26 avril 2012

La fille tombée du ciel - Heidi W. Durrow

la_fille_tomb_e_du_ciel Éditions Anne Carrière – août 2011 – 274 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie de Prémonville

Titre original : The girl who fail from the sky : A novel, 2010

Quatrième de couverture :
A onze ans, Rachel Morse, fille d'une mère danoise et d'un père GI noir américain, voit sa vie basculer : un drame dont elle est la seule survivante lui arrache sa famille. Recueillie par sa grand-mère paternelle, une femme aussi aimante qu'intransigeante, Rachel découvre bientôt la difficulté d'être métisse dans une société qui donne trop d'importance à la couleur de peau. Des voix se mêlent à son récit pour dévoiler la véritable nature de la tragédie qui s'est déroulée, un triste jour d'été, sur un toit de Chicago. La plus vibrante d'entre elles est celle de Brick, un jeune voisin qui a assisté à sa chute et qui se retrouve, bien malgré lui, dépositaire du seul fragment de vérité susceptible de libérer Rachel des ombres de son passé. Heidi W. Durrow signe ici l'histoire d'un être trop doué et trop démuni à la fois. Dans ce roman d'apprentissage moderne et poétique, elle décrit l'envol d'un personnage inoubliable.

Auteur : Heidi W. Durrow est la fille d’une mère danoise et d’un père afro-américain travaillant pour l’US Air Force. Elle a grandi en Turquie, en Allemagne et au Danemark, puis a fait ses études supérieures à l’école de journalisme de l’université de Columbia, ainsi qu’un cursus de droit à Yale. Elle est aujourd’hui directrice de festivals culturels. Elle a 42 ans et vit à New York. Son premier roman, La Fille tombée du ciel, a reçu le prix Barbara Kingslover Bellwether en 2008.

 

Mon avis : (lu en avril 2012)
Après le drame qui a tué sa mère et ses frère et sœur à Chicago, Rachel âgée de 11 ans a été recueillie par sa grand-mère à Portland. Rachel est une fillette, blanche par sa mère Danoise et noire par son père GI américain. Elle a hérité de magnifiques yeux bleus de sa mère et des cheveux crépus de son père. Dans sa nouvelle vie, Rachel découvre les difficultés d'avoir une couleur différente. Rachel grandit avec des souvenirs vagues du jour de 1982 où tout à basculé...
Ce jour là, Jamie a été le témoin de l'accident survenu à la famille de Rachel. Plus tard, il a rencontré Roger le père de la fillette et celui-ci l'a donné un message pour sa fille. Jamie décide de remplir cette mission et il va mettre plusieurs années pour traverser les États-Unis et enfin rejoindre Rachel.
Dans ce livre le lecteur découvre en parallèle plusieurs récits, celui de Rachel, celui de Jamie mais aussi des passages du journal intime de Nella, la mère de Rachel et également le témoignage de Laronne, la patronne de Nella.
J'ai beaucoup aimé cette histoire émouvante et touchante. Rachel est une petite fille puis une adolescente forte et courageuse qui se pose de nombreuses questions, Jamie est également un personnage touchant plein de naïveté et de poésie. C'est un très beau livre plein d'humanité.

 

Extrait :(début du livre)
« Mon petit porte-bonheur », dit grand-mère.
Elle est venue me chercher à l'hôpital, et on a marché jusqu'à l'arrêt de bus, sa main autour de la mienne, comme une laisse.
On est à l'automne 1982, et il pleut sur Portland. J'ai éclaboussé mes nouvelles chaussures dans les flaques. Je me sens déjà moins la petite-fille-dans-sa-robe-neuve. Je ne suis déjà plus cette fille-là.
Grand-mère ne lâche ma main que pour chercher des pièces dans un porte-monnaie noir en cuir verni.
« Eh bien, voilà les plus jolis yeux bleus et la plus jolie petite fille que j'aie jamais vus », lance la conductrice, quand on monte à bord de son bus. Je redeviens la fille-toute-neuve, et je lui souris.
« C'est ma petite-fille, mon bébé. Elle vient vivre avec moi. » Grand-mère n'arrive pas à se défaire de son accent du Texas.
« Merci, madame. » Je surveille mes manières, en présence d'inconnus, et grand-mère est encore une inconnue, pour moi.
Je ne sais pas grand-chose d'elle. Elle jardine. Elle a les mains douces et elle sent la lavande.
Avant, chaque Noël, elle nous envoyait toujours une carte, à Robbie et moi, avec un billet de 10 dollars tout neuf emballé dans du papier d'aluminium. Au dos de l'enveloppe, là où elle avait appuyé très fort, l'encre qu'elle avait sur les doigts avait un peu bavé. La carte sentait la lotion à la lavande qu'elle utilise pour avoir les mains douces.
Grand-mère n'a pas une seule ride, nulle part. Elle a la peau sombre, couleur aubergine, aussi lisse qu'une assiette en porcelaine, tout ça grâce à cette lotion qu'elle se fait envoyer spécialement du Sud. « Ils ont des racines plus fortes, là-bas – meilleure terre, meilleures racines. » Elle a un corps en balle de fusil. Elle est large et de petite taille. Elle tire ses cheveux en arrière et elle les recouvre d'un bonnet en plastique.
« Eh bien, quelle chance tu as d'avoir une mamie aussi extraordinaire, me dit la conductrice. Jolie et chanceuse. »      

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Challenge 6% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
41/42
 

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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50__tats
20/50 : Illinois

 star_4


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21 avril 2012

Si je reste – Gayle Forman

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Oh ! Éditions – avril 2009 – 220 pages

Pocket – avril 2010 – 187 pages

Pocket Jeunesse – novembre 2011 – 196 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie-France Girod

Titre original : If I stay, 2009

Quatrième de couverture :
Mia a 17 ans. Un petit ami, rock star en herbe. Des parents excentriques. Des copains précieux. Un petit frère craquant. Beaucoup de talent et la vie devant elle.
Quand, un jour, tout s'arrête. Tous ses rêves, ses projets, ses amours. Là, dans un fossé, au bord de la route. Un banal accident de voiture...
Comme détaché, son esprit contemple son propre corps, brisé. Mia voit tout, entend tout. Transportée à l'hôpital, elle assiste à la ronde de ses proches, aux diagnostics des médecins. Entre rires et larmes, elle revoit sa vie d'avant, imagine sa vie d'après. Sortir du coma, d'accord, mais à quoi bon ? Partir, revenir ? Si je reste...

Auteur : Gayle Forman est une journaliste réputée, primée pour ses articles. Elle vit à Brooklyn avec son mari et leur fille. Si je reste est déjà un phénomène d'édition, avec une sortie mondiale dans plus de vingt pays et une adaptation cinématographique en cours par les producteurs de Twilight.

 

Mon avis : (lu en avril 2012)
Voilà un livre émouvant et poignant. C'est l'histoire de Mia, 17 ans elle vient d'avoir un terrible accident de voiture avec ses parents et son petit frère Teddy. Elle est gravement blessée et est tombée dans le coma. Pourtant, elle se retrouve comme en dehors de son corps spectatrice de ce qui lui arrive. Elle est dans un état critique , dans un état où elle seule a le choix entre vivre et mourir. Une décision très difficile à prendre car elle a compris que ses parents étaient morts sur le coup et que son petit-frère avait lui aussi fini par mourir quelques heures après l'accident. 
Elle voit et elle entend tout se qui se passe autour d'elle et le roman alterne entre les pensées de Mia qui erre dans l'hôpital autour de son corps dans le coma et ses souvenirs de sa vie avant l'accident.
La musique tient une grande place dans ce roman, Mia est une brillante violoniste et son petit ami Adam fait parti d'un groupe de rock. Il y a une opposition et une complémentarité entre les différents types de musique. L'auteur cite de nombreuses références de morceaux classiques, rock n'roll, punk, jazz tout au long du livre.
Les personnages de Mia et Adam sont très attachants et touchants.
L'histoire est très prenante et lorsque j'ai commencé ce livre, je n'avais pas du tout envie de le lâcher avant de l'avoir terminé.
Mon seul bémol, c'est le bandeau publicitaire sur la version poche : « Le livre le plus émouvant depuis Twilight », à mon avis, cela donne du livre une idée fausse et très réductrice...

