27 décembre 2008

Les Quatre fleuves - Fred Vargas - Edmond Baudoin.

les_quatre_fleuves Viviane Hamy, novembre 2000, 224 p

PRIX ALPH-ART DU MEILLEUR SCÉNARIO, ANGOULÊME 2001

Résumé : Avec Les Quatre Fleuves, deux artistes ont dialogué pendant plus d’un an pour offrir au lecteur un roman d’un type inédit. Le pinceau et la plume magiques de Baudoin, en donnant un visage aux personnages, en explorant formes, rythmes et mouvements, exaltent la «singularité du style et de l’univers littéraire, l’humour ravageur, et la subversion du regard» (M.Abescat) caractéristiques de l’œuvre de Fred Vargas.

Toujours campé sur ses rollers, le jeune Grégoire Braban et son ami Vincent s’adonnent avec plus au moins de bonheur au vol à la tire. Ce jour-là, à Saint-Michel, ils arrachent la sacoche d’un vieux. Trente mille balles. Le gros lot. Mais la sacoche est lourde de bien autre chose.

Autre chose d’assez dégueulasse. Le sac du vieux, c’est la boîte de Pandore. Il y a tous les péchés du monde là-dedans.

Au soir, Vincent est assassiné, la cuisse lacérée de quatre coups de lame. Le commissaire Adamsberg s’inquiète de cet étrange dessin. Le tueur à la serpe, celui que la rumeur a surnommé le Bélier vient-il de signer son quatrième meurtre ?

Auteurs :

Fred Vargas est née à Paris en 1957. Fred est le diminutif de Frédérique. Vargas est son nom de plume pour les romans policiers. Pendant toute sa scolarité, Fred Vargas ne cesse d'effectuer des fouilles archéologiques. Après le bac, elle choisit de faire des études d'histoire. Elle s'intéresse à la préhistoire, puis choisit de concentrer ses efforts sur le Moyen Âge. Elle a débuté sa « carrière » d'écrivain de roman policier par un coup de maître. Son premier roman Les Jeux de l'amour et de la mort, sélectionné sur manuscrit, reçut le Prix du roman policier du Festival de Cognac en 1986 et fut donc publié aux éditions du Masque. Depuis elle a écrit : Un lieu incertain (2008), Dans les bois éternels (2006), Sous les vents de Neptune (2004), Coule la Seine (2002), Pars vite et reviens tard (2001), Petit traité de toutes vérités sur l'existence (2001), Les quatre fleuves (en collaboration avec Edmond Baudoin) (2000), L'homme à l'envers (1999), Sans feu ni lieu (1997), Un peu plus loin sur la droite (1996), Debout les morts (1995), Ceux qui vont mourir te saluent ( 1994), L'homme aux cercles bleus (1992)

Edmond Baudoin est un dessinateur et scénariste de bande dessinée français, né en 1942 à Nice. Après avoir suivi des cours aux Arts décoratifs de Nice dans l’adolescence, il a exercé comme comptable avant de revenir au dessin en 1971.

Mon avis :

Agréable à lire, on retrouve toujours l'atmosphère des livres de Fred Vargas, une intrigue palpitante, des personnages originaux et attachants et le plus c'est la Bande Dessinée. Le format est un peu plus grand que le livre habituel.

Extrait :

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26 décembre 2008

INTO THE WILD voyage au bout de la solitude - KRAKAUER Jon

into_the_wild Presses de la Cité - novembre 2007 – 248 pages

Présentation de l'éditeur
Il avait renoncé au rêve américain. Pour vivre une aventure extrême. En 1992, le cadavre d'un jeune homme est découvert dans un bus abandonné en Alaska, au pied du mont Mckinley, loin de tout lieu habité. Fils de bonne famille, Chris McCandless aurait dû en toute logique devenir un américain bien tranquille à l'avenir sans surprise. Mais, dès l'obtention de son diplôme universitaire, il décide de partir à l'aventure. Après avoir fait don de ses économies à une œuvre humanitaire, il entame son périple sous un nom d'emprunt avec sa vieille voiture, qu'il abandonnera un peu plus tard. Il sillonne le sud des Etats-Unis, subsistant grâce à de menus travaux, avant de réaliser son grand projet: s'installer au cœur de l'Alaska, seul, en communion avec la nature. Mais on ne s'improvise pas trappeur, ni homme des bois... Ce parcours dramatique d'un jeune homme qui a voulu vivre jusqu'au bout son impossible idéal est retracé par Jon Krakauer, l'auteur du best-seller tragédie à l'Everest. Livre-culte dans le monde entier, Into the Wild a d'emblée fasciné Sean Penn, qui en a réalisé une adaptation cinématographique applaudie par la critique américaine.

Mon avis : (lu en septembre 2008)

Ce livre est un voyage pendant lequel on navigue entre l'admiration, le rêve, mais aussi l'incompréhension voire la colère. Ce livre a été conçu par l'auteur comme une sorte de reportage, le style d'écriture très journalistique. Krakauer a tenté de retracer le parcours de Chris, à travers les cartes postales qu'il a écrites, les boulots qu'il a fait et les traces qu'il a laissé en cours de route. Le récit est rempli d'extraits de livres retrouvés dans les affaires de Chris dont des passages ont été soulignés par ses soins, d'extraits de ses écrits et de journaux.
Une partie du livre m'a semblé un peu longue et moins intéressante : c'est celle où il est question d'autres voyageurs, dont l'auteur. Les dernières pages qui concernent sa mort sont troublantes et émouvantes.

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84, Charing Cross Road - HANFF Helene

84_charing_cross_road Traduit par Marie-Anne de Kisch

Autrement – janvier 2008 – 116 pages

Résumé : Lorsqu’Helene Hanff (1916-1996) adresse, le 5 octobre 1949, sa première lettre à la librairie londonienne Marks and Co, elle ne sait pas encore qu'elle vient d'inaugurer une correspondance qui durera vingt ans ...

Helene Hanff est loin d'être une cliente ordinaire comme vont le découvrir les employés de Marks and Co. Et parmi eux, Frank Doel, interlocuteur privilégié de cette lectrice aux goûts prononcés pour les essais, les Mémoires ou encore la poésie - elle préfère John Donne aux "vapeurs" d'un William Blake.

Lectrice exigeante et éclairée (on savourera sa critique d'une édition des "Sermons" du poète-prédicateur anglais), Helene Hanff est surtout une épistolière débordante de drôlerie et d'humour. Particulièrement redoutable, et proprement irrésistible, lorsqu'elle cherche à ébranler la légendaire réserve britannique de Frank.

Mon avis :

Voici une correspondance entre une lectrice et sa librairie au-delà de l'Atlantique. On assiste à un échange d'ouvrages, de passion de lecture, entre amis qui ne se connaissent que par leurs lettres, ils échangent même de la nourriture !

Car c’est l’après-guerre et en Angleterre, on manque de beaucoup de choses, contrairement aux Etats-Unis.

