31 mai 2013

Résultats du Grand Prix de lectrices Elle

 Grand_Prix_des_Lectrices_2013

Nous avions reçu début mai une invitation personnelle à la proclamation 
du 44ème Grand Prix de lectrices Elle 
pour le Jeudi 30 mai 2013 19h30, 
dans les Salons France-Amériques (Paris 8ème)

 P1010042

Avant cela, nous étions également invité à un débat avec les auteurs gagnants ou leurs représentants.

Nous savions le résultat depuis vendredi 24 mai avec interdiction de révéler le palmarès avant...

P1010041

Document : L'élimination - Rithy Panh
Roman : Arrive un vagabond - Robert Goolrick 

Policier : Les apparences – Gillian Flynn

 

Je suis ravie pour L'élimination - Rithy Panh , qui faisait partie de la première sélection et dont je regrettais de ne pas avoir donné une note assez haute...

J'ai également beaucoup aimé Arrive un vagabond - Robert Goolrick, c'était mon deuxième choix de la sélection après le livre de Marc Dugain.

Pour le policier, Les apparences – Gillian Flynnj'ai été déçu par ce livre que j'ai trouvé trop long même si le suspense est présent de la première à la dernière page...

 

 

La soirée :

Nous nous étions données rendez-vous Canel et moi sur les Champs Elysées dans une grosse "librairie"... Le vigile a été obligé de sceller dans des sacs les multiples livres que nous avions dans nos sacs avant que nous puissions faire un petit tour à l'intérieur (dehors il pleuvait des cordes !)
Ensuite, nous nous dirigeons vers les Salons France-Amériques pour les débats, nous y retrouvons Som.

P1010046

Comme au Salon du Livre, nous étions réparties autour de 3 tables avec un auteur ou représentants à chaque table et toutes les demi-heures les auteurs changeaient de table.

A notre table nous avons vu dans l'ordre :

P1010049

Robert Goolrick (Arrive un vagabond) et son éditeur Stephen Carrière qui traduisait. Première surprise, l'auteur est un vieux monsieur, il a d'abord été publicitaire avant de se mettre à écrire à la suite de son licenciement à l'âge de 54 ans. Il nous a raconté que l'histoire du livre est vrai. Qu'elle lui a été racontée il y a 40 ans sur une petite île de Grèce par celui que l'auteur appelle Sam dans le livre. Ce dernier a accepté de raconter l'histoire à deux conditions : il ne la racontera qu'une seule fois et il refuse de répondre à la moindre question. Cette histoire, Robert Goolrick ne l'a jamais oubliée et depuis 40 ans il y pensait souvent. Il a voulu en faire un roman car cette histoire a la dimension d'un mythe.

P1010051

Christophe Bataille (L'élimination - Rithy Panh), il est co-auteur du livre. Rithy Panh n'était pas là mais au Cambodge où il vit en alternance avec la France, il est fatigué par les 15 jours du Festival de Cannes où il a gagné le Prix Un Certain Regard pour son film L'Image manquante. Christophe Bataille nous a raconté comment il avait écrit ce livre avec Rithy Panh pendant trois années avec 127 versions du livre. Rithy Panh racontait et lui écrivait. Rithy Pahn avait 12 ans lorsque presque toute sa famille a été tuée par les khmères. C'est un survivant avec ses douleurs, ses cauchemars. 

P1010052_x

L'éditrice et Héloïse Esquié, la traductrice de Gillian Flynn (Les apparences), l'auteur américaine était en France dernièrement pour Quai des Polars à Lyon et son travail l'a rappelé aux USA. Elle travaille sur le scénario de l'adaptation de Les apparences. Nous avons parlé un peu du livre, de la traduction et du formidable travail de traductrice et de l'édition puisque Sonatine est une petite maison d'édition qui monte... Ils sont 5 à travailler pour Sonatine.

P1010045

Ensuite nous avons fait la traditionnelle photo des lectrices du jury dans le grand escalier des Salons France-Amériques.
Puis, nous pouvions faire dédicacer nos livres.

P1010055

20h : La proclamation des résultats avec dans la salle éditeurs, auteurs, attachés de presse... 

Robert Goolrick a lu un discours en français. 
Christophe Bataille a ouvert son discours par un mot de Rithy Pahn "à Phnom Penh, il fait 35°"...

P1010062
Gillian Flynn nous a remercié à travers un message vidéo.

P1010064
Belle dernière surprise : Le Grand Prix des Lycéennes de Elle a été attribué à 

 avenue_des_geants
Avenue des géants - Marc Dugain

20h30 : Ruée sur le cocktail dinatoire... difficile d'accèder au buffet...

P1010065

21h30 : Après un échange de livres. Il est temps de repartir vers nos logements respectifs...

 

Nous étions 120 lectrices dans le Jury et je suis plutôt contente du résultat du prix.

Une expérience très sympa que je renouvellerai peut-être dans 3 ans ou plus...

 

La soirée vue par :  Canel, HélèneAnna Blume, ELLE

Posté par aproposdelivres à 08:07 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags :


20 avril 2013

Bilan Jury Grand Prix des lectrices Elle

C'est le bilan d'hier de Canel qui m'a donné l'idée de faire également le mien...

 Grand_Prix_des_Lectrices_2013

J'ai été contente de cette première expérience de Jury, j'ai découvert des livres que je n'aurais sans doute jamais lu, j'ai beaucoup aimé les échanges autour de toutes ces lectures communes avec d'autres blogueuses.

Je regrette de noter les livres au fur et à mesure des lectures et ne pas pouvoir corriger certaines notes a posteriori. En effet, je ne note pas de la même façons les livres de la première sélection et ceux de la dernière...