Un grand Merci à Azilis qui m'a offert ce livre lors du Swap Anniversaire organisé par Hérisson.

Extrait : (début du livre)
S'il n'avait pas neigé, sans doute ne serait-il rien arrivé.
Ce matin, à mon réveil, une fine couche blanche recouvre le gazon devant la maison et de légers flocons tombent sans relâche.
Dans la région de l'Oregon où nous vivons, quelques centimètres de neige suffisent à paralyser l'activité du comté pendant que l'unique chasse-neige dégage les routes. Il n'y aura donc pas classe aujourd'hui. Teddy, mon petit frère, pousse un cri de joie en entendant l'annonce à la radio. « On va faire un bonhomme de neige, papa ! » s'exclame-t-il.
Mon père tapote sa pipe. Il est dans sa période années 1950 et fumer la pipe en fait partie, avec le port du noeud papillon. Je ne sais si c'est une façon de montrer qu'il est rentré dans le rang, en tant qu'ancien punk, ou s'il s'est vraiment assagi en devenant professeur d'anglais. Toujours est-il que j'adore l'odeur de son tabac, un arôme à la fois doux et épicé, qui me rappelle l'hiver et les feux de bois.
« Avec cette neige molle, le résultat ressemblera à une amibe, j'en ai peur », répond-il en souriant à Teddy.
Il n'est pas mécontent que tous les établissements scolaires du comté soient fermés, y compris mon lycée et le collège où il enseigne, car il bénéficie d'une journée de congé inattendue, lui aussi.

 Challenge Objectif PAL Swap
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6/25

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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19/50 : Orégon

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19 avril 2012

Le Prince de la Brume - Carlos Ruiz Zafón

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Pocket Jeunesse - novembre 2011 - 205 pages

Robert Laffont – novembre 2011 – 210 pages

traduit de l'espagnol par François Maspero

Titre original : El principe de la niebla, 1993

Quatrième de couverture :
1943. Pour fuir la guerre, la famille Carver s'installe dans un village perdu sur la côte. Mais, à peine franchie la porte de la maison, des événements étranges se produisent... Avec leur nouvel ami Roland, Alicia et Max Carver vont peu à peu percer les secrets de la vieille demeure et apprendre l'existence d'un certain Caïn, surnommé le Prince de la Brume. Un personnage diabolique revenu s'acquitter d'une dette très ancienne... Voilà les trois enfants lancés à la découverte d'épaves mystérieuses, de statuettes enchantées, de gamins ensorcelés... 

Une aventure extraordinaire qui changera leur vie à jamais...

Auteur : Né en 1964 et vivant à Los Angeles, Carlos Ruiz Zafón est l'un des romanciers européens les plus lus à travers le monde. En 1993, L'Ombre du vent (Grasset, 2004) emballa la planète entière. En 2009 et 2010, les Éditions Robert Laffont publient Le Jeu de l'ange et Marina, dont le succès ne se dément pas. L'œuvre de Carlos Ruiz Zafón, traduite dans plus de quarante langues et publiée dans plus de cinquante pays, a été couronnée de nombreux prix prestigieux.

Mon avis : (lu en avril 2012)
Ce premier roman de Carlos Ruiz Zafón a été écrit en 1993, il ne paraît que maintenant en France.
C'est le premier épisode de la Trilogie de la brume, un livre destiné à la jeunesse mais qui se lit très bien pour un adulte. L'auteur a situé ce livre en 1943, en Angleterre. Pour échapper aux risques de la guerre en ville, la famille Carver s'installe dans un village de bord de mer. Il y a trois enfants, Max, Alicia et Irene. Leur nouvelle maison appartenait avant à un riche couple. Ils l'ont quitté après la mort de leur fils unique Jacob, alors âgé de 7 ans. Dès leur installation, il se passe de drôle de choses dans cette maison... Durant cet été, Max rencontre Roland, un adolescent du village, ce dernier l'entraîne plonger autour d'un cargo échoué dans la baie après une forte tempête plus de vingt ans plus tôt. Beaucoup de mystères entourent ces lieux, la maison, l'épave... Des ombres inquiétantes rodent... Max, Roland et Alicia vont découvrir des secrets du passé...

Voilà un livre qui se lit facilement avec une intrigue pleine d'imagination plutôt bien construite avec un certain suspens, mais peut-être pas si originale que cela car tout au long de ma lecture j'avais des impressions de déjà lu... Une lecture distrayante qui m'a fait passer un bon moment, à l'occasion je lirai peut-être la suite de la Trilogie avec Le Palais de minuit et Les Lumières de septembre.

Extrait : (début du livre)
Jamais, malgré le passage des ans, Max n'oublia cet été où, presque par hasard, il découvrit la magie et ses maléfices. C'était en 1943, et les vents de la guerre dévastaient impitoyablement le monde. A la mi-juin, le jour même où Max fêtait ses treize ans, son père, horloger et aussi inventeur à ses moments perdus, réunit tous les membres de sa famille dans le salon et leur annonça que ce jour était le dernier qu'ils passaient dans ce qui avait été leur domicile durant les dix dernières années. La famille allait déménager sur la côte, loin de la ville et de la guerre, dans une maison au bord de la plage d'une petite localité sur le rivage de l'Atlantique. 
La décision était irrévocable : ils partiraient dès le lendemain matin. En attendant, ils devaient empaqueter tous leurs biens et se préparer pour un long voyage jusqu'à leur nouveau foyer. 
La famille reçut la nouvelle sans surprise. Tous avaient déjà compris que l'idée de quitter la ville pour un endroit plus habitable trottait dans la tête de Maximilian Carver depuis longtemps - tous, à l'exception d'un seul : Max. Pour lui, cette annonce eut le même effet qu'une locomotive en folie traversant un magasin de porcelaines chinoises. Frappé de plein fouet, il en resta bouche bée et le regard absent. Durant ce court instant s'imposa à son esprit la terrible certitude que tout son univers, y compris ses amis de collège, la bande de sa rue et la boutique de journaux illustrés du coin, était sur le point de disparaître à jamais. Rayé d'un seul trait de plume. Tandis que le reste de la famille, la mine résignée, se dispersait pour préparer les bagages, Max demeura immobile en fixant son père. Le bon horloger s'agenouilla devant son fils et posa les mains sur ses épaules. Pas besoin d'un livre pour comprendre ce qu'exprimait le regard de Max. 
- Aujourd'hui, ça te paraît la fin du monde, Max. Mais je te promets que le lieu où nous allons te plaira. Tu verras, tu te feras de nouveaux amis. 
- Est-ce que c'est à cause de la guerre ? Est-ce que c'est pour ça qu'on doit partir ? 
Maximilian Carver serra son fils dans ses bras, puis, sans cesser de lui sourire, il tira de la poche de sa veste un objet brillant qui pendait au bout d'une chaîne et le lui mit dans les mains. Une montre de gousset. 
- Je l'ai faite pour toi. Bon anniversaire, Max. 
Max ouvrit la montre, qui était en argent. A l'intérieur, chaque heure était marquée par le dessin d'une lune qui croissait et décroissait en suivant la marche des aiguilles, elles-mêmes formées par les rayons d'un soleil qui souriait au coeur du cadran. Sur le couvercle, gravés dans une belle calligraphie, figuraient ces mots : La machine du temps de Max. 
Ce jour-là, sans le savoir, tandis qu'il observait la famille affairée à monter et à descendre, chargée de valises, et qu'il tenait dans sa main la montre que lui avait donnée son père, Max cessa d'un seul coup d'être un enfant. 
La nuit de son anniversaire, Max ne ferma pas l'oeil. Pendant que les autres dormaient, il attendit la venue de ce matin fatal qui devait marquer les adieux définitifs au petit univers qu'il s'était composé au long des ans. Il laissa passer les heures en silence, couché dans son lit, le regard perdu dans les ombres bleues qui dansaient au plafond de sa chambre, comme s'il espérait y découvrir un oracle capable de dessiner son destin à partir de ce jour. Il tenait toujours la montre que son père avait fabriquée pour lui. Les lunes souriantes du cadran brillaient dans la pénombre nocturne. Elles connaissaient peut-être la réponse à toutes les questions que Max avait commencé à collectionner depuis l'après-midi. 
Les premières lueurs de l'aube finirent par pointer sur l'horizon bleu. Max sauta du lit et se dirigea vers le salon. Maximilian Carver était installé tout habillé dans un fauteuil près d'une lampe, avec un livre. Max vit qu'il n'était pas le seul à avoir passé la nuit sans dormir. L'horloger lui sourit et ferma le livre. 
- Qu'est-ce que tu lis ? questionna Max en indiquant l'épais volume. 
- Un livre sur Copernic. Sais-tu qui est Copernic ? 
- Je vais au collège, papa. 
Le père avait l'habitude de poser des questions à son fils comme si celui-ci venait tout juste de dégringoler de son arbre. 
- Et que sais-tu de lui ? insista-t-il. 
- Il a découvert que la Terre tourne autour du Soleil, et non l'inverse. 
- C'est plus ou moins ça. Et sais-tu ce que cela signifie ? 
- Des problèmes, répliqua Max. 
L'horloger eut un large sourire et lui tendit le gros livre. 
- Tiens. Il est à toi. Lis-le. 
Max inspecta le mystérieux volume relié en cuir. Il semblait avoir mille ans et servir de séjour à quelque vieux génie retenu prisonnier dans ses pages par un sortilège séculaire. 
- Bon, ajouta son père. Et maintenant, qui va réveiller tes soeurs ? 
Max, sans lever les yeux du livre, fit un signe de tête pour indiquer qu'il lui cédait volontiers l'honneur de tirer Alicia et Irina, ses soeurs âgées respectivement de quinze et huit ans, de leur profond sommeil. 
Puis, pendant que son père s'en allait claironner le réveil pour toute la famille, Max prit sa place dans le fauteuil, ouvrit grand le livre et se mit à lire. Une demi-heure plus tard, la famille au grand complet franchissait pour la dernière fois le seuil de la maison, vers une nouvelle vie. L'été venait de commencer. 

