24 juillet 2014

Rue du Bonheur - Anna Fredriksson

Lu en partenariat avec les éditions Denoël

rue du bonheur Denoël - mai 2014 - 432 pages

traduit du suédois par Carine Bruy

Titre original : Lyckostigen, 2012

Quatrième de couverture :
Mère célibataire, Johanna lutte pour joindre les deux bouts, tandis que son ex-mari, Calle, a refait sa vie loin d'elle. Il a quitté la ville pour s'installer à Stockholm avec sa nouvelle petite amie la très sophistiquée et cultivée Fanny et commencer une carrière couronnée de succès. De son côté, Johanna s'inquiète pour ses filles, dont la plus jeune est le souffre-douleur du collège. Pour ne rien arranger, un patient se suicide dans le centre pour toxicomanes dans lequel elle travaille comme aide-soignante, et Calle refuse désormais de lui verser sa pension alimentaire. Un beau jour, Johanna gagne vingt millions de couronnes au loto. Sa vie va alors prendre un tout autre chemin. Anna Fredriksson nous invite Rue du Bonheur et on s'y sent immédiatement comme chez soi. A la manière de Cédric Klapish ou de Katherine Pancol, elle brosse des personnages si réels, si attachants, à notre image tout compte fait, qu'on ressort euphorique et revigoré de ce séjour chez Johanna, Calle et leurs filles.

Auteur : Anna Fredriksson a publié son premier roman en 2011. Scénariste de longue date pour plusieurs productions, elle travaille aussi bien sur des longs métrages que sur des adaptations TV telles que Les Enquêtes de l’inspecteur Wallander, tiré des romans de Henning Mankell (Arte).

Mon avis : (lu en juillet 2014)
Rue du Bonheur, c'est l'adresse de Johanna, mère célibataire, elle élève seule ses deux filles Agnes et Sara adolescentes. elle travaille comme aide-soignante dans un centre pour toxicomanes. Kalle ou Calle (c'est surprenant, mais l'orthographe de son prénom change à partir de la deuxième partie...) est l'ex-mari de Johanna. Après son divorce, il est parti vivre à Stockholm, il est dentiste, il est beaucoup dans le paraître et très attaché à l'argent. Tous les trois week-ends, il vient chercher ses filles et les conduit à Stockholm où il vit avec Fanny, sa nouvelle petite amie.

Lorsque l'histoire commence, Johanna est soucieuse, sa fille Sara est victime de harcèlement à l'école, Kalle a diminué la pension alimentaire, un patient du centre se suicide quelques jours après sa sortie... C'est alors que Johanna gagne vingt millions de couronnes au loto. Elle n'en parle à personne même pas à ses amies et presque sur un coup tête elle achète un appartement dans le même immeuble que Kalle pour permettre à ses filles d'être proches de leur père...
Cette histoire est très agréable à lire, les personnages sont attachants en particulier Johanna et Fanny. A l'inverse, Calle est plutôt désagréable mais on comprendra en fin du livre pourquoi... 
J'ai aimé cette histoire qui aurait pu se passer ailleurs qu'en Suède, qui traite de la famille recomposée avec les relations enfants parents, du couple... Un livre idéal à découvrir pour cet été !

Merci Dana et les éditions Denoël pour cette jolie découverte.

Extrait : (début du livre)
Elles dorment encore toutes les deux, paquets informes sous leur couette.
— Coucou, les filles, lance Johanna. Il est l’heure de se réveiller. Papa ne va pas tarder à arriver.
Elles commencent à gigoter, lentement et à contrecoeur.
Johanna parcourt la pièce des yeux. Des vêtements sont éparpillés sur le sol, les chaises et les montants des lits. Des brosses à cheveux, du maquillage et des manuels scolaires. Les valises sont béantes, à moitié prêtes. Une bande dessinée gît, ouverte, à côté du lit de Sara.
— Ne vous rendormez pas. Il faut que vous ayez le temps de finir vos valises. Allez, debout.
Elle leur passe la main dans les cheveux.
— Mhm. Deux minutes.
Comme d’habitude, seule Agnes répond. Sara reste muette. Pourvu qu’elle n’ait pas en tête de refuser d’y aller. Ça lui arrive parfois, et il faut alors une sérieuse séance de négociations pour la faire changer d’avis.
Johanna attrape quelques habits sur un tas et essaie de déterminer s’ils sont propres ou sales. Elle aperçoit un jean, un t-shirt et un chemisier qu’elle a repassés l’autre jour, à nouveau froissés. 
Elle continue à sélectionner des affaires dans la pile de vêtements, sans vraiment savoir ce qu’elle cherche à faire. Mettre de l’ordre dans ce chaos semble mission impossible. Puis elle attrape un sweat-shirt en coton roulé en boule. Il est humide et dégage une odeur désagréable.
— Sara ?
Pas de réponse.
— Sara.
— Mhm ?
Sara ouvre les yeux. Johanna tend le sweat sous son nez.
— Qu’est-ce que c’est que ça ?
— Quoi ?
— Le sweat. Il est humide et il sent mauvais. Qu’est-ce que tu as fait ?
Sara se tourne vers le mur et referme les yeux.
— Tu as renversé quelque chose ? Pourquoi ne l’as-tu pas mis à la lessive ?
— C’est rien.
— Vraiment ? Tu ne peux pas me regarder ?
Sara se contorsionne. Johanna lui montre le vêtement.
— Qu’est-ce qui sent comme ça ?
— Du lait.
Une brève pause.
— Comment ça se fait ?
Sara garde le silence, puis elle se redresse dans son lit et se frotte les yeux.
— C’est des copains de classe, mais c’était juste pour rigoler.
— Ils ont versé du lait sur ton sweat ? s’étonne Johanna. Pour rigoler ?
Agnes relève la tête de son oreiller et les observe.
Elle a cette expression déterminée dans les yeux, ce regard mûr, qui n’exprime pas seulement la révolte, mais impose le respect. À quinze ans, elle est sensiblement plus adulte et raisonnable que Sara, âgée de treize ans. Il se passe beaucoup de choses en deux ans.
— Bon, d’accord, abdique Johanna. Levez-vous et habillez-vous maintenant.
Elle emporte le sweat et le jette dans la corbeille à linge en passant devant sa chambre. Elle consulte l’heure : dix heures et demie. Elle entend ses filles se lever et commencer à se préparer. Bien. Pas de mutinerie cette fois-ci.

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22 juillet 2014

La ville heureuse - Elvira Navarro

Lu en partenariat avec les Editions Orbis Tertius

la-ville-heureuse Editions Orbis Tertius - juillet 2014 - 224 pages

traduit de l’espagnol par Alice Ingold

Titre original : 2009

Quatrième de couverture :
Un jeune garçon arrive de Chine pour rejoindre sa famille qui a émigré en Espagne. Une fillette fuit à la recherche d'un vagabond qui l'effraye et la fascine. La Ville heureuse est ce roman en forme de diptyque construit autour de deux histoires imbriquées, deux récits d'apprentissage et de découverte d'un monde fait de mensonges, de laideur et de conventions hypocrites. Chi-Huei a quitté la Chine, son village de province où il vivait heureux en compagnie de sa vieille tante. Contraint à l'âge de six ans de rejoindre sa famille qui survit dans la grande ville jamais nommée, à la tête d'un commerce rudimentaire pompeusement baptisé Restaurant chinois, il se heurte à sa propre nostalgie, à la honte et la déception que lui inspire sa famille aux chimériques ambitions de réussite, à une langue étrangère, aux difficultés d'intégration, de découverte et d'apprentissage d'un monde nouveau. Il partage le même quartier que Sara avec qui il noue une amitié complice. Celle-ci est la protagoniste du deuxième récit, mené depuis la troublante et subtile intériorité de la fillette. À la découverte de l'univers qui l'entoure, transgressant les règles de jeu fixées par son père et les tabous sociaux qu'impose leur vie bourgeoise, elle franchit les limites interdites du quartier. Effrayée et fascinée à la fois par un vagabond qui hante ces lieux, elle nouera avec lui une relation singulière et finira par découvrir ce monde des adultes, à la fois cruel et incom­préhensible. Car elle ignore tout : une ignorance qui est sans doute le plus précieux des privilèges et le constat le plus cruel de l'enfance.

Auteur : Elvira Navarro est née à Huelva en 1978. Elle a passé son enfance entre Valence et Cordoue et elle vit désormais à Madrid où elle a obtenu son diplôme de Lettres. En 2004, elle a remporté le Prix des Jeunes Créateurs de la Ville de Madrid. Son premier livre, La ville en hiver, paru en 2007, est chaleureusement accueilli par la critique et récompensé par le prix Fnac du Jeune Talent. En 2009, elle publie La ville heureuse et obtient simultanément deux prix pour ce livre, le prix Jaen et le Prix Tormenta, ainsi que le titre de meilleur roman de l'année décerné par le journal Publico. Son troisième roman, La travailleuse, est récemment paru en Espagne. Choisie par la revue Granta parmi les 22 meilleurs auteurs de langue espagnole de la jeune génération, Elvira Navarro est, comme le souligne Enrique Vila-Matas, « l'avant-garde subtile et presque cachée de sa génération ».

