19 octobre 2014

Une femme simple - Cédric Morgan

une femme simple_ Grasset - mars 2014 - 176 pages

Quatrième de couverture : 
C’est l’histoire d’une géante qui vécut en Bretagne au XIXème siècle. Sa taille et sa force exceptionnelles troublaient ceux qui la côtoyaient. « Passeuse » héroïque, elle transportait dans sa barque, passagers, animaux et marchandises et sauva plusieurs vies de la noyade.
Une femme simple et mystérieuse qui n’a guère livré ses secrets. Ce roman conte ce qu’aurait pu être sa vie. Et sa vérité.

Auteur : Cédric Morgan vit en Bretagne. Il a publié six romans dont L’Enfant perdu, Le Bleu de la mer, Oublier l’orage.

Mon avis : (lu en octobre 2014)
J'ai emprunté ce livre à la bibliothèque parce que j'avais été attirée par la photo de couverture avec son ciel et cette mer et parce qu'il était question de Bretagne. 
Jeanne le Mithouard fut une figure locale du port du Logeo dans le golfe du Morbihan. C'est à partir des quelques mots présents sur le panneau qui lui rend hommage dans l'impasse qui porte son nom : " Jeanne le Mithouard (1778/1842) , dite "La France", née au Logeo, était batelière-passagère et transportait personnes, marchandises et animaux. Bâtie comme une athlète, vêtue comme un matelot, son instinct, sa force et son courage lui donnèrent l'occasion de sauver plusieurs fois des vies et des cargaisons. Elle reçut en 1837 la médaille d'honneur des sauveteurs en mer." que l'auteur imagine sa vie.
Une femme simple, bonne, courageuse qui prend sa vie en main. Le lecteur découvre le quotidien de la vie de Jeanne, un personnage attachant qui mérite d'être connue.

Seul gros bémol, je n'ai pas aimé l'épisode de sa vie imaginée où elle passe une soirée avec Mademoiselle de Souzenelle, cela fait un peu "plaqué" et cela n'apporte rien à l'histoire... 

Autre avis : Eirann Yvon 

Extrait : (début du livre)
Elle était heureuse le dimanche. Elle se levait à l'aube ainsi que les autres jours, ranimait le feu, réchauffait la soupe, tranchait le pain, se lavait à l'eau du seau puisé la veille. Pourtant il y avait dans l'air une autre regardure que la semaine. Elle revêtait ses habits du dimanche, serrait son tablier de basin, vérifiait les plis de sa coiffe, puis ouvrait l'unique fenêtre pour découvrir, dans la brume impalpable qui ne se distinguait pas des autres matins, l'annonce ce jour-là d'un contentement. Car le dimanche elle avait du temps, du temps pour elle.
Pour se rendre à la messe elle marchait une heure à travers les champs et les bois; cette longue promenade était le prélude à la plénitude de la journée. Depuis toujours elle avait fréquenté l'église Saint-Maur à Brillac car l'ancienne ferme où elle était née et où habitait toujours Mme Le Mithouard, sa mère, ainsi que la maison de Bréhuidic, dévolue à Jeanne, appartenaient à la même trêve, ainsi qu'on appelait en Bretagne les sous-paroisses. De l'une et l'autre habitation, pour rejoindre l'église, il fallait parcourir la même distance, en gros trois quarts de lieue.
Aux jours pluvieux les fidèles arrivaient sur le parvis les pieds trempés qui dans des sabots, des galoches, des souliers; jupes, tabliers, blouses, gilets, vestes et pantalons gouttaient de la pluie reçue. Et dans la nef, sous la chaleur diffusée de l'effort, les habits des pratiquants dégageaient de concert, avant l'offertoire, comme une buée odorante qui se mêlait aux fumerolles de l'encens.
En entrant elle trempait le bout de ses doigts dans l'eau bénite, se signait avant de remonter la courte allée centrale pour se ranger à gauche sur un des bancs réservés aux femmes; elle échangeait deux mots chuchotes avec ses voisines, se retournait pour saluer le rang derrière. Sans quoi on était traitée de fière, ce qui scellait auprès des femmes du pays et notamment au lavoir une forme de proscription.
Toute l'assistance se levait dans un froissement de feuillages quand paraissait l'abbé Lesourd suivi des deux enfants de choeur, l'un portant sur ses mains ouvertes en offrande un lourd missel, l'autre soutenant par une chaînette triple un encensoir.
Jeanne était de très loin la plus grande parmi les fidèles assemblés, et debout au milieu des femmes portant toutes la coiffe du pays vannetais, à deux pans de dentelle en forme de toit, elle figurait l'église ou la tour du château dominant les maisons d'un village.
Elle se levait, s'asseyait, se mettait à genoux en cadence selon la liturgie, elle arborait un air concentré de piété comme les autres. Pourtant elle ne priait pas, ne récitait pas à haute voix les mots tracés dans le livre de messe qu'elle était la seule à tenir ouvert ; et elle y baissait les yeux de temps en temps surtout pour montrer qu'elle savait lire. Ses lèvres formaient les syllabes des répons prononcés en choeur par l'assistance et, pour accompagner les chants, un vague bourdonnement en sortait. Mais en réalité elle était ailleurs.

  Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Cercle familiale" (12)

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16 octobre 2014

Le Petit Prince - Antoine de Saint Exupéry

 Lu dans le cadre du Challenge
 
"Ecoutons un livre"
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Musidisc - 1954 - 34 min - Lu par Gérard Philipe

Deesse - 45 min - Lu par Mouloudji et Eric Rémy

Folio - mars 2007 - 120 pages

Ecoutez lire - avril 2006 - 2h10 - Lu par Bernard Giraudeau

Présentation : 
Héros de l'aviation qui disparut en 1944, Antoine de Saint-Exupéry a laissé à la postérité plusieurs livres qui, à l'image de Vol de nuit et de Terre des hommes, ont fasciné plusieurs générations. Mais le plus célèbre, en tout cas celui qui fait l'unanimité chez les adultes comme chez les enfants, est de toute évidence Le Petit Prince. Ce sommet du conte humaniste, nul mieux que Gérard Philipe ne pouvait le confier à la cire. Aujourd'hui réédité en CD, Le Petit Prince garde toute sa force poétique.

Auteur : Antoine  de Saint-Exupéry, né le 29 juin 1900 à Lyon et disparu en vol le 31 juillet 1944 en mer, au large de Marseille. Mort pour la France, il est un écrivain, poète, aviateur et reporter français.

