sur son visage quand elle rentrait sur la pointe des pieds dans notre chambre au milieu de la nuit : troublée, méditative, changée.
Je n'aimais pas Karl.
Soudain, je compris.
Dès que ma tante nous laissa pour chercher du désinfectant et une compresse, je chuchotai :
— Tu te rends compte de ce que tu as fait ?
— Plus tard, murmura-t-elle. Quand ils dormiront.
La soirée, occupée par du repassage et du raccommodage, me sembla interminable. Nous avions mis un disque de Hugo Wolf sur l'électrophone, que nous écoutions tout en travaillant, mais j'aurais préféré le silence, car, pour la première fois, je percevais à quel point la vie tragique de Wolf avait influencé sa musique. Le souffle du désespoir en rendait la beauté trop poignante. Quand ma tante annonça qu'elle montait se coucher, j'échangeai un regard avec Anneke, et nous la suivîmes.
Après de rapides ablutions, quand nous fûmes prêtes à nous mettre au lit, il ne me fut plus possible de contenir mon impatience.
— Alors... ?
Ma cousine se tourna vers moi avec un sourire. Je ne lui en avais jamais vu d'aussi radieux.
— C'est merveilleux, Cyrla, dit-elle en posant la main sur son ventre.
Sa coupure avait dû se rouvrir et du sang saturer son pansement car, alors qu'elle exprimait ainsi son bonheur, une fleur rouge s'épanouit sur le coton bleu hâle de sa chemise de nuit.

chapitre 2

— Je pars, je m'en vais !
Maintenant qu'elle avait commencé, Anneke était intarissable.
— Nous nous marierons ici, à Schiedam, à la mairie probablement. La famille de Karl vit juste à l'extérieur de Hambourg. Nous nous installerons peut-être là-bas après la guerre, avec un jardin pour les enfants, près d'un parc... Hambourg ! Tu imagines, Cyrla ?
— Chut ! Elle va nous entendre.
Ce n'était pas ma tante que nous redoutions, mais Mme Bakker qui vivait dans la maison mitoyenne. Elle était vieille et alimentait ses incessants commérages en espionnant ses voisins. Tous les matins, elle se postait dans son salon pour surveiller les allées et venues dans la Tielman Oemstraat grâce à deux miroirs fixés à ses fenêtres. Un soir, nous l'avions entendue tousser et en avions déduit que sa chambre à coucher devait se trouver de l'autre côté du mur. Nous la jugions fort capable de coller un verre à la paroi qui séparait nos deux appartements pour écouter nos conversations. Mais au fond, je me moquais bien de Mme Bakker. Avant tout, je cherchais à faire taire Anneke.
Je lui ôtai son pansement et nettoyai sa coupure avec l'eau de notre broc.
— Change ta chemise de nuit. Je descends te chercher une autre compresse.
Une fois dans le couloir, je pris le temps de me calmer, puis j'allai prendre le pansement ainsi qu'une tasse de lait et une assiette de spekulaas. Anneke n'avait quasiment rien avalé au dîner, et elle adorait les petits biscuits aux épices qu'elle subtilisait dans la boulangerie où elle travaillait. Si j'arrivais à détourner son attention, peut-être cesserait-elle de parler de départ. Et puis en lui démontrant à quel point je lui étais indispensable, je lui ferais comprendre ce qu'elle perdrait en nous quittant. Rien n'était plus terrible que les départs.
Je m'assis près d'elle sur le lit pour lui panser le doigt, incapable de la regarder en face. Elle, en revanche, ne me lâchait pas des yeux. Je voulais encore espérer.
— Tu es sûre ? Et si tu te trompais... Vous n'avez pas fait attention... ?
Elle détourna la tête.
— Ce sont des choses qui arrivent.
Sa gêne ne dura pas. Son sourire revint, ce sourire merveilleux qui me désarmait.
— Un bébé... tu imagines ?
Je passai un bras autour de sa taille et posai la tête sur son épaule, inspirant la bonne odeur qu'elle rapportait de la boulangerie, cet arôme de gâteau, sucré et chaud, qui lui allait si bien. Je me demandai quel parfum s'accrochait à ma peau. Celui du vinaigre que j'avais manipulé toute la semaine pour les conserves de légumes ? Ou du détergent avec lequel je faisais le ménage dans l'atelier de couture de mon oncle ?
Anneke essuya de ses caresses les larmes qui coulaient sur mes joues.
— Je suis désolée, Cyrla. Tu vas me manquer. C'est toi que je regretterai le plus.
Ma cousine savait être adorable. Parfois, il lui arrivait de me blesser, pas par méchanceté mais innocemment, comme le font les filles très belles qui n'ont pas dû apprendre à ménager les autres. Je lui en voulais, alors, mais sa gentillesse spontanée me faisait vite honte d'éprouver un tel sentiment.
— Si tu savais comme je suis heureuse ! s'exclama-t-elle comme si son air radieux ne m'avait pas assez convaincue. Il est tellement beau !

Extrait : (page 174)

Dès la porte franchie, on tombait sur un bureau en bois massif, aussi imposant qu'un deuxième mur, derrière lequel était accrochée une photo de Hitler. En dessous était assise une dame au chignon gris acier formé de tresses aussi serrées que les amarres d'une péniche sur un quai. Elle se leva et fit un salut au conducteur et au garde ; elle était aussi grande qu'eux. L'aigle nazi brillait à son revers. Je reculai d'un pas.

- Bonjour, Frau Klaus. Heil Hitler, dit le conducteur en lui tendant mon dossier.

Elle le compara à des papiers qui se trouvaient devant elle. Je lui tournai le dos pour leur cacher mon visage de menteuse.

Le long du mur s'alignaient d'autres photos de Hitler. Il recevait un bouquet des mains d'une fillette vêtue d'une robe blanche ; bras tendu, il saluait une mer de soldats ; il passait en voiture découverte devant des foules d'Allemands qui agitaient leurs mouchoirs. Il y en avait plusieurs d'autres de Heinrich Himmler qui, comme Isaak me l'avait appris, était le commandant en chef des Lebensborn. En face, je vis des affiches représentant des mères avec leurs enfants. LES MÈRES DE SANG PUR SONT SACRÉES ! disait l'une. LE BERCEAU EST PLUS FORT QUE LES CHARS ! disait une autre. Je n'arrivai pas à les regarder longtemps.

Le sol à losanges noirs et blancs brillait sous la lumière d'un lustre. Je n'avais plus l'habitude d'avoir autant de lumière le soir. A côté de moi, un guéridon en acajou sentait l'encaustique citronnée, odeur familière chez nous, par-dessus laquelle flottait un riche arôme de rôti de porc, que je n'avais pas senti depuis longtemps. A cela se mêlaient des effluves de pain qui cuisait dans un four, additionnés d'une note sucrée, vanillée. Le parfum d'Anneke. Mais Anneke, maintenant, c'est moi. Sur le guéridon était posé un énorme bouquet de chrysanthèmes roses et blancs, et, devant, une coupe de fruits : reinettes, poires rouges et brillantes, gros raisins si foncés qu'ils semblaient tout à fait noirs. Et tout cela n'était qu'une décoration pour le hall d'accueil... Depuis quand n'avais-je pas vu un tel luxe ?

- Suivez-moi, ordonna Frau Klaus d'un ton autoritaire.

31 août 2009

Les orpailleurs – Thierry Jonquet

les_orpailleurs  les_orpailleurs_p

Gallimard – février 1993 – 316 pages

Folio – octobre 1998 - 399 pages

Trophée 813 du meilleur roman noir en 1993.
Prix Mystère de la critique 1993.

Quatrième de couverture :

La main droite avait été tranchée, net, au niveau du poignet. Rien ne permettait d'identifier le cadavre, celui d'une femme. Dans la semaine qui suivit, on en découvrit deux autres, assassinées selon le même rituel. Si le meurtrier tuait ainsi en amputant ses victimes, c'était avant tout pour renouer avec ses souvenirs. Il effectuait un voyage dans le temps. Mais pour aller au bout du chemin, il lui fallut emprunter une route que bien d'autres avaient suivie avant lui. Des hommes, des vieillards, des enfants. Des femmes aussi.

Auteur : Né à Paris en 1954, auteur de polars, Thierry Jonquet fait figure de référence dans ce genre littéraire et bien au-delà. Engagé politiquement dès son adolescence, il entre à Lutte ouvrière en 1970 sous le pseudonyme de Daumier (caricaturiste du XIXe siècle), puis à la Ligue communiste révolutionnaire l'année de son bac. Après des études de philosophie rapidement avortées et plusieurs petits boulots insolites, un accident de voiture bouleverse sa vie : il devient ergothérapeute et travaille successivement dans un service de gériatrie puis un service de rééducation pour bébés atteints de maladies congénitales, et enfin dans un hôpital psychiatrique où il exerce les fonctions d'instituteur. Inspiré par l'univers de Jean-Patrick Manchette, son premier roman, 'Le Bal des débris', est publié en 1984 bien qu'il ait été écrit quelques années plus tôt. 'Mémoire en cage' paraît en 1982, suivent 'Mygale' et 'La Bête et la belle', qui confirment le talent de Thierry Jonquet pour le roman au réalisme dur, hanté par la violence et les questions de société. Ainsi, 'Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte', paru en 2006 évoque sans tabous la violence et l'antisémitisme qui sévissent dans certaines banlieues. Thierry Jonquet a également scénarisé plusieurs bandes dessinées parmi lesquelles 'Du papier faisons table rase', dessiné par Jean-Christophe Chauzy. Plébiscité par la critique, l'une des plus élogieuses est signée Tonino Benacquista qui écrit de lui : 'Jonquet sculpte la fiction, c'est le matériau qu'il façonne pour lui donner une âme, le même que celui d'Highsmith ou de Simenon, il est difficile d'en citer beaucoup d'autres.' Alors qu'il venait de publier 'Ad Vitam aeternam', Thierry Jonquet, décède en août 2009, après avoir lutté deux semaines contre la maladie.

Thierry_Jonquet

Mon avis : (lu en août 2009)

C'est en lisant les premières lignes de ce livre que j'ai découvert des noms de personnages qui ne m'étaient pas inconnus... En effet, ce sont ceux de la série télévisée "Boulevard du Palais", qui ont été inspirés par ce livre de Thierry Jonquet. C'est une série que j'aime beaucoup regarder et cela m'a donnée d'autant plus envie de lire "Les orpailleurs".

Cela commence à Belleville avec la découverte du cadavre d'une jeune femme à qui il manque une main. Quelques jours plus tard, on trouve d'autres victimes avec la même mutilation. L'enquête est mené par le commissaire Rovère et la juge Nadia Lintz. Le commandant Gabriel Rovère est un flic désabusé et alcoolique qui effectue pourtant son métier avec beaucoup de talent. La juge Nadia Lintz se donne totalement à son métier pour oublier des problèmes familiaux, elle vient également d'emménager et sympathise avec son propriétaire, l'étrange Isy Szalcman.

Le livre est bien plus fort que la série, les personnages sont attachants et forts. L'intrigue est parfaitement menée, j'ai eu beaucoup de peine à lâcher le livre pour vaquer à mes occupations quotidiennes ! L'auteur nous présente tous les mécanismes d'une enquête judiciaire vue de l'intérieur. Il nous donne également le point de vue du meurtrier que nous suivons dans ses œuvres funestes. Plusieurs enquêtes s'entremêlent : aujourd'hui et dans le passé, à Belleville mais aussi jusqu'en Pologne, on passe du fait divers et une affaire d'un tueur en série à l'Histoire avec un grand H. Les descriptions sont si précises qu'on visualise facilement les lieux ou l'action décrite. L'histoire est sombre mais certains dialogues sont plein d'humour.

En conclusion, je suis vraiment contente d'avoir découvert ce livre qui m'a beaucoup plu et je compte lire d'autres Thierry Jonquet.

boulevard_du_palais

La série « Boulevard du Palais » existe depuis 1999, avec Anne Richard (la Juge Nadia Lintz), Jean-François Balmer (Commandant Gabriel Rovère), Olivier Saladin (le docteur Pluvinage : médecin légiste, poète à ses heures), Marion Game (greffière totalement dévouée à sa patronne), Philippe Ambrosini (Dimeglio), Michel Robin (Isy Szalcman): le propriétaire de Nadia)... Certains scénarios sont signés Thierry Jonquet.

Extrait : (page 12)

Dimeglio, entraîné par ses cent kilos, poursuivit sa descente tout schuss, atteignit le premier étage, faillit glisser sur le palier de l’entresol, se rattrapa tant bien que mal, et jaillit au-dehors, sous le regard épouvanté de la concierge, une Mme Duvalier, sans aucun rapport avec le dictateur, évidemment. Ladite dame s’était munie d’un de ces masques que portent les maçons afin de se protéger de la poussière, lorsqu’ils poncent les murs, ou dans d’autres circonstances analogues. Bravache, elle se tenait devant sa loge, les deux poings sur les hanches, le bigoudi en bataille. Une nature, la Duvalier ! songea Dimeglio, en serrant les dents.

Il sortit dans la rue, avala quelques goulées d’air frais, puis dévisagea un à un les badauds qui l’observaient, effarés. Ils étaient nombreux malgré l’heure matinale et l’interrogeaient du regard, attentifs, comme s’ils s’attendaient à ce qu’il prononce une allocution.

Une délégation de petites vieilles du quartier, accourues à l’annonce de la nouvelle, portant toutes un cabas vide mais déjà prêt à recevoir les trésors qu’elles iraient glaner sur le marché du boulevard de Belleville, plus tard, à la fin de la matinée, quand les commerçants abandonnent sur le macadam les légumes invendables.

Puis les menuisiers d’un atelier voisin, aux cheveux couverts de sciure, graves et vaguement condescendants ; ils s’étaient résolus, après mille réticences, à abandonner varlope et trusquin pour venir voir œuvrer la flicaille.

Et encore, massés au carrefour, craintifs, prêts à déguerpir au moindre signe hostile, quelques manutentionnaires tamouls employés dans les ateliers de confection du quartier, et qui ne lâchaient pas pour autant leurs diables chargés de ballots de tissus bariolés.

Indifférent à leur attente, Dimeglio reprit lentement son souffle. Son regard croisa celui d’un vieillard très raide, qui semblait surveiller la place comme un général le champ de bataille. Malgré la douceur du temps, il portait un curieux manteau de cuir à martingale, dont la coupe évoquait une quelconque origine militaire. Appuyé sur une canne, goguenard, sa casquette vissée sur le front, il toisait les flics d’un air supérieur, mécontent de leur précipitation et en même temps amusé par le spectacle de leur apparente incompétence. Un troisième car de police en tenue – Dimeglio disait « le prétoriens » - se faufila sur la petite place et les hommes en descendirent pour se déployer en renfort face aux badauds. Alignés sur le trottoir, ils interdirent l’accès des immeubles proches de celui où l’on avait trouvé le corps. Une camionnette de pompier occupait déjà le terre-plein de la place, garée au beau milieu d’un quadrilatère formé par des platanes rabougris.

- Le commissaire a pensé que c’était mieux d’envoyer des renforts. C’est un quartier sensible, ici ! expliqua le brigadier en s’avançant vers Dimeglio.

Livres dans ma PAL de Thierry Jonquet :

mon_vieux"Mon vieux", du_pass__faisons_table_rase_p"Du passé faisons table rase"

Publicité
21 novembre 2009

La vague – Todd Strasser

la_vague

la_vague_p la_vague_p1

JC GAWSEWITCH EDITEUR – mars 2008 - 220 pages

Pocket – février 2009 – 221 pages

Présentation de l'éditeur
Cette histoire est basée sur une expérience réelle qui a eu lieu aux Etats-Unis dans les années 1970. Pour faire comprendre les mécanismes du nazisme à ses élèves, Ben Ross, professeur d'histoire, crée un mouvement expérimental au slogan fort : " La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l'Action. " En l'espace de quelques jours, l'atmosphère du paisible lycée californien se transforme en microcosme totalitaire : avec une docilité effrayante, les élèves abandonnent leur libre arbitre pour répondre aux ordres de leur nouveau leader, lui-même totalement pris par son personnage. Quel choc pourra être assez violent pour réveiller leurs consciences et mettre fin à la démonstration?

Biographie de l'auteur
Todd Strasser, né en 1950, est new-yorkais. Il a publié de nombreux romans traduits dans plus d'une douzaine de langues. La Vague est parue en 2008 chez Jean-Claude Gawsewitch Éditeur. Vendu à plus d' 1,5 million d'exemplaires en Europe, le livre a été adapté au cinéma.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

A la demande de mes fils aînés (16 et 14 ans), j'ai eu l'occasion de voir le film en mars dernier. Je voulais donc également lire le livre. Dans le film, l'histoire se passe en Allemagne et non aux États-Unis. La fin du film est différente de celle du livre sans doute pour mieux frapper les esprits. J'ai trouvé le film est aussi fort que le livre. Le livre raconte l'expérience qui a été faite aux États-Unis dans les années 1970 par un professeur d'histoire pour expliquer le mécanisme du nazisme et répondre à la question d'un élève "Comment ont-ils pu faire cela ?". Petit à petit, le professeur inculque à ses élèves les notions de discipline, de cohésion, d'action... En quelques jours, le mouvement créé par le professeur sous le nom de « La Vague » le dépasse lui-même. Comment va-t-il pouvoir arrêter l'expérience ?