C’est aussi un livre sur les livres... Il se lit très facilement avec beaucoup de plaisir.

Il existe également une adaptation cinématographique de ce livre avec Anne Bancroft et Anthony Hopkins en 1987

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Extrêmement fort et incroyablement près - SAFRAN FOER Jonathan

Extr_mement_fort_et_incroyablement Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jacqueline Huet, Jean-Pierre Carasso

Edition de l'Olivier - septembre 2006 – 448 pages

Présentation de l'éditeur

Oskar Schell a neuf ans. Il est : inventeur, entomologiste amateur, épistolier, francophile, pacifiste, consultant en informatique, végétalien, origamiste, percussionniste, astronome amateur, collectionneur de pierres semi-précieuses, de papillons morts de mort naturelle, de cactées miniatures et de souvenirs des Beatles. Un an après la mort de son père dans les attentats du 11 septembre, Oskar trouve une clé. Persuadé qu'elle résoudra le mystère de la disparition de son père, il part à la recherche de la serrure qui lui correspond. Sa quête le mènera aux quatre coins de New York où il pénétrera les vies d'inconnus et découvrira l'histoire de sa famille. Dans le sillon de ce gamin surdoué, ultra sensible et d'une inventivité presque maladive, se dévoile une ville qui, un an après les attentats des Twin Towers, panse ses plaies et recèle bien des trésors. Tandis qu'en filigrane se dessine le récit de la famille d'Oskar, érigeant l'Histoire en écho à nos tragédies contemporaines.

Auteur :
Né en 1977 à Washington, D.C., Jonathan Safran Foer fait des études de lettres à Princeton. En 1999, il part en Ukraine pour y retracer la vie de son grand-père. De ce voyage résulte son premier roman, Tout est illuminé (Editions de l'Olivier, 2003), qui devient un événement littéraire international. Couronné de nombreux prix et encensé par la critique, Tout est illuminé est adapté au cinéma par Liev Schreiber avec Elijah Wood dans le rôle principal. Foer est aussi l'auteur de textes parus dans The Paris Review, The New Yorker ou The New York Times. Il vit à Brooklyn avec sa femme et leur fils.

Mon avis : 5/5 (lu en 2007)

Incroyablement émouvant. J'ai été bouleversée par l'histoire d'Oskar. C'est difficile de ne pas verser de larmes devant ce jeune garçon ultra-sensible qui refuse d'imaginer la mort de son père et qui part à sa recherche.

Le livre en lui-même est très inventif et original : des photos, des pages blanches, noires, des pages avec un mot, une phrase... Il y a un vrai jeu de piste qui nous promène dans New-York.

Un bon conseil : Pour profiter totalement des surprises du livre, il ne faut pas le feuilleter avant de le lire… il faut découvrir chaque page lors de la lecture !

Un vrai coup de cœur pour moi !

Extrait :

« La première lettre, je l'ai écrite à Stephen Hawking. J'y ai collé un timbre d'Alexander Graham Bell.

Cher Stephen Hawking,
Puis-je s'il vous plaît être votre protégé?
Merci,
Oskar Schell

Je pensais qu'il allait pas répondre, parce que c'est quelqu'un de si extraordinaire et que je suis quelqu'un de si normal. Et puis un jour que je rentrais de l'école, Stan m'a tendu une enveloppe en disant, «Vous avez du courrier!» de la voix AOL que je lui ai apprise. J'ai grimpé à toute vitesse les 105 marches jusqu'à notre appartement, j'ai couru à mon laboratoire, je suis allé dans mon placard, j'ai allumé ma lampe de poche et je l'ai ouverte. La lettre était dactylographiée, évidemment, parce que Stephen Hawking n'a pas l'usage de ses mains, parce qu'il est atteint de sclérose latérale amyotrophique, dont je connais l'existence, malheureusement.

Merci pour votre lettre. Il ne m'est pas possible de répondre personnellement au très abondant courrier que je reçois. Sachez cependant que je lis toutes les lettres et les conserve dans l'espoir d'être un jour en mesure de répondre à chacune comme elle le mérite. Dans cette attente,
Bien à vous,
Stephen Hawking

J'ai appelé le portable de maman.
«Oskar?
- T'as décroché avant que ça sonne.
- Tout va bien?
- Il va me falloir une machine à plastifier.
- A plastifier?
- Pour une chose incroyablement formidable que je veux conserver.»

C'était toujours papa qui venait me border, il racontait des histoires magnifiques, on lisait le New York Times ensemble, et des fois il sifflait I Am the Walrus parce ce que c'était sa chanson préférée alors qu'il ne pouvait pas expliquer ce qu'elle voulait dire, à ma grande frustration. Un des plus beaux trucs, c'était qu'il dénichait une faute dans tous les articles qu'on regardait. Des fois, c'étaient des fautes de grammaire, des fois des erreurs sur la géographie ou les faits, et des fois l'article ne disait pas tout ce qu'il y avait à dire. J'adorais avoir un papa plus intelligent que le New York Times et j'adorais, avec ma joue, sentir les poils de sa poitrine à travers son T-shirt, et qu'il ait toujours l'odeur de quand il se rasait, même à la fin de la journée. Avec lui, mon cerveau se tenait tranquille. Je n'avais pas besoin d'inventer quoi que ce soit.

Quand papa était venu me border ce soir-là, la veille du pire jour, je lui avais demandé si le monde était plat, si c'était une plaque sur le dos d'une tortue géante.

«Pardon?
- Non, d'accord, mais pourquoi la Terre reste en place au lieu de tomber à travers l'Univers?
- C'est bien Oskar que je suis venu border? Un extraterrestre aurait-il volé son cerveau pour faire des expériences?
- Nous ne croyons pas aux extraterrestres.
- La Terre tombe bel et bien à travers l'Univers. Tu le sais, bonhomme. Elle tombe sans cesse en direction du Soleil. C'est ce qu'on appelle une orbite.»

Alors j'ai dit:
«Evidemment, mais pourquoi la gravité existe-t-elle?
- Comment ça, pourquoi existe-t-elle?
- Pour quelle raison?
- Qui a dit qu'il devait y avoir une raison?
- Personne, en fait.
- C'était une question de pure forme.
- Qu'est-ce que ça veut dire?
- Ça veut dire que je ne la posais pas pour obtenir une réponse mais pour faire une démonstration.
- Quelle démonstration?
- Qu'il n'y a pas besoin de raison.
- Mais s'il n'y a pas de raison, pourquoi l'Univers existe-t-il, tout simplement?
- Parce que les conditions étaient réunies.
- Alors pourquoi je suis ton fils?
- Parce que maman et moi avons fait l'amour et qu'un de mes spermatozoïdes a fécondé un de ses ovules.
- Excuse-moi, je vais vomir.
- Ne fais pas semblant d'avoir ton âge.
- Bon, ce que j'arrive pas à comprendre, c'est pourquoi nous existons. Pas comment, mais pourquoi?»

