l_art_de_pleurer_en_coeur_ l_art_de_pleurer_en_coeur

Sabine Wespieser – avril 2010 – 312 pages

Livre de Poche – mars 2011 – 320 pages

traduit du danois par Caroline Berg

Titre original : Kunsten at græde i kor, 2002

Quatrième de couverture : 
Du haut de ses onze ans, le narrateur ne saisit pas très bien les enjeux du monde des adultes dans la petite bourgade du sud du Jütland où il grandit. Mais il a remarqué que le chiffre d'affaires de l'épicerie de son père augmentait après chacune des prestations de ce dernier lors des enterrements : cet homme dépressif et taciturne a en effet un talent, celui d’émouvoir les cœurs les plus endurcis grâce à ses oraisons funèbres déchirantes. Du coup, après chaque cérémonie, l'atmosphère à la maison est plus légère. De là à provoquer une hausse du nombre des décès, il n'y a qu'un pas, vite franchi par l'imagination débridée de l'enfant… Dans ce roman grinçant et parfaitement maîtrisé, Erling Jepsen dépeint la société rurale danoise, encore repliée sur elle-même, de la fin des années 1960.

Auteur : Erling Jepsen est né en 1956 au Danemark. Dramaturge et romancier à succès dans son pays, il vit aujourd'hui à Copenhague. L'Art de pleurer en choeur, qui est paru dans de nombreux pays et a été adapté au cinéma, est le premier de ses trois romans à être traduit en français.

Mon avis : (lu en février 2012)
Fin des années 60, dans le sud du Jütland, une région rurale du Danemark, le narrateur de ce livre est un jeune garçon de 11 ans Allan qui nous raconte avec naïveté et candeur sa vie quotidienne au sein de sa famille. Son père et sa mère tiennent une épicerie qui se trouve confrontée à la concurrence des premières grandes surfaces. Le père est parfois dépressif, il cherche la reconnaissance et fait tout pour devenir un notable dans le village. Son comportement avec ses enfants est assez dérageant. La mère est assez en retrait, elle est pieuse et elle laisse faire son mari. La sœur Sanne âgée de quatorze ans est un peu rebelle, le frère aîné Azger est absent de la maison, il est parti faire des études à Copenhague.

Allan est très touchant, il voudrait que sa famille se porte bien et soit unie. Mais du haut de ses onze ans, il a des idées parfois un peu extrême pour rendre le sourire à son père ! En particulier, il a remarqué le talent d'orateur de son père pour les éloges funèbres et les conséquences bénéfiques qui en résultent pour le commerce de son père...
Le narrateur fait au lecteur certaines révélations assez troublantes sur cette famille, notre regard d'adulte décode très rapidement que l'auteur aborde des sujets graves. Ce livre oppose des situations cocasses et des situations graves, des descriptions féroces et caricaturales du milieu social danois et le regard naïf d'un enfant sur la vie des adultes.

Ce livre est une belle et originale découverte ! 
Il existe une suite à ce roman avec « Sincères condoléances », qu'à l'occasion je serai curieuse de découvrir.

film_Kunstenatgraedeikor

L’Art de pleurer en chœur a été adapté au cinéma dans film danois : (Kunsten at Græde i Kor) : The Art of crying de Peter Shønau Fog, apparemment non diffusé en France.

Extrait : (début du livre)
Ils ont dit un mot à la télévision, un mot que je ne comprends pas. C’est une femme qui l’a dit, lentement et en articulant bien, comme si elle voulait que tout le monde puisse suivre. C’est encore pire, parce que ce qu’elle dit ne va pas avec ce que je vois. Sinon, la télévision est drôlement chouette ; nous sommes les derniers de la rue à l’avoir eue, et en rentrant de l’école j’ai couru pendant tout le chemin. Et voilà qu’il arrive ça.
Le mot c’est habitude. Ce n’est pas un mot très long et j’ai un peu honte, parce que je viens d’avoir onze ans. Il n’y a personne pour me l’expliquer ; je suis tout seul dans le salon.
Je cours dans la cuisine et j’attends à la porte qui mène à la boutique. Maman est en train de servir quelqu’un, ça prend une éternité, mais enfin elle me rejoint.
« Habitude, dis-tu ? » Elle s’assied sur le tabouret de cuisine avec un torchon à la main ; elle réfléchit mieux quand elle a un torchon à la main. Tout en le tordant, elle regarde le plancher et puis par la fenêtre.
« Quand on fait une chose très souvent, elle finit par devenir une habitude.
- N’importe quelle chose ?
- Oui, dit-elle. »
Alors il suffit de faire quelque chose assez souvent pour que cela se transforme en une autre chose. C’est dur à comprendre. Je me demande si c’est vrai.
« Ça a un rapport avec l’eau, je lui dis - il y avait un robinet dans la télévision, quand la dame a dit ça.
- Alors je ne comprends pas, dit maman.
- Je te jure que c’est vrai ! Elle était debout à côté d’un robinet d’eau quand elle l’a dit. »
Maman tord le torchon encore une fois. Elle essaye de nouveau, cette fois avec des exemples : 
« C’est une habitude de manger du gruau d’avoine le matin, parce que c’est ce que nous mangeons tous les jours. C’est une habitude que papa parte livrer le lait, et cætera. » Mais je l’interromps :
« Ce n’est pas ça. Ça a quelque chose à voir avec l’eau, c’est sûr et certain.
- On va attendre le retour de papa, dit-elle finalement.
- Non, je veux savoir maintenant, pourquoi est-ce que tu ne le sais pas ?
- Mais si, je le sais, c’est toi qui ne me crois pas. »
C’est vrai, je ne la crois pas, pas tout à fait, maman n’est pas la bonne personne pour expliquer les mots ; elle le sait bien d’ailleurs. Sinon, pourquoi est-ce qu’elle me renverrait vers papa ? C’est parce que lui sait mieux ; les mots c’est son domaine ; il faut que je lui demande à lui. Ce qui ne me dérange pas de toute façon, parce que quand je le fais, il est content, et du coup, il est gentil avec maman, et comme ça tout va bien. C’est aussi papa qui me fait réciter mes leçons, surtout depuis que je suis passé en septième et qu’on me donne des notes. Et il lit le journal plus souvent que maman et il porte des lunettes de lecture, mais il se gratte l’oreille avec le bout du stylo et si par hasard on met le stylo dans sa bouche après, il a un goût de vieux fromage. Par contre c’est maman qui me fait dire la prière avant de me mettre au lit ; ça elle sait bien le faire. Elle voudrait bien que j’aie un ange accroché au-dessus de la tête de mon lit mais là pas question ! C’est la place de Tarzan. Il est un peu mon ange gardien, et je crois que maman le voit d’un bon œil, en tout cas elle le laisse accroché là.

Quand je lui ai demandé un soir à quoi ça servait de dire le « Notre Père », elle m’a dit que sinon je risquais de tomber du lit pendant la nuit et me faire mal. Elle a dit ça sans ciller, alors je ne lui ai plus posé la question.

 logo_bibli_IGN_20

Challenge Voisins, voisines

voisin_voisines2012
Danemark

Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
dc3a9fi_scandinavie_blanche

Danemark

 Challenge Viking Lit' 
Viking_Lit

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
d_fi_du_1er_roman

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
logo_Petit_BAC_2012
"Loisirs / Sport"