Mon avis : (lu en juillet 2014)
J'ai accepté cette proposition de partenariat sans savoir ce que j'allais découvrir, je ne connais ni la maison d'édition, ni l'auteur...
Ce livre est surprenant car constitué de deux histoires distinctes même si les deux personnages principaux sont présents dans les deux... La première raconte la vie de Chi-Huei un jeune chinois qui a quitté la Chine à l'âge de six ans pour rejoindre sa famille émigrée en Espagne et qui s'occupe d'une affaire de restauration. Il est question de son intégration dans un nouveau pays, dans une famille qu'il découvre, dans un quartier, une école... Il se liera d'amitié avec Sara une camarade de son âge qui est la narratrice de la deuxième partie... Petite fille, un jour où elle est allée faire une course seule, elle croise un jeune vagabond, elle est troublée, oublie ses achats et s'enfuit laissant tomber son argent... Depuis, elle est revenue sur les même lieux cherchant à revoir ce vagabond qui lui fait à la fois peur et qui la fascine. Partout dans la ville, elle le cherche malgré elle, jusqu'au jour où elle osera lui parler.
J'ai sciemment censuré la quatrième de couverture qui dévoile tout des deux histoires, ne laissant aucune surprise au lecteur...
Une lecture agréable mais sans plus, j'ai trouvé l'histoire de Chi-Huei un peu brouillonne et factuel, dans de nombreux chapitres l'auteur s'intéresse plus aux différents membres de sa famille ou aux projets des siens qu'au jeune garçon. Du côté de Sara, l'histoire se termine bizarrement et m'a laissé sur ma faim.

Merci K.Dona et les éditions Orbis Tertius pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Après le dîner, son père parla à la vieille dans la cuisine pendant que Chi-Huei les épiait depuis le jardin. Il lui remit une enveloppe et Chi-Huei sentit un frisson pareil à celui du cauchemar qu'il faisait souvent, un mélange de typhons, de feuilles de comptes et de longs ongles rugueux qui se plantaient dans la peau de celle qui semblait être sa mère. Chaque fois qu'il se réveillait de ce rêve, il regardait vers la porte : une ombre blottie dans la pénombre du couloir, dont les murs tapissés sentaient la friture, était sur le point d'entrer. La tante Li compta les billets et les mit dans un pot, et son père sortit de la cuisine. Le choeur des grillons montait des fourrés, monotone et précis, couvrant le ronronnement du trafic et le bruit de fond des voix du voisinage sortant des fenêtres ouvertes. La chaleur de l'atmosphère estivale diffusait l'odeur douce et acide d'un néflier. Chi-Huei aimait s'arrêter sous cet arbre pour aspirer l'étrangeté de la nuit, même si à cet instant il ne faisait guère attention à sa vibration silencieuse. Il était resté suspendu à l'argent que la tante venait de compter, à la vieille et à son père réunis dans la cuisine comme s'ils tenaient un conciliabule. 

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20 juillet 2014

Le Viking qui voulait épouser la fille de soie - Katarina Mazetti

le viking Gaïa - mars 2014 - 256 pages

traduit du suédois par Lena Grumbach

Titre original : Blandat blod, 2008

Quatrième de couverture :
Sur une île du sud de la Suède au Xe siècle, un homme vit seul à la ferme avec ses deux fils. Le chemin de ceux-ci est tout tracé : naviguer au loin, pour guerroyer au-delà des mers à l'Ouest, ou pour faire commerce sur les voies fluviales de l'Est. De l'autre côté de la Baltique, à Kiev, vivent un marchand de soie et sa famille. Radoslav rêve de devenir soldat, sa soeur Milka est une jeune fille raffinée qui joue avec ses deux esclaves : Petite Marmite et Poisson d'Or. Mais la belle ville d'Orient est sur le point de tomber aux mains des pillards. Milka et Radoslav trouveront refuge auprès de rustres navigateurs venus du Nord. Dès lors le destin des deux familles sera à jamais mêlé.

Du suspense, de l'amour, du sang, des combats, et même de la poésie - eh oui, les Vikings étaient aussi de formidables poètes !

Auteur : Née en 1944, Katarina Mazetti est journaliste, productrice radio et auteur de livres pour la jeunesse et de romans pour adultes. La France caracole largement en tête des pays où elle connaît un immense succès. 

Mon avis : (lu en juillet 2014)
Voilà une histoire très différente des autres livres de Katarina Mazetti. Ce livre est une fresque épique autour des Vikings au Xème siècle. C'est passionnant de suivre les aventures de deux familles. La première vit sur une île du sud de la Suède avec Säbjörn et ses deux fils Svarte et Kare dont la mère Alfdis a disparu juste après la naissance du benjamin. Säbjörn est constructeur de bateaux et vit dans une ferme. Les deux frères très différents se déchirent. L'autre famille vit à Kiev, Chernek est marchand de soie, son fils Radoslav rêve de devenir soldat, sa fille Milka est une jeune fille a qui il a offert pour ses dix ans deux esclaves : Petite Marmite et Poisson d'Or. Le destin de ces deux familles va être lié lorsque Kiev va être sur le point de tomber entre de mauvaises mains et que Milka et Radoslav fuiront en trouvant refuge auprès de navigateurs venus du Nord.
Le lecteur découvre le quotidien des Vikings de l'époque, leurs traditions, leurs croyances, les esclaves... C'est passionnant !

Au début du livre, il y a deux cartes très utiles pour situer d'une part quelques îles du sud de la Suède et les voyages des Vikings du Danemark à l'Empire Byzantin en passant par la Suède, Novgorod (Russie), Kiev et Constantinople... 
A la fin du livre, l'auteur fait un point sur ce qui est vrai et ce qui est romancé dans cette histoire cela complète vraiment bien le roman.

Extrait : (début du livre)

Säbjörn, constructeur de bateaux dans le Blecinga, 
sa maisonnée et son foyer, 
son épouse disparue 
et la soeur de celle-ci, 
la völva qui parle aux oiseaux.

Säbjörn était un homme qui vivait avec ses domestiques et ses esclaves dans une ferme délabrée sur Möckelö, une île de la côte est du pays qu'on nommait le Blecinga. Ce nom lui venait peut-être du calme plat, le bleke, qui règne souvent sur l'eau, encore aujourd'hui, entre les nombreuses îles le long du littoral. Mais à l'époque qui vous sera narrée, ces régions n'avaient rien de calme. Beaucoup de navires passaient ici ou cherchaient refuge dans les baies de l'archipel. Certains navigateurs se présentaient sans mauvaises intentions, les bateaux chargés de marchandises. D'autres surgissaient la nuit pour piller et voler, et souvent on n'avait pas le temps d'apprendre d'où ils venaient que leurs haches avaient déjà parlé.
Säbjörn était grand et laid ; il avait des cheveux grisonnants et une bouche charnue. Ses petits yeux d'un bleu délavé étaient profondément nichés sous ses sourcils broussailleux dont les poils étaient raides comme de l'herbe givrée. Une grosse cicatrice fendait sa lèvre inférieure en deux lobes pendants, mal dissimulés par une barbe touffue. On l'appelait parfois Lèvre-Fendue quand il avait le dos tourné. Cette entaille lui avait été infligée dans ses jeunes années, quand il s'opposait à une bande de brigands surgie subitement du brouillard des eaux de Möckelö, une nuit d'automne. Elle n'était certainement pas jolie à voir, cette cicatrice, mais Säbjörn avait pu protéger les siens et ses biens et ça en avait valu la peine. Secrètement, il en était fier, car elle lui rappelait le combat victorieux. Il n'hésitait pas à attirer l'attention dessus en se plaignant des difficultés que cela représentait de boire dans un gobelet avec une bouche comme la sienne. La boisson s'écoulait à flots par la lèvre fendue et ruisselait sur son menton.
Pendant le semestre d'été, Säbjörn passait de longues périodes sur les îles tout au bout de l'archipel, Inlängan et Utlängan, juste à l'endroit où la route maritime venant de l'ouest changeait de cap et bifurquait vers le nord en direction de la ville de Birka et plus loin encore. Là, avec ses hommes, il avait entreposé le meilleur bois pour construire les embarcations légères et rapides à faible tirant d'eau qui étaient sa spécialité, des knörrs larges pour des expéditions commerciales et de petites barques pour toutes sortes d'usages. Ils disposaient d'une forge pour fabriquer des chaînes et des rivets, et ils avaient aménagé de solides jetées en pierre entre lesquelles les bateaux achevés pouvaient être amarrés. Des voyageurs du nord comme du sud venaient chez Säbjörn et ses hommes pour faire remettre en état leurs navires, réparer des mâts brisés ou des voiles déchirées et aveugler des voies d'eau. Säbjörn construisait uniquement des bateaux de taille modeste, pas les navires de guerre capables de naviguer en haute mer avec un important équipage de rameurs armés, bien qu'on lui eût souvent offert de l'or et de l'argent pour le faire. La guerre ne l'intéressait pas, il était un homme de paix, même si on avait du mal à le croire quand les crins de ses sourcils se mettaient à trembler et que les narines de son nez rougi se dilataient. Dans ces moments, l'explosion de colère n'était pas loin et ses hommes et ses esclaves savaient se mettre à l'abri lorsque bols et plats, outils et louchées de gruau volaient, lancés avec une grande précision sur la personne qui avait éveillé sa rage. On l'entendait souvent pester contre ses gens, et celui qui énervait sciemment Säbjörn le constructeur de bateaux devait se tenir prêt à quitter précipitamment la maison, alors qu'une hache au manche vibrant et résonnant se plantait dans le chambranle de la porte derrière lui.