Et j'avais regardé les lucioles de sa pensée en orbite autour de sa tête. Il avait dit:
«Nous existons parce que nous existons.
- Hein quoi qu'est-ce?
- Nous pouvons imaginer toutes sortes d'univers différents du nôtre, mais c'est le nôtre qui s'est produit.»

J'avais compris ce qu'il voulait dire et je n'étais pas en désaccord avec lui mais je n'étais pas d'accord non plus. Ce n'est pas parce qu'on est athée qu'on n'adorerait pas qu'il y ait des raisons pour que les choses existent, voilà tout.

J'avais allumé ma radio à ondes courtes et, avec l'aide de papa, j'avais pu capter quelqu'un qui parlait grec, ce qui était sympa. On comprenait pas ce qu'il disait mais on était restés comme ça, sur mon lit, à regarder les constellations qui brillent dans le noir au plafond de ma chambre en écoutant un moment . «Ton grand-père parlait grec, il a dit.
- Tu veux dire qu'il parle grec.
- C'est juste. Seulement il ne le parle pas ici.
- C'est peut-être lui qu'on est en train d'écouter.»

La première page du New York Times était étalée sur nous comme une couverture. Il y avait la photo d'un joueur de tennis couché sur le dos, ça devait être le vainqueur, mais je voyais pas vraiment s'il était content ou triste.

«Papa?
- Oui?
- Tu me racontes une histoire?
- Bien sûr.
- Une belle?
- Pas comme toutes les histoires barbantes que je raconte.
- C'est ça.»

Je m'étais niché incroyablement près de lui, tout contre, si près que j'avais le nez sous son bras, au creux.
«Et tu ne m'interrompras pas?
- J'essaierai.
- Parce que c'est difficile de raconter une histoire quand on est tout le temps interrompu.
- Et c'est très ennuyeux.
- Et c'est très ennuyeux.»

Juste avant qu'il commence, c'était le moment que je préférais.
«Il était une fois où New York possédait un sixième district.
- C'est quoi, un district?
- C'est ce que j'appelle une interruption.
- Je sais, mais l'histoire ne rimera à rien pour moi si je ne sais pas ce que c'est qu'un district.
- C'est comme un quartier. Ou plutôt un ensemble de quartiers.
- Alors, s'il y en avait un sixième autrefois, c'est quoi, les cinq districts?
- Manhattan, évidemment, Brooklyn, Queens, Staten Island et le Bronx.
- Je suis déjà allé dans un des autres districts?
- Et c'est reparti!
- C'est pour savoir.
- On est allés au zoo du Bronx, une fois, il y a quelques années. Tu te rappelles?
- Non.
- Et nous sommes allés à Brooklyn, voir les roses au Jardin botanique.
- J'ai été à Queens?
- Je ne crois pas.
- Et à Staten Island?
- Non.
- Il y avait vraiment un sixième district?
- C'est ce que j'essaie de te raconter.
- Je t'interromps plus. Promis.»

Après l'histoire, on avait rallumé la radio et capté quelqu'un qui parlait français. Ça, c'était particulièrement sympa, parce que ça m'avait rappelé les vacances, dont on venait juste de rentrer et dont je voudrais tellement qu'elles n'aient jamais fini. Au bout d'un moment, papa m'avait demandé si j'étais réveillé. J'avais répondu que non, parce que je savais qu'il n'aimait pas partir avant que je me sois endormi et que je ne voulais pas qu'il soit fatigué pour aller travailler le lendemain matin. Il m'avait embrassé sur le front en disant bonne nuit. Et puis il était déjà près de la porte.

«Papa?
- Oui, mon bonhomme?
- Rien.»

La fois suivante où j'ai entendu sa voix, c'était en rentrant de l'école, le lendemain. On nous avait renvoyés chez nous à cause de ce qui s'était passé. J'avais aucune raison de paniquer parce que papa et maman travaillaient tous les deux au centre de Manhattan et que grand-mère travaillait pas, évidemment, et donc tous ceux que j'aimais risquaient rien.

Je sais qu'il était 10 h 18 quand je suis rentré parce que je regarde beaucoup ma montre. L'appartement était vide et il y avait pas un bruit. En allant à la cuisine, j'avais inventé un levier qui pourrait être sur la porte d'entrée et déclencherait une énorme roue dentée dans le salon pour actionner un engrenage métallique suspendu au plafond de façon à jouer de la belle musique, Fixing a Hole ou I Want to Tell You, et comme ça l'appartement serait une énorme boîte à musique.

Après avoir câliné Buckminster quelques secondes pour lui montrer que je l'aimais, j'étais allé voir s'il y avait des messages. J'avais pas encore de portable et, en partant de l'école, Dentifrice m'avait dit qu'il appellerait pour me dire si j'irais le voir essayer de faire des acrobaties sur sa planche à roulettes dans le parc ou si nous irions regarder des numéros de Playboy au drugstore qui a des rayons dans lesquels personne ne peut voir ce qu'on regarde. J'en avais pas très envie, mais n'empêche.

Message un. Mardi, 8 h 52. Il y a quelqu'un? Allô? C'est papa. Si vous êtes là, décrochez. Je viens d'essayer au bureau mais personne n'a répondu. Ecoutez, il est arrivé quelque chose. Je vais bien. On nous dit de rester où on est et d'attendre les pompiers. Je suis sûr que ce n'est rien. Je vous rappelle dès que j'en saurai un peu plus sur ce qui se passe. Je voulais simplement vous dire que je vais bien et de ne pas vous inquiéter. Je rappelle bientôt. »

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Tea-Bag - MANKELL Henning

tea_bag Traduit du suédois par Anna Gibson

Seuil - mars 2007 - 329 pages

Présentation de l'éditeur
Tea-Bag, jeune Nigériane, traverse l'Europe à pied, persuadée que tout là-haut, en Suède, une porte s'ouvrira pour elle. Tania, venue de Smolensk, a franchi la Baltique à la rame, portée par le même espoir. Leïla est arrivée d'Iran alors qu'elle était enfant. Ensemble elles se démènent pour survivre dans une banlieue de Göteborg où elles ont échoué par hasard. Pendant ce temps, le célèbre auteur Jesper Humlin, qui attend l'inspiration en surveillant son bronzage et le cours de ses actions en Bourse, tente d'échapper à la tyrannie de sa petite amie et de sa mère. Le jour où sa trajectoire croise celle de Tea-Bag, Tania et Leïla, c'est le choc. Il découvre l'existence d'une Suède inconnue, clandestine, comme un double " en négatif " de la Suède officielle, laquelle ignore tout de la première. Aussitôt il envisage de détourner leurs expériences à ses propres fins. Mais les jeunes filles n'ont pas dit leur dernier mot... Dans le nouveau roman de Mankell, comédie et tragédie se donnent la main : tour à tour drôle et grave, dérisoire et engagée, cette histoire pleine de rebondissements et de larmes est un conte inspiré du XXIe siècle et un hommage vibrant à des héroïnes bien réelles.

