Tout_ce_que_jaimais tout_ce_que_j_aimais_babel tout_ce_que_j_aimais_j_ailu

Actes Sud – décembre 2002 -

Babel – mai 2005 – 453 pages

J’ai lu – août 2006 -

traduit de l'américain par Christine Leboeuf

Titre original  : What I Loved, 2003

Quatrième de couverture : 
Au milieu des années 1970, à New York, deux couples d’artistes ont partagé les rêves de liberté de l’époque, ils ont fait de l’art et de la création le ciment d’une amitié qu’ils voulaient éternelle et, quand ils ont fondé leur famille, se sont installés dans des appartements voisins. Rien n’a pu les préparer aux coups du destin qui vont les frapper et infléchir radicalement le cours de leurs vies… 
Siri Hustvedt convie ici à un voyage à travers les régions inquiétantes de l’âme : bouleversant, ambigu, vertigineux, Tout ce que j’aimais est le roman d’une génération coupable d’innocence qui se retrouve, vingt ans plus tard, au bout de son beau rêve.

Auteur : Née en 1955, Siri Hustvedt a fait ses études à Columbia University. Collaboratrice régulière du magazine Modern Painters, elle vit à Brooklyn, New York. Siri Hutsvedt est la femme de Paul Auster
Auteur d'un roman qui fut un immense succès international, Tout ce que j'aimais (2003), Siri Hustvedt a également publié Les Yeux bandés (1993), L'Envoûtement de Lily Dahl (1996), Yonder (1999) et Les Mystères du rectangle (2006).

Mon avis : (lu en février 2012)
Cela fait longtemps que je voulais découvrir ce livre et cette auteur, et c'est grâce à la présentation de ce livre lors d'un des derniers « Café Lecture » de la Bibliothèque que je m'y suis enfin décidée. C'est pour moi une très belle découverte.
Un jour alors qu'il visite une exposition Léo Hertzberg, critique et professeur d'art est fasciné par l'Autoportrait d'un artiste inconnu, William Wechsler. Il décide de rencontrer l'artiste. Et c'est le début d'une belle amitié entre Léo et Bill puis entre leurs épouses. Les deux femmes tombent enceintes en même temps, deux petits garçons naissent Matt et Mark. Les deux couples vivent dans des appartements voisins. Voilà un début d'histoire où tout ce passe bien mais bientôt un drame va bouleverser ce beau tableau. Il est alors question de séparation, de deuil, de mensonge, de drogue, de folie... Cette belle histoire nous plonge dans le milieu de l'Art contemporain à New-York, les longues descriptions des réalisations de Bill m'ont vraiment intéressée.
La psychologie des différents personnages est très bien analysée que ce soit dans leurs comportements ou leurs sentiments. Léo, le narrateur, est très attachant, il est si sensible et vulnérable. Son amitié « amoureuse » avec Violet est très touchante. Le personnage de Mark est le plus mystérieux et le plus déroutant. 

J'ai mis un peu de temps à entrer dans l'histoire, car la première partie plante le décor et la psychologie des personnages, ensuite j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre. C'est un livre qu'il faut prendre le temps de découvrir et qui se lit lentement. C'est très bien écrit avec sensibilité et justesse.

C'est un très beau roman pleins d'émotions et qui ne laisse pas indifférent.  

 

Extrait : (début du livre)
Hier, j’ai trouvé les lettres de Violet à Bill. Elles étaient cachées entre les pages d’un livre, d’où elles ont glissé et sont tombées par terre. Il y avait des années que je connaissais l’existence de ces lettres mais ni Bill, ni Violet ne m’avaient jamais dit ce qu’elles contenaient. Ce qu’ils m’avaient dit, c’est que, quelques minutes après avoir lu la cinquième et dernière d’entre elles, Bill avait changé d’avis quant à son mariage avec Lucille, qu’il était sorti de l’immeuble de Greene Street et s’était dirigé droit vers l’appartement de Violet dans l’East Village. Quand je les ai tenues entre mes mains, il m’a semblé que ces lettres avaient le poids mystérieux des objets enchantés par des histoires dites et redites, et puis redites encore. Ma vue est mauvaise, à présent, et il m’a fallu longtemps pour les lire, mais à la fin j’ai réussi à en déchiffrer chaque mot. Quand je les ai posées, je savais que je commencerais dès aujourd’hui à écrire ce livre.

