Concours "Autour de Maigret"... dernier jour !
Rappel : dernier jour ! ! !
Le blog Aproposdelivres organise un petit concours
pour gagner des livres de Maigret offert par le Livre de Poche
Le blog Aproposdelivres organise un petit concours
pour gagner des livres de Maigret offert par le Livre de Poche

Belfond – mai 2005 – 348 pages
France Loisirs - 2000 – 457 pages
Pocket – mai 2005 – 466 pages
traduit de l'américain par Christiane Ellis et David Ellis
Présentation de l'éditeur :
L'impétueuse Suzy Wilding, trente-deux ans, graphiste dans une importante agence de pub londonienne, et le fringant Lloyd Rockwell, trente-cinq ans, publicitaire à NewYork, ignorent tout l'un de l'autre... jusqu'au jour où leurs sociétés jumelles leur offrent d'échanger bureau et appartement pendant un mois.
Très enthousiastes, ils acceptent tous deux l'excitante proposition, mais rapidement, de part et d'autre de l'océan, il faut déchanter... À New York, l'accueil fait à Suzy est des plus froids et l'explosive assistante qu'elle découvre sur place dévoile une dentition de requin ; à Londres, Lloyd tombe des nues : accusé de haute trahison par sa direction, ses jours dans l'entreprise seraient comptés. Qui a bien pu ourdir une telle machination ? Suzy la débrouillarde prend l'enquête en main. Les liaisons téléphoniques transatlantiques grésillent bientôt de croustillantes révélations... "
Auteur : Née aux États-Unis, Robyn Sisman vit aujourd'hui en Angleterre, près de Bath, avec son mari et leurs deux filles. Elle a travaillé dans l'édition avant de se consacrer à l'écriture. Ses succès sont Nuits blanches à Manhattan (1999) et Cul et chemise (2001).
Mon avis : (lu en mars 2011)
J'ai pris ce livre à la bibliothèque car j'étais persuadée avoir vu le film qui était tiré du livre. Or après recherches je n'ai pas retrouvé le nom du film issu de ce livre. Je l'ai peut-être rêvé...
Ce livre est classé dans le genre Chick-Lit (désigne un roman écrit par les femmes, pour le marché féminin), genre que je lis assez rarement.
L'agence de pub Schneider Fox a des agences des deux côtés de l'Atlantique : une à New York et une à Londres. Tous les ans, il y a un programme d'échange de bureau et d'appartement entre collègues pendant un mois. Cette année, Lloyd Rockwell, rédacteur en publicité prometteur de l'agence New Yorkaise, doit faire l'échange avec Julian Joyaux. Mais celui-ci quitte l'agence pour un concurrent et l'échange risque de ne pas se faire. Mais Suzy Wilding, graphiste londonienne accepte de prendre sa place au dernier moment.
Les deux personnages principaux sont très différents et très attachants, Suzy a 32 ans, elle est une célibataire endurcie, plutôt excentrique et venant d'Angleterre. Lloyd Rockwel a 35 ans, il vit avec sa petite amie dans un appartement ordonné, il a une vie rangée et programmée, il vient des États-Unis.
Chacun va découvrir un peu de l'autre en vivant dans l'appartement de l'autre. Pour tous les deux, c'est comme un rêve d'aller vivre un mois à New-York ou à Londres. Mais alors qu'il est déjà à Londres, Rockwell est accusé de trahison et il est renvoyé sur le champ. A distance, Suzy va faire son enquêter et aider Lloyd à se défendre.
L'intrigue est sans surprise surtout si on a lu la quatrième de couverture jusqu'au bout... Mais j'ai trouvé cette lecture plutôt amusante et détendante. Je me suis même plusieurs fois surprise à éclater de rire. (heureusement, je lisais chez moi et pas dans le train...)
Extrait : (page 61)
C'était une petite maison de brique jaune sale, enserrée dans un alignement de constructions identiques, de la fin de l'époque victorienne d'après Lloyd. Devant la maison, derrière une clôture en fer forgé, un jardin étriqué avait été abandonné aux mauvaises herbes. Sur le toit d'ardoise, un fouillis de cheminées et d'antennes de télévision se profilait dans la lueur d'un crépuscule aux couleurs menaçantes.
- Très pittoresque, commenta Lloyd en adressant un sourire d'encouragement à Betsy.
Devant la porte d'entrée, un amoncellement de sacs-poubelle noirs attendait le jour de ramassage des ordures ménagères.
- Du pur Dickens !
- Je ne t'aurais pas donné les clés, par hasard ?
Betsy secoua la tête. Une pluie fine se mit à tomber.
- Je voulais juste m'en assurer, fit Lloyd avant de fouiller, une à une, toutes les poches de son sac de voyage.
La voiture qui les avait accueillis à l'aéroport leur avait aussi apporté les clés dans une enveloppe cachetée. Lloyd savait qu'il les avait mises en lieu sûr, mais quel lieu sûr ? Il commença à vider le contenu de son sac sur le pilier qui soutenait un portail déglingué, déballant portefeuille et cartes de crédit sous le regard d'acier de Betsy.