Biographie de l'auteur
Né en 1948, Henning Mankell a débuté sa carrière professionnelle comme assistant-metteur en scène à l'âge de 17 ans. Passionné de théâtre, il a ensuite dirigé une scène de la province de Scanie. Auteur d'une quinzaine de livres pour enfants et pour adultes, il est considéré comme l'un des maîtres incontestés du roman policier suédois grâce à la série des Wallander qui met en scène un inspecteur du même nom. En 2008 sort 'Profondeurs', ouvrage dans lequel l'auteur médite sur le mensonge en empruntant à tous les genres, du théâtre au roman policier. Il partage aujourd'hui sa vie entre la Suède et le Mozambique où il dirige depuis 1996 le Teatro Avenida, qu'il présente lui-même comme la 'passion de sa vie'. Tea-Bag est son troisième roman, après Comédia infantil (Seuil, 2003) et Le Fils du vent (Seuil, 2004).

Mon avis : (lu en juillet 2007)

Je n'ai jamais eu l'occasion de lire d'autres livres de cet auteur et j'ai bien aimé ce roman qui aborde un thème très actuel et qui est souvent touchant.

On découvre avec intérêt le contexte d'immigration souvent moins connu de la Suède.

Les personnages sont très attachants : c'est la rencontre d'un poète suédois un peu original avec des sans-papiers venant de différents horizons. L'auteur aborde les sujet de la différence, du choc des cultures, de la peur de l'étranger...

Extrait :

« C'était un des derniers jours du siècle.
La fille au grand sourire fut réveillée par la pluie, le bruit des gouttes s'écrasant avec douceur sur la toile de la tente. Tant qu'elle gardait les yeux fermés, elle pouvait s'imaginer chez elle, au village, au bord du fleuve qui charriait l'eau claire et froide des montagnes. Mais dès qu'elle les ouvrait, elle avait la sensation de basculer dans une réalité vide, impossible à comprendre. Son passé se réduisait alors à un carrousel d'images hachées, saccadées, tirées de sa longue fuite. Immobile, elle faisait l'effort d'ouvrir les yeux lentement, de ne pas laisser filer les rêves tant qu'elle n'était pas prête à affronter le réveil. Ces premières difficiles minutes décidaient de la suite de la journée. Là, en cet instant, elle était entourée de pièges.

Depuis trois mois qu'elle était dans le camp, elle s'était aménagé un rituel auquel elle ajoutait chaque matin un nouvel élément, jusqu'à trouver la meilleure manière, la plus sûre, de commencer la journée sans que la panique la submerge aussitôt. L'essentiel était de ne pas se lever d'un bond avec le faux espoir que ce jour-là apporterait un événement décisif. Rien n'arrivait, dans le camp, elle en avait maintenant la certitude. C'était le premier enseignement qu'elle avait dû assimiler, à compter du jour où elle s'était traînée hors de l'eau sur cette plage caillouteuse d'Europe où elle avait été accueillie par des chiens menaçants et des douaniers espagnols armés. Etre en fuite, cela voulait dire être seul. Cette certitude valait pour tous, quelle que soit leur origine, quels que soient leurs motifs d'être partis pour l'Europe. Elle était seule et il valait mieux de ne pas espérer voir finir cette solitude, qui l'envelopperait encore pour un temps peut-être très long.

Allongée, les yeux fermés, sur le lit de camp inconfortable, elle laissait ses pensées remonter doucement à la surface. A quoi ressemblait sa vie? Au milieu de toute cette confusion, elle avait un point de repère, un seul. Elle était enfermée dans un camp de rétention du sud de l'Espagne après avoir eu la chance de survivre alors que presque tous les autres s'étaient noyés, tous ceux qui avaient embarqué à bord du bateau pourri qui devait les amener là depuis l'Afrique. Elle se rappelait la somme d'espoirs enfermés dans cette cale sombre. La liberté avait un parfum. Qui devenait de plus en plus fort à mesure que la liberté approchait, et qu'on n'en était plus séparé que par quelques milles marins. La liberté, la sécurité, une vie qui ne serait pas marquée uniquement par la peur, la faim ou le désespoir.

C'était une cale pleine de rêves, pensait-elle parfois, mais peut-être aurait-il été plus juste de dire que c'était une cale pleine d'illusions. Tous ceux qui attendaient dans l'obscurité de cette plage marocaine, entre les mains de passeurs avides venus de divers coins du monde, avaient été conduits à la rame vers le bateau qui attendait sur la rade, tous feux éteints. Des marins réduits à des ombres sifflantes les avaient poussés sans ménagement dans la cale, comme des esclaves des temps modernes. Ils n'avaient pas de chaînes aux pieds. Leurs chaînes, c'étaient les rêves, le désespoir, toute la peur au ventre avec laquelle ils avaient fui un enfer terrestre pour tenter d'atteindre la liberté en Europe. Ils touchaient presque au but quand le bateau s'était échoué. L'équipage grec avait disparu à bord des canots de sauvetage en laissant les gens entassés dans la cale se débrouiller.

L'Europe nous a abandonnés avant même que nous touchions terre. Je ne dois pas l'oublier, quoi qu'il arrive. Elle ignorait combien étaient morts noyés, et elle ne voulait pas le savoir. Les cris, les appels entrecoupés résonnaient encore dans sa tête, telle une pulsation douloureuse. Ces cris l'avaient entourée, dans l'eau froide où elle flottait, puis ils s'étaient tus un à un. En touchant les rochers, elle avait senti un déferlement de triomphe. Elle avait survécu, elle avait atteint le but. Mais quel but ? Ses rêves, elle avait tenté de les oublier par la suite. En tout cas, rien n'avait répondu à ses attentes. »

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Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire - SWARUP Vikas

les_fabuleuses_aventures_d_un_indien 10/18 - août 2007 – 363 pages

Présentation de l'éditeur
Quand le jeune Ram Mohammad Thomas devient le grand vainqueur de " Qui veut gagner un milliard de roupies ? ", la production soupçonne immédiatement une tricherie. Comment un serveur de dix-huit ans, pauvre et inculte, serait-il assez malin pour répondre à treize questions pernicieuses ? Accusé d'escroquerie, sommé de s'expliquer, Thomas replonge alors dans l'histoire de sa vie... Car ces réponses, il ne les a pas apprises dans les livres, mais au hasard de ses aventures mouvementées ! Du prêtre louche qui laisse trop volontiers venir à lui les petits enfants à la capricieuse diva de Bollywood, des jeunes mendiants des bidonvilles de Bombay aux touristes fortunés du Taj Mahal, au fil de ses rencontres, le jeune homme va apprendre que la fortune sourit aux audacieux...

Biographie de l'auteur
Né à Allahabad, en Inde, Wikas Swarup est diplomate. Après avoir travaillé en Turquie, aux États-Unis, en Éthiopie et en Grande-Bretagne, il occupe aujourd'hui un poste au ministère des Affaires étrangères à New Delhi. Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire, son premier roman, a été traduit en quinze langues et a reçu le prix grand public du Salon du Livre de Paris en 2007.