Lecteurs : Gérard Philipe dans le rôle du récitant, Georges Poujouly dans le rôle du petit prince, Pierre Larquey dans le rôle de l'allumeur de réverbères, Michel Roux dans le rôle du serpent, Jacques Grello dans le rôle du renard, et Sylvie Pelayo dans le rôle de la rose.

Mon avis : (écouté en octobre 2014)
C'est l'adaptation phonographique de 1954, avec Gérard Philipe dans le rôle du récitant, Georges Poujouly dans le rôle du Petit Prince, Pierre Larquey dans le rôle de l'allumeur de réverbères, Michel Roux dans le rôle du serpent, Jacques Grello dans le rôle du renard, et Sylvie Pelayo dans le rôle de la rose.
J'ai choisi cette version car nous avions à la maison le vinyle de ce conte et enfant, je l'ai écouté des dizaines et des dizaines de fois. J'ai été un peu déçue car le CD ne propose qu'une sélection de 34 minutes, il n'y a donc qu'un extrait du texte original, les visites de toutes les planètes ont été coupées, seule celle de l'allumeur de réverbère est présente...

En début de semaine, j'ai trouvé à la bibliothèque la version lu par Mouloudji et même si c'est également une version non complète, j'ai apprécié de retrouver l'essentiel du Petit Prince avec le tour des planètes du businessman, du géographe, du vaniteux, du buveur, du roi et de l'allumeur de réverbère et en bonus la flûte de pan de Gheorghe Zamfir pour les interludes.

Une histoire que j'aime redécouvrir, cela fait du bien de retrouver son âme d'enfant. La poésie de ce conte universel me bouleverse toujours. Mais je préfère la version papier avec les belles aquarelles de l'auteur...

Lecteurs : Mouloudji dans le rôle du récitant, Eric Rémy dans le rôle du petit prince, Jean Carmet dans le rôle de l'allumeur de réverbères, Pascal Mazotti dans le rôle du serpent, Claude Piéplu dans le rôle du renard, et Danièle Lebrun dans le rôle de la fleur, Romain Bouteille  dans le rôle du businessman, Raoul De Godewarsvelde dans le rôle du buveur, Michel Célie dans le rôle du géographe, Robert Lefebvre dans le rôle du roi et Bernard Dimey dans le rôle du vaniteux.

Extrait : (chapitre II)
J’ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu’à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s’était cassé dans mon moteur. Et comme je n’avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. C’était pour moi une question de vie ou de mort. J’avais à peine de l’eau à boire pour huit jours. 
Le premier soir je me suis donc endormi sur le sol à mille milles de toute terre habitée. 
J’étais bien plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m’a réveillé. Elle disait : 
– S’il vous plaît… dessine-moi un mouton ! 
– Hein ! 
– Dessine-moi un mouton… 
J’ai sauté sur mes pieds comme si j’avais été frappé par la foudre. J’ai bien frotté mes yeux. J’ai bien regardé. Et j’ai vu un petit bonhomme tout à fait extraordinaire qui me considérait gravement. 
Voilà le meilleur portrait que, plus tard, j’ai réussi à faire de lui. Mais mon dessin, bien sûr, est beaucoup moins ravissant que le modèle. Ce n’est pas ma faute. J’avais été découragé dans ma carrière de peintre par les grandes personnes, à l’âge de six ans, et je n’avais rien appris à dessiner, sauf les boas fermés et les boas ouverts. 
Je regardai donc cette apparition avec des yeux tout ronds d’étonnement. N’oubliez pas que je me trouvais à mille milles de toute région habitée. Or mon petit bonhomme ne me semblait ni égaré, ni mort de fatigue, ni mort de 
faim, ni mort de soif, ni mort de peur. Il n’avait en rien l’apparence d’un enfant perdu au milieu du désert, à mille milles de toute région habitée. 
Quand je réussis enfin à parler, je lui dis : – Mais… qu’est-ce que tu fais là ? 
Et il me répéta alors, tout doucement, comme une chose très sérieuse : 
– S’il vous plaît… dessine-moi un mouton… 
Quand le mystère est trop impressionnant, on n’ose pas désobéir. Aussi absurde que cela me semblât à mille milles de tous les endroits habités et en danger de mort, je sortis de ma poche une feuille de papier et un stylographe.
Mais je me rappelai alors que j’avais surtout étudié la géographie, l’histoire, le calcul et la grammaire et je dis au petit bonhomme (avec un peu de mauvaise humeur) que je ne savais pas dessiner. Il me répondit : 
– Ça ne fait rien. Dessine-moi un mouton. 
Comme je n’avais jamais dessiné un mouton je refis, pour lui, l’un des deux seuls dessins dont j’étais capable. Celui du boa fermé. Et je fus stupéfait d’entendre le petit bonhomme me répondre : 
– Non ! Non ! je ne veux pas d’un éléphant dans un boa. Un boa c’est très dangereux, et un éléphant c’est très encombrant. 
Chez moi c’est tout petit. J’ai besoin d’un mouton. Dessine-moi un mouton. 
Alors j’ai dessiné. 

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Il regarda attentivement, puis : 
– Non ! Celui-là est déjà très malade. Fais-en un autre. 
Je dessinai : 

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Mon ami sourit gentiment, avec indulgence : 
– Tu vois bien… ce n’est pas un mouton, c’est un bélier. Il a des cornes… 
Je refis donc encore mon dessin : 

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Mais il fut refusé, comme les précédents : 
– Celui-là est trop vieux. Je veux un mouton qui vive longtemps. 
Alors, faute de patience, comme j’avais hâte de commencer le démontage de mon moteur, je griffonnai ce dessin-ci.

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Et je lançai : 
– Ça c’est la caisse. Le mouton que tu veux est dedans. 
Mais je fus bien surpris de voir s’illuminer le visage de mon jeune juge : 
– C’est tout à fait comme ça que je le voulais ! 
Crois-tu qu’il faille beaucoup d’herbe à ce mouton ? 
– Pourquoi ? 
– Parce que chez moi c’est tout petit… 
– Ça suffira sûrement. Je t’ai donné un tout petit mouton. 
Il pencha la tête vers le dessin : 
– Pas si petit que ça… Tiens ! Il s’est endormi… 
Et c’est ainsi que je fis la connaissance du Petit Prince.