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Déjà lu du même auteur : 

 l_ombre_du_vent L'ombre du vent le_jeu_de_l_Ange Le jeu de l'Ange

marina Marina – Carlos Ruiz Zafon


Challenge Voisins, voisines
voisin_voisines2012
Espagne

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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30 mars 2012

Les oreilles de Buster – Maria Ernestam

5484 Gaïa – septembre 2011 – 411 pages

traduit du suédois par Esther Sermage

Titre original : Busters öron

Quatrième de couverture : 
Eva cultive ses rosiers. A cinquante-six ans, elle a une vie bien réglée qu'elle partage avec Sven. Quelques amies, des enfants, et une vieille dame acariâtre dont elle s'occupe. Le soir, lorsque Sven est couché, Eva se sert un verre de vin et écrit son journal intime. La nuit est propice aux souvenirs, aussi douloureux soient-ils. Peut-être aussi ta cruauté est-elle plus douce lorsqu'on l'évoque dans l'atmosphère feutrée d'une maison endormie. Eva fut une petite fille traumatisée par sa mère, personnage fantasque et tyrannique, qui ne l'a jamais aimée. Très tôt, Eva s'était promis de se venger. Et elle l'a fait, avoue-t-elle d'emblée à son journal intime. 

Un délicieux mélange de candeur et de perversion.

Auteur : Maria Ernestam est suédoise, et vit à Stockholm. Éclectique, elle a multiplié les expériences artistiques : chanteuse, danseuse, mannequin, comédienne, journaliste et auteur. L'écriture s'est imposée naturellement comme son moyen d'expression privilégié. Son premier roman traduit en français, Toujours avec toi, a été particulièrement bien accueilli.

 

 

Mon avis : (lu en mars 2012)
Pour ses 56 ans, Eva reçoit de la part de sa petite-fille Anna-Clara un journal intime décoré d’un chat dormant sous un rosier. Eva décide alors de raconter ses mémoires.
Le lecteur découvre le jour, la vie quotidienne bien rangée d’Eva à Frillesås, petite ville suédoise au bord de la Mer du Nord, elle vit avec Sven, elle a des amies, des petits-enfants, elle s'occupe parfois d’une vieille femme et elle s’occupe de son jardin et en particulier de ses exceptionnels rosiers. Et la nuit, Eva écrit le récit de son enfance avec sa difficile relation avec sa mère. Eva cherche l’amour de sa mère et celle-ci égoïste et tyrannique ne sait que la rabaisser, l’humilier… Le livre s’ouvre sur deux phrases terribles « J’avais sept ans quand j’ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j’ai finalement mis mon projet à exécution. »  En effet, pour supporter cette situation insupportable, Eva décide à 7 ans de suivre un « entraînement » à supporter la douleur, la peur… Le lecteur va découvrir les douleurs d’Eva et peu à peu ses secrets, comment elle va traverser l’enfance puis l’adolescence en se forgeant une carapace et… nous ne sommes pas à bout de nos surprises… car je pensais assez rapidement avoir compris les grandes lignes du dénouement de l’histoire et malgré tout j’ai été surprise par plusieurs rebondissements…
Eva est un personnage hors du commun et à la fois effrayant mais tellement touchant, elle balance entre un côté noir et un côté blanc entre le passé et le présent. Un roman coup de cœur !


Extrait : (page 11)
13 juin
J’avais sept ans quand j’ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j’ai finalement mis mon projet à exécution.
À travers ce simple constat, je viens de m’exprimer sur cette page avec une sincérité dont je n’ai pas l’habitude. À vrai dire, je n’ai jamais été aussi franche. Cela fait un moment que je n’écris plus de cartes postales, sans parler de lettres, et je n’ai jamais tenu de journal intime. Les mots m’ont toujours narguée, tournoyant sans répit dans ma tête. Des pensées qui me paraissaient révélatrices, originales tant que je les gardais prisonnières, s’effritaient durant leur brève course dans l’atmosphère et mouraient dès qu’elles touchaient le papier. Comme si le simple passage de mon for intérieur au dehors suffisait à les flétrir.
L’écart impitoyable entre inspiration et insignifiance qu’ont cruellement révélé mes rares tentatives d’écriture, m’a incitée à délaisser la plume, hormis pour consigner des faits purs et durs. Beurre, œufs, tomates, radis. Dentiste, ne pas oublier d’appeler. Il peut donc sembler pathétique de se mettre ainsi à rédiger un journal intime à l’âge de cinquante-six ans, mais je m’en arroge le droit. Ce cadeau doit bien avoir un sens, surtout venant d’Anna-Clara. Il implique un engagement de ma part – cela fait si longtemps que je ne me suis pas sentie redevable de quoi que ce soit… Les obligations ont cessé de dicter mon comportement bien avant que je n’arrête d’écrire des lettres. Mais je m’égare.
Ce carnet vierge m’a donc été offert par Anna-Clara, la plus jeune et la plus caractérielle de mes petits-enfants. C’est la raison pour laquelle j’apprécie tant cette petite. Parce qu’elle est considérée comme une enfant difficile. Alors que ses aînés Per et Mari sont joyeux et communicatifs – des âmes simples aux yeux pleins de bonté – Anna-Clara est renfermée, sombre et tranchante. Elle ouvre rarement la bouche. Quand elle le fait, c’est généralement laconique. Je peux avoir le pain ? Tu peux me verser du sirop ? Je peux aller lire dans la chambre ?
Aussi loin que je me souvienne, elle m’a toujours demandé la permission de se retirer pour lire. Quand j’acquiesce, comme je le fais immanquablement, elle monte dans ma chambre et s’installe à côté de la table de chevet encombrée de bouquins et de vieux journaux. Pendant que nous autres continuons à bavarder à table, autour d’un thé ou d’un dîner accompagné de bon vin, elle se plonge dans la lecture avec une obstination et une faculté de concentration que je lui envie. Je ne lui ai jamais exprimé mon admiration, cela pourrait paraître condescendant. Mais elle sait bien qu’au fond, mon consentement est aussi une approbation. Voilà pourquoi j’adore Anna-Clara. Elle n’a pas besoin de mots pour être soi-même.
Aujourd’hui, elle a donc passé le plus clair des festivités enfermée dans ma chambre en train de lire. Elle s’est hissée dans mon lit, a placé un oreiller derrière son dos, enroulé mon plaid jaune autour de ses jambes, posé sa part de gâteau et son verre de sirop sur la table de chevet, et avalé méthodiquement un journal après l’autre : les colonnes nécrologiques sans bavures des conflits armés dans la presse du matin ; les enquêtes criminelles et les rubriques mondaines dans celle du soir. Quel âge a-t-elle maintenant ? Huit ans, bientôt neuf ? Sa soif de lecture est certainement digne d’éloges. D’ailleurs, on ne manque pas de la souligner dès que l’occasion se présente, puisqu’il n’y a rien d’autre à dire. « Per a marqué trois buts au match de foot vendredi, Mari a joué de la flûte au spectacle de fin d’année, les arbres bourgeonnent et Anna-Clara… c’est incroyable, ce qu’elle peut lire ! Elle aura bientôt dévoré tous ce que nous avons à la maison et après, ce sera au tour de la bibliothèque communale. Ça lui ressemblerait. Parcourir systématiquement une étagère après l’autre, un livre après l’autre, phrase après phrase, mot après mot. Elle lit vraiment énormément, Anna-Clara. » Puis le silence.