Mon avis : (lu en décembre 2007)

C'est une façon agréable et surprenante de visiter l'Inde et de découvrir ces multiples visages.
Sous le masque de l'humour, une vision de la société indienne remarquablement bien dépeinte.
On sourit souvent, mais il y a aussi des histoires tristes et touchantes.
Le héros du livre est également très attachant, c'est un garçon avec un grand cœur et qui veut s'en sortir et faire le bien autour de lui.

Bonus : (août 2009)

Une adaptation du roman "Les Fabuleuses Aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire" de Vikas Swarup a été réalisé en 2008 par Danny Boyle (et coréalisé par Loveleen Tandan) avec Dev Patel, Freida Pinto, Ayush Mahesh Khedekar, Rubina Ali. Musique originale : Allah Rakha Rahman (composition), Gulzar et Maya Arulpragasam (paroliers des chansons du film) Le film a été récompensé par 8 Oscars, 4 Golden Globe Award 2009, 7 British Academy of Film and Television Arts. Le film est sorti en France le 14 janvier 2009.

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No et moi - Delphine de Vigan

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Jean-Claude Lattès - 22 août 2007 - 285 pages

Livre de Poche - mars 2009 - 248 pages

Prix des Libraires 2008

Présentation de l'éditeur
Lou Bertignac a 13 ans, un QI de 160 et des questions plein la tête. Les yeux grand ouverts, elle observe les gens, collectionne les mots, se livre à des expériences domestiques et dévore les encyclopédies.
Enfant unique d’une famille en déséquilibre, entre une mère brisée et un père champion de la bonne humeur feinte, dans l’obscurité d’un appartement dont les rideaux restent tirés, Lou invente des théories pour apprivoiser le monde. A la gare d’Austerlitz, elle rencontre No, une jeune fille SDF à peine plus âgée qu’elle.
No, son visage fatigué, ses vêtements sales, son silence. No, privée d’amour, rebelle, sauvage.
No dont l’errance et la solitude questionnent le monde.
Des hommes et des femmes dorment dans la rue, font la queue pour un repas chaud, marchent pour ne pas mourir de froid. « Les choses sont ce qu’elles sont ». Voilà ce dont il faudrait se contenter pour expliquer la violence qui nous entoure. Ce qu’il faudrait admettre. Mais Lou voudrait que les choses soient autrement. Que la terre change de sens, que la réalité ressemble aux affiches du métro, que chacun trouve sa place. Alors elle décide de sauver No, de lui donner un toit, une famille, se lance dans une expérience de grande envergure menée contre le destin. Envers et contre tous.

Roman d’apprentissage, No et moi est un rêve d’adolescence soumis à l’épreuve du réel. Un regard d’enfant précoce, naïf et lucide, posé sur la misère du monde. Un regard de petite fille grandie trop vite, sombre et fantaisiste. Un regard sur ce qui nous porte et ce qui nous manque, à jamais.

Biographie de l'auteur
Delphine de Vigan vit à Paris. Elle est l’auteur des Jolis garçons (2005) et d’Un soir de décembre (2005), unanimement salués par la critique.
No et moi est son quatrième livre.

Mon avis : (lu en 2008)

C'est la rencontre improbable de deux mondes si différents. Celui de Lou qui a un toit et une famille et celui de No qui est sans famille et SDF.

Lou est très attachante, elle est idéaliste et elle pense qu'elle peut changer les choses. No est rejetée par la société, c'est une rebelle mais elle va accepter cette amitié. Lou va sortir grandi de cette rencontre et elle va apprendre à rencontrer les autres même s'ils sont différents.

Le sujet est délicat, mais le livre facile à lire : c'est Lou qui est la narratrice.

Ce livre peut également être lu par des ados.

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25 décembre 2008

Debout les morts - Fred Vargas

debout_les_mort_1 Debout_les_mort

Viviane Hamy, avril 1995, 269 p.

Éd. J'ai lu, mars 2000, 282 p.

PRIX MYSTÈRE DE LA CRITIQUE 1996
PRIX DU POLAR DE LA VILLE DU MANS 1995

4ème de couverture :

Un matin, la cantatrice Sophia Siméonidis découvre, dans son jardin, un arbre qu'elle ne connaît pas. Un hêtre. Qui l'a planté là ? Pourquoi ? Pierre, son mari, n'en a que faire. Mais la cantatrice, elle, s'inquiète, en perd le sommeil, finit par demander à ses voisins, trois jeunes types un peu déjantés, de creuser sous l'arbre, pour voir si... Quelques semaines plus tard, Sophia disparaît tandis qu'on découvre un cadavre calciné. Est-ce le sien ? La police enquête. Les voisins aussi. Sophia, ils l'aimaient bien. L'étrange apparition du hêtre n'en devient que plus énigmatique.

Biographie : Fred Vargas est née à Paris en 1957. Fred est le diminutif de Frédérique. Vargas est son nom de plume pour les romans policiers. Pendant toute sa scolarité, Fred Vargas ne cesse d'effectuer des fouilles archéologiques. Après le bac, elle choisit de faire des études d'histoire. Elle s'intéresse à la préhistoire, puis choisit de concentrer ses efforts sur le Moyen Âge. Elle a débuté sa « carrière » d'écrivain de roman policier par un coup de maître. Son premier roman Les Jeux de l'amour et de la mort, sélectionné sur manuscrit, reçut le Prix du roman policier du Festival de Cognac en 1986 et fut donc publié aux éditions du Masque. Depuis elle a écrit : Un lieu incertain (2008), Dans les bois éternels (2006), Sous les vents de Neptune (2004), Coule la Seine (2002), Pars vite et reviens tard (2001), Petit traité de toutes vérités sur l'existence (2001), Les quatre fleuves (en collaboration avec Edmond Baudoin) (2000), L'homme à l'envers (1999), Sans feu ni lieu (1997), Un peu plus loin sur la droite (1996), Debout les morts (1995), Ceux qui vont mourir te saluent (1994), L'homme aux cercles bleus (1992)

Mon avis :

Dans ce livre nous faisons connaissance avec de nouveaux personnages : les Evangélistes - Marc Vandoosler, dit « Saint-Marc » : homme de ménage le jour, médiéviste la nuit. Adore porter de lourdes bagues en argent.  - Lucien Devernois, dit « Saint-Luc » : historien spécialiste de la Grande Guerre. Il utilise beaucoup d'expressions de cette guerre. - Mathias Delamarre, dit « Saint-Mathieu » : historien spécialiste de la Préhistoire. Il se balade souvent en sandales et rarement habillé décemment. Ces trois personnages « sanctifiés », surnommés « Les Évangélistes » vivent dans la même maison, « La Baraque Pourrie » avec « le Vieux Vandoosler », ex-flic, oncle et parrain de Marc. Chaque habitant occupe un étage entier, déterminé en fonction de l'époque étudiée. Mathias s'est ainsi installé au premier étage ; Marc au second ; Lucien au troisième, et Armand au quatrième (pour respecter l'ordre chronologique et non pas par irrespect envers le vieux monsieur). - Armand Vandoosler : ancien flic assez âgé, épicurien et fantasque, oncle de Marc.