 

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14 octobre 2014

La petite communiste qui ne souriait jamais - Lola Lafon

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Audiolib - juin 2014 - 7h41 - Lu par Chloé Lambert

Actes Sud - janvier 2014 - 272 pages

Quatrième de couverture :
Fascinée par le destin de la miraculeuse petite gymnaste roumaine de quatorze ans apparue aux JO de Montréal en 1976 pour mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records au point d’accéder au statut de mythe planétaire, la narratrice de ce roman entreprend de raconter ce qu’elle imagine de l’expérience que vécut cette prodigieuse fillette, symbole d’une Europe révolue, venue, par la seule pureté de ses gestes, incarner aux yeux désabusés du monde le rêve d’une enfance éternelle. Mais quelle version retenir du parcours de cette petite communiste qui ne souriait jamais et qui voltigea, d’Est en Ouest, devant ses juges, sportifs, politiques ou médiatiques, entre adoration des foules et manipulations étatiques ? Le roman acrobate de Lola Lafon, aussi audacieux que les figures de l’enfant entrée dans la légende, rend l’hommage d’une fiction à celle-là même qui permit aux petites filles de l’été 1976 de rêver, elles aussi, de s’élancer vers le ciel.
Une interprétation en miroir, dans laquelle, comme chez la jeune héroïne dont est contée l’histoire, la poésie et la grâce naissent d’une parfaite maîtrise faisant, un temps, taire les vociférations d’une époque écartelée.

Auteur : Écrivain et musicienne, Lola Lafon est l’auteure de trois romans parus aux éditions Flammarion : Une fièvre impossible à négocier (2003) ; De ça je me console (2007) et Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce (2011) qui reparaît en poche en mai 2014 (Actes Sud – Babel). Elle a également signé deux albums chez Harmonia Mundi : Grandir à l’envers de rien (2006) et Une vie de voleuse (2011).

Lecteur : De formation dramatique, Chloé Lambert joue sur les planches du Théâtre Edouard VII, du Festival d’Avignon, du Rond Point… aux côtés de Pierre Arditi, Fabrice Luchini, ou encore sous la direction de Florian Zeller et Danièle Thompson. Elle interprète aussi régulièrement des rôles face caméra, notamment dans le film Mariages ! ou le téléfilm Chez Maupassant - L’Héritage aux côtés d’Eddy Mitchell.

Mon avis : (écouté en octobre 2014)
Juillet 1976, Jeux Olympiques de Montréal, Nadia Comaneci entre dans l'histoire de la gymnastique et devient l'emblème de son pays : la Roumanie alors sous l'emprise du dictateur communiste Ceausescu.
Pour raconter la vie de l'athlète de 1969 à 1990, l'auteur imagine un échange entre Nadia et la narratrice. Elle s'appuie sur les événements et les dates connues, pour le reste c'est un travail de fiction très bien documenté. Cela permet d'avoir les points de vues de quelqu'un de l'Est et de quelqu'un de l'Ouest...
J'ai beaucoup aimé écouter ce livre, le personnage de Nadia est attachant, avec son parcours le lecteur découvre les méthodes d'entraînement des petites gymnastes, le régime communisme en Roumanie... Les victoires de Nadia ont permis à la Roumanie de sortir de l'ombre. Mais sa vie n'a pas été facile, lorsque son corps se transforme et qu'elle devient femme, j'ai été touchée par sa douleur, même si elle continue à s'entraîner sans relâche, son corps ne lui permet plus de renouveler ses exploits. Puis, elle va être accusée d'être complice du régime de Ceausescu. Quinze jours avant la chute de ce dernier, elle fuit la Roumanie pour les États-Unis où la conquête de sa liberté ne sera pas facile...
En 1976, Nadia Comaneci a fait rêver le monde ce livre nous permet de découvrir le revers de ses belles médailles. Et si Nadia ne souriait pas, c'est qu'elle était concentrée pour réussir au mieux son travail... gagner des médailles pour son pays.
J'ai bien aimé le lecteur de ce livre audio, même si la construction du livre fait qu'il y a de nombreuses interruptions de la lecture par des jingles que je trouvais un peu pénible à la longue... 

L'entretien avec l'auteur en fin du livre audio est vraiment très intéressant, il complète bien la lecture du livre.

Merci Babelio et les éditions Audiolib pour ce partenariat.

Autres avis : EnnaSandrineSaxaoulLiliba, Sylire

Extrait : (début du livre)
Quel âge a-t-elle, demande la juge principale, incrédule, à l’entraîneur. Ce chiffre, quatorze, lui donne un frisson. Ce que la petite a effectué à l’instant dézingue le déroulement des chiffres, des mots et des images. Il ne s’agit plus de ce que l’on comprend. On ne saurait noter ce qui vient d’advenir. Elle jette la pesanteur par-dessus son épaule, son corps frêle se fait de la place dans l’atmosphère pour s’y lover.

Mais pourquoi personne ne les a prévenus qu’il fallait regarder par là, ragent ceux qui ratent le moment où, sur les dix centimètres de largeur de la poutre, Nadia C. se lance en arrière et, les bras en croix, donne un coup de pied à la lune, saut à l’aveugle, et ils se tournent les uns vers les autres, est-ce que quelqu’un a compris, est-ce que vous avez compris ?
Le panneau électronique affiche COMANECI NADIA, ROMANIA suivi de 73, son dossard, et là où il devrait y avoir sa note : rien.
On attend. Blêmes, les gymnastes soviétiques vont et viennent dans les travées réservées aux entraîneurs et aux compétitrices qui ont terminé. Elles savent. Les coéquipières de la Roumaine, elles, semblent au désespoir, Dorina tient ses mains jointes, Mariana murmure une phrase en boucle, une autre est affalée, les yeux fermés ; Nadia, elle, un peu à l’écart, sa queue de cheval de travers, ne jette pas un regard au tableau d’affichage. Et c’est lui qu’elle voit en premier, Béla, son entraîneur, debout, les bras au ciel, la tête renversée en arrière ; elle se tourne enfin et découvre sa sanction, ce terrible 1 sur 10 qui s’inscrit en nombres lumineux face aux caméras du monde entier. Un virgule zéro zéro. Elle repasse de possibles fautes dans sa tête, l’arrivée du périlleux arrière éventuellement, pas assez stable, qu’est-ce qu’elle a pu faire pour mériter ça ? Béla la serre dans ses bras, t’en fais pas chérie, on va déposer une réclamation. Mais un des juges attire son attention. Parce que le Suédois se lève. Parce qu’il a les larmes aux yeux et la fixe. Et tous raconteront cet instant tant et tant de fois qu’elle n’est plus sûre aujourd’hui de l’avoir vécu, peut-être l’a-t-elle vu à la télé, peut-être cet épisode a-t-il été écrit pour un film. Le public s’est levé et de leurs dix-huit mille corps provient l’orage, leurs pieds grondent rythmiquement au sol et le Suédois dans le vacarme ouvre et ferme la bouche, il prononce des mots inaudibles, des milliers de flashs forment une pluie d’éclats inégaux, elle entrevoit le Suédois, que fait-il, il ouvre ses deux mains et le monde entier filme les mains du juge vers elle. Alors, la petite tend ses deux mains vers lui, elle demande confirmation, c’est un… dix ? Et lui, doucement, hoche la tête en gardant ses doigts ouverts devant son visage, des centaines de caméras lui cachent l’enfant, les gamines de l’équipe roumaine dansent autour d’elle, oui, amour, oui, ce un virgule zéro zéro est un dix.