- Et dans ton imperméable ?
- Tu sais bien que je ne mets jamais rien dans mes poches.
En fait, c'était Betsy qui lui avait apprit que cela cassait la ligne des vêtements, et Lloyd essayait de se corriger de cette habitude.
Mais elle avait vu juste, comme toujours. Lloyd empoigna les valises et gravit les quelques marches du perron. La porte d'entrée donnait sur un petit hall avec deux autres portes. Celle de gauche était la leur et permettait d'accéder à un escalier assez raide conduisant au premier étage.
- Oh ! Seigneur ! s'écria Betsy avec un mouvement de recul devant la couleur criarde de l'escalier.
Au sommet, après un palier étroit, se trouvait la cuisine, une pièce exiguë et encombrée, peinte en jaune jonquille ; un sycomore pressait son feuillage contre la haute fenêtre. Quelques marches supplémentaires menaient à un couloir avec trois autres portes. Betsy ouvrit la première avec précaution. La pièce était sombre, les volets empêchant la lumière du jour d'y pénétrer. Lloyd ne put distinguer qu'un grand lit de cuivre qui semblait occuper tout l'espace. Son enthousiasme tomba. Il entendait déjà Betsy pestant contre l'absence de rangements.
Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
"Géographie"
C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou et proposé par Galleane
Qu'est-ce que j'ai lu la semaine dernière ?
Des éclairs - Jean Echenoz
Dix petits nègres - Agatha Christie (relecture)
G229 - Jean-Philippe Blondel
Qu'est-ce que je lis en ce moment ?
Nuits blanches à Manhattan - Robyn Sisman
Que lirai-je cette semaine ?
Le grand Quoi - Dave Eggers (partenariat Livraddict)
Les insurrections singulières - Jeanne Benameur
Marina - Carlos Ruiz Zafon
Un livre de Yasmina Khadra pour le Rendez-vous de Pimprenelle du 26 mars !
Bonne semaine, bonnes lectures et à lundi prochain !
Encore quelques jours... jusqu'à mardi minuit pour participer !
Buchet-Chastel – janvier 2010 – 240 pages
Quatrième de couverture :
" Je vous ai accordé une salle. Une salle, vous savez, ça n'a pas de prix. C'est la 229, bâtiment G. G229. Allez chercher la clé chez la concierge. Bon, je crois que cet entretien est terminé. Nous nous croiserons souvent désormais. Bienvenue ici. " Je remercie le proviseur, mais il ne m'écoute déjà plus. Un proviseur, ça a beaucoup de choses à penser. Un prof, non.. Un prof, ça ne pense qu'à une chose, ses classes. Puis soudain, il est de nouveau là, présent. Il me fixe. Il dit : " Le plus dur, dans le métier, vous savez, c'est de manier le on et le je. " Je réponds que euh, je ne suis pas sûr de comprendre. " C'est une institution, l'école. Vous entrez dans un bulldozer. Il faut arriver à en devenir membre sans perdre son individualité. Ce n'est pas aussi facile qu'on le croit, vous verrez. Le on et le je. Réfléchissez-y. Bonne chance ! "
Auteur : Jean-Philippe Blondel a publié huit romans - dont Le Baby-sitter (2010) - et trois romans pour adolescents. Il enseigne aussi l'anglais dans un lycée de province. Dans la salle G229, donc.
Mon avis : (lu en mars 2011)
Voilà un livre sans doute un peu autobiographique, car Jean-Philippe Blondel est lui-même professeur d'anglais depuis de nombreuses années dans le même lycée et dans la même salle !
Jean-Philippe Blondel nous parle autrement de l'Éducation Nationale, il porte un regard plein d'humanité sur son métier et sa carrière. Il évoque le temps qui passe, il parle de ses débuts dans l'enseignement et fait comme un bilan de sa vie de professeur.
Comme il nous l'explique dans la vidéo (jointe en fin d'article), il alterne des chapitres en « On » racontant des expériences générales aux professeurs et les chapitres en « Je » qui sont plus personnelles. Le lecteur passe par différentes émotions suivant les chapitres, J'ai beaucoup rit avec les souvenirs de voyages scolaires en Angleterre. J'ai été bouleversé par la réunion parents-profs avec la mère de Matthieu. J'ai compris le choc du professeur qui découvre que la mère de son élève a été également son élève lors des premières années où il enseignait. Et l'émotion du professeur est palpable lorsqu'un élève lui rend un devoir où il se confie au-delà de ce qu'il pouvait imaginer en donnant le sujet.
J'ai beaucoup aimé ce livre, tout d'abord voir l'envers du décors de la vie au lycée pour une ancienne élève ou une mère d'élèves c'est toujours intéressant. Mais c'est surtout la façon qu'à Jean-Philippe Blondel d'évoquer avec beaucoup de tendresse ses années de professeur, les élèves passent et le professeur reste dans sa salle G229 !
