le_caveau_de_famille Gaïa - mars 2011 - 237 pages

 

Quatrième de couverture :
Elle c'est Désirée, la bibliothécaire, et lui c'est Benny, le paysan. Elle dévore les livres comme les produits bio, lui élève des vaches et n’imagine pas qu’on puisse lire « de son plein gré ». Pourtant, ils s'accordent trois essais pour avoir un enfant ensemble. Si cela ne donne rien, c'est terminé pour toujours. Et si ça marche…
Comme le disait un critique littéraire suédois : "Le quotidien tue l'amour, la vie de famille l'enterre." C'est gai. Bienvenue dans le caveau de famille !
Pétillant et jubilatoire.

 

Auteur : Née à Stockholm en 1944, Katarina Mazetti a grandi à Karlskrona, port naval du sud de la Suède. Après avoir étudié et pratiqué le journalisme, puis repris ses études et décroché un diplôme d'anglais et de littérature, elle a travaillé comme professeur puis comme productrice de radio. Pendant vingt ans, elle a vécu avec son compagnon et leurs quatre enfants dans une petite ferme du nord du pays. De cette expérience est né Le mec de la tombe d'à côté, son premier roman pour adultes, qui a valu un immense succès dans le monde entier à cet auteur prolifique - livres pour la jeunesse, critiques littéraires, chroniques radio, chansons, comédies, etc. 

 

Mon avis : (lu en mai 2011)
Lorsque j'ai su que Katarina Mazetti avait écrit une suite à son livre « Le mec de la tombe d'à côté », j'étais impatiente de retrouver Benny et Désirée. Lorsque je les avais quittés, ils avaient décidé de rompre car Désirée n'était pas prête à abandonner sa vie pour s'installer à Rönngården.
Entre la fin du livre « Le mec de la tombe d'à côté » et le début de « Le caveau de famille », Benny s'est mis en ménage avec sa cousine Anita, femme parfaite pour l'aider à tenir sa maison et à l'aider dans l'étable. Désirée est sortie avec Anders, papa d'un petit garçon. C'est à ce moment là que Désirée a ressentie une grande envie de devenir mère, même en restant célibataire. Elle a demandé à Benny d'être le père, sans engagement en retour. Benny a accepté et ensemble ils ont décidé de faire trois essais, après, si le test de grossesse est négatif ils couperont tout contact, sinon ils en rediscuteront...
Le livre commence avec les trois essais, le test de grossesse est négatif, mais ils ont redécouvert qu'ils tenaient toujours l'un à l'autre et ils veulent encore faire un triple essai et finalement c'est positif ! Benny va donc avouer à Anita qu'il aime toujours Désirée et cette dernière va venir s'installer à la ferme. Ainsi commence la vie de couple, puis la vie de famille de Désirée, Benny et leurs nombreux enfants !
Le livre est construit avec le même procédé d'écriture que le premier, c'est à dire que le lecteur découvre tour à tour le point de vue de Désirée et celui de Benny.
Cinq ans après avoir lu le livre précédent, j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir la suite des aventures de Désirée et Benny, j'ai retrouvé l'esprit et l'humour du livre précédent. L'auteur décrypte l'évolution des relations dans un couple avec l'arrivée des enfants, avec les soucis de la vie quotidienne, le partage des tâches entre la femme et le mari...

 

Extrait : (début du livre)
Benny 

La première nuit, en quittant l'appartement de Désirée je me suis cassé la figure dans l'escalier, et je pense que c'était tant mieux. J'ai glissé sur plusieurs marches, me suis rattrapé avec le coude contre la cage d'ascenseur - aïe, saloperie ! - et me suis retrouvé sur un genou, la jambe formant un angle bizarre, j'ai même eu l'impression d'entendre un craquement. 

Un vieux en peignoir a ouvert sa porte et jeté un coup d'œil soupçonneux sur le palier et il m'a vu là, à genoux. Ça me faisait un mal de chien, je me suis mordu la lèvre pour ne pas crier, mais j'ai malgré tout voulu le rassurer. Pour lui faire comprendre que je n'étais pas une menace pour l'ordre public, je me suis incliné avec dignité devant lui. Benny, le Blaireau National. Il a claqué la porte, et je l'ai entendu tourner des clés et mettre des chaînes de sécurité. Il a peut-être cru que j'étais membre d'une secte bizarroïde, une sorte de Témoin de Jéhovah forcené qui faisait ses dévotions dans la cage d'escalier avant d'essayer d'enrôler des disciples. Seigneur Dieu ! 