Mes trois préférés :

avenue_des_geants le_cercle lelimination

Je regrette vraiment la note trop basse que j'ai mis à "L'élimination"

 Mes belles découvertes :

Romans :

 arrive_un_vagabond certaines_n_avaient_jamais_vu_la_mer le_monde___l_endroit l_embellie une_seconde_vie 

     la_d_esse_des_petites
(sélection Janvier non retenu pour la sélection finale)

 Policier  :

 au_lieu_dit_Noir_Etang tabloid_city 

Document :

Cher_Gabriel fukushima

 

Mes déceptions :

  belle_famille des_ombres_dans_la_rue r_animation la_r_paration 

 

Les autres lectures :

la_ville_des_serpents_d_eau l_interpretation_des_reves les_apparences blanche_neige_doit_mourir

la_t_te___Toto  notre_force_est_infinie  dans_le_jardin_de_la_bete Joseph_Anton 

 

livres de la sélection Janvier, non retenus :

une_partie_de_chasse freezing la_vie_sans_fards 

Et maintenant Rendez-vous le 30 mai avec la proclamation des résultats !

 

Si l'aventure vous tente pour 2014,
les candidatures sont possible jusqu'au 17 mai 2013 sur le site Elle !

 

Posté par aproposdelivres à 08:16 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags :

11 avril 2013

Tabloid City - Peter Hamill

tabloid_city Balland - novembre 2012 - 416 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Daniel Roche

Titre original : Tabloid City, 2011

Quatrième de couverture :
Sam Briscoe, septuagénaire élégant aux faux airs d’Inspecteur Harry est le rédacteur en chef du New York World, l’un des tabloïds mythiques de la Grosse Pomme qui vit ses dernières heures : le compte à rebours est en route et dans très peu de temps, la version papier va disparaître au profit d’une version online. La fin d’une époque, au grand dam de Sam. Mais cette nuit-là, alors qu’il boucle son ultime édition, un fait divers d’une violence inouïe va bouleverser son chemin de fer. Et sa vie. Cynthia Harding, une « socialite » très introduite dans les milieux de l’art et de la culture, est sauvagement assassinée. Son assistante, Mary-Lou, partage son sort. Il en faut beaucoup pour déstabiliser un vieux briscard comme Sam. Seulement, Cynthia, c’est la seule femme qu’il ait jamais aimée… Tandis qu’il traverse cette nuit et cette journée pas comme les autres, on suit les parcours croisés d’un flic, Ali, l’époux de Mary-Lou, de leur fils Malik, fondamentaliste islamiste, et de bien d’autres encore…Les voilà lancés dans une course folle à travers New-York, ville-héroïne du roman, peinte comme une sorte de Gotham City fantomatique, une ruche foisonnante, où chaque personnage est pris entre les mouvements permanents d’une ville qui ne s’arrête jamais, et les conflits qui l’habitent.

 

Auteur : Pete Hamill vit à New York. Il est écrivain, journaliste (notamment au New York Daily News), éditeur, et scénariste. Il est l’auteur d’une vingtaine de livres, dont plusieurs best-sellers.

Mon avis : (lu en avril 2013)
C'est avec ce livre que s'achève pour moi l'aventure du jury du Grand Prix des Lectrices Elle 2013, il a été sélectionné dans la catégorie policier mais pour moi, c'est plutôt une étude sociale qu'un roman policier.
L'histoire se passe sur 24 heures, cela commence à minuit, à New-York dans la salle de rédaction du tabloïd New York World avec Sam Briscoe son rédacteur en chef. 
Heure par heure, minutes par minutes, le livre suit une quinzaine de personnages à différents endroit, dans différents milieux de New-York dont les destins sont liés ou vont être liés malgré eux... En toile de fond, il y a la fin de la presse papier au profit du web pour cause économique. Il y aura quand même deux scènes de crime qui justifiera le côté polar...
Il y a donc Sam Briscoe le journaliste à l'ancienne, son indispensable secrétaire Helen Loomis, Bobby Fonseca, le jeune journaliste, Consuelo Mendoza, une mère mexicaine en situation irrégulière, Josh Thompson, vétéran d’Irak devenu SDF, Cynthia Harding, important membre de la communauté, sa fille adoptive Sandra Gordon, d'origine jamaïcaine, a réussi sa carrière professionnelle, Myles Compton un financier poursuivi par le FBI, Ali Watson, un flic new-yorkais de la Brigade antiterroriste, son fils Malik Shahid est un intégriste islamique...
J'ai lu ce livre comme je regarde une série télévisée, séquence par séquence le lecteur passe d'un personnage à l'autre, et découvre un New-York différent de celui des touristes, un New-York de la pauvreté, de l'immigration clandestine, de la violence, de la crise économique, de la montée de l'islamisme, un New-York qui ne s'arrête jamais... Avec ce livre, j'ai aimé découvrir l'envers du décors de cette ville patchwork qui me fait toujours rêver.

Extrait : (début du livre)
Minuit. Sam Briscoe, salle de rédaction du New York World, 100 West Street