 

Déjà lu du même auteur :

le_mec_de_la_tombe_d___cot_ Le mec de la tombe d'à côté   les_larmes_de_Tarzan Les larmes de Tarzan 

entre_dieu_et_moi_c_est_fini  Entre Dieu et moi, c’est fini  le_caveau_de_famille Le caveau de famille 

mon_doudou_divin Mon doudou divin 

 

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12 juin 2014

Une dernière danse - Victoria Hislop

Lu en partenariat avec les éditions Les Escales

9782365690874 Les Escales - mai 2014 - 453 pages

traduit de l'anglais par Séverine Quelet

Titre original : The Return, 2008

Quatrième de couverture : 
Derrière les tours majestueuses de l'Alhambra, les ruelles de Grenade résonnent de musique et de secrets. Venue de Londres pour prendre des cours de danse, Sonia ignore tout du passé de la ville quand elle arrive. Mais une simple conversation au café El Barril va la plonger dans la tragique histoire de la cité de Garcia Lorca et de la famille qui tenait les lieux.
Soixante-dix ans plus tôt, le café abrite les Ramirez : trois frères qui n'ont rien d'autre en commun que leur amour pour leur soeur, Mercedes. Passionnée de danse, la jeune fille tombe bientôt sous le charme d'un gitan guitariste hors pair. Mais tandis que l'Espagne sombre dans la guerre civile, chacun doit choisir un camp. Et la fratrie va se déchirer entre résistance, soumission au pouvoir montant, ou fuite.
Happée par ce récit de feu et de sang, Sonia est loin d'imaginer à quel point cette histoire va bouleverser sa propre existence...

Auteur :  Victoria Hislop est diplômée de littérature anglaise de l’université d’Oxford. Best-seller international, vendu à plus de deux millions d’exemplaires dans le monde, son premier roman L’Île des oubliés est resté plus de 15 semaines dans les classements des meilleures ventes en France, et a fait l’objet d’une série télévisée très populaire en Grèce. Le Fil des souvenirs, son deuxième ouvrage est publié aux Éditions Les Escales.

Mon avis : (lu en juin 2014)
Après avoir découvert Victoria Hislop avec L'île des oubliés  que j'ai beaucoup aimé, je n'ai pas hésité à accepter son nouveau livre en partenariat. Tout commence de nos jours à Grenade avec Sonia venu d'Angleterre pour participer à un stage de danse avec sa meilleure amie. En se promenant dans la ville un matin, elle entre au hasard dans un café et lie connaissance avec le vieux monsieur qui le tient. Elle reviendra plusieurs fois le voir et celui-ci va lui raconter l'histoire de la famille Ramirez propriétaire du café El Barril. Il
est question de danse, de guerre civile espagnole, d'amour...

Avec comme décor la belle ville de Grenade, le lecteur découvre une belle histoire d'amour entre Mercedes qui danse merveilleusement le flamenco et Javier le beau guitariste gitan. Les frères de Mercedes se déchireront et seront des victimes de la guerre civile.
Un livre très prenant, l'écriture est fluide, les personnages attachants, une très belle découverte !

Merci Anaïs et les éditions Les Escales pour m'avoir permis de découvrir cette belle histoire.

Extrait : 
Les deux femmes avaient pris place quelques instants plus tôt à peine, dernières spectatrices à être admises avant que le gitano à l’air revêche ne pousse d’un geste ferme les verrousà la porte.

Traînant derrière elles des jupes volumineuses, cinq jeunes filles aux cheveux de jais firent leur entrée. Ajustées à leurs corps, tournoyaient des robes d’un rouge et d’un orange flamboyants, vert fluo et ocre. Ces couleurs éclatantes, le cocktail d’effluves lourds, la célérité de leur arrivée ajoutée à leur démarche arrogante, tout cela donnait à la scène un effet théâtral aussi forcé qu’écrasant. À leur suite se présentèrent trois hommes, dans des costumes sombres comme ceux qu’on porte aux funérailles, tout en noir depuis leurs souliers de cuir fabriqués main à leurs cheveux gominés.
L’ambiance se modifia alors, à mesure que le battement léger, céleste, des paumes qui s’effleuraient s’élevait dans le silence. L’un des hommes brossait des doigts les cordes de sa guitare. Un autre poussa un profond gémissement plaintif qui se mua bientôt en chant. Le rauque de sa voix s’accordait à la rusticité du lieu et à la rudesse de son visage grêlé. Seul le chanteur et sa troupe comprenaient l’obscur patois, mais le public pouvait en ressentir le sens. Un amour avait été perdu.
Cinq minutes s’écoulèrent ainsi, la cinquantaine de spectateurs assise en rond dans l’obscurité d’une des cuevas humides de Grenade osant à peine respirer. Rien n’annonça la fin de la chanson – elle s’évanouit simplement – mais les danseuses y virent le signal pour quitter la scène, les unes derrière les autres, les yeux rivés sur la porte devant elles, avançant d’une démarche à la sensualité brute, sans même remarquer la présence des étrangers dans la salle. Une impression de menace planait dans l’espace sombre.
— C’est tout ? chuchota l’une des retardataires.
— J’espère que non, répondit son amie.
Plusieurs minutes durant, la salle fut saisie d’une incroyable tension puis un son doux et continu leur parvint. Ce n’était pas de la musique, mais un ronronnement mélodieux et percutant : des castagnettes.
L’une des danseuses revenait ; elle parcourut la scène aussi étroite qu’un couloir en tapant du pied, les volants de son jupon balayant les pieds recouverts de poussière des touristes assis au premier rang. Le tissu de sa robe, d’un orange vif parsemé de gros pois noirs, était tendu sur son ventre et sa poitrine. Les coutures étaient tirées. Ses pieds martelaient en rythme les lames de bois qui composaient la scène : un deux, un deux, un deux trois, un deux trois, un deux…
Puis ses mains s’élevèrent dans les airs, les castagnettes s’agitant dans un trille agréable, et la femme se mit à tourner lentement. Tandis qu’elle virevoltait, ses doigts claquaient contre les petits disques noirs qu’elle tenait entre les mains.
Le public était sous le charme. 
Un chant plaintif l’accompagnait ; le chanteur gardant la plupart du temps les yeux baissés. La danseuse poursuivit, plongée dans une transe personnelle. Si elle suivait la musique, elle n’en montrait rien, et si elle avait conscience de la présence du public, celui-ci ne le ressentait pas. L’expression de son visage sensuel n’était que pure concentration et son regard était plongé dans un autre monde qu’elle seule discernait. Sous ses bras, le tissu s’assombrit de transpiration et des gouttes de sueur perlèrent à son front tandis qu’elle tournoyait, toujours plus vite.

Déjà lu du même auteur :

92118027  L'île des oubliés 


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Grande-Bretagne

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29 mai 2014

Il est de retour - Timur Vermes

Lu en partenariat avec les éditions Belfond

9782714456090 Belfond - mai 2014 - 390 pages

traduit de l'allemand par Pierre Deshusses

Titre original : Er ist wieder da, 2012

Quatrième de couverture :
Succès inouï en Allemagne, traduit dans trente-cinq langues, bientôt adapté au cinéma, Il est de retour est un véritable phénomène. Entre Chaplin, Borat et Shalom Auslander, une satire aussi hilarante que grinçante qui nous rappelle que face à la montée des extrémismes et à la démagogie, la vigilance reste plus que jamais de mise.


Soixante-six ans après sa disparition, Hitler se réveille dans un terrain vague de Berlin. Et il n'est pas content : comment, plus personne ne fait le salut nazi ? L'Allemagne ne rayonne plus sur l'Europe ? Depuis quand tous ces Turcs ont-ils pignon sur rue ? Et, surtout, c'est une FEMME qui dirige le pays ?
Il est temps d'agir. Le Führer est de retour et va remettre le pays dans le droit chemin. Et pour cela, il lui faut une tribune. Ça tombe bien, une équipe de télé, par l'odeur du bon client alléchée, est toute prête à lui en fournir une.
La machine médiatique s'emballe, et bientôt le pays ne parle plus que de ça. Pensez-vous, cet homme ne dit pas que des âneries ! En voilà un au moins qui ne mâche pas ses mots. Et ça fait du bien, en ces temps de crise...
Hitler est ravi, qui n'en demandait pas tant. Il le sent, le pays est prêt. Reste à porter l'estocade qui lui permettra d'achever enfin ce qu'il avait commencé...