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Challenge 6% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
39/42

Challenge Voisins, voisines
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Suède

Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
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Suède : Maria Ernestam

 Challenge Viking Lit'

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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Partie du Corps"

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23 mars 2012

La tentation du homard – Elizabeth Gilbert

la_tentation_du_homard Calmann-Lévy – septembre 2011 – 408 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie Boudewyn

Titre original : Stern men, 2000

Quatrième de couverture : 
Sur deux îles voisines le long des côtes du Maine, des pêcheurs de homards se livrent depuis des générations une lutte sans merci pour s’approprier les ressources de l’océan. Ruth Thomas, âgée de dix-huit ans, revient parmi les siens après des années passées en pension sur le continent, résolue à intégrer pleinement la communauté des durs à cuire qui peuplent son île.

Plus la lutte qui oppose Fort Niles à Port Courne s’envenime, plus la détermination de Ruth s’affermit : sa place est parmi ces drôles d’insulaires, la truculente Mme Pommeroy et sa ribambelle de garçons, Simon le Sénateur et son rêve de musée, Angus le teigneux, Webster et sa chasse au trésor… Futée comme personne mais pas romantique pour deux sous, Ruth succombe pourtant au charme d’Owney Wishnell, un jeune pêcheur beau à se damner, issu de l’île rivale…

La Tentation du homard est le premier roman d’Elizabeth Gilbert. Il brosse le portrait d’une inoubliable héroïne promise à un destin hors du commun.

« Un sens de la métaphore absolument remarquable […]. La Tentation du homard fait mouche tant il déborde de vie et de force. » New York Times

Auteur du best-seller Mange, Prie, Aime (2008), paru dans plus de trente pays et adapté au cinéma, Elizabeth Guilbert a également publié Le Dernier Américain, en 2009, et Mes alliances, histoires d’amour et de mariages, en 2010. En 2008, le magazine Time l'a désigné comme l’une des cent personnes les plus influentes de la planète.

 

Mon avis : (lu en mars 2012)
J’ai pris ce livre à la bibliothèque car j’ai été attirée par sa couverture multicolore et l’atmosphère marine qu’elle évoquait… (y est photographiées les balises qui permettent de distinguer les casiers des pêcheurs, chacun a sa couleur).
C’est le premier roman d’Elizabeth Gilbert, il a été  publié en 2000 et il a fallut attendre 11 ans pour qu’il soit traduit en France.

Ce livre raconte l’histoire de deux îles voisines et rivales des côtes du Maine, Fort Niles et Port Courne. Depuis des générations, les pêcheurs de homards de ces deux îles se livrent une guerre sans merci autour des lieux de pêche.
Ruth Thomas est la fille d’un pêcheur de Fort Niles, intelligente et brillante, elle est partie faire ses études sur le continent. Tous les ans, elle revenait pour les vacances. Agée de 18 ans, diplômée, malgré les pressions, elle est bien décidée à revenir  vivre sur son île. Le lecteur va suivre Ruth durant cet été et découvrir à la fois le quotidien des habitants de Fort Niles, l’histoire de cette rivalité avec Port Courne, l’histoire de la famille de Ruth… A travers les proches de Ruth, nous découvrons également une galerie de personnages hauts en couleurs, son père Stan Thomas, les frères Addams Angus et Simon le Sénateur, Mme Pommeroy et ses sept fils tous plus ou moins « dégénérés »,  sa mère Mary, Mademoiselle Vera…

Au début de chaque chapitre, une citation sur le comportement des homards est mise en parallèle avec les comportements des habitants de l’île du roman. C'est plutôt bien vu !
Il y a beaucoup d’humour dans ce livre, j’ai beaucoup aimé le personnage de Ruth spectatrice de ce petit monde îlien. Elle a un caractère bien trempé, elle sait ce qu’elle veut. Il n’y a pas beaucoup d’actions ou de rebondissements, mais l’atmosphère iodée m’a fait passer un bon moment.
J’ai aimé les descriptions des deux îles, de sorties de pêches… J’aurais aimé venir passer un été à Fort Niles ou Port Courne.

 

Extrait : (début du livre)
A trente-deux kilomètres au large des côtes du Maine se dressent en vis-à-vis les îles de Fort Niles et de Port Courne, qui se regardent en chiens de faïence depuis la nuit des temps, chacune d’elles montant la garde face à sa rivale. Il n’y a rien d’autre aux alentours. Elles se situent au milieu de nulle part. Rocheuses, en forme de pommes de terre, elles constituent à elles seules un archipel. La découverte de ces îles jumelles sur une carte a de quoi étonner ; comme si on tombait sur deux villes jumelles dans la savane, deux campements jumeaux dans le désert, deux cabanes jumelles dans la toundra. Isolées du reste du monde, les îles de Fort Niles et de Port Courne ne sont séparées que par un filet d’eau de mer baptisé le Bon Chenal, de près de un kilomètre et demi de large, si peu profond par endroits qu’en le traversant à marée basse, même en canot, il est impératif de redoubler de prudence. A moins de savoir ce qu’on fait, et pas qu’un peu.

Uniques en leur genre, les îles de Fort Niles et de Port Courne sont si étonnamment semblables que leur créateur ne pouvait qu’être un simple d’esprit ou un génie comique.
Les deux îles, uniques sommets qui subsistent encore d’une seule et même chaîne de montagnes aujourd’hui submergée, se composent d’une strate de granit noir masquée par une couverture luxuriante de pins. Chacune mesure à peu près six kilomètres et demi de long sur trois de large et possède quelques petites criques, plusieurs nappes d’eau douce, des grèves rocheuses disséminées çà et là, une unique plage de sable, une unique colline et un seul port digne de ce nom, que l’une et l’autre dissimulent jalousement dans leur dos comme un sac de pièces d’or.
Sur chaque île se trouvent une église, une école et une grand-rue qui mène au port (baptisée dans l’un et l’autre cas « Grande-Rue »), le long de laquelle s’alignent quelques établissements publics : poste, épicerie, café. Il n’y a de route pavée sur aucune des deux îles. Les maisons s’y ressemblent beaucoup. Rien ne distingue les bateaux qui mouillent dans l’un et l’autre ports. Les îles bénéficient du même microclimat, plus doux l’hiver et plus frais l’été que dans n’importe  quelle ville du littoral, et disparaissent souvent sous une nappe de brouillard pas très rassurante. Les mêmes  espèces de fougères, d’orchidées, de champignons et de roses sauvages poussent sur les deux îles, peuplées des même types d’oiseaux, de grenouilles, de cerfs, de rats, de renards, de serpents et d’hommes.