"Couchée par terre dans l’atelier, écrivait-elle dans la quatrième lettre, je te regardais me peindre. Je regardais tes bras et tes épaules et surtout tes mains pendant que tu travaillais sur la toile. J’aurais voulu que tu te retournes, que tu viennes près de moi et que tu me frottes la peau de la même façon que tu frottais ton tableau. J’aurais voulu que tu appuies fort ton pouce sur moi comme tu l’appuyais sur le tableau et je pensais que si tu ne le faisais pas j’allais devenir folle, mais je ne suis pas devenue folle, et tu ne m’as pas touchée alors, pas une seule fois. Tu ne m’as même pas serré la main."
Le tableau dont parlait Violet dans cette lettre, je l’ai vu pour la première fois il y a vingt-cinq ans dans une galerie de Prince Street, à SoHo. Je ne connaissais ni Bill, ni Violet à cette époque. La plupart des toiles composant cette exposition collective étaient de minces œuvres minimalistes qui ne m’intéressaient pas. Le tableau de Bill occupait seul un mur. C’était un grand tableau, à peu près un mètre quatre-vingts sur deux mètres quarante, qui représentait une jeune femme couchée par terre dans une pièce nue. Elle était appuyée sur un coude et paraissait regarder quelque chose hors du cadre du tableau. Un flot de vive lumière entrait dans la pièce de ce côté, illuminant son visage et son torse. Sa main droite reposait sur son mont de Vénus et, en m’approchant, je vis qu’elle tenait dans cette main un petit taxi — une version miniature de l’omniprésent taxi jaune qui circule dans les rues de New York.
Il me fallut une minute environ pour comprendre qu’il y avait en réalité trois personnes dans le tableau. Tout à fait à ma droite, du côté sombre de la toile, je remarquai qu’une femme sortait de l’image. Seuls son pied et sa cheville restaient visibles à l’intérieur du cadre, mais le mocassin qu’elle portait était peint avec un soin minutieux et, une fois que je l’eus aperçu, je ne cessai de revenir à lui. La femme invisible devenait aussi importante que celle qui dominait la toile. La troisième personne n’était qu’une ombre. Pendant un instant, je pris cette ombre pour la mienne, et puis je compris que l’artiste l’avait incluse dans l’œuvre. De l’extérieur du tableau, quelqu’un regardait cette belle jeune femme vêtue seulement d’un t-shirt d’homme, un spectateur qui semblait se tenir juste à l’endroit où je me tenais quand j’avais remarqué l’ombre qui s’étendait sur son ventre et ses cuisses.
A droite de la toile, je lus la petite carte dactylographiée : William Wechsler, Autoportrait. Je pensai d’abord que l’artiste plaisantait, et puis je changeai d’avis. Ce titre à côté d’un nom d’homme évoquait-il la part féminine de celui-ci ou un trio d’identités ? Peut-être la description suggérée, "deux femmes et un voyeur", faisait-elle directement allusion à l’artiste, ou peut-être le titre ne désignait-il pas du tout l’image, mais sa forme. La main qui l’avait peinte se cachait dans certaines parties du tableau et se faisait connaître dans d’autres. Elle disparaissait dans l’illusion photographique du visage de la femme, dans la lumière en provenance de la fenêtre invisible et dans l’hyperréalisme du mocassin. La longue chevelure de la femme, par contre, était un fouillis de peinture compacte en touches vigoureuses de rouge, de vert et de bleu. Autour de la chaussure et de la cheville au-dessus d’elle, je remarquai d’épaisses rayures noires, grises et blanches qui pouvaient avoir été appliquées au couteau, et sur ces denses bandes de pigments je vis les empreintes d’un pouce d’homme. Son geste semblait avoir été soudain, violent même.
Ce tableau est ici, avec moi, dans cette pièce. En tournant la tête, je peux le voir, bien que lui aussi soit modifié par ma vue défaillante. Je l’ai acheté au galeriste au prix de deux mille cinq cents dollars une semaine après l’avoir vu. La première fois qu’elle a regardé la toile, Erica se tenait à quelques pas de l’endroit où je suis assis en ce moment. Elle l’a examinée avec calme, et elle a dit : "C’est comme si on regardait le rêve de quelqu’un d’autre, tu ne trouves pas ?"

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Challenge New York en littérature
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15/50 : New York (2)