Lui, c'est Briscoe. Soixante et onze ans. Un mètre quatre-vingts, quatre-vingt-dix kilos. Ici, c'est la salle de rédaction du dernier quotidien du soir de New York. Il en est le rédacteur en chef. On l'aperçoit qui se faufile dans un coin. Il a un pardessus en travers de l'épaule gauche et tient sa veste par le col. Les manches de chemise sont retroussées deux fois au-dessous des coudes, soigneusement. Noeud desserré, sa cravate pend, ajoutant deux traits d'un rouge profond aux bandes verticales de ses bretelles écarlates.
Il se déplace vivement, comme il en a depuis longtemps l'habitude. Peut-être pour échapper aux embuscades des journalistes ou des correcteurs susceptibles de venir quémander une augmentation, un jour de congé, une avance... Ou seulement s'informer, surtout en ce moment, des rumeurs de rachat et de licenciements. Sa coupe en brosse tourne au gris fer. Il a le visage fin et buriné, rasé de près. Les poches sombres sous ses yeux témoignent des longues années passées à travailler de nuit. Dans la vaste salle aux vingt-six bureaux, presque vide, quatre journalistes et trois relecteurs jettent un coup d'oeil épisodique aux quatre écrans de télé branchés sur New York 1, CNN, Fox et MSNBC. Un cinquième écran est éteint. Briscoe n'en regarde aucun. Il va droit vers un certain Matt Logan, assis au desk info géné, au centre de la longue pièce. Les autres bureaux sont collés les uns aux autres, formant une sorte de muret. Tous vides.
- On a la une ? demande Briscoe.
Logan sourit et passe une main dans son épaisse chevelure blanche. Par-dessus l'épaule de Briscoe, il lance un regard contemplatif vers la grande pièce. Briscoe pense : Nous vivons dans la capitale du néant. Logan a cinquante et un ans et, d'une certaine manière, ses cheveux drus et blancs le rajeunissent. Comme un diadème couronnant son visage glabre.
- Le gosse n'a pas fini son papier, fait Logan en désignant sa gauche. Tu devrais peut-être lui rappeler qu'on bosse pour un quotidien.
En entendant la réplique, l'une des plus vieilles du métier, Briscoe grommelle. Il se dit qu'elle est toujours d'actualité. Il regarde le gosse, Fonseca, qui plisse les yeux devant son écran d'ordinateur et ne voit plus rien d'autre que les gens qu'il a interviewés quelques heures plus tôt, très loin de la rédaction. Briscoe se penche à son tour par-dessus l'épaule de Logan, lève un oeil vers la grosse horloge verte à quatre faces suspendue au plafond, legs du World de Pulitzer. Il pense : On a encore beaucoup de temps.
- Qu'est-ce qu'on a d'autre ? interroge-t-il en jetant son manteau et sa veste sur un moniteur éteint. Sur le bureau sont étalées les premières éditions des journaux du matin. Le Times, le Post, le News. Logan clique sur une page qui propose quatre possibilités de une. Briscoe pense : Je suis si vieux. Il se souvient quand on taillait dans le bois les caractères du titre de une, c'était dans l'ancienne salle de composition du Post, un peu plus bas sur West Street. Il entend comme s'il y était le martèlement assourdi des linotypes. Revoit les linotypistes, sourds et muets, qui communiquent par signes. Et Paul Sann au marbre, qui coupe les articles de sa main ferme de rédacteur en chef. Pour détacher les lignes de plomb du bas des articles, il se sert d'un pied à coulisse.
Tout le monde fumait. Écrasait son mégot par terre. Il faisait chaud. Ça gueulait. Les sandwichs venaient du grec voisin. Envolé à jamais, tout ça.
 
Grand_Prix_des_Lectrices_2013
Sélection policier
Jury Avril

Challenge Thriller 
challenge_thriller_polars
catégorie "Même pas peur" : 35/12

 50__tats
40/50 :  New-York

Challenge New-York 2013
challenge_ny_2013

  Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Objet"

Posté par aproposdelivres à 06:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

30 mars 2013

Dans le jardin de la bête - Erik Larson

dans_le_jardin_de_la_bete Le Cherche Midi - août 2012 - 656 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Edith Ochs

Titre original : In the Garden of Beasts, 2011

Quatrième de couverture :
Après 
Le Diable dans la Ville blanche, Erik Larson nous offre un superbe thriller politique et d'espionnage, fondé sur des événements réels et peu connus qui se sont déroulés en Allemagne pendant l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler. 
1933. Berlin. William E. Dodd devient le premier ambassadeur américain en Allemagne nazie. Sa fille, la flamboyante Martha, est vite séduite par les leaders du parti nazi et leur volonté de redonner au pays un rôle de tout premier plan sur la scène mondiale. Elle devient ainsi la maîtresse de plusieurs d'entre eux, en particulier de Rudolf Diels, premier chef de la Gestapo, alors que son père, très vite alerté des premiers projets de persécutions envers les Juifs, essaie de prévenir le département d'État américain, qui fait la sourde oreille. Lorsque Martha tombe éperdument amoureuse de Boris Winogradov, un espion russe établi à Berlin, celui-ci ne tarde pas à la convaincre d'employer ses charmes et ses talents au profit de l'Union soviétique. Tous les protagonistes de l'histoire vont alors se livrer un jeu mortel, qui culminera lors de la fameuse « Nuit des longs couteaux ».

Auteur : Erik Larson est un auteur américain de romans historiques et de romans policiers né le 3 janvier 1954 à Brooklyn. Après Le Diable dans la Ville blanche, bientôt adapté au cinéma avec Leonardo DiCaprio, Dans le jardin de la bête est son deuxième ouvrage paru en France. Les droits d’adaptation cinématographique du livre ont donné lieu à des enchères exceptionnelles, remportées par Tom Hanks.

Mon avis : (lu en mars 2013)
Voilà un livre dont l'épaisseur peut faire peur... 641 pages, mais je me suis rapidement rendue compte que les cent dernières pages sont consacrées aux notes. En effet, en utilisant les carnets de William Dodd, ambassadeur des États-Unis à Berlin de juillet 1933 à décembre 1937 et le journal intime de sa fille Martha, Erik Larson relate ce qu'il se passe à l'époque à Berlin avec l'arrivée d'Hitler au pouvoir et la montée des idées antisémites...
William Dodd n'est pas diplomate de formation, c'est un ancien professeur d'histoire qui obtient ce poste car personne n'en voulait et ayant fait ses études à Leipzig, il connaissait l'Allemagne... Son regard critique sur la fonction d'ambassadeur et sur ce qu'il se passait en Allemagne à cette époque est particulièrement intéressant. Il a un côté naïf ou optimiste, il voit son rôle d'ambassadeur comme celui d'un observateur et d'un rapporteur. En octobre 1933, il croyait sincère Hitler dans sa volonté de paix mais au fil des mois il découvre la réalité de l'horreur nazie, pourtant refusant l'ingérence, il cherchera longtemps à préserver des relations cordiales entre les États-Unis et l'Allemagne. Après la Nuit des longs couteaux, du 29 au 30 juin 1934, Dodd critiquera ouvertement le régime mais le gouvernement américain reste prudent et ne réagira pas, ce qui préoccupe le plus les américains, c'est le remboursement de la dette de l'Allemagne ! 
Dodd est également naïf vis à vis de sa fille Martha insouciante et délurée, elle ne pense qu'à s'amuser, elle est séduite par le régime nazi, elle a de nombreux amis, de toutes nationalités et deviendra même la maîtresse de plusieurs dignitaires nazis, comme Rudolf Diels le premier chef de la Gestapo, mais également celle d'un espion soviétique…

Ce livre se lit comme un roman ou un thriller mais les phrases entre guillemets dont il est constitué nous rappellent que c'est un vrai document, un témoignage de cette époque. Erik Larson a effectué un très gros travail de documentation. Et cette chronologie vue de l'intérieur de la lente ascension d'Hitler au pouvoir sans réelle réaction des Allemands comme des autres nations est passionnante.