  livre_audio

Version papier : 

 94110928 La petite communiste qui ne souriait jamais 

 

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11 octobre 2014

L'Eté des lucioles - Gilles Paris

l_t_des_lucioles Editions Héloïse d'Ormesson - janvier 2014 - 221 pages

Quatrième de couverture : 
Du haut de ses neuf ans, Victor a quelques certitudes : c’est parce que François, son père, n’ouvre pas son courrier qui s’amoncelle dans un placard que ses parents ne vivent plus ensemble ; c’est parce que Claire et Pilar adorent regarder des mélos tout en mangeant du pop-corn qu’elles sont heureuses ensemble. Et c’est parce que les adultes n’aiment pas descendre les poubelles au local peint en vert qu’il a rencontré son meilleur ami Gaspard.
Les vacances au Cap-Martin, cet été-là, seront pour Victor et son copain Gaspard l’occasion de partir à l’aventure sur l’étroit chemin des douaniers qui surplombe la côte. En guidant les garçons jusqu’aux passages secrets menant aux somptueuses villas, papillons, baronne et jumeaux feront bien plus que leur ouvrir la porte des jardins enchantés.
Un voyage au pays de l’enfance qui déborde d’émotion et de tendresse.

Auteur : Gilles Paris est un écrivain français. 
Il est tout d'abord fonctionnaire au ministère de la Jeunesse et des Sports dans le service " documentation ", puis journaliste dans le domaine du cinéma et de la musique pour la presse populaire. Il est ensuite attaché de presse dans l'édition, d'abord chez Jean-Claude Lattès et Plon, puis pour son propre compte.
Son premier roman, " Papa et Maman sont morts " (1991, Le Seuil), est en train d'être adapté au cinéma, et le suivant " Autobiographie d'une Courgette " a été traduit en plusieurs langues et s'est vendu à plus de 150 000 exemplaires. Il a d'ailleurs fait l'objet d'une adaptation pour la télévision, réalisée en 2007 par Luc Béraud, intitulée " C'est mieux la vie quand on est grand " avec Daniel Russo dans le rôle du gendarme.

Mon avis : (lu en octobre 2014)
Ce livre est une vraie bouffée d'enfance... Victor, le narrateur, a neuf ans. Comme chaque été, il passe l'été au Cap-Martin avec sa soeur Alicia âgée de 14 ans et ses deux mamans, Claire et Pilar. Son papa, François, n'a jamais voulu venir en vacances dans l'appartement dont il a hérité de sa soeur, Félicité. A la résidence, pendant que sa mère, libraire, lit et Pilar peint, Victor profite de la liberté pour explorer le chemin des douaniers avec son meilleur ami Gaspard et Justine à laquelle il n'est pas indifférent... Il va faire la rencontre de Madame La Baronne, des deux jumeaux Tom et Nathan, découvrir de belles villas chargées d'histoires... 

Victor se pose plein de questions : pourquoi son papa n'a jamais voulu grandir, un peu comme Peter Pan ? Pourquoi les lucioles sont elles si nombreuses cette été ? Pourquoi les papillons n'ont pas peur de lui ? Qui était vraiment Félicité la soeur de son papa ?
Dans le livre qu'il a décidé d'écrire pour offrir à sa maman, Victor nous raconte, avec la naïveté de ses 9 ans, cet été si particulier et inoubliable.
C'est une histoire tendre, pleine de poésie et émouvante. Une très belle découverte ! 

Autre avis : Jostein, Nahe, Clara

Extrait : (début du livre)
Pour commencer, j'ai neuf ans. Je m'appelle Victor Beauregard.

À l'école Saint-Louis, à Bourg-en-Bresse, les méchants m'appellent Vilain Nez. C'est nul, car j'ai un joli nez en trompette comme celui de maman. Le prof de français, lui, dit monsieur Beauregard. Les gentils, eux, se contentent de Victor. Alicia, papa et maman aussi.
Mes parents se sont séparés deux ans après ma naissance. Et je n'y suis pour rien. Ils ne s'aimaient plus comme avant. C'est eux qui le disent.
François, mon papa, est photographe et travaille pour des guides touristiques. Il fait rentrer dans son appareil des lacs, des forêts, des villages, des montagnes, des couchers de soleil, mais jamais d'humains, à part Alicia et moi. Et maman, mais c'était bien avant la naissance d'Alicia, ma grande soeur. Et je n'en ai pas de plus petite. Tant mieux, parce que les filles c'est compliqué. Ça joue à la poupée, et ça pleure pour un rien. Alicia a quatorze ans et, en dehors des photos de papa qu'elle a encadrées au-dessus de son lit, elle ne s'intéresse qu'aux garçons. Des fois, même, elle disparaît plusieurs jours avec, et maman devient «folle d'inquiétude». Elle est incapable de rester assise et passe d'une pièce à l'autre, comme si ses pas mesuraient les mètres carrés de notre appartement à Bourg-en-Bresse. Mais Alicia revient toujours. À chaque fois, elle dit : «Ce n'est pas le bon.» Et elle s'enferme dans sa chambre. En bas, j'entends claquer sa porte comme une gifle. Maman court la rejoindre et moi je regarde un truc idiot à la télévision avec Pilar ou je joue avec ma tortue Katouta que je renverse sur le dos.
Maman est libraire. Elle écrit des petits mots tout en fluo pour les livres qu'elle a aimés, un Post-it jaune qu'elle colle sur la couverture pour attirer le regard du client. Maman tient aussi un blog où elle raconte l'histoire des livres, avec le prix, le nombre de pages et un mot pour les définir. C'est souvent «humain» ou «passionnant». Et elle y annonce, un mois avant, les signatures des écrivains qu'elle va chercher à la gare tous les samedis. C'est simple, maman lit tout le temps, sauf sous la douche ou quand elle dort. Comme elle en lit plusieurs en même temps, il y a au sol, du côté de son lit, des piles de livres d'où s'échappent les marque-pages de sa librairie.
Sur la table de la cuisine, le petit déjeuner est toujours prêt, et maman tend la joue pour le baiser du matin, sans lâcher le livre qu'elle tient déjà dans une main, lunettes basses sur son nez en trompette. L'autre prend des notes sur un petit bristol qu'elle utilise pour son blog ou ses clients. Pilar ne boit jamais son thé au lait avec nous. Elle peint ses paysages d'enfance, là-bas, très loin, en Argentine, dans la chambre-atelier.