Auteur : De mère allemande et de père juif hongrois réfugié en Allemagne, Timur Vermes est né à Nuremberg en 1967. Après des études d'histoire et de sciences politiques, il devient journaliste et contribue à de nombreux journaux et magazines. Succès colossal outre-Rhin avec près d'1,5 million d'exemplaires vendus, traduit dans 35 langues, Il est de retour est son premier roman.

Mon avis : (lu en mai 2014)
J'avoue avoir hésité à accepter de lire ce livre... Le sujet du livre me gênait, faire de l'humour autour de ce personnage est dérangeant. Charlie Chaplin a su très bien le faire avec son film Le Dictateur en 1940, c'était plus courageux qu'en 2012 !
Je n'ai pas assumé la couverture du livre que j'ai recouverte, en particulier dans les transport public, le temps de ma lecture... 
Ce livre est présenté comme suit : « ... Tout à la fois hilarante et édifiante, une satire virtuose et prophétique sur nos sociétés fascinées par la célébrité et le culte de la personnalité, même si (ou a fortiori ?) ces  "people" font, au mieux, preuve d'une bêtise crasse ou, au pire, professent des idées nauséabondes. »
Je trouve les qualificatifs « hilarante et édifiante virtuose et prophétique » très exagérés et tente à penser que ce livre est surtout un coup commercial... On remarquera que le prix du livre a été fixé à 19,33 euros.

L'idée qu'Hitler se réveille dans un terrain vague de Berlin, 65 ans après sa disparition est assez originale et ses réactions face à une télévison, à un ordinateur, à un téléphone portable sont plutôt bien vu. Les Allemands de 2011 le prenne pour un artiste comique qui joue formidablement son personnage... Il est donc invité à participer à un Show télévisé et devient très populaire.
Il y a un vrai décalage entre les vraies intentions d'Hitler et le spectacle qu'il donne, beaucoup le prennent à la rigolade. Il y a quand même quelques uns qui ne le trouvent vraiment pas drôle et dénoncent l'indécence du personnage et de ses propos.
Le livre est très bien documenté car notre personnage revient souvent sur des évènements de 1933 à 1945. Il y a également à la fin du livre, un glossaire très intéressant que j'ai malheureusement découvert seulement à la fin de ma lecture...
Je trouve que cette histoire est plus une critique du monde des médias qu'une réflexion sur les idées extrémistes.
Sur le même sujet, j'ai largement préféré le livre d'Eric-Emmanuel Schmitt La Part de l'autre que je vous conseille de découvrir

Merci Elsa et les éditions Belfond pour ce partenariat.

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
Je me souviens : je me suis réveillé, ce devait être en début d'après-midi. J'ai ouvert les yeux, j'ai vu le ciel au-dessus de moi. Il était bleu, légèrement voilé ; il faisait chaud et je me suis tout de suite rendu compte qu'il faisait trop chaud pour un mois d'avril. On pouvait presque parler de canicule. C'était relativement calme, pas d'avions ennemis au-dessus de moi, pas de grondements de canons, pas d'explosions à proximité ni de sirènes annonçant une attaque aérienne. J'ai également noté qu'il n'y avait pas de chancellerie, pas de bunker. J'ai tourné la tête, j'étais allongé sur un terrain vague entouré par des maisons dont les murs de brique étaient en partie barbouillés par quelques vauriens - cela m'a mis en rogne et j'ai voulu aussitôt convoquer Dönitz. En même temps, je me disais, dans une sorte de demi-sommeil, que si Dönitz était là aussi, allongé quelque part, il régnerait forcément ordre et discipline ; et j'ai vite compris toute l'étrangeté de la situation. Je n'ai jamais eu pour habitude de camper à la belle étoile.
Je me suis mis à réfléchir : qu'avais-je fait la veille au soir ? Aucune raison de m'inquiéter d'un quelconque excès d'alcool, je ne bois pas. La dernière chose dont je me souviens c'est que j'étais assis avec Eva sur un canapé recouvert d'une couverture. Autre souvenir : une certaine atmosphère d'insouciance ; j'avais sans doute décidé, pour une fois, de laisser de côté les affaires de l'État. Nous n'avions pas de projets pour la soirée, il n'était bien sûr pas question d'aller au restaurant, au cinéma ou ailleurs, les possibilités de se divertir dans la capitale du Reich s'étaient déjà joliment réduites - et l'ordre que j'avais donné y était pour beaucoup. Je ne pouvais pas encore dire avec certitude si Staline allait entrer dans la ville au cours des prochains jours, mais, à ce stade de la guerre, ce n'était pas totalement impossible. En revanche, ce que je pouvais affirmer, c'est qu'il aurait autant de chances d'y trouver un cinéma qu'à Stalingrad. Je crois que nous avons encore un peu bavardé, Eva et moi, et je lui ai montré mon vieux pistolet. À part ça, aucun autre détail ne m'est revenu en mémoire. Il faut dire aussi que je souffrais d'un magistral mal de crâne. Non, inutile d'essayer de rameuter d'autres souvenirs de la veille.
J'ai décidé de prendre le taureau par les cornes et de faire face à la situation. Au cours de ma vie, j'ai appris à regarder, à observer, à saisir les moindres détails que certains intellectuels négligent voire ignorent complètement. Or, pour ma part, je peux dire sans me vanter que toutes ces années marquées par une discipline de fer m'ont permis d'avoir encore davantage de sang-froid dans les périodes de crise. Mon esprit s'affûte, mes sens s'aiguisent. Je travaille avec une grande précision, calmement, telle une machine. Méthodiquement, je rassemble toutes les informations qui sont à ma disposition : je suis allongé par terre. Je regarde autour de moi. À côté de moi, il y a un amas de détritus, des mauvaises herbes, des brindilles, ici et là un buisson, il y a même une pâquerette, un pissenlit. J'entends des voix, elles ne sont pas très éloignées, des cris, des impacts répétés, je tourne mon regard vers l'endroit d'où viennent ces bruits ; ce sont des gamins qui jouent au football. Ils sont trop âgés pour être enrôlés dans les Pimpfe, trop jeunes encore pour le Volkssturm, la milice du peuple ; ils font sûrement partie de la Jeunesse hitlérienne, mais, de toute évidence, ils ne sont pas en service pour le moment. On dirait que l'ennemi a fait une pause. Un oiseau sautille dans les branches d'un arbre, il gazouille, il chante. Certains n'y verraient qu'un signe de bonne humeur, mais dans une situation aussi précaire, où chaque information compte, même la plus infime, le spécialiste de la nature et du combat quotidien pour la survie peut en déduire qu'il n'y a pas de prédateurs à proximité. Près de ma tête, une flaque d'eau semble déjà s'amenuiser. Il a donc sans doute plu il y a un moment, mais, depuis, le temps est resté sec. Au bord de la flaque, j'aperçois ma casquette. Voilà comment fonctionne mon esprit aguerri, et c'est ainsi qu'il travaillait dans ce moment d'intense confusion.

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27 mai 2014

La mauvaise pente - Chris Womersley

Lu en partenariat avec Albin Michel

9782226258113g Albin Michel - mai 2014 - 331 pages

traduit de l'anglais (Australie) par Valérie Malfoy 

Quatrième de couverture : 
Lee, un petit voyou d’une vingtaine d’années, se réveille dans un motel sordide avec une balle dans le ventre, une valise pleine de dollars, et pas la moindre idée de ce qui a pu le mener jusqu’ici. À son chevet, Wild, médecin morphinomane en rupture de ban, son seul recours pour l’aider à quitter les lieux avant que la police ne débarque. Complices malgré eux, ils vont chercher refuge dans la maison de campagne d’un confrère de Wild. Une intimité maladroite s’installe entre ces deux hommes en cavale dont l’un est hanté par un séjour en prison et l’autre fuit un procès pour erreur médicale. Mais un troisième larron est à leurs trousses : Josef, un vieux gangster roumain superstitieux et violent, qui a pour mission de récupérer l’argent et de s’occuper de Lee. Une bonne fois pour toutes…
Couronné en Australie par le prestigieux Ned Kelly Award, ce grand roman noir, qui est aussi un conte moderne sur l’aliénation et le désespoir, est servi par la prose sèche et tendue de Chris Womersley, auteur du très remarqué Les Affligés.

Auteur : Né en 1968 à Melbourne, Chris Womersley est considéré comme l'un des meilleurs jeunes écrivains australiens. Il a connu une véritable consécration auprès de la presse et du public avec Les Affligés, son deuxième livre, finaliste de tous les grands prix littéraires du pays (2012). La mauvaise pente a été récompensé par le Ned Kelly Award en 2008.

Mon avis : (lu en mai 2014)
Je n'ai toujours pas lu le premier livre de Chris Womersley Les Affligés, je n'ai donc pas hésité à accepter ce partenariat.