 

Extrait : (début du livre)
Il était courant, pour les expatriés américains, de se rendre à leur consulat à Berlin, mais l'homme qui s'y présenta le jeudi 29 juin 1933 n'était pas dans un état normal. Joseph Schachno, 31 ans, était un médecin originaire de New York qui, récemment encore, exerçait la médecine dans une banlieue de Berlin. A présent, il se tenait nu dans une salle d'examen entourée d'un rideau au premier étage du consulat où habituellement, un praticien de la santé publique examinait les demandeurs de visas qui aspiraient à émigrer aux États-Unis. Schachno était écorché vif sur une grande partie de son corps.
Deux agents consulaires arrivèrent et entrèrent dans la cabine. L'un était George Messersmith, le consul général américain pour l'Allemagne depuis 1930 (sans rapport avec Wilhelm Messerschmitt, l'ingénieur en aéronautique allemand). A la tête des services diplomatiques à Berlin, Messersmith supervisait les dix consulats américains situés dans les grandes villes allemandes. A côté de lui se tenait son vice-consul, Raymond Geist. En règle générale, Geist était calme et flegmatique, le parfait subalterne, mais Messersmith remarqua qu'il était blême, visiblement secoué.
Les deux hommes étaient atterrés par l'état de Schachno. «Depuis le cou jusqu'aux talons, il n'était qu'une masse de chairs à vif, constata Messersmith. Il avait été roué de coups de cravache et de tout ce qui était possible jusqu'à ce que la chair soit littéralement mise à nu et sanguinolente. J'ai jeté un coup d'oeil et je suis allé le plus vite que j'aie pu jusqu'à un des lavabos où le [médecin de la santé publique] se lavait les mains.»
Le passage à tabac, comme l'apprit Messersmith, était survenu neuf jours plus tôt, mais les plaies étaient toujours ouvertes. «Après neuf jours, des omoplates aux genoux, il y avait toujours des zébrures qui montraient qu'il avait été frappé des deux côtés. Ses fesses étaient pratiquement à cru avec de grandes parties encore dépourvues de peau. Par endroits, la chair avait été pratiquement réduite en charpie.»
S'il constatait cela neuf jours plus tard, se dit Messersmith, à quoi devaient ressembler les plaies aussitôt après le passage à tabac ?
L'histoire se fit jour :
Dans la nuit du 21 juin, Schachno avait vu débarquer chez lui une escouade d'hommes en uniforme à la suite d'une dénonciation anonyme le désignant comme un ennemi potentiel de l'État. Les hommes avaient mis son appartement à sac et, bien qu'ils n'aient rien trouvé, ils l'avaient emmené à leur quartier général. Schachno avait reçu l'ordre de se déshabiller, et il fut aussitôt roué de coups avec brutalité, longuement, par deux hommes armés d'un fouet. Il fut ensuite relâché et parvint tant bien que mal à regagner son domicile. Puis, avec sa femme, il se réfugia au centre de Berlin, dans l'appartement de sa belle-mère. Il était resté alité pendant une semaine. Dès qu'il s'en était senti la force, il s'était rendu au consulat.
Messersmith donna l'ordre de le conduire dans un hôpital, et lui délivra ce jour-là un nouveau passeport américain. Peu après, Schachno et sa femme s'enfuirent en Suède, puis aux États-Unis.

  Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection document 
Jury Avril

Challenge 6% Littéraire 2012
 logochallenge2 
41/42

 Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Animal"

Posté par aproposdelivres à 16:39 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,

27 mars 2013

Arrive un vagabond - Robert Goolrick

arrive_un_vagabond Editions Anne Carrière - août 2012 - 320 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie de Prémonville

Titre original : Heading out to wonderful, 2012

Grand Prix Elle 2013

Quatrième de couverture :
C'est au cours de l'été 1948 que Charlie Beale arriva à Brownsburg. Il était chargé de deux valises - l'une contenait quelques affaires et des couteaux de boucher, l'autre une importante somme d'argent. Charlie y tomba deux fois amoureux. D'abord, il s'éprit de cette ville paisible de Virginie dont les habitants semblaient vivre dignement, dans la crainte supportable d'un Dieu qu'ils avaient toutes les raisons de trouver plutôt bienveillant à leur égard. Une preuve parmi d'autres : il n'y avait encore jamais eu de crime à Brownsburg. La deuxième fois que Charlie tomba amoureux fut le jour où il rencontra Sylvan Glass. Après Féroces et Une femme simple et honnête, Robert Goolrick nous offre, avec Arrive un vagabond, une plongée sensuelle et enivrante au coeur de la passion. Il y dépeint les membres d'une communauté face à une tragédie en marche. Des hommes et des femmes simples, qui se retrouvent partagés entre la terreur de ce qu'il va advenir de leur fils préféré et la fascination devant les événements qui écriront le souvenir de leur passage sur terre dans la poussière des siècles.

Auteur : Robert Goolrick vit à New York. Il est l'auteur de The End of the World as We Know It, un récit acclamé par la critique américaine. "Une femme simple et honnête" son premier roman, N°1 sur la liste du New York Times, fera prochainement l'objet d'une adaptation cinématographique confiée au réalisateur David Yates. 
Féroces a reçu en france un accueil prodigieux de la part des critiques, des libraires et des lecteurs. 
Robert Goolrick reçoit le Prix Virgin Megastore 2012 pour « Arrive un vagabond ».