Déjà lu du même auteur :

 au pays des kangourous Au pays des kangourous

Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Animal" (7)

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11 septembre 2014

L'Enfant des marges - Franck Pavloff

Lu en partenariat avec Albin Michel

9782226258328g Albin Michel - août 2014 - 240 pages

Quatrième de couverture : 
Dans une Barcelone étourdie par la crise, vibrante de toute l’énergie d’une jeunesse qui refuse le monde tel qu’il est, un homme part à la recherche de son petit-fils adolescent. Lui-même a tout quitté : sa solitude, la paix et l’oubli qu’il croyait avoir trouvés au fin fond des Cévennes. Et voici que dans la capitale catalane bruyante et révoltée, où plane l’ombre des combattants de 36, c’est sa propre histoire qu’il rencontre et dont il peut enfin se libérer.
L’œuvre exigeante de Franck Pavloff, habitée par l’exil et la quête, révèle ici une dimension inédite. Un récit intime et singulier, qui parle d’errance et de renaissance, une émouvante ode à la vie.

Auteur : Franck Pavloff se définit comme un « écrivain de l'ailleurs », qui rend compte des exils intérieurs ou géographiques que les guerres, les drames, la corruption, le cynisme et l'intolérance ont engendrés. Psychologue Expert, il a fait des droits des enfants un combat. Il a également passé plus de quinze ans à faire aboutir des projets de développement communautaire à travers l'Afrique et l'Asie. 
Il a publié Menace sur la ville (1998), Haute est la tour (2003), Le Pont de Ran Mositar (2005), récompensé par le Prix France Télévision, La chapelle des apparences (2007), Le Grand Exil (2009), pour lequel il a obtenu le Prix Littéraire des Grands Espaces, etL'Homme à la carrure d'ours (2012), lauréat du Prix Lettres frontière.
Matin brun, sa fable grinçante publiée au départ chez un éditeur de poésie a connu un immense succès (2 millions d'exemplaires). Elle est traduite dans 25 pays (dont l'Inde, la Russie et le Japon). La dernière traduction vient de paraître, elle est chinoise.

Mon avis : (lu en septembre 2014)
J'ai trouvé ce livre dans ma boîte aux lettres à mon retour de vacances, j'avais oublié l'avoir demandé en partenariat... 
Ioan est un ancien reporter, photographe de guerre qui s'est réfugié seul dans un coin perdu des Cévennes. Son plus proche voisin, Justin vieil éleveur de chèvres, est à une demi-heure de marche sur un sentier.
Un jour, Ioan reçoit un coup de téléphone, Valentin, son petit-fils est parti à Barcelone et il ne donne plus aucun signe de vie. Ioan va quitter sa retraite pour partir à la recherche de ce petit-fils qu'il n'a pas revu depuis de nombreuses années...
C'est une lecture très agréable qui nous fait découvrir le Barcelone invisible, celle des sans-abris, des artistes, des manifestants. Ioan va faire de nombreuses rencontres et au fil des jours, il va se libérer des démons qui le hante. 
Je ne connais pas Barcelone mais ce livre me donne vraiment envie de découvrir cette ville pleine de surprises. 

Merci et les éditions  Albin Michel pour cette touchante découverte.

Extrait : 

  Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Cercle familiale" (9)

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04 septembre 2014

Pétronille - Amélie Nothomb

Lu en partenariat avec Albin Michel

9782226258311g Albin Michel - août 2014 - 180 pages

Quatrième de couverture : 
« Au premier regard je la trouvai si jeune que je la pris pour un garçon de quinze ans. »

Auteur : Amélie Nothomb est un écrivain belge de langue française. Elle est né le 13 août 1967 à Kobe, au Japon, où son père, le baron Patrick Nothomb, fut ambassadeur de Belgique. Belgique, qu'elle ne connaîtra qu'à 17 ans, pour y terminer ses études de philologie romane à l'Université libre de Bruxelles.
Depuis 1992, Amélie Nothomb publie un roman par an. Stupeur et tremblements, roman de son expérience professionnelle au Japon, sera récompensé en 1999 par Le Grand Prix du roman de l'Académie française.

Mon avis : (lu en septembre 2014)
J'avais aimé plusieurs des premiers livres d'Amélie Nothomb puis mes dernières lectures m'avaient beaucoup déçues et j'avais abandonné la lecture du roman annuel d'Amélie même si j'écoutais ou regardais ses interviews sans déplaisir car le personnage Amélie Nothomb m'a toujours amusé... Après 5 ans d'abstinence, je n'ai pas résisté à la proposition de ce partenariat et j'ai passé un très bon moment.
Ce roman met en scène l'auteur elle-même et nous en apprend un peu plus sur ses relations avec ses lecteurs et le monde de l'édition. C'est un mélange de fiction et d'autobiographie. Amélie n'a jamais caché qu'elle aimait beaucoup le champagne et dans ce livre elle lui rend hommage... Elle va rencontrer, Pétronille une de ces lectrices au look d'adolescent de 15 ans, et qui deviendra une compagne idéale pour partager quelques bouteilles de champagne prestigieux. Puis une amitié belle et touchante unira Amélie et Pétronille. Voilà une histoire pétillante, décalée, pleine d'humour et d'autodérision de la part d'Amélie Nothomb.
Bon cru 2014 !

Ce soir, c'est le jour de la Rentrée de La Grande Librairie sur France 5, avec comme première invitée de l'année Amélie Nothomb... en sa compagnie il y aura aussi Olivier Adam (auteur que j'aime beaucoup), Serge Joncour (J'ai beaucoup aimé son livre précédent : L'amour sans le faire) et Joy Sorman (que je n'ai jamais lu). 

Merci Marlène et les éditions Albin Michel pour ces retrouvailles réussies avec Amélie Nothomb.