Extrait : (début du livre)
Il est dix-neuf heures trente. 3 décembre. La nuit est tombée depuis longtemps. Le conseil de classe vient de se terminer, trente-cinq élèves, une heure et demie, ça a été rondement mené. Je suis sur le point de rejoindre le parking. Je parle avec ma collègue de lettres. Elle se désole parce qu'elle va passer le week-end sur ses copies. Je lui réponds que c'est pareil pour moi et, au même moment, je me rends compte que je les ai oubliées dans ma salle, les copies. Je suis parti trop précipitamment tout à l'heure. J'ai laissé le tas de devoirs sur le bureau. Je le revois très nettement, maintenant. Je lance une injure tonitruante. Je cours voir la concierge. Elle me rappelle qu'à cette heure-ci tout est fermé. Je parlemente. Je négocie. Elle cède. Elle dit : « C'est bien parce que c'est vous, hein ! » J'ai quarante-cinq ans. J'enseigne dans ce lycée depuis vingt ans. Elle est là depuis l'ouverture. Nous avons traversé les grèves de 1995 ensemble. Je sais qu'elle y pense en me tendant les clés. Elle ajoute : « Mais vous faites vite, hein ? Moi, j'ai pas que ça à faire et, à huit heures, je mets l'alarme dans tous les bâtiments ! » Je souris. Une demi-heure, c'est bien plus qu'il n'en faut. Dix minutes tout au plus pour traverser la cour, monter au deuxième étage, longer le couloir, ouvrir la troisième porte sur la gauche. Et récupérer mon bien.
"G229" de Jean-Philippe Blondel par editionslibella
Déjà lu du même auteur :
Juke Box
Au rebond
Le Baby-sitter


Livre de Poche – 1976 – 317 pages
Le club des masques – 1993 – 222 pages
Livre de Poche – 1993 - 222 pages
Éditions du Masque – 1994 – 222 pages
Livre de Poche – 2002 - 256 pages
Livre de Poche – 2007 - 222 pages
Livre de Poche Jeunesse – août 2007 – 349 pages
Éditions du Masque – mars 2008 – 221 pages
Présentation :
Dix personnes apparemment sans point commun se retrouvent sur l'île du Nègre, invités par un mystérieux M. Owen, malheureusement absent. Un couple de domestiques, récemment engagé, veille au confort des invités. Sur une table du salon, dix statuettes de nègres. Dans les chambres, une comptine racontant l'élimination minutieuse de dix petits nègres. Après le premier repas, une voix mystérieuse s'élève dans la maison, reprochant à chacun un ou plusieurs crimes. Un des convives s'étrangle et meurt, comme la première victime de la comptine. Une statuette disparaît. Et les morts se succèdent, suivant le texte à la lettre. La psychose monte. Le coupable se cache-t-il dans l'île, parmi les convives ?
Une poignée de personnages admirablement campés, une ambiance tendue, un suspense à couper le souffle et une fin complètement inattendue... La reine de crime nous livre ici un classique de la littérature policière !
Auteur :Née à Torquay le 15 septembre 1890, créatrice du fameux détective belge Hercule Poirot, de la surannée Miss Marple et du duo infernal Tuppence et Berresford, Agatha Christie est encore considérée comme la reine du crime. Élevée dans un milieu bourgeois, la jeune Agatha se trouve vite orpheline de père, développant son aptitude à l'écriture sous le regard bienveillant d'une mère. Infirmière lors de la Deuxième Guerre mondiale, elle apprend l'usage des drogues, ce qui lui sert plus tard lorsqu'à la suite d'un pari avec sa sœur, elle publie son premier roman en 1920 'La Mystérieuse affaire de Styles', où apparaît Hercule Poirot. Miss Jane Marple fait, quant à elle, son apparition dans 'L' Affaire Prothéro' en 1930, dénouant les énigmes le temps d'un tricot, bien calée dans son fauteuil, très Old England, tasse de thé à la main. Suivant son deuxième mari archéologue lors de ses missions, Agatha Christieypuisel'inspiration pour ses romans policiers, trouvant dans le mal du pays sur les dunes d'Égypte où dans sa chambre du Winter Hotel, pour écrire des intrigues passionnantes se déroulant au pays de la Perfide Albion. Nombre de ses romans seront adaptés au cinéma et à la télévision : 'Mort sur le nil', 'Le Crime de l'Orient-Express' où Pete Ustinovtientlerôle d'Hercule Poirot... Elle pose les bases du roman policier, obéissant à un système toujours identique mais constamment renouvelé par la variété des histoires et surtout sa manière de capter le lecteur, l'obligeant à essayer de découvrir le coupable avant qu'il ne soit dévoilé. Ainsi, la folie, la soif de vengeance, la cupidité sont les causes récurrentes du meurtre, dénoncées habilement par Agatha Christie. Désormais honorable Lady pleine d'humour, elle s'éteint en 1976. Ses ventes phénoménales n'ont pour seuls rivaux que Shakespeare ou la Bible. Agatha Christie est décédée à Wallingford le 12 janvier 1976.
Mon avis : (relecture en mars 2011)
Ce livre a été publié en 1939 et il fait parti des livres les plus vendus au monde. Et pour moi, c'est le premier vrai roman policier que j'ai lu, à l'époque j'avais 13 ans. Il m'a fait aimer ce genre et adolescente, j'ai lu toute la collection des Agatha Christie de la Bibliothèque du quartier !