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Challenge 6% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
38/42

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Animal"

50__tats
18/50 : Delaware
Ruth est envoyée faire ses études dans l'Etat du Delaware 

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14 mars 2012

Jeu de pistes – Marcel Theroux

jeu_de_piste Plon – novembre 2011 – 238 pages

traduit de l'anglais par Stéphane Roques

Titre original : The Confessions of Mycroft Holmes : A Paperchase, 2001

Quatrième de couverture : 
Damien March a 35 ans. Il s'ennuie. Des nuits à écrire des voix off pour la BBC alors qu'il se rêvait grand reporter, du temps perdu, de vagues amis et quelques histoires oubliables. Jusqu'à ce télégramme : "Patrick mort. Papa". Son oncle est mort, il avait presque oublié qu'il était vivant. Pourtant il a fait de lui son unique héritier. Damien plaque tout et s'en va vivre dans la maison de Cape Cod de son oncle, ancien écrivain à succès dont l'originalité et la fantaisie peuplent ses souvenirs d'enfance. C'est un véritable cabinet de curiosités, où il déniche un manuscrit inachevé : Les Confessions de Mycroft Holmes, pastiche savoureux dont le héros est le frère méconnu de Sherlock Holmes. Et qui recèle des indices, menant eux-mêmes, de fausses pistes en détours, à un secret de famille insoupçonné. Jeu de pistes littéraire savamment mené, ce nouveau roman prouve l'étendue des talents de Marcel Theroux, son humour et son goût immodéré et exquis pour l'intrigue.

Auteur : Marcel Theroux est né en Afrique du Sud en 1968, il a grandi aux États-Unis et vit aujourd'hui en Angleterre. Il a déjà publié plusieurs romans des deux côtés de l'Atlantique, dont Au nord du monde (2010), sélectionné dans la shortlist du National Book Award 2010 et qui a remporté le Prix de l'Inaperçu 2011. Jeu de pistes, distingué par le Prix Somerset Maugham en Angleterre, est son deuxième roman traduit en France.

Mon avis : (lu en mars 2012)
J'ai découvert cet auteur avec ce livre et j'ai trouvé ce livre très agréable à lire et l'histoire très prenante.
Damien March, la trentaine, a une vie plutôt calme, il fait un travail dans l'ombre à la BBC, il n'a pas de femme. Un jour, il apprend la mort de son oncle Patrick et qu'il a hérité de sa maison qui se situe sur l'île de Ionia au large de Cape Cod. Il décide alors de quitter Londres et son travail et de s'installer pour quelques mois dans cette maison. La maison est elle-même un personnage à part entière du roman... En effet l'oncle Patrick était un écrivain ayant du succès pendant quelques temps, mais il était surtout un collectionneur de collections. Or une clause du testament stipule que rien ne devra être modifié dans la maison. La maison est le résultat d'une accumulation de bric à brac en tous genres, des souvenirs d'enfance revienne à sa mémoire et au milieu de ce fouillis, Damien va découvrir un manuscrit inachevé de son oncle : une histoire qui met en scène Mycroft Holmes, le frère aîné de Sherlock. Comme dans un jeu de pistes le lecteur est entraîné à découvrir la maison, son contenu, la personnalité de Patrick et enfin comme trésor final un secret de famille !
J'ai beaucoup aimé l'ambiance de ce livre, vivre un jour dans une petite maison dans une île et au bord de la mer a toujours été mon rêve et cette lecture m'a permis de vivre par procuration ce rêve...
Je compte poursuivre la découverte de Marcel Theroux avec son livre « Au nord du monde », présent également à la bibliothèque.

 

Extrait : (début du livre)
La nouvelle de la mort de mon oncle Patrick m'a sidéré, pas parce qu'elle était inattendue, mais parce que je le croyait mort depuis une éternité.
Patrick mort. Papa, c'est tout ce que disait le télégramme. Ma première réaction a été : Patrick qui ? Et puis je me suis rappelé.
Si j'avais pensé à lui ne fût-ce qu'une fois au long de toutes ces années, je suis sûr que je me serais rendu compte qu'il était encore en vie, même dans un monde qui n'avait plus rien à voir avec le mien. Simplement, j'avais fait de mon mieux pour oublier totalement ma famille, et j'avais beau recevoir un cadeau de Noël chaque année de la part de tante Judith à Boston, j'y arrivais plutôt bien.
Bien sûr que je me rappelais Patrick – je l'avais simplement remisé dans un compartiment de mon esprit comme une chaussette dépareillée : présent mais incomplet. Après tout, on ne disparaît pas du monde comme un signal sur l'écran d'un radar. Une vie se termine par une mort. Le télégramme était concluant : il le complétait. Patrick mort.

Et puis une chose étrange s'est produite : la nouvelle de sa mort l'a ressuscité dans mon imagination : le Patrick qui était en moi, son empreinte imperceptible mais indélébile qui était moi. Des pans entiers de ma mémoire étaient stimulés pour la première fois depuis des années. C'était comme si j'avais découvert un double fond dans une valise ; ou que mon minuscule appartement de Clapham s'était agrandi d'un étage en une nuit. J'ai pensé à Patrick et à son incroyable vieille maison à Iona, et le plus étrange, c'est qu'il a commencé à me manquer – un homme que je n'avais pas vu depuis près de vingt ans.  

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Challenge Voisins, voisines
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Grande-Bretagne

Challenge God Save The Livre
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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Sport/Loisirs" 

50__tats
16/50 : 
Massachusetts (2)

 

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01 mars 2012

Le jour avant le bonheur – Erri De Luca

Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
un_mot_des_titres 

Le mot : BONHEUR

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Gallimard – mai 2010 – 137 pages

Folio – janvier 2012 – 157 pages

traduit de l'italien par Danièle Valin

Titre original : Il giorno prima della felicità, 2009

Quatrième de couverture :
Nous sommes à Naples, dans l'immédiat après-guerre. Un jeune orphelin, qui deviendra plus tard le narrateur de ce livre, vit sous la protection du concierge, don Gaetano. Ce dernier est un homme généreux et très attaché au bien-être du petit garçon, puis de l'adolescent. Il passe du temps avec lui, pour parler des années de guerre et de la libération de la ville par les Napolitains ou pour lui apprendre à jouer aux cartes. Il lui montre comment se rendre utile en effectuant de menus travaux et, d'une certaine façon, il l'initie à la sexualité en l'envoyant un soir chez une veuve habitant dans leur immeuble. Mais don Gaetano possède un autre don : il lit dans les pensées des gens, et il sait par conséquent que son jeune protégé reste hanté par l'image d'une jeune fille entraperçue un jour derrière une vitre, par hasard, lors d'une partie de football dans la cour de l'immeuble. Quand la jeune fille revient des années plus tard, le narrateur aura plus que jamais besoin de l'aide de don Gaetano... Dans la veine de Montedidio, ce nouveau livre du romancier italien s'impose comme un très grand roman de formation et d'initiation.

Auteur : Erri De Luca est né à Naples en 1950 et vit à la campagne près de Rome. Aux Editions Gallimard ont paru notamment Montedidio (2002, prix Femina étranger), Noyau d'olive (2004) ou encore Au nom de la mère (2006). Il est aujourd'hui un des écrivains italiens les plus lus dans le monde.