Tout commence dans un motel, Lee, blessé au ventre par une balle, saigne dans un lit, il possède une valise pleine d'argent mais il a oublié comment il est arrivé là... Dans une chambre voisine, il y a Wild, un ancien médecin, drogué qui fuit un procès pour erreur médicale. Wild va soigner Lee et tous deux vont s'associer pour fuir le tueur qui est aux trousses de Lee et la police qui recherche Wild.
Le lecteur va suivre les péripéties des deux hommes dans leur fuite et découvrir qui sont vraiment Lee et Wild. Malgré leurs situations passés ou présentes, ces deux personnages sont attachants, associés par les circonstances dans cette cavale, au fil des pages le portrait de Lee et Wild se précise. L'histoire est sombre, elle est construite avec suspense et réserve quelques surprises au lecteur. Une belle découverte.

Merci Claire et les éditions Albin Michel 

Extrait : (début du livre)
Emergeant de profondeurs océaniques, Lee revint lentement à lui. Il lui semblait que c'était en rêve qu'il battait des paupières, face à ses genoux cagneux. La chambre se taisait, comme s'apprêtant à l'accueillir. Telle une grossière figurine d'argile, rigide et très ancienne, il était couché dans ce lit, et il clignait des yeux.
Enfant, s'il avait peur, la nuit, il s'efforçait de respirer de façon à ne pas attirer l'attention de la chose tapie dans l'obscurité. tout doucement. Comme si on pouvait se cacher des fantômes qui hantaient les chemins, à la recherche d'enfants à dévorer. A une certaine époque - il avait quatorze ans -, il se réveillait même parfois parfois avec la sensasion que sa chambre tout entière, arrachée de ses gonds, était propulsée à travers l'espace. A ce moment-là, Claire, sa soeur, se matérialisait à son chevet, plaçait fermement ses mains sur ses épaules et attendait que cessent ces pleurnicheries. Elle ne disait rien. Il n'y avait rien à dire, vu la situation.
Et, là encore, Lee s'efforçait de rester aussi immobile que possible, de se faire tout petit au sein de l'univers, convaincu que la potentielle perturbation de son réveil pourrait affecter le déroulement de la journée. Autant partir du bon pas. Il prolongea encore un peu ce moment. De l'air tiède murmurait dans ses poumons. Il humecta ses lèvres et parcheminées.
Finalement, il s'autorisa à respirer plus normalement et ouvrit les yeux. La chambre était rougeâtre, le jour filtrait à travers un fin voilage. Mur d'un jaune sinistre, fenêtre en aluminium. Une chambre de motel, apparemment.

 

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08 mai 2014

La ronde des désirs impossibles - Paola Calvetti

 Lu en partenariat avec Albin Michel

la ronde des desirs impossibles Albin Michel - avril 2014 - 272 pages

traduit de l'italien par Sophie Royère

Titre original : Olivia ovvero la lista dei sogni possibli, 2012

Quatrième de couverture : 
« Je m'appelle Olivia, j'ai trente-trois ans, onze mois et douze jours. Assez vieille pour avoir été déçue mille fois, mais assez jeune pour me laisser encore surprendre. »
Quand, à 9h06 précises, Olivia apprend qu'elle est licenciée, elle hésite entre tuer sa boss (la « Witch ») ou penser très fort à sa grand-mère adorée qui lui a appris à conjurer le sort. Dans le petit bar-tabac où elle se réfugie, elle observe les clients en se remémorant sa vie, ses moments de bonheur. Le même jour, Diego, un jeune avocat, décide de prendre un nouveau départ. Comme Olivia, il a perdu un être cher ; comme elle, il prend la résolution de se libérer du passé. Diego et Olivia ignorent tout l'un de l'autre. Pourtant, ils se connaissent... mais ils ne le savent pas encore.
Après L'amour est à la lettre A, Paola Calvetti nous entraîne dans une comédie sentimentale pleine d'humour, de poésie et d'optimisme, l'émouvante aventure de deux solitudes qui se rencontrent.

Auteur : Paola Calvetti est née à Milan, où elle vit et travaille. Longtemps journaliste à La Repubblica, elle a écrit de nombreux scénarios pour la télévision italienne. Directrice de la communication du théâtre de la Scala de Milan entre 1993 et 1997, elle est l'auteur de plusieurs romans dont L'Amour est à la lettre A et L'Amour secret.

Mon avis : (lu en mai 2014)
J'avais déjà lu du même auteur "L'amour est à la lettre A" que j'avais bien aimé, c'est également la couverture colorée de ce nouveau livre m'a donnée envie de le découvrir. 
Sans le savoir, lorsqu'ils étaient enfants, Olivia et Diego se sont croisés. De nombreuses années plus tard, nous allons les retrouver tous deux durant une journée. C'est le jour où Olivia vient d'être licenciée, elle a quitté son lieu de travail avec ses affaires. Incapable de rentrer chez elle, elle finit par se réfugier dans un café. Au bord des larmes, elle commande et se met à penser à sa grand-mère qui lui manque beaucoup, à observer les différents clients durant toute la journée. Elle se raconte au lecteur, elle aime faire des listes, immortaliser des souvenirs avec un polaroïd... Quelques pages nous racontant Diego s'intercalent au milieu des réflexions d'Olivia. Diego un jeune avocat qui est hanté depuis son enfance par la disparition de son grand frère musicien alors âgé de 18 ans. Ses parents étant décédés depuis peu, il a pris la décision de liquider ce passé pour avancer vers l'avenir.
Rapidement le lecteur imagine qu'Olivia et Diego vont se rencontrer...
Une lecture sympathique avec deux personnages attachants, un côté nostalgique, une ambiance et pour le lecteur l'entente de cette rencontre ou pas... Où ? Quand ? Comment ?

Merci Soizic et les éditions Albin Michel pour ce partenariat.

Extrait : (page 13)
Il est 10h23 et depuis soixante-dix-sept minutes environ, je suis sans emploi.
Oh, n'allez pas vous imaginer la petite blonde new-yorkaise filmée par les télés du monde entier au moment où elle quitte l'immeuble de Lehman Brothers avec son carton d'affaires entre les bras. Quand ça lui est arrivé, on était au mois de septembre, le soleil brillait sur Manhattan, et avec ses cheveux lisses, son visage maquillé, ses tongs aux pieds et presque rien sur elle, cette fille était le summum du chic. Elle est devenue une icône, le symbole d'une époque, alors que moi, j'ai les lèvres gercées, les pieds congelés et les cheveux qui frisent comme des feuilles de scarole.
Pourtant, moi aussi j'ai été licenciée, et j'aurais mieux fait de porter des bottes en caoutchouc. Dans mon trousseau d'accumulatrice qui ne jette rien - on ne sait jamais, ça pourrait redevenir tendance -, j'en ai en cuir, en daim, à talons et sans talons, même si elles sont toutes marron ou noires. Dès que l'automne approche, c'est-à-dire au moins une fois par an, je me promets d'acheter des bottes en caoutchouc. Si je l'avais fait, je serais quand même là à traînailler dans un bar-tabac, mais je n'aurais pas les chaussettes collées aux pieds dans des bottes en daim franchement inadaptées à une journée aussi spéciale.

Challenge Voisins Voisines 2014
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Italie

 Déjà lu du même auteur :

l_amour___la_lettre_A L'amour est à la lettre A

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01 mai 2014

Premier appel du paradis - Mitch Albom

Lu en partenariat avec les éditions Kero

premier-appel-du-paradis-428257-250-400 Kero - mars 2014 - 389 pages

traduit de l'anglais par Emmanuel Pailler

Titre original : The First Phone Call from Heaven, 2013

Quatrième de couverture :
Le petit village de Coldwater, près du lac Michigan, serait-il le théâtre d’un véritable miracle ? Un beau jour d’automne, le téléphone sonne chez plusieurs de ses habitants. Sauf que tous les appels proviennent de personnes décédées. Ce même jour, Sully Harding sort de prison et revient à Coldwater, sa ville natale. Lors de son séjour derrière les barreaux, sa femme est morte, le laissant le cœur brisé. Il est désormais père célibataire et espère reconstruire sa vie. Mais à son retour, il découvre un village en proie à la fièvre religieuse. Quand son propre fils s’y laisse prendre dans l’espoir d’un appel de sa mère, il est déterminé à prouver qu’il s’agit seulement d’un gigantesque canular. Mais est-ce bien le cas ?

Auteur : Mitch Albom est journaliste et écrivain. Il a acquis une immense notoriété grâce à ses deux premiers romans, Tuesdays with Morrie (traduit en français sous le titre La dernière leçon) et Les cinq personnes que j’ai rencontrées là-haut. Ses livres sont adaptés au cinéma, à la télévision et au théâtre. En 2012, il apparaît dans le 9e épisode de la saison 21 des Simpson, « Une leçon de vie ». Il vit avec son épouse à Franklin, dans le Michigan.