Ce livre existe depuis 1981 en langue anglaise et en Allemagne il est devenu un manuel d'histoire. En France, il n'a été traduit et publié qu'en 2008. Ce livre décrit parfaitement comment le pouvoir d'un groupe peut conduire à la perte du libre arbitre de l'individu. A lire et à faire lire aux lycéens !

La Vague (die Welle) est un film allemand réalisé par Dennis Gansel en 2008. L'histoire se passe en Allemagne, un professeur de lycée (Gymnasium) qui suite à des questions de ses élèves sur le régime nazi lors d'une semaine thématique sur l'autocratie, décide de mettre en place dans son cours une communauté fonctionnant comme une unité possédant un symbole, un salut, un uniforme, des règles : la vague. Mais la situation finit par devenir incontrôlable.

la_vague_le_film la_vague__film1

14 janvier 2010

Le Tailleur de pierre – Camilla Läckberg

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (5/26)

le_tailleur_de_pierre Actes Sud – octobre 2009 – 477 pages

Traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus 

Présentation de l'éditeur :

" La dernière nasse était particulièrement lourde et il cala son pied sur le plat-bord pour la dégager sans se déséquilibrer. Lentement il la sentit céder et il espérait ne pas l'avoir esquintée. Il jeta un coup d'œil par-dessus bord mais ce qu'il vit n'était pas le casier. C'était une main blanche qui fendit la surface agitée de l'eau et sembla montrer le ciel l'espace d'un instant. Son premier réflexe fut de lâcher la corde et de laisser cette chose disparaître dans les profondeurs... " Un pêcheur de Fjâllbacka trouve une petite fille noyée. Bientôt, on constate que Sara, sept ans, a de l'eau douce savonneuse dans les poumons. Quelqu'un l'a donc tuée avant de la jeter à la mer. Mais qui peut vouloir du mal à une petite fille ? Alors qu'Erica vient de mettre leur bébé au monde et qu'il est bouleversé d'être papa, Patrik Hedstrôm mène l'enquête sur cette horrible affaire. Car sous les apparences tranquilles, Fjâllbacka dissimule de sordides relations humaines - querelles de voisinage, conflits familiaux, pratiques pédophiles - dont les origines peuvent remonter jusqu'aux années 1920. Quant aux coupables, ils pourraient même avoir quitté la ville depuis longtemps. Mais lui vouer une haine éternelle.

Auteur : Camilla Läckberg-Eriksson, née le 30 août 1974, est l'auteur de plusieurs romans noirs mettant en scène Erica Falck et dont l'intrigue se situe toujours à Fjâllbacka, port de pêche de la côte ouest en Suède. Ses ouvrages se sont tous classés parmi les meilleures ventes de ces dernières années dans son pays et le succès est aussi de mise à l'étranger. Dans la collection "Actes noirs" ont déjà paru La Princesse des glaces (2008) et Le Prédicateur (2009).

Mon avis : (lu en janvier 2010)Ayant beaucoup aimé les deux livres précédents : La Princesse des glaces et Le Prédicateur, j’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir Erica Falk et Patrik Hedstrôm qui sont maintenant les jeunes parents d’une petite fille de deux mois Maja. Sara, une petite fille de sept ans est retrouvée dans le filet d'un pêcheur. Sa mère Charlotte et son mari Niclas sont désespérés, ils ont également un fils Albin et ils vivent chez Lilian, la mère de Charlotte. Lilian est en conflit avec son voisin Kaj qui a un fils Morgan atteint de la maladie d’Asperger (autisme avec un QI élevé). Tout le commissariat de Fjâllbacka (Patrick, Martin, Ernst, Gosta) se mobilise pour mener l’enquête.

Parallèlement, le lecteur suit entre 1923 et 1928 l'histoire d'une jeune fille Agnès qui cherche à s'émanciper et qui va se trouver liée pour son malheur avec le tailleur de pierre.

L'histoire est prenante et le suspens est fort car on cherche à comprendre le lien entre l’enquête et l’histoire du début du siècle et les nombreuses fausses pistes corsent la résolution de l’énigme. Tout comme les deux livres précédents, je me suis régalée en lisant les nouvelles aventures d’Erica et Patrick et j’attends avec impatience la traduction des volumes suivants !

Merci au site logo_alapage qui m'a fait cadeau

de "Le Tailleur de pierre" – Camilla Läckberg.

Extrait : (début du livre)

La pêche au homard avait connu des jours meilleurs. Autrefois, les pêcheurs professionnels travaillaient dur pour capturer les crustacés noirs. Aujourd’hui, les estivants passaient une semaine de vacances à pêcher pour leur plaisir personnel. Sans rien respecter. Au fil des ans, il avait constaté bien des entorses au règlement. Des gens sortaient discrètement des brosses pour éliminer les œufs bien visibles sur les femelles et ainsi faire croire qu’elles étaient licites. Certains relevaient des casiers qui ne leur appartenaient pas, et on voyait même des plongeurs cueillir les homards directement avec les mains. Il se demandait où cela s’arrêterait, si l’on ne pouvait même plus compter sur un code d’honneur entre pêcheurs. Une fois, dans la nasse qu’il remontait il avait trouvé une bouteille de cognac à la place des crustacés disparus, c’était déjà ça. Ce voleur-là avait malgré tout fait preuve d’une certaine classe, sinon d’humour. Frans Bengtsson trouva deux homards magnifiques dès le premier casier, et il sentit sa mauvaise humeur s’évaporer. Il avait l'œil pour repérer leurs passages et il connaissait quelques véritables mines d’or où les nasses se rem plissaient avec la même abondance d’année en année. Trois paniers plus tard, il avait amassé un tas non négligeable de ces précieuses bêtes. Il ne comprenait pas pourquoi le homard se vendait à des prix aussi éhontés. Certes, ce n’était pas mauvais, mais à choisir il préférait le hareng pour son dîner. C’était bien meilleur et d’un prix plus raisonnable. Mais les revenus qu’il en tirait augmentaient avantageusement sa retraite à cette époque de l’année.

La dernière nasse était particulièrement lourde et il cala son pied sur le plat-bord pour la dégager sans se déséquilibrer. Lentement il la sentit céder et il espérait ne pas l’avoir esquintée. Il jeta un coup d'œil par-dessus bord mais ce qu’il vit n’était pas le casier. C’était une main blanche qui fendit la surface agitée de l’eau et sembla montrer le ciel l’espace d’un instant.

Son premier réflexe fut de lâcher la corde et de laisser cette chose disparaître dans les profondeurs avec le casier. Mais il se reprit et tira à nouveau sur la corde. Il dut mobiliser toutes ses forces pour réussir à hisser sa trouvaille macabre dans la snipa en bois. Le corps mouillé, livide et inanimé roula sur le fond du bateau et lui fit immédiatement perdre son sang-froid. C’était un enfant qu’il avait sorti de l’eau. Une petite fille, les cheveux longs collés sur le visage et les lèvres aussi bleues que les yeux qui fixaient le ciel sans rien voir.

Frans Bengtsson se précipita pour vomir par-dessus bord.

Jamais Patrik n’avait pu imaginer qu’on puisse être aussi fatigué. Toutes ses illusions sur le sommeil des nourrissons avaient été systématiquement brisées ces deux derniers mois. Il passa les mains dans ses cheveux châtains coupés court pour les démêler, sans grand résultat. Si lui était crevé, il n’arrivait même pas à imaginer l’état d’Erica. Lui au moins était dispensé des fréquentes tétées nocturnes. Patrik se faisait du souci pour elle. Il n’arrivait pas à se rappeler l’avoir vue sourire depuis son retour de la maternité, et elle avait de grands cernes noirs. Le dé s espoir se lisait dans ses yeux le matin et il avait du mal à les laisser, Maja et elle. Pourtant il devait avouer qu’il était franchement soulagé de pouvoir s’échapper vers son monde professionnel rempli d’adul tes. Il adorait Maja par-dessus tout, mais se retrouver avec un bébé était comme entrer dans un univers inconnu, avec sans cesse de nouvelles raisons d’être aux aguets et stressé. Pourquoi ne dort-elle pas ? Pourquoi crie-t-elle ? A-t-elle trop chaud ? trop froid ? Est-ce qu’elle n’a pas des boutons bizarres ? Alors que les voyous adultes, il les pratiquait depuis longtemps et il savait comment les gérer.

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (5/26)

Lu du même auteur :

la_princesse_des_glaces La Princesse des glaces  le_pr_dicateur Le Prédicateur

21 décembre 2009

Testament d'un paysan en voie de disparition – Paul Bedel et Catherine Ecole-Boivin

testament_d_un_paysan

Préface de Claudie Gallay

Presse de la Renaissance – octobre 2009 – 250 pages

Quatrième de couverture :

« Je suis heureux avec rien, avec rien de ce qui s'achète mais aussi avec rien de ce qui se voit... »

Et si Paul Bedel, paysan de la pointe de la Hague reste par choix à la traîne du progrès, vous racontait sa vie d'agriculteur ? S'il vous révélait ses " houoles ", ses coins pour pêcher le homard ? S'il vous présentait ses vaches, Echalote, qui " sentait l'oignon " ou Copine, " toujours sympa avec tout le monde "? S'il vous parlait " des choses qui n'arrivent qu'aux vivants ", de ses coups de gueule, de ses coups de vie? Avec le succès du livre Paul dans les pas du père et du film Paul dans sa vie, Paul Bedel est devenu le passeur d'un monde en voie de disparition. Chaque année, des centaines de personnes lui rendent visite pour l'entendre témoigner de ce choix de vie, celui d'une existence toute simple. Avec ce Testament, Paul Bedel vous invite vous aussi à boire une tasse de café accompagnée de petits-beurre, sur une table en bois patinée par les ans, et à l'écouter. En refermant ce livre, vous aurez le sentiment d'avoir rencontré un homme bon, serein et clairvoyant. L'impression de la terre, son silence et sa liberté.

Auteurs :

Paul Bedel pensait que sa vie n'avait servi a rien, puisqu'il n'a pas eu d'enfants. Mais à 79 ans aujourd'hui, il est invité à des dizaines de conférences et a accueilli plus de 7 000 visiteurs chez lui, à la Hague.

Catherine Ecole-Boivin, originaire de la Hague, vit à Nantes. Elle est historienne et mémorialiste. Testament d'un paysan en voie de disparition est son onzième ouvrage consacré aux paysages humains de sa région.

Mon avis : (lu en décembre 2009)

C'est avec le film « Paul dans sa vie » que j'ai fait connaissance pour la première fois avec Paul ce paysan atypique de la Pointe de La Hague.

Dans le livre, je l'ai retrouvé égal à lui-même. Il est maintenant à la retraite et il raconte ses souvenirs à Catherine Ecole-Boivin. Il nous parle du temps qui passe, de sa vie de paysan, de ses vaches, une vie de travail dans un environnement magnifique entre terre et mer, de son plaisir d'aller à la pêche dans ses rochers. Il nous confie aussi certains de ses secrets... Il nous parle de son pays d'Auderville à la pointe de La Hague.

C'est plein de poésie et Paul est un homme d'une grande gentillesse, plein de bon sens, de malice, terriblement sensible et attachant. Je vous encourage vraiment à lire ce livre et surtout à voir le film « Paul dans sa vie » réalisé en 2006 par Rémi Mauger.

Paul_dans_sa_vie_film

Description : Paul Bedel aura bientôt soixante-quinze ans. Il est vieux garçon, paysan, pêcheur et bedeau. Il vit dans une ferme d'un autre âge avec ses deux sœurs cadettes, célibataires elles aussi. Cette année, ils raccrochent : «Ça va faire un vide dans le paysage...». Leur territoire, c'est le cap de la Hague. L'air y est vif, les vents imprévisibles, le granit rugueux, l'horizon immense. Ici, Paul a résisté aux sirènes de la modernité, soucieux de préserver et cultiver son lien à la nature. Au XXIe siècle, il nous l'offre en héritage.

P1060250_phare_goury

C'est grâce au film "Paul dans sa vie" que j'ai voulu découvrir le nord Cotentin en août 2008.

Extrait : Le temps

J’suis un paysan sans histoire, un matériel d’avant guerre, né le 15 mars 1930 «à la ferme», dans une petite commune de la Hague, au bout de la terre d’Auderville.

Je m’appelle Paul Bedel.

Jeune sacristain, quand je sonnais le trépas, je souriais sans penser à mon dernier moment. Je tirais à bras, ça tirait dur. C’est long, quand t’es seul pendu au bout d’une corde ! Pauvre Gusto ! Le corps suivait, je rendais hommage à ma manière au bonhomme ou à la bonne femme s’envolant pour le paradis. Ça pouvait durer jusqu’à une demi-heure, suivant le niveau social de la personne morte. Ça et le travail de la terre, ça m’a fait les muscles et les os. Maintenant qu’on est au tout-électrique, j’actionne trois manettes et j’annonce. Chacun dorénavant a le droit au même temps de cloches. Notre campanile en possède deux. C’est pas plus mal, le même temps pour tous, puisque, dans le cimetière, t’es plutôt dans le bas niveau pour tout le monde.

À vrai dire, aujourd’hui je gagne quelques minutes sur ma retraite de paysan, car je suis très occupé. Mes heures sont comptées de par tous les bouts de par où je me trouve, dans mes activités comme dans ma vieillesse.

Trois tours de chaque bitoniau, et les cloches sonnent seules. J’écoute si elles démarrent, elles carillonnent faux parfois. Puis je referme la sacristie, je glisse la clé dans mon paletot, je me signe à genoux.

Dehors, je prends un coup de vouêtie (vent frais), je replace ma gapette sur mes oreilles. Mes pas crissent sur le gravier blanc du cimetière. Je me dépêche, brimbalant ma silhouette crochue d’avoir trop porté sur mon dos.

Je déboule dans ma rue.

Un petit regard vers la mer, une bonne brise court sur l’eau. Un petit coup d'œil sur ma girouette en forme de vache sur mon étable, je hume l’air à la manière de mes ancêtres, de l’homme qui sait parce qu’il a regardé. Les vents n’ont pas changé.

Un bonjour pincé à une vaésaine (voisine) qui promène son pulvérisateur, son chien. Il pisse sur notre bel hortensia dont maintenant les feuilles ont cuit. Heureusement elle ne vient que le week-end ! En semaine, la pauvre plante tente de reprendre le dessus.

Je rentre à la maison, le téléphone sonne déjà ! Un des paroissiens m’appelle pour me demander :

— Paul, c’est qui qu’est mort ?

Invariablement je réponds :

— Ben c’est pas moi !

Actuellement, cette petite blague me donne encore bien du plaisir, t’as pas idée. Si tu réponds au téléphone encore haletant d’avoir galopé jusqu’à l’église, tu te dis que t’es encore vivant. Et l’autre, au bout du fil, te rouspète :

— Veux-tu être sérieux, Paul ! J’sais que c’est pas toi qu’es mort puisque tu me réponds, bougre d’innochent !

Certain que dans la vie vaut mieux être un nigaud vivant qu’un nigaud mort ! Seulement dans les autres communes, Paul sonne pas le trépas.

Parfois je reçois des coups de fil peu réjouissants. La roue tourne pour les êtres aimés.

Pour moi qui arrive à échéance, ce sera un autre jour.

Extrait : L’horloge

Notre horloge «Marchand d’Equeurdreville», poids en fonte bien lourds, est née avant moi, j’ai pas connu sa naissance mais elle a accompagné la mienne. La matrone du village, l’accoucheuse, a regardé ses aiguilles au moment où je suis venu au monde, dans la maison où je vis encore. Notre vieille caisse vient des anciens, des arrière-grands-parents, même plus vieux peut-être. Elle a réglé ma vie et marche à l’heure solaire. Françoise, ma soeur née en 1937, la remonte chaque semaine en râlant la même phrase :

— Vieille garce, dire que la semaine est passée !

En marquant notre temps elle rythme notre semaine de huit jours, celle venant de dégringoler et on repart pour une autre. Le temps, ça passe, ça décline, en revanche ça paraît quand même moins à l’heure solaire. Notre horloge en dit long sur l’échéance de nos existences qui nous poursuit comme un huissier de justice. Elle possède un petit décalage, très léger, j’ai bricolé le rivelin, le filin usé, rendu mou avec les années. J’ai entortillé un vilain nœud. Elle déconnait trop, ça nous mettait en avance !

Et chez nous, nous aimons prendre notre temps.

Il y a quinze ans, elle a connu un événement grave. Quand je l’ai vue sur la table, éventrée, en morceaux, j’ai pensé :

— T’es raide, ma pauvre vieille !

Certainement qu’on ne choisit pas sa mort, l’horloge n’avait pas choisi sa panne, l’usure à l’évidence. Quelqu’un de ma famille l’a prise chez lui sous son bras. Il a joué au dentiste avec elle, faut dire qu’il est doué pour réparer.