 

Mon avis : (lu en février 2012)
Ce livre de moins de 140 pages nous raconte un monde, une époque. L'auteur écrit avec une langue pleine de finesse et de poésie. Nous sommes à Naples juste après-guerre, le concierge d'un immeuble don Gaetano recueille et protège un jeune orphelin. Il va l'éduquer et lui apprendre ce qu'il sait, il lui raconte des histoires de guerre et de libération de Naples, il lui apprend à jouer aux cartes... L'orphelin, le narrateur du livre, a un soif d'apprendre auprès de don Gaetano, de son maître d'école, du libraire don Raimondo qui lui prête des livres. Il va grandir et don Gaetano est toujours présent à ses côtés. Il n'a jamais oublié le regard d'une fillette à la fenêtre d'un appartement, lorsqu'il était enfant et qu'il grimpait comme un singe récupérer des ballons sur les balcons.
Un roman simple et touchant.

Extrait :(début du livre)
Je découvris la cachette parce que le ballon était tombé dedans. Derrière la niche de la statue, dans la cour de l'immeuble, se trouvait une trappe recouverte de deux petites planches en bois. Je vis qu'elles bougeaient en posant les pieds dessus. J'eus peur, je récupérai la balle et sortis en me faufilant entre les jambes de la statue.
Seul un enfant fluet et contorsionniste comme moi pouvait glisser sa tête et son corps entre les jambes à peine écartées du roi guerrier, après avoir contourné l'épée plantée juste devant ses pieds. La balle avait atterri là-derrière après avoir rebondi entre l'épée et la jambe.
Je la poussai dehors, les autres reprirent leur partie tandis que je me tortillais pour m'extraire de là. Il est facile d'entrer dans les pièges, mais il faut transpirer pour en sortir. Et la peur me pressait. Je repris ma place dans les buts. Ils me faisaient jouer avec eux parce que je récupérais le ballon où qu'il aille. Une de ses destinations habituelles était le balcon du premier étage, une maison abandonnée. On disait qu'elle était habitée par un fantôme. Les vieux immeubles étaient pleins de trappes murées, de passages secrets, de crimes et d'amours illicites. Les vieux immeubles étaient des nids de fantômes.

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Challenge Voisins, voisines
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Italie

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28 février 2012

La Tour d'arsenic – Anne B. Ragde

la_Tour_d_arsenic Balland – octobre 2011 – 522 pages

traduit du norvégien par Jean Renaud

Titre original : Arsenikktarnet, 2001

Quatrième de couverture :
Norvège : la vieille Amalie Thygesen, dite Malie, ancienne chanteuse de cabaret à la gloire éphémère, rend son dernier souffle dans une maison de retraite. Tandis que sa petite fille, Therese, plie ses bagages sur l'instant pour rejoindre le lieu des obsèques - et se laisse prendre dans un tourbillon de souvenirs drôles, tendres, émouvants, le reste de la famille chante l'heure de la libération : débarrassés de la vieille femme fantasque au caractère trop bien dessiné, les uns et les autres vont pouvoir se jeter sur les biens immobiliers et vendre les babioles qui, pour eux, ne valent pas la peine d'être gardés. Comprenant mal ce manque de compassion et de respect pour sa grand-mère, Therese va découvrir, au fil des objets qui ont fait la vie de Malie et des confidences récoltées, qui a été cette femme qu'elle croyait si bien connaître... Une femme que sa propre fille, Ruby, la mère de Malie, détestait cordialement, et que beaucoup craignaient. Comment peut-on susciter chez ses proches des sentiments aussi contradictoires ?

Auteur : Anne Birkefeldt Ragde est née en Norvège en 1957. Auréolée des très prestigieux prix Riksmal (équivalent du Goncourt français), prix des Libraires et prix des Lecteurs pour sa "Trilogie de Neshov" publiée aux éditions Balland (90 000 exemplaires vendus), Anne Birkefeldt Ragde est une romancière à succès, déjà traduite en 15 langues, aux millions d'exemplaires vendus.

Mon avis : (lu en février 2012)
Ce livre a été édité en Norvège en 2001, il est édité en France seulement maintenant. C'est l'histoire d'une saga familiale sur trois générations de femmes.
Tout commence avec l'annonce du décès d'une vieille dame, Amalie Thygesen, cette nouvelle réjouie sa fille Ruby et son fils Ib contrairement à Therese sa petite-fille qui est très triste, elle regrette sa grand-mère. Le lecteur va découvrir à travers les différentes parties du livre qui était Amalie Thygesen, dite Malie et Morgens sont mari.

Le livre est composé de six parties, la première et la dernière partie ont Therese pour narratrice et dans les quatre autres parties nous remontons le temps pour explorer les différentes époques de la vie de Malie. La deuxième partie commence de l'enfance de Ruby au moment de la Seconde Guerre Mondiale jusqu'à la naissance de Therese, dans la troisième partie Malie a vingt-cinq ans elle a quitté depuis quelques années la maison familiale, elle va devenir comédienne, elle fait la rencontre de Morgens et cette partie s'achève avec leur mariage. Dans les parties quatre et cinq le lecteur découvre l'enfance de Morgens puis l'enfance de Malie.

La lecture est plutôt facile, la vie de Malie et ses proches est passionnante le lecteur découvre petit à petit quelques secrets de famille, les sentiments des uns et des autres, des relations conflictuelles, des non-dits... J'ai aimé découvrir la vie au Danemark de 1920 à aujourd'hui dans des milieux différents, avec en particulier, la vie avant et après-guerre. J'ai cependant trouvé quelques longueurs.  

 

Extrait : (début du livre)
« A ma petite Therese chérie », avait écrit ma grand-mère sur un bout de papier blanc attaché à une montre en or. Celle-ci se trouvait dans le tiroir de la table de nuit, le papier était fixé à la chaîne à l'aide d'un élastique. Le cadran était joliment bordé de nacre, mais le verre était cassé et la montre s'avéra en définitive ne pas être en or. J'y cherchai ensuite un poinçon, en vain.

Les mots étaient tracés à l'encre vert marine. La montre était l'un des deux objets qu'elle me destinait, à moi et personne d'autre. L'élastique était rouge et friable. Toutes ses affaires étaient garnies d'élastiques, on aurait dit qu'elle les avait soigneusement ficelées en vue d'un long voyage ou d'un déménagement. Nous trouvâmes des élastiques y compris autour de petits bocaux aux couvercles fermés, comme pour en maintenir le verre même. J'imagine ses longues mains ridées, pareilles à des griffes, au vernis à ongles rose écaillé, enrouler les élastiques autour des bocaux – ce qui n'avait aucun sens - et j'entends le silence de mort qui l'entoure ce faisant.

Ce fut dans le prolongement de ce silence que ma mère me téléphona pour m'annoncer la nouvelle :
- Maman est morte.
Puis elle se mit à rire. Longuement. Un rire sonore et rude, entrecoupé de respirations.
- Grand-mère est morte ?
- Oui ! Ce n'est pas formidable ?
Le petit Stian était à côté de moi, une feuille de papier hygiénique à la main, j'allais tout juste lui moucher le nez.
- Grand-mère est morte ? S'écria-t-il.
- Non, pas ta grand-mère, dis-je. La mienne. La mère de ta grand-mère.
Je coinçai le combiné entre mon menton et mon épaule et entrepris de le moucher, appuyant sur une narine, puis l'autre. Il souffla deux fois de chaque côté, une collaboration entre son nez et mes doigts qui se passait de commentaires. Après quoi il s'éclipsa par la porte de la véranda en courant sur ses jambes minces et bronzées avec force mouvements de coudes.
- Je comprends que tu sois contente, maman.
- Oui. Je suis si heureuse, Therese ! Je... et Ib tout pareil. C'est lui qui m'a appelée. On est tellement... tellement... Et tu vas pouvoir m'accompagner à Copenhague ! On va enfin examiner la maison de fond en comble, regarder dans les placards et tous les tiroirs. C'est fantastique, Therese !