Avez-vous déjà essayé de conduire avec une jambe raide et tendue et l'autre qui s'occupe de toutes les pédales à la fois, embrayage, accélérateur et frein ? Ma voiture avançait par bonds comme un lièvre dans un champ de patates. 

Mais c'était tant mieux, donc. Parce que tout le lendemain, ma jambe m'a empêché de penser à autre chose, tellement elle me faisait mal. Si j'avais essayé, je crois que les connexions possibles auraient immédiatement provoqué un court-circuit dans mon cerveau. Désirée, encore. Tous les vieux sentiments qui me labouraient les entrailles. Anita. Elle dormait, heureusement, quand je suis rentré et encore au matin quand je me suis rendu à l'étable en boitillant sur ma jambe raide. J'ai été jusqu'à éviter de regarder ses pelotes de laine et ses aiguilles à tricoter sur la banquette de la cuisine pendant que je sirotais un Nes avec de l'eau chaude du robinet, sur le qui-vive pour me sauver rapidement et ne pas avoir à croiser son regard. 

Et ensuite la traite, la jambe tendue. Mon genou était tout chaud et gros comme un ballon de hand, je sentais le sang pulser. J'ai fini par dégoter le botte-cul, l'espèce de pied unique à ressort qu'on attache autour de la taille. Ça faisait un bail que je ne l'avais pas utilisé, je n'ai pas trouvé le bon équilibre et je me suis vautré dans la rigole à purin et cogné le coude à nouveau, celui qui me faisait déjà mal. Etalé là dans la merde, je me suis bidonné en me disant que je l'avais bien cherché, gougnafier de mes deux. Et j'ai pensé que j'allais faire rire Désirée en le lui racontant. J'avais presque honte d'être heureux à ce point-là. 

Sauf que je n'ai pas pu raconter grand-chose. Le moment n'était pas vraiment propice au bavardage et aux histoires drôles. Pour commencer, rien que le fait d'y retourner le soir ne m'a pas spécialement fait bomber le torse. J'ai dû mentir à Anita qui avait préparé des isterband* avec des pommes de terre à l'aneth pour le dîner, mon plat préféré. J'ai remarqué le catalogue de Guldfynd sur la banquette, ouvert à la page des alliances, ma tête à couper que ce n'était pas un hasard, mais j'ai fait comme si je ne l'avais pas vu. Il m'a semblé qu'elle me regardait avec insistance, et j'ai pondu une fable comme quoi j'avais trébuché dans le grenier à foin et m'étais éclaté le genou, j'en ai rajouté pour me faire plaindre. Le gougnafier qui cherche à se faire consoler après un faux pas. Mais ça fonctionne toujours, l'infirmière en elle a pris le dessus et elle a examiné mon genou d'un air professionnel, a fait un bandage de soutien en déclarant que ce n'était qu'une petite entorse de rien du tout. 

D'une voix étranglée j'ai marmonné que Berggren dans le village à côté avait besoin d'aide pour remplir un formulaire de l'UE, puis j'ai clopiné jusqu'à la voiture. J'ai pris la direction de la ville sur les chapeaux de roues, ce n'est qu'au bout d'un moment que je me suis rappelé que Berggren habitait de l'autre côté. Si Anita avait jeté un regard par la fenêtre quand je partais, je n'aurais pas échappé à un interrogatoire en rentrant. 

Je m'en fichais - l'important était que je parte, car j'étais un homme avec une Mission. Que diable, un super-héros ! Qui se pointerait avec ses pouvoirs magiques pour faire un enfant à une petite crevette ! Il ne manquait que la cape et le justeaucorps. Et un logo sur la poitrine... Un spermatozoïde géant, peut-être ? 