Le rouage, comme les mâchoires des vieux, avait perdu une dent, un cran de cuivre indispensable à son mécanisme. Ce cran mâchouillé l’empêchait de se réenclencher, alors il lui a rectifié le dentier. Un bon coup de lime et hop ! elle est repartie comme en quarante. Je la jalouse un peu depuis, mes mauvaises dents broyées m’obligent à mâcher du côté droit, je devrais aller chez le dentiste, mais j’ignore si des fois ça vaut le coup de réparer une bagnole en fin de course comme moi, enfin bref, je ne mâche plus que d’un côté. L’horloge, elle, depuis son séjour chez son chirurgien d’occasion, a toujours ses deux mâchoires intactes.

Les vieilles garces, on le sait, ont la peau dure !

Durant quelques jours, lors de sa réparation, on a été privés du tic et tac. Maman n’arrivait plus à tricoter, le tic-tac des secondes lui manquait, elle sautait les points de son tricot depuis si longtemps rodé à son mécanisme. Lorsqu’on vidait la maison pour les cllos, nos champs, et qu’on partait bosser tous les trois, mes deux sœurs et moi, la pauvre maman se sentait abandonnée dans ce silence. À notre retour elle nous demandait avec impatience :

— Mais quand est-ce qu’elle revient, la vieille ?

L’horloge, pour elle, ça lui faisait une compagnie, un bruit de fond dans la maison.

L’horloge, une fois revenue, a hérité d’un faible décalage, un mal pour un bien car maintenant, naturellement, elle s’est mise à l’heure terrestre. À croire qu’elle sait compter. On entrevoit un léger écart, c’est perceptible depuis des décennies. Cet écart dont on parle parfois dans les émissions des savants.

D’ailleurs, il y a soixante-dix ans le soleil se levait un peu plus décalé par rapport à la Vierge qui, elle, n’a pas bougé, placée sur notre cheminée. Le soleil passe par le même carreau de fenêtre mais avec deux centimètres de différence. Je l’ai observé.

Notre grosse caisse se prend pour la pendule universelle et joue de la musique. Elle sonne les demi-heures en tintant d’un coup, et les heures par autant de dong que le nombre d’heures. Pour les heures, elle recommence son tintamarre une minute après avoir sonné la première fois, comme ça quand tu dors, si t’as pas compris l’heure qu’il est, elle te le rappelle : dong, dong, dong, dong, dong, avec pour finir un léger couinement de cinq heures. De ton lit, tu as beau l’engueuler, elle recommence son tintamarre, tu n’as plus qu’à te mettre le traversin sur les oreilles.

13 décembre 2009

Mon enfant de Berlin – Anne Wiazemsky

mon_enfant_de_berlin Gallimard – août 2009 - 247 pages

Présentation de l'éditeur :

En septembre 1944, Claire, ambulancière à la Croix-Rouge française, se trouve à Béziers avec sa section, alors que dans quelques mois elle suivra les armées alliées dans un Berlin en ruine. Elle a vingt-sept ans, c'est une très jolie jeune femme avec de grands yeux sombres et de hautes pommettes slaves. Si on lui en fait compliment, elle feint de l'ignorer. Elle souhaite n'exister que par son travail depuis son entrée à la Croix-Rouge, un an et demi auparavant. Son courage moral et physique, son ardeur font l'admiration de ses chefs. Ses compagnes, parfois issues de milieux sociaux différents du sien, ont oublié qu'elle est la fille d'un écrivain célèbre, François Mauriac, et la considèrent comme l'une d'entre elles, rien de plus. Au volant de son ambulance, quand elle transporte des blessés vers des hôpitaux surchargés, elle se sent vivre pour la première fois de sa jeune vie. Mais à travers la guerre, sans même le savoir, c'est l'amour que Claire cherche. Elle va le trouver à Berlin.

Auteur : Née en 1947, Anne Wiazemsky est la petite-fille de l'écrivain François Mauriac par sa mère Claire Mauriac. Elle est issue de la famille princière russe des Wiazemsky qui émigra en France après la révolution de 1917. Ses romans sont souvent influencés par l'histoire de sa famille. Anne Wiazemsky a également été actrice de cinéma. Sa carrière cinématographique a commencé en 1966 avec Au hasard Balthazar de Robert Bresson. On l'a aussi vue dans un rôle secondaire dans Rendez-vous d'André Téchiné en 1985. Elle a été mariée à Jean-Luc Godard de 1967 à 1979. Son frère, Pierre Wiazemsky, est un dessinateur humoristique sous le pseudonyme de Wiaz. Elle a adapté, avec Jacques Fieschi en 1997, Souvenirs avec piscine de Terence McNally, au Théâtre de l'Atelier à Paris.

Mon avis : (lu en décembre 2009)

Livre lu dans le cadre du challenge « Les coups de cœurs de la blogosphère », proposition de Clarabel

A partir du journal de sa mère, Anne Wiazemsky raconte l'amour naissant entre Claire Mauriac, fille de François Mauriac, et Yvan Wiazemsky, prince russe en exil. Nous sommes en 1945 dans Berlin en ruine, elle est ambulancière de la Croix-Rouge, il travaille pour un organisme des personnes déplacés du côté des alliées français.

Une belle histoire d'amour romanesque entre Claire et Wia, si différents mais comme on dit souvent « les contraires s'attirent et se complètent ». Le style est simple et fluide, le livre se lit vraiment facilement. Cela n'a pas été le coup de cœur, mais j'ai passé un très bon moment de lecture.

Extrait : (début du livre)

En septembre 1944, Claire, ambulancière à la Croix-Rouge française, se trouve encore à Béziers avec sa section. Elle a vingt-sept ans, c’est une très jolie jeune femme avec de grands yeux sombres et de hautes pommettes slaves. Si on lui en fait compliment, elle feint de l’ignorer. Elle n’a pas le temps de se contempler dans un miroir, ou alors fugitivement et toujours avec méfiance. Elle souhaite n’exister que par son travail depuis son entrée à la Croix-Rouge, un an et demi auparavant. Son courage moral et physique, son ardeur font l’admiration de ses chefs. Ses compagnes, parfois issues de milieux sociaux différents du sien, ont oublié qu’elle est la fille d’un écrivain célèbre, François Mauriac, et la considèrent comme l’une d’entre elles, rien de plus. Cela la rend heureuse. Elle aime ce qu’elle fait, la nécessité de vivre au jour le jour. Au volant de son ambulance, quand elle transporte des blessés vers des hôpitaux surchargés, elle se sent vivre, pour la première fois de sa jeune vie. Une vie sans passé, sans futur. Une vie au présent.

De sa chambre, elle regarde les toits de Béziers, la lumière dorée de la fin d’après-midi sur les tuiles. Des cloches sonnent. Sur la grande table qui lui sert de bureau, son précieux poste de T.S.F. et un bouquet de roses de jardin. À côté du vase, le cahier où elle relate quand elle peut le récit de ses journées : son journal. Autour, de nombreuses photos de ses parents, de ses frères et de sa sœur avec son bébé. Une autre, un peu à l’écart, représente un jeune homme en uniforme de soldat qui se force à sourire. Parfois, elle le contemple attendrie, amoureuse, mais maintenant, de plus en plus souvent, elle l’évite.

Ce jour-là, elle est juste attentive à ce qu’elle éprouve, un bien-être physique dû à la douceur de l’air et à un copieux repas constitué de tomates, d’œufs et de prunes trouvées dans une ferme abandonnée. Bientôt il y aura d’autres repas, bientôt elle cessera d’avoir faim. Malgré les combats qui continuent, la guerre n’est-elle pas presque finie ?

Une question alors s’impose : doit-elle rejoindre sa famille comme celle-ci le lui demande ou bien lui désobéir et suivre les armées ? La plupart de ses compagnes ont déjà fait un choix dans un sens ou dans l’autre.

Claire allume une cigarette. Inspirer la fumée, la rejeter par les narines est un plaisir dont elle ne se lasse pas. Même aux pires moments, fumer une cigarette, n’importe laquelle, l’aide à affronter le quotidien, à trouver en elle le détachement nécessaire. Un jeune lieutenant dont elle vient de faire la connaissance lui a offert toute une cartouche qu’il tient de l’armée américaine. En échange, elle doit lui faire visiter la région. Mais ils n’ont pas pris de rendez-vous, ce soldat peut être appelé à rejoindre le combat dans les jours qui viennent.

Par la fenêtre, elle regarde à nouveau les toits de Béziers. Cette ville, elle l’a aimée tout de suite et de devoir bientôt la quitter lui cause un réel chagrin. Pour aller où, ensuite ? Voilà que se repose la question à laquelle elle ne sait pas répondre.

Elle prend son cahier, s’allonge sur le lit et commence à le feuilleter comme si revoir son passé pouvait l’aider à décider de l’avenir. Elle passe très vite sur les pages concernant ses débuts à Caen puis s’attarde sur celles où elle parle de Patrice, prisonnier en Allemagne, avec qui elle correspond depuis le début de la guerre. « Mon fiancé, prononce-t-elle à mi-voix, mon fiancé... » Elle lève les yeux vers son portrait, près du vase de fleurs et le contemple avec attention. Il lui semble qu’elle ne se souvient plus aussi exactement de sa façon de se mouvoir, du timbre de sa voix.

À la date du 19 décembre 1943, lors d’un bref passage à Paris, elle a noté :

« Journée tout entière passée chez les parents de Patrice alors que je n’y étais venue que pour le déjeuner. C’est extraordinaire comme j’aime cette famille. J’ai vraiment l’impression d’être des leurs. Ses frères lui ressemblent beaucoup. Nous avons naturellement parlé de Patrice. Comme ils l’aiment et comme leur amour déborde sur moi. À leurs yeux, je suis celle que Patrice aime et je suis sacrée. En plus ils me trouvent très jolie.

Comme j’ai changé depuis l’année dernière ! Il y a un an, j’étais très malheureuse. Patrice n’était rien ou presque rien pour moi alors que maintenant il a pris une place qui grandit tous les jours davantage. Je pensais à lui avec ennui et j’avais presque peur de le voir revenir. Maintenant je compte les jours, je voudrais le voir, le toucher, lui parler, le remercier de tant m’aimer, de m’avoir appris à l’aimer, à l’attendre avec tant de joie et d’impatience.

Il y a un an, j’échouais à l’examen d’entrée à la Croix-Rouge. J’étais triste car je doutais de moi. Aujourd’hui, je sais que je suis capable. Ainsi, en cette fin d’année, je suis contente du chemin parcouru. Il me semble que Caen m’a fait un bien immense. Je suis moins égoïste et surtout je sais mieux apprécier le vrai bonheur. Je suis moins blasée. Je m’aime moins pour moi que pour Patrice. Je l’attends. Je prends un immense plaisir à imaginer notre appartement et ma vie à ses côtés. »

Sur les pages suivantes, Claire a minutieusement recopié les lettres qu’elle a envoyées à Patrice. Elle y relate des fragments de sa vie quotidienne mais se plaît surtout à rêver leur vie future dans un monde pacifié. Ce sentimentalisme, l’affirmation chaque fois répétée de son amour brusquement l’excèdent. « Quels enfantillages ! » pense-t-elle. Et aussitôt après : « Comme je me suis engagée ! » Elle en oublie que les lettres répondent à celles de Patrice, rangées dans sa valise et qu’elle relit rarement. « Pas le temps », dit-elle à voix haute comme si on lui en demandait la raison.

Elle ne lui a pas écrit depuis plusieurs jours et un soupçon de remords lui gâche la fin de sa cigarette. Vite, elle saute ces fâcheuses pages et allume une nouvelle cigarette au mégot de la précédente. Elle préfère revenir à des récits plus flatteurs qui, pense-t-elle, reflètent davantage la jeune femme qu’elle est devenue grâce à la guerre. Comme souvent, c’est une lettre qu’elle a recopiée avant de la faire transmettre par une de ses compagnes en permission. Celle-ci est adressée à sa famille, 38 avenue Théophile-Gautier, Paris XVIe.

« 21 août 1944 Mes adorables petits parents, je commence juste à réaliser que je suis dans un pays libre et que je peux écrire ce que je veux. Je pense terriblement à vous. Avant-hier soir, lorsque les postes de la T.S.F. criaient la libération de Paris, j’avais envie de pleurer tant j’étais triste de ne pas y être. À ce moment-là, j’aurais donné tout ce que j’ai vécu pendant ces quelques mois à la C.R.F. pour ces quelques heures à Paris. Vous devez avoir vu des choses formidables et j’ai presque honte de vous raconter le peu de choses que j’ai fait.

Pendant des jours et des jours, les convois allemands sont passés à Béziers. Nous, nous continuions nos missions sur des routes encombrées. Assise sur l’aile de la voiture, j’interrogeais le ciel. Plusieurs fois nous avons été prises dans d’énormes convois. Il nous était impossible d’en sortir, sauf quand les avions étaient au-dessus de nous, car la colonne s’arrêtait au bord de la route.

Les Alliés ont souvent mitraillé, mais jamais au-dessus de nous. On comprenait ce qui se passait à la figure des Allemands et à leurs voitures en feu.

Dimanche dernier, mitraillage de la ville. De 5 à 9 heures du soir, les tanks ont traversé la ville en mitraillant : 15 morts, 50 blessés. Imaginez votre petite Claire avec sa copine Martine et un agent mettant une demi-heure pour arriver jusqu’à mon ambulance. Le plus dangereux était la traversée des grandes avenues. On faisait un pas et on se collait contre le mur à cause d’une rafale de mitrailleuse. Nous avons fini par marcher lentement au milieu de la rue en montrant nos écussons et en levant les bras. Plusieurs fois, des fusils qui nous visaient se sont baissés. Pendant quatre heures nous avons parcouru les rues de Béziers pour relever les blessés. Les balles sifflaient partout, c’était formidable. Les Allemands n’ont jamais tiré directement sur nous. Je me suis mise à un moment entre deux tanks et un soldat allemand m’a fait signe de mettre un casque. Je n’ai pas eu peur et si ce n’était les morts et les blessés, j’aurais été folle de joie. Sans Martine et moi, un homme serait mort d’hémorragie. Il le sait et, chaque fois que nous allons à l’hôpital, il nous remercie. Cela fait plaisir et console de bien des choses.

J’ai passé les deux jours suivants de morgue en morgue. J’ai vu d’horribles blessures, une toute jeune fille morte que sa mère ne voulait pas laisser partir. Un jeune F.F.I. avec la bouche pleine de vers, etc., etc. J’ai été chercher dix cercueils pour dix morts.

Et puis les F.F.I. sont arrivés. Pas très beaux, pas beaucoup d’enthousiasme. Pendant tout un jour, ils ont tiré des toits et des rues sur des miliciens plus ou moins imaginaires. Pendant ce temps, je transportais les blessés d’un petit bombardement aérien. Les avions passaient au-dessus de nous et mitraillaient partout. Je n’ai pas eu le temps de penser que je pouvais mourir.

Hier, nous avons été appelés d’urgence pour aller chercher des blessés du maquis à Saint-Pons. J’étais d’autant plus contente que l’on disait que l’on s’y battait encore. On arriva dans un pays tout à fait calme après plusieurs jours de guerre. Les Allemands avaient complètement pillé la ville et allaient tout brûler, quand ils s’aperçurent qu’ils avaient une trentaine de blessés chez eux. Nous avons commencé à leur administrer les premiers soins, ils virent qu’ils allaient être bien soignés et ils nous dirent : “Nous ferons notre devoir comme vous faites le vôtre.” Et ils partirent. Les blessés du maquis avaient déjà été évacués et ce furent ces grands blessés allemands que nous ramenâmes à Béziers. Je suis restée une heure avec eux à l’hôpital. Ils souffraient tellement que j’en avais mal au cœur. J’aurais voulu avoir de la haine, je n’avais qu’une immense pitié et j’aurais voulu pouvoir les soulager. L’un d’eux, un pauvre gosse de dix-huit ans, avait une péritonite. Il était perdu et le médecin n’a pas voulu l’opérer. Sa main brûlante s’agrippait à la mienne et il me regardait avec des yeux tellement suppliants que je me suis mise à pleurer. Je pensais à tous ces hommes qui comme lui mouraient loin de leur famille. Je ne suis pas faite pour être infirmière, je serais trop malheureuse.

17 heures. Là, je viens d’aller chercher un homme qui est mort devant moi suite au mitraillage de dimanche. Je n’aime pas les morts mais j’aime encore moins voir sangloter les familles.

Il fait lourd, la ville est pleine de F.F.I., d’étoiles et de drapeaux. On espère voir arriver très bientôt les Américains au port de Sète. Figurez-vous que c’est à Sète, Agde, etc., qu’ils devaient débarquer. Ils n’ont demandé les plans de la Côte d’Azur que dix jours seulement avant le débarquement. ».