 

Extrait :

  Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Prénom" (10)
Déjà lu du même auteur : 

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02 septembre 2014

Les fils de rien, les princes, les humiliés - Stéphane Guibourgé

Lu dans le cadre du Prix du Roman Fnac 2014

PRF-jury-08-2014-186

les fils de rien Fayard - août 2014 - 201 pages

Quatrième de couverture : 
Avoir seize ans, avoir vingt ans dans les années quatre-vingt. L'époque est à la rigueur. Des pères vaincus baissent les yeux devant leurs fils. Il s'agit alors de s'échapper, de fuir le mauvais côté du périphérique. Se frayer un chemin à travers les jardins ouvriers à l'abandon. Quitter ses amis, les princes, les humiliés. Kader, Abdou, Jean-Phi. Choisir la vitesse et la violence. Puis, un soir, rejoindre enfin une meute skinhead. Voici la trajectoire d'un fils de rien. Nom de guerre : Falco. Vingt-cinq ans plus tard, retiré du monde, il se souvient, et se fait face. Voici la confession d'un exilé et la quête de ce qui demeure en lui d'humanité et d'espérance.

Auteur : Stéphane Guibourgé a quarante-huit ans. Les fils de rien, les princes, les humiliés est son onzième livre.

Mon avis : (lu en juillet 2014)
C'est le roman que j'ai préféré de la sélection Prix du Roman Fnac 2014.
A quarante-sept ans, le narrateur construit une maison de ses mains pour son fils et se souvient de son passé. Un passé qu'il n'arrive pas à oublier : d'abord voleur de voiture, puis pour fuir la banlieue, il choisit la violence et devient skinhead. Il fait de la prison... 

La narration est parfois difficile à suivre, le narrateur évoque dans le désordre son passé, son présent... J'ai eu parfois du mal à comprendre la chronologie de l'histoire. Les chapitres courts donnent un ton percutant aux propos, la violence du passé s'oppose à l'humanité, à la poésie et aux silences du présent. Cette confession trente ans après est vraiment touchante. 

Extrait : (page 25)
Je voudrais ne plus faire qu'un avec le torrent. Retrouver ce mouvement, les mots qui ont poli les galets. Être capable de creuser un lit profond année après année. Epouser les contours de la vallée. Accepter les obstacles, les éviter sans heurts. Charrier les souvenirs, les remords et les instants de grâce comme des sédiments. Les noyer et cependant rester en vie. Devenir une source. Garder mes bergers solides pour qu'au soir les animaux viennent y boire.
Je ne saurais dire à quel moment de l'existence un endroit devient enfin un refuge. Quel est l'instant où l'on sait que nous avons trouvé notre place. Que nous y trouverons tranquillité, sérénité. A quoi reconnaît-on cet instant ? Je l'ignore. Mais il existe ici un mystère qui me protège.

Voilà ce que je cherche : la fragilité. Le doute. Ne plus jamais me laisser entraîner par ce que j'abrite. La violence, la colère qui rôdent . Le bruit de la chaîne, le bruit de l'anneau, le bruit de l'acier... La barque à peine retenue au ponton dans les lueurs de l'aube.

Challenge 1% Rentrée Littéraire 2014 
challengerl2014_150
4/6

  Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Cercle familiale" (8)

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30 août 2014

Les indomptées - Nathalie Bauer

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

book_250 Philippe Rey - août 2014 - 496 pages

Quatrième de couverture :
Au bord de la ruine, deux soeurs, Noélie et Julienne, et leur cousine Gabrielle essaient désespérément de sauver le domaine familial. Leur âge avancé ne leur offrant pas beaucoup de chances d'y parvenir, Noélie décide d'écrire un roman sur sa famille, dans le fol et naïf espoir d'un succès. Entre présent et passé se déroule donc la saga des Randan, propriétaires terriens aveyronnais dont le destin épouse les circonvolutions du XXe siècle : le massacre de la Grande Guerre, la difficile reconstruction et la crise. Rêves de richesse, d'amour ou d'émancipation se réalisent chez les uns, échouent chez les autres. Alors que Noélie est à l'oeuvre, les trois femmes acceptent d'héberger leur nièce Zoé, sans imaginer que cette fille de vingt-quatre ans, dépressive, alcoolique et un brin nymphomane, va bouleverser leur existence.

Auteur : Traductrice de l'italien, docteur en histoire, Nathalie Bauer a publié quatre romans : Zena (2000), Le feu, la vie (2007), Des garçons d'avenir (2011) et Les Indomptées (2014).

Mon avis : (lu en août 2014)
En fin de livre, une note de l'auteur explique que ce roman a été en partie inspiré par l'histoire de sa famille maternelle pour preuve les photos personnelles de l'époque présentes au fil des pages. Ce livre nous raconte l'histoire d'une famille, les Randan, propriétaires terriens en Aveyron depuis la fin du XIXème jusqu'à nos jours. J'ai mis un peu de temps à entrer dans cette histoire. Il faut d'abord comprendre les relations généalogiques qui existent entre les différents personnages, il y a heureusement au début du livre un arbre généalogique de la famille auquel j'ai pu me référer très souvent durant ma lecture.
Les premiers chapitres font de nombreux aller-retour entre le présent et le passé, les dates des deux époques n'étant pas clairement indiquées en tête de chapitre, il faut quelques phrases avant de se repérer...
L'histoire de cette famille est vraiment passionnante, en particulier la partie passée que j'ai préféré. Les différents membres de cette famille ont des caractères différents et sont souvent attachants. 
Autant j'ai eu mis un peu de temps à attaquer ce livre, ensuite j'ai dévoré avec beaucoup de facilité la seconde partie. 

Merci et les éditions Philippe Rey pour cette découverte. 