Mon avis : (lu en mars 2013)
« Arrive un vagabond », c'est un joli titre mystérieux et plein de promesse…
Été 1948, Brownsburd est une petit ville sans histoire de Virginie. Charlie est le vagabond, il arrive au volant de son pick-up, il est sans passé mais possède deux valises. Dans l'une, il y a de l’argent et l’autre contient des couteaux de boucher, c’est son métier. Dès son arrivée, Charlie tombe amoureux de la ville et décide de s'y installer, il achète un bout de terrain pour y dormir et propose ses services à Will le boucher. Petit à petit il se fait accepter par la population, il y a Alma la femme de Will, Sam leur petit garçon de 6 ans avec qui il noue une belle complicité, Claudie la couturière noire de génie, Boaty Glass l'homme le plus riche de Brownsburd... Mais sa rencontre la plus marquante sera celle avec Sylvan Glass. Dès le premier regard, Charlie tombe amoureux de Sylvan...
Dès le début du livre on ressent une certaine tension, et le lecteur comprend que l’issue sera dramatique. Mais ce roman n'est pas seulement une simple histoire d’amour et d’adultère, il y a une atmosphère de nostalgie, les différents personnages sont originaux et attachants. Sam est l'un de mes préférés, témoin particulier de toute cette histoire.
L'écriture est belle, empreinte de beaucoup de poésie et de tendresse... Une très belle découverte.

Autres avis : Valérie, Clara, Constance, Hélène

Extrait : (début du livre)
Tout souvenir est une fiction, gardez bien ça à l'esprit. Bien sûr, il y a des événements dont on est certain qu'ils ont eu lieu, sur lesquels on peut sans hésiter mettre une date et une heure, à la minute près, mais si on y réfléchit, cela concerne surtout ce qui arrive aux autres.
Ce que je m'apprête à vous raconter s'est bel et bien produit - et, à peu de chose près, de la manière dont je vais le décrire. C'est une histoire vraie, du moins a-t-elle la vérité que lui ont laissée soixante années passées à se la remémorer et à la répéter. Le temps modifie nos perceptions, et parfois la confusion s'en mêle. On pourra se rappeler un détail avec une précision implacable - le temps qu'il faisait, ou bien le reflet que le soleil glissant entre les pins noirs faisait miroiter à la surface ondoyante de la rivière, des broutilles même pas reliés à un événement en particulier - alors que d'autres faits, parfois majeurs, nous reviendront de manière complètement décousue, sans forme visuelle ou sonore. Les détails ont finalement plus de réalité que certains événements importants.
Aujourd'hui encore, les gens me posent des questions sur ces événements et sur leurs causes. Comme si je le savais, après tout ce temps. Car toute cette affaire date de plusieurs décennies, et il n'en reste que les on-dit, et le mythe - je ne sais pas comment l'appeler autrement. Je ne suis plus jeune, et je ne peux pas toujours faire la différence entre ce qui appartient réellement à mes souvenirs et ce que d'autres m'ont raconté. On me parle de choses que j'ai faites, que pour la plupart je ne me rappelle pas, et pourtant il n'y a pas que des menteurs par ici. Alors je persiste à les croire, jusqu'à finir par me rappeler vraiment les choses telles qu'ils me les décrivent.
Mais, tard le soir, il m'arrive encore de m'interroger sur tout ça, sur le cours qu'ont suivi des choses et la vie que j'ai menée. Je tourne et retourne inlassablement ces mêmes questions que les gens m'ont posées, ceux qui n'en ont entendu parler que par ouï-dire, qui n'étaient pas sur les lieux quand c'est arrivé. Que s'est-il passé, et pourquoi ?
Est-ce que tout ça m'a atteint ? Voilà ce qu'ils veulent savoir. Est-ce que j'ai été meurtri d'une manière ou d'une autre ? Je réponds non, systématiquement. Je ne crois pas avoir été abîmé. Mais changé, oui, profondément et à tout jamais, et j'en vois un peu plus chaque jour les retombées. De toute manière, il est trop tard pour faire machine arrière, pour ôter de l'eau le rocher qui a modifié le cours de la rivière.
Voici comment a commencé toute cette histoire. C'était ici même, il y a plus de soixante ans.

 

Grand_Prix_des_Lectrices_2013
Sélection roman 
Jury Avril

 50__tats
40/50 : 
Virginie

  Challenge 6% Littéraire 2012

 logochallenge2 
40/42

 

Posté par aproposdelivres à 07:54 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : ,


23 mars 2013

Vendredi au Salon du Livre

salon_du_livre_2013 

Rendez-vous vers midi, Gare Montparnasse avec Canel et Som pour nous rendre au Salon avant la rencontre Elle. C'est en bavardant que nous faisons les dernières stations de métro...

Dans le Salon, nous parcourons une partie des travées, sans réel but (sauf trouver des marque-pages), au petit bonheur... avec quelques boucles ou retour en arrière... 

Quelques mots échangés sur le stand Zulma... Nous sommes passées sur les stands de :

Grasset où nous avons trouvé les photos des bandeaux de couverture des auteurs femmes plutôt moches...
Stock, Viviane Hamy, Buchet Chastel, Héloïse D'Ormesson (avec mes marque-pages préférés), Le Dilettante...

P1000969_30 P1000963_30 P1000960_30 P1000961_30

Exposition des 60 ans du Livre de Poche

2013_03_22_14 2013_03_22_14

Passage au lieu des Lettres Roumaines, chez France Télévision (aperçu Emmanuel Maubert et Olivier Barrot en dédicace)

MP_01

Exposition Titeuf à 20 ans, il y a foule, le vendredi c'est aussi le jour des scolaires...

Exposition la « Galerie des illustres » avec les plus grands auteurs dessinateurs de la bande dessinée et le Journal de Spirou

2013_03_22_15 2013_03_22_15

Long arrêt chez Actes Sud, Gaïa... 

Il est déjà l'heure de rejoindre l'espace VIP du Salon, pour la rencontre jury et auteurs du Grand Prix des Lectrices Elle

 Grand_Prix_des_Lectrices_2013 

Nous étions une cinquantaine du jury (sur un total de 120) présentes.

Avant d'accéder à la salle Elle, nous avons salué Bernard Minier qui attendait également et avec Canel nous avons discuté avec lui du salon de Rennes où nous l'avions vu le samedi précédent lors d'une conférence et également de son livre Le cercle en lice pour le Grand Prix des Lectrices Elle (catégorie policier).