Lu dans le cadre du challenge coeur_vs3 proposition de Clarabel

3 décembre 2009

Magasin général : Montréal - Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

magasin_general5 Casterman – novembre 2009 – 75 pages

Présentation : Marie et le jeune Marceau, dans un bref moment d’attirance mutuelle, se sont abandonnés l’un à l’autre. Un épisode charnel qui, hélas pour eux, n’a pas tardé à se savoir. La promise de Marceau, Clara, a débarqué publiquement au magasin général en furie, accusant Marie de lui avoir volé son fiancé. Cris, larmes. Le curé s’en mêle, on jase à qui mieux mieux dans les familles, et bientôt c’est tout le village qui entre en ébullition !
Conséquence directe : le magasin général est en partie déserté et c’est tout Notre Dame des Lacs, ou presque, qui s’applique à éviter Marie comme une pestiférée. Lorsque sa meilleure amie Adèle rejoint elle aussi la réprobation générale, c’en est trop pour la jeune veuve : elle décide de partir ! De quitter la petite communauté, au moins pour un moment. Sur les conseils de Serge, accompagnée de Jacinthe qui vient de perdre sa grand-mère, Marie prend la route de Montréal…

Auteurs :

Régis Loisel est né dans les Deux-Sèvres en 1951. Il signe ses premiers travaux au milieu des années 70 lors de l'éclosion de la bande dessinée "adulte" dans diverses publications de l'époque (Mormoil, Pilote, Tousse-Bourin, etc.), mais c'est à partir du début des années 80 que sa carrière "décolle" réellement avec la série La Quête de l'oiseau du temps (Dargaud), scénarisée par Serge Le Tendre. Il est également l'auteur de Peter Pan (Vents d'Ouest), autre série à succès, et de divers one-shots tels que Troubles Fêtes (Les Humanoïdes Associés). Il a également collaboré à divers longs métrages d'animation et a été distingué en 2003 par le Grand Prix de la Ville d'Angoulême. Il réside à Montréal, au Canada.

Jean-Louis Tripp est né à Montauban en 1958. Il publie ses premières histoires courtes au tournant des années 70 et 80, notamment dans Métal Hurlant et chez Futuropolis. Sa première série, Jacques Gallard, paraît chez Milan à partir de 1983. Il contribue ensuite à divers albums collectifs dont Le Violon et l'archer chez Casterman en 1990, signe le récit de voyage illustré La Croisière verte (Glénat), puis bifurque vers la peinture, la sculpture et l'enseignement, avant de revenir à la bande dessinée en 2002 via sa collaboration avec Didier Tronchet {Le Nouveau Jean-Claude, Albin Michel).

Mon avis : (lu en décembre 2009)

J’étais très contente de retrouver Marie, Serge et les autres dans ce nouvel épisode de « Magasin général ». Marie a fauté avec Marceau et sa fiancée Clara l’apprend et débarque en furie au magasin général. Tout Notre Dame des Lacs est au courant et déserte le magasin général, Marie décide de quitter le village et part à Montréal habiter dans la maison de Serge.

L'épicerie est donc tenue quelques heures par jour par Serge, sans réapprovisionner les stocks avec de nouveaux "zhoraires" et la population s'en désole et se met à regretter Marie… 

Toujours des dessins superbes et des dialogues avec ses expressions québécoises pleine de charme, qui nous plongent dans l’ambiance de cette campagne canadienne des années 20. Même si l’intrigue de cet album ne fait pas vraiment progresser l’histoire, il nous offre un dépaysement total. Et j’attends avec impatience le volume suivant qui malheureusement serait le dernier…

Extrait :

magasin_general_1 magasin_general_28

magasin_general_54 magasin_general_61

tome 1 à 4 de la série ici

27 septembre 2009

Contretemps - Charles Marie

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book - Aux forges de Vulcain

contretemps Aux forges de Vulcain – août 2009 – 163 pages

Quatrième de couverture :

« Assis par terre dans sa chambre devant le thé au goût de vieille terre moite qu’il affectionnait, il méditait sur la meilleure façon de retrouver le disparu. Ce qu’il lui fallait, c’était une méthode. Une méthode de recherche. Comme il n’avait jamais cherché à retrouver personne auparavant, il prit pour point de départ l’agonie familière que lui infligeait la disparition quotidienne de ses clés, évaporées. Il retournait alors chaque objet de son appartement, soupçonnant des pires conspirations des recoins où il n’était pourtant jamais allé, en découvrant ainsi beaucoup de nouveaux, les retrouvant finalement, le plus souvent dans sa poche, parfois sur la porte, du coté extérieur. Il décidait alors, épuisé, de remettre ses projets à plus tard et de demeurer à l’intérieur pour le moment. Il était le genre d’homme à qui l’expérience n’apprend jamais rien. Ce qu’il savait, il le savait d’instinct ou du fait de ses lectures, mais ce que le monde tentait de lui enseigner par les événements, il l’oubliait toujours. »

Auteur : Charles Marie, né en 1980, est avocat et vit à Paris. Contretemps est son premier roman.

Mon avis : (lu en septembre 2009) 

C’est le premier livre de la Collection Littératures de la jeune maison d’édition Aux forges de Vulcain. J’ai accepté de lire ce livre que me proposait le site Blog-O-Book vraiment par curiosité car j’ai beaucoup de mal à refuser de lire un livre qu’on me propose…

Melvin est recruté anonymement pour retrouver Bruno Bar, un ami qu'il a perdu de vu. Melvin part du principe que l'on retrouve facilement que ce que l'on ne recherche pas et il part donc un peu par hasard pour Florence. Il y rencontre une très jolie femme, Lorraine qui l’invite à une soirée dans les catacombes. Une fusillade a lieu lors de cette soirée et Melvin découvre alors que deux clans s’affrontent la Banque et la Catacombe. Brutalement, il quitte Florence pour Budapest où il croit voir Bruno Bar…

Cela commence comme un vrai roman policier avec de l’action, des surprises, du fantastique aussi, mais j’ai été vite perdue dans une intrigue qui part dans tous les sens et j’ai péniblement terminé le livre sans vraiment de plaisir. J'avoue ne pas être une fan des livres fantastiques, c'est peut-être cela qui m'a empêché d'apprécier ce livre. Sinon j’ai été perturbée par la construction du livre avec des petits chapitres de quelques pages qui se succèdent les uns les autres sans passer à la page suivante. D’autre part, la typographie est un peu petite et rend fatigante la lecture.

J'ai voulu avoir un autre avis, celui de mon fils qui est un grand lecteur de livres de science-fiction et de fantastique. Il a trouvé l'intrigue et les personnages très sympa mais au milieu du livre l'histoire est un peu confuse.

Merci aux éditions Les forges de Vulcain pour cette découverte.

Extrait : (page 7 – Briser la glace)

Melvin adorait prendre le train. Et cette fois-ci ne dérogeait pas : l'idée que ce train précis, dans lequel il était depuis une heure, arriverait à Florence le lendemain matin, quoi qu'il advint ou presque, lui était particulièrement douce. C'était comme si, dans un monde d'incertitudes et de libre arbitre, les principes ployaient sous la force des rails, et le destin redevenait maître de sa vie. Il s'achetait toujours un billet de train avec le sourire de l'homme qui échappe à ses ennemis, certain d'avoir, pour quelques heures, réussi à rétablir l'inexorable au sein de sa vie. Il ne lui restait qu'à se débarrasser du costumé qui gesticulait devant lui pour en goûter pleinement l'abandon souverain.

Cet homme, dont Melvin souhaitait désespérément le départ, c'était le contrôleur, qui ne comprenait pas que l'on puisse réserver une cabine double alors que l'on était seul, dans le but, précisément, de la rester. C'était un de ces hommes qui croit à la communauté des hommes. Il aurait été plus prompt à admettre l'existence d'une femme invisible et sa présence dans la cabine que la possibilité d'homme prêt à payer deux fois plus cher pour pouvoir voyager seul. Il semblait donc décidé à rester discuter le plus longtemps possible afin de neutraliser le bénéfice de cet acte inhumain. Il fallait y mettre fin. Mais comment se débarrasser d'un humaniste ? La maladie. Tout le monde fuyait devant la maladie.

Livre lu dans le cadre du partenariat logotwitter_bigger et LOGO4_large

25 juin 2009

Karambolage : tome 2 – Claire Doutriaux

lu dans le cadre de l'opération babelio

karambolage_2 Seuil – octobre 2007 – 197 pages

Présentation de l'éditeur
Le deuxième tome de KaramboLaGe ! De la Fernsehturm à la toile de Jouy, de la tâche au Hiztefrei, de la Kehrwoche au bal des pompiers, mais aussi de la prestation de serment d'Angela Merkel aux accolades des chefs d'État, ces autres objets, mots, expressions, symboles, rites et analyses d'images complètent la petite mythologie du quotidien des Français et des Allemands. Après le succès du premier tome, KaramboLaGe continue de creuser son sillon et décrypte avec jubilation les us et coutumes de part et d'autre du Rhin.

Les auteurs :

Claire Doutriaux a découvert l'Allemagne enfant dans une famille de Düren où elle passait régulièrement les vacances de Pâques. Plus tard, elle a vécu une quinzaine d'années à Hambourg et a rejoint ARTE dès sa création. Karambolage est né de l'envie de réunir les fils d'une existence qui navigue entre deux pays. Alexandra Brodin, Nathalie Karanfilovic, Marco Kasang, Eva Könnemann, Jeanette Konrad , Hajo Kruse , Waltraud Legros, Olaf Niebling, Nikola Obermann, Katja Petrovic, Maija-Lene Rettig, Rainer Rother, Hinrich Schmidt-Henkel, Karine Waldschmidt, Bettina Wohlfarth.

Mon avis : (lu en juin 2009)

Karambolage" est avant tout une émission de télévision diffusée sur Arte, le dimanche à 20h00 depuis janvier 2004, "qui jette un regard amusé sur les particularités des Allemands et des Français."

Karambolage

Depuis 3 ans, nous regardons très régulièrement cette émission en famille. Les deux aînés font de l’allemand en classe, le dernier commencera à la rentrée prochaine. Cette émission dure 10 minutes et nous apprenons beaucoup de choses sur nos habitudes et nos coutumes en France et en Allemagne. A la fin de chaque émission il y a une photo-devinette : la photo a-t-elle été prise en Allemagne ou en France, qu’elle est l’indice ?

Ce livre rassemble par chapitres des articles de chacune des chroniques de l'émission :

L'objet / der Gegenstand : description et utilisation d'un objet spécifique ou commun à l'Allemagne ou à la France - Exemples : la cabine de plage, der Fernsehturm (la tour de télévision)...

Le symbole / das Symbol : description et histoire de symboles importants pour la France ou pour l'Allemagne – Exemples : les drapeaux, les hymnes nationaux, la porte de Brandebourg...

Le mot / das Wort : étymologie et origine de mots ou d'expressions qui se retrouvent dans les deux langues - Exemples : choucroute, banc – bank - banque...

Le quotidien / der Alltag : Exemples : la numérotation des rues à Berlin, l'alliance portée à gauche en France et à droite en Allemagne...

Le rite / der Brauch : Exemple : der Maibaum (l'arbre de Mai), la chandeleur...

L'analyse d'image / die Bildanalyse : analyse de situations historiques – Exemples : La prestation de serment (die Eidesleistung), trois gestes historiques échangés entre chefs d'Etat français et allemands...

En bonus, tout au long du livre nous retrouvons douze photos-devinette : France - Deutschland avec les solutions en fin du livre !

Les textes sont bien écrits, courts avec un ton enjoué et beaucoup de sens critique.

Petit bémol pour les illustrations, issues d'image vidéo et comme le signale une note de l'éditeur au début du livre, qui sont parfois un peu pixellisées.

Aimant beaucoup l'émission Karambolage sur Arte, j'ai été contente de retrouver des chroniques vues à la télévision ou d'en découvrir des nouvelles.

lu dans le cadre de l'opération babelio

13 juin 2009

Louise – Didier Decoin

louise_   louise

Seuil – mars 1998 – 378 pages

Point – mai 1999 – 378 pages

Quatrième de couverture :

A quarante ans, Joanne égaye deux fois l'an son existence de coiffeuse à Saint-Pierre-et-Miquelon : lorsque son amant lui rend visite à chaque solstice. Dans cet archipel qui connut la fortune grâce au trafic d'alcool pendant la prohibition des années 20, sa rencontre avec Manon, une étudiante québécoise, va bouleverser l'ordre de sa vie.
Marquée par une expérience unique qui l'a conduite aux confins de la mort et l'a profondément transformée, Manon débarque à Saint-Pierre accompagnée de Louise, une grande oie des neiges qu'elle a recueillie. Là, elle va peu à peu apprendre à Joanne comment devenir pleinement elle-même, comment accepter l'amour, découvrir la liberté de donner et de prendre, connaître la joie dans son île brumeuse autant que dans l'incendie des étés indiens.

Auteur : Didier Decoin, né le 13 mars 1945 à Boulogne-Billancourt (Seine), est un scénariste et écrivain français récompensé du Prix Goncourt en 1977 pour John l'Enfer. Didier Decoin est le fils du cinéaste Henri Decoin. Il débute sa carrière comme journaliste de presse écrite à France Soir, au Figaro et à VSD, et de radio sur Europe 1. En parallèle il se lance dans l'écriture, et sera couronné par le Prix Goncourt en 1977 avec John l'Enfer. Tout en continuant son métier d'écrivain, il devient scénariste au cinéma puis à la télévision (adaptations et scripts pour la télévision comme les grands téléfilms Les Misérables, Le Comte de Monte-Cristo, Balzac ou Napoléon). En 1995, il est devenu le Secrétaire de l'Académie Goncourt.

Mon avis : (lu en avril 2004 et relu en juin 2009)

C'est une belle histoire de rencontre entre trois femmes et une oie. Il y a Joanne a 40 ans, elle possède un salon de coiffure de 36 m² appelé Al's. Elle attend le prochain solstice et la venue bisannuelle de son amant Paul. Sa mère, Denise a presque 80 ans et elle chipe des couverts dans les bars de Saint-Pierre. Un jour, Manon, étudiante québécoise débarque dans le salon de coiffure, elle est accompagnée par Louise, un oie des neiges qui a une aile cassée. L'arrivée de Manon et Louise va bousculer la vie tranquille de Joanne. C'est un livre plein de fantaisie et de poésie. J'ai beaucoup aimé.

L'histoire se passe sur l'archipel français Saint-Pierre et Miquelon situé dans l'Atlantique nord à 25 km au sud de l'île de Terre-Neuve (Canada). On découvre une partie de l'histoire de ce coin de France peu connu : on connaît la pêche à la morue qui a permis l'essor économique de l'île mais pour ma part je ne connaissais pas le rôle tenu par Saint-Pierre et Miquelon lors de la prohibition aux États-Unis d'Amérique. J'ai aimé découvrir cet archipel grâce aux nombreuses descriptions.

saint_Pierre_et_miquelon3

Extrait :

Dans l'archipel, il y avait donc une petite ville pimpante qui sentait le poisson (moins qu'autrefois, mais quand même), le goudron, l'odeur aigrelette des brumes ; et dans cette ville, il y avait une rue.

- Une rue située par 46°49' de latitude nord et 56°10' de longitude ouest, ne manquait jamais d'indiquer Joanne quand elle donnait l'adresse.

Mieux valait être précis quand on vivait presque toute l'année dans ces brouillards d'eau filée, ces petites neiges de toile émeri qui rayaient pare-brise et lunettes, ces copeaux de glace volante qui transformaient les nez un peu proéminents en hérissons qui saignent.

Entre deux rangées de maisons à bardeaux de bois peints de couleurs vives, la rue descendait en pente douce vers le port. Au bout, on apercevait une flaque d'océan, huileuse et noire, sur laquelle était mouillé le bateau pilote de Saint-Pierre.

Le frein à main et la vitesse enclenchée ne suffisant pas toujours à empêcher sa voiture en stationnement de glisser sur la chaussée verglacée ou simplement détrempée, Joanne avais pris l'habitude d'engager une cale sous les roues du 4x4. Paul Ashland lui avait taillé cette cale au couteau, dans un fragment d'épave. Il lui avait donné une forme sensuelle et belle.

Lorsqu'il prendrait sa retraite, Paul se consacrerait à la sculpture des bois rejetés par la mer. Un art où l'habileté manuelle compte moins que la façon de regarder le matériau brut, de le tourner dans tous les sens pour le « lire », pour deviner ce que l'érosion des vagues a déjà commencé à faire de lui.

Joanne et Paul se promettaient de longues promenades qu'ils feraient ensemble, tôt le matin, le long d'un rivage fouetté par le vent, repérant l'affleurement des souches noires enfouies dans le sable, se penchant front contre front pour les exhumer. Ils auraient un chien qui fouillerait les plages avec eux. Quand on leur demanderait quelle sorte de chien c'était, ils répondraient : « un épavier – on dit bien un truffier, non ? » En rentrant, on mangerait des coquillages avec du pain beurré, on boirait du vin blanc. Le chien se secouerait longuement, et finirait par s'allonger devant le foyer en grognant de bien-être. Le bonheur semblait accessible, facile à mériter.