Dix petits nègres est l'histoire de dix personnages, invités sur une île, par un certain U.N. Owen. Chacun d'entre eux est coupable d'avoir dans leur vie provoqué la mort de quelqu'un.
Ils sont mystérieusement assassinés l'un après l'autre et chaque meurtre est directement inspiré par une comptine. L'ordre de disparitions est inversement proportionnel à leur culpabilité... les plus coupables subiront donc une vraie torture psychologique. Les dernières pages du livre nous livrerons le coupable qui comme dans la plupart des livres d'Agatha Christie est inattendu.
Il va sans dire que j'aime beaucoup le style et le suspens chez Agatha Christie, sans oublier l'ambiance anglaise et des personnages aux caractères très bien imaginés. Ce challenge va être pour moi une bonne occasion de lire ou relire Agatha Christie.
Dix petits nègres a été à nombreuses reprises adapté au théâtre, au cinéma et à la télévision.
Les adaptations (non exhaustives...) :
Au théâtre :
1943 :Ten Little Nigers, pièce d'Agatha Christie (avec une fin "heureuse")
1943 :Les Dix Petits Nègres, adaptation française de Pierre Brive et Meg Villars
2003 : Devinez qui ? , adaptation de Sébastien Azzopardi
Au cinéma :
1945 : Dix Petits Indiens (And Then There Were None), film américain, réalisé par René Clair, d'après la pièce de 1943 d'Agatha Christie.
1965 : Les Dix Petits Indiens (Ten Little Indians), film britannique de George Pollock, avec HughO'Brian, Shirley Eaton, StanleyHolloway.
1974 :Dix petits nègres coproduction hispano-italo-germano-française, réalisé par Peter Collinson, Avec Charles Aznavour, Maria Rohm, Stephane Audran.
1987 :Desyat negrityat, film soviétique réalisé par Stanislav Govorukhin. Apparemment jamais sorti en France. Exploité dans les pays anglophones sous les titres Ten Little Niggers ou Ten Little Indians.
1989 : Ten Little Indians, réalisé par Alan Birkinshaw, d'après la pièce d'Agatha Christie. Présenté au Festival de Cannes le 17 mai 1989 sous le titre Ten Little Indians, le film n'est apparemment jamais sorti en version française.
1989 : La Réception, réalisé par le québécois Robert Morin. Il s'agit d'une adaptation très libre du roman.
2003 : Identity réalisé par James Mangold. Un film très largement inspiré du roman.
Extrait : (page 43)
Dix petits nègres s'en allèrent dîner.
L'un d'eux étouffa et il n'en resta plus que Neuf.
Neuf petits nègres veillèrent très tard.
L'un d'eux oublia de se réveiller et il n'en resta plus que Huit.
Huit petits nègres voyagèrent dans le Devon.
L'un d'eux voulut y demeurer et il n'en resta plus que Sept.
Sept petits nègres coupèrent du bois avec une hachette.
L'un d'eux se coupa en deux et il n'en resta plus que Six.
Six petits nègres jouèrent avec une ruche.
Une abeille l'un d'eux a piqué et il n'en resta plus que Cinq.
Cinq petits nègres étudièrent le droit.
L'un d'eux devint avocat et il n'en resta plus que Quatre.
Quatre petits nègres s'en allèrent en mer.
Un hareng saur avala l'un d'eux et il n'en resta plus que Trois.
Trois petits nègres se promenèrent au zoo.
Un gros ours en étouffa un et il n'en resta plus que Deux.
Deux petits nègres s'assirent au soleil.
L'un d'eux fut grillé et il n'en resta donc plus que Un.
Un petit nègre se trouva tout seul.
Il alla se pendre et il n'en resta plus Aucun.

Lu pour le Baby Challenge - Polar organisé par Livraddict
Livre 12/20 Médaille de bronze
Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
Grande-Bretagne
Lu dans le cadre du Challenge Agatha Christie
Les Éditions de Minuit – septembre 2010 – 174 pages
Quatrième de couverture :
Gregor a inventé tout ce qui va être utile aux siècles à venir. Il est hélas moins habile à veiller sur ses affaires, la science l'intéresse plus que le profit. Tirant parti de ce trait de caractère, d'autres vont tout lui voler. Pour le distraire et l'occuper, ne lui resteront que la compagnie des éclairs et le théâtre des oiseaux.
Fiction sans scrupules biographiques, ce roman utilise cependant la destinée de l'ingénieur Nikola Tesla (1856-1943) et les récits qui en ont été faits. Avec lui s'achève, après Ravel et Courir, une suite de trois vies.