La rencontre était informelle nous étions réparties autour de 4 tables avec un auteur à chaque table et toutes les demi-heures environ les auteurs changeaient de table :

A notre table nous avons vu dans l'ordre :

Brigitte Aubert (La ville des serpents d’eau) : Echange très intéressant sur l'écriture de son livre comment l'idée lui est venu, pourquoi une histoire aux Etats-Unis... Une auteur que je lisais pour la première fois et que j'ai bien aimé. 

Cécile Guilbert (Réanimation) : N'ayant pas aimé son livre, c'est difficile de participer à la conversation... C'était plutôt intéressant d'écouter pourquoi elle a écrit ce livre et la difficulté qu'elle a eu à l'écrire, ne voulant pas qu'il soit larmoyant... J'ai un peu décroché sur ses arguments autour du conte et de la mythologie. 

Colombe Schneck (La réparation) : Assez bavarde et en attente de savoir comment nous avions ressenti son livre... Même problème que pour Cécile Guilbert, j'ai trouvé très dérangeant les trop nombreux « je, je, je » de l’auteur. C'était un parti pris de l'auteur de se faire télescoper le passé avec l'histoire de Salomé et le présent avec le quotidien de l'auteur. 

Bernard Minier (Le cercle) : Discussion agréable et détendue, j'ai aimé ses livres. L'auteur est assez humble malgré le succès inattendu de ses deux livres. Il apprécit cette situation mais se sent chanceux parmi ses collègues écrivains qui souvent ne peuvent pas vivre seulement de leur plume. Nous avons appris avec beaucoup de plaisir qu'il travaillait sur un nouveau livre avec Servaz qui devrait sortir début 2014... 

Il était déjà 18h lorsque la table s'est éparpillée vers les trois autres tables où de nouveaux auteurs étaient arrivés.

J'ai donc eu d'écouter la fin de l'échange avec Michaël Ferrier (Fukushima, récit d'un désastre)

La fatigue se faisant sentir, je n'ai finalement pas échangé avec Sandra Kollender (La Tête à Toto) et Arthur Dreyfus (Belle Famille).

Ses échanges sont vraiment intéressants aussi bien pour nous lectrices que pour les auteurs qui étaient également intéressés de connaître les modalités du Grand Prix Elle.

Après avoir remercié les organisatrices du prix pour cette rencontre, nous sommes retournées dans le Salon, où j'ai laissé Canel et Som pour me diriger assez vite vers la sortie...

P1000966_30 P1000967_30

encore quelques marque-pages sur le stand de Radio France...

Posté par aproposdelivres à 22:34 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : ,

22 mars 2013

Salon du Livre de Paris 2013

salon_du_livre_2013 

 

Cette année, je ne ferai qu'une brève apparition au Salon du Livre de Paris : Vendredi après-midi à une rencontre organisée par le Grand Prix des lectrices Elle entre les jurées et des auteurs.

 

 Grand_Prix_des_Lectrices_2013 

J'y retrouverai Canel et avant la rencontre, nous aurons le temps de faire un petit tour du Salon  et quelques photos... (j'ai oublié l'appareil photo !)

Posté par aproposdelivres à 11:41 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : ,

17 mars 2013

Grand Prix des lectrices Elle

La sélection du Jury d'Avril est arrivée hier dans ma boîte aux lettres,
ce sont les derniers livres de l'aventure :

P1000957_20

Je dois rendre ma "copie" avant le 18 avril.

Pas d'avis particulier avant lecture...
656 pages + 416 pages + 320 pages

 A suivre...


Grand_Prix_des_Lectrices_2013 

Posté par aproposdelivres à 11:36 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :

10 mars 2013

Blanche-Neige doit mourir - Nele Neuhaus

blanche_neige_doit_mourir Actes Sud - octobre 2012 - 400 pages

traduit de l'allemand par Jacqueline Chambon

Titre original : Schneewittchen muss sterben, 2010

Quatrième de couverture :
Une femme est tombée d'un pont sur une voiture. Selon un témoin, elle aurait été poussée. L'enquête conduit Pia Kirchhoff et Oliver von Bodenstein à Altenhain où la victime, Rita Cramer, a vécu avant son divorce d'avec un certain Hartmut Sartorius. Onze ans plus tôt, deux jeunes filles du village avaient disparu sans laisser de trace. Sur la foi de maigres indices, un garçon de vingt ans, Tobias Sartorius, avait été arrêté et condamné à dix ans de prison. Or, depuis quelques jours, Tobias est revenu chez son père à Altenhain... Dans le village, Pia et Bodenstein se heurtent à un mur de silence. Mais bientôt une autre jeune fille disparaît et les habitants accusent Tobias Sartorius, même si ce dernier a toujours clamé son innocence. Les preuves manquent, la police piétine et certains villageois semblent bien décidés à prendre les choses en main. Dans ce deuxième roman du duo Pia-Bodenstein, Nele Neuhaus construit une fois de plus une intrigue millimétrée autour des non-dits et de l'atmosphère étouffante d'un petit village allemand. Procédant par dévoilements successifs, elle démonte patiemment les mécanismes d'une erreur judiciaire et analyse magistralement le fonctionnement de ces fascinantes machines à broyer les individus que sont parfois la justice et les préjugés. Succès colossal à sa sortie, Blanche-Neige doit mourir s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires outre-Rhin. Depuis, Nele Neuhaus règne sans partage sur le domaine du "Krimi".

Auteur : Née en 1967 à Münster, en Westphalie, Nele Neuhaus, a grandi à Taunus, près de Francfort. Après ses études, elle travaille dans une agence de publicité puis se met à écrire des romans policiers qui rencontrent aussitôt un succès immédiat. Déjà paru Flétrissure (2011).