Un jour, en voulant allumer le feu dans la cheminée, Paul y jetterait, par distraction, une de leurs plus belles trouvailles du matin. Ils en riraient beaucoup. D'ailleurs, ils feraient en sorte de rire le plus souvent possible : ils avaient tous les deux un joli rire en cascade. C'était en se faisant rire mutuellement qu'ils étaient tombés amoureux l'un de l'autre.

20 juin 2009

Millenium, Tome 3 - Stieg Larsson

La reine dans le palais des courants d'air

mill_nium3 Actes Sud – septembre 2007 – 710 pages

Traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain

Présentation de l'éditeur
Que les lecteurs des deux premiers tomes de la trilogie Millénium ne lisent pas les lignes qui suivent s'ils préfèrent découvrir par eux-mêmes ce troisième volume d'une série rapidement devenue culte. Le lecteur du deuxième tome l'espérait, son rêve est exaucé : Lisbeth n'est pas morte. Ce n'est cependant pas une raison pour crier victoire : Lisbeth, très mal en point, va rester coincée des semaines à l'hôpital, dans l'incapacité physique de bouger et d'agir. Coincée, elle l'est d'autant plus que pèsent sur elle diverses accusations qui la font placer en isolement par la police. Un ennui de taille : son père, qui la hait et qu'elle a frappé à coups de hache, se trouve dans le même hôpital, un peu en meilleur état qu'elle... Il n'existe, par ailleurs, aucune raison pour que cessent les activités souterraines de quelques renégats de la Säpo, la police de sûreté. Pour rester cachés, ces gens de l'ombre auront sans doute intérêt à éliminer ceux qui les gênent ou qui savent. Côté forces du bien. on peut compter sur Mikael Blomkvist, qui, d'une part, aime beaucoup Lisbeth mais ne peut pas la rencontrer, et, d'autre part, commence à concocter un beau scoop sur des secrets d'Etat qui pourraient, par la même occasion, blanchir à jamais Lisbeth. Mikael peut certainement compter sur l'aide d'Armanskij, reste à savoir s'il peut encore faire confiance à Erika Berger, passée maintenant rédactrice en chef d'une publication concurrente.

Biographie de l'auteur
Né en 1954, Stieg Larsson était journaliste. Il est décédé brutalement en 2004, juste après avoir remis à son éditeur les trois tomes de la trilogie
Millénium dont le premier est disponible chez Actes Sud (Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, 2005) et le deuxième (La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette, 2006).

Mon avis : (lu en juin 2009)

C'est avec beaucoup de nostalgie que j'ai fermé ce troisième tome qui achève cette superbe série de Millénium. J'ai adoré suivre les aventures du couple improbable que sont Lisbeth et Mikael. Millénium n'est pas un simple roman policier mais surtout une étude sociologique de la société Suédoise.
Au début de ce troisième tome, nous retrouvons Lisbeth et Mickael quelques heures à peine après la fin du second tome. Lisbeth est dans un sale état inconsciente, avec une balle dans la tête, une balle dans la hanche et une dans l'épaule, Mikaël est menotté... La rédaction de Millénium va se mobiliser pour faire défendre Lisbeth. On retrouve aussi tous les soutiens de Lisbeth qui se s'unissent : Dragan Armanskij, son ancien patron, de même que son ancien tuteur. Certains policiers vont aussi rejoindre ce camp.
Nous allons être plongé dans une enquête, minutieuse, au cœur de complots politiques, de trafics en tout genre et de la police secrète.

Un immense plaisir de lecture, comme pour les deux volumes précédents, j'ai commencé lentement ce troisième tome et rapidement je n'ai pas pu le lâcher avant la fin de cette nouvelle histoire toujours aussi passionnante et captivante. Finalement, je suis bien triste de quitter les héros de Millénium qui m'étaient devenus familiers . Le journaliste suédois Stieg Larsson aurait rédigé les deux cent premières pages du tome 4 avant de décéder. Pourra-t-on un jour lire ce mystérieux Millénium 4 ?

Extrait : (page 19)

Mikael Blomkvist lorgna sur la montre et constata qu'il était 3 heures et des poussières. Il avait des menottes aux poignets. Il ferma les yeux pendant une seconde. Il était exténué mais l'adrénaline lui faisait tenir le coup. Il rouvrit les yeux et regarda hargneusement le commissaire Thomas Paulsson qui lui rendit un regard embêté. Ils étaient assis autour d'une table de cuisine dans une ferme d'un patelin qui s'appelait Gosseberga, quelque part près de Nossebro, et dont Mikael avait entendu parler pour la première fois de sa vie moins de douze heures auparavant.

La catastrophe venait d'être confirmée.

- Imbécile, dit Mikael.

- Écoutez-moi...

- Imbécile, répéta Mikael. Je l'ai dit, putain de merde, qu'il était un danger de mort ambulant. J'ai dit qu'il fallait le manier comme une grenade dégoupillée. Il a tué au moins trois personnes, il est bâti comme un char d'assaut et il tue à mains nues. Et vous, vous envoyez deux gardiens de la paix pour le cueillir comme s'il était un simple poivrot à la fête du village.

Mikael ferma les yeux de nouveau. Il se demanda ce qui allait bien pouvoir encore foirer au cours de cette nuit.

Il avait trouvé Lisbeth Salander peu après minuit, grièvement blessée. Il avait appelé la police et réussi à persuader les Services de secours d'envoyer un hélicoptère pour évacuer Lisbeth à l'hôpital Sahlgrenska. Il avait décrit en détail ses blessures et le trou que la balle avait laissé dans son crâne, et il avait trouvé un appui auprès d'une personne intelligente et sensée qui avait compris que Lisbeth avait besoin de soins immédiats.

1 mai 2009

Anges et démons – Dan Brown

Anges_et_d_mons Jean-Claude Lattès - mars 2005 – 600 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Daniel Roche

Présentation de l'éditeur
Une antique confrérie secrète : les Illuminati. Une nouvelle arme dévastatrice : l'antimatière. Une cible invraisemblable : le Vatican. Robert Langdon, le célèbre spécialiste de symbologie religieuse, est convoqué au CERN, en Suisse, pour déchiffrer un symbole gravé au fer rouge retrouvé sur le corps d'un éminent homme de science. Il s'agirait d'un crime commis par les Illuminati, une société secrète qui vient de resurgir après une éclipse de quatre siècles et a juré d'anéantir l'Eglise catholique. Langdon ne dispose que de quelques heures pour sauver le Vatican qu'une terrifiante bombe à retardement menace ! Après le succès international du Da Vinci code, cette nouvelle enquête de Robert Langdon nous entraîne à Rome, dans ses églises et ses catacombes, au cœur même du Vatican où les cardinaux sont réunis en conclave.

Auteur : Né en 1964 aux États-Unis, après des études de lettres et d'art à l’Amherst College et à la Phillips Exeter Academy, Dan Brown s'installe à Hollywood en Californie pour écrire des chansons. Professeur à l'université Philips Exeter, il est le témoin, sur le campus, de l'arrestation par les services secrets américains d'un étudiant qui, pour s'amuser, évoque dans un mail l'assassinat du président Bill Clinton. Dan Brown est impressionné par l'extraordinaire capacité des agences de renseignements à surveiller et observer les individus. Il écrit alors son premier roman, paru sous le titre de 'Digital Fortress', une histoire au cœur de la National Security Agency. L'étude des codes secrets l'a toujours passionné. Pour preuve, le célèbre 'Da Vinci code', son quatrième roman, est un best-seller mondial. Il sort en 2005 'Anges et démons', une enquête également menée par le fameux professeur Robert Langdon, personnage désormais célèbre et récurrent. Dan Brown écrit également pour plusieurs revues dont Newsweek et The New Yorker. En 2006 sort en France 'Deception Point', un nouveau thriller haletant sur fond de technologie spatiale, avant que ne suive 'Forteresse Digitale' l'année suivante.

Mon avis : (lu en avril 2005)

Ce livre a été écrit par Dan Brown et est paru aux États-Unis avant le Da Vinci Code... La construction du livre est très proche celle du Da Vinci code : nous retrouvons Robert Langdon, le célèbre professeur d'histoire de l'art et spécialiste de symbologie religieuse, c’est Vittoria une jolie jeune scientifique qui le secondera, des faits historiques, légendaires, politiques, religieux et une course contre la montre dans Rome. L’enquête est toujours très bien rythmée, on apprend beaucoup sur Rome et sur le Vatican.

Les lieux où se déroule cette histoire sont les suivants :

Suisse : Siège du CERN - Accélérateur de particules LHC (Genève)

CERN_aerial CERN_LHC_Tunnel1

Vatican : Place Saint-Pierre et Basilique Saint-Pierre

Place_St_Pierre_Vatican Basilique_St_Pierre_Vatican

Rome : Château Saint-Ange, Fontaine des Quatre Fleuves,

Chateau_St_Ange Rome_Fontaine_des_Quatre_fleuves

Panthéon de Rome,

Rome_Pantheon_rome

Église Santa Maria Della Vittoria,

Rome___Santa_Maria_della_Vittoria

Église Santa Maria Del Popolo

Rome_Ste_Maria_du_peuple 


Anges_et_demons_film Anges_et_demons_film1

Un film réalisé par Ron Howard avec doit sortir en France le 13 mai prochain Tom Hanks,Ewan McGregor, Stellan Skarsgard. Mais j’attendrai son passage à la télévision pour le voir car un film est rarement à la hauteur d’un livre si dense.

Extrait : (Début du livre)
Les faits
Le plus grand pôle de recherche scientifique au monde, le CERN (Centre européen pour la recherche nucléaire), a récemment réussi à produire les premiers atomes d’antimatière.
L’antimatière est identique à la matière, si ce n’est qu’elle se compose de particules aux charges électriques inversées. L’antimatière est la plus puissante source énergétique connue. Contrairement à la production d’énergie nucléaire par fission, dont l’efficience se borne à 1,5 %, elle transforme intégralement sa masse en énergie. En outre, elle ne dégage ni pollution ni radiations. Il y a cependant un problème :
L’antimatière est extrêmement instable. Elle s’annihile en énergie pure au contact de tout ce qui est... même l’air. Un seul gramme d’antimatière recèle autant d’énergie qu’une bombe nucléaire de 20 kilotonnes, la puissance de celle qui frappa Hiroshima.
Jusqu’à ces dernières années, on n’avait réussi à produire que quelques infimes quantités d’antimatière (quelques atomes à la fois). Mais le « décélérateur d’antiprotons » récemment mis au point par le CERN ouvre de formidables perspectives : sa capacité de production d’antimatière est considérablement renforcée.
Se pose désormais une angoissante question : cette substance hautement volatile sauvera-t-elle le monde, ou sera-t-elle utilisée pour créer l’arme la plus destructrice de l’histoire ?

Note de l’auteur
Tous les tombeaux, sites souterrains, édifices architecturaux et œuvres d’art romains auxquels se réfère cet ouvrage existent bel et bien. On peut encore les admirer aujourd’hui. Quant à la Confrérie des Illuminati, elle a aussi existé.

Prologue
En reniflant une odeur de chair brûlée, le physicien Leonardo Vetra comprit que c’était la sienne. Il leva des yeux terrorisés vers la silhouette penchée sur lui.
- Que voulez-vous ?
- La chiave, répondit la voix rauque, le mot de passe.
- Mais... je n’ai pas...
L’intrus appuya de nouveau, enfonçant plus profondément l’objet blanc et brûlant dans la poitrine de Vetra. On entendit un grésillement de viande sur le gril. Vetra poussa un hurlement de douleur.
- Il n’y a pas de mot de passe !
Il se sentait basculer dans le néant.
Son bourreau lui jeta un regard furibond.
- Exactement ce que je craignais. Ne avevo paura !
Vetra lutta pour ne pas perdre connaissance, mais le voile qui le séparait du monde s’épaississait. Son seul réconfort : savoir que son agresseur n’obtiendrait jamais ce qu’il était venu chercher. Quelques instants plus tard, l’homme sortit un couteau. La lame s’approcha du visage de Vetra. Avec une délicatesse toute chirurgicale.
- Pour l’amour de Dieu ! hurla le mourant d’une voix étranglée.
- Mais il était trop tard.



Chapitre 1. Au sommet des marches de la grande pyramide de Gizeh, une jeune femme riait et l’appelait.
- Robert, dépêche-toi ! Décidément, j’aurais dû épouser un homme plus jeune ! Son sourire était magique. Il s’efforçait de la suivre mais ses jambes étaient deux blocs de pierre.
- Attends-moi ! supplia-t-il. S’il te plaît ! Alors qu’il recommençait à grimper, la vision se brouilla. Son cœur cognait comme un gong à ses oreilles. Je dois la rattraper ! Mais quand il leva de nouveau les yeux, la femme avait disparu. A` sa place se tenait un vieillard aux dents gâtées. L’homme regardait vers le bas, un étrange rictus retroussait ses lèvres. Puis il poussa un cri d’angoisse qui résonna dans le désert. Robert Langdon se réveilla en sursaut de son cauchemar. Le téléphone sonnait à côté de son lit. Emergeant péniblement, il décrocha l’appareil.
- Allô ?
- Je cherche à joindre Robert Langdon, fit une voix d’homme. Langdon s’assit dans son lit et essaya de reprendre ses esprits.
- C’est... c’est lui-même. Il cligna des yeux en tournant la tête vers son réveil numérique. Celui-ci affichait 5 h 18 du matin. Il faut que je vous rencontre sur-le-champ.
- Mais qui êtes-vous ?
- Je me nomme Maximilien Kohler. Je suis physicien. Spécialisé en physique des particules, pour être précis.
- Quoi ? Langdon se demandait s’il était vraiment réveillé.
- Vous êtes sûr que je suis le Langdon que vous cherchez ?
- Vous êtes professeur d’iconologie religieuse à Harvard. Vous êtes l’auteur de trois ouvrages sur les systèmes symboliques et...
- Savez-vous l’heure qu’il est ?
- Excusez-moi. J’ai quelque chose à vous montrer. Il m’est impossible d’en parler au téléphone. Langdon poussa un marmonnement entendu. Ce n’était pas la première fois. L’un des risques qui guettent l’auteur de livres sur la symbolique religieuse, c’est justement ce genre d’appels d’illuminés. Ils viennent de recevoir un message de Dieu et ils demandent confirmation au spécialiste. Le mois précédent, une danseuse de cabaret de Tulsa dans l’Oklahoma lui avait promis la nuit d’amour de sa vie s’il prenait l’avion pour authentifier le signe de croix qui venait d’apparaître sur sa housse de couette. Langdon avait baptisé ce nouveau cas « le suaire de Tulsa ».
- Comment avez-vous eu mon numéro ? demanda Langdon en essayant de garder son calme malgré l’heure matinale.
- Sur le Web, sur le site de votre bouquin. Langdon fronça les sourcils. Il était parfaitement sûr que le site de son livre ne donnait pas son numéro de téléphone privé. Ce type mentait, de toute évidence.
- Il faut que je vous voie, insista l’autre. Je vous paierai bien. Langdon sortit de ses gonds.
- Je suis désolé, mais vraiment je n’ai rien à...
- Si vous partez tout de suite, vous pouvez être ici vers...
- Je n’irai nulle part ! Il est 5 heures du matin ! Langdon raccrocha et se laissa choir sur son lit. Il ferma les yeux et essaya de se rendormir. Peine perdue. Il était trop contrarié. A` regret, il enfila son peignoir et descendit au rez-de-chaussée. Robert Langdon traversa pieds nus le grand salon vide de sa demeure victorienne du Massachusetts et se prépara le remède habituel des nuits d’insomnie, un bol de chocolat instantané en poudre. La lune d’avril filtrait à travers les portes-fenêtres et animait les motifs des tapis orientaux. Il balaya la pièce du regard. Ses collègues le taquinaient souvent sur son intérieur – celui-ci évoquait davantage, selon eux, un musée d’anthropologie qu’une habitation privée. Ses étagères étaient bondées d’objets d’art religieux du monde entier – un ekuaba du Ghana, une croix en or espagnole, une idole cycladique de la mer Egée et même un rare boccus tissé de Bornéo, symbole de jeunesse éternelle porté par les jeunes guerriers indonésiens. Assis sur son coffre Maharishi en cuivre, Langdon savourait son chocolat en surveillant d’un œil distrait son reflet dans la baie vitrée. L’image déformée et pâle évoquait un fantôme. Un fantôme vieillissant, songea le professeur, cruellement rappelé à la réalité de sa condition : un esprit jeune dans une enveloppe mortelle. Aˆ gé d’environ quarante ans, Langdon, qui n’était pas beau au sens classique du terme, était le type même de l’universitaire à la mâle distinction qui, selon ses collègues du sexe féminin, plaît tant aux femmes. Avec ses tempes argentées qui rehaussaient une belle chevelure encore brune, son impressionnante voix de basse et le large sourire insouciant d’un grand sportif, Langdon avait gardé le corps du nageur de compétition qu’il avait été à l’université. Et il veillait à maintenir en forme son mètre quatre-vingts longiligne et musclé en s’imposant chaque matin cinquante longueurs dans la piscine du campus. Ses amis l’avaient toujours considéré comme une énigme. Tour à tour moderne et nostalgique, il semblait changer de peau à volonté. Le week-end, on pouvait le voir se prélasser sur une pelouse, discutant conception assistée par ordinateur ou histoire religieuse avec des étudiants ; parfois, on l’apercevait en veste de tweed sur un gilet à motifs cachemire dans les pages d’un magazine d’art ou à la soirée d’ouverture d’un musée où on lui avait demandé de prononcer une conférence. Ce grand amoureux des symboles était sans aucun doute un professeur qui ne faisait pas de cadeaux et exigeait une stricte discipline de ses élèves, mais Langdon était aussi le premier à pratiquer « l’art oublié du bon rire franc et massif », selon sa bizarre expression, dont il vantait les mérites. Il adorait les récréations et les imposait avec un fanatisme contagieux qui lui avait valu une popularité sans mélange auprès de ses étudiants. Son surnom sur le campus, le « Dauphin », en disait long sur son caractère bon enfant mais aussi sur sa capacité légendaire de multiplier les feintes pour tromper l’équipe adverse, lors des matchs de water-polo. Soudain, le silence du grand salon fut de nouveau troublé, cette fois par une sorte de cliquetis que le quadragénaire à demi assoupi ne reconnut pas tout de suite. Trop fatigué pour s’emporter, Langdon esquissa un sourire las : le cinglé de tout à l’heure ne s’avouait pas vaincu. Ah, ces fous de Dieu ! Deux mille ans qu’ils attendent le Messie et ils y croient plus que jamais ! Les sourcils froncés, il rapporta son bol vide à la cuisine et gagna à pas lents son bureau lambrissé de chêne. Le fax qui venait d’arriver luisait faiblement sur le plateau. En poussant un soupir, il s’empara de la feuille et l’approcha de ses yeux. Aussitôt, il fut pris de nausées. C’était la photo d’un cadavre. On l’avait entièrement dénudé et on lui avait tordu le cou jusqu’à ce que sa tête regarde derrière lui. Sur la poitrine de la victime une terrible brûlure renforçait l’atrocité de ce meurtre. L’homme avait été marqué au fer rouge, on avait gravé un mot, un seul mot dans sa chair. Un terme que Langdon connaissait bien. Très bien. Ses yeux restaient rivés, incrédules, sur les étranges caractères gothiques :
- Illuminati, balbutia Langdon, le cœur battant à tout rompre. Ce n’est quand même pas... D’un mouvement lent, appréhendant ce qu’il allait découvrir, il fit pivoter le fax à 180 degrés. Lut le mot à l’envers. Il en eut le souffle coupé – à peu près comme s’il venait de se prendre un coup de poing en pleine poitrine.
- Illuminati, répéta-t-il dans un murmure. Abasourdi, Langdon s’affala dans une chaise. Il resta pétrifié, sous le coup de la commotion qu’il venait de recevoir. Peu à peu, ses yeux furent attirés par le clignotement du voyant rouge sur son fax. Celui qui lui avait envoyé ce fax morbide était au bout du fil... et attendait de lui parler. Langdon resta longtemps sans bouger, à fixer ce petit clignotant redoutable. Puis, en tremblant, il décrocha le combiné.