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Déjà lu du même auteur :

la_terre_des_mensonges La Terre des mensonges   la_ferme_des_Neshov La Ferme des Neshov
l_h_ritage_impossible L'héritage impossible  zona_frigida  Zona frigida
un_jour_glac_ Un jour glacé en enfer

Challenge 6% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
36/42

Challenge Voisins, voisines
voisin_voisines2012
Norvège

Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
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Norvège : Anne B. Ragde

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11 février 2012

Tout ce que j'aimais – Siri Hustvedt

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Actes Sud – décembre 2002 -

Babel – mai 2005 – 453 pages

J’ai lu – août 2006 -

traduit de l'américain par Christine Leboeuf

Titre original  : What I Loved, 2003

Quatrième de couverture : 
Au milieu des années 1970, à New York, deux couples d’artistes ont partagé les rêves de liberté de l’époque, ils ont fait de l’art et de la création le ciment d’une amitié qu’ils voulaient éternelle et, quand ils ont fondé leur famille, se sont installés dans des appartements voisins. Rien n’a pu les préparer aux coups du destin qui vont les frapper et infléchir radicalement le cours de leurs vies… 
Siri Hustvedt convie ici à un voyage à travers les régions inquiétantes de l’âme : bouleversant, ambigu, vertigineux, Tout ce que j’aimais est le roman d’une génération coupable d’innocence qui se retrouve, vingt ans plus tard, au bout de son beau rêve.

Auteur : Née en 1955, Siri Hustvedt a fait ses études à Columbia University. Collaboratrice régulière du magazine Modern Painters, elle vit à Brooklyn, New York. Siri Hutsvedt est la femme de Paul Auster
Auteur d'un roman qui fut un immense succès international, Tout ce que j'aimais (2003), Siri Hustvedt a également publié Les Yeux bandés (1993), L'Envoûtement de Lily Dahl (1996), Yonder (1999) et Les Mystères du rectangle (2006).

Mon avis : (lu en février 2012)
Cela fait longtemps que je voulais découvrir ce livre et cette auteur, et c'est grâce à la présentation de ce livre lors d'un des derniers « Café Lecture » de la Bibliothèque que je m'y suis enfin décidée. C'est pour moi une très belle découverte.
Un jour alors qu'il visite une exposition Léo Hertzberg, critique et professeur d'art est fasciné par l'Autoportrait d'un artiste inconnu, William Wechsler. Il décide de rencontrer l'artiste. Et c'est le début d'une belle amitié entre Léo et Bill puis entre leurs épouses. Les deux femmes tombent enceintes en même temps, deux petits garçons naissent Matt et Mark. Les deux couples vivent dans des appartements voisins. Voilà un début d'histoire où tout ce passe bien mais bientôt un drame va bouleverser ce beau tableau. Il est alors question de séparation, de deuil, de mensonge, de drogue, de folie... Cette belle histoire nous plonge dans le milieu de l'Art contemporain à New-York, les longues descriptions des réalisations de Bill m'ont vraiment intéressée.
La psychologie des différents personnages est très bien analysée que ce soit dans leurs comportements ou leurs sentiments. Léo, le narrateur, est très attachant, il est si sensible et vulnérable. Son amitié « amoureuse » avec Violet est très touchante. Le personnage de Mark est le plus mystérieux et le plus déroutant. 

J'ai mis un peu de temps à entrer dans l'histoire, car la première partie plante le décor et la psychologie des personnages, ensuite j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre. C'est un livre qu'il faut prendre le temps de découvrir et qui se lit lentement. C'est très bien écrit avec sensibilité et justesse.

C'est un très beau roman pleins d'émotions et qui ne laisse pas indifférent.  

 

Extrait : (début du livre)
Hier, j’ai trouvé les lettres de Violet à Bill. Elles étaient cachées entre les pages d’un livre, d’où elles ont glissé et sont tombées par terre. Il y avait des années que je connaissais l’existence de ces lettres mais ni Bill, ni Violet ne m’avaient jamais dit ce qu’elles contenaient. Ce qu’ils m’avaient dit, c’est que, quelques minutes après avoir lu la cinquième et dernière d’entre elles, Bill avait changé d’avis quant à son mariage avec Lucille, qu’il était sorti de l’immeuble de Greene Street et s’était dirigé droit vers l’appartement de Violet dans l’East Village. Quand je les ai tenues entre mes mains, il m’a semblé que ces lettres avaient le poids mystérieux des objets enchantés par des histoires dites et redites, et puis redites encore. Ma vue est mauvaise, à présent, et il m’a fallu longtemps pour les lire, mais à la fin j’ai réussi à en déchiffrer chaque mot. Quand je les ai posées, je savais que je commencerais dès aujourd’hui à écrire ce livre.

"Couchée par terre dans l’atelier, écrivait-elle dans la quatrième lettre, je te regardais me peindre. Je regardais tes bras et tes épaules et surtout tes mains pendant que tu travaillais sur la toile. J’aurais voulu que tu te retournes, que tu viennes près de moi et que tu me frottes la peau de la même façon que tu frottais ton tableau. J’aurais voulu que tu appuies fort ton pouce sur moi comme tu l’appuyais sur le tableau et je pensais que si tu ne le faisais pas j’allais devenir folle, mais je ne suis pas devenue folle, et tu ne m’as pas touchée alors, pas une seule fois. Tu ne m’as même pas serré la main."
Le tableau dont parlait Violet dans cette lettre, je l’ai vu pour la première fois il y a vingt-cinq ans dans une galerie de Prince Street, à SoHo. Je ne connaissais ni Bill, ni Violet à cette époque. La plupart des toiles composant cette exposition collective étaient de minces œuvres minimalistes qui ne m’intéressaient pas. Le tableau de Bill occupait seul un mur. C’était un grand tableau, à peu près un mètre quatre-vingts sur deux mètres quarante, qui représentait une jeune femme couchée par terre dans une pièce nue. Elle était appuyée sur un coude et paraissait regarder quelque chose hors du cadre du tableau. Un flot de vive lumière entrait dans la pièce de ce côté, illuminant son visage et son torse. Sa main droite reposait sur son mont de Vénus et, en m’approchant, je vis qu’elle tenait dans cette main un petit taxi — une version miniature de l’omniprésent taxi jaune qui circule dans les rues de New York.
Il me fallut une minute environ pour comprendre qu’il y avait en réalité trois personnes dans le tableau. Tout à fait à ma droite, du côté sombre de la toile, je remarquai qu’une femme sortait de l’image. Seuls son pied et sa cheville restaient visibles à l’intérieur du cadre, mais le mocassin qu’elle portait était peint avec un soin minutieux et, une fois que je l’eus aperçu, je ne cessai de revenir à lui. La femme invisible devenait aussi importante que celle qui dominait la toile. La troisième personne n’était qu’une ombre. Pendant un instant, je pris cette ombre pour la mienne, et puis je compris que l’artiste l’avait incluse dans l’œuvre. De l’extérieur du tableau, quelqu’un regardait cette belle jeune femme vêtue seulement d’un t-shirt d’homme, un spectateur qui semblait se tenir juste à l’endroit où je me tenais quand j’avais remarqué l’ombre qui s’étendait sur son ventre et ses cuisses.
A droite de la toile, je lus la petite carte dactylographiée : William Wechsler, Autoportrait. Je pensai d’abord que l’artiste plaisantait, et puis je changeai d’avis. Ce titre à côté d’un nom d’homme évoquait-il la part féminine de celui-ci ou un trio d’identités ? Peut-être la description suggérée, "deux femmes et un voyeur", faisait-elle directement allusion à l’artiste, ou peut-être le titre ne désignait-il pas du tout l’image, mais sa forme. La main qui l’avait peinte se cachait dans certaines parties du tableau et se faisait connaître dans d’autres. Elle disparaissait dans l’illusion photographique du visage de la femme, dans la lumière en provenance de la fenêtre invisible et dans l’hyperréalisme du mocassin. La longue chevelure de la femme, par contre, était un fouillis de peinture compacte en touches vigoureuses de rouge, de vert et de bleu. Autour de la chaussure et de la cheville au-dessus d’elle, je remarquai d’épaisses rayures noires, grises et blanches qui pouvaient avoir été appliquées au couteau, et sur ces denses bandes de pigments je vis les empreintes d’un pouce d’homme. Son geste semblait avoir été soudain, violent même.
Ce tableau est ici, avec moi, dans cette pièce. En tournant la tête, je peux le voir, bien que lui aussi soit modifié par ma vue défaillante. Je l’ai acheté au galeriste au prix de deux mille cinq cents dollars une semaine après l’avoir vu. La première fois qu’elle a regardé la toile, Erica se tenait à quelques pas de l’endroit où je suis assis en ce moment. Elle l’a examinée avec calme, et elle a dit : "C’est comme si on regardait le rêve de quelqu’un d’autre, tu ne trouves pas ?"