Mon avis : (lu en avril 2014)
A Coldwater, une petite ville du Michigan, l'existence d'une petite communauté est bouleversée par un phénomène étrange, surnaturel... Certains habitants reçoivent des appels téléphoniques de proches décédés. Au début, les élus gardent le secret de ce miracle. Puis l'une d'elle Katherine en parle à son pasteur et le village découvre que les élus sont plusieurs... Coldwater est bientôt envahi de curieux, la presse est également là à l'affût du sensationnel.
L'un des habitants, Sully Harding est très sceptique. Il a passé dix mois en prison et sa femme est morte pendant son absence. De retour chez lui, il s'occupe de Jules, son fils de sept ans, ce dernier attend aussi un coup de téléphone de sa maman. Sully est furieux que l'on puisse faire espérer une telle chose à son petit garçon, il va donc enquêter sur ces coups de téléphone venant de l'au delà pour démonter cette supercherie... 
Tout au long du livre, en filigrane, l'auteur nous raconte les étapes de l'invention du téléphone par Graham Bell et cela entre parfaitement en résonance avec l'histoire.
Un livre qui se lit facilement, j'ai beaucoup aimé le personnage de Sully dont le lecteur va découvrir son histoire au fil des pages. J'ai également été intéressée par les "élus" qui ont des réactions différentes suite aux appels de l'au-delà. 

Merci à Benoît et aux éditions Kero pour ce moment de lecture sympathique.

Extrait : (début du livre)
Le jour où le monde reçut son premier appel téléphonique de l'au-delà, Tess Rafferty était occupée à ouvrir une boîte de thé en sachets. 
Drrrrrring !
Sans prêter attention à la sonnerie, elle enfonça ses ongles dans l'emballage plastique. Drrrrrring !
De l'index, elle attaqua la partie plus épaisse, sur le côté du paquet. 
Drrrrrring !
Elle pratiqua enfin une ouverture, ôta la Cellophane et la froissa en boule. Elle savait que le téléphone basculerait sur répondeur si elle ne le prenait pas avant la prochaine...
Drrrrrr...
- Allô ? Trop tard.
- Aaah, ce truc, marmonna-t-elle.
Elle entendit le répondeur se déclencher dans la cuisine :
«Bonjour, vous êtes bien chez Tess. Laissez-moi votre nom et votre numéro, et je vous rappellerai dès que possible. Merci.»
Un petit bip. Des grésillements...
«C'est maman... J'ai quelque chose à te dire...»
Tess s'arrêta de respirer. Le combiné lui tomba de la main.
Sa mère était morte quatre ans auparavant.

*

Drrrrrring !
L'appel suivant s'entendit à peine, tant était animée la discussion dans le poste de police. Un employé avait gagné 28 000 dollars à la loterie et les trois agents discutaient de ce qu'ils feraient d'une somme pareille.
- Tu payes tes factures.
- C'est exactement ce qu'il ne faut pas faire.
- Un bateau !
- Paye tes factures !
- Pas moi.
- Un bateau ! 
Drrrrrring !
Jack Sellers, le chef de la police, se dirigea vers son petit bureau en lâchant :
- Si tu payes tes factures, tu vas en récolter d'autres, c'est tout.
Sous les regards approbateurs, il décrocha le téléphone.

Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Lieu" (5)

Challenge Trillers et Polars
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catégorie "Même pas peur" :  28/25

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22 avril 2014

Pour quelques milliards et une roupie - Vikas Swarup

 Lu en partenariat avec Babelio et Belfond

95343032 Belfond - avril 2014 - 425 pages 

traduit de l'anglais (Inde) par Roxane Azimi

Titre original : The accidental apprentice, 2013

Quatrième de couverture :
Vendeuse d’électroménager pour entretenir sa famille, harcelée chaque jour par sa sœur, starlette en devenir, son propriétaire pressé et son patron incompétent, Sapna Sinha voit s’éloigner toujours un peu plus ses rêves d’avenir. Mais voilà qu’un jour, le plus grand patron d’Inde lui offre sa fortune et son entreprise, à condition qu’elle passe sept mystérieuses épreuves. S’agit-il d’un jeu cruel ou se pourrait-il que ses prières soient enfin exaucées ? Embarquée malgré elle dans d’incroyables aventures auprès de stars désespérées, de jeunes fiancées suicidaires et d’enfants exploités, Sapna devra prouver sa vaillance, son empathie et son honnêteté afin de construire un avenir meilleur pour elle et sa famille.

Auteur : Né en 1963 à Allahabad, en Inde, Vikas Swarup est diplomate. Après avoir été en poste en Turquie, aux États-Unis, en Éthiopie, en Grande-Bretagne et en Afrique du Sud, il est actuellement consul général de l’Inde à Osaka, au Japon. Prix Grand Public du Salon du livre 2007, traduit dans quarante-deux langues, son premier roman, Les Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire (2006), a connu un immense succès international, avant d’être adapté au cinéma par Danny Boyle sous le titre Slumdog millionaire et de rafler huit oscars. Après Meurtre dans un jardin indien (2010), Pour quelques milliard et une roupie est son troisième livre traduit en français.

Mon avis : (lu en avril 2014)
Sapna Sinha est vendeuse d'électroménager, elle fait vivre sa mère malade et sa soeur étudiante qui rêve de devenir une star. Pas facile de gérer ce quotidien sans grande perspective... Et voilà qu'un jour, un inconnu lui propose un étonnant marché, devenir le PDG d'un empire financier d'une valeur de dix milliards de dollars. Où est le piège ? Pourquoi choisir une pauvre petite vendeuse d'électroménager pour lui faire une telle proposition ? Sapna ne croit pas au sérieux de cette proposition et la refuse. Mais finalement, poussée par des soucis d'argent et pour pouvoir garder leur logement elle finit par accepter ce marché incroyable. Pour réussir à devenir le PDG du groupe ABC, elle va devoir passer 7 épreuves pour prouver son aptitude à être chef d'entreprise...
La construction de l'intrigue a quelques ressemblances avec le premier succès de l'auteur "Les Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire" avec le principe des épreuves. L'histoire est rythmée, haletante. A travers les différentes épreuves, l'auteur a voulu traiter des sujets comme les mariages arrangés, le travail des enfants, la téléréalité... Le lecteur découvre une Inde où traditions et modernité se mêlent. Un livre qui se lit facilement et qui est dépaysant. Une belle découverte.