Je me suis demandé si je ne devais pas me sentir exploité. N'était-ce pas un abus sexuel, attraper un ancien amant et se servir de lui parce qu'on s'était mis dans le crâne d'avoir un mouflet ? Ne devrais-je pas plutôt redresser la nuque et rétorquer qu'elle n'avait qu'à ouvrir un compte dans une banque de sperme ? 

Bah, je savais très bien que ceci était quelque chose que je ne pourrais pas m'empêcher d'accomplir, même si je devais sauter à cloche-pied jusqu'en ville avec ma patte folle. Et l'engouement pour les enfants n'était pas juste une nouvelle tocade pour Désirée. La seule chose qui me retenait de chanter Hosanna à tue-tête dans la voiture était un soupçon irritant que c'était précisément les petits gaillards à queue qu'elle guignait, pas moi personnellement. J'avais naturellement enfoui tous mes doutes dans un puits en bloquant bien le couvercle avec un serre-joint. Peut-être que je n'aurais même pas à expliquer quoi que ce soit à Anita ? Sait-on jamais, j'avais peut-être été exposé à de la kryptonite verte qui aurait fait faner tous mes spermatozoïdes ? Ou manipulé du Roundup et autres mort-aux-rats à la ferme ? Et dans ce cas, à quoi je lui servirais, à Désirée ? 

Après l'amour, elle a pleuré en disant qu'elle ne voulait plus qu'on se revoie, parce que je commencerais à lui manquer à nouveau. Moi ? A nouveau ? J'étais tellement confus que je me suis borné à dire "Ah bon", puis je suis rentré chez moi avec un mal au crâne monstrueux. Mais j'y suis retourné le lendemain soir quand même. On avait dit trois essais. Et si elle n'était plus d'accord, j'avais décidé de lui demander ce qu'elle entendait par "à nouveau". 

Mais le troisième soir, elle n'était pas chez elle. En tout cas, elle n'a pas ouvert la porte. 

*Saucisse fumée au goût légèrement acide, préparée à partir de viande de porc, d'orge et de pommes de terre. (Note du traducteur). 

Désirée 

Je me suis réveillée avec l'odeur de Benny sur l'oreiller. Du savon, avec quelques touches de foin, d'huile de moteur et de café, et de la bouse de vache en note de tête. Pour paraphraser les pubs de parfums. 

Ce jour-là était tellement étrange. Comme si j'étais sortie de ma vie et m'étais postée un peu plus loin. Mes pensées n'étaient que des griffonnages dans la marge, je faisais en quelque sorte l'école buissonnière loin de mon existence toute tracée, prévisible et somme toute assez agréable. 

Car c'était un fait. J'étais obligée de me mettre entre parenthèses, de me figer au milieu du pas, jusqu'à ce que cette chose inouïe soit réglée. Si je tombais enceinte, nous serions forcés de tout reconsidérer et de redessiner la carte. Et si je ne tombais pas enceinte, tout n'aurait été que du business as usual et rien de particulier ne se serait passé. 

Je ne m'étais pas sentie ainsi depuis que j'étais petite et que ma tante Anna-Lisa me menaçait de l'orphelinat si je disais des gros mots. Je venais de me trouver une copine, Agneta, c'était une voisine. Parfois elle disait "Saleté de merde" et essuyait de longs filets de morve avec la manche de son pull, je l'admirais infiniment et voulais être comme elle. Mais si papa apprenait que moi aussi je m'amusais à débiter des grossièretés, il me fourrerait dans la voiture pour me conduire dans une grande maison remplie d'enfants et de dames méchantes. C'est à ce moment-là que j'ai fait précisément ce pas de côté dans ma vie, je me suis tenue prête au pire pendant plusieurs jours. Je ne jouais pas avec ma nouvelle poupée pour ne pas qu'elle me manque trop ensuite. Ne parlais pas, pour ne pas dire un gros mot par inadvertance. Je débarrassais la table et me brossais les dents pendant une éternité pour faire bonne impression. Tante Anna-Lisa disait à maman qu'elle l'avait trop gâtée, sa gamine, mais heureusement il avait suffi que "quelqu'un" de ferme la prenne en main et arrête de la dorloter. Elle-même, donc. Ensuite elle est repartie chez elle et tout rentra dans l'ordre. J'appris même à dire "Saleté de merde" avec fougue et enthousiasme, mais seulement chez Agneta. 