Extrait : « — Pierre, il y a quelque chose qui déraille dans le jardin, dit Sophia.

Elle ouvrit la fenêtre et examina ce bout de terrain qu’elle connaissait herbe par herbe. Ce qu’elle y voyait lui faisait froid dans le dos.

Pierre lisait le journal au petit déjeuner. C’était peut-être pour ça que Sophia regardait si souvent par la fenêtre. Voir le temps qu’il faisait. C’est quelque chose qu’on fait assez souvent quand on se lève. Et chaque fois qu’il faisait moche, elle pensait à la Grèce, bien entendu. Ces contemplations immobiles s’emplissaient à la longue de nostalgies qui se dilataient certains matins jusqu’au ressentiment. Ensuite, ça passait. Mais ce matin, le jardin déraillait.

— Pierre, il y a un arbre dans le jardin.

Elle s’assit à côté de lui.

— Pierre, regarde moi.

Pierre leva un visage lassé vers sa femme. Sophia ajusta son foulard autour de son cou, une discipline conservée du temps où elle était cantatrice. Garder la voix au chaud. Vingt ans plus tôt, sur un gradin de pierre du théâtre d’Orange, Pierre avait édifié une montagne compacte de serments d’amour et de certitudes. Juste avant une représentation.

Sophia retint dans une main ce morne visage de lecteur de journal.

— Qu’est-ce qui te prend, Sophia?

— J’ai dit quelque chose.

— Oui?

— J’ai dit : « Il y a un arbre dans le jardin ».

— J’ai entendu. Ça paraît normal, non?

— Il y a un arbre dans le jardin, mais il n’y était pas hier.

— Et après? Qu’est-ce que tu veux que ça me fasse?

Sophia n’était pas calme. Elle ne savait pas si c’était le coup du journal, ou le coup du regard lassé, ou le coup de l’arbre, mais il était clair que quelque chose n’allait pas.

— Pierre, explique-moi comment fait un arbre pour arriver tout seul dans un jardin.

Pierre haussa les épaules. Ça lui était complètement égal.

— Quelle importance? Les arbres se reproduisent. Une graine, une pousse, un surgeon, et l’affaire est faite. Ensuite, ça fait des grosses forêts, sous nos climats. Je suppose que tu es au courant.

— Ce n’est pas une pousse. C’est un arbre! Un arbre jeune, bien droit, avec les branches et tout le nécessaire, planté tout seul à un mètre du mur du fond. Alors?

— Alors c’est le jardinier qui l’a planté.

— Le jardinier est en congé pour dix jours et je ne lui avais rien demandé. Ce n’est pas le jardinier.

— Ça m’est égal. N’espère pas que je vais m’énerver pour un petit arbre bien droit le long du mur du fond.

— Tu ne veux pas au moins te lever et le regarder? Au moins cela?

Pierre se leva lourdement. La lecture était gâchée.

— Tu le vois?

— Bien sûr, je le vois. C’est un arbre.

— Il n’y était pas hier.

— Possible.

— Certain. Qu’est-ce qu’on fait? Tu as une idée?

— Pour quoi faire une idée?

— Cet arbre me fait peur.

Pierre rit. Il eut même un geste affectueux. Mais fugace.

— C’est la vérité, Pierre. Il me fait peur.

— Pas à moi, dit-il en se rasseyant. La visite de cet arbre m’est plutôt sympathique. On lui fout la paix et voilà tout. Et toi, tu me fous la paix avec lui. Si quelqu’un s’est trompé de jardin, tant pis pour lui. — Mais il a été planté pendant la nuit, Pierre!

— Raison de plus pour se tromper de jardin. Ou bien alors, c’est un cadeau. Y as-tu pensé? Un admirateur aura voulu honorer discrètement ton cinquantième anniversaire. Les admirateurs sont capables de ces sortes d’inventions saugrenues, surtout les admirateurs-souris, anonymes et opiniâtres. Va voir, il y a peut-être un petit mot.

Sophia resta pensive. L’idée n’était pas tout à fait idiote. Pierre avait séparé les admirateurs en deux vastes catégories. Il y avait les admirateurs-souris, craintifs, fébriles, muets et indélogeables. Pierre avait connu une souris qui avait transporté en un hiver un sac entier de riz dans une botte en caoutchouc. Grain par grain. Les admirateurs-souris font ainsi. Il y avait les admirateurs-rhinocéros, également redoutables en leur genre, bruyants, beuglant, certains d’exister. Dans ces deux catégories, Pierre avait élaboré des tas de sous-catégories. Sophia ne se souvenait plus bien. Pierre méprisait les admirateurs qui l’avaient devancé et ceux qui lui avaient succédé, c’est-à-dire tous. Mais pour l’arbre, il pouvait avoir raison. Peut-être, mais pas sûr. Elle entendit Pierre qui disait « au revoir-à ce soir-ne t’en fais plus », et elle resta seule.

Avec l’arbre.

Elle alla le voir. Avec circonspection, comme s’il allait exploser.

Évidemment, il n’y avait aucun mot. Au pied du jeune arbre, un cercle de terre fraîchement labourée. Espèce de l’arbre? Sophia en fit plusieurs fois le tour, boudeuse, hostile. Elle penchait pour un hêtre. Elle penchait aussi pour le déterrer sauvagement, mais, un peu superstitieuse, elle n’osait pas attenter à la vie, même végétale. En réalité, peu de gens aiment arracher un arbre qui ne leur a rien fait.

Elle mit longtemps à trouver un bouquin sur la question. À part l’opéra, le vie des ânes et les mythes, Sophia n’avait pas eu le temps d’approfondir grand-chose. Un hêtre? Difficile de se prononcer sans les feuilles. Elle balaya l’index du bouquin, voir si un arbre pouvait s’appeler Sophia quelque chose. Comme un hommage dissimulé, bien dans la ligne torturée d’un admirateur-souris. Ça serait rassurant. Non, il n'y avait rien sur Sophia. Et pourquoi pas une espèce Stelyos quelque chose? Et ça, ce ne serait pas très agréable. Stelyos n’avait rien d’une souris, ni d’un rhinocéros. Et il vénérait les arbres. Après la montagne de serments de Pierre sur les gradins d’Orange, Sophia s’était demandé comment abandonner Stelyos et elle avait moins bien chanté que d’habitude. Et sans attendre, ce fou de Grec n’avait rien trouvé de plus malin que d’aller se noyer. On l’avait repêché haletant, flottant dans la Méditerranée comme un imbécile. Adolescents, Sophia et Stelyos adoraient sortir de Delphes pour aller dans les sentiers avec les ânes, les chèvres et tout le truc. Ils appelaient ça « faire les vieux Grecs ». Et cet idiot avait voulu se noyer. Heureusement, la montagne de sentiments de Pierre était là. Aujourd’hui, il arrivait à Sophia d’en chercher machinalement quelques cassons épars. Stelyos? Une menace? Stelyos ferait ça? Oui, il en était capable. Une fois sorti de la Méditerranée, ça lui avait donné un coup de fouet, et il avait gueulé comme un fou. Le coeur battant trop vite, Sophia fit un effort pour se lever, boire un verre d’eau, jeter un coup d’oeil par la fenêtre.