Autre avis : Keisha 

Extrait : (début du livre)
De son écriture fine, penchée, d’un autre siècle, Noélie reporte dans le registre les dernières dépenses du foyer dont elle constitue l’un des quatre membres – et sans nul doute le plus actif, puisque non seulement elle s’emploie à en préserver l’équilibre par ses talents de gestionnaire, mais elle contribue aussi à sa subsistance à proprement parler, cultivant le potager en dépit de son âge avancé – quand un tremblement secoue l’air, accompagné d’un vacarme de planches brisées, de moteurs emballés et de cris indistincts.
Elle se lève et va ouvrir la fenêtre d’où l’on peut embrasser du regard le rosier grimpant, les arbres centenaires, un tronçon de charmille et les massifs qui ponctuent, tels une bouche et des yeux de couleur, la pelouse centrale en forme d’œuf, à temps pour voir surgir du portillon, à l’autre extrémité, la grande silhouette de son neveu, dont les lèvres s’étirent et se referment sur l’un des rares mots qu’il daigne, ait jamais daigné, prononcer : Taaa-tie ! Taaa-tie !, car, il a beau avoir plus de cinquante ans, il n’est rien d’autre qu’un enfant – un enfant timide, empoté de surcroît.
Mêlées aux aboiements des quatre chiens formant son éternel cortège – quatre bâtards perdus ou peut-être abandonnés, en tout cas soignés et apprivoisés par le quinquagénaire –, ces uniques syllabes produisent à présent assez de bruit pour parvenir aux oreilles de Gabrielle, la doyenne, qui souffre pourtant de surdité ; aussi, détournant la tête de son ouvrage en tricot (un burnous destiné à un arrière-petit-neveu dont on n’a jamais vu que la photo), elle demande à sa cousine de quoi il s’agit exactement. Trop tard : Noélie s’est engouffrée dans l’entrée et réapparaît déjà à l’extérieur, menue dans son pantalon et son pull-over, le crâne surmonté d’un chignon blanc pareil au poing d’un marionnettiste qui la maintiendrait bien droite.
Taaa-tie ! Taaa-tie ! continue de crier l’homme, un bras tendu vers le portillon dont les croisillons découpent en figures géométriques le chemin et les bâtiments de ferme, ainsi que la petite route au-delà, si bien que Noélie doit multiplier les injonctions au calme avant de le précéder vers l’origine du vacarme, l’une des deux étables, plus précisément la grange dont elle est coiffée. Au pied de la rampe qui mène à celle de droite, un tracteur ronfle devant son chargement de foin, et l’on entend à l’intérieur du bâtiment des voix reconnaissables à leur accent et à leur timbre : celles de Roger, le fermier, et de ses deux fils trentenaires qui lui apportent volontiers de l’aide aux périodes de gros travaux, labours, moisson, ensilage ou encore fenaison, comme en ce mois de mai 1987.

Challenge 1% Rentrée Littéraire 2014 
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3/6

 

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28 août 2014

Je vais mieux - David Foenkinos

Lu en partenariat avec les éditions Folio

je vais mieux je_vais_mieux_foenkinos je_vais_mieux 

Folio - mai 2014 - 384 pages

Gallimard - janvier 2013 - 339 pages

Grand Livre du mois - décembre 2012 - 330 pages

Quatrième de couverture :
« 
Un jour, je me suis réveillé avec une inexplicable douleur dans le dos. Je pensais que cela passerait, mais non. J'ai tout essayé... J'ai été tour à tour inquiet, désespéré, tenté par le paranormal. Ma vie a commencé à partir dans tous les sens. J'ai eu des problèmes au travail, dans mon couple, avec mes parents, avec mes enfants. Je ne savais plus que faire pour aller mieux... Et puis, j'ai fini par comprendre.»

Auteur :  Romancier, scénariste et musicien, David Foenkinos est né en 1974. Il a publié Entre les oreilles (2002), Inversion de l’idiotie (2002), Le potentiel érotique de ma femme (2004) et Qui se souvient de David Foenkinos ? (2007), Nos séparations (2008), La délicatesse (2009), Les souvenirs (2011), Je vais mieux (2013), La tête de l'emploi (2014).

Mon avis : (lu en août 2014)
J'ai accepté de recevoir ce livre en partenariat avec Folio pensant ne pas l'avoir lu... Je le prends donc pour les vacances, format facile pour la plage. Je le lis assez facilement mais à deux reprises je m'interroge, je découvre deux passages que j'ai l'impression d'avoir déjà lu... Sans doute dans ma dernière lecture de l'auteur avec La tête de l'emploi... Erreur, étant déconnectée (d'internet) pendant 3 semaines je n'ai découvert qu'à mon retour que j'avais finalement déjà lu ce livre (en juin 2013) et que mon billet ne reflète pas du tout le ressenti que j'ai eu cet été...
(juin 2013) : « Une lecture plaisante et facile, une écriture fluide et pleine d'humour. Le personnage central est attachant et j'ai pris du plaisir à suivre son parcours. »
Cet été : Cette lecture a été facile mais elle m'a agacée... la plainte continue autour du mal de dos du narrateur ne m'a pas touchée... la plage n'était pas l'endroit idéal pour découvrir ce livre... Cela ne m'empêchera pas de lire le nouveau livre de l'auteur "Charlotte" qui vient de sortir.

Merci Anna et les éditions Folio pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
On sait toujours quand une histoire commence. J’ai immédiatement compris que quelque chose se passait. Bien sûr, je ne pouvais pas imaginer tous les bouleversements à venir. Au tout début, j’ai éprouvé une vague douleur ; une simple pointe nerveuse dans le bas du dos. Cela ne m’était jamais arrivé, il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. C’était sûrement une tension liée à l’accumulation de soucis récents.

Cette scène initiale s’est déroulée un dimanche après-midi ; un de ces premiers dimanches de l’année où il fait beau. On est heureux de voir le soleil, fût-il fragile et peu fiable. Ma femme et moi avions invité un couple d’amis à déjeuner, toujours
le même couple finalement : ils étaient à l’amitié ce que nous étions à l’amour, une forme de routine. Enfin, un détail avait changé. Nous avions déménagé en banlieue dans une petite maison avec un jardin. On était tellement fiers de notre jardin. Ma femme y plantait des rosiers avec une dévotion quasi érotique, et je comprenais qu’elle plaçait dans ces quelques mètres carrés de verdure tous les espoirs de sa sensualité. Parfois je l’accompagnais près des fleurs, et nous éprouvions comme des soubresauts de notre passé. Nous montions alors dans la chambre, afin de retrouver nos vingt ans pendant vingt minutes. C’était rare et précieux. Avec Élise, il y avait toujours des instants volés à la lassitude. Elle était tendre, elle était drôle, et j’admettais chaque jour à quel point j’avais été formidable de faire des enfants avec elle.