Auteur : Né à Orange le 26 décembre 1947, grand nom de la littérature française contemporaine, Jean Echenoz s'impose avec un sens de l'observation unique et un style singulier. L'ancien étudiant en sociologie et en génie civil déclare être l'auteur de romans 'géographiques'. Il tâche en effet dans son oeuvre de tracer les conditions, les décors et les milieux qui fondent une existence, celle de personnages fictifs ou réels à l'instar de Ravel dans un roman éponyme ou d'Emile Zatopec dans 'Courir'. Amené à l'écriture suite à la découverte d''Ubu Roi' d'Alfred Jarry, Echenoz imprime sa propre empreinte avec un sens de la dérision hérité du dramaturge. Lauréat du prix Goncourt en 1999 pour 'Je m'en vais', l'auteur joue à détourner les codes du langage et les genres littéraires. Ainsi, il s'approprie le roman policier avec 'Cherokee' ou le roman d'espionnage avec 'Le Lac'. Ecrivain de la quête et de l'enquête, Jean Echenoz succède avec brio et innovation à la génération du Nouveau Roman, qui a fait la renommée de sa maison d'édition, Minuit.
Mon avis : (lu en mars 2011)
Après Ravel et Courir, Jean Echenoz réalise une biographie romancée de Gregor. Ce personnage est largement inspiré de Nikola Tesla (1856-1943), inventeur américain d'origine croate.
Gregor est moitié génie, moitié savant fou, c'est un visionnaire, il va faire de nombreuses découvertes autour de l'électricité : il défend le courant alternatif, il est précurseur et découvre le principe du radar, mais aussi « La radio. Les rayons X. L'air liquide. La télécommande. Les robots. Le microscope électronique. L'accélérateur de particules. L'Internet.» Ces contemporains ne mesurent pas la portée de ces inventions et elles resteront longtemps oubliées. Gregor n'y connait rien aux affaires, il se fait déposséder de ses plus grandes découvertes par d'autres comme Edison et Marconi.
Gregor vit à l'hôtel, il a la phobie des microbes, il aime la compagnie des pigeons et les multiples de 3. Ses seuls vrais amis sont le couple Axelrod, dont il va aimer en secret Ethel.
Gregor est un homme seul, il a un caractère « ombrageux, méprisant, susceptible, cassant ». Et il finira dans la misère.
Le personnage de Gregor est à la fois attachant et improbable, Echenoz est très agréable à lire et il réussit le tour de force de raconter en moins de 200 pages, les 87 ans de la vie d'un homme exceptionnellement intelligent et visionnaire.
J'ai bien aimé ce livre mais pas autant que Courir qui racontait la vie du coureur Emil Zátopek.
Extrait : (début du livre)
Chacun préfère savoir quand il est né, tant que c’est possible. On aime mieux être au courant de l’instant chiffré où ça démarre, où les affaires commencent avec l’air, la lumière, la perspective, les nuits et déboires, les plaisirs et les jours. Cela permet déjà d’avoir un premier repère, une inscription, un numéro utile pour vos anniversaires. Cela donne aussi le point de départ d’une petite idée personnelle du temps dont chacun sait aussi l’importance : telle que la plupart d’entre nous décident, acceptent de le porter en permanence sur eux, découpé en chiffres plus ou moins lisibles et parfois même fluorescents, fixé par un bracelet à leur poignet, le gauche plus souvent que le droit.
Or ce moment exact, Gregor ne le connaîtra jamais, qui est né entre vingt-trois heures et une heure du matin. Minuit pile ou peu avant, peu après, on ne sera pas en mesure de le lui dire. De sorte qu’il ignorera toute sa vie quel jour, veille ou lendemain, il aura droit de fêter son anniversaire. De cette question du temps pourtant si partagée, il fera donc une première affaire personnelle. Mais, si l’on pourra l’informer de l’heure précise à laquelle il est apparu, c’est que cet évènement se produit dans des conditions désordonnées.
Livre 37/42 pour le Challenge du 6% littéraire
Déjà lu du même auteur :
Courir
Ravel
Lu en partenariat avec Blog-O-Book et les Éditions du Masque
Éditions du Masque – janvier 2011 – 360 pages
traduit de l'anglais (États-Unis) par Christophe Mercier
Quatrième de couverture :
1921, San Francisco. Samuel (plus tard Dashiell, quand il commencera à écrire) Hammett, enquêteur pour Pinkerton, est chargé d’interroger les témoins de ce qui va être le grand procès du monde du cinéma : Roscoe Arbuckle, dit Fatty, célèbre star du comique muet, est accusé d’avoir, lors d’une orgie dans son hôtel, « écrasé » une jeune actrice, Virginia Rappe, provoquant sa mort. L’affaire est un coup monté, dont le livre nous développe les étapes en alternance avec le cheminement de Hammett, marié à une infirmière, tuberculeux, adorant son métier, fumant et buvant beaucoup, et posant toujours les bonnes questions. Il rencontre en route une séduisante blonde, agent du FBI, qui cherche à découvrir qui a approvisionné en alcool la fameuse orgie qui a mal tourné. Outre les deux personnages principaux, les rôles secondaires sont des « people » aussi célèbres que Marion Davies et Howard Hugues, grand instigateur du complot. Le Jardin du diable est aussi une réflexion sur les mœurs dépravées de l’époque, l’obsession de la célébrité et de l’argent, la corruption des magistrats et l’impunité de Hearst : le côté Amérique pourrie qui a poussé Hammett à écrire par la suite Moisson rouge et La Clé de verre.