Cette vue la calma aussitôt. Qu’est-ce qui lui était passé par la tête? Elle aspira un bon coup. Cette façon qu’elle avait parfois de bâtir un monde de terreurs logiques à partir de rien était exténuante. C’était, à coup presque sûr, un hêtre, un jeune hêtre sans aucune signification. Et par où le planteur était-il passé cette nuit avec ce foutu hêtre? Sophia s’habilla en vitesse, sortit, examina la serrure de la grille. Rien de remarquable. Mais c’était une serrure si simple qu’on pouvait certainement l’ouvrir en une seconde au tournevis sans laisser de trace.

Début de printemps. Il faisait humide et elle prenait froid à rester là, à défier le hêtre. Un hêtre. Un être? Sophia bloqua ses pensées. Elle détestait quand son âme grecque s’emballait, surtout deux fois de suite en une matinée. Dire que Pierre ne s’intéresserait jamais à cet arbre. Et pourquoi d’ailleurs? Était-ce normal qu’il soit à ce point indifférent ?

Sophia n’eut pas envie de rester seule toute la journée avec l’arbre. Elle prit son sac et sortit. Dans la petite rue, un jeune type, dans les trente ou plus, regardait à travers la grille de la maison voisine. Maison était un grand mot. Pierre disait toujours « la baraque pourrie ». Il trouvait que, dans cette rue privilégiée aux demeures entretenues, cette vaste baraque laissée à l’abandon depuis des années faisait sale effet. Jusqu’ici, Sophia n’avait pas encore envisagé que Pierre devenait peut-être crétin avec l’âge. L’idée s’infiltra. Premier effet néfaste de l’arbre, pensa-t-elle avec mauvaise foi. Pierre avait même fait surélever le mur mitoyen pour se préserver mieux de la baraque pourrie. On ne pouvait la voir qu’à partir des fenêtres du deuxième étage. Le jeune type, lui, avait l’air au contraire admiratif devant cette façade aux fenêtres crevées. Il était mince, noir de cheveux et d’habits, une main couverte de grosses bagues en argent, le visage anguleux, le front coincé entre deux barreaux de la grille rouillée.

Exactement le genre de type que Pierre n’aurait pas aimé. Pierre était un défenseur de la mesure et de la sobriété. Et le jeune type était élégant, un peu austère, un peu clinquant. Belles mains accrochées aux barreaux. En l’examinant, Sophia y trouva un certain réconfort. C’est pourquoi sans doute elle lui demanda quel pouvait être, à son avis, le nom de l’arbre qui était là. Le jeune type décolla son front de la grille, qui laissa un peu de rouille dans ses cheveux noirs et raides. Ça devait faire un moment qu’il était appuyé. Sans s’étonner, sans poser de question, il suivit Sophia qui lui montra le jeune arbre, qu’on pouvait assez bien détailler de la rue.

— C’est un hêtre, madame, dit le jeune type.

— Vous en êtes certain? Pardonnez-moi, mais c’est assez important.

Le jeune type renouvela son examen. Avec ses yeux sombres, pas encore mornes.

— Il n’y a aucun doute, madame.

— Je vous remercie, monsieur. Vous êtes très aimable.

Elle lui sourit et s’en alla. Le jeune type, du coup, s’en alla de son côté, en poussant un petit caillou du bout du pied.

Elle avait donc raison. C’était un hêtre. Juste un hêtre. Saleté. »

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24 décembre 2008

Meilleurs Voeux 2009

JoyeuxNoel_Heureuse_Annee_2009

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23 décembre 2008

Ceux qui vont mourir te saluent - Fred Vargas

Ceux_qui_vont_mourir_te_saluent 2ème roman paru en 1986

Viviane Hamy, juin 1994, 200 p.

J'ai lu, mars 2001, 189 p.

Résumé :

L'éditeur d'art parisien Henri Valhubert est contacté par un collectionneur pour expertiser un dessin de Michel-Ange jusqu'alors inconnu. Il reconnaît la patte du maître italien et estime qu'il s'agit d'une gravure volée. À l'odeur du papier, il pense qu'elle pourrait provenir d'un fonds d'archives inexploré de la Bibliothèque vaticane. Pour faire la lumière sur cette affaire, l'éditeur décide de se rendre à Rome où son fils Claude poursuit en dilettante ses études en compagnie de deux amis, Thibault dit Tibère et David dit Néron, tous deux amoureux de Laura, la belle-mère de Claude. Chaque mois, celle-ci se rend à Rome, et tout le monde se retrouve chez Gabriella, une jeune femme qui a été élevée par l'évêque Lorenzo Vitelli, correspondant des trois étudiants. À peine arrivé, Henri Valhubert se met en quête de son rejeton au cœur d'une grande fête devant le palais Farnèse. Mais bientôt, Tibère le retrouve mort, empoisonné par un cocktail contenant de la ciguë.

Biographie : Fred Vargas est née à Paris en 1957. Fred est le diminutif de Frédérique. Vargas est son nom de plume pour les romans policiers. Pendant toute sa scolarité, Fred Vargas ne cesse d'effectuer des fouilles archéologiques. Après le bac, elle choisit de faire des études d'histoire. Elle s'intéresse à la préhistoire, puis choisit de concentrer ses efforts sur le Moyen Âge. Elle a débuté sa « carrière » d'écrivain de roman policier par un coup de maître. Son premier roman Les Jeux de l'amour et de la mort, sélectionné sur manuscrit, reçut le Prix du roman policier du Festival de Cognac en 1986 et fut donc publié aux éditions du Masque. Depuis elle a écrit : Un lieu incertain (2008), Dans les bois éternels (2006), Sous les vents de Neptune (2004), Coule la Seine (2002), Pars vite et reviens tard (2001), Petit traité de toutes vérités sur l'existence (2001), Les quatre fleuves (en collaboration avec Edmond Baudoin) (2000), L'homme à l'envers (1999), Sans feu ni lieu (1997), Un peu plus loin sur la droite (1996), Debout les morts (1995), Ceux qui vont mourir te saluent (1994), L'homme aux cercles bleus (1992)

Mon avis : Dans ce roman, c'est Rome et Le Vatican qui sont précisement décrits. On y rencontre trois  personnages originals : “ Claude ”, “ Tibère ” et “ Néron ”, les trois étudiants à l'École française, forment un “ triumvirat ”. Les autres personnages sont  l'inspecteur Richard Valence, la belle Laura Valhubert, l'évêque Lorenzo Vitelli... L'intrigue est passionnante, les fausses pistes nombreuses

Extrait : « Les deux jeunes gens tuaient le temps dans la gare centrale de Rome.