Subitement, "mon" appartement n'était plus uniquement le mien. Pour commencer, je pourrais mettre le petit lit à barreaux dans ma chambre et installer une table à langer au-dessus de la baignoire, mais ensuite je serais sans doute obligée de transformer mon bureau en chambre d'enfant. Au boulot, Lilian avait demandé si quelqu'un était intéressé par leur lit à deux places, son mari et elle avaient l'intention de faire chambre à part quand leur fille aînée serait partie. Il rentrerait pile-poil dans ma chambre, il ne faisait qu'un mètre cinquante de large et Benny pourrait... 

A moins de choisir la petite pièce mansardée de Rönngården ? Elle pourrait devenir vraiment sympa, juste à côté de la chambre de Benny avec les rideaux en robe de bal, mais était-elle isolée contre le froid ou bien n'était-ce qu'un simple grenier ? Et comment aurions-nous les moyens de m'acheter une voiture ? 

Sauf que dans le lit de Benny, il y avait une autre femme. Etait-il allé se coucher à côté d'elle hier soir ? Je nous ai imaginées toutes les deux faisant la queue en même temps à la pharmacie, nous achèterions nos tests de grossesse puis nous partirions chacune de son côté et nous retiendrions notre souffle en voyant la réponse positive... 

A ce stade, j'ai posé une enclume sur toutes les pensées qui bourdonnaient dans ma tête et je me suis mise sur Attente. Standby. Pas de projets avant de tenir le résultat du test dans ma main. Et aucun du tout s'il était négatif. Me suis-je dit. 

Je n'avais même pas l'intention de rougir inutilement devant sa compagne. Evidemment que ceci n'allait pas marcher. Ce n'était que la lubie d'une femme seule qui ployait sous le poids d'un gigantesque réveil biologique dont elle voulait faire taire l'insupportable sonnerie. 

Toute la journée, je me suis observée de l'extérieur, malgré moi. Une sensation d'irréel : voici une Femme Enceinte qui boit du jus d'orange, qui mange sainement et s'abstient de porter de lourdes piles de livres. Si je me comportais ainsi, c'est parce que je ne pouvais pas faire autrement ; le soir quand j'envisageais un petit verre de vin avec mon omelette, je voyais ma main le vider dans l'évier. C'était fascinant. Comme si la main était guidée par l'utérus, pas par des impulsions cérébrales. 

Benny... Je n'arrivais même pas à penser à lui. Chaque fois que mon esprit essayait de s'engager sur ces chemins-là, je serrais les paupières et je descendais, marche après marche, dans ma Chambre intérieure particulière, comme on me l'avait appris au stage d'autohypnose. Mais il s'accrochait à moi quand même, comme une ombre sur une image télé mal réglée. J'ai été jusqu'à imaginer que c'était sa compagne qui était venue me reluquer à la bibliothèque cet après-midi-là. Comme si elle pouvait savoir qui j'étais, alors que nous ne nous étions jamais rencontrées ! 

Le soir il est revenu, vers huit heures. Depuis une bonne demi-heure, mon cœur battait comme si j'avais couru un marathon. Il avait l'air de boiter un peu, mais je n'ai pas voulu poser de questions, tout ça était bien trop fragile pour des paroles. Nous nous sommes seulement adressé des ricanements idiots, avant d'aller tout droit dans la chambre nous livrer à notre projet insensé. Ensuite j'ai pleuré et j'ai dit : 

- Il ne faut plus que tu reviennes, c'est trop pour moi, je ne veux pas retomber dans le piège, tu vas me manquer à nouveau. 

- Je t'ai manqué ? a-t-il dit et sa voix était remplie d'une authentique surprise. 

 

Déjà lu du même auteur :

le_mec_de_la_tombe_d___cot_ Le mec de la tombe d'à côté les_larmes_de_Tarzan  Les larmes de Tarzan

entre_dieu_et_moi_c_est_fini Entre Dieu et moi, c’est fini

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Suède : Katarina Mazetti

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