1 mai 2009

Da Vinci code - Dan Brown

Da_vinci_code Jean-Claude Lattès – mars 2004 - 574 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Daniel Roche

Quatrième de couverture
« Da Vinci Code est un livre envoûtant, idéal pour les passionnés d’histoire, les amateurs de conspirations, les mordus du mystère, pour tous ceux qui aiment les grands récits que l’on ne parvient pas à lâcher. J’ai adoré ce roman. » Harlan Coben

Un éminent spécialiste de symbologie de Harvard est convoqué au Louvre pour examiner une série de pictogrammes en rapport avec l'œuvre de Vinci. En déchiffrant le code, il met au jour l'un des plus grands mystères de notre temps... et devient un homme traqué.

Auteur : Né en 1964 aux États-Unis, après des études de lettres et d'art à l’Amherst College et à la Phillips Exeter Academy, Dan Brown s'installe à Hollywood en Californie pour écrire des chansons. Professeur à l'université Philips Exeter, il est le témoin, sur le campus, de l'arrestation par les services secrets américains d'un étudiant qui, pour s'amuser, évoque dans un mail l'assassinat du président Bill Clinton. Dan Brown est impressionné par l'extraordinaire capacité des agences de renseignements à surveiller et observer les individus. Il écrit alors son premier roman, paru sous le titre de 'Digital Fortress', une histoire au cœur de la National Security Agency. L'étude des codes secrets l'a toujours passionné. Pour preuve, le célèbre 'Da Vinci code', son quatrième roman, est un best-seller mondial. Il sort en 2005 'Anges et démons', une enquête également menée par le fameux professeur Robert Langdon, personnage désormais célèbre et récurrent. Dan Brown écrit également pour plusieurs revues dont Newsweek et The New Yorker. En 2006 sort en France 'Deception Point', un nouveau thriller haletant sur fond de technologie spatiale, avant que ne suive 'Forteresse Digitale' l'année suivante.

Mon avis : (lu en février 2005)

J’ai voulu lire ce livre centre de polémiques. Ce livre est un bon roman policier avec une intrigue mystique et ésotérique. L'intrigue est plutôt bien construite, c’est un mélange de faits historiques, légendaires, politiques, religieux, souvent imaginaires et cela tient le lecteur en haleine. L’auteur a vraiment beaucoup d’imagination !

Les lieux où se déroule cette histoire sont les suivants :

En France : Le Musée du Louvre (Paris),

Louvre_pyramide  Pyramide_invers_e__Louvre

l'église Saint-Sulpice (Paris),

saint_sulpice Saint_Sulpice_obelisque

le Château de Villette (Condécourt - 95),

chateau_Villette_Condecourt

l'Hôtel Ritz (Paris),

Hotel_Ritz_Paris

l'Aéroport du Bourget, une Banque suisse (située 24 rue Haxo à Paris d'après le livre. Cette adresse n'existe pas)

En Angleterre : Aérodrome de Biggin Hill, l'église du Temple (Londres),

TempleChurch_Exterior TempleChurch_Effigies

l'Abbaye de Westminster (Londres)

Westminster_abbey_west

En Écosse : Rosslyn Chapel

RosslynInterior Rosslyn_pilier_apprenti

Les tableaux de Léonard de Vinci dont il est question dans le livre sont les suivants :

Leonard_Da_Vinci_Vitruve_Luc_Viatour

L'Homme de Vitruve

Leonardo_da_Vinci_Adoration_of_the_Magi

L'adoration des mages

Leonard_de_Vinci___La_vierge_aux_rochers

La Vierge aux rochers

Leonard_de_Vinci___Mona_Lisa

La Joconde

Leonardo_da_Vinci_la_C_ne

La Cène

Da_vinci_code_film

Un film adapté du best seller réalisé par Ron Howard, est sorti le 17 mai 2006 avec Tom Hanks, Jean Reno, Audrey Tautou, Ian McKellen, Alfred Molina. Il a été présenté hors-compétition en ouverture du 59e Festival de Cannes. J’ai évidemment trouvé le film un peu réducteur par rapport à ce livre de près de 600 pages !

Extrait : (page 62)
Vinci avait certes composé un impressionnant ensemble de tableaux à thème religieux, mais cette richesse ne faisait qu'alimenter sa réputation de duplicité spirituelle. Si Leonardo Da Vinci avait accepté des centaines de commandes lucratives du Vatican sur des thèmes chrétiens, c'était pour financer son train de vie et ses recherches scientifiques, plus que pour illustrer ses croyances personnelles. Doué d'un tempérament espiègle, il prenait un malin plaisir à mordre, sans en avoir l'air, la main qui le nourrissait.

Extrait : (page 210)
Les mystères ont toujours des fans.
Et les énigmes continuaient de surgir. La plus récente avait été soulevée par une découverte stupéfiante : la célèbre Adoration des Mages de Leonardo Da Vinci cachait sous ses couches de peinture un étrange secret. Un scientifique italien spécialisé dans l'analyse picturale, Maurizio Seracini, avait découvert une vérité dérangeante que le New York Times avait révélée dans un article intitulé 'Le maquillage de Leonardo Da Vinci'.

30 janvier 2009

Les sirènes de Bagdad – Yasmina Khadra

Les_sir_nes_de_Bagdad Julliard - mai 2006 - 337 pages

Résumé :
" Le coup parti, le sort en fut jeté. Mon père tomba à la renverse, son misérable tricot sur la figure, le ventre décharné, fripé, grisâtre comme celui d'un poisson crevé... et je vis, tandis que l'honneur de la famille se répandait par terre, je vis ce qu'il ne me fallait surtout pas voir, ce qu'un fils digne, respectable, ce qu'un Bédouin authentique ne doit jamais voir - cette chose ramollie, repoussante, avilissante, ce territoire interdit, tu, sacrilège: le pénis de mon père... Le bout du rouleau! Après cela, il n'y a rien, un vide infini, une chute interminable, le néant... " La descente aux enfers d'un jeune homme broyé par le terrorisme. Fuyant son village, dérivant jusqu'à Bagdad, il se retrouve dans une ville déchirée par une guerre civile féroce. Sans ressources, sans repères, miné par l'humiliation, il devient une proie rêvée pour les islamistes radicaux. Connu et salué dans le monde entier, Yasmina Khadra explore inlassablement l'histoire contemporaine en militant pour le triomphe de l'humanisme. Après Les Hirondelles de Kaboul (Afghanistan) et L'Attentat (Israël; Prix des libraires 2006), Les Sirènes de Bagdad (Irak) est le troisième volet de la trilogie que l'auteur consacre au dialogue de sourds opposant l'Orient et l'Occident. Ce roman situe clairement l'origine de ce malentendu dans les mentalités.

Auteur : Yasmina Khadra (arabe ياسمينة خضراء qui signifie « jasmin vert ») est le pseudonyme de l'écrivain Mohammed Moulessehoul, né le 10 janvier 1955 à Kenadsa dans la wilaya de Bechar dans le Sahara algérien. Diverses raisons l'y poussent, mais la première que donne Moulessehoul est la clandestinité. Elle lui permet de prendre ses distances par rapport à sa vie militaire et de mieux approcher son thème cher : l'intolérance. Il choisit de rendre hommage aux femmes algériennes et à son épouse en particulier, en prenant ses deux prénoms : Yasmina Khadra. Khadra ne révèle son identité masculine qu'en 2001 avec la parution de son roman autobiographique L'Écrivain et son identité tout entière dans L'imposture des mots en 2002. Or à cette époque ses romans ont déjà touché un grand nombre de lecteurs et de critiques. Ses œuvres ont été traduites en plus de trente langues.

Mon avis : (lu en novembre 2006)

C’est une histoire très forte et d’une actualité brûlante, nous sommes à Bagdad, les occupants américains sont présents et l’on découvre comment la guerre et les humiliations qui l'accompagnent peuvent conduire un jeune homme ordinaire à se laisser "séduire" par le terrorisme.

C’est un témoignage sur les souffrances des peuples du Moyen-Orient, Yasmina Khadra nous raconte une réalité. Ce roman nous montre l’envers du décor, ce que l’on ne voit pas à la télévision : le cheminement qui mène à la haine, l'incompréhension, le choc des cultures…

A lire absolument ! Nous nous devons de ne pas ignorer ce qui se passe en Irak.

Extrait : (p.115)
Un soldat m'attrapa par la nuque, un autre me mit un genou dans le bas-ventre.J'étais happé par une tornade, ballotté d'un tumulte à l'autre ; je cauchemardais debout, tel un somnambule pris à partie par des esprits frappeurs.J'avais le vague sentiment qu'on me traînait sur la terrasse, que l'on me bousculait sur les marches de l'escalier ; je ne savais plus si je dégringolais ou si je planais...

Extrait : (p.202)
- Encore autre chose, cousin, me chuchota-t-il. Si tu tiens à te battre, fais-le proprement. Bats-toi pour ton pays, pas contre le monde entier. Fais la part des choses et distingue le bon grain de l'ivraie. Ne tue pas n'importe qui, ne tire pas n'importe comment. Il y a plus d'innocents qui tombent que de salauds. Tu le promets ?
-...
- Tu vois ? Tu fais déjà fausse route. Le monde n'est pas notre ennemi. Rappelle-toi les peuples qui ont protesté contre la guerre préventive, ces millions de gens qui ont marché à Madrid, Rome, Paris, Tokyo, en Amérique du sud, en Asie. Tous étaient et sont encore de notre côté.

30 novembre 2008

Lignes de faille - Nancy Huston

lignes_de_faille lignes_de_faille_p

Actes Sud – août 2006 – 487 pages

Actes Sud – novembre 2007 – 488 pages

Prix Femina 2006

Mot de l 'éditeur : Entre un jeune Californien du XXIe siècle et une fillette allemande des années 1940, rien de commun si ce n’est le sang. Pourtant, de l’arrière-grand-mère au petit garçon, chaque génération subit les séismes politiques ou intimes déclenchés par la génération précédente. Porté par la parole d’enfants victimes d’événements qui les dépassent et de choix qui leur échappent – qui les marqueront pourtant toute leur vie –, ce roman se construit à rebours, de fils en père et de fille en mère, comme on suit en remontant le fil de sa mémoire. Quel que soit le dieu vers lequel on se tourne, quelle que soit l’époque où l’on vit, l’homme a toujours le dernier mot, et avec lui la barbarie. C’est contre elle pourtant que s’élève ce roman éblouissant où, avec amour, avec rage, Nancy Huston célèbre la mémoire, la fidélité, la résistance et la musique comme alternatives au mensonge.

Auteur : Née à Calgary (Canada), Nancy Huston vit à Paris. Elle a publié de nombreux romans et essais, parmi lesquels Instruments des ténèbres (1996, prix Goncourt des lycéens et prix du Livre Inter) et L’Empreinte de l’ange (1998, grand prix des lectrices de Elle).

Mon avis : (lu en décembre 2006)

Un roman en quatre parties, quatre voix d'enfants : Sol en 2004 aux Etats-Unis, son père Randall en 1982 en Israël, sa grand-mère Sadie en 1962 au Canada, et son arrière-grand-mère Kristina en 1944 en Allemagne. Chacun ou chacune raconte sa vie, ses angoisses, son monde, sa famille du haut de ses 6 ans et petit à petit se dévoile un secret de famille.

L'originalité réside dans le fait de raconter cette histoire de famille avec le regard d'un enfant de 6 ans. Et... on s'attache à ces enfants et on est impatient de continuer l'histoire.

Extrait :  « Je tiens la main de m'man, sa main est avec moi à New York mais sa tête sillonne encore la planète : sans même nous demander comment on va, elle se met à parler à toute berzingue. Sa voix ne promet rien de bon alors je laisse les mots se produire là-haut, au niveau de la bouche des grandes personnes, pendant que moi je reste près du sol à étudier les milliers de pieds qui courent dans tous les sens. Je pense à ce qui se passerait si une bombe était lâchée sur JFK et que tous ces gens étaient soudain morts ou démembrés en train de patauger dans des flaques de sang. Ma chauve-souris me dit de monter le son des avions bombardiers le plus possible dans ma tête...»

28 juin 2017

Tombe Dans l'Oreille d'un Sourd - Audrey Levitre et Grégory Mahieux

tombé dans l'oreille d'un sourd Steinkis - février 2017 - 192 pages

Quatrième de couverture :
Grégory et Nadège sont comblés par la naissance de leurs jumeaux, Charles et Tristan. Pourtant leur univers s'effondre lorsque le diagnostic tombe : Tristan est sourd profond.
Comment alors, en tant que parents entendants, aider leur fils à s'épanouir dans notre société d'hyper-communication ? Comment respecter son identité propre dans ce monde qui laisse, au final, peu de place à l'altérité ?
Bref, comment prendre les bonnes décisions pour Trista ?
En racontant le combat quotidien de cette famille, ce récit autobiographique dénonce un système mal adapté à la vie réelle, animé par des acteurs qui ne sont pas toujours volontaires et à l'écoute. Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre...

Auteurs : Grégory enseigne les arts appliqués en lycée professionnel. C'est là qu'il rencontre Audrey, qui, elle, enseigne l'histoire et les lettres. Ensemble, ils se lancent dans l'aventure de la BD et publient un premier album dès 2014, Les Twins (Delcourt) inspiré par les jumeaux de Grégory. Dans la réalité, l'un d'eux est sourd, et Grégory a beaucoup à dire sur le sujet... C'est ainsi que Tombé dans l'oreille d'un sourd débute...