À quelle heure arrive son train? demanda Néron.

Dans une heure vingt, dit Tibère. 

Tu comptes rester comme ça longtemps? Tu comptes rester à attendre cette femme sans bouger ?

Oui.

Néron soupira. La gare était vide, il était huit heures du matin, et il attendait ce foutu Palatino en provenance de Paris. Il regarda Tibère qui s’était allongé sur un banc, les yeux fermés. Il pouvait très bien s’en aller doucement et retourner dormir.

Reste là, Néron, dit Tibère sans ouvrir les yeux.

Tu n’as pas besoin de moi.

Je veux que tu la voies.

Bon.

Néron se rassit lourdement.

Quel âge a-t-elle ?

Tibère compta dans sa tête. Il ne savait pas au juste quel âge Laura pouvait bien avoir. Il avait treize ans et Claude douze quand ils s’étaient connus à l’école, et à cette époque, ça faisait déjà pas mal de temps que le père de Claude s’était remarié avec Laura. Ce qui fait qu’elle devait avoir presque vingt ans de plus qu’eux. Il avait cru longtemps qu’elle était la mère de Claude.

Quarante-trois ans, dit-il.

Bon.

Néron laissa passer un moment. Il avait trouvé une lime dans sa poche, et il s’occupait à arrondir ses ongles.

J’ai déjà rencontré le père de Claude, dit-il. Il n’a rien de spécial. Explique-moi pourquoi cette Laura a épousé un type qui n’a rien de spécial.

Tibère haussa les épaules.

Ça ne s’explique pas. Je suppose qu’elle aime Henri tout de même et qu’on ne sait pas pourquoi.

C’est vrai que Tibère s’était souvent posé cette question. Qu’est-ce que foutait Laura, singulière et magnifique, dans les bras de ce type si sérieux et si compassé, ça ne s’expliquait pas. On n’avait même pas l’impression que Henri Valhubert se rendait compte à quel point sa femme était singulière et magnifique. Tibère serait mort d’ennui sur l’instant s’il avait dû vivre avec Henri, mais Laura n’avait pas l’air d’en mourir. Claude lui-même trouvait inouï que son père ait réussi à épouser une femme comme Laura. « C’est sûrement un miracle, profitons-en », disait-il. C’était un problème auquel Claude et lui avaient d’ailleurs cessé de penser depuis longtemps, et qu’ils résolvaient toujours en concluant, « Ça ne s’explique pas ».

Ça ne s’explique pas, répéta Tibère. Qu’est-ce que tu fabriques avec cette lime à ongles ?

Je mets à profit notre attente pour porter mon apparence à la perfection. Si tu es intéressé, ajouta-t-il après un silence, je possède une deuxième lime.

Tibère se demanda si c’était une si bonne idée que ça de présenter Néron à Laura. Laura avait des morceaux très fragiles. On tape dessus, ça s’effondre.

II

Henri Valhubert n’aimait pas les choses dérangeantes.

Il ouvrit la main et la laissa retomber sur la table avec un soupir.

C’en est un, dit-il.

Vous en êtes sûr? demanda son visiteur.

Henri Valhubert leva un sourcil.

Pardonnez-moi, dit l’homme. Si c’est vous qui le dites.

C’est un griffonnage de Michel-Ange, continua Valhubert, un morceau de torse et une cuisse, qui se promènent en plein Paris.

Un griffonnage ?

Exactement. C’est un gribouillis du soir, et qui vaut des millions parce qu’il ne provient d’aucune collection privée ou publique connue. C’est un inédit, du jamais vu. Une cuisse griffonnée qui se promène en plein Paris. Achetez-la et vous ferez une affaire superbe. À moins bien sûr qu’elle n’ait été volée.

On ne peut pas voler un Michel-Ange aujourd’hui. Ça ne pousse pas dans les greniers.

Si, à la Vaticane… Les fonds d’archives immenses de la Bibliothèque vaticane… Ce papier sent la Vaticane.

Il sent ?

Il sent, oui.

C’était idiot. Henri Valhubert savait bien que n’importe quel vieux papier sent exactement la même chose qu’un autre vieux papier. Il le repoussa avec agacement. Alors? Pourquoi était-il ému? Ce n’était pas le moment de penser à Rome. Surtout pas. Il faisait tellement chaud, avant, à la Vaticane, quand il était lancé dans cette quête frénétique d’images baroques, avec les bruits du papier qu’il déplaçait dans le silence. Est-ce qu’il était encore frénétique maintenant? Plus du tout. Il dirigeait quatre affaires d’éditions d’art, il brassait un tas de fric, on courait pour lui demander conseil, on s’excusait avant de lui parler, son fils se dérobait devant lui, et même Laura, sa femme, hésitait à l’interrompre. Alors que quand il avait connu Laura, elle se foutait bien de l’interrompre. Elle venait l’attendre le soir à Rome sous les fenêtres du Palais Farnèse, avec une grande chemise blanche à son père qu’elle serrait à la ceinture. Il lui racontait ce qu’il avait sorti dans la journée de la chaleur de la vieille Vaticane, et Laura écoutait gravement, le profil busqué. Et puis tout d’un coup, elle s’en foutait et elle l’interrompait.

Et maintenant plus du tout. Maintenant ça faisait dix-huit ans et même Michel-Ange le rendait mélancolique. Henri Valhubert avait les souvenirs en horreur. Pourquoi ce type venait-il lui mettre sous le nez ce papier puant? Et pourquoi était-il encore assez snob pour prendre du plaisir à dire « la Vaticane », comme il aurait parlé nonchalamment d’une vieille amie, au lieu de dire « la Bibliothèque vaticane », comme tout le monde, avec respect ? Et pourquoi Laura filait-elle à Rome presque tous les mois ? Est-ce que ses parents croupissant loin de la grande ville exigeaient autant de voyages ?

Il n’avait même pas envie de souffler sa découverte à ce type, alors que ça lui était si facile. Ce type pouvait bien garder sa cuisse de Michel-Ange, ça l’indifférait.

Après tout, reprit-il, ça peut légitimement venir d’une petite collection italienne quelconque. Les deux hommes qui sont passés vous le proposer, quel était leur genre ?

Ils n’avaient pas de genre. Ils m’ont dit qu’ils l’avaient acheté à un particulier à Turin.

Valhubert ne répondit pas.

Alors qu’est-ce que je fais? demanda l’homme.

Je vous l’ai dit, achetez-le! C’est donné. Et soyez aimable, faites m’en parvenir un cliché, et prévenez-moi s’il y en a d’autres. On ne sait jamais.

Sitôt seul, Henri Valhubert ouvrit grand la fenêtre de son bureau pour respirer l’air de la rue de Seine et chasser cette odeur de vieux papier et de cette Vaticane. Laura devait entrer en gare de Rome maintenant. Et ce jeune cinglé de Tibère devait sûrement l’attendre pour lui porter ses bagages. Comme d’habitude. »

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