Merci  Babelio et Belfond pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
DANS LA VIE
, on n'obtient jamais ce qu'on mérite ; on obtient ce qu'on a négocié.
C'est la première chose qu'il )m'a enseignée.
Voici trois jours que je tente de mettre ce conseil en pratique, négociant fébrilement avec mes accusateurs et persécuteurs pour essayer désespérément d'échapper à la peine de mort qu'ils me réservent d'un commun accord.
Dehors, les médias guettent comme des vautours. Les chaînes d'information font leurs choux gras de mon histoire, exemple édifiant de ce qui arrive quand une collision entre cupidité et crédulité débouche sur une catastrophe sanglante dite homicide volontaire avec préméditation. Elles diffusent en boucle le cliché pris par la police après mon arrestation. Sunlight TV a même exhumé la photo de classe granuleuse de mon école à Nainital ; je suis assise, raide comme un piquet, au premier rang à côté de Mme Saunders, notre prof de quatrième. Mais Nainital me semble loin maintenant, pays de cocagne aux vertes montagnes et aux lacs argentés où mon optimisme juvénile m'avait jadis amenée à croire que l'horizon était infini et l'esprit humain indomptable.
J'ai envie d'espérer, de rêver, de recouvrer la foi, mais la réalité impitoyable m'écrase comme une chape de plomb. J'ai l'impression de vivre un cauchemar, d'être piégée dans le puits sombre et profond d'un désespoir sans nom, dont personne ne sort.
Confinée dans ma cellule aveugle et étouffante, je repense au jour fatidique où tout a commencé. Bien que cela remonte à plus de six mois déjà, je me souviens de chaque détail aussi clairement que si c'était hier. Je me revois me dirigeant vers le temple d'Hanuman dans Connaught Place par cet après-midi gris et froid...
Nous sommes le vendredi 10 décembre, et dans Baba Kharak Singh Marg c'est le tohu-bohu habituel, mélange chaotique de bruit et de chaleur. S'y croisent des bus bringuebalants, des voitures qui klaxonnent, des scooters pétaradants et des auto-rickshaws hoquetants. Pas un nuage dans le ciel, mais le soleil est masqué par le cocktail toxique de la pollution qui s'abat l'hiver sur la ville.
Prudente, j'ai troqué ma tenue de travail contre un modeste salvar kameez bleu ciel, sur lequel j'ai enfilé un cardigan gris. C'est un rituel que j'observe tous les vendredis : je quitte en douce le magasin à l'heure du déjeuner et traverse la place pour me rendre au vieux temple du dieu singe Hanuman.
La plupart des gens vont au temple pour prier ; moi j'y vais pour expier. Je ne me pardonne toujours pas la mort d'Alka. Quelque part, je reste persuadée que c'est arrivé par ma faute. Depuis ce drame affreux, Dieu est mon seul refuge. Et j'entretiens un rapport privilégié avec la déesse Durga qui a son propre sanctuaire à l'intérieur du mandir d'Hanuman.
Lauren Lockwood, mon amie américaine, n'en revient toujours pas que nous ayons trois cent trente millions de dieux. « Bon sang, vous autres hindous, vous savez vous entourer. » D'accord, elle exagère, mais il est vrai que tout temple digne de ce nom abrite les autels d'au moins cinq ou six autres divinités.
Chacune d'elles possède des pouvoirs particuliers. La déesse Durga est l'Invincible qui rattrape les situations les plus désespérées. Après la mort d'Alka, alors que ma vie était un tunnel obscur de tristesse, de chagrin et de regret, elle m'a donné la force. Elle est toujours là quand j'ai besoin d'elle.
Le temple est bondé, ce qui est plutôt rare pour un vendredi après-midi, et je me trouve prise dans le flot incessant des fidèles jouant des coudes pour accéder au saint des saints. Le sol de marbre est frais sous mes pieds nus, et l'air embaume le mélange capiteux de sueur, de santal, de fleurs et d'encens.
Je me joins à la file d'attente réservée aux dames, qui est nettement plus courte, et j'arrive à communier avec Durga Ma en moins de dix minutes.
Mon darshan – le tête-à-tête avec Dieu – achevé, je m'apprête à descendre les marches quand une main s'abat sur mon épaule. Je pivote et me retrouve face à un homme qui me dévisage intensément.
Lorsqu'un inconnu aborde une jeune femme à Delhi, le premier réflexe de celle-ci est d'attraper la bouteille de spray au poivre qu'elle garde toujours à portée de main. Mais celui qui me fait face n'a rien d'un traîne-savates désœuvré. C'est un monsieur âgé, vêtu d'un pyjama kurta en soie blanc cassé, un pashmina blanc drapé négligemment sur les épaules. Grand, la peau claire, il a un nez aquilin, une bouche dure et déterminée, et son visage est encadré d'une crinière blanche comme la neige, coiffée en arrière. Un tika vermillon lui orne le front. Ses doigts sont chargés de bagues serties de diamants et d'émeraudes. Mais c'est son regard pénétrant qui me trouble le plus. Il me fixe si franchement que c'en est intimidant. Voici un homme qui a manifestement l'habitude de commander.
— Puis-je vous dire deux mots ? demande-t-il d'une voix saccadée.
— Qu'est-ce que vous voulez ?
Je prends un ton sec, mais moins acerbe que d'ordinaire, eu égard à son âge.
— Je m'appelle Vinay Mohan Acharya, dit-il posément, et je dirige Acharya Business Consortium. Avez-vous entendu parler du groupe ABC ?
Je hausse les sourcils en guise d'assentiment. Il s'agit d'un des plus gros groupes industriels en Inde, qui produit de tout, depuis le dentifrice jusqu'aux turbines.
— J'ai une proposition à vous faire, qui va changer radicalement le cours de votre vie. Donnez-moi dix minutes, et je vous expliquerai.
Ces paroles, je les ai déjà entendues maintes fois. Dans la bouche de courtiers en assurances qui viennent vous relancer chez vous et de représentants de commerce qui font du porte-à-porte pour vendre des produits d'entretien.
— Je n'ai pas dix minutes, dis-je. Il faut que je retourne travailler.
— Écoutez-moi au moins, insiste-t-il.
— Eh bien, allez-y.
— J'aimerais vous offrir la chance de devenir P-DG du groupe ABC. C'est-à-dire la direction d'un empire financier d'une valeur de dix milliards de dollars.
Je sais maintenant qu'il faut se méfier de lui. Il parle comme un escroc, comme ces vendeurs à la sauvette dans Janpath qui cherchent à vous fourguer des ceintures en faux cuir et des paquets de mouchoirs bon marché. Je guette le demi-sourire qui me prouverait qu'il plaisante, mais son visage demeure impassible.
— Ça ne m'intéresse pas, lui dis-je fermement en commençant à descendre.
Il m'emboîte le pas.
— Vous êtes en train de me dire que vous refusez l'offre du siècle, plus d'argent que vous n'en gagneriez en l'espace de sept vies ?
Sa voix est cinglante comme un coup de fouet.
— Écoutez, monsieur Acharya ou qui que vous soyez. J'ignore à quoi vous jouez, mais je vous l'ai dit, ça ne m'intéresse pas. Alors soyez gentil, cessez de me harceler.
Je récupère mes mules Bata auprès de la vieille dame à l'entrée du temple qui garde les chaussures moyennant un petit pourboire.
— Vous devez croire qu'il s'agit d'une blague, déclare-t-il en enfilant une paire de sandales marron.
— Pourquoi, ce n'en est pas une ?
— Je n'ai jamais été aussi sérieux.
— Dans ce cas, vous devez faire partie d'une émission style Caméra cachée. Et au moment où je dirai oui, vous me montrerez toutes ces caméras qui vous suivent partout.
— Vous voyez un homme de mon rang participer à des émissions débiles ?
— Ma foi, ce n'est pas plus débile que d'offrir votre empire financier à de parfaits inconnus. Je me demande même si vous êtes bien celui que vous prétendez être.
— Bien vu.
Il hoche la tête.
— Un fond de scepticisme, c'est toujours sain.
Il sort un portefeuille en cuir noir de sa kurta et me tend une carte de visite.
— Peut-être que ceci finira de vous convaincre.
J'y jette un rapide coup d'œil. C'est impressionnant, une sorte de plastique translucide avec le logo du groupe ABC en relief et VINAY MOHAN ACHARYA, PRÉSIDENT gravé en gras.
— N'importe qui peut faire imprimer ça pour quelques centaines de roupies, dis-je en lui rendant sa carte.
Il en tire une autre de son portefeuille.
— Et celle-ci ?
C'est une carte Centurion d'American Express, toute noire, au nom de Vinay Mohan Acharya. J'ai rencontré cette espèce rare une seule fois, quand un entrepreneur bling-bling de Noida l'a sortie pour payer un téléviseur Sony LX-900 de 60 pouces qui valait presque quatre cent mille roupies.
— Ça ne change pas grand-chose.
Je hausse les épaules.
— Comment puis-je savoir que ce n'est pas une fausse ?
Nous avons déjà traversé le parvis du temple et nous approchons de la route.
— Voici ma voiture, dit-il en désignant une auto rutilante garée le long du trottoir.
Un chauffeur en casquette et uniforme blancs est assis au volant. Un homme armé en treillis émerge du siège avant et se fige au garde-à-vous. Acharya fait claquer ses doigts, et l'homme se précipite pour ouvrir la portière arrière. Son zèle servile n'a rien de feint : il est le fruit de longues années d'obéissance inconditionnelle. Je note, admirative, que la voiture est une Mercedes CLS-500 gris argenté, dont le prix va chercher dans les neuf millions de roupies.
— Une seconde, dit Acharya en se baissant.
Il attrape un magazine sur le siège arrière et me le tend.
— Je l'avais gardé en dernier recours. Si avec ça vous n'êtes pas convaincue, alors il n'y a plus rien à faire.
C'est un exemplaire du Business Times daté de décembre 2008. Avec un portrait en couverture, et le gros titre : « L'homme d'affaires de l'année ». Je regarde son visage, puis l'homme qui se tient en face de moi. Pas de doute : c'est la même crinière blanche rejetée en arrière, le même nez busqué, les mêmes yeux perçants. Je suis bien devant l'industriel Vinay Mohan Acharya.
— OK, je concède. Vous êtes donc M. Acharya. Qu'est-ce que vous me voulez ?
— Je viens de vous le dire. Vous nommer à la tête de mon groupe.
— Et vous imaginez que je vais vous croire ?
— Donnez-moi dix minutes, et vous serez obligée de me croire. Est-ce qu'on peut s'asseoir quelque part pour parler ?
Je consulte ma montre. Il me reste encore vingt minutes de pause déjeuner.
— On n'a qu'à aller au café, là-bas.
Je montre du doigt le bâtiment délabré de l'autre côté de la route qui sert de QG aux amateurs des derniers potins.
— J'aurais préféré le Lobby Lounge au Shangri La, dit-il à contrecœur, comme quelqu'un qui consentirait un sacrifice. Cela ne vous ennuie pas qu'un de mes collaborateurs se joigne à nous ?
Il n'a pas fini sa phrase qu'un homme se matérialise devant nous, tel un fantôme émergeant de la foule de passants. Bien plus jeune, la trentaine vraisemblablement, il porte avec décontraction un survêtement Reebok bleu roi sous lequel se dessine un corps musculeux d'athlète. J'effleure du regard ses cheveux coupés en brosse, ses petits yeux de furet et sa bouche mince et cruelle. Son nez légèrement de travers, comme à la suite d'une fracture, est la seule chose qu'on remarque dans un visage par ailleurs ordinaire. J'imagine qu'il devait suivre discrètement Acharya depuis le début. Ses yeux perçants ne cessent de pivoter à droite et à gauche, scrutant les environs avec le professionnalisme d'un garde du corps, avant de se poser sur moi.
— Je vous présente Rana, mon bras droit.
Je hoche poliment la tête, me ratatinant sous son regard glacé.
— On y va ? demande Rana.
Il a une voix rauque, grinçante, comme des feuilles mortes qui crissent sous les pas. Sans attendre ma réponse, il nous précède vers le passage souterrain.
L'odeur envahissante de dosas, galettes de riz et lentilles, en train de frire et de café grillé assaille mes narines dès que je franchis la porte battante du troquet. Je vois Acharya qui fronce le nez, regrettant déjà sa décision de venir ici. C'est l'heure du déjeuner, et la salle est bondée.
— Il faut compter vingt minutes d'attente minimum, nous informe le gérant.
Rana lui glisse un billet plié de cent roupies, et aussitôt on nous dresse une table dans un coin. Acharya et son acolyte s'installent d'un côté, et je prends place sur l'unique chaise en face d'eux. Rana commande d'un ton bref trois cafés filtre, puis Acharya prend le relais. Son regard plonge dans le mien.
— Je vais être franc avec vous. Ceci est un pari hasardeux pour moi. Alors, avant de vous exposer mon projet, j'aimerais que vous me parliez un peu de vous.
— En fait, il n'y a pas grand-chose à dire.
— Commencez par votre nom, déjà.
— Je m'appelle Sapna. Sapna Sinha.
— Sapna.
Il fait rouler le mot sur sa langue avant d'acquiescer, satisfait.
— C'est bien comme nom. Quel âge avez-vous, Sapna, si je puis me permettre ?
— Vingt-trois ans.
— Et que faites-vous dans la vie ? Vous étudiez ?
— J'ai fait mes études à l'université Kumaun à Nainital. Maintenant je travaille comme vendeuse chez Gulati & Fils. Ils ont un magasin d'électronique et d'électroménager dans Connaught Place.