Mon avis : (lu en juin 2017)
Voilà une BD témoignage très intéressante et touchante sur l'arrivée d'un enfant sourd dans une famille. Grégory et Nadège ont la joie d'accueillir dans leur famille la naissance de Charles et Tristan, des jumeaux. Ils découvrent tout d'abord que Charles souffre d'intolérences alimentaires, il est rapidement traité et les parents sont rassurés, c'est alors qu'ils découvrent que Tristan est sourd. Le diagnostic est contradictoire car il semble que les premiers tests passés ne révèlaient rien. Les parents se sentent seuls entre espoir et choc sur l'handicap de leur petit garçon. 
Dans cette BD autobiographique (pour le dessinateur), le lecteur suit la vie de la petite famille et leur long parcours du combattant face à l'handicap et pour l'intégration de leur enfant dans notre société. 
Cette BD dénonce le manque de communication du corps médical qui a des certitudes et ne s'adapte pas au cas individuel du patient (imposant avec force le port de prothèses à Tristan malgré les hurlements du petit garçon). Les parents ont souvent des questions auxquelles, on peine à leurs donner des réponses...  
Cette BD dénonce la frilosité de certains dans l'Education Nationale pour accepter et faciliter l'accueil d'un enfant sourd dans une école "normale".
Le père, professeur d'arts appliqués en lycée professionnel, est également confronté à la mauvaise volonté de son employeur pour aménager son emploi du temps. En effet, les soins destinés à Tristan nécessitent de nombreux rendez-vous hebdomadaires. 
Il n'est pas facile pour des parents d'un enfant handicapé de consilier vie familiale et vie professionnelle...
Grégory et Nadège sont tenaces, ils vont faire le maximum pour le bien de leurs deux enfants et la vie de famille s'organise.
A découvrir sans hésiter !

Extrait :

 

71Ojw6rIk-L 818ebkKL4ZL

 

 

81qnSsgPcvL 71MzoEXmxiL

 

 

71yH4+MoQUL

 

31 mai 2017

The Girls - Emma Cline

 Prix Audiolib 2017

9782367622965-001-X_0 

Audiolib - avril 2017 - 9h20 - Lu par Rachel Arditi

Quai Voltaire - août 2016 - 336 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean Esch

Titre original : The Girls, 2016

Quatrième de couverture :
Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n'a que Connie, son amie d'enfance. Lorsqu'une dispute les sépare au début de l'été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l'atmosphère d'abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l'aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d'une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l'adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s'y faire accepter. Tandis qu'elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s'aperçoit pas qu'elle s'approche inéluctablement d'une violence impensable.

Dense et rythmé, le premier roman d'Emma Cline est saisissant de perspicacité psychologique. Raconté par une Evie adulte mais otujours cabossée, il est un portrait remarquable des filles comme des femmes qu'elles deviennent. 

Auteur : Emma Cline est née en Californie en 1989. Ses nouvelles ont paru aux Etats-Unis dans Tin House et The Paris Review. Elle est la lauréate du Prix Plimpton 2014. The Girls est son premier roman

Lecteur : Rachel Arditi est comédienne. Elle débute au théâtre avec Bernard Murat dans Le Libertin d'Eric-Emmanuel Schmitt. S'ensuivent de nombreuses collaborations avec des metteurs en scène variés (Julie Brochen, Stephan Meldegg, Adrien de Van...). Récemment, on l'a vue au théâtre dans Politiquement correct de Salomé Lelouch au théâtre de la Pépinière. 
Elle tourne régulièrement pour le cinéma et la télévision, notamment avec Mona Achache, Mia Hansen-Love, Marina de Van, Alexandre Astier, Patrice Leconte... Depuis deux ans, elle adapte des romans pour la scène avec la metteure en scène Justine Heynemann, notamment Les Petites Reines de Clémentine Beauvais qu'elle a également enregistré en livre audio pour Audiolib. 

Mon avis : (écouté en mai 2017)
La narratrice, Evie Boyd, se souvient de son adolescence en Californie, dans les années 60. Cet été là, Evie est âgée de 14 ans, elle est en conflit avec sa mère qui tente de refaire sa vie. Elle va faire la rencontre d'une bande de filles et fascinée par leur liberté, elle va céder à Suzanne qui l'attire et sait lui parler. Evie se retrouve embrigadée dans cette communauté de filles qui obéissent à un gourou toxique... L'auteur s'est inspirée de l'histoire de Charles Manson et de sa communauté hippie, elle s'est surtout attachée à développer les questions de la condition féminine ainsi que du mal-être et des errances de l'adolescence. 
J'ai eu de la difficulté à écouter ce livre, est-ce la lassitude de l'exercice puisque c'est le dernier livre des 10 de la sélection pour le Prix Audiolib ou surtout la lenteur de la narration, en particulier la première partie qui traîne vraiment en longueur ou un peu des deux... 
J'avais eu de bon retour sur ce livre et j'en attendais sans doute trop... J'aurai sans doute dû également lire plus attentivement la quatrième de couverture avant mon écoute pour être plus patiente et attentive à l'histoire... Pour ma part, c'est un rendez-vous manqué avec ce livre.

Extrait : (début du livre)
JE levai les yeux à cause du rire, et je continuai à regarder à cause des filles.
Je remarquai leurs cheveux tout d’abord, longs et pas coiffés. Puis leurs bijoux qui captaient l’éclat du soleil. Toutes les trois étaient trop loin, je ne voyais que les contours de leurs traits, mais ça n’avait pas d’importance : je savais qu’elles étaient différentes de toutes les autres personnes dans le parc. Les familles attendaient leur tour devant le grill pour acheter des saucisses ou des hamburgers. Des femmes en chemisiers à carreaux qui se collaient contre leurs amoureux, des enfants qui lançaient des boutons d’eucalyptus aux poules sauvages qui envahissaient l’allée. Ces filles aux cheveux longs semblaient glisser au-dessus de tout ce qui les entourait, tragiques et à part. Tels des membres de la famille royale en exil.
Je les observai bouche bée, sans honte, ni retenue : il me paraissait impossible qu’elles se tournent vers moi et me remarquent. J’avais oublié mon hamburger posé sur mes genoux, la brise transportait la puanteur du fretin venant de la rivière. C’était l’époque où j’examinais et classais immédiatement les autres filles, consciente chaque fois de tout ce qui me séparait d’elles, et je vis tout de suite que celle aux cheveux noirs était la plus jolie. Je m’y attendais, avant même d’avoir pu discerner leurs visages. Une impression surnaturelle flottait autour d’elle et une robe à smocks sale couvrait à peine son cul. Elle était flanquée d’une rouquine maigre et d’une fille plus âgée, aussi pauvrement vêtues. Comme si on les avait repêchées dans un lac. Leurs bagues bon marché ressemblaient à des jointures supplémentaires. Elles s’aventuraient le long d’une frontière tortueuse, entre la beauté et la laideur, créant dans leur sillage une onde d’agitation. Les mères cherchaient leurs enfants du regard, mues par un sentiment qu’elles ne pouvaient pas nommer. Les femmes prenaient la main de leur amoureux. Les rayons de soleil transperçaient, comme toujours, les arbres – les saules endormis, le vent chaud qui soufflait sur les couvertures de pique-nique –, mais l’ambiance ordinaire était perturbée par le chemin que traçaient les filles dans le monde normal. Aussi racées et inconscientes que des requins qui fendent les flots.

 

13 juillet 2016

Les beaux étés - 2 - La Calanque - Zidrou et Jordi Lafebre

les beaux étés Dargaud - juin 2016 - 56 pages

Quatrième de couverture :
Dans ce deuxième tome des Beaux Étés, Zidrou et Lafebre remontent le temps : les Faldérault et leur 4L rouge ont quatre ans de moins. 1969, cap au Sud ! Le Sud, certes, mais le voyage sur les petites routes a aussi toute son importance : le dernier café avec Pépé Buelo avant le départ, le champagne pour les 100 000 km de Mam'zelle Estérel, les pauses pipi, les pique-niques, le camping... avant de rejoindre les calanques paradisiaques de la Méditerranée ! Des moments précieux pour lesquels il est bon de prendre son temps...

Auteurs : Zidrou (Benoît Drousie) est né en 1962 à Bruxelles. D'abord instituteur, il se lance au début des années 1990 dans l'écriture de livres et de chansons pour enfants. En 1991, il rencontre le dessinateur Godi avec qui il crée L'Elève Ducobu. Sa carrière de scénariste de bande dessinée est lancée ! Il signe de nombreuses séries pour enfants et adolescents, des Crannibales à Tamara, de Scott Zombi à Sac à Puces, assure la reprise de La Ribambelle. Il est également l'auteur des plus réalistes, mais non moins sensibles, La Peau de l'ours, Lydie, Folies Bergères, La Mondaine, Les 3 Fruits. En 2015, Zidrou revient en force avec trois nouveaux albums : en août Le Bouffon avec Francis Porcel, en septembre, une nouvelle série familiale, Les Beaux Etés avec Jordi et en octobre, en duo avec P. Berthet, un polar dans les régions reculées de l'Australie, "Crime qui est le tien". Pour 2016, l'auteur continue d'écrire les souvenirs de vacances de la famille Faldéraut dans "Les Beaux Étés" et proclame la fin de Venise dans "Marina".

Jordi Lafebre est né en 1979 à Barcelone, où il étudie la bande dessinée et les beaux-arts avant d'effectuer ses premiers pas de dessinateur en 2001. Il est publié dans plusieurs magazines espagnols, notamment dans la revue pour la jeunesse Mister K, dans laquelle il signe El munda de judy(« le monde de Judy») en collaboration avec le scénariste Toni Front. Sa rencontre avec Zidrou est décisive: après quelques dessins dans l'hebdomadaire Spirou, il participe à un ouvrage collectif écrit par le scénariste de Ducobu, La vieille dame qui n'avait jamais joué au tennis et autres nouvelles qui font du bien, puis en 2010, il cosigne avec lui un album remarqué, Lydie. En 2014, toujours avec Zidrou, il sort La Mondaine, et continue sur sa lancée, en 2015, avec une nouvelle série Les Beaux Étés qui sortira en septembre. En 2016, le tome 2 des Beaux Étés sortira en juin 2016.

Mon avis : (lu en juillet 2016)
Voilà le deuxième tome de la série Les Beaux Étés, et après l'année 1973 dans le tome 1, les auteurs nous font remonter le temps pour l'année 1969. La famille Faldérault attend avec impatience que Pierre, le père, termine ses dernières planches de BD pour partir dans le sud à bord de leur Renault 4L rouge. Mado, la mère, a tout préparé pour le grand départ, les trois enfants, Julie, Nicole et Louis sont impatients... C'est l'époque de l'insouciance, la petite famille prend le temps de descendre en direction de la Méditerranée, ils vont rencontrer un autostoppeur hippie, se retrouveront à camper par erreur dans le potager d'un gentil couple qui leur conseillera un petit coin de paradis à découvrir dans les Calanques... Le soleil, la mer, la plage, la sieste, du bon temps en famille... Des vacances inoubliables, c'est savoureux, plein d'optimisme, de joie de vivre et de bonheur simple !

Extrait : (début du livre)

UGpXQOzjgzpG94GyxLdRodUCZ0JNaLXv-page3-1200 UGpXQOzjgzpG94GyxLdRodUCZ0JNaLXv-page4-1200

UGpXQOzjgzpG94GyxLdRodUCZ0JNaLXv-page5-1200 UGpXQOzjgzpG94GyxLdRodUCZ0JNaLXv-page6-1200

UGpXQOzjgzpG94GyxLdRodUCZ0JNaLXv-page7-1200

Déjà lu du même auteur :

108883254 Les beaux étés - 1 - Cap au Sud ! 

le_beau_voyage Le beau voyage

17 mai 2016

Hors cadre - Stefan Ahnhem

Lu en partenariat avec les éditions Albin Michel

hors cadre Albin Michel - mars 201 - 576 pages

traduit du suédois par Marina Heide

Titre original : Offer utan ansikte, 2014

Quatrième de couverture : 
Vingt anciens élèves de la même classe.
Deux assassinats violents.
Un tueur sans visage...
Près des corps sauvagement mutilés de deux victimes, une photo de leur classe de 3e sur laquelle leur visage a été raturé. Cette classe a aussi été celle de l'inspecteur Fabian Risk de la police de Helsingborg. Pour arrêter la spirale infernale et éviter d'être la prochaine cible, il s'enfonce dans les méandres de son propre passé. Au risque de s'y perdre.
Best-seller partout où il est publié, ce roman troublant et cruel qui interroge la violence de la société, impose Stefan Ahnhem comme un des auteurs de thrillers scandinaves les plus prometteurs.

Auteur : Stefan Ahnhem vit à Stockholm, sa ville natale, où il mène depuis vingt ans une brillante carrière de scénariste pour la télévision comme pour le cinéma. Il est notamment connu pour ses adaptations de romans policiers dans le cadre de séries télévisées très populaires en Suède comme Wallander et Irene Huss. Hors cadre est son premier roman, dont l'adaptation en série TV est déjà en préparation.

Mon avis : (lu en mai 2016)
L’inspecteur Fabian Risk revient s’installer avec sa famille dans la ville d’Helsingborg. Il connaît bien cette ville puisqu'il y a grandi et passé toute sa scolarité. Il a encore quelques semaines de vacances avant d'intégrer son nouveau poste et il compte en profiter avec sa femme et ses enfants. 
Mais voilà que deux corps affreusement mutilés sont retrouvés par la police de Helsingborg, les deux victimes ont un rapport avec le passé Fabian Risk. Ils faisaient tous les trois partie de la même classe de 3e... L’inspecteur Risk va devoir intégrer l'équipe d'enquêteurs et se replonger dans le passé et ses souvenirs pour arrêter un meurtrier que rien n'arrête...

J'ai bien apprécié ce roman policier suédois à l'intrigue assez classique, il est captivant, avec du rythme grâce à des chapitres courts.
Tout au long du roman policier, il y a des extraits du journal d'un adolescent, qui raconte le harcèlement dont il est victime à l'école. L'auteur introduit dans ses écrits une dimension psychologique non négligeable. Tout ceci donne au lecteur de multiples pistes, quelques rebondissements et un nouvel inspecteur à découvrir, solitaire et tourmenté mais efficace...

Merci Aurore et les éditions Albin Michel pour ce premier roman policier réussi.

Extrait : (début du livre)
Dans trois jours

Le corbeau se posa sur son ventre, écorchant sa peau nue du bout des griffes. Les premières fois que l’oiseau l’avait tiré de son sommeil, il avait réussi à lui faire peur et à le chasser. Mais l’animal ne se laissait plus effrayer, il lui marchait tranquillement dessus, toujours plus impatient, toujours plus affamé. Il allait se mettre à picorer sa chair, ce n’était plus qu’une question de temps. L’homme cria de toutes ses forces. Le corbeau finit par lâcher prise et battit des ailes en croassant.
Il avait d’abord cru qu’il était en plein cauchemar, qu’il n’aurait qu’à se réveiller pour que tout s’arrange. Mais quand il avait ouvert les paupières, il n’avait vu que du noir. On avait noué un bandeau sur ses yeux.
Au souffle doux du vent, il avait compris qu’il se trouvait dehors, allongé nu sur un sol dur et froid, les bras et les jambes tendus comme sur le dessin de Léonard de Vinci. Il ne savait rien de plus. Le reste n’était que questions. Qui l’avait mis là ? Et pourquoi ?
De nouveau, il essaya de se libérer, mais plus il tirait sur les cordons, plus il sentait les épines s’enfoncer dans ses chevilles et ses poignets. Une douleur qui lui rappelait ce qu’il avait ressenti lorsqu’à l’âge de neuf ans, il n’avait pas su expliquer au dentiste que l’anesthésie n’avait pas fonctionné.
Rien à faire contre ce supplice qui survenait une fois par jour et pouvait durer des heures, comme si on passait lentement une flamme de chalumeau sur son corps nu. Parfois, la douleur pouvait disparaître, pour ressurgir aussitôt. Ou se taire de longs moments.
Il estimait qu’une nouvelle heure venait de s’écouler. Il poussa un cri, de toutes ses forces. Mais dans l’écho lointain, les fréquences aiguës du désespoir s’obstinaient en vain à percer. Et il renonça. Personne ne pouvait l’entendre. À part le corbeau.
Il resongea à ce qui s’était passé. Combien de fois avait-il tout récapitulé ? Mais un détail éclairant lui avait peut-être échappé. Il était parti peu après 6 heures du matin, avec trois gros quarts d’heure d’avance. Comme toujours quand il faisait beau, il avait laissé sa voiture au garage. Il avait le temps, et traverser le parc prenait tout juste douze minutes.
Mais une fois dehors, l’angoisse l’avait envahi. Un sentiment si fort qu’il s’était immobilisé, balayant le quartier du regard. Il n’avait rien vu d’anormal. Juste le voisin qui s’évertuait à faire démarrer sa vieille Fiat Punto, et une femme qui passait à vélo. La cycliste avait de beaux cheveux blonds, une robe qui volait au vent et un panier décoré de marguerites en plastique. On aurait dit qu’elle passait là pour répandre un peu de joie autour d’elle.
Lui n’y était pas sensible. La peur au ventre, il s’était élancé d’un pas vif, traversant au rouge, ce qui ne lui arrivait jamais. Ce matin, tout était différent, son corps était tendu comme un ressort. Une fois dans le parc, ses doutes s’étaient transformés en certitude.

  Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Suède


 

4 mai 2016

Un bon garçon - Paul McVeigh

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

un bon garçon Philippe Rey - mars 2016 - 255 pages

traduit de l'anglais (Irlande) par Florence Lévy-Paoloni

Titre original : The Good Soon, 2015

Quatrième de couverture :
Irlande du Nord, fin des années 80, en plein conflit entre catholiques et protestants à Ardoyne, quartier difficile de Belfast. Mickey, le narrateur, vit sa dernière journée à l'école primaire avant les vacances d'été. Bon élève, il se réjouit d'avoir été admis dans une Grammar school - collège " d'élite " -, et d'échapper ainsi à ses condisciples actuels. Mais, lors d'un surréaliste rendez- vous chez le directeur, il apprend que son père a dépensé l'argent censé payer sa scolarité. Ce sera donc St. Gabriel, le collège de base fréquenté par son grand frère et tous les gamins du coin. Le petit chien offert par ses parents ne suffit évidemment pas à faire oublier le goût âpre de ces vacances qui commencent, et Mickey décompte avec angoisse le nombre de semaines le séparant de la rentrée. Rêveur, il passe son temps à inventer des histoires et à imaginer ce que serait sa vie en Amérique. Il adore sa mère et sa petite soeur, mais redoute son père alcoolique et sa brute de grand frère qui, comme tous les garçons du quartier, n'aime rien tant que le tourmenter. Parce que, tous s'accordent à le dire, Mickey est " différent " : enfant doué et sensible pour la plupart des adultes, " petit pédé " qui joue avec les filles pour les autres... L'IRA, les bombes, les émeutes, les affrontements avec l'armée britanniques : Mickey évolue au milieu de ce climat troublé avec son innocence et ses rêves de gamin. Son chien est tué par une bombe, un soldat meurt devant ses yeux... Les " Troubles " viennent frapper à sa porte et Mickey réalise que pour protéger sa mère et sa soeur il va lui falloir franchir quelques lignes. Avec beaucoup de sensibilité, de tendresse et d'humour, Paul McVeigh réussit à nous faire partager le point de vue du petit Mickey. Et là est la grande force de ce roman : donner à nos yeux d'adultes ce regard d'enfant.

Auteur : Né à Belfast, Paul McVeigh a commencé sa carrière d'écrivain comme dramaturge avant de déménager à Londres, où il a écrit des comédies pour le théâtre, qui se sont jouées au Festival d'Edimbourg et à Londres. Directeur du London Short Story Festival, il est lui-même l'auteur de nouvelles, publiées dans des revues et des anthologies littéraires, et lues dans différents programmes à la radio. Il signe ici son premier roman.

Mon avis : (lu en avril 2016)
Mickey Donnelly a 10 ans, il vit à Belfast dans les années 80 pendant les "Troubles". Il est le narrateur de ce roman, il rend compte des conflits entre catholiques et protestants, de son quotidien dans une famille où son père est alcoolique et boit ou joue les économies familiales. 
C'est un garçon attachant, intelligent, il est différent des autres garçons de son quartier. Il préfère lire et étudier ou s'occuper de P'tite Maggie sa petite soeur que de se battre avec les autres garçons. Son grand frère, Paddy, est un dur qui n'est pas le dernier pour le tourmenter, le traiter de "fille" ou de "pédé"...
Le récit commence le dernier jour d'école, à l'automne Mickey ira au Collège. Il a réussi l'examen pour entrer dans une Grammar school et il se réjouie d'abandonner enfin tous les garçons de son école. Sa joie sera courte car il va apprendre que son père est parti avec l'argent destiné à ses études et qu'il faudra qu'il intègre finalement le Saint-Gabriel, le collège ordinaire. C'est donc avec une angoisse certaine qu'il va passer ses deux mois de vacances d'été...
J'ai beaucoup aimé ce livre et découvrir la vie, pas toujours facile, et les interrogations de Mickey sur son avenir dans ce quartier difficile de Belfast durant les conflits entre catholiques et protestants.

Merci les éditions Philippe Rey pour cette lecture poignante.

Extrait : (début du livre)
Je suis né le jour où les Troubles ont commencé.
« Pas vrai, M’man ?
– C’est toi qui les as déclenchés », répond-elle, et on rit tous sauf Paddy. Je mets ça sur le compte de ses boutons et parce qu’il est vraiment moche. Ça doit être dur d’être heureux avec une tête pareille. J’ai presque pitié de lui. Je repère un gros suçon dégueulasse sur son cou que je garde comme munition pour riposter aux attaques à venir.
Une note fleurie de désinfectant m’emplit les narines et vient se mêler au goût sucré des Frosties dans ma bouche quand M’man passe avec le seau en fer-blanc et la brosse. Elle ne nettoie la cour que lorsqu’il arrive quelque chose. C’est sans doute P’pa, comme d’habitude.
« Tu veux que je t’aide, M’man ? je demande.
– Non, fiston. » Elle disparaît derrière, sans même me regarder. Je m’inquiète pour elle à cause d’hier soir.
« Tu veux qu’je t’aide ? » répète Paddy d’une voix de fille. Lèche-cul.
« J’vais le dire à M’man.
– J’vais le dire à M’man… », fait Paddy en m’imitant.
Je jette un coup d’œil à P’tite Maggie, l’air de dire On le déteste, hein ? Elle me répond d’un regard qui signifie Et comment, c’est un gros cochon bien gras ! C’est un moine de Cave Hill qui m’a appris à lancer des regards. Je me suis entraîné comme un Chevalier Jedi, mais moi, mon sabre laser c’est mon visage. Je suis devenu Look Skywalker. Ma mission : défendre les faibles et les petits dans les familles contre la plaie que sont les grands frères. P’tite Maggie est ma disciple.
Pour tester son niveau en télépathie, je lui envoie : T’inquiète pas, il va se faire renverser par une bagnole, puis un camion va lui rouler dessus et ses yeux vont lui sortir de la tête. P’tite Maggie sourit. Elle a pigé. Je crois qu’en fait on est des jumeaux mais pas nés en même temps, une super expérience génétique en éprouvette de la CIA.
Paddy se lève et laisse son bol sale sur la table comme s’il était le roi Farouk.
« Le laisse pas à M’man, je dis.
– Le fifils à sa maman.
– Ta gueule. Au moins moi j’ai pas un gros suçon dégueulasse. »
P’tite Maggie rit et s’étouffe. Des Frosties jaillissent de sa bouche sur le pull de Paddy, exactement comme fait la fille dans L’Exorciste, que j’ai vu à la Maison des jeunes du pape Jean-Paul II.
« C’est ta faute, p’tit pédé ! » Paddy me tape sur la tête.
J’essaie de lui balancer un coup, mais mon tibia cogne contre le pied de la table.
Paddy rigole, essuie son pull. « Et paraît que t’es intelligent ? Grammar school ? Ben voyons.

– Je suis plus intelligent que toi, andouille. Au fait, ta copine, elle aime sucer les boutons sur ton cou ? »
Paddy me fonce dessus et m’agrippe par le pull pour me faire descendre de ma chaise.
« M’man ! je crie vers l’arrière-cour.
– Quoi ? » hurle M’man. La maison tremble comme quand des bombes explosent. Paddy me lâche. Personne, même pas Mohamed Ali, ne se frotterait à M’man.
« Rien », je réponds toujours en criant. Paddy attrape son blazer sur le dossier de la chaise et s’en va. Je hausse les sourcils et souris à P’tite Maggie. « À moi la victoire ! » Je ris comme le Comte dansSesame Street.
La belle table de M’man est sale. Je me précipite vers l’évier, mouille l’éponge et reviens en courant avant que M’man rentre et tue quelqu’un. Quelqu’un = moi. J’ai beau être le bon fils de la famille, c’est moi qui trinque si P’tite Maggie fait une bêtise, parce que c’est la plus jeune et que je m’occupe d’elle. Même si ma sœur me transformait en torche, c’est moi qui prendrais une raclée pour avoir laissé les allumettes à sa portée.

 Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Irlande du Nord

18 décembre 2015

Famille parfaite - Lisa Gardner

Lu en partenariat avec les éditions Albin Michel

9782226319234g Albin Michel - octobre 2015 - 512 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Cécile Deniard

Titre original : Touch & go, 2013

Quatrième de couverture : 
Les Denbe semblaient sortir des pages des magazines glamour : un mariage modèle, une belle situation, une ravissante fille de quinze ans, une demeure somptueuse dans la banlieue chic de Boston… une vie de rêve.
Jusqu’au jour où ils disparaissent tous les trois. Pas d’effraction, pas de témoin, pas de motifs, pas de demande de rançon. Juste quelques traces de pas et des débris de cartouches de Taser sur le sol de leur maison. Pour la détective privée Tessa Leoni, l’enlèvement ne fait aucun doute. Mais que pouvait bien cacher une existence en apparence aussi lisse ?
Nº1 sur la liste des best-sellers du new York Times, le nouveau thriller de Lisa Gardner nous plonge dans l’intimité fascinante et terrible d’une famille au-dessus de tout soupçon.

Auteur : Les suspenses de Lisa Gardner sont des best-sellers aux États-Unis et en Grande Bretagne. Sauver sa peau (2009) a connu un vrai succès en France. Grand Prix des lectrices de ELLE Policier pour La Maison d'à côté en 2010, Lisa Gardner est devenue en quelques années l'une des reines incontournables du suspense. Best-seller aux États-Unis, Famille parfaiteest resté plusieurs mois sur la liste des meilleures ventes.
Lisa vit aux États-Unis, dans un petit hameau des montagnes du New Hampshire.

Mon avis : (lu en décembre 2015)
Je ne suis pas une habituée de cette auteur américaine mais c'est surtout parce que je n'ai eu pas l'occasion de la lire. 
Justin Denbe, un riche entrepreneur en BTP, est kidnappé avec sa femme et sa fille a^gée de 15 ans. Un kidnapping fait par des pros car sur les lieux il y a peu de traces, aucun témoin, aucun mobile, aucune demande de rançon... L'enquête est menée conjointement par le FBI et par Tessa Leoni, une détective privée dont la société de BTP de Justin Denbe à fait appel et par Wyatt, adjoint du shérif du comté de North Country du New Hampshire.
Le lecteur suit tour à tour l'enquête et ce qui se passe entre la famille et ses ravisseurs grâce au récit de Libby, la mère de famille.
Le récit de Libby est effrayant et captivant, la partie enquête est plus brouillonne et donc plus difficile à suivre. J'y ai trouvé quelques longueurs mais le rythme de l'enquête s'accélérant, j'ai dévoré la fin du livre.
Il est vrai qu'au bout d'une centaine de pages de ce livre, j'avais déjà découvert le coupable... mais la suite de l'intrigue m'a bien détrompée avec de nombreuses fausses pistes et rebondissement. Et ce n'est vraiment qu'avec l'épilogue que j'ai découvert que ma première impression était bien la bonne.

Merci Aurore et les éditions Albin Michel pour ce partenariat.

Autre avis : Canel

 

Extrait : (début du livre)
Voilà une chose que j’ai apprise quand j’avais onze ans : la douleur a un goût. La question, c’est de savoir celui qu’elle a pour vous.
Ce soir, ma douleur a un goût d’orange. Je suis attablée avec mon mari dans un box du Scampo, dans le quartier de Beacon Hill à Boston. Sans bruit, des serveurs discrets viennent remplir nos flûtes de champagne. Deuxième fois pour lui. Troisième fois pour moi. La nappe en lin blanc disparaît sous les petits pains maison et un assortiment d’antipasti. Viendront ensuite, dans des assiettes à la présentation soignée, des pâtes fraîches aux petits pois et à la pancetta grillée dans une sauce à la crème légère. Le plat préféré de Justin. Il l’a découvert il y a vingt ans lors d’un voyage d’affaires en Italie et, depuis cette époque, il le commande dans les bons restaurants italiens.
Je prends ma flûte. Je bois une gorgée de champagne. Je repose le verre. 
En face de moi, Justin sourit et des rides lui plissent le coin des yeux. Ses cheveux châtains coupés court grisonnent aux tempes, mais ça lui va bien. Il a cette allure rude et indémodable des hommes qui vivent au grand air. Quand nous entrons dans un bar, les femmes le regardent. Les hommes aussi, intrigués par ce nouveau venu, manifestement un mâle dominant, capable de porter de vieilles chaussures de chantier avec une chemise Brooks Brothers à deux cents dollars et que l’ensemble soit du meilleur effet.
« Tu ne manges pas ? me demande-t-il.
– Je me réserve pour les pâtes. »
Il sourit encore et je repense à des plages de sable blanc, à l’odeur iodée de l’air marin. Je me souviens de la douceur des draps de coton entortillés autour de mes jambes nues lorsque nous avions passé la deuxième matinée de notre lune de miel encore enfermés dans notre bungalow. Justin m’avait donné à manger des oranges fraîchement pelées de sa main et j’en avais délicatement léché le jus poisseux sur ses doigts calleux.

Déjà lu du même auteur :

57299667_p La maison d'à côté

Challenge 4%
rl2015
23/24

3 décembre 2015

Des garçons bien élevés - Tony Parsons

parsons Editions de la Martinière - octobre 2015 - 428 pages

traduit de l'anglais par Pierre Brévignon

Titre original : The Murder Bag, 2014

Quatrième de couverture :
Ils sont sept. Ils se connaissent depuis vingt ans, tous anciens élèves de la très prestigieuse école de Potter's Field. Des hommes venus des meilleures familles, riches et privilégiés. Mais quelqu'un a décidé de les égorger, un à un. Quel secret effroyable les lie ? Sur quel mensonge ont-ils construit leur vie ? L'inspecteur Max Wolfe va mener l'enquête, depuis les bas-fonds de Londres jusqu'aux plus hautes sphères du pouvoir. Au péril de sa vie.

Auteur : Né dans le Comté d'Essex, en Angleterre, Tony Parsons abandonne ses études à l'âge de 16 ans et se lance dans la littérature. C'est à la distillerie Gordon's qu'il commence à écrire son premier roman. Il en conservera une allergie pour le gin toute sa vie... Devenu journaliste, spécialisé dans le punk rock, il traîne avec les Sex Pistols, enchaîne femmes, drogues et nuits sans sommeil. Dix ans plus tard, changement de vie : il connaît un immense succès mondial avec Man and Boy (Un homme et son fils, Presses de la cité, 2001), publié dans 39 langues, vendu à plus de deux millions d'exemplaires, lauréat du British Book Award. En 2014, il publie son premier roman policier, Des garçons bien élevés, qui prend la tête des meilleures ventes à sa sortie. Son second roman mettant en scène Max Wolfe vient de paraître en Angleterre.

Mon avis : (lu en novembre 2015)
En 1988, une jeune femme est violée par sept jeunes tortionnaires. 
Vingt ans plus tard, sept anciens étudiants de la prestigieuse école privée britannique Potter's Field se font égorger les uns après les autres…
Max Wolfe commence sa carrière d'inspecteur, il vient d'être affecté au service des homicides, c'est lui qui va mener l'enquête et tenter de découvrir qui est le justicier. Il est aussi le père d'une petite fille de 5 ans, Scout, qu'il élève seul, dans la famille, il y a aussi le petit chien Stan. 
Une intrigue assez classique avec le lecteur qui en connaît un peu plus que les enquêteurs. L'intrigue est parfois un peu brouillonne puisque de nombreux meurtres ont lieu, et l'on découvre peu à peu les caractères des différentes victimes... 
J'ai mis du temps à lire ce roman policier, est-ce parce que je l'avais en cours de lecture mi-novembre et que j'avais la tête ailleurs, mais je n'ai pas été transporté par ce livre. Seul bon point pour le personnage de Max que j'ai trouvé attachant, un policier parmi les autres avec ses doutes, ses faiblesses qui sait faire passer sa petite fille avant son enquête.

Merci aux éditions La Martinière pour cet envoi. 

 

Extrait : (début du livre)
Ils en avaient déjà fini avec elle. Gisant sur le matelas, à plat ventre, elle semblait déjà morte.
Une meute de garçons dans le sous-sol. Des garçons forts comme des hommes, cruels comme des enfants. Ils avaient pris tout ce qu'ils voulaient et, maintenant, il ne restait plus rien.
Elle ne sentait plus leurs voix au-dessus de son visage, pesant sur elle, contre son oreille. Elles venaient désormais de la longue table où ils fumaient, riaient et se congratulaient.
Tout à l'heure, elle portait un tee-shirt. Si seulement elle pouvait le récupérer. Elle parvint à rassembler assez de forces pour le retrouver, l'enfiler et se laisser glisser au bas du matelas. Pas question de rester dans cette pièce. Elle se mit à ramper vers l'escalier du sous-sol.
Les voix à table se turent. Le bang, pensa-t-elle. Le bang les ralentit, les abrutit, les endort. Béni soit le bang.
Sa bouche était pleine de sang, son visage lui faisait mal. Tout lui faisait mal. Le sang coulait de son nez, emplissait sa gorge, l'étouffait, l'obligeait à ravaler un haut-le-coeur.
Elle s'immobilisa, s'étrangla, reprit sa progression.

 

 Challenge 4%
rl2015
21/24

Publicité
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 > >>
A propos de livres...
Publicité
A propos de livres...
Newsletter
56 abonnés
Publicité
Albums Photos
Visiteurs
Depuis la création 1 387 648
Publicité