Auteur :Natif de l’Alabama, Ace Atkins, 40 ans, vit dans le comté d’Oxford, Mississipi, au pays de Faulkner. Ace a pratiqué le football en championnat, été un temps libraire, puis journaliste. Ses enquêtes criminelles dans le Tampa Tribune lui ont valu d’être nommé pour le Livingston Award et pour le prix Pulitzer en 2001. Il est l’auteur de Blues Bar, Dirty South Rap et Tampa Confidential.
Mon avis : (lu en mars 2011)
Ce roman a été écrit à partir de faits réels : En 1921, à San Francisco, Roscoe Arbuckle, dit « Fatty », est l’une des plus grandes stars du cinéma muet. Lors d'une fête particulièrement arrosée, qu'il a organisé et où beaucoup de personnes se sont invités, une jeune starlette, Virginia Rappe est retrouvée mortellement blessée, une amie qui l'accompagne accuse Fatty d'avoir « écrasé » Virginia. Le lecteur comprend vite que Arbuckle est victime d'un coup monté : les témoins sont manipulés et les preuves trafiqués. Sam Hammett, détective à la Pinkerton National Detective Agency, fait son enquête pour le compte de l'avocat de Roscoe Arbuckle.
Ace Akins nous décrit dans cette histoire où se mêle la fiction et la réalité, une époque dissolue où l'alcool coule à flots malgré la prohibition, et où le monde d'Hollywood fascine l'Amérique.
J'avoue avoir eu du mal à lire ce livre, je me suis ennuyée car je m'attendais à lire un roman policier et c'est presque plutôt un documentaire. L'auteur s'est très bien documenté, mais à mon goût cela manque d'action, de suspens ou de rebondissement...
Merci à Blog-O-Book et aux Éditions du Masque pour m'avoir permis de découvrir ce livre.
Pour en savoir plus sur cette histoire vraie : wikipedia
Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
"Loisirs"
C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou et proposé par Galleane
Qu'est-ce que j'ai lu la semaine dernière ?
Le confident - Hélène Grémillon
L’homme de Kaboul - Cédric Bannel (Partenariat Canalblog)
Le jardin du diable - Ace Atkins (Partenariat Bob)
Qu'est-ce que je lis en ce moment ?
Dix petits nègres - Agatha Christie (relecture)
Que lirai-je cette semaine ?
Des éclairs - Jean Echenoz
G229 - Jean-Philippe Blondel
Bonne semaine, bonnes lectures et à lundi prochain !
Lu en partenariat avec Canalblog et les Éditions Robert Laffont
Robert Laffont – mars 2011 - 396 pages
Quatrième de couverture :
Quand Oussama Kandar, chef de la brigade criminelle de Kaboul, ancien héros de guerre contre les Russes et les talibans, découvre le cadavre de Wali Wadi, il n'imagine pas déclencher l'une de ces séries de minuscules événements qui se terminent en raz de marée. D'après Oussama, l'homme qui gît au milieu de son magnifique salon, une balle dans la tête, ne peut en aucun cas s'être suicidé, comme l'affirme le ministre de la Sécurité. Profondément intègre, opposé à la corruption qui gangrène son pays, Oussama croit en la justice. Par fidélité à ses principes, il refuse de classer l'affaire. Au contraire, en compagnie de ses fidèles adjoints, il s'acharne à remonter les pistes, à exhumer les vérités travesties. Dès lors, il est l'homme à abattre. Autour de lui, la violence se déchaîne. A l'autre bout du monde, en Suisse, le jeune Nick, analyste dans les services secrets, est lancé sur la piste d'un fugitif, dirigeant d'une entreprise très opaque aux ramifications internationales. L'homme s'est volatilisé avec un rapport secret qui paraît affoler plusieurs gouvernements.
Auteur : Cédric Bannel a commencé sa carrière à Bercy au service de contrôle des investissements étrangers en France et s’est occupé entre autres des sanctions financières contre la Libye et l’Irak, avant d’entamer une carrière de diplomate comme Attaché financier à Londres.
Il a ensuite quitté l’administration pour se lancer dans l’Internet, où il a fondé et dirigé plusieurs "start up", dont CanalBlog dont il est le PDG. Il pratique les arts martiaux à haut niveau depuis plus de 30 ans.
Il est l’auteur de 3 romans policiers, Le Huitième Fléau (1999), la Menace Mercure (2001) et Elixir (2004), tous les trois traduits dans de nombreuses langues.
Cédric Bannel est le père d’une petite fille de 6 ans.
Mon avis : (lu en mars 2011)
J'ai accepté de lire ce livre dans le cadre du Concours « L’homme de Kaboul » organisé par les Éditions Robert Laffont.
Il s'agit d'un roman d'espionnage dont l'essentiel de l'action se déroule en Afghanistan.
Oussama Kandar est le chef de la brigade criminelle de Kaboul, il est respecté car c'est aussi un ancien héros de guerre contre les Russes puis contre les talibans. Il est très surpris d'être appelé pour un suicide car en Afganistan, « Ceux qui parvenaient à échapper aux attentats, aux gangs, aux règlements de comptes, aux crimes familiaux et aux fatwas lancées par les talibans étaient assez peu portés sur le suicide. » Autre surprise, le ministre de la Sécurité est déjà sur place. Le Qomaandaan Oussama Kanda est vite convaincu que Wali Wadi, l'homme suicidé, a été assassiné. Très intègre et totalement opposé àla corruption, il refuse de classer l'affaire et au péril de sa vie et de celle de ses collaborateurs, il va tout mettre en œuvre pour résoudre cette enquête.
En parallèle, en Suisse, un homme d'affaire est traqué par une police secrète l'Entité car il est en possession d'un rapport confidentiel. Nick, un jeune analyste très intelligent,se lance sur sa piste sans imaginer le réel enjeu du fameux dossier Mandrake.
Bien sûr, ces deux histoires sont liées mais je n'en dévoilerai pas plus car ce livre captivant est plein de suspense, de rebondissements...
Ce thriller est aussi l'occasion pour le lecteur de découvrir l'Afghanistan, un pays complexe mais également fascinant. L'auteur s'est très bien documenté et il décrit avec beaucoup de précision les conditions de vie, la guerre, les traditions, la culture, la religion sans oublier Kaboul et les superbes montagnes d'Afghanistan.
Plusieurs personnages sont très intéressants, en premier lieu Oussama Kandar le policier intègre, musulman pratiquant mais tolérant, sa femme Malalai, gynécologue qui se révolte discrètement contre la soumission imposée aux femmes. Il y a aussi le Mollah Bakir qui sera un allié surprenant de Kandar durant son enquête. Il imagine l'Afghanistan comme un état taliban moderne, il refuse intégrisme et les violences de l'état actuel.
J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre qui à travers une histoire d'espionnage captivante et haletante nous permet de faire sans aucun risque un beau voyage en Afghanistan. J'ai été très intéressée de découvrir la vie quotidienne afghane avec des valeurs et des repères si différents que ceux que nous avons nous occidentaux.
Merci à Canalblog et aux Éditions Robert Laffont pour m'avoir permis de découvrir ce livre.
Allez voir également le blog dédié au livre et les nombreux avis autour de ce livre.
Extrait : (début du livre)
- A quoi pensais-tu en appuyant sur la détente ? Demanda Oussama.
- A appuyer sur la détente.
- Tu avais conscience que, au lieu de punir seulement l'homme que tu visais, tes balles risquaient de décimer toute une famille ? Les deux femmes d'Abdul sont décédées avec lui. Ses huit enfants sont à l'hôpital, dont deux entre la vie et la mort.
- Ce salaud d'Abdul, il m'a volé tout mon stock de tissu, tenta de plaider le prisonnier. Huit mille afghanis !
Oussama Kandar, commandant en chef de la brigade criminelle de Kaboul, se leva brusquement, en proie à un accès de colère. Solidement attaché à sa chaise par des menottes, le prisonnier eut un mouvement de crainte qui manqua de le faire tomber. Oussama n'y prêta pas attention. Il y avait bien longtemps qu'il avait cessé de remarquer les réactions que son physique hors norme provoquait. Âgé d'un peu plus de cinquante ans, Oussama mesurait deux mètres. Sec (il pesait à peine quatre-vingt-dix kilos), il en imposait avec sa barbe veinée de gris, taillé court, ses cheveux ras. Ses yeux d'un vert métallique hypnotisaient ses adversaires.
- Tu es un crétin et un meurtrier ! Tu as tiré sur toute une famille à la kalachnikov, pendant qu'elle déjeunait tranquillement. Tout ça pour un stock de tissu. Tu te rends compte, au moins, du mal que tu as fait ? Pour rien !
- Pas pour rien. Il m'avait volé pour huit mille afghanis, répéta le prisonnier, buté.
Oussama secoua la tête, dégoûté. La plupart des meurtres commis dans la capitale l'étaient à la kalachnikov, souvent à la suite de dettes non remboursées ou de vols, quand il ne s'agissait pas de meurtres d'honneur. Les coupables ignoraient que la pendaison les attendaient au bout du chemin. Renonçant à discuter avec un prisonnier aussi stupide, il s'apprêtait à appeler un de ses adjoints afin que ce dernier le remplace pour la suite de l'audition lorsqu'un planton entra dans son bureau. Jeune, les yeux bridés typique d'un Hazara. Une large cicatrice barrait sa joue gauche.
- Qomaandaan, on nous signale que le ministre de la Sécurité vient d'arriver sur les lieux d'un suicide.
- Un attentat suicide, veux-tu dire ?
- Na, un vrai suicide.
Surpris, Oussama dévisagea le policier. Le taux de mortalité à Kaboul étant l'un des plus élevés au monde, il ne chômait pas, mais les suicides étaient rares. Ceux qui parvenaient à échapper aux attentats, aux gangs, aux règlements de comptes, aux crimes familiaux et aux fatwas lancées par les talibans étaient assez peu portés sur le suicide. En Afganistan, chaque jour vécu en un seul morceau était un don de Dieu.
Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
"Géographie"
Plon – août 2010 – 301 pages
Quatrième de couverture :
Au milieu des mots de condoléances qu'elle reçoit à la mort de sa mère, Camille découvre une étrange lettre envoyée par un expéditeur inconnu. Elle croit à une erreur mais, les semaines suivantes, une nouvelle lettre arrive, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés. Peu à peu, Camille comprend que cette correspondance recèle un terrible secret qui la concerne. Machination diabolique sur fond de Seconde Guerre mondiale, ce roman mêle récit historique et suspens psychologique dans un scénario implacable.
Auteur : Après une maîtrise de lettres et un DEA d'histoire, Hélène Grémillon s'est lancée dans le journalisme et la réalisation. Auteur de plusieurs courts-métrages et du clip de la chanson « la Jupe en laine » pour Julien Clerc. Elle a 32 ans. Le Confident est son premier roman.
Mon avis : (lu en mars 2011)
Ce sont les nombreux articles positifs de la blogosphèrequim'ont encouragée à découvrir ce premier roman.
Dès les première pages, j'ai beaucoup aimé ce livre, j'ai été pris par l'histoire.
Tout commence lorsque Camille découvre parmi toutes les lettres de condoléances reçues à la suite du décès de sa mère une enveloppe plus épaisse et plus lourde que les autres. Il s'agit d'une lettre longue et étrange envoyée par un expéditeur inconnu, un certain Louis. D'autres lettres vont suivre chaque mardi racontant petit à petit une histoire d'amour, puis de haine entre deux femmes et autour d'un enfant et d'un homme, à l'époque de la Seconde Guerre Mondiale.
C'est un roman à plusieurs voix autour d'un secret de famille, tout se dévoile très progressivement, le récit est captivant et très bien construit.
Les personnages de cette histoire sont vraiment très touchants, il est essentiellement question de maternité et de mensonges ou non dits qui vont gâcher et briser plusieurs vies.
Un très beau livre, très touchant et bouleversant.
Quelques billets qui m'ont donnée envie de découvrir ce livre : Canel, Stephie, Sandrine et Blog-O-Book
Extrait : (début du livre)
Un jour, j’ai reçu une lettre, une longue lettre pas signée. C’était un évènement, car dans ma vie je n’ai jamais reçu beaucoup de courrier. Ma boîte aux lettres se bornant à m’annoncer que la-mer-est-chaude ou que la-neige-est-bonne, je ne l’ouvrais pas souvent. Une fois par semaine, deux fois les semaines sombres, où j’attendais d’elles, comme du téléphone, comme de mes trajets dans le métro, comme de fermer les yeux jusqu’à dix puis de les rouvrir, qu’elles bouleversent ma vie.
Et puis ma mère est morte. Alors là, j’ai été comblée, pour bouleverser une vie, la mort d’une mère, on peut difficilement mieux faire.
Je n’avais jamais lu de lettres de condoléances. A la mort de mon père, ma mère m’avait épargné cette funèbre lecture. Elle m’avait seulement montré la convocation à la remise de médaille. Je me souviens encore de cette foutue cérémonie, j’avais treize ans depuis trois jours : un grand type me serre la main, il me sourit mais c’est un rictus que je reçois à la place, il a la gueule de travers et quand il parle, c’est pire.
- Il est infiniment déplorable que la mort ait été l’issue d’un tel acte de bravoure. Votre père, mademoiselle, était un homme courageux.
- Vous dites cette phrase à tous les orphelins de votre guerre ? Vous pensez qu’un sentiment de fierté fera diversion à leur chagrin. C’est très charitable de votre part, mais laissez tomber, je n’ai pas de chagrin. Et puis mon père n’était pas un homme courageux. Même la grande quantité d’alcool qu’il ingurgitait tous les jours ne l’y aidait pas. Alors disons que vous vous trompez d’homme et n’en parlons plus.
- Au risque de vous étonner, je maintiens, mademoiselle Werner, que c’est bien du sergent Werner – votre père – dont je vous parle. Il s’est porté volontaire pour ouvrir la voie, le champ était miné et il se savait. Que vous le vouliez ou non, votre père s’est illustré et vous devez prendre cette médaille.
- Mon père ne s’est pas « illustré », stupide grande gueule de travers, il s’est suicidé et il faut que vous le disiez à ma mère. Je ne veux pas être la seule à le savoir, je veux pouvoir en parler avec elle et avec Pierre aussi. Le suicide d’un père, ça ne peut pas être un secret.
Je m’invente souvent des conversations pour dire les choses que je pense, c’est trop tard, mais ça me soulage. En vrai, je ne suis pas allée à cette cérémonie pour la mémoire des soldats de la guerre d’Indochine et, en vrai, je l’ai dit une seule fois ailleurs que dans ma tête que mon père s’est suicidé, c’était à ma mère, dans la cuisine, un samedi.
Livre 36/42 pour le Challenge du 6% littéraire