Challenge Petit Bac 2014
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13 avril 2014

Le bonheur illicite des autres - Manu Joseph

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

94329851 Philippe Rey - mars 2014 - 336 pages

traduit de l'anglais (Inde) par Bernard Turle

Titre original : The Illicit Happiness of Other People, 2012

Quatrième de couverture :
« Vous n’échapperez pas au bonheur », affirme, en gros, Unni, adolescent des années 1980 fasciné par les délires collectifs, avant de sauter du toit de son immeuble d’une cité de Madras.
Pourquoi ce suicide ? Telle est la quête – l’enquête – de son père, écrivain raté, ivrogne et néanmoins journaliste d’investigation. À travers des monceaux de vignettes, de planches, de bandes dessinées réalisées par son fils, par le biais de témoignages de ses anciens camarades de classe pris entre pensées profondes et coups de ceinture paternels, Ousep tente d’adoucir ses doutes et ceux de son épouse, Mariamma, elle-même détentrice d’un secret ancien.
Dans son deuxième roman, en partie autobiographique, imprégné par l’univers volontiers sybillin des concepteurs de BD, Manu Joseph livre le portrait d’un groupe d’adolescents tourmentés par les grandes questions philosophiques (la vie est-elle un accident ?). Le tout exacerbé par le contexte indien, le goût de la procrastination, la passion distanciée des quêtes spirituelles et les défis jusqu’au-boutistes de la jeunesse.
Nourrie de plans panoramiques comme de gros plans, de séquences comme d’ellipses et jouissant de multiples angles de vue, sans oublier les flash-backs, l’enquête d’Ousep avance et piétine à la fois, entraînant le lecteur dans un per­pétuel travelling latéral dont les figurants soit lèvent le voile sur la psyché de l’adolescent indien d’aujourd’hui soit en démontrent toute l’imperméabilité.

Auteur : Manu Joseph est journaliste. Les Savants, son premier roman, déjà traduit dans une vingtaine de pays, a été remarquablement accueilli par la critique.

Mon avis : (lu en avril 2014)
A l'âge de 17 ans, Unni Chacko saute par la fenêtre du salon de ses parents. Il ne laisse aucune explication et les parents du jeune homme s'interrogent : pourquoi ce suicide ? Son père Ousep est un écrivain raté, alcoolique, journaliste d'investigation. Sa mère Mariamma est un peu bizarre, elle parle toute seule, elle se réfugie dans la religion... Le petit frère Thoma âgé de dix ans a de l'admiration pour son aîné. 
Trois ans après le drame, arrive un courrier avec quelques planches de BD dessinées par Unni, Ousep est persuadé que grâce à cela, il va pouvoir découvrir l'explication de son geste. Aussi sans relâche, il interroge les anciens camarades de classe d'Unni, il mènera son enquête pour découvrir qui était vraiment son fils... Le soir, Mariamma a de plus en plus de mal à gérer le retour de son mari ivre et bruyant. La famille est rejetée par le voisinage et a du mal à payer son loyer et sa nourriture. Thoma a du mal à trouver sa place de fils, lui aussi veut comprendre pourquoi son frère est mort...

L'histoire est triste mais le livre ne l'est pas. L'auteur nous fait découvrir l'Inde des années 1980, des personnages touchants et émouvants. Le lecteur est embarqué dans une quête de la vérité comme dans un roman policier entre passé et présent. J'ai lu ce livre presque d'une traite, la construction du livre donne à l'histoire un côté haletant et le ton n'est jamais pesant, des petites pointes d'humour dans certaines situations égaillent le propos. 

Merci Anaïs et les éditions Philippe Rey pour cette très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
À en croire Mariamma Chacko, Ousep Chacko est le genre d'homme qui doit mourir à la fin d'une histoire. Mais il sait qu'elle n'en est pas tout à fait certaine en permanence, surtout le matin. Comme d'habitude, il est assis à son bureau, il étudie une énorme pile de bandes dessinées, tentant de résoudre la seule énigme à laquelle son épouse s'intéresse désormais. Il ne lui a pas réclamé son café, mais elle le lui apporte tout de même, posant le verre sur le bois de son bureau d'un geste presque brusque, question de lui rappeler son comportement honteux d'hier soir. Avec la même brusquerie, elle ouvre en grand les fenêtres, vide les cendriers et range les journaux sur la table. Quand, enfin, il part au travail sans un mot, elle se plante dans l'encadrement de la porte d'entrée et le regarde descendre l'escalier.
Sur le terrain de jeux, un rectangle de terre ponctué de rares touffes d'herbe, Ousep se dirige vers la grille à petits pas rapides. Il voit ses congénères, les bons maris, les bons pères, souliers noirs cirés, chemises sévères déjà mouillées par l'humidité ambiante. Ils vont jusqu'à l'abri à scooters, casque au bras, à l'envers car ils ont mis dedans leur repas végétarien scandaleusement frugal. D'autres continuent d'émerger du tunnel des escaliers du Bloc A, un austère bâtiment blanc de trois étages. Leurs épouses apparaissent alors aux balcons, leur font au revoir, vêtues de saris en coton, coquettes, de bon augure. Elles marmonnent des prières, sourient à leurs voisines, chacune vérifiant constamment d'un oeil la bonne tenue de son bustier.
Les hommes ne saluent jamais Ousep. Ils détournent le regard, nettoient leurs lunettes ou s'intéressent soudain à ce qu'il y a par terre. Alors que, entre eux, ils ne s'épargnent aucun signe d'affection. Ils appartiennent à une fraternité au sein de laquelle, pour communiquer, il suffit de chasser une glaire avec un raclement de gorge.
«Gorbatchev, lâche un homme délicat.
- Gorbatchev», acquiesce l'autre.
Ayant ainsi complété son analyse de l'article phare du Hindu, l'élection de Mikhail Gorbatchev au poste de premier président de l'URSS, chacun avance vers son scooter. À Madras, un scooter est l'assurance qu'un mari ne rentrera pas ivre le soir. Les reporters d'investigation tels qu'Ousep Chacko trouveraient insultant d'être vus juchés sur l'un d'eux mais ses voisins sont pour la plupart employés de banque. Ils saisissent d'abord leur guidon et adoptent une pose alanguie. Puis ils donnent un coup de pied à l'engin, comme pour le surprendre, le réveiller. Plusieurs coups de pied, en fait, dont certains semblent rebondir. Le moteur finit par rugir et ils partent, à la queue leu leu, assis sur leurs ischions, bien en avant sur le siège du conducteur, comme si c'était plus économique. Ils reviendront de la même manière à six heures, rapportant une tresse de jasmin à leur épouse, qui l'attachera à son chignon lavé de frais, emplissant leur intérieur d'un parfum aphrodisiaque, entamant ainsi la paix de son beau-père, qui vit sous leur toit, vieillard tellement en manque de chair qu'il caresse les enfants, caresse les hommes adultes et se claque furtivement les cuisses l'une contre l'autre en regardant le tennis féminin à la télé.

 

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