Quand je revins de la cuisine, portant le plateau sur lequel j’avais disposé quatre tasses et du café, elle demanda :
« Ça va ? Tu n’as pas l’air bien.
— J’ai un peu mal au dos, c’est rien.
— C’est l’âge… » souffl a Édouard, avec ce ton ironique qui était inlassablement le sien.
J’ai rassuré tout le monde. Au fond, je n’aimais pas qu’on s’intéresse à moi. En tout cas, je n’aimais pas être le sujet d’une discussion. Pourtant, il était impossible de faire autrement ; je continuais à ressentir comme de légères morsures dans le dos. Ma femme et nos amis poursuivaient leur conversation, sans que je puisse en suivre le cours. Totalement centré sur la douleur, j’essayais de me rappeler si j’avais commis quelque effort particulier ces derniers jours. Non, je ne voyais pas. Je n’avais rien soulevé, je n’avais pas fait de faux mouvement, mon corps n’avait pas été soumis à un quelconque hors-piste qui aurait pu provoquer la douleur actuelle. Dès les premières minutes de mon mal, j’ai pensé que cela pouvait être grave. Instinctivement, je n’ai pas pris à la légère ce qui m’arrivait. Était-on conditionné de nos jours à prévoir toujours le pire ? J’avais tant de fois entendu des histoires de vies saccagées par la maladie.

Déjà lu de cet auteur : 

les_souvenirs Les souvenirs la_d_licatesse_folio  La délicatesse 

je_vais_mieux_foenkinos Je vais mieux (1)  93352318 La tête de l'emploi 

Challenge Petit Bac 2014
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"Verbe" (10)

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27 août 2014

Dans le jardin de l'ogre - Leïla Slimani

Lu dans le cadre du Prix du Roman Fnac 2014

PRF-jury-08-2014-186

product_9782070146239_195x320 Gallimard - août 2014 - 224 pages

Quatrième de couverture : 
« Une semaine qu'elle tient. Une semaine qu'elle n'a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Élysées, du musée d'Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n'a pas bu d'alcool et elle s'est couchée tôt. 
Mais cette nuit, elle en a rêvé et n'a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s'est introduit en elle comme un souffle d'air chaud. Adèle ne peut plus penser qu'à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d'un pied sur l'autre. Elle fume une cigarette. Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur. Elle veut qu'on la saisisse, qu'on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu'elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n'être qu'un objet au milieu d'une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu'on lui pince les seins, qu'on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin de l'ogre. »

Auteur : Leïla Slimani est née en 1981 à Rabat (Maroc). Elle vit à Paris. Dans le jardin de l'ogre est son premier roman. 

Mon avis : (lu en juillet 2014)
Après avoir lu le premier, seul auteur que je connaissais, j'ai décidé de classer les livres restants dans l'ordre du nombre de pages croissants (et pourquoi pas...) C'est donc le deuxième livre de la sélection que j'ai lu. 
Adèle, journaliste, est une femme mariée à Richard, un médecin, mère de Lucien, un petit garçon de trois ans. Une famille qui vit apparement heureuse. Mais la jeune femme cache un lourd secret : elle ne peut pas s'empêcher de draguer d'autres hommes et d'assouvir ses fantasmes. Lorsque Richard découvre l'addiction d'Adèle, il quitte Paris pour la Normandie, il décide de ne pas quitter sa femme mais espère réussir à la guérir. N'ayant plus de travail, Adèle reste au foyer pour s'occuper de la maison et de leur fils.
Je n'ai vraiment pas aimé ce livre que j'ai pourtant lu facilement. Je n'ai pas eu de sympathie pour ni pour Adèle, ni pour Richard. Lauren, l'amie d'Adèle, est le seul personnage que j'ai trouvé intéressant mais l'auteur l'a seulement survolé... J'ai trouvé cette histoire caricaturale, et la conclusion qui se termine en queue de poisson et laisse le lecteur en plan m'a horripilée... 
En finalisant ce billet, j'ai découvert que ce livre était un premier roman et que l'auteur était marocaine. Le sujet du livre est sans doute assez audacieux... mais pour ma part, la rencontre ne s'est pas faite...

Extrait : (début du livre)
Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Élysées, du musée d’Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n’a pas bu d’alcool et elle s’est couchée tôt.
Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s’est introduit en elle comme un souffle d’air chaud. Adèle ne peut plus penser qu’à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d’un pied sur l’autre. Elle fume une cigarette.
Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur.
Elle veut qu’on la saisisse, qu’on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu’elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n’être qu’un objet au milieu d’une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu’on lui pince les seins, qu’on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin d’un ogre.
Elle ne réveille personne. Elle s’habille dans le noir et ne dit pas au revoir. Elle est trop nerveuse pour sourire à qui que ce soit, pour entamer une conversation matinale. Adèle sort de chez elle et marche dans les rues vides. Elle descend les escaliers du métro Jules-Joffrin, la tête basse, nauséeuse. Sur le quai, une souris court sur le bout de sa botte et la fait sursauter. Dans la rame, Adèle regarde autour d’elle. Un homme dans un costume bon marché l’observe. Il a des chaussures pointues mal cirées et des mains poilues. Il est laid. Il pourrait faire l’affaire. Comme l’étudiant qui tient sa copine enlacée et lui dépose des baisers dans le cou. Comme le cinquantenaire debout contre la vitre qui lit sans lever les yeux vers elle.
Elle ramasse sur le siège en face d’elle un journal daté d’hier. Elle tourne les pages. Les titres se mélangent, elle n’arrive pas à fixer son attention. Elle le repose, excédée. Elle ne peut pas rester là. Son cœur cogne dans sa poitrine, elle étouffe. Elle desserre son écharpe, la fait glisser le long de son cou trempé de sueur et la pose sur un siège vide. Elle se lève, ouvre son manteau. Debout, la main sur la poignée de la porte, la jambe secouée de tremblements, elle est prête à sauter.
Elle a oublié le téléphone. Elle se rassoit, vide son sac, fait tomber un poudrier, tire sur un soutien-gorge dans lequel ses écouteurs se sont emmêlés. Pas prudent ce soutien-gorge, songe-t-elle. Elle n’a pas pu oublier le téléphone. Si elle l’a oublié, elle devra retourner à la maison, trouver une excuse, inventer quelque chose. Et puis, non, il est là. Il a toujours été là mais elle ne l’a pas vu. Elle range son sac. Elle a l’impression que tout le monde la regarde. Que toute la rame se moque de sa panique, de ses joues brûlantes. Elle ouvre le petit téléphone à clapet et rit en voyant le premier nom.
Adam.
De toute façon, c’est fichu. Avoir envie, c’est déjà céder. La digue est rompue. À quoi servirait de se retenir ? La vie n’en serait pas plus belle. À présent, elle réfléchit en opiomane, en joueuse de cartes. Elle est si satisfaite d’avoir repoussé la tentation pendant quelques jours, qu’elle en a oublié le danger. Elle se lève, soulève le loquet poisseux, la porte s’ouvre.
Station Madeleine.

Challenge 1% Rentrée Littéraire 2014 
challengerl2014_150
2/6

  Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Lieu" (10)

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