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Challenge New York en littérature
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15/50 : New York (2)

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09 février 2012

L'Art de pleurer en chœur – Erling Jepsen

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Sabine Wespieser – avril 2010 – 312 pages

Livre de Poche – mars 2011 – 320 pages

traduit du danois par Caroline Berg

Titre original : Kunsten at græde i kor, 2002

Quatrième de couverture : 
Du haut de ses onze ans, le narrateur ne saisit pas très bien les enjeux du monde des adultes dans la petite bourgade du sud du Jütland où il grandit. Mais il a remarqué que le chiffre d'affaires de l'épicerie de son père augmentait après chacune des prestations de ce dernier lors des enterrements : cet homme dépressif et taciturne a en effet un talent, celui d’émouvoir les cœurs les plus endurcis grâce à ses oraisons funèbres déchirantes. Du coup, après chaque cérémonie, l'atmosphère à la maison est plus légère. De là à provoquer une hausse du nombre des décès, il n'y a qu'un pas, vite franchi par l'imagination débridée de l'enfant… Dans ce roman grinçant et parfaitement maîtrisé, Erling Jepsen dépeint la société rurale danoise, encore repliée sur elle-même, de la fin des années 1960.

Auteur : Erling Jepsen est né en 1956 au Danemark. Dramaturge et romancier à succès dans son pays, il vit aujourd'hui à Copenhague. L'Art de pleurer en choeur, qui est paru dans de nombreux pays et a été adapté au cinéma, est le premier de ses trois romans à être traduit en français.

Mon avis : (lu en février 2012)
Fin des années 60, dans le sud du Jütland, une région rurale du Danemark, le narrateur de ce livre est un jeune garçon de 11 ans Allan qui nous raconte avec naïveté et candeur sa vie quotidienne au sein de sa famille. Son père et sa mère tiennent une épicerie qui se trouve confrontée à la concurrence des premières grandes surfaces. Le père est parfois dépressif, il cherche la reconnaissance et fait tout pour devenir un notable dans le village. Son comportement avec ses enfants est assez dérageant. La mère est assez en retrait, elle est pieuse et elle laisse faire son mari. La sœur Sanne âgée de quatorze ans est un peu rebelle, le frère aîné Azger est absent de la maison, il est parti faire des études à Copenhague.

Allan est très touchant, il voudrait que sa famille se porte bien et soit unie. Mais du haut de ses onze ans, il a des idées parfois un peu extrême pour rendre le sourire à son père ! En particulier, il a remarqué le talent d'orateur de son père pour les éloges funèbres et les conséquences bénéfiques qui en résultent pour le commerce de son père...
Le narrateur fait au lecteur certaines révélations assez troublantes sur cette famille, notre regard d'adulte décode très rapidement que l'auteur aborde des sujets graves. Ce livre oppose des situations cocasses et des situations graves, des descriptions féroces et caricaturales du milieu social danois et le regard naïf d'un enfant sur la vie des adultes.

Ce livre est une belle et originale découverte ! 
Il existe une suite à ce roman avec « Sincères condoléances », qu'à l'occasion je serai curieuse de découvrir.

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L’Art de pleurer en chœur a été adapté au cinéma dans film danois : (Kunsten at Græde i Kor) : The Art of crying de Peter Shønau Fog, apparemment non diffusé en France.

Extrait : (début du livre)
Ils ont dit un mot à la télévision, un mot que je ne comprends pas. C’est une femme qui l’a dit, lentement et en articulant bien, comme si elle voulait que tout le monde puisse suivre. C’est encore pire, parce que ce qu’elle dit ne va pas avec ce que je vois. Sinon, la télévision est drôlement chouette ; nous sommes les derniers de la rue à l’avoir eue, et en rentrant de l’école j’ai couru pendant tout le chemin. Et voilà qu’il arrive ça.
Le mot c’est habitude. Ce n’est pas un mot très long et j’ai un peu honte, parce que je viens d’avoir onze ans. Il n’y a personne pour me l’expliquer ; je suis tout seul dans le salon.
Je cours dans la cuisine et j’attends à la porte qui mène à la boutique. Maman est en train de servir quelqu’un, ça prend une éternité, mais enfin elle me rejoint.
« Habitude, dis-tu ? » Elle s’assied sur le tabouret de cuisine avec un torchon à la main ; elle réfléchit mieux quand elle a un torchon à la main. Tout en le tordant, elle regarde le plancher et puis par la fenêtre.
« Quand on fait une chose très souvent, elle finit par devenir une habitude.
- N’importe quelle chose ?
- Oui, dit-elle. »
Alors il suffit de faire quelque chose assez souvent pour que cela se transforme en une autre chose. C’est dur à comprendre. Je me demande si c’est vrai.
« Ça a un rapport avec l’eau, je lui dis - il y avait un robinet dans la télévision, quand la dame a dit ça.
- Alors je ne comprends pas, dit maman.
- Je te jure que c’est vrai ! Elle était debout à côté d’un robinet d’eau quand elle l’a dit. »
Maman tord le torchon encore une fois. Elle essaye de nouveau, cette fois avec des exemples : 
« C’est une habitude de manger du gruau d’avoine le matin, parce que c’est ce que nous mangeons tous les jours. C’est une habitude que papa parte livrer le lait, et cætera. » Mais je l’interromps :
« Ce n’est pas ça. Ça a quelque chose à voir avec l’eau, c’est sûr et certain.
- On va attendre le retour de papa, dit-elle finalement.
- Non, je veux savoir maintenant, pourquoi est-ce que tu ne le sais pas ?
- Mais si, je le sais, c’est toi qui ne me crois pas. »
C’est vrai, je ne la crois pas, pas tout à fait, maman n’est pas la bonne personne pour expliquer les mots ; elle le sait bien d’ailleurs. Sinon, pourquoi est-ce qu’elle me renverrait vers papa ? C’est parce que lui sait mieux ; les mots c’est son domaine ; il faut que je lui demande à lui. Ce qui ne me dérange pas de toute façon, parce que quand je le fais, il est content, et du coup, il est gentil avec maman, et comme ça tout va bien. C’est aussi papa qui me fait réciter mes leçons, surtout depuis que je suis passé en septième et qu’on me donne des notes. Et il lit le journal plus souvent que maman et il porte des lunettes de lecture, mais il se gratte l’oreille avec le bout du stylo et si par hasard on met le stylo dans sa bouche après, il a un goût de vieux fromage. Par contre c’est maman qui me fait dire la prière avant de me mettre au lit ; ça elle sait bien le faire. Elle voudrait bien que j’aie un ange accroché au-dessus de la tête de mon lit mais là pas question ! C’est la place de Tarzan. Il est un peu mon ange gardien, et je crois que maman le voit d’un bon œil, en tout cas elle le laisse accroché là.

Quand je lui ai demandé un soir à quoi ça servait de dire le « Notre Père », elle m’a dit que sinon je risquais de tomber du lit pendant la nuit et me faire mal. Elle a dit ça sans ciller, alors je ne lui ai plus posé la question.

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Challenge Voisins, voisines

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Danemark

Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
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Danemark

 Challenge Viking Lit' 
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Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Loisirs / Sport"

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