Mon avis : (lu en mars 2013)
Altenhain est un petit village allemand proche de Francfort où y a dix ans deux jeunes filles Laura et Stefanie ont disparues. Tout accuse alors Tobias qui était le petit ami de Stefanie et l'ex de Laura. Pourtant, cette fameuse nuit, Tobias avait beaucoup bu et il ne se souvient de rien.
Lorsque le livre commence, Tobias rentre chez lui après avoir purgé sa peine. Toute sa famille a été brisée par cette condamnation, son père a fermé son restaurant, ses parents se sont séparés et Altenhain, refuse le retour de l'enfant du pays. En quelques jours, les restes du corps de Laura est découvert dans une ancienne cuve sur un aéroport désaffecté et la mère de Tobias est poussée d'un pont. Les enquêteurs Pia Kirchhoff et à Oliver von Bodenstein vont alors s'intéresser au passé et revenir sur les évènements dix ans plus tôt. L'atmosphère est pesante, le silence est de mise. J'ai trouvé cette histoire captivante et l'intrigue très bien construite, avec du rythme, des rebondissements, de nombreuses fausses pistes et un suspense haletant. J'ai pris du plaisir à lire et découvrir ce roman policier. Une découverte très plaisante.

Autres avis : Canel, Jostein, Nadael

Extrait : (début du livre)
L’escalier de fer rouillé était étroit et raide. Il tâta le mur pour trouver l’interrupteur. Une seconde après l’ampoule de vingt-cinq watts éclaira l’endroit d’une lumière chiche. La lourde porte de fer s’ouvrit sans bruit. Il en huilait régulièrement les charnières pour qu’elles ne grincent pas quand il venait la voir. Un air chaud mêlé à une odeur sucrée de leurs fanées l’accueillit. Il ferma soigneusement la porte derrière lui, éclaira et resta un moment immobile. La grande pièce, environ dix mètres de long et cinq de large, était simplement meublée, mais elle avait l’air de s’y sentir bien. Il alla vers l’appareil stéréo et appuya sur la touche Play. La voix rauque de Bryan Adams remplit la pièce. Lui-même n’appréciait pas beaucoup la musique, mais elle aimait le chanteur canadien et il tenait compte de ses goûts. S’il devait la garder cachée, au moins que rien ne lui manque. Comme d’habitude, elle ne dit rien. Elle ne lui parlait pas, ne répondait jamais à ses questions mais cela ne le dérangeait pas. Il poussa de côté le paravent qui partageait discrètement la pièce en deux. Elle était allongée, silencieuse et belle sur le lit étroit, les mains croisées sur la poitrine, la longue chevelure s’élargissant comme un noir éventail autour de sa tête. À côté du lit étaient posées ses chaussures, sur la table de nuit un bouquet de lilas blanc se fanait dans un vase de verre.
— Hello, Blanche-Neige, dit-il à voix basse.
La sueur perlait à son front. La chaleur était à peine supportable, mais elle aimait ça. Même avant elle avait vite froid. Il parcourut du regard les photos qu’il avait accrochées pour elle à côté de son lit. Il voulait lui demander s’il devait en accrocher d’autres. Mais il devait attendre le moment approprié pour que cela ne la blesse pas. Il s’assit prudemment au bord du lit. Le matelas s’inclina sous son poids et un instant il crut qu’elle avait bougé. Mais non. Elle ne bougeait jamais. Il tendit la main et la posa sur sa joue. Sa peau, au cours des années, avait pris une teinte jaune. Au toucher, elle était dure comme du cuir. Comme toujours, elle avait les yeux fermés et si sa peau n’était plus aussi douce et rose, sa bouche était aussi jolie qu’avant, lorsqu’elle lui avait parlé et lui avait souri. Il resta assis un moment à la regarder. Jamais le désir de la protéger n’avait été plus fort.
— Je dois partir, dit-il enin à regret. J’ai beaucoup à faire. 
Il se leva, prit le bouquet fané et s’assura que la bouteille de Coca-Cola sur la table de nuit était pleine.
— Tu me dis si tu as besoin de quelque chose, n’est-ce pas ?
Parfois son rire lui manquait et cela le rendait triste. Naturellement, il savait qu’elle était morte, mais il trouvait plus simple de faire comme s’il ne le savait pas. Il n’avait jamais entièrement abandonné l’espoir d’obtenir un sourire d’elle.

Grand_Prix_des_Lectrices_2013
Sélection policier 
Jury Mars

 Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Météo"

 Challenge Voisins, voisines

voisins_voisines_2013
Allemagne

 Challenge Thriller 
challenge_thriller_polars
catégorie "Même pas peur" : 30/12

Challenge 6% Littéraire 2012

   logochallenge2  
38/42

  Lire sous la contrainte

 

 80897277_o
5ème session : couleur

 

Posté par aproposdelivres à 06:19 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , ,

23 février 2013

Le monde à l'endroit - Ron Rash

le_monde___l_endroit Seuil - août 2012 - 280 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez

Titre original : The World Made Straight, 2006

Quatrième de couverture :
Travis Shelton, 17 ans, découvre un champ de cannabis en allant pêcher la truite au pied de Divide Mountain, dans les Appalaches. C'est un jeu d'enfant d'embarquer quelques plants sur son pick-up. Trois récoltes scélérates plus tard, Travis est surpris par le propriétaire, Toomey, qui lui sectionne le tendon d'Achille, histoire de lui donner une leçon.

Mais ce ne sera pas la seule de cet été-là: en couflit ouvert avec son père, cultivateur de tabac intransigeant, Travis trouve refuge dans le mobile home de Leonard, un prof déchu devenu dealer. L'occasion pour lui de découvrir les lourds secrets qui pèsent sur la communauté de Shelton Laurel depuis un massacre perpétré pendant la guerre de Sécession. Confronté aux ombres troubles du passé, Travis devra également affronter les épreuves du présent.

Le père, Toomey, Leonard, trois figures qui incarnent chacune une forme d'autorité masculine, vont tragiquement façonner son passage à l'âge d'homme.

Ce roman, le troisième de Ron Rash - après Un pied au paradis et Serena - à être traduit en français, confirme par son lyrisme âpre que cet écrivain est avant tout un poète, ardent défenseur de sa terre et de la mémoire de celle-ci.

Auteur : Né en Caroline du Sud en 1953, Ron Rash est l'auteur de quatre recueils de nouvelles et de cinq romans, tous lauréats de prestigieux prix littéraires - Sherwood Anderson Prize, O. Henry Prize, James Still Award, Novello Literary Award, Frank O'Connor Award.

Mon avis : (lu en février 2013)
Ron Rash est un auteur que je ne connaissais pas et ce livre est une très belle découverte.
Travis Shelton est né en Caroline du Nord, aux pieds des Appalaches et est le fils d'un producteur de tabac, il a 17 ans, il s'ennuie dans ses études qu'il a laissé tombé. Il a une seule passion, la pêche à la truite. Un jour, qu'il était parti pêcher dans un lieu éloigné et sauvage, il découvre une plantation de cannabis. Il n'hésite pas à emporter quelques plants qu'il ira revendre à Leonard, un dealer local. De l'argent facilement gagné et Travis recommence jusqu'au jour où les propriétaires de la plantation illicite l’attrapent et lui sectionne le tendon d’Achille. Le père de Travis le renvoi de chez lui et Travis va se réfugier chez Leonard.
Leonard, est un ancien prof, il a été injustement accusé de détenir de la drogue et il a perdu son travail puis sa femme et sa fille sont parties pour l'Australie. Il est devenu un marginal, vit dans un mobile home et vend maintenant de l'alcool aux mineurs, des cachets et de la marijuana. Une belle relation va se nouer entre les deux hommes avec en toile de fond un événement historique ayant eu lieu pendant la guerre de Sécession, le massacre de Shelton Laurel. 
C'est un beau roman initiatique ou la nature est très importante, il est question de truites brunes, arc-en-ciel ou mouchetées, de bruants jaunes... Les paysages ne sont pas un simple décor ils ont une place centrale dans ce livre. Les personnages sont hauts en couleur. Un vrai dépaysement.  

Extrait : (début du livre)
Travis tomba sur les pieds de marijuana en pêchant dans Caney Creek. C’était un samedi, la première semaine d’août, et après avoir aidé son père à pincer le tabac toute la matinée il avait eu le restant de la journée pour lui. Il avait enfilé sa tenue de pêche et suivi cinq kilomètres de chemin de terre pour aller au bord de la French Broad. Il roulait vite, la canne et le moulinet bringuebalant bruyamment sur le plateau du pick-up qui soulevait dans son sillage un nuage de poussière rouge. La Marlin .22 long rifle glissait sur son râtelier bricolé, à chaque virage un peu sec. Les vitres étaient baissées, et si la radio avait fonctionné il l’aurait mise à fond. Le pick-up était un vieux Ford de 1966, esquinté par une douzaine d’années de travaux agricoles. Travis l’avait payé trois mois plus tôt cinq cents dollars à un voisin.
Il se gara à côté du pont et remonta la rivière vers le point où Caney Creek venait s’y jeter. La lumière de l’après-midi tombait à l’oblique sur Divide Mountain et donnait à l’eau la teinte d’or foncé du tabac qui sèche. Un poisson jaillit des bas-fonds, mais la canne à pêche à la cuiller de Travis était démontée, et même si elle ne l’avait pas été il ne se serait pas donné la peine de lancer. Rien ne nageait dans la French Broad qu’il puisse vendre, rien que des truites brunes et des arc-en-ciel élevées en couvoir, quelques achigans à petite bouche et des poissons-chats. Les vieux qui pêchaient dans la rivière restaient au même endroit pendant des heures, aussi immobiles que les souches et les pierres sur lesquelles ils étaient assis. Travis aimait se déplacer sans arrêt, et il pêchait là où même les jeunes pêcheurs ne voulaient pas aller.
En quarante minutes il avait remonté Caney Creek sur presque un kilomètre, la canne encore en deux parties. Il y avait des truites dans ce tronçon inférieur, des brunes et des arc-en-ciel qui venaient d’en bas, de la rivière, mais le Vieux Jenkins refusait de les acheter. La gorge se resserrait et se transformait en un mur d’eau et de rocher d’une dizaine de mètres de haut, avec en dessous le bassin le plus profond du ruisseau. C’était là que tout le monde faisait demi-tour, mais Travis avança dans l’eau jusqu’à la taille pour atteindre le côté droit de la chute. Puis il commença à grimper, la canne serrée dans sa main gauche, ses doigts utilisant saillies et fissures comme prises et comme appuis.
Arrivé en haut, il emboîta les deux éléments de la canne et fit passer du monofilament dans les anneaux. Il s’apprêtait à attacher la cuiller Panther Martin argent quand un tapotement se fit entendre au-dessus de sa tête. Travis repéra le bruant jaune à une dizaine de mètres dans le noyer blanc, et regretta aussitôt de n’avoir pas pris sa carabine. Il scruta les bois à la recherche d’un arbre mort ou d’un vieux piquet de clôture où pourrait se trouver le nid de l’oiseau. Un type de Marshall qui montait des mouches donnait deux dollars pour un bruant jaune ou un canard carolin, cinq cents pour une seule belle plume, et Travis avait besoin du moindre dollar et de la plus petite pièce de cinq cents s’il voulait payer l’assurance de son pick-up, ce mois-ci.
Les seuls poissons qu’on trouvait aussi loin étaient ce que les manuels de pêche et les magazines spécialisés nommaient les saumons de fontaine, même si Travis n’avait jamais entendu le Vieux Jenkins ni personne les appeler autrement que truites mouchetées. Jenkins jurait ses grands dieux qu’elles étaient meilleures que n’importe quelle brune ou arc-en-ciel, et les payait cinquante cents pièce à Travis, aussi petites soient-elles. Le Vieux Jenkins les avalait avec la tête et le reste, comme des sardines.

 Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection roman 
Jury Mars

Challenge 6% Littéraire 2012
 logochallenge2 
37/42

50__tats
40/50 :  Caroline du Sud
Ron Rash est né en Caroline du Sud

 Challenge Pour Bookineurs En Couleurs
Logo_challenge_bookineurs_en_couleurs

PAL Bleu

Posté par aproposdelivres à